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Numéro en cours

  • Numéro 25 - décembre 2012
    Filmer le travail : chercher, montrer, démontrer
  • L’anthropologie face aux ruptures

    (Information publiée le jeudi 14 février 2013)

      L’anthropologie s’est principalement attachée à saisir la vie sociale sous l’angle de la régularité de son organisation, de ses normes et de ses structures, délaissant quelque peu ce qui relève de la contingence, de l’altération, de la disjonction et de la singularité. Les questions du changement, du mouvement, voire du désordre (Balandier, 1988) ne sont bien sûr pas absentes du débat anthropologique, mais elles sont restées le plus souvent subordonnées à la structure (dans le sens anglo-saxon et marxiste du terme) et prises dans une dualité qui perçoit avant tout l’équilibre des forces traversant des espaces sociaux en recherche d’« harmonie ». Ainsi, face aux événements qui marquent l’histoire des sociétés ou des individus, les sciences sociales se sont davantage attachées à mettre en évidence le passage vers un nouvel état de « stabilité », plutôt que d’analyser de près les ruptures qui s’ébauchent.

      Ce dossier propose de faire porter la réflexion sur les individus ou les groupes pris dans des événements radicaux qui modifient profondément et irréversiblement leurs vies. Plus particulièrement, nous souhaitons interroger ce qui change dans la rupture, en se focalisant sur ceux qui vivent et doivent faire avec l’événement. Les existences marquées par une rupture favorisent-elles d’autres pensées du monde, d’autres manières d’y être ? Que se formule-t-il dans les espaces altérés du monde ? Et que peut apporter la considération de ces vies à la connaissance anthropologique et à l’analyse du changement social ?

      Le propre des événements radicaux est de projeter les individus à la fois dans et hors la société : en dedans, via les mécanismes de captation de l’événement par les catégories sociales préexistantes en charge de donner du sens (Sahlins, 1989 ; Bensa et Fassin, 2002 ; Delécraz et Durusel, 2007), et en dehors, l’événement radical entraînant un déplacement ontologique et social irrémédiable d’individus ou de groupes qui doivent se repenser dans l’après de l’événement (Glowczewski et Soucaille, 2011 ; voir les approches philosophiques différentes de Romano, 1998 et de Malabou, 2007 et 2009). Plus qu’à la gestion sociale d’un événement (voir par exemple Oliver-Smith et Hoffman, 2002 ; Revet, 2007) ou qu’à une saisie de la contingence comme une caractéristique même de la stabilité (Scubla, 1993), il s’agira de mettre en évidence les propositions des individus, quelles que soient leurs formes (artistique, pratique, organisationnelle, religieuse, etc.), qui surgissent dans la dynamique même de l’événement et de la rupture.

      L’événement radical a en effet cette particularité d’être un point de disjonction à partir duquel la vie se trouve redéfinie. C’est un événement qui se répercute dans un temps long, se poursuit parfois sur plusieurs générations, un événement qui ne s’efface pas. D’où l’attention que nous souhaitons voir portée sur ce temps de l’après, à la fois sur ce qui se reconfigure dans l’après et sur la présence de l’événement dans le quotidien (Das, 1996 et 2007 ; Chatterji et Mehta, 2007). Nous serons également particulièrement sensibles aux contributions qui prêteront attention à la réflexivité des acteurs, aux processus de subjectivation et aux créations que génèrent les expériences de bouleversement radical : émergence de nouveaux liens, de nouvelles manières d’être ensemble, de nouveaux modes relationnels, de nouveaux rapports au monde, voire de nouvelles pensées du monde.

      Il s’agira ainsi de rendre compte de la capacité de vie et d’action des individus et des groupes pris dans des situations de rupture, et de leur capacité de création sociale. Et de tenir ensemble les expériences individuelles et leurs effets potentiels sur la société, afin de saisir en retour les répercussions que des événements individuels ou collectifs peuvent avoir sur les épistémès (tout autant les cadres d’interprétation d’une société que les modes de penser le social).

      Le numéro est ouvert à des contributions concernant des ruptures aussi bien individuelles que collectives, dans différents contextes et dans différentes régions du monde, qu’il s’agisse de ruptures contemporaines ou inscrites dans le passé. Outre l’analyse des reconfigurations que ces événements entraînent dans les rapports à soi et à la société, et l’analyse des processus qui les sous-tendent, l’objectif de ce numéro est aussi de proposer des outils conceptuels pouvant soutenir l’élaboration d’une connaissance anthropologique des phénomènes de ruptures, et de questionner, à partir de ces phénomènes, notre approche du social.

      Les propositions, de 700 mots minimum, sont à envoyer avant le 30 mars 2013 conjointement à Fabienne Martin (fabmartin92@hotmail.com), Alexandre Soucaille (asoucaille@free.fr) et Laurent Amiotte-Suchet (laurent.amiotte-suchet@unil.ch). Pour les propositions retenues, les articles finalisés devront nous parvenir avant le 31 juillet 2013. Les articles seront soumis à une double relecture (interne et externe). Le numéro paraitra en 2014.

      Télécharger la version PDF de l’appel à contribution.


      Bibliographie indicative

      AGAMBEN Giorgio, 1999. Ce qui reste d’Auschwitz. Archive et témoignage. Homo sacer III. Paris, Payot et Rivages.

      BALANDIER George, 1988. Le désordre, éloge du mouvement. Paris, Fayard.

      BENSA Alban et FASSIN Éric (dir.), 2002. « Qu’est-ce qu’un événement ? », Terrain, 38, pp. 5-112.

