ethnographiques.org Revue en ligne de sciences humaines et sociales
plan du site | aide | contacts | charte


Newsletter

Les derniers comptes-rendus

Numéro en cours

  • Numéro 35 - Vieillir en institution, vieillesses institutionnalisées. Nouvelles populations, nouveaux lieux, nouvelles pratiques
  • Hip-hop monde(s) ?

    (Information publiée le mercredi 13 juin 2018)

      Hip-hop monde(s) ?

      Appel à propositions de la revue ethnographiques.org

      Date limite de soumission : 15 septembre 2018

      Né il y a plus de trente ans dans les ghettos noirs américains, le hip-hop s’est progressivement détaché de son premier contexte d’émergence et a circulé d’un bout à l’autre de la planète. Incluant diverses disciplines (rap, Djing, danse, graffiti), ainsi qu’un ensemble d’esthétiques et de valeurs, ce mouvement culturel a connu une diffusion sans précédent (du fait notamment de l’émergence concomitante de nouvelles technologies d’information et de communication). Dans le monde entier, des jeunes se sont identifiés à cette forme esthétique, contribuant à l’apparition de ce qui est parfois décrit comme une « nation hip-hop globale » (Spady et al. 2006). Si rien ne semble a priori distinguer un rappeur américain d’un rappeur cubain, un breaker new-yorkais et un breaker français – ils partagent les mêmes goûts vestimentaires et musicaux, adoptent les mêmes postures corporelles, se reconnaissent dans un même « style culturel » –, la globalisation du hip-hop n’a pourtant pas été synonyme d’homogénéisation culturelle. Des recherches anthropologiques conduites dans différentes régions du monde ont montré que ce mouvement a fait l’objet d’une grande diversité de réappropriations et de réinterprétations locales. Le hip-hop a chaque fois été réinventé au sein de formes de vie locale et pris sens dans des cadres d’expériences spécifiques (Milliot 1997 ; Condry 2000 ; Mitchell 2001 ; Fernandes 2003 ; Pardue 2004 ; Niang 2006 ; Moulard-Kouka 2008 ; Alim et al. 2009 ; Ailane 2011 ; Aterianus-Owanga 2017).

      De Cuba au Japon : ethnographies des mondes hip-hop

      « Nous étions en train de discuter autour d’un café cubain et de mani, une confiserie populaire faite de sucre de canne et de cacahuètes, quand Randy entra […]. Après quelque hésitation, il prit une chaise pour s’asseoir avec nous. Lorsqu’il se mit à parler de sa passion pour le rap, Randy devint plus animé. Il nous dit qu’il s’était toujours identifié au rap, à sa cadence et à ses rythmiques. Comme la musique américaine était difficile d’accès à Cuba, la plupart du temps, Randy regardait des enregistrements pirates de vidéoclips sur les magnétoscopes de ses amis.
      Une fois sa timidité dissipée, Randy se mit à interpréter sa chanson de rap “La bicicleta”. La chanson traitait de la pénurie de transports et des tours en ville que Randy faisait sur sa bicyclette “Flying Pigeon”, fabriquée en Chine. Cesarito, le cousin de Randy, âgé de cinq ans, avait mémorisé toutes les paroles et les répétait, ou intervenait en faisant des beatbox enfantins. En observant cette scène, tout me semblait familier : les rythmes, les gestuelles, le débit. Mais le sujet sur lequel Randy rappait m’était entièrement inconnu : une scène tirée du tableau de sa propre réalité et racontée dans le langage de ses camarades. »
      (Fernandes 2011 : 31 ; notre traduction.)

      « À Tokyo, un nouvel album de Nas [rappeur américain] est accueilli par une vague publicitaire dans tous les magazines de hip-hop disponibles en japonais et en anglais […]. Ainsi, le marché des musiques populaires, de plus en plus vaste et globalisé, semble conduire à une plus grande homogénéisation. Mais c’est principalement un processus d’homogénéisation de ce qui est disponible […], et non des interprétations qui en sont faites. Bien que difficiles à distinguer derrière des vêtements, des coupes de cheveux et des habitudes de consommation identiques, des interprétations différentes sont générées dans des contextes sociaux distincts. En examinant les sites concrets de production et de consommation culturelle, on peut plus clairement jauger les manières dont les contextes locaux altèrent les significations de la mondialisation. Ainsi “rester vrai” pour les hip-hopeurs du Japon signifie être attentif à ses réalités locales. »
      (Condry 2001 : 386 ; notre traduction.)


      En étudiant à hauteur d’hommes les dynamiques culturelles de la globalisation, l’anthropologie a démontré que tout mouvement de déterritorialisation s’accompagne d’un processus complexe de reterritorialisation. Mais pour aller au-delà du simple constat de la diversité des formes d’appropriation locale, pour pouvoir décrire et analyser précisément ce processus de recontextualisation des flux globaux [1], nous pensons nécessaire d’ouvrir un chantier de réflexion comparative. Le hip-hop est un objet particulièrement intéressant pour penser ces dynamiques, et ce pour différentes raisons. Si l’histoire du xxe siècle nous a donné d’autres exemples de circulation et de réinvention locale de diverses formes esthétiques (Dorin 2012 ; Kelley 2012 ; Waxer 2013), la globalisation du hip-hop a pris une ampleur sans précédent. Si bien que nous pouvons aujourd’hui observer et comparer « les accents locaux » pris par le hip-hop aux quatre coins de la planète. Ce mouvement n’a par ailleurs pas mis en circulation que des formes esthétiques. Ses accents subversifs, sa qualité d’expression des minorités et sa critique des inégalités ont fait écho à des expériences diverses d’inégalités ethniques, sociales ou générationnelles. Cette dimension a été un puissant ressort d’identification. Mais l’idée même d’une essence « contestataire » du hip-hop [2] a été interprétée différemment en fonction des contextes où il est venu s’implanter et des besoins de ceux qui l’ont adopté. Le hip-hop a par ailleurs pu être cultivé de manière concomitante ou dans d’autres contextes selon de toutes autres logiques. Au Cameroun, c’est d’abord un désir de consommation et de plaisir qui s’est exprimé au travers de ce mouvement (Awondo et Manga 2016). Au Japon, il a permis l’expression d’une « culture de la première personne du singulier » qui est apparue comme relativement révolutionnaire dans un contexte où l’harmonie collective prime sur l’expression individuelle (Condry 2001). Le hip-hop a donc véhiculé une culture de résistance des minorités, valorisé une culture diasporique noire, comme une idéologie du self-made-man ou un certain rapport à la réussite matérielle. Sa diffusion ne s’est pas accompagnée d’un ensemble de valeurs univoque.

      L’étonnante « transportabilité » du phénomène hip-hop associée à la variété de ses réinventions locales en fait un excellent analyseur de ce que nous proposons de définir comme une « situation globale ». Cette notion est construite en référence au concept de « situation coloniale » de Georges Balandier (1951 [3]), qui nous semble toujours riche d’enseignement (Copans 2001) pour approfondir d’un point de vue résolument anthropologique les dynamiques culturelles de la globalisation. Cette référence est en premier lieu une invitation à prendre en compte la longue histoire des phénomènes de mondialisation. Si la déconstruction de la notion de culture et de localité fut nécessaire à une génération d’anthropologues pour penser les transformations culturelles, sociales et politiques du monde qu’ils vivaient (Clifford et Marcus 1986 ; Gupta et Ferguson 1992), l’insistance sur les dynamiques de circulation et de flux a eu tendance à dissoudre l’idée même de société [4]. Or la diversité des logiques d’appropriation de ce qui circule reste incompréhensible dans le paradigme diffusionniste de ces théories. Il apparaît plus fructueux de penser dans la longue durée et de manière simultanée les dynamiques de circulation et de localisation.

      Cette référence est en second lieu une invitation à repenser ce qui est souvent mal formulé en termes de « local » et « global ». Il nous semble important de ne pas considérer le « local » comme un monde préconstruit et stable avant que ne surgissent les forces de la globalisation, mais de l’appréhender dans la dynamique des relations et des échanges qui le constitue de longue date. Comme il semble important de ne pas considérer le « global » comme une force transcendante susceptible de formater les particularismes, mais plutôt comme un réseau d’images et de pratiques (Rosaldo et Inda 2007) et par conséquent de penser les articulations plutôt que d’opposer des échelles, sans renoncer pour autant à saisir les rapports de pouvoir et de domination au sein desquels des formes culturelles se réinventent constamment. Autrement dit, c’est la nature située de la globalisation qui nous semble pertinente à appréhender.

