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Pour citer cet article :

Michel Depeyre, 2012. « Les métamorphoses du "Crassier" ou les ambiguités d’une patrimonialisation ». ethnographiques.org, Numéro 24 - juillet 2012
Ethnographies des pratiques patrimoniales : temporalités, territoires, communautés [en ligne].
(http://www.ethnographiques.org/2012/ Depeyre - consulté le 21.10.2014)
 

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Michel Depeyre

Les métamorphoses du "Crassier" ou les ambiguités d’une patrimonialisation

Résumé

La patrimonialisation engage de multiples processus et un grand nombre d'acteurs aux statuts fort divers. Les objets impliqués sont alors envisagés sous divers regards, celui de l'habitant, de l'expert, du politique. Des conflits multiples peuvent alors naître de la confrontation de ces points de vue. Les « crassiers » ou terrils stéphanois sont un bel exemple d'objet où la patrimonialisation soulève des questions : il s'agit de reconnaître comme élément du patrimoine des montagnes de résidus. Loin des grands éléments du patrimoine industriel, les crassiers font figure de produits d'une industrialisation que les acteurs du terrain ont délaissés. Menacés de destruction, ils sont aussi souvent masqués au regard.

Abstract

The metamorphosis of the slag-heap, or ambiguous heritage. The slag-heap is an important object of industrial culture. The city of Saint-Etienne in southern France includes five slag-heaps, distributed around the town. They appeared in the ‘30s and represented the results of a new method in the exploitation of the local mines. With the closing of the mines in the ‘80s, these heaps were regarded as ugly, dirty landscapes. Trees were planted in order to hide the heaps. Some of them were exploited by firms. The aim of the city was to live down the past. Today, we increasingly see the slag-heaps as a new form of heritage, like factories, tools or machines… the traces of a vanished world

Pour citer cet article :

Michel Depeyre. Les métamorphoses du "Crassier" ou les ambiguités d’une patrimonialisation, ethnographiques.org, Numéro 24 - juillet 2012
Ethnographies des pratiques patrimoniales : temporalités, territoires, communautés [en ligne]. http://www.ethnographiques.org/../2012/Depeyre (consulté le 26/07/2012).

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Les processus de patrimonialisation sont des plus complexes, ils font intervenir, en effet, de nombreux acteurs : des institutions, des experts, des représentants des populations concernées. Les points de vue de chacun de ces groupes se complètent ou s’opposent autour d’objets présentés comme dignes de conservation. Une durée très variable peut ainsi permettre la reconnaissance de la valeur d’un objet (monument, paysage, savoir-faire, objet divers). Un consensus large entre les différents acteurs n’est pas toujours obtenu avec facilité, quand il est obtenu… L’observation d’un tel phénomène renseigne sur les enjeux qui existent sur un territoire, ou bien sur les malentendus qui naissent lors des multiples phases qui conduisent à la patrimonialisation.

La région de Saint-Etienne offre un exemple intéressant d’éléments caractéristiques d’une région industrielle et qui sont sujets à de nombreux débats, mais aussi d’incertitudes sur une patrimonialisation possible. Saint-Etienne et ses alentours commencent leur industrialisation bien avant la Révolution et connaissent une croissance économique sensible à partir de la Restauration, ce qui en fait la première région industrielle de France dans les décennies qui suivent (Merley, 1990 : 143). Par son antériorité et par la diversité de ses activités industrielles (mines, textile, armes, métallurgie…), cet espace stéphanois est unique et peut servir à documenter l’histoire de l’industrialisation en France. Edifices ou paysages, infrastructures de transport et installations de production, attestent d’une telle histoire. La région est marquée par les innombrables traces visibles et invisibles des industries établies sur ce territoire de la fin du XVIIIe siècle à nos jours. L’une des empreintes les plus évocatrices encore observable sans difficulté est probablement le « crassier ».

Comment s’opère la patrimonialisation des « crassiers » stéphanois, ces reliquats de l’extraction du charbon ? Cette question initiale doit nous conduire à repérer les représentations des populations mais surtout à décrire les ambiguïtés qui apparaissent autour de ces éléments essentiels du paysage.

Les villes du Moyen Age, telles Reims, Amiens ou Beauvais ont édifié d’immenses cathédrales, cherchant ainsi à atteindre des prouesses techniques, comme de bâtir la plus haute nef de la Chrétienté. Les rivalités urbaines se cristallisèrent alors sur ces monuments, véritables marqueurs de pouvoirs et de richesse. Ces édifices religieux, outre une signification spirituelle très nette, sont un élément de fierté locale dans un paysage urbain. Bien plus tard, aux XIXe et XXe siècles, l’industrialisation a édifié de nouvelles cathédrales mais cette fois-ci au service de l’industrie, les usines. Les cheminées se substituèrent aux flèches des cathédrales, les nefs de pierre furent remplacées par les gigantesques halles d’acier et de verre. Le processus est connu et a été bien décrit. Notons pourtant que la comparaison doit aller plus loin : dans les deux cas nous nous trouvons face à des constructions de l’esprit humain, face à des prouesses technologiques mêlant pierre, fer et verre. Même si la patrimonialisation des objets de l’industrialisation fut lente et progressive, elle aboutit néanmoins à placer sur un pied d’égalité des bâtiments séparés par des siècles et par des canons esthétiques fort éloignés. L’Albert Hall put, par exemple, rivaliser avec les hautes verrières de Beauvais. Mais qu’en est-il des traces moins monumentales ou moins prestigieuses de l’industrialisation, comme les déchets délaissés par la production ? Ils n’ont rien de noble, rien de beau, rien d’étonnant pour des motifs techniques. Délaissés par l’homme, ils sont aussi oubliés par l’Histoire.

