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Pour citer cet article :

Anne-Cécile Bégot, 2008. « La construction sociale de l’efficacité thérapeutique au sein de groupes religieux (Science Chrétienne et Antoinisme) ». ethnographiques.org, Numéro 15 - février 2008
Les nouveaux mouvements religieux [en ligne].
(http://www.ethnographiques.org/2008/­Begot - consulté le 5.12.2016)
 

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Anne-Cécile Bégot

La construction sociale de l’efficacité thérapeutique au sein de groupes religieux (Science Chrétienne et Antoinisme)

Résumé

Dans le cadre d'un travail doctoral, mené dans les années 1990, on a réalisé une étude auprès de deux groupes religieux minoritaires, la Science Chrétienne et l'Antoinisme. Née à la fin du XIXe siècle aux Etats-Unis, sous l'impulsion de Mary Baker Eddy, une femme d'origine protestante, la Science Chrétienne a avant tout touché les catégories sociales moyenne et supérieure. L'Antoinisme porte le nom de son fondateur, Louis Antoine, un ancien mineur d'origine catholique dont le mouvement voit le jour au début du XXe siècle, en Belgique, et touchera une population essentiellement ouvrière. Ces deux groupes se sont implantés, en France, au début du XXe siècle. Leur particularité est d'avoir accordé une place centrale à la guérison. Dans le cadre de cet article, on s'est donc intéressé à la construction sociale de l'efficacité thérapeutique au sein de la Science Chrétienne et de l'Antoinisme. Il ne s'agit pas d'appréhender la maladie et la guérison d'un point de vue biomédical mais de considérer celle-ci comme une forme de déviance, et celle-là comme la résultante d'un processus de normalisation. Pour cela, on s'est intéressé aux croyances et pratiques considérées comme thérapeutiques au sein de ces groupes et au ressort de leur efficacité. Il s'avère que la guérison est avant tout un processus conduisant à se conformer à un certains nombre de normes et de valeurs, spécifiques à chacun des groupes. Le rôle joué par l'organisation religieuse dans le processus thérapeutique tient essentiellement à exercer un contrôle sur les croyances et pratiques des adeptes. Une analyse comparative permet alors de noter de substantielles nuances entre les groupes, et ce tant au niveau des formes organisationnelles que du sens accordé à ces pratiques.

Abstract

Within the framework of a doctoral thesis made in the 1990's, we carried out a study concerning two religious minority groups, Christian Science and « Antoinisme ». Started at the end of the 19th century in the United States under the influence of a Protestant woman, Mary Baker Eddy, the Christian Scientists movement particularly affected the middle and upper classes. On the other hand, « Antoinisme », named after its founder, Louis Antoine, an ex-miner and a Catholic, began in the early part of the 20th century in Belgium and spread mainly throughout the working class. These two groups became established in France in the beginning of the 20th century. Their common feature was to give a major role to the healing. The content of this article focuse on the social construction of the therapeutic effectiveness within the Christian Science and the « Antoinisme » groups. It is not meant to approach the illness and the healing from a biomedical point of view, but rather to consider the illness as a form of deviance and the healing as the result of a normalisation process. To this end, we studied the beliefs and practices regarded as therapeutic by theses groups and the motives of their effectiveness. It turned out that the healing is above all a process that leads one to conform to a certain amount of norms and values specific to each group. The role carried out by the religious organisation in the therapeutic method consists essentially in exerting control substantial nuances between the two groups, wether it be in their organisational set-ups or in the sense given to these practices.

Pour citer cet article :

Anne-Cécile Bégot. La construction sociale de l’efficacité thérapeutique au sein de groupes religieux (Science Chrétienne et Antoinisme), ethnographiques.org, Numéro 15 - février 2008
Les nouveaux mouvements religieux [en ligne]. http://www.ethnographiques.org/../2008/Begot (consulté le 31/03/2008).

Pour étudier ce qui est communément appelé « guérison spirituelle », on a fait le choix d’adopter une approche constructiviste. Dans cette perspective, la maladie est envisagée comme une forme de déviance sociale (Freidson, 1984) et la guérison comme une entreprise de normalisation. Dès lors, la guérison spirituelle sera appréhendée à partir des processus sociaux présents au sein de groupes religieux qui conduisent à se conformer à un certain nombre de normes et valeurs. Pour cela, il est nécessaire de se référer aux conceptions de la maladie et de la guérison, aux pratiques de guérison elles-mêmes, et s’agissant de pratiques collectives, au rôle joué par le groupe religieux dans le processus thérapeutique (McGuire, 1988). D’un groupe religieux à l’autre, les pratiques de guérison varient et n’ont pas la même signification (McGuire, 1987 ; Glik, 1988). C’est la raison pour laquelle on a choisi d’envisager la construction sociale de l’efficacité thérapeutique à partir de deux groupes religieux : la Science Chrétienne et l’Antoinisme.

Différents aspects permettent de caractériser ces groupes. Le premier concerne leurs origines géographiques et confessionnelles. La Science Chrétienne a émergé à la fin du XIXe siècle, aux Etats-Unis, sous l’impulsion d’une femme — Mary Baker Eddy (1821-1910) — née dans un foyer protestant calviniste. L’Antoinisme voit le jour en Belgique, au début du XXe siècle, avec pour fondateur un homme issu du catholicisme : Louis Antoine (1846-1912). Par ailleurs, la Science Chrétienne s’est diffusée à l’échelle mondiale tandis que l’Antoinisme a essentiellement essaimé en Belgique et en France. Ces groupes touchent des populations aux origines sociales différentes. Les scientistes chrétiens sont issus des catégories sociales moyenne et supérieure, alors que les antoinistes proviennent plutôt des catégories dites inférieures. Cette dimension permet de rappeler que le recours à des soins non conventionnels n’est pas le seul fait des populations démunies (McGuire, 1987) — celles qui n’auraient pas les moyens de payer des soins médicaux — mais touche toutes les catégories sociales. Dernier aspect à évoquer, ces groupes religieux ont des formes organisationnelles différentes : ainsi, la Science Chrétienne est beaucoup plus proche, tendanciellement, du type « secte » (au sens sociologique du terme) [1], alors que l’Antoinisme se rapproche plutôt du type « cult » [2]. De ce fait, le rapport au croire est davantage encadré et contraignant dans la Science Chrétienne que dans l’Antoinisme. Ces différences entre les mouvements vont permettre de dégager deux modèles thérapeutiques distincts.

Ces groupes ont été étudiés dans le cadre d’un travail doctoral, à Paris et dans sa banlieue, entre 1993 et 1998. En 1994, on dénombrait quinze églises et sociétés de la Science Chrétienne sur le territoire français et trente-deux temples antoinistes [3]. Les méthodes d’approche utilisées ont été l’observation participante et les entretiens semi-directifs. Une soixantaine d’entretiens a été réalisée (trente dans chaque groupe) et a fait l’objet d’une analyse de contenu. Les écrits internes aux groupes religieux ont également été utilisés, et ce afin de comprendre leurs logiques internes mais aussi de pallier certaines informations manquantes [4]. C’est à partir de ces divers matériaux que sera menée l’analyse de la construction sociale de l’efficacité thérapeutique.

