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Pour citer cet article :

May Du, Michaël Meyer, 2009. « Photographier les paysages sociaux urbains. Itinéraires visuels dans la ville ». ethnographiques.org, Numéro 17 - novembre 2008
L’éthique en anthropologie de la santé : conflits, pratiques, valeur heuristique [en ligne].
(http://www.ethnographiques.org/2008/­Du,Meyer - consulté le 3.12.2016)
 

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May Du, Michaël Meyer

Photographier les paysages sociaux urbains.
Itinéraires visuels dans la ville

Résumé

Dans cet article, nous proposons d'explorer la ville en recourant à des données et des méthodes visuelles. Partant de la notion de « paysage social », nous construisons un triple itinéraire géographique, photographique et intellectuel. Trois apports méthodologiques liés aux images sont ainsi mis en évidence : l'image comme guide pour l'attention, le chercheur comme « lieu des images » et l'image comme médiation. Nous sommes pour finir amenés à envisager une forme d'enquête qualitative ouvrant sur un intérêt sociologique élargi pour les données visuelles.

Abstract

This paper deals with ways of exploring the city with visual materials and methods. Starting with the idea of "social landscape" three itineraries (physical, photographic and intellectual) allow us to highlight the methodological contributions of visual settings to qualitative research : images as guide for the viewer's attention, the sociologist as "the site of images", and finally images as mediating objects. We finish by imagining forms of qualitative research that would be open to broader sociological interest for visual data.

Pour citer cet article :

May Du, Michaël Meyer. Photographier les paysages sociaux urbains. Itinéraires visuels dans la ville, ethnographiques.org, Numéro 17 - novembre 2008
L’éthique en anthropologie de la santé : conflits, pratiques, valeur heuristique [en ligne]. http://www.ethnographiques.org/../2008/Du,Meyer (consulté le 10/06/2009).

Les images ont acquis une place croissante depuis plusieurs années dans les pratiques des sciences sociales, que se soit dans les textes, lors des conférences ou dans le cadre des enseignements. Ce développement ne s’est pourtant que pour une part accompagné d’une réflexion sur les méthodologies visuelles pour le guider. Cette part de travaux intéressés à réfléchir aux usages des images en sciences sociales est regroupée aujourd’hui sous les étiquettes disciplinaires d’anthropologie visuelle, sociologie visuelle, vidéo- ou photoethnographie. Certains travaux sont allés chercher des réponses dans l’épaisseur historique des disciplines en place et leur rapport à leurs origines avec les images (Stasz, 1979 ; Henny, 1986  ; Maresca, 1996  ; Harper, 2000). On y découvre que les chercheurs ont eu recours aux moyens d’enregistrements visuels dès que ceux-ci furent disponibles. Toutefois, à quelques rares et brillantes exceptions près (Bateson et Mead, 1942), ce n’est que depuis les années 1970 que semble être revendiquée une utilisation des matériaux visuels qui dépasserait le simple élément d’illustration ou d’attestation de la présence sur le terrain (Collier, 1967  ; Wagner, 1979  ; Becker, 1981). Plus tard, dès les années 1990 et aujourd’hui encore, des travaux s’intéressent spécifiquement au ressort de la visibilité et de la visualisation dans l’organisation sociale de notre quotidien (Chaplin, 1994  ; Faccioli et Harper, 1999), allant puiser largement dans l’héritage de l’interactionnisme symbolique.

Cet intérêt s’est également porté sur les dimensions visuelles du travail scientifique, pour y mettre en évidence la continuité qui existe entre le « visible », le « visuel » et le « visualisé » (Wagner, 2006). Le visible renvoie aux attributs physiques et optiques, indépendamment des dispositifs de perception et de compréhension. Le visuel relève quant à lui du travail de saillance constitutif de notre perception et de nos schèmes interprétatifs. Pour finir, le visualisé ou les visualisations correspondent à la mise en place de procédures de compréhension et de conceptualisation par des artefacts visuels (diagrammes, schémas, métaphores visuelles, etc.).

La revendication des images comme des « données » (data) à part entière a constitué le cœur de ce qui peut sembler un renouveau de l’intérêt pour le développement des méthodologies des images en sciences sociales (Stanczak, 2007). Ce renouveau se base sur l’idée des images comme mode de connaissance du terrain. De ce point de vue, elles devraient constituer à la fois « l’objet et l’outil » d’analyse (Terrenoire, 1985). À cela s’ajoute la capacité des images à questionner la place de l’enquêteur-producteur d’images dans son terrain, en la rendant visible à la fois pour lui-même et pour autrui (les enquêtés et les pairs). Ainsi mis à l’épreuve, le chercheur est amené à s’interroger sur les situations d’enquête induites par le recours à l’instrumentation visuelle dans la recherche [1].

