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Pour citer cet article :

Thierry Amrein, 2009. « L’usage des technologies de l’information et de la communication : un moyen de concilier vie familiale et vie professionnelle pour les femmes des vallées alpines ? ». ethnographiques.org, Numéro 18 - juin 2009 [en ligne].
(http://www.ethnographiques.org/2009/­Amrein - consulté le 25.09.2016)
 

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Thierry Amrein

L’usage des technologies de l’information et de la communication : un moyen de concilier vie familiale et vie professionnelle pour les femmes des vallées alpines ?

Résumé

Un programme de formation spécifiquement conçu pour les femmes des vallées alpines s'est déroulé de 2006 à 2007 dans le Val d'Anniviers, en Suisse. Ses initiatrices partaient du constat que ces femmes étaient défavorisées en matière de formation et d'emploi du fait de leur situation socio-géographique. L'objectif du projet était d'offrir aux participantes les outils nécessaires pour créer leur propre micro-entreprise dans une optique de développement durable du territoire. La ligne stratégique de ce dispositif intitulé parcoursArianna misait principalement sur l'usage des technologies de l'information et de la communication (TIC) pour en assurer la réussite et permettre aux femmes de concilier travail domestique et travail professionnel. Il s'agit dans cet article d'évaluer si l'accent mis sur les nouvelles technologies pour abolir les contraintes liées à l'habitat en périphérie a bien eu les effets escomptés pour les femmes impliquées dans cette expérience.

Pour citer cet article :

Thierry Amrein. L’usage des technologies de l’information et de la communication : un moyen de concilier vie familiale et vie professionnelle pour les femmes des vallées alpines ?, ethnographiques.org, Numéro 18 - juin 2009 [en ligne]. http://www.ethnographiques.org/../2009/Amrein (consulté le 26/06/2009).

Abstract/Zusammenfassung

Is the use of information and communication technologies a way for women in an alpine valley to reconcile family and professional life ?
A training program specifically designed for women living in alpine valleys ran from 2006 to 2007 in the Val d’Anniviers, Switzerland. The initiative for this program came from the observation that women in these peripheral regions were disadvantaged in terms of training and jobs because of their socio-geographical situation. The aim of the training was to give participants the tools necessary to create their own micro-enterprises in a sustainable development perspective. The strategic line of this training, called parcoursArianna, focused mainly on the use of information and communication technologies (ICT) to ensure success and enable women to combine domestic and professional work. This article assesses whether this emphasis on new technologies to reduce the constraints attributable to residence in the mountain areas has had the desired effects for the women involved in this experience.

« Mais, comme on le sait, l’imaginaire qui accompagne les bouleversements technologiques se réalise rarement. » (Rallet, 2005 : 290)

La formation pour adultes intitulée parcoursArianna est arrivée au terme des deux années prévues pour son déroulement à la fin 2007. Il s’agissait de la déclinaison “genre” d’un projet plus vaste, movingAlps [1], qui proposait un modèle de développement des vallées alpines suisses dites « périphériques » basé sur une approche à la fois économique et ethnologique, visant à inverser les dynamiques de centralisation, à encourager un développement économique endogène fondé sur les besoins réels manifestés par les habitant-e-s du territoire, ainsi qu’à prévenir l’émigration des populations de ces régions. Le parcoursArianna élaboré et mis en œuvre sur place par le Laboratorio di Ingegneria della Formazione e Innovazione [2] de l’Université de la Suisse italienne à Lugano, se présentait comme un programme gratuit de formation et d’incitation au développement de micro-entreprises spécifiquement destiné aux femmes de ces régions, indépendamment de leur parcours socio-professionnel antérieur, de leur âge ou de leurs qualifications.

Les initiateurs et initiatrices du parcoursArianna [3] partaient du constat que ces femmes étaient particulièrement pénalisées dans leurs parcours professionnels du fait d’une situation socio-géographique peu favorable. Après une première expérience dans la Vallemaggia au Tessin, le Val d’Anniviers a été choisi en 2005 comme territoire pilote pour mettre en œuvre dans le canton du Valais cette formation qui visait plus concrètement les objectifs suivants : l’apprentissage des technologies de l’information et de la communication ; l’amélioration de la situation des femmes dans les régions périphériques ; le renforcement dans le développement régional de l’activité des femmes ayant une famille ; le transfert et la professionnalisation des compétences des femmes dans des projets innovateurs de micro-entreprises créés in situ et propres à leur garantir un revenu financier ; le soutien au développement de ces projets d’entreprise. Ambitions que l’on pourrait synthétiser sous le terme générique d’empowerment [4] des femmes. Ce dispositif de formation s’appuyait sur une didactique d’inspiration socioconstructiviste intégrant une relecture de l’œuvre de Piaget qui insiste sur les interactions entre participantes pour faciliter l’accès à la connaissance et sur la prise en compte du regard subjectif des actrices sur leur territoire.

Je ne me concentrerai dans cet article que sur l’un des aspects du parcoursArianna : l’accent mis sur l’utilisation des technologies de l’information et de la communication (TIC) pour en assurer la réussite. Il n’est pas question de contester ici la nécessité pour les habitant-e-s des régions périphériques d’avoir au minimum accès à ces technologies et, si le besoin ou l’envie se manifeste, d’en apprendre ensuite les usages de base ou d’en approfondir la maîtrise. Le propos sera plutôt de tempérer quelque peu l’enthousiasme des thuriféraires du changement social par les “nouvelles technologies” sur la base de l’étude empirique d’un programme qui, justement, axait en bonne partie son efficacité sur les outils informatiques, que ce soit pour favoriser dans un premier temps l’apprentissage et la communication entre participantes ou, dans un deuxième temps, pour élaborer et, surtout, faire fonctionner d’éventuelles initiatives issues de cette expérience. La question posée dans cet article pourrait être formulée ainsi : l’émancipation des femmes des vallées alpines passe-t-elle nécessairement par les opportunités numériques ; autrement dit, les ordinateurs et l’Internet sont-ils réellement le « sésame mécanique du changement » ? (Jambes, 2001 : 137)

C’est en grande partie sur l’idée du désenclavement possible d’un territoire géographique par l’usage de ces technologies et sur les nouvelles ouvertures professionnelles qu’offrent les médias numériques que s’appuyait en effet l’offre du parcoursArianna. Pour ma part, et avec la « perspective de genre » qui prévaut dans ma recherche, j’étendrai l’idée de désenclavement à “l’évasion” potentielle des femmes hors de leur sphère domestique, que cette sortie soit virtuelle ou réelle, car c’était bien une des principales motivations mises en avant par les participantes lors de la première campagne d’entretiens que j’ai menée dans le cadre du projet [5].

Le parcoursArianna et sa matrice movingAlps s’inscrivent implicitement dans un contexte de « développement durable » à l’échelle régionale. Il apparaît en conséquence nécessaire d’interroger cette notion qui évoque davantage l’aide aux pays du Sud que celle proposée aux régions alpines et aux sociétés occidentales en général.

