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Pour citer cet article :

Caroline Rosillon, 2014. « La gouvernance environnementale au Sud : regard sur un projet de conservation des tortues au Sri Lanka ». ethnographiques.org, Numéro 27 - décembre 2013
Biodiversité(S) [en ligne].
(http://www.ethnographiques.org/2013/­Rosillon - consulté le 26.09.2016)
 

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Caroline Rosillon

La gouvernance environnementale au Sud : regard sur un projet de conservation des tortues au Sri Lanka

Résumé

Les régions rurales du Sud du Sri Lanka sont soumises aujourd'hui à des tensions croissantes entre un développement économique précipité et la conservation des ressources naturelles qui participent à la renommée de l'île. Dans ce contexte, l'article se penche sur la question des initiatives locales de protection de la biodiversité à travers une étude de cas portant sur un projet de conservation des tortues de mer dans le district d'Hambantota (l'ONG-T). Dans une perspective d'anthropologie politique, l'analyse met en lumière la manière dont ce type de projet s'intègre et influence les structures sociopolitiques dans la société locale. Après avoir brièvement présenté quelques données contextuelles et historiques sur le village de pêcheurs dans laquelle est implantée l'ONG, l'étude de cas révèle les nouvelles formes d'interactions, les enjeux de pouvoirs et les conflits que peut susciter localement l'implantation de ce type de projet.

Abstract

Rural Southern Sri Lanka is now subject to growing tensions between rapid economic development and conservation of natural resources, which contribute to the notoriety of the island. In this context, the article focuses on the issue of local initiatives to protect biodiversity through a case study on a project of sea turtles conservation in Hambantota district (the T-NGO). From the perspective of political anthropology, the analysis highlights how this kind of project integrates and impacts on the socio-political structures of the local society. After briefly introducing contextual and historical features about the fishing village where the NGO is implanted, the case study reveals new forms of interactions, issues of power relationships and sets of conflict that the implementation of this kind of project can generate locally.

Pour citer cet article :

Caroline Rosillon. La gouvernance environnementale au Sud : regard sur un projet de conservation des tortues au Sri Lanka, ethnographiques.org, Numéro 27 - décembre 2013
Biodiversité(S) [en ligne]. http://www.ethnographiques.org/../2013/Rosillon (consulté le 18/03/2014).

Avec une croissance économique considérable liée à un essor du tourisme depuis 2009, la société sri lankaise fait face aujourd’hui à d’importantes mutations et à un processus rapide de globalisation qui touchent autant les villes que les régions rurales. Parmi les effets de ces nouvelles dynamiques, l’environnement naturel qui participe à la renommée de l’île, est peu à peu menacé par la multiplication des projets d’industrialisation et de développement économique. Dans ce processus, les régions rurales du Sud du pays, et le district d’Hambantota en particulier, sont révélateurs des tensions permanentes entre ces mégaprojets de développement et la multitude d’initiatives, étatiques ou privées, qui ont pour objectif la conservation de la biodiversité.

C’est précisément sur ce type d’initiative que cet article entend se pencher en analysant le cas d’une ONG environnementale sri lankaise implantée dans un village de pêcheurs du district d’Hambantota. Suivant une approche interactionniste (Olivier de Sardan, 1995), je décrirai la manière dont cette ONG et le projet de conservation qu’elle met en place influencent et contribuent à transformer les structures sociales et politiques locales.

Après avoir brièvement décrit le contexte sociopolitique local et l’organisation de l’institution étudiée, je m’intéresserai plus en profondeur à l’impact de l’arrivée de l’ONG dans le paysage institutionnel et politique local. Dans le cadre d’une analyse en terme de « gouvernance », il sera question des nouvelles formes d’interactions, des jeux de pouvoir, des conflits et des phénomènes de concurrence qui peuvent émerger de l’implantation d’un tel projet dans une arène locale (Agrawal & Gibson, 1999 ; Blundo, 2002 ; Ferguson, 1990 et 2002 ; Lewis & Mosse, 2006). Finalement, l’article met en avant la complexité des relations entre diverses instances de gouvernance environnementale et les enjeux que leur confrontation sur le terrain peuvent susciter.

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Figure 1
District D’Hambantota, Southern Province, Sri Lanka.
Source : http://commons.wikimedia.org/wiki/F...

L’analyse qui suit est issue d’une enquête menée durant trois séjours de terrain (de 2 et 3 mois) dans un village cinghalais du Sud du Sri Lanka, dans le district d’Hambantota, où prend place un projet de conservation des tortues de mer conduit par une ONG locale depuis 1996. Durant ces séjours, deux outils méthodologiques principaux ont été utilisés : l’observation participante au quotidien des activités de l’ONG et l’entretien semi-directif, aidée d’une interprète, avec les divers acteurs concernés par la problématique (villageois, promoteurs des projets, fonctionnaires du gouvernement, travailleurs locaux, etc.). Pour des raisons personnelles et éthiques, les informateurs, l’ONG et le village dans lequel l’enquête a été menée seront anonymisés. L’organisation sera donc désignée dans cet article sous le pseudonyme d’ONG-T.

Le district d’Hambantota, qui fut longtemps considéré comme l’une des régions les plus pauvres du Sri Lanka (Amarasinghe, 2006), est aujourd’hui la cible numéro un des mégaprojets de développement économique mis en place par le gouvernement de Mahinda Rajapakse depuis la fin de la guerre en 2009. L’ONG qui fera l’objet de cette analyse est implantée dans un village d’environ 800 familles situé à l’Ouest du district, qui reste qualifié par tous de « village de pêcheurs » (bien qu’ils représentent aujourd’hui environ 25% de la population active, ils constituent toujours la plus importante catégorie professionnelle). Hormis la pêche, une plus faible proportion de la population vit de l’agriculture et d’autres villageois travaillent en dehors du village dans la fonction publique ; en tant qu’employé dans le secteur privé ou comme ouvrier. Enfin, les villageois nomment « businessmen » les marchands de poissons, les propriétaires des bateaux ou du matériel de pêche (généralement non-pêcheurs) ainsi que les individus ayant investi dans des activités touristiques.

Au Sri Lanka, les structures de pouvoir dans les sociétés rurales reposent historiquement sur un système de castes importé d’Inde et hiérarchisé essentiellement sur base des catégories socioprofessionnelles (Jiggins, 2010 ; De Silva, 1981). Sans revenir en détails sur ce système, il faut noter qu’à l’origine les pêcheurs font partie de la caste des Karavas, inférieure dans le système hiérarchique à la caste des agriculteurs notamment [1]. Outre cette hiérarchie de castes, les villages de pêcheurs sont historiquement régis par un système de relations clientélistes qui constitue un moyen de faire face aux risques et incertitudes liés à leur activité (Alexander, 1982 ; Amarasinghe, 2006). Ces relations prenaient traditionnellement place entre les “patrons”, détenteurs du matériel de pêche, et les simples pêcheurs formant son équipage et sa “clientèle”, envers lesquels les premiers assuraient un rôle de protection et d’assurance. Les “clients” quant à eux devaient au patron travail et devoir militaire si nécessaire ainsi que, ponctuellement, des services d’ordre politique (soutien au candidat favori du patron ou au patron lui-même). Le patron disposait ainsi d’un certain capital symbolique lié au contrôle d’une large clientèle qui lui conférait pouvoir et prestige au sein de la société (Amarasinghe, 1989). Suite à la capitalisation et marchandisation de la pêche, le système clientéliste s’est quelque peu érodé et les marchands (Mudalali) sont devenus l’élite sociale dominante. Aujourd’hui, si ce modèle de relation patron-client a disparu, la plupart des pêcheurs dépendent encore d’un tiers propriétaire des bateaux et du matériel de pêche pour exercer leur activité. Aussi, on retrouve des traces de ces relations passées dans les liens qui unissent les pêcheurs aux propriétaires des bateaux mais aussi aux marchands ou aux autres businessmen [2] du village qui forment aujourd’hui une élite locale diversifiée.

