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Pour citer cet article :

Sébastien Stas, Catherine Mougenot, 2010. « Les concours de cochons « Piétrain ». Regard anthropologique sur une race au carrefour de son histoire  ». ethnographiques.org, Numéro 19 - décembre 2009
Ethnographier les phénomènes sonores [en ligne].
(http://www.ethnographiques.org/2009/­Stas,Mougenot1 - consulté le 5.12.2016)
 

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Sébastien Stas, Catherine Mougenot

Les concours de cochons « Piétrain ». Regard anthropologique sur une race au carrefour de son histoire

Résumé

Notre article met en scène le monde de la sélection des cochons « Piétrain » en Belgique, une race dont la génétique est utilisée pour l'amélioration des filières industrielles. Dans un premier temps nous donnons à voir comment se construit la relation homme – animal dans les moments particuliers que sont les concours d'élevage et leur préparation. Ensuite, nous montrons comment a été construite cette race et comment elle est aujourd'hui menacée d'être captée par les biotechnologies, en raison de son intérêt pour l'industrie. Une évolution qui enlève tout son sens au projet des éleveurs et à la relation qu'ils ont maintenue avec leurs animaux. L'article est basé sur une approche anthropologique des concours de la race et sur l'histoire du projet qui a permis sa création.

Abstract

Our paper presents the world of « Piétrain » pigs breeders in Belgium. The genetics of these pigs is mainly of interest in relation to industrial breeding. In the first part of the paper, we show how the man-animal relationship is built up during the different moments of animal shows and their preparation. In the second part, we show how this breed has been refined and how it is endangered today by the monopolization of its genetics through biotechnological means in favour of industrial interests. This evolution profoundly threatens the meaning that livestock farmers attribute to their work and the relationships they have maintained with their animals. The research is based on an anthropological approach of agricultural shows and on a historical study of the project that allowed for the creation of the « Pietrain » breed.

Pour citer cet article :

Sébastien Stas, Catherine Mougenot. Les concours de cochons « Piétrain ». Regard anthropologique sur une race au carrefour de son histoire , ethnographiques.org, Numéro 19 - décembre 2009
Ethnographier les phénomènes sonores [en ligne]. http://www.ethnographiques.org/../2009/Stas,Mougenot1 (consulté le 2/07/2010).

Apprenti éleveur mais aussi apprenti anthropologue, j’ai réalisé un mémoire de licence sur le milieu de la sélection d’une race porcine originaire de Belgique, les cochons « Piétrains » (Stas, 2006) [1]. Ce travail était appuyé sur une vingtaine d’entretiens semi-directifs auprès des professionnels de la race (voir encadré). Pour mon mémoire de DEA (Stas, 2007), j’ai souhaité travailler directement sur le lieu de la ferme familiale, également impliquée dans ce travail de sélection. En adoptant une suggestion de J. Porcher, je me suis centré sur la question : les animaux collaborent-ils au travail qui leur est imposé ? Pour y répondre, je me suis appliqué à décrire pendant près de 6 mois les interactions quotidiennes entre éleveurs et cochons. Progressivement mes réflexions se sont focalisées sur la préparation des concours auxquels l’élevage participe plusieurs fois par an. Mais surtout, il m’est apparu que ces interactions trouvent leur sens véritable dans la pratique et l’histoire d’un métier en constante évolution et dont l’avenir me semble menacé.

Comprendre les relations homme-animal dans le travail de sélection des Piétrains, en les centrant sur la pratique des concours et en les éclairant par l’histoire, tel est ce projet qui s’est précisé et élargi dans un travail d’écriture à quatre mains (impliquant un « je » et un « nous »). Brossons-en brièvement quelques points d’ancrage théoriques.

Notre regard anthropologique est avant tout concerné par la présence créative des animaux dans la vie sociale (Whatmore et Thorne, 2000). Les animaux sont impliqués dans du « vivre avec », dans des relations qui « engagent » les humains (Despret et Porcher, 2002). En ce sens, nous nous sentons autorisés à les identifier comme des acteurs à part entière et à utiliser pour tous, humains ou non-humains, un vocabulaire identique. Un tel regard s’inscrit donc logiquement dans l’impossibilité de maintenir séparés les deux pôles que sont la nature et la société (Latour, 1994 ; Latour, 2006). En revanche, considérer cette distinction comme indéfendable oblige aussi à explorer l’ensemble des assemblages tissés dans les entrelacs de ces deux pôles. Dans des configurations toujours singulières, les animaux y apparaissent comme des êtres saturés de vivant et de social. Liés à des inventions, à des inscriptions dans les relations, dans les corps et dans les dispositifs techniques, ils peuvent être des sujets, mais également, et de manière souvent très inconfortable pour eux, des objets (Whatmore et Thorne, 2000).

Une telle perspective invite à reconsidérer les conseils méthodologiques qui concernent le travail de terrain. De façon générale, il est en effet recommandé de nourrir l’imagination créative d’une recherche en combinant différentes manières de pratiquer les sciences sociales, en élargissant les études de cas, en les dépliant, pour traverser différents espaces-temps (Burawoy, 2003). Mais ici cette ambition poursuit un but précis, car déborder l’observation d’interactions situées — aussi intéressantes soient-elles — c’est se donner les moyens de mettre en évidence les différentes formes d’existence des acteurs et les modalités d’attachements ou d’engagements que celles-ci permettent (Latour, 2006 ; Despret et Porcher, 2002).

Le cochon Piétrain est un animal produit par le travail de sélection des hommes. Pour interroger les relations que celui-ci suppose, nous combinerons une démarche ethnographique et historique. La première partie du texte portera sur l’enjeu que représentent les concours porcins dans le quotidien des sélectionneurs et sur la manière dont le cochon y apparaît comme un sujet à part entière. Revenant ensuite sur l’histoire de la race et le rôle que les concours y jouent, nous verrons ce même cochon comme objet de soins et d’attention, mais également comme objet de stratégie et de manipulations biotechnologiques. Le sélectionneur apparaîtra quant à lui toujours comme un sujet. Mais au fil du temps, son pouvoir d’initiative sera variable, il ne mobilisera pas les mêmes compétences et ne dépendra ni des mêmes personnes ni des mêmes épreuves.

De fait, notre article partage la structure narrative de la plupart des récits (Serres, 2003). Parti sur le compte-rendu précis d’une interaction homme-animal, il poursuit en interrogeant sa trajectoire, circule entre passé, présent et futur, pour finalement témoigner de la préoccupation que cette exploration exprime.

