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Pour citer cet article :

Werner Bellwald, 2009. « Un vrai faux ethnographique au musée ? Enquête sur une seringue de carnaval ». ethnographiques.org, Numéro 18 - juin 2009
Echos et reflets alpestres : regards ethnologiques sur le Valais [en ligne].
(http://www.ethnographiques.org/Un-vrai-faux-ethnographique-au - consulté le 5.12.2016)
 

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Werner Bellwald

Un vrai faux ethnographique au musée ?
Enquête sur une seringue de carnaval

Résumé

Avec ses personnages portant peaux de bête et masques de bois, le carnaval du Lötschental figure depuis longtemps sur la liste des "coutumes populaires suisses". Chaque année dans les médias, il est présenté comme l'incarnation exemplaire du sauvage, de l'archaïque et de l'authentique. Il est même question à l'occasion de seringues remplies de sang ou de purin que ces figures masquées projettent sur les spectateurs. Selon les premiers ethnographes, l'usage de telles seringues a disparu avant 1900. Il en subsiste toutefois un exemplaire, entré au Musée d'ethnographie de Bâle en 1916. S'agit-il dès lors d'un faux, fabriqué pour un chercheur de la ville, comme le furent ces masques à l'ancienne avant la première guerre mondiale déjà et vendus comme "antiquités" ? L'auteur de cet article a mené l'enquête, allant jusqu'à solliciter les services scientifiques de la police municipale de Zurich. De sang ou de purin point de traces… Une étude minutieuse des sources les plus diverses, incluant des archives paroissiales, des lettres de particuliers et des entretiens avec les personnes les plus âgées de la vallée, amène l'auteur à conclure que la seringue en question est bien un faux, fabriqué cependant à partir d'une pratique avérée.

Pour citer cet article :

Werner Bellwald. Un vrai faux ethnographique au musée ? Enquête sur une seringue de carnaval, ethnographiques.org, Numéro 18 - juin 2009
Echos et reflets alpestres : regards ethnologiques sur le Valais [en ligne]. http://www.ethnographiques.org/Un-vrai-faux-ethnographique-au (consulté le 26/06/2009).

Abstract/Zusammenfassung

A true ethnographic forgery exposed ? Investigating a carnival syringe.
With its extravagant figures disguised in animal skins and wooden masks, the Lötschental Carnival has been on the list of "popular Swiss culture" for a long time. Every year the media presents it as the exemplary embodiment of such concepts as the "wild", the "archaïc", and the "authentic" folk world. One of the common leitmotifs in this journalistic coverages is the supposed existence of syringes filled with blood or dung with which these masked figures spray spectators. According to the first ethnographers, the use of such syringes disappeared before 1900. However, one specimen, acquired by the ethnographic museum of Basel in 1916, is said still to exist. Is it then a forgery produced especially for a researcher coming from the metropolis, just as masks "à l’ancienne" were produced and sold as "antiques" before the first World War ? The author of this article has undertaken a detailed investigation of this question, even asking for help from the scientific services of the municipal police of Zurich. However, no signs of blood or of dung have been discovered. After studying all available sources, including parish archives, private letters and interviews with the oldest people in Lötschental, the author has come to the conclusion that the syringe is a forgery, but produced from a real practice.
 

Ce texte est initialement paru en 2002 dans l’ouvrage Vom Ding zum Mensch. Il a été traduit de l’allemand par Eric Roulier avec l’aide de l’auteur ; avec l’accord de ce dernier, cette version en français a été légèrement raccourcie.

Comme dans d’autres régions en période de carnaval, les jeunes hommes du Lötschental (Valais) se masquent et déambulent en liesse dans les villages de la vallée. La coutume fut découverte par les ethnographes au tournant des années 1900, et les Tschäggättä, à cause de leur masque bariolé, connurent rapidement une certaine renommée au-delà des frontières cantonales, voire nationales. De ces manifestations grossières de l’époque, la mémoire a également retenu l’existence jusque dans les années 1880 d’une grosse seringue (clystère) remplie de sang, de purin ou d’un mélange de suie et d’eau, avec laquelle les villageois étaient aspergés. En 1916 l’ethnographe Leopold Rütimeyer acheta une telle seringue, conservée actuellement au Musée des Cultures de Bâle. Etrangement, c’est l’unique exemplaire connu. Alors que des douzaines et des douzaines de masques ont été collectionnés de tous temps, à ce jour aucune autre seringue n’a été découverte.

1. Un masqué avec la seringue problématique à l’ancien Musée suisse des traditions populaires à Bâle.

Avons-nous sous les yeux un faux ? Les comportements carnavalesques étaient-ils si impertinents qu’ils autorisaient la projection de telles immondices ? Ou alors l’intellectuel citadin s’était-il fait extorquer de l’argent contre un objet bricolé de toute pièce ? Et que pouvons-nous apprendre aujourd’hui, près d’un siècle plus tard, sur les énigmes que soulève cet objet unique, en constatant que la littérature carnavalesque, dans sa richesse et sa diversité, reste muette sur ce particularisme ?

Chaque année on peut suivre dans les médias des reportages sur les carnavals dans l’espace alpin. Ils évoquent, par exemple, le caractère archaïque et reculé de telle ou telle région, contribuant de ce fait à nourrir les clichés sur les figures effrayantes de carnaval. A l’instar du très connu « pape du folklore » Sepp Trütsch qui, dans les colonnes du Sonntagsblick, un des plus gros tirages des journaux de boulevard de Suisse alémanique, publiait un article sur le Lötschental où il était question d’anciens masques « imprégnés de sacré » et « qui étaient les témoins d’une coutume primitive encore en vigueur dans un des coins les plus reculés de Suisse ». Quelques lignes plus loin, on pouvait lire que les Tschäggättä « faisaient le bonheur de la foule en provoquant les badauds avec une seringue en bois remplie de suie mélangée à de l’eau, du purin ou du sang. Malgré cela, chaque année les spectateurs affluent de très loin pour vivre le cortège de carnaval à Kippel ». L’histoire rapportée par Trütsch devient encore plus absurde, lorsque l’on sait qu’un défilé de ce type n’existe pas dans ce village.

