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Numéro en coursAnalyser les présences au travail : visibilités et invisibilités
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Filmer le travail : observer, montrer, démontrer(Information publiée le jeudi 15 septembre 2011)L’objectif de ce numéro thématique de la revue ethnographiques.org est d’analyser et de confronter les pratiques des chercheurs de différentes origines disciplinaires (ethnologie, sociologie, anthropologie, ergonomie, géographie, histoire, études cinématographiques) qui utilisent les images animées pour rendre compte du travail. Dans la continuité du colloque « Images du travail, travail des images » qui s’est déroulé à l’Université de Poitiers en novembre 2009, chaque article s’appuiera sur un travail de terrain et engagera une réflexion sur les pratiques, les modalités et les conditions de possibilité d’une articulation heuristique entre la démarche de recherche et la production audiovisuelle. Pour ce faire, outre les formes traditionnelles de l’écrit scientifique, chaque article proposera des extraits audiovisuels produits dans le cadre de la recherche (film scientifique, documentaire, entretien filmé). C’est devenu un lieu commun de constater un hiatus entre l’omniprésence des images dans nos sociétés contemporaines et la frilosité des sciences sociales dans ce domaine (de France, 1982 ; Terrenoire, 1985). Pourtant, dès leur constitution les différentes disciplines se sont intéressées aux images fixes comme animées tant comme techniques d’investigation que comme moyen de présentation des résultats de la recherche (Morin, 1962). De longue date, dans la lignée de Taylor et des époux Gilbreth (Alaluf, 2012), de nombreux spécialistes du travail, en particulier ergonomes et sociologues, ont mobilisé l’audiovisuel dans une perspective de compréhension et de rationalisation du travail industriel et de son organisation ; parallèlement, dès le début du 20e s., l’ethnologie d’urgence a contribué à multiplier sur les sociétés considérées comme en voie de disparition des images fixes et animées, qui, au delà des rites et des cérémonies, donnent à voir le quotidien et singulièrement le travail humain (Piault, 2000) ; par ailleurs, depuis la naissance du cinéma, les productions audiovisuelles mettant en scène le travail ne manquent pas et concernent tous les genres cinématographiques : fiction, documentaire de création, court métrage, film institutionnel, cinéma militant, documentaire scientifique… Plus récemment série télé, film d’amateur, pocket film. Quel que soit le genre, la question centrale est celle du réel ou plutôt de l’effet de réalité (Niney, 2002). Même si la situation est contrastée selon les disciplines [1], force est de constater que l’usage de (et la réflexion sur) l’audiovisuel reste encore aujourd’hui marginal en sciences sociales du travail et que sa prise en compte dans la démarche de recherche est toujours l’objet de précautions et de polémiques. De nombreuses pistes d’explications ont été avancées pour rendre compte de cet état de fait : polysémie des images et défiance de la démarche scientifique par rapport aux apparences ; tension entre rigueur scientifique et nécessité de narration qu’impose la production documentaire ; rhétorique professionnelle tendant à opposer sociologues et documentaristes ; faiblesse en France de l’éducation à l’image à l’Ecole comme à l’Université. Durant les années 1960-1970, dans un contexte de croissance économique, de décolonisation, de plein emploi et d’institutionnalisation en France de disciplines comme la sociologie du travail et l’anthropologie visuelle, intégrer le film dans le processus de recherche s’avère une préoccupation notable bien que marginale. Cette période est marquée par deux éléments importants et peu articulés. D’un côté, une réflexion poussée sur l’instrumentation audiovisuelle (Girod, 1954 ; Naville, 1966) qui s’inscrit dans une volonté de développer la réflexion épistémologique [2] mais débouche de fait sur peu de mise en œuvre. De l’autre, avec Chronique d’un été (Morin et Rouch, 1961) une œuvre majeure, pluridisciplinaire, marquant le documentaire de création mais assez largement déconnectée des réflexions précédentes. Rouch et Morin centrent leur film sur la question du réel et sur les modalités de son enregistrement, et donc de sa construction à travers l’observation, la prise