Tel est le cas des montagnes de résidus et de scories de natures diverses, appelés « poussiers », « terrils » ou, dans la région stéphanoise, « crassiers ». Pour les ingénieurs des mines, il ne s’agit que « d’aires de stockage des stériles » comme les schistes et, en moindre mesure, les grès carbonifères. Une combustion interne subsiste au sein de ces amas de résidus miniers, et ce, bien après la fin de l’exploitation. De tels lieux de décharge n’ont donc aucune valeur réelle. Les substantifs utilisés pour mentionner ces nouvelles montagnes en témoignent puisqu’ils n’ont rien de prestigieux, et se rattachent même plutôt à un champ sémantique du péjoratif et du sans valeur. Le terme « crassier » utilisé dans la région de Saint-Etienne provient ainsi du mot « crasse », c’est-à-dire d’un déchet métallurgique [1]. Les Stéphanois adaptent le mot et l’appliquent aux stériles miniers [2]. Ces imposants monticules sont les traces d’une activité sidérurgique ou extractive marquée par le sale, de l’ordre du déchet dont on ne peut plus rien obtenir au sein des filières de production. Le cas des « crassiers » stéphanois est très révélateur d’un objet dont on ne sait que faire. Les mineurs ont retiré du sous-sol la houille et d’autres éléments moins riches et de peu d’intérêt économique. Ce qui est rejeté comme impropre à la combustion ou à des traitements ultérieurs est alors mis de côté. Les ingénieurs des mines ont d’ailleurs cherché plusieurs solutions pour se débarrasser des stériles. D’abord utilisés pour combler des galeries de mine qui ne sont plus en activité, ils sont ensuite remontés en surface et entassés non loin du carreau minier. Naît ainsi un objet industriel original : il n’a pas d’utilité directe dans la production, si ce n’est de servir de dépôt pour ce qui ne peut être utilisé. Bien que n’étant pas un édifice, le crassier n’en demeure pas moins une construction de l’homme de l’âge industriel et mérite à ce titre de retenir l’attention.

Quelle est l’histoire de cette trace industrielle qui marque, aujourd’hui encore, le territoire ? Dans la région de Saint-Etienne, les premiers « crassiers » sont nés en 1930 et sont le produit de la prodigieuse mécanisation de l’exploitation accentuée par les contraintes économiques provoquées par la crise des années 1930. Une nouvelle technique dite « par foudroyage » remplace alors la plus traditionnelle méthode du remblayage que les responsables d’exploitation décident, en effet, d’abandonner. Entre 1932 et 1935, pour la première fois en France est ainsi appliquée la méthode du foudroyage en couches moyennes, puis en couches puissantes (Merley, 1990 : 246). Ces décisions s’inscrivent dans un grand courant de modernisation de l’exploitation minière stimulée par les contraintes économiques grandissantes. D’un point de vue historique, les terrils stéphanois constituent donc une étape dans l’exploitation du charbon en France.

Le bassin minier stéphanois voit dans les décennies suivantes pousser, au sens littéral du terme, cinq crassiers d’importance inégale. Notons tout de suite que ces terrils circonscrivent avec précision l’espace stéphanois, un peu comme l’auraient fait des bornes milliaires antiques. Positionnés à l’origine hors de la ville, un peu à l’image des décharges à ordures, les crassiers ont été gagnés par la croissance de l’espace urbain lors des dernières décennies du XXe siècle. Leur absorption par la ville est très révélatrice de l’intégration du crassier dans l’univers stéphanois. Mais le même phénomène s’est-il effectivement produit dans les mémoires ?

Commençons par présenter les protagonistes. Le plus élevé des cinq terrils de la région est situé sur le site du puits Couriot. Il culmine à plus de 120 mètres de haut. Le second plus important crassier, jumeau du précédent, est créé en 1947. Ces deux terrils représentent une masse de huit millions de m3.

Les crassiers jumeaux du puits Couriot.

Le terril de l’Eparre, quant à lui, s’élève à partir de 1952 et rassemble les déblais du puits Verpilleux.

Le crassier de l’Eparre

Il reste en activité jusqu’en 1968. Le crassier du Fay est associé au puits de La Chazotte et se situe sur la commune de Saint-Jean-Bonnefonds.

