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Numéro en cours

  • Numéro 29 - décembre 2014
    Ethnologie et mathématiques
  • Enquêtes collectives : histoires et pratiques contemporaines

    (Information publiée le mardi 17 février 2015)

      Le redéploiement des enquêtes collectives est inséparable de l’évolution du contexte institutionnel et financier de la recherche dans les dernières décennies. Ce numéro vise d’abord à réunir des retours d’expériences contemporaines et des travaux d’histoire des sciences sociales relatifs aux enquêtes collectives. Il s’agit de cerner les évolutions épistémologiques et scientifiques qui se font jour dans les pratiques collectives de la recherche. Mais ce numéro invite également à retracer des histoires d’enquêtes collectives passées comme un ensemble de répertoires de pratiques, autant qu’à s’interroger sur les formes contemporaines de ce type d’enquêtes.

      Nous n’entendons nullement fermer une définition de l’enquête collective en sciences sociales et adoptons une compréhension ouverte et large des collectifs en sciences sociales. L’enquête collective fait référence bien sûr au travail de collecte de données, comme à celui d’interprétation et d’écriture, incluant autant les chercheurs eux-mêmes que les personnels de soutien, des secrétariats à l’ingénierie en passant par les dispositifs institutionnels. Une telle réflexivité s’inscrit plus largement dans une analyse de la division du travail en sciences sociales. D’une certaine manière, toute enquête est d’emblée collective, explicitement ou non. Il s’agit aussi de mettre à jour l’implicite collectif de nombreux travaux « d’auteurs ».

      Le renouveau contemporain des enquêtes collectives s’inscrit dans un temps singulier. L’âge d’or des enquêtes collectives, particulièrement dans le contexte français, se situe vraisemblablement dans les années 1960, marquées par une forte division hiérarchisée du travail scientifique, par une spécialisation des domaines d’études et des méthodes par discipline, et par une structure mandarinale des mondes académiques. Le renouveau contemporain fait donc suite au déclin de l’enquête collective, dans un contexte de réunification des sciences sociales, de requalification du travail de terrain et de reconfiguration des modes de financements. Ce déclin est à relier à la consécration de l’auteur, avec deux facettes, celle de la recherche individuelle armée d’une méthode réflexive et positive pour les uns, et, pour d’autres, celle d’une conception plus littéraire des sciences sociales de terrain. L’essor très important du « terrain », de l’ethnographie, s’est donc réalisé dans un temps d’impossible délégation du travail de recueil et d’analyse des données. Depuis les années 1980, un seul et même chercheur conduit généralement la recherche, de la collecte à l’interprétation. Mais en même temps, la remise en cause de l’institution laboratoire dans la structuration institutionnelle de la recherche au profit de collectifs ad-hoc constitués le temps de « projets » a redéployé des mécanismes de production du collectif en sciences sociales. Ce redéploiement des collectifs constitue-t-il un retour vers une conception usinière de travail collectif et de la division du travail ? Pour l’immense majorité des collectifs ainsi constitués, les pratiques de recherche sont bien souvent à réinventer, sans modèle préétabli : il s’agit de trouver des outils de partage scientifique adaptés à leur épistémologie et à leur conception politique du collectif. Il importe donc de comparer les expériences pour systématiser aujourd’hui divers types d’organisations du travail et d’enquêtes collectives.

      Ainsi ce numéro sur les enquêtes collectives vise à interroger plusieurs facettes du métier de chercheur en sciences sociales : l’articulation entre les diverses disciplines ; le type de hiérarchisation du travail scientifique (selon les statuts, le genre, les générations et les périodes) ; les gains analytiques attendus de tels dispositifs collectifs, mais aussi les éventuelles déceptions ou échecs ; les méthodes mises au point à travers le temps et selon les traditions académiques pour la mise en commun ou non des données ; les dispositifs institutionnels des collectifs (de l’équipe éphémère sur projet au laboratoire institué) ; les choix éditoriaux et d’écriture individuelle ou collective des travaux collectifs…

      L’histoire des enquêtes collectives

      Un des objectifs de ce numéro est de réunir les connaissances existantes en sciences sociales sur les enquêtes collectives passées, de repérer différents types d’enquêtes collectives et d’analyser les différents modèles scientifiques à partir desquels elles ont été conçues. Il ne s’agit pas de prétendre saisir l’exhaustivité du genre, mais de prendre la mesure de l’extrême diversité des expériences tentées à ce jour, des réussites et des difficultés. En effet, dans le cadre français, le modèle historique de l’enquête collective a pris des formes très variées : enquêtes alimentaires de Le Play, enquête folklorique du début du siècle basée sur une armée d’instituteurs, missions anthropologiques (comme Dakar-Djibouti), excursions géographiques de la IIIe République à aujourd’hui, divisions historiennes départementales de la France dans la pratique d’encadrement d’Ernest Labrousse, division usinière du travail en sciences sociales dans les grandes enquêtes collectives des années 1960 et 1970 (comme on a pu l’observer à Plozévet ou dans le Châtillonnais), enquête TRA de l’INED, ou encore division scientifique et thématique du travail au sein d’un grand laboratoire autour d’un grand nom ou d’une théorie, comme cela a pu être le cas lors des enquêtes du CSE avec Pierre Bourdieu ou du LAS avec Claude Lévi-Strauss. Nous espérons aussi sortir du cadre français pour rendre compte d’expériences aussi diverses par exemple que les projets d’ethnologie européenne et d’enquêtes collectives de la fin du XIXe siècle, les grandes enquêtes pluridisciplinaires dans le Mexique révolutionnaire des années 1920-1940, l’enquête ethnographique des années 1960 à nos jours dans le Nordeste brésilien, les grandes enquêtes coloniales, ou encore le modèle des enquêtes de l’UNESCO. Ces divers formats d’enquêtes collectives sont autant de possibles pour nourrir la réflexion sur les modèles à la fois institutionnels et méthodologiques.

