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Pour citer cet article :

Philippe Geslin, 2015. « L’arraisonnement des ombres. Le sensible et le perçu dans le mythe de Sedna. Journal d’une main en terre inuit ». ethnographiques.org, Numéro 31 - La part de la main [en ligne].
(http://www.ethnographiques.org/2015/­Geslin - consulté le 30.09.2016)
 

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Philippe Geslin

L’arraisonnement des ombres. Le sensible et le perçu dans le mythe de Sedna.
Journal d’une main en terre inuit

Résumé

Parcourir la banquise, partir en hiver à la chasse, en traîneau, tracté par les chiens. La main dans cette histoire nous rappelle à l'ordre, soumise au froid. Un froid qui dicte nos gestes et leur temps. Les mains des derniers chasseurs inuit du district d'Upernavik, au nord-ouest du Groenland, sont les témoins émouvants de pratiques ancestrales. Des liens étroits tissés au fil du temps dans cet univers extrême entre les êtres et les choses. Dans la mythologie inuit, la main est là dans son rapport étroit aux origines des êtres. Parfois, l'évidence de son rôle semble la réduire au néant. Pourtant, l'observer dans l'action, en situation c'est se rendre compte que tout en elle « pèse de son poids, jusqu'à la vague, jusqu'au vent » (Focillon, 2010 : 123) jusqu'au froid, jusqu'au sang de la proie abattue, jusqu'aux mythes. Ces pratiques disparaissent peu à peu sous l'impact des quotas de chasse et avec elles, on l'oublie souvent, ce sont les corps, ce sont les gestes, les mains, les sens et les objets « manipulés » qui se transforment aussi. Un exercice ethnophotographique et littéraire qui nous fait parcourir la cosmologie inuit et le mythe de Sedna, « la femme de la mer ». En portant notre regard sur l'épisode des doigts coupés on interroge la place accordée à la perception haptique, au sensible, dans l'un des plus célèbres mythes inuit.

Abstract

Grasping the shadows. Sensitive and perceptive dimensions within Sedna' s myth. Journal of a hand in Inuit country. Travelling on the ice pack, hunting, using dog sleighs. The hand, subject to the cold, calls us to order and this cold dictates our gestures. The hands of the last Inuit hunters living in the district of Upernavik (northwest Greenland) are the witnesses of ancestral practices. In Inuit mythology, the hand is here, very close. Sometimes the obviousness of its role seems to reduce it to nothing. Yet, observe it in action, and we realize that all in it “weighs its weight, up to the waves, up to the wind” (Focillon, 2010 : 123), up to the cold, to the blood of the game, to the myths. These practices are gradually disappearing under the impact of hunting quotas and with them all is transformed : the body, its actions, the hands, the senses and "manipulated" objects. An ethnophotographic and literary exercise that takes us through the Inuit cosmology and the “Sea Woman” mythology. Focusing on the episode of her loss of her fingers, we question haptic perception through an analysis of one of the most famous of Inuit myths.

Pour citer cet article :

Philippe Geslin. L’arraisonnement des ombres. Le sensible et le perçu dans le mythe de Sedna. Journal d’une main en terre inuit, ethnographiques.org, Numéro 31 - La part de la main [en ligne]. http://www.ethnographiques.org/../2015/Geslin (consulté le 28/12/2015).

À la mémoire de Jean-François Baré

« Il fut un temps où la confrontation avec l’objectif était dramatique, où l’image elle-même était encore un enjeu, une réalité magique et dangereuse… Du coup l’objectif devient sauvage lui aussi… La distance est infranchissable, et la photo est l’équivalent de l’exotisme radical dont parle Segalen. Ce qui donne à l’événement photographique une véritable noblesse – comme un lointain écho du choc primitif des cultures. »

Jean Baudrillard, 1998 (n.p.)