« Qu’est-ce donc que ces monstres qui surgissent des ruelles du village ? Mes enfants se cramponnent toujours plus fortement à moi et me suivent pour se protéger [...] de ces personnages coiffés d’horribles masques en bois bariolés. L’un d’eux asperge d’eau froide les curieux avec une seringue de Tschäggättä, un autre plonge sa main dans un sac plein de suie et barbouille de ses gants maculés de noir le visage hautain de ma voisine. J’ai de la chance, je me baisse à temps pour éviter le jet d’eau tandis que le visage de ma charmante voisine est noirci de suie. Ainsi en va-t-il de village en village... » (Trütsch, 1987).

 
2. Compte-rendu sur les Tschäggättä du Lötschental et leur fameuse seringue paru dans le Sonntagsblick du 15.02.1987, page 39.

C’est de la pure fantaisie, pour ne rien dire de plus ! Si Sepp Trütsch, ses enfants et une certaine voisine qualifiée tantôt de hautaine tantôt de charmante, s’étaient réellement rendus dans la vallée dans les années 1980, ils auraient vu autre chose que ce cortège carnavalesque qui n’existait pas à Kippel à cette époque. Ils n’auraient pas pu y assister car il n’y en avait pas dans les années 1980. Il ne pouvait pas davantage y avoir de « seringue » puisqu’elle n’existait plus depuis un siècle. De même le barbouillage avec des gants passés dans la suie n’apparaît que dans la littérature. Sepp Trütsch n’a sans doute vraisemblablement vu que sa table de travail, ainsi que les livres de Maurice Chappaz et de Heinrich Brockmann-Jerosch. Il a copié du second volume, en partie mot à mot, un passage de l’article de Johann Siegen à la page 47. Puis il a réécrit une histoire comme s’il avait été témoin de la scène (Chappaz, 1975 ; Brockman-Jerosch, 1933 : 47).

Pourquoi tout cela ? Pour tenir les lecteurs en haleine ? Pour impressionner les touristes avec un spectacle exotique mis en scène dans quatre villages perdus au bout du monde ? Païen, autochtone, populaire, soi-disant unique et typiquement suisse ? L’office du tourisme de la vallée en fut certainement reconnaissant et fit des envieux auprès des offices concurrents, qui durent eux-mêmes composer des articles comparables et payer fort cher leur publication. Ou bien s’agit-il d’un goût prononcé de la rédaction pour le sensationnel dans l’unique but de vendre son édition du dimanche ? Ou afin que la ou le journaliste se fasse une certaine renommée ?

Les médias, comme ils le prétendent, ont besoin de produire des histoires à chaud. Apparemment, les « coutumes » sont passibles également de telles démarches, mais selon une recette dont Theo Gantner [1] avait déjà dans les années 1970 fourni quelques ingrédients. Tandis que l’ethnologue déconstruit l’interprétation mythologique et qu’il s’évertue à reconstituer depuis les années 1950 les faits historiques et culturels en prenant en compte les réalités socio-économiques, les médias de leur côté ne cessent de colporter des versions vieilles de 60 ans, de 80 ans, voire même de 130 ans et qui sont le fruit des spéculations d’un Karl Meuli, d’un Leopold Rütimeyer ou d’un Wilhelm Mannhardt, pour ne citer que quelques grands noms parmi les « traditionnalistes » de la Volkskunde d’avant-guerre. Le scientifique qui travaille de nos jours avec les médias dans le domaine de la culture sait combien les exigences de la communication, avec ses raccourcis et ses modifications ultérieures, flirtent avec les limites du scientifiquement correct. Le cas explicité en introduction n’étonne d’ailleurs pour ainsi dire personne. Il illustre de façon exemplaire les fabulations dont les pratiques sociales sont la proie et qu’étonnamment même les personnes concernées ne contestent pas. Il n’est pas reproché aux médias de servir avant tout le divertissement plutôt que la science. Et ce n’est pas la qualité de l’article qui me semble douteux, mais bien la façon dont les événements décrits sont présentés comme des faits avérés alors qu’il n’en est rien.

Se pose alors une autre question. La fameuse seringue est-elle le fait d’une invention ex nihilo, comme d’autres histoires créées de toutes pièces pour répondre aux besoins de sensations des médias et à ceux d’une publicité touristique qui ne reculent pas devant de telles exagérations ? Ou alors, cette seringue a-t-elle réellement été utilisée ? Quand ? De quelle manière ? Pourquoi a-t-elle disparu ? Auprès de qui va-t-on récolter des informations crédibles ? La recherche de réponses possibles s’avère particulièrement contraignante dans la mesure où la seringue en question n’est plus en usage depuis au moins un siècle.

 
3. Une des premières photographies des masqués dans la vallée, publiée par Friedrich Gottlieb Stebler. Les Tschäggättä posent avec un piolet et une gaffe. La photo a été prise près de la sacristie de l’ancienne église de Blatten. La végétation indique qu’il s’agit d’un mois d’été et montre que les masqués se sont habillés pour le photographe.

Chaque année dans le Lötschental, on peut voir en période de carnaval des Tschäggättä ainsi que d’autres personnages déguisés. Les tachetés [2] sont des jeunes hommes recouverts de peaux de mouton ou de chèvre, portant sonnaille à la ceinture et bâton à la main et qui se cachent le visage derrière un impressionnant masque de bois. Au cours de l’après-midi, seuls ou en petits groupes, ils arpentent les ruelles du village en effrayant les passants. Depuis les années 1960, le samedi précédant le Mercredi des Cendres, un cortège défile dans le village de Wiler. Et depuis les années 1990, dans la nuit de Jeudi Gras, des Tschäggättä descendent la vallée en traversant les quatre villages. Ce qui pouvait par le passé être perçu comme des comportements vulgaires, voire animés parfois d’une certaine brutalité, ne s’exprime depuis longtemps que sous des formes « civilisées ».

Depuis la « découverte » des Tschäggättä dans les années 1900 par Eduard Hoffmann-Krayer, Leopold Rütimeyer et Friedrich Gottlieb Stebler, ainsi que depuis la parution des premiers écrits à leur sujet, ce ne sont pas moins d’une trentaine d’ethnologues, nationaux et internationaux, qui se sont intéressés à cette coutume. Les personnages masqués sont quasiment devenus une marque emblématique de l’art populaire et une référence de la culture helvétique sur le plan international. Mais nous ne savons pour ainsi dire rien sur les attributs de ces figures carnavalesques : les masques et leurs supposées origines ont été étudiés à l’excès alors que la gaffe [3], le bâton ou le sac de cendres qui font partie de l’accoutrement ont été totalement négligés. Il en est de même de la seringue qui aurait servi à projeter de la suie liquide, du purin ou du sang. Qui a-t-on voulu asperger ? Pourquoi ? Et avec quelle fréquence a-t-elle été utilisée ? N’existe-t-il vraiment aucune réponse adéquate dans les anciens travaux ethnographiques ?