      Dans cette perspective, ce numéro de la revue ethnographiques.org vise à comprendre la logique des négociations de sens à l’œuvre dans l’appropriation de formes culturelles globalisées, à partir d’études ethnographiques des mondes hip-hop. Nous privilégierons les études de cas s’inscrivant dans l’une des quatre thématiques suivantes, chacune correspondant à une modalité de l’appropriation culturelle.

      1. Imitation

      La notion d’imitation fascine depuis longtemps les sciences sociales et cognitives, notamment les précurseurs de l’ethnographie (Mauss 1936), mais elle n’a été que récemment mise au centre de la réflexion anthropologique (Dias 2005). Discutée dans le cadre des études sur la colonisation, notamment dans les situations des villes coloniales (Mitchell 1956), et analysée pour son rôle pilier dans le projet colonial lui-même (Saada 2005), l’idée d’imitation a été revisitée par le courant des études postcoloniales comme un lieu de parodie, de détournement et de subversion (Bhabha 1994).

      Différentes études sur le hip-hop en dehors des États-Unis ont abordé cette dynamique d’imitation comme un ressort clef du processus d’adaptation du rap ou de la danse hip-hop dans de nouveaux espaces (McCarren 2005, Milliot 2006, Condry 2006, Henderson 2006, Hammou 2012). Ici, nous chercherons à comprendre l’imitation, soit comme une étape, soit comme une modalité d’un processus d’appropriation culturelle. Ces mouvements peuvent en effet perdurer en tant que mouvements de style (Bollon 1990) ou se stabiliser en créant leur propre contexte référentiel ou en s’inscrivant dans différents mondes de significations. Il s’agira de décrire les logiques qui président aux premiers temps de l’identification et de l’appropriation. C’est en effet bien souvent sur le ressort du style davantage que sur des valeurs, du flow plus que du sens des mots, de l’attitude plus que du propos, qu’opère la dynamique d’identification et d’imitation. On s’interrogera dès lors sur ce qui est transmis et construit par le style, sur le sens et la portée des postures corporelles et des jeux d’apparence. Des discussions sur l’apprentissage par corps, l’importance des croisements de regards et des jeux d’apparence dans les dynamiques d’émergence culturelle seront particulièrement bienvenues.

      2. Différenciation

      Sahlins (2007), reprenant une intuition développée par Claude Lévi-Strauss en 1961, affirme que les changements engendrés par l’adoption de formes globales prennent la double apparence d’une assimilation et d’une différenciation. Les logiques de rejet d’éléments – esthétiques ou idéologiques – de formes culturelles importées peuvent être d’excellents analyseurs des mécaniques d’adoption et de refaçonnage culturels. Différents exemples soulignent comment l’indigénisation du hip-hop s’opère par le rejet de certaines pratiques, de certains signes ou de signifiants précis. Au Gabon, la figure de la rappeuse « bitch » qui affirme sa sexualité comme outil d’émancipation a longtemps été refusée localement, ou reléguée à d’autres figures musicales stigmatisées, en raison d’un contexte social d’absence de revendication féministe ou de remise en question des catégories de genre (Aterianus-Owanga 2017). Dans un autre contexte, celui du hip-hop cubain, c’est le militantisme noir des rappeurs américains qui a buté contre d’autres rapports de race : l’identité noire cubaine, toujours exprimée à l’intérieur des frontières du nationalisme anticolonialiste, n’a pu s’identifier à la blackness états-unienne (Fernandes 2003). Dans cet axe, nous serons attentives aux ethnographies étudiant comment le rejet explicite de certains éléments esthétiques ou idéologiques véhiculés par le hip-hop a contribué à produire de nouvelles localités [5]. Il sera intéressant de discuter, à partir d’études de cas, la manière dont ces connexions entre local et global peuvent entraîner des prises de conscience des différences comme des similitudes (en termes de conditions, de valeurs ou d’expériences).

      3. Hybridation

      L’hybridation peut être définie de manière très générale comme la manière selon laquelle des formes culturelles se détachent de contextes de pratiques et se recombinent avec de nouvelles formes et de nouvelles pratiques (Nederveen Pieterse 1994). Les anthropologues postmodernes ont utilisé ce concept pour caractériser les processus de création propres aux « zones de contact » où se rencontrent, se croisent et se confrontent les « cultures du voyage » (Clifford 1997) dans le monde contemporain, et pour mettre en lumière les pratiques de déplacement, de détournement inhérentes à l’appropriation culturelle et leur potentiel subversif (Bhabha 1994). Plutôt que l’idée de métissage, dont les origines restent liées à une métaphore biologique racialiste et à une conception essentialiste de la culture, la notion d’hybridité permet de développer une approche susceptible de tenir compte de la dimension politique de ces processus [6] et de la complexité de ces dynamiques culturelles. Ce choix résonne aussi bien avec les perspectives d’anthropologie politique que proposait déjà Balandier dans les années 1950 à propos des situations coloniales qu’avec les théories proposées sur la formation des contre-cultures en contexte postcolonial ou diasporique (Gilroy 1993 ; Bhabha 1994).

      Ce concept d’hybridation peut être saisi comme une invitation à analyser les « espaces tiers » ou interstices que ces pratiques d’imitation et de réinvention ouvrent localement au cœur des rapports de domination. Il peut également être saisi comme une invitation à analyser l’actualité des circulations multidirectionnelles qu’autorisent les nouvelles technologies, circulations qui remettent en cause l’idée même d’un « centre » et d’une « périphérie » de la production culturelle. Alors que les questions de copie, de plagiat et d’appropriation culturelle sont objets de controverses récurrentes (Martin 2014), des études de cas éclairant la complexité de ces circulations et de ces controverses sur la propriété culturelle seront particulièrement bienvenues.

      4. Englobement

      En parlant d’englobement, nous appelons à considérer des opérations de digestion et de « resignification » de signifiants exogènes. Cette idée d’englobement fait en partie écho à des paradigmes précédents, développés dans le sillage des théories du syncrétisme, de l’anthropologie des religions afro-américaines et des phénomènes d’« acculturation » (Herskovits 1938 ; Bastide 2001 ; Mary 2010). Des décennies plus tard, et sur des terrains apparemment bien éloignés, les mondes du hip-hop globalisé donnent à voir des phénomènes similaires d’ingestion radicale de signifiants exogènes selon des logiques locales. Le registre religieux a offert des exemples évocateurs de ce phénomène : au Sénégal, Abdoulaye Niang a décrit l’imbrication du rap au sein du système des confréries musulmanes et de l’islam prédicateur, montrant comment le rap « missionnaire » mettait en tension des rapports générationnels et des questions religieuses (Niang 2014). À partir d’exemples tirés du domaine religieux ou d’autres champs, nous incitons les auteurs à montrer comment en parallèle des logiques d’hybridation et de différenciation, les acteurs qui s’emparent du hip-hop peuvent aussi en incorporer totalement l’esthétique à l’intérieur d’autres systèmes de significations. Les articles réfléchiront à la manière dont l’englobement de composantes exogènes génère des négociations de sens, entre l’incorporation d’esthétiques autres et la réinvention subtile des matrices culturelles existantes générée par cette « digestion » même.

      L’analyse des processus et modalités d’appropriation des formes culturelles globalisées, par l’imitation, la différenciation, l’hybridation ou l’englobement, permettra d’approfondir, à partir d’études de cas, la réflexion sur les dynamiques culturelles contemporaines.

      Nous privilégierons les approches fondées sur des descriptions denses (Geertz 1998). Les contributeurs pourront insérer dans leurs textes des liens vers des documents audiovisuels qui feront l’objet d’une analyse détaillée [7]. Nous invitons également les auteurs à mettre en œuvre une analyse réflexive des méthodes mises en pratique pour appréhender ces situations globales d’un point de vue ethnographique.

      La revue ethnographiques.org encourage les auteurs à mobiliser du matériau multimédia et promeut de nouvelles formes d’écriture associant différents médias. Au besoin, des membres de notre comité de rédaction peuvent vous fournir une aide technique pour exploiter vos matériaux.

