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Pour citer cet article :Jean-Luc Jucker, 2009. « CUISENIER Jean, 2006, Penser le rituel ». ethnographiques.org, Comptes rendus d’ouvrages [en ligne].(http://www.ethnographiques.org/2009/ Jucker - consulté le 21.05.2013)
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CUISENIER Jean, 2006, Penser le rituelCUISENIER Jean, 2006, Penser le rituel, Paris, PUF.(Compte rendu publié le 9 novembre 2009)Pour citer cet article :Jean-Luc Jucker. CUISENIER Jean, 2006, Penser le rituel, ethnographiques.org, Comptes rendus d’ouvrages [en ligne]. http://www.ethnographiques.org/../2009/Jucker (consulté le 9/11/2009).Sommaire :
C’est en tout cas ce qu’il faut retenir de la seule pièce épistémologique de l’ouvrage, la première, qui commence d’ailleurs sans surprise par un examen étymologique du terme et une série de définitions. Nous ne retiendrons ici qu’une seule distinction, mais typique de l’anthropologie de Cuisenier, et c’est celle qu’il opère entre le rite et la cérémonie. Il faut dire tout de suite que cette distinction se fonde sur la liturgie catholique romaine. Le Rituale latin des liturgistes, donc, c’est l’ensemble des prescriptions qui fondent la validité des différents rites ; et le Cérémonial, c’est l’ensemble des indications sur la manière d’accomplir les gestes et les mouvements de ces mêmes rites. Mais si la distinction semble minime (les prescriptions du Cérémonial semblent simplement plus détaillées que celles du Rituale), l’auteur oppose ces deux genres de normes en termes de pensée et d’action, tout en assignant au second un caractère plus artificiel, voire pompeux. Ceci ressort nettement de sa propre définition du rituel et de la cérémonie, sur laquelle il vaut la peine de s’arrêter un instant. Le rituel, ainsi, c’est « le cérémonial dont le protocole a pour fin d’articuler la communication entre acteurs sociaux dont certains sont des êtres de ce monde-ci : les êtres humains, et d’autres, des êtres de l’autre monde, quelle que soit la figure, imposante ou familière, que ces derniers prennent pour apparaître en ce monde-ci. » (27). Et la cérémonie, sans surprise, c’est ce qui assure la communication des hommes entre eux. Nous sommes donc ici, bien que l’auteur s’en défende, en plein durkheimisme, dans lequel, rappelons-le, la dichotomie entre le sacré et le profane, ou entre les dieux et les hommes, définit précisément le domaine religieux, et en conséquence les activités rituelles par rapport aux activités humaines. Mais si l’on doit regretter cette définition de la religion reprise implicitement par Cuisenier, et qu’on retrouve malheureusement aujourd’hui encore dans le Petit Robert, il ne faudrait pas régler aussi rapidement la question de son éventuel christianocentrisme (cf. Wendling, 2007). Premièrement, les terrains de Cuisenier se situent tous en terre chrétienne, et si une bonne partie de l’anthropologie actuelle se méfie de l’exportation de nos concepts indigènes vers d’autres cultures, on voit mal comment elle en ferait l’économie quand elle s’exerce chez celles qui se trouvent précisément à l’origine de ces concepts. Deuxièmement, si l’auteur recourt dans presque toutes ses contributions à l’histoire chrétienne, c’est pour déconstruire les objets qu’il rencontre sur ses terrains, là où il prendrait le risque, en s’épargnant cette analyse, de les universaliser incognito. Les articles de Cuisenier sont très construits ; il y a ici un classicisme, qui se retrouve également dans son style d’écriture. En recourant au mythe, à la littérature ou à l’histoire, il met tout d’abord son terrain en scène : Ulysse et le Cyclope pour le culte de San Bartolomeo, le capitaine Achab pour l’ethnographie des pêcheurs et l’éclatement du bloc soviétique pour les saints bulgares. Il pose alors deux ou trois questions ; celles-ci se présentent toujours en suite, et le plus souvent en paragraphe. L’exposé peut commencer ; la structure se fait moins régulière d’un article à l’autre, mais la méthode, fondée essentiellement sur une double référence, est toujours la même. La première, c’est le recours au passé, historique ou mythique, qui semble constituer un invariant de la démarche ethnologique de Cuisenier. Sans compter les deux articles dont le motif d’investigation est lié directement à une période historique (la fin du communisme), ni la contribution sur les rituels des vents en Éolie, où l’auteur semble faire de l’anthropologie historique, on doit reconnaître que ce recours au passé est systématique, et même, qu’il tend parfois à déborder sur la restitution des données recueillies sur le terrain. Dans le chapitre 4, par exemple, consacré au rituel du repas du Churchill College à Cambridge (mais auquel Cuisenier refuse précisément la qualité de rituel, parce qu’il n’y a trouvé rien d’ « explicitement religieux », p. 74), le lecteur en apprend très peu sur la manière de se déplacer dans le réfectoire ou de se comporter à table, mais par contre, l’objet, l’espace rituel et l’explication finale sont rendus à partir d’examens historiques. Ce truchement a de quoi étonner, car il s’agit d’un collège récent, et l’auteur reconnaît, relativement aux menus cérémoniels servis à Cambridge, que « rien ne les rattache au modèle médiéval » (84). Liée à cette part explicative de l’histoire, la deuxième référence, c’est la référence chrétienne, mais nous ne la discuterons pas ici pour les raisons évoquées plus haut. À noter toutefois cette contribution sur les blesteme roumains, que l’auteur classe en trois catégories régies encore une fois par le sacré et le profane (la malédiction, l’imprécation et le blasphème). Les articles de Cuisenier se terminent par des formules-choc, ramassées voire enlevées ; il achève ses pièces comme il les a commencées. De la même manière qu’il structure ses articles, il a imposé, dans son Prologue, un sens au recueil entier. En plus de la bibliographie, l’ouvrage comporte un index des noms propres, un index des notions et quatorze illustrations hors-texte.
[1] Il vaut la peine de citer encore ce passage célèbre des Formes : « Les phénomènes religieux se rangent tout naturellement en deux catégories fondamentales : les croyances et les rites. Les premières sont des états de l’opinion, elles consistent en représentations ; les secondes sont des modes d’action déterminés. Entre ces deux classes de faits, il y a toute la différence qui sépare la pensée du mouvement » (Durkheim, 1968 : I/36). Et encore : « Elle [la vie religieuse] répond partout à un même besoin et dérive partout d’un même état d’esprit. Sous toutes ses formes, elle a pour objet d’élever l’homme au-dessus de lui-même et de lui faire vivre une vie supérieure à celle qu’il mènerait s’il obéissait uniquement à ses spontanéités individuelles : les croyances expriment cette vie en termes de représentations ; les rites l’organisent et en règlent le fonctionnement » (Id., 1968 : III/98).
DURKHEIM Émile, 1968 (1912), Les formes élémentaires de la vie religieuse. Le système totémique en Australie, Paris, PUF (5ème éd.). WENDLING Thierry, 2007, « Du rite et des théories indigènes de l’action », Ethnologie française, Hors-série : 119-122.
CUISENIER Jean, 2006, Penser le rituel, Comptes rendus d’ouvrages. |
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