On doit à la plume des ethnographes cités ci-dessus les premières descriptions des masques du Lötschental parues dans des revues, dans des monographies ou dans des ouvrages scientifiques. Eduard Hoffmann-Krayer publia en 1897 le premier ouvrage scientifique conséquent sur les coutumes carnavalesques de Suisse. A propos du Lötschental, l’auteur qui en parla comme d’un « coin abandonné du monde », n’évoqua que le barbouillage avec le sac de cendres et ne dit rien sur la seringue à sang (Hoffmann-Krayer, 1897). Il en fut de même chez Leopold Rütimeyer et chez Friedrich-Gottlieb Stebler en 1907. Tous deux écrivirent à propos des masques en accompagnant leurs propos d’illustrations, mais restèrent muets sur l’existence d’une telle seringue [4]. Il n’y a pas non plus de trace de cet ustensile dans l’imposante monographie d’Hedwig et Karl Anneler parue en 1917, qui marqua d’une pierre blanche l’histoire de l’ethnologie helvétique (Anneler, 1917).

Entre-temps, le chercheur bâlois Léopold Rütimeyer effectua à nouveau une visite personnelle dans le Lötschental et durant l’été 1915 noua plusieurs contacts avec les autochtones. Parallèlement une intense correspondance se développa entre les villageois de cette vallée de montagne et le musée d’ethnographie de Bâle. Plusieurs objets, entre autres des masques et la fameuse seringue, y furent envoyés par la poste. Dans un ouvrage commémoratif dédié à son collègue Eduard Hoffmann-Krayer, Léopold Rütimeyer, à l’origine de la découverte la seringue, signa la première description et illustration de cette acquisition (Rütimeyer, 1916)

Le passage de la littérature scientifique à une reconnaissance par un plus large public se fit à l’occasion de l’Exposition nationale de Zürich en 1939. La seringue à sang fait désormais partie de l’univers mythique des masques et, sans être remise en question, elle est attestée dans la littérature locale avec pour seuls commentaires les observations de Rütimeyer qui laissent sous-entendre qu’elle aurait disparu dans les années 1885-1900 (Seeberger, 1974 et 1986).

Dans sa thèse sur les masques du Lötschental s’appuyant sur une démarche déconstructiviste propre à la recherche contemporaine, Jacques Vallerant supposa que l’usage de la seringue à sang fut peu fréquent et que les seuls témoignages oraux actuels se réfèrent directement aux sources littéraires, plus particulièrement aux écrits de Rütimeyer [5]. Alors, est-ce une reconstitution ? Ou même une véritable contrefaçon ?

Autant la littérature concernant le carnaval du Lötschental est riche, autant les écrits sur la seringue sont avares d’informations. Il reste plus de questions que de réponses, ce qui nous pousse à quitter notre bureau pour mener une véritable enquête.

 
4. La seringue (numéro d’inventaire VI 6870). Musée des Cultures, Bâle. Longueur du poussoir : 42 cm, diamètre : 3,5 cm. Longueur de la seringue : 47 cm, diamètre : 15 cm.

Une première piste nous conduit dans les musées puisque, à l’époque, les premiers ethnographes collectionnaient également des objets. Plusieurs douzaines d’anciens masques du Lötschental sont entreposés dans différents musées de Suisse. C’est dans les collections du Musée d’ethnographie de Bâle, dont Hoffmann-Krayer et Rütimeyer ont constitué les premiers fonds, que nous avons retrouvé la seringue à sang. Seule pièce connue à ce jour, celle-ci est inventoriée en 1996 sous le numéro VI 6870 dans ce qui est devenu depuis le Musée des Cultures. Sur la fiche d’inventaire ainsi que dans le livre des entrées, qui conserve les traces écrites relatives à l’objet (actes et correspondances), il est précisé que Rütimeyer l’a acquise en 1916 d’un dénommé Heinrich Roth de Goppenstein (Lötschental), qui durant cette même année a envoyé au musée d’autres pièces d’équipement et d’autres masques. Un document non daté des archives donne d’autres indications fournies par Heinrich Roth à Rütimeyer : « A propos de votre questionnement sur la seringue. 1. La seringue n’est plus usitée depuis 30 à 40 ans. 2. Elle servait avant tout à asperger les jeunes filles comme les femmes et les hommes timides. 3. Le liquide projeté était surtout de la suie de cheminée, mais aussi du purin ou du sang si les Tschäggättä pouvaient s’en procurer. » [6].

 
5. Détail de la seringue : le visage de peau cloué.

Considérons maintenant l’objet d’un peu plus près. De prime abord sa forme exclut toute utilisation comme clystère à lavement pour les animaux ou comme poussoir à saucisse [7]. Nous avons donc probablement bien devant nous une « seringue de carnaval ». D’autres seringues de ce type ne sont pas connues dans le Lötschental, tant dans la littérature qu’auprès des spécialistes des masques, ce qui conforte l’hypothèse d’une contrefaçon émise par Vallerant. Entre 1900 et la première Guerre mondiale, il y a eu une première surproduction de masques et des pièces neuves ont été vendues comme étant très anciennes, ce qui constitue une falsification dans la mesure où les masques prétendaient être ce qu’ils n’étaient pas. La seringue a-t-elle aussi été fabriquée par les Lötschards pour satisfaire la curiosité des ethnographes ? Pour correspondre aux indications concernant les usages transmis par la tradition orale de l’époque ? Ou relève-t-elle de la malice paysanne des vendeurs qui connaissaient les intérêts de ces messieurs les professeurs de la ville ? L’aspect folklorisant de l’objet décoré d’un morceau de peau représentant un visage semble abonder dans ce sens. L’objet en lui-même en est-il pour autant inintéressant ?