Trois aspects vont permettre d’envisager cette construction : la conception de la guérison véhiculée par la Science Chrétienne et l’Antoinisme, les pratiques de guérison des adeptes et le rôle joué par ces organisations religieuses dans le processus thérapeutique.

La Science Chrétienne et l’Antoinisme ont accordé une place centrale à la guérison au sein de leur culte. Cette particularité tient à l’expérience vécue par les leaders et fondateurs de ces groupes religieux : Mary Baker Eddy et Louis Antoine. Ayant tous les deux été affectés par la maladie, ils ont proposé à leurs adeptes une voie de guérison dont on va dégager les différentes caractéristiques. Cela sera effectué à partir des documents internes aux groupes religieux car ce sont ces derniers qui, à partir de normes spécifiques, définissent ce qu’est la « guérison ».

Mary Baker Eddy est née en 1821, à Bow, dans l’État du New Hampshire (États-Unis). Elle est issue d’une famille protestante (calviniste) et est la cadette de trois frères et deux soeurs. Les diverses biographies qui lui sont consacrées, émanant de la Société d’édition de la Science Chrétienne, font état d’une santé fragile, et ce dès son enfance. Elle est ainsi dispensée de se rendre à l’école car elle ne peut supporter les contraintes de la vie scolaire. Par la suite, elle sera régulièrement affectée par divers maux sans qu’aucune thérapie ne la satisfasse vraiment (homéopathie, quimbysme [5], ...).

En février 1866, alors qu’elle rentre d’une soirée organisée par une société de tempérance, elle fait une mauvaise chute sur un trottoir verglacé. Transportée dans une maison voisine, un médecin est appelé en urgence. Il diagnostique une commotion cérébrale et une dislocation de l’épine dorsale. Plus tard, Mary Baker Eddy est ramenée chez elle, et à la lecture d’un passage biblique (Évangile de Saint Matthieu où Jésus guérit un paralytique), elle dit avoir une révélation. Cet instant, elle le décrit de la manière suivante : « la main divine me conduisit dans un nouveau monde de lumière et de vie, un nouvel univers — ancien pour Dieu, mais nouveau pour Sa petite enfant » (Eddy, 1974 : 27). À la suite de cette expérience, Mary Baker Eddy se déclare guérie mais surtout, elle ne sera plus jamais présentée, dans les biographiques que lui consacrent ses fidèles, comme affectée par la maladie. Cette guérison, intervenue en 1866, est considérée par les scientistes chrétiens comme un événement fondateur, celui de la naissance de leur mouvement.

Suite à cette guérison, Mary Baker Eddy rédige plusieurs ouvrages, dont le principal est Science et santé avec la clef des Écritures (1989a). D’après les enseignements du leader de la Science Chrétienne, l’homme est à l’image de Dieu, parfait et spirituel. Omnipotent, omniscient, et omniprésent, le principe divin, décrit par le leader de la Science Chrétienne, ne laisse pas de place à des situations inharmonieuses. La réalité scientiste chrétienne est unique et spirituelle, c’est pourquoi la maladie, la mort mais aussi la matière n’ont pas d’existence réelle. Ce sont, pour reprendre les termes de Mary Baker Eddy, des « illusions du sens mortel ». Dans cette perspective, pour éviter la maladie ou en guérir, il est nécessaire d’affirmer ces « vérités », c’est-à-dire de parvenir, par la prière, à une vision spirituelle du monde. Dans les écrits de la Science Chrétienne, Mary Baker Eddy n’occupe jamais le rôle de guérisseuse. Sa guérison est présentée comme exemplaire, c’est-à-dire qu’elle constitue un modèle que tout adepte se doit de reproduire.

Louis Antoine est né en juin 1846 à Mons-Crotteux, dans la province de Liège, en Belgique. De confession catholique, ses parents l’ont baptisé au lendemain de sa naissance. Il est issu d’une famille nombreuse (il est le cadet de sept frères et sœurs) et, à l’âge de douze ans, il va rejoindre son père et ses frères qui travaillent aux charbonnages de Kessales. Ouvrier dans la métallurgie, Louis Antoine effectuera plusieurs séjours à l’étranger (Allemagne, Russie) pour y travailler. Cela va lui permettre, avec sa femme, d’amasser un petit pécule pour, à leur retour en Belgique, mettre en location des maisons qu’ils ont achetées, et ainsi s’assurer des revenus réguliers.

À la différence de Mary Baker Eddy, Louis Antoine n’a pas été affecté par la maladie au cours de son enfance. Les biographies qui lui sont consacrées mettent surtout l’accent sur sa dévotion religieuse : il est présenté comme un enfant et un adolescent pieux. Ainsi, écrit Y. De Montreuil, « à quatorze ans, il (Louis Antoine) éprouve déjà un grand plaisir à prier, non pas comme on le fait ordinairement à cet âge : Il aime à se recueillir profondément, à élever son cœur vers Dieu. Que de fois il quitta son travail, s’isolant dans quelque coin pour mieux faire sa prière ! » (De Montreuil, s.d. : 1). Les premiers symptômes de la maladie, Louis Antoine va les ressentir au début des années 1880, à son retour de Russie, alors qu’il est âgé de trente-six ans. Son médecin, le docteur Delville, lui explique qu’il a une maladie de l’estomac qui le fait terriblement souffrir (Debouxhtay, 1934 : 53). Cette expérience de la maladie se transforme en initiation dans le sens où elle permet à Louis Antoine de développer sa médiumnité. Engagé, à cette époque, dans le spiritisme, il communique avec les esprits, parvient à voir l’organe malade de ceux qui le consultent et leur propose un remède. Ce don de guérison va faire sa renommée.

Progressivement, alors que Louis Antoine se démarque du spiritisme, ses pratiques de guérison vont évoluer. En 1906, il fait construire un temple, à Jemeppe-sur-Meuse (Belgique), où il reçoit individuellement les gens venus le consulter. De ce temple, il délivre ses premiers enseignements, tous les dimanches matins, vêtu d’une lévite noire (costume antoiniste). Puis, à partir de 1910, et ce après une retraite d’un an, il s’installe à la grande tribune du temple, et impose les mains sur l’assemblée de fidèles. Ce rituel, appelé « Opération Générale », consiste à répandre des « fluides » sur les adeptes. Là, la guérison prend une dimension collective.

Dès lors, qu’en est-il de la conception de la maladie et de la guérison au sein de l’Antoinisme ? Il faut tout d’abord préciser que dans les quelques biographies consacrées à Louis Antoine, celui-ci n’est jamais présenté comme guéri de ses maux. Jusqu’à la fin de sa vie, il souffrira de troubles de l’estomac auxquels il faut ajouter une grande fatigue liée à des périodes de jeûnes répétés. Cette description de l’état de santé de Louis Antoine n’est pas dissimulée. Au contraire, elle participe à construire la grandeur du personnage car le pouvoir de guérison de Louis Antoine est légitimé par les souffrances qu’il endure et s’inflige. En effet, au sein de l’Antoinisme, la guérison consiste à accepter la souffrance et à reconnaître cette dernière comme un moyen de s’améliorer moralement. Au cours de ses incarnations successives, l’homme fait l’apprentissage de la souffrance pour, à terme, en être libéré totalement. Louis Antoine incarne la voie à suivre : il a atteint la phase finale du cycle des incarnations, celle où le salut est gagné. Pour les autres adeptes, il est admis que leur évolution morale n’est pas achevée. Dès lors, ils peuvent avoir recours à la médecine mais, dans ce cas de figure, la guérison ne peut être définitive : elle est un « déjà-là » concret, annonçant un « pas-encore » à venir. Au sein de l’Antoinisme, la guérison est donc conçue comme un processus évolutif : ne parviennent à la guérison totale et absolue que ceux qui se sont conformés aux enseignements antoinistes (envisager la souffrance comme un bienfait moral, ne pas recourir à la médecine officielle,...) tandis que les autres n’auront qu’une guérison partielle ou temporaire.

