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Pour citer cet article :

Tanguy Cornu, 2010. « La photographie comme révélateur d’un terrain. Le cas des meetings de tuning ». ethnographiques.org, Numéro 21 - novembre 2010 [en ligne].
(http://www.ethnographiques.org/La-photographie-comme-revelateur-d - consulté le 30.09.2016)
 

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Tanguy Cornu

La photographie comme révélateur d’un terrain. Le cas des meetings de tuning

Résumé

L'article traite du rôle joué par la photographie dans l'étude des rassemblements de tuning. Celle-ci a facilité le contact avec les enquêtés, et a donné lieu à un certain nombre d'interactions avec les tuneurs qui se sont révélées très instructives. La photographie permet également de donner une apparence physique à des objets (les voitures tunées) qui présentent la particularité d'être très souvent caricaturés, et de servir de référence pour nombre de discours qui stigmatisent cette pratique. L'article propose également d'utiliser les photographies réalisées lors de la phase de terrain pour remettre en cause « l'illusion de l'unanimité » qui domine parfois dans l'analyse des rassemblements, et qui postule une cohérence et une forte régulation des comportements dans l'espace du rassemblement.

Abstract

Photography as a analytical catalyst in the field : the case of tuning meetings. This article addresses the role played by photography in the study of customized car (tuning) meetings. Using photography makes it easier to contact respondents (the tuners), while creating interactions that were ultimately very instructive. Photography enables us to give a physical appearance to a caricatured form of material culture (the customized car), which is the object of many anti-tuning discourses. The article also suggests using photos taken during fieldwork to contest the “illusion of unanimity” that sometimes dominates the studies of these meetings, and that postulates coherence and a strong regulation of behavior in this context.

Pour citer cet article :

Tanguy Cornu. La photographie comme révélateur d’un terrain. Le cas des meetings de tuning, ethnographiques.org, Numéro 21 - novembre 2010 [en ligne]. http://www.ethnographiques.org/../La-photographie-comme-revelateur-d (consulté le 26/11/2010).

Cet article traite du recours à la photographie sur un terrain, le monde du tuning automobile, qui est actuellement au centre d’une recherche de doctorat. Cette thèse, qui porte sur la caractérisation, la circulation et les effets d’un ensemble de discours relatifs à une pratique majoritairement populaire et souvent stigmatisée, le tuning, comporte une dimension ethnographique importante. Pratiquement, il m’a fallu dans un premier temps saisir le fonctionnement de ce monde spécifique (qui m’était complètement inconnu au début de la recherche) pour mieux apprécier les effets des discours qui s’y rapportent. Pour évaluer l’opérativité des jugements dépréciatifs sur l’expérience de ceux qui pratiquent le tuning, il était indispensable de se familiariser avec les tuneurs. J’ai donc commencé à fréquenter les différents meetings du Sud de la France et, assez rapidement, il m’a semblé naturel de m’équiper d’un appareil photographique numérique standard, à l’instar de la grande majorité des spectateurs de ces événements. Si je n’avais pas d’idée très précise de l’usage que je ferai de ces clichés, cette expérience s’est finalement révélée riche d’enseignements, qui constituent la matière première de cet article.

Le tuning est une pratique de personnalisation automobile qui se développe sous ce nom à partir du milieu des années 1990 en France. Cette personnalisation consiste à modifier un véhicule de série pour lui donner l’apparence d’un objet unique. Pour ce faire, les tuneurs interviennent sur différents éléments de l’automobile, certains se contentant de transformations mineures, tandis que d’autres remplacent presque toutes les pièces d’origine du véhicule. Durant la période de « préparation », les voitures sont maintenues à l’abri des regards, dans des garages ou des emplacements privés. Lorsque les tuneurs estiment que les modifications apportées aux voitures sont — au moins provisoirement — abouties, débute une période de présentation des voitures. Cette présentation peut avoir lieu dans l’espace public, en circulant à bord de ces voitures, mais également au sein d’événements qui rassemblent pour une durée plus ou moins longue les différents acteurs de la scène du tuning.

Ces rassemblements (ou meetings) se déroulent en fin de semaine, depuis le samedi (ou dimanche) matin jusqu’au dimanche soir. Ils obéissent à un principe de fonctionnement similaire. Ils ont lieu le plus souvent dans des communes de petite taille, sur des terrains prêtés par les municipalités. Les tuneurs arrivent dans la matinée (après avoir parfois parcouru de longues distances), s’acquittent d’un droit d’entrée fixé par les organisateurs (un club le plus souvent) et stationnent sur un emplacement, où ils resteront jusqu’en fin d’après midi. Diverses animations sont proposées durant la journée : spectacles de danse, « shows sexy », distribution de cadeaux… L’ambiance est festive, l’animation musicale étant assurée par un DJ. Les meetings sont toujours ouverts au public, contre versement d’un droit d’entrée de quelques euros. Le nombre de personnes concernées par ces rassemblements est en revanche assez variable : les meetings les moins fréquentés rassemblent entre 50 et 100 voitures et moins de 500 visiteurs, les plus gros peuvent attirer des milliers de véhicules et des dizaines de milliers de visiteurs. En moyenne, un meeting rassemble entre 100 et 500 voitures, et reçoit la visite de 500 à 1500 personnes extérieures [1]. Les voitures exposées participent à différents concours (« top carrosserie », « top moteur » par exemple), et le meeting se termine inévitablement par la remise de coupes qui récompensent les plus belles réalisations. Ces événements revêtent une importance certaine pour une partie des tuneurs, qui s’y rendent tous les week-ends lorsque la « saison des meetings » (de mi-mars à mi-novembre) bat son plein.

