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Pour citer cet article :

Edio Soares, 2005. « Prier, c’est jouer un peu : approche ethnographique de la « prière forte » à l’Église universelle du royaume de Dieu ». ethnographiques.org, Numéro 8 - novembre 2005 [en ligne].
(http://www.ethnographiques.org/2005/­Soares - consulté le 30.09.2016)
 

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Edio Soares

Prier, c’est jouer un peu :
approche ethnographique de la « prière forte » à l’Église universelle du royaume de Dieu

Résumé

La façon avec laquelle la prière est orientée à l'Église universelle du royaume de Dieu (EURD) pourrait bien s'apparenter à un spectacle théâtral. L'analogie serait parfaite si la figure du spectateur n'était pas exclue du spectacle. À l'EURD, rien n'est à contempler : le décor, la scène, la musique, le costume, ne sont que des supports techniques d'une mise en scène au cours de laquelle le pratiquant est le protagoniste du jeu. Dans ce cas, ne serait-il pas plus pertinent de parler de « jeu dramatique » pour qualifier et décrire cette prière dite « forte » ? En ce sens, on pourrait penser que le pratiquant représente — au sens théâtral du terme — lorsque la prière est finie plutôt que lorsqu'il prie. Tel est l'enjeu de cet article.

Abstract

The way in which the prayer is conducted at the Universal Church of the Kingdom of God (UCKG) could better be related to a theatrical performance. The analogy would be perfect if the character of the spectator had not been excluded from the event. At the UCKG nothing is done to be watched : the set, the scene, the music, the costumes are nothing more than technical supports of a performance along which the believer is the protagonist of the action. In this case, would it not be more pertinent to speak of « dramatic play » to qualify and describe that prayer called “strong“ ? So, one may think that the believer plays — in the theatrical meaning of the term — after he has finished the prayer more than when he is praying. Such is the subject of this paper.

Pour citer cet article :

Edio Soares. Prier, c’est jouer un peu : approche ethnographique de la « prière forte » à l’Église universelle du royaume de Dieu, ethnographiques.org, Numéro 8 - novembre 2005 [en ligne]. http://www.ethnographiques.org/../2005/Soares (consulté le 6/12/2005).

Illustration 1, Illustration 2, Illustration 3, Illustration 4 :
Séances de prières à l’Église universelle du royaume de Dieu.
Sources : site web de l’EURD

Ces images pourraient s’apparenter à un spectacle théâtral. Cependant, le spectacle proposé n’implique pas la présence de spectateurs. À l’Église universelle du royaume de Dieu, le pratiquant est le protagoniste du spectacle de foi. Or, sans spectateur, peut-on parler de théâtre ? s’interroge l’observateur. Toutefois, le travail du comédien repose, entre autres, sur l’apprentissage et la pratique des techniques dont la figure du spectateur est exclue. Une de ces techniques est le « jeu dramatique », exercice émotionnel fondé sur le vécu des comédiens pour favoriser l’action dramatique.

Cette prière, dite « forte » pourrait alors s’apparenter à un « jeu dramatique », suppose l’observateur. Il s’agirait d’un exercice émotionnel, à la fois individuel et collectif, au cours duquel le pratiquant exercerait sa foi afin de mieux affronter la mise en scène des drames composant son quotidien. Mais la déclinaison au conditionnel ne suffit pas. Il faut l’expliquer, il faut le démontrer.

Je propose, pour cela, d’organiser ce texte en trois actes précédés d’une avant-première qui présente le cadre dans lequel cette réflexion est née et les concepts sur lesquels elle est fondée. Le premier acte, composé de quatre scènes, portera sur les origines historiques du discours religieux propagé par l’Église universelle du royaume de Dieu [1], les spécificités qui sont venues s’y greffer dès son apparition sur le sol brésilien, l’étendue de son « royaume » au Brésil et ailleurs dans le monde, ainsi que son installation en Suisse, à Genève. Le deuxième acte, divisé en dix scènes, sera consacré à la description du service religieux proposé par l’EURD. Cette description s’appuiera alors sur la notion de « jeu dramatique ». Il s’agira, en effet, d’une mise en scène de l’approche proposée. La première des trois scènes qui composent le dernier acte présentera nos conclusions. Les notes et la bibliographie achèveront, quant à elles, de faire descendre le rideau de cette réflexion.

S’interroger sur la façon dont la prière est orientée à l’EURD est au cœur de mon propos [2]. Cette réflexion est née dans le cadre d’un diplôme de DEA à l’Institut universitaire d’étude du développement de Genève (Iuéd). Il s’agissait alors de mener une étude sur l’EURD conjointement installée à Genève (Suisse) et à Joinville (Brésil). L’objectif majeur de mon entreprise était, en effet, de connaître le service religieux de l’EURD afin de comprendre ce qui permettait sa présence dans des villes si différentes.

« Pour connaître le service religieux de l’EURD, il faut y participer », m’a fait remarquer le dirigeant du Centre d’accueil de cette Église à Genève, tout en rappelant que l’Église a toujours été ouverte à ceux qui veulent connaître Jésus. Cette invitation ne relève pas seulement du prosélytisme religieux, mais explique, en partie, la méfiance de l’EURD envers les chercheurs [3]. Ceux-ci veulent observer un service religieux au cours duquel l’observation est interdite. « Soit on participe, soit on observe », m’a rappelé plusieurs fois le dirigeant du Centre. Pour m’astreindre aux règles du jeu, sans pour autant négliger mes objectifs, j’ai décidé, de concert avec le dirigeant du Centre d’accueil, de participer à certaines réunions de prières et d’en observer d’autres. Ainsi, les analyses que j’ai pu effectuer lors de séances d’observation portent notamment sur la participation des pratiquants, y compris celle de l’observateur, au service religieux proposé.

Le rôle du dirigeant et de son assistance se limite à l’orientation d’un service religieux dont le protagoniste est le pratiquant. Cette orientation est axée sur le vécu du pratiquant : la prière est l’expression d’un vécu, elle est la mise en forme d’un désir de changement. D’où son caractère dramatique : le pratiquant se dévoile à Dieu dans une pratique collective. D’où, probablement, l’utilisation de la notion de théâtre pour qualifier ces séances de prières. Mais ce n’est pas seulement la situation dramatique qui définit le théâtre. Celui-ci se définit, notamment, par la figure du spectateur.

Le théâtre est un art qui implique la présence d’un public. Il suppose un jeu de relations entre, d’un côté, le comédien et, de l’autre, le spectateur. Ce jeu de relations — définissant la position et le statut du comédien et de son public — varie selon les époques, les civilisations et notamment le langage théâtral adopté. Dans l’Aristotelisches Theater, par exemple, le public est défini comme consommateur passif du drame proposé, alors que, dans l’epische théâtre de Bertolt Brecht (1898-1956), il est, au contraire, considéré comme producteur du drame qu’il apprécie. En tant que producteur, par l’effet de distanciation, il a la possibilité de transformer le drame. Dans une perspective similaire, Augusto Boal, en 1970, propose le théâtre forum : le public est encouragé à intervenir dans l’action du comédien lorsqu’il la juge erronée ou inadaptée. Ce même public est ensuite invité à quitter le registre discursif pour venir représenter ses idées sur la scène. Dans le théâtre essentiel de Denise Stoklos, le public est également convié à participer au spectacle, mais à partir du travail du comédien : « o espetáculo só ‘existe’ se o público ‘entra’ no palco e, através do ator, o público é quem se constrói, propõe-se e mostra-se a si mesmo » [4].

Ces différents langages supposent l’existence du « quatrième mur » : la cloison qui sépare, distingue (et unis) le comédien du spectateur. Cette présence impérative d’un public ne permet donc pas de qualifier de théâtre les séances de prières de l’EURD. Celles-ci imposent, au contraire, la suppression de la figure du spectateur. De quoi pourrait-il donc s’agir ?

Le travail du comédien repose, hormis son instinct, sur des techniques au sein desquelles la représentation, au sens théâtral du terme, est écartée. Le jeu dramatique est une de ces techniques. Il constitue « une pratique collective, fondée sur le vécu, visant à faire participer l’ensemble des exécutants à une action commune. Cette pratique exclut ainsi la présence des spectateurs dont le statut serait fondamentalement différent de celui des participants », (Corvin, 1998 : 889). Le jeu dramatique emprunte en effet ses techniques à la fois au théâtre et à la thérapie, notamment, le psychodrame [5]. Mais il s’en distingue. Du théâtre, il retient les fondements de l’action dramatique : personnage, situation et rôle ; de la thérapie, il conserve la notion de vécu. Le jeu dramatique ne constitue donc pas un spectacle théâtral. Il s’agit, en effet, d’une recherche, à la fois individuelle et collective, sur soi. Dans cette recherche, il est interdit de faire semblant. Dans le jeu dramatique, personne ne fait « comme si » : ce sont les personnages qui composent la personne (le soi) éveillés dans le jeu qui sont alors mis en jeu. Ces personnages développent leurs propres rôles en fonction du drame proposé. L’efficacité du jeu et de ses moments de catharsis (individuelle et collective) dépend de ce principe. Le respect des règles du jeu est donc fondamental si l’on veut que celui-ci produise le résultat escompté.