Ce n’est que dans l’optique d’un débat suranné sur le folklorisme qu’une contrefaçon n’a aucune valeur. Comme témoin d’une première forme de commercialisation elle devient hautement instructive, à vrai dire à des fins d’analyse différentes : elle permet de considérer la nature des rapports entre les vendeurs autochtones et les étrangers intéressés. Mais est-il possible d’affirmer avec certitude qu’il s’agit bien d’une contrefaçon ? Cette seringue a-t-elle servi à asperger du sang, du purin ou de la suie mélangée à de l’eau ?

 
6. Rapport d’enquête de la police municipale de Zürich sur la seringue, daté du 26.09.2001.

Si tel est le cas, il devrait en rester des traces à l’intérieur du cylindre. Or seule une analyse scientifique peut certifier d’un emploi par le passé de sang animal ou d’urine. Le service scientifique de la police criminelle de la ville de Zurich — une institution reconnue loin à la ronde pour de telles analyses — se montra disposé à étudier la seringue. L’analyse effectuée durant l’été 2001 aboutit aux résultats suivants : l’observation visuelle de l’intérieur par endoscopie ne relève aucun dépôt. Le prélèvement de copeaux de bois à l’aide d’un rabot à lame incurvée, et leur analyse selon le procédé « Hemastix » qui permet de détecter les traces d’hémoglobine, confirme l’absence de sang d’origine animale ou humaine. Le service « Forensische Hämogenetik » de l’Institut de médecine légale de l’Université de Zurich consulté à la suite de ces résultats négatifs fait remarquer que « l’hémoglobine dans le sang s’est peut-être dégradée en fonction des circonstances durant la longue période de conservation dans le dépôt du musée, si bien qu’il n’est plus possible actuellement d’en déceler des traces ». Le service scientifique de la police souligne qu’un test rapide d’urine n’existe pas, que la détection est compliquée et que ce test ne peut être réalisé que sur des traces relativement récentes. En conclusion, l’interprétation des résultats par les spécialistes est la suivante : « Compte tenu de la surface propre et lisse de l’intérieur de la seringue, nous sommes d’avis que soit celle-ci fut lavée avec de l’eau directement après usage, soit qu’elle n’a jamais été utilisée pour projeter un mélange composé de sang ou d’urine. » [8]

Il paraît difficilement concevable qu’il y a cent ans, les masqués aient nettoyé leurs ustensiles après emploi avec le souci d’une ménagère. Bien au contraire, les résultats négatifs de l’analyse effectuée par le service de la police montrent explicitement que la seringue n’a pas été réalisée pour asperger mais pour être vendue. Au musée également, elle ne fut pas l’objet d’un nettoyage mais d’observations critiques dès son acquisition. Aux questions de Rütimeyer sur comment, et avec quoi la seringue aurait été utilisée, son collègue muséologue Eduard Hoffmann-Krayer aurait répondu : « Je ne peux dire si c’est de l’eau ou du purin qui a été projeté. L’emploi du purin n’est pas impossible car dans d’autres régions les curieux en étaient barbouillés à l’aide de torchons. Mais cette seringue n’émettrait-elle pas dans ce cas une odeur particulière ? » [9]

 
7 a & b. La seringue à peine sortie d’une vallée de montagne pour arriver en ville fait l’objet d’une publication comme relique d’un culte de fertilité (extraits de Leopold Rütimeyer, 1916 : 367-368).
 

Faire la clarté sur ce faux présumé n’est pas une tâche sans valeur. Bien au contraire, cela devient vraiment passionnant. Depuis son premier séjour durant l’été 1905, Rütimeyer a entretenu des contacts écrits avec plusieurs sculpteurs et vendeurs de masques. En 1905, 1906 et 1909, puis à nouveau en 1915 et 1916, le Bâlois acheta plusieurs pièces, se renseigna sur la tradition orale relative aux figures masquées et chercha à savoir auprès de plusieurs personnes de la vallée s’ils connaissaient quelque chose de la symbolique de la fertilité. Des réponses à ses questions, provenant d’informateurs locaux, sont conservées dans la correspondance. Ainsi le président de la commune de Kippel, Eligius Rieder écrit : « Je n’ai jamais entendu dire — pas même de la part des anciens — que les déambulations de jeunes masqués (des Roitscheggettes) dans le village avant le Mercredi des Cendres avaient une influence sur la fertilité des champs et des cultures, ou quoi que ce soit. Cette croyance existait certainement déjà bien avant que quelqu’un d’entre-nous puisse s’en souvenir. J’ai interrogé sur ce sujet les plus âgés et je me suis renseigné, mais personne n’en a entendu parler. » [10]

Le jeune peintre Albert Nyfeler, qui dès l’année 1906 fit des séjours réguliers dans la vallée, rapporte également : « Il n’existe pas dans la croyance populaire (pour autant que je sache) quoi que ce soit qui ait une quelconque relation avec la fertilité des saisons ou des cultures. Il en est de même avec le carnaval qui est un vestige des jours de fêtes alamanes en relation avec l’équinoxe. Il m’a toujours semblé qu’il s’agissait pour les jeunes d’un amusement sans autre but. » [11]

Les correspondants évoquèrent également la question du barbouillage des passants par les masqués. Parmi eux, Eligius Rieder, cité plus haut, fournit des renseignements sur l’usage de sacs de cendres et la pratique du barbouillage à l’aide de gants. Il est imaginable que Rütimeyer par ses questions assidues dans la vallée sur les pratiques liées à la fertilité, ait eu vent de l’existence de seringues, comme il en parle déjà dans son article publié en 1916. Ce qui expliquerait pourquoi il poursuit ses investigations en posant des questions à droite et à gauche. Et comme la demande de masques avait déjà conduit à l’une ou l’autre contrefaçon, ses questions concernant les seringues pourraient être à l’origine de notre objet incriminé...

8. D’autres variantes des accessoires : gaffe et bâton. Masques posant vraisemblablement durant l’été 1915 ; les masques ont été enregistrés dans la collection du musée bâlois sous les numéros d’inventaire suivants : VI6717 pour celui de gauche et VI6718 pour celui de droite.
 
9. On doit au prieur Johann Baptist Gibsten, la première mention écrite qui atteste l’existence des figures masquées dans la vallée.