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Photo 1
« Main de chasseur sur patte d’ours ». Crédit photo Philippe Geslin
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« Main de chasseur sur patte d’ours ». Crédit photo Philippe Geslin

Mars. Les chasseurs s’activent. Ici, chaque geste engage le corps et sa survie. Chaque geste est une conquête contre le froid. Chaque geste est lourd de sens, de conséquence pour celui qui le vit. Les silhouettes sont tassées, comme engoncées dans l’épaisseur des anoraks, celle des pantalons en peau d’ours. Les ballets aux pas lourds qui se jouent sur la banquise sont autant d’ébauches, de découpages grossiers. En apparence seulement. Ils sont le fruit d’apprentissages, de transmissions. Constructions « effectives » et lentes des savoirs lorsque le jeune chasseur apprend de ses aînés au contact du monde, dans l’action. Constructions « rêvées » lorsqu’on lui prête les savoirs du défunt dont il porte le nom. Le corps est avare de son espace. Efficace. Économie du geste remarquable. On conserve son énergie, sa chaleur. Le froid et les mythes façonnent les postures en gendarmes du septentrion. On en revient à l’âme…

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Photo 2
« La poussette mythique ». Crédit photo Philippe Geslin
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« La poussette mythique ». Crédit photo Philippe Geslin

… « Chaque personne possède de son vivant, une âme double (tarniq), image miniaturisée de la personne, encapsulée dans une bulle d’air (pudlaq) et logée quelque part du côté de l’aine ; elle possède aussi une âme-nom (atiq), principe psychique hérité d’un défunt ou d’un esprit, qui comprend la somme des expériences et des capacités accumulées par tous ceux qui auparavant ont porté ce nom. À la mort de quelqu’un, son âme double s’échappe de la bulle et reprend la taille de la personne dont elle est la réplique éthérée. Elle rôdera ensuite aux alentours de la sépulture jusqu’à ce que l’âme-nom parvienne à se réincarner » (Saladin d’Anglure, 2006 : 44).

En inscrivant l’enfant dans ce cycle incessant, on sauvegarde les savoirs, les connaissances. Chacun est une somme, celles des « luttes » quotidiennes vécues par celles et ceux qui l’ont précédé. Chacun hérite aussi de la sensibilité de ses ancêtres et il n’est pas rare aujourd’hui que les anciens disent d’un jeune chasseur qu’il a hérité de la vue et des gestes de celui dont il porte le nom…

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« Head Horse Island ». Crédit photo Philippe Geslin
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« Head Horse Island ». Crédit photo Philippe Geslin

… Et le geste n’est rien sans la main. La main n’est rien sans les postures des corps, sans leur géométrie inventée et contrainte. Inventée, parce que chaque apprentissage est une conquête pour survivre. Parce qu’il a fallu, depuis les origines, accumuler les expériences, côtoyer la peur et la mort, se frotter aux éléments, aux animaux et au climat pour survivre. Contrainte, parce qu’ici les extrêmes dictent leur loi. Vents extrêmes. Froids extrêmes, éblouissements. « La perception comme rencontre des choses naturelles, écrit Merleau-Ponty (2002 : 208)… non pas comme une fonction sensorielle simple qui expliquerait les autres, mais comme archétype de la rencontre originaire, imité et renouvelé dans la rencontre du passé, de l’imaginaire, de l’idée ». Un corps façonné par l’espace dans lequel il se meut. En miroir, un espace façonné par les corps qui le peuplent. Outils réduits à la portion congrue, glanés au plus proche. Os, ivoire, lanières de peau, métal des météores, pierres et bois flottés. Le dénuement favorise la complicité entre les hommes et les choses. La main en « médiateur » influent. On comprend qu’elle pèse de son poids au jeu du « bricolage » extrême. Compagne par défaut de toutes ces pratiques, elle est indissociable de la pensée inuit. Façonner ; travailler la matière, travailler l’idéel…

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« Reflet d’âme sur Iceberg ». Crédit photo Philippe Geslin
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« Reflet d’âme sur Iceberg ». Crédit photo Philippe Geslin

… Ici, même les ombres sont des âmes [1]. Elles ont leur rôle à jouer. Elles sont « palpables ». On les « caresse » du regard et de la main. « Les Angakok (Chamanes) expliquent à Hans Egede que les âmes étaient douces au toucher, peu tangibles, comme si elles n’avaient ni muscles, ni os. Les habitants de la côte Est soutiennent que l’âme est assez petite, à peine plus grande qu’une main ou un doigt » [2]. Étrange « somesthésie ». L’arraisonnement des ombres. Y compris celles de nos doigts perdus, en « membres fantômes », phalanges gelées ou sectionnées. En faire les alliés de nos inquiétudes raisonnées. La culture et ses savoirs en passeurs. Le geste doit être juste pour être efficace écrivait Marcel Jousse. Alors il faut apprendre, côtoyer le réel et cette nature-là. Et cette nature est composée de tout un univers, d’ambiances, de corps (humains et non-humains), de matières et d’odeurs. On le scrute, on l’explore. Captures primordiales. On regarde, on écoute, on renifle et on palpe. Les Inuit, avant nous,« enseignaient » l’hylétique [3]. Palper. Ressentir le monde pour percevoir le monde. S’y immiscer. Pas d’isolement possible. Les mythes nous rappellent à l’ordre et Michel Serres (1985 : 27) d’écrire : « Le mythe n’enseigne pas à observer. Il engage à surveiller »…