En partant de notre propre expérience de jeunes chercheurs se frottant aux enjeux et pratiques des méthodologies visuelles, nous allons essayer de mettre en évidence quelques points stimulant notre volonté d’explorer cette démarche, malgré les difficultés qui lui sont rattachées. Au travers d’un travail de workshop effectué à Berlin sous la supervision de Douglas Harper, l’un des fondateurs de la sociologie visuelle américaine, nous allons mobiliser un triple cheminement — géographique, photographique, intellectuel — pour mettre en évidence des apports méthodologiques liés aux dispositifs d’instrumentation visuelle.

Dans ce but, la notion de « paysage social » nous sert de point de départ pour la problématique de la prise de vue photographique comme méthode. En mettant en parallèle un parcours physique dans les rues de Berlin, avec l’accomplissement pratique du travail de terrain demandé dans le cadre du workshop, nous dégageons un itinéraire passant par trois moments : l’image comme support à l’attention, le chercheur comme support des images et l’image comme médiation. Convaincus par l’approche originale que procure l’instrumentation visuelle dans les études sur la ville, en l’occurrence sur les manières de faire du terrain en milieu urbain, nous proposons de recourir à la notion d’ « itinéraire » au sens que préconise Michel de Certeau, c’est-à-dire en nous focalisant avant tout sur ce qui se fait « au ras du sol, avec des pas » (De Certeau, 1990 : 147) [2]. Dès lors, il paraît indispensable d’envisager les liens entre œil sociologique et œil photographique à l’intérieur d’une forme d’enquête qualitative ouvrant sur un intérêt sociologique pour les données visuelles issues des images mais aussi des dimensions visuelles de la ville. Dans ce sens, les travaux de Georg Simmel et Isaac Joseph constituent des références essentielles à notre recherche. Ces travaux nous incitent à ne pas en rester aux commentaires ou discours sur les itinéraires, mais à observer des itinéraires en pratique et les usages qui y sont visibles pour le chercheur.

Le colloque Qualitative Analysis of Visual Data [3] qui s’est tenu à Berlin à l’automne 2007 a proposé, en parallèle avec les conférences, des ateliers de travail animés par des chercheurs confirmés dans les domaines de la sociologie visuelle. Nous avons pris part à l’atelier de Douglas Harper. Cet atelier a été le seul à s’organiser autour d’un travail de terrain, dont les instructions étaient de chercher à rendre intelligible par une séquence de photographies un environnement urbain appréhendé en tant que « paysage social » (social landscape).

Pour nous aider dans notre démarche, D. Harper a évoqué le travail photographique réalisé à l’occasion de sa recherche sur les vagabonds (tramps) américains avec lesquels il a vécu durant une période prolongée (Harper, 2006). À partir de ce fascinant exemple qui réactualise l’enquête sociologique de terrain en mobilisant l’écriture photographique, et sur la base des quelques consignes et indications que Douglas Harper a volontairement souhaitées limitées, nous sommes donc partis en quête des paysages sociaux de Berlin. Il nous a fallu mettre en place un dispositif capable d’enquêter visuellement sur cette notion en la confrontant aux réalités de la ville par le double moyen du regard et de la photographie. La nature limitée de l’exercice ne nous permet pas ici de proposer une systématisation du travail sociologique par instrumentation visuelle, pas plus qu’elle n’offre une véritable ethnographie de Berlin. Elle nous donne par contre l’opportunité de réfléchir par la pratique aux nombreuses discussions sur l’image comme démarche d’enquête en général (Prosser, 1998 ; Rose, 2001), et comme démarche d’enquête sur l’urbain en particulier [4].

S’il n’est pas le propos principal de cet article — nous ne prétendons pas du reste en donner un aperçu exhaustif, qu’il soit théorique ou empirique —, l’urbain [5] représente par contre la toile de fond qui a non seulement rendu possible l’exercice du workshop, mais a aussi procuré le matériau phénoménologique à partir duquel nous avons retenu l’idée d’« itinéraire ».