Dans le paysage sociopolitique local, de nombreuses micro-institutions de développement reflètent l’histoire des politiques de développement menées par le gouvernement sri lankais depuis l’indépendance en 1948. Ces institutions, créées pour la plupart dans les années 70 et 80, d’initiative publique ou privée, sont profondément ancrées dans une idéologie participative communautaire qui repose sur la rhétorique nationaliste véhiculée par l’Etat sri lankais postcolonial (Moore, 1989 ; Tennekoon, 1988 ; Woost, 1993). Dans cette idéologie, l’arrivée des « envahisseurs » successifs (les Indiens tamouls, les Musulmans, les Portugais, les Hollandais et les Britanniques) aurait provoqué la “chute” du pays, menant peu à peu à une perversion de la véritable culture cinghalaise. Cette idéologie repose sur un imaginaire collectif du passé selon lequel le Sri Lanka, avant cette “chute”, était une société prospère, divisée en communautés villageoises vivant en autosubsistance notamment grâce à la culture locale du riz. Ainsi, l’une des missions que se sont donnés les gouvernements successifs après l’indépendance fut de restaurer cette culture authentique du village cinghalais bouddhiste traditionnel, le petit paysan devenant la figure représentative de cette nation cinghalaise (Moore, 1989). Une telle idéologie qui semble toujours guider les politiques publiques entreprises à l’égard de la paysannerie, cadre donc avec l’idée générale de développement local participatif, centré sur la “communauté” et l’autosuffisance.

C’est dans ce cadre qu’une série d’institutions de développement et de CBOs (Community Based Organizations) prenant aujourd’hui essentiellement la forme d’organismes de microcrédits, fut créée dans les régions rurales du Sri Lanka. Ce mouvement témoigne d’une nouvelle occupation du terrain par le gouvernement qui intervient désormais de manière indirecte dans la vie des paysans et des pêcheurs, restés relativement à l’écart des politiques coloniales. Dans cette même vague, des figures étatiques décentralisées vont apparaître ou être réactualisées ; c’est notamment le cas du poste de Grama Niladhari qui fut officialisé dans les années 1970 pour réaffirmer le statut du Mundaliyar (chef de village) nommé sous le régime colonial britannique (Peebles, 2006). Un autre fonctionnaire important dans les communautés de pêcheurs est le Fisheries Inspector qui assure le respect des règles et lois gouvernementales dans la pratique de la pêche. Cette décentralisation se fait à deux niveaux : au niveau administratif avec, entre autres, les personnages précédemment cités et au niveau politique avec les « Pradeshiya Sabha » qui sont des comités de village formés d’élus locaux. Une variété de figures administratives et politiques décentralisées constituent donc le système de gouvernance locale dans les régions rurales du Sri Lanka.

L’histoire de l’ONG-T débute en 1993 lorsqu’une organisation caritative britannique décide de réaliser un état des lieux de la situation des tortues de mer au Sri Lanka. En partenariat avec une association environnementale sri lankaise (la Young Zoologists Association), les coopérants britanniques réalisent une enquête de grande ampleur dont les résultats révèlent que le village où l’ONG-T est maintenant implantée est l’un des sites de nidification les plus importants de la côte sri lankaise mais aussi l’un des plus hauts lieux de braconnage [3]. C’est ainsi qu’un projet de conservation est né de ce partenariat pour ensuite être conduit par l’équipe locale seule, devenue en 1996, une ONG sri lankaise indépendante en raison des difficultés rencontrées pour obtenir des financements extérieurs en étant attachée à l’organisme britannique. A la suite de ce détachement, ils obtiennent dans la même année leur premier financement de NORAD (Norwegian Agency for Cooperation and Development) de 3,2 millions de roupies destiné à lancer leur projet. Par la suite, l’ONG a régulièrement bénéficié de petits subsides issus de partenaires occidentaux (parfois locaux) diversifiés parmi lesquels on peut citer CIDA (Canadian International Development Agency), l’UNDP (United Nations Development Program) ou WSPA (World Society for the Protection of Animals).

Le premier objectif du projet était de “reconvertir” les anciens braconniers du village en « protecteurs » des tortues, gardes chargés de la surveillance de la plage moyennant un salaire fixe. Une vingtaine de villageois furent ainsi recrutés. Bien que cette “reconversion” ait rencontré quelques obstacles, la plupart des braconniers semblent avoir accueilli le projet de l’ONG-T avec un certain enthousiasme. Celui-ci est sans doute lié à deux raisons principales résumées par ce commentaire du doyen des « nest protectors », qui était auparavant l’un des deux marchands d’œufs de tortues du village.

« Mon premier sentiment… C’était comme une fleur dans mon cœur ! Parce que braconner comme ça… J’avais un vrai sentiment de culpabilité, je me sentais vraiment coupable de faire ce travail. Du coup, quand l’ONG-T est arrivée, c’était vraiment bien car ça voulait dire qu’on pouvait arrêter le braconnage, tout en gagnant de l’argent ! » (Charith, nest protector, février 2012, traduction de l’auteur)

Ainsi, l’ONG-T a réussi à intéresser les braconniers du village en raison de ces deux motivations principales : d’une part les avantages économiques à gagner en remplaçant une activité lucrative mais très précaire (le braconnage) par l’offre d’un salaire fixe intéressant (à l’époque, 100 roupies par ronde de 6 heures). D’autre part, une motivation « morale » liée probablement à l’idéologie bouddhiste en matière de rapports au monde animal. Sur la base de ces principes, être chasseur de tortues a toujours été considéré comme une activité immorale en raison de l’« innocence » prétendue de l’animal. Devenant « protecteurs », ces individus gagnaient donc un surcroît de moralité et une sécurité financière. La majorité de ces anciens braconniers sont issus de milieux plutôt défavorisés, généralement de familles de pêcheurs et bon nombre d’entre eux étaient, avant l’arrivée de l’ONG et le renforcement des lois, engagés dans d’autres activités illégales telles que l’extraction de corail, ou la fabrication d’alcool artisanal. C’est le cas par exemple de Chandra, jeune homme de 30 ans, natif du village et issu d’un milieu peu aisé, devenu aujourd’hui le guide officiel de l’ONG-T. Il avait décidé de s’engager dans le braconnage lorsqu’il n’était qu’un jeune adolescent pour subvenir aux besoins de sa famille, laissée dans la précarité suite au décès de son père. La maison de Chandra était connue des autres villageois comme le lieu où l’on fabriquait l’alcool artisanal illégal, et selon certains informateurs, l’endroit où l’on pouvait se procurer du cannabis. Avec le temps et la diversification des opportunités professionnelles au village, la situation de ces acteurs a pu, pour certains, évoluer dans le sens d’une ascension sociale relativement importante mais la majorité d’entre eux fait encore partie aujourd’hui des couches sociales locales les plus faibles.