Le paysage agricole du cochon Piétrain

La finalité de la sélection porcine en race Piétrain, cochon à la robe blanche tachetée de noir, consiste à élever des verrats reproducteurs destinés à améliorer la qualité de la viande des races de boucherie (en Belgique, principalement des porcs issus du croisement entre Landrace Belge et Large White). Le sélectionneur en Piétrain vend ses mâles à d’autres sélectionneurs, à des éleveurs industriels ou plus récemment à des centres d’insémination artificielle. Ses animaux non sélectionnés pour ces différentes filières suivent la voie de la boucherie.

C’est en Hesbaye, région agricole très fertile, que le cochon Piétrain a vu le jour. Peu à peu, des éleveurs se sont mués en sélectionneurs de cette race tout en continuant à cultiver leurs terres. Ces artisans du cochon travaillent en « circuit fermé », c’est-à-dire qu’ils pratiquent la naissance et l’engraissement des cochons. La conduite de la polyculture (céréales, betteraves et maïs) leur apporte la nourriture et la paille nécessaires aux animaux. Les surplus sont vendus sur le marché conventionnel, complétant ainsi les revenus de ces fermes de sélection. Une troisième spéculation vient parfois s’ajouter aux deux autres : un élevage de bovins, composé de « Blancs Bleus Belges » ou de vaches laitières ou encore un élevage de porcs de boucherie qui ne sont pas des Piétrains.

La Belgique compte encore une cinquantaine de sélectionneurs en race Piétrain. Dix d’entre eux sont situés dans la partie francophone du pays. Sur ces dix exploitants, sept participent toujours aux concours de la race dont il sera question dans ce texte : trois habitent en province de Hainaut près de Soignies et quatre en Brabant Wallon autour de Jodoigne ville du Brabant Wallon, intégrant le village de Piétrain.


Lieux de concours (agrandissement)

« On va au concours ». Cette phrase scande la vie des éleveurs. Et ils disent aussi : « Si on est premier, il faut le rester… et si on est battu, y faut se battre pour revenir au premier plan » [2]. Le concours a longtemps constitué l’épreuve reine du métier d’éleveur et plus encore d’éleveur de sélection. Sur cette scène, le travail avec les animaux apparaît de façon très éphémère, alors qu’en réalité, il repose sur une réflexion et une relation construite dans le temps, ou plutôt, dans des temporalités enchevêtrées (Stas, 2007). Un travail patient que la première partie de notre texte veut donner à voir.

Préparer un concours, c’est avant tout choisir les animaux qui peuvent revendiquer une place de participants. Quels candidats sont les plus susceptibles de mettre en valeur l’élevage familial ? Quels sont ceux qui, aux yeux de chaque sélectionneur, peuvent représenter au mieux les standards de la race ? « Le cochon idéal ? Ca devient difficile à expliquer… Un qui a un peu tous les facteurs (du modèle idéal)… et qu’on se dit : un comme ça, on n’en sort pas souvent. On l’a, il est supérieur à la moyenne, et voilà… c’est Lui. Mais quand tout le monde rassemble son Lui, ça fait déjà des différences… Chaque éleveur a un des facteurs idéaux qu’il va toujours mettre en avant dans son élevage… ». Dans la sélection, la question du « bon » modèle est omniprésente (Quinn, 1993 ; Lizet, 1996 ; Bougler et Delage, 1999). Et dans le cas précis du Piétrain, on attachera de l’importance à la musculature de l’animal : des épaules et un dos large, et des jambons très développés : « Le verrat Piétrain sert à ramener de la viande sur une truie industrielle de mauvaise qualité… ».

Un reproducteur Piétrain standard.
Photographie : Sébastien Stas, 2006.

Cependant, une telle musculature ne peut l’empêcher de se mouvoir avec aisance, il lui faut donc aussi de solides aplombs. Et ce sont là des qualités qui ne sont pas que morphologiques, car le cochon doit aussi pouvoir être remarqué pour sa démarche noble, sa personnalité et son assurance, qui feront ressortir encore davantage ses qualités physiques. Si l’évaluation du caractère reste toujours subjective, l’âge du cochon peut aider à anticiper sur sa performance le jour du concours. D’abord parce que les animaux seront classés par groupe d’âge et qu’il ne peut y avoir qu’un gagnant par catégorie. Mais surtout si le cochon a plus de dix mois, il aura aussi d’autant plus tendance à adopter une conduite « verrat » — une qualification utilisée par les éleveurs —. L’attitude « verrat » est significative d’une démarche noble, le cochon est têtu, provocateur et dominateur, avec une attention portée vers les autres. A l’inverse, une attitude « pas très verrat » caractérise une démarche moins noble, nerveuse et un regard porté vers le sol. Pourtant un cochon (trop) dominant, autant qu’un cochon (trop) peureux, est susceptible de devenir incontrôlable le jour du concours. Le choix du candidat implique donc prioritairement la connaissance de la personnalité de l’animal, de ses qualités de reproducteur, mais aussi de sa famille, une compétence qui dépend du savoir-faire des sélectionneurs, transmis de génération en génération. C’est la raison pour laquelle ce choix peut être l’objet de discussions vives entre les membres d’un même élevage. Quel est le cochon idéal ? Comment peut-il valoriser au mieux le travail de la famille ? Etre le meilleur représentant des compétences du sélectionneur et de sa fiabilité ? Sur ces questions, les jeunes éleveurs ont leurs propres jugements, mais ils ont aussi intérêt à s’en référer à ceux dont l’expérience est basée sur plusieurs décennies, dont « l’œil » averti a fait ses preuves et s’est forgé une autorité indéniable dans le secteur.

Si le choix des candidats engage des visions diverses, la préparation au concours proprement dite peut, elle aussi, se concevoir selon des styles particuliers. Et sa durée varie d’un élevage à l’autre, d’un éleveur à l’autre. En ce qui me concerne, je préfère la faire démarrer le plus tôt possible, de manière à installer une relation particulière avec le cochon, alors que mon père lui, procédait différemment : « Moi, je restais le minimum chez les verrats. Je n’avais pas le temps. Toi, tu les appelles et tu vas vers eux. Après ce sont eux qui commencent à appeler pour avoir une caresse et pas seulement toi, les autres personnes aussi ! ». Une telle façon de faire dépend de l’organisation des travaux de l’exploitation. Ces dernières années, je me suis consacré principalement aux cochons, soulageant ainsi mon père qui a pu répartir ses activités entre les bovins et les champs [3].