      Calendrier

      -  Les propositions d’articles (titre et résumé de 4 000 à 6 000 signes, références bibliographiques incluses) sont attendues pour le 15 septembre 2018. Elles présenteront de manière synthétique les situations ethnographiques étudiées et les principaux arguments de l’analyse. Elles doivent être envoyées, avec la mention « Hip-hop monde(s) » comme objet du message, assorties d’une notice bio-bibliographique de l’auteur(e), aux coordinatrices du numéro, Alice Aterianus-Owanga (aliceaterianus@yahoo.fr), Olivia Killias (olivia.killias@uzh.ch) et Virginie Milliot (virginie.milliot@free.fr) ainsi qu’à la rédaction de la revue (redaction@ethnographiques.org).
      Les auteurs sont priés de suivre les consignes (note aux auteurs) accessibles sur la page http://www.ethnographiques.org/Note-aux-auteurs.

      -  Les auteur(e)s seront informé(e)s des choix de propositions le 1er novembre 2018.

      -  Les articles seront relus par le comité de rédaction ainsi que par des évaluateurs externes. Les textes définitifs (de 30 000 à 50 000 signes) devront être envoyés avant le 15 avril 2019.


      Références bibliographiques

      AILANE Sofiane, 2011. Du South Bronx à la periferia : empreinte du hip-hopper dans la cité : anthropologie du mouvement hip-hop à Fortaleza (Brésil), thèse de doctorat en sociologie et anthropologie, Université Lumière Lyon 2.

      ALIM H. Samy, AWAD Ibrahim et ALASTAIR Pennycook (eds.), 2009. Global linguistic flows : Hip Hop cultures, youth identities, and the politics of language. New York, Routledge.

      AMSELLE Jean-Loup, 2000. « La globalisation. “Grand partage” ou mauvais cadrage ? », L’Homme, 156, p. 207-225.

      AMSELLE Jean-Loup, 2001. Branchements, anthropologie de l’universalité des cultures. Paris, Flammarion.

      APPADURAI Arjun, 2001. Après le colonialisme, les conséquences culturelles de la globalisation. Paris, Payot.

      ASSAYAG Jackie, 1998. « La culture comme fait social global ? Anthropologie et (post)modernité », L’Homme, 148, p. 201-223.

      ATERIANUS-OWANGA Alice, 2017. « Le rap, ça vient d’ici ! » Musiques, pouvoir et identités dans le Gabon contemporain. Paris, Éditions de la MSH, coll. « Le bien commun ».

      AWONDO Patrick et MANGA Jean-Marcellin, 2016. « “Devenir rappeur engagé” : l’émergence controversée du rap dans l’espace public camerounais », Politique africaine, 141, p. 123-145 (en ligne), https://doi.org/10.3917/polaf.141.0123

      BALANDIER Georges, 1951. « La situation coloniale : approche théorique », Cahiers internationaux de Sociologie, XI, p. 44-79.

      BASTIDE Roger, 2001. Le prochain et le lointain. Paris, L’Harmattan.

      BHABHA Homi, 1994. The location of Culture. Londres, Routledge.

      BOLLON Patrice, 1990. Morale du masque. Merveilleux, zazous, dandys, punks, etc. Paris, Le Seuil.

      CLIFFORD James, 1997. Routes. Travel and Translation in the late Twentieth Century. Cambridge, Mass-London, Harvard university Press.

      CLIFFORD James et MARCUS George E. (eds.), 1986. Writing culture : The poetics and politics of ethnography. Berkeley, University of California Press.

      CONDRY Ian, 2000. « The Social Production of Difference : Imitation and Authenticity in Japanese Rap Music », in POIGER Uta et FEHRENBACH Heide (eds.), Transactions, Transgressions, Transformations : American Culture in Western Europe and Japan. New York, Berghan Books, p. 166-184.

      CONDRY Ian, 2001. « Japanese Hip-Hop and the Globalization of Popular Culture », in GMELCH George et ZENNER Walter (eds.), Urban Life : Readings in the Anthropology of the City, 4e édition. Prospect Heights, Waveland Press, p. 372-387.

      CONDRY Ian, 2006. Hip-Hop Japan : Rap and the Paths of Cultural Globalization. Durham, Duke University Press.

      COPANS Jean, 2000. « Mondialisation des terrains ou internationalisation des traditions disciplinaires ? L’utopie d’une anthropologie sans frontières », Anthropologie et Sociétés, vol. 24, 1, p. 21-42.

      COPANS Jean, 2001. « La “situation coloniale” de Georges Balandier : notion conjoncturelle ou modèle sociologique et historique ? », Cahiers internationaux de sociologie, 110 (1), p. 31-52.

      DIALLO David, 2009. « La musique rap comme forme de résistance ? », Revue de recherche en civilisation américaine, 1 (en ligne), http://journals.openedition.org/rrca/80 (consulté le 12 juin 2018).

      DIAS Nélia, 2005. « Imitation et anthropologie », Terrain, 44, p. 5-18.

      DORIN Stéphane, 2012. « Swingin’India. Circulations coloniales et postcoloniales du jazz en Inde », L’Homme. Revue française d’anthropologie, 202, p. 169-192.

      FERNANDES Sujatha, 2003. « Fear of a Black Nation : Local Rappers, Transnational Crossings, and State Power in Contemporary Cuba », Anthropological Quarterly, 76 (4), p. 575-608 (en ligne), doi:10.1353/anq.2003.0054.

      FERNANDES Sujatha, 2011. Close to the Edge : In search of the Global Hip Hop Generation. New York, Verso.

      GEERTZ Clifford, 1998. « La description dense. Vers une théorie interpretative de la culture », Enquête, 6, p. 73-105.

      GILROY Paul, 1993. The Black Atlantic : Modernity and Double Consciousness. London, Verso.

      GLUCKMAN Max, 1940. « Analysis of a social situation in modern Zululand », Bantu studies, 14 (1), p. 1-30.

      GUPTA Akhil et FERGUSON James, 1992. « Beyond “Culture” : Space, Identity, and the Politics of Difference », Cultural Anthropology, 7 (1), p. 6-23.

      HAMMOU Karim, 2012. Une histoire du rap en France. Paris, La Découverte.

      HANNERZ Ulf, 1992. Cultural Complexity : Studies in the Social Organization of Meaning. New York, Columbia University Press.

      HENDERSON April K., 2006. « Dancing between the islands. Hip-hop and the samoan diaspora », in BASU Dipannita et LEMELLE Sidney (eds.), The Vinyl Ain’t Final : Hip Hop and the Globalization of Black Popular Culture. Londres, Pluto Press, p. 180-199.

      HERSKOVITS Melville J., 1938. Acculturation : The Study of Culture Contact. New York, J. J. Augustin.

      KELLEY Robin, 2012. Africa speaks, America answers : Modern jazz in revolutionary times. Cambridge (Massachusetts), Harvard University Press.

      MCCARREN Felicia, 2005. « Le hip-hop. Une autre révolution », Terrain, 44 (en ligne), http://terrain.revues.org/2444 (page consultée le 16 avril 2018).

      MARTIN Denis-Constant, 2014. « ‪Attention, une musique peut en cacher une autre‪. L’appropriation, A et Ω de la création », Volume, 10 (2), p. 47-67.

      MARY André, 2010. Les anthropologues et la religion. Paris, PUF, coll. « Quadrige ».

      MAUSS Marcel, 1936. « Les techniques du corps », Journal de Psychologie, XXXII, p. 3-4.

      MILLIOT Virginie, 1997. Les fleurs sauvages de la ville et de l’art. Analyse anthropologique de l’émergence et de la sédimentation du mouvement Hip Hop lyonnais, thèse de doctorat nouveau régime de sciences sociales, Université Lumière Lyon 2, 526 pages.

      MILLIOT Virginie, 2006. « The French Touch. Le Hip Hop au filtre de l’Universalisme républicain », Anthropologie et société, 30 (2), p. 175-197.

      MITCHELL J. Clyde, 1956. The Kalela Dance : Aspects of Social Relationships among Urban Africans in Northern Rhodesia. Manchester, Manchester University Press.

      MITCHELL Tony (ed.), 2001. Global Noise : Rap and Hip-hop Outside the USA. Middletown, Wesleyan University Press.

      MOULARD-KOUKA Sophie, 2008. « Senegal Yewuleen ! » Analyse anthropologique du rap à Dakar : Liminarité, Contestation et Culture Populaire, thèse de doctorat en anthropologie, université de Bordeaux 2.

      NEDERVEEN PIETERSE Jan, 1994. « Globalisation as Hybridation », International Sociology, 9 (2), p. 161-184.