Les rassemblements de tuning constituent une matière particulièrement riche pour l’enquêteur, car ils réunissent en un même lieu un grand nombre des acteurs du monde social en question. En dehors de ces événements, le tuning est une activité qui fédère de petits groupes, qui se réunissent le plus souvent dans des lieux privés (garages, cours intérieures). L’observation au sein de ces groupes, outre qu’elle contraint l’enquêteur à entretenir avec eux des relations de grande proximité, soulève la question de la singularité des observations ainsi récoltées. Les rassemblements représentent dès lors des occasions privilégiées pour observer l’ensemble des réalisations matérielles réalisées, mais aussi pour documenter les logiques qui prévalent lors de la mise en exposition des voitures. La particularité des meetings de tuning, à l’égard d’autres rassemblements collectifs, a en effet trait à la place essentielle qu’y occupent les objets, à savoir les voitures tunées.

Pour mener mes observations et en rendre compte ultérieurement, la photographie a joué un rôle important, bien que celui-ci ne me soit apparu que progressivement. Elle a tout d’abord constitué un support pour la mémoire, tout comme la prise de notes. Lors de cette étape, le choix des prises de vue s’effectuait de façon aléatoire. Cet usage s’est peu à peu systématisé, et je me suis mis à photographier de façon relativement méthodique, en multipliant les clichés. Dès lors, il m’est apparu nécessaire de m’interroger plus particulièrement sur le statut des photographies dans une enquête sociologique, et sur les éléments significatifs qu’elles permettent de mettre en avant. Quel intérêt représente le recours à la photographie sur un tel terrain ? Comment un tel matériau peut-il être exploité ? Quels résultats permet-il d’obtenir ?

J’ai choisi, dans la première partie de cet article, de me consacrer aux différentes raisons qui justifient le recours à la technique photographique, sans être pour autant liées au contenu intrinsèque des photos. Il est question des relations entre le chercheur, son lecteur et son objet d’étude, et de la fonction de médiation que remplit la photographie. La deuxième partie de l’article s’attache à questionner plus particulièrement la phase d’analyse interne des photographies, afin de savoir s’il est possible de proposer une nouvelle grille de lecture de ces rassemblements. Comme précédemment, les exemples et les résultats seront tirés de ma recherche en cours.

Une des problématiques récurrentes de l’anthropologie ou de la sociologie visuelle consiste à s’interroger sur les apports spécifiques du médium photographique par rapport à d’autres types de captation du réel empruntant la forme scripturale. Bien souvent, le constat de départ fait état d’une sous-exploitation du matériel photographique, qui serait réduit à sa fonction illustrative ou expressive (Filiod, 1998 ; Maresca et Jehel, 2000). Les réflexions menées de façon systématique sur la place de la photographie portent alors sur le type de description et d’analyse qu’il faudrait privilégier lors du recours aux images (Conord, 2007). Ce type de questionnement suppose cependant que le chercheur soit déjà engagé dans le dépouillement des données collectées sur le terrain, et passe sous silence le rôle de la technique photographique dans le recueil de celles-ci.

Pour mesurer l’apport de la photographie au cours de la phase d’enquête proprement dite, il est nécessaire de s’intéresser aux travaux qui discutent des rapports entre le photographe et les personnes (ou les objets) qu’il photographie. Charlotte Pezeril, par exemple, montre comment des « espaces de négociation et de concertation » se mettent en place autour de la prise de vue photographique (Pezeril, 2008). Or ces espaces sont susceptibles de constituer une précieuse porte d’entrée sur le terrain pour le chercheur.

Dans le cas des rassemblements de tuning, la photographie offre de grandes opportunités : elle permet au sociologue muni de son appareil d’entrer en contact avec les individus sur un mode perçu par eux comme bienveillant et relativement « naturel ». Lors de mes observations sur le terrain, je déambulais comme un visiteur anonyme, et lorsque je repérais un individu un peu isolé, dans une situation propice à la conversation, je commençais par prendre des photographies de sa voiture. Une discussion pouvait alors s’amorcer sur les modifications apportées, les techniques utilisées pour transformer telle ou telle partie… Je me présentais ensuite, et précisais que je travaillais sur le tuning dans le cadre d’une thèse de sociologie.