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« Mise en route ». Crédit photo Philippe Geslin
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« Mise en route ». Crédit photo Philippe Geslin

« Une jeune fille méprisait tous les jeunes eskimo venant solliciter sa main. Déplorant cette attitude, son père la rabroua un jour par ces mots : « Qu’elle prenne donc mon chien. » La nuit venue, un chien à forme humaine entra et coucha avec elle, sans que personne ne soupçonne qu’il s’agissait bel et bien du chien du père. Elle devint enceinte. Lorsqu’elle fut enceinte, son père la conduisit dans une île où la rejoignit le chien. Ce dernier, pour subvenir au besoin du couple, devait nager jusqu’au village, d’où il revenait chargé de viande fournie par son beau-père. La jeune femme accoucha finalement de cinq chiots, et d’un nombre moins élevé d’enfants humains. Pris de remords d’avoir causé une telle union, le père mit un jour dans le sac du chien, à la place de la nourriture, des pierres et du sable, prenant soin de recouvrir le tout de quelques morceaux de viande afin de ne pas éveiller les soupçons de son gendre. Au cours de la traversée, le chien coula à pic au fond de la mer. Pour apaiser sa colère, la fille dit un jour à ses chiots : « Lorsque votre grand père reviendra, faites semblant de lécher le sang de son kayak et ensuite déchirez son embarcation. » Ils lui obéirent, et l’homme eut beaucoup de difficultés à s’en tirer. Après sa mésaventure, l’homme ne revint plus ; sa fille et ses petits enfants eurent alors faim. Incapable de les nourrir, elle décida de s’en défaire. Mettant tous les chiots dans une semelle de botte, à laquelle elle fixa trois bâtons en guise de mâts, elle les dirigea vers le large en disant : « Vous serez habiles à fabriquer des armes. » Ils devinrent les ancêtres des Blancs. Moins nombreux les enfants humains furent placés dans la langue de cuir fixée sous la semelle de la botte elle-même. Elle les dirigea vers la terre et leurs descendants sont les Indiens Chippewayan. La veuve retourna ensuite vivre chez ses parents. Un jour que le père s’était absenté pour la chasse, un kayak s’approcha du village et l’individu qui le conduisait lança : « Que celle qui ne veut pas se marier approche donc ! » Se reconnaissant, elle prit son sac à couture et descendit au rivage. L’homme lui parut magnifique : bien qu’assis, il semblait avoir une bonne taille. Des lunettes de soleil couvraient cependant ses yeux. Il l’invita à le suivre ; elle grimpa derrière lui, sur le kayak, et ils partirent vers le large. Au bout de quelque temps, il s’arrêta près d’une glace flottante, sur laquelle il monta en enlevant ses lunettes. « Vois-tu mes lunettes et le banc sur lequel j’étais assis ? » dit-il, en riant : c’était un homme minuscule aux yeux rouges. Elle fondit en larmes, car il s’agissait d’un pétrel à forme humaine. Ils poursuivirent leur route et arrivèrent à une belle et confortable tente fabriquée entièrement de peaux de jeunes phoques annelés. Au bout de quelques temps, ils eurent un enfant. Le père et la mère de la fille allèrent un jour la visiter. Profitant de l’absence du pétrel, qui était occupé à chasser, ils ramenèrent leur fille. À son retour, le mari comprit ce qui venait d’arriver et, reprenant sa forme animale, il vola jusqu’au bateau.

