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  • Numéro 33 - Retours aux rituels
  • Revenir. Quêtes, enquêtes et retrouvailles

    (Information publiée le mardi 2 mai 2017)

      Revenir. Quêtes, enquêtes et retrouvailles

      Appel à propositions de la revue ethnographiques.org

      Date limite de soumission : 28 juin 2017

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      Certains voyages, dont les destinations sont investies de charges affectives fortes, prennent des formes singulières. Ce numéro thématique d’ethnographiques.org est consacré aux déplacements temporaires et volontaires revendiqués et vécus comme des « retrouvailles » avec des endroits considérés comme ceux des origines familiales ou nationales, souvent qualifiés par les acteurs eux-mêmes de « recherche de racines », « quête des origines » ou encore « retour aux sources ». Ce « retour » implique la recherche d’un lien possiblement distendu, voire rompu. Il repose souvent sur une enquête préalable et sur la quête active, qui peut être déçue, d’une reconnexion ou d’une (re)familiarisation avec des langues entendues, des aliments goûtés, des personnes, des paysages et des sites patrimoniaux (re)découverts. Par quelles logiques, quelles justifications, quels récits, ces déplacements sont-ils portés ? Comment quêtes et enquêtes s’articulent-elles dans ce genre de démarches ?

      Ces voyages ont reçu une attention croissante depuis la dernière décennie du XXe siècle. Les « mythes du retour » (Cohen et Gold 1997) nourris par les émigrés qui entretiennent « l’illusion » d’une installation qui ne serait que « provisoire » (Sayad 2006), « l’amour de la terre ancestrale » et la « mémoire de l’exil » transmis souvent sur plusieurs générations (Bordes-Benayoun et Schnapper 2008, Hovanessian 2006) ont été largement documentés par la littérature consacrée aux migrations et aux diasporas. Les « retours » ont été appréhendés comme des pratiques par lesquelles sont entretenus et reproduits les sentiments d’appartenance (Legrand 2002, Leite 2005, Gourcy 2007, 2010, Bidet et Wagner 2012, Katić 2014, Tsimouris 2014) mais qu’ils peuvent également remettre en question (Louie 2000, 2001, Razy 2006, Tsuda 2009).

      Nous entendons interroger les différentes formes que peuvent prendre ces voyages, en réfléchissant en particulier aux liens et aux articulations entre « retours », quêtes et enquêtes. L’intention première des contributions rassemblées dans ce dossier est de considérer ces voyages en tant qu’ils sont sous-tendus par une démarche de recherche. Par le recueil de témoignages, par des plongées dans les archives, par la quête d’indices, de traces et de pistes, la préparation au voyage et le voyage lui-même s’apparentent volontiers à des enquêtes. Celles-ci s’inscrivent souvent dans le cadre d’une quête personnelle qui constitue la raison d’être du voyage. Qu’il s’agisse de personnes revenant sur leurs pas ou, au contraire, traçant leurs premières empreintes sur des lieux jusqu’alors connus au mieux par des récits transmis au sein de la famille ou d’une communauté, ou parfois même totalement inconnus, car tus ou passés sous silence, quêtes et enquêtes constituent leur dénominateur commun.

      L’importance du processus de recherche tient à trois éléments qui constituent autant d’axes de réflexion que pourront adopter les contributions : d’abord, en quoi la quête de quelque chose qui est ressenti comme « perdu » constitue la raison même de ces voyages « retour » ; ensuite, comment les pratiques d’enquête et de quête modèlent la préparation, le déroulement du voyage, ses séquences temporelles et son déploiement dans l’espace ; et enfin, en quoi l’expérience vécue est leur trait distinctif.

      Quels « retours », quelles retrouvailles ?

      La notion de « retour » prend des sens différents en fonction des manières dont ces voyages sont pensés, des situations de ceux qui les effectuent et de leurs pratiques mémorielles. Les auteurs pourront examiner comment ces cadrages opèrent au regard des liens des voyageurs avec les endroits « (re)visités » et selon que l’idée d’un « retour » s’impose dans des discours officiels qui présentent ou non comme un impératif moral la visite du lieu des origines. Les façons dont les recherches afférentes au « retour » s’effectuent, et comment les pratiques de quête font écho ou entrent en dissonance avec des discours et programmes officiels sont aussi des éléments pouvant être interrogés. De nombreuses configurations de retrouvailles sont possibles : celles de migrants revenant dans des lieux où ils ont vécu ; celles de généalogistes en quête de leurs lointains ancêtres ; celles de descendants d’émigrés sans attaches directes qui souhaitent découvrir la terre d’origine de leur famille…

      Retour, quête et enquête

      Marie-Blanche Fourcade a montré qu’au-delà des contextes singuliers et des modalités diverses des voyages, ceux-ci présentent « un cheminement commun ponctué de séquences récurrentes » (2010 : 6). Les contributions à ce dossier pourraient développer plus en avant ce point en l’élargissant à l’ensemble des rencontres effectuées par les voyageurs, non seulement avec des personnes, mais aussi avec des objets, des sites, des sensations. Dans de nombreux cas, les voyageurs procèdent selon un paradigme indiciaire (Ginzburg 1980), commençant à accumuler dès avant le voyage des traces, des pistes, des indices souvent ténus qui nourrissent leur quête. C’est à partir de descriptions ethnographiques fines des divers moments et facettes de ces « retours » ainsi que de leurs mises en récits par les voyageurs que l’on devrait pouvoir mettre à jour comment les processus d’enquête et de découverte forgent l’expérience du voyage lui-même.