      Enquêtes collectives contemporaines

      Cet appel vise également à collecter des retours d’expériences sur des enquêtes collectives contemporaines. Ce chantier exploratoire tentera de dresser un tableau des pratiques actuelles d’enquêtes collectives en sciences sociales. La redéfinition des politiques publiques de recherche a favorisé le développement de financements européens, nationaux ou régionaux, pour l’essentiel des programmes inter-laboratoires supposant la constitution d’équipes. Ces politiques du financement de la recherche, particulièrement en Europe, ont, par effet secondaire, très certainement favorisé le retour à l’enquête collective et à de nouvelles divisions scientifiques du travail. Une histoire de ces évolutions institutionnelles très récentes, et de leurs modes d’appropriation par les chercheurs, permettrait certainement d’éclairer en partie les causes de ce renouveau. De même, le développement des stages de terrain comme pratique pédagogique d’enseignement de l’ethnographie dans diverses universités françaises et étrangères, l’organisation dans l’enseignement d’enquêtes avec les étudiants, démultiplient là encore les enquêtes collectives. Ce retour du collectif en sciences sociales a-t-il puisé dans les expériences passées ? Ou bien s’est-il réalisé sans modèle préalable, et sans réflexion approfondie sur le statut du collectif dans les sciences sociales contemporaines ?

      Par ailleurs, le renouveau de l’enquête collective interroge la division pratique du travail en sciences sociales. Comment, d’une part, les collectifs de recherche cohabitent avec les enjeux de carrière, nécessairement individualisés ? L’idéal d’une communauté productive amicale ne se confronte-t-il pas aux mécanismes de production de chefs ? D’autre part, la diversité des pratiques de terrain et les possibles ouverts par le traitement et le partage informatique des données donnent vraisemblablement lieu à des innovations méthodologiques qu’il s’agit de mettre à jour. L’objectif est ici de capitaliser les pratiques ad-hoc qui s’inventent aujourd’hui, pour mieux les fixer et les analyser.

      Mais il s’agit tout autant de s’interroger sur le bien-fondé scientifique de tels dispositifs collectifs. Quels sont les apports des collectifs ? Tout d’abord sur le terrain : s’agit-il d’entrées monographiques démultipliant les regards sur un espace social localisé, ou ce renouveau collectif est-il plutôt inscrit dans des démarches comparatives ou multisites centrées sur un groupe social, une pratique, une entreprise ou une institution saisie sous différents angles ? Quels sont les apports attendus de connaissance ? Quels gains analytiques peut-on entrevoir de ces collectifs dans l’analyse de la structure sociale contemporaine, des institutions ou des processus sociaux plus généraux ? Les enquêtes collectives s’inscrivent-elles dans des sous-champs, renforçant la spécialisation thématique de nos disciplines, ou au contraire contribuent-elles à la création d’intellectuels collectifs aux propos plus généraux ? Les enquêtes collectives, ou les nouveaux collectifs en sciences sociales, favorisent-ils la montée en généralité derrière l’empirie de leur démarche ?

      Revisite, archivage et mutualisation des données issues d’enquêtes de terrain

      Depuis plusieurs années, l’archivage des sciences sociales progresse. Des réseaux et des institutions s’y sont engagés. L’objectif est autant de favoriser l’histoire des sciences sociales que de constituer des banques de données qualitatives, complémentaires à l’archivage des grandes enquêtes statistiques. Certains chercheurs ou groupes de chercheurs s’appuient sur ces archives pour conduire des revisites ethnographiques ou des ré-analyses. Ces revisites, favorisées par l’archivage, engagent alors une double historicité, celle des sociétés étudiées, celle du regard scientifique posé sur elles. Les revisites – individuelles ou collectives – sont d’une certaine manière des enquêtes collectives non plus dans le présent mais dans le temps, les chercheurs contemporains dialoguant avec les chercheurs passés. De tels outils de controverses engagent la scientificité de nos disciplines. Retourner étudier le terrain d’un collègue, saisir les réseaux locaux dans lesquels il a été inséré, découvrir la méthode concrète déployée, comprendre la grille d’interprétation favorisée, questionnent directement la « boite noire » du travail de terrain. En ce sens, les archives sont le laboratoire des sciences sociales.

      La mutualisation des données est bien une des facettes des enquêtes collectives et un horizon prometteur pour la construction positive des sciences sociales. La mutualisation des données n’est pas qu’une question technique et matérielle (archives papiers et numériques, mises en ligne, sites dédiés…), mais constitue surtout une interrogation scientifique et déontologique. Jusqu’où peut-on utiliser les données d’un autre, construites dans un cadre scientifique et une socialisation différente de la sienne, sans se méprendre ? Comment faut-il transmettre, mutualiser, pour ne pas isoler ses données ? L’utilisation secondaire est-elle vaine, puisqu’au-delà du cahier de terrain, des notes, la science de l’ethnographe est avant tout celle de celui qui y était ? Quelles sont les données que l’on peut transmettre à des tiers sans trahir ses informateurs ?

      Ce numéro inscrit sa démarche dans une histoire réflexive des sciences sociales. Il invite à interroger les enquêtes passées et en cours, les diverses pratiques d’archivages, les techniques contemporaines de mise en commun, la diversité des modes de transmission et de partage des postulats, cadres théoriques, méthodes et données dans le collectif.

      Les propositions de contribution (1 page maximum et la bibliographie) sont attendues au plus tard le 15 avril 2015. Ces propositions doivent être envoyées, avec la mention « Enquêtes collectives » (en objet du message), aux destinataires suivants : Gilles Laferté (laferte@dijon.inra.fr), Nicolas Renahy (renahy@dijon.inra.fr), Christine Laurière (christine.lauriere@ehess.fr) et Laurent Amiotte-Suchet (laurent.amiotte-suchet@unil.ch).

      Les auteur-e-s dont les propositions auront été sélectionnées (réponse des coordinateurs le 15 mai 2015) devront remettre leur article avant le 15 novembre 2015.

      La revue ethnographiques.org promeut de nouvelles formes de production scientifique associant l’écrit à d’autres supports multimédias. Elle encourage donc les auteurs à mobiliser différents matériaux (documents sonores, photos, vidéos, etc.). Au besoin, les membres du comité de rédaction peuvent fournir une aide technique pour l’exploitation des matériaux.

      Bibliographie indicative

      BEAUD, Stéphane, 1996. « L’usage de l’entretien en sciences sociales. Plaidoyer pour l’entretien ethnographique », Politix, 9 (35) : 226-257.

      BENSA, Alban, 1996. « De la micro-histoire, vers une anthropologie critique », in REVEL, Jacques (dir.), Jeux d’échelle. La micro-analyse à l’expérience, Paris, Seuil/Gallimard.