« Laissez-moi donc voir ces chères petites mains qui m’appartiennent ! » cria-t-il. Comme le père faisait des gorges chaudes à propos des demandes du pétrel, celui-ci, de quelques coups d’ailes, commença à soulever des vagues. Le père persévérant dans son refus de lui faire voir les mains de sa fille, l’oiseau provoqua une tempête si menaçante que le père jeta sa fille par dessus bord. Celle-ci voulut s’accrocher au bateau, risquant de le faire chavirer. Son père dut lui couper les premières phalanges qui, en tombant à la mer, devinrent des phoques annelés. Comme elle insistait, il coupa les deuxièmes phalanges qui se transformèrent en phoques barbus. Après qu’il eut coupé les troisièmes phalanges, et créé ainsi les morses, la fille coula et devint la grande déesse nommée… la terrible femme d’en bas. Toujours pris de remords, le père s’étendit au bord de l’eau, à marée basse. Lorsque la mer le recouvrit, il retrouva sa fille ainsi que le chien, son premier gendre. » [4]

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Photo 6
« Objets de nature ». Crédit photo Philippe Geslin
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« Objets de nature ». Crédit photo Philippe Geslin

… Aux origines était la main. Une main amputée de ses doigts, de ses phalanges. Un acte lourd de sens pour les inuit. De ces dernières naquirent les phoques et le morse. Ils sont le gibier principal de ces hommes et de ces femmes depuis les origines. Le mythe de Sedna évoque la survie d’un peuple, de ces communautés réparties sur l’ensemble des terres de l’arctique central et du nord-ouest du Groenland [5]. Il fallait bien « occuper » mythologiquement et réellement cet univers extrême, trouver sa place dans cette nature-là. Le récit dit la « possibilité mythique à l’existence sociale » (Lévi-Strauss, 1983 : 215sq.), il dit aussi le sensible et le perçu…

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« Refuge ». Crédit photo Philippe Geslin
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« Refuge ». Crédit photo Philippe Geslin

…Étrange phylogenèse. Naissances dans la violence. Celle de l’amputation des doigts. Naissance des mammifères marins qui nourrissent encore aujourd’hui les membres des communautés. Un contexte social, un père, sa fille et les maris de celle-ci, « Chien » et « Pétrel ». Il y a les choses, la barque des femmes (Oumiaq), le coutelas des hommes. Il y a le contexte du drame, la mer et le vent qui naît des battements d’ailes du mari Pétrel. Un mari courroucé. Il y a la volonté de se rattacher à ces éléments, la volonté de ne pas quitter un univers pour un autre. L’amputation est progressive, phalange après phalange. Il y a les cris et les mots prononcés, la lâcheté du père et son remord ultime. L’engloutissement de la fille, sa chute vers les profondeurs et le lien désormais vital qui va s’établir entre elle et le monde des hommes, par l’intermédiaire de mammifères marins dont ils dépendent pour se nourrir. La croyance naît ici d’une filiation rompue par la peur. À partir de cet instant l’obtention d’une proie devient objet de conquête, objets de règles, de codes de conduites envers ces proies. Origines de la prédation. Lutte quotidienne pour maintenir l’équilibre entre l’homme et son univers. Sedna en chef d’orchestre. C’est elle qui dicte sa loi et lorsque le gibier vient à manquer, quand les règles ont été bafouées par le chasseur, il se réfugie, dit-on (Saladin d’Anglure, 2006 : 166), dans sa chevelure marine. C’est alors le chaman, « l’Angakoq » qui joue les médiateurs…

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« Narval sur cloison de bois ». Crédit photo Philippe Geslin
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« Narval sur cloison de bois ». Crédit photo Philippe Geslin

… Chez les Inuit, réfléchir à l’ordre de l’univers, c’est penser à l’ordre du corps. Le mythe nous dit les nombres [6], les temps et les rythmes de naissance. Les premières [7] phalanges font les dix premiers Phoques annelés phoca foetida. Les secondes les dix premiers Phoques barbus phoca barbata. Les troisièmes, les dix premiers Morses odobemus rosmarus. La matrice de ces animaux est faite d’os et de chair humaine. La mer en liquide amniotique, les phalanges en cellules fœtales, les cheveux en refuge, en caverne utérine [8] bien gardée par le chien. Le mythe prescrit. Il pointe les fautes originelles. Il dicte classiquement les interdits. Les codes qu’il sous-tend sont biologiques, climatiques, matériels, sociologiques, géographiques, anatomiques. Ils sont aussi sensoriels. Et dans les nombreuses analyses qui en sont faites, on ignore curieusement l’haptique qui pourtant apparaît en sous-texte…

