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Télécharger en PDF (116.6 ko)Pour citer cet article :Suzanne Chappaz-Wirthner, Grégoire Mayor, 2009. « Présentation du dossier "Echos et reflets alpestres : regards ethnologiques sur le Valais" ». ethnographiques.org, Numéro 18 - juin 2009 [en ligne].(http://www.ethnographiques.org/2009/ Chappaz-Wirthner,Mayor - consulté le 14.03.2010)
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Suzanne Chappaz-Wirthner, Grégoire Mayor Présentation du dossier "Echos et reflets alpestres : regards ethnologiques sur le Valais"Pour citer cet article :Suzanne Chappaz-Wirthner, Grégoire Mayor. Présentation du dossier "Echos et reflets alpestres : regards ethnologiques sur le Valais", ethnographiques.org, Numéro 18 - juin 2009 [en ligne]. http://www.ethnographiques.org/../2009/Chappaz-Wirthner,Mayor (consulté le 26/06/2009).Les recherches présentées dans ce dossier ont été conduites en Valais, un canton suisse situé au cœur de l’espace alpin. Par-delà leur cadre géographique, les amitiés nouées entre les auteurs, et la réflexion que ceux-ci mènent sur les images et sur leurs usages dans la recherche, ces études ont en commun les conditions dans lesquelles leur objet a été construit, qui tiennent à la place singulière occupée par le Valais dans l’imaginaire helvétique. Tel un modèle à petite échelle, cette région « périphérique » reproduit l’espace de projection que les Alpes n’ont cessé d’être pour les centres urbains des plaines suisses et européennes, comme l’atteste l’abondante littérature consacrée aux « voyages dans les Alpes » (Reichler et Ruffieux 1998). Les qualités prêtées aux paysages, les rôles impartis aux hommes, autant d’arguments d’une rhétorique élaborée par les élites économiques et politiques pour combler des aspirations romantiques, forger un sentiment national ou justifier « la mise en valeur de la montagne » et l’exploitation de ses ressources (Berthoud 1982). « Une fabrique d’hommes à l’usage d’autrui », c’est ainsi que Fernand Braudel définit la montagne (1979).
La naissance de la Confédération helvétique à la fin du XIIIe siècle coïncide avec l’essor d’une économie de marché qui prend le territoire européen dans ses filets à partir du XIIe siècle, reliant par les vallées du Rhône et du Rhin les villes d’Italie du nord et celles de Flandres, principalement Venise et Bruges (Braudel 1980). Les foires de Champagne sont alors le théâtre de l’effervescence marchande née de la jonction des mondes latin et germanique. Pour les villes de Lombardie, du Plateau suisse et de l’est de la France, les Alpes revêtent une importance stratégique : leurs cols sont en effet le passage obligé qu’empruntent les marchands, les prêteurs sur gages et les convoyeurs dépêchés sur les routes d’Europe par les banquiers florentins, hollandais et allemands. Pour contrôler les cols alpins situés sur leur territoire [2], le Gothard en l’occurrence, et accéder au grand commerce européen, les collectivités montagnardes d’Uri, Schwytz et Unterwald, très vite appuyées par les villes de Lucerne, Zurich et Berne, se dotent d’une organisation susceptible d’assurer la défense de leurs intérêts communs, à l’origine de la Confédération helvétique (Bergier 1997). A partir du XVIe siècle la construction de cette entité politique se caractérise par son identification croissante avec les Alpes, leurs paysages et leurs populations, célébrés sous la plume des chroniqueurs, des naturalistes et des écrivains en des termes promis à une grande diffusion, tels « le peuple alpin helvétique » (das helvetische Alpenvolck) de Johannes Stumpf (1500-1578), l’homo alpinus helveticus de Johann Jakob Scheuchzer (1672-1733) ou « le peuple des bergers » (das Hirtenvolk) de Karl Viktor von Bonstetten (1745-1832) (Mathieu et Boscani Leoni 2005 : 43-44). Cette identification se renforce dans la seconde moitié du XVIIIe siècle. La réaction « romantique » à l’Esprit français des Lumières, à son universalisme, suscite partout en Europe la quête d’« antiquités » spécifiques destinées à affirmer les singularités nationales (Belmont 1985). En Suisse, c’est « le peuple des bergers », censé demeuré en marge de l’histoire, que les élites politiques désignent à cette fin, érigeant cette communauté imaginaire en modèle d’identification nationale (Hobsbawm 1997). Renvoyés au miroir de leur origine, les citoyens helvétiques sont invités à communier par-delà les divergences cantonales aux vertus que le Guillaume Tell (1804) de Friedrich von Schiller (1759-1805) célèbre sur les scènes européennes : fidélité des fils à la tradition des pères, solidarité des frères face à la rude nature, indépendance des fiers montagnards préservée de la tyrannie. A l’exception de l’article de Thierry Amrein, qui porte sur le Val d’Anniviers situé dans la partie francophone du canton du Valais, toutes les recherches de ce dossier concernent l’espace germanophone appelé le Haut-Valais. Une vallée en particulier, le Lötschental, s’y taille la part du lion puisque pas moins de quatre textes et deux entretiens s’y rapportent directement. Connue en particulier pour ses traditions carnavalesques et sa Fête-Dieu costumée, la vallée fait certainement partie des lieux les plus ethnographiés de Suisse depuis plus d’un siècle. Filmée, photographiée et étudiée sous toutes les coutures, elle apparaît comme un cas exemplaire du jeu d’images et de positionnements qu’ont plus particulièrement questionné les chercheurs réunis dans ce numéro.