      NIANG Abdoulaye, 2006. « Hip hop culture in Dakar, Sénégal », in NILAN Pam et FEIXA Carles (eds.), Global youth ? Hybrid identities, plural worlds. Londres et New York, Routledge, p. 167-185.

      NIANG Abdoulaye, 2014. « Le rap prédicateur islamique au Sénégal : une musique “missionnaire” », Volume, 10 (2), p. 69-86.

      PARDUE Derek, 2004. « Putting Mano to Music : The Mediation of Race in Brazilian Rap », Ethnomusicology Forum, 13 (2), p. 253-286.

      ROSALDO Renato et INDA Xavier Jonathan, 2007. « Tracking Global Flow », in ROSALDO Renato et INDA Xavier Jonathan (eds.), The Anthropology of Globalisation : a Reader, 2e édition. Oxford, Wiley-Blackwell, p. 3-46.

      SAADA Emmanuelle, 2005. « Entre “assimilation” et “décivilisation”. L’imitation et le projet colonial républicain », Terrain, 44, p. 19-38.

      SAHLINS Marshall, 2007. La découverte du vrai sauvage et autres essais. Paris, Gallimard.

      SPADY James, ALIM H. Samy et MEGHELLI Samir, 2006. The Global Cipha : Hip Hop Culture and Consciousness. Philadelphia, Black History Museum Press.

      WAXER Lise, 2013. Situating Salsa : Global Markets and Local Meanings in Latin Popular Music. New York, Routledge.

      [1Qui est tantôt défini comme un phénomène de « créolisation » (Hannerz 1992), d’« indigénisation » (Appadurai 2001), de branchement (Amselle 2001) ou de « customisation » (Rosaldo et Inda 2007).

      [2Dans le contexte américain lui-même, David Diallo a notamment démontré dans un article comment la représentation du hip-hop comme « forme de résistance » relevait en partie d’une construction fantasmée produite par des universitaires et élites américaines à propos du rap, plus que d’une réalité empirique (Diallo 2009).

      [3À rebours d’une tradition théorique qui cherchait à appréhender des singularités culturelles en faisant abstraction de l’histoire et ne concevait le contact culturel que sous l’angle de la désorganisation, il opéra un changement de perspective méthodologique et théorique. Inspiré par les chercheurs du Rhodes Livingstone Institute et en particulier par Max Gluckman (1940), il proposa d’analyser la situation coloniale comme un révélateur et montra que les sociétés africaines réagissaient différemment à l’intervention européenne selon leur mode d’organisation sociale.

      [4Pour une critique de cette tentation diffusionniste et de ses présupposés, voir Copans 2000, Amselle 2000 et Assayag 1998.

      [5Dans la continuité des analyses d’Appadurai, nous approchons la localité comme une propriété phénoménologique de la vie sociale (à distinguer des structures de voisinage) : « La localité est avant tout une question de relations et de contexte plutôt que d’échelle ou d’espaces. Je la vois comme une qualité phénoménologique complexe formée d’une série de liens entre le sentiment de l’immédiateté sociale, les technologies de l’interactivité et la relativité des contextes » (Appadurai 2001 : 257).

      [6Si cette perspective théorique peut dialoguer avec les conceptualisations utilisant la métaphore du « branchement » de la dérivation et de la triangulation (Amselle 2001), elle nous semble ouvrir d’autres questionnements sur la complexité des rapports de domination et de résistance culturelle, sur les tactiques de subversion formelle dans le monde contemporain.

      [7Les auteurs devront s’assurer de détenir les droits d’utilisation des images ou vidéos employées.

    Incidents heuristiques.
    Aléas et rebondissements de l’enquête ethnographique

    (Information publiée le vendredi 13 octobre 2017)

      Incidents heuristiques.
      Aléas et rebondissements de l’enquête ethnographique

      Appel à propositions de la revue ethnographiques.org

      Date limite de soumission : 8 décembre 2017

      En 2001, la revue Ethnologie française lançait un riche numéro sur le thème des « terrains minés », prolongeant en quelque sorte la réflexion de Nigel Barley qui, à la suite de ses tribulations chez les Dowayo et plus généralement en Afrique et ailleurs, avait publié sur ce sujet plusieurs volumes pleins d’humour et de dérision, tels qu’Un anthropologue en déroute (1983) et L’anthropologie n’est pas un sport dangereux (1988). Ces livres furent suivis d’autres sur le même ton, faisant connaître les aléas du terrain ethnographique à un plus large public. Ce numéro d’Ethnologie française faisait écho aussi à l’ouvrage collectif Anthropologues en danger. L’engagement sur le terrain dirigé par Michel Agier en 1997, qui soulève des questions d’ordre déontologique relatives aux modalités d’implication des chercheurs sur des terrains marqués par la guerre, la maladie, les revendications identitaires.

      Dans son introduction au dossier « Terrains minés », Dionigi Albera rappelle à juste titre les expériences difficiles que vécurent de grands anthropologues sur leurs terrains, citant les avertissements que plusieurs lancèrent ensuite, Claude Lévi-Strauss au Brésil, Clifford Geertz à Bali ou Jeanne Favret-Saada dans le bocage vendéen. On pourrait ajouter bien d’autres exemples, comme le cas de Franz Boas qui, lors de son tout premier séjour en Terre de Baffin en 1885, ne parviendra jamais à convaincre les Inuit de lui vendre leurs chiens, rendant du même coup caduc son projet de voyage à Igloolik, l’obligeant au contraire à demeurer dans un village en pleine transformation en raison de la présence de nombreux baleiniers écossais. Ces mésaventures n’empêcheront cependant pas l’anthropologue de produire un rapport remarquablement riche et d’être ensuite reconnu comme l’un des fondateurs de l’anthropologie de terrain américaine.

      La gestion de ces obstacles par l’enquêteur permet de poser la question générale des « ratés de terrain », pour reprendre le titre d’un récent numéro de la revue SociologieS. Dans ce dossier préparé par C. Hummel, M. Roca et E. et J. Stavo-Debauge (2017), les auteurs montrent bien, à partir de cas choisis en Occident, que ces ratés relèvent de toute démarche scientifique, « qui ne progresse qu’à coups de révisions créatives », et de toute démarche empirique, au fondement des sciences sociales. En ce sens, les ratés – et les difficultés afférentes – ont toute leur place dans les comptes rendus d’enquête et justifient des retours réflexifs. Ils ne sont pas nécessairement « heuristiques », mais exigent qu’on en prenne la mesure. Les auteurs de ce numéro ont choisi de traiter surtout des effets de ces déboires, analysant des situations où les données recueillies sont « empoisonnées » (Hummel 2017), ou accessibles seulement au terme de certaines humiliations (Odoni 2017), ou carrément inaccessibles (Delage 2017).

      Si donc la question n’est pas nouvelle, et si le terrain a toujours comporté une part d’imprévisibilité pour l’ethnographe, elle demeure pourtant relativement marginale dans la littérature scientifique. Les mésaventures ou les ratages (Jamin 1986) précités en cachent bien d’autres, sur lesquels les chercheurs font généralement l’impasse, comme si le terrain et ses méthodes allaient de soi, relevant d’une sorte d’« évidence », pour reprendre une expression de Bruno Latour (1988). La fierté d’ethnographe est assurément l’une des attitudes les mieux partagées dans le cénacle socio-anthropologique et rares sont les ethnographes qui, du coup, « ratent » leurs terrains. Parions que la difficulté des temps présents, la crise de la discipline, l’évolution aussi des outils méthodologiques n’ont fait que conforter les socio-anthropologues dans leur discrétion au sujet des échecs et des déboires auxquels ils sont confrontés sur le terrain. Or, précisément, ce nouveau contexte justifie de nouvelles formes de dévoilement ou d’objectivation : l’hypothèse structurante de cet appel à contributions est celle de la nécessité toujours renouvelée de remettre l’ouvrage sur le métier, au vu du caractère profondément labile et mouvant des terrains de l’enquête ethnographique.