« Vantez les terres élevées mais tenez-vous sur les terres basses »
(Proverbe suisse)

Le Val d’Anniviers compte environ 2200 habitant-e-s. Votée en novembre 2006 la fusion de six communes en une seule « Commune d’Anniviers » est devenue effective en janvier 2009. La population originaire de la vallée est minoritaire [6] depuis la fin du 20ème siècle. L’agriculture de montagne y était encore prédominante durant la première moitié du siècle dernier mais depuis les années soixante, le tourisme et les activités liées - hôtellerie, construction, services, artisanat, etc. - dominent largement l’économie régionale. On dénombre aujourd’hui pas moins de quatre stations touristiques de renom en Anniviers. Un quart des personnes actives se rendent toutefois quotidiennement en plaine pour leur travail, principalement dans les villes relativement proches de Sierre et de Sion. Plusieurs études qui font références en matière d’analyse de la situation économique locale [7] et d’anticipation du futur de la vallée ont mis en exergue les points suivants : le manque de places de travail et d’offres d’emploi diversifiées ; la conciliation problématique entre écologie et réalités touristiques ; la nécessité de penser au développement sur le long terme ; le manque d’infrastructures pour les enfants en âge préscolaire et un encadrement socio-culturel insuffisant pour les jeunes ; et enfin le manque de créativité ou d’esprit d’entreprise de la région.

Les projets movingAlps et Arianna s’adressaient certes aux régions dites “périphériques” du pays mais d’aucuns pourraient néanmoins s’étonner d’apprendre qu’un pool mixte privé-public ait estimé que des femmes d’un État aussi prospère que la Suisse puissent faire l’objet d’une aide au développement. A priori, le Val d’Anniviers, bien que confronté comme nombre d’autres vallées alpines à la monoculture économique qu’est le tourisme, ne donne guère l’image d’un îlot de précarité dans l’océan de l’opulence helvétique et, si flux migratoire il y a, celui-ci est depuis une trentaine d’années largement bi-directionnel. Si certaines régions du pays ont été qualifiées de « friches alpines » (Diener, 2006), ce n’est pas le cas d’Anniviers qui appartiendrait plutôt, pour autant que l’on se fie à la même étude, à la catégorie des « Alpine Resorts ». A en croire Kilani (2000 : 17) qui faisait référence à une vallée voisine, la notion de développement pourrait pourtant s’appliquer aussi bien aux Alpes valaisannes qu’à la Papouasie-Nouvelle-Guinée ou aux oasis du Sud tunisien et n’a donc rien de “déplacée” dans le cas qui nous occupe. La conception du développement d’Olivier de Sardan (1995 : 7) comme « ensemble des processus sociaux induits par des opérations volontaristes de transformation d’un milieu social, entreprises par le biais d’institutions ou d’acteurs extérieurs à ce milieu mais cherchant à mobiliser ce milieu, et reposant sur une tentative de greffe de ressources et/ou techniques et/ou savoirs » paraît d’ailleurs correspondre tout à fait à la stratégie du projet, si ce n’est le parti pris de cibler exclusivement les femmes plutôt que l’ensemble des habitants de ces zones périphériques.

Voyons d’un peu plus près quels sont les arguments qui ont présidé à l’installation en Valais de cette formation que je qualifierais volontiers de crypto-féministe [8] - nécessité fait loi dans un canton dont la réputation conservatrice n’est pas totalement erronée - et à propos de laquelle il est parfois difficile de discerner si son objectif était l’émancipation des femmes au travers de leur inscription plus marquée dans la sphère économique ou l’amélioration du tissu économique local grâce aux apports d’un entrepreneuriat au féminin dont les initiateurs et initiatrices de la formation semblaient attendre une approche du monde du travail différente de celle des hommes. L’un de ces deux objectifs n’excluant bien sûr pas l’autre.

Ce choix de réserver la formation exclusivement aux femmes a, bien entendu, provoqué quelques remous dans la population de la vallée, y compris au sein même du groupe des participantes, mais le parti pris du parcoursArianna s’inscrit dans la ligne des politiques de l’égalité entre hommes et femmes en Suisse. En effet, si l’on cherche bien à améliorer les possibilités de conciliation entre travail domestique et travail professionnel, cette conciliation ne s’adresse, implicitement si ce n’est explicitement, qu’aux femmes. La peine à élaborer un parcours professionnel satisfaisant découle souvent pour les femmes de l’impossibilité à échapper aux contraintes du foyer, à dissocier sphère domestique et sphère professionnelle. A y bien regarder, les difficultés d’accès des femmes des vallées alpines à l’apprentissage, à la sphère professionnelle et aux arrangements entre vie privée et vie publique sont donc bien réelles et justifient sans doute le soutien proposé. Même si les problèmes rencontrés dans les montagnes semblent n’être, en définitive, que le reflet amplifié de ceux que connaissent toujours la plupart des femmes du pays.

Qui sont donc plus concrètement ces quelque quarante habitantes du Val d’Anniviers qui ont pris la décision de s’inscrire au parcoursArianna ? Sans trop entrer dans les détails de l’existence de chacune, on peut considérer que la structure socio-familiale du groupe des participantes est relativement homogène. Bien que leurs origines soient diverses - plus de la moitié d’entre elles ne sont pas des Anniviardes de souche - et leurs âges variés - ils s’échelonnent de la trentaine à la soixantaine avec une prédominance des 35-45 ans [9], la majorité des femmes concernées vivent dans une structure familiale nucléaire comportant sous un même toit femme, mari et enfant(s). Elles ont presque toutes suivi une formation et occupé un emploi avant leur mise en ménage et ne sont rarement que femmes au foyer puisque la plupart travaillent d’une manière ou d’une autre hors du cadre strictement familial, le plus souvent à mi-temps ou à un pourcentage moindre. Qu’elles aient un emploi salarié fixe, qu’elles jonglent avec les petits jobs [10] saisonniers ou qu’elles participent à d’occasionnelles activités bénévoles au sein de la communauté de la vallée, elles sont toutes très actives et semblent assez représentatives de la classe moyenne des régions alpines à vocation touristique. La plupart semblent par ailleurs apprécier de vivre en Anniviers et c’est étonnamment plus vrai encore pour celles que l’on nomme les « amoïches » [11]. Elles ont donc accueilli avec grand intérêt l’implantation de cette formation in situ.

Par ailleurs, il faut remarquer que les femmes participant au projet Arianna doivent se contenter sur le plan professionnel de la peu satisfaisante offre locale d’emplois situés essentiellement dans les domaines touristiques, para-touristiques et dans celui du « care » puisque d’autres ambitions les éloigneraient trop de leur foyer, que ce soit du point de vue des distances ou des horaires familiaux. Il s’avère compliqué aussi pour elles d’accéder aux formations continues et stages divers dont leurs partenaires masculins profitent volontiers pour étoffer leur curriculum, élaborer ou réorienter leur carrière. Elles ont pratiquement toutes fonctionné depuis leur mise en ménage selon le schéma de “two people, one career” - inutile de préciser lequel des deux partenaires fait carrière - et rencontrent par conséquent de sérieuses difficultés lorsqu’elles considèrent que les enfants ont moins besoin de leur présence et songent à s’insérer ou à se réinsérer dans la vie publique. On pourrait aisément poursuivre la liste des multiples obstacles à l’accès au monde du travail, à commencer par le rôle de maman-taxi qui découpe les journées en morceaux et est peu propice à l’investissement personnel dans une quelconque activité.

Pour toutes ces raisons, le parcoursArianna propose aux femmes qui ont choisi de s’y investir de prendre « conscience des nombreuses capacités qu’elles ont développées dans la gestion du foyer familial » [12], de réactiver les compétences acquises autrefois dans leurs diverses formations, de professionnaliser et transférer ces compétences dans des projets propres à leur garantir un revenu financier en adéquation avec un développement durable du territoire. Pour faciliter les échanges de savoirs et l’accès aux connaissances nécessaires à la participation, à la formation et à l’élaboration ultérieure de projets d’entreprises les conceptrices de ce projet ont misé prioritairement sur les technologies de l’information et de la communication.