Le crassier du Fay entre ville et campagne

Le terril Saint-Pierre, sur la commune de La Ricamarie, couvre une superficie de 14 hectares et présente une singularité puisqu’il n’est pas de forme conique comme les précédents, mais de forme aplatie. Edifié dans les années 1930, il rassemble les résidus extraits du puits Pigeot (Jacquemin, 2001 : 61).

Le crassier Saint-Pierre

L’exploitation minière à Saint-Etienne même cesse le 5 avril 1973, et en 1981 pour l’ensemble du bassin. Une page importante de l’histoire de l’agglomération est tournée. Les installations minières de surface et la mémoire des mineurs entrent alors progressivement dans le champ du patrimoine. Fait étrange, les crassiers ne sont pourtant pas mentionnés par le journaliste Jean Tibi lorsqu’il évoque ce nouveau patrimoine de la mine (1979 : 312). Il est possible d’apporter une explication à cette omission à première vue surprenante : en 1979, à la publication de l’ouvrage, la région est confrontée à la fin de l’histoire d’une exploitation dont les marques sur le territoire sont encore trop visibles pour qu’elles soient menacées de disparition. Les crassiers semblent éternels.

Jean Tibi est peut-être aussi victime du regard porté par les techniciens sur le crassier à l’intérieur du système de production. A l’échelle nationale, les ingénieurs ne semblent pas des plus concernés par le sujet. Leurs préoccupations vont plutôt vers les méthodes de triage du charbon qui deviennent essentielles avec le foudroyage. Ainsi, nous ne trouvons aucune mention des mots « crassier » et « terril » dans une encyclopédie de vulgarisation publiée par les éditions Larousse en 1935 (Guillet et Toro, 1935) [3]. Peut-on essayer de comprendre une telle omission ? Il est possible de donner une explication pour le dictionnaire : l’ouvrage est édité au moment où la technique du foudroyage se répand dans les mines. Dans le cas des textes plus récents, il est nécessaire de donner une autre raison. La préservation de la machine et des systèmes techniques est plus stimulante pour l’intelligence et donc plus noble qu’une montagne de déchets. L’attention portée au terril est donc limitée car l’objet n’intéresse personne en raison de sa vocation initiale.

Le lent passage du crassier depuis le champ du négatif à celui du positif pourrait être assimilé à un premier processus de la patrimonialisation des terrils stéphanois. Une certaine reconnaissance fait insensiblement son chemin. Nous le percevons à des faits anodins. Lors des visites du Musée de la Mine, au Puits Couriot, les médiateurs font désormais tourner le regard des touristes du côté des deux énormes terrils voisins. Le chevalement n’est plus la seule préoccupation. Un second processus serait à rechercher dans une sorte de dévoilement de l’objet patrimonialisé, aux yeux mêmes des populations. Une prise de conscience s’effectue. Il est maintenant question d’observer des reliefs qui ne sont pas aussi visibles pour un non-stéphanois que les autochtones l’imagineraient spontanément [4]. Une autre évolution a doublé la précédente.

Le crassier est donc, en réalité, une espèce de trace négative délaissée par l’action humaine sur un terroir. D’autres empreintes de l’âge industriel sont encore visibles pour l’œil averti, comme les carrières de remblai nées de la méthode du remblayage évoquée plus haut. Si les carrières sont une excavation, dans le cas du crassier, les rejets des puits sont, au contraire, mis en exergue sur le carreau. Paradoxalement, ce qui devrait être caché –le déchet- est mis au grand jour, à la vue de tous, accompagné des diverses nuisances, comme les fumerolles, et les odeurs désagréables provoquées par des émissions de gaz soufrés. Prend ainsi naissance une nouvelle forme de paysage modifié par l’homme qui a fait pousser des reliefs neufs sur la géomorphologie plus ancienne. Les crassiers sont, en quelque sorte, des reliefs « postiches », au même titre que les cônes volcaniques. Cela est particulièrement observable sur les espaces plans où le crassier semble posé de manière incongrue. Les deux crassiers de Porte d’Autun, tout près d’Autun (Autun située dans le département de la Saône et Loire), en fourniraient une belle illustration. Construits par le travail de l’homme, dans tous les bassins miniers, les terrils modifient plus ou moins le paysage antérieur. Les Stéphanois ne s’y trompent d’ailleurs pas et les connaissent parfaitement : ils dénomment ces nouvelles collines de façon souvent imagée. Les crassiers de Michon (site du puits Couriot) sont ainsi appelés, Grand et Petit Ventoux, en référence au relief provençal, mais également « les mamelles de Saint-Etienne » ou les « Tétons de Vénus » ou encore les « seins de la négresse » (Michaud, 1995 : 7). La forme conique est suggestive. Anne Michaud a également souligné, à juste raison, le rapport étroit qui existait entre les trois dernières dénominations et le thème de la fécondité. Ces reliefs signalent une prospérité disparue. La contradiction qui existerait entre le sens des métaphores et les déchets amassés en ces lieux n’est, en effet, qu’apparente. Outre la forme conique suggestive, les crassiers sont les traces d’une activité qui a véritablement nourri l’agglomération, pourvoyeuse d’emplois pour la ville et la région voisine. Le crassier n’est pas uniquement une trace industrielle et de pollution, il est devenu pour les plus pauvres, une source de petits profits : les déshérités venaient, durant l’exploitation, y chercher de menus morceaux de charbon qui pourraient avoir échappé au tri sélectif. Les crassiers sont alors l’équivalent des « communaux » de l’Ancien Régime sur lesquels les pauvres de la paroisse allaient jadis ramasser du petit bois. Les Stéphanois donnent aux pauvres de l’époque industrielle le nom très évocateur de « grappilleurs ».