Au-delà des objectifs de conservation, les promoteurs du projet partagent dès le début une volonté de promouvoir le développement économique « durable » de l’entièreté du village. Dans ce but, ils mèneront au fil des années des programmes de sensibilisation dans les écoles et des activités de développement économique à l’échelle du village. Dès le départ, l’accent est avant tout mis sur la participation active de la population locale à la conservation et au développement. Les programmes économiques qu’ils débutent alors visent en particulier les femmes, dans une stratégie d’empowerment, et consistent en l’octroi de moyens pour débuter des activités lucratives dans le village.

En 1996, l’ONG-T devient une organisation locale indépendante et met progressivement en place une petite équipe de leaders locaux. La pluralité des trajectoires de ces leaders a donné au départ la forme d’une collaboration entre de multiples instances : académique, associative et étatique (en engageant un fonctionnaire du Wildlife Department). À partir des années 2000, le projet va s’étendre à deux autres implantations : une plage de la côte Ouest où est mis en place un projet de protection des tortues similaire au premier et une implantation au Nord de Colombo dédié au volet « recherche » du projet [4].

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Figure 2
Régions où les projets de l’ONG-T sont implantés.
Source : http://www.carte-du-monde.net/135-s...

Enfin, en 2006, sous l’impulsion du projet mené par l’ONG-T, une zone du village comprenant la plage des tortues et une lagune servant de refuge à de nombreuses espèces animales et végétales fut déclarée « wildlife sanctuary » par le gouvernement [5]. Depuis lors, les wildlife officers (fonctionnaires du Wildlife Conservation Department) occupent le terrain et leurs rôles se confondent parfois avec ceux de l’ONG-T puisqu’ils sont chargés de la gestion de toute problématique environnementale touchant cette aire, y compris la protection des tortues sur la plage où travaillent les gardes de l’ONG-T.

Un dernier élément de contexte important est l’essor exceptionnel du tourisme [6] depuis la fin de la guerre qui place le pays dans une situation délicate vis-à-vis des politiques de conservation de l’environnement. Aussi, en de nombreux endroits, un dilemme se pose entre la protection de la nature et le développement des infrastructures touristiques et industrielles. Dans le village ethnographié, la plage des tortues est la principale attraction touristique. En effet, dès 1997, l’ONG lance le « turtle night watch program » consistant à accueillir les touristes le soir, sur la plage du village, pour qu’ils assistent au spectacle de la ponte des tortues contre une participation de 1000 roupies par personne [7]. Comme partout dans le pays, l’accroissement du nombre de touristes est visible localement. Aujourd’hui, en saison (de décembre à fin avril), entre 20 et 50 touristes viennent chaque soir observer la ponte des tortues. Le tourisme représente, comme dans de nombreux projets de conservation, un dimension cruciale puisqu’il est précisément censé constituer le pont entre la protection de la nature et la réduction de la pauvreté, objectif ultime des stratégies néolibérales de conservation (Castree, 2010 ; Dressler & Roth, 2011 ; Igoe & Brockington, 2007).

Lorsqu’une ONG implante un projet dans une arène locale, le devenir de ce projet dépend largement des contingences locales et de la façon dont les différents acteurs intégrés de près ou de loin vont se réapproprier les moyens, les ressources et les résultats de ce projet. Par ailleurs, il est très probable que la mise en place d’un tel projet localement ait une influence sur les structures sociales locales en créant de nouveaux espaces d’expression et de conflits (West, Igoe, & Brockington, 2006). Pour comprendre le rôle de l’ONG-T au sein de cette arène locale, j’utiliserai la notion de « gouvernance ».

La « gouvernance », malgré le caractère polysémique du terme, est aujourd’hui une notion largement utilisée tant au niveau des organismes de développement qu’au niveau de la recherche portant sur ce sujet. En sciences sociales, la notion fait l’objet de nombreux désaccords et critiques. On lui reproche notamment son caractère passe-partout (Froger, 2006), sa banalisation ou sa portée morale et idéologique, principalement dans l’usage qu’il en est fait au sein des organismes de développement et en particulier la Banque Mondiale depuis la fin des années 80, avec le concept de « bonne gouvernance » (Blundo, 2002 ; Crowley, 2003 ; Olivier de Sardan, 2010 ; Theys, 2003). Au sein des approches critiques du développement, il est aussi reproché à la notion de gouvernance de « lisser » la réalité en masquant l’entreprise de dépolitisation qui est à l’œuvre dans toute intervention en matière de développement (Escobar, 1995 ; Ferguson, 1990, 2002 ; Igoe & Croucher, 2007). En effet, les politiques de développement sont souvent présentées sur un mode technique qui dissimule les enjeux de pouvoirs, les tensions, les inégalités et donc le caractère résolument politique de toute intervention de développement (Olivier de Sardan, 2010). Si je partage entièrement ce dernier constat, le revers de cette critique est de tomber dans une vision des interventions de développement en tant qu’entreprise hégémonique de domination. Or, comme le souligne Olivier de Sardan (2010), le développement ne peut se réduire à cette seule dimension.

Au-delà de ces diverses critiques, une génération plus récente de chercheurs a élaboré un usage davantage analytique du concept que je partagerai en grande partie dans mon analyse. Cette approche, développée principalement par des chercheurs africanistes (voir notamment : Blundo, 2002 ; Olivier de Sardan, 2010), a le mérite de répondre aux deux critiques principales du concept de gouvernance puisque d’une part, via une perspective éminemment empirique, elle se débarrasse de tous aspects idéologiques et normatifs et, d’autre part, elle réintègre les dimensions politiques de l’action publique dans l’analyse de la gouvernance. Blundo, résume bien les ambitions de cette perspective par une question de départ synthétique :

« Comment les différents acteurs et groupes sociaux (étatiques, paraétatiques, privés, etc.) définissent et règlent les affaires qu’ils conçoivent comme publiques, en d’autres termes comment ils se gouvernent au sens premier du terme (et repris par Foucault [1994] avec la notion de gouvernementalité) ? » (Blundo, 2002 : 4)

Ainsi, cette approche a pour premier objet l’étude de l’interface entre les délivreurs de services publics et les usagers mais ambitionne de sortir de la perspective locale pour « saisir empiriquement les articulations entre le niveau local, national et international » (Blundo, 2002 : 5). C’est ce type d’approche, compréhensive et multidimensionnelle, qui sera privilégiée dans cette analyse.