      BESSIN Marc, BIDART Claire et GROSSETTI Michel (dir.), 2010. Bifurcations. Les sciences sociales face aux ruptures et à l’événement. Paris, La Découverte.

      BRUNER M. Edward et TURNER W. Victor (eds), 1986. The Anthropology of Experience. Urbana and Chicago, University of Illinois Press.

      CHATTERJI Roma et MEHTA Deepak (eds), 2007. Living with Violence. An Anthropology of Events and Everyday Life. New Delhi, Routledge.

      CHEVALIER Sophie, 2005. « De la modernité du projet anthropologique : Marshall Sahlins, l’histoire dialectique et la raison culturelle », ethnographiques.org, 8 [en ligne].

      DAS Veena, 1996. Critical Events. An Anthropological Perspective on Contemporary India. New Delhi, Oxford University Press.

      DAS Veena, 2007. Life and Words. Violence and the descent into the ordinary. Berkeley, Los Angeles, London, University of California Press.

      DELECRAZ Christian et DURUSSEL Laurie (dir.), 2007. Scénario catastrophe. Genève, Infolio/Musée d’Ethnographie de Genève.

      GLOWCZEWSKI Barbara et SOUCAILLE Alexandre (dir.), 2011. Désastres. Paris, L’Herne, coll. Cahiers d’anthropologie sociale (7).

      GROSSETTI Michel, 2004. Sociologie de l’imprévisible. Dynamiques de l’activité et des formes sociales. Paris, PUF.

      KOSELLECK Reinhart, 1990. Le futur passé. Contribution à la sémantique des temps historiques. Paris, Éditions de l’EHESS.

      MALABOU Catherine, 2007, Les nouveaux blessés. De Freud à la neurologie, penser les traumatismes contemporains. Paris, Bayard.

      MALABOU Catherine, 2009. Ontologie de l’accident. Essai sur la plasticité destructrice. Paris, Édition Léo Scheer.

      OLIVER-SMITH Anthony et HOFFMAN Susanna (eds), 2002. Catastrophe and Culture. The Anthropology of Disaster. Santa Fe, School of American Research Press/Oxford, James Currey.

      PETIT Jean-Luc (dir.), 1991. L’événement en perspective. Paris, Éditions de l’EHESS, coll. Raisons pratiques (2).

      QUERE Louis, 2006. « Entre fait et sens. La dualité de l’événement », Réseaux, 139, pp. 186-207.

      REVET Sandrine, 2007. Anthropologie d’une catastrophe. Les coulées de boue de 1999 au Venezuela. Paris, Presses de la Sorbonne Nouvelle.

      ROMANO Claude, 1998, L’événement et le monde. Paris, PUF, coll. Épiméthée.

      SAHLINS Marshall, 1989a. Des îles dans l’histoire. Paris, Gallimard/Seuil-Hautes Études.

      SAHLINS Marshall, 1989b. « Post-structuralisme, anthropologie et histoire. Entretien réalisé par André-Marcel d’Ans », L’ethnographie, Tome LXXXV (1), 105, pp. 9-34.

      SCUBLA Lucien, 1993. « Vers une anthropologie morphogénétique : violence fondatrice et théorie des singularités », Le débat, 77, pp. 102-120.

      ZOURABICHVILI François, 1994. Deleuze. Une philosophie de l’événement. Paris, PUF.

    Biodiversité(S).
    Conservation et pluridisciplinarité : quelle place pour l’ethnologie ?

    (Information publiée le mercredi 27 juin 2012)

      Quel est, peut ou doit être le rôle de l’ethnologue dans le cadre de programmes de protection et/ou de conservation de la biodiversité ? Quel peut être le rôle de l’ethnologue dans le cadre de programmes de recherche (pluridisciplinaires) sur la biodiversité ? Que peuvent s’apporter, les biologistes, les écologues et les ethnologues, pour ne citer qu’eux, sur la connaissance des milieux et des interactions entre les sociétés et leurs environnements ? Telles sont les questions que nous souhaitons poser dans le cadre de ce numéro spécial de la revue ethnographiques.org.

      La communauté internationale, depuis le sommet de Rio en 1992, constatant et cherchant à freiner la perte de la biodiversité, a été amenée à remettre en question l’opposition conceptuelle entre nature et culture et à reconnaître la nécessité de prendre en compte les dimensions sociales de la biodiversité (Orlove et al, 1996 ; Maris, 2010 ; Roué, 2006 ; Blandin, 2009). La compréhension de la biodiversité, de ses dynamiques tant sociales que biologiques et des problèmes qu’elle pose est un enjeu majeur pour les politiques d’aménagement du développement durable mais aussi pour les recherches fondamentales et finalisées ; c’est plus particulièrement un objet de recherche privilégié pour les sciences sociales et notamment pour l’ethnologie. L’ethnologie remet en question l’universalité des catégories et représentations occidentales (telle l’opposition nature/culture par exemple, cf. Descola, 1986, 1996, 2006) et éclaire les constructions sociales de la nature ou plutôt des natures des sociétés qu’elle étudie (Guille-Escuret, 1989). Si elle s’intéresse aux sociétés dites traditionnelles et à leurs relations à leur environnement, elle s’intéresse également aux sociétés dites modernes, aux discours sur l’écologisme et aux présupposés culturels qui sous-tendent les pratiques de protection ou de conservation de la nature (Garine et Erikson, 2001). Elle aborde l’influence que peuvent avoir ces nouveaux discours sur les relations que les sociétés modernes mais aussi traditionnelles ont à leurs natures et sur les conflits et tensions qu’ils engendrent (conflits d’usages, de légitimité mais aussi phénomènes de différenciation sociale par exemple. Voir notamment Manceron et Roué, 2009). L’apport de l’ethnologie dans la compréhension des interactions sociétés / environnement et des dynamiques de la biodiversité est indéniable tant du point de vue des débats scientifiques que politiques. Pourtant les ethnologues restent minoritaires dans les équipes de recherche pluridisciplinaires ou dans les programmes de conservation de la biodiversité s’attachant à ces questions.