Solidaire d’une conception fluide et mouvante de l’urbain, la notion d’ « itinéraire » permet d’approcher les réalités fragmentaires de la ville sous l’angle des pratiques qui proposent des ordonnancements plus ou moins durables de celle-ci. Ainsi, l’enjeu d’une telle notion consiste ici à faire travailler méthodologiquement et visuellement ce qu’U. Hannerz (1983) appelle les « rapports de trafic » quand il se réfère à l’approche goffmanienne de la ville. Conglomérat d’échanges de nature diverse (Simmel, 2007), l’urbain s’appréhende à travers ses usages situés comme le suggère I. Joseph (1984) à travers sa figure du passant. Les travaux qui s’attachent à rendre compte de la ville en mouvement au moyen des notions de « mobilité » et de « motilité » (Lofland, 1989  ; Kaufmann, 2007) font partie des recherches menées avec une sensibilité pragmatique sur lesquelles nous nous appuyons afin de mener à bien nos différents cheminements présentés ci-dessous. Notre tâche consiste alors à rendre opératoire l’idée d’itinéraire, afin que celle-ci puisse nous guider au fil de ce texte. Pour ce faire, nous avons opté pour une approche des itinéraires en termes d’accomplissements situés de déplacement. Celle-ci se positionne en amont des méthodes qui mobilisent des « itinéraires commentés », dans le sens où les dimensions sensorielles (et notamment la dimension visuelle) en sont des parties intégrantes, au même titre que les dimensions discursives.

Dans cette perspective, la notion d’itinéraire permet de rendre tangibles les rapports au temps et à l’espace. Puisque l’ethnographie visuelle de l’urbain doit aussi bien tenir compte de la relation entre espace et ville que de la relation entre temps et dispositif visuel (dans notre cas, il s’agit du dispositif photographique), nous sommes amenés à réfléchir les paysages sociaux à la croisée de ces dimensions. La rencontre s’établit par des itinéraires qui réunissent l’espace et le temps, la ville et la photographie dans des séquences qui soulignent les interactions entre matérialité, usages et cadres. L’idée de paysage social urbain est étudiée dans la rencontre de la pratique photographique du chercheur et des pratiques citadines ordinaires des usagers, des flâneurs ou des professionnels (techniciens de surface, policiers, etc.).

Dans le prolongement des travaux s’intéressant aux visualisations d’itinéraires d’usagers dans les espaces publics urbains (Kaufmann et al., 2001  ; Capron et al., 2005  ; Pink, 2007), la notion d’itinéraire nous permet à notre tour de réfléchir les cheminements du chercheur. De plus, en tant qu’elle permet d’approcher les arrangements sociaux et matériels de la ville, elle a l’avantage de questionner la réalité dynamique des paysages sociaux, rendus saillants par la nécessité pour le chercheur-photographe d’y prendre place (spatialement et temporellement) pour les voir. Si l’espace et le temps peuvent être définis comme des composantes socio-culturelles produites en situation, avec comme facteur différentiel la réversibilité (pour l’espace) et l’irréversibilité (pour le temps) des déplacements (Latour, 2005), il est alors indispensable d’approcher la ville comme un phénomène qui construit la visibilité de ses paysages sociaux par leurs usages spatiotemporalisés [6]. Ces usages ont été dans notre cas des itinéraires visuels qui ont été à la fois continus dans le mouvement (qui nous a conduit de Kreuzberg à la Potsdamer Platz) et ponctués par des arrêts sur des lieux, des bâtiments, du mobilier qui une fois reliés entre eux dessinent photographiquement des paysages sociaux urbains. Chaque arrêt a impliqué de prendre place dans l’espace, et de se donner à voir dans un moment consacré à la prise de vue photographique. Relier les lieux et les temps d’arrêt nous permet dans cet article de restituer trois niveaux de parcours dans la ville : l’itinéraire dans le visible (le mouvement géographique), l’itinéraire dans le visuel (le travail photographique) et l’itinéraire dans les visualisations (le travail de présentation des photographies). En somme, l’itinéraire a été un guide pour l’action, là où le travail photographique partant de la notion de « paysage social » ne pouvait pas l’être à lui seul.

Suite à l’exercice proposé (photographier des paysages sociaux de Berlin), nous nous retrouvons à la porte de l’Europäische Akademie, dans le quartier résidentiel de Grünewald au cœur de l’Ouest berlinois. Nous choisissons de prendre le métro pour quitter les quartiers cossus de Grünewald et continuer à l’est vers les quartiers anciennement ouvriers de Kreuzberg [7].

Sur place, nous nous retrouvons aux prises avec une difficulté inhérente à l’exercice proposé par Douglas Harper : la notion de paysage social, pas plus que la volonté méthodologique de réaliser des photographies, ne nous indiquent ce que nous devons chercher du regard. Comme tout étranger dans un lieu inconnu, nous commençons par amplifier notre champ de vision en levant nos yeux ; cherchant à comprendre les bâtiments et structures qui nous entourent ; fouillant l’espace vertical à la recherche de repères (panneaux indicateurs, noms de rues). Désorientés, nous nous aventurons dans la principale artère qui jouxte la station de métro. Tournant sur nous-mêmes, nous cherchons où aller. Dans ces premiers moments de désorientation, les quelques photographies que nous prenons chacun de notre côté nous servent peut-être à maîtriser cet espace inconnu, qui ne se donne pas aisément au promeneur ou au visiteur perdu. Comme Susan Sontag (2000, p.22-23) l’observe pour la photographie touristique, ces clichés nous permettent peut-être à notre tour d’exorciser notre désorientation initiale, de nous fournir les premiers pas de cet itinéraire qui va nous emmener dans ces quartiers totalement inconnus.

