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Numéro en cours

  • NumĂ©ro 30 - septembre 2015
    Mondes ethnographiques
  • Incidents heuristiques.
    AlĂ©as et rebondissements de l’enquĂȘte ethnographique

    (Information publiée le vendredi 13 octobre 2017)

      Appel Ă  propositions de la revue ethnographiques.org

      Date limite de soumission : 8 dĂ©cembre 2017

      En 2001, la revue Ethnologie française lançait un riche numĂ©ro sur le thĂšme des « terrains minĂ©s », prolongeant en quelque sorte la rĂ©flexion de Nigel Barley qui, Ă  la suite de ses tribulations chez les Dowayo et plus gĂ©nĂ©ralement en Afrique et ailleurs, avait publiĂ© sur ce sujet plusieurs volumes pleins d’humour et de dĂ©rision, tels qu’Un anthropologue en dĂ©route (1983) et L’anthropologie n’est pas un sport dangereux (1988). Ces livres furent suivis d’autres sur le mĂȘme ton, faisant connaĂźtre les alĂ©as du terrain ethnographique Ă  un plus large public. Ce numĂ©ro d’Ethnologie française faisait Ă©cho aussi Ă  l’ouvrage collectif Anthropologues en danger. L’engagement sur le terrain dirigĂ© par Michel Agier en 1997, qui soulĂšve des questions d’ordre dĂ©ontologique relatives aux modalitĂ©s d’implication des chercheurs sur des terrains marquĂ©s par la guerre, la maladie, les revendications identitaires.

      Dans son introduction au dossier « Terrains minĂ©s », Dionigi Albera rappelle Ă  juste titre les expĂ©riences difficiles que vĂ©curent de grands anthropologues sur leurs terrains, citant les avertissements que plusieurs lancĂšrent ensuite, Claude LĂ©vi-Strauss au BrĂ©sil, Clifford Geertz Ă  Bali ou Jeanne Favret-Saada dans le bocage vendĂ©en. On pourrait ajouter bien d’autres exemples, comme le cas de Franz Boas qui, lors de son tout premier sĂ©jour en Terre de Baffin en 1885, ne parviendra jamais Ă  convaincre les Inuit de lui vendre leurs chiens, rendant du mĂȘme coup caduc son projet de voyage Ă  Igloolik, l’obligeant au contraire Ă  demeurer dans un village en pleine transformation en raison de la prĂ©sence de nombreux baleiniers Ă©cossais. Ces mĂ©saventures n’empĂȘcheront cependant pas l’anthropologue de produire un rapport remarquablement riche et d’ĂȘtre ensuite reconnu comme l’un des fondateurs de l’anthropologie de terrain amĂ©ricaine.

      La gestion de ces obstacles par l’enquĂȘteur permet de poser la question gĂ©nĂ©rale des « ratĂ©s de terrain », pour reprendre le titre d’un rĂ©cent numĂ©ro de la revue SociologieS. Dans ce dossier prĂ©parĂ© par C. Hummel, M. Roca et E. et J. Stavo-Debauge (2017), les auteurs montrent bien, Ă  partir de cas choisis en Occident, que ces ratĂ©s relĂšvent de toute dĂ©marche scientifique, « qui ne progresse qu’à coups de rĂ©visions crĂ©atives », et de toute dĂ©marche empirique, au fondement des sciences sociales. En ce sens, les ratĂ©s – et les difficultĂ©s affĂ©rentes – ont toute leur place dans les comptes rendus d’enquĂȘte et justifient des retours rĂ©flexifs. Ils ne sont pas nĂ©cessairement « heuristiques », mais exigent qu’on en prenne la mesure. Les auteurs de ce numĂ©ro ont choisi de traiter surtout des effets de ces dĂ©boires, analysant des situations oĂč les donnĂ©es recueillies sont « empoisonnĂ©es » (Hummel 2017), ou accessibles seulement au terme de certaines humiliations (Odoni 2017), ou carrĂ©ment inaccessibles (Delage 2017).

      Si donc la question n’est pas nouvelle, et si le terrain a toujours comportĂ© une part d’imprĂ©visibilitĂ© pour l’ethnographe, elle demeure pourtant relativement marginale dans la littĂ©rature scientifique. Les mĂ©saventures ou les ratages (Jamin 1986) prĂ©citĂ©s en cachent bien d’autres, sur lesquels les chercheurs font gĂ©nĂ©ralement l’impasse, comme si le terrain et ses mĂ©thodes allaient de soi, relevant d’une sorte d’« Ă©vidence », pour reprendre une expression de Bruno Latour (1988). La fiertĂ© d’ethnographe est assurĂ©ment l’une des attitudes les mieux partagĂ©es dans le cĂ©nacle socio-anthropologique et rares sont les ethnographes qui, du coup, « ratent » leurs terrains. Parions que la difficultĂ© des temps prĂ©sents, la crise de la discipline, l’évolution aussi des outils mĂ©thodologiques n’ont fait que conforter les socio-anthropologues dans leur discrĂ©tion au sujet des Ă©checs et des dĂ©boires auxquels ils sont confrontĂ©s sur le terrain. Or, prĂ©cisĂ©ment, ce nouveau contexte justifie de nouvelles formes de dĂ©voilement ou d’objectivation : l’hypothĂšse structurante de cet appel Ă  contributions est celle de la nĂ©cessitĂ© toujours renouvelĂ©e de remettre l’ouvrage sur le mĂ©tier, au vu du caractĂšre profondĂ©ment labile et mouvant des terrains de l’enquĂȘte ethnographique.

      On le sait, les terrains sont partout devenus plus difficiles. Les facteurs qui l’expliquent sont aussi variĂ©s que l’émancipation des peuples, la poussĂ©e des mouvements identitaires, la mondialisation, l’accĂ©lĂ©ration des communications, la circulation des informations et des images, la multiplication des enjeux Ă©conomiques et sociaux, le dĂ©veloppement des protocoles d’éthique et les volontĂ©s de contrĂŽle des uns et des autres, la prĂ©sence de chercheurs d’autres disciplines, notamment. Comment ces nouvelles circonstances et ces nouvelles difficultĂ©s affectent-elles l’enquĂȘte de terrain au long cours ? Quels sont les nouveaux obstacles, revers, Ă©preuves auxquels sont confrontĂ©s les chercheurs et comment affectent-ils le recueil de donnĂ©es ? L’ethnographie souffre par ailleurs du raccourcissement inquiĂ©tant des terrains, tant dans la formation universitaire – on est loin de la conception britannique des deux ans de terrain comme elle prĂ©valait dans les annĂ©es 1970 – que dans l’exercice du mĂ©tier de chercheur, auquel on demande d’aller Ă  l’essentiel afin de boucler son « projet » dans les temps impartis. L’aiguillon de la postmodernitĂ© et de l’anthropologie critique dont on aurait pu penser qu’il ouvrirait davantage les esprits et apporterait plus de transparence en la matiĂšre n’a de ce point de vue pas Ă©tĂ© d’une grande aide. Quelles sont les incidences de ce raccourcissement du temps de l’enquĂȘte et des contraintes induites par la recherche sur projet sur la qualitĂ© et la « densitĂ© » des matĂ©riaux rĂ©coltĂ©s ? La multiplication des obstacles n’est-elle pas telle qu’on peut s’interroger sur la pĂ©rennitĂ© mĂȘme du mĂ©tier d’ethnologue ? L’AmĂ©rique du Nord offre maints exemples de terrains classiques devenus impraticables et de situations oĂč les anthropologues sont considĂ©rĂ©s comme des suspects, accusĂ©s d’ĂȘtre des espions (comme l’a vĂ©cu Denis Gagnon (2011 : 153) chez les Innu), des semeurs de troubles ou des voleurs au service des musĂ©es ou des universitĂ©s. MĂȘme si l’anthropologie a par ailleurs multipliĂ© ses objets et s’infiltre partout, avec de nouveaux terrains – les camps humanitaires, la mafia, les rĂ©seaux financiers internationaux, les groupes armĂ©s, etc. –, ces derniers ne sont guĂšre plus faciles d’accĂšs et les ethnographes se trouvent souvent concurrencĂ©s par d’autres professionnels de l’investigation. La prĂ©sence de journalistes sur un terrain constitue-t-elle une difficultĂ© ou un atout pour l’ethnologue ? À quelles conditions la prĂ©sence d’autres observateurs est-elle susceptible de conduire Ă  l’échec de l’enquĂȘte, ou au contraire d’en faciliter le dĂ©roulement ?