Pour les professionnels du théâtre, le jeu dramatique constitue une des nombreuses techniques — peut-être la plus importante — utilisées pour exercer l’acteur à l’action dramatique censée être vraie. En effet, pour le comédien, qu’il soit professionnel ou amateur, le jeu dramatique constitue un exercice nécessaire, voire indispensable. C’est en jouant pour lui-même que celui-ci exerce sa capacité d’imagination et la façon dont il s’exprimera sur scène. Ainsi, la fonction première du jeu est de stimuler l’extériorisation des émotions à partir d’un vécu, afin de favoriser l’action dramatique, c’est-à-dire la représentation théâtrale dans une scène quelconque. Sans cet exercice émotionnel et physique préalable, l’action dramatique et les représentations qu’elle évoque deviennent des mensonges et le drame proposé « un faire semblant » quelconque. En dépit de sa forme, l’art théâtral repose sur la vérité des actions — gestuelles et orales — du comédien. Il en va de même pour les représentations au sens large du terme.

Il semble que la formule du « jeu dramatique » se prête fort bien à décrire la façon dont la prière est conduite à l’EURD. Cette prière dite « forte » constitue une pratique à la fois individuelle et collective fondée sur le vécu des pratiquants. Celle-ci vise à faire participer l’ensemble des exécutants à des actions solidaires aux représentations qu’elle véhicule. À l’image du jeu dramatique, cette prière constituerait — cette idée participe du registre de l’hypothèse — un exercice émotionnel et physique préalable à l’action dramatique qu’il suppose. Si, pour le comédien, cette action dramatique se déroule normalement dans un espace au sein duquel une scène est délimitée — cette scène séparant la réalité du théâtre — pour le pratiquant de l’EURD, la scène se trouve à la sortie du temple. C’est dans la réalité, hors du temple, que les pratiquants vont « re-présenter » et que se dévoile(ent) ainsi le(s) personnage(s) qui a(ont) été éveillé(s) dans le jeu. C’est donc dans et avec la réalité que le(s) pratiquant(s) joue(ent), interprète(ent), s’affirme(ent), improvise(ent) et donne(ent) la « bonne » réplique. Le jeu permet d’abord de jouer pour soi puis pour les autres. C’est en jouant que l’enfant exprime ses émotions afin de mieux jouer dans la réalité. Paradoxalement, l’enfant ne joue pas quand il « joue » mais lorsqu’il retombe dans la réalité du monde des adultes. Ce qui ne signifie pas pour autant qu’il soit moins authentique que dans le jeu où le faire semblant est interdit. En dépit de la scène, le personnage qui l’occupe est censé être vrai, sans quoi le « drame » ne peut se poursuivre. Cette observation relative à l’authenticité ne va pas sans susciter la question suivante : l’enfant n’est-il donc qu’un personnage lorsqu’il entre sur scène ? Si l’on admet que le monde des adultes — la scène quotidienne — est, lui aussi, composé d’un ensemble de personnages, l’enfant n’est qu’une figure parmi d’autres.

L’EURD s’inscrit dans une tradition pentecôtiste vieille de plus d’un siècle dont elle accentue certains aspects. Ceci a conduit plusieurs sociologues et ethnologues à parler de néo-pentecôtisme, en référence à une « théologie de la prospérité » fortement dramatisée, voire jouée. Il importe donc d’introduire ce premier acte en présentant brièvement les origines de la tradition pentecôtiste car les représentations que cette dénomination véhicule constituent le support du jeu. Partons donc du pentecôtisme : son origine, son expansion et ses formes d’expression actuelles.

Le terme « pentecôtisme » renvoie au jour de la Pentecôte dont fait notamment mention le livre des Actes des apôtres. Ce jour-là, « pour la première fois, Pierre prit la parole devant un auditoire composé de Juifs de Jérusalem et de pèlerins venus de tout le bassin méditerranéen. Les nombreuses conversions, survenues alors, manifestèrent la vitalité de l’Église naissante. [...] Par la suite, la liturgie a distingué les divers éléments du mystère et concentré l’attention, pour la Pentecôte, sur le don de l’Esprit et la réalisation de la nouvelle alliance destinée à rassembler les hommes dispersés depuis la confusion des langues à Babel (Gn 11, 9) » (Cothenet, 1984 : 1311-12).

Analysant le développement du protestantisme anglo-saxon, le sociologue des religions David Martin (1990) découpe celui-ci en plusieurs grandes « vagues » Il distingue ainsi, en plus de la vague initiale du luthéranisme et du calvinisme, les trois vagues suivantes : le puritanisme (notamment baptiste), le méthodisme et le pentecôtisme. Connu également sous l’appellation mouvement de réveil chrétien, le pentecôtisme est entré en dissidence avec les vagues protestantes précédentes : « nous sommes luthériens en ce qui concerne la justification par la foi, baptistes par le baptême administré, par immersion, aux adultes seulement. Mais notre signe particulier est le baptême du Saint-Esprit, présence de Dieu se manifestant par la glossolalie et le pouvoir de guérir les malades » (Gibon, 1984 : 1312). Si son origine et ses signes particuliers sont assez précis, sa date de « naissance » est, cependant, moins claire : « pour certains, elle se situe en 1895 avec la fondation de Christian Union qui devient en 1907 la Church of God (Cleveland) ; pour d’autres le pentecôtisme naît en janvier 1901 dans la communauté blanche de Topeka (Kansas) animée par le pasteur F. Parham [...]. De plus en plus — lorsque l’on veut souligner la composante ‘africaine’ du pentecôtisme — on retient la date de 1906 marquée par l’effervescence religieuse d’une communauté noire de Los Angeles — Azusa Street Mission du pasteur baptiste William J. Seymour — qui se répand rapidement un peu partout dans le monde et, notamment, en Amérique Latine et en Afrique », (Corten & Mary, 2000 : 11).

Constatant que les dons charismatiques — glossolalie, prédication, guérison, etc. — se trouvent au fondement de nombreuses dénominations religieuses de type pentecôtiste, Paul Freston (2001) interprète le développement du pentecôtisme brésilien en fonction de l’importance accordée par ces dénominations aux dons du Saint-Esprit. Ainsi, dans une perspective similaire à celle énoncée par David Martin, cet auteur distingue également trois vagues religieuses et leurs dénominations respectives. La première se caractérise par la mise en valeur de la glossolalie. Celle-ci suit les mêmes principes que le pentecôtisme traditionnel et coïncide historiquement avec son origine aux États-Unis. L’implantation de deux Églises — la Congrégation chrétienne du Brésil (1910) et l’Assemblée de Dieu (1911), respectivement dissidentes des Églises baptiste et presbytérienne — donna naissance au mouvement pentecôtiste brésilien. La deuxième vague se distingue de la première par son insistance sur le don de la guérison. Les Églises de l’Évangile quadrangulaire, Brésil pour le Christ et Dieu est Amour constituent des exemples classiques de cette deuxième vague. La troisième vague est plus récente. Datée des années soixante-dix, celle-ci se caractérise par l’importance qu’elle accorde à l’exorcisme (la délivrance spirituelle). L’Église universelle du royaume de Dieu (1977) et l’Église internationale de la grâce de Dieu (1980) participent de cette troisième vague.

Alors que le pentecôtisme classique — première et deuxième vague — conservait certaines caractéristiques de l’Église mère nord-américaine, la troisième vague — connue aussi sous l’appellation néo-pentecôtisme — s’est, en revanche, « brésilianisées ». Le néo-pentecôtisme qui se développe sur la scène religieuse brésilienne est, en effet, le fruit d’une juxtaposition de contenus et de pratiques empruntés aux traditions religieuses les plus diverses. L’EURD illustre bien la théologie de ce mouvement religieux. Celle-ci diffuse, en effet, une sorte de théologie éclectique qui intègre plusieurs registres religieux : catholique, protestant, spirite-kardéciste et afro-brésilien. Pour cela, les néo-pentecôtistes utilisent les ressources modernes de la société de communication. Pour reprendre à nouveau l’exemple de l’EURD : presse écrite (journal folha universal, magazine Plenitude, Universal produções, etc.), presse numérique (Arca universal), chaîne de télévision (TV Record dont le réseau s’étend à 42 émetteurs), maison de disques (Line Records), stations de radio, etc. Cette médiatisation du religieux à travers notamment la télévision a permis aux néo-pentecôtistes d’atteindre un public très large, sans passer — du moins dans un premier temps — par le biais de la conversion religieuse. Il s’agit simplement, dit André Corten, « de toucher — d’éveiller — le sentiment religieux des gens, en partant d’où ils sont : ‘écrasés par les péchés et par la pauvreté’. Dans la logique religieuse pentecôtiste (fondée sur la théologie de la prospérité), les pauvres ne sont pas en état de se convertir » (Corten, 1995 : 86).