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« Entre le pouce et la peau ». Crédit photo Philippe Geslin
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« Entre le pouce et la peau ». Crédit photo Philippe Geslin

…Disparition des doigts. Plus de prise sur le monde. Plus de toucher possible, plus de caresse possible. L’amputation semble marquer une rupture décisive entre humains et non-humains. En apparence seulement. Les âmes sont là. Toujours. Elles se transmettent. Chez les Inuit, elles sont multiples. Elles occupent d’infimes parties du corps. Ce sont des âmes « quasi-point » (Serres, 1985 : 19). Elles se réfugient jusque dans les articulations et ce sont elles que l’on tranche ici à l’aide du couteau des hommes. « Dans l’expérience corporelle — écrit Michèle Therrien (1987 : 108) — l’articulation représente le lieu géographique du rapport entre la partie et le tout. Chez les Inuit elle apparaît comme un élément corporel investi de sens ; les points de jonction renvoient à l’expérience du sacré et, pour beaucoup, l’articulation abrite une âme ». Dans la fulgurance du drame, ces âmes quittent le corps de Sedna. Elles s’incorporent à ceux des mammifères marins. « L’âme gît au point où le je se décide » écrit Michel Serres (1985 : 17)…

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Photo 10
« A l’index ». Crédit photo Philippe Geslin
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« À l’index ». Crédit photo Philippe Geslin

…Homogénéité des intériorités. Seules varient les corporéités. Animisme. Flux des âmes, continuum entre les êtres. Ce premier niveau de lecture soulève une question. Il bouscule nos représentations. Dans cette ontologie, tous les auteurs s’accordent à dire que les actes de cannibalisme sont proscrits [9]. En consommant la viande des créatures marines, les Inuit consommeraient donc indirectement et symboliquement la chair de Sedna leur lointaine ancêtre ? La réponse est positive si l’analyse s’arrête à l’enveloppe de Sedna, à sa corporéité qui est celle d’un humain. Elle est négative si l’on se penche sur l’amputation des doigts et ce qu’elle dit de cette « enveloppe », de cette peau historiée…

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« Peau historiée ». Crédit photo Philippe Geslin
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« Peau historiée ». Crédit photo Philippe Geslin

… « L’âme et le corps ne se séparent point mais se mélangent, inextricablement, même sur la peau » (Serres, 1985 : 26). Être contraint à l’amputation, c’est abolir l’usage de la main, la préhension des choses, ce qui fonde les pratiques des humains contrairement à celles des mammifères marins. C’est affronter partiellement la perte du sensible et « rapatrier » les sensations sur les sons, le goût, la vue, l’odeur et ce que perçoit l’épiderme (la somesthésie).

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« Entre les fils ». Crédit photo Philippe Geslin
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« Entre les fils ». Crédit photo Philippe Geslin

…La pensée mythique animiste travaille les corps, mais aussi les ambiances et les sens. Ce qu’elle engendre associe « sensitivement » et « écologiquement » Sedna au monde marin, animal, à celui des phoques et des morses. Par ce jeu subtil sur les « perceptions », sur le « toucher », le mythe autorise les humains à consommer sa chair, à consommer les proies issues de ses phalanges. L’interdit est levé. « En postulant l’homogénéité des “intériorités” (Descola, 2005), l’animisme reporte vers la matérialisation physique des existants toutes les questions soulevées par le phénomène des discontinuités offertes à la perception du réel : celles de leur origine, celles de leurs implications pour les relations qu’on peut nouer avec les créatures du monde et pour la connaissance qu’on peut en avoir » (Taylor, 2010 : 41). Dans le cas présent, c’est moins l’hétérogénéité des corps que celle du « tactile » qui est soulevée. L’ontologie inuit nous incite à explorer « l’épaisseur » de la peau en faisant de la question des « sens » un facteur clef de différenciation entre les êtres…

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Photo 13
« Deux mondes ». Crédit photo Philippe Geslin
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« Deux mondes ». Crédit photo Philippe Geslin

… Les phalanges sont les modèles réduits et primordiaux des futurs gibiers. La cosmologie inuit est respectée. « Les Inuit ne font plus de la miniature un modèle second qui serait dérivé de l’objet réel, mais l’origine même de cet objet, sa matrice (…). Les miniatures (…) ne font donc pas que relier les vivants aux défunts (elles) permettent de transformer les défunts, humains ou animaux en partenaires pour les vivants, leur apportant de la nourriture (…). » (Laugrand, 2010 : 53, 58) Il y a transformation d’une partie du corps de Sedna en proie pour autrui. Pour cela il aura fallu travailler le sensible et le perçu, en extraire le « tactile » qui fonde ici l’humanité. Il y a métamorphose. Il faudra dès lors au chasseur accorder le plus grand soin à l’usage de ses mains et de ses doigts, au traitement d’autrui, être à « l’écoute » de ses sens, en écho à cette origine mythique dont il est l’héritier. La prédation en « modalité élémentaire de relation entre les êtres » (Taylor, 2010 : 41).