      L’expérience du retour

      Un dernier axe concerne la dimension vécue du voyage « retour », envisageant ainsi le voyage dans sa dimension « expérientielle » (Cohen 1979, Aziz 1987, Holmes-Rodman 2004). Qu’implique par exemple le fait de « revenir » sur des lieux jamais visités auparavant ? Les expériences des voyageurs confrontés à ce qui relevait jusqu’alors du souvenir ou de l’imaginaire pourraient être restituées et interrogées. Guidé par le principe paradoxal d’une re-familiarisation avec l’inconnu (Trémon 2016), le voyage peut générer l’impression d’être à nouveau chez soi, mais il peut aussi faire surgir la conscience d’y être (devenu) un étranger. Le retour peut même se transformer en une expérience traumatisante si le lieu de la quête n’existe pas, est devenu autre, a été détruit ou spolié. Entre familiarité et étrangeté, entre retrouvailles heureuses et illusions perdues, quelles sont alors les « conditions de félicité » (Goffman 1986) des voyages de retour ? Les textes pourront aborder les tensions latentes ou tangibles de ces situations, et les manières dont elles peuvent conduire à une négociation de positions médianes.

      Les contributions d’auteurs ayant pris part à ces déplacements et cheminé aux côtés de celles et ceux qui « retournent » seront particulièrement bienvenues. Les analyses pourront également être basées sur les témoignages de ceux qui ont pratiqué ce type de voyages. En outre, les contributions construites avec ou autour de matériaux visuels et/ou sonores (images, photos, extraits de films) seront particulièrement encouragées.

      Calendrier

      Les propositions de contributions (2 pages maximum, comprenant une bibliographie indicative) sont attendues au plus tard le 28 juin 2017. Elles doivent être envoyées, avec la mention « Revenir » (en objet du message), à la rédaction ainsi qu’aux rédacteurs de l’appel :
      redaction@ethnographiques.org ; michael.busset@unil.ch ; gregoire.mayor@ne.ch ; anne-christine.tremon@unil.ch

      Une réponse sera donnée avant le 15 juillet 2017.
      Les textes doivent être remis pour fin octobre 2017. Ils seront relus par le comité de rédaction ainsi que par des évaluateurs externes. La version définitive devra être remise en mars 2018 pour une publication dans le numéro 37, à l’automne 2018.

      Références bibliographiques

      AZIZ Barbara Nimri, 1987. « Personal Dimensions of the Sacred Journey : What Pilgrims Say », Religious Studies, 23 (2), p. 247-61.

      BIDET Jennifer et WAGNER Lauren, 2012. « Vacances au bled et appartenances diasporiques des descendants d’immigrés algériens et marocains en France », Tracés. Revue de Sciences humaines, 23 (en ligne), https://traces.revues.org/5554, DOI : 10.4000/traces.5554, (mis en ligne le 19 novembre 2014).

      BORDES-BENAYOUN Chantal et SCHNAPPER Dominique, 2008. Les mots des diasporas. Toulouse, Presses Universitaires du Mirail.

      COHEN Erik, 1979. « A Phenomonology of Tourist Experiences », Sociology, 13 (2), p. 179-201.

      COHEN Rina et GOLD Gerald, 1997. « Constructing Ethnicity : Myth of Return and Modes of Exclusion among Israelis in Toronto », International Migration, 35, p. 373-94.

      FOURCADE Marie-Blanche, 2010. « Tourisme des racines. Expériences du retour », Téoros, 29 (1), p. 3-7.

      GINZBURG Carlo, 1980. « Signes, traces, pistes. Racines d’un paradigme de l’indice », Le Débat, 6, p. 3-44.

      GOFFMAN Erving, 1986. « La condition de félicité — 1 », Actes de la recherche en sciences sociales, 64, p. 63-78.

      GOURCY Constance (de), 2007. « Le retour au prisme de ses détours ou comment réintroduire de la proximité dans l’éloignement », Revue européenne des migrations internationales, vol. 23 (2).

      GOURCY Constance (de), 2010. « Revenir sur les lieux de l’origine. De la quête des “racines aux épreuves du retour », Ethnologie française, vol. XL (2), p. 349-356.

      HOLMES-RODMAN Paula Elizabeth, 2004. « ‘They Told What Happened on the Road’ : Narrative and the Construction of Experiental Knowledge on the Pilgrimage to Chimayo, New Mexico », in BADONE Ellen et ROSEMAN Sharon R. (eds.), Intersecting Journeys. The Anthropology of Pilgrimage and Tourism. Urbana, University of Illinois Press, p. 24-51.

      HOVANESSIAN Martine, 2006. « Exil et catastrophe arménienne : le difficile travail de deuil », in Berthomière William et Chivallon Christine (éd.), Les diasporas dans le monde contemporain, Paris, Karthala - Pessac, Maison des sciences de l’homme d’Aquitaine, p. 227-234.

      KATIĆ Mario, 2014. « From the Chapel on the Hill to National Shrine : Creating a Pilgrimage ‘Home’ for Bosnian Croats », in Eade J. et Katić M. (eds), Pilgrimage, Politics and Place-making in Eastern Europe. Crossing the Borders. Farnham, Burlington : Ashgate, p. 15-35.

      LEGRAND Caroline, 2002. « Du tourisme généalogique dans l’Irlande contemporaine », Revue de Synthèse, 123, p. 131-147.

      LEITE Naomi, 2005. « Travels to an Ancestral Past : On Diasporic Tourism, Embodied Memory, and Identity », Antropologicas, 9, p. 273-302.

      LOUIE Andrea, 2001. « Crafting Places through Mobility : Chinese American “Roots-Searching” in China », Identities, vol. 8, p. 343-379.