À partir des cas de Mary Baker Eddy et de Louis Antoine, on observe deux modèles thérapeutiques se mettre en place :

- Dans le premier, l’efficacité thérapeutique repose sur le fait de s’en remettre aux enseignements du leader de la Science Chrétienne, c’est-à-dire de s’abstraire mentalement du monde environnant. Il n’y a pas de rupture avec le monde dans le sens où les fidèles vivent comme tout un chacun, au sein de la société globale. Dès lors, on peut se demander de quelle manière ces derniers parviennent à avoir une vie sociale tout en ayant des croyances hétérodoxes.

- Dans le second modèle, la guérison est imputée à un personnage, Louis Antoine. Grâce à ses « fluides », il parvient à guérir des dizaines de fidèles. Cependant, la « vraie » guérison se trouve ailleurs : elle consiste à admettre la souffrance (et plus globalement l’épreuve) comme un bienfait pour l’amélioration morale du fidèle. L’expérience de Louis Antoine est présentée comme un exemple. Cette conception de la guérison a trouvé un certain public (essentiellement ouvrier), dans une société dominée par le catholicisme, en ce début de XXe siècle, mais il faut s’interroger sur son acceptabilité dans la société contemporaine, marquée par un rejet de la souffrance et par une sensibilité accrue aux questions de santé et de maladie.

Dans ces deux modèles, les pratiques de guérison sont ambivalentes. Avec la Science Chrétienne, il y a une rationalisation poussée à l’extrême mais qui revient à faire de la pensée un instrument de toute puissance. Dans l’Antoinisme, la première démarche est plutôt magique (cf. obtention d’une guérison immédiate, au cours de l’« Opération générale ») alors que finalement ce qui est demandé à l’adepte c’est d’adopter une éthique de vie (envisager la souffrance comme une forme d’avancement moral). En d’autres termes, au sein de ces groupes, la guérison ne consiste pas à appliquer une technique particulière mais à adopter un style de vie, et en ce sens elle est un moyen d’exercer un contrôle social sur la vie des adeptes. Par ailleurs, il est à noter que dans ces deux modèles thérapeutiques, on considère que le recours à la médecine officielle n’apporte pas de guérison véritable/durable [6]. Ce type de croyance, préconisé à une période (fin XIXe-début XXe siècles) où s’opère la différenciation des sphères sociales (religieuse et médicale) et s’amorce l’institutionnalisation de la médecine, fait de la guérison spirituelle une pratique véhiculant des éléments de protestation. La notion d’exercice illégal de la médecine rend compte des conflits d’intérêt que suscite cette pratique [7]. Elle recouvre cependant une signification différente selon les groupes. En Science Chrétienne, la protestation est plus radicale dans la mesure où elle concerne la société globale. Le groupe se propose d’être une alternative à une société considérée comme « pathogène », car ayant perdu sa dimension spirituelle. La guérison scientiste chrétienne représente la possibilité de se libérer de cette société ; elle annonce, à une population issue des classes moyenne et supérieure, une ère nouvelle où santé et bien-être spirituels domineront. L’Antoinisme ne cherche pas à réformer la société mais à rendre l’attente de l’au-delà plausible et supportable. En ce sens, la protestation est plus euphémisée. Issue principalement du monde ouvrier, la population antoiniste doit faire face à une industrialisation galopante et peu réglementée, où la maladie dépossède l’ouvrier de son instrument de travail : son corps. Face aux deux figures que sont le curé et le médecin, qui restent, aux yeux de la population, attachés aux valeurs de la bourgeoisie, Louis Antoine offre une alternative : il permet, à travers la guérison, d’insérer les plus démunis au sein du monde professionnel, et ce gratuitement, tout en promettant un avenir (terrestre ou non) meilleur.

À partir de ces conclusions, une question se pose : qu’en est-il de ces pratiques de guérison aujourd’hui ? Font-elles toujours sens auprès des adeptes ? C’est en examinant les croyances et pratiques de ces derniers que l’on pourra répondre à cette question.

L’expérience de guérison vécue par Mary Baker Eddy et Louis Antoine constitue un modèle. Ce dernier a été transmis et structuré au sein des églises scientistes chrétiennes et des temples antoinistes. Mais qu’en est-il des croyances et pratiques des adeptes ? Sont-elles une copie conforme à l’original ? On tentera d’y répondre à partir des observations menées au sein de ces groupes.

En Science Chrétienne, la guérison ne résulte pas d’une effusion émotionnelle ou d’un « don » de guérison. Seule une juste compréhension du monde (parfait, harmonieux, spirituel) et de la maladie (pas d’existence réelle), est susceptible de l’expliquer. Pour parvenir à cette conception des choses, le fidèle peut avoir recours au praticien de la Science Chrétienne.

Pour devenir praticien de la Science Chrétienne, trois conditions sont requises : être membre de la Science Chrétienne (d’une église filiale mais aussi de l’Église Mère, située à Boston), avoir suivi le « Cours de la Science Chrétienne », d’une durée de quinze jours, et fournir trois témoignages de guérison certifiés pendant les deux années qui suivent la demande de certification. La procédure de reconnaissance, par l’Église Mère, dure environ deux ans. Formé au sein du mouvement scientiste chrétien, le praticien apporte, à ceux qui ont recours à lui, une aide à la compréhension des écrits eddyques. Généralement, il délivre ses consultations à domicile (le sien ou celui du consultant) ou par téléphone. Il est rémunéré tel un médecin [8] mais, au cas où un traitement serait long voire inefficace (absence de guérison), il peut accorder un tarif dégressif à son « patient » [9].

Les églises de la Science Chrétienne ne sont pas des lieux où se pratique la guérison. Il s’agit d’endroits ayant les qualités requises pour le recueillement (calme, sérénité, luminosité,...) mais, à la limite, peu importe le lieu où elles s’implantent. Ainsi, « Première Église du Christ, Scientiste », à Vincennes (ville située en banlieue parisienne, dans le Val-de-Marne) était installée dans un appartement : les cérémonies étaient données dans le salon, tandis que la chambre à coucher faisait office de bibliothèque. Quant à « Deuxième Église du Christ, Scientiste » à Paris, elle est installée dans un ancien musée. Seule « Première Église du Christ, Scientiste » à Paris est une construction originale dont l’architecture s’inspire des églises protestantes. Au sein de chaque église prévaut un principe, celui de la sobriété. Les murs sont peints ou tapissés de couleurs claires. Quant à la salle où se donnent les cérémonies, elle est composée de plusieurs rangées de chaises, de deux tribunes (une pour chaque lecteur) [10], et d’un piano ou d’un orgue. Un bouquet de fleurs vient généralement agrémenter le décor. Et sur les murs de cette salle figurent trois inscriptions : l’une provient de la bible (« Dieu est Amour », Jean, IV), et les deux autres sont extraites de l’ouvrage majeur de Mary Baker Eddy, Science et santé avec la clef des Écritures (« L’amour divin a toujours répondu à tout besoin et y répondra toujours », et « Vous connaîtrez la vérité et la vérité vous affranchira »).