      Cette livraison d’ethnographiques.org entend revenir sur tous les incidents ou accidents qui peuvent se produire sur le terrain, avançant l’idĂ©e qu’ils sont parfois devenus explosifs mais sont aussi signifiants et trĂšs rĂ©vĂ©lateurs de la transformation des sociĂ©tĂ©s. À partir d’exemples variĂ©s, relevant tout autant d’une anthropologie du proche que de terrains lointains, l’objectif du prĂ©sent numĂ©ro est donc de pousser la rĂ©flexion sur les mĂ©saventures ethnographiques sous toutes leurs formes – personnelles, Ă©thiques, politiques, symboliques, mĂ©thodologiques, Ă©pistĂ©mologiques – et de voir dans quelle mesure elles constituent rĂ©ellement des Ă©checs, l’anthropologie pouvant bien souvent en tirer quelques enseignements sur les plans de la mĂ©thodologie, du recueil de donnĂ©es ou de la rĂ©flexion thĂ©orique. En d’autres termes, ce numĂ©ro d’ethnographiques.org n’appelle pas Ă  des introspections individuelles sur la nature du travail de terrain – ce qui est en soi un champ entier de la discipline –, mais Ă  des contributions rĂ©flexives sur diffĂ©rents types d’incidents productifs. Les auteurs sont donc invitĂ©s Ă  relater ce qui s’apparente Ă  des expĂ©riences d’échecs, dans tous les contextes sociaux et nationaux, et Ă  documenter la maniĂšre dont ces derniers peuvent faire avancer la rĂ©flexion anthropologique, c’est-Ă -dire permettre de mieux comprendre les cultures, les institutions et les sociĂ©tĂ©s contemporaines.

      La revue ethnographiques.org encourage les auteurs Ă  mobiliser du matĂ©riau multimĂ©dia et promeut de nouvelles formes d’écriture associant diffĂ©rents mĂ©dias. Au besoin, des membres de notre comitĂ© de rĂ©daction peuvent vous fournir une aide technique pour exploiter vos matĂ©riaux.

      Calendrier

      -  Les propositions de contributions (sous forme de rĂ©sumĂ©s d’une page accompagnĂ©s d’une bibliographie indicative) sont attendues au plus tard pour le 8 dĂ©cembre 2017. Elles doivent ĂȘtre envoyĂ©es, avec la mention « INCIDENTS HEURISTIQUES » comme objet du message, aux coordinateurs du numĂ©ro, Olivier Servais, FrĂ©dĂ©ric Laugrand et Florence Bouillon, et Ă  la rĂ©daction :
      olivier.servais@uclouvain.be, frederic.laugrand@ant.ulaval.ca, florence.bouillon@gmail.com, redaction@ethnographiques.org
      Les auteurs sont priés de suivre les consignes (note aux auteurs) accessibles sur la page http://www.ethnographiques.org/Note-aux-auteurs.

      -  Un premier tri sera effectuĂ© sur la base de ces propositions. Une rĂ©ponse sera donnĂ©e le 10 janvier 2018.

      -  Les articles devront ĂȘtre remis pour le 31 mai 2018. Ils seront relus par le comitĂ© de rĂ©daction ainsi que par des Ă©valuateurs externes. La version dĂ©finitive devra ĂȘtre remise en avril 2019 pour une publication dans le numĂ©ro 39, Ă  l’automne 2019.

      Références bibliographiques

      ALBERA Dionigi, 2001. « Terrains minĂ©s », Ethnologie française, 31 (1), p. 5-13.

      AGIER Michel, 1997. Anthropologues en dangers. L’engagement sur le terrain. Paris, les Cahiers de Gradhiva.

      BARLEY Nigel, 1983. Un anthropologue en déroute. Paris, Payot.

      BARLEY Nigel, 1988. L’anthropologie n’est pas un sport dangereux. Paris, Payot.

      BLANCKAERT Claude, 1996. « Histoires du terrain entre savoirs et savoir-faire », in BLANCKAERT Claude (dir.), Le terrain des sciences humaines. Instructions et enquĂȘtes (XVIIIe-XXe siĂšcle). Paris, L’Harmattan, p. 139-173.

      BOURDIEU Pierre et WACQUANT Loïc J. D., 1992. Réponses. Pour une anthropologie réflexive. Paris, Seuil.

      BROMBERGER Christian, 1997. « L’ethnologie de la France et ses nouveaux objets. Crise, tĂątonnements et jouvence d’une discipline dĂ©rangeante », Ethnologie française, 27 (3), p. 294-313.

      BOUILLON Florence, FRÉSIA Marion et TALLIO Virginie (dir.), 2006. Terrains sensibles. ExpĂ©riences actuelles de l’anthropologie. Paris, Centre d’études africaines, EHESS, « Dossiers africains ».

      CARATINI Sophie, 2004. Les non-dits de l’anthropologie. Paris, Presses universitaires de France.

      CÉFAÏ Daniel, 2003. L’enquĂȘte de terrain. Paris, La DĂ©couverte - M.A.U.S.S.

      CLIFFORD James, 1996. Malaise dans la culture. L’ethnographie, la littĂ©rature et l’art au XXe siĂšcle. Paris, École nationale supĂ©rieure des Beaux-Arts.

      COPANS Jean, 1974. Critiques et politiques de l’anthropologie. Paris, Maspero.

      DELAGE Pauline, 2017. « De l’obstacle mĂ©thodologique au levier analytique. Retour sur une comparaison asymĂ©trique », SociologieS, « La recherche en actes. Penser les ratĂ©s de terrain » (en ligne), http://sociologies.revues.org/6142 (page consultĂ©e le 20 juillet 2017).

      DUVAL Maurice, 1994. « Les ethnologues dans les filets de la hiĂ©rarchie », Journal des anthropologues, 53-54-55, p. 21-27.

      FAVRET-SAADA Jeanne, 1976. Les mots, la mort, les sorts. Paris, Gallimard.

      FAVRET-SAADA Jeanne et CONTRERAS JosĂ©e, 1981. Corps pour corps. EnquĂȘte sur la sorcellerie dans le bocage. Paris, Gallimard.

      GAGNON Denis, 2011. « IdentitĂ© trouble et agent double : l’ontologie Ă  l’épreuve du terrain », Anthropologie et SociĂ©tĂ©s, 35 (3), p. 147-165.

      GEERTZ Clifford, 1983. « Jeu d’enfer. Notes sur le combat de coqs balinais », in GEERTZ Clifford, Bali. InterprĂ©tation d’une culture. Paris, Gallimard, p. 165-215.