À partir de cette définition de base, c’est sur la gouvernance « environnementale » que j’entends ici me pencher et qui implique plusieurs pôles étroitement imbriqués. Premièrement, la gouvernance telle qu’elle est définie ici met nécessairement en jeu une pluralité d’acteurs et d’intérêts. Toute mesure prise à l’égard de l’environnement implique nécessairement la participation d’acteurs et de groupes locaux dont les intérêts peuvent être divergents et changeants selon les opportunités que ces mesures vont créer (Agrawal & Gibson, 1999). Deuxièmement, la gouvernance environnementale implique la prise en compte des structures locales : les programmes de conservation ne peuvent jamais prévoir toutes les contingences locales qui vont inévitablement influencer le devenir de ces programmes sur le terrain. Troisièmement, le pôle institutionnel de la gouvernance environnementale est toujours présent pour structurer et légitimer les actions entreprises pour la conservation. Dans une perspective interactionniste, je partage l’idée qu’il faut s’intéresser conjointement à ces trois niveaux de gouvernance pour saisir les interfaces entre acteurs, intérêts, structures, institutions et environnement (Agrawal & Gibson, 1999 ; Brosius & Russell, 2003 ; Ellen, 1999 ; Li, 2007 ; West & Brockington, 2006).

Au premier abord, l’arrivée de l’ONG-T n’a pas profondément changé la condition sociale du groupe-cible, les nest protectors, puisque ces individus n’ont pas fondamentalement changé de statut socio-économique suite à leur engagement dans le projet de l’ONG-T [8]. Néanmoins, si on élargit la focale à l’ensemble du village, l’arrivée de l’ONG-T semble tout de même avoir induit certains changements dans l’arène locale. Parmi ces changements, l’organisation a propulsé plusieurs acteurs au-devant de la scène publique locale, et ainsi transformé d’une certaine manière les structures de pouvoir. En effet, certains acteurs, en particulier les leaders de l’ONG [9], ont acquis un pouvoir et une reconnaissance sociale considérables via leur statut dans le projet. Cela se traduit notamment par l’évocation récurrente par les informateurs (ayant un lien direct ou non avec le projet) de ces leaders comme des figures influençant depuis de nombreuses années la vie locale et les changements socio-économiques dans le village.

Le prestige et le pouvoir dont disposent aujourd’hui ces quelques individus seraient sans doute moindres si l’ONG n’avait pas acquis une telle importance symbolique et économique dans le village. En effet, aujourd’hui, le projet et le symbole de la tortue sont visibles partout, jusqu’aux abris bus disséminés dans le village qui arborent des dessins de tortues accompagnés du logo de l’ONG. Plus encore, il est remarquable que l’organisme ait investi (financièrement) toutes les sphères de la vie publique locale, de l’école au temple en passant par les groupements féminins. En outre, via l’ONG-T, le village est projeté et représenté sur la scène internationale. Ainsi, une transformation majeure induite par l’arrivée de l’organisation est la manière dont celle-ci a contribué à “ouvrir” le village à une série d’« outsiders » qui ont intégré l’arène locale et, par-là, modifié les rapports sociaux. Il ne s’agit pas uniquement des touristes mais également de partenaires étatiques et d’une multitude de coopérants occidentaux qui ponctuellement depuis les années 90 apparaissent pour une durée limitée pour visiter, “évaluer” ou travailler bénévolement pour le projet. De même, les leaders de l’ONG eux-mêmes, à l’exception du trésorier, ne sont pas ressortissants du village et le statut qu’ils ont progressivement acquis a entrainé d’une part, des changements dans leurs trajectoires personnelles, mais aussi, localement, des modifications du système de relations sociales. Ce constat n’est pas exclusif à l’ONG-T mais peut être partiellement étendu aux multiples organismes locaux de développement (étatiques et non-étatiques) dont la prolifération a engendré localement l’apparition de nouvelles figures de contrôle qui assument un rôle d’intermédiaire entre les populations locales et l’extérieur. Au-delà des fonctionnaires du gouvernement qui assurent localement la médiation de l’Etat, les leaders locaux de ces groupements participent aussi aujourd’hui à la gouvernance locale. Les leaders de l’ONG-T font partie de ces acteurs clés de la vie associative locale. Il semble pertinent d’effectuer ici un rapprochement avec la notion de « courtier en développement » utilisée notamment par Bierschenk et Olivier de Sardan (1993) qui, bien que ne correspondant pas à l’intégralité des responsables de ces associations, semble utile pour comprendre le rôle des leaders de l’ONG-T. Dans leurs termes, les courtiers sont :

« ces acteurs sociaux implantés dans une arène locale (dans laquelle ils jouent un rôle politique plus ou moins direct) qui servent d’intermédiaires pour drainer (vers l’espace social correspondant à cette arène) des ressources extérieures relevant de l’aide au développement » (Bierschenk, Chauveau, & Olivier de Sardan, 2000 : 2).

À l’interface entre les pourvoyeurs de ressources et les populations locales, ces figures locales sont donc d’une importance capitale lorsqu’on entend étudier la « gouvernance » telle que définie précédemment. Bien qu’il ne soit pas un habitant du village, le chairman de l’ONG-T endosse bien ce statut d’intermédiaire. D’abord, il remplit une fonction claire de médiation et de drainage des ressources extérieures puisqu’il est chargé du maintien des contacts avec les organismes bailleurs de fonds et il représente l’organisation sur la scène publique internationale. Au vu du parcours personnel de cet individu, nous pouvons envisager son statut d’intermédiaire comme l’élément clé d’une stratégie d’ascension sociale (Blundo, 2000).

Né le 10 avril 1971, Damith est issu d’une famille relativement aisée habitant à Panadura, un quartier de la périphérie de la capitale (Colombo). Selon lui, il est tombé « amoureux de la nature » durant son enfance car il a grandi dans une maison qui bordait un lagon où, me dit-il, il a passé beaucoup de temps à observer la riche faune et flore caractéristique de cet écosystème. À 15 ans, il a intégré la Young Zoologists Association et a travaillé volontairement au zoo de Colombo. Sa place dans la YZA, où il a été successivement volontaire, instructeur, secrétaire et vice-président, lui a permis de visiter de nombreux sites au Sri Lanka célèbres pour la vie sauvage qu’ils abritent. Simultanément, il était membre dans les années 90 de plusieurs mouvements ou groupes naturalistes dans lesquels il participait activement.

En 1993, lorsque l’organisme britannique décide de mener une enquête sur les populations de tortues, en partenariat avec la YZA, Damith est donc dans une position idéale pour devenir l’un des médiateurs entre ces volontaires britanniques et les populations locales. Aussi, après avoir introduit le projet dans le village concerné et après avoir travaillé activement et bénévolement pour le projet pendant 3 ans, c’est tout naturellement que Damith sera désigné comme le leader idéal pour maintenir le projet, après le départ des volontaires britanniques. À partir de là, le parcours du Chairman prend une autre tournure.