« Elle est sur la route, sans avoir quitté la maison ; elle est dans la maison, sans avoir quitté la route »
(Version féminisée d’un Koan japonais)

L’importance accordée aux nouvelles technologies dans le dispositif du parcoursArianna est fondée sur quelques éléments clés assez fréquents dans la littérature scientifique sur les changements sociaux potentiels ou réalisés grâce à leur utilisation. Les idées principales en sont les suivantes : premièrement, l’usage des nouvelles technologies favorise le décloisonnement culturel et fonctionne comme un multiplicateur d’accès à la connaissance et à l’apprentissage ; il est en lui-même porteur de changement car il modifie les comportements des usagers, voire est capable de « générer de nouvelles facultés cognitives et interprétatives » (Urry, 2005 : 83). Turkle estime par exemple que : « Computers don’t just do things for us, they do things to us  » (1995 : 26). Deuxièmement, la possibilité de communications au sein de communautés virtuelles libérées de la nécessité d’une proximité physique de leurs membres faciliterait l’émergence de réseaux sociaux ou/et professionnels et, d’une certaine manière, instituerait de nouveaux types de disjonction entre voisinages spatiaux et virtuels (Appadurai, 2001 : 266). Ces communautés virtuelles rendraient en outre aléatoire le rapport entre centre(s) et périphéries (Schürch, 2006 : 191). Une dernière idée, appliquée cette fois au cas discuté ici, concerne la conciliation entre vie de famille et travail professionnel qui serait favorisée dans les vallées alpines si les femmes parvenaient, grâce au potentiel informatique, à créer pour elles-mêmes des postes de travail à domicile ou à proximité de celui-ci. On le voit, cette dernière idée est plus pragmatique que progressiste du point de vue du genre.

Dieter Schürch, le principal théoricien des projets movingAlps et parcoursArianna semble partager cet espoir investi dans les nouvelles technologies lorsqu’il écrit : « La diffusion de produits technologiques dans tous les domaines de la vie - profession, culture, jeu, intimité - influence clairement les façons de penser et de concevoir les lieux et les temps de vie. » (Schürch, 2003 : 7), et justifie ainsi l’importance accordée aux technologies de l’information et de la communication dans le parcoursArianna : « Faire en sorte qu’une invention technologique se transforme en véritable valeur ajoutée - et devienne ainsi un nouveau moyen de lutte contre les inégalités et les injustices sociales » (Schürch, 2004 : 171), balayant ainsi « les distinctions fondées sur le sexe, le genre, la race, l’âge, la classe sociale  » (Schürch, 2002 : 439). Tous ces éléments étant résumés dans le concept de « nomadisme cognitif », un élément-clé de la didactique du parcoursArianna élaboré par Schürch (2006). Contrairement au cas de la transhumance des anciens Anniviards, devenue paradigmatique de déplacements où la communauté dans son entier se mettait en mouvement sans que cette « remue » [13] corresponde nécessairement à une ouverture sur les autres et sur le monde, l’idée du nomadisme cognitif incite justement à l’accès à la connaissance, à la communication globalisée, au travers des techniques informatiques de la communication et de l’information. Il s’agit donc là d’une forme de désenclavement [14], d’un développement potentiel de l’imaginaire du possible - au sens où l’entend Appadurai (2001 : 95) - aussi bien physique que virtuel, propre à reconfigurer les lieux, les actions, les représentations et les aspirations professionnelles. En l’occurrence ceux des participantes au parcoursArianna.

L’enseignement offert a fonctionné en mode alterné (« blended learning  »). Des séances dites « en présence » ont eu lieu en moyenne une fois par mois dans une salle de la vallée équipée d’ordinateurs, mais une grande partie de l’apprentissage s’est déroulée « à distance », grâce à un système de « laboratoires », ou de « devoirs » en langage plus scolaire, que les femmes devaient effectuer à domicile sur leur ordinateur personnel [15], pour lesquels elles recevaient un feed-back, et dont une version figurait ensuite pour consultation sur la plateforme télématique du projet. Ces laboratoires étaient certes conçus pour favoriser l’apprentissage du maniement de l’ordinateur mais aussi destinés, grâce à une méthode qualifiée de narrative [16], à faire prendre conscience aux participantes de leurs compétences, de leurs représentations subjectives et, surtout, à laisser émerger, pas après pas, une envie, un projet personnel ou commun de professionnalisation appelé à être pensé et élaboré dans le cadre de la formation pour exister ensuite indépendamment du contexte Arianna.

Ci-dessous : 2 exemples de laboratoires à effectuer par les participantes à des stades différents du parcours de formation.

Phase 01 - laboratoire 07 - "Quelque chose a-t-il changé ?"
Contexte :

En commençant le parcoursArianna, tu as décidé de participer à une nouvelle formation et depuis le mois d’avril nous avons déjà fait un bout de chemin ensemble. Le long de ce chemin il y a eu peut-être eu des changements comme cela arrive dans la vie.

Partie 1, consigne :
Décrire un changement, même petit, que tu as remarqué depuis que tu as commencé parcoursArianna.
Comment faire le laboratoire :
Etape 01

Repenser au parcoursArianna en visualisant un moment de changement. Par exemple, j’ai appris quelque chose de nouveau :
«  Maintenant je sais me servir du mail  » ou « Quelque chose a changé en moi. Je me sens plus à l’aise  ».
Etape 02
Sur un document Word écrire le changement que tu as envie de décrire.

Partie 2, consigne :
Décrire un changement, même petit, que tu as remarqué dans ton parcours de vie.
Comment faire le laboratoire :
Etape 01

Repenser à sa vie en visualisant un moment de changement. Focaliser une situation, une lecture, une personne, un film ou un achat qui pour une raison ou une autre a été important et a contribué à un changement dans son parcours de vie.
Etape 02
Sur un document Word écrire le changement qui revient à l’esprit, tel quel, simplement. Le souvenir remonte à la surface comme un flash, parfois c’est une image rapide qui disparaît aussitôt. Exemple : « Moi, par exemple, je me vois à 20 ans à l’Innovation de Bellinzona en train d’acheter un manteau noir, long, avec de la fausse fourrure, je prends mon portefeuille et paye... la somme de Fr.150.-. C’était ma première paye !  »
Etape 03
Si tu veux, tu peux observer le moment qui est remonté à la surface en essayant de focaliser et identifier les changements, grands ou petits, qui lui ont fait suite, à brève ou longue échéance. Exemple : « Pour moi l’achat de ce manteau est devenu le symbole de l’indépendance financière par rapport à ma famille. Ceci a provoqué plusieurs changements dans ma vie. Changements immédiats : pour la première fois je ne devais pas demander à mes parents la permission d’acheter quelque chose et je pouvais choisir selon mes goûts. »
Etape 04
Envoyer le document à sa personne de référence.

 
Phase 02 - Laboratoire 01 - "Le travail au foyer"
Contexte :

Pendant la dernière soirée en présence, vous avez eu l’opportunité d’assister à la présentation de la chercheuse Anita Testa-Mader sur le travail de la femme au foyer.

Consigne
Repenser à la présentation et répondre sur un document Word étape par étape.

Comment faire le laboratoire :
Etape 1

1. Repense à la présentation d’Anita Testa-Mader
2. Pense au travail au foyer que faisait ta mère
3. Mets-le en relation avec le travail que tu accomplis aujourd’hui, en tenant compte de ce qui a été exposé le 6 février
4. Selon toi, le travail au foyer a-t-il augmenté ou diminué ? Au niveau de quelles tâches a-t-il changé ?
Etape 2
Maintenant mets par écrit dans un document les résultats de tes réflexions.
Suggestions
En plus du document Word, tu peux te servir d’un tableau pour mieux mettre en évidence les différences. Tu peux aussi utiliser des photographies pour montrer les tâches que tu accomplis, comme par exemple dans l’éducation des enfants, le ménage ...