En Science Chrétienne, l’église n’est pas un lieu de guérison mais de témoignage. En effet, l’un des deux offices religieux organisés dans chaque église de la Science Chrétienne est consacré, en partie, à des témoignages de guérison. Ainsi, après la lecture d’extraits de la Bible et de Science et santé avec la clef des Écritures, le premier lecteur invite les adeptes présents à témoigner de leur guérison. L’un d’entre eux va alors prendre la parole et livrer, débout devant l’assemblée, son récit. Une fois achevé, il se rassoit et, après un temps de silence, un autre fidèle prend la parole. Chacun est remercié par le premier lecteur. À la fin de la cérémonie, certains adeptes vont discuter avec ceux qui ont témoigné.

Dans l’une des revues du mouvement, Le Héraut de la Science Chrétienne (mensuel), il existe une section consacrée aux « témoignages de guérison ». L’un d’entre eux (Martin-Hernandez, 2004), ici donné par une femme, permet de rendre compte de ce qu’est la guérison au sein de la Science Chrétienne. Au début de son récit, cette femme explique qu’elle ne faisait pas partie de la Science Chrétienne mais que son mari manifestait un certain intérêt pour ce groupe en lisant Science et santé avec les clef des Écritures. Quelques temps après, elle va être affectée par une toux persistante qui l’empêche de dormir. Son mari lui explique que cette toux n’a pas d’existence réelle. Prête à se fâcher avec lui, elle se laisse finalement convaincre de consulter un praticien de la Science Chrétienne. En fait, c’est au moment où les médecins posent leur diagnostic, celui d’un cancer des poumons et d’un cancer des ovaires, qu’elle décide de s’en remettre à la Science Chrétienne. Elle va alors envisager différemment la maladie : celle-ci n’est plus une réalité biomédicale mais une erreur de l’entendement (mortel). Pour s’en convaincre, elle recourt aux articles parus dans les revues du mouvement, aux ouvrages de Mary Baker Eddy, à la prière et à l’aide de son mari. Elle dit avoir médité sur « l’exposé scientifique de l’être » (Mary Baker Eddy) lequel commence ainsi : « il n’y a ni vie, ni vérité, ni intelligence, ni substance dans la matière. Tout est Entendement infini et sa manifestation infinie... ». Dans les moments de doute ou quand elle sera submergée par la peur, son mari lui lira des passages de la Bible, notamment celui où Élisée et son serviteur doivent faire face à l’ennemi (Second livre des Rois).

« Lorsque ma peur de la volonté divine eut disparu, écrit cette femme, les symptômes de la maladie ont disparu aussi, à la grande surprise des médecins qui ont confirmé mon étonnante et complète guérison ».

On observe que ce témoignage comporte des citations du leader de la Science Chrétienne. Ce n’est pas un hasard mais une recommandation implicite donnée aux rédacteurs d’articles [11]. C’est une manière d’inscrire l’expérience de guérison dans un cadre spécifique et ainsi de réaffirmer la prééminence des écrits eddyques sur toute forme de vérité.

Les propos tenus par les adeptes lors des entretiens sont beaucoup moins formalisés et permettent de noter certains accommodements avec la médecine. Ainsi, certains scientistes chrétiens ont recours aux soins d’urgence lors d’accidents ou quand un enfant ne guérit pas rapidement. De manière générale, ils respectent la législation du pays dans lequel ils vivent ce qui les amène à consulter des médecins (cf. médecine du travail, médecine scolaire, certificat médical pour justifier une absence). Par ailleurs, certains scientistes chrétiens portent des lunettes ou des lentilles de contact tandis que d’autres se rendent chez le dentiste. Ces accommodements sont mineurs mais il est difficile de trouver des témoignages de personnes ayant recours à des moyens médicamenteux, d’une part parce qu’il s’agit d’une pratique fortement dévalorisée [12], et d’autre part parce qu’il existe un fort contrôle social au sein du groupe.

L’attrait que procure la guérison spirituelle, pour un public bien inséré socialement, réside essentiellement dans le fait qu’elle appartient à un système de croyances et de pratiques qui touche tous les pans de l’existence.

À la différence de la Science Chrétienne, dans l’Antoinisme, le temple est envisagé comme un lieu de guérison, et ce dans la mesure où il est considéré comme sacré. Diverses pratiques peuvent être observées. On commencera par décrire la principale d’entre elles, l’« Opération générale ».

Cette cérémonie est organisée du dimanche au vendredi matin et est servie par des adeptes portant le costume antoiniste [13]. Le déroulement de cette cérémonie est le suivant : quelques secondes avant dix heures, un fidèle, installé sur un banc proche de la tribune, se lève et se tourne vers l’assemblée pour prononcer les paroles suivantes : « Mes frères, le Père fait l’Opération, celui qui a foi au Père trouvera satisfaction ». Après cette annonce, un autre adepte fait retentir trois coups d’une clochette. Puis, deux costumés sortent d’un cabinet et se dirigent, à pas lents, les mains jointes à hauteur du buste, vers la tribune : l’un s’installe à la petite tribune, tandis que le second monte, par un petit escalier, à la grande tribune. Faisant face à l’assemblée de fidèles, ce dernier impose ses mains sur l’assemblée durant quelques minutes. À partir du moment où les coups de clochette retentissent, les fidèles présents dans le temple se lèvent et vont adopter la position de l’orant (mains jointes à hauteur du buste et yeux clos ou mi-clos) durant l’« Opération générale » ; ils resteront debout jusqu’à la fin de la cérémonie. Le fidèle installé à la grande tribune met un terme à l’« Opération Générale » en prononçant le mot « lecture ». Son acolyte, situé à la petite tribune, se retire pendant qu’un autre adepte costumé prend sa place. Selon la période du mois, ce dernier adepte lit soit « La charité morale » (quinze premiers jours du mois), soit « Les dix principes de Dieu » (quinze derniers jours), deux textes écrits par Louis Antoine. À la fin de cette lecture, le lecteur se lève et prononce la phrase suivante : « Mes frères, au nom du Père, merci ». L’assemblée se recueille encore quelques instants puis certains quittent le temple, d’autres continuent à prier, tandis que d’autres prennent place sur un banc pour consulter un guérisseur [14]. En tout, cette cérémonie ne dure pas plus de quinze minutes [15]. Elle est une reproduction de la scène introduite par Louis Antoine, en 1910, quand il étendit ses mains, du haut de la tribune du temple de Jemeppe-sur-Meuse (Belgique), sur l’assemblée de fidèles. Cette cérémonie vise à rendre présent le Père Antoine (cf. les paroles qui introduisent et closent la cérémonie) qui se manifeste par des « fluides ».