Lorsqu’il devient officiellement chairman du projet, Damith s’attribue dans un premier temps un salaire équivalent à celui que gagnaient les leaders britanniques lorsqu’ils étaient actifs sur le terrain (10 000 roupies). À partir des années 90 et en particulier du lancement du projet, il participe à de nombreuses manifestations nationales et internationales (conférences, symposiums, etc.). Quelques années après avoir suivi un BSc à l’Open University de Colombo, il obtient en 2010 une bourse pour réaliser un MSc en conservation et tourisme à l’université de Kent à Canterbury où il a séjourné pendant un an. L’aide d’un des volontaires de l’organisme britannique ayant lancé le projet-tortues a été, selon Damith, décisive dans l’obtention de cette bourse. Tout au long de son parcours, il s’est investi activement dans différents réseaux associatifs locaux ou internationaux comme Nature Foundation (importante ONG sri lankaise) ou l’IUCN où il a été engagé comme chercheur spécialiste des tortues marines. Damith fait aujourd’hui partie du Lion’s club de Panadura et est aussi engagé dans des activités religieuses puisqu’il enseigne le bouddhisme aux enfants à l’école du dimanche de Panadura. Enfin, il va prochainement poursuivre son parcours académique en débutant un PhD au Royaume-Uni suite à une bourse d’études qu’il a récemment obtenue.

S’il est clair que le statut de chairman au sein de l’ONG-T a été déterminant dans cette trajectoire ascensionnelle, Damith n’est pas devenu leader d’une organisation environnementale par hasard. En effet, sa position préalable dans différentes organisations, son milieu de vie (une famille urbaine relativement aisée), et ses compétences personnelles (par exemple, la connaissance de l’anglais) furent des caractéristiques déterminantes pour son accès à cette position. Parallèlement à ce parcours professionnel, un enrichissement économique évident et une distanciation progressive des modes de vie « ruraux » va également dans le sens d’une stratégie d’ascension sociale. Le cosmopolitisme, l’internationalisme, la position à l’intersection de réseaux sociaux de différentes natures (associatif, religieux, politique) sont autant de caractéristiques que l’on retrouve généralement chez les intermédiaires du développement qui ont été largement étudiés dans d’autres contextes (Bierschenk et al., 2000 ; Bierschenk & Olivier de Sardan, 1993 ; Blundo, 2000 ; Siméant, 2001). Le cas du Chairman de l’ONG-T n’est bien entendu pas unique, et l’on retrouve ce type de parcours social ascensionnel, bien que souvent moins spectaculaire, chez les leaders des différentes micro-institutions de développement du village qui ne sont pas pour autant tous issus de classes sociales aisées.

Au-delà des parcours biographiques et des motivations de ces acteurs, sujet largement étudié par ailleurs (voir notamment Blundo, 2000), il est pertinent de se questionner sur l’impact de la multiplication de ces figures intermédiaires sur le système de relations sociales préexistant. Dans la société rurale sri lankaise, ces figures de courtage semblent de prime abord facilement s’intégrer dans le système traditionnel de gouvernance composé, comme je l’ai déjà mentionné, d’une multitude de figures locales décentralisées étatiques et politiques. Néanmoins, l’émergence de ces acteurs civils sur la scène locale complexifie d’une certaine manière les structures de relations. En effet, je l’ai mentionné, les relations de pouvoir dans les sociétés de pêcheurs étaient généralement organisées sur base de l’activité professionnelle et les marchands (mudalali) représentaient l’élite sociale, faisant reposer leur pouvoir sur un système de relations patron-clients. Par la suite, l’élite s’est diversifiée avec la multiplication des activités professionnelles, et ce sont ceux que l’on catégorise comme les « businessmen » qui représentent aujourd’hui les notables du village. Eu égard à ce qui a été dit précédemment, les institutions locales participent aussi maintenant à la diversification de cette classe en propulsant certains acteurs locaux dans une position de pouvoir. Ainsi, ces “nouveaux” acteurs sont amenés aujourd’hui à partager la scène politique locale aux côtés des figures traditionnelles de pouvoir et des figures locales de l’Etat, avec lesquelles, bien souvent, ils entretiennent des relations privilégiées, comme c’est le cas de Damith, le chairman de l’ONG-T. Nous pouvons voir par exemple dans son choix d’intégrer Amanda, veuve d’un des hommes les plus riches du village, comme “intendante” de l’ONG-T, comme une stratégie, consciente ou non, d’alliance avec d’une part, l’élite sociale du village et, d’autre part, la sphère politique au vu des relations que cette dernière entretient avec certains politiciens [10].

Au-delà des alliances possibles entre les différentes figures locales de pouvoir, il n’est pas étonnant de voir également apparaître des formes de concurrence entre l’ONG-T et les autres institutions de développement. Cette concurrence prend d’abord la forme de rivalités entre les leaders de ces organisations. À ce titre, c’est avec la coopérative de pêcheurs [11] que ces relations de concurrence sont les plus visibles. Lors d’un entretien avec le président de la coopérative, il me fait part d’un projet d’écotourisme qu’il aimerait développer dans son village, avec la participation des membres de la coopérative. Son objectif est de promouvoir le « homestaying  » [12] pour les touristes visitant le village et de mettre en place des forfaits de séjour incluant des activités (éco)touristiques et l’hébergement. Lorsque je lui demande comment il compte inclure l’ONG-T et les tortues dans ce projet, le président me fait part de son opinion sur l’ONG :

- « Avez-vous déjà informé l’ONG-T de votre projet ?
- Non… Parce que les leaders de l’ONG pensent qu’ils sont les seuls à pouvoir faire du tourisme dans le village. Ils veulent garder la mainmise sur le tourisme […] Dans le passé, on s’est disputé avec l’ONG-T pour qu’ils augmentent les salaires des nest protectors parce qu’à ce moment-là, ils ne les payaient que 250 roupies pour 8 heures de travail.
- Et ça a marché ?
- Non. Certaines personnes de l’ONG-T, certains de leurs travailleurs, ont demandé pour transférer le projet-tortues à la coopérative. 80% des travailleurs de l’ONG-T sont déjà venus discuter avec moi, disant qu’ils aimeraient que je reprenne le projet en main
 » (Fisheries Cooperative president, mars 2012, traduction de l’auteur).

Il est clair, dans cet extrait, qu’une rivalité entre les deux organismes locaux existe. La concurrence concerne d’abord le monopole du tourisme mais l’enjeu de cette compétition est aussi l’adhésion de la population à l’une ou l’autre institution. En effet, dans le conflit opposant les travailleurs locaux aux membres du comité de l’ONG, la coopérative (son président) prend parti et défend les travailleurs. L’enjeu de cette rivalité est bien l’accès aux ressources stratégiques (comme le tourisme) et le gain de pouvoir sur la population locale. Le développement durable et la « nature » peuvent donc devenir l’enjeu de luttes politiques entre des « courtiers » de différents organismes de développement, acteurs de la gouvernance locale.