En revanche, l’intérêt porté par l’ingénieur au crassier est très limité. Il s’agit d’un regard expert sur la construction du terril et la surveillance des dangers possibles, mais guère plus. L’ingénieur porte davantage d’attention à la machine, à la technique, à l’exploitation proprement dite. Le terril, hier comme aujourd’hui, ne concerne pas l’ingénieur et le reste de la population de manière identique : l’exploitation terminée, les déchets de la mine n’avaient plus guère d’intérêts pour les exploitants, alors qu’ils portaient dans l’ensemble de la population un nouvel imaginaire.

La perception des crassiers par les institutions est tout aussi ambivalente. Ainsi, dans une belle plaquette confectionnée sous la municipalité dirigée par François Dubanchet (1983-1994) et intitulée Saint-Etienne, Horizon 2020, la figure du crassier est discrète : elle n’apparaît pas dans la présentation générale de l’agglomération et n’intervient qu’une seule fois, dans la présentation du site Couriot [5]. Il est de nombreuses fois question des fameuses « sept collines » encadrant la ville, mais les terrils sont exclus d’une telle référence historique qui associe Saint-Etienne à la Rome antique. Leur présence s’impose de fait mais n’est pas revendiquée en tant que telle. L’image du terril n’est, en effet, guère flatteuse pour la promotion d’une ville. Philippe Peyre, Conservateur du Musée de la Mine, avait raison, les « étrangers » ne voient pas les crassiers, alors pourquoi les mettre en exergue ?

L’analyse mérite cependant d’être poussée plus avant. Au côté des diverses installations industrielles, des logements ouvriers encore en place, les crassiers sont une partie intégrante d’un paysage culturel du monde de l’industrialisation, et plus particulièrement du monde de l’industrie extractive du milieu du XXe siècle. Il est bien le fruit de l’interaction du milieu et des activités humaines et devient ainsi emblématique d’une activité principale, d’une histoire, d’une sociologie… Paradoxalement, ce qui est constitué des rejets d’une activité pourrait devenir le symbole d’une ville. Traces du labeur, les crassiers jouent le rôle de marque des valeurs de la région stéphanoise : travail, patience… Ils matérialisent enfin la mémoire douloureuse de la ville, avec les grèves et les accidents mortels, tel le dernier survenu le 3 mai 1968 [6]. Le crassier est ainsi, tout à la fois, un marqueur négatif embarrassant et un symbole revendiqué de prospérité économique.

Tas de déchets et d’éléments polluants, le crassier est indissociable de l’image de Saint-Etienne, et il en va de même dans les villes du Nord de la France. Pour reprendre les analyses du philosophe Michel Serres, ce qui est le plus sale (les ordures d’une ville, par exemple), devient le plus propre à la collectivité en question, ce qui lui appartient le plus en « propre » (2008 : 40). Rien ne peut être plus le fait d’un individu ou d’un groupe que les détritus et autres déchets qu’il produit. Le crassier est, sans aucun doute, un patrimoine illustrant parfaitement « l’inversion » en question, c’est-à-dire, le passage du « sale » au « propre » (Michaud, 1995 : 14). La métamorphose est néanmoins difficile et progressive. C’est une des causes de la lenteur de la patrimonialisation que nous essayons de décrire ici. Le passage de l’implicite à l’explicite est, en effet, plus lent et plus insidieux que pour d’autres objets plus prestigieux ou d’une esthétique reconnue pour sa valeur dans l’histoire de l’art. Saint-Etienne ne donne ainsi une place à part entière à ses crassiers que dans la décennie 1980, au moment où l’extraction minière cesse dans la région. C’est alors que les terrils de Michon deviennent les emblèmes du nouveau Musée de la Mine de Couriot. A la même place que le chevalement du Puits Couriot, ils figurent en esquisse sur le logo du musée. Les crassiers sont, à ce moment précis, entrés dans un processus de patrimonialisation que nous devons caractériser d’inachevé. Le passage à l’explicite est en cours mais il n’est pas achevé.

Nous découvrons dans le présent cas d’étude, la prise de conscience par les membres de la communauté, d’un nouvel objet de patrimoine. La région de Saint-Etienne perçoit la valeur de l’objet remarquable que serait le « crassier ». Ce phénomène est indissociable des processus de patrimonialisation dont les modalités peuvent être variées. Durant cette période, la ville « fait son deuil » d’une activité extractive qui appartient désormais au domaine de l’Histoire. Derrière la patrimonialisation, il est donc question de disparition, voire de mort.