      BUFORD MAY, Reuben A., PATTILLO-MCCOY, Mary, 2000. « Do You See What I See ? Examining a Collaborative Ethnography », Qualitative Inquiry, 6 (1) : 65-87

      BURAWOY, Michael, 2003. « Revisits : An Outline of a Theory of Reflexive Ethnography », American Sociological Review, 68 : 645-679 [« Revisiter les terrains. Esquisse d’une théorie de l’ethnographie réflexive », in CEFAI, Daniel (dir.), L’engagement ethnographique, Paris, Editions EHESS, 2010 : 295-351].

      Cahiers du Centre de Recherches Historiques, 2005 [En ligne]. « Pour une histoire de la recherche collective en sciences sociales. Réflexions autour du cinquantenaire du Centre de Recherches Historiques » : http://ccrh.revues.org/3033

      CEFAI, Daniel, 2003. L’enquête de terrain, Paris, La Découverte.

      CHAPOULIE, Jean-Michel, 1991. « La seconde fondation de la sociologie française : les États-Unis et la classe ouvrière », Revue Française de Sociologie, 32 (3).

      CHAPOULIE, Jean-Michel, 1992. « Les débuts de la sociologie empirique en France : 1945-1960 », in Permanence et renouvellement de la sociologie de l’éducation, 1950-1990, Paris, INRP, L’Harmattan : 169-198.

      CHAPOULIE, Jean-Michel, 2000. « Le travail de terrain, l’observation des actions et des interactions, et la sociologie », Sociétés contemporaines, 40 : 5-27.

      CHAPOULIE, Jean-Michel, 2000. « Enseigner le travail de terrain et l’observation : un témoignage sur une expérience (1970-1985) », Genèses, 39 : 138-155.

      CHATRIOT, Alain, DUCLERC, Vincent (dir.), 2006. Le gouvernement de la recherche. Histoire d’un engagement politique, de Pierre Mendès France au général de Gaulle (1953-1969), Paris, La Découverte, coll. « Recherches ».

      CHENU, Alain, 2011. « Les enquêteurs du dimanche », Histoire & mesure [En ligne], 26 (2) : http://histoiremesure.revues.org/4261.

      COMBESSIE, Jean-Claude, 2001. « D’une infraction heureuse aux règles de la méthode », Cahiers du Brésil Contemporain, 43/44 : 181-198.

      COPANS, Jean et POUILLON, François, 1977. « Les stages de terrain en milieu rural français pour la Formation à la Recherche en Afrique Noire (FRAN) », Etudes rurales, 66 : 47-58.

      FLOREZ, Carl, 1984. « The Hired Hand and the Lone Wolf : Issues in the Use of Observers in Large-Scale Program Evaluation », Urban Life, 12 (4), janvier : 423-443.

      Gradhiva, 2000. « Terrains retrouvés », 28.

      Gradhiva, 2001. « Archives et anthropologie », 30-31.

      GRANJOU, Céline et ASHVEEN, Peerbaye, 2011. « Sciences et collectifs. Introduction », Terrains & travaux : 5-18.

      GORDON, Tuula, Pirkko HYNNINEN, Elina LAHELMA, Tuija METSO, Tarja PALMU & Tarja TOLONEN, 2006. « Collective ethnography, joint experiences and individual pathways », Nordisk Pedagogik, 26 : 3–15.

      GUTWIRTH, Jacques. 2001. « La professionnalisation d’une discipline. Le centre de formation aux recherches ethnologiques », Gradhiva, 29 : 25-41.

      HANNERZ, Ulf, 2003. « Being there...and there...and there ! Reflections on multi-sited ethnography », Ethnography, 4(2) : 201-216.

      HART, Gillian, et Nancy LEE PELUSO, 2005. « Revisiting Rural Java : Agrarian Research in the Wake of Reformasi : A Review Essay », Indonesia, 80, octobre : 177-197.

      HEFFNER, Allan G., 1979. « Authorship Recognition of Subordinates in Collaborative Research », Social Studies of Science, 9 : 377-384.

      LAE, Jean-François, MURARD Numa, 2011-2012. « Retour sur enquête : ethnographie d’une ville ouvrière, Elbeuf 1980-2010 (1ère partie) », Vacarme 57, automne 2011 : 42-65 et seconde partie, Vacarme, 58, hiver 2012 : 176-203.

      LAFERTE, Gilles, 2006. « Des archives d’enquêtes ethnographiques, pour quoi faire ? Les conditions d’une revisite », Genèses, 63, p. 25-45.

      LAFERTE Gilles, 2009. « L’ethnographie historique ou le programme d’unification des sciences sociales reçu en héritage », in François BUTON et Nicolas MARIOT (dir.), Pratiques et méthodes de la socio-histoire, Paris, Presses Universitaires de France : 45-68.

      LAURENS, Sylvain et Frédéric, NEYRAT (dir), 2010. Enquêter de quel droit ? Menaces sur l’enquête en sciences sociales, Bellecombe en Bauges, éditions du Croquant.

      LASSITER, Luke Eric, 2005. The Chicago Guide to Collaborative Ethnography, University of Chicago Press.

      L’ESTOILE (de), Benoît et SIGAUD Lygia, 2001. « Les transformations sociales du Nordeste : Regards croisés », Cahiers du Brésil Contemporain, 43/44 : 5-15.

      MASSON, Philippe, 2008. Faire de la sociologie. Les grandes enquêtes françaises depuis 1945. La découverte, Coll. « Grands Repères ».

      OLIVIER DE SARDAN, Jean-Pierre, 2000. « Le “je” méthodologique. Implication et explicitation dans l’enquête de terrain », Revue française de sociologie, 4(3) : 417-445.

      PAILLARD, Bernard, SIMON, Jean-François, LE GALL, Laurent, 2010. En France rurale. Les enquêtes interdisciplinaires depuis les années 1960, Rennes, PUR.

      PASQUALI, Paul, 2012. « Deux sociologues en banlieue. L’enquête sur les grands ensembles de Jean-Claude Chamboredon et Madeleine Lemaire (1966-1970) », Genèses, 87 (2) : 113-135.

      PICON, François-René. 2000. « Retour à Uribia », Gradhiva, 28 : 89-101.