En résumé, l’arrivée de l’ONG-T dans le village et des nouveaux acteurs qu’elle met en scène, a donc eu un impact relativement important sur les structures sociopolitiques locales. Via la propulsion de certains acteurs dans une position de pouvoir et de prestige, la prolifération des organismes locaux de développement a induit une multiplication et une diversification des instances locales de gouvernance. En outre, les relations entre ces acteurs et la population locale semblent généralement correspondre aux structures traditionnelles de relations reposant sur un système de patronage. C’est d’ailleurs un constat qui s’avère concerner l’ensemble du pays où la distribution de l’« aide au développement » (autant dans les circuits étatiques qu’en dehors) a été et est encore souvent aujourd’hui basée sur des logiques de patronage et de privilège (Amarasinghe, 2006 ; Wickramasinghe, 2006). Cependant, comme nous le verrons dans la partie qui suit, ces pratiques sont aujourd’hui parfois remises en question par divers acteurs stratégiques.

Au fil des années, la situation de l’ONG-T et sa légitimité se sont dégradées, en particulier ces deux dernières années. Aujourd’hui, elle connait des difficultés majeures pour maintenir son projet [13]. Au-delà d’un manque de financements externes, un problème majeur auquel fait face aujourd’hui l’ONG-T est le manque de légitimité dont souffrent de plus en plus les leaders du projet face à la population et aux travailleurs locaux. La raison du conflit est somme toute assez banale : les travailleurs locaux réclament un salaire supérieur à que ce que le chairman accepte de les payer, soutenant que l’ONG n’a pas les moyens. Dans ces conflits opposant les travailleurs aux leaders, ces derniers sont suspectés de corruption et leurs pratiques clientélistes sont contestées. En dehors des nombreux exemples de détournements d’argent (par les leaders ou les travailleurs locaux) qui m’ont été relatés et auxquels, dans de rares cas, j’ai assisté ; les leaders de l’ONG-T sont accusés de favoritisme à l’égard de certains travailleurs ou villageois sur base de relations personnelles. Bien entendu, ce genre de soupçons, présents dans n’importe quel contexte de développement, participe à la création de conflits entre les différentes parties. Si ce type de pratiques semble être toléré dans une société qui repose sur un système de patronage, elles sont aujourd’hui remises en question par les travailleurs de l’ONG car l’institution ne correspond plus à leurs attentes. Un reproche supplémentaire envers les leaders est le manque de transparence de l’institution, comme le suggère par exemple Ruwan, un autre nest protector :

« Chaque fois, ils nous disent “on n’a plus de fonds, on n’a pas assez d’argent pour payer”. Mais même le président des nest protectors [à la tête du groupe des travailleurs] ne sait rien à propos des pays donateurs, des ONG, etc. » (Ruwan, nest protector, février 2012, traduction de l’auteur).

Mais l’argument fédérateur de leur colère est plus implicite et tient à la distanciation progressive des leaders de l’ONG, en particulier du chairman, des modes de vie ruraux et, de ce fait, des « besoins » ou des « intérêts » des villageois.

« Avant, ils [les leaders de l’ONG] venaient au village, ils venaient sur la plage où on travaille, ils allaient chez les travailleurs, ils prenaient le bus. Maintenant, tu peux voir la différence dans leurs façons de vivre, ils ont des véhicules, de l’argent… » (Isuru, nest protector, Mars 2012, traduction de l’auteur). « Quand le projet a commencé, Damith venait ici avec des ressources normales mais maintenant, il a et montre un style de vie luxueux mais les nest protectors, eux, sont toujours exactement dans la même situation qu’au début » (Lakmal, nest protector, Février 2012, traduction de l’auteur).

Le chairman lui-même reconnait, non sans une pointe de nostalgie, ce changement et cette distanciation qui, pour lui, sont pourtant légitimes et inévitables.

« Tu vois, quand on travaillait au début au village, on y était à plein temps. On portait des sarongs, on jouait au cricket avec les villageois, on se baignait dans le lagon et dans l’océan… Engagement total, tu vois ? […] et en fait, à ce moment-là, je peux te montrer des photos, on n’avait pas d’eau, pas d’électricité, pas de véhicules… Pendant des années, on ne se déplaçait qu’en transports publics et à pied. Et du coup, on partageait beaucoup de choses avec eux… » (Chairman de l’ONG-T, Mars 2012, traduction de l’auteur)

Le chairman, et dans une certaine mesure le reste du comité, a donc perdu sa légitimité en partie car il lui est reproché d’avoir abusé de sa position pour son propre enrichissement, tout en maintenant les travailleurs locaux dans leur précarité.

En conséquence de ces problèmes, l’ONG qui a finalement déclaré en septembre 2012 son incapacité à continuer à payer les salaires des travailleurs, a récemment mis fin au management local du projet de protection des tortues qui était, lors de ma dernière visite sur le terrain (avril 2013) géré par les 20 travailleurs locaux. Ces conflits internes croissant rendent l’ONG-T fragile et à mesure que la situation s’envenime, des instances externes sont amenées à prendre part au conflit. C’est le cas des Wildlife Officers qui sont les premiers « rivaux » en matière de gestion de l’environnement dans le village. Ces conflits et rivalités ont toujours été latents dans les relations entre les travailleurs du projet et les Wildlife Officers. En effet, si, en 2006, une forme de partenariat s’est officiellement construite entre l’ONG-T et cette institution étatique pour la protection de la plage ; ces nouveaux arrivants ont représenté d’emblée une forme de concurrence puisqu’ils étaient chargés, grosso modo, des mêmes tâches que celles assignées aux travailleurs de l’ONG-T. Par ailleurs, ces acteurs gouvernementaux représentaient une instance extérieure supplémentaire de contrôle difficile à accepter pour les nest protectors. Dans ces conflits aujourd’hui exacerbés par la fragilité de l’institution, c’est la légitimité des différents usagers de l’aire protégée qui est remise en question. Aussi, le cadre de ces conflits dépasse les frontières du village où est implantée l’ONG puisque dans d’autres « lieux » de conservation sur lesquels je me suis penchée par la suite, les acteurs impliqués (notamment des Wildlife Officers) ont souvent connaissance des problèmes courants de l’ONG-T. C’est le cas d’un des fonctionnaires en charge d’un parc national du district d’Hambantota qui un jour, lorsque je lui précise que l’entretien est fini et après avoir arrêté l’enregistreur, me fait part de son avis sur l’ONG-T dont il a beaucoup entendu parler récemment :

« Je suis au courant de tous les problèmes de l’ONG-T. Ils font du business, ce n’est pas de la conservation, c’est seulement du business. Pour l’instant il y a de gros problèmes et des disputes entre les wildlife officers et les travailleurs de l’ONG. Le problème c’est que ces nest protectors travaillent là depuis si longtemps, ils pensent que c’est leur territoire ! Donc les Wildlife officers ne peuvent pas prendre le leadership… Mais personnellement, je crois que dans peu de temps, les Wildlife officers vont prendre le projet en main et que les travailleurs vont perdre leur job » (Wildlife Officer de Bundala, février 2013, traduction de l’auteur).