Dans le cas présent, la photographie est un moyen d’entrer favorablement en relation avec les enquêtés : prendre des clichés d’une voiture manifeste l’intérêt qu’on lui porte ce qui, par extension, valorise le travail qui a été effectué par le propriétaire. Les « photographies d’éléments "importants" pour le natif ou constitutifs de sa fierté » sont considérées comme « un moyen de négociation, de contact ou d’accès à d’autres informateurs ou à d’autres sources d’information », écrit Albert Piette (1992a). Comme le soulignent Delphine Dion et Richard Ladwein, la photographie est alors un « outil d’interaction » avec l’ethnologue, qui contribue à atténuer les impressions de voyeurisme et de distanciation (2005). Elle introduit souvent une discussion au cours de laquelle l’interlocuteur devient le « porte-parole » de l’objet qu’il expose (Callon, 1986). Dans un second temps, une fois le dialogue instauré, il est envisageable de suggérer une rencontre ultérieure, pour réaliser un entretien par exemple.

La photographie présente également un intérêt substantiel pour le chercheur comme support de la mémoire, relativement à d’autres pratiques courantes, comme la prise de notes. Certes, elle ne peut s’y substituer entièrement, mais elle permet de conserver à l’esprit quelques traits marquants des situations observées, dans l’attente d’un travail de transcription. Cela n’est pas négligeable dans les contextes où la prise de notes peut susciter une certaine méfiance chez les enquêtés, et modifier substantiellement leur comportement. C’est notamment le cas lors des meetings de tuning, où le sociologue passe, aux yeux des enquêtés, pour un individu au comportement quelque peu étrange. La prise de note apparaît ici comme une pratique inhabituelle et, à plusieurs reprises, des tuneurs sont venus me demander les raisons de mon attitude. Celle-ci était assimilée à un travail policier, ou journalistique. Dans les deux cas, il s’agit de professions considérées avec suspicion par les tuneurs, qui les soupçonnent de vouloir « se payer » le tuning. L’usage de la photographie rend donc possible de ne pas être immédiatement identifié en tant que personne extérieure, voire hostile, au monde social observé et ainsi de ne pas susciter l’hostilité qu’une telle identification ne manque pas, bien souvent, d’entraîner.

Si l’utilisation d’un appareil photo peut constituer, pour le chercheur, une manière d’éviter la marginalisation, c’est en raison du caractère extrêmement répandu de la prise de vue lors les rassemblements de tuning. Presque tous les participants sont équipés d’un appareil numérique, dont ils se servent très souvent.

Des appareils photos omniprésents.
Avignon Motor Festival. 29 mars 2008.

La place de la photographie.
Paris Tuning Show. 21 février 2009.

Ces clichés servent deux objectifs majeurs pour les tuneurs : alimenter des sites internet ou des forums, et se constituer des bases de données personnelles de véhicules tunés (pour trouver des nouvelles idées, ou se tenir au courant de la « mode » par exemple). Le tuning est une activité éminemment collective, qui repose sur l’échange et la circulation d’informations entre les pratiquants. Pour autant, prendre des photos ne protège pas l’observateur de la suspicion ; elle est même susceptible de la susciter. La plupart des photographies prises par les tuneurs, lorsqu’elles ne représentent pas le groupe d’amis avec lequel ils participent au meeting, fixent en effet des situations relativement stéréotypées : voitures à l’arrêt, tuneurs qui posent devant leurs véhicules, mannequins qui adoptent des postures lascives sur les capots. Or en dehors de ces circonstances, toute prise de vue peut être considérée comme inconvenante, ainsi que je l’ai éprouvé à plusieurs reprises sur le terrain. Habitués à devoir affronter les critiques et les représentations moqueuses de leur activité [2], les tuneurs sont plutôt réticents à s’exposer au regard d’un photographe dont ils ignorent les véritables intentions. Plusieurs fois, il m’a fallu rassurer les enquêtés sur l’utilisation que je comptais faire de ces photos, et sur le fait que je n’avais pas pour projet de m’en servir à leur encontre. Le rassemblement de tuning présente donc la double caractéristique d’être à la fois un espace quasi-dédié à la photographie, tout en exerçant par ailleurs un fort contrôle sur ce qui mérite d’être immortalisé.

Si le chercheur choisit d’ignorer ou de s’affranchir de ce contrôle, des contestations peuvent voir le jour, liées notamment au fait de photographier des personnes lors de situations qui, selon elles, ne méritent pas d’être incluses dans « l’aire du photographiable » (Bourdieu, 1965 : 24) — par exemple lorsque le cliché porte sur une personne en train de laver ou d’astiquer sa carrosserie. Il est alors indispensable de faire preuve de précautions lors des prises de vue (maintenir une distance respectable, s’assurer au préalable de l’accord de la personne photographiée), pour éviter de commettre des impairs. Si la photographie peut contribuer à établir des liens entre le chercheur et les enquêtés, c’est donc un outil à manier avec mesure et discernement.

La photographie intervient également comme médiation entre le lecteur et l’objet de la recherche. En effet, la description qui emprunte la forme écrite ne peut jamais « épuiser » tous les contours de la chose qu’elle prétend décrire (Pérec, 2008). La photographie multiplie, pour le lecteur, les possibilités d’appréhension de la réalité sociale décrite par le texte, surtout s’il s’agit pour lui d’un objet étranger.