La théologie de la prospérité prétend que la pauvreté est une manifestation des forces du Malin et cela contrairement à la richesse et à la prospérité qui constituent des signes de la présence de Dieu parmi les hommes et femmes : « [...] Moi je suis venu pour qu’elles aient la vie et qu’elles l’aient davantage » (La Bible, L’Evangile selon Jean, chapitre X). Les personnes qui se trouvent en marge de cette réalité de vie abondante se trouvent alors en-dehors du projet divin. Sous le paradigme de la théologie de la prospérité, les néo-pentecôtistes élargissent les formes d’accès au salut. Si la promesse de l’au-delà demeure, le salut prend également la forme d’une recherche de bien-être terrestre. Ce qui ne signifie pas pour autant que les soucis d’ordre terrestre étaient absents des préoccupations des croyants du passé. Bien au contraire, « l’urgence de faire face aux difficultés insurmontables et aux drames de la vie en ce monde a nourri en permanence des représentations et des pratiques directement ordonnées à l’obtention, ici et maintenant, des bénéfices de l’intervention divine, en matière de guérison, protection, etc », (Hervieu-Léger, 2001 : 76). Reste que le salut — Dieu et l’au-delà — était au centre de la pensée théologique et des pratiques religieuses. Aujourd’hui, notamment dans le néo-pentecôtisme, les valeurs s’inversent : l’accomplissement de soi « ici-bas » devient le centre des préoccupations théologiques. Le succès de l’EURD — connue par l’efficacité d’un service religieux destiné à résoudre des problèmes sociaux (individuels) — est, là encore, notre meilleur exemple.

L’éclectisme théologique, la médiatisation du religieux (télévangélisme), la « guérison divine » (exorcisme), la transe dans tous ses états ainsi que la mise à disposition, pour le croyant, d’un service religieux « personnalisé » et fondé sur les principes de la théologie de la prospérité sont quelques-unes des caractéristiques du néo-pentecôtisme ; néo-pentecôtisme dont l’EURD est l’un des principaux vecteurs.

L’Église universelle du royaume de Dieu fut fondée au Brésil en 1977 par un groupe de dissidents des Églises pentecôtistes brésiliennes Casa da benção et Nova vida [6]. Selon Mario Justino, ex-pasteur de l’EURD, cette dissidence est le fruit de divergences quant aux méthodes d’évangélisation utilisées par Edir Macedo de Bezerra et Carlos Alberto Rodrigues, principales personnalités du groupe dissident [7]. Ces divergences et probablement l’ambition personnelle de Macedo ont justifié la création de l’EURD. Ainsi, en 1977, Edir Macedo de Bezerra s’attribue le titre d’évêque de cette Église et la dirige depuis sa fondation jusqu’à nos jours [8].

L’EURD s’implante tout d’abord à Rio de Janeiro puis dans d’autres grandes capitales brésiliennes : São Paulo, Minas Gerais, Bahia, Paraná, etc. Quelques années plus tard, cette dénomination religieuse est présente sur l’ensemble du territoire brésilien. Son succès ne se limite d’ailleurs pas à la scène religieuse puisque cette église est également présente dans le champ médiatique, économique et politique [9]. L’EURD franchit les frontières brésiliennes à partir des années quatre-vingt. Elle s’implante tout d’abord aux États-Unis puis, de là, dans plusieurs pays des trois continents [10]. Actuellement, l’EURD serait présente dans quatre-vingts pays et totaliserait environ huit millions de « fidèles » [11].

Selon Edir Macedo, cette croissance est le résultat de l’action du Saint-Esprit : « Atribuo à ação do Espírito Santo o crescimento da Igreja. Não se trata de marketing bem feito, boa administração, nem de qualquer razão humana. É a ação do Espírito Santo » [12]. Autrement dit, le Saint-Esprit agit, lorsque la prière est bien orientée. Les particularités de cette orientation, ainsi que les buts envisagés, justifient l’action divine. En effet, l’EURD propose une pratique religieuse qui instaure une relation différente entre le Créateur et ses créatures. Cette relation est fondée sur les principes de la « théologie de la prospérité » ou de « la confession positive ». Inspiré de la vision du nord-américain Kenneth Hagin selon laquelle la « parole est pouvoir », Edir Macedo, met l’accent sur la force du désir : le Saint-Esprit agit lorsque l’on veut qu’il agisse. « L’expression verbale d’un désir est censée donc réaliser ce même désir. Par ailleurs, la prégnance de la dimension économique, qui est une marque du discours global actuel, a inspiré à Macedo cette transformation du lien entre la divinité et le croyant dans laquelle ce dernier, au lieu d’attendre les grâces que Dieu veut bien lui octroyer, doit ‘exiger’ celles-ci non plus comme une récompense pour une vie ascétique mais en tant que restitution contractuelle tant pour la foi qu’il professe que pour les dons en argent qu’il fait à l’EURD, considérée comme l’intermédiaire directe de la divinité » (Aubrée, 2004 :302). En effet, l’EURD considère l’argent comme la contrepartie des grâces accordées — guérison, succès professionnel, réussite sociale, bonheur ici-bas ainsi que dans l’au-delà, etc. Contrairement à d’autres théologies qui limitent le « projet divin » à une vie en abondance après la mort, l’EURD annonce le bonheur sur cette terre. « La volonté de Dieu est que nous ayons une vie bénie sur cette planète et qu’en plus nous recevions la vie éternelle après la mort physique » (Barros, brochure n° 123). Bien sûr, pour cela, il faut faire des sacrifices : « pour que le sacrifice puisse vous apporter des résultats, il va falloir que ce sacrifice soit complet : i) sacrifice spirituel [...], ii) sacrifice physique [...], iii) sacrifice financier, présenter à Dieu une offrande qui ne soit pas évidente, facile, mais qui cause de la douleur, afin d’appeler l’attention de Dieu et cela va provoquer en vous une certitude de pouvoir recevoir la victoire » (Barros, brochure n° 99).

L’ostentation de l’Église, symbole de l’abondance divine face à la misère profane, donne ainsi sens à la théologie de la prospérité, aux actions du Saint-Esprit sur l’Église à travers la prière et paradoxalement à la détresse de ses fidèles. C’est pour que la prière produise les résultats attendus qu’elle doit être bien orientée. Une prière bien orientée, « forte » dit-on, fait des miracles, rassemble des foules et, semble-t-il, érige un « royaume » qui s’étend de la ville de Joinville, située à l’extrême Nord de l’État de Santa Catarina (Brésil) jusqu’à Genève (Suisse).

En Suisse, l’EURD s’est d’abord installée à Genève (Centre d’accueil de l’EURD situé à la rue du Prieuré 19) puis à Zurich (UKRG Hilfszentrum à la rue Westsrasse 182). En ce qui concerne le temple de la ville de Lausanne, celui-ci a été momentanément désaffecté. Dans cette ville, tout comme à Lugano, l’Église figure ainsi uniquement dans l’annuaire téléphonique.

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Illustration 5
Photo du Centre d’accueil (E. Soares).

D’après mes observations, le service religieux du « Centre d’accueil de l’EURD » de Genève rassemble aujourd’hui environ cent personnes. Ce nombre de participants est cependant très relatif. Celui-ci peut augmenter ou diminuer selon différents facteurs tels que la période de l’année (à Noël, par exemple, le nombre de participants tend à augmenter), la campagne menée par l’Église, le charisme du pasteur en service, etc. Cette situation révèle l’important taux de circulation des pratiquants. Rappelons que la conversion religieuse ne fait pas figure d’impératif pour entrer dans cette Église. « Peu importe que vous soyez musulman, anglican, catholique, ou même que vous ne fréquentiez aucune Église. [...] Venez à nous ! », dit le pasteur Renato Cardoso dans un bulletin du Centre d’accueil, (Cardoso, sans date : 2). Apparemment, la conversion est une étape postérieure dans l’EURD : il faut d’abord franchir la porte du Centre d’accueil. Mais, il se peut également que la conversion religieuse n’implique pas d’affiliation ni d’abjuration religieuse [13].

La « clientèle » qui fréquente le Centre d’accueil est principalement composée d’immigrants portugais et brésiliens. Le nombre de pratiquants suisses est, quant à lui, relativement faible, voire insignifiant. Cependant, d’après le responsable du Centre d’accueil, les Suisses préfèrent les travaux personnalisés, tels les « conseils spirituels », aux prières collectives. Il est donc difficile de vérifier la participation effective des Suisses à l’EURD.

Le service religieux proposé dans cette Église inclut également des séminaires relatifs à la vie sentimentale, des rencontres pour les jeunes, des mariages et des enterrements, une école du dimanche et un service S.O.S. spirituel. Hormis ces activités dont l’objectif principal est d’orienter spirituellement les participants, le Centre d’accueil propose un ensemble de services extra-spirituels : des activités sportives, des visites aux malades et aux personnes âgées (à domicile ou à l’hôpital), des dons d’habits et d’aliments aux plus nécessiteux, des cours d’informatique, un service de taxi gratuit pour les personnes handicapées ainsi que des conseils aux chômeurs afin d’aider ceux-ci à se réinsérer professionnellement. S’ajoute à cette palette d’offres socio-religieuses les « chaînes de prières » hebdomadaires dont chacune est offerte trois fois par jour : à 10h00, 15h00 et 20h00 — dimanche à 10h00 et 15h00.

Certes, dans une l’Église, on prie, mais cette mise en valeur de la prière à l’EURD a d’autres significations. C’est, en effet, à travers la prière que cette Église véhicule ses représentations religieuses, à savoir la théologie (éclectique) de la prospérité. La légitimité de cette théologie dépend de la prière et, notamment de la façon dont celle-ci est orientée. En considérant l’argent comme la contrepartie des grâces accordées obtenues à travers la prière, l’EURD prospère et se présente aux croyants comme une preuve tangible de la présence de Dieu dans la démarche religieuse proposée. Bref, la prière est efficace lorsqu’elle est financée et bien orientée. Les particularités de cette orientation justifient probablement l’appellation « prière forte ».