      On le sait, les terrains sont partout devenus plus difficiles. Les facteurs qui l’expliquent sont aussi variés que l’émancipation des peuples, la poussée des mouvements identitaires, la mondialisation, l’accélération des communications, la circulation des informations et des images, la multiplication des enjeux économiques et sociaux, le développement des protocoles d’éthique et les volontés de contrôle des uns et des autres, la présence de chercheurs d’autres disciplines, notamment. Comment ces nouvelles circonstances et ces nouvelles difficultés affectent-elles l’enquête de terrain au long cours ? Quels sont les nouveaux obstacles, revers, épreuves auxquels sont confrontés les chercheurs et comment affectent-ils le recueil de données ? L’ethnographie souffre par ailleurs du raccourcissement inquiétant des terrains, tant dans la formation universitaire – on est loin de la conception britannique des deux ans de terrain comme elle prévalait dans les années 1970 – que dans l’exercice du métier de chercheur, auquel on demande d’aller à l’essentiel afin de boucler son « projet » dans les temps impartis. L’aiguillon de la postmodernité et de l’anthropologie critique dont on aurait pu penser qu’il ouvrirait davantage les esprits et apporterait plus de transparence en la matière n’a de ce point de vue pas été d’une grande aide. Quelles sont les incidences de ce raccourcissement du temps de l’enquête et des contraintes induites par la recherche sur projet sur la qualité et la « densité » des matériaux récoltés ? La multiplication des obstacles n’est-elle pas telle qu’on peut s’interroger sur la pérennité même du métier d’ethnologue ? L’Amérique du Nord offre maints exemples de terrains classiques devenus impraticables et de situations où les anthropologues sont considérés comme des suspects, accusés d’être des espions (comme l’a vécu Denis Gagnon (2011 : 153) chez les Innu), des semeurs de troubles ou des voleurs au service des musées ou des universités. Même si l’anthropologie a par ailleurs multiplié ses objets et s’infiltre partout, avec de nouveaux terrains – les camps humanitaires, la mafia, les réseaux financiers internationaux, les groupes armés, etc. –, ces derniers ne sont guère plus faciles d’accès et les ethnographes se trouvent souvent concurrencés par d’autres professionnels de l’investigation. La présence de journalistes sur un terrain constitue-t-elle une difficulté ou un atout pour l’ethnologue ? À quelles conditions la présence d’autres observateurs est-elle susceptible de conduire à l’échec de l’enquête, ou au contraire d’en faciliter le déroulement ?

      Cette livraison d’ethnographiques.org entend revenir sur tous les incidents ou accidents qui peuvent se produire sur le terrain, avançant l’idée qu’ils sont parfois devenus explosifs mais sont aussi signifiants et très révélateurs de la transformation des sociétés. À partir d’exemples variés, relevant tout autant d’une anthropologie du proche que de terrains lointains, l’objectif du présent numéro est donc de pousser la réflexion sur les mésaventures ethnographiques sous toutes leurs formes – personnelles, éthiques, politiques, symboliques, méthodologiques, épistémologiques – et de voir dans quelle mesure elles constituent réellement des échecs, l’anthropologie pouvant bien souvent en tirer quelques enseignements sur les plans de la méthodologie, du recueil de données ou de la réflexion théorique. En d’autres termes, ce numéro d’ethnographiques.org n’appelle pas à des introspections individuelles sur la nature du travail de terrain – ce qui est en soi un champ entier de la discipline –, mais à des contributions réflexives sur différents types d’incidents productifs. Les auteurs sont donc invités à relater ce qui s’apparente à des expériences d’échecs, dans tous les contextes sociaux et nationaux, et à documenter la manière dont ces derniers peuvent faire avancer la réflexion anthropologique, c’est-à-dire permettre de mieux comprendre les cultures, les institutions et les sociétés contemporaines.

      La revue ethnographiques.org encourage les auteurs à mobiliser du matériau multimédia et promeut de nouvelles formes d’écriture associant différents médias. Au besoin, des membres de notre comité de rédaction peuvent vous fournir une aide technique pour exploiter vos matériaux.

      Calendrier

      -  Les propositions de contributions (sous forme de résumés d’une page accompagnés d’une bibliographie indicative) sont attendues au plus tard pour le 8 décembre 2017. Elles doivent être envoyées, avec la mention « INCIDENTS HEURISTIQUES » comme objet du message, aux coordinateurs du numéro, Olivier Servais, Frédéric Laugrand et Florence Bouillon, et à la rédaction :
      olivier.servais@uclouvain.be, frederic.laugrand@ant.ulaval.ca, florence.bouillon@gmail.com, redaction@ethnographiques.org
      Les auteurs sont priés de suivre les consignes (note aux auteurs) accessibles sur la page http://www.ethnographiques.org/Note-aux-auteurs.

      -  Un premier tri sera effectué sur la base de ces propositions. Une réponse sera donnée le 10 janvier 2018.

      -  Les articles devront être remis pour le 31 mai 2018. Ils seront relus par le comité de rédaction ainsi que par des évaluateurs externes. La version définitive devra être remise en avril 2019 pour une publication dans le numéro 39, à l’automne 2019.

      Références bibliographiques

      ALBERA Dionigi, 2001. « Terrains minés », Ethnologie française, 31 (1), p. 5-13.

      AGIER Michel, 1997. Anthropologues en dangers. L’engagement sur le terrain. Paris, les Cahiers de Gradhiva.

      BARLEY Nigel, 1983. Un anthropologue en déroute. Paris, Payot.

      BARLEY Nigel, 1988. L’anthropologie n’est pas un sport dangereux. Paris, Payot.

      BLANCKAERT Claude, 1996. « Histoires du terrain entre savoirs et savoir-faire », in BLANCKAERT Claude (dir.), Le terrain des sciences humaines. Instructions et enquêtes (XVIIIe-XXe siècle). Paris, L’Harmattan, p. 139-173.

      BOURDIEU Pierre et WACQUANT Loïc J. D., 1992. Réponses. Pour une anthropologie réflexive. Paris, Seuil.

      BROMBERGER Christian, 1997. « L’ethnologie de la France et ses nouveaux objets. Crise, tâtonnements et jouvence d’une discipline dérangeante », Ethnologie française, 27 (3), p. 294-313.

      BOUILLON Florence, FRÉSIA Marion et TALLIO Virginie (dir.), 2006. Terrains sensibles. Expériences actuelles de l’anthropologie. Paris, Centre d’études africaines, EHESS, « Dossiers africains ».

      CARATINI Sophie, 2004. Les non-dits de l’anthropologie. Paris, Presses universitaires de France.

      CÉFAÏ Daniel, 2003. L’enquête de terrain. Paris, La Découverte - M.A.U.S.S.

      CLIFFORD James, 1996. Malaise dans la culture. L’ethnographie, la littérature et l’art au XXe siècle. Paris, École nationale supérieure des Beaux-Arts.

      COPANS Jean, 1974. Critiques et politiques de l’anthropologie. Paris, Maspero.

      DELAGE Pauline, 2017. « De l’obstacle méthodologique au levier analytique. Retour sur une comparaison asymétrique », SociologieS, « La recherche en actes. Penser les ratés de terrain » (en ligne), http://sociologies.revues.org/6142 (page consultée le 20 juillet 2017).

      DUVAL Maurice, 1994. « Les ethnologues dans les filets de la hiérarchie », Journal des anthropologues, 53-54-55, p. 21-27.

      FAVRET-SAADA Jeanne, 1976. Les mots, la mort, les sorts. Paris, Gallimard.

      FAVRET-SAADA Jeanne et CONTRERAS Josée, 1981. Corps pour corps. Enquête sur la sorcellerie dans le bocage. Paris, Gallimard.

      GAGNON Denis, 2011. « Identité trouble et agent double : l’ontologie à l’épreuve du terrain », Anthropologie et Sociétés, 35 (3), p. 147-165.

      GEERTZ Clifford, 1983. « Jeu d’enfer. Notes sur le combat de coqs balinais », in GEERTZ Clifford, Bali. Interprétation d’une culture. Paris, Gallimard, p. 165-215.

      GHASARIAN Christian, 2002. De l’ethnographie à l’anthropologie réflexive. Nouveaux terrains, nouvelles pratiques, nouveaux enjeux. Paris, Armand Colin.

      HERVÉ Caroline, 2010. « Analyser la position sociale du chercheur : des obstacles sur le terrain à l’anthropologie réflexive », Cahiers du CIÉRA, 6, p. 7-26.

      HUMMEL Cornelia, 2017. « Étudier le vieillissement en prison », SociologieS, « La recherche en actes. Penser les ratés de terrain » (en ligne), http://sociologies.revues.org/6086 (page consultée le 20 juillet 2017).

      JAMIN Jean, 1986. « Du ratage comme heuristique ou l’autorité de l’ethnologue », Études rurales, 101-102, p. 337-341.

      LATOUR Bruno, 1988. La vie de laboratoire. La production de faits scientifiques. Paris, La Découverte.