      GHASARIAN Christian, 2002. De l’ethnographie Ă  l’anthropologie rĂ©flexive. Nouveaux terrains, nouvelles pratiques, nouveaux enjeux. Paris, Armand Colin.

      HERVÉ Caroline, 2010. « Analyser la position sociale du chercheur : des obstacles sur le terrain Ă  l’anthropologie rĂ©flexive », Cahiers du CIÉRA, 6, p. 7-26.

      HUMMEL Cornelia, 2017. « Ă‰tudier le vieillissement en prison », SociologieS, « La recherche en actes. Penser les ratĂ©s de terrain » (en ligne), http://sociologies.revues.org/6086 (page consultĂ©e le 20 juillet 2017).

      JAMIN Jean, 1986. « Du ratage comme heuristique ou l’autoritĂ© de l’ethnologue », Études rurales, 101-102, p. 337-341.

      LATOUR Bruno, 1988. La vie de laboratoire. La production de faits scientifiques. Paris, La DĂ©couverte.

      LESERVOISIER Olivier, 2005. Terrains ethnographiques et hiĂ©rarchies sociales. Retour rĂ©flexif sur la situation d’enquĂȘte. Paris, Karthala.

      LÉVI-STRAUSS Claude, 1958. Anthropologie structurale. Paris, Plon.

      LUCA Nathalie, 1999. Le salut par le foot. GenĂšve, Labor et Fides.

      MASSICARD Élise, 2002. « ĂŠtre pris dans le mouvement. Savoir et engagement sur le terrain. Partie 1 », Cultures & Conflits, 47 (en ligne), http://conflits.revues.org/838 (page consultĂ©e le 30 dĂ©cembre 2015).

      MILHE Colette, 2011. Comment je suis devenue anthropologue et occitane. Le travail d’enquĂȘte : la singularitĂ© d’une expĂ©rience. Lormont, Le Bord de l’eau, Des mondes ordinaires.

      ODONI Miriam, 2017. « “Ah c’est vous qui ĂȘtes lĂ  pour dire que le CD va mourir ?” : la souffrance des bibliothĂ©caires au cƓur du rĂ©gime numĂ©rique », SociologieS, « La recherche en actes. Penser les ratĂ©s de terrain » (en ligne), http://sociologies.revues.org/6104 (page consultĂ©e le 20 juillet 2017).

      PENEFF Jean, 2009. Le goĂ»t de l’observation. Comprendre et pratiquer l’observation participante en sciences sociales. Paris, La DĂ©couverte.

      RECHERCHES QUALITATIVES, 2014. « Vigilance ethnographique et rĂ©flexivitĂ© mĂ©thodologique », Recherches qualitatives, 33 (1).

      STAVO-DEBAUGE Joan, ROCA i ESCODA Marta et HUMMEL Cornelia, 2017. « EnquĂȘter. Rater. EnquĂȘter encore. Rater encore. Rater mieux », SociologieS, « La recherche en actes. Penser les ratĂ©s de terrain » (en ligne), http://sociologies.revues.org/6084 (page consultĂ©e le 20 juillet 2017).

      TURNBULL Colin, 1987. Les Iks. Survivre par la cruautĂ©. Nord-Ouganda. Paris, Plon, coll. « Terre Humaine », 389 p.

    Approche anthropologique des changements climatiques et météorologiques

    (Information publiée le lundi 4 septembre 2017)

      Approche anthropologique des changements climatiques et météorologiques

      Appel Ă  propositions de la revue ethnographiques.org

      Date limite de soumission : 6 octobre 2017

      Le changement climatique modifie-t-il la maniĂšre dont les sociĂ©tĂ©s locales perçoivent les phĂ©nomĂšnes mĂ©tĂ©orologiques, atmosphĂ©riques et l’environnement en gĂ©nĂ©ral ? Comment cette problĂ©matique du changement climatique renouvelle-t-elle la façon dont les ethnologues abordent le temps qu’il fait, la mĂ©tĂ©o ou les relations entre les sociĂ©tĂ©s et leurs milieux ? Quels savoirs sur le climat l’anthropologie peut-elle mettre au jour et quelles formes d’adaptation locales gĂ©nĂšrent ces savoirs en contexte de mutations sociales et environnementales ? Comment un dialogue fĂ©cond entre climatologues, physiciens de l’atmosphĂšre, Ă©cologues ou ethnologues peut-il se construire et permettre des avancĂ©es sur les connaissances du climat et des interactions entre les sociĂ©tĂ©s et leurs environnements ? Telles sont les questions que nous souhaitons poser dans le cadre de ce numĂ©ro de la revue ethnographiques.org.

      Changement climatique, rĂ©chauffements, Ă©vĂšnements extrĂȘmes ou encore adaptations sont au cƓur des prĂ©occupations de la communautĂ© internationale et trouvent un Ă©cho global depuis les premiĂšres ConfĂ©rences des parties et la diffusion des travaux du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat – GIEC (Fiske et al. 2014). Les savoirs scientifiques et les propos d’experts sur le changement climatique sont relayĂ©s Ă  diffĂ©rentes Ă©chelles par les gouvernements, les mĂ©dias ou les organismes environnementaux. À l’échelle locale, les communautĂ©s des zones les plus vulnĂ©rables, comme des rĂ©gions a priori moins rapidement concernĂ©es, sont dĂ©tentrices de savoirs sur le climat ou la mĂ©tĂ©o. Ces expertises peuvent apporter des informations cruciales sur des effets mĂ©connus ou non anticipĂ©s de ces changements et il est nĂ©cessaire de les dĂ©crire et de les analyser.
      L’anthropologie sociale, aprĂšs avoir boudĂ© les recherches relatives au climat, se saisit de ces thĂ©matiques dans les annĂ©es 1980, les renouvelant et cherchant Ă  comprendre, au travers des approches des interactions entre les sociĂ©tĂ©s et leurs environnements, de la vulnĂ©rabilitĂ© ou du risque, comment ces sociĂ©tĂ©s perçoivent les conditions environnementales et climatiques dans lesquelles elles s’adaptent et Ă©voluent (Crate et Nuttal 2009, de la SoudiĂšre et Tabeaud 2009). Climat, mĂ©tĂ©o, temps qu’il fait sont abordĂ©s sous le prisme de l’anthropologie de la nature et des ethnosciences. À l’image des ethnobiologistes, les ethnoclimatologues vont considĂ©rer les relations entre sociétés et conditions atmosphériques, en partant des catégories locales et en revisitant l’étude des systèmes locaux de classification des phĂ©nomĂšnes mĂ©tĂ©orologiques et du climat, comme ce qui est fait pour des plantes ou des animaux (Janicot et al. 2015). Émergent les contours de multiples modes de relations entre les ĂȘtres humains et leurs milieux et des conceptions propres Ă  chaque sociĂ©tĂ© de son climat (Hastrup 2016, Marino 2015). L’anthropologie interroge ainsi la signification et la polysĂ©mie des termes ciel, atmosphĂšre, climat, mĂ©tĂ©o ou encore changement climatique aujourd’hui porteur d’enjeux politiques globaux (Strauss et Orlove 2003).
      De nombreuses recherches en ethnologie ou Ă©cologie humaine montrent que les sociĂ©tĂ©s locales n’abordent pas toujours le temps qu’il fait en observant le ciel ou les conditions atmosphĂ©riques. Elles apprĂ©hendent aussi leurs climats au travers de l’observation de leurs environnements en gĂ©nĂ©ral, de leurs expĂ©riences du vivant, de leurs biodiversitĂ©s et de ses dynamiques (Dounias 2009 ; Sourdril et al. 2017). L’observation d’indicateurs ou de marqueurs biologiques de saisonnalitĂ© ou de changements (phĂ©nologie des plantes, comportement ou migration des animaux ou encore phĂ©nomĂšnes d’invasion biologique) leur permet de percevoir et d’anticiper les transformations de leurs milieux (Vedwan et Rhoades 2001, Veteto et Carlson 2014). Les anthropologues cherchent Ă  comprendre comment ces diffĂ©rents savoirs peuvent favoriser ou handicaper l’adaptation des sociĂ©tĂ©s Ă  de nouvelles conditions climatiques (Strauss et Orlove 2003). Ils s’interrogent sur l’importance donnĂ©e aux changements climatiques, face Ă  d’autres types de transformations sociales ou environnementales dans l’apprĂ©hension locale des changements globaux.
      Aujourd’hui de nombreux programmes de recherche interdisciplinaires, pour certains participatifs, mĂȘlant Ă©cologie, gĂ©ographie, anthropologie, climatologie, visent Ă  saisir, croiser et mesurer l’apport des savoirs locaux aux connaissances des physiciens de l’atmosphĂšre. Les chercheurs s’intĂ©ressent aussi Ă  la façon dont les sociĂ©tĂ©s locales utilisent diffĂ©rents registres de savoirs, les intĂšgrent, les hiĂ©rarchisent et s’en servent (ou pas) pour assurer l’adaptation de leurs modes de vie en situation de changement (Shaffer 2014, Kosmowski 2016).