J’ai proposé, dans le premier acte, la notion de « jeu dramatique » en lieu et place de théâtre pour qualifier les séances de prières à l’EURD. Je tenterai, au cours de ce deuxième acte, de présenter le service religieux à partir de la notion proposée. Il faut, pour cela, exposer tout d’abord le cadre dans lequel les séances de prières sont organisées à l’EURD. J’analyserai ensuite, en me fondant pour cela sur mes observations de terrain — en particulier le terrain genevois — la manière dont la prière est orientée dans l’EURD. Ce qui permettra d’opérer une mise en scène d’une séance de prières. Bien entendu, une série de commentaires jalonneront cette mise en scène, ces commentaires ayant pour fonction de faire le lien entre les hypothèses proposées et les observations de terrain. Il convient, à cet égard, d’ouvrir ce deuxième acte par un bref rappel des représentations véhiculées par la prière. Celles-ci constituent, en effet, le support du jeu dont l’enjeu est le rétablissement des liens entre les créatures et leur Créateur.

La souffrance quotidienne, nous l’avons dit précédemment, est une dimension très présente dans le discours théologique diffusé par les pentecôtistes et, particulièrement, par l’EURD. Dans ce discours, les problèmes d’ordre politique ou économique — éducation, santé, chômage, violence, pauvreté, etc. — sont considérés comme des malédictions. Selon les dirigeants de L’EURD, les « esprits de lumière » et de « misère » habitent l’individu. Une lutte sans merci oppose ces deux forces. Ainsi, lorsque le lien se distend entre le Créateur et sa créature, les « esprits de misère » — la drogue, l’alcoolisme, la prostitution, la violence, la solitude, la dépression, etc. — ont la possibilité de se manifester. Pour inverser cette réalité « socio-spirituelle », les liens avec le Créateur doivent être rétablis. Il faut, en effet, réveiller les « esprits de lumière » afin de contrer les « esprits de misère ». La prière constitue, pour cela, l’instrument privilégié pour faire face aux malheurs quotidiens. En effet, à travers la prière, le pratiquant maintient les esprits de lumière dans son corps, se rapproche de Dieu et empêche les éventuelles déviances spirituelles. Toutefois, chaque malheur est différent et suppose des modalités de prières, voire de jeux qui lui sont propres. Ainsi, en fonction du drame vécu par les « malheureux », l’EURD propose un jeu symptomatique : prière pour la prospérité, pour la guérison, pour la paix familiale, etc. Comme l’illustre le tableau ci-dessous, ces différents « jeux-prières » sont organisés selon un calendrier hebdomadaire.

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Illustration 6
Calendrier hebdomadaire de l’EURD.

Si la semaine voit passer, à l’EURD, l’ensemble des maux terrestres, le dimanche est, en revanche, le jour où la victoire du Christ sur le monde est proclamée. Cette façon d’organiser la semaine favorise le triomphe des forces de lumière sur les forces contraires. Cependant, cette victoire n’est que partielle car le « dimanche victorieux » est toujours suivi d’un nouveau « lundi malheureux », voire d’une nouvelle semaine pleine de malédictions, de tentations, de déviances possibles. La bataille hebdomadaire contre les maux du monde doit donc être relancée chaque semaine, et cela, jusqu’au jour de la victoire finale lors de la seconde venue du Christ (vision millénariste du pentecôtisme). Ces présupposés théologiques expliquent l’existence des « chaînes de prières ». En effet, à l’EURD, tout croyant souhaitant transformer sa vie est censé participer à un certain nombre de prières. S’agissant, par exemple, de résoudre un problème financier, il est recommandé de participer à neuf lundis de prières consacrées à la prospérité. L’ensemble forme une « chaîne de prières ».

La définition du terme « chaîne » est celle d’une série d’éléments liés les uns aux autres. Une « chaîne de prière » repose sur une idée similaire puisque le croyant qui y adhère est lié à — ou plutôt engagé dans — l’Église à travers sa prière. Celui qui suit une chaîne de prières sans la briser tend donc à se convertir à l’EURD. En effet, le mot « chaîne », au sens figuré, signifie également « continuité ». Alors que la foi est constamment soumise aux tentations quotidiennes, chaque début de semaine achève de relancer la bataille et les prières s’enchaînent les unes aux autres, à l’image des jours de la semaine. Cela dit, cette façon d’organiser la semaine permet au croyant de choisir la « chaîne de prière » la plus adéquate à ses besoins. Ce choix est facilité par la publicité diffusée par l’EURD.

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Bulletin distribué par l’EURD pour cibler les problèmes rencontrés par les fidèles.

La majorité des bulletins distribués par l’EURD proposent au lecteur une liste de problèmes à « cocher ». Le lecteur, séduit par le message, indiquera le problème qui le concerne et déposera ce prospectus à l’EURD le jour prévu pour résoudre le « malheur » en question. Si, par exemple, le lecteur souffre de problèmes de santé, il remettra le bulletin le mardi, jour destiné à l’onction d’huile « sainte » pour la guérison. Il arrive que le malheur du lecteur ne soit pas mentionné sur la liste. Dans ce cas, il est prévu un espace en lignes pointillées afin que celui-ci puisse expliquer son problème. Les prospectus doivent être déposés au « pied de la croix », située sur la scène à l’intérieur du Temple. Ils seront bénis lors de la prière puis ramassés par le pasteur pour une seconde bénédiction, dite « spéciale ». Si le lecteur n’arrive pas à déposer son prospectus aux jour et lieu prévus, il peut alors l’envoyer par courrier, par fax, par mail ou il peut encore le « lire » par téléphone. Le contact étant établi — sous ces diverses formes — le croyant sera orienté vers l’une ou l’autre des chaînes de prières. Quoi qu’il en soit, cette façon d’organiser la semaine de manière thématique facilite l’assimilation de multiples problèmes individuels, sans pour autant les mettre en évidence.

Cette procédure technique permet également aux responsables religieux d’adapter le langage du jeu aux particularités du lieu où l’Église se trouve installée. Il se peut, par exemple, qu’un même problème soit motivé différemment selon qu’il est appréhendé à Joinville ou à Genève.

En participant au service religieux de l’EURD à Joinville, j’ai pu observer que la prière du lundi, consacrée à la prospérité, attire la plupart des « fidèles ». En revanche, à Genève, le vendredi, destiné à la délivrance spirituelle, est le jour de la plus grande affluence. Étant donné la réalité économique de ces deux contextes, ces constatations semblent évidentes. Mais rien n’est évident, rappelle l’observateur. En effet, les problèmes sociaux, communs à ces deux réalités, sont interprétés de façon différente. Prenons l’exemple du chômage. Que ce soit à Joinville ou à Genève, le chômage constitue un problème social très inquiétant. Sa signification sociale prend cependant des dimensions différentes lorsque l’on considère la valeur attribuée à l’emploi dans ces deux sociétés. De manière générale, le chômage constitue aussi bien la perte d’un revenu que l’exclusion du « monde du travail », c’est-à-dire de tout un réseau de relations sociales. Toutefois, la réalité économique et politique de ces contextes détermine l’importance accordée à ces pertes. Alors que le chômage conduit, à Joinville, le chômeur et les siens au seuil de la survie, à Genève il est davantage synonyme d’un manque de liens sociaux. Quel que soit le capital perdu, au sens bourdieusien du terme, il s’agit, dans les deux cas, de pertes significatives. L’EURD exploite ces différentes interprétations et, en fonction de celles-ci, adapte le jeu : elle choisit et crée des rituels, des textes bibliques, des chants, des attitudes, etc. Ces adaptations ne changent cependant pas le principe du jeu.

Illustration 8, Illustration 9, Illustration 10 :
Séances de prières à l’Église universelle du royaume de Dieu.
Sources : site web de l’EURD .

Les participants sont invités à jouer leur propre rôle en fonction des « drames » qui composent leur existence. Le personnage du chômeur est donc un chômeur, celui du malade ne souffre pas d’une « maladie imaginaire » mais d’un véritable problème de santé dont les causes sont inconnues et apparemment inguérissable. Le participant choisit donc sa prière en fonction de son propre rôle : vendredi, jour de la prière destinée à la délivrance spirituelle, la femme possédée par des forces malignes jouera le rôle de « la possédée ». Se pose maintenant la question de savoir où ce « jeu » se réalise.

Le jeu se déroule dans un espace dramatique approprié à ses enjeux. Cet espace se trouve dans les temples de l’EURD. À Genève, le « temple universel » se partage, avec d’autres magasins commerciaux, un petit coin assez étroit sur le trottoir du Prieuré. Pour éviter toute confusion, une immense affiche, fixée sur une vitrine, signale l’existence de l’« espace dramatique ».