Une autre question peut cependant être soulevée. Les scientifiques seraient-ils responsables de notre ignorance sur la seringue utilisée par les masqués ? Dans l’ensemble de leurs recherches sur les masques de bois, les ethnologues ont négligé de manière impardonnable les accessoires des figures carnavalesques, ainsi que les autres formes de déguisement et d’habillement. Ne savons-nous donc rien sur la seringue parce que les chercheurs, à l’exception de Rütimeyer, n’ont pas posé de questions à son propos ? Est-il possible de glaner aujourd’hui encore des indications relatives à l’objet ? Certes nous pouvons toujours apaiser notre conscience et ménager nos forces en arguant qu’une réponse à cette question est illusoire, puisque la recherche arrive un siècle trop tard. Au lieu de se laisser tenter par de telles excuses, efforçons-nous de découvrir l’univers des sources possibles. Nous devons alors laisser les livres de côté et revisiter la question dans ses fondements et, au sens ethnologique, nous investir dans le terrain.

Aussi loin que remontent les spéculations sur les origines des Tschäggättä dans les siècles voire dans les millénaires précédents, bien minces sont les preuves qui attestent leur existence historique. Les premiers témoignages écrits de l’existence des personnages masqués datent en effet de la seconde moitié du XIXe siècle. Depuis 1864 le jeune prieur Johann Baptist Gibsten exerce son ministère dans la paroisse de Kippel. Sa chronique [12], dans laquelle il dresse un tableau complet des interdictions de ce qu’il croit être des « profanations », comprend un passage sur les masques :

« Durant le carnaval, il y avait ici un horrible usage exercé par les dénommés Tschäggättä. Ils s’habillaient aussi vilainement que possible : le visage caché par un épouvantable masque de bois, la tête surmontée de cornes, le corps recouvert de peaux ; ressemblant à des animaux, ils effrayaient les enfants, barbouillaient les filles avec de la suie et du sang, etc. Telle était la joie des dénommés Tschäggättä... »

D’autres recherches dans les fonds des archives des paroisses et des communes de la vallée n’ont rien apporté de plus, et ce manuscrit qui concerne les années 1860 constitue l’unique découverte. A en croire Gibsten, qui sans aucun doute fit pression drastiquement sur cette coutume, il apparaît que le barbouillage avec de la cendre et du sang était pratiqué vers la moitié du XIXe siècle. Il n’est pas possible de préciser si cela se faisait avec des gants ou d’autres moyens, et les indications sur la seringue manquent.

10. Un masqué pose, sans doute aussi en 1915, devant l’hôtel de Ried. A nouveau, on ne voit pas de seringue. Au lieu de cela, les souliers vernis trahissent un client de l’hôtel costumé.
 
11. Quelques décennies plus tard, on trouve les premières photos de masqués avec une seringue, à vrai dire en tant que reconstruction pour le grand public qui les voyait comme des « apparitions de fantômes païens » lors de l’Exposition nationale suisse de 1939 à Zurich.
 
12. La seringue telle qu’elle était présentée jusque dans les années quatre-vingt par un masqué dans la salle des masques de l’exposition permanente du Musée d’ethnographie de Bâle.

Un coup d’œil dans les sources iconographiques reste également sans résultat. Depuis l’arrivée dans la vallée des premiers photographes vers 1900, les masqués sont le plus souvent représentés avec des bâtons, plus rarement avec une gaffe, un balai, un piolet ou le manche d’une faux, mais jamais avec une seringue. Lorsqu’au milieu des années 1930 les Tschäggättä déambulent avec des échelles pour atteindre les « filles » qui les narguent aux fenêtres, il est possible que cela n’ait été qu’une pose pour le photographe. Chez Anneler, le sac de cendres figure uniquement sur un dessin au lavis (Anneler, 1917 : 245). La seule image ancienne d’une seringue est de Rütimeyer mais elle est publiée hors contexte, de manière isolée comme un objet d’inventaire (Rütimeyer, 1916 : 367). Aucune autre photographie ancienne montrant un personnage de carnaval avec une seringue n’a été trouvée à ce jour. Ni l’intérêt précoce du prieur Werlen, curé originaire de la vallée et photographe, ni celui de Stebler et d’autres chercheurs étrangers, ne permettent de découvrir de telles scènes ou d’imaginer qu’il y aurait eu un renouveau de la seringue - ce qui pourrait en principe être plausible.

Les recherches sur place montrent que les collections du Musée du Lötschental à Kippel ne comptent pas d’objet identique. Le musée comprend toutefois deux pièces inventoriées comme « corne à saucisse » et « clystère pour animal » (inv. 156 et 157). Dans les ménages on trouve encore des seringues de la génération d’après, en fer blanc (image 14). Est-il possible que les masqués utilisaient alors ces simples seringues ?

Si les seringues ne font plus partie depuis longtemps du carnaval au Lötschental, les Röllelibutzen d’Alstätten dans la vallée rhénane saint-galloise aspergent encore de nos jours les passants avec de l’eau. On trouve un autre exemple dans le carnaval allemand de Souabe à Wolfach où les figures de Röslehansel font usage de seringues à eau. Sur des objets comparables, la littérature carnavalesque comprend maints exemples qui rappellent notre seringue (Kutter, 1976 : 93). Que les amateurs de carnaval, au lieu de porter des masques, se barbouillent le visage en noir ou qu’ils noircissent de suie les visages des passants, est un fait largement attesté dans la littérature spécialisée. En témoigne l’expression brämpte Gesichter (visages noircis), du verbe beremen, noircir avec de la suie, dont l’apparition est courante depuis la fin du Moyen-Âge dans les actes publics des villes suisses [13]. Il en est de même du sac de cendres (disparu depuis 1900), perçu alors par beaucoup comme le propre du carnaval du Lötschental et attesté dans d’autres régions [14].