Comme dans la première phase tu devras envoyer ton laboratoire à ta personne de référence.
Echéance du laboratoire 01- 20 février 2007


J’aimerais maintenant évoquer plus en détail les instruments proposés aux participantes du projet, soit avant tout la plateforme virtuelle d’apprentissage évoquée ci-dessous mais aussi l’Internet et le courrier électronique pour la mise en réseau des différents pôles et individus impliqués dans la formation, un système de visio-conférences et le site Web de la formation. Le cas des deux derniers éléments peut être traité rapidement. Le site Web [17], conçu avant tout comme un produit d’appel et destiné à faire connaître le parcoursArianna avant même son démarrage offrait bien quelques explications et liens utiles mais il s’est fossilisé dans cet état et n’a jamais été actualisé depuis, hormis pour la mise en ligne de quelques articles parus dans la presse au sujet de la formation. L’installation de visio-conférences à la fiabilité technique aléatoire a plus occasionné des pertes de temps dues à la mise au point du système durant des séances déjà minutées qu’elle n’a réellement démontré son intérêt pour la formation. Cet instrument a principalement servi aux rencontres entre les divers « teams de formation » impliqués [18] et parfois également pour certains enseignements ou contacts à distance lors des séances de formation. Son utilité se révéla assez relative. Ce furent là, il faut le dire, deux aspects un peu anecdotiques de l’expérience Arianna. Il en va tout autrement de la conception et de l’utilisation de la plateforme virtuelle d’apprentissage élaborée par les informaticiens du laboratoire LIFI pour le projet Virtual Interactive Environment (VIE). Celle-ci mérite une analyse plus soutenue puisqu’il s’agissait là d’un des piliers de la pédagogie Arianna.

 
VIE est un exemple de milieu social dans lequel se constitue la vie d'une communauté virtuelle.  Ci-dessus le village virtuel du parcoursArianna en Anniviers en partie configuré par les femmes du parcoursArianna. - 66.3 ko

VIE est un exemple de milieu social dans lequel se constitue la vie d’une communauté virtuelle.
Ci-dessus le village virtuel du parcoursArianna en Anniviers en partie configuré
par les femmes du parcoursArianna.
 

Dès le début du projet, cette plateforme télématique était donc appelée à servir d’espace communautaire virtuel féminin [19], de lieu de rencontre et d’apprentissage. Du point de vue formel, ce modèle de plateforme représente un village virtuel que chaque communauté d’utilisatrices peut configurer à sa guise. Seules les formatrices, les participantes, les trois ou quatre chercheuses et le chercheur [20] travaillant sur le projet y avaient accès, par l’intermédiaire d’avatars [21] choisis parmi une multitude de personnages à disposition. Cette métaphore de village de montagne est composée de plusieurs quartiers d’habitation dans lesquels chacune des femmes dispose d’une demeure pour archiver ses « laboratoires » et tout autre document personnel qu’elle souhaiterait faire partager aux autres participantes. La plateforme du Val d’Anniviers et celle de la Vallemaggia sont par conséquent différentes. C’est là un premier point tout à fait utile pour l’analyse du comportement des participantes car l’aménagement par les femmes (réparties en petits groupes) de cet espace commun dans lequel elles sont ensuite censées travailler et communiquer durant deux ans est très révélateur des représentations et aspirations de chacune. Hormis le désir commun de voir figurer sur la plateforme le Besso, sommet fétiche de la vallée, ce travail sur l’imaginaire a en effet donné lieu à de sévères oppositions de points de vue entre les “conservatrices” qui souhaitaient « ... transférer symboliquement dans leur territoire virtuel quelques éléments caractérisant fortement la réalité physique et culturelle du Val d’Anniviers » (Vera-Conforti et Schürch, 2007 : 79) et les “innovatrices” qui désiraient au contraire soit donner libre cours à leur imagination, soit profiter de l’occasion pour faire passer quelques messages sur les manques repérés dans l’organisation de la société locale.

Qu’il s’agisse de répartir les habitations des participantes selon les villages dans lesquels elles se côtoient vraiment ou, au contraire, de profiter du virtuel pour changer de voisines, de situer une église au milieu du village ou de “bâtir” un centre des religions à visée œcuménique ou, ce qui est plus anodin mais a tout de même provoqué la discussion, d’introduire ou non une fontaine dans le décor, les fronts étaient clairement établis. Vera-Conforti, chercheuse du laboratoire LIFI impliquée à la fois dans l’élaboration du projet et dans l’analyse de son fonctionnement, en déduit avec raison que le virtuel a dans ce cas deux fonctions : « ... le virtuel pallie, au moins en partie les besoins qui ne sont pas satisfaits dans la réalité ; le virtuel anticipe le réel  » (Vera-Conforti et Schürch, 2007 : 79). Elle omet toutefois de mentionner une troisième tendance, tout aussi présente à mon avis mais qui va à l’encontre de l’idée que le virtuel constitue par essence un moteur de créativité et de changement : cette nouvelle dimension n’est bien souvent que la reproduction fidèle de la réalité physique.

Aux quartiers de maisons individuelles s’ajoutaient différents espaces et bâtiments communs que l’on peut apercevoir sur les images ci-dessus et ci-dessous. Sans prétendre à une description exhaustive de ce territoire virtuel susceptible d’être remodelé durant la formation selon les besoins et les envies, je signalerai la « voie des laboratoires » au fil de laquelle les membres de cette « communauté apprenante » [22] qui auraient manqué l’une des séances pouvaient retrouver aussi bien le compte-rendu de la soirée que l’énoncé des travaux à effectuer ou les « laboratoires » de chacune qui en avaient résulté. Bibliothèque, médiathèque, centre d’information, maison des projets ou même un bar où il était possible de consulter la presse en ligne et, en théorie du moins, d’écouter de la musique, étaient d’autres lieux d’interaction ou de ressources qui complétaient la structure villageoise. Un panneau d’affichage pour les annonces et les messages (le « tazebau ») se trouvait également à la disposition des “habitantes” des lieux et les avatars des utilisatrices avaient la possibilité de communiquer entre eux lorsqu’ils se rencontraient en déambulant sur la plateforme.

 
Échange sur la plateforme en mode « communication instantanée » par l'entremise des avatars. - 36.9 ko

Échange sur la plateforme en mode « communication instantanée » par l’entremise des avatars.
 

Enfin, un quartier était réservé aux chercheuses et au chercheur liés au projet afin qu’il et elles puissent rendre accessibles leurs travaux, articles et autres commentaires. Un appel à l’interaction qui fut bien peu exploité, principalement à cause des scientifiques, force est malheureusement de l’admettre.

 
Explication des divers éléments présents sur la plateforme virtuelle du parcoursArianna Vallemaggia. On retrouve ces éléments sur la plateforme d'Anniviers. - 50.7 ko

Explication des divers éléments présents sur la plateforme virtuelle du parcoursArianna Vallemaggia.
On retrouve ces éléments sur la plateforme d’Anniviers.
 