Cent vingt-huit sièges bleus, disposés en deux rangées — l’une à droite de quatre-vingts places, l’autre plus petite, à gauche, de quarante-huit places — sont réservés aux participants du jeu. Cette disposition permet de disposer ainsi de trois couloirs : un plus large au centre, qui fait face à la scène ainsi qu’aux accessoires, et deux autres sur les côtés. Ces couloirs facilitent les allées et venues des participants, de même que l’intense mouvement des assistants — à savoir des « ouvriers de Dieu » — qui est d’usage à l’EURD. Ces sièges sont, en fait, presque inutiles puisque, la plupart du temps, les participants restent debout, dans l’espace libre séparant les sièges de la scène. La scène, qui se trouve tout au fond de l’Église, est bien en évidence, tant par sa hauteur — environ un mètre — que par sa couleur — rouge sang. Une petite table, placée au fond à gauche, trois vieux sièges au centre, un orgue électronique à droite, un parloir au centre du proscenium ainsi qu’une grande croix en bois tout à gauche achèvent de décorer la scène. Tout au fond, fixée sur le mur blanc, une inscription en écriture gothique rappelle que Jésus-Christ est le Seigneur. C’est dans cet « espace dramatique » que le « jeu » se déroule. Pour y entrer et connaître le déroulement du jeu et de ses étapes, plaçons-nous devant le Centre d’accueil.

À l’entrée, un monsieur souriant accueille chaleureusement les participants au « jeu » du dimanche, « jour de la victoire ». La salutation est accompagnée d’un geste simultané de la tête et du bras désignant le chemin à suivre. Un tapis de style oriental semble, lui aussi, indiquer le chemin à parcourir. Une musique presque imperceptible devient de plus en plus forte à mesure que l’on s’approche de l’entrée principale. On tourne d’abord à gauche, pour enlever son manteau, puis à droite et voilà que l’on se trouve au cœur de l’église. En y arrivant, quatre personnes, toujours aussi souriantes, montrent les bonnes places. Les tenues et les façons d’être sont identiques pour tous. Les hommes et les femmes portent un costume blanc et bleu. Ces deux couleurs caractérisent d’ailleurs l’« espace dramatique ».

Environ soixante personnes sont présentes. Des Brésiliens, des Portugais, des Capverdiens, pour la plupart, ainsi que quelques Suisses. À l’exception de deux jeunes couples et d’un petit groupe d’enfants, la majorité des participants est d’un âge moyen, c’est-à-dire entre quarante et soixante ans.

Assis, les gens attendent patiemment le pasteur. Certains profitent de ce temps pour lire la Bible ou le bulletin de l’Église déposé sur les sièges. D’autres semblent réfléchir en tenant leur tête entre les mains. Ce qui est sûr, c’est que personne ne bouge. D’ailleurs, le moindre des mouvements serait perceptible par le groupe ainsi que par les yeux attentifs des ouvriers de Dieu. Ceux-ci sont au nombre de dix. À l’exception de la personne souriante qui se tient à la réception, tous les autres sont postés contre la paroi droite de l’église. L’ensemble « bleu-statique » ressemble à un véritable peloton de garde. L’expression de tendresse à l’accueil est désormais remplacée par une expression plutôt austère. Personne ne parle ni ne se regarde. Un silence pétrifiant s’impose. Seule la musique douce continue de se faire entendre et de se répéter. Ce climat est soudainement bouleversé lorsque le pasteur, en l’occurrence Capverdien, arrive sur scène. Des têtes se lèvent, des sourires se forment et certains murmures se font même entendre. La « vedette » entre en scène, c’est-à-dire, littéralement sur la scène. À genoux, appuyé sur une des trois vieilles chaises, il prie. Silence (...)

Lorsqu’il se relève et se tourne vers les gens, tout se transforme : la musique change de rythme, les ouvriers souriants stimulent les gens à chanter en frappant des mains, les jeunes et les enfants dansent sur place et même l’ethnologue semble être plus à l’aise. « Rapprochez-vous », demande le pasteur en souriant. Au moyen d’un microphone sans fil, il annonce le « jeu » du dimanche en présentant une réflexion : « Aujourd’hui c’est un beau jour ! Savez-vous pourquoi ? », demande-t-il. Certains se regardent, d’autres baissent la tête. Voici pourquoi : « Parce que dimanche est le jour consacré à remercier le Seigneur Jésus. Amen ! ». « Amen ! », répondent les fidèles.

Avant de commencer le jeu proprement dit, l’orateur propose à l’assemblée une sorte de prologue. Son explication constitue déjà un exercice préalable à la suite. Celle-ci est, en effet, ponctuée de « oui » ou de « non » (mode interrogatif) et de « Amen » ou de « Jésus » (mode affirmatif). Par exemple : « Aimez-vous le Seigneur Jésus, oui ou non » ? Réponse : « Amen » !

En règle générale, les gens prononcent « Amen » ou « Jésus » à n’importe quel moment. En effet, des « Amens » sont prononcés tout le temps. Il semble, cependant, que la forme interrogative — oui ou non — soit réservée au pasteur. En tout cas, selon mes observations, les questions posées sont toujours incontestables. Le moindre geste dans la tentative d’élaborer une réponse plus élaborée deviendrait un geste stupide. Par exemple : Jésus est le fils du Seigneur ! Oui ou non ? L’unique réponse possible à cette question est : Amen.

Pour terminer l’explication, le pasteur annonce les règles indispensables pour effectuer une « bonne » prière. C’est-à-dire pour que la prière soit « forte » et produise les résultats attendus. Signalons que le « jeu-prière » se divise généralement en sept parties : présentation du jeu et des règles à suivre, échauffement physique et émotionnel, réflexions bibliques, exercice émotionnel — « prière forte » —, témoignages, offrandes et relaxation finale. Bien entendu, cette division fait allusion aux étapes du jeu dramatique tel qu’il est proposé dans le travail du comédien [14]. Il s’agit ainsi ici d’une lecture de la mise en scène de la prière à l’EURD d’après les présupposés du jeu dramatique. Cela dit, revenons aux règles du jeu.

Comme dans n’importe quel jeu, la présentation des règles est nécessaire. C’est une des fonctions exercées par le pasteur : définir les règles du jeu avant de commencer à jouer. Ainsi, pendant l’échauffement et l’exercice émotionnel, il importe de garder les yeux fermés et de parler à voix haute (crier, si nécessaire), de répondre par des mots — oui ou non, amen, etc. — ou par des gestes aux appels du pasteur. Les dialogues ne se caractérisent par aucun ordre établi. Tous les participants peuvent jouer leur rôle en même temps. Ce rappel des consignes du jeu dépend de la présence des nouveaux participants puisque les habitués connaissent déjà les règles par cœur. Cela dit, toutes les séances auxquelles j’ai eu l’occasion de participer ont commencé par cet avant-propos. Ce qui suggère, à nouveau, l’intense mobilité des participants qui fréquent l’EURD.

La fonction des assistants, du musicien et du « machiniste » est de donner le ton dramatique, contexte nécessaire au discours du pasteur ; celle des « ouvriers de Dieu » est de faire observer les règles du jeu afin d’en garantir le bon fonctionnement. Leur performance sera mise en valeur lors du déroulement du jeu.

La deuxième partie est fondamentale pour le bon fonctionnement du jeu. Les participants doivent être chauffés, selon les règles établies. Ainsi, le pasteur stimule les participants par des chants, des gestes, des phrases répétitives, des blagues, etc. C’est également lors de cette deuxième partie que le pasteur démontre sa capacité d’animateur du jeu : il faut qu’il danse, rie, chante, cours, crie, pleure, hurle, feigne, improvise, etc.

« Fermez vos yeux ! », demande le pasteur. Celui-ci poursuit : « Mettez la main droite sur votre cœur et répétez avec moi : Seigneur mon Dieu (...) ». À ce moment, la musique change. Elle accompagne l’intonation vocale du pasteur. En effet, le pasteur et son assistant, le jeune musicien à l’orgue électronique, à sa gauche, sont en parfaite harmonie. L’ensemble ne va pas sans rappeler une comédie tragique radiophonique ou encore un mélodrame télévisé. Le pasteur joue avec l’intonation de sa voix. Celle-ci devient douce lorsqu’il parle de Jésus ou alors pleine de rage lorsqu’il expulse Satan :

« Seigneur Jésus, notre père aimé ... - Tendresse ;
Nous croyons en toi, Seigneur... - Compassion ;
Nous croyons en ‘toi’ Seigneur... - Compassion à l’extrême ;
Seigneur Jésus - Appel ;
Nous sommes là pour te remercier - Compassion ;
Nous sommes là, pour remercier celui qui est mort pour nos péchés - Pitié ;
Nous sommes là pour empêcher les tentations - Suspens ;
Pour dire non au Satan ! - Cri ;
Sortez de moi Satan ! - Rage
Partez ! - Autorité ».

Il importe de rappeler que tout cela s’accompagne de nombreux mouvements de la part du pasteur et de ses assistants. Le pasteur marche de manière compulsive sur la scène tandis que les « ouvriers de Dieu » se dispersent parmi les participants. Leur fonction : soutenir le discours du pasteur. Quand le pasteur dit, par exemple : « partez Satan ! » l’assistance fait échos : « partez Satan ! Partez Sa [...] ! Partez ! Pars ... ars.... sss ». Afin que cet écho se dirige de tous côtés, les « ouvriers de Dieu » se déplacent rapidement parmi les participants — qui ont toujours les yeux fermés — en chuchotant les paroles du pasteur. Ce mouvement produit probablement d’autres sensations : des images qui se forment, accompagnées d’un doux courant d’air qui passe et touche de temps en temps les gens.