[1] Pour une histoire de ces approches, voir par exemple Centlivres (1980), Chappaz-Wirthner (1985), Niederer (1996), Mathieu et Boscani Leoni (2005). Les spécificités épistémologiques germanophones et francophones de cette ethnologie régionale sont bien mises en évidence dans Ethnologies en miroir. La France et les pays de langue allemande (Chiva et Jeggle 1987). [2] Vers 1220-1230, les montagnards d’Uri, désireux d’écouler vers les marchés des villes lombardes les produits de leur économie alpestre, construisent un pont sur la Reuss et aménagent une voie vers le col du Gothard. Vers 1300, ce sont des marchands milanais qui demandent à l’évêque de Sion de faire ouvrir le col du Simplon afin qu’ils puissent accéder par le Valais aux foires de Champagne (Bergier 1997). [3] Pour exemples la Loi fédérale d’aide aux investissements dans les régions de montagne (1974) qui entraîne le découpage du Valais en huit régions socio-économiques et encourage les fusions de communes et la Nouvelle politique régionale fédérale lancée en 2006, dont l’application cantonale, à l’étude en Valais, substitue à ce découpage une répartition du territoire cantonal en grandes agglomérations articulant régions de plaine et régions de montagne.
BELLWALD Werner, 1997. Zur Konstruktion von Heimat. Die Entdeckung lokaler Volkskultur und ihr Aufstieg in die nationale Symbolkultur. Die Beispiele Hérens und Lötschen (Schweiz). Sion, Musées cantonaux. BELMONT Nicole, 1985. « Folklore ». Encyclopaedia universalis : 95-101. BERGIER Jean-François, 1997. Pour une histoire des Alpes, Moyen Age et Temps modernes. Aldershott (etc), Ashgate Variorum. BERTHOUD Gérard, 1982. « Lecture anthropologique des Alpes : de la marginalité à la dépendance », in Plaidoyer pour l’Autre. Essais d’anthropologie critique. Genève, Librairie Droz : 203-264. BRAUDEL Fernand, 1979 (1949). La Méditerranée et le monde méditerranéen sous Philippe II. Paris, A. Colin. BRAUDEL Fernand, 1980. Civilisation matérielle, économie et capitalisme. Paris, A. Colin. BROMBERGER Christian, 1997. « L’ethnologie de la France et ses nouveaux objets ». Ethnologie française XXVII, 1997, 3 (Quelles ethnologies ? France Europe 1971-1997) : 294-309. CENTLIVRES Pierre, 1980. « Un nouveau regard sur les Alpes : l’anthropologie américaine découvre le Valais ». Ethnologica helvetica 4 : 35-62. CHAPPAZ-WIRTHNER Suzanne, 1985. « Recherches ethnologiques actuelles dans les Alpes ». Information, bulletin de la Société suisse d’ethnologie, 1985/2 : 3-11. CHIVA Isac et JEGGLE Utz (éds), 1987. Ethnologies en miroir. La France et les pays de langue allemande. Paris, Editions de la Maison des sciences de l’homme. CIARCIA Gaetano, 2003. De la mémoire ethnographique. L’exotisme du pays dogon. Paris, Editions de l’Ecole des hautes études en sciences sociales. GINZBURG Carlo, 1980. Le fromage et les vers. L’univers d’un meunier du XVIe siècle. Paris, Flammarion. HOBSBAWM Eric, 1997. Nations et nationalisme depuis 1780 : programme, mythe, réalité. Paris, Gallimard. KILANI Mondher, 1984. « Les images de la montagne au passé et au présent ». Schweizerisches Archiv für Volkskunde, 80/1-2 : 27-55. LENCLUD Gérard, 1987. « La tradition n’est plus ce qu’elle était ». Terrain, 9 : 110-123. MATHIEU Jon et BOSCANI LEONI Simona (éds), 2005. Die Alpen ! Les Alpes ! Zur europäischen Wahrnehmungsgechichte seit der Renaissance. Pour une histoire de la perception européenne depuis la Renaissance. Berne (etc), P. Lang. NIEDERER Arnold, 1996. Alpine Alltagskultur zwischen Beharrung und Wandel : ausgewählte Arbeiten aus den Jahren 1956 bis 1991. (hrsg von Klaus Anderegg und Werner Bätzing). Berne, P. Haupt. REICHLER Claude et RUFFIEUX Roland, 1998. Le voyage en Suisse. Anthologie des voyageurs français et européens de la Renaissance au XXe siècle. Paris, Laffont.
Présentation du dossier "Echos et reflets alpestres : regards ethnologiques sur le Valais", Numéro 18 - juin 2009. |
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