A la ferme familiale, la préparation au concours est d’abord ponctuée par des promenades régulières et les beaux jours, chaque animal sort au moins une fois par semaine lors du nettoyage. Une pratique qui tranche avec le mode de vie confiné des cochons d’aujourd’hui, car il est bien loin le temps où les marchands déambulaient d’un village à l’autre avec leurs troupeaux ! (Fabre Vassas, 1994) Un verrat qui marche régulièrement à l’extérieur se présente pourtant beaucoup mieux de manière générale. De plus, il garde un bon souvenir de ses petites escapades qui l’auront conduit à mâchouiller ça et là, à discuter avec des copains, à se rouler dans une mare, voire à pouvoir s’approcher des endroits interdits de la ferme. Mais ceci n’est rien, comparé à la véritable préparation qui suppose un travail patient. Le but est d’amener le cochon à accepter de sortir non plus pour jouer, mais pour marcher aux côtés de son éleveur, au « bâton » ou à la « planche ». Durant le concours, cette planche trouvera son utilité pour guider le cochon, tout comme le bâton protégera le « couple », composé par le sélectionneur et son verrat, vis-à-vis des autres participants.

Muni d’une planche et d’un bâton,
le sélectionneur présente son verrat dans le ring.
Photographie : Sébastien Stas, 2006.

Depuis quelques années, la planche a trouvé une troisième fonction. En l’inclinant quelque peu devant le verrat, celui-ci peut tenter de monter dessus, le but de la manœuvre étant de mettre en évidence des jambons proéminents. Le mouvement a pour effet d’augmenter la qualité de sa prestation, en montrant qu’il est prêt pour la saillie. Cette façon de faire n’est pas très répandue, car elle oblige l’éleveur à trottiner à reculons devant le cochon, et à retirer la planche au dernier moment pour éviter qu’elle ne casse sous son poids (qui varie entre 100 et 300 kg) et qu’il ne se blesse. Cette pratique augmente aussi la nervosité du verrat qui peut interpréter ce geste comme une invitation à « monter » et il peut devenir par la suite beaucoup plus difficile à contrôler.

Déambuler avec un animal, c’est inventer et prévoir en même temps (Salmona, 1994). Et faire marcher un cochon au bâton, ce n’est pas une petite affaire. La distance entre les deux partenaires doit se réduire à moins d’un mètre, et l’animal doit apprendre à suivre les directives de l’éleveur. Le seul fait de lui imposer un parcours précis s’avère difficile, et l’éleveur doit être prêt à programmer un « itinéraire bis », afin que le cochon garde toujours un bon souvenir de sa sortie. Au début, on le laisse faire, mais progressivement on devient exigeant, en espérant lui apporter un répertoire de conduites à la marche qu’il pourra adapter dans un environnement différent. A travers cette « tentative » de dressage, l’éleveur cherche à susciter chez le cochon un certain intérêt pour ce qu’il lui demande. Mais comme la part de l’initiative de chacun reste non négligeable, il serait plus adéquat d’en parler comme d’une négociation entre deux protagonistes et aussi entre deux finalités contraires. D’une part, le sélectionneur tente d’imposer à l’animal ses propres objectifs, en limitant et en contraignant ses déplacements. Mais par ailleurs, il est prêt à lui laisser la possibilité d’exprimer son propre tempérament. On peut donc considérer cet apprentissage, comme un jeu interactif au cours duquel éleveur et cochon évoluent comme des partenaires. Certains cochons, comme Joujou [4], n’accepteront jamais totalement de se laisser guider par le bâton, à l’inverse de Junior qui s’est montré d’emblée très réceptif et n’a jamais manifesté la même attitude « belliqueuse » (séquence vidéo 1). L’apprentissage plus ou moins long, en fonction du caractère du cochon, est donc un mélange de rigueur imposée et de reconnaissance éprouvée. Rigueur, parce que le cochon doit apprendre à suivre un certain nombre de règles, mais aussi reconnaissance ou confiance testée, parce qu’il les réinterprétera à sa manière en se réservant des zones d’action (et de pouvoir !), surtout le jour du concours.

Finalement, durant les jours précédant la compétition, il convient de soigner la présentation physique des animaux. On surveille leur alimentation et la saillie contribue aussi à faire disparaître leur panse. On les tond pour mettre en évidence leurs qualités musculaires occultées par une éventuelle pilosité [5]. Et si ces actions sont effectuées en même temps, les verrats sont plus calmes et le travail gagne en précision ; car le problème est bien que les cochons sont des animaux qui bougent sans arrêt. La veille du concours, ils sont aussi lavés à l’eau chaude et au savon, une opération qui n’est pas pour leur déplaire… La plupart d’entre eux s’agitent constamment et tentent de saillir leur éleveur. Celui-ci est dès lors obligé de se montrer très ferme et le lavage ne peut durer très longtemps, sinon ils sont trop nerveux pour réintégrer le box. Cette action se termine par l’attribution de son numéro à chaque participant, ce qui suppose une action bien coordonnée entre humains : pendant que l’un occupe l’attention du cochon, l’autre réalise l’inscription sur son dos. Il est alors prêt pour le grand jour !

En revenant sur cette préparation au concours, nous remarquons que toutes les tâches habituelles qui ponctuent le travail quotidien du sélectionneur interviennent d’une manière ou d’une autre. Nourrissage, nettoyage et paillage sont autant d’occasions de construire la confiance nécessaire entre l’homme et l’animal, une confiance qui est initiée dès la fin du sevrage et se poursuit lors des sorties.

La confiance se crée et s’entretient lors des tâches quotidiennes.
Photographie : Sébastien Stas, 2008.

Un éleveur est un artisan qui travaille et réfléchit en permanence, chaque tâche étant accompagnée d’une grande part d’observation (Salmona, 1994). « On travaille, on réfléchit beaucoup, c’est jamais la même chose et c’est justement ça… la joie de faire… » confie un sélectionneur. Mais surtout, la connaissance des généalogies de cochons permettent de choisir des mâles aux données zootechniques supérieures, en les rapportant systématiquement au coup d’œil du sélectionneur : « le cochon doit d’abord plaire à l’œil du maître ». Dans les milieux de l’élevage, il est régulièrement fait allusion à cette compétence, à ce « savoir observer » (Procoli, 2004). Mais dans le cas de la sélection, c’est un savoir qui se construit de façon longitudinale, dans les familles de sélectionneurs qui travaillent avec leurs familles d’animaux (Stas, 2007 ; Spindler, 1999). Choisir un candidat au concours et l’y préparer, c’est donc mobiliser cette familiarité avec le cochon et les lignées dont il est issu, mais c’est aussi suivre ou adapter les choix de son parent, ou grand parent, lui-même aussi sélectionneur.