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Photo 14
« Le voile ». Crédit photo Philippe Geslin
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« Le voile ». Crédit photo Philippe Geslin

…C’est un environnement où la main du chasseur ne touche qu’en dernier recours. Observer puis toucher. Le froid impose une véritable économie du toucher. Primauté du regard sur le tactile. Vivre dans de telles condition, chasser le mammifère marin c’est avant tout observer, anticiper les comportements du gibier. C’est aussi « embrasser » du regard une situation, pour identifier l’acte à effectuer, être efficace, sortir la main de son gant lorsqu’il le faut pour être juste dans l’action, préserver ses sensations. Explorer avant d’agir, avoir le geste juste. L’efficacité repose ici sur la préservation des mains, des sensations qu’elles procurent. Préservation de ses propres mains, mais aussi « symboliquement » de celle de Sedna et sa progéniture qu’il faut respecter [10]. Les risques encourus sont grands pour le chasseur qui ne remercierait pas la proie qu’il vient d’abattre pour s’être offerte à lui, qui ne verserait pas une partie des viscères dans l’évent. Ne pas tuer de femelle gravide, veiller à viser la tête pour tuer net l’animal et ne pas abîmer sa peau. Dans un passé proche, les gibiers issus des phalanges de Sedna, victimes de ces manques de respect étaient censés rejoindre Sedna au fond des océans, se réfugier dans ses cheveux. Cynégétique symbolique. Il fallait alors aux humains le recours au chamane, à « l’Angakok », muni des miniatures animales, façonnées par les mains du chasseur, pour apaiser Sedna, pour qu’elle libère à nouveau le gibier et nourrisse les humains. Il faut apprendre…

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Photo15
« Off Record ». Crédit photo Philippe Geslin
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« Off Record ». Crédit photo Philippe Geslin

…La précision du geste se dit, s’observe et se vit au contact des anciens, sur la banquise, dans les froids hivernaux. Elle s’enseigne aussi dans les jeux. Jeux de force, jeux de ficelle. Faire monter symboliquement le soleil à l’aide du bilboquet (ayangak) [11] est un moment d’apprentissage. Jeu d’adresse au cours duquel on apprend les finesses des pratiques. Chaque fois que la pointe du bâton se fichait avec succès dans l’un des trous du « jouet » sculpté dans des matières animales, le joueur prononçait une liste d’actions racontant au final une histoire, dispensant verbalement des savoirs, des manières de faire, une gestuelle, la main en bonne place [12] :

Il descend à la rive
Il descend son kayak
Met son kayak à l’eau
Pose la pagaie dessus
Pose son pied dans le kayak
Pose son autre pied à côté du premier
S’assied sur l’arrière du trou d’homme
Prend la courroie en main
Entre dans son kayak
Ajuste son tablier
Son tablier est beau…
Du bout de la pagaie il pousse le kayak
Il pousse le kayak loin de la rive.
Il s’ajuste encore,
Prend son flotteur derrière lui,
Mouille son flotteur pour mieux le tendre
Avec ses dents prend le bouchon,
Pour le tirer balance la tête
Gonfle ses joues pour gonfler son flotteur
Avec sa langue remet le bouchon
Passe derrière lui son flotteur
Derrière lui sur le kayak.
Passe les coins sous les courroies
Celui de gauche à peine
Celui de droite profondément.
Ajuste la pointe de son harpon
Et le harpon sur son kayak.
Tâte des doigts le propulseur
Le déplace légèrement pour l’avoir bien en main
Ajuste la visière sur son front…
Il pagaie le nez en l’air
Pagaie, pagaie, pagaie…