Les processus qui viennent d’être rapidement esquissés sont parallèles et concomitants. Ils ont conduit à une distinction du crassier mais celle-ci n’est pas sans poser des questions sur les sens qui lui sont accordés. Sommes-nous dans cette « distinction symbolique » évoquée par Guy di Méo (2007) ? Plus important sans doute, les phénomènes envisagés ont modifié le regard que l’on porte sur l’objet mais, à l’image de ce que constatent les savants dans leurs laboratoires, ils ont modifié l’objet observé lui-même. Le crassier est ainsi devenu un « monument », selon le sens étymologique, c’est-à-dire qu’il peut « faire penser, souvenir », puis « attirer l’attention sur, avertir ». De fait, le crassier est bien une colline artificielle qui suscite aujourd’hui le souvenir d’une activité révolue. Elle fait mémoire d’un passé industriel. De ce point de vue, nous allons plus loin qu’Anne Michaud qui semble réserver l’application du mot « monument » aux seuls crassiers imposants de Michon (Michaud, 1995 : 3, note 2). En prolongeant la réflexion, nous pouvons même dire qu’à l’image de la cathédrale, le terril avertit les Stéphanois de la proximité de la ville. Il est devenu une montagne-signal pour qui sait les lire dans la topographie urbaine. Il est aussi le signal d’une forme de modernité qui surgit dans l’Histoire. Les architectures issues de la technologie nouvelle, comme les ponts de fer, les immeubles, les cheminées d’usine, ont dépassé les nefs gothiques, quoi qu’en pense le poète Charles Péguy. Insensiblement, les paysages industriels sont intégrés dans les représentations des contemporains. A l’image de la cathédrale médiévale, les crassiers, désormais au cœur de la ville, semblent protéger la cité industrielle. Le conservateur du Musée de la Mine au Puits Couriot en est conscient lorsqu’il explique dans un dossier sur la valorisation et l’animation de Saint-Etienne : les crassiers « … veillent sur la ville » [7].

Le crassier est donc distingué mais les valeurs de la distinction sont nombreuses et souvent contradictoires. La polyvalence de la distinction qui est faite repose sur un élément central, le crassier est « métamorphosé », c’est-à-dire qu’il est transformé : il n’est plus en activité et peut donc prendre tous les sens qu’on cherche à lui donner. La première métamorphose est intrinsèque et est provoquée par des processus physico-chimiques naturels. Le terril a connu des modifications qui sont les conséquences des intempéries (en gel, dégel, ruissellement), mais aussi des refroidissements progressifs subis par les matériaux compactés (la température serait passée au cœur du crassier Saint-Pierre de 1 100 degrés à 600 degrés (Jacquemin, 2001 : 62), et enfin des transformations chimiques diverses. Au bout du compte, les matériaux changent de couleur et passent du noir au rouge brique.

Mais la métamorphose a également pu être souhaitée par des acteurs institutionnels. Très vite, le terril a ainsi été végétalisé par la Compagnie des Houillères. Les versants Sud sont alors rapidement envahis par les acacias, les pins, le bouleau et les genêts plantés par la Compagnie. Une faune très riche s’y développe de la même manière : chardonnerets, rouges-gorges, martinets et autres animaux prospèrent sur ces terres réputées stériles (Tibi, 1979 : 311).

La végétation des crassiers du puits Couriot

En définitive, tout est fait pour cacher les traces visibles de l’exploitation minière. Si la forme conique n’évoquait pas le terril d’origine, certains reliefs pourraient passer pour des montagnes « naturelles ». Dans un tel cas, nous sommes, semble-t-il, loin d’une « distinction symbolique » assumée. Nous pourrions plutôt évoquer ici l’image d’un déguisement symbolique qui camoufle un objet jugé laid et encombrant. Dans le même ordre d’idée, les terrils peuvent enfin accueillir des décors, des installations provisoires ou non. Lors de certains conflits sociaux, les grévistes de la région utilisent ainsi parfois le crassier de l’Eparre afin de faire connaître leurs revendications à un large public. Ce crassier a le mérite d’être placé sur le bord du périphérique Est, il est donc un excellent lieu d’affichage. La mémoire ouvrière réutilise dans ce cas des sites marqués par l’histoire régionale.

Dans un contexte de communication plus concerté, le crassier de l’Eparre, toujours en raison de sa position, est amené à tenir un véritable rôle. Il est décoré entre juillet et septembre 1987 afin de modifier l’image de la ville de Saint-Etienne. Un projet est à nouveau présenté dans ce sens en 1998, lors de la Coupe du Monde de Football, par l’artiste Didier Terme. Le concepteur souhaite « … habille(r) le passé avec les rubans d’une industrie textile de haute-technologie (qui) symboliseraient le devenir de Saint-Etienne » [8]. Mieux, le crassier est placé dans le champ des caméras de télévision qui doivent retransmettre les matchs joués au stade Geoffroy Guichard. Les organisateurs du projet veulent empêcher les journalistes « … d’organiser leur discours (…) et voir médiatiser une fois de plus de sempiternels lieux communs sur Saint-Etienne, ville noire… » [9]. Il est donc proposé de couvrir le crassier de 8,5 km de tissu aux couleurs de la mascotte de la coupe du Monde. Nous découvrons ainsi une métamorphose inattendue, le crassier-vedette de télévision… qui a la mission de faire oublier le passé industriel de la ville vécu comme une tare originelle.