Le jour « J », celui du concours, est un moment qui contraste en tous points avec le travail de préparation, mais qui peut, si tout se passe bien, en devenir l’apothéose. Un moment et aussi un espace qu’il convient d’examiner en détail. Le matin, les animaux prennent place séparément dans une bétaillère pour être transportés au lieu du concours qui se déroule généralement dans des foires agricoles. Ils y sont déchargés pour être conduits jusqu’à une loge individuelle (séquence vidéo 2) dans laquelle ils resteront jusqu’au moment de la compétition. Celle-ci a lieu sur le « ring » occupé par trois types d’acteurs : les cochons, les éleveurs et les membres du jury, composé d’anciens éleveurs ou d’éleveurs ne possédant pas d’animaux inscrits pour le concours (les humains sont traditionnellement vêtus de tabliers blancs).

Il faut souligner à quel point cet espace constitue une rupture pour le cochon. Il est plongé dans un brouhaha continu composé de musique et de voix humaines, soit dans un nouvel environnement sonore dont il n’a pas l’habitude. Nouveaux bruits et aussi nouvelles odeurs, puisqu’il est en présence d’autres êtres humains et d’autres cochons ; en clair, il ne se sent pas chez lui. Mais ces modifications de contexte sont considérables pour l’éleveur aussi. Ici, il est entouré d’un public qui suit chacun de ses gestes avec l’animal, sans être forcément au courant de l’interprétation à leur donner. « Bien-être animal oblige »… avec les informations et idées qui circulent actuellement sur les conditions de vie des animaux en systèmes industriels et qui rendent le public sensible à la maltraitance des cochons, l’éleveur doit indéniablement revoir sa rigueur à la baisse et laisser plus de liberté au cochon. Il est lui aussi pris dans une série d’interactions avec le public, dans une succession de micro événements qui vont détourner l’attention qu’il porte à son animal. En bref, ces interactions sont autant d’occasions de perdre prise sur une relation qui se construit difficilement dans un contexte tellement éloigné de celui de la ferme.

Dans le ring, verrats et éleveurs parcourent la surface de manière disparate, au rythme du cochon. Chaque couple « défile » sous le regard attentif du jury qui les regroupe en deux catégories : l’une comprend les meilleurs qui se disputeront les premières places, et l’autre, les moins bons. S’il arrive qu’un cochon possède une supériorité incontestable, il est directement déclaré vainqueur, sans être classé dans l’un ou l’autre des groupes. Dans le cas où le trio de tête ne peut être tout de suite départagé, après concertation, le jury demande à certains couples de se présenter à nouveau simultanément, de manière à comparer directement les animaux les uns avec les autres, et si le nombre de participants est élevé, plusieurs tours seront organisés. Les premiers de chaque catégorie s’affrontent en vue de l’obtention du championnat selon le même procédé. La victoire est finalement attribuée au cochon représentant au mieux, pour les membres du jury, les standards de la race Piétrain.

Comment les candidats au trophée vont-t-ils réagir à un tel exercice ? Certains verrats se montrent incontrôlables, quoiqu’il advienne, et malgré une préparation suffisante. A Jodoigne, en 2008, Kamo et son frère Kazimir trottinent d’un bout à l’autre du ring sans aucune discipline, n’acceptant pas la conduite au bâton. A Jodoigne toujours, mais en 2007, Jackass, un verrat nerveux et communicatif, aura une brève altercation avec son concurrent (séquence vidéo 3), ensuite, il ne semblera plus avoir que deux idées en tête : discuter avec les autres (humains ou cochons), ou encore aller voir les filles (les femelles, dont les loges sont contiguës au ring). Quant à Jamie, dès le début, il sera impossible d’obtenir quoi que ce soit de lui, au point qu’il sera même difficile de lui faire réintégrer son box (séquence vidéo 4).

Le concours de Jodoigne en 2007, entièrement filmé, [6] est véritablement riche en enseignements sur le déroulement de la manifestation. Suivons plus particulièrement deux de ses participants, Junior et Joujou. Junior est mon « chouchou » : j’avais commencé très tôt à lui apprendre à marcher au bâton, un apprentissage qui s’est déroulé de façon très satisfaisante. Quant à Joujou, c’est un cochon têtu et qui tente, quoi qu’il arrive, de prendre le dessus dans sa relation avec l’éleveur. Il est conduit par mon père.

Durant la compétition, Joujou et Junior vont manifester très vite une conduite très différente (séquence vidéo 5, où Joujou est le verrat de gauche et Junior celui de droite). Tandis que Joujou se comporte en conquérant, « très verrat », Junior sera docile. Joujou est instable, difficile à conduire ; en se faisant remarquer, en provoquant les autres, il s’approprie rapidement l’aire du concours et se présente sous son meilleur jour : sa démarche est noble, mettant ainsi ses qualités en valeur. Soudain, il casse la planche que mon père lui présente, en cherchant à monter dessus. M’occupant moi-même toujours de Junior, je donne néanmoins à mon père ma planche (celle que j’ai toujours utilisée à la maison), parce que Joujou semble désormais avoir plus de chances que Junior de gagner (séquence vidéo 6). Un geste qui s’avère être le bon puisque Joujou remporte la victoire finale. Et même si ce n’est pas mon cochon préféré qui triomphe, ma consolation est grande, puisqu’il s’agit d’un succès qui traduit toute une succession de choix et d’opérations réussies, mettant en valeur l’élevage familial.

Par rapport à la conduite quotidienne d’un élevage, les concours sont des mises à l’épreuve de la complicité habituelle qui se construit entre l’homme et le cochon. Mais pour un sélectionneur, la victoire est aussi l’objet de ses espoirs et la préparation, l’objet de son attention. Comment peut-il anticiper au mieux ? Mettre le maximum de chances du côté de son élevage ? Dans mon journal de bord, j’ai tenté de mettre en évidence les facteurs de réussite. Obtenir une collaboration de la part du cochon lors du concours n’est pas chose aisée, même avec une préparation adéquate. Un cochon de rente n’est pas un animal de compagnie. Il ne vit pas comme ce dernier dans une proximité étroite avec l’humain, c’est-à-dire dans un flot constant de gestes et de paroles (Vicart, 2008). La recette du succès doit prendre en compte le tempérament du verrat, celui de ses ascendants, son âge, et aussi son vécu. Et la pratique de sorties régulières a des effets sur la suite parce que les « écarts » de conduite de l’animal peuvent devenir anecdotiques ; la confiance installée au préalable permettant d’éviter que le cochon ne soit complètement incontrôlable le jour de sa prestation.