      L’environnement, la biodiversité, la nature sont des domaines de recherche longtemps restés l’apanage des seules sciences de la vie (Welch-Devine et Campbell, 2010). Des programmes de recherche pluridisciplinaires existent, alliant sciences de la vie et de la société et cherchant à rendre compte de la complexité des phénomènes environnementaux et des systèmes socio-écologiques au travers d’approches holistes (Holling, 2001 ; Deconchat et al, 2007) — on peut citer, par exemple, les réseaux « Resilience Alliance » ou encore « Coupled Human and Natural Systems » (Berkes et Folkes, 1998 ; Liu et al., 2007). Néanmoins, les sciences sociales, et notamment l’ethnologie, sont encore très souvent considérées comme de simples appuis aux sciences écologiques (Mathevet, 2010) ou encore comme un faire-valoir lors de réponses à des appels d’offre pluridisciplinaires (Campbell, 2005) et la place qui leur est accordée devrait être redéfinie. Il existe, en outre, de profonds décalages entre ce que peut ou veut étudier l’ethnologue et ce qu’on attend de lui. Des spécialistes en sciences de la vie ou des décideurs politiques considèreront qu’il remet en cause les principes de la sauvegarde de la biodiversité en questionnant les nouveaux discours sur l’écologisme par exemple (Brosius, 2006). On attendra plutôt, au sein de certaines recherches finalisées, qu’il éduque les communautés locales et agissent en facilitateur dans le cadre de la mise en place des mesures environnementales, ce qui n’est pas son rôle. La rigueur de la méthode ethnographique peut également être remise en question, et les résultats qui en sont issus assimilés à de simples anecdotes du fait de la difficulté à les concevoir comme généralisables (Welch-Devine et Campbell, 2010). Ces éléments suggèrent des dissensions et une méconnaissance profondes, dans le cadre de programmes de recherches pluridisciplinaires, des méthodes et de l’approche anthropologique qui peuvent être dépassées via une explicitation de ses concepts, méthodes et objectifs (Deconchat et al, 2007 ; Sourdril et al, 2012) et via une réflexion en amont en ce qui concerne les règles, les moyens, les méthodes et les objectifs de la pluridisciplinarité (Jollivet, 1992 ; Scoones, 1999).

      Dans ce contexte, l’objectif de ce numéro thématique est de proposer un aperçu des recherches actuelles en ethnologie touchant aux questions liées à la biodiversité et à sa conservation, recherches pouvant ou non être intégrées à des programmes pluridisciplinaires. A partir de pratiques concrètes de recherche, chaque article apportera des éléments de réponse concernant (1) les apports de la discipline à la compréhension des dynamiques sociales et des mécanismes de conservation de la biodiversité et (2) la place de la discipline au sein de programmes de recherche pluridisciplinaires appliqués à l’appréhension des phénomènes naturels. Les articles abordant la question des apports de la méthode ethnographique (collecte et analyse des données qualitatives, terrain long…) à ces thématiques sont les bienvenus. On s’intéressera également dans le cadre de recherches ethnologiques impliquées dans des programmes pluridisciplinaires aux influences des disciplines quant à leurs protocoles de recherche, leurs terrains, leurs méthodes, la collecte et l’analyse de leurs données.

      Les propositions de contribution (1 page maximum et la bibliographie) devront être rendues au plus tard le 31 août 2012. Un premier tri sera effectué sur la base de ces propositions. Les articles devront être remis pour le 15 décembre 2012. Les auteurs sont priés de suivre les consignes (note aux auteurs) accessibles sur la page http://www.ethnographiques.org/Note-aux-auteurs .

      Les propositions devront être envoyées, avec la mention « BIODIVERSITES » comme objet du message, aux destinataires suivants : Anne Sourdril (asourdril@gmail.com / asourdril@u-paris10.fr) & Meredith Welch-Devine (mwdevine@uga.edu).


      Télécharger l’appel à communication

      BERKES Fikret et FOLKE Carl, 1998. Linking social and ecological systems : management practices and social mechanisms for building resilience. Cambridge UK, Cambridge University Press.

      BLANDIN Patrick, 2009. De la protection de la nature au pilotage de la biodiversité. Versailles, Editions Quae.

      BROSIUS J. Peter, 2006. « Common ground between anthropology and conservation biology », Conservation biology, 20(3) : 683-685.

      CAMPBELL Lisa M., 2005. « Overcoming obstacles to interdisciplinary research », Conservation biology, 19(2) : 574-577.

      DECONCHAT Marc, GIBON Annick, CABANETTES Alain, DU BUS DE WARNAFFE Gaëtan, HEWISON Mark, GARINE Eric, GAVALAND André, LACOMBE Jean-Paul, LADET Sylvie, MONTEIL Claude, OUIN Annie, SARTHOU Jean-Pierre, SOURDRIL Anne & BALENT Gérard, 2007. « How to set up a research framework to analyze social and ecological interactive processes in a rural landscape », Ecology & Society, 12(1) : 15 (en ligne). http://www.ecologyandsociety.org/vol12/iss1/art15/ (page consultée le 2 mai 2012).