      LOUIE Andrea, 2000. « Re-territorializing transnationalism : Chinese Americans and the Chinese motherland », American Ethnologist, 27 (3), p. 645-669.

      RAZY Élodie, 2006. « De quelques “retours Soninké” aux différents âges de la vie. Circulations entre la France et le Mali », Journal des anthropologues, 106-107, p. 337-354.

      SAYAD Abdelmalek, 2006. L’immigration ou les paradoxes de l’altérité. 1. L’illusion du provisoire. Paris, Éditions Raisons d’agir.

      TRÉMON Anne-Christine, 2016. « Cheminer sur la trace des ancêtres. “Retour aux sources” et résurgences dans les visites aux villages d’origine de la diaspora chinoise ». Communication au colloque « Nathan Wachtel, anthropologie et histoire ». Musée du Quai Branly, 12 et 13 mai 2016, actes mis en ligne en septembre 2016, https://actesbranly.revues.org/726.

      TSIMOURIS Giorgos, 2014. « Pilgrimages to Gökçeada (Imvros), a Greco-Turkish Contested Place : Religious Tourism or a Way to Reclaim the Homeland », in Eade J. et Katić M. (eds), Pilgrimage, Politics and Place-making in Eastern Europe. Crossing the Borders. Farnham, Burlington : Ashgate, p. 37-55.

      TSUDA Takeyudi, 2009. Diasporic homecomings. Ethnic return migration in comparative perspective. Stanford, Stanford University Press.

    Jouer avec les animaux

    (Information publiée le mardi 21 mars 2017)

      Appel à propositions de la revue ethnographiques.org

      Date limite de soumission : 20 mai 2017

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      Si Johan Huizinga résumait la part essentielle du jeu dans l’activité humaine par la belle formule d’Homo ludens , il s’avère aussi que notre espèce n’a pas le monopole du jeu et que, de plus, les sociétés humaines mobilisent d’innombrables animaux dans une large palette d’activités ludiques. Il y a évidemment d’énormes différences entre lancer une balle à un chien et parier sur le résultat d’un combat de coqs, mais dans les deux cas, les êtres humains font des animaux concernés un ingrédient constitutif d’activités “ludiques”. À l’instar du « jeu d’enfer » de Clifford Geertz ou de « l’hippodrome de Constantinople » par Gilbert Dagron, l’anthropologie, la sociologie ou l’histoire comptent de remarquables études sur certains de ces jeux avec les animaux, mais l’exploration générale de cette thématique reste en deçà de la fréquence de ces situations ou interactions ludiques.
      Pour prendre la mesure de l’importance et de la diversité de cette thématique, nous proposons ci-dessous, après un bref préambule, une première catégorisation des jeux associant humains et animaux et relevons certaines directions d’analyse que pourraient développer les contributions de ce numéro.

      Les jeux comme dispositifs d’actions et de sens

      Avant d’entrer dans le détail des pratiques ludiques mobilisant des animaux, il convient de rappeler que la notion de jeu — pour décrire des actions humaines — est non seulement, comme toute notion, sujette à d’infinies variations terminologiques et sémantiques selon les langues et les époques (Huizinga, Caillois, Hamayon) mais qu’elle est aussi appliquée aux comportements de certains animaux. Or, quand on réalise les débats que suscite la qualification (ou non) de telle activité humaine comme jeu, il paraît raisonnable de garder quelque circonspection dans la reconnaissance du jeu chez l’animal. Car si, à l’instar du sens commun, les éthologistes mettent en avant certains indices comportementaux pour déceler la marque du jeu, c’est qu’en amont ils s’appuient sur une conception du jeu qui dérive de leur propre expérience.

      Dans un captivant mouvement d’allers-retours, le jeu humain sert en effet à identifier le jeu animal et, réciproquement, le comportement animal se révèle « bon à penser » le jeu. Depuis les chamanes sibériens « jouant » un combat entre cervidés ou les lutteurs mongols imitant le vol de l’aigle, jusqu’à nos parties de « petits chevaux » ou nos paris sur le jogo do bicho [jeu des bêtes] (loterie brésilienne), en passant par tous ces combats de coqs, de chiens ou de vaches où l’animal agit en place de l’homme, on assiste dans le jeu à de régulières animalisations/humanisations des acteurs humains ou animaux.

      De ce préambule émerge la règle de méthode ethnographique qui est de resituer, autant que possible, toute réflexion sur les jeux associant humains et animaux dans un entrecroisement de perspectives : quelles conceptions des jeux, des humains, des animaux se manifestent, et sont mises en pratique, lors d’une action que l’observateur et/ou certains acteurs situent dans le ludique ? L’approche anthropologique du jeu nécessite ainsi d’envisager dans un même mouvement l’action et le sens. Or on ne saurait trop insister sur le fait que dans le jeu, ou plutôt dans les jeux, l’action et le sens s’avèrent souvent multiples et fluctuants.

      Les principales formes de jeux avec des animaux

      Il paraît possible de rassembler la large diversité des jeux dans lesquels des êtres humains mobilisent des animaux sous quatre grandes catégories. Nous pourrions y rajouter le registre des « animaux » figurés si présents dans les jeux humains, en particulier enfantins.