      RAPPAPORT, Joanne, 2008. « Beyond Participant Observation : Collaborative Ethnography as Theoretical Innovation », Collaborative Anthropologies, 1 : 1-31.

      RIGG, Jonathan, VANDERGEEST, Peter, 2012. Revisiting Rural Places : Pathways to Poverty and Prosperity in Southeast Asia, University of Hawai’I Press.

      SCHWARTZ, Olivier, 1993. « L’empirisme irréductible. La fin de l’empirisme ? », postface à Anderson NELS, Le Hobo. Sociologie du sans-abri, Paris, Nathan.

      SIGAUD, Lygia, 2008. « A collective ethnographer : fieldwork experience in the Brazilian Northeast », Social Science Information, 47 : 71-97.

      STAGGENBORG, Suzanne, 1984. « “Hired hand research” revisited », The American Sociologist, 19 (3) : 260-269.

      WEBER, Florence, 1987. « Une pédagogie collective de l’enquête de terrain », Etudes rurales, juillet-décembre, 107-108 : 243-249.

      WEBER, Florence, 2001. « Settings, interactions and things. A plea for multi-integrative ethnography », Ethnography, 2(4) : 475-499.

      WEBER, Florence, 2012. « De l’ethnologie de la France à l’ethnographie réflexive », Genèses, 89, décembre : 40-56.

    La part de la main

    (Information publiée le vendredi 1er août 2014)

      Dans un discours donné à Paris pour la séance inaugurale d’un congrès de chirurgie en 1938, Paul Valéry dit son étonnement d’apprendre qu’il n’existe pas de traité général de la main. C’est un projet auquel il rêve depuis quelques années et qu’il ne réalisera pas. Mais il accumule pour cela des notes, des dessins et des réflexions dans ses Cahiers qui donnent une idée des pistes qu’il envisageait d’explorer. Il aurait vraisemblablement repéré et analysé toutes les situations de décrochage entre la main et la tête, et aurait insisté sur l’autonomie de celle-là par rapport à celle-ci. Il aurait mis en évidence la symétrie des interrelations qui se nouent entre les techniques cérébrales et les techniques manuelles, puis entre ces deux pensées sises en des lieux distincts du corps.

      L’intuition centrale de Valéry, rejoignant ainsi par d’autres voies des recherches menées actuellement en anthropologie des savoirs et des processus d’acquisition des connaissances (voir notamment Downey, 2005  ; Downey, Lende, 2013  ; Harris, 2007  ; Ingold, 2000  ; Jacob, 2010  ; Marchand, 2010  ; Sennett, 2010), est qu’il s’agit là de deux figures, presque deux agents, qui travaillent ensemble (ce qui ne veut pas dire qu’ils se répètent ou se copient systématiquement) à la pensée-pesée — les deux actions sont initialement signifiées par le même mot en latin : pensare — du monde, de l’environnement et des relations sociales.

      Ce numéro voudrait prolonger ces réflexions pour sortir des impasses auxquelles ont conduit les oppositions brutales entre le corps et l’esprit d’une part, et d’autre part les controverses d’hégémonie qui avaient réduit le problème en une alternative : l’homme pense-t-il parce qu’il a une main, ou bien a-t-il une main parce qu’il pense ?

      L’anthropologie a d’abord suivi et prolongé ces pistes en s’appuyant sur les données fournies par l’anthropologie physique, et ce dans deux directions. D’un côté, l’on s’engageait vers la démonstration de la main libératrice de l’esprit, lequel se manifestait fondamentalement dans la parole (Leroi-Gourhan, 1964). Identifier ce qui permet la parole (notamment la main, dispensée du service de locomotion par la bipédie, et devenant l’outil que la bouche n’a plus besoin d’être, pour schématiser à l’extrême la démonstration) revenait à repérer les fondements de l’esprit humain. Une large partie des recherches menées en anthropologie des techniques a poursuivi, tout en la complexifiant, la voie de la main-qui-libère. C’est notamment la perspective des précieux travaux portés par le groupe de Techniques et culture, appliqués à répondre à cette question essentielle : en quoi et comment l’esprit humain (dans son unité et sa diversité) prend-il corps ? D’où un intérêt appuyé pour ces manifestations de pensée que sont les chaînes opératoires appréhendées comme des narrations (où les gestes forment autant de « phrases » dont la grammaire et le lexique sont à découvrir) ; ou pour la culture matérielle, plus exactement pour ces choses qu’on manipule (les outils, les objets, les monnaies, etc.).

      D’un autre côté, tout un pan de l’anthropologie, dans la lignée des travaux de Paul Broca sur la bilatéralité du cerveau, défrichait la perspective de la main-qui-organise. Ce sont, entre autres, les études pionnières de Robert Hertz (1909) sur la prééminence de la main droite et la bipolarité religieuse (le sacré « droit », d’ordre, de conventions, et le sacré « gauche », festif, de désordre ; ici le bilatéralisme a une origine plus sociale que biologique) ou encore les essais inclassables de Marcel Jousse (1969) sur les différents bilatéralismes (créateur, récitateur, régulateur).

      Ces voies continuent d’être explorées et gardent un fort pouvoir descriptif, sinon analytique. L’intérêt pour la dimension matérielle de la culture, et pour les dispositions corporelles qui l’activent (cf. les recherches conduites par le groupe « Matière à penser ») a joué un impact considérable pour réévaluer les places respectives des connaissances discursives et des connaissances procédurales dans l’économie générale des savoirs chez l’être humain. L’essentiel des connaissances humaines ne passe pas par le langage. Et il est désormais acquis que la pensée n’a que très partiellement, et seulement dans un second temps, « réflexion faite » en quelque sorte, la forme du discours (Bloch, 2013  ; Downey, Lende, 2013).

      Ces travaux décisifs, à la croisée des sciences cognitives, de la philosophie, des neurosciences et de l’anthropologie ont rendu à la pensée une dimension corporelle qui a permis d’évaluer à nouveaux frais les thématiques de l’apprentissage, de la perception ou des représentations entre autres. Si la totalité de l’esprit n’est pas dans le cerveau, quelle est la part qui revient aux mains ? Car considérer que la pensée a une dimension corporelle ne revient pas à considérer qu’il suffit d’avoir un corps pour qu’une pensée soit. Le mouvement, et celui des mains et des doigts en particulier (dont le toucher constitue une séquence essentielle), joue là un rôle fondamental que les travaux d’Alain Berthoz (2007) ont souligné, mais qui n’ont guère été suivis dans le champ des sciences humaines et sociales.