      DESCOLA Philippe, 1986. La Nature domestique : symbolisme et praxis dans l’écologie des Achuar. Paris, Fondation Singer-Polignac et Éditions de la Maison des Sciences de l’Homme.

      DESCOLA Philippe et PALSSON Gisli, 1996. Nature and Society : Anthropological Perspectives. Londres, Routledge.

      DESCOLA Philippe, 2006. Par-delà nature et culture. Paris, Gallimard.

      GARINE Eric et ERIKSON Philippe, 2001. « Ecologie et sociétés », in Segalen Martine (dir.), Ethnologie, Concepts et aires culturelles. Paris, Armand Colin : 116-139.

      GUILLE-ESCURET Georges, 1989. Les sociétés et leur nature. Paris, Armand Colin.

      HOLLING Crawford S., 2001. « Understanding the complexity of economic, ecological, and social systems », Ecosystems, 4 : 390-405.

      JOLLIVET Marcel, 1992. « Pluridisciplinarité, interdisciplinarité et recherché finalisée ou des rapports entre sciences, techniques et sociétés », in Jollivet Marcel (dir.), Sciences de la Nature, sciences de la société. Paris, CNRS Editions : 519-535.

      LIU Jianguo, DIETZ Thomas, CARPENTER Stephen R., ALBERTI Marina, FOLKE Carl, MORAN Emilio, PELL Alice N., DEADMAN Peter, KRATZ Timothy, LUBCHENCO Jane, OSTROM Elinor, OUVANG Zhiyun, PROVENCHER William, REDMAN Charles L., SCHNEIDER Stephen H., TAYLOR William W., 2007. « Complexity of Coupled Human and Natural Systems », Science, 14 : 317 (5844) : 1513-1516.

      MANCERON Vanessa et ROUE Marie, 2009. « Introduction », Ethnologie Française. Les animaux de la discorde, 39 (1) : 5-10.

      MARIS Virginie, 2010. Philosophie de la biodiversité. Petite éthique pour une nature en péril. Paris, Buchet-Chastel.

      MATHEVET Raphaël, 2010. « Peut-on faire de la biologie de la conservation sans les sciences de l’homme et de la société ? Etat des lieux », Natures, Sciences, Sociétés, 18 : 441-445.

      ORLOVE Benjamin et BRUSH Stephen, 1996. « Anthropology and the conservation of biodiversity », Annual Review of Anthropology, 25 : 329-352.

      ROUE Marie, 2006. « Introduction : entre cultures et nature », Revue internationale des sciences sociales, 187(1) : 11-18.

      SCOONES Ian, 1999. « New ecology and the social sciences : what prospects for a fruitful engagement ? », Annual Review of Anthropology, 28 : 479-507.

      SOURDRIL Anne, ANDRIEU Emilie, CABANETTES Alain, ELYAKIME Bernard et LADET Sylvie, 2012. « How to Maintain Domesticity of Usages in Small Rural Forests ? Lessons from Forest Management Continuity through a French Case Study », Ecology & Society, 17 (2) : 6 (en ligne). http://www.ecologyandsociety.org/vol17/iss2/art6/ (page consultée le 2 mai 2012).

      WELCH-DEVINE Meredith et CAMPBELL Lisa, 2010. « Sorting out roles and defining divides : Social sciences at the World Conservation Congress », Conservation and Society, 8(4) : 339-348.

    Contes : Entre patrimoines, contextes et performances

    (Information publiée le jeudi 19 avril 2012)

      L’objectif de ce numéro thématique de la revue ethnographiques.org est d’offrir un panorama de la recherche interdisciplinaire actuelle portant sur les contes. Nous entendons par ce terme « une production orale (et/ou mise par écrit) comprenant des séquences narratives définies à l’avance et prévue en fonction d’auditeurs, de manière plus ou moins spontanée. Ce récit peut concerner aussi bien le merveilleux, l’imaginaire que le supposé réel, « faits dont on pense généralement qu’ils ont existé, fût-ce en un temps lointain ou mythique » (Joisten, 1996 :119). Cette production se caractérise par une variation à plusieurs niveaux : historique, géographique et contextuel (qui raconte à qui, où et comment). Les recherches peuvent porter sur des matériaux collectés avec des méthodes et des temporalités différentes.

      L’histoire de la recherche scientifique consacrée aux contes est complexe : d’abord centrée sur la question de l’origine, puis de la diffusion des contes, ensuite de la forme avec les recherches structurales commencées par Vladimir Propp au début du XXe siècle (Propp, 1979). Par ailleurs, un grand mouvement de classifications (par motifs/séquences narratives) a été entrepris tout au long du XXème siècle, notamment par Antti Aarne et Stith Thompson (1961), et Marie-Louise Ténèze et Paul Delarue (2002) en ce qui concerne la France, catalogues qui restent la référence pour de nombreux chercheurs.

      Les recherches sur la littérature orale se sont dirigées vers le sens (interprétations mythique, psychanalytique et marxiste) et la fonction de ces récits (rôle de la tradition orale dans une société donnée). On s’éloigne actuellement des grandes théories monolithiques auxquelles les contes servaient de simple illustration pour accorder une plus grande attention au texte même des contes, examinés dans un esprit pluridisciplinaire qui s’efforce d’opérer une synthèse entre diverses méthodes d’approche (Simonsen, 1981).