      L’objectif de ce numĂ©ro thĂ©matique est de proposer un aperçu des recherches actuelles en ethnologie autour des perceptions et savoirs locaux sur le climat, le temps qu’il fait et leurs consĂ©quences Ă©ventuelles sur les façons de faire et sur la subsistance au quotidien des sociĂ©tĂ©s locales. Nous souhaitons Ă©clairer la maniĂšre dont les ethnologues s’intĂ©ressent et dĂ©crivent ces savoirs locaux en ville et Ă  la campagne, au Nord et au Sud, en contexte de changements extrĂȘmes ou en zone tempĂ©rĂ©e. Un objectif sera de montrer comment les formes d’apprĂ©hension des changements environnementaux dĂ©pendent des contextes culturels et institutionnels des territoires enquĂȘtĂ©s. À partir de pratiques concrĂštes de recherche, les articles de ce numĂ©ro de la revue ethnographiques.org apporteront des Ă©lĂ©ments de rĂ©ponse concernant (1) les apports de la discipline anthropologique Ă  la comprĂ©hension locale des phĂ©nomĂšnes climatiques ou mĂ©tĂ©orologiques et (2) la place de la discipline au sein de programmes de recherche pluridisciplinaires appliquĂ©s Ă  l’analyse de ces phĂ©nomĂšnes Ă  la fois naturels et culturels. Les contributions Ă  ce numĂ©ro abordant la question des apports de la mĂ©thode ethnographique (collecte et analyse des donnĂ©es qualitatives, terrain long) Ă  ces thĂ©matiques seront les bienvenues. Nous nous intĂ©resserons Ă©galement aux recherches impliquĂ©es dans des programmes pluridisciplinaires et aux influences des disciplines quant Ă  leurs protocoles de recherche, leurs terrains, leurs mĂ©thodes, la collecte et l’analyse de leurs donnĂ©es. Enfin, nous valoriserons la prĂ©sentation de recherches participatives sur ces questions de perception et d’adaptation aux changements et la façon dont sont intĂ©grĂ©es les populations locales (rurales ou urbaines) dans les dispositifs de recherche et d’action.

      La revue ethnographiques.org offrant toutes les potentialitĂ©s d’une revue en ligne, les auteur-e-s sont encouragĂ©s Ă  prĂ©senter des matĂ©riaux visuels ou sonores susceptibles de structurer ou d’accompagner leur article, voire Ă  proposer une mise en forme originale de leur rĂ©flexion et de leurs donnĂ©es.

      Calendrier

      -  Les propositions de contribution (1 page maximum, comprenant une bibliographie indicative) sont attendues au plus tard le 6 octobre 2017. Elles doivent ĂȘtre envoyĂ©es, avec la mention « CLIMAT » comme objet du message, Ă  la rĂ©daction ainsi qu’aux coordinateurs du numĂ©ro :
      redaction@ethnographiques.org, Anne Sourdril (asourdril@gmail.com) et Éric Garine (eric.garine@mae.u-paris10.fr)
      Les auteurs sont priés de suivre les consignes (note aux auteurs) accessibles sur la page http://www.ethnographiques.org/Note-aux-auteurs.
      -  Un premier tri sera effectuĂ© sur la base de ces propositions. Une rĂ©ponse sera donnĂ©e avant le 16 octobre 2017.
      -  Les articles devront ĂȘtre remis pour le 28 fĂ©vrier 2018. Ils seront relus par le comitĂ© de rĂ©daction ainsi que par des Ă©valuateurs externes. La version dĂ©finitive devra ĂȘtre remise en novembre 2018 pour une publication dans le numĂ©ro 38, au printemps 2019.

      ÉlĂ©ments de bibliographie

      CRATE Susan et NUTTALL Mark (eds), 2009. Anthropology and Climate Change : From Encounters to Actions. Walnut Creek, CA, Left Coast Press.

      CRATE Susan et NUTTALL Mark (eds), 2016. Anthropology and Climate Change : From Actions to transformations. Oxford, Routledge.

      DE LA SOUDIÈRE Martin et TABEAUD Martine (dir.), 2009. « Introduction. Le ciel comme terrain », Ethnologie française, 39 (4), p. 581-585.

      DOUNIAS Edmond, 2009. « The sentinel key role of indigenous peoples in the assessment of climate change effects on tropical forests », IOP Conf. Series : Earth and Environmental Science, 6.

      FISKE Shirley J., CRATE Susan A., CRUMLEY Carole L., GALVIN Kathleen, LAZRUS Heather, LUCERO Lisa J., OLIVER-SMITH Anthony, ORLOVE Benjamin, STRAUSS Sarah, WILK Richard, 2014. Changing the Atmosphere. Anthropology and Climate Change. Final report of the AAA Global Climate Change Task Force.

      HASTRUP Kristen, 2016. « Climate knowledge : assemblage, anticipation, action », in Crate Susan A. et Nuttall Mark (eds), Anthropology and climate change. From Actions to transformations. Oxford, Routledge, p. 35-57.

      JANICOT S., AUBERTIN Catherine, BERNOUX M., DOUNIAS Edmond, GUEGAN Jean-François, LEBEL Thierry, MAZUREK Hubert, SULTAN Benjamin, REINERT Magali (dir.), 2015. Changement climatique. Quels dĂ©fis pour le Sud ? Montpellier, IRD Éditions.

      KOSMOWSKI FrĂ©dĂ©ric, LEBLOIS Antoine et SULTAN Benjamin, 2016. « Perceptions of recent rainfall changes in Niger : a comparison between climate-sensitive and non-climate sensitive households », Climatic Change, 135, p. 227-241. doi : 10.1007/s10584-015-1562-4

      MARINO Elisabeth, 2015. Fierce climate, sacred ground. An Ethnography of Climate Change in Shishmaref. Alaska, Fairbanks : University of Alaska Press.

      SHAFFER Laura J., 2014. « Making sense of local Climate change in rural Tanzania through knowledge co-production », Journal of ethnobiology, 34 (3), p. 315-334.