de vue et le montage. Comme le dit Morin, « Il y a deux façons de concevoir le cinéma du réel : la première est de prétendre donner à voir le réel ; la seconde est de se poser le problème du réel [3] ». Ils proposent donc un véritable renversement de perspectives, non seulement parce que, s’inscrivant dans le cinéma direct, Chronique d’un été inaugure une nouvelle conception du cinéma scientifique mais aussi car il repose sur des visions renouvelées du social mettant l’accent sur la subjectivité de l’acteur et sur un intérêt des sciences sociales pour le quotidien, ce que Pérec nommait « l’infra ordinaire » (1973). Dans les années 1980-1990, l’usage de l’audiovisuel dans la recherche en sciences sociales du travail fait l’objet d’expérimentations prudentes et d’une réflexion cloisonnée. Le contexte économique, sociologique et intellectuel est devenu tout différent : crises économiques et sociales, montée structurelle du chômage, débats animés sur la centralité du travail et sur la montée de la classe moyenne. On assiste à un effacement du travail dans tous les genres cinématographiques et un relatif repli de la réflexion sur ces questions dans des logiques disciplinaires. Il suffit pour s’en convaincre de constater que sont publiés quasiment au même moment, deux numéros spéciaux de revue portant le même nom, « Filmer le travail », partageant un objectif commun (proposer un bilan des productions durant les années 1980) et posant une question a priori étonnante : est-il possible de filmer le travail ? Au delà de ces points communs, ces deux réflexions collectives apparaissent très différenciées : l’une (Images documentaires, 1996) émane de critiques de cinéma et s’interroge, à partir de réflexions historiques et philosophiques, sur ce qui est présenté comme l’invisibilité du travail au cinéma ; l’autre (Champs visuels. Revue interdisciplinaire de recherches sur l’image, 1997) rend compte de toute une série de pratiques d’utilisation de l’image en sciences sociales, émanant pour l’essentiel de deux disciplines : la sociologie et l’ergonomie. L’usage de la caméra est pragmatique et compartimenté par des chercheurs qui y voient d’abord un dispositif technique complémentaire, riche mais récent et encore mal maîtrisé. A partir des années 2000, dans un contexte de mondialisation des échanges et de diffusion de nouvelles formes de management dit participatif, on assiste au déplacement progressif des contraintes, du physique vers le psychologique, conduisant à mettre l’accent sur la souffrance au travail et les risques dits psycho-sociaux. Du côté des sciences sociales, un ouvrage majeur (Castel, 1995) aborde le travail comme vecteur d’intégration sociale et inaugure ainsi un regain d’intérêt pour les analyses en termes de conflit et de classes sociales (Beaud, Pialoux, 1999). La centralité du travail s’affirme et ce dernier devient l’objet de toutes les attentions, politiques [4], scientifiques et, de plus en plus, artistiques [5]. Dans le domaine audiovisuel, la période est marquée par la montée du numérique, facilitant l’accès du plus grand nombre aux matériels et aux techniques, et à une redéfinition des frontières entre fiction et documentaire. Deux colloques (Aix en Provence, 2007 ; Poitiers, 2009) et la publication de leurs actes (Eyraud, Lambert, 2009 ; Géhin, Stevens, à paraître) dressent un premier bilan des années 2000. Apparaissent d’abord de nombreux éléments de rupture avec les contenus et les réflexions menées une décennie auparavant : la question de l’invisibilité du travail au cinéma comme celle de la difficulté à le filmer ne sont plus centrales. La période est marquée par le développement de la pluridisciplinarité, la confrontation des approches mobilisant images fixes et animées, une ouverture vers tous les types de travail comme les différents genres audiovisuels et un rapprochement entre film scientifique et documentaire de création (Friedmann, [bb=2006| FRIEDMANN Daniel, 2006. « Le film, l’écrit et la recherche », Communications, 80 [« Filmer, chercher »], pp. 5-18.]). Dans ce contexte intellectuel, l’objectif de ce numéro thématique est de proposer un bilan des recherches actuelles sur le travail qui mobilisent l’audiovisuel. A partir de pratiques concrètes de recherche, chaque article apportera des éléments de réponse à certains des thèmes suivants :