Cette fonction de monstration que remplit la photographie constitue une ressource importante pour l’étude des rassemblements, car elle permet de réserver une place de choix aux objets autour desquels se réunissent les publics. A la vue de ces photographies, il apparaît nettement que le tuning regroupe différents styles, car il est possible de constituer des catégories de voitures très distinctes les unes des autres. La diversité des réalisations apparaît alors nettement : les meetings regroupent aussi bien des voitures aux modifications imperceptibles pour l’œil non habitué que des véhicules lourdement équipés, aux extérieurs fantasques et aux couleurs « flashy ». Cette observation laisse supposer qu’au sein du tuning coexistent différentes conceptions de la pratique, ce qui incite à s’intéresser au processus de segmentation qui aboutit à la construction de ces « micro-mondes spécifiables » (Strauss, 1992). D’autres techniques (observation participante, entretiens) doivent alors être mobilisées pour établir le processus par lequel s’est produite cette segmentation et la manière dont s’établit la cohabitation entre ces différents groupes.

L’intérêt de faire figurer des photographies de voitures tunées dans le compte-rendu de la recherche est renforcé par le fait qu’il s’agit d’objets que l’on croise rarement dans l’espace public, alors même qu’ils donnent naissance à un imposant appareil de commentaires critiques qui, pour la plupart, assimilent le tuning à la vulgarité et au mauvais goût. Voici par exemple ce que l’on peut lire dans un ouvrage qui y consacre une entrée : « Vous vous appelez jacky et vous avez toujours rêvé de posséder la voiture de batman ? Avec le tuning vos rêves les plus fous deviendront réalité. Le tuning, c’est comme la chirurgie esthétique, version bagnoles. Comme vous êtes persuadé que ça sera plus beau après, vous faites mettre des grosses jantes et des pare-chocs disproportionnés, ce qui vous coûte la peau de fesses ! A l’image d’un apprenti Frankenstein vous modelez votre créature rugissante à votre image, même et surtout si c’est une vieille Peugeot 205 ou une Renault Fuego de 1982. En réalité, peu importe la marque, quand vous aurez fini avec elle, même le gars qui l’a dessinée ne pourra plus l’identifier » (Depoil et Quenouille, 2007 :120). Les voitures tunées et les rassemblements de tuning, qui sont une réalité exotique pour grand nombre de chercheurs (et pour les milieux culturellement favorisés en général), peuvent être considérés dans leur matérialité grâce à la photographie, qui confère une apparence concrète à des objets encastrés dans un ensemble de discours et de représentations. Cet aspect est donc particulièrement bienvenu en ce que les véhicules modifiés sont souvent réduits à une forme caricaturée réunissant les différents éléments constitutifs d’une esthétique « kitsch » (Moles, 1971). Pour d’autres commentateurs, qui se définissent comme amateurs d’automobile, la pratique de la personnalisation est une atteinte à l’intégrité des automobiles, et les véhicules modifiés sont alors envisagés comme des objets grotesques ou contre-nature. Les images prises lors des rassemblements permettent ainsi de prendre conscience de l’écart qui existe entre la voiture tunée qui, en tant qu’objet de discours, est toujours associée à la démesure et à la transgression, et les réalisations que l’on trouve sur les meetings, marquées le plus souvent par une recherche de sobriété. Cela ouvre des pistes de recherche, portant à la fois sur les causes et les supports de cette vision stéréotypée, ainsi que sur les réactions qu’une telle représentation entraîne au sein du monde du tuning.

Cette visionneuse offre un aperçu de cinquante voitures qui se trouvaient les unes à côté des autres lors du meeting du Cap d’Agde, le 22 septembre 2009.

Les clichés permettent par ailleurs de familiariser le lecteur avec des objets complexes, parfois peu propices au commentaire. La fonction isomorphique de la photographie, c’est-à-dire sa capacité à présenter les objets de façon directe, sans médiation par l’écriture (Piette, 1992a), est alors d’une grande aide pour la restitution. Parfois, les mots ne peuvent rendre justice aux formes. Pour s’en assurer, il suffit de parcourir un magazine de tuning : les photographies y occupent la quasi-totalité du contenu, et le texte est réduit à la portion congrue. Il est en effet particulièrement malaisé de décrire l’esthétique d’une voiture autrement qu’en ayant recours à des expressions imprécises : qu’entend-on par exemple lorsque l’on décrit une voiture tunée comme ayant un « look minimaliste », ou bien un « esprit racing » ? Qu’évoque pour le lecteur un tel commentaire, tiré d’un magazine de tuning : « cette R32 est à la fois sobre et agressive, old school sans être ringarde » [3] ? La photographie permet donc d’augmenter considérablement la richesse de la description, car elle vient au secours d’un discours qui ne peut prendre en charge l’épaisseur et la résistance que lui opposent les objets. Voici par exemple à quoi ressemble la voiture en question :