La notion de fluides est complexe car elle recouvre des réalités différentes. Régis Dericquebourg en relève plusieurs :

« Comme chez les kardéciste, écrit cet auteur, le fluide antoiniste est le principe fondamental caché qui détermine le fonctionnement du cosmos. Nous n’en sommes jamais dégagés car nous baignons dans l’atmosphère fluidique comme des poissons dans l’eau. Il se trouve à la naissance même de l’univers ainsi qu’à l’origine de toute individualité, l’homme naissant de la rencontre de deux fluides » (Dericquebourg, 1993 : 43). Plus loin, cet auteur ajoute : « pour Louis Antoine, toute pensée est un fluide. Par conséquent, elle est à la fois matérielle et spirituelle [...]. Les fluides s’épaississent quand les hommes ont de “mauvaises pensées” et ils deviennent “éthérés” quand les hommes ont des pensées élevées. Le bon fluide s’acquiert par la prière et par la bienveillance envers autrui (“Ne voir le mal en rien”) » (1993 : 44-45).

Il y a donc des fluides « éthérés » et des fluides « lourds ». Ces derniers proviennent généralement du monde extérieur. Pour éviter toute contamination du temple par ces fluides « nocifs », différents interdits ont été mis en place (ne pas introduire de sac plastique au sein du temple, ne pas y parler à voix haute, les adeptes costumés ne doivent pas porter de bijoux, de maquillage,...). Les fluides émanant du temple sont donc considérés comme bénéfiques pour (et par) les fidèles. Ils les soulagent de leurs souffrances et les apaisent. Ainsi, certains adeptes disent se sentir mieux après l’« Opération générale ». Quant aux guérisseurs, certains d’entre eux demandent à leurs « patients » d’assister à cette cérémonie avant de les consulter et ce afin qu’ils soient moins « lourds ». Le guérisseur peut être consulté après l’« Opération générale ». Au regard de la formation reçue par le praticien de la Science Chrétienne, celle du guérisseur antoiniste paraît rudimentaire. La première condition à remplir est de porter le costume antoiniste. Ensuite, tout dépend du bon vouloir du desservant et parfois les avis divergent [16]. Il est attendu du guérisseur qu’il connaisse les enseignements du Père Antoine et qu’il ait lu les Tomes  [17], ouvrages donnant diverses indications sur le fonctionnement des temples, mais il ne reçoit pas de cours à cet effet. L’obtention d’une guérison n’est pas une condition à sa nomination, il exerce gratuitement et uniquement au sein du temple.

Le guérisseur reçoit les fidèles dans un petit cabinet de consultation. Petite pièce attenante au temple, le cabinet de consultation contient une chaise, parfois un bureau, et cinq tableaux accrochés aux murs, dont le plus imposant est un portrait sur pied du Père Antoine. Les consultations du guérisseur commencent après la cérémonie de dix heures (« Opération Générale ») et durent jusqu’au soir. Les guérisseurs se relayent par demi-journée et, dans le cas d’impossibilité, c’est le desservant (responsable du temple) qui assure ce service. Le fidèle peut choisir le guérisseur qu’il souhaite consulter dans la mesure où, dans le porche, figurent les noms et les cabinets de ceux qui officient, quand ils sont plusieurs. Une fois reçu dans le cabinet de consultation, l’adepte est sollicité sur ses attentes (« qu’est-ce que le Père peut faire pour vous ? » est la question que pose généralement le guérisseur). Après avoir exposé sa requête, le consultant est invité à prier. Durant cet instant, le guérisseur se fait l’intercesseur du Père Antoine : debout, les mains jointes à hauteur du buste, les yeux mi-clos, face au portrait du Père, il formule la requête du consultant. À ce moment précis, les fluides circulent du Père vers l’adepte. Les mots prononcés par le guérisseur sont plus ou moins audibles, et celui-ci peut être pris d’un léger balancement d’avant en arrière. La consultation se termine par des conseils d’usage. Le temps de la consultation est extrêmement variable d’un guérisseur à l’autre : si la tendance générale est plutôt de ne pas rester avec l’adepte plus de quelques minutes, il est possible que certaines consultations aillent au-delà de la demi-heure. En fait, tout dépend du guérisseur et du cas qui lui est exposé.

Alors que Louis Antoine estimait que la guérison véritable ne s’obtient que par des moyens spirituels, on se rend compte que le recours à la médecine conventionnelle est, aujourd’hui, une pratique totalement banalisée chez les adeptes. En ce sens, les antoinistes sont dans une démarche complémentaire, c’est-à-dire que la prière du guérisseur sert à renforcer l’efficacité des traitements donnés par le médecin ou à aider ce dernier à établir un diagnostic. Il s’agit là, pour des populations issues des catégories sociales inférieures, d’une forme de réappropriation des soins préconisés par la médecine conventionnelle.

Les fluides ont cette caractéristique d’être contagieux : en se déposant sur des objets (ou personnes) présents dans le temple, ils leurs donnent certains pouvoirs. Ainsi en est-il de la robe antoiniste (costume). Ayant baigné, au préalable, dans les fluides du temple, elle peut être déposée sur le lit d’un malade pour apporter un soulagement [18]. Par ailleurs, les fidèles peuvent, en plus de la consultation du guérisseur, écrire une requête sur un bout de papier lequel sera déposé dans une boîte sous la tribune. Cette pratique repose sur la croyance que les fluides présents dans le temple peuvent agir favorablement sur des vœux formulés par écrit. Autre exemple, certains adeptes achètent une photo du Père ou de Mère au cours de l’une des grandes cérémonies antoinistes [19] car les fluides bénéfiques y sont plus « forts ». Dès lors cette photo protègera celui qui la portera (dans son portefeuille, dans une voiture,...). On retrouve, dans les pratiques des adeptes, cette ambivalence dont il a été question précédemment. Un certain nombre d’entre eux ont des pratiques magiques dans le sens où ils recherchent une guérison immédiate [20], et ce alors que Louis Antoine préconisait davantage une démarche éthique (envisager la souffrance comme un moyen d’avancer moralement). Cette tension entre magie et éthique est d’autant plus exacerbée que l’Antoinisme réunit des publics très différents : costumés/non costumés, adeptes occasionnels/réguliers,... dont les attentes sont assez diversifiées.

Au regard des pratiques de guérison des scientistes chrétiens et des antoinistes, on constate que les premiers sont beaucoup plus scrupuleux et rigoristes dans l’application des principes posés par Mary Baker Eddy. Ainsi, s’ils sont amenés à consulter un médecin ou à se faire vacciner par obligation légale, cela ne contredit en rien les préceptes scientistes chrétiens ; c’est simplement qu’ils vivent dans une société davantage médicalisée. À l’inverse, les antoinistes sont plus enclins à recourir à la médecine conventionnelle, et ce dans la mesure où, on va le voir, les contraintes posées par le groupe sont moins fortes.

À la différence de certaines pratiques thérapeutiques non conventionnelles (magnétiseurs, leveurs de maux,...), la guérison spirituelle est une expérience qui s’inscrit dans un groupe religieux, c’est-à-dire dans une organisation qui présente des règles de fonctionnement. Autrement dit, le groupe religieux joue un rôle dans le processus thérapeutique. On va voir de quelle manière en examinant successivement le cas de la Science Chrétienne puis celui de l’Antoinisme.