Une musique douce s’élève alors et le pasteur se calme. En effet, tout cela ne constituait qu’un exercice préalable au jeu. « Avant de prier effectivement, il faut réfléchir » rappelle le pasteur.

Muni d’une Bible, le pasteur passe à la troisième partie du jeu : la prédication. La lecture de certains passages du Livre sacré légitime l’action dramatique du « jeu » et les représentations qui en découlent.

« Ouvrez la Bible et cherchez Ezéchias dans II Chroniques, chapitre XXIX », demande le pasteur. Celui-ci continue : « nous allons lire ce que Dieu nous a préparé pour cette séance ». Rapidement les « ouvriers de Dieu » apportent des Bibles pour en offrir à ceux qui n’en ont pas. Avant de commencer la lecture, le pasteur observe que la Bible était bien ouverte au chapitre cité. En souriant, il s’exclame : « Dieu est présent dans cette salle ! » « Amen ! » s’exclament les gens. Cette observation du pasteur met en évidence une conception particulière de la prédication chez les pentecôtistes en général et à l’EURD en particulier. Elle n’est plus l’enseignement donné par un homme instruit (conception protestante) mais l’irruption hic et nunc de la parole de Dieu au cœur de l’assemblée via le dispositif prévu et l’inspiration du pasteur. La présence effective de Dieu étant alors mise en scène, l’enjeu du jeu n’en est donc que plus perceptible. On est alors en présence d’un spectacle de foi.

Cette observation mise à part, le pasteur continue sa réflexion : « [...] Ezéchias devint roi à l’âge de vingt-cinq ans à Jérusalem [...] Il fit ce qui est droit aux yeux de l’Éternel, en tous points comme avait fait David, son père [...] » (La Bible, II Chroniques Chapitre XXIX, versets 1-2). Le pasteur lit deux fois ce même passage. La seconde fois, il ponctue sa lecture de petites remarques, telles que : « l’Éternel est Dieu », « nous sommes Ezéchias », « Dieu est attentif à tout ce qui se passe avec Ezéchias, donc avec nous », etc. « Si l’on se tourne vers Dieu comme l’a fait Ezéchias et l’ensemble de son peuple, Dieu sera-t-il content, oui ou non ? », demande le pasteur à l’assemblée. « Oui ! Amen ! », répondent très vivement les participants. La réponse n’a pas pourtant convaincu le pasteur. Déçu, celui-ci s’approche d’un petit garçon et lui chuchote à l’oreille : « Penses-tu que Dieu soit content si l’on fait de bonnes choses ? », « oui ! », chuchote aussi l’enfant. Le pasteur embrasse l’enfant et tous les deux se placent face à l’assemblée. « Tu vas m’aider à poser la même question à ces gens et l’on va voir s’ils répondent aussi bien que toi ». Ensemble : « Dieu est-il content lorsque l’on fait de bonnes choses ? » L’assemblée s’empresse de répondre « Amen ! ». « Faisons donc des bonnes actions afin que Dieu puisse éclater de joie, comme vous », remarque le pasteur.

Par le biais de différentes analogies, le pasteur en arrive au cœur du message de prédications prévu pour cette réunion : être ouvert au Saint-Esprit. Pour cela, il convient préalablement d’expulser l’esprit du Mal : le chômage, la drogue, la jalousie, les maladies, etc. Afin d’imager ses dires, le pasteur propose de démontrer pratiquement ce qu’est « un corps tenu par un esprit du Mal ». Il demande à un « ouvrier de Dieu » d’environ quinze ans de monter sur scène avec lui. « Montez sur mon dos », demande le pasteur au jeune homme. Le garçon hésite et son expression démontre que la mise en scène n’était pas prévue. Le pasteur le rassure en lui disant : « N’ayez pas peur, c’est pour une bonne cause ». Afin de faciliter la tâche du garçon, le pasteur plie les genoux. Quelques sourires émanent de l’assemblée du fait de sa position, ce qui, probablement, encourage le jeune à jouer son rôle. Finalement, il saute sur le dos du pasteur, en le tenant par la gorge. Le pasteur marche sur la scène avec le garçon sur son dos en s’exclamant : « Le Satan est lourd ! Le Satan est collant ! Il nous fait mal [...] ». Visiblement fatigué, le pasteur fait appel à un autre ouvrier, pour que celui-ci lui tienne le microphone. Ils se placent tous trois au centre de la scène et le pasteur continue son discours d’une voix faible : « Je ne te veux plus, sors de moi Malin ». En criant soudainement, le pasteur ordonne : « Partez Satan ! » Le cri est accompagné d’un geste qui achève d’éjecter le garçon par terre. « C’est ainsi que nous expulsons le Malin de notre corps », déclare le pasteur, tout en souriant au garçon. « Amen ! », s’exclame l’assemblée.

L’appel au texte dramatisé, le fait de privilégier le récit d’anecdotes, la prise à parti d’un enfant ou le sketch plutôt que l’exégèse est une pratique commune à l’EURD. Cette pratique constitue la façon dont les pentecôtistes font passer, en général, leurs messages parmi les couches populaires. En ce sens, cette « manière de faire », n’est pas différente de la « liturgie dramatisée » de l’Église des premiers Chrétiens dont l’objectif majeur était de rendre sensible les croyants aux mystères du christianisme. L’anthropologue Yvan Droz observe également que les processus psychologiques mobilisés dans ces scènes ne sont pas sans rappeler ceux de la psychologie rodgerienne, psychologie utilisant la projection à des fins thérapeutiques. « Associée à la ferveur cathartique et aux intenses manifestations émotionnelles des fidèles, cette technique renforce l’efficacité symbolique de la prière : chacun des fidèles est placé, resitué dans le contexte originel de la guérison opérée par le christ. La prière ainsi vécue devient une procédure de reconstruction symbolique du contexte des récits bibliques », (Droz, 2001c : 37).

« Sur la scène deux fois deux font trois ou cinq : c’est affaire d’intensité dramatique ».
(Nicolaï Evreïnov, 1879-1953).

Une fois « chauffés » émotionnellement et intellectuellement, les participants sont prêts à passer à la quatrième partie du jeu. Il s’agit d’un autre moment très important — même le plus important — puisque c’est l’occasion pour le participant de démontrer sa capacité à jouer, en l’occurrence, à s’ouvrir au Saint-Esprit.

« Fermez les yeux. Nous allons maintenant expulser le Malin de nos corps pour ouvrir les portes du Temple du Seigneur », dit le pasteur. Ainsi, les yeux fermés, chaque participant est censé exprimer ses pensées à haute voix. Cette expression commune des participants les pousse à exalter leur rôle afin de se faire entendre. L’atmosphère ne va pas sans rappeler une réunion parlementaire, lorsque les politiciens ne sont pas d’accord. Tous expriment simultanément leurs pensées, en essayant de se faire entendre de la foule, elle aussi vociférante et excitée. On assiste, en effet, à l’engagement de véritables débats entre les participants et Dieu ou encore entre eux et les puissances du mal : « Jésus, je suis là car je veux triompher. Et je sais que pour cela, tu es l’unique voie. Alors dis-moi ce que je dois faire. Donne-moi un signe de ton pouvoir [...] ». « Amen ! », dit un autre participant les bras levés au ciel, tandis qu’un autre, à genoux, demande pardon au Seigneur pour ses fautes commises : « j’étais aveugle, dit-il. « Donnez-nous alors ta lumière Seigneur », supplique le pasteur à voix haute. C’est alors que ce dernier est pris par le Saint-Esprit : « ralamadara...Lamaradara... radala ...ladara...mara... ». C’est la langue du Saint-Esprit (glossolalie), étrangère aux observateurs.

Tout à coup, d’autres participants sont eux également pris par le Saint-Esprit. Les « langues étrangères » se mêlent alors aux suppliques exprimées en portugais (brésilien), français, portugais capverdien, etc. Parfois, un « ouvrier de Dieu » aide certains participants en posant ses mains sur le front du « malheureux » et en priant avec lui. C’est l’« imposition des mains ».

Illustration 11 :
L’imposition des mains .Source : site web de l’EURD.

La musique douce qui s’introduit discrètement achève de calmer les esprits, annonce la fin des discussions et introduit le cantique suivant :

Illustration 12, Illustration 13, Illustration 14, Illustration 15 :
Pratiquants qui prient.
Sources : site web de l’EURD.

« Si nous commençons à prier,
Ce temple tremble,
Si nous commençons à prier,
Nous sauverons des vies.

Elie a prié, Elie a prié
Le feu est descendu,
Oh Dieu merci
Josué a prié, et le soleil
S’est arrêté »

L’expression conjointe des « Amens » et des « Jésus » de l’assistance, des « suppliques étrangères », ainsi que l’intense mouvement corporel des pratiquants — bras tendus vers le ciel, mains sur le sommet du crâne, marche compulsive d’un côté à l’autre, genoux à terre, etc. — créent l’ambiance propice à l’extériorisation d’émotions les plus intimes. Ce climat fort émotionnel permet alors d’éveiller les personnages qui composent la personne [15]. La construction de ces personnages et leur action dramatique, leur conviction, leur pouvoir de persuasion, leur expression corporelle, leur capacité de retenir le texte ou d’improviser, etc. dépendent de la « dévotion » du pratiquant au jeu proposé. C’est le jeu — et notamment cette séquence du jeu — qui fournit les éléments (texte, atmosphère, personnalité, gestualité, etc.) nécessaires à la composition — pour prendre un exemple — par le « pratiquant chômeur » du personnage du « chômeur-content » malgré sa situation de non-emploi. L’étape suivante du jeu, le témoignage, tend à confirmer l’importance de ce moment du jeu.