Pourtant dans mon journal, je mentionne aussi : « A Jodoigne, en 2007, chaque animal s’est comporté différemment qu’à la maison ». Ainsi, même bien entraîné, un cochon peut toujours se montrer imprévisible, surtout si son tempérament est espiègle ou encore « très verrat ». En réalité, un cochon n’est pas l’autre, ou plutôt le caractère d’un cochon n’est pas celui d’un autre, et la relation qui se construit dans le couple « éleveur – cochon » est un exercice, à chaque fois interprété de façon unique par les deux partenaires qui collaborent de manière distincte à la réussite de l’opération. Le concours devient ainsi un espace-temps réinventé, interactif, un bouquet de stimulations nouvelles auxquelles s’adaptent les participants. Et la victoire de Joujou révèle, dans un beau paradoxe, que les caractères physiques du cochon qui sont les mieux formés — ses beaux jambons, objet d’un patient travail de sélection — sont aussi les mieux mis en évidence par son comportement spontané, par son attitude « verrat ».

Le concours est une compétition spectaculaire, qui met en scène un travail construit dans la durée entre des hommes et leurs animaux. Moment éphémère, qui constitue l’apogée de ces temps partagés à l’abri des regards ; partie émergée d’un iceberg, manifestation publique reposant sur une vie en coulisse. Et sur cette scène, le cochon est un acteur à part entière. Sans doute l’éleveur peut-il tenter de ruser avec lui, mais il doit aussi savoir parlementer (Despret et Porcher, 2002). L’épreuve devient alors une situation de renversement ou de « double mouvement » (Salmona, 1994). L’éleveur guide sa bête, mais en retour, il respecte ses initiatives, dans le but de se démarquer de ses pairs et d’obtenir une victoire qui témoigne publiquement de ses compétences, de son savoir-faire et de la fiabilité de son élevage.

En accordant notre attention au travail de préparation au concours et à son déroulement, nous avons placé le sélectionneur et son animal sur le devant de la scène. Dans la seconde partie de ce texte, nous revenons à eux avec une question : quelle est donc cette bête, objet d’attention, dont chaque sélectionneur revendique d’être le meilleur porte-parole ? L’histoire de la race devient alors la trame de notre réflexion en considérant ici les concours comme des observatoires, témoins de son évolution (Mayaud, 1997a). Une histoire dont le but n’est pas de dessiner un contexte « global », mais d’explorer autrement les formes d’existence de ses acteurs (Latour, 2006).

Le cochon Piétrain est un cochon « musclé », dont la robe est blanche tachetée de noir. Son intérêt réside dans le fait qu’il peut améliorer de façon substantielle la qualité des races industrielles. En croisant celles-ci avec du Piétrain, les animaux sont vendus plus cher, car la quantité de viande y est proportionnellement plus élevée.

Piétrain, village reconnu comme le berceau de la race.
Photographie : Sébastien Stas, 2009.

Dans toutes les notices, il est dit que la race Piétrain a vu le jour dans le courant des années 1920, dans un village de l’est du Brabant wallon (province belge) dont elle prendra le nom. Mais pour nous, l’histoire est peut-être un peu plus compliquée et aussi plus intéressante. Ses sources écrites sont apparemment très limitées. Dans un numéro du Brabant agricole et horticole (1965, 12), un certain Jules Buis, de Jodoigne, y revendique la paternité de la race, grâce à un cochon lui-même issu d’un jeune verrat d’origine anglaise pie-noir, et d’une truie de la race Berkshire. Il aurait alors entrepris des croisements successifs, à l’origine de la race actuelle, dans une ferme de Molembais St Josse (toujours dans l’est du Brabant wallon). Ensuite son troupeau aurait été complètement décimé durant la guerre. Pourtant dans la famille Stas, c’est une autre histoire qui circule. On raconte que la première nichée fut élevée à la ferme de Chapeauveau, d’un couple de cochons de races différentes, tous deux lauréats d’un concours à Paris. On dit aussi que mon arrière grand-père [7], Jules Kaisin, fut consulté par le gérant, dénommé Jean Chaltin, pour savoir ce qu’il pourrait en faire ; et Jules de lui répondre : « je te prends toutes les truies  ! ».

L’origine de la race Piétrain, même disputée, n’est donc pas véritablement inconnue si on la rapporte non pas à un individu, mais à un réseau d’éleveurs. Et même si son foyer originel est localisé à Piétrain, cette race s’est rapidement élargie à ses alentours. Dans les années 1930, il est dit que sur les marchés et grâce aux marchands de porcs allant de ferme en ferme, les porcelets tachetés se vendent « comme des petits pains ». De plus, « y avait beaucoup de marchands qui allaient de porte en porte ; le marchand va acheter un cochon chez un éleveur et le revendre à un autre. Et cet autre va lui vendre un autre verrat, qui va vendre à un autre du même village… ».

Les années quarante et la seconde Guerre mondiale ont bien failli venir à bout de cette race prisée bien que toujours sans reconnaissance officielle. Jules Kaisin dut, quant à lui, convaincre deux officiers allemands qui réquisitionnaient les cochons de ferme en ferme, de lui laisser un dernier groupe de Piétrains. Une obstination payante puisque rapidement, les affaires reprennent [8], même si la reconnaissance n’est toujours pas au rendez-vous : « l’Etat belge ne répertoriait que deux races et puis c’était tout » remarque mon père. En 1950, le basculement viendra d’une initiative prise par Jules Kaisin, le plus ancien éleveur de Piétrains. L’histoire raconte qu’il attela sa charrette à son cheval et se rendit à Jodoigne, où se tenaient les concours d’animaux d’élevage, pour y emmener une truie et sa nichée. Son idée était de sensibiliser les fonctionnaires du Ministère belge de l’Agriculture à ce type particulier de cochons produits dans la région. Au vu de ce qui lui est présenté, l’un d’entre eux aurait déclaré : « Jules, je m’en occupe personnellement ! ». En 1951, est créé le « Pigbook belge » de la race, ensuite des éleveurs de cochons Piétrain se constituent en un syndicat dénommé : « Syndicat des éleveurs de Piétrains et extension ». Ils sont aussi à l’initiative du nom de la race [9] et du premier concours qui a également lieu dans le village de Piétrain, en 1953. Ensuite la ville de Jodoigne se proposera d’en organiser la deuxième édition et ce concours deviendra très vite prestigieux. En 1956, le Ministère belge de l’Agriculture achève la consolidation de la race en lui attribuant un statut de race « nationale », alors que ses critères sont confirmés par la Fédération Belge des Eleveurs de Porcs (FBEP) qui prend ainsi la relève du premier groupement d’éleveurs d’initiative privée.