Moins fréquentes sont les données sur l’usage de sang, de boue, de purin ou d’autres liquides pour le barbouillage ou l’aspersion ; il existe cependant aussi des exemples similaires à ceux du Lötschental. Dans un ouvrage conséquent sur l’histoire du carnaval de la région de Schwytz, Werner Röllin fait référence à un manuscrit daté de 1651 qui mentionne l’inculpation d’un certain Franz Kümmin d’Einsiedeln qui avait « sans façon à carnaval avec son comportement de fou aspergé le peuple avec du sang et frappé un garçon avec un fouet » (Röllin, 1978 ). Eduard Hoffman-Krayer mentionne que « dans la région de Sargans les passants étaient même crépis avec des excréments et de la résine » (Hoffman-Kräyer, 1897 : 275). Ailleurs, dans le canton de Schwyz, à l’occasion des « Brööggen » ou des « Zuschellen », une sorte de charivari au temps de carnaval, les jeunes auraient brandi au bout d’un bâton des chiffons imbibés de purin sous le nez des curieux (Hoffman-Kräyer, 1897 : 275). A l’instar des coups de sac de cendres ou plus couramment de l’aspersion avec de l’eau, les jets de toutes sortes d’excréments relèvent, selon l’œuvre de Mannhardt, du symbolisme relatif à la fertilité où le coup de verge est synonyme de vie. Il en fut de même du prétendu sens originel de la seringue du Lötschental, mais par la suite plus aucun ethnographe ne chercha à trouver des réponses sur place aux questions de qui, pourquoi, quand, comment.

13. Des seringues en bois utilisées comme clystères ou pour la fabrication domestique de saucisses (Musée du Lötschental, Inv. Nr.156. Longueur 59 cm).
 
14. Corne à saucisse en fer blanc, Lötschental. Le poussoir en bois manque.

Comme il ressort de nos investigations, les écrits laissés par Rütimeyer sont disséminés dans différentes institutions et chez des privés, par exemple au département des manuscrits de la Bibliothèque universitaire de Bâle, dans la collection des actes de l’actuel Musée des Cultures et dans les fonds privés de personnes étrangères ou non à la famille. Un petit-fils du chercheur, Bernard Rütimeyer (à Bâle), possède des lettres dans lesquelles plusieurs sculpteurs proposent la vente de masques et d’autres objets. Celles qui nous intéressent le plus sont de la main du vendeur de la fameuse seringue. Le 1er août 1915, un certain Heinrich Roth remercie Rütimeyer pour sa correspondance et lui propose trois masques qu’il a rassemblés à son intention en lui demandant s’il en veut davantage. Un autre courrier, daté du 31 janvier 1916 selon le tampon postal de la gare de Goppenstein, s’adresse à l’ethnographe en ces termes :

« Monsieur Rütimeyer, Bâle
Je vous envoie comme je vous l’ai promis à l’Hôtel Nesthorn de Ried (Lötschental) une pompe relativement ancienne que je me suis procurée à votre intention. Le prix est de 5 francs, ce que j’ai moi-même déboursé pour l’acquérir, vous faisant cadeau de mes services à votre égard. J’aurai également un ancien masque en ma possession pour lequel d’autres acheteurs m’ont déjà fait une offre, mais eu égard à nos étroites relations, je me suis promis de vous donner la primauté de l’information. Son prix est de 16 francs et si vous pensez l’acquérir, je vous l’enverrai au plus vite. Je reste à votre disposition au cas vous auriez d’autres souhaits.
Avec tous mes respects
Roth Heinrich
BLS
Goppenstein » [15]

Rütimeyer s’est sans doute renseigné sur la provenance de la seringue, car Roth lui répond à mi-février :

 
15. Photo historique des Röllelibutzen d’Altstätten dans la vallée du Rhin du canton de Saint-Gall giclant de l’eau.

« Suite à votre missive, je vous fais part des informations que je peux vous fournir sur la seringue. Ici chez nous on lui donne différents noms tels que Skitze [16], Spritze et Pumpe. Je me suis renseigné auprès des gens chez qui je l’ai achetée. Ils m’ont raconté qu’ils avaient reçu la seringue de leurs parents décédés et que depuis elle était toujours restée avec d’autres vieilleries au galetas. A l’exception de la période de carnaval où elle était empruntée par les masqués et remplie avec différents liquides pour asperger en direction des fenêtres où, comme vous le savez, se tenaient les personnes qui n’osaient pas descendre dans la rue à cause de la présence des masqués mais qui s’enfermaient dans les maisons et regardaient le défilé par les fenêtres. Le motif — un masque — sur la seringue aurait toujours été là. C’est, je crois, une décoration. Les poignées devaient servir à la tenir lors de son usage et à la porter à l’épaule à l’aide d’une courroie ou d’une corde qui a disparu. La petite ouverture sert à diriger le jet, la grande à la remplir de liquide, selon les anciens propriétaires. Voilà ce que je peux apporter à votre connaissance, ils ne m’ont pas donné davantage de renseignements car les personnes à qui je l’ai achetée ne l’ont jamais personnellement utilisée et ne pouvaient m’en dire plus. Si je devais tôt ou tard obtenir d’autres renseignements, je vous les communiquerai.
Avec tous mes respects
Roth Hr. » [17]

A la mi-février 1916 un paquet de Roth arrive à Bâle. Le muséographe reçoit un masque considéré comme une « belle pièce ancienne » ; l’envoi contient également des Leibsärrä (marques à pain en forme d’assiette), un tamis à grains et des informations sur une lampe à beurre [18]. En décembre 1916, Heinrich Roth répond à Rütimeyer, lui proposant l’envoi de trois masques récents pour 10 francs la pièce, et d’un masque ancien pour le prix de 17 francs [19]. Avec son frère Joseph, ils lui font parvenir les masques et terminent la lettre d’accompagnement par la question [20] : « Achèteriez-vous encore d’autres objets anciens du XVIIIe siècle comme des serrures, des armoires, des Kränzelschachteln [21], etc. ? » Il est certain que les frères Roth n’étaient pas les seuls à saisir une occasion de gagner quelques francs. Rütimeyer entretenait ainsi des contacts commerciaux plus ou moins intensifs avec une demi-douzaine de personnes. Dans le cas qui nous occupe, le père Auguste Roth (1886-1922) avait neuf enfants dont un mourut dans sa première année. Parmi les huit survivants, il y avait Josef (1878-1960) et Heinrich (1880-1945), le vendeur de la seringue. Ce dernier se fit construire un immeuble au début du XXe siècle, dans lequel il ouvrit un restaurant, mais fut contraint de le vendre à la suite de difficultés financières. Il épousa en 1908 Stefanie Jaggi et trois filles naquirent de cette union en 1909, 1910 et 1912. Les enfants nés en 1913,1914, 1915 et 1918 moururent au berceau (Bellwald, 2001 : 260 sq). « Il devait s’en aller, tout vendre ; c’était alors la famille la plus pauvre du village » relate sous couvert d’anonymat un de nos informateurs [22]. Que Roth ait connu des déboires financiers et qu’il soit considéré jusqu’à aujourd’hui par l’ancienne génération comme un « original » ou un « fieffé coquin », nous permet de comprendre son penchant à faire commerce de nombreux objets avec Rütimeyer.