Petit à petit, l’environnement s’appréhende au moyen d’un regard qui s’affine. Nous sachant ici dans une posture autre que celle du simple touriste, nous nous sommes rapidement efforcés de domestiquer visuellement cet environnement neuf où tout pouvait être source d’étonnement. Sans forcément se borner, notre regard a dû se structurer progressivement. Ce type de regard peut s’apparenter dans un premier temps à celui du flâneur. Chez Isaac Joseph (1984), le flâneur est celui qui est capable de se rendre disponible au monde qu’il traverse, par l’hypertrophie de son œil, sans pour autant être submergé et stoppé par la multitude des signaux susceptibles d’accaparer son attention. De la même manière, la figure de l’étranger que propose Georg Simmel (2004a) peut aussi nous servir d’analyseur des paysages sociaux de la ville, en tant qu’elle met en place le double mouvement d’un regard à la fois averti et expérimenté (celui de l’indigène dans ses usages ordinaires de la ville) et d’un regard flottant et curieux (celui de l’étranger qui cherche les prises et repères de ces usages dont il ne découvre dans un premier temps que les traces).

Notre travail photographique s’est inscrit dans cette démarche en équilibre entre le fait de se rendre disponible à l’illimité du visible et le fait de se donner un visuel situé comme cadre indiciaire d’exploration et de réflexion.

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Marquages et usures des surfaces : les indices des usages sociaux de la ville.
Photographies : Michaël Meyer, 2007

Une première série d’images a résulté de cette posture de flâneur, de chercheur-photographe attentif mais pas absorbé. Pour la mettre en œuvre, nous sommes passés, sans forcément nous en rendre compte tout de suite, par des « scripts » de prise de vue [8], qui à notre itinéraire spatial ajoutaient un itinéraire photographique dans des objets spécifiques. Ainsi, par exemple, nous avons photographié systématiquement toutes les bouches d’égouts et hydrants qui croisaient notre chemin. Ce faisant nous avons été peu à peu amenés à penser plus largement les structures du sol comme des indicateurs de la vie sociale, rendus attentifs aux changements de revêtements ou aux marqueurs qui parsèment la surface d’une ville (numéros de place de parc, tracés des conduites souterraines, vestiges de graffitis, bouteilles abandonnées). Ce regard des détails vagabonds qui parsèment les sols d’une ville a fait émerger tout un univers sous notre semelle de chercheur-flâneur-photographe. Poursuivant des scripts qui désamorcent un mode touristique de photographier, un niveau de réalité à ras le sol s’est ainsi offert à notre regard. La matérialité de l’environnement de la ville se laisse appréhender par les usures des sols et du mobilier urbain. Ces usures nous signifient les usages et les pratiques qui déforment et conforment la ville à ceux qui la vivent quotidiennement. Le « braconnage » (De Certeau, 1990) des espaces urbains par les usagers devient un élément de focalisation du regard [9] ; et l’on se laisse étonner notamment par exemple par la capacité des individus à créer, sans se consulter, des chemins de traverses dans les parcours citadins officiels (ceux pensés par les architectes et urbanistes, ceux des trottoirs et des chemins pavés). L’usure laissée par les usages nous rend visuellement saillantes les manières de parcourir les paysages sociaux de la ville.

À ce point de notre itinéraire, nous remarquons que la démarche d’instrumentation photographique ne dit pas par où commencer le travail d’exploration des paysages sociaux d’une ville — quoi et comment photographier ? Elle fournit par contre une dilatation de l’attention du chercheur et lui octroie un horizon d’observation à la fois plus étoffé et malgré tout suffisamment ciblé pour éviter la dissolution dans l’étonnement général. Dans notre cas, le travail photographique a rendu notre regard attentif à la pertinence sociale des détails. De ce fait, en détournant E. Goffman (1973, p.179) lorsqu’il évoque la mise en scène de la vie quotidienne et les échanges réparateurs, nous pouvons affirmer que l’instrumentation visuelle fournit certainement moins un guide pour l’action, qu’un guide pour l’attention. Partant de là, si nous combinons l’itinéraire et l’image, nous disposons dès lors d’un cadre initial de travail permettant d’articuler les éléments visibles, les artefacts visuels et les visualisations scientifiques. Autrement dit, les itinéraires visuels nous invitent à considérer l’épaisseur de l’observable à travers laquelle voyage notre regard. De même que techniquement la photographie peut donner à voir simultanément une vitre, le reflet de celle-ci, sa transparence et encore les gouttes d’eau qui y sont attachées ; l’instrumentation visuelle dans l’observation sociologique ouvrirait au continuum des niveaux de la réalité, des détails les plus infimes jusqu’aux instances collectives les plus larges, ajoutant au cœur de tous ces niveaux la présence physique du chercheur.