Tourne la tête à gauche
Tourne la tête à droite
Regarde à gauche
Regarde à droite
Il passe entre les deux blocs de glace
Qu’y aura-t-il derrière celui-ci ?
Peut-être un phoque ?
Peut-être un morse ?
Peut-être un ours sur celui-là ?
Il n’y a rien ni derrière ni dessus :
Il pagaie le nez en l’air,
Pagaie, pagaie, pagaie.
Tout à coup il s’arrête de pagayer :
Devant lui apparaît une tête noire,
Une tête de phoque.
Il voit ses gros yeux glauques
Il voit ses moustaches.
Il ne pagaie plus
Il ne bouge plus.
Le phoque détourne la tête
Alors il retient sa respiration
Pose la main sur son harpon
Le prend lentement
Le soulève sans bruit
Lève le bras
Tend les muscles
Exorbite les yeux
devient tout rouge

— Pah !
Il a lâché son souffle !
Le phoque a plongé
Il n’y a plus que des ronds sur l’eau,
Des ronds qui vont clapoter contre les glaces.
Il repose son harpon,
Tâte des doigts le propulseur,
le déplace légèrement pour l’avoir bien en main
Ajuste sa visière sur son front
et pagaie le nez en l’air,
pagaie, pagaie, pagaie

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Photo 16
« Vue imprenable ». Crédit photo Philippe Geslin
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« Vue imprenable ». Crédit photo Philippe Geslin

L’efficacité du geste s’apprend suivant ces moyens-là, en imitant les anciens, en répétant sans cesse les mêmes gestes. Ressentir les choses, savoir avec quelle partie du corps la main devra coopérer pour être efficace dans l’action, pour parvenir à ses fins. Aucun écart ici entre le prescrit – tel qu’on le dit dans les histoires – et la réalité de l’action. L’écart pardonne rarement. Il agit sur les corps, sur les mains. Il sanctionne symboliquement et physiquement. Comme Sedna, le chasseur qui perdrait ses phalanges serait privé de ses capacités d’exploration manuelle, de son intégrité corporelle, une intégrité nécessaire à la survie du groupe dans cet environnement…

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Photo 17
« Méandres ». Crédit photo Philippe Geslin
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« Méandres ». Crédit photo Philippe Geslin

Le mythe de Sedna offre le tact au regard, lui offre une « vitesse », une « violence » et une vie que la main devra suivre. « Vision haptique de l’œil » (Deleuze, 2002 : 151). Dans le monde inuit, il y a subordination de la main à l’œil. Sedna condamne les humains à « prendre sur le fait »…

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Photo 18
« Croyances ? ». Crédit photo Philippe Geslin
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« Croyances ? ». Crédit photo Philippe Geslin

Ce mythe édicte les pratiques d’engagement envers l’animal. Et ces pratiques se transforment aujourd’hui sous l’influence des quotas de chasse imposés par l’Europe. L’ontologie animiste a depuis longtemps disparu sous l’effet d’autres dieux, d’autres croyances, d’autres pratiques. L’hétérogénéité des corps n’est plus une barrière à la communication entre les êtres. Chemin faisant, dans les broussailles des croyances – religieuses, politiques, économiques et environnementales – les mains avancent à tâtons, comme celles de Sedna dans la nuit océane. Le rapport haptique au monde perdure dans sa forme primitive. Le mythe de Sedna est là, présent, pour certains, dans la tradition orale. Les gestes des derniers chasseurs, l’intimité apprise et héritée avec leur proie, témoignent de son influence. Mais en l’absence de pratique – on chasse de moins en moins – ce qu’il évoquait en « sous-texte » sur le toucher et sur le continuum entre les êtres, humains et non-humains, disparaîtra bientôt. Les corporéités se transforment et c’est l’ontologie qui se transforme. Ne resteront que les images.

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Photo 19
« Max 3 tonnes ». Crédit photo Philippe Geslin
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« Max 3 tonnes ». Crédit photo Philippe Geslin
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« Un homme complet ? ». Crédit photo Philippe Geslin
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« Un homme complet ? ». Crédit photo Philippe Geslin

 
 

Notes

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[1] Selon Nansen, 1975 : 27, repris dans Therrien, 1987 : 110 « Les Groenlandais croyaient que l’homme possédait deux formes d’âmes : l’ombre et le souffle ».

[2] Nansen, 1975 : 226 repris dans Therrien, 1987 :111.« That souls were quite soft to touch, indeed scarcely tangible at all, just as if they had neither muscle or bone. The people of the east coast hold that soul is quite small, no larger than a hand or a finger ».