      Pour les anthropologues, cela représente un défi ethnographique. Aux problèmes classiques posés par la « description » des idées et des représentations quand leur siège (la tête) et leur forme (le discours) ne sont pas questionnés, il faut désormais ajouter ceux qui ne manquent pas de surgir quand le siège et la forme de la pensée cessent de tomber sous le sens. L’une des ambitions de ce numéro sera précisément d’aboutir à une meilleure formulation de ces difficultés pour proposer les moyens, théoriques et méthodologiques, de les lever ou de les contourner. Ainsi, les contributions attendues pourront traiter de situations singulières où la place des mains fait problème. Deux cas de figure inversés, qui peuvent se manifester sur deux modes, constituent des entrées privilégiées, mais non exclusives d’autres approches. Pourront ainsi être évoquées des situations présentant la disparition des mains, réelle ou métaphorique, qui impacte une activité pour laquelle on estime a priori qu’elles ne sont qu’un instrument passif : le passage (pour les écrivains, les « intellectuels », etc.) à la machine à écrire ou à la dictée numérique, ou encore la disparition concrète des mains (amputation, paralysie, etc.) ont-ils un effet (et de quel ordre ?) sur la pensée ? Qu’en déduire quant à la formation des idées ?

      Inversement, seront attendues des contributions traitant de cas où les mains sont mises au premier plan, avec l’étude de groupes (artisans, sportifs, artistes, etc.) ou de situations (salutations, prières, soins, etc.) que la qualité ou la présence de la main distinguent, réellement ou métaphoriquement là aussi. De quoi sont faits les « tours de main » des « petites mains » et des « hommes de main » ?

      Ce partage a priori entre la main et l’esprit, niché dans une situation qui l’accentue, devrait permettre de mieux penser la place de la main dans la vie de l’esprit. Dans cette perspective, enfin, toute approche ethnographique du toucher, qu’elle prenne la forme d’une enquête ethnolinguistique sur le lexique des sensations ; d’une étude des modes du contact allant de la caresse au coup de poing, mais aussi de l’impossibilité ou de l’interdiction du contact ; ou encore d’une analyse des situations de reconstruction du toucher comme des travaux sur les mains artificielles ou sur les greffes de mains, sera particulièrement appréciée.

      D’autres approches fondées sur l’analyse de données ethnographiques (ou proposant une réflexion sur la démarche ethnographique qu’implique un tel objet) pourront bien sûr être adoptées.

      Enfin, ethnographiques.org offrant toutes les potentialités d’une revue en ligne, les auteur-e-s seront vivement encouragé(e)s à proposer également des matériaux visuels ou sonores susceptibles de structurer ou d’accompagner leur article et à même d’en favoriser la lecture.

      
Les propositions de contribution (1 page maximum et la bibliographie) sont attendues au plus tard le 1er octobre 2014. Ces propositions doivent être envoyées, avec la mention « La part de la main » (en objet du message), aux destinataires suivants : nicolas.adell@univ-tlse2.fr ; sophie.chevalier7@wanadoo.fr

      Les auteur-e-s dont les propositions auront été sélectionnées (réponse des coordinateurs le 31 octobre 2014) devront remettre leur article avant le 1er mars 2015.

      Bibliographie

      BERTHOZ Alain, 2007. Le sens du mouvement. Paris, Odile Jacob.

      BLOCH Maurice, 2013. L’anthropologie et le défi cognitif. Paris, Odile Jacob.

      DOWNEY Greg, 2005. Learning Capoeira. Lessons in Cunning from an Afro-Brazilian Art. New York / Oxford, Oxford University Press.

      DOWNEY Greg, LENDE Daniel H. (dir.), 2013. The Encultured Brain. An Introduction to Neuroanthropology. Cambridge, MIT Press.

      HARRIS, Mark (dir.), 2007. Ways of Knowing. New Approaches in the Anthropology of Knowledge and Learning. New York / Oxford, Berghahn Books.

      HERTZ Robert, 1909. « La prééminence de la main droite : étude sur la polarité religieuse », Revue philosophique de la France et de l’étranger, 68 : 553-580. Réédité dans HERTZ Robert, 1928. Sociologie religieuse et folklore. Paris, Alcan : 99-129 (en ligne), http://classiques.uqac.ca/classiques/hertz_robert/socio_religieuse_folklore/socio_religieuse_.html (page consultée le 28 juillet 2014).

      INGOLD Tim, 2000. The Perception of Environment. Essays on Livelihood, Dwelling and Skill. Londres, Routledge.

      INGOLD Tim, 2011. « Ways of mind-walking : Reading, writing, painting », in INGOLD Tim, Being Alive. Essays on Movement, Knowledge and Description. Londres, Routledge : 196-209.

      JACOB Christian (dir.), 2010. Lieux de savoirs. Vol. 2 : Les mains de l’intellect. Paris, Albin Michel.

      JOUSSE Marcel, 1969. L’anthropologie du geste. Paris, Les Editions Resma.

      LEROI-GOURHAN André, 1964. Le geste et la parole. Paris, Albin Michel, 2 tomes.

      MARCHAND Trevor (dir.), 2010. Making Knowledge. Explorations of the Indissoluble Relation between Mind, Body and Environment. Londres, Wiley-Blackwell « Journal of the Royal Anthropological Institute Book Series ».

      SENNETT Richard, 2010 (2008). Ce que sait la main. La culture de l’artisanat. Paris, Albin Michel.

      TAUSSIG Michael, 2011, I Swear I Saw This. Drawings in Fieldwork Notebooks, Namely my Own. Chicago, Chicago University Press.

      VALERY, Paul, 1957 (1938). « Discours aux chirurgiens », in Œuvres 1. Paris, Gallimard « La Pléiade » : 918-919.

    Ethnologie et (ethno)mathématiques

    (Information publiée le mercredi 21 août 2013)

      Des raisonnements ou des formes mathématiques sont au cœur de nombreuses pratiques sociales, qu’elles soient religieuses, ludiques, techniques, économiques, artistiques. Qu’il s’agisse de la réalisation de frises ou de pavages ornementaux, de tissage ou de jeux de ficelle, ou encore de certaines procédures de divination, des dimensions mathématiques structurent ces activités ou ces productions. Quels sont les liens entre pratiques culturelles et mathématiques ? C’est à cette question, prise dans une perspective large, que voudrait répondre la revue ethnographiques.org à travers le présent appel à contribution.