      SOURDRIL Anne, WELCH-DEVINE Meredith, ANDRIEU Émilie, BELAÏDI Nadia, 2017. « Do April showers bring May flowers ? Knowledge and perceptions of local biodiversity influencing understanding of global environmental change. A presentation of the PIAF project », Natures, Sciences, SociĂ©tĂ©s, 25, p. 56-62. doi : 10.1051/nss/2017009

      STRAUSS Sarah et ORLOVE Benjamin (eds.), 2003. Weather, climate, culture. Oxford, Berg Editions.

      VEDWAN Neeraj et RHOADES Robert E., 2001. « Climate Change in the Western Himalayas of India : A Study of Local Perception and Response », Climate Research, 19, p. 109-117.

      VETETO James et CARLSON Stephen, 2014. « Climate change and apple diversity : local perception from Appalachian North Carolina », Journal of Ethnobiology, 34 (3), p. 359-382. ‹doi : 10.2993/0278-0771-34.3.359

    Revenir. QuĂȘtes, enquĂȘtes et retrouvailles

    (Information publiée le mardi 2 mai 2017)

      Revenir. QuĂȘtes, enquĂȘtes et retrouvailles

      Appel Ă  propositions de la revue ethnographiques.org

      Date limite de soumission : 28 juin 2017

      Certains voyages, dont les destinations sont investies de charges affectives fortes, prennent des formes singuliĂšres. Ce numĂ©ro thĂ©matique d’ethnographiques.org est consacrĂ© aux dĂ©placements temporaires et volontaires revendiquĂ©s et vĂ©cus comme des « retrouvailles » avec des endroits considĂ©rĂ©s comme ceux des origines familiales ou nationales, souvent qualifiĂ©s par les acteurs eux-mĂȘmes de « recherche de racines », « quĂȘte des origines » ou encore « retour aux sources ». Ce « retour » implique la recherche d’un lien possiblement distendu, voire rompu. Il repose souvent sur une enquĂȘte prĂ©alable et sur la quĂȘte active, qui peut ĂȘtre déçue, d’une reconnexion ou d’une (re)familiarisation avec des langues entendues, des aliments goĂ»tĂ©s, des personnes, des paysages et des sites patrimoniaux (re)dĂ©couverts. Par quelles logiques, quelles justifications, quels rĂ©cits, ces dĂ©placements sont-ils portĂ©s ? Comment quĂȘtes et enquĂȘtes s’articulent-elles dans ce genre de dĂ©marches ?

      Ces voyages ont reçu une attention croissante depuis la derniĂšre dĂ©cennie du XXe siĂšcle. Les « mythes du retour » (Cohen et Gold 1997) nourris par les Ă©migrĂ©s qui entretiennent « l’illusion » d’une installation qui ne serait que « provisoire » (Sayad 2006), « l’amour de la terre ancestrale » et la « mĂ©moire de l’exil » transmis souvent sur plusieurs gĂ©nĂ©rations (Bordes-Benayoun et Schnapper 2008, Hovanessian 2006) ont Ă©tĂ© largement documentĂ©s par la littĂ©rature consacrĂ©e aux migrations et aux diasporas. Les « retours » ont Ă©tĂ© apprĂ©hendĂ©s comme des pratiques par lesquelles sont entretenus et reproduits les sentiments d’appartenance (Legrand 2002, Leite 2005, Gourcy 2007, 2010, Bidet et Wagner 2012, Katić 2014, Tsimouris 2014) mais qu’ils peuvent Ă©galement remettre en question (Louie 2000, 2001, Razy 2006, Tsuda 2009).

      Nous entendons interroger les diffĂ©rentes formes que peuvent prendre ces voyages, en rĂ©flĂ©chissant en particulier aux liens et aux articulations entre « retours », quĂȘtes et enquĂȘtes. L’intention premiĂšre des contributions rassemblĂ©es dans ce dossier est de considĂ©rer ces voyages en tant qu’ils sont sous-tendus par une dĂ©marche de recherche. Par le recueil de tĂ©moignages, par des plongĂ©es dans les archives, par la quĂȘte d’indices, de traces et de pistes, la prĂ©paration au voyage et le voyage lui-mĂȘme s’apparentent volontiers Ă  des enquĂȘtes. Celles-ci s’inscrivent souvent dans le cadre d’une quĂȘte personnelle qui constitue la raison d’ĂȘtre du voyage. Qu’il s’agisse de personnes revenant sur leurs pas ou, au contraire, traçant leurs premiĂšres empreintes sur des lieux jusqu’alors connus au mieux par des rĂ©cits transmis au sein de la famille ou d’une communautĂ©, ou parfois mĂȘme totalement inconnus, car tus ou passĂ©s sous silence, quĂȘtes et enquĂȘtes constituent leur dĂ©nominateur commun.

      L’importance du processus de recherche tient Ă  trois Ă©lĂ©ments qui constituent autant d’axes de rĂ©flexion que pourront adopter les contributions : d’abord, en quoi la quĂȘte de quelque chose qui est ressenti comme « perdu » constitue la raison mĂȘme de ces voyages « retour » ; ensuite, comment les pratiques d’enquĂȘte et de quĂȘte modĂšlent la prĂ©paration, le dĂ©roulement du voyage, ses sĂ©quences temporelles et son dĂ©ploiement dans l’espace ; et enfin, en quoi l’expĂ©rience vĂ©cue est leur trait distinctif.

      Quels « retours », quelles retrouvailles ?

      La notion de « retour » prend des sens diffĂ©rents en fonction des maniĂšres dont ces voyages sont pensĂ©s, des situations de ceux qui les effectuent et de leurs pratiques mĂ©morielles. Les auteurs pourront examiner comment ces cadrages opĂšrent au regard des liens des voyageurs avec les endroits « (re)visitĂ©s » et selon que l’idĂ©e d’un « retour » s’impose dans des discours officiels qui prĂ©sentent ou non comme un impĂ©ratif moral la visite du lieu des origines. Les façons dont les recherches affĂ©rentes au « retour » s’effectuent, et comment les pratiques de quĂȘte font Ă©cho ou entrent en dissonance avec des discours et programmes officiels sont aussi des Ă©lĂ©ments pouvant ĂȘtre interrogĂ©s. De nombreuses configurations de retrouvailles sont possibles : celles de migrants revenant dans des lieux oĂč ils ont vĂ©cu ; celles de gĂ©nĂ©alogistes en quĂȘte de leurs lointains ancĂȘtres ; celles de descendants d’Ă©migrĂ©s sans attaches directes qui souhaitent dĂ©couvrir la terre d’origine de leur famille


      Retour, quĂȘte et enquĂȘte

      Marie-Blanche Fourcade a montrĂ© qu’au-delĂ  des contextes singuliers et des modalitĂ©s diverses des voyages, ceux-ci prĂ©sentent « un cheminement commun ponctuĂ© de sĂ©quences rĂ©currentes » (2010 : 6). Les contributions Ă  ce dossier pourraient dĂ©velopper plus en avant ce point en l’élargissant Ă  l’ensemble des rencontres effectuĂ©es par les voyageurs, non seulement avec des personnes, mais aussi avec des objets, des sites, des sensations. Dans de nombreux cas, les voyageurs procĂšdent selon un paradigme indiciaire (Ginzburg 1980), commençant Ă  accumuler dĂšs avant le voyage des traces, des pistes, des indices souvent tĂ©nus qui nourrissent leur quĂȘte. C’est Ă  partir de descriptions ethnographiques fines des divers moments et facettes de ces « retours » ainsi que de leurs mises en rĂ©cits par les voyageurs que l’on devrait pouvoir mettre Ă  jour comment les processus d’enquĂȘte et de dĂ©couverte forgent l’expĂ©rience du voyage lui-mĂȘme.