      L’étude scientifique de la littérature orale a pris le relais des grandes collectes des folkloristes du XIXe siècle et du début du XXe siècle. Elle constitue un carrefour ouvert sur des approches interdisciplinaires (littérature, histoire, ethnologie, linguistique, psychologie, psychanalyse, pédagogie, orthophonie, philosophie, philologie) et embrasse une diversité de formes et de genres en perpétuel mélange et renouvellement. Depuis les années 1970, un engouement est né pour des questions d’identité et de culture régionale en France (Bouvier et al., 1980  ; Bouvier, 1980 et 1986). Les autorités régionales subventionnent ces recherches, le CNRS lance en 1976 deux thèmes de recherche : La conservation du patrimoine culturel et L’observation du changement social et culturel. C’est surtout après 1979 qu’on assiste à la constitution d’ « archives vivantes » (enregistrements sonores). Des programmes de recherche ont été entrepris par diverses universités, comme l’équipe du centre de recherche et d’études anthropologiques de l’université de Lumière-Lyon 2 autour des questions de l’imaginaire et du patrimoine (Martin et Decourt, 2003) et ou comme l’école de Budapest, dont l’idée principale est de recueillir le répertoire d’un seul conteur à la fois avec une caractéristique méthodique des recherches, comme les variantes de contes, le talent créatif du conteur, son répertoire, sa biographie, son style et son adaptation au public, sa vision du monde, la relation entre le conteur et sa réalité sociale, les auditeurs et les techniques de collecte (Martin et Decourt, 2003). Des journées d’étude ont été organisées à Paris par le Groupe de recherche en littérature orale (sous la responsabilité de Geneviève Calame-Griaule et de Vladimir Körög-Karady) en 1984, 1990 et 1991 (Calame-Griaule, 1984). Une école d’ethnography of speaking ou ethnolinguistique voit le jour (Lyons 1977, Fribourg 1978, Calame-Griaule 1989). Par ailleurs, la revue Cahiers de Littérature Orale (avec notamment Jean-Marie Privat, Nicole Belmont, Jean Derive, Jack Goody, Veronika Görög-Karady, Lydia Gaborit, Geneviève Calame-Griaule, Michel Valière,…) est lancée dès 1976.

      De nombreux débats portent encore aujourd’hui sur les notions de "peuples de littérature orale" ou "sans écriture" (avec des connotations négatives rejetées par ces mêmes peuples) et ceux de "littérature écrite" (Firth, 1961 ; Murphy, 1978). Et le terme "folklore", très utilisé pour l’étude des cultures orales, reste ambigu et il faut donc le manier avec précaution.

      Dans le panorama de la recherche contemporaine, nous pouvons aussi citer le mouvement ethnocritique (Privat, 2010  ; Scarpa, 2009) qui s’intéresse à l’histoire de la littérature dans le but de retrouver dans les grands ouvrages littéraires des traces et des évocations des pratiques folklorique.

      Du côté plus strictement anthropologique, nous pouvons citer les travaux de Yvonne Verdier (1978), avec ces analyses portant sur le conte du Petit Chaperon Rouge, ou bien encore de Ruth Finnegan (2001).

      Pour la recherche actuelle, qui peut éventuellement tirer profit de la matière résultant de ces collectes structurelles et classifiées, il s’agit d’explorer de nouveaux axes d’étude concernant les contes :

      - contextualisation

      - patrimonialisation

      - performance

      En effet, la forme et le contenu du conte sont fortement influencés par leur ancrage social, géographique (le lieu et le contexte social dans lesquels le conte est dit), linguistique, culturel et personnel (du conteur et des auditeurs). Il s’agit de ne pas oublier dans quelle langue ces récits étaient/sont contés : les langues autochtones (par exemple, dans le cadre de la francophonie, les dialectes gallo-romans), les langues minoritaires ou issues de l’immigration véhiculent des valeurs et des associations qui ne se retrouvent pas forcément dans une traduction.

      Un autre élément d’intérêt, qu’il serait intéressant de voir approfondi, est la place de la sphère intime du conteur dans le processus de construction du conte. Le conteur puise dans ses souvenirs pour chercher des images vécues aptes à illustrer la séquence narrative qu’il veut raconter et qu’il cherche à renvoyer aux spectateurs par le biais de l’oralité. Les spectateurs capteront les mots du conteur qui vont évoquer pour eux des images de leur propre sphère intime, et donc différentes de celles de départ. Pour être efficace dans ce processus figuratif, le conteur doit maîtriser ces images, bien les connaître et savoir les illustrer dans les moindres détails. Là, la réalisation performative du conte semble confirmer les théories de Hutchins (1996) et autres à propos de la cognition distribuée. L’analyse du conte dévient alors intéressante et potentiellement élargissable aussi à l’étude de son contexte (conteur, public, lieu, etc.).

      La composante essentiellement orale ainsi que la question de la transmission place le conte au centre de la problématique de perte et de sauvegarde du patrimoine culturel et immatériel (PCI) qu’il représente. Le concept de PCI a été développé par l’UNESCO avec les buts suivants : « (a) la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel ; (b) le respect du patrimoine culturel immatériel des communautés, des groupes et des individus concernés […] » [1] et il inclut des traits culturels comme par exemple la danse, la musique, les rites et rituels, les contes, les cosmologies et les techniques artisanales traditionnelles. Si le concept de PCI réclame d’être analysé dans sa tension entre le politique et l’intellectuel, il participe bien d’un large mouvement de conservation, de sauvegarde, voire de renouveau du savoir et des savoir-faire liés aux contes (création d’associations de conteurs, de festivals de narration, de Maisons des contes et légendes, etc.). De grands mouvements de patrimonialisation locale sont nés dans cet élan de sauvegarde (Isnart, 2010).