      LESERVOISIER Olivier, 2005. Terrains ethnographiques et hiérarchies sociales. Retour réflexif sur la situation d’enquête. Paris, Karthala.

      LÉVI-STRAUSS Claude, 1958. Anthropologie structurale. Paris, Plon.

      LUCA Nathalie, 1999. Le salut par le foot. Genève, Labor et Fides.

      MASSICARD Élise, 2002. « Être pris dans le mouvement. Savoir et engagement sur le terrain. Partie 1 », Cultures & Conflits, 47 (en ligne), http://conflits.revues.org/838 (page consultée le 30 décembre 2015).

      MILHE Colette, 2011. Comment je suis devenue anthropologue et occitane. Le travail d’enquête : la singularité d’une expérience. Lormont, Le Bord de l’eau, Des mondes ordinaires.

      ODONI Miriam, 2017. « “Ah c’est vous qui êtes là pour dire que le CD va mourir ?” : la souffrance des bibliothécaires au cœur du régime numérique », SociologieS, « La recherche en actes. Penser les ratés de terrain » (en ligne), http://sociologies.revues.org/6104 (page consultée le 20 juillet 2017).

      PENEFF Jean, 2009. Le goût de l’observation. Comprendre et pratiquer l’observation participante en sciences sociales. Paris, La Découverte.

      RECHERCHES QUALITATIVES, 2014. « Vigilance ethnographique et réflexivité méthodologique », Recherches qualitatives, 33 (1).

      STAVO-DEBAUGE Joan, ROCA i ESCODA Marta et HUMMEL Cornelia, 2017. « Enquêter. Rater. Enquêter encore. Rater encore. Rater mieux », SociologieS, « La recherche en actes. Penser les ratés de terrain » (en ligne), http://sociologies.revues.org/6084 (page consultée le 20 juillet 2017).

      TURNBULL Colin, 1987. Les Iks. Survivre par la cruauté. Nord-Ouganda. Paris, Plon, coll. « Terre Humaine », 389 p.

    Approche anthropologique des changements climatiques et météorologiques

    (Information publiée le lundi 4 septembre 2017)

      Approche anthropologique des changements climatiques et météorologiques

      Appel à propositions de la revue ethnographiques.org

      Date limite de soumission : 6 octobre 2017

      Le changement climatique modifie-t-il la manière dont les sociétés locales perçoivent les phénomènes météorologiques, atmosphériques et l’environnement en général ? Comment cette problématique du changement climatique renouvelle-t-elle la façon dont les ethnologues abordent le temps qu’il fait, la météo ou les relations entre les sociétés et leurs milieux ? Quels savoirs sur le climat l’anthropologie peut-elle mettre au jour et quelles formes d’adaptation locales génèrent ces savoirs en contexte de mutations sociales et environnementales ? Comment un dialogue fécond entre climatologues, physiciens de l’atmosphère, écologues ou ethnologues peut-il se construire et permettre des avancées sur les connaissances du climat et des interactions entre les sociétés et leurs environnements ? Telles sont les questions que nous souhaitons poser dans le cadre de ce numéro de la revue ethnographiques.org.

      Changement climatique, réchauffements, évènements extrêmes ou encore adaptations sont au cœur des préoccupations de la communauté internationale et trouvent un écho global depuis les premières Conférences des parties et la diffusion des travaux du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat – GIEC (Fiske et al. 2014). Les savoirs scientifiques et les propos d’experts sur le changement climatique sont relayés à différentes échelles par les gouvernements, les médias ou les organismes environnementaux. À l’échelle locale, les communautés des zones les plus vulnérables, comme des régions a priori moins rapidement concernées, sont détentrices de savoirs sur le climat ou la météo. Ces expertises peuvent apporter des informations cruciales sur des effets méconnus ou non anticipés de ces changements et il est nécessaire de les décrire et de les analyser.
      L’anthropologie sociale, après avoir boudé les recherches relatives au climat, se saisit de ces thématiques dans les années 1980, les renouvelant et cherchant à comprendre, au travers des approches des interactions entre les sociétés et leurs environnements, de la vulnérabilité ou du risque, comment ces sociétés perçoivent les conditions environnementales et climatiques dans lesquelles elles s’adaptent et évoluent (Crate et Nuttal 2009, de la Soudière et Tabeaud 2009). Climat, météo, temps qu’il fait sont abordés sous le prisme de l’anthropologie de la nature et des ethnosciences. À l’image des ethnobiologistes, les ethnoclimatologues vont considérer les relations entre sociétés et conditions atmosphériques, en partant des catégories locales et en revisitant l’étude des systèmes locaux de classification des phénomènes météorologiques et du climat, comme ce qui est fait pour des plantes ou des animaux (Janicot et al. 2015). Émergent les contours de multiples modes de relations entre les êtres humains et leurs milieux et des conceptions propres à chaque société de son climat (Hastrup 2016, Marino 2015). L’anthropologie interroge ainsi la signification et la polysémie des termes ciel, atmosphère, climat, météo ou encore changement climatique aujourd’hui porteur d’enjeux politiques globaux (Strauss et Orlove 2003).
      De nombreuses recherches en ethnologie ou écologie humaine montrent que les sociétés locales n’abordent pas toujours le temps qu’il fait en observant le ciel ou les conditions atmosphériques. Elles appréhendent aussi leurs climats au travers de l’observation de leurs environnements en général, de leurs expériences du vivant, de leurs biodiversités et de ses dynamiques (Dounias 2009 ; Sourdril et al. 2017). L’observation d’indicateurs ou de marqueurs biologiques de saisonnalité ou de changements (phénologie des plantes, comportement ou migration des animaux ou encore phénomènes d’invasion biologique) leur permet de percevoir et d’anticiper les transformations de leurs milieux (Vedwan et Rhoades 2001, Veteto et Carlson 2014). Les anthropologues cherchent à comprendre comment ces différents savoirs peuvent favoriser ou handicaper l’adaptation des sociétés à de nouvelles conditions climatiques (Strauss et Orlove 2003). Ils s’interrogent sur l’importance donnée aux changements climatiques, face à d’autres types de transformations sociales ou environnementales dans l’appréhension locale des changements globaux.
      Aujourd’hui de nombreux programmes de recherche interdisciplinaires, pour certains participatifs, mêlant écologie, géographie, anthropologie, climatologie, visent à saisir, croiser et mesurer l’apport des savoirs locaux aux connaissances des physiciens de l’atmosphère. Les chercheurs s’intéressent aussi à la façon dont les sociétés locales utilisent différents registres de savoirs, les intègrent, les hiérarchisent et s’en servent (ou pas) pour assurer l’adaptation de leurs modes de vie en situation de changement (Shaffer 2014, Kosmowski 2016).

      L’objectif de ce numéro thématique est de proposer un aperçu des recherches actuelles en ethnologie autour des perceptions et savoirs locaux sur le climat, le temps qu’il fait et leurs conséquences éventuelles sur les façons de faire et sur la subsistance au quotidien des sociétés locales. Nous souhaitons éclairer la manière dont les ethnologues s’intéressent et décrivent ces savoirs locaux en ville et à la campagne, au Nord et au Sud, en contexte de changements extrêmes ou en zone tempérée. Un objectif sera de montrer comment les formes d’appréhension des changements environnementaux dépendent des contextes culturels et institutionnels des territoires enquêtés. À partir de pratiques concrètes de recherche, les articles de ce numéro de la revue ethnographiques.org apporteront des éléments de réponse concernant (1) les apports de la discipline anthropologique à la compréhension locale des phénomènes climatiques ou météorologiques et (2) la place de la discipline au sein de programmes de recherche pluridisciplinaires appliqués à l’analyse de ces phénomènes à la fois naturels et culturels. Les contributions à ce numéro abordant la question des apports de la méthode ethnographique (collecte et analyse des données qualitatives, terrain long) à ces thématiques seront les bienvenues. Nous nous intéresserons également aux recherches impliquées dans des programmes pluridisciplinaires et aux influences des disciplines quant à leurs protocoles de recherche, leurs terrains, leurs méthodes, la collecte et l’analyse de leurs données. Enfin, nous valoriserons la présentation de recherches participatives sur ces questions de perception et d’adaptation aux changements et la façon dont sont intégrées les populations locales (rurales ou urbaines) dans les dispositifs de recherche et d’action.

      La revue ethnographiques.org offrant toutes les potentialités d’une revue en ligne, les auteur-e-s sont encouragés à présenter des matériaux visuels ou sonores susceptibles de structurer ou d’accompagner leur article, voire à proposer une mise en forme originale de leur réflexion et de leurs données.