« Nous pouvons nous fabriquer n’importe quel personnage, il suffit de le cajoler ».
(Michaïl Saltykov-Chtchedrine, 1826-1889).

Dans une atmosphère plus sereine, les participants sont alors invités à raconter leurs expériences afin de témoigner de l’efficacité du jeu proposé.

« Vous vous sentez bien ? », demande le pasteur à l’assemblée. « Que ceux qui se sentent en paix lèvent le bras ! » Tous lèvent leurs bras et disent « Amen ». Il demande ensuite si certains participants ont vécu des choses étranges. Une dame déclare qu’elle entendait des voix ! Le pasteur lui demande alors si elle les entend encore. « Non ! Maintenant je n’entends plus rien », répond la dame. « Amen » dit alors l’assemblée tout entière [16]. Un participant évoque également sa paix intérieure, un autre déclare qu’il respire mieux, un troisième qu’il n’a plus de maux de tête, etc. Si, par hasard, rien n’a changé, c’est parce que le pratiquant n’a pas bien joué. Le manque de résultats attendus serait, en effet, dû à un manque de ferveur religieuse de la part du pratiquant.

Ces témoignages constituent également une invitation pour le participant « amateur » à revenir jouer. En effet, le témoignage représente un exercice de composition de « personnages ». Il permet de renforcer le rôle — ou le récit — de celui qui témoigne et d’encourager ceux qui écoutent à croire en une situation nouvelle. Mais cela dépend, bien entendu, de la foi et de la persévérance de chacun. Comme le dit André Soubeiga (1999 : 116-117) : « plus qu’un simple remerciement, le témoignage dans la vie chrétienne est donc une quasi-obligation morale, une ‘dette’ que l’homme doit à son créateur, après avoir reçu sa grâce. Il donne un sens à la vie du croyant et revitalise sa foi ; par un effet d’entraînement, il est capable ‘de produire un déclic’, d’‘empêcher le découragement’ et inciter d’autres ‘frères en Christ’ encore hésitants à franchir le pas. En ce sens, le témoignage n’est sans doute pas étranger à une volonté plus ou moins affirmée de prosélytisme ».

Illustration 16 :
Os dízimos e as ofertas. Sources : site web de l’EURD.

L’efficacité du jeu ayant été témoignée, les participants sont alors invités à faire des offrandes en argent, en plus de la dîme qu’ils sont censés payer régulièrement. Un espace approprié, de même que des équipements et des accessoires sont en effet nécessaires pour pouvoir jouer. Mis à part les besoins d’ordre matériel, les offrandes permettent surtout d’ouvrir de nouveaux temples et donc de donner l’opportunité à d’autres personnes de jouer.

Le pasteur reprend alors sa lecture des Saintes Écritures : « Ezéchias a découvert les raisons qui causaient tant de souffrance à son peuple : il y avait une grande distance qui séparait le peuple de Dieu. Les portes du temple de Dieu étaient fermées, empêchant ainsi son peuple de lui rendre gloire. Ainsi, ils ne pouvaient plus prier, ni rendre leur culte à Dieu, ni présenter leur dîme à Dieu. Face à cette situation, Dieu ne pouvait pas être content, oui ou non ? » Le pasteur interroge ainsi l’assemblée qui répond « Amen ». Et il continue : « si Dieu n’est pas content, son peuple se trouve, lui aussi, dans la désolation. Si vous êtes dans cette situation, je peux vous assurer que rien n’est encore perdu car le Saint-Esprit peut vous donner la force, comme il l’a fait avec le roi Ezéchias pour délivrer son peuple. Si vous désirez de l’aide, il va falloir faire ce qu’a fait le roi Ezéchias : ouvrir les portes du temple à l’Éternel. Vous devez, vous aussi, ouvrir les portes du temple, car Dieu n’habite pas dans des temples en pierre mais dans des temples en chair qui ne sont rien d’autre que nos propres cœurs. [...] La Bible dit-elle que nous sommes des temples de Dieu ? Amen ? », « Amen ! », répondent les fidèles.

Le « jeu du pasteur » vise à culpabiliser le pratiquant en démontrant, Bible en main, que la grâce divine survient automatiquement après les offrandes, ce qui permet au pasteur de se mettre momentanément hors-jeu. En effet, le pratiquant malheureux est considéré comme étant le seul responsable de sa situation. C’est lui qui a fermé les « portes » à l’Éternel. C’est donc à lui de les réouvrir à travers la prière. Il faut, pour cela, qu’il « négocie » avec Dieu en lui apportant une offrande digne de sa demande. Ainsi, le pasteur et l’Église s’excluent des négociations tout en légitimant l’emploi des offrandes récoltées.

« Levez-vous, les bras tendus, montrons à Dieu que nous sommes des « temples ouverts ». Montrons qu’avec la force du Saint-Esprit, nous sommes prêts à célébrer son culte et à lui offrir nos offrandes ». L’assemblée lève les bras. « Êtes-vous contents de pouvoir offrir vos offrandes à Dieu ? » — « Oui », s’exclame l’assemblée. « Nous savons tous que l’on ne peut présenter à Dieu n’importe quoi. Il faut présenter à Dieu une offrande qui ne soit pas évidente, ni facile, mais qui cause de la douleur afin d’appeler l’attention de Dieu. Cela va provoquer en vous la certitude de pouvoir recevoir la victoire. Pourtant, pensez bien à ce que vous demandez à Dieu et à ce que vous allez lui offrir ! ». « Mettez la main droite dans votre poche et prenez ce que vous pensez digne d’être offert à Dieu. Venez le déposer ici (dans un sac rouge tenu par un « ouvrier de Dieu ») », demande le pasteur.

Ce rituel est très similaire, dans sa forme, à celui de la « sainte communion » pratiquée dans l’Église catholique. Les participants se placent en file et marchent lentement, l’un derrière l’autre, en chantant. À la fin de l’offrande, l’ouvrier donne le sac rouge au pasteur qui le dépose au pied de la Sainte Croix. Une prière achève ensuite de bénir les offrandes puis le sac est retiré de scène par un assistant.

La dernière partie est tout aussi importante puisqu’il faut quitter le temple, muni de la certitude que l’on a réussi et que l’on y reviendra. Tous chantent avec les bras levés.

Illustration 17, Illustration 18, Illustration 19, Illustration 20 :
Pratiquants qui chantent.
Sources : site web de l’EURD.

« Je suis content,
Jésus m’a délivré,
Chantons sa gloire,
Alléluia,
Jésus m’a délivré,

Satan m’a lié, mais Jésus m’a délivré
Chantons sa gloire,
Alléluia,
Jésus m’a délivré
 »

Le chant s’arrête. Le pasteur regarde l’assemblée — silence — ferme les yeux et laisse tomber doucement sa tête. Le mouvement inverse est accompagné d’une musique douce — la même qui nous a accueillis au début de cette réunion. En souriant, le pasteur demande aux gens de se regarder : « regardez celui qui est à votre côté, regardez vos frères, nos ouvriers, regardez moi... » dit-il. Les gens se regardent et sourient. Silence. « Nous sommes prêts à partir maintenant », dit le pasteur. Les bras levés, il évoque le Père, le Fils et le Saint-Esprit.

La diminution de l’intensité émotionnelle, à partir des chants et des exercices physiques légers (respiration profonde, mouvements lents et articulés, etc.) laisse supposer — ou plutôt met en scène — que le Saint-Esprit quitte l’assemblée. Le jeu est alors terminé. C’est l’affirmation publique et collective — et non plus personnelle comme c’est le cas lors des témoignages — que le jeu a réussi. Mais cette séquence constitue également une charnière, une temporalité intermédiaire entre le temple et le monde extérieur, entre l’espace dramatique et la scène. « Nous sommes prêts à partir », autrement dit, nous sommes prêts à entrer sur la scène quotidienne.

C’est ainsi que, dans la réalité, hors du temple, des personnages naissent : c’est le personnage du chômeur en paix avec lui-même, satisfait (malgré tout) ; c’est le personnage de la femme trompée mais amoureuse et contente ; c’est celui du solitaire qui a fait de Jésus son ami ; etc.

« Les masques sont des expressions figées et d’admirables échos du sentiment, à la fois fidèles, discrets, et plus vrais que nature. Les choses vivantes en contacts avec l’air doivent avoir un épiderme, et on ne saurait reprocher à l’épiderme de n’être pas le cœur. Pourtant certains philosophes semblent en vouloir aux images de n’être point les choses et aux mots de n’être point les pensées. Mots et images ressemblent à des coquilles ; ils ne font pas moins partie de la nature que les substances qu’ils recouvrent, mais ils parlent mieux à l’œil et s’ouvrent davantage à l’observation. Je ne veux pas dire que la substance n’existe que pour l’apparence, ou les visages, que pour les masques ou les passions que pour la poésie et la vertu. Rien ne se produit pour autre chose dans la nature ; le cycle de la vie englobe également tous ces moments et tous ces effets... » (George Santayana, 1922 : 131-32).