Si la difficulté première de l’exercice se situe dans la nécessité de savoir par où commencer, où poser son regard, nous remarquons également que cela se prolonge dans une nécessité empirique : la présence physique du chercheur, à partir de laquelle un élément du visible pourra être constitué en objet du regard sociologique ou anthropologique (c’est le passage du matériau visible aux données visuelles). En nous inspirant de l’idée de H. Belting (2004) d’un homme comme « lieu des images », nous proposons de réfléchir à la situation du chercheur dans le double rapport qu’il entretient avec les images saisies et les images produites, dont il est dans tous les cas le support premier. Pour ainsi dire, le chercheur prête corps à la visibilité des paysages sociaux urbains ; cette visibilité ne pouvant être appréhendée sans tenir compte des modalités d’engagement du chercheur sur son terrain. En l’occurrence, durant notre itinéraire, nous sommes amenés à prendre place dans les différents espaces que nous traversons et occupons. Plus que cela, le travail photographique implique de s’arrêter, de sortir du flux ambiant ; en d’autres termes de se rendre disponibles et donc vulnérables le temps de la prise de vue. S’arrêtant sur le bord d’un trottoir, stoppant au milieu d’une rue ou restant immobiles devant une entrée d’immeuble, nous nous inscrivons physiquement dans ces lieux, en même temps que nous nous y positionnons de manière décalée par rapport aux usages habituels. L’appareil photographique participe largement de ce décalage, car il signifie ou problématise notre regard pour les éventuels témoins de nos prises de vue.

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Voir les regards : l’empreinte de la présence physique du chercheur.
Photographies : Michaël Meyer, 2007

Continuant notre exploration photographique des usages (et des usures que ceux-ci font subir à l’espace urbain), nous sommes amenés à rechercher les traces de cette activité humaine. Ces traces, sous le regard du chercheur, vont devenir des indices des usages sociaux de l’espace urbain. Si nous suivons l’idée de paradigme indiciaire de C. Ginzburg (1980), nous pouvons trouver dans une simple empreinte de pied, laissée par de la peinture fraîche, tout un pan de nos allers et venues ordinaires. L’épaisseur de cette simple trace se dévoile par l’acte photographique du chercheur. Cet acte est lui-même perçu par un technicien de surface, exerçant son regard professionnel dans le même lieu, comme indice de quelque chose digne d’être photographié. Ayant aperçu le chercheur-photographe concentré sur la prise de vue d’une trace au sol, il est rendu attentif à l’objet de ce regard photographique. Il vient par lui-même constater la chose digne de l’intérêt d’un photographe, et s’en donner sa propre narration. Le chercheur en prenant place, en faisant l’expérience de la visibilité de son propre travail de regard, attire d’autres regards sur lui et sur le monde qu’il observe. Constatant ce fait, le chercheur prend conscience réflexivement du fait que son travail photographique a induit des regards sur des objets qui seraient peut-être sans cela passés inaperçus. Il fait donc œuvre d’invention en rompant avec les cadres habituels du regard, faisant émerger des saillances nouvelles ; de la même façon que le détective Dupin rompt avec le cadre policier du regard pour résoudre le mystère de « la lettre volée » dans la nouvelle d’Edgar Allan Poe. Cette prise de conscience peut se transformer elle-même en un nouveau regard qui cherche à « voir le voir » selon la formule de J. Berger (1976), à regarder le regard et l’objet du regard d’un autre. Dans ce cas, le regard imagé de la photographie se déplace de la trace elle-même vers le fait que le nettoyeur porte un regard sur cette usure du sol (usure que nous avions nous-mêmes rendue saillante quelques secondes auparavant en la photographiant).