Cette histoire à ses débuts est constituée d’anecdotes, elle est décousue, ou même incohérente, si on la considère avec des lunettes d’historien ou de généticien. Pourtant, même imprécise, elle a pu remplir une fonction narrative forte (Stassart et Jamar, 2008) en rendant compte d’une action collective qui tentait de construire un lien entre un « matériel animal » et le contexte socio-économique dans lequel elle était projetée (Steyaert, 2009 ; Spindler, 1999 ; Bougler et Delage, 1999). Car la demande importante pour les petits cochons musclés, conjuguée au savoir-faire des sélectionneurs guidés par des repères visuels assez précis (la robe tachetée et la musculature forte), va ainsi « construire » une race qui ne prendra officiellement le nom de Piétrain que plus tard. Dans ce premier acte, les concours ne sont pas encore organisés. Ils brillent déjà, mais plutôt par leur absence, comme un horizon pour des sélectionneurs qui cherchent à définir leur produit en même temps que leur marché.

Au fil des ans, la diffusion de la race se concrétise grâce aux concours de Piétrains qui connaissent un succès grandissant : « Je me souviens de Jodoigne, Hannut, Tienen, Céroux-Mousty, Diest, Soignies, Chièvres, Nivelles, Goetsenhoven, Leuven, Hollogne-sur-Geer Vilvoorde, mais aussi de Bruxelles, seul concours avec Jodoigne à avoir un statut national », relate mon père (voir la carte). Les concours agricoles ont toujours été des lieux où retrouver les collègues, montrer les bêtes et faire apprécier la qualité de son travail (Salmona, 1994). Mais dans le cas des élevages de sélection, les enjeux sont décuplés. Individuellement, un trophée représente toujours un espoir de gain : « quand ton cochon est dans le journal, t’as gagné ton dimanche ! » disait toujours mon grand-oncle, fils de Jules Kaisin. L’enjeu des concours est donc clairement économique. Mais collectivement, ces manifestations sont aussi des façons de présenter les « modèles vivants » de ces animaux dont les noms sont couchés dans les livres de généalogie. Façons dynamiques de contrôler l’évolution de la race, en proposant une pédagogie par l’exemple, ils stimulent en permanence les réseaux de sélectionneurs (Mayaud, 1997 a et b  ; Spindler, 1999). Car « le but en sélection, c’est toujours d’améliorer la race » me dit constamment mon père. On sent l’accent passionnel derrière cette phrase ainsi que dans cette autre : « On est amateur de bonnes bêtes, on aime un peu les complications… et on fait quelque chose que tout le monde ne fait pas… ». Ces propos confirment les représentations générales qui circulent dans le monde de l’élevage, à propos des sélectionneurs. Ils sont en effet vus comme ceux « qui font de la génétique… » ; « capables de procéder à des tris combinés de facteurs multiples », des « lanceurs de produits, qui les créent et qui les suivent » (Salmona, 1994 : 157) ; ou encore des « joueurs », qui espèrent toujours sortir de leur élevage le « Crack », qui marquera sa génération (Spindler, 1999).

Avec la constitution du « Pigbook » la vision très informelle de la population des cochons Piétrain va devenir officielle et visible. Et pour qui connaît un peu la géographie de la Belgique agricole, la liste des lieux où se tiennent les concours montre que la génétique de la race s’étend désormais à la zone agricole de la Hesbaye francophone et flamande (des Flamands qui n’hésitaient pas à briser leur tirelire pour acquérir un reproducteur : « s’ils devaient se mettre à plusieurs pour acheter, eh bien ils le faisaient ! ».

Cet acte II est donc celui de la reconnaissance : les concours se multiplient comme des scènes sur lesquelles les acteurs sont de plus en plus nombreux. Et la spécificité de la race ne laissera pas longtemps indifférents les pays limitrophes. Dès 1956, on recense des échanges commerciaux vers la France, la Hollande et l’Allemagne. Depuis, les Piétrains sont vendus un peu partout en Europe, aussi en Asie (Vietman et Chine) et en Afrique (Congo). En Belgique, la race s’enracine plus solidement encore avec l’apparition des « verratiers ». Ces nouveaux professionnels proposent leurs services en mettant à la disposition de tout éleveur des verrats achetés aux sélectionneurs ou qui sont issus de leur propre élevage. Et durant les années 1960, la FBEP met aussi en place des « expertises » pour évaluer les verrats candidats à un rôle de reproducteur. Les mâles jugés « bons pour la monte » par les zootechniciens de la Fédération sont acquis par les verratiers pour être proposés par la suite aux éleveurs. Ils passent à leur demande dans les fermes pour la saillie naturelle. Le nom de ces manifestations est significatif puisque des zootechniciens se mélangent régulièrement aux sélectionneurs pour évaluer les cochons. Ce sont des occasions d’échanges très appréciées dans le milieu, qui produisent de véritables connaissances pour l’action (Darré, 1996), avec toujours à leur base et comme dans les concours, une évaluation visuelle des animaux.

La reconnaissance des cochons Piétrain est aussi celle de leurs éleveurs et de leur métier. On ne devient en effet pas sélectionneur de Piétrains du jour au lendemain, parce que cette race particulière demande plus de temps et plus de soins qu’une autre, en raison de sa croissance particulière ou encore de sa sensibilité au stress (les cochons peuvent mourir suite à une accélération soudaine du rythme cardiaque). Ceci explique aussi qu’au sein de chaque exploitation la taille du troupeau est petite (elle dépasse rarement 200 individus) et que ces éleveurs sont amenés à prendre le temps de « vivre avec » leurs animaux. Alors qu’à partir des années 1950, les conditions de travail dans le monde de l’élevage se transforment et qu’avec le renforcement des filières agroalimentaires elles se dégradent profondément (Porcher, 2004), les sélectionneurs de Piétrains se créent ainsi une véritable niche « domestique », qu’ils maintiennent au cœur même du monde industriel de la production de porcs. Domestique, un terme qui a été décliné de nombreuses façons en sciences humaines. Ici, nous le voyons comme particulièrement proche de la conception proposée par Boltanski et Thévenot (1990), c’est-à-dire mettant en scène un monde fait de dépendances entre les personnes (ou les êtres), de continuité et de familiarité. Car c’est là un paradoxe qui ne deviendra évident que par la suite : le secteur du Piétrain qui produit un verrat terminal pour l’industrie est enraciné dans les traditions d’un élevage familial, dans des généalogies d’animaux autant que dans celles de leurs éleveurs.

A la fin des années 1970, la FBEP décide de supprimer les expertises pour raison de restructuration. Et dans les années 1980, le métier de verratier est interdit par l’Etat belge à cause des épizooties de peste. Tous les vecteurs potentiels de propagations des maladies sont alors pourchassés et les « rassemblements de porcs » (soit lorsqu’au moins deux porcs issus d’élevages différents se rencontrent) sont strictement réglementés. Les concours qui restent les seules manifestations collectives du métier tombent bien entendu sous le coup de la loi. Chaque cochon participant doit ensuite être placé en quarantaine. Cette obligation suppose de trouver un site extérieur à l’exploitation pour y loger les animaux et cela a un coût. Mais ces considérations passent après la peur de contracter des maladies qui devient omniprésente.