La fonction première du crassier a bel et bien disparu au profit d’une autre qui en modifie le sens de manière radicale. « L’héritage » est totalement modifié dans sa vocation initiale. Ce processus en fait un « heritage » comme l’entendent les Britanniques et les Américains, ce qui veut dire, en définitive, un « patrimoine ». Il est cependant important de constater que ce processus s’est opéré en masquant le terril, soit sous un couvert végétal, soit sous des installations liées à l’événementiel. Que visent de tels gestes ? Ne reposent-ils pas sur une ambiguïté foncière sur le sort de ces terrils ? Considérer que la patrimonialisation est acceptée et assumée serait, selon nous, une grave erreur pour plusieurs raisons. D’abord, la protection du crassier est jugée coûteuse pour les municipalités et les propriétaires, puisque ces lieux sont des propriétés privées. Nous avons vu que la température y est encore élevée à quelques centimètres sous terre. Ensuite, des entreprises ont, durant les années 1990, mis en place des plans d’exploitation des terrils, afin d’en obtenir des matériaux pour les aménagements routiers, urbains et sportifs. Tel est le cas de l’entreprise SMTV – Terril Saint-Pierre (entreprise Jean Lefebvre), sur la commune de La Ricamarie [10]. Dans un délai d’une trentaine d’années, le crassier en question devrait avoir disparu. Ces monuments de l’histoire industrielle sont donc menacés dans leur existence, ou bien leur patrimonialisation a pour mission de les faire disparaître symboliquement.

Saint-Pierre, un crassier pourvoyeur de matériaux

Le crassier du Fay et son entreprise de matériaux

Les constructeurs des crassiers (ingénieurs et mineurs) ont disparu, tout comme le monde de production qui a conditionné l’apparition de ces reliefs artificiels. La patrimonialisation est opérée selon des modalités multiples, croisées, et parfois contradictoires, que nous avons décrites mais qui, in fine, n’offrent plus au spectateur l’objet dans son état initial de « stockage de stériles ». Une nouvelle étape s’imposerait d’après nous. Après avoir renié, caché, travesti les crassiers, il nous semblerait utile de revenir à leur nature intrinsèque, une montagne de déchets hétéroclites. D’une certaine manière, le cycle serait alors fermé et le crassier pourrait être accepté comme tel.

Il serait, en effet, louable que le « crassier » puisse être patrimonialisé comme produit d’une civilisation industrielle qui a engendré des nuisances, des pollutions et des déchets qui vont se transmettre dans la longue durée. Nous sommes face à un « patrimoine négatif », pour reprendre les propos du sociologue Vincent Mandinaud (2005 : 5). Le « crassier » ne saurait être patrimonialisé de manière déguisée, c’est-à-dire pour un autre motif que sa nature intrinsèque et qui rendrait sa vue et son existence supportables à une collectivité. Il peut donc l’être, en priorité, pour ce qu’il matérialise véritablement : une étape dans l’histoire de l’exploitation des richesses et des hommes. Tout comme la pollution séculaire de certains cours d’eau ou de certains territoires, le crassier est le marqueur d’un patrimoine que nous appellerons « mal-efficiel », soit le fruit d’une absence de gestion –ou d’une mauvaise gestion- du milieu dans lequel s’est développée une activité industrielle portant plus ou moins atteinte à l’environnement. Il n’est pas question de porter ici un jugement de valeur mais plutôt de faire le constat de l’existence d’un héritage lourd et embarrassant qui constitue le nouveau patrimoine que les générations vont se transmettre pendant une durée plus ou moins longue.

Face à cette nouvelle forme de patrimoine, les réactions sont diverses et parfois violentes. Elles peuvent être sceptiques et marquées par des observations esthétiques révélatrices de conceptions du patrimoine que l’on pourrait présenter comme issues d’un autre âge. Cela peut engendrer de l’inquiétude face à la gestion d’espaces de ce type. De telles préoccupations expliquent la mise en place de missions (comme la mission européenne RESCUE , voire la rédaction de textes de « bonnes pratiques » comme le Manuel des bonnes pratiques en matière de régénération d’espaces dégradés en milieux urbains de l’Europe daté de 2005. Des mesures de préservation seraient aussi nécessaires dans certains cas : les utilisations industrielles ou sportives (pistes de ski comme à Noeuds-les-Mines) sont susceptibles de provoquer des dégradations de la surface du terril. Il nous semble utile d’avoir des politiques de conservation comme pour d’autres objets patrimoniaux. Anne Michaud constate fort justement que la patrimonialisation ne doit pourtant pas « figer » l’objet. Elle explique en même temps que les crassiers ne sauraient devenir de simples espaces de récréation (Michaud, 1995 : 13). Le juste milieu est donc difficile à trouver. La place du crassier semble être entre l’objet embarrassant et l’objet utile.