Cette étape est notamment l’occasion pour le chercheur d’intégrer le réseau de regards et le bain de visibilité dans lesquels il s’inscrit, comme éléments de réflexivité et d’analyse dans la conduite de la recherche. En effet, la visibilité et la perturbation que la présence du chercheur peut provoquer font partie des aspects qui devraient être pris en compte, dans la mesure où ils sont porteurs d’enseignements sur les réajustements observables chez les enquêtés confrontés au regard du chercheur, d’autant plus si celui-ci est muni d’un appareil photographique (Papinot, 2007 ; Meyer, 2007). La pratique photographique ne fait que surajouter à nos capacités ordinaires de voir les regards et rendre visibles leurs enjeux en nous offrant un accès aux arrière-plans de signification des coups d’œil les plus anodins.

Si l’image apporte à la fois une acuité attentionnelle et une certaine lucidité quant à l’inscription du chercheur dans le jeu des réciprocités oculaires au sein du terrain, elle est également au centre de la matérialisation et de la mise en forme des rapports que le chercheur construit avec ses matériaux empiriques. Les images dans cette perspective peuvent être comprises comme des médiations qui assurent ces rapports. Que l’on s’attache aux relations entre le chercheur et son terrain (le passage des observations aux données), entre le chercheur et les enquêtés (matérialisation de leur relation et feedback) ou entre le chercheur et ses collègues (restitution des résultats par des visualisations scientifiques), le gain de réflexivité apporté par l’enquête visuelle porte sur ces médiations qui sous-tendent tout travail de terrain, et qui permettent de voir et de donner à voir des phénomènes sociaux en général, et des phénomènes urbains dans notre cas.

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Médiation et cadrage photographique : saillance des espaces interstitiels.
Photographies : May Du, 2007

En suivant l’idée que les études visuelles ne se restreignent pas à l’étude des images (photographies, affiches, etc.), mais ouvrent à l’étude plus générale du voir et de l’observable (Emmison et Smith, 2002), nous pouvons considérer des bâtiments, ou encore des éléments du mobilier urbain, comme participant aux dimensions visuelles de la vie sociale. Nous découvrons dans le cadre de ces trois photographies un jeu de visibilité entre intérieur et extérieur d’immeubles résidentiels dans le quartier de Kreuzberg (Paquot et al., 2007 ; Du, 2007). Lieux collectifs de convivialité (rassemblant des aires de jeux, des bancs, mais aussi des objets à usage commun comme les containers), les cours intérieures sont ici à peine dévoilées par un regard qui cherche à s’y engouffrer, alors que le corps du chercheur-photographe reste sur la voie publique, en-dehors des complexes immobiliers photographiés. Au premier plan des photographies, ce sont des passages qui sont rendus visibles. En l’occurrence, un deuxième (et parfois un troisième) cadre matériel dessiné par les murs et les parois des passages apparaît imbriqué dans le cadre-limite des photographies. Si la fonction première de ces zones de transition est de permettre les déplacements entre intérieur et extérieur, c’est pourtant au moyen de la fixation et du cadrage photographique qu’elles nous sont devenues observables. Ce faisant, elles ouvrent à une méthodologie de la lecture des images qui mettraient à profit le « principe de l’isomorphisme » et la « puissance de désignation » qu’attribue A. Piette (2007) aux photographies. Ainsi ces dernières peuvent être un soutien à la mémoire et à l’étonnement du chercheur qui redécouvre par les images des détails qui lui avaient échappé lors de la prise de vue.

Durant la discussion collective qui a suivi ce travail de terrain, la notion de liminalité s’est avérée saillante à la lecture de ces images. Cette notion empruntée notamment aux études biologiques sur les zones intermédiaires entre deux biotopes nous renvoie aux espaces entre-deux, aux territoires interstitiels [10], lesquels permettent de penser les articulations sociales, les modes de coordination, de négociation ou d’opposition entre des paysages sociaux mitoyens. L’itinéraire photographique par lequel nous avons procédé, et les scripts de prise de vue que nous avons déployés, ont laissé entrevoir l’importance de ces espaces intermédiaires dans une approche dynamique de l’urbain et de ses usagers, tenant compte des déplacements, du mouvement et des transitions (Joseph, 1984). Si ces trois photographies ont la capacité de donner à voir cette réalité des passages, c’est que les images en général contiennent, comme l’observent T. Mitchell (1994) et H. Becker (2007), une puissance de visualisation des concepts, des résultats de recherche et plus généralement des théories sociologiques. Cela se confirme dans le fait que le travail du chercheur est très souvent un travail de production d’images (au sens large) des objets qu’il étudie. La production de ces images (photographies, tableaux, schémas, métaphores visuelles) fournit les ressources pour le partage des données et des résultats avec les enquêtés (feedback, photostimulation, etc.) et les chercheurs. Loin de reproduire notre utilisation routinière de données ayant une face visuelle (par exemple dans le cas d’images illustratives), cette dernière étape de notre itinéraire nous invite à penser la recherche comme un incessant travail de production, de traitement et de diffusion de matériaux visuels.