Une voiture de magazine

Cette difficulté à appréhender l’objet par le langage a été riche d’enseignements, en ce qu’elle m’a incité à prêter attention aux compétences grâce auxquelles les tuneurs parviennent à évoluer dans un univers de sens partagé et à établir des descriptions expertes des voitures. Cela passe notamment par une réflexion sur le rôle de l’image au sein du monde du tuning. Ces préoccupations interrogent le statut spécifique du travail manuel ou du bricolage, et suggèrent que le tuning est un type de culture particulière, qui suppose des compétences qui s’apprennent par le « faire et voir faire », plutôt que par le « lire et écrire » (Verret, 1990). Ce « repli du langage » (Dodier, 1995) mérite cependant lui-même d’être exploré plus avant, car on ne peut exclure l’hypothèse qu’un tel résultat soit lié à la position du chercheur, qui n’est pas en mesure de rendre compte des situations où la parole se libère : soit parce que ces situations sont réservées à l’entre-soi, soit parce qu’elles supposent un certain type de compétences que celui-ci ne maîtrise pas (par exemple la maîtrise d’un langage très technique). En d’autres termes : s’agit-il d’une réelle incapacité à dire, ou bien est-ce une communication réservée aux membres de « l’in-group » (Passeron, 2006) ? Ici, d’autres méthodes doivent prendre le relais des techniques photographiques. L’observation participante, notamment, est une nécessité pour que le sociologue se familiarise avec un certain type de langage, et cesse progressivement d’apparaître comme un étranger aux yeux du groupe.

La fonction de médiation de la photographie, qui permet de nouer des relations avec les enquêtés et d’enrichir la description ethnographique, est particulièrement sollicitée lors des phases de terrain et de restitution. On le disait, l’usage de la photographie apporte également au chercheur quantité d’informations, spécifiquement peut-être lorsqu’elle porte sur une pratique centrée sur un objet. C’est en ce sens que l’on peut dire que la photographie remplit une triple médiation, entre les trois pôles constitués par le terrain, le chercheur et son lecteur. Cette conception instrumentale de l’usage des techniques photographiques laisse cependant de côté la question de la contribution des images lorsqu’on accepte de les envisager en tant que documents susceptibles d’être mobilisés pour leurs propriétés internes.

Les meetings de tuning rassemblent des tuneurs, des spectateurs et des voitures. Si la durée d’une visite par un spectateur excède rarement quelques heures, les propriétaires des voitures exposées se tiennent à proximité de celles-ci durant une période bien plus longue, qui peut atteindre plusieurs jours dans le cadre des plus grands rassemblements. Un tel comportement laisse perplexe nombre d’observateurs extérieurs, qui considèrent que cet engagement au sein du rassemblement est démesuré. Pour ces commentateurs, l’attachement que les tuneurs manifestent envers leur voiture est d’ordre pathologique, car il compromet leur vie sociale et familiale. C’est par exemple l’angle systématiquement choisi par l’émission de télévision Confessions Intimes (TF1) lorsqu’elle évoque le tuning, comme le prouvent les titres des reportages : « J’aime ma femme, mais je préfère ma voiture » (2004), « Je ne veux plus passer après sa voiture » (2005), « Mon mari me délaisse pour sa voiture (2006), « Je passe après la voiture de mon homme » (2007). Du point de vue de ces journalistes, les tuneurs sont impliqués dans une compétition pour l’honneur qui les conduit à s’investir au-delà de toute mesure dans cette activité, au point de délaisser d’autres dimensions importantes de la vie sociale. Attirés par les profits symboliques — à la portée limitée — qu’ils peuvent réaliser au sein de ce monde, ils s’y engageraient d’une façon disproportionnée [4]. S’ils consacrent autant de temps à fréquenter les meetings, c’est parce qu’ils chercheraient à « devenir les stars du village le dimanche sur le parking de Trifouillis-les-Oies » [5]. Dans tous les cas, leur fort degré d’investissement serait la conséquence de la rivalité interindividuelle qui règne dans ce milieu.

Les entretiens réalisés avec les tuneurs apportent un autre éclairage. Lorsqu’ils décrivent les satisfactions qui les poussent à fréquenter les meetings, ils insistent sur les notions de partage et d’échange, et sur les possibilités de rencontres offertes par ces évènements. Pour eux, les meetings ne sont pas consacrés exclusivement à l’exposition des voitures, mais constituent également une occasion de se livrer à différentes activités entre proches. Aiguillé par cette apparente contradiction entre les discours tenus, j’ai utilisé la photographie pour enquêter sur les activités auxquelles se prêtent les participants lors des meetings. Mon ambition était alors de vérifier si, comme les critiques l’affirment, les participants sont engagés dans une logique de compétition qui les conduit à privilégier une attitude strictement individualiste et opportuniste. En suivant cette hypothèse, je m’attendais à photographier essentiellement des personnes seules, qui communiquent peu entre elles, et sont occupées à suivre avec attention le déroulement du concours et ses différentes phases (passage du jury, proclamation des résultats, inspection des autres concurrents, remise des coupes).