De façon surprenante, le terril est devenu un symbole du paysage industriel, et particulièrement minier, au même titre que le chevalement qui surmonte le puits. Il matérialise une histoire, une activité, des structures sociales, et ce, pour l’ensemble de l’époque contemporaine. Et pourtant, son histoire est brève. Malgré la brièveté de son existence, le crassier a donc marqué les esprits. Quelle pourrait être la signification d’une telle empreinte ?

La mode est aujourd’hui à la patrimonialisation des objets du quotidien, voire de la banalité. Ce pourrait être le cas du crassier devant lequel on passe tous les jours. Et pourtant, il mérite un sort plus en rapport avec la place historique et technique qu’il a tenue sur ce territoire. Aujourd’hui où l’expression « lieu de mémoire » est invoquée à tout moment, nous devons nous interroger sur l’application de ce concept au crassier. Est considéré comme « lieu de mémoire » ce que, selon Pierre Nora, l’imagination « investit d’une aura symbolique » (1984 : XXXIV). Nous avons montré comment les Stéphanois investissaient les crassiers d’un imaginaire prolifique, notamment dans le choix des dénominations. A cela s’ajoute, toujours d’après Pierre Nora, « une intention de mémoire » (1984 : XXXV) qui transforme un objet de lieu d’histoire en lieu de mémoire. Il importe ainsi de donner « le maximum de sens dans le minimum de signes » (1984 : XXXV). Mémoire et significations sont bel et bien attachées à ces montagnes de déchets devenues le symbole du travail et d’une prospérité révolue. Il nous semble donc justifié de considérer les crassiers comme des « lieux de mémoire » en complétant tout de suite cela par une remarque essentielle. Pierre Nora a référencé les « lieux de mémoire » nationaux qui sont reconnus par la collectivité nationale (le Panthéon, la Marseillaise…). Le crassier est bien loin de ces références prestigieuses. En revanche, il constitue l’exemple-type d’un « lieu de mémoire » régional, attaché à un territoire bien défini.

En l’occurrence, le territoire est probablement plus large que celui de la région stéphanoise. Il nous semble, en effet, rassembler tous les bassins miniers où ont été édifiées ces montagnes de résidus. Le terril est l’un des objets emblématiques de l’identité de nombreux pays miniers appréhendés en tant que paysages culturels. Ils matérialisent la mémoire de la mine, site d’exploitation, lieu de travail, de conflits…

Avec les « crassiers » de Saint-Etienne et de sa proche région, nous avons affaire à un patrimoine à part entière, même s’il n’est pas sans poser des problèmes dans sa reconnaissance. Nous pourrions, en définitive, le caractériser comme un patrimoine ambivalent. En effet, il porte en lui les déchets, la souffrance du travail minier, mais il est devenu de la même façon la marque de la prospérité industrielle et le signe de la force du travail humain, au point que, pour beaucoup d’habitants de la région, il se confond avec la longue histoire de la mine. Consubstantiel à une des phases de l’industrialisation, il serait le marqueur de la grandeur déchue. Tantôt tâche sombre dans le paysage stéphanois, tantôt objet de fierté des populations ouvrières, il peut apparaître comme menaçant par sa silhouette et sa masse, mais aussi protecteur par le passé et la mémoire qu’il matérialise sur le territoire. Ne rejoignons-nous pas ici la lointaine racine indo-européenne du mot patrimoine qui signifie « protéger » ? Le journaliste Luc Le Châtelier présentait cette dimension quand il écrivait : « … au pied des crassiers protecteurs qui veillent sur la ville » [11].

Le crassier est tout autant le révélateur d’une double métamorphose qui s’est opérée : celle de l’objet lui-même qui est passé d’une connotation négative à une connotation plus positive, et une métamorphose du patrimoine qui est sorti du domaine restreint du monument historique ou de l’œuvre d’art, pour s’attacher à des objets du quotidien ou d’activités humaines moins valorisantes que celles de la création artistique et de l’esprit.
Si nous élevons maintenant le regard un peu plus haut, cette rapide étude s’efforce de soulever le délicat problème des objets délaissés par notre civilisation et dont le sort ne peut être éludé d’un revers de main méprisant. Patrimoine « négatif » ? Soit. Mais pourquoi et comment appliquer ce qualificatif lourd de signification ? Il n’est pas question, selon nous historien, de déguiser ces éléments encombrants sous tels ou tels oripeaux culturels flatteurs, mais au contraire, de les observer en tant que fruits de l’arbre, de notre arbre, de celui de notre culture profondément bouleversée par l’industrialisation esquissée dès la seconde moitié du XVIIIe siècle [12]. Plus de deux siècles d’industrialisation nous ont légué des traces, plus ou moins nobles, plus ou moins polluantes, qui devraient être inventoriées, analysées, voire valorisées. De telles traces sont aussi notre patrimoine…

 
 

Notes

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[1] Le mot est utilisé dans ce sens dans L’Encyclopédie de Diderot, en 1754, t. IV.