      Calendrier

      -  Les propositions de contribution (1 page maximum, comprenant une bibliographie indicative) sont attendues au plus tard le 6 octobre 2017. Elles doivent être envoyées, avec la mention « CLIMAT » comme objet du message, à la rédaction ainsi qu’aux coordinateurs du numéro :
      redaction@ethnographiques.org, Anne Sourdril (asourdril@gmail.com) et Éric Garine (eric.garine@mae.u-paris10.fr)
      Les auteurs sont priés de suivre les consignes (note aux auteurs) accessibles sur la page http://www.ethnographiques.org/Note-aux-auteurs.
      -  Un premier tri sera effectué sur la base de ces propositions. Une réponse sera donnée avant le 16 octobre 2017.
      -  Les articles devront être remis pour le 28 février 2018. Ils seront relus par le comité de rédaction ainsi que par des évaluateurs externes. La version définitive devra être remise en novembre 2018 pour une publication dans le numéro 38, au printemps 2019.

      Éléments de bibliographie

      CRATE Susan et NUTTALL Mark (eds), 2009. Anthropology and Climate Change : From Encounters to Actions. Walnut Creek, CA, Left Coast Press.

      CRATE Susan et NUTTALL Mark (eds), 2016. Anthropology and Climate Change : From Actions to transformations. Oxford, Routledge.

      DE LA SOUDIÈRE Martin et TABEAUD Martine (dir.), 2009. « Introduction. Le ciel comme terrain », Ethnologie française, 39 (4), p. 581-585.

      DOUNIAS Edmond, 2009. « The sentinel key role of indigenous peoples in the assessment of climate change effects on tropical forests », IOP Conf. Series : Earth and Environmental Science, 6.

      FISKE Shirley J., CRATE Susan A., CRUMLEY Carole L., GALVIN Kathleen, LAZRUS Heather, LUCERO Lisa J., OLIVER-SMITH Anthony, ORLOVE Benjamin, STRAUSS Sarah, WILK Richard, 2014. Changing the Atmosphere. Anthropology and Climate Change. Final report of the AAA Global Climate Change Task Force.

      HASTRUP Kristen, 2016. « Climate knowledge : assemblage, anticipation, action », in Crate Susan A. et Nuttall Mark (eds), Anthropology and climate change. From Actions to transformations. Oxford, Routledge, p. 35-57.

      JANICOT S., AUBERTIN Catherine, BERNOUX M., DOUNIAS Edmond, GUEGAN Jean-François, LEBEL Thierry, MAZUREK Hubert, SULTAN Benjamin, REINERT Magali (dir.), 2015. Changement climatique. Quels défis pour le Sud ? Montpellier, IRD Éditions.

      KOSMOWSKI Frédéric, LEBLOIS Antoine et SULTAN Benjamin, 2016. « Perceptions of recent rainfall changes in Niger : a comparison between climate-sensitive and non-climate sensitive households », Climatic Change, 135, p. 227-241. doi : 10.1007/s10584-015-1562-4

      MARINO Elisabeth, 2015. Fierce climate, sacred ground. An Ethnography of Climate Change in Shishmaref. Alaska, Fairbanks : University of Alaska Press.

      SHAFFER Laura J., 2014. « Making sense of local Climate change in rural Tanzania through knowledge co-production », Journal of ethnobiology, 34 (3), p. 315-334.

      SOURDRIL Anne, WELCH-DEVINE Meredith, ANDRIEU Émilie, BELAÏDI Nadia, 2017. « Do April showers bring May flowers ? Knowledge and perceptions of local biodiversity influencing understanding of global environmental change. A presentation of the PIAF project », Natures, Sciences, Sociétés, 25, p. 56-62. doi : 10.1051/nss/2017009

      STRAUSS Sarah et ORLOVE Benjamin (eds.), 2003. Weather, climate, culture. Oxford, Berg Editions.

      VEDWAN Neeraj et RHOADES Robert E., 2001. « Climate Change in the Western Himalayas of India : A Study of Local Perception and Response », Climate Research, 19, p. 109-117.

      VETETO James et CARLSON Stephen, 2014. « Climate change and apple diversity : local perception from Appalachian North Carolina », Journal of Ethnobiology, 34 (3), p. 359-382. 
doi : 10.2993/0278-0771-34.3.359

    Revenir. Quêtes, enquêtes et retrouvailles

    (Information publiée le mardi 2 mai 2017)

      Revenir. Quêtes, enquêtes et retrouvailles

      Appel à propositions de la revue ethnographiques.org

      Date limite de soumission : 28 juin 2017

      Certains voyages, dont les destinations sont investies de charges affectives fortes, prennent des formes singulières. Ce numéro thématique d’ethnographiques.org est consacré aux déplacements temporaires et volontaires revendiqués et vécus comme des « retrouvailles » avec des endroits considérés comme ceux des origines familiales ou nationales, souvent qualifiés par les acteurs eux-mêmes de « recherche de racines », « quête des origines » ou encore « retour aux sources ». Ce « retour » implique la recherche d’un lien possiblement distendu, voire rompu. Il repose souvent sur une enquête préalable et sur la quête active, qui peut être déçue, d’une reconnexion ou d’une (re)familiarisation avec des langues entendues, des aliments goûtés, des personnes, des paysages et des sites patrimoniaux (re)découverts. Par quelles logiques, quelles justifications, quels récits, ces déplacements sont-ils portés ? Comment quêtes et enquêtes s’articulent-elles dans ce genre de démarches ?

      Ces voyages ont reçu une attention croissante depuis la dernière décennie du XXe siècle. Les « mythes du retour » (Cohen et Gold 1997) nourris par les émigrés qui entretiennent « l’illusion » d’une installation qui ne serait que « provisoire » (Sayad 2006), « l’amour de la terre ancestrale » et la « mémoire de l’exil » transmis souvent sur plusieurs générations (Bordes-Benayoun et Schnapper 2008, Hovanessian 2006) ont été largement documentés par la littérature consacrée aux migrations et aux diasporas. Les « retours » ont été appréhendés comme des pratiques par lesquelles sont entretenus et reproduits les sentiments d’appartenance (Legrand 2002, Leite 2005, Gourcy 2007, 2010, Bidet et Wagner 2012, Katić 2014, Tsimouris 2014) mais qu’ils peuvent également remettre en question (Louie 2000, 2001, Razy 2006, Tsuda 2009).

      Nous entendons interroger les différentes formes que peuvent prendre ces voyages, en réfléchissant en particulier aux liens et aux articulations entre « retours », quêtes et enquêtes. L’intention première des contributions rassemblées dans ce dossier est de considérer ces voyages en tant qu’ils sont sous-tendus par une démarche de recherche. Par le recueil de témoignages, par des plongées dans les archives, par la quête d’indices, de traces et de pistes, la préparation au voyage et le voyage lui-même s’apparentent volontiers à des enquêtes. Celles-ci s’inscrivent souvent dans le cadre d’une quête personnelle qui constitue la raison d’être du voyage. Qu’il s’agisse de personnes revenant sur leurs pas ou, au contraire, traçant leurs premières empreintes sur des lieux jusqu’alors connus au mieux par des récits transmis au sein de la famille ou d’une communauté, ou parfois même totalement inconnus, car tus ou passés sous silence, quêtes et enquêtes constituent leur dénominateur commun.

      L’importance du processus de recherche tient à trois éléments qui constituent autant d’axes de réflexion que pourront adopter les contributions : d’abord, en quoi la quête de quelque chose qui est ressenti comme « perdu » constitue la raison même de ces voyages « retour » ; ensuite, comment les pratiques d’enquête et de quête modèlent la préparation, le déroulement du voyage, ses séquences temporelles et son déploiement dans l’espace ; et enfin, en quoi l’expérience vécue est leur trait distinctif.

      Quels « retours », quelles retrouvailles ?