Ce prototype de plateforme virtuelle d’apprentissage [23] paraissait donc tout à fait prometteur, relativement aisé dans son maniement et attractif dans sa présentation. Qu’en a-t-il été dans la pratique durant les deux années du parcoursArianna ? Avant d’essayer de répondre à cette question, signalons que, depuis la fin de la formation, un blog [24] a été créé par deux femmes du « team » des formatrices locales afin de faire vivre cette expérience dans la durée et d’assurer un point de rencontre entre les ex-membres de cette « communauté apprenante ». Cette initiative fut rendue possible grâce à la mise en place d’un cours sur la création de blogs pour les participantes qui le souhaitaient, en complément de la formation elle-même.

Lors des entretiens que j’ai menés au début de la formation, il m’est apparu que les deux motifs principaux exprimés par la quarantaine de femmes inscrites pour expliquer leur désir de prendre part à ce projet étaient l’envie d’apprendre, de se perfectionner en informatique et/ou le besoin d’ouverture sociale ainsi que le désir de sortir du foyer domestique. Ceci dit, la réelle finalité de ce souhait d’amélioration de leur relation à l’ordinateur restait relativement obscur pour bon nombre d’entre elles, tout comme l’utilité future des connaissances qu’elles allaient acquérir en informatique.

À ce stade initial de la formation, les femmes pouvaient être réparties grossièrement en quatre groupes en fonction des compétences techniques de chacune : les vraies débutantes qui étaient paralysées face à l’objet et n’avaient même pas tenté de l’approcher (5-6 personnes) ; les débutantes qui faisaient de l’engin un usage très spécifique en fonction de leur travail (13-14 personnes) ; les femmes qui avaient une bonne connaissance de certains programmes, principalement en lien avec leur activité professionnelle, mais de graves lacunes dans d’autres domaines (14-15 personnes) ; et enfin celles que l’on pourrait qualifier d’avancées et qui n’avaient en fait que peu à attendre de l’apprentissage proposé en termes de technique (4-5 personnes). La plupart des femmes déclaraient en outre avoir une connaissance et une pratique de la navigation sur Internet très limitées.

Dans un premier temps, correspondant en gros aux six premiers mois d’un parcours de formation de deux ans, l’excitation de la découverte fut manifeste et, encouragées par les formatrices et par leurs collègues plus avancées, les femmes du parcoursArianna s’enthousiasmèrent pour l’apprentissage du maniement de l’ordinateur et tentèrent avec plus ou moins de bonheur d’apprivoiser la plateforme virtuelle mise à leur disposition. Les séances dans la salle des ordinateurs aménagée à leur intention étaient plutôt agitées et les deux ou trois enseignantes présentes s’activaient d’un poste de travail à l’autre tandis que les plus expertes des participantes faisaient profiter les autres de leur savoir. Quatre ou cinq femmes abandonnèrent toutefois la partie dès la première période ou au terme de celle-ci. Trop occupées pour fréquenter les soirées de rattrapage mises sur pied après chaque séance, trop timides pour faire appel aux formatrices en dehors des heures prévues, ne bénéficiant pas dans leur entourage de personnes-ressources ou craignant de ralentir leurs collègues plus avancées, elles considérèrent rapidement qu’elles ne parviendraient pas à suivre le rythme.

Chacune prit donc possession de sa demeure sur la plateforme, apprit à y insérer des documents - la plupart du temps sans réellement profiter de cette occasion pour partager des bribes de son existence hormis quelques photos de famille -, se balada dans le village virtuel, s’initia à la communication avec les avatars rencontrés en tentant de deviner qui se cachait derrière tel ou tel déguisement, ou se rendit dans la maison des séances pour comparer ses travaux à ceux effectués par d’autres participantes.

Au début, le lieu était souvent animé le soir et des rencontres s’organisaient parfois avec des invitées de la Vallemaggia, avec des membres de la famille auxquels on faisait visiter les lieux ou avec des formatrices présentes “sur le terrain” pour expliquer tel ou tel détail du fonctionnement de la plateforme. Tout le monde ne maîtrisait pas encore le système de langage instantané à disposition et l’on croisait parfois sur le lieu d’étranges avatars - yéti, nudiste ou danseuse orientale - incapables de décliner leur identité. Je profitais de mes visites régulières dans ce Val d’Anniviers bis pour établir quelques statistiques de fréquentation qui se révélèrent petit à petit plutôt décourageantes. Il y eut certes du mouvement sur la plateforme dans un premier temps mais c’étaient presque toujours les mêmes avatars que l’on y rencontrait. Le déroulement de la formation exigeait qu’à partir de la mi-parcours l’enseignement technique cède peu à peu la place à l’élaboration des projets personnels proprement dits. Les laboratoires des femmes archivés sur place - auparavant prétextes à des visites sur la plateforme - restaient tout à fait intéressants à consulter mais leur nombre décrut rapidement, ce qui provoqua un cercle vicieux sur le plan de l’activité : moins il y avait de laboratoires et autres documents sur la plateforme, moins il y avait de raisons d’aller y faire un tour pour celles qui étaient encore motivées !

Passés les premiers mois de découverte, cet espace de travail et de loisirs sembla perdre peu à peu de son intérêt et, dès la deuxième année du parcoursArianna qui correspondait au terme de la période d’apprentissage elle-même et à l’entrée dans la phase plus créative de la formation avec une demande accrue d’engagement, le village virtuel prit l’apparence d’une ghost town désaffectée après la ruée vers l’Ouest américain. Les rares visiteuses - le plus souvent les formatrices locales - placardaient un message ou des salutations sur le « tazebau » et repartaient dans le monde réel. Sa fonction de bibliothèque de documents sur la formation parvint encore à attirer épisodiquement l’une ou l’autre des participantes sur la plateforme, mais l’idée d’en faire un véritable espace de création et de communication s’étiola rapidement. Passée la curiosité du début, l’intérêt des rencontres virtuelles devint de moins en moins évident pour mes interlocutrices alors que le téléphone ou les bistrots étaient à leur disposition dans la “vraie vie”. En bref et selon mes observations, près de la moitié des participantes n’ont en réalité pratiquement jamais fréquenté la bourgade virtuelle du projet et les autres ont espacé de plus en plus leurs visites jusqu’à abandonner les lieux.

J’ai évoqué au début de ce paragraphe le fait que l’efficacité de la formation reposait également dans l’esprit de ses conceptrices sur le développement par courrier électronique d’un impressionnant entrelacs de différents réseaux de femmes - interne à la vallée mais aussi entre Anniviers, la Vallemaggia et le groupe « gender » du laboratoire LIFI à Lugano -, qu’il était prévu de mobiliser ensuite pour de simples liens amicaux bien sûr, mais surtout dans un but plus directement professionnel d’échange de compétences. Le succès initial de cette incitation à l’élargissement de son rhizome d’interconnaissances a malheureusement fait long feu pour la grande majorité des femmes qui ont semblé se satisfaire en définitive des relations face-to-face déjà existantes à l’intérieur de leur communauté. Il faut reconnaître que le nombre de groupes et de personnes inter-connectés dans le projet (participantes des deux vallées, formatrices de différents niveaux, « team » de transfert inter-vallées, conceptrices du parcoursArianna au laboratoire LIFI, etc.) a paru parfois mener davantage à l’embrouillamini généralisé qu’à l’enrichissement mutuel, plus personne ne sachant qui inclure à ses multiples listes d’envois.

 
 

Six mois après la fin de la formation, il ne restait de ces réseaux informatiques mis en place dans le contexte de la formation que de très rares traces et les liens inter-vallées avaient totalement disparu !