      Dès la fin du XIXe siècle, des ethnologues travaillant dans des sociétés de tradition orale se sont intéressés à des activités qui impliquent de compter, de calculer, de mesurer, ou de mettre en œuvre des successions ordonnées d’opérations ou des connaissances liées à la géométrie (Tylor, 1871  ; Haddon & Rivers, 1902 ; Deacon, 1934 ; Raum, 1938). Ces premiers travaux en ethnologie ont été utilisés très tôt par quelques mathématiciens pour nourrir leur réflexion sur la numération ou le caractère mathématique de certaines activités (Conant, 1896 ; Ball, 1911). A partir de la seconde moitié du XXe siècle, un certain nombre d’outils mathématiques ont été appliqués au traitement de données ethnographiques, principalement pour modéliser des systèmes de parenté (Weil, 1949 ; Courrège, 1965), ou des activités gestuelles "traditionnelles" souvent catégorisées, par les ethnologues (voire par les praticiens eux-mêmes), comme techniques ou ludiques (Grünbaum & Shephard, 1980 ; Storer, 1988). Par la suite de nouvelles approches privilégiant la question des liens entre pratiques mathématiques et contextes culturels ont émergé, sous la forme d’un intérêt renouvelé pour l’étude ethnologique ou anthropologique de systèmes de numération et de mesure, ou d’activités à caractère géométrique et algorithmique (Mimica, 1988 ; Wateau, 2001 ; Urton, 2003 ; Pica et Lecomte, 2008 ; Dehouve, 2011 ; MacKenzie, 1991 ; Desrosiers, 2012), ou au travers de recherches relatives à l’enseignement des mathématiques (Chevallard, 1999 ; Knijnik, 2007,…). La façon dont les mathématiques sont conceptualisées et pratiquées, dont les savoirs mathématiques sont construits, enseignés, acquis ou mis en œuvre dans des sociétés occidentales (au quotidien, dans les écoles ou les laboratoires de recherche...) commence à être plus largement interrogée également (Núñez, 2009 ; Giardino, 2013). Enfin, ces dernières décennies ont aussi vu la constitution d’un nouveau champ interdisciplinaire, l’ethnomathématique, qui se propose d’étudier les variations culturelles dans le domaine des mathématiques (D’Ambrosio, 1985 ; Ascher, 1991 ; Gerdes, 1995). Plusieurs outils conceptuels et méthodologiques destinés à rendre compte de la rationalité mathématique manifestée dans des activités à caractère algorithmique, géométrique ou arithmétique (jeux de pions, dessins sur le sable, tressage de vanneries, etc.) ont été développés au sein de ce champ. Il s’agit ainsi, grâce à des ethnographies, de mieux identifier les savoirs impliqués dans des pratiques qui semblent présenter un caractère mathématique (Vellard, 1988 ; Eglash, 1999 ; Chemillier, 2007 ; Chemillier, Jacquet, Randrianary & Zabalia, 2007 ; Vandendriessche, 2007).

      Ce dossier entend présenter des travaux de chercheurs (ethnologues, anthropologues, sociologues, ethnomathématiciens, etc.) s’intéressant à des pratiques sociales ou des artefacts qui impliquent la mise en œuvre d’une numération, d’une arithmétique, d’une géométrie, de procédures ou d’algorithmes, et plus généralement de concepts ou de savoirs mathématiques.

      A titre d’exemples, les contributions attendues peuvent :

      - décrire les dimensions mathématiques de pratiques ou d’artefacts ;

      - montrer comment ces pratiques "à caractère mathématique" s’inscrivent dans des systèmes culturels (symboliques, technologiques, cosmologiques, ontologiques, rituels...) particuliers ;

      - analyser les discours et les représentations des acteurs impliqués dans ces pratiques ;

      - mettre en évidence non seulement des singularités culturelles (dans les usages et représentations des nombres, etc...), mais aussi d’éventuels invariants de la pratique (ou de la cognition) mathématique ;

      - interroger les apports heuristiques des outils et concepts mathématiques dans le champ des sciences humaines, ou réciproquement, questionner l’intérêt des travaux ethnographiques dans la compréhension de la rationalité ou des processus cognitifs associés à l’activité mathématique.

      D’autres approches fondées sur l’analyse de données ethnographiques (ou proposant une réflexion sur la démarche ethnographique) pourront bien sûr être adoptées.

      Enfin, ethnographiques.org offrant toutes les potentialités d’une revue en ligne, les auteur-e-s seront invité-e-s à proposer également des matériaux visuels ou sonores susceptibles de structurer ou d’accompagner leur article et à même d’en favoriser la lecture.

      Les propositions de contribution (1 page maximum et la bibliographie) sont attendues au plus tard le 30 septembre 2013. Ces propositions doivent être envoyées, avec la mention « Ethnologie et (ethno)mathématiques » (en objet du message), aux destinataires suivants : eric.vandendriessche@univ-paris-diderot.fr, celine.petit@univ-paris-diderot.fr, alexandre.lambelet@unil.ch
      Les auteur-e-s dont les propositions auront été sélectionnées devront remettre leur(s) article(s) avant le 15 janvier 2014

      Télécharger la version PDF de l’appel à contribution.

      Bibliographie :

      ASCHER M., 1991. Ethnomathematics : A multicultural view of mathematical ideas. Pacific Grove, Brooks and Cole Publishing Company.

      D’AMBROSIO U., 1985. « Ethnomathematics and its place in the history and pedagogy of mathematics », For the Learning of Mathematics, 5(1) : 44-48.

      BALL W., 1911. Mathematical Recreations and Essays (fifth edition ed.). London, Macmillan and Co.

      CHEMILLIER M., 2007. Les mathématiques naturelles, Paris, Odile Jacob.

      CHEMILLIER M., JACQUET D., RANDRIANARY V., ZABALIA M., 2007. « Aspects mathématiques et cognitifs de la divination sikidy à Madagascar », L’Homme, 182 : 7-40.