Pour devenir membre de la Science Chrétienne, un certain nombre de règles, fixées dans le Manuel de l’Église Mère (Eddy, 1989b) et/ou dans Science et santé avec la clef des écritures (Eddy, 1989a), doivent aussi être respectées. Il faut être parrainé par deux membres de son église lesquels vont s’assurer, avant d’approuver toute élection, que le néophyte se conforme bien aux règles régissant son église : à savoir assister régulièrement aux offices religieux, lire quotidiennement la « Leçon Sermon »,... et qu’il respecte les principes de vie énoncés par Mary Baker Eddy : absence de sexualité avant le mariage, ne pas consommer d’alcool ou de tabac, éviter le recours au médecin et/ou aux médicaments,... Au sein des églises locales, ce sont les membres qui s’assurent du respect des obligations et prescriptions de leurs coreligionnaires. Une fois qu’il est devenu membre, l’adepte va participer à la vie de son église. En l’absence de clergé, les églises fonctionnent grâce à la participation des fidèles. De ce fait, en devenant membres de leur église (filiale) ou de l’Église Mère (Boston), les fidèles sont invités à prendre certaines responsabilités, à participer à différents comités (aux fleurs, à l’accueil, aux conférences,...), et à occuper certaines fonctions (bibliothécaire, premier lecteur, deuxième lecteur,...). Cette démocratie participative renforce la cohésion sociale du groupe. L’affiliation à la Science Chrétienne est exclusive dans le sens où elle est le seul et unique référent religieux de l’adepte. En devenant membre, celui-ci s’engage à n’avoir qu’une appartenance religieuse, la Science Chrétienne. Cet exclusivisme religieux signifie que la vision du monde est organisée autour de ce seul référent et que tout événement est interprété à partir des croyances et pratiques du groupe. Des recherches entreprises par le scientiste chrétien, celles d’un emploi, d’une vie conjugale harmonieuse, de la santé ou, plus trivialement, d’une place de parking ou d’un objet perdu,... l’adepte est invité à les envisager à l’aune des enseignements de la Science Chrétienne et, en cas de réussite, à en témoigner dans les réunions de son église et/ou dans l’une des revues du mouvement. Ici, on est face au modèle « intégraliste », c’est-à-dire quand « toute la vision du monde est véritablement organisée autour d’une référence religieuse » (Donégani, 1993 : 241).

Il faut ajouter que les enseignements auxquels se réfèrent les adeptes sont imprescriptibles. Par exemple, les églises locales n’ont aucune autonomie en matière doctrinale. La cérémonie dominicale ne laisse place à aucune improvisation : les passages lus par le premier et le deuxième lecteurs sont inscrits dans un livret (« Leçon Sermon ») qui indique quels passages lire dans la Bible et Science et santé avec la clef des Écritures. Ce livret est conçu et édité par la Société d’édition de la Science Chrétienne, située à Boston. Quant aux conférences de la Science Chrétienne, elles consistent en une lecture d’un texte, soumis préalablement au Conseil des Directeurs de l’Église Mère (instance dirigeante, située à Boston), sans qu’aucune discussion ne soit engagée après cette lecture. Assister à une conférence de la Science Chrétienne, ce n’est pas prendre part à un débat public mais écouter un interlocuteur accrédité par l’Église Mère sur un thème particulier. Quant à la rédaction d’articles dans les revues du mouvement scientiste chrétien, elle procède de la même logique : tout fidèle peut publier l’une de ses expériences (de guérison ou autres) — ici, on est proche du sacerdoce universel — dans la mesure où il se conforme aux écrits eddyques, c’est-à-dire qu’il fasse la démonstration de leur véracité. Le Conseil des Directeurs, garant de la validité des écrits de Mary Baker Eddy, se réserve le droit de modifier ces articles s’ils ne sont pas jugés conformes à la doctrine du groupe.

Le respect des règles posées par l’« Église du Christ, Scientiste » repose sur deux types de contrainte. La première est une forme de domination propre aux groupes religieux, la domination spirituelle. En tant que « groupement hiérocratique » [21], la Science Chrétienne utilise les biens de salut pour faire respecter ses règlements. La guérison en fait partie : elle est un « déjà-là » concret, annonçant un « pas-encore » à venir (cf. avènement du christianisme primitif). Pour l’atteindre, l’adepte respecte les prescriptions fixées par le groupe. Du respect de ces prescriptions dépend son salut-guérison. On comprend que ce type de domination peut être efficace (respect des règles/normes fixées par le groupe). Une autre forme de contrainte existe, propre à toute organisation sociale : il s’agit des sanctions imposées par l’Église. Le Manuel de l’Église Mère (Eddy, 1989b) comporte un certain nombre de règles que chaque fidèle se doit de respecter sous peine d’être sanctionné voire exclu [22]. Le fonctionnement du mouvement permet un certain nombre d’accommodements avant d’en arriver à cette dernière sentence. Les parrains jouent notamment le rôle de sentinelle en émettant, en privé, des recommandations aux contrevenants.

Le public antoiniste est composé de fidèles dont l’engagement religieux est assez variable. Deux groupes d’adeptes peuvent être dégagés. Le premier réunit ceux qui portent le costume antoiniste. Le port du costume nécessite un investissement financier car il est fait sur mesure, et signifie un engagement dans le fonctionnement du culte.

Généralement, c’est l’adepte qui manifeste son désir de porter le costume. Il fait part de sa décision au desservant du temple qu’il fréquente. A priori rien ne s’oppose à ce qu’un adepte porte le costume. Une fois la décision prise, une entrevue de quelques minutes aura lieu dans un cabinet de consultation entre l’impétrant et le desservant. Ce dernier donne au nouveau costumé quelques conseils et s’enquiert de ses disponibilités pour servir le temple. Les tâches à remplir sont considérées comme un « travail moral », c’est-à-dire qu’elles participent à l’élévation morale de l’adepte. La première d’entre elles est l’accueil du public au sein du porche. Là, l’adepte va être mis au contact de ses coreligionnaires mais aussi, il va devoir faire respecter un certain nombre de règles (faire respecter le silence, ne pas laisser s’introduire de « matière » au sein du temple,...). Ensuite, l’évolution de l’adepte au sein du temple dépend essentiellement des rapports qu’il va entretenir avec le desservant car en la matière (attribution du travail moral), celui-ci détient les pleins pouvoirs. Ainsi, il est le seul à pouvoir désigner quel adepte sera guérisseur. Outre la dimension arbitraire de ce type de décision, elle crée des inégalités entre adeptes qui ne sont pas toujours bien ressenties. La disponibilité de l’adepte va également conditionner son engagement et son investissement dans le temple. Pour les personnes retraitées, il est ainsi plus facile d’effectuer du « travail moral » que pour les actifs.

Le deuxième groupe concerne les adeptes non costumés : certains viennent régulièrement au temple alors que d’autres le font de façon plus épisodique. La plupart s’y rendent pour consulter un guérisseur, et ce afin de trouver une solution à leurs problèmes (guérison mais aussi chômage, problèmes financier, familial, conjugal,...). Les plus réguliers ont souvent un guérisseur attitré. Quant aux nouveaux venus, ils vont consulter plusieurs guérisseurs avant d’évaluer celui qui leur convient le mieux. Il existe également ceux qui se rendent au temple une fois à jamais, souvent lors de l’une des grandes fêtes antoinistes, et ce afin de rendre hommage au Père Antoine et/ou en souvenir d’une guérison obtenue ou d’un problème solutionné.