      Nous caractérisons ci-dessous brièvement ces regroupements non pour enfermer l’analyse dans un cadre prédéfini mais pour souligner que certaines pratiques qui peuvent paraître anecdotiques ou exceptionnelles sur le terrain ne sont pas des faits isolés et s’inscrivent bien une perspective générale, et pour signifier aussi que le numéro pourrait accueillir des articles aux marges du jeu, en traitant par exemple des spectacles animaux dans les cirques.
      La première catégorie concerne les courses animales. À l’instar des courses hippiques, les plus connues en Occident, ces jeux se trouvent fréquemment “doublés” par une seconde forme ludique, le pari ; une infrastructure (hippodrome, cynodrome) et une organisation (officielle ou clandestine) peuvent alors accompagner leur institutionnalisation ludique. Ces courses donnent aussi souvent lieu à des parodies que ce soit par l’usage d’animaux peu adaptés à la vitesse (cochon, chèvre…) ou par le port de déguisements. Courses agonistiques par équipes, le bouzkachi d’Asie centrale et le pato argentin pourraient également être rattachés à cette catégorie.

      Les luttes et combats forment une seconde variété de jeu animal. Cette seconde catégorie de jeux tire parti de la propension qu’ont un nombre restreint d’espèces à s’affronter sous l’effet d’une agressivité “naturelle”, du sens hiérarchique ou du stress. Les oiseaux (coqs, cailles), insectes (scarabées, grillons), mammifères (chiens, chameaux, bovidés), ou poissons (combattants) ainsi opposés donnent également lieu à des enjeux (entre propriétaires) ou à des paris (entre spectateurs). Relèvent aussi de cette catégorie les affrontements interspécifiques dont les tauromachies et le « bull riding » des rodéos. Enfin, à l’exemple de l’anglais où la chasse a longtemps été un « sport » après un « game » (un gibier, second sens du mot après celui de « jeu »), la cynégétique peut être vécue comme un « jeu avec l’animal ». Ces pratiques mettent évidemment en scène une opposition et une certaine violence, mais la prégnance de cette dernière se doit d’être évaluée en fonction de chaque contexte culturel jusque dans les polémiques qui opposent les amateurs à ceux qui se veulent les défenseurs de la cause animale.

      Concours et spectacles animaliers, dont le mécanisme ludique ne repose ni sur la course ni sur le combat, peuvent être réunis dans une troisième catégorie. De nombreuses monstrations animales traditionnelles (spectacles circassiens, danses d’ours ou de serpent, tirages de cartes astrologiques par des perruches en Inde), au même titre que les nouveaux concours de dressage (agility, broussaillage), les concours canins et autres concours de beauté méritent en effet d’être considérés sous l’angle du jeu. Cette catégorie tire globalement sa pertinence du fait que les spectateurs projettent, ou identifient, “du” jeu dans un certain comportement animal (qui peut ou non résulter d’un dressage ou d’une manipulation de l’animal à l’exemple des éléphants peintres de Thaïlande) ou encore admirent la capacité du dompteur à contrôler ses tigres et ses lions comme si ces bêtes “féroces” n’étaient que jouets en peluche.

      La quatrième catégorie regroupe probablement la plus grande quantité de formes ludiques mais s’avère aussi la plus indéterminée. C’est aussi celle où le jeu semble généralement (mais pas nécessairement) le plus équitablement distribué entre partenaires humains et animaux. Comme il concerne essentiellement des amusements partagés avec des animaux dits familiers, on pourrait attacher à cette catégorie le nom de jeux familiers. Lancer une balle à un chien, agiter une pelote de laine sous le museau d’un chaton, divertir un cobaye, apprendre quelques mots à un perroquet du Gabon. Autant d’interactions qui, effectuées dans une attitude ludique, favorisent une relation particulière entre l’humain et l’animal.

      Grandes thématiques anthropologiques et contributions attendues

      La diversité de ces pratiques ludiques avec des animaux donne l’occasion d’aborder de nombreuses thématiques d’anthropologie générale.
      Tout d’abord, les jeux avec les animaux constituent autant de mondes sociaux qui s’organisent avec et autour des animaux : d’une part, on peut imaginer des ethnographies qui proposent une vision générale de tous les acteurs impliqués par une pratique spécifique (propriétaires, jockeys, vétérinaires, journalistes, parieurs, spectateurs, opposants…), ainsi que des tensions et des synergies qui s’y expriment. D’autre part, des ethnographies de l’organisation sociale associée aux jeux des trois catégories décrites précédemment pourront constituer un objet d’observation primordial. Les clubs (hippiques, canins), les associations, les « sociétés d’encouragement » (pour l’amélioration de la race), les lieux et organisations de paris (PMU, bookmakers) sont indissociablement associés à la pratique de nombreux jeux animaux. Soumis à une législation, tolérés ou condamnés (pour l’époque contemporaine, en Angleterre depuis le Cruelty to Animals Act de 1835, et en France à partir de la loi Grammont de 1850), tous ces jeux entretiennent un double rapport à la règle : d’un côté, les conventions propres à chaque jeu, de l’autre, les prescriptions judiciaires régionales, nationales ou internationales. À cet égard, les éventuelles études sur les luttes menées contre certains jeux (corrida, course de lévriers) veilleront à mettre en avant les pratiques et discours des différents acteurs et groupes concernés.
      Enfin, l’attention aux différents acteurs sociaux pourra être étendue aux animaux eux-mêmes que ce soit dans la mise en légende de ceux-ci par les humains mais aussi dans leur propre individualité, leurs sociabilités et les interactions qu’ils développent avec les autres participants.

      La culture matérielle et les dispositifs techniques offrent également une porte d’entrée privilégiée. Depuis la balle qui « couine » à destination des chiens d’appartement jusqu’aux architectures élaborées des hippodromes, en passant par les éperons des coqs de combat, les objets manifestent l’investissement affectif, technique et économique que représentent les jeux avec les animaux. Cette approche pourrait inclure tout ce qui concerne l’entraînement, l’alimentation et la sélection des animaux.