Le recours à la technique photographique, ainsi que l’analyse des clichés recueillis, a contribué à disqualifier cette hypothèse. La plus-value de l’analyse photographique, relativement à l’observation directe, se situe ici sur le plan de sa capacité à interroger à nouveaux frais un matériau récolté lors de la phase de terrain, et à ne pas se laisser enfermer dans le type de questionnement qui prévalait à ce moment là. Les photographies jouent également un rôle d’administration de la preuve, et viennent donc en complément de la phase d’observation. Ainsi, les clichés obtenus lors des meetings de tuning montrent souvent des individus très peu concernés par le déroulement du concours (certains n’assistant pas à la proclamation des résultats par exemple). La dimension concurrentielle des rassemblements est en effet relativement ignorée, les personnes présentes préférant se réunir entre amis (ce que les entretiens avec les tuneurs confirment par ailleurs). Cette observation contribue à nuancer les critiques adressées au tuning par certains observateurs extérieurs. Celles-ci manquent en effet un des ressorts principaux de l’activité — la sociabilité qu’elle autorise — car elles considèrent que l’engagement dans le meeting représente un coût pour les tuneurs, selon une grille de lecture utilitariste. En privilégiant le modèle de la compétition individuelle pour l’honneur, elles ne sont pas en mesure d’admettre que la participation au meeting puisse en soi offrir un certain nombre de satisfactions. Il est ici intéressant de confronter cette remarque avec des observations tirées d’autres rassemblements collectifs : tout comme la manifestation « procure dans son déroulement même une “rétribution“ (Favre, 2007), la participation à un rassemblement de tuning obéit avant tout au désir de se réunir entre proches. C’est pourquoi les clubs réservent à l’avance une zone pour y installer leurs véhicules selon une mise en scène soignée, et s’aménagent des espaces privatifs au sein de l’espace public du rassemblement. A l’arrière des voitures, les participants reconstituent parfois une ambiance de « salon », en ayant recours à du matériel de camping. D’autres fois, les véhicules, le plus souvent exposés au regard de tous, servent de refuge au sein duquel les gens se reposent ou visionnent un DVD.

Une organisation à toute épreuve.
Meeting GTI du Cap d’Agde. 22 septembre 2009.

Un moment de répit.
Meeting de Marseille. 30 août 2009.

A l’arrière des voitures.
Meeting de Marseille. 30 août 2009.

En outre, bien que l’on observe à certains moments une stabilisation des activités lors des rassemblements de tuning, les individus obéissent à une temporalité qui leur est propre. Ils arrivent sur le site tout au long de la journée (parfois après la fin des inscriptions), sont acheminés vers une place de stationnement et y demeurent pour une période variable. Plusieurs événements fédérateurs sont organisés au cours de l’événement, mais seule une petite partie des participants se déplace pour y assister. Certains endroits du rassemblement se remplissent puis se vident successivement : c’est le cas par exemple lorsqu’un spectacle de danse a lieu, mais aussi lorsqu’un tuneur se met à rupter [6] bruyamment avec sa voiture, attirant les visiteurs. Dans ce cas, il est intéressant de photographier le même endroit, selon un angle de vue identique à des moments différents de la journée. La photographie qui suit présente un espace complètement délaissé durant toute la durée du rassemblement, en dehors d’une courte période au cours de laquelle quelques véhicules viennent faire apprécier leur équipement sono sous le regard des spectateurs.

Un lieu soudainement investi.
Meeting de Marseille. 30 août 2009.

Enfin, les photographies permettent de souligner la diversité des activités auxquelles se livrent les participants à un rassemblement. Cette dimension, aujourd’hui bien admise, a joué historiquement un rôle important pour remettre en cause « l’illusion de l’unanimité » qui prévalait dans les études sur l’action collective (McPhail et Schweingruber, 1999). Une telle « illusion » n’a cependant pas disparu totalement des travaux portant sur cet objet, comme en témoigne la tendance à insister sur la structuration des séquences d’interaction au détriment parfois d’une prise en compte de la latitude des comportements. Lors d’un meeting de tuning, par exemple, les activités auxquelles se livrent les participants sont très diverses : ils prennent soin de leurs véhicules, déambulent entre les voitures, les admirent, les critiquent, les photographient, se restaurent, se reposent, dansent, discutent entre amis et/ou en famille, se déguisent, jouent aux cartes, à des jeux vidéos… A nouveau, ces observations vont à l’encontre d’une vision stéréotypée des meetings de tuning, selon laquelle ces derniers seraient des espaces dédiés à l’exacerbation des rivalités individuelles.