Les entretiens ont permis d’obtenir certaines informations sur les vendeurs, qui confirment en l’occurrence les soupçons de contrefaçon. Cela ne signifie pas pour autant qu’il n’y ait jamais eu durant le carnaval de seringues dans la vallée. Il s’agit alors de découvrir des témoignages oraux qui attesteraient l’existence d’une telle pratique. Tout en tenant compte des constatations précédentes selon lesquelles la seringue aurait disparu dès les années 1880, je me suis efforcé de récolter des indices dans la vallée. Non pour une fois encore reconduire le « mythe du Lötschental », mais pour faire une preuve par l’exemple et, dans une situation sans issue, essayer de documenter un objet de cette manière.

Comme je constatais que parmi les personnes interrogées aucune n’avait vu réellement la seringue utilisée, je leur demandais si elles en avaient entendu parler par les générations disparues aujourd’hui. Au gré de mes rencontres dans les quatre villages durant ces 15 dernières années [23], je profitais de l’occasion pour leur poser des questions sur l’existence de la seringue. De nombreux entretiens n’apportèrent pas de précisions, la majorité des personnes interrogées répondaient qu’elles n’avaient jamais vu ni entendu parler d’un tel objet. Je récoltais ainsi beaucoup de témoignages négatifs qui ne manquaient pourtant pas de richesse sur les anciennes pratiques de carnaval. Les témoins restaient muets sur la seringue ou alors ne se souvenaient pas de ce détail [24]. Je ne me laissais cependant pas décourager. Avec du temps et de la patience, je rassemblais les informations recueillies sur l’ensemble des communes de la vallée qui, sans aucun doute, prouvent l’usage de seringues à carnaval. Les témoignages sont importants dans le cas de notre objet, et comme il s’agit d’un aspect jusqu’à présent peu considéré au regard d’un carnaval lui-même extrêmement documenté, il vaut la peine de présenter ici ces informations sous leur forme originale.

Hilarius Ebener, né en 1900 à Eisten, rapporte lors d’un entretien à Blatten en février 1987 (notes écrites) : « Le sac de cendres et la seringue à sang auraient été utilisés pour les filles du Châtelain, au siècle passé [c’est-à-dire au XIXe siècle]. C’étaient de vraies friponnes. On les avait aspergées avec du sang, avec celle [la seringue] dont on fait les saucisses. A Wiler, ils avaient encore une seringue comme ça, à ce qu’on disait ».
- Et quand était-ce ? Quel âge avaient les filles du Châtelain ?
- Les filles du Châtelain étaient à l’époque encore jeunes. Elles s’appelaient Thérèse et Anna (nées Bellwald). Elles devaient être nées dans les années 1860.
- Et qu’est-ce qu’on racontait à Wiler ?
- A Wiler, ça aurait été la Katherine de Läx qu’ils aspergeaient.
- Qui ?
- C’était la fille d’Alex. Läx comme ils disaient. Elle s’appelait Katherine Rieder
 [25].
- Quand est-elle décédée ?
- Elle est morte vers 1920. Lorsqu’ils ont aspergé la fille, le père a débarqué et a dit : « Où est-ce qu’ils t’ont touchée ? »
[Le père en voyant sa fille couverte de sang, pensa que les masqués l’avaient blessée]. Elle est devenue la femme d’Ignaz Ritler.
- Avez-vous vu une fois une telle seringue ?
- Jamais durant les défilés de masques. Sinon oui, c’était la seringue pour faire les saucisses, en fer blanc. D’autres utilisaient une corne de vache. Ils pressaient avec les doigts d’un côté et enfilaient la pointe dans un intestin pour le remplir et faire des saucisses.

Dans un entretien enregistré à Blatten en juillet 1989, Leo Kalbermatten, né en 1915 dans le même village, explique : « Notre défunt père (*1871) racontait qu’il avait lui-même entendu raconter, mais jamais vu de ses propres yeux, que les filles du Châtelain étaient des crapules lorsqu’il s’agissait de taquiner les masqués. Une fois elles étaient à la fenêtre. Alors que les Tchäggättä remontaient lentement la ruelle étroite [26], un masqué attendait que les autres lui donnent un signal. Les filles ne l’avaient bien sûr pas vu venir. Il les aspergea de plein fouet avec une corne à saucisse ! Et le Hans qui rentrait justement d’avoir fendu du bois s’exclama : “C’est bien fait !”. Ils avaient rempli la seringue de purin. »

Dans un entretien effectué en avril 1987, Adelheid Tannast qui est née en 1897 à Blatten évoque les faits suivants indépendamment des dires de Kalbermatten (notes écrites) : « La famille du Châtelain habitait en amont de la maison d’Alfons [Elle fait référence à l’actuelle demeure du sacristain Alfons B.], à l’étage supérieur, où il y avait à l’époque l’ancienne poste. C’étaient Anna, Theresa et Maria. »
- Elles étaient de quelles années ?
- Anna était de 1855, Theresa de 53 et Maria était plus âgée que Theresa, mais je ne peux plus te dire de quelle année
 [27] [...].

Elles avaient probablement joué un mauvais tour aux Tschäggättä. Et ceux-ci les avaient aspergées de sang jusqu’à la fenêtre avec une corne à faire les saucisses. « Lorsqu’ils faisaient boucherie, ils mettaient ces choses de côté. Nous aussi on faisait boucherie à carnaval. Le Châtelain leur avait alors dit : “Vous n’auriez pas dû provoquer les masqués !”. Mais cela s’est passé avant mon époque. »
- Avez-vous vu la seringue ?
- Je n’ai jamais vu de seringue.

 
16. Anna Bellwald de Blatten (1861-1932), dite la fille du châtelain, qui, étant jeune fille, avait fait connaissance avec la seringue à sang.