      L’expĂ©rience du retour

      Un dernier axe concerne la dimension vĂ©cue du voyage « retour », envisageant ainsi le voyage dans sa dimension « expĂ©rientielle » (Cohen 1979, Aziz 1987, Holmes-Rodman 2004). Qu’implique par exemple le fait de « revenir » sur des lieux jamais visitĂ©s auparavant ? Les expĂ©riences des voyageurs confrontĂ©s Ă  ce qui relevait jusqu’alors du souvenir ou de l’imaginaire pourraient ĂȘtre restituĂ©es et interrogĂ©es. GuidĂ© par le principe paradoxal d’une re-familiarisation avec l’inconnu (TrĂ©mon 2016), le voyage peut gĂ©nĂ©rer l’impression d’ĂȘtre Ă  nouveau chez soi, mais il peut aussi faire surgir la conscience d’y ĂȘtre (devenu) un Ă©tranger. Le retour peut mĂȘme se transformer en une expĂ©rience traumatisante si le lieu de la quĂȘte n’existe pas, est devenu autre, a Ă©tĂ© dĂ©truit ou spoliĂ©. Entre familiaritĂ© et Ă©trangetĂ©, entre retrouvailles heureuses et illusions perdues, quelles sont alors les « conditions de fĂ©licitĂ© » (Goffman 1986) des voyages de retour ? Les textes pourront aborder les tensions latentes ou tangibles de ces situations, et les maniĂšres dont elles peuvent conduire Ă  une nĂ©gociation de positions mĂ©dianes.

      Les contributions d’auteurs ayant pris part Ă  ces dĂ©placements et cheminĂ© aux cĂŽtĂ©s de celles et ceux qui « retournent » seront particuliĂšrement bienvenues. Les analyses pourront Ă©galement ĂȘtre basĂ©es sur les tĂ©moignages de ceux qui ont pratiquĂ© ce type de voyages. En outre, les contributions construites avec ou autour de matĂ©riaux visuels et/ou sonores (images, photos, extraits de films) seront particuliĂšrement encouragĂ©es.

      Calendrier

      Les propositions de contributions (2 pages maximum, comprenant une bibliographie indicative) sont attendues au plus tard le 28 juin 2017. Elles doivent ĂȘtre envoyĂ©es, avec la mention « Revenir » (en objet du message), Ă  la rĂ©daction ainsi qu’aux rĂ©dacteurs de l’appel :
      redaction@ethnographiques.org ; michael.busset@unil.ch ; gregoire.mayor@ne.ch ; anne-christine.tremon@unil.ch

      Une réponse sera donnée avant le 15 juillet 2017.
      Les textes doivent ĂȘtre remis pour fin octobre 2017. Ils seront relus par le comitĂ© de rĂ©daction ainsi que par des Ă©valuateurs externes. La version dĂ©finitive devra ĂȘtre remise en mars 2018 pour une publication dans le numĂ©ro 37, Ă  l’automne 2018.

      Références bibliographiques

      AZIZ Barbara Nimri, 1987. « Personal Dimensions of the Sacred Journey : What Pilgrims Say », Religious Studies, 23 (2), p. 247-61.

      BIDET Jennifer et WAGNER Lauren, 2012. « Vacances au bled et appartenances diasporiques des descendants d’immigrĂ©s algĂ©riens et marocains en France », TracĂ©s. Revue de Sciences humaines, 23 (en ligne), https://traces.revues.org/5554, DOI : 10.4000/traces.5554, (mis en ligne le 19 novembre 2014).

      BORDES-BENAYOUN Chantal et SCHNAPPER Dominique, 2008. Les mots des diasporas. Toulouse, Presses Universitaires du Mirail.

      COHEN Erik, 1979. « A Phenomonology of Tourist Experiences », Sociology, 13 (2), p. 179-201.

      COHEN Rina et GOLD Gerald, 1997. « Constructing Ethnicity : Myth of Return and Modes of Exclusion among Israelis in Toronto », International Migration, 35, p. 373-94.

      FOURCADE Marie-Blanche, 2010. « Tourisme des racines. ExpĂ©riences du retour », TĂ©oros, 29 (1), p. 3-7.

      GINZBURG Carlo, 1980. « Signes, traces, pistes. Racines d’un paradigme de l’indice », Le DĂ©bat, 6, p. 3-44.

      GOFFMAN Erving, 1986. « La condition de félicité — 1 », Actes de la recherche en sciences sociales, 64, p. 63-78.

      GOURCY Constance (de), 2007. « Le retour au prisme de ses dĂ©tours ou comment rĂ©introduire de la proximitĂ© dans l’éloignement », Revue europĂ©enne des migrations internationales, vol. 23 (2).

      GOURCY Constance (de), 2010. « Revenir sur les lieux de l’origine. De la quĂȘte des “racines aux Ă©preuves du retour », Ethnologie française, vol. XL (2), p. 349-356.

      HOLMES-RODMAN Paula Elizabeth, 2004. « â€˜They Told What Happened on the Road’ : Narrative and the Construction of Experiental Knowledge on the Pilgrimage to Chimayo, New Mexico », in BADONE Ellen et ROSEMAN Sharon R. (eds.), Intersecting Journeys. The Anthropology of Pilgrimage and Tourism. Urbana, University of Illinois Press, p. 24-51.

      HOVANESSIAN Martine, 2006. « Exil et catastrophe armĂ©nienne : le difficile travail de deuil », in BerthomiĂšre William et Chivallon Christine (Ă©d.), Les diasporas dans le monde contemporain, Paris, Karthala - Pessac, Maison des sciences de l’homme d’Aquitaine, p. 227-234.

      KATIĆ Mario, 2014. « From the Chapel on the Hill to National Shrine : Creating a Pilgrimage ‘Home’ for Bosnian Croats », in Eade J. et Katić M. (eds), Pilgrimage, Politics and Place-making in Eastern Europe. Crossing the Borders. Farnham, Burlington : Ashgate, p. 15-35.

      LEGRAND Caroline, 2002. « Du tourisme gĂ©nĂ©alogique dans l’Irlande contemporaine », Revue de SynthĂšse, 123, p. 131-147.

      LEITE Naomi, 2005. « Travels to an Ancestral Past : On Diasporic Tourism, Embodied Memory, and Identity », Antropologicas, 9, p. 273-302.

      LOUIE Andrea, 2001. « Crafting Places through Mobility : Chinese American “Roots-Searching” in China », Identities, vol. 8, p. 343-379.

      LOUIE Andrea, 2000. « Re-territorializing transnationalism : Chinese Americans and the Chinese motherland », American Ethnologist, 27 (3), p. 645-669.

      RAZY Élodie, 2006. « De quelques “retours SoninkĂ©” aux diffĂ©rents Ăąges de la vie. Circulations entre la France et le Mali », Journal des anthropologues, 106-107, p. 337-354.

      SAYAD Abdelmalek, 2006. L’immigration ou les paradoxes de l’altĂ©ritĂ©. 1. L’illusion du provisoire. Paris, Éditions Raisons d’agir.