Parmi les adeptes (costumés ou pas), on constate que l’Antoinisme est vécu sur un mode différent : ceux qui y sont très investis ont tendance à en faire un référent central alors que les plus distants s’y réfèrent plus ponctuellement. Ces différences existent car au sein de l’Antoinisme, il n’y a pas vraiment de réglementation et d’instance chargée de contrôler la validité des croyances et pratiques des adeptes. Attaché au libre arbitre et à la liberté de conscience, Louis Antoine n’a jamais produit de texte réglementaire sur le sujet. À sa mort, sa femme, dite la Mère, lui a succédé. Elle a tenté de structurer le mouvement, alors en pleine expansion, mais étant analphabète, elle n’a pas pu produire de texte écrit. Des fidèles ont consigné ses « pensées » dans des ouvrages appelés les Tomes. Ceux-ci ne sont accessibles qu’aux adeptes costumés et surtout, rien dans leur présentation, n’invite à en systématiser la pensée. En effet, il s’agit de quatorze classeurs (chacun a une thématique spécifique : travail moral, organisation matérielle des temples, direction matérielle du culte, direction morale du culte,...) et il n’en existe qu’un exemplaire par temple. Ils ne peuvent être consultés qu’au temple et se présentent sous la forme de feuilles dactylographiées, mises sous pochettes plastifiées. L’ensemble de ces aspects rend difficile la transmission et la diffusion du règlement des temples.

L’absence d’instance de contrôle des croyances et pratiques des adeptes favorise le pluralisme du croire. Ainsi, on observe que le recours à des croyances issues d’autres traditions religieuses ou spirituelles, notamment le catholicisme et le New Age, est fréquent parmi les adeptes. On peut aussi remarquer certains guérisseurs antoinistes porter la croix du Christ autour du cou ou recourir à des prières catholiques lors de leurs consultations [23]. D’autres adeptes, notamment ceux qui ne portent pas le costume, font des stages de reiki [24], de yoga, de taï chi [25] ou consultent des cartomanciennes. De la même façon, les enseignements antoinistes sont (ré)interprétés à partir d’autres référents religieux ; le « fluide » antoiniste devient « énergie » ou « chakra » [26], des emprunts aux livres de Paco Rabane servent à comprendre des passages de l’enseignement antoiniste,... . Et, un même phénomène, le craquement d’une armoire au sein du temple par exemple, est diversement interprété par des adeptes : certains y voient la manifestation du fluide du Père Antoine quand d’autres l’envisagent comme l’effet de l’humidité sur le bois.

Concernant la domination spirituelle (contrainte psychique) que pourrait exercer le culte antoiniste sur les adeptes (la guérison comme bien de salut), elle est peu contraignante et ce dans la mesure où la croyance en la réincarnation relativise les efforts à faire dans cette vie-ci, mais aussi parce qu’il est difficile de savoir quelle tradition religieuse l’adepte privilégie parmi celle qu’il a adoptée (antoinisme, catholicisme,...).

Dans le cadre de cet article, on s’est intéressé à la construction sociale de l’efficacité thérapeutique. Dans cette perspective, la guérison ne consiste pas tant à faire disparaître les symptômes physiques de la maladie — même si leur disparition, confirmée par un avis médical, a valeur apologétique et vient ainsi renforcer la croyance en l’efficacité du groupe (Corten, 1997) — que de se conformer à certaines croyances et pratiques. La guérison spirituelle consiste donc en un processus de normalisation où le fidèle est amené à adopter les normes et valeurs d’un groupe religieux. Elle est un moyen d’exercer un contrôle social sur les adeptes.

Deux groupes religieux ont été étudiés : la Science Chrétienne et l’Antoinisme. Chacun d’entre eux a développé un modèle de guérison spécifique, fondé sur l’expérience de leurs leaders, Mary Baker Eddy et Louis Antoine. Dans le premier modèle (Science Chrétienne), il est attendu du fidèle qu’il adopte une nouvelle vision du monde — énoncée par Mary Baker Eddy — et se soigne essentiellement par des moyens spirituels. Dans le second modèle (Antoinisme), la guérison s’articule autour de deux aspects : il y a les pratiques de guérison obtenues au sein du temple, grâce aux fluides, et la croyance selon laquelle l’acceptation de la souffrance permet l’avancement moral de l’adepte. Ces deux conceptions de la guérison co-existent et sont mobilisées selon les attentes des adeptes.

Ces deux modèles thérapeutiques sont portés par des organisations religieuses qui jouent un rôle différent dans la régulation du croire, c’est-à-dire dans le fait que les adeptes se conforment aux normes et valeurs du groupe. En Science Chrétienne, les enseignements eddyques sont une référence constante, permanente, exclusive et imprescriptible. Adopter le style de vie propre à la Science Chrétienne est d’autant plus nécessaire que les croyances et pratiques du groupe sont hétérodoxes. Le groupe exerce un contrôle sur les croyances et pratiques des adeptes par le biais de sanctions et de la domination spirituelle (salut/guérison). À l’inverse, au sein de l’Antoinisme, le croire est très peu contrôlé. Cette situation tient pour beaucoup à Louis Antoine qui était attaché au libre arbitre et à la liberté de conscience. Il n’a pas fixé de règlement sur l’organisation du culte, ni sur les modalités du croire. De ce fait, on constate que le croire des adeptes est pluriel (issu de traditions religieuses différentes) et que les décisions prises au sein des temples sont parfois arbitraires.

Ces deux formes de régulation du croire n’ont pas été sans conséquence sur les pratiques de guérison : alors que ces dernières occupent toujours une place importante au sein de l’« Église du Christ, Scientiste », elles sont devenues périphériques dans l’Antoinisme.

 
 

Notes

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[1] Selon le sociologue Jean-Paul Willaime, la secte se caractérise par une rupture avec le monde environnant, une association volontaire de personnes religieusement qualifiées et la reconnaissance et la soumission à une autorité (Willaime, 1999 : 29).

[2] Selon Geoffrey F. Nelson (1968), le « cult » se caractérise, entre autre, par l’expérience mystique, la rupture avec la tradition religieuse dominante — rupture donnant lieu à un syncrétisme — et la primauté accordée à l’individu sur les problèmes sociaux. L’Antoinisme est relativement proche de ces différentes caractéristiques.

[3] En 1994, on dénombrait 2 403 filiales de la Science Chrétienne dans le monde entier. Il existait trente et un temples antoinistes en Belgique.

[4] On a rencontré quelques difficultés pour réaliser des entretiens avec des fidèles de la Science Chrétienne. De ce fait, on a eu recours à la littérature interne du mouvement et un intérêt particulier a été porté aux témoignages de guérison.

[5] P. Quimby a fondé sa propre méthode thérapeutique, et ce après avoir été initié au mesmérisme. Mary Baker Eddy a été soignée par la « Science de santé » de P. Quimby : celui-ci lui a dit qu’elle devait se dégager des influences extérieures : famille, médecins,... puis « il lui frotta la tête avec violence pour lui communiquer de l’électricité saine » (Ramsay, 1963 : 40). Par la suite, M. Baker Eddy renia toute influence du quimbysme sur la Science Chrétienne.