Au terme de cette réflexion, il convient de rappeler quelques éléments. La prière à l’EURD est dite « forte ». Sa force repose à la fois sur les représentations qu’elle véhicule et sur la façon dont celle-ci est orientée.

Le discours théologique diffusé par l’EURD est fondé sur la théologie de la prospérité, théologie d’inspiration pentecôtiste. Les représentations découlant de cette théologie constituent le support de la prière dont l’enjeu est le rétablissement des liens avec le Créateur. Selon la théologie de la prospérité, les malheurs du quotidien seraient le fruit d’un éloignement de Dieu. Pour inverser cette réalité « socio-spirituelle », il importe de rétablir le lien avec Dieu à travers la prière. Pour que cette prière produise les résultats escomptés, une contrepartie financière est nécessaire : la dîme et les offrandes. Cette contrepartie permet à l’Église — et ses dirigeants — de prospérer. Ainsi, en insistant sur un Dieu pragmatique et agissant qui répond systématiquement aux appels des pratiquants méritants, l’Église prospère et devient ainsi la preuve tangible de la présence de Dieu dans sa démarche religieuse. D’où la surenchère de dons et d’investissements physiques. Mais la prière implique également la participation effective du pratiquant.

La prière, dit-on, est expérimentation, expression d’un vécu, révélation de l’esprit. Le rôle du dirigeant et de son assistance se limite à l’orientation d’un service religieux dont le pratiquant est le protagoniste. Cette « manière de faire » exclut ainsi la présence de spectateurs dont le statut est fondamentalement différent de celui des participants. Il ne s’agit donc pas de théâtre. D’où la notion de « jeu dramatique » pour qualifier cette prière dite « forte ».

Si l’exclusion de la figure du spectateur fait la différence entre les notions de théâtre et de jeu dramatique, ne serait-il pas plus pertinent de parler de théâtre pour qualifier et décrire un culte protestant ou une messe catholique ? Certes, dans un culte protestant et davantage encore dans une messe catholique, le pratiquant participe en chantant, en se serrant les mains, en répondant aux appels du responsable religieux, en prenant la communion, etc. Cependant, cette participation se limite à la reproduction d’un service liturgique sclérosé par sa forme. La prière « forte » est, au contraire, production car axée sur le vécu du pratiquant. D’où son caractère dramatique : la prière est friction et non fiction, elle est émotion, affolement, elle est production et non produit. Et les cantiques sont l’expression du cœur et non d’un chœur. C’est cette mise en valeur du vécu du pratiquant qui favorise sa participation et qui permet de qualifier différemment le « spectacle de foi » qui se produit dans une messe catholique ou un culte protestant de celui qui se produit dans une réunion du Renouveau charismatique, un culte pentecôtiste ou, plus particulièrement, une prière à l’EURD.

À l’image du jeu dramatique, cette prière dite « forte » se définit comme une pratique à la fois individuelle et collective fondée sur le vécu des pratiquants. Celle-ci vise à faire participer l’ensemble des exécutants à des actions communes et solidaires aux représentations qu’elle véhicule. Le « jeu-prière » constitue donc un exercice émotionnel et physique préalable à l’action dramatique qu’il suppose. C’est en jouant pour soi que le pratiquant éveille puis construit des personnages qui joueront pour et avec les autres. La scène sur laquelle ces personnages auront l’occasion de « re-présenter » se trouve donc à la sortie du temple, sur la scène quotidienne. Ce qui suppose que le pratiquant convertit est un personnage. Et pourquoi pas ? L’idée devient moins étrange lorsque l’observateur accepte lui-même le fait d’être sur une scène, avec les personnages qu’il observe. L’ethnologue ne constituerait-il pas un personnage dont le rôle principal est d’en observer d’autres afin de mieux comprendre le drame au sein duquel il est également impliqué ?

 
 

Notes

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[1] Afin de faciliter la rédaction, le nom de l’Église universelle du royaume de Dieu sera remplacé par l’EURD.

[2] Je remercie les professeurs Gilbert Rist et Yvan Droz et le doctorant Laurent Amiotte-Suchet pour leurs commentaires. Toutefois, je porte seul la responsabilité des interprétations dont l’ensemble apparaît dans mon mémoire de DEA (Soares, 2000) qui se trouve à la bibliothèque de l’Iuéd. Je remercie également Béatrice Steiner, doctorante à l’Iuéd, pour les corrections de français.

[3] Au Brésil, l’anthropologue Marion Aubrée racontait par exemple que les responsables de l’Église universelle ont interdit à leurs fidèles de parler avec les ethnologues. Ces derniers sont donc contraints de se faire passer pour de simples fidèles afin de mener leurs recherches.

[4] « Le spectacle existe véritablement si le public “entre” dans la scène et, à travers l’acteur, il se construit, il se propose, il se regarde » (Stoklos, [bb=2001| STOKLOS Denise, 2001, « Teatro essencial, uma possibilidade », Manifestos. http://www. Denisestoklos.com.br/manif5.htm, [page consultée le 24.08.2004].], ma traduction).

[5] Psychodrame, « ce terme désigne une psycho-réalisation totale ». Dans ses textes classiques, Jacob Moreno « définit le psychodrame comme fait de vivre ou de revivre sa vie sur la scène psychodramatique (to live-out one’s life on the stage). Réalisation totale de la psyché (âme) par l’action (drame), comme dans une reconstitution impliquée » (traduction et commentaire d’Anne Ancelin Schützenberger in Moreno, 1972 : 166).

[6] Respectivement : Maison de la bénédiction et Nouvelle vie.

[7] Une des techniques d’évangélisation utilisées par Edir Macedo et Carlos Rodrigues était la distribution de sel miraculeux.

[8] Hormis M. Carlos Alberto de Rodrigues (consacré évêque par Edir Macedo), tous les autres membres du groupe (Romildo Ribeiro Soares, pasteur De Paula et Nayton Nery), ont quitté l’Église peu de temps après sa fondation.

[9] Au début des années quatre-vingt, l’Église universelle était déjà propriétaire de plusieurs moyens de communication de masse — parmi lesquels la chaîne de télévision TV Record — et d’une banque privée (Banco metropolino). Sa représentation politique comptait sur quatorze députés au Parlement national et sur de nombreux parlementaires dans les États fédérés. « Actuellement, aux élections de 2002, l’Église universelle a obtenu trente députés fédéraux sur cinquante députés évangéliques et deux sénateurs tandis que le vice-président choisi par Luiz I. da Silva, nouveau président élu du Brésil, appartient au parti libéral actuellement entièrement noyauté par la hiérarchie de l’Église universelle » (Aubrée, 2004 : 303).

[10] Pour en savoir plus sur l’expansion de l’Église universelle dans les continents asiatique, africain et latino américain, se référer à l’ouvrage de Paul Freston (2001).

[11] Ces données sont, cependant, très controversées. Apparemment, même les responsables religieux de l’Église universelle ne sont pas d’accord entre eux quant au nombre de temples religieux implantés à l’étranger. C’est en tout cas, ce que l’on peut vérifier sur les deux sites web officiels de l’Église universelle : l’Arca universal et l’igreja universal. Dans le premier — in 27 anos da IUED : conquistando o mundo para Jesus — on parle de soixante-dix tandis que, dans le deuxième — in IURD no mundo — on en compte quatre-vingt. Il est également difficile de préciser le nombre de fidèles qui gravitent autour de l’Église universelle à cause de l’important taux de renouvellement des fidèles et de la diversité des dénominations pentecôtistes qui parfois se ressemblent ou se distinguent.

[12] « J’attribue à l’action du Saint-Esprit la croissance de l’Église. Il ne s’agit pas de marketing bien fait, de bonne administration, ni d’aucune raison humaine », (Edir Macedo, cité par Leonildo Silveira Campos, 1999 : 356).

[13] Je me permets, sur ce sujet, de renvoyer le lecteur au texte de l’anthropologue Yvan Droz portant sur la conversion religieuse en pays de Kikuyu (Droz, 2001a : 81).

[14] En règle générale, le jeu dramatique est divisé en sept parties : présentation du jeu et des règles à suivre, échauffement physique et émotionnel, réflexions sur les enjeux du jeu, mise en scène ou jeux de rôles, évaluation, commentaires divers et relaxation finale.

[15] Sur les notions de personnage et de personne, je renvoie le lecteur au texte de Marcel Mauss (1950) qui se trouve également dans le Journal of the Royal Anthropological Institute (vol. LXVIII, Londres, 1938).

[16] Pour ceux qui sont un peu timides ou qui n’ont pas l’habitude de parler en groupe, il existe une « boîte aux témoignages », située à l’entrée du salon, c’est-à-dire du temple universel. Les personnes peuvent donc écrire leurs expériences et les y déposer. À l’occasion, ces témoignages sont lus devant l’ensemble des participants.

 
 

Bibliographie

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Sites Web

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Edio Soares
Prier, c’est jouer un peu : approche ethnographique de la « prière forte » à l’Église universelle du royaume de Dieu,
Numéro 8 - novembre 2005.