      TRÉMON Anne-Christine, 2016. « Cheminer sur la trace des ancĂȘtres. “Retour aux sources” et rĂ©surgences dans les visites aux villages d’origine de la diaspora chinoise ». Communication au colloque « Nathan Wachtel, anthropologie et histoire ». MusĂ©e du Quai Branly, 12 et 13 mai 2016, actes mis en ligne en septembre 2016, https://actesbranly.revues.org/726.

      TSIMOURIS Giorgos, 2014. « Pilgrimages to Gökçeada (Imvros), a Greco-Turkish Contested Place : Religious Tourism or a Way to Reclaim the Homeland », in Eade J. et Katić M. (eds), Pilgrimage, Politics and Place-making in Eastern Europe. Crossing the Borders. Farnham, Burlington : Ashgate, p. 37-55.

      TSUDA Takeyudi, 2009. Diasporic homecomings. Ethnic return migration in comparative perspective. Stanford, Stanford University Press.

    Jouer avec les animaux

    (Information publiée le mardi 21 mars 2017)

      Appel Ă  propositions de la revue ethnographiques.org

      Date limite de soumission : 20 mai 2017

      Version PDF

      Si Johan Huizinga rĂ©sumait la part essentielle du jeu dans l’activitĂ© humaine par la belle formule d’Homo ludens , il s’avĂšre aussi que notre espĂšce n’a pas le monopole du jeu et que, de plus, les sociĂ©tĂ©s humaines mobilisent d’innombrables animaux dans une large palette d’activitĂ©s ludiques. Il y a Ă©videmment d’Ă©normes diffĂ©rences entre lancer une balle Ă  un chien et parier sur le rĂ©sultat d’un combat de coqs, mais dans les deux cas, les ĂȘtres humains font des animaux concernĂ©s un ingrĂ©dient constitutif d’activitĂ©s “ludiques”. À l’instar du « jeu d’enfer » de Clifford Geertz ou de « l’hippodrome de Constantinople » par Gilbert Dagron, l’anthropologie, la sociologie ou l’histoire comptent de remarquables Ă©tudes sur certains de ces jeux avec les animaux, mais l’exploration gĂ©nĂ©rale de cette thĂ©matique reste en deçà de la frĂ©quence de ces situations ou interactions ludiques.
      Pour prendre la mesure de l’importance et de la diversitĂ© de cette thĂ©matique, nous proposons ci-dessous, aprĂšs un bref prĂ©ambule, une premiĂšre catĂ©gorisation des jeux associant humains et animaux et relevons certaines directions d’analyse que pourraient dĂ©velopper les contributions de ce numĂ©ro.

      Les jeux comme dispositifs d’actions et de sens

      Avant d’entrer dans le dĂ©tail des pratiques ludiques mobilisant des animaux, il convient de rappeler que la notion de jeu — pour dĂ©crire des actions humaines — est non seulement, comme toute notion, sujette Ă  d’infinies variations terminologiques et sĂ©mantiques selon les langues et les Ă©poques (Huizinga, Caillois, Hamayon) mais qu’elle est aussi appliquĂ©e aux comportements de certains animaux. Or, quand on rĂ©alise les dĂ©bats que suscite la qualification (ou non) de telle activitĂ© humaine comme jeu, il paraĂźt raisonnable de garder quelque circonspection dans la reconnaissance du jeu chez l’animal. Car si, Ă  l’instar du sens commun, les Ă©thologistes mettent en avant certains indices comportementaux pour dĂ©celer la marque du jeu, c’est qu’en amont ils s’appuient sur une conception du jeu qui dĂ©rive de leur propre expĂ©rience.

      Dans un captivant mouvement d’allers-retours, le jeu humain sert en effet Ă  identifier le jeu animal et, rĂ©ciproquement, le comportement animal se rĂ©vĂšle « bon Ă  penser » le jeu. Depuis les chamanes sibĂ©riens « jouant » un combat entre cervidĂ©s ou les lutteurs mongols imitant le vol de l’aigle, jusqu’Ă  nos parties de « petits chevaux » ou nos paris sur le jogo do bicho [jeu des bĂȘtes] (loterie brĂ©silienne), en passant par tous ces combats de coqs, de chiens ou de vaches oĂč l’animal agit en place de l’homme, on assiste dans le jeu Ă  de rĂ©guliĂšres animalisations/humanisations des acteurs humains ou animaux.

      De ce prĂ©ambule Ă©merge la rĂšgle de mĂ©thode ethnographique qui est de resituer, autant que possible, toute rĂ©flexion sur les jeux associant humains et animaux dans un entrecroisement de perspectives : quelles conceptions des jeux, des humains, des animaux se manifestent, et sont mises en pratique, lors d’une action que l’observateur et/ou certains acteurs situent dans le ludique ? L’approche anthropologique du jeu nĂ©cessite ainsi d’envisager dans un mĂȘme mouvement l’action et le sens. Or on ne saurait trop insister sur le fait que dans le jeu, ou plutĂŽt dans les jeux, l’action et le sens s’avĂšrent souvent multiples et fluctuants.

      Les principales formes de jeux avec des animaux

      Il paraĂźt possible de rassembler la large diversitĂ© des jeux dans lesquels des ĂȘtres humains mobilisent des animaux sous quatre grandes catĂ©gories. Nous pourrions y rajouter le registre des « animaux » figurĂ©s si prĂ©sents dans les jeux humains, en particulier enfantins.

      Nous caractĂ©risons ci-dessous briĂšvement ces regroupements non pour enfermer l’analyse dans un cadre prĂ©dĂ©fini mais pour souligner que certaines pratiques qui peuvent paraĂźtre anecdotiques ou exceptionnelles sur le terrain ne sont pas des faits isolĂ©s et s’inscrivent bien une perspective gĂ©nĂ©rale, et pour signifier aussi que le numĂ©ro pourrait accueillir des articles aux marges du jeu, en traitant par exemple des spectacles animaux dans les cirques.
      La premiĂšre catĂ©gorie concerne les courses animales. À l’instar des courses hippiques, les plus connues en Occident, ces jeux se trouvent frĂ©quemment “doublĂ©s” par une seconde forme ludique, le pari ; une infrastructure (hippodrome, cynodrome) et une organisation (officielle ou clandestine) peuvent alors accompagner leur institutionnalisation ludique. Ces courses donnent aussi souvent lieu Ă  des parodies que ce soit par l’usage d’animaux peu adaptĂ©s Ă  la vitesse (cochon, chĂšvre
) ou par le port de dĂ©guisements. Courses agonistiques par Ă©quipes, le bouzkachi d’Asie centrale et le pato argentin pourraient Ă©galement ĂȘtre rattachĂ©s Ă  cette catĂ©gorie.

      Les luttes et combats forment une seconde variĂ©tĂ© de jeu animal. Cette seconde catĂ©gorie de jeux tire parti de la propension qu’ont un nombre restreint d’espĂšces Ă  s’affronter sous l’effet d’une agressivitĂ© “naturelle”, du sens hiĂ©rarchique ou du stress. Les oiseaux (coqs, cailles), insectes (scarabĂ©es, grillons), mammifĂšres (chiens, chameaux, bovidĂ©s), ou poissons (combattants) ainsi opposĂ©s donnent Ă©galement lieu Ă  des enjeux (entre propriĂ©taires) ou Ă  des paris (entre spectateurs). RelĂšvent aussi de cette catĂ©gorie les affrontements interspĂ©cifiques dont les tauromachies et le « bull riding » des rodĂ©os. Enfin, Ă  l’exemple de l’anglais oĂč la chasse a longtemps Ă©tĂ© un « sport » aprĂšs un « game » (un gibier, second sens du mot aprĂšs celui de « jeu »), la cynĂ©gĂ©tique peut ĂȘtre vĂ©cue comme un « jeu avec l’animal ». Ces pratiques mettent Ă©videmment en scĂšne une opposition et une certaine violence, mais la prĂ©gnance de cette derniĂšre se doit d’ĂȘtre Ă©valuĂ©e en fonction de chaque contexte culturel jusque dans les polĂ©miques qui opposent les amateurs Ă  ceux qui se veulent les dĂ©fenseurs de la cause animale.