Les différentes relations entre visible, visuel et visualisé produites par les chercheurs sont autant de manières de faire avec les images en sciences sociales. Le bref exercice d’ethnographie visuelle de la ville évoqué ici est en lui-même l’occasion d’un itinéraire dans les multiples applications possibles des images dans la recherche. Cet itinéraire n’a pas pour mission de présenter un inventaire complet, mais est plutôt une invitation à retourner sur nos pas pour considérer les multiples chemins qui s’ouvrent à nous dès lors que l’on ambitionne d’enquêter visuellement. Tout comme de nombreuses voies sont disponibles pour découvrir une ville, chacune offrant une vision particulière de celle-ci, de la même manière de nombreux usages de l’image sont possibles en sciences sociales. Nous pourrions ainsi prolonger ce parcours en empruntant les voies de la photo-stimulation (Harper, 2002), de la perturbation photographique (Papinot, 2007), des méthodes de lecture des images (par exemple la méthode grapho-photographique d’A. Piette, 1996). Nous retiendrons peut-être en synthèse que chaque voie se positionne sur un continuum qui va d’un « objet-image », considérant le produit du travail photographique, à un « travail-image », portant l’attention plutôt sur le procès de réalisation des images (Meyer, 2008). Notre itinéraire dans Berlin nous a conduit d’un pôle à l’autre de ce continuum : de la réalisation de clichés, à la lecture de ceux-ci, pour finalement aboutir à leur présentation dans les pages de cet article. Ce faisant nous pouvons réaffirmer la nécessité d’un va-et-vient entre étude des images et étude des regards en interaction qui participent de la constitution visuelle du monde — d’une « culture visuelle » au sens de Jenks (1995).

L’enquête visuelle ne devrait plus dès lors être ramenée à la simple utilisation instrumentale par le chercheur d’une caméra, d’un appareil photographique ou d’un corpus d’images, considérés comme des prothèses techniques de son regard défaillant ou lacunaire. Ce type d’enquête engage plus largement à s’intéresser aux liens étroits qui existent entre les données visibles et les analyses visuelles, notamment pour découvrir que le chercheur lui-même dans son travail est plongé dans un bain de visibilité qu’il contribue à maintenir et reproduire. Selon la formule de J. Wagner (2006, p.55), nous sommes amenés à observer la « substance visuelle » de notre propre travail.

Ces considérations nous semblent de premier ordre pour réfléchir le jeu du voir et de l’observable qui traverse la ville et ses paysages sociaux. En suivant Georg Simmel et Isaac Joseph, nous pouvons réaffirmer la ville comme laboratoire [11] pour l’étude du regard, en tant que ce dernier est la première forme d’usage de l’environnement urbain. La « valeur sociologique de l’œil » (Simmel, 1981, p.228) se laisse appréhender dans les interactions quotidiennes et les processus de reconnaissance et d’ajustement entre individus co-présents, mais aussi entre individus et environnement matériel. Dans le prolongement moderne de cette thèse et selon Isaac Joseph (1984, p.18) :

« [...] l’homme est un être de locomotion que les rencontres et les expériences de co-présence transforment en un œil énorme. La ville instaure le privilège sociologique de la vue (ce qui se fait) sur l’ouïe (ce qui se raconte), mais en conjuguant diversité et accessibilité elle affecte le visible d’un coefficient d’indétermination et d’alarme ».

L’usager, comme le technicien de surface et tout autre « praticien-réparateur » (Goffman, 1998, p.380), sont des observateurs des usages et des usures de la ville. Ils se basent sur leurs observations des personnes présentes et de l’environnement matériel pour s’inscrire dans le flux d’activités et de regards qui parcourent et configurent les espaces publics urbains. Les usagers de la ville peuvent tabler sur la visibilité de cet espace commun qui accueille pour un temps leurs actions. Cette même visibilité devient dès lors l’objet privilégié du regard du chercheur engagé dans une démarche d’instrumentation photographique.

Conçus comme guide d’action, l’idée d’itinéraires visuels nous permet de rattacher cette conception de la ville aux aléas de l’expérience située — géographiquement et intellectuellement — de l’enquêteur. Nous aidant à esquisser une trajectoire à travers l’abondance des signaux urbains (Simmel, 2004b), le recours aux itinéraires représente une manière parmi d’autres de se saisir de l’environnement urbain. Les mouvements et déplacements qui y prennent place sont à la fois des produits et des éléments initiateurs de l’urbain en tant que composition d’espaces-temps usagés, sans cesse reconfigurés.