L’expérimentation de nouvelles formes d’écriture, que permettent les ressources informatiques et que la revue ethnographiques.org cherche à promouvoir, peut à ce titre être considérée comme une composante du travail d’analyse et d’exposition des données. Les différentes possibilités de traitement numérique des documents visuels et sonores (séquençage, synchronisation, annotation, etc.) invitent à penser des solutions de présentation originales, susceptibles de mettre en perspective les productions audiovisuelles et de restituer plus finement les expériences considérées. Des membres du comité de direction d’ethnographiques.org se tiennent à la disposition des personnes qui souhaitent répondre à cet appel à contribution en intégrant ces ressources en amont de leur travail. Les contributions devront être rendues au plus tard le 15 mars 2012. Les auteurs sont priés de suivre scrupuleusement les consignes accessibles sur la page http://www.ethnographiques.org/Publier. Les articles devront être envoyés aux trois destinataires suivants : Armelle Giglio-Jacquemot : armellej@club-internet.fr Télécharger cet appel à contribution en format pdf Bibliographie ALALUF Matéo, (à paraître). « La sociologie du travail et les images », in GEHIN Jean-Paul, STEVENS Hélène (dir.). Images du travail, travail des images. Rennes, PUR. BEAUD Stéphane, PIALOUX Michel 1999. Retour sur la condition ouvrière. Paris, Fayard. CASTEL Robert, 1995. Les métamorphoses de la question sociale : une chronique du salariat. Paris, Fayard. CHAMPS VISUELS, 1997. « Filmer le travail : recherche et réalisation », Champs visuels, 6, Paris, L’Harmattan. CINEMACTION, 2004. « Le cinéma militant reprend le travail », Cinémaction, 110, Paris, Corlet Télérama. EYRAUD Corine, LAMBERT Guy (dir.), 2009. Filmer le travail, film et travail, Observer, analyser et montrer le travail par le film. Aix en Provence, PUP. FRANCE (de) Claudine, 1982. Cinéma et anthropologie. Paris, éditions MSH. FRIEDMANN Daniel, 2006. « Le film, l’écrit et la recherche », Communications, 80 [« Filmer, chercher »], pp. 5-18. GEHIN Jean-Paul, STEVENS Hélène (dir.), (à paraître). Images du travail, travail des images. Rennes, PUR. GIROD Roger, 1954. « Le cinéma comme instrument de recherche dans le domaine sociologique », Revue internationale de filmologie, IV, pp 269-278. HAINAULT Monique, 2009. « Introduction. Observer, analyser et montrer le travail par le film », in Filmer le travail. Films et travail. Cinéma et sciences sociales, Aix en Provence, PUP, pp. 9-24. IMAGES DOCUMENTAIRES, 1996. « Filmer le travail », Images documentaires, 24. LAPLANTINE François, 1996. La description ethnographique. Paris, Nathan, 128. MORIN Edgar, 1962. Cinéma et sciences sociales. Rapport pour l’UNESCO. NAVILLE Pierre, 1966. « Instrumentation audio-visuelle et recherche en sociologie », Revue française de sociologie, VII, pp. 158-168. NINEY François, 2002. L’épreuve du réel à l’écran. Essai sur le principe de réalité documentaire. Bruxelles, De Boeck Université. PEREC Georges, 1973. L’infra-ordinaire. Paris, Seuil. PIAULT Marc Henri, 2000. Anthropologie et cinéma. Paris, Nathan. TERRENOIRE Jean-Paul, 1985. « Images et sciences sociales ». Revue française de sociologie, XXVI, pp. 509-527. Notes [1] Avec une anthropologie visuelle constituée de longue date, alors qu’il faut attendre 2011 pour qu’émerge timidement en France un groupe de travail consacré à la « sociologie visuelle et filmique » à l’occasion du congrès de l’Association française de sociologie. [2] Naville fonde en 1964 la revue Epistémologie sociologique qui consacrera une place notable à l’instrumentation audiovisuelle. [3] Cité par Monique Hainault (2009 : 9). [4] On peut noter dès la fin des années 1990 un renouveau des luttes sociales et du cinéma militant (CinémAction, 2004) [5] Ainsi le cinéma, mais aussi la littérature, la bande dessinée, la photographie, le théâtre ou les arts plastiques s’en emparent, et font de lui le décor voire le personnage central des récits.
(Information publiée le samedi 8 janvier 2011)
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Les contributions doivent nous parvenir avant le 15 mai 2011. Toutes les informations concernant la mise en forme de votre document et nos normes éditoriales sont disponibles ici.
Merci d’adresser vos articles aux coordinateur/trices du numéro : Télécharger cet appel à contribution au format pdf |
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