[3] « Une hylétique (une science de la matière), qui ne se met pas à la remorque des préjugés, nous apprend autant la variété que la richesse de ces êtres dont la culture n’a cessé de nous séparer… » (Dagognet, 1997 : 11).

François Dagognet (ibid.) fait références aux « objets écartés en raison de leur insignifiance ou de leur petitesse. À tel point qu’ils rejoignent l’informe, l’amorphie, ou bien éloignés du fait de leur danger… ou bien abandonnés parce qu’eux-mêmes liés à la décomposition et à la mort… ou bien ignorés, parce que liés au monde de l’inertie, alors que seul ce qui relève de la vie mériterait la considération, ou bien encore repoussés parce que malodorants ou tellement visqueux qu’ils engluent ceux qui le saisissent ».

[4] Ce mythe a donné lieu à différentes variantes et analyses. Je reprends ici la version igloulikoise présentée dans Savard (1970 : 1343-1351) et reprise de Rasmussen (1929 : 63-66), et concentrerai mon analyse sur le passage mettant en scène les mains et le sectionnement des phalanges. En dehors du fait qu’il présente avec celle de la main coupée, une des versions contées dans le district d’Upernavik (côte nord-ouest du Groenland où nous travaillons depuis sept ans sur l’impact des quota de chasse sur les pratiques des derniers chasseurs), l’article de Savard présente et synthétise la répartition régionales et les variantes de ce mythe sur l’ensemble de l’aire inuit. Pour des analyses complémentaires qui traitent des effets sociologiques et cosmologiques du sectionnement des doigts, je renvoie le lecteur aux textes de Savard (1970), de Saladin d’Anglure (2006), d’Oosten (1976), de Sonne (1990), et à celui, récent et très complet, de Laugrand et Oosten (2011).

[5] Aire géographique où l’on évoque encore ce mythe.

[6] Paul-Émile Victor (1999 : 302) explique : « Le système numérique des Esquimaux est un système quinquennal basé sur les doigts de la main. Un est représenté par le petit doigt de la main gauche et non par le pouce. Le petit doigt de la main droite c’est six. Après dix, on passe aux orteils et par conséquent vingt, est un "homme complet" ».

[7] Pour une analyse structuraliste du mythe de Sedna, voir Rémi Savard (1970) et Bernard Saladin d’Anglure (2006 : 143-169).

[8] Sur la questions des souvenirs intra-utérins, voir Saladin d’Anglure (2006 : 44-49).

[9] Cf. Michèle Therrien (1987 : 98) : « Les Inuit considèrent que le corps forme un tout et que porter atteinte à l’une des régions anatomiques affaiblit la totalité. Chez beaucoup, le corps entier est investi par l’âme dont les portions (âmes extrêmement fragiles et sensibles) se répartissent dans des lieux stratégiques ». Elle souligne plus loin : « dans l’Arctique, des prohibitions formelles interdisent la consommation de fragments humains… » (p. 99).

[10] Jean Malaurie écrit dans Hummocks 1, (1999 : 272) : « Il faut observer attentivement le phoque ou l’ours avant de le tuer… On n’est jamais trop prudent… L’été passé, j’ai failli tuer, de mon kayak, mon grand père. J’ai failli commettre un crime ; le phoque sortait sa tête de l’eau ; sans doute pour me saluer ; dans un éclair, j’ai vu qu’il avait l’œil torve de mon grand-père ; c’était bien mon grand-père ».

[11] Paul-Émile Victor (1997 : 301-302) rapporte : « L’ayangak (…) est généralement composé d’une clavicule de phoque évidée et percée de trous, suspendue à une pointe d’os, grande comme l’index. La clavicule lancée correctement doit venir se piquer de façon déterminée sur la pointe. Celle-ci peut être tenue de diverses façons très variées : dans la main comme un poignard, entre les divers doigts, au creux du coude, entre l’épaule et l’oreille, entre les dents, et même dans une narine… Les jeux sont très variés : le moins habile est pincé, mordu, etc. ».

[12] Victor (1997 : 228-229)

 
 

Bibliographie

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Philippe Geslin
L’arraisonnement des ombres. Le sensible et le perçu dans le mythe de Sedna. Journal d’une main en terre inuit,
Numéro 31 - La part de la main.