D’une manière générale, et dans le prolongement de ces arguments, le recours à la technique photographique est particulièrement approprié pour ne pas céder au « modèle du rassemblement ». Par ce terme, je fais référence à une façon de concevoir les moments collectifs sous l’angle de la cérémonie ou du rite. L’analyse durkheimienne de la cérémonie religieuse en constitue l’un des exemples les plus célèbres (Durkheim, 1912). Pour Nicolas Mariot (2001), les sciences sociales sont encore majoritairement imprégnées d’une telle vision, selon laquelle « il existe dans la vie d’un groupe humain des moments, le plus souvent repérables à leur régularité, à leur caractère réglé, aux mobilisations émotionnelles qu’ils donnent à voir, dans lesquels sont rappelées, précisées, voire mises en questions, selon une formalisation caractéristique (en général par le truchement de symboles), les normes, valeurs, représentations, croyances (la liste est longue) qui définissent ce groupe » (2001 : 718). Cette vision de l’action collective rencontre en effet deux difficultés majeures : elle suppose une unanimité des participants, et elle postule que ceux-ci sont émus sans être cependant en mesure de « dévoiler le sens de cette affectation ».

Au contraire, en insistant sur ces différentes séquences d’action, la photographie permet d’observer comment, au sein du meeting, les logiques individuelles s’imposent souvent, a contrario d’une vision substantialiste du rassemblement. Une telle posture méthodologique a pour conséquence de nuancer la portée de concepts comme ceux de ritualisation ou d’émotion collective, qui mettent l’accent sur l’uniformité.

Une assistance aux gestes bien réglés.
Meeting de Marseille. 30 août 2009.

Certes, une certaine structuration des comportements s’opère, comme le montre la photographie ci-dessus. Mais même lors des périodes les plus intenses — par exemple durant les spectacles organisés — les participants aux meetings de tuning n’agissent jamais de concert : ils discutent entre eux, se photographient, ou bien ignorent complètement l’événement qui se déroule devant leurs yeux. Ces attitudes, qu’Anthony Pecqueux qualifie de latéralités (2003 : 325) et qui sont souvent absentes de l’analyse (les personnes présentes à un rassemblement mais n’y participant pas activement étant la plupart du temps ignorées dans le compte-rendu), doivent au contraire y figurer, car elles permettent de relativiser l’importance conférée à la situation de coprésence dans l’étude des rassemblements.

Ces considérations se rapprochent du point de vue développé par Albert Piette, pour qui la photographie rend possible une « prise de notes de ce qui se trouve dans le monde sous tous les angles possibles » (1992a). Elle offre ainsi une prise autorisant un accès à « plus de détails que ne le permettrait l’œil nu, c’est-à-dire à des traits imprévus, cachés, inconscients, capables de développer un point de vue nouveau, à la limite blasphémateur sur le sujet étudié : la fugacité des mouvements, les excédents gestuels et insignifiants, dans les coulisses aussi bien que sur la scène, pendant les temps faibles et les temps forts » (Piette, 1992a). Lors des spectacles qui se déroulent durant les rassemblements de tuning, l’utilisation de la photographie permet de mettre en exergue une faible focalisation de l’attention chez certains participants. Cette image montre ainsi que plusieurs personnes ne se sentent absolument pas concernées par le show sexy qui se déroule à quelques mètres d’eux :

Trois jeunes pas concernés par le spectacle.
Meeting GTI du Cap d’Agde. 22 septembre 2009.

La position des bras, le fait d’être assis, le regard porté au loin, traduisent le désintérêt de ces jeunes hommes, alors que près d’eux un individu semble plus concerné. Une telle observation met à distance l’idée d’une fascination du public pour les spectacles érotiques, jugement qui, à travers son indifférenciation, renvoie plus ou moins à l’idée d’un public envisagé comme une masse hypnotisée.

Une telle attention aux détails est cependant susceptible de soulever des problèmes, en raison du type de cadrage qu’elle implique. Parce qu’elle suppose de s’intéresser avec précision à l’attitude corporelle, aux sourires, aux jeux de regard, elle induit une certaine proximité avec les personnes photographiées. La prise de vue lointaine, cadrée assez largement, est donc d’un faible intérêt, comme le prouve l’examen de cette photographie.


Une vue lointaine du meeting GTI du Cap d’Agde. 22 septembre 2009.
(agrandissement)

Le cadrage très large de la photographie constitue une limite évidente, et appauvrit sa portée analytique. En dehors des quelques personnes visibles au premier rang, il est difficile de tirer un quelconque enseignement en observant ce qui se déroule à l’arrière plan. Cette image offre des perspectives d’exploitation restreintes. Mais elle n’est pas entièrement dénuée d’enseignements : elle confirme par exemple l’importance de la prise de vue lors des meetings : trois personnes sont en train de photographier la voiture verte présente au premier plan. Elle montre aussi que les groupes qui circulent entre les voitures comportent rarement plus de trois individus. Elle met également en évidence que la déambulation s’effectue souvent en couple : on en compte au moins trois dans le quart sud-est de la photo.

Le recours à la technique photographique constitue un outil fructueux pour approcher certains rassemblements. En favorisant le contact entre le chercheur et les enquêtés, celle-ci permet une mise en relation que n’autorisent pas, sur ce terrain, les méthodes classiques de la démarche qualitative. Elle facilite également le compte-rendu auprès du lecteur, grâce à sa fonction « isomorphique » qui vient au secours de la description sociologique traditionnelle. La mise à jour de ces aspects permet simultanément de relever certaines particularités de l’objet d’étude, liées notamment à la représentation traditionnelle du tuning. En ce sens, il est possible d’affirmer que la photographie agit comme une médiation entre trois instances constituées respectivement du chercheur, des individus qui constituent son objet d’étude et du lecteur de la recherche.