      Mais le conte n’est pas seulement un objet de recherche à enregistrer ou à sauvegarder, il est également à étudier dans sa réalisation orale (angl. performance). Si le phénomène de la narration se manifeste en premier dans des groupes sociaux de petite taille (famille, etc.), il s’inscrit aussi, et de plus en plus, dans des contextes sociaux de plus grande envergure. Ainsi, la naissance autour des années 1970 du théâtre de narration (notamment en Italie) place l’art de raconter face à de nouveaux contextes et de nouveaux publics : la performance narrative devient forme d’art théâtral.

      Parallèlement aux trois axes de recherche mentionnés ci-dessus, étant donné l’importance grandissante de la question juridique dans nos sociétés, nous aimerions également recevoir des contributions traitant de la notion du droit d’auteur, de la propriété intellectuelle de cette littérature entre écriture et oralité, entre intimité et spectacle, entre patrimoine collectif et réalisation d’auteur.

      Le numéro sera ouvert à des approches et à des méthodologies différentes. Il privilégiera l’expérimentation de nouvelles formes d’écriture que la revue ethnographiques.org cherche à promouvoir. Les différentes possibilités de traitement numérique des documents textuels, visuels et sonores (séquençage, synchronisation, annotation, etc.) invitent à penser des solutions de présentation originales, susceptibles de mettre en perspective les productions audiovisuelles et de restituer plus finement les expériences considérées. Des membres du comité de direction d’ethnographiques.org se tiennent à la disposition des personnes qui souhaitent répondre à cet appel à contribution en intégrant ces ressources en amont de leur travail.

      Les propositions de contribution (1 page maximum et la bibliographie) devront être rendues au plus tard le 15 juin 2012. Un premier tri sera effectué sur la base de ces propositions. Les articles devront être remis pour le 15 octobre 2012.

      Les propositions devront être envoyées, avec la mention « CONTES » comme objet du message, aux quatre destinataires suivants :


      - federica.diemoz@unine.ch

      - aurelie.elzingre@unine.ch

      - andrea.jacot@unine.ch

      - thierry.wendling@ehess.fr



      Bibliographie

      AARNE Antti et THOMPSON Stith, 1961. « The types of the folktale : a classification and bibliography ». Antti Aarne’s Verzeichnis der Märchentypen (FF Communiations No. 3) translated and enlarged by Stith Thompson, Indiana University, FF Communications, N° 184, Helsinki, Academia Scientiarum Fennica.

      ABRAHAMS Roger, 1976. « The complex relations of simple forms », in AMOS BEN Dan (dir.). Folklore Genre. Austin, University Texas Press : 193-214.

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      Notes

      [1] Tiré du « Texte de la Convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel » (http://www.unesco.org/culture/ich/f...).

    Filmer le travail : observer, montrer, démontrer

    (Information publiée le jeudi 15 septembre 2011)

      L’objectif de ce numéro thématique de la revue ethnographiques.org est d’analyser et de confronter les pratiques des chercheurs de différentes origines disciplinaires (ethnologie, sociologie, anthropologie, ergonomie, géographie, histoire, études cinématographiques) qui utilisent les images animées pour rendre compte du travail. Dans la continuité du colloque « Images du travail, travail des images » qui s’est déroulé à l’Université de Poitiers en novembre 2009, chaque article s’appuiera sur un travail de terrain et engagera une réflexion sur les pratiques, les modalités et les conditions de possibilité d’une articulation heuristique entre la démarche de recherche et la production audiovisuelle. Pour ce faire, outre les formes traditionnelles de l’écrit scientifique, chaque article proposera des extraits audiovisuels produits dans le cadre de la recherche (film scientifique, documentaire, entretien filmé).

      C’est devenu un lieu commun de constater un hiatus entre l’omniprésence des images dans nos sociétés contemporaines et la frilosité des sciences sociales dans ce domaine (de France, 1982 ; Terrenoire, 1985). Pourtant, dès leur constitution les différentes disciplines se sont intéressées aux images fixes comme animées tant comme techniques d’investigation que comme moyen de présentation des résultats de la recherche (Morin, 1962). De longue date, dans la lignée de Taylor et des époux Gilbreth (Alaluf, 2012), de nombreux spécialistes du travail, en particulier ergonomes et sociologues, ont mobilisé l’audiovisuel dans une perspective de compréhension et de rationalisation du travail industriel et de son organisation ; parallèlement, dès le début du 20e s., l’ethnologie d’urgence a contribué à multiplier sur les sociétés considérées comme en voie de disparition des images fixes et animées, qui, au delà des rites et des cérémonies, donnent à voir le quotidien et singulièrement le travail humain (Piault, 2000) ; par ailleurs, depuis la naissance du cinéma, les productions audiovisuelles mettant en scène le travail ne manquent pas et concernent tous les genres cinématographiques : fiction, documentaire de création, court métrage, film institutionnel, cinéma militant, documentaire scientifique… Plus récemment série télé, film d’amateur, pocket film. Quel que soit le genre, la question centrale est celle du réel ou plutôt de l’effet de réalité (Niney, 2002).