La fin des années 1980 est aussi marquée par l’entrée des biotechnologies dans l’univers Piétrain et celle-ci va se concrétiser sur trois plans. D’abord les sélectionneurs en collaboration avec des vétérinaires généticiens vont, en partie, résorber l’inconvénient de la sensibilité au stress du cochon Piétrain. A force de sélections successives, ils vont produire un nouveau type de porc : le Piétrain Halothane Résistant (Hanset et al., 1995). Cette innovation technique a pour principal avantage la résistance au stress. En revanche, étant donné le croisement de départ avec une race moins musclée, la conformation Piétrain Halothane Résistant est loin d’égaler celle du Piétrain classique, mais certains sélectionneurs s’obstinent et produisent des résultats probants à ce niveau. Cependant, l’intérêt de l’industrie belge pour un tel cochon restera faible. Et puisque les cochons Piétrain stress négatif peuvent difficilement être comparés avec les autres, on crée une catégorie de concours spéciale pour eux. Mais là non plus, l’engouement n’est pas au rendez-vous : peu d’éleveurs y participent étant donné le manque d’intérêt commercial pour ce cochon.

Ensuite l’insémination artificielle (IA) va incontestablement faciliter les pratiques de reproduction. Dans un premier temps, les éleveurs l’accueillent favorablement, car elle réduit les risques liés à l’accouplement et elle facilite aussi le contrôle sanitaire des reproducteurs (Bidanel et al., 2003). Avec l’IA, le sperme va pouvoir circuler vite et loin et les producteurs industriels opteront d’emblée pour l’achat de doses de sperme plutôt que de mâles reproducteurs : la dépense et les risques s’en trouvent nettement diminués. Un nouvel acteur fait alors son apparition sur la scène, prenant la place du verratier : les centres d’IA. Après un début en fanfare, durant lequel ils s’imposent comme intermédiaires incontournables, ces centres déchantent rapidement. La concurrence fait rage dans le secteur et la semence est vendue à des prix de plus en plus modiques, ce qui a inévitablement aussi pour effet de faire baisser la valeur marchande des verrats. On est bien là dans une mutation complète, caractérisée par la réduction de la diversité des spéculations et par la spécialisation dont découle une précarité face aux fluctuations du marché.

Et dans ce climat maussade de course au « cochon d’or » imprimé par l’industrie (Porcher, 2009 ; Nicourt, 2009) [10], un mécanisme plus déstabilisant encore pour les sélectionneurs s’impose, en jetant insidieusement le doute sur leur savoir-faire : le testage en ferme. Cette pratique qui devient obligatoire pour vendre un verrat comme reproducteur, remet en question l’expérience acquise au fil des ans par plusieurs générations de sélectionneurs. Il s’agit de mesurer techniquement la croissance (via une bascule) et le rendement en viande d’un reproducteur (via le piglog 105 : un appareil à ultrasons mesurant l’épaisseur du lard et du carré, des données indispensables pour calculer le pourcentage en viande de l’animal). Ce nouveau contrôle privilégie les chiffres plutôt que les appréciations visuelles des standards de la race Piétrain. Aujourd’hui, les sélectionneurs interrogés semblent penser à l’unisson : « quand un verrat n’a pas de bons chiffres, l’acheteur demande même plus à le voir ». Certains plient, d’autres aimeraient résister, mais s’ils tiennent à vendre des reproducteurs sur le territoire belge, ils cèdent eux aussi. Le test zootechnique contribue à faire évoluer la race même si cela doit l’écarter des standards : « j’ai vu des chiffres extraordinaires et quand j’ai vu le verrat, ça ressemblait pas à du Piétrain ! ». Il tend à gommer l’histoire de la sélection et même des cochons : « Avec le testage en ferme, on teste le porc, celui qui sera vendu… Tu n’diras pas au client : son père avait ça… ou était fort sur ce point-là… ». Et le prolongement de cette nouvelle façon de faire est la diffusion instantanée des chiffres produits. Aujourd’hui pour faire sa publicité, un sélectionneur n’a plus besoin de se montrer le meilleur dans les foires locales. Il se doit avant tout de disposer d’un site Internet, d’une adresse électronique et, si possible, être capable de s’adresser en plusieurs langues à une clientèle spécialisée.

C’est donc une conjoncture maussade qui s’installe, effaçant progressivement les couleurs et la noblesse du métier de sélectionneur et qui se traduit par des indicateurs immédiats : les revenus dans le secteur sont moins élevés qu’auparavant, les sélectionneurs moins nombreux et de plus en plus âgés. Or un effet pervers, et non des moindres, découle de ces réductions conjuguées. Moins de sélectionneurs signifie aussi l’appauvrissement du bagage génétique de la race. Par ailleurs, la peur des maladies a également contribué à définir les critères d’une hiérarchie sanitaire nationale. Et un autre effet pervers se découvre encore lorsque l’on comprend que pour garder un statut sanitaire élevé, il faut éviter tout contact direct avec d’autres élevages de niveau moins élevé, ce qui limite inexorablement le cercle de collaborateurs, en augmentant encore le risque de consanguinité.

Dans ce climat, l’organisation des concours semble elle aussi avoir du plomb dans l’aile. S’il y en avait jadis dans la plupart des foires agricoles, aujourd’hui, il n’en reste que deux pour l’ensemble de la Wallonie, à Soignies et à Jodoigne, c’est-à-dire proches des deux noyaux d’éleveurs de Piétrain qui subsistent [11] (voir la carte). Il y a là aussi une évolution qui se lit clairement dans les chiffres : de moins en moins de concours, de moins en moins d’éleveurs engagés et de moins en moins de cochons inscrits. Le concours de Jodoigne qui détient toujours un statut national a un rayonnement circonscrit aux alentours, à quelques exceptions près [12]. Par contre, celui de Bruxelles (dont le vainqueur est déclaré champion de Belgique) est toujours très médiatisé. C’est une compétition qui a lieu tous les deux ans et la tension y est palpable. Elle attire en effet des acheteurs venant d’un peu partout en Europe. Ces clients qui préfèrent encore acheter des animaux plutôt que du sperme (mais pour combien de temps ?) sont la plupart du temps grincheux. Ils peuvent en tout cas se montrer très exigeants, puisque l’offre de verrats dépasse très largement la demande. De leur côté, les producteurs de verrats Piétrain se sentent isolés, découragés, ne bénéficiant d’aucun subside du Ministère de l’Agriculture et soumis à toutes les législations imposées au monde industriel de l’élevage : normes en matière de bien-être animal, réglementations générales d’accès à la profession, pression sanitaire, etc. Ambiance tendue, ambiance morose, la chaîne de transmission du savoir traditionnel des sélectionneurs dont les concours constituaient un témoignage paraît, aujourd’hui, bien fragile (Lizet, 1996 : p. 110).