      De manière plus large, la thématique invite à s’interroger sur l’historicité de ces pratiques : la diffusion de certains modèles ludiques (comme la corrida, le « turf » anglo-saxon, le « mushing » alaskien ou encore le combat de coqs depuis le Sud-est asiatique) à travers de grandes régions du monde suggère d’être particulièrement attentif à tous les phénomènes de circulation (que ce soient des formes ludiques ou sportives, des organisations, des hommes —par exemple les jockeys — des animaux).

      Au-delà de l’objet, le rapport de l’homme à l’animal relève de la notion de « patrimoine culturel immatériel » qui inclut officiellement les jeux et spectacles. Si toutes les contributions devraient aborder les pratiques et discours qui accompagnent ces jeux, certaines pourraient suivre dans le détail le cheminement d’une tentative de reconnaissance par l’UNESCO, le cas de la tauromachie en Europe est là très éclairant.

      Les auteur-e-s sont encouragés à présenter des matériaux multimedia, visuels et/ou sonores susceptibles de structurer ou d’accompagner leur article, voire à proposer une mise en forme originale de leur réflexion et de leurs données.

      Les propositions d’articles (2 pages maximum) devront être envoyées à Marie Berjon (redaction@ethnographiques.org), avec copie à Sophie Chevalier (sophie.chevalier7@wanadoo.fr) et à Thierry Wendling (thierry.wendling@ehess.fr) avant le 20 mai 2017 avec la mention « Ethnographiques – Jeux animaux » (en objet du message).

      Les propositions retenues seront signifiées début juin 2017 et les articles devront être livrés pour le 15 septembre 2017. Le numéro paraîtra au premier semestre 2018.

      Bibliographie indicative succincte

      ANTHROPOLOGIE ET SOCIETES. Liaisons animales. Volume 39, Numéro 1–2, 2015.

      AZOY G. Whitney., 1982. Buzkashi : game and power in Afghanistan. Philadelphie, University of Pensylvania.

      CAILLOIS Roger, 1958. Les jeux et les hommes. Paris, Gallimard.

      CASSIDY Rebecca, 2002. The Sport of Kings : Kinship, class and thoroughbred breeding in Newmarket. Cambridge : Cambridge University Press.

      CASSIDY Rebecca. 2007. Bon sang ne saurait mentir, Ethnologie française, vol. 37, 2.

      CASSIDY Rebecca, LOUSSOUARN Claire and A. Pisac (eds.) 2013. Qualitative Research in Gambling : Exploring the production and consumption of risk. London : Routledge.

      DAGRON Gilbert. 2011. L’hippodrome de Constantinople. Paris, Gallimard.

      DIGARD Jean-Pierre. 2001. Les Courses de chevaux en France : un jeu/spectacle à géographie variable, Études rurales, n° 157-158 : 95-106.

      DIGARD Jean-Pierre. 2003. Les animaux révélateurs des tensions politiques en République islamique d’Iran, Études rurales, n°165/166 : 123-131

      ETHNOLOGIE FRANCAISE. 2011. La diffusion des sports. 4.

      ETHNOZOOTECHNIE. 2008. Histoire des compétitions équestres et des courses, n°82, 198 pages.

      GEERTZ Clifford. 1980, Jeu d’enfer. Notes sur le combat de coqs balinais, Le Débat, n°7 : 86-146.

      GOODE David. 2007. Playing with my dog, Kate : an ethnomethodological study of canine-human interaction. West Lafayette, Purdue University Press.

      HAMAYON Roberte. 2012, Jouer. Etude anthropologique à partir d’exemples sibériens. Paris, La Découverte.

      HARAWAY Donna. 2008. When species meet. Minneapolis, Minnesota University Press.

      HUIZINGA Johan. 1938/1988, Homo ludens, essai sur la fonction sociale du jeu. Paris, Gallimard.

      MONTIGNY Anie. 1999. Ses jambes sont des ailes : le dressage de la chamelle de course, in JAMARD Jean-Luc, MONTIGNY Anie et François-René PICON (dir.) Dans le sillage des techniques, hommage à Robert Cresswell, Paris, L’Harmattan : 391-417.

      RENESSON Stéphane, GRIMAUD Emmanuel et Nicolas CESARD. 2012. Le scarabée conducteur. Le jeu de Kwaang, entre vibration et coopération, Terrain, n°58 : 94-107.

      SAUMADE Frédéric. 2008. Maçatl. Les transformations mexicaines des jeux taurins. Bordeaux, Presses universitaires de Bordeaux, coll. « Corps de l’esprit ».

      VAN GENNEP Arnold. 2015. Les jeux et les sports populaires de France, édité par Louis-Sébastien FOURNIER, Paris, Editions du CTHS.

      WENDLING Thierry, PLATTET Patrick, VATE Virginie. 2013. La prise du don. Jeux rituels et prix dans le Nord-Est sibérien. In Katia BUFFETRILLE et al. D’une anthropologie du chamanisme vers une anthropologie du croire. Paris, Etudes mongoles et sibériennes : 483-514.

    Vieillir en institution, vieillesses institutionnalisées.
    Nouvelles populations, nouveaux lieux, nouvelles pratiques

    (Information publiée le mardi 26 avril 2016)

      Appel à propositions de la revue ethnographiques.org

      Date limite de soumission : 15 juin 2016

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      S’il est admis aujourd’hui que l’on vit mieux et plus longtemps, la vieillesse, comme d’autres étapes de la vie n’est pas homogène, tant les déterminants tels que l’âge, le genre ou encore la classe peuvent se révéler être des catalyseurs d’un mauvais état de santé ou encore de désavantages sociaux (Fassin et al., 2000). Ce numéro thématique de la revue ethnographiques.org se propose de rassembler des contributions traitant du vieillissement en donnant une place aux pratiques émergentes, aux nouveaux lieux de vie et aux groupes sociaux revendiquant/nécessitant une approche particulière.