Née en 1916 à Blatten, Lina Kalbermatten rapporte dans un entretien de juin 1992 qu’elle a entendu dire que les Tschäggättä aspergeaient par le passé les femmes avec des vessies remplies de sang (notes écrites). Né en 1909 à Ried, Max Rubin est questionné au home de Kippel en mai 2000 pour savoir s’il a souvenir que les Tschäggättä projetaient autrefois du sang ou du purin : « Du lisier. Ils avaient déjà aspergé avec du lisier ».
- Ils l’ont vraiment fait ?
- Oh que oui qu’ils l’ont fait ! Le Quarin pratiquait ça. Tu peux en être sûr !
- De quelle année était-il ?
- De 91 je crois qu’il était de 91
[1891].
- Ça se faisait souvent ?
- Oh que oui, on aspergeait les femmes, oui, oui.
- Et avec quoi Quarin projetait-il le purin ? Avec quel ustensile ?
- Avec une corne ! Avec une corne pour faire les saucisses !
- Cela ne causait-il pas un énorme scandale ?
- Hm.... à l’époque on pouvait faire des farces sans que cela fasse scandale. Aujourd’hui Dieu sait ce qui se passerait.
- Et quelles femmes le Quarin aspergeait-il ?
- Les femmes de sa propre maisonnée !
- Ses propres sœurs ?
- Oui oui, l’Angelika, ma tante.
- Et il l’attrapait ?
- Oui, oui. Dans la petite chambre
[il rit], dans la petite chambre. Il l’avait attrapée dans la petite chambre. J’avais la clé dans la poche de mon pantalon, et il me l’a prise.
- Et c’était à Blatten ?
- Non, à Eisten.
- De quelle année Angelika était-elle ?
- De 92, 93, 94 ? ou de 91 ?
- Et tu étais aussi à Eisten, déguisé en Tschäggätta ?
- Non, comme gamin. A l’âge de 3 mois, ils m’ont pris à Eisten. Et c’est pour ça que j’étais là. Ils m’ont donné la clé de la petite chambre. Je l’ai mise dans la poche de mon pantalon et je me suis glissé sous le lit de la salle de séjour. Et il est arrivé et m’a tiré par une jambe. Il a fouillé mes poches et trouvé la clé, et il est entré dans la petite chambre.
- Et il avait une de ces cornes ?
- Oui oui, une de ces cornes à saucisse. Elle était remplie de purin.
- Tu te souviens d’autres qui aspergeaient ?
- Non.
- Alors il était comme ça le Quarin ?
- Que oui, le Quarin était un farceur, tu peux en être sûr ! Mais c’était un bon travailleur.

Dans l’entretien conduit à Wiler en mai 1987 (notes écrites), Rudolph Ritler qui est né en 1901 se souvient : « d’une seringue avec laquelle ils projetaient du sang, j’en ai entendu parler. » « Vous l’avez vue ? » « Non, je ne l’ai jamais vue. ». Agnes Lehner-Ritler raconte : « J’ai entendu dire qu’ils auraient gardé la chose lorsqu’on faisait boucherie, mais je ne l’ai jamais vue moi-même. » [28] Viktoria Lehner-Rieder rapporte qu’elle n’a jamais vu une seringue de Tschäggättä, mais qu’elle en a entendu parler [29]. Selon Thomas Henzen : « Quand mon père [Oskar Henzen, *1893] était gamin, les Tschäggättä avaient des seringues pour asperger les filles et les femmes qui se tenaient aux fenêtres. Ils utilisaient du sang ou de la boue ; ce qui était solide, ils le jetaient directement. Ah tu sais, le village était vide de peur des masqués. Et quand j’étais gosse [dans les années 1920], ils barbouillaient avec des gants qui étaient non seulement pleins de suie, mais également de bouse de vache. C’était de la cochonnerie. Aujourd’hui, cela donnerait lieu à de véritables procès » [30].

Angela Jaggy raconte sans pouvoir préciser quand cela s’est passé et s’il s’agissait de Tschäggättä ou de Maschgini (la seconde figure masquée du carnaval) : « Il y avait aussi ceux aussi qui aspergeaient avec des vessies animales. » [31] Melchior Siegen, le père du Prieur, aurait fait Tschäggättä avec une seringue à encre. Cela devait être vers 1890, mais elle ne se souvient plus d’où elle le sait. Lors d’un entretien ultérieur en juin 1992, Angela pense que c’était une seringue à sang.

Alors que la seringue de Bâle est revenue dans la vallée lors d’une exposition au Musée du Lötschental, Bonifaz Ritler [32] raconte devant l’objet : « Oui, ils utilisaient du sang et de la suie [...]. Je ne l’ai moi-même jamais vu. J’en ai entendu parler. Notre grand-père le racontait.
- Qu’est-ce qu’il racontait ?
- Qu’ils avaient une de ces choses, une seringue en bois, qu’ils remplissaient de suie et de sang, et avec laquelle... — mais ce piston n’est certainement pas l’original. Il fallait que cela soit bien étanche. Sinon le liquide s’écoulait par l’arrière.
- Et le grand-père Bonifaz racontait cela ?
- Oui, le Bonifaz.
- De quelle année était-il ?
- De 56, 1856. Il connaissait aussi le Gibsten. Il l’aimait bien !
[ironique] Il a interdit de faire Tschäggättä. Tu sais — jamais un bon mot ! Jamais un ! Je n’ai jamais entendu grand-père dire de la méchanceté de quelqu’un, mais de Gibsten... il disait souvent qu’il avait de la chance que personne ne l’ait abattu ! Ça avait dû être un type extrêmement sévère.
- Le grand-père a-t-il raconté tout ce qu’il a fait comme choses incroyables ?
- Oui, qu’il a interdit la pratique des masques, et aussi parce qu’ils
[les garçons et les filles] se retrouvaient dans les chalets d’alpage. Et plus de danse ni rien.
- Et il parlait aussi de la seringue ? Quelles filles et quelles femmes étaient-elles aspergées ?
- Oui, à la fenêtre, lorsqu’elles regardaient par la fenêtre, disait-il. Oui, c’était la même chose avec les sacs de cendres.
- Les Tschäggättä ont-ils aussi projeté du purin ?
- C’est-à-dire que grand-père parlait de sang et de suie.

La conversation avec Josef Murmann a commencé ainsi [33