Or ces itinéraires se feraient en pure perte s’ils ne pouvaient compter sur un guide pour l’attention. Celui-ci est fourni par l’œil photographique qui fouille inlassablement les signaux urbains. Cet œil, pour qu’il ne s’hypertrophie pas et qu’il demeure à l’échelle humaine, doit systématiquement être ramené aux circonstances où il prend place. L’ironie photographique, qui n’a de cesse de renvoyer au chercheur, en quête de la réalité du terrain, sa propre image, sa propre présence et perturbation au cœur de l’appréhension de cette réalité, rend possible une condensation et un déplacement du regard vers des enjeux de réflexivité du travail scientifique. L’image intensifie la portée réflexive d’une recherche (Piette, 2007). Cette réflexivité devra notamment se matérialiser dans une prise en compte du rôle médiateur des images autour du chercheur. Le procès d’instrumentation des images nous oblige notamment à prendre conscience du potentiel d’explication et de compréhension qui accompagne les données que nous traitons. La réflexion sur les images peut nous conduire, au-delà de nos techniques de manipulation et d’interprétation des données visuelles, à une prise de conscience des enjeux de construction et d’argumentation qui entourent celles-ci (Grady, 2004).

L’utilisation des images à titre purement illustratif ou instrumental d’enregistrement pose dès lors problème, car elle dévalue le point précis qui peut faire des photographies des données à part entière : leur capacité à mettre en évidence l’omniprésence des enjeux de visibilité dans nos actions et itinéraires quotidiens. C’est seulement en mettant au premier plan ces enjeux de la visibilité que nous pourrons peut-être prendre la mesure et saisir toute la pertinence des notions d’ « œil sociologique » ou de « regard sociologique », trop souvent reléguées au rang des poncifs de la discipline.

 
 

Notes

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[1] Voir notamment les travaux francophones réunis à l’occasion du symposium « L’image dans la fabrique des sciences sociales. L’échange de vues comme sources de connaissance ? », 3 au 5 mai 2007, Université de Bretagne Occidentale, Brest.

[2] La notion d’itinéraire est largement reprise dans les méthodes proposées ces dernières années pour l’étude de la ville et de l’urbain. On trouvera un aperçu de cette production dans Grosjean et Thibaud (2001).

[3] Du 17 au 20 septembre 2007, conférences « Conference on Qualitative Visual Data Analysis » et ateliers « Workshop on Visual methods », Technische Universität, European Sciences Foundation, Europäische Akademie, Berlin. Site web officiel contenant les abstracts des interventions : http://www.visualmethods.eu (Consulté pour la dernière fois le 04.04.2008).

[4] Emmison et Smith (2002) parlent de « lived visual data » à propos de la dimension visuelle de l’ordre bâti des villes et des espaces publics. On trouvera des applications dont nous nous sommes inspirés chez Patch (2004), Knowles et Sweetman, (2004) et Krase (2007).

[5] Pour des ouvrages généraux voir par exemple Paquot et al. (2000) ou Da Cunha et al. (2007).

[6] Nous nous référons ici à la « perspective spatiotemporelle » proposée par B. Montulet (2007).

[7] Dès la fin des années 70, Kreuzberg est fortement associé aux formes de vie alternative, qui s’expriment notamment à travers les squats. Lieu de protestation contre la séparation imposée et symbolisée par le mur, Kreuzberg restera un lieu de vie hybride accueillant aussi bien des étudiants que des artistes, mais aussi beaucoup de travailleurs migrants (principalement d’origine turque).

[8] On retrouve cette idée de scripts de prise de vue (shooting scripts) systématisée chez Roy Stryker et les photographes de la Farm Security Administration aux Etats-Unis. Pour une réflexion sur l’application du procédé en sociologie, voir Suchar (1997).

[9] Etant donné que pour Michel de Certeau la ville est un texte, et que l’acte de marcher est à l’urbain ce que l’énonciation est à la langue (1990, p.148), nous avons appliqué sa notion de « braconnage » aux pratiques de la ville. Ceci rappelle aussi fortement l’idée d’une « pragmatique des paysages de la marche » (Joseph, 1998, p. 18). Voir également Joseph (1999).

[10] Pour P. Nicolas-Le Strat (2008), les interstices « constituent en quelque sorte la réserve de « disponibilité » de la ville » (p.116).

[11] Pour cette idée de laboratoire urbain, voir notamment Park (1915).

 
 

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May Du, Michaël Meyer
Photographier les paysages sociaux urbains. Itinéraires visuels dans la ville,
Numéro 17 - novembre 2008
L’éthique en anthropologie de la santé : conflits, pratiques, valeur heuristique .