      CHEVALLARD Y., 1999. « L’analyse des pratiques enseignantes en théorie anthropologique du didactique ». Recherches en Didactique des Mathématiques, 19(2) : 221-266.

      CONANT L., 1896. The Number Concept. New York/London, MacMillan & Co.

      COURREGE P., 1965. « Un modèle mathématique des structures élémentaires de la parenté ». L’Homme, 5(3-4) : 248-290.

      DEACON A. & WEDGWOOD C., 1934. « Geometrical Drawings from Malekula and other Islands of New Hebrides », Journal of the Royal Anthropological Institute, 64 : 129-175.

      DEHOUVE D., 2011. L’imaginaire des nombres chez les anciens Mexicains. Rennes, Presses Universitaires de Rennes.

      DESROSIERS S., 2012. « Le textile structurel : exemples andins dans la très longue durée », Techniques et culture, 58(2) : 82-103.

      EGLASH R., 1999. African fractals. Modern computing and indigenous design. Rutgers University Press.

      GERDES P., 1995. Une tradition géométrique en Afrique. Les dessins sur le sable (tomes 1 et 2). Paris, L’Harmattan.

      GIARDINO V., 2013. « A Practice-Based Approach to Diagrams », in Amirouche Moktefi et Sun-Joo Shin (dir.). Visual Reasoning with Diagrams. Springer, Birkhauser.

      GRUENBAUM B. et SHEPHARD G., 1980. « Satins and Twills : An Introduction to the Geometry of Fabrics. A mathematical investigation into patterns of weaving reveals subtle problems in combinatorics and geometry », Mathematics Magazine, 53(3) : 139-161.

      HADDON A. et RIVERS W., 1902. « A Method of Recording String Figures and Tricks », Man, 2 : 146-149.

      KNIJNIK G., 2007. « Mathematics education and the Brazilian Landless Movement : three different mathematics in the context of the struggle for social justice », Philosophy of Mathematics Education Journal, 21(1) : 1-18.

      MACKENZIE M., 1991. Androgynous Objects : String Bags and Gender in Central New Guinea. Hardwood Academic.

      MIMICA J., 1988. Intimitions to infinity. The Mythopoeia of the Iqwaye counting system and Number. Oxford/New York/Hambourg, Berg.

      NUNEZ R., 2009. « Gesture, Abstraction, and the Embodied Nature of Mathematics », in Roth W-M. (ed.). Mathematical Representation at the Interface of Body and Culture. Charlotte, IAP-Information Age Publishing : 309-328.

      PICA P. et LECOMTE A. 2008. « Theoretical Implications of the Study of Numbers and Numerals in Mundurucu », Philosophical Psychology, 21 : 507-522.

      RAUM O., 1938. Arithmetic in Africa. Londres, Evans Brothers.

      STORER T., 1988. « String Figures », Bulletin of the String Figures Association., vol. 1.

      TYLOR E., 1871. The Art of Counting,Primitive Culture : Researches Into the Development of Mythology, Philosophy, Religion, Languages, Art and Customs (Vol. 1, chap. VII). London, John Murray Albemarle Street : 239-272.

      URTON G., 2003. Signs of the Inka Khipu : Binary Coding in the Andean Knotted-String Records. Austin, University of Texas Press.

      VANDENDRIESSCHE E., 2007. « Les jeux de ficelle : une activité mathématique dans certaines sociétés "traditionnelles” », Revue d’Histoire des Mathématiques, 13 : 7-84.

      VELLARD D., 1988. « Anthropologie et sciences cognitives : une étude des procédures de calcul mental utilisées par une population analphabète », Intellectica, 2 : 169-209.

      WATEAU F., 2001. « Objet et Ordre Social. D’une canne de roseau à mesurer l’eau aux principes de fonctionnement d’une société rurale », Terrain, 37 : 153-161.

      WEIL A., 1949. Appendice aux Structures élémentaires de la parenté de Claude Lévi-Strauss (chap. xiv). Paris, Presses universitaires de France.

    L’anthropologie face aux ruptures

    (Information publiée le jeudi 14 février 2013)

      L’anthropologie s’est principalement attachée à saisir la vie sociale sous l’angle de la régularité de son organisation, de ses normes et de ses structures, délaissant quelque peu ce qui relève de la contingence, de l’altération, de la disjonction et de la singularité. Les questions du changement, du mouvement, voire du désordre (Balandier, 1988) ne sont bien sûr pas absentes du débat anthropologique, mais elles sont restées le plus souvent subordonnées à la structure (dans le sens anglo-saxon et marxiste du terme) et prises dans une dualité qui perçoit avant tout l’équilibre des forces traversant des espaces sociaux en recherche d’« harmonie ». Ainsi, face aux événements qui marquent l’histoire des sociétés ou des individus, les sciences sociales se sont davantage attachées à mettre en évidence le passage vers un nouvel état de « stabilité », plutôt que d’analyser de près les ruptures qui s’ébauchent.

      Ce dossier propose de faire porter la réflexion sur les individus ou les groupes pris dans des événements radicaux qui modifient profondément et irréversiblement leurs vies. Plus particulièrement, nous souhaitons interroger ce qui change dans la rupture, en se focalisant sur ceux qui vivent et doivent faire avec l’événement. Les existences marquées par une rupture favorisent-elles d’autres pensées du monde, d’autres manières d’y être ? Que se formule-t-il dans les espaces altérés du monde ? Et que peut apporter la considération de ces vies à la connaissance anthropologique et à l’analyse du changement social ?

      Le propre des événements radicaux est de projeter les individus à la fois dans et hors la société : en dedans, via les mécanismes de captation de l’événement par les catégories sociales préexistantes en charge de donner du sens (Sahlins, 1989 ; Bensa et Fassin, 2002 ; Delécraz et Durusel, 2007), et en dehors, l’événement radical entraînant un déplacement ontologique et social irrémédiable d’individus ou de groupes qui doivent se repenser dans l’après de l’événement (Glowczewski et Soucaille, 2011 ; voir les approches philosophiques différentes de Romano, 1998 et de Malabou, 2007 et 2009). Plus qu’à la gestion sociale d’un événement (voir par exemple Oliver-Smith et Hoffman, 2002 ; Revet, 2007) ou qu’à une saisie de la contingence comme une caractéristique même de la stabilité (Scubla, 1993), il s’agira de mettre en évidence les propositions des individus, quelles que soient leurs formes (artistique, pratique, organisationnelle, religieuse, etc.), qui surgissent dans la dynamique même de l’événement et de la rupture.