[6] À ce propos, on peut relever, dans les écrits de Louis Antoine, le passage suivant : « le médecin ne peut donner que le résultat de ses études et celles qui ont pour base la matière. Qui recourt à lui ne songe qu’à guérir l’effet et n’a pas l’intention de s’améliorer ; la cause reste donc et le mal reparaîtra sous cette forme ou sous une autre parce que tout ce qui est matière ne pourrait guérir que temporairement. La guérison radicale, poursuit-il, ne s’obtient qu’en enlevant la cause qui est une plaie de l’âme et cela n’est pas de la compétence du médecin » (Antoine, 1979a : 72-73). Quant à Mary Baker Eddy, elle considérait que seule la foi dans le médicament était susceptible d’apporter une guérison : « lorsque les malades se rétablissent en prenant des médicaments, c’est la loi d’une croyance générale, aboutissant à la foi individuelle, qui guérit ; et l’effet sera proportionnel à cette foi » (Eddy, 1989a : 370).

[7] En 1901, Louis Antoine doit comparaître devant le tribunal correctionnel de Liège pour exercice illégal de la médecine. Mary Baker Eddy ne sera pas inquiétée par la justice compte tenu qu’elle ne pratique pas la guérison. Par contre, des praticiens de la Science Chrétienne le seront, notamment quand il y a eu mort d’homme (Braden, 1958).

[8] En France, les praticiens de la Science Chrétienne sont assimilés aux professions libérales.

[9] Selon le Manuel de l’Église Mère : « il (le praticien) réduira raisonnablement ses honoraires de son traitement dans le cas de lent rétablissement, et dans le cas où il n’aura pas effectué de guérison » (Eddy, 1989b : 46).

[10] Il n’existe pas de clergé au sein de la Science Chrétienne. Les fidèles ont donc la charge d’organiser le culte. Les lecteurs sont deux fidèles — souvent de sexes opposés —, élus par leurs pairs, qui réalisent la lecture le dimanche matin. Le premier de ces lecteurs s’occupe de la lecture et de la conduite de la réunion ayant lieu, un soir, en semaine.

[11] Ainsi, dans un article du Héraut de la Science Chrétienne, l’une des revues du mouvement, on peut lire : « les récits (rédigés par les fidèles) doivent être concis, persuasifs, et démontrer sans ambiguïté que la Science Chrétienne guérit. Pour écrire un témoignage, [...] veuillez expliquer certains points de métaphysiques ou décrire la prière de compréhension spirituelle qui ont contribué à la guérison ; ce sont là les éléments essentiels d’un témoignage... » (1995, « Annonces », Le Héraut de la Science Chrétienne, 78(1) : 76).

[12] Le recours aux moyens médicamenteux est possible dans un cas de figure spécifique. Ainsi, dans Science et santé avec la clef des Écritures, on peut lire : « si par suite d’un accident ou d’une cause quelconque, un Scientiste Chrétien était saisi de douleurs si violentes qu’il lui serait impossible de se traiter lui-même mentalement — les Scientistes n’ayant pas réussi à le soulager — le malade pourrait appeler un chirurgien pour qu’il lui fasse une piqûre de morphine ; alors une fois la croyance à la douleur endormie, il pourrait entreprendre de se traiter mentalement » (Eddy, 1989a : 464).

[13] Au niveau du costume, des règles très précises ont été édictées par Mère, la femme de Louis Antoine. Pour l’homme il est constitué d’un pantalon noir, d’une robe noire descendant jusqu’au genou et fermée tout le long par de petits boutons noirs, et d’un chapeau haut de forme. La robe des femmes est également noire, légèrement cintrée à la taille et évasée dans le bas. Elle descend à hauteur de la cheville et est portée sur des collants noirs et avec des chaussures noires. La femme porte un bonnet et un voile de couleur noire.

[14] On va revenir plus loin sur la formation reçue par les guérisseurs.

[15] La cérémonie dominicale est plus longue car la lecture consiste à lire des passages des livres de Louis Antoine. Par ailleurs, autre différence avec les cérémonies qui ont lieu en semaine, le dimanche, les adeptes sont assis une fois l’Opération terminée, et ce dans la mesure où le temps de lecture est plus long (20-25 minutes).

[16] On a ainsi rencontré un fidèle costumé qui voulait devenir guérisseur mais le desservant du temple disait « ne pas en avoir eu la pensée ou l’inspiration », manière d’exprimer un refus sans avoir à se justifier davantage.

[17] Ces ouvrages contiennent les « pensées » de Mère, la femme de Louis Antoine, qui était analphabète et qui a pris la succession du mouvement à la mort de son mari, en 1912.

[18] Il est à noter que cette pratique a été introduite par Mère, la femme de Louis Antoine.

[19] Il y a trois grandes fêtes antoinistes : le 25 juin (fête de Père qui commémore son décès), le 15 août (inauguration du temple de Jemeppe-sur-Meuse) et le 3 novembre (fête de Mère, commémoration de sa mort).

[20] Il faut indiquer que ces pratiques magiques ont parfois été favorisées par Mère, la femme de Louis Antoine. Ayant été nommée par son mari pour lui succéder et ayant un déficit de légitimité auprès des adeptes, elle s’est imposée auprès de ces derniers en « magifiant » certaines pratiques et en divinisant le Père Antoine (Bégot, 2000).

[21] Pour Max Weber, « ce n’est pas la nature des biens spirituels qu’il (le groupement hiérocratique) laisse espérer — biens d’ici-bas ou dans l’au-delà, biens extérieurs ou intimes — qui constitue la caractéristique déterminante du concept de groupement hiérocratique, mais le fait que la dispensation de ces biens peut constituer le fondement d’une domination spirituelle sur les hommes » (1995 : 99).

[22] Dans le Manuel de l’Église Mère, on peut lire : « tout membre convaincu de violer l’un des Statuts ou l’une des Règles énoncées dans ce livre, sera admonesté en accord avec l’injonction biblique de Matthieu 18 : 15-17 ; à défaut de se conformer à cette admonestation, il sera mis en période d’épreuve ou, s’il récidive, son nom sera rayé du registre des membres de l’Église » (Eddy, 1989b : 50-51).

[23] Ces emprunts ne sont pas préconisés par le groupe mais ils ne peuvent pas être considérés comme illégitimes puisque Louis Antoine écrivait : « tout croyant doit réciter les prières que sa conscience lui dicte [...]. C’est ainsi que nous devons comprendre la prière, qu’elle s’adresse à la Vierge ou à d’autres, si elle est sincère, c’est bien ; la conscience seule doit la sanctionner ... », (Antoine, 1979b : 61-63).

[24] Dans la tradition tibétaine, le reiki consiste à placer les mains, suivant des positions particulières, sur le corps, pour activer le flux de l’énergie vitale.

[25] Gymnastique chinoise.

[26] Les chakras, au nombre de sept, sont des « centres subtils du corps où se diffusent les courants d’énergie ». C’est au niveau du chakra inférieur (coccyx) qu’est lovée l’énergie cosmique vitale, la kundalini. L’ouverture des chakras met l’homme en contact avec l’énergie cosmique.

 
 

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WILLAIME Jean-Paul, 1999, « Les définitions sociologiques de la secte », in Francis Messner (ed.), Les sectes et le droit, Paris, PUF : 21-46.

 

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Anne-Cécile Bégot
La construction sociale de l’efficacité thérapeutique au sein de groupes religieux (Science Chrétienne et Antoinisme),
Numéro 15 - février 2008
Les nouveaux mouvements religieux.