Cet extrait résume bien l’enjeu foncier du conflit. Cette revendication des nest protectors de leur droit de propriété sur l’espace de la plage m’était déjà apparue précédemment dans d’autres conflits mineurs émergeant ponctuellement entre ces derniers et une série d’outsiders (touristes sri lankais et étrangers, fonctionnaires locaux ou autres visiteurs) qui, dès les débuts du projet, ont été considérés comme des « intrus » sur la plage en raison de leur extériorité au village. Lors de ces conflits, les nest protectors utilisent des arguments de ce type : « C’est ma plage, ce sont mes tortues, tu n’as rien à décider ici ». Ces revendications montrent que les termes de ces conflits sont loin de relever uniquement du droit foncier officiel — qui fait d’ailleurs de l’espace protégé une propriété publique — mais fait intervenir une série de normes pratiques et règles informelles d’accès et de gestion des ressources naturelles. En effet, ce qui semble traditionnellement structurer l’accès aux ressources de la plage relève du genre et de l’activité professionnelle puisque, ordinairement, seuls les pêcheurs (donc les hommes) fréquentent régulièrement cet espace (Amarasinghe, 2006). Or les braconniers, étant pour la plupart pêcheurs, faisaient partie des usagers « légitimes » de cet espace avant l’arrivée de l’ONG. Aujourd’hui, si l’ONG-T a érigé certaines barrières en matière d’accès aux ressources (fin du braconnage), elle a aussi « ouvert » l’espace à d’autres catégories d’acteurs : les touristes, les Wildlife Officers, et l’ensemble des villageois qui viennent occasionnellement observer les tortues. Ainsi, les règles informelles de gouvernance de l’espace ont changé et ses usagers légitimes ont été requalifiés, ce qui n’est pas forcément accepté comme tel par les divers groupes locaux.

Finalement, la fragilité de la situation actuelle du projet de l’ONG-T amène aussi d’autres courtiers locaux, comme les leaders des institutions de développement « concurrentes », mais aussi des acteurs privés (par exemple le propriétaire britannique de l’hôtel du village) à occuper la scène et à prendre part aux conflits pour en tirer avantage.

Dans ce contexte, l’heure est aujourd’hui aux négociations entre les différents acteurs de la gouvernance environnementale. L’enjeu de ces négociations est de déterminer quel est l’acteur le plus compétent et légitime pour exercer la gouvernance des aires protégées et en tirer des bénéfices. Cette histoire est loin d’être un cas unique. Elle peut être étendue à d’autres projets de conservation au Sri Lanka où les organisations de la société civile et les structures gouvernementales luttent pour le contrôle et le management des ressources naturelles. Dans ces conflits, l’Etat semble gagner du terrain au détriment des acteurs de la société civile qui sont de plus en plus discrédités. Ces problèmes font certainement écho à la situation générale de la société civile sri lankaise. D’autres auteurs ont mis en avant les partenariats quasi inexistants entre l’Etat et le secteur privé au Sri Lanka (Amarasuriya & Spencer, 2012 ; Wickramasinghe, 2001). Plus encore, en raison d’une crise de légitimité au sein des médias et du gouvernement dont semblent souffrir les ONG depuis la fin de la guerre, leurs activités sont le plus souvent isolées des programmes ou politiques publiques mis en place dans des secteurs similaires (Wickramasinghe, 2001 : 94). À l’heure actuelle, les acteurs non-étatiques ont de moins en moins de place face à un gouvernement qui s’avère être de plus en plus autoritaire (DeVotta, 2010).

Les aspects abordés précédemment montrent qu’une lecture en termes d’effets sociopolitiques des projets de conservation est possible bien que ces effets n’apparaissent pas au premier coup d’œil et ne soient souvent pas « calculés » ou planifiés par les promoteurs (Brosius, 1999 ; Escobar, 1995 ; Ferguson, 1990). Les objectifs officiels de ces projets (conservation de la nature, protection de la biodiversité, développement durable, etc.) contribuent à masquer ces conséquences sociopolitiques qui sont pourtant, toujours observables dans ce type de contexte. Ignorer ces effets “secondaires” peut mener à une incompréhension des résultats (positifs ou négatifs) du projet, tant en matière de protection de l’environnement, qu’en terme de développement local ou de lutte contre la pauvreté.

À travers le cas de l’ONG-T, j’ai montré notamment comment ce type de projet peut contribuer à certaines reconfigurations des structures de pouvoir locales et à l’apparition de nouvelles “luttes” économiques et politiques. En outre, cet article a mis en lumière l’importance des structures historiques de relations pour comprendre le rôle de ces “nouveaux” leaders dans l’arène locale. Finalement, j’ai brièvement exposé la complexité des relations entre les divers acteurs de la gouvernance environnementale au Sri Lanka : l’Etat, la société civile et les populations locales qui luttent pour défendre leurs propres intérêts dans la « conservation de la nature ». La dernière partie de l’article suggère que les interventions en matière de développement ou de conservation sont des lieux d’expression des rapports entre localités, gouvernement et institutions transnationales. Au Sri Lanka, cet aspect semble se traduire notamment par une centralité croissante de l’Etat par rapport aux acteurs civils locaux et internationaux.

De manière générale, les débats à propos de la gouvernance environnementale posent la question de l’acteur qui occupe la meilleure position pour gérer les ressources naturelles et leur conservation. Comme il a été montré dans cet article, une pluralité d’acteurs publics et privés joue un rôle important et, localement, cette diversité donne lieu à des formes hybrides de gouvernance (Buscher & Dressler, 2007). Aux côtés des acteurs politiques traditionnels, les leaders des associations telles que celle étudiée ici prennent désormais part aux régimes locaux de gouvernance et peuvent partiellement les transformer. C’est bien là un des objectifs officiels des modèles néolibéraux de conservation : créer des formes hybrides de gouvernance dans lesquelles l’Etat, les communautés locales, les organismes de la société civile partageraient harmonieusement la responsabilité. Les résultats attendus étant la protection de la nature dans une voie démocratique, efficace, équitable et profitable pour tous (Igoe & Brockington, 2007). Néanmoins, l’exemple utilisé dans cet article montre que cette hybridité, loin de se réaliser “en harmonie” génère davantage de complexité localement. En effet, dans le microprojet étudié ici, la logique gagnant-gagnant est loin d’être atteinte puisque les bénéficiaires “réels” du projet sont finalement une poignée d’individus (les courtiers) qui ont pu tirer profit de la structure mise en place. L’analyse a également révélé que derrière le procédé technocratique, participatif mis en place localement, il existe des tensions et des enjeux politiques de pouvoir importants.

Au-delà de ces divers enjeux, on est en droit de se poser la question suivante : que reste-t-il de la « nature », censée être la cible première de ces projets ? Pour le cas de l’ONG-T, si la tortue, dans les représentations locales, est a priori passée d’un animal source d’alimentation et surtout de revenus à un animal que l’homme se doit de sauvegarder ; pour les différents acteurs locaux, c’est la valeur économique de sa protection qui prime. Les leaders eux-mêmes reconnaissent volontiers cette instrumentalisation de la tortue :

« peu importe où tu vas, tu peux commencer par la maison d’Amanda, tu peux voir les tortues peintes sur les murs, sur les abris bus aussi… L’idée c’est que le village entier peut se développer en utilisant le symbole de la tortue » (Chairman de l’ONG-T, mars 2012, traduction de l’auteur). .