L’usage de la photographie conduit par ailleurs le chercheur à s’intéresser aux différents espaces du rassemblement, à ses diverses temporalités, aux multiples séquences d’action que l’on y trouve et qui contredisent l’idée d’une homogénéité des comportements. En cela, elle nous semble particulièrement pertinente pour rendre compte du « mode mineur de la réalité » (Piette, 1992b). Ce constat peut paraître banal dans nos disciplines, habituées depuis longtemps à étudier des événements en multipliant les points de vue. Néanmoins, en systématisant cette idée, la photographie permet de réintégrer dans le champ de l’action collective des éléments qui, a priori, n’y apparaissent que de façon secondaire, comme par exemple la présence d’espaces privés au sein du rassemblement. Ainsi, il ressort de l’usage de ce matériau qu’il serait tout à fait restrictif d’étudier un meeting de tuning sous le seul angle de la mise en scène des voitures ou des spectacles qui s’y déroulent, car l’analyse passerait alors sous silence une dimension essentielle de ces événements, à savoir les opportunités de sociabilité auxquels ils donnent lieu.

Comme le rappellent les tuneurs, il s’agit avant tout lors de ces meetings de passer un moment entre amis, de « délirer », de s’échanger des anecdotes… La photographie, en allant capturer ces différentes séquences, enrichit donc significativement la conception habituelle du rassemblement. Cela encourage également à rompre avec les analogies religieuses qui encombrent parfois l’étude des évènements collectifs et rabattent toute forme de lien social sur le modèle de la communauté religieuse (Fabiani, 2007). Contrairement à la conception durkheimienne de la cérémonie laisserait supposer, certains rassemblements se caractérisent par une attention distraite et intermittente, par des moments d’euphorie et par des phases d’ennui, et par des agrégations d’individus plus ou moins durables.

A l’issue de cette réflexion, on est toutefois en droit de se demander si un tel constat ne pourrait être établi autrement qu’en faisant usage de la photographie. S’il est évident que celle-ci donne à la description ethnographique une « sensibilité différente » et qu’elle permet, par l’intermédiaire de sa fonction « indiciaire » (Piette, 1992a), d’attirer l’attention sur certains aspects de la réalité observée, l’affirmation selon laquelle elle donnerait accès à un mode de connaissance fondamentalement original reste à démontrer. Par exemple, quelle est la plus-value du recours à la photographie par rapport à une description dense ? La pluralité des séquences d’action, notamment, est un trait mis en avant par de nombreux travaux ethnologiques qui ne font pas nécessairement appel à la photographie, si ce n’est dans le souci d’attester de la véracité des observations effectuées (par exemple Bromberger, 1995). En ce sens, l’usage des images en sciences sociales ne semble pas pouvoir être rigoureusement comparé à celui qui est en cours dans les sciences expérimentales, car la fonction « illustrative » de la photographie reste prédominante. C’est le cas des photographies présentées dans la dernière partie de cet article : leur présence est avant tout justifiée par la nécessité d’apporter des éléments d’authentification et de garantie au lecteur, et en ce sens elles interviennent davantage comme illustration d’un propos que comme origine théorique de la réflexion menée.

 
 

Notes

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[1] Moyenne observée sur une quinzaine de meetings fréquentés, et à partir des comptes-rendus disponibles sur des forums Internet.

[2] Voir par exemple l’émission bimensuelle Confessions Intimes de TF1 qui réalise en moyenne un reportage par an sur un amateur de tuning qui délaisse sa femme pour assouvir sa passion. L’émisssion Strip-Tease a également réalisé, en 2000, un portrait de tuneur, intitulé « 135.3 db » et qui arrive en tête des vidéos les plus consultées sur Internet avec le mot-clé « tuning ».

[3] Magazine ADDX, n° 96 S, septembre 2009, p.61.

[4] C’est également le schéma narratif d’un clip vidéo réalisé par Romain Gavras en 2007, intitulé « Signatune ». Dans ce clip, un meeting de tuning est filmé comme s’il s’agissait d’une lutte impitoyable entre différents protagonistes (qui adoptent un air grave et font des prières comme s’ils partaient au combat). Le clip est visible à l’adresse suivante :http://www.dailymotion.com/video/x1... (dernière visite : 5 juillet 2010).

[5] Citation extraite d’un entretien avec le rédacteur en chef d’un magazine spécialisé dans le tuning, qui provient du monde du journalisme automobile.

[6] Rupter consiste à faire tourner le moteur en surrégime à l’arrêt, ce qui provoque un bruit intense accompagné d’explosions.

 
 

Bibliographie

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Tanguy Cornu
La photographie comme révélateur d’un terrain. Le cas des meetings de tuning,
Numéro 21 - novembre 2010.