      L’événement radical a en effet cette particularité d’être un point de disjonction à partir duquel la vie se trouve redéfinie. C’est un événement qui se répercute dans un temps long, se poursuit parfois sur plusieurs générations, un événement qui ne s’efface pas. D’où l’attention que nous souhaitons voir portée sur ce temps de l’après, à la fois sur ce qui se reconfigure dans l’après et sur la présence de l’événement dans le quotidien (Das, 1996 et 2007 ; Chatterji et Mehta, 2007). Nous serons également particulièrement sensibles aux contributions qui prêteront attention à la réflexivité des acteurs, aux processus de subjectivation et aux créations que génèrent les expériences de bouleversement radical : émergence de nouveaux liens, de nouvelles manières d’être ensemble, de nouveaux modes relationnels, de nouveaux rapports au monde, voire de nouvelles pensées du monde.

      Il s’agira ainsi de rendre compte de la capacité de vie et d’action des individus et des groupes pris dans des situations de rupture, et de leur capacité de création sociale. Et de tenir ensemble les expériences individuelles et leurs effets potentiels sur la société, afin de saisir en retour les répercussions que des événements individuels ou collectifs peuvent avoir sur les épistémès (tout autant les cadres d’interprétation d’une société que les modes de penser le social).

      Le numéro est ouvert à des contributions concernant des ruptures aussi bien individuelles que collectives, dans différents contextes et dans différentes régions du monde, qu’il s’agisse de ruptures contemporaines ou inscrites dans le passé. Outre l’analyse des reconfigurations que ces événements entraînent dans les rapports à soi et à la société, et l’analyse des processus qui les sous-tendent, l’objectif de ce numéro est aussi de proposer des outils conceptuels pouvant soutenir l’élaboration d’une connaissance anthropologique des phénomènes de ruptures, et de questionner, à partir de ces phénomènes, notre approche du social.

      Les propositions, de 700 mots minimum, sont à envoyer avant le 30 mars 2013 conjointement à Fabienne Martin (fabmartin92@hotmail.com), Alexandre Soucaille (asoucaille@free.fr) et Laurent Amiotte-Suchet (laurent.amiotte-suchet@unil.ch). Pour les propositions retenues, les articles finalisés devront nous parvenir avant le 31 juillet 2013. Les articles seront soumis à une double relecture (interne et externe). Le numéro paraitra en 2014.

      Télécharger la version PDF de l’appel à contribution.


      Bibliographie indicative

      AGAMBEN Giorgio, 1999. Ce qui reste d’Auschwitz. Archive et témoignage. Homo sacer III. Paris, Payot et Rivages.

      BALANDIER George, 1988. Le désordre, éloge du mouvement. Paris, Fayard.

      BENSA Alban et FASSIN Éric (dir.), 2002. « Qu’est-ce qu’un événement ? », Terrain, 38, pp. 5-112.

      BESSIN Marc, BIDART Claire et GROSSETTI Michel (dir.), 2010. Bifurcations. Les sciences sociales face aux ruptures et à l’événement. Paris, La Découverte.

      BRUNER M. Edward et TURNER W. Victor (eds), 1986. The Anthropology of Experience. Urbana and Chicago, University of Illinois Press.

      CHATTERJI Roma et MEHTA Deepak (eds), 2007. Living with Violence. An Anthropology of Events and Everyday Life. New Delhi, Routledge.

      CHEVALIER Sophie, 2005. « De la modernité du projet anthropologique : Marshall Sahlins, l’histoire dialectique et la raison culturelle », ethnographiques.org, 8 [en ligne].

      DAS Veena, 1996. Critical Events. An Anthropological Perspective on Contemporary India. New Delhi, Oxford University Press.

      DAS Veena, 2007. Life and Words. Violence and the descent into the ordinary. Berkeley, Los Angeles, London, University of California Press.

      DELECRAZ Christian et DURUSSEL Laurie (dir.), 2007. Scénario catastrophe. Genève, Infolio/Musée d’Ethnographie de Genève.

      GLOWCZEWSKI Barbara et SOUCAILLE Alexandre (dir.), 2011. Désastres. Paris, L’Herne, coll. Cahiers d’anthropologie sociale (7).

      GROSSETTI Michel, 2004. Sociologie de l’imprévisible. Dynamiques de l’activité et des formes sociales. Paris, PUF.

      KOSELLECK Reinhart, 1990. Le futur passé. Contribution à la sémantique des temps historiques. Paris, Éditions de l’EHESS.

      MALABOU Catherine, 2007, Les nouveaux blessés. De Freud à la neurologie, penser les traumatismes contemporains. Paris, Bayard.

      MALABOU Catherine, 2009. Ontologie de l’accident. Essai sur la plasticité destructrice. Paris, Édition Léo Scheer.

      OLIVER-SMITH Anthony et HOFFMAN Susanna (eds), 2002. Catastrophe and Culture. The Anthropology of Disaster. Santa Fe, School of American Research Press/Oxford, James Currey.

      PETIT Jean-Luc (dir.), 1991. L’événement en perspective. Paris, Éditions de l’EHESS, coll. Raisons pratiques (2).

      QUERE Louis, 2006. « Entre fait et sens. La dualité de l’événement », Réseaux, 139, pp. 186-207.

      REVET Sandrine, 2007. Anthropologie d’une catastrophe. Les coulées de boue de 1999 au Venezuela. Paris, Presses de la Sorbonne Nouvelle.

      ROMANO Claude, 1998, L’événement et le monde. Paris, PUF, coll. Épiméthée.

      SAHLINS Marshall, 1989a. Des îles dans l’histoire. Paris, Gallimard/Seuil-Hautes Études.

      SAHLINS Marshall, 1989b. « Post-structuralisme, anthropologie et histoire. Entretien réalisé par André-Marcel d’Ans », L’ethnographie, Tome LXXXV (1), 105, pp. 9-34.

      SCUBLA Lucien, 1993. « Vers une anthropologie morphogénétique : violence fondatrice et théorie des singularités », Le débat, 77, pp. 102-120.

      ZOURABICHVILI François, 1994. Deleuze. Une philosophie de l’événement. Paris, PUF.