Au final, les deux tiers environ des femmes qui s’étaient lancées dans la formation ont été assez persévérantes pour parvenir à son terme et une vingtaine d’entre elles se sont ensuite engagées dans les divers projets post-Arianna [25]. Je ne m’étendrai pas ici sur ceux-ci si ce n’est pour faire remarquer que bien qu’intéressants à plus d’un titre, ils sont loin de proposer une ouverture sur le monde globalisé et concernent avant tout le cadre géographique de la vallée et la communauté locale. L’utilisation des technologies de l’information et de la communication y apparaît en outre à ce stade comme assez peu prioritaire. La majorité des femmes qui ont terminé la première année du projet Arianna estiment pourtant avoir fait des progrès significatifs dans le domaine informatique malgré le peu de temps dont elles disposaient au foyer pour s’exercer. Mais lorsqu’on leur demande à quoi leur sont concrètement utiles ces nouvelles compétences, les réponses sont pour le moins mitigées et l’on peut craindre que les acquis s’évaporent petit à petit s’ils ne sont pas mis en pratique dans le cadre d’une activité suivie ou d’un métier requérant une pratique soutenue de l’informatique. La professionnalisation des nouvelles compétences acquises était tout de même, rappelons-le, le but initial du programme.

Comment expliquer que les femmes du parcoursArianna n’aient pas davantage mordu à l’hameçon du numérique pendant et après les deux ans de formation ? Faut-il en déduire, comme statistiques, ouvrages divers et imaginaire social semblent parfois continuer à le prétendre, que les femmes seraient, par nature ou par socialisation, moins intéressées, moins aptes à s’approprier la technologie que leurs partenaires masculins ? L’idée qu’il existerait des affinités propres à chaque sexe envers la technique serait-elle en fin de compte légitime ? Chabaud-Rychter et Gardey, comme d’autres chercheuses [26], réfutent ce point de vue : « Le lien entre les techniques et le genre repose sur trois attendus : 1. les techniques n’ont pas des “aspects sociaux” mais sont sociales dans leur constitution ; 2. la définition du féminin et du masculin ne sont pas des données mais ont une histoire, une sociologie, une anthropologie ; 3. ces deux constructions vont parfois ensemble, et il est alors possible de dire du genre et des techniques qu’ils se construisent mutuellement. » (2000 : 215). Pour ma part, j’ai constaté dès le début de la formation que si bon nombre des participantes avaient un rapport distant à l’ordinateur, la situation de leur partenaire masculin n’était meilleure qu’en de très rares cas et que la fréquentation de la formation allait leur permettre de combler rapidement un éventuel fossé numérique entre hommes et femmes. Une réussite qui provoque en réalité davantage d’intérêt que de jalousie chez les partenaires puisque ces compétences nouvelles sont aussitôt mises à contribution au profit de la famille, voire de l’entreprise du mari dans cette vallée où les petits entrepreneurs sont nombreux et où les épouses sont fréquemment en charge de la partie secrétariat-comptabilité de l’affaire familiale. Selon les données recueillies, il est plutôt exceptionnel que les compagnons des femmes du parcoursArianna passent leurs soirées à surfer sur le net après une journée de labeur et lorsque le face à face avec un écran meuble les veillées familiales, c’est encore celui de la télévision qui prévaut. Une certaine convivialité est toujours bien présente dans ce type de communautés alpines et les divers clubs sportifs et autres sociétés locales [27] occupent souvent les quelques loisirs des habitant-e-s. Pour faire court, je dirais que l’Internet n’est donc un passe-temps privilégié que pour quelques individus de la tranche d’âge concernée par le projet, c’est-à-dire le monde des adultes ou des « convertis » [28], et si l’on y consacre tout de même un peu de son temps, c’est souvent davantage par nécessité que par goût. Il n’est donc guère possible de s’appuyer ici sur les écrits de Paola Tabet concernant l’établissement de la domination masculine au travers du monopole du contrôle des outils perfectionnés par les hommes (Tabet, 1998).

Les textes qui estiment que les technologies de l’information et de la communication sont un moyen privilégié pour les femmes de s’émanciper des contraintes de la sphère domestique ne manquent pas et Joshua Meyrowitz en donne un bon résumé : « In this sense, electronic media’s invasion of the home not only liberates women from the home’s informational confines but also tends to reintegrate the public and domestic spheres » (1985 : 224). Il y a peut-être là un potentiel à développer que plusieurs institutions défendent [29], mais si le résultat en est le maintien des femmes au domicile et le non-questionnement de la division sexuelle du travail, il est à craindre que le gain de l’opération ne soit pas pour celles que l’on cherche à favoriser. Comme le relevait une lectrice d’un récent numéro du magazine Elle consacré au thème [30] d’« Internet, la nouvelle libération des femmes », l’argument est à double tranchant : « Attention au piège, tempère Natacha. Internet ne doit pas réenfermer les femmes dans le temps partiel ni favoriser leur retour déguisé au foyer ». Et c’est bien là une des principales ambiguïtés de l’énoncé du parcoursArianna que de tabler sur l’utilisation de ces technologies pour favoriser la conciliation famille-travail chez les femmes alors que, comme on l’a vu, l’une des raisons majeures pour lesquelles celles-ci se sont inscrites à la formation est précisément l’envie de sortir de la sphère domestique, de se réinscrire davantage dans la société.

« The alleged triumph of high-technologies is not matched by a leap of the human imagination to create new images and representations. Quite on the contrary, what I notice is the repetition of very old themes and clichés, under the appearance of “new” technological advances. It just goes to prove that it takes more than machinery to really alter patterns of thought and mental habits. » (Braidotti, s.d.)

La pensée [31] qui sous-tend la ligne théorique de movingAlps et du parcoursArianna prétend que les formes de communication recourant aux technologies informatiques seraient capables de réduire de manière significative les phénomènes de dépendance et de marginalisation aussi bien des régions défavorisées que des femmes qui vivent dans ces régions : « La société de l’information est en voie d’abolir la distinction entre scène et arrière-scène, ainsi, d’ailleurs, que cette autre, entre public et privé » (Schürch, 2002 : 437).

Je me demandais au début de ce texte si les opportunités numériques étaient désormais un élément incontournable pour l’émancipation des femmes des vallées alpines - ou de toute autre région périphérique. La grande majorité des participantes au parcours de formation ont notablement progressé dans la maîtrise des technologies de l’information et de la communication et sont désormais capables d’en faire usage. C’est là un pas important. Mais les questions qui restent posées à ce stade sont les suivantes : ces femmes souhaitent-elles réellement utiliser ces technologies ? Dans l’affirmative, pour quelles perspectives ? Enfin et surtout, leur position dans la société locale et leur rôle dans le cadre familial tout à fait classique qui reste la norme dans la vallée permettent-ils réellement aux femmes qui le souhaiteraient de profiter des nouvelles compétences qu’elles ont acquises pour se lancer dans un projet d’entreprise ?