      Même si la situation est contrastée selon les disciplines [1], force est de constater que l’usage de (et la réflexion sur) l’audiovisuel reste encore aujourd’hui marginal en sciences sociales du travail et que sa prise en compte dans la démarche de recherche est toujours l’objet de précautions et de polémiques. De nombreuses pistes d’explications ont été avancées pour rendre compte de cet état de fait : polysémie des images et défiance de la démarche scientifique par rapport aux apparences ; tension entre rigueur scientifique et nécessité de narration qu’impose la production documentaire ; rhétorique professionnelle tendant à opposer sociologues et documentaristes ; faiblesse en France de l’éducation à l’image à l’Ecole comme à l’Université.
      Malgré ces obstacles, depuis plus d’un demi-siècle, les réflexions pluridisciplinaires sur l’audiovisuel dans les sciences sociales du travail se sont développées. Sans ici prétendre en faire l’histoire, on peut noter trois moments clefs :

      Durant les années 1960-1970, dans un contexte de croissance économique, de décolonisation, de plein emploi et d’institutionnalisation en France de disciplines comme la sociologie du travail et l’anthropologie visuelle, intégrer le film dans le processus de recherche s’avère une préoccupation notable bien que marginale. Cette période est marquée par deux éléments importants et peu articulés. D’un côté, une réflexion poussée sur l’instrumentation audiovisuelle (Girod, 1954 ; Naville, 1966) qui s’inscrit dans une volonté de développer la réflexion épistémologique [2] mais débouche de fait sur peu de mise en œuvre. De l’autre, avec Chronique d’un été (Morin et Rouch, 1961) une œuvre majeure, pluridisciplinaire, marquant le documentaire de création mais assez largement déconnectée des réflexions précédentes. Rouch et Morin centrent leur film sur la question du réel et sur les modalités de son enregistrement, et donc de sa construction à travers l’observation, la prise de vue et le montage. Comme le dit Morin, « Il y a deux façons de concevoir le cinéma du réel : la première est de prétendre donner à voir le réel ; la seconde est de se poser le problème du réel [3] ». Ils proposent donc un véritable renversement de perspectives, non seulement parce que, s’inscrivant dans le cinéma direct, Chronique d’un été inaugure une nouvelle conception du cinéma scientifique mais aussi car il repose sur des visions renouvelées du social mettant l’accent sur la subjectivité de l’acteur et sur un intérêt des sciences sociales pour le quotidien, ce que Pérec nommait « l’infra ordinaire » (1973).

      Dans les années 1980-1990, l’usage de l’audiovisuel dans la recherche en sciences sociales du travail fait l’objet d’expérimentations prudentes et d’une réflexion cloisonnée. Le contexte économique, sociologique et intellectuel est devenu tout différent : crises économiques et sociales, montée structurelle du chômage, débats animés sur la centralité du travail et sur la montée de la classe moyenne. On assiste à un effacement du travail dans tous les genres cinématographiques et un relatif repli de la réflexion sur ces questions dans des logiques disciplinaires. Il suffit pour s’en convaincre de constater que sont publiés quasiment au même moment, deux numéros spéciaux de revue portant le même nom, « Filmer le travail », partageant un objectif commun (proposer un bilan des productions durant les années 1980) et posant une question a priori étonnante : est-il possible de filmer le travail ? Au delà de ces points communs, ces deux réflexions collectives apparaissent très différenciées : l’une (Images documentaires, 1996) émane de critiques de cinéma et s’interroge, à partir de réflexions historiques et philosophiques, sur ce qui est présenté comme l’invisibilité du travail au cinéma ; l’autre (Champs visuels. Revue interdisciplinaire de recherches sur l’image, 1997) rend compte de toute une série de pratiques d’utilisation de l’image en sciences sociales, émanant pour l’essentiel de deux disciplines : la sociologie et l’ergonomie. L’usage de la caméra est pragmatique et compartimenté par des chercheurs qui y voient d’abord un dispositif technique complémentaire, riche mais récent et encore mal maîtrisé.

      A partir des années 2000, dans un contexte de mondialisation des échanges et de diffusion de nouvelles formes de management dit participatif, on assiste au déplacement progressif des contraintes, du physique vers le psychologique, conduisant à mettre l’accent sur la souffrance au travail et les risques dits psycho-sociaux. Du côté des sciences sociales, un ouvrage majeur (Castel, 1995) aborde le travail comme vecteur d’intégration sociale et inaugure ainsi un regain d’intérêt pour les analyses en termes de conflit et de classes sociales (Beaud, Pialoux, 1999). La centralité du travail s’affirme et ce dernier devient l’objet de toutes les attentions, politiques [4], scientifiques et, de plus en plus, artistiques [5]. Dans le domaine audiovisuel, la période est marquée par la montée du numérique, facilitant l’accès du plus grand nombre aux matériels et aux techniques, et à une redéfinition des frontières entre fiction et documentaire. Deux colloques (Aix en Provence, 2007 ; Poitiers, 2009) et la publication de leurs actes (Eyraud, Lambert, 2009 ; Géhin, Stevens, à paraître) dressent un premier bilan des années 2000. Apparaissent d’abord de nombreux éléments de rupture avec les contenus et les réflexions menées une décennie auparavant : la question de l’invisibilité du travail au cinéma comme celle de la difficulté à le filmer ne sont plus centrales. La période est marquée par le développement de la pluridisciplinarité, la confrontation des approches mobilisant images fixes et animées, une ouverture vers tous les types de travail comme les différents genres audiovisuels et un rapprochement entre film scientifique et documentaire de création (Friedmann, [bb=2006| FRIEDMANN Daniel, 2006. « Le film, l’écrit et la recherche », Communications, 80 [« Filmer, chercher »], pp. 5-18.]).
      On pourrait émettre l’hypothèse que d’une question technique, méthodologique voire esthétique (comment filmer le travail ?), on tend à passer à l’analyse de relations plus générales entre audiovisuel et sciences sociales. Ces perspectives s’inscrivent aussi dans la grande thématique des formes d’articulation entre démarches artistiques et attitudes scientifiques. Il s’agit alors de s’engager, à partir de travaux de terrain, dans l’analyse fine des conditions sociales et historiques de cette mise en relation, en considérant les dimensions méthodologiques, heuristiques (évolution des paradigmes et des matrices disciplinaires) et pratiques (notamment la question centrale et peu abordée de la narration et de la description en sciences sociales, cf. Laplantine, 1996).