      « Vieillir en institution, vieillesses institutionnalisées » : sous ces termes nous entendons, d’une part les types d’établissements où certains groupes de personnes vieillissent, d’autre part les rôles qui leur seront dès lors attribués ainsi que les règles et les normes qui vont les régir. Nous souhaitons mettre l’accent ici sur les nouveaux lieux du vieillir et sur divers « collectifs », requérant le plus souvent un tiers dans l’accomplissement des nécessités quotidiennes. Certes, si certains établissements trouvent leur finalité même dans cette prise en charge spécialisée, d’autres moins préparés y sont confrontés, parfois malgré eux, et doivent s’y adapter. Il en est ainsi des structures pour personnes handicapées, des prisons, des couvents (Anchisi & al., 2016) et d’autres encore. Il importe aussi de saisir comment certaines communautés de fait ou de destin, établies ou provisoires, font avec les vieilles personnes qui les composent, comme les migrants ou les réfugiés par exemple. Il s’agirait également de donner place à ceux qui ne forment pas un collectif en tant que tel, mais qui sont définis collectivement par le non-lieu où ils vivent, comme les SDF, l’âge venant alors s’ajouter aux multiples dommages.

      Face à ces constructions sociales de vieillesses hétérogènes (Caradec, 2008), nous faisons l’hypothèse que les divers agents qui ont en charge les personnes âgées vont être actifs à les définir, les contrôler, les gouverner, les « faire vieillir » (Thomas, 2010). Reflet des politiques gérontologiques des années 80, « l’humanisation » des établissements et des pratiques marque un tournant (Cabirol, 1983  ; Mallon, 2001 et 2004). L’accent est mis sur le respect des trajectoires individuelles et le droit des personnes, principes que l’on repère dans la formule « le résident au centre ». Mais si cette assertion semble faire consensus, elle relève d’un discours à caractère performatif. L’éloignement de la logique asilaire des anciens hospices, notamment celle de l’« institution totale » de Goffman (1979), consisterait moins en une réduction des contraintes qu’en un déplacement vers les normes professionnelles actuelles (Anchisi & Debons, 2014  ; Rimbert, 2011), comme celles d’autonomie, de partenariat ou encore d’histoire ou de projet de vie, tout ceci sur fond de rapports entre les résidents, les professionnels et les familles qui seraient négociés (Gagnon, 1995  ; Lavoie & Guberman, 2009  ; Anchisi, 2014). Il importe donc de comprendre comment ces pratiques gérontologiques actuelles se traduisent et s’adaptent dans des lieux ou des espaces qui ne s’y prêtent pas ou avec des collectifs qui peuvent plus difficilement s’en emparer.

      La question de la prise en charge de la vieillesse et de la dépendance se pose aussi en regard de la diversité des contextes nationaux et culturels. La place et le statut des âgés, le niveau de développement de la prise en charge sanitaire, l’accessibilité aux services en regard des niveaux socio-économiques sont autant de données qui varient selon les États qui, à leur tour, redéfinissent les vieillesses. Si la baisse conjointe de la fécondité et de mortalité au niveau mondial provoque un phénomène de vieillissement global, d’importantes disparités existent. Les pays du Sud se trouvent confrontés à l’augmentation croissante du nombre de personnes âgées et à l’urgence de déployer des solutions pour répondre à ces mutations (Attias-Donfut et al., 1994  ; Antoine et Gollaz, 2010). Avec des niveaux de transition démographique inégalement amorcés, toutes les pays sont bel et bien confrontés à d’importants enjeux liés au vieillissement, avec parfois des systèmes de protection sociale encore fragiles ou émergents (Rayan, 2008). Partout, le recours au réseau d’entraide familial est indispensable pour pallier aux insuffisances des Etats (Zimmer et Dayton, 2005). L’immigration économique constitue alors une ressource possible. Les immigrantes care workers quittent ainsi leur pays pour venir au nord renforcer les équipes des soins et pouvoir en retour soutenir économiquement leurs proches âgés restés au sud. Si dans les pays du nord, des inégalités face au vieillissement sont réelles entre les migrants et les nationaux (Bolzmann et Vagni, 2015), dans les économies émergentes, la place et le statut de personnes âgées évoluent rapidement. Les logiques de solidarité familiales se trouvent ainsi mises à l’épreuve (Roth, 2010 ; Muehlebach, 2012  ; Nowik et Lecestre-Rollier, 2015).

      Sans cesse, de nouvelles pratiques émergent pour concilier les attentes de la gérontologie actuelle avec celles des nouveaux lieux du vieillir ou des nouvelles populations vieillissantes. « Nouvelles populations, nouveaux lieux, nouvelles pratiques », c’est donc autour de ces thèmes que nous aimerions ouvrir le débat dans ce numéro de la revue ethnographiques.org, en donnant place aux creux, aux interstices, aux zones floues révélant simultanément des pratiques normatives et informelles à l’égard des vieilles personnes et plus largement à leurs entours, reflets d’une place qui leur est accordée ou assignée.

      Les propositions d’articles (2 pages maximum) devront être envoyées à Laurent Amiotte-Suchet (laurent.amiotte-suchet@unil.ch) et Annick Anchisi (annick.anchisi@hesav.ch) avant le 15 juin 2016 avec la mention « Ethnographiques.org – Numéro vieillir » (en objet du message).