      Concours et spectacles animaliers, dont le mĂ©canisme ludique ne repose ni sur la course ni sur le combat, peuvent ĂȘtre rĂ©unis dans une troisiĂšme catĂ©gorie. De nombreuses monstrations animales traditionnelles (spectacles circassiens, danses d’ours ou de serpent, tirages de cartes astrologiques par des perruches en Inde), au mĂȘme titre que les nouveaux concours de dressage (agility, broussaillage), les concours canins et autres concours de beautĂ© mĂ©ritent en effet d’ĂȘtre considĂ©rĂ©s sous l’angle du jeu. Cette catĂ©gorie tire globalement sa pertinence du fait que les spectateurs projettent, ou identifient, “du” jeu dans un certain comportement animal (qui peut ou non rĂ©sulter d’un dressage ou d’une manipulation de l’animal Ă  l’exemple des Ă©lĂ©phants peintres de ThaĂŻlande) ou encore admirent la capacitĂ© du dompteur Ă  contrĂŽler ses tigres et ses lions comme si ces bĂȘtes “fĂ©roces” n’Ă©taient que jouets en peluche.

      La quatriĂšme catĂ©gorie regroupe probablement la plus grande quantitĂ© de formes ludiques mais s’avĂšre aussi la plus indĂ©terminĂ©e. C’est aussi celle oĂč le jeu semble gĂ©nĂ©ralement (mais pas nĂ©cessairement) le plus Ă©quitablement distribuĂ© entre partenaires humains et animaux. Comme il concerne essentiellement des amusements partagĂ©s avec des animaux dits familiers, on pourrait attacher Ă  cette catĂ©gorie le nom de jeux familiers. Lancer une balle Ă  un chien, agiter une pelote de laine sous le museau d’un chaton, divertir un cobaye, apprendre quelques mots Ă  un perroquet du Gabon. Autant d’interactions qui, effectuĂ©es dans une attitude ludique, favorisent une relation particuliĂšre entre l’humain et l’animal.

      Grandes thématiques anthropologiques et contributions attendues

      La diversitĂ© de ces pratiques ludiques avec des animaux donne l’occasion d’aborder de nombreuses thĂ©matiques d’anthropologie gĂ©nĂ©rale.
      Tout d’abord, les jeux avec les animaux constituent autant de mondes sociaux qui s’organisent avec et autour des animaux : d’une part, on peut imaginer des ethnographies qui proposent une vision gĂ©nĂ©rale de tous les acteurs impliquĂ©s par une pratique spĂ©cifique (propriĂ©taires, jockeys, vĂ©tĂ©rinaires, journalistes, parieurs, spectateurs, opposants
), ainsi que des tensions et des synergies qui s’y expriment. D’autre part, des ethnographies de l’organisation sociale associĂ©e aux jeux des trois catĂ©gories dĂ©crites prĂ©cĂ©demment pourront constituer un objet d’observation primordial. Les clubs (hippiques, canins), les associations, les « sociĂ©tĂ©s d’encouragement » (pour l’amĂ©lioration de la race), les lieux et organisations de paris (PMU, bookmakers) sont indissociablement associĂ©s Ă  la pratique de nombreux jeux animaux. Soumis Ă  une lĂ©gislation, tolĂ©rĂ©s ou condamnĂ©s (pour l’Ă©poque contemporaine, en Angleterre depuis le Cruelty to Animals Act de 1835, et en France Ă  partir de la loi Grammont de 1850), tous ces jeux entretiennent un double rapport Ă  la rĂšgle : d’un cĂŽtĂ©, les conventions propres Ă  chaque jeu, de l’autre, les prescriptions judiciaires rĂ©gionales, nationales ou internationales. À cet Ă©gard, les Ă©ventuelles Ă©tudes sur les luttes menĂ©es contre certains jeux (corrida, course de lĂ©vriers) veilleront Ă  mettre en avant les pratiques et discours des diffĂ©rents acteurs et groupes concernĂ©s.
      Enfin, l’attention aux diffĂ©rents acteurs sociaux pourra ĂȘtre Ă©tendue aux animaux eux-mĂȘmes que ce soit dans la mise en lĂ©gende de ceux-ci par les humains mais aussi dans leur propre individualitĂ©, leurs sociabilitĂ©s et les interactions qu’ils dĂ©veloppent avec les autres participants.

      La culture matĂ©rielle et les dispositifs techniques offrent Ă©galement une porte d’entrĂ©e privilĂ©giĂ©e. Depuis la balle qui « couine » Ă  destination des chiens d’appartement jusqu’aux architectures Ă©laborĂ©es des hippodromes, en passant par les Ă©perons des coqs de combat, les objets manifestent l’investissement affectif, technique et Ă©conomique que reprĂ©sentent les jeux avec les animaux. Cette approche pourrait inclure tout ce qui concerne l’entraĂźnement, l’alimentation et la sĂ©lection des animaux.

      De maniĂšre plus large, la thĂ©matique invite Ă  s’interroger sur l’historicitĂ© de ces pratiques : la diffusion de certains modĂšles ludiques (comme la corrida, le « turf » anglo-saxon, le « mushing » alaskien ou encore le combat de coqs depuis le Sud-est asiatique) Ă  travers de grandes rĂ©gions du monde suggĂšre d’ĂȘtre particuliĂšrement attentif Ă  tous les phĂ©nomĂšnes de circulation (que ce soient des formes ludiques ou sportives, des organisations, des hommes —par exemple les jockeys — des animaux).

      Au-delĂ  de l’objet, le rapport de l’homme Ă  l’animal relĂšve de la notion de « patrimoine culturel immatĂ©riel » qui inclut officiellement les jeux et spectacles. Si toutes les contributions devraient aborder les pratiques et discours qui accompagnent ces jeux, certaines pourraient suivre dans le dĂ©tail le cheminement d’une tentative de reconnaissance par l’UNESCO, le cas de la tauromachie en Europe est lĂ  trĂšs Ă©clairant.

      Les auteur-e-s sont encouragĂ©s Ă  prĂ©senter des matĂ©riaux multimedia, visuels et/ou sonores susceptibles de structurer ou d’accompagner leur article, voire Ă  proposer une mise en forme originale de leur rĂ©flexion et de leurs donnĂ©es.

      Les propositions d’articles (2 pages maximum) devront ĂȘtre envoyĂ©es Ă  Marie Berjon (redaction@ethnographiques.org), avec copie Ă  Sophie Chevalier (sophie.chevalier7@wanadoo.fr) et Ă  Thierry Wendling (thierry.wendling@ehess.fr) avant le 20 mai 2017 avec la mention « Ethnographiques – Jeux animaux » (en objet du message).

      Les propositions retenues seront signifiĂ©es dĂ©but juin 2017 et les articles devront ĂȘtre livrĂ©s pour le 15 septembre 2017. Le numĂ©ro paraĂźtra au premier semestre 2018.

      Bibliographie indicative succincte

      ANTHROPOLOGIE ET SOCIETES. Liaisons animales. Volume 39, NumĂ©ro 1–2, 2015.

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