      La notion de « retour » prend des sens différents en fonction des manières dont ces voyages sont pensés, des situations de ceux qui les effectuent et de leurs pratiques mémorielles. Les auteurs pourront examiner comment ces cadrages opèrent au regard des liens des voyageurs avec les endroits « (re)visités » et selon que l’idée d’un « retour » s’impose dans des discours officiels qui présentent ou non comme un impératif moral la visite du lieu des origines. Les façons dont les recherches afférentes au « retour » s’effectuent, et comment les pratiques de quête font écho ou entrent en dissonance avec des discours et programmes officiels sont aussi des éléments pouvant être interrogés. De nombreuses configurations de retrouvailles sont possibles : celles de migrants revenant dans des lieux où ils ont vécu ; celles de généalogistes en quête de leurs lointains ancêtres ; celles de descendants d’émigrés sans attaches directes qui souhaitent découvrir la terre d’origine de leur famille…

      Retour, quête et enquête

      Marie-Blanche Fourcade a montré qu’au-delà des contextes singuliers et des modalités diverses des voyages, ceux-ci présentent « un cheminement commun ponctué de séquences récurrentes » (2010 : 6). Les contributions à ce dossier pourraient développer plus en avant ce point en l’élargissant à l’ensemble des rencontres effectuées par les voyageurs, non seulement avec des personnes, mais aussi avec des objets, des sites, des sensations. Dans de nombreux cas, les voyageurs procèdent selon un paradigme indiciaire (Ginzburg 1980), commençant à accumuler dès avant le voyage des traces, des pistes, des indices souvent ténus qui nourrissent leur quête. C’est à partir de descriptions ethnographiques fines des divers moments et facettes de ces « retours » ainsi que de leurs mises en récits par les voyageurs que l’on devrait pouvoir mettre à jour comment les processus d’enquête et de découverte forgent l’expérience du voyage lui-même.

      L’expérience du retour

      Un dernier axe concerne la dimension vécue du voyage « retour », envisageant ainsi le voyage dans sa dimension « expérientielle » (Cohen 1979, Aziz 1987, Holmes-Rodman 2004). Qu’implique par exemple le fait de « revenir » sur des lieux jamais visités auparavant ? Les expériences des voyageurs confrontés à ce qui relevait jusqu’alors du souvenir ou de l’imaginaire pourraient être restituées et interrogées. Guidé par le principe paradoxal d’une re-familiarisation avec l’inconnu (Trémon 2016), le voyage peut générer l’impression d’être à nouveau chez soi, mais il peut aussi faire surgir la conscience d’y être (devenu) un étranger. Le retour peut même se transformer en une expérience traumatisante si le lieu de la quête n’existe pas, est devenu autre, a été détruit ou spolié. Entre familiarité et étrangeté, entre retrouvailles heureuses et illusions perdues, quelles sont alors les « conditions de félicité » (Goffman 1986) des voyages de retour ? Les textes pourront aborder les tensions latentes ou tangibles de ces situations, et les manières dont elles peuvent conduire à une négociation de positions médianes.

      Les contributions d’auteurs ayant pris part à ces déplacements et cheminé aux côtés de celles et ceux qui « retournent » seront particulièrement bienvenues. Les analyses pourront également être basées sur les témoignages de ceux qui ont pratiqué ce type de voyages. En outre, les contributions construites avec ou autour de matériaux visuels et/ou sonores (images, photos, extraits de films) seront particulièrement encouragées.

      Calendrier

      Les propositions de contributions (2 pages maximum, comprenant une bibliographie indicative) sont attendues au plus tard le 28 juin 2017. Elles doivent être envoyées, avec la mention « Revenir » (en objet du message), à la rédaction ainsi qu’aux rédacteurs de l’appel :
      redaction@ethnographiques.org ; michael.busset@unil.ch ; gregoire.mayor@ne.ch ; anne-christine.tremon@unil.ch

      Une réponse sera donnée avant le 15 juillet 2017.
      Les textes doivent être remis pour fin octobre 2017. Ils seront relus par le comité de rédaction ainsi que par des évaluateurs externes. La version définitive devra être remise en mars 2018 pour une publication dans le numéro 37, à l’automne 2018.

      Références bibliographiques

      AZIZ Barbara Nimri, 1987. « Personal Dimensions of the Sacred Journey : What Pilgrims Say », Religious Studies, 23 (2), p. 247-61.

      BIDET Jennifer et WAGNER Lauren, 2012. « Vacances au bled et appartenances diasporiques des descendants d’immigrés algériens et marocains en France », Tracés. Revue de Sciences humaines, 23 (en ligne), https://traces.revues.org/5554, DOI : 10.4000/traces.5554, (mis en ligne le 19 novembre 2014).

      BORDES-BENAYOUN Chantal et SCHNAPPER Dominique, 2008. Les mots des diasporas. Toulouse, Presses Universitaires du Mirail.

      COHEN Erik, 1979. « A Phenomonology of Tourist Experiences », Sociology, 13 (2), p. 179-201.

      COHEN Rina et GOLD Gerald, 1997. « Constructing Ethnicity : Myth of Return and Modes of Exclusion among Israelis in Toronto », International Migration, 35, p. 373-94.

      FOURCADE Marie-Blanche, 2010. « Tourisme des racines. Expériences du retour », Téoros, 29 (1), p. 3-7.

      GINZBURG Carlo, 1980. « Signes, traces, pistes. Racines d’un paradigme de l’indice », Le Débat, 6, p. 3-44.

      GOFFMAN Erving, 1986. « La condition de félicité — 1 », Actes de la recherche en sciences sociales, 64, p. 63-78.

      GOURCY Constance (de), 2007. « Le retour au prisme de ses détours ou comment réintroduire de la proximité dans l’éloignement », Revue européenne des migrations internationales, vol. 23 (2).

      GOURCY Constance (de), 2010. « Revenir sur les lieux de l’origine. De la quête des “racines aux épreuves du retour », Ethnologie française, vol. XL (2), p. 349-356.

      HOLMES-RODMAN Paula Elizabeth, 2004. « ‘They Told What Happened on the Road’ : Narrative and the Construction of Experiental Knowledge on the Pilgrimage to Chimayo, New Mexico », in BADONE Ellen et ROSEMAN Sharon R. (eds.), Intersecting Journeys. The Anthropology of Pilgrimage and Tourism. Urbana, University of Illinois Press, p. 24-51.

      HOVANESSIAN Martine, 2006. « Exil et catastrophe arménienne : le difficile travail de deuil », in Berthomière William et Chivallon Christine (éd.), Les diasporas dans le monde contemporain, Paris, Karthala - Pessac, Maison des sciences de l’homme d’Aquitaine, p. 227-234.

      KATIĆ Mario, 2014. « From the Chapel on the Hill to National Shrine : Creating a Pilgrimage ‘Home’ for Bosnian Croats », in Eade J. et Katić M. (eds), Pilgrimage, Politics and Place-making in Eastern Europe. Crossing the Borders. Farnham, Burlington : Ashgate, p. 15-35.

      LEGRAND Caroline, 2002. « Du tourisme généalogique dans l’Irlande contemporaine », Revue de Synthèse, 123, p. 131-147.

      LEITE Naomi, 2005. « Travels to an Ancestral Past : On Diasporic Tourism, Embodied Memory, and Identity », Antropologicas, 9, p. 273-302.

      LOUIE Andrea, 2001. « Crafting Places through Mobility : Chinese American “Roots-Searching” in China », Identities, vol. 8, p. 343-379.

      LOUIE Andrea, 2000. « Re-territorializing transnationalism : Chinese Americans and the Chinese motherland », American Ethnologist, 27 (3), p. 645-669.

      RAZY Élodie, 2006. « De quelques “retours Soninké” aux différents âges de la vie. Circulations entre la France et le Mali », Journal des anthropologues, 106-107, p. 337-354.

      SAYAD Abdelmalek, 2006. L’immigration ou les paradoxes de l’altérité. 1. L’illusion du provisoire. Paris, Éditions Raisons d’agir.

      TRÉMON Anne-Christine, 2016. « Cheminer sur la trace des ancêtres. “Retour aux sources” et résurgences dans les visites aux villages d’origine de la diaspora chinoise ». Communication au colloque « Nathan Wachtel, anthropologie et histoire ». Musée du Quai Branly, 12 et 13 mai 2016, actes mis en ligne en septembre 2016, https://actesbranly.revues.org/726.

      TSIMOURIS Giorgos, 2014. « Pilgrimages to Gökçeada (Imvros), a Greco-Turkish Contested Place : Religious Tourism or a Way to Reclaim the Homeland », in Eade J. et Katić M. (eds), Pilgrimage, Politics and Place-making in Eastern Europe. Crossing the Borders. Farnham, Burlington : Ashgate, p. 37-55.

      TSUDA Takeyudi, 2009. Diasporic homecomings. Ethnic return migration in comparative perspective. Stanford, Stanford University Press.