      La revue ethnographiques.org offrant toutes les potentialités d’une revue en ligne, les auteur-e-s sont encouragés à présenter des matériaux visuels ou sonores susceptibles de structurer ou d’accompagner leur article, voire même à proposer une mise en forme originale de leur réflexion et de leurs données.

      Les auteur-e-s dont les propositions auront été sélectionnées (réponse le 30 juin 2016) devront remettre leur article avant le 15 octobre 2016.


      Références des ouvrages cités

      ANCHISI Annick, AMIOTTE-SUCHET Laurent & TOFFEL Kevin, 2016. « Vieillir au couvent. Stratégies des congrégations et paradoxe des laïcités », Social Compass, 63(1) : 3-19.

      ANCHISI Annick & DEBONS Jérôme, 2014. « Travailler auprès de personnes âgées dépendantes à domicile et en institution », in Hummel Cornellia, Mallon Isabelle & Caradec Vincent (dir.). Vieillesses et vieillissements : regards sociologiques. Rennes, Presses Universitaires de Rennes.

      ANCHISI Annick, 2014. « Le partenariat entre familles et maisons de retraite à l’entrée d’un parent âgé dément : une rencontre fictive », in Pennec S., & Leborgne F. (dir.). Le soin négocié. Rennes, Presses Universitaires de Rennes.

      ANTOINE Philippe & GOLAZ Valérie, 2010. « Vieillir au Sud : une grande variété de situations », Autrepart, 53 : 3-15.

      ATTIAS-DONFUT Claudine & ROSENMAYR L., 1994. Vieillir en Afrique. Paris, Presses Universitaires de France.

      BOLZMANN Caudio & VAGNI Giacomo, 2015. « Egalité de chances ? Une comparaison des conditions de vie des personnes âgées immigrées et "nationales" », Hommes et migrations, 1309 : 19-28.

      CABIROL C., 1983. La fin des hospices. Toulouse, Privat.

      CARADEC Vincent, 2008. Sociologie de la vieillesse et du vieillissement. Domaines et approches. Paris, Armand Colin.

      FASSIN Didier, GRANDJEAN Hélène, KAMINSKI Monique, LANG Thierry, LECLERC Annette (dir.), 2000. Les inégalités sociales de santé. Paris, La Découverte.

      GAGNON Eric, 1995. « Autonomie, normes de santé et individualité », in Côté Jean-François (dir.). Individualisme et individualité. Québec, Les Editions du Septentrion.

      GOFFMAN Erving, 1979. Asiles. Études sur la condition sociale des malades mentaux et autres reclus. Paris, Les Éditions de Minuit.

      HUMMEL Cornellia, MALLON Isabelle & CARADEC Vincent, & (dir.), 2013. Vieillesses et vieillissements : regards sociologiques. Rennes, Presses Universitaires de Rennes.

      LAVOIE Jean-Pierre & GUBERMAN Nancy, 2009. « Le partenariat professionnel - famille dans les soins aux personnes âgées. Un enjeu de reconnaissance », Lien social et Politiques, 62 : 137-148.

      MALLON Isabelle, 2001. « Les effets du processus d’individualisation en maison de retraite. Vers la fin de l’institution totale ? », in De Singly François (dir.). Etre soi parmi les autres. Famille et individualisation, Tome 1. Paris, L’Harmattan.

      MALLON Isabelle, 2004. Vivre en maison de retraite. Le dernier chez-soi. Rennes, Presses Universitaires de Rennes.

      MUEHLEBACH Andrea, 2012. The Moral Neoliberal : Welfare and Citizenship in Italy. Chicago, The University of Chicago Press.

      NOWIK Laurent & LECESTRE-ROLLIER Béatrice (dir.), 2015. Vieillir dans les pays du sud. Paris. Karthala.

      PENNEC Simone, 2012. « Les solidarités pratiques du soin au grand âge : entre inégalités familiales et précariat professionnel », in Le Borgne-Uguen F. & Rebourg M. (dir.). L’entraide familiale : régulations juridiques et sociale. Rennes, Presses universitaires de Rennes : 255-279.

      RAJAN Irudaya S. (dir.), 2008. Social Security for the Elderly. Experiences from South Asia. New Delhi, Routledge.

      RIMBERT Gérard, 2011. Vieillards sous bonne garde. Réparer l’irréparable en maison de retraite. Bellecombe-en-Bauges, Editions du Croquant.

      ROTH Claudia, 2010. « Les relations intergénérationnelles sous pression au Burkina Faso », Autrepart, 53 : 95-110.

      THOMAS Hélène, 2010. Les vulnérables. La démocratie contre les pauvres. Bellecombe-en-Bauges, Editions le Croquant.

      ZIMMER Z. & DAYTON J., 2005. « Older Adults in Sub-Saharan Africa Living with Children and Grandchildren », Population Studies, 59(3) : 295-312.

    Faire don : philanthropie & Co

    (Information publiée le lundi 9 novembre 2015)

      Appel à propositions de la revue ethnographiques.org

      Date limite de soumission : 15 janvier 2016

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      Depuis une vingtaine d’années, les pratiques du don connaissent une visibilité nouvelle. On ne compte plus les classements qui listent les grands donateurs de ce monde, à l’exemple du classement « America’s 50 Top Givers » du magazine Forbes. La richesse ne suffit plus, il faut la redistribuer. Simple visibilité nouvelle pour une pratique aussi vieille que l’humanité elle-même ? Juste retour dans l’espace médiatique de pratiques constitutives de toute société (Mauss, bb=1923-24) ? Ou y aurait-il une spécificité propre à ces pratiques de don aujourd’hui appelées « philanthropiques » qui en ferait un phénomène social propre à une élite qui, à l’image de Mo Ibrahim en Afrique ou Vincent Tan Chee Yioun en Malaisie, est devenue mondialisée ?