Désormais les sélectionneurs de cochons Piétrain, qu’ils s’en réjouissent ou le déplorent, sont contraints de faire « avec » les biotechnologies. Dans ce troisième acte, nous voyons les feux de la scène des concours s’éteindre peu à peu. Ils cèdent la place à d’autres types d’épreuves, techniques et privées qui opèrent une sélection drastique pour le compte des filières industrielles sur la seule base de données zootechniques.

Le cochon Piétrain est un verrat terminal pour l’élevage à grande échelle ; il est une ressource produite en vue d’améliorer les rendements des races industrielles. Mais sa création est aussi enracinée dans une histoire domestique, celle des familles de professionnels qui se sont lancés dans l’aventure de sa sélection. En combinant une observation anthropologique des concours ainsi que l’histoire de cette race particulière, nous montrons le cochon Piétrain comme un sujet, complice du travail avec son éleveur et en même temps comme un objet de stratégie et de manipulations biotechnologiques.

Aujourd’hui le cochon Piétrain peut-il encore exister autrement que comme éjaculat dans une banque de sperme, exprimée dans un tableau de chiffres ? Ne sera-t-il bientôt plus qu’une image dans les livres ou faudra-t-il créer une réserve « naturelle » pour le conserver ? N’est-il pas en train de devenir le représentant d’une race qui erre sans but ? (Baret, 2005 ; Despret et Porcher, 2002) Ces questions ne le concernent pas uniquement, mais aussi ceux qui ont contribué à le « fabriquer ». Car ces artisans du cochon apparaissent également comme une espèce en voie de disparition, en même temps que s’efface le lien affectif qu’ils privilégient dans la relation avec leurs animaux, lien qui a pourtant rendu possible le succès de leur entreprise.

Pour répondre à de telles questions, il faut s’entourer de « garde-fous » indique B. Vissac (1999 ; 2002). Mais en quoi pourraient-ils consister ? Une solution serait que ceux-ci soient fixés par la « demande sociale » comme le revendiquent de nombreux zootechniciens et vétérinaires (Leroy et al., 2004). Mais ceci ne dit pas quelle est cette demande, ni comment elle peut s’exprimer. Les citoyens — consommateurs peuvent-ils se satisfaire de normes techniques, sanitaires et de qualité ? A moins que comme ces milliers de spectateurs qui fréquentent les foires agricoles, ils n’aient aussi toujours besoin d’animaux à voir, entourer, embrasser ? (Porcher, 2004) Penser des garde-fous, c’est également imaginer d’autres alliances ou de nouvelles articulations. Comment les progrès techniques pourraient-ils « voisiner » avec un travail qui s’inscrirait dans un territoire, dans son histoire, la production de produits de qualité et dans un rapport sensible aux animaux ? Nous n’en sommes toujours, semble-t-il, qu’au début de ces questions…

 
 

Notes

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[1] Merci à J. Porcher, à C. Van Gelderen, à P. Baret, P. Steyaert et aux membres de l’équipe SEED qui ont lu et relu notre texte. Merci aussi à René et Thaïs et, last but not least, merci aux éleveurs et à leurs cochons et surtout à la famille Stas : Thierry, Henri, et Anne-Marie.

[2] Ici et la suite du texte, notons que les propos repris en italique ont été prononcés par les éleveurs rencontrés à l’occasion de mon premier mémoire (Stas, 2006).

[3] Représentative des exploitations de sélection de piétrains (voir encadré), la ferme familiale est une exploitation diversifiée. Aux cochons s’ajoutent l’élevage d’une trentaine de « blancs bleus belges » (race bovine) et la culture d’une trentaine d’hectares. Une partie des céréales et du maïs ainsi que la pulpe de betterave est utilisée pour nourrir les animaux.

[4] Les cochons de l’élevage familial portent des prénoms issus du « Pigbook », livre généalogique des cochons d’élevage.

[5] Un ensemble d’exigences qui détournent certains éleveurs des concours : « Je n’suis pas vraiment l’homme à apprêter un cochon pour un concours. Ca m’emmerde… Moi j’exigerais plutôt un concours de cochons pas tondus et pas apprêtés non plus, en état de travailler. Là au moins tu vois le cochon. Comme il est là, y présente tout ce qu’il a, il est en tenue de travail et tu peux l’acheter et le ramener chez toi, y bougera pas ! ».

[6] La collecte de mes observations quotidiennes a en effet été complétée par des vidéos réalisées par mes proches, dans le but de systématiser mon regard sur mes propres tâches avec les animaux.

[7] La ferme familiale a donc connu trois générations de sélectionneurs de la race. Elle a ainsi contribué à sa naissance, à sa diffusion et à son maintien.

[8] Comme après la première Guerre, l’indice des prix agricoles connaît un nouveau « boom » entre 1945 et 1950 (Van Molle, 1984).

[9] La majorité des éleveurs membres du syndicat étaient originaires du village de Piétrain. Il fut donc voté à l’unanimité que la race prendrait ce nom. En 1992, la confrérie de l’ordre du cochon de Piétrain a été créée pour promouvoir différemment ce cochon par le biais notamment de la « noix de Piétrain », jambon aux sept épices. Une reconnaissance régionale existe donc bel et bien d’un point de vue culturel, sans pour autant déboucher sur la création d’une gamme de produits labellisés.

[10] Des concours qui priment les éleveurs les plus performants et non plus les animaux !

[11] A ceux-ci s’ajoute encore, il est vrai, la foire agricole de Libramont, créée en 1926 pour la promotion du cheval de trait belge. Cette manifestation aujourd’hui très diversifiée et qui se revendique d’être un grand carrefour de la vie rurale a accueilli récemment les concours de la race piétrain.

[12] Pour rappel, cette foire a accueilli le premier concours de la race. Puisque son rayonnement est désormais très limité, on peut dire que c’est uniquement par tradition qu’elle a conservé un statut national.

 
 

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Sébastien Stas, Catherine Mougenot
Les concours de cochons « Piétrain ». Regard anthropologique sur une race au carrefour de son histoire ,
Numéro 19 - décembre 2009
Ethnographier les phénomènes sonores.