[2] Contrairement à une idée reçue, le mot « crassier » ne semble pas provenir du parler stéphanois, il est d’ailleurs mentionné dans le Larousse universel en 2 volumes, Paris, Larousse, 2 vol., 1922, t. I, p. 560., tout comme dans le Littré. Le terme est récupéré du vocabulaire technique puisqu’il a trait à la métallurgie. Le substantif « crassier » ne figure dans aucun des dictionnaires du parler stéphanois, que ce soit celui de Duplay (1885) ou de l’abbé Dorna (1953). « Crassier » est aussi utilisé dans le bassin de La Grand-Combe (département du Gard).

[3] Dans ce Larousse de l’Industrie et des Arts et Métiers, (Guillet et Toro, 1935), on notera cependant un intéressant article intitulé « Déchets et résidus ». Les terrils n’y sont pas mentionnés, lire p. 473 sq.

[4] Lire le témoignage de Philippe Peyre in Jacquemin (2001 : 91).

[5] Saint-Etienne, Horizon 2020, Mairie de Saint-Etienne, sans date, 21 p., p. 19.

[6] L’accident provoque la mort de six mineurs, cf. Tibi (1979 : 143)

[7] Archives municipales de Saint-Etienne, 6701 W 8, Dossiers « Transurbaines », 2005.

[8] Archives Municipales de Saint-Etienne, dossier 6539 W 17.

[9] Archives Municipales de Saint-Etienne, dossier 6539 W 17.

[10] Voir le site internet de cette entreprise, http://www.eurovia.biz/EuroviaMedia... st pierre.pdf

[11] Archives Municipales de Saint-Etienne, dossier 6701 W 8, dossier de presse, Télérama du 7 juin 2005.

[12] Lire les propos stimulants de Patrick Verley à propos de cette rupture de la fin du XVIIIe siècle, La révolution industrielle, Paris, MA Editions, 1985, 270p., p. 7 sq.

 
 

Bibliographie

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Archives municipales de Saint-Etienne

Dossier 6701 W 7, Dossier Transurbaines.

Dossier 6701 W 8, Transurbaines, dossier de presse.

Dossier 6539 W 17, Coupe du Monde de football de 1998.

DORNA Louis, 1953. Le parler gaga. Paris, Ed. Dumas.

DUPLAY Pierre, 1885. La clé du parler gaga, mémoires sur le parler gaga et ses origines. Saint-Etienne, Imp. Urbain Balay.

DI MEO Guy, 2007. « Processus de patrimonialisation et construction des territoires », Actes du colloque de Poitiers ’Patrimoine et industrie en Poitou-Charentes : connaître pour valoriser’, 12-14 septembre 2007, http://halshs.archives-ouvertes.fr/... (page consultée le 26 mai 2012).

GUILLET L., TORO A. de, 1925. Larousse de l’Industrie et des Arts et Métiers. Paris, Larousse.

JACQUEMIN Hervé, et coll., 2001. 3 pas, ricamarie cote 640 : compte-rendu de l’expédition d’après le récit du fabuleux voyage que conduisit Monsieur Vasselin au crassier Saint-Pierre de La Ricamarie, Loire . Saint-Étienne, Publications de l’Université de Saint-Étienne, coll. Cahiers de la Rotonde.
Larousse universel en 2 volumes, Paris, Larousse, 2 vol., 1922.

MANDINAUD Vincent, 2005. « La pollution des sols, contrainte et/ou ressource pour le développement durable en plaine de Bessancourt-Herblay-Pierrelaye ? », e-revue, Développement Durable et Territoires (en ligne), http://developpementdurable.revues.... (page consultée le 26 mai 2012). Mairie de Saint-Etienne, sans date. Saint-Etienne, Horizon 2020.

MERLEY Jean (dir.), 1990. Histoire de Saint-Etienne . Toulouse, Privat.

MICHAUD Anne, 1995. « Il était une fois… les crassiers », Bulletin du vieux Saint-Etienne, 3e semestre, 179, pp. 2-18. (accessible en ligne : http://www.emse.fr/AVSE/michau1.htm, page consultée le 26 mai 2012).

NORA Pierre (dir.), 1984. Les lieux de mémoire. t. I. . Paris, Seuil.

SERRES Michel, 2008. Le Mal propre, polluer pour s’approprier. Paris, Le Pommier.

TIBI Jean, 1979. La mine foudroyée : chronique de la conversion. Saint-Etienne, Presse de l’Université.

VERLEY Patrick, 1985. La révolution industrielle. Paris, MA Editions.

 

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Michel Depeyre
Les métamorphoses du "Crassier" ou les ambiguités d’une patrimonialisation,
Numéro 24 - juillet 2012
Ethnographies des pratiques patrimoniales : temporalités, territoires, communautés.