Ainsi, la tortue est manifestement devenue un symbole instrumentalisé à des fins de développement local. Cette proposition pourrait sans doute être généralisée à la plupart des projets qualifiés de « développement durable » et plus encore, à ceux axés sur le tourisme. Le tourisme, sensé combiner conservation de la nature et développement économique local participe à transformer la nature protégée en une ressource économique et politique stratégique, en un “outil” de développement.

On peut voir dans ces conclusions des rapprochements avec la littérature critique sur les modèles néolibéraux de conservation (Castree, 2010 ; Dressler & Roth, 2011 ; Fletcher, 2010 ; Igoe & Brockington, 2007 ; Igoe & Croucher, 2007). Dans ce domaine, les auteurs ont généralement mis l’accent sur la manière dont les interventions de conservation aujourd’hui vont de pair avec une régulation et un contrôle accru des ressources et des populations locales par des instances extérieures (étatiques et non-étatiques), et ce, bien souvent, au désavantage des populations locales contrairement aux objectifs officiels prônés par ce modèle. Si certains éléments présentés dans cet article viennent en effet conforter cette critique générale des interventions néolibérales, un aspect important semble manquer dans les travaux existants. En effet, si les chercheurs mettent souvent en avant les rapports (généralement de domination, ou de pouvoir) entre les “planificateurs” (au sens large, c’est-à-dire l’Etat ou tout organisme extérieur) et les populations locales — en d’autres termes, les rapports entre “gouvernés” et “gouvernants” — ils ont trop souvent tendance à considérer ces deux catégories comme strictement opposées et homogènes sans tenir réellement compte des interfaces entre les différents acteurs de part et d’autre. Or, plus qu’une opposition stricte entre des “gagnants” et des “perdants”, il s’agit davantage d’un ensemble complexe de relations, de tensions où chaque « stakeholder » de la conservation s’approprie les interventions mises en place en fonction de ses attentes et intérêts. C’est pourquoi, comme le suggère l’étude de cas présentée ici, il est pertinent d’intégrer aussi dans l’analyse les rapports, souvent complexes, entre les différents intervenants dans la conservation : les ONG, l’Etat, les groupements villageois, les élites locales, les figures traditionnelles de pouvoir, etc. Cette perspective, et l’usage analytique que j’ai tenté de faire ici du concept de gouvernance, permet à mon sens d’éviter le piège d’une vision binaire entre les “populations locales” et les “promoteurs de projet” que l’on retrouve trop souvent dans la littérature et qui mène au piège d’une vision des interventions de développement et de conservation comme participant à une entreprise hégémonique qui se fait toujours au détriment des plus faibles et au service des “puissants”. Il serait d’ailleurs intéressant à ce titre d’étudier en parallèle des dimensions mises ici en avant, les modes quotidiens de résistance à ces mesures de conservation, à la « re-régulation » (Igoe & Croucher, 2007) dont les ressources et les individus sont l’objet et la façon dont les populations locales peuvent s’approprier, voir transformer, de diverses manières les modèles néolibéraux de conservation.

 
 

Notes

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[1] La caste dominante au Sri Lanka, du côté cinghalais, fut pendant longtemps les goyigamas qui renvoie traditionnellement à la classe des agriculteurs (govi) ou des propriétaires d’exploitations. La hiérarchie des castes étant à l’origine basée sur la propriété des terres, les goyigamas ont toujours été considérés comme supérieurs aux karavas, essentiellement pêcheurs (Jiggins, 2010 ; De Silva, 1981). Aujourd’hui cette hiérarchie de castes semble avoir de moins en moins d’importance dans la structuration des rapports sociaux bien qu’elle joue encore un rôle mineur dans les unions matrimoniales par exemple.

[2] Cette catégorie d’acteurs, aujourd’hui très hétérogène, est toujours désignée en cinghalais par le terme Mudalali dont le sens d’origine (« marchand ») s’est aujourd’hui élargi aux autres types de businessmen.

[3] Malgré la législation en matière de protection des tortues qui interdit depuis 1972 le prélèvement et la vente des œufs et viande de tortue, ce commerce était encore massivement pratiqué jusque dans les années 90. Dans le village où l’enquête a été menée, les œufs et la viande étaient principalement exportés au Nord du pays. Aujourd’hui, il existe encore une consommation marginale et un commerce souterrain, principalement des œufs de tortues, considérés comme un produit de luxe.

[4] Les trois implantations réunissent un total de 60 travailleurs salariés.

[5] Parmi les différentes catégories d’aires protégées, les wildlife sanctuaries peuvent comprendre des espaces privés et publics. L’activité humaine y est tolérée excepté la chasse et le prélèvement de toute ressource naturelle (Fauna and Flora Protection Ordinance, 2010).

[6] Le nombre de touristes a pratiquement doublé entre 2009 et 2011, passant de 447 890 à 855 975 entrées (Sri Lanka Tourism Development Authority, 2011 : 15).

[7] Ce qui équivaut environ à 6 euros.

[8] Les pêcheurs sont pour la plupart restés pêcheurs et considèrent leur poste au sein de l’ONG-T comme une activité complémentaire mais pas suffisante. Ceux qui n’ont pour métier que celui de nest protector (quatre d’entre eux), se retrouvent dans une situation particulièrement précaire. Ils gagnent au maximum 12 000 roupies par mois ce qui est un très faible salaire à l’heure actuelle au Sri Lanka.

[9] C’est-à-dire les membres du « comité » composé d’un chairman, un trésorier, un secrétaire, un responsable marketing et un « site manager » responsable du volet « recherche ».

[10] Sans pouvoir ici rentrer dans les détails, Amanda (61 ans) est issue d’une famille aisée et d’une belle-famille davantage aisée qui entretient depuis longtemps des contacts relativement étroits avec la famille présidentielle (originaire de la région). Elle est en outre membre active de plusieurs organismes locaux de développement dans certains desquels elle occupe une position de leader (secrétaire, présidente ou trésorière). Elle est devenue « l’intendante » de l’ONG-T dès les débuts du projet mais est aussi l’hôte des travailleurs occidentaux (volontaires ou coopérants et, ponctuellement, des touristes) pour qui elle loue des chambres dans sa maison.

[11] Implantées par le gouvernement dans chaque village côtier à la fin des années 1980, les Fisheries Cooperatives s’apparentent à des institutions de microcrédits. Ces institutions locales dépendent du Ministry of Fisheries and Aquatic Resources et du Department of Cooperative Development. Au-delà des microcrédits, les coopératives mettent aussi en place des microprojets de développement dans les villages où elles sont implantées (construction d’infrastructures collectives, nettoyage des routes, etc.). Dans le village étudié, la coopérative est la plus importante institution en nombre de membres (226).

[12] Le logement chez l’habitant, dans les conditions de la vie quotidienne locale.

[13] Concrètement, les deux autres implantations du projet (sur la côte Ouest et au Nord de Colombo) n’ont pas été maintenues et tous les micro-projets économiques menés dans le village où j’ai réalisé l’enquête ont cessé.

 
 

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Caroline Rosillon
La gouvernance environnementale au Sud : regard sur un projet de conservation des tortues au Sri Lanka,
Numéro 27 - décembre 2013
Biodiversité(S).