      Dans ce contexte intellectuel, l’objectif de ce numéro thématique est de proposer un bilan des recherches actuelles sur le travail qui mobilisent l’audiovisuel. A partir de pratiques concrètes de recherche, chaque article apportera des éléments de réponse à certains des thèmes suivants :

      -  les modalités d’usage de la caméra dans les dispositifs de recherche en sciences sociales du travail : outil, méthode, problématisation, démarche de recherche, diffusion des résultats ; y compris les aspects déontologiques, épistémologiques et esthétiques.

      -  les caractéristiques (spécificités, limites, originalités) du cinéma scientifique dans le champ des sciences sociales du travail, son positionnement par rapport aux pratiques traditionnelles qui valorisent l’écrit. Il s’agit en particulier d’interroger les dimensions sociales et historiques rendant possible, dynamisant ou limitant l’usage de l’audiovisuel dans la démarche scientifique.

      - l’articulation entre les démarches des chercheurs, des documentaristes et des artistes. Cette thématique pouvant notamment être traitée en dépassant des oppositions du type objectivité versus subjectivité, déduction versus induction.

      L’expérimentation de nouvelles formes d’écriture, que permettent les ressources informatiques et que la revue ethnographiques.org cherche à promouvoir, peut à ce titre être considérée comme une composante du travail d’analyse et d’exposition des données. Les différentes possibilités de traitement numérique des documents visuels et sonores (séquençage, synchronisation, annotation, etc.) invitent à penser des solutions de présentation originales, susceptibles de mettre en perspective les productions audiovisuelles et de restituer plus finement les expériences considérées. Des membres du comité de direction d’ethnographiques.org se tiennent à la disposition des personnes qui souhaitent répondre à cet appel à contribution en intégrant ces ressources en amont de leur travail.

      Les contributions devront être rendues au plus tard le 15 mars 2012. Les auteurs sont priés de suivre scrupuleusement les consignes accessibles sur la page http://www.ethnographiques.org/Publier. Les articles devront être envoyés aux trois destinataires suivants :

      Armelle Giglio-Jacquemot : armellej@club-internet.fr
      Jean-Paul Gehin : jean-paul.gehin@univ-poitiers.fr
      Sophie Chevalier : sophie.chevalier7@wanadoo.fr

       

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      Bibliographie

      ALALUF Matéo, (à paraître). « La sociologie du travail et les images », in GEHIN Jean-Paul, STEVENS Hélène (dir.). Images du travail, travail des images. Rennes, PUR.

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      CASTEL Robert, 1995. Les métamorphoses de la question sociale : une chronique du salariat. Paris, Fayard.

      CHAMPS VISUELS, 1997. « Filmer le travail : recherche et réalisation », Champs visuels, 6, Paris, L’Harmattan.

      CINEMACTION, 2004. « Le cinéma militant reprend le travail », Cinémaction, 110, Paris, Corlet Télérama.

      EYRAUD Corine, LAMBERT Guy (dir.), 2009. Filmer le travail, film et travail, Observer, analyser et montrer le travail par le film. Aix en Provence, PUP.

      FRANCE (de) Claudine, 1982. Cinéma et anthropologie. Paris, éditions MSH.

      FRIEDMANN Daniel, 2006. « Le film, l’écrit et la recherche », Communications, 80 [« Filmer, chercher »], pp. 5-18.

      GEHIN Jean-Paul, STEVENS Hélène (dir.), (à paraître). Images du travail, travail des images. Rennes, PUR.

      GIROD Roger, 1954. « Le cinéma comme instrument de recherche dans le domaine sociologique », Revue internationale de filmologie, IV, pp 269-278.

      HAINAULT Monique, 2009. « Introduction. Observer, analyser et montrer le travail par le film », in Filmer le travail. Films et travail. Cinéma et sciences sociales, Aix en Provence, PUP, pp. 9-24.

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      LAPLANTINE François, 1996. La description ethnographique. Paris, Nathan, 128.

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      Notes

      [1] Avec une anthropologie visuelle constituée de longue date, alors qu’il faut attendre 2011 pour qu’émerge timidement en France un groupe de travail consacré à la « sociologie visuelle et filmique » à l’occasion du congrès de l’Association française de sociologie.

      [2] Naville fonde en 1964 la revue Epistémologie sociologique qui consacrera une place notable à l’instrumentation audiovisuelle.

      [3] Cité par Monique Hainault (2009 : 9).

      [4] On peut noter dès la fin des années 1990 un renouveau des luttes sociales et du cinéma militant (CinémAction, 2004)

      [5] Ainsi le cinéma, mais aussi la littérature, la bande dessinée, la photographie, le théâtre ou les arts plastiques s’en emparent, et font de lui le décor voire le personnage central des récits.