Quelques éléments de réponse à ces questions ressortent de ma recherche : premièrement, aussi bénéfique qu’ait pu être la fréquentation de la formation pour un certain nombre de participantes et malgré l’insistance mise sur les technologies de l’information et de la communication dans la didactique du parcoursArianna, les femmes d’Anniviers qui ont pris part à cette expérience ne semblent pas miser prioritairement sur les nouvelles technologies pour avancer dans leur parcours personnel ou professionnel. Le milieu dans lequel elles vivent au quotidien paraît suffisamment riche en relations, en activités potentielles et en loisirs en lien avec la nature pour qu’elles ne ressentent que peu le besoin d’élargir virtuellement leur horizon d’attente (Koselleck, 1990) ou leur stock de connaissances disponibles (Schütz, 1967). En 1985 déjà, Meyrowitz prétendait qu’il fallait abandonner l’idée que les situations sociales ne consistent qu’en rencontres face-to-face, situées dans le temps et l’espace (1985 : 37). A l’échelle du Val d’Anniviers, la société d’interconnaissance physique semble pourtant toujours prendre le pas sur les promesses du monde virtuel et lorsque les technologies de l’information et de la communication sont tout de même mobilisées, c’est le plus souvent par obligation professionnelle ou pour une recherche d’information en lien avec le territoire vécu [32], même si celui-ci s’est parfois un peu étendu. Ce constat confirme certaines tendances repérées par Eriksen : « Altough networking through computers and mobile phones is in principle spaceless and deterritorialized, most of it is local. » (2007 : 72) ou par Lévy : «  Internet interroge le Monde d’une façon singulière. C’est un espace mondial, mais est-il vraiment un réseau ? Ses limites ne sont-elles pas territoriales ? » (2008 : 111)

Deuxièmement, celles d’entre les participantes qui envisageraient de s’investir davantage dans l’utilisation de ces technologies sont fréquemment confrontées à l’impossibilité concrète d’approfondir le domaine en raison du manque de temps et d’énergie qu’implique pour elles la double charge de travail qui est une constante dans l’échantillon de mon d’enquête : d’un côté, les emplois à temps partiel qui sont le lot de la majorité et, de l’autre, la gestion de la sphère domestique à laquelle elles sont toujours systématiquement astreintes. Si l’Internet abolit bien l’espace-temps des communications et de l’information, le temps des femmes du parcoursArianna est bien loin d’être extensible à l’infini et les distances que la vie en périphérie les oblige à parcourir sans cesse - y compris en tant que mamans-taxis - sont bien réelles. Comme le souligne Alter (2005 : 3) et comme semblent l’avoir un peu négligé les promoteurs de la formation : « On ne peut ainsi pas penser l’innovation sans se référer au cadre réglementaire ou coutumier dans lequel elle se développe : la rencontre entre l’innovation et les pratiques sociales établies est toujours antagonique ».
Il n’est évidemment pas question ici de généraliser les considérations qui précèdent, mais il n’y a guère de raisons objectives pour penser qu’une expérience similaire dans une autre vallée alpine éloignée des centres d’activités économiques donnerait des résultats différents du point de vue de l’amplification de l’usage des technologies de l’information et de la communication. Même si deux des projets qui y ont été mis en œuvre font appel aux nouvelles technologies [33], le cas du parcoursArianna de la Vallemaggia confirme en bonne partie cette idée que les outils informatiques ne sont de loin pas le seul vecteur d’émancipation pour les femmes de ces régions.

Hormis l’apport pour le moment peu convaincant du numérique pour les actrices de ma recherche, les aspects bénéfiques du parcoursArianna sont pourtant loin d’être négligeables, comme je l’ai montré ailleurs (Amrein 2007a, 2007b). Parmi les aspects positifs de cette expérience dans le Val d’Anniviers, je relèverai pour conclure un phénomène quelque peu paradoxal qu’il s’agit de mettre en relation avec l’importance accordée dans la didactique de la formation aux échanges permanents entre participantes : l’apprentissage en commun des techniques de communication “à distance” semble avoir surtout eu pour effet de renforcer les liens de proximité entre des femmes qui en avaient parfois perdu l’habitude, d’avoir créé des amitiés entre celles qui ne se connaissaient pas auparavant et, à défaut d’avoir multiplié les rencontres virtuelles, d’avoir encouragé les relations “en présence” entre des habitantes de la vallée qui ont partagé durant deux ans l’aventure du parcoursArianna.

 
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Notes

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[1] Suite à l’expérience positive du Projet Poschiavo conçu par l’Institut Suisse de Pédagogie pour la Formation Professionnelle (ISPFP) de Lugano et au projet de l’Institut d’Économie rurale de l’Ecole Polytechnique fédérale de Zurich (EPFZ) mis en place à Vrin, village de l’Oberland Grisons, la Fondation Jacobs a proposé que les deux institutions fondent leurs approches dans un modèle unique de formation et de développement intitulé movingAlps. Le projet movingAlps a fonctionné de l’automne 2000 à fin 2007 et les institutions suivantes ont collaboré à sa réalisation : la Fondation Progetto Poschiavo (FPP) ; les Cantons des Grisons, du Tessin et du Valais ; les Régions Bregaglia, Vallemaggia et Sierre-Région ; l’Office Fédéral de la Formation Professionnelle et de la Technologie (OFFT) ; le Secrétariat d’Etat à l’Economie (SECO) ; et l’Université de la Suisse Italienne (USI).
Pour les lecteurs qui souhaiteraient en apprendre davantage sur le projet movingAlps, il est possible d’accéder en ligne au document très complet « Vademecum movingAlps » référencé en bibliographie (Schürch et Rieder, 2008 ; http://www.movingalpsfoundation.ch/pagine/standard.php?linguaID=2&artID=105 ; page consultée le 31 mars 2009).

[2] http://www.lifi.com.unisi.ch/ (page consultée le 10 décembre 2008).

[3] Principalement Dieter Schürch, à l’origine également du projet movingAlps, et Giuliana Messi, responsable du secteur Gender du LIFI. Dieter Schürch est professeur d’Ingénierie de l’innovation formative et du développement régional à la faculté des Sciences de la Communication et de l’Information de l’Université de la Suisse Italienne à Lugano. Il a dirigé depuis 2004 le “Laboratoire d’Ingénierie de la Formation et de l’Innovation” dans la même université. Il est l’auteur de nombreuses publications éditées en quatre langues dont plusieurs figurent dans la bibliographie de cet article. Il a été assistant de Jean Piaget.
Giuliana Messi, gérait les projets destinés à la population féminine dans les projets de développement du LIFI et les recherches qui se sont développées autour de ces projets. Elle est en outre la conceptrice du parcours de formation en « blended learning  » sur la plateforme virtuelle d’apprentissage du LIFI. En collaboration avec les autres membres du team Gender (Pepita Vera-Conforti, Paola Maeusli Pellegatta), elle rédigeait et proposait des nouveaux concepts de projets tels que celui du parcoursArianna qu’elle a dirigé. Elle a mené avec Anita Testa-Mader une recherche qualitative sur la situation des femmes de la Vallemaggia et sur les participantes au parcoursArianna local dont la référence figure en bibliographie.

[4] Il est possible, sous ce signifiant flottant fréquemment accolé à l’appellation gender mainstreaming, d’identifier les éléments suivants parmi les avantages que cette action devrait amener aux femmes : un sentiment de compétence personnelle, d’estime de soi, de contrôle de leur existence, un développement de l’esprit d’initiative ainsi qu’une meilleure prise de conscience de leur situation et une motivation à l’action sociale.

[5] La recherche de terrain a débuté en 2006 ans par une première série d’entretiens centrés sur les parcours de vie et les trajectoires professionnelles de toutes les participantes, leurs motivations et attentes face à cette formation et l’organisation de la division sexuelle des activités éducativo-domestiques dans leur ménage. Après deux ans d’accompagnement de la formation et d’accumulation de données sur les trajectoires privées et professionnelles de ces femmes et leurs questionnements, difficultés et satisfactions face au projet Arianna, une seconde série d’entretiens a eu lieu en automne 2008 afin de tirer un premier bilan de cette expérience, qui sera actualisé autant que possible jusqu’à la finalisation de la recherche. La production des données de cette étude est complétée par : des notes de terrain prises lors de toutes les séances d’apprentissages comme à d’autres occasions ; des discussions plus informelles avec toutes les participantes et d’autres actrices et acteurs régionaux ; des contacts suivis avec les conceptrices des projets “percorsoArianna” ainsi qu’avec des chercheuses travaillant sur d’autres expériences similaires et l’étude des concepts à l’origine de ce dispositif, de l’approche pédagogique de la formation et des objectifs visés. Les nombreux laboratoires thématiques effectués par les femmes durant la formation constituent par ailleurs un matériau d’analyse précieux.