      Ce numéro de la revue ethnographiques.org voudrait explorer les formes contemporaines de la philanthropie au regard de la visibilité publique nouvelle dont ces pratiques bénéficient. Il voudrait notamment interroger les modalités de construction, à l’intérieur de la diversité des formes de don, du « donner philanthropique ». Quelles sont les continuités et discontinuités, entre la philanthropie et d’autres formes de dons, et plus largement de l’échange marchand ? Est-ce que rendre service à son prochain, faire acte de bénévolat, ou s’engager dans une action philanthropique, c’est faire la même chose comme semblent l’indiquer Payton et Moody (bb=2008) ? Est-ce qu’une entreprise privée qui offre à une ONG un rabais sur un de ses services fait œuvre de philanthropie ? Est-ce que parler d’évergétisme, de charité ou de philanthropie (Veyne, bb=1976 ; Duprat, 1996) ne renvoie qu’à des questions de distinctions sociales ou est-ce que cela implique des formes, des modalités ou des conceptions distinctes du don (et plus largement des bénéficiaires, de l’Etat, de la science, etc.) ? Y a-t-il, comme le propose Olivier Zunz (bb=2012), une continuité entre une « philanthropie de masse » et une « philanthropie des élites », ou ces pratiques relèvent-elles de logiques différentes ? Et quelle place accorder aux contextes socio-culturels singuliers dans les formes prises par ce « donner philanthropique » ?

      Au-delà de cette problématique générale, deux axes pourraient être plus particulièrement explorés :

      D’abord, ce numéro voudrait interroger plus particulièrement les pratiques concrètes liées à ce « donner philanthropique ». La littérature scientifique semble montrer une fascination pour les individus et pour les circonstances qui président à l’acte de don ou philanthropique (générosité des donateurs, histoires familiales, montants versés, nombre d’actions menées, etc.). En même temps, le fonctionnement concret des pratiques contemporaines de la philanthropie reste souvent à l’état de « boîte noire ». Pour prendre le cas des fondations philanthropiques : Comment fonctionnent-elles ? Comment collectent-elles des fonds et publicisent leurs actions ? Comment sont placées et affectées les ressources financières ? Comment sont sélectionnés les donataires ? Quels sont les outils d’intervention privilégiés et sur quelles logiques reposent ces choix ? Et si une part de ce travail est déléguée à des professionnels, qui sont ces professionnels ? Quels sont les dilemmes auxquels sont confrontés les philanthropes et ou les fondations philanthropiques dans leurs pratiques quotidiennes ?

      Ensuite, si on fait l’hypothèse que l’absence ou les transformations de l’Etat social, aujourd’hui comme au XIXe siècle, en Europe ou ailleurs (Ferguson, bb=2015), modifient, canalisent ou transforment le sens des pratiques du don, et que donc les pratiques philanthropiques doivent être pensées de manière relationnelle, ce numéro voudrait questionner, les dynamiques à l’œuvre entre pratiques philanthropiques et action étatique. On pourra s’interroger alors sur les agencements des actions philanthropiques et étatiques (entre complémentarité, substitution et concurrence), sur les ressources et contraintes mises en place par les Etats en faveur d’actions philanthropiques (avantages fiscaux, dispositifs législatifs, etc.), sur les usages que les acteurs philanthropiques font de ces ressources, mais également sur les ressources et risques que représentent ces pratiques philanthropiques pour les Etats (ou en l’absence de l’Etat).

      Cette problématique générale ainsi que les deux axes de réflexion proposés ne ferment pas le dossier à d’autres propositions. Les études portant sur des contextes non-occidentaux et les études de cas reposant sur un fort matériau empirique seront privilégiées.

      Les propositions de contribution (2 pages maximum, comprenant une bibliographie indicative) sont attendues au plus tard le 15 janvier 2016. Ces propositions doivent être envoyées, avec la mention « Faire don : Philanthropie & Co » (en objet du message), aux rédacteurs de l’appel alexandre.lambelet@eesp.ch et lefevre.sylvain@uqam.ca.

      Ethnographiques.org offrant toutes les potentialités d’une revue en ligne, les auteur-e-s sont encouragés à présenter des matériaux visuels ou sonores susceptibles de structurer ou d’accompagner leur article, voire même à proposer une mise en forme originale de leur réflexion et de leurs données.

      Les auteur-e-s dont les propositions auront été sélectionnées (réponse le 30 février 2016) devront remettre leur article avant le 10 juillet 2016.

      Bibliographie :

      DUPRAT Catherine, 1996. Usage et pratiques de la philanthropie : pauvreté, action sociale et lien social à Paris, au cours du premier XIXe siècle. Paris, Comité d’histoire de la sécurité sociale.

      FERGUSON James, 2015. Give a Man a Fish : Reflections on the New Politics of Distribution. Duke University Press.

      MAUSS Marcel, 1923-1924. « Essai sur le don. Forme et raison de l’échange dans les sociétés archaïques », L’année sociologique : 30-186.

      PAYTON Robert et MOODY Michael, 2008. Understanding Philanthropy. Its Meaning and Mission. Bloomington, Indian University Press.

      VEYNE Paul, 1976. « L’évergétisme et l’esprit du capitalisme », Le pain et le cirque. Sociologie historique d’un pluralisme politique. Paris, Seuil : 127-140.

      ZUNZ Olivier, 2012. La philanthropie en Amérique. Argent privé, affaires d’Etat. Paris, Fayard.