[6] 40% du total des habitant-e-s en 2000 alors que l’on dénombrait 48% de Suisses et Suissesses (y compris Valaisan-e-s non-Anniviard-e-s) et 12% d’étrangers et étrangères. (Chauvie et Gabbud, 2002)

[7] Ces études sont : le « Forum des 15-25 ans d’Anniviers et de Vercorin » du 5 mars 1994 et, plus récemment « L’atelier du futur du Val d’Anniviers » organisé par les étudiants en Génie Rural de l’École Polytechnique Fédérale de Lausanne en septembre 2001, ou encore le « Questionnaire pour l’évaluation de l’image de la région de Sierre. 2004 ».

[8] Le terme de “féministe” est demeuré tabou durant toute la durée du parcours de crainte que la rumeur d’une intervention féministe ne se répande dans la vallée.

[9] La prédominance de cette tranche d’âge n’est guère surprenante puisque c’est elle qui se montre avant tout concernée par un repositionnement socio-professionnel et une réintégration à la vie sociale et économique.

[10] Il est courant en région touristique de montagne que les habitants et, surtout, les habitantes, soient contraint-e-s à multiplier les activités rémunérées au gré des saisons.

[11] Terme du patois local désignant les vaches des troupeaux extérieurs à la vallée venant paître en été dans les alpages anniviards. Par extension, le mot est appliqué aussi aux femmes “étrangères” ayant épousé un homme de la vallée.

[12] Description du percorsoArianna par sa conceptrice principale, Giuliana Messi, extraite du site movingAlps. http://www.movingalps.ch/ITA/O1/progetti/arianna.html (page consultée le 10 décembre 2008)

[13] Terme parfois utilisé par la population anniviarde pour évoquer la transhumance.

[14] La métaphore du nomadisme cognitif ouvre la porte à l’idée d’un déplacement au-delà des frontières physiques. Les frontières du nomadisme cognitif ne préexistent pas à l’action, c’est l’action qui les définit en grande partie (cf. Schürch, 2006 : 181).

[15] La possession d’un ordinateur était la seule condition pour pouvoir s’inscrire à la formation.

[16] La « narration focalisée » et « la pensée narrative » sont des éléments-clés des laboratoires d’apprentissage. Le moment de la narration fonctionne en quelque sorte comme une « métabolisation » de la vision du monde du sujet et a pour but de mettre en évidence les clés interprétatives personnelles des acteurs et actrices, en lien avec leur vécu et leur environnement social (leur parcours historico-biographique), leur espace de pensée propre ou partagé. Le retour sur son corpus textuel (visuel) permet à l’acteur ou à l’actrice de se rendre compte par lui-même de la syntaxe de son discours, de se le réapproprier. L’exercice narratif contribue également à la faculté pour les participantes de parvenir à expliquer leurs propres pensées à d’autres interlocutrices. (cf. Schürch, 2006)

[17] http://www.anniviers.movingalps.ch/... (page consultée le 25/11/2008).

[18] La démarche du projet Arianna veut qu’un “team” - l’usage de l’anglais est fréquent dans la terminologie du projet - de trois femmes sélectionnées dans la vallée soient formées préalablement à l’implantation de la formation et fonctionnent ensuite à la fois comme formatrices locales et comme groupe de liaison aussi bien avec le “team gender” du Laboratorio di Ingegneria della Formazione e Innovazione (LIFI) à l’origine de la formation qu’avec le groupe identique en action dans le même programme implanté précédemment dans la Vallemaggia.

[19] Un lieu que l’on pourrait considérer aussi comme une forme réarticulée d’espace d’homosociabilité féminine.

[20] J’étais le seul chercheur masculin travaillant avec la cinquantaine de femmes impliquées à divers titres dans le parcoursArianna en Anniviers.

[21] L’avatar est un double qui représente l’internaute sous forme graphique quand il se promène dans un univers virtuel.

[22] Terminologie interne au parcoursArianna.

[23] Pour donner au lecteur une idée de ce qu’est l’application d’un dispositif de communication à distance (plateforme virtuelle), il est possible de voir une courte présentation de son fonctionnement dans un film mis en ligne à l’adresse URL suivante : http://www.movingalpsfoundation.ch/... (page consultée le 31 mars 2009).

[24] http://arianna-anniviers.over-blog.com/ (page consultée le 10 décembre 2008).

[25] Quatre ou cinq projets ont démarré durant la formation et évoluent désormais en fonction des disponibilités des femmes mais également du contexte politique de la vallée et des financements à trouver. Voici pour information l’état des lieux à la fin 2008 :
- un livre de contes et légendes du val d’Anniviers pour enfants, accompagné d’un CD, d’un guide de balades et d’une partie didactique, qui est sur le marché depuis la fin 2008 avec un certain succès.
- le Centre d’architecture et de patrimoine d’Anniviers (CAPA) qui vise à faire redécouvrir, respecter et valoriser l’environnement naturel et bâti.
- l’« Espace montagne », un musée-centre d’interprétation de la montagne qui se propose de « faire renaître la grande épopée des montagnes » dans la station de Zinal.
- un projet de « Centre inter-générations » appelé à se développer pas à pas en fonction de l’intérêt des politiques locales.
- le projet-partenaire de l’AFIS : une association à but non lucratif créée en décembre 2006 par Mali Wiget, médecin généraliste de montagne, dont le but est de promouvoir la santé dans les communautés alpines et qui s’appuie en partie sur les femmes du parcoursArianna.

[26] On se référera parmi d’autres à Le Douarin (2007), ou Guionnet et Neveu (2004 : 169 -170).

[27] « Société de chant », « Société de gymnastique », Université populaire, etc.

[28] Ce terme s’oppose à celui de « natifs », et renvoie à la différence d’approche entre la génération qui est “née avec” les technologies de l’information et de la communication et celle qui a dû s’y mettre après coup.

[29] Organisation Internationale du Travail - “Révolution numérique et inégalités hommes-femmes” (mise en ligne janvier 2001). http://www.ilo.org/public/french/bureau/inf/pkits/wer2001/wer01ch4.htm (page consultée le 1er novembre 2008)
« Les technologies de l’information et de la communication ont engendré de nouvelles formes de travail qui avantagent les femmes en leur permettant de travailler à domicile et de mieux concilier leurs horaires professionnels et familiaux. »

[30] Numéro du 13 octobre 2008

[31] « Pareille vague de messianisme technologique ne résiste toutefois pas à l’observation et à l’analyse. » (Jambes, 2001 : 135)

[32] « Le terme de “territoire” intègre les personnes qui l’habitent, les activités de travail qui s’y déroulent, les formations et les déplacements qui y ont lieu. » (Schürch, 2006 : 168, note 32, ma traduction).

[33] http://www.jollycomputers.ch/ (page consultée le 10/12/2008) et http://www.sossegretariato.ch/573.html (page consultée le 10/12/2008).

 
 

Bibliographie

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Thierry Amrein
L’usage des technologies de l’information et de la communication : un moyen de concilier vie familiale et vie professionnelle pour les femmes des vallées alpines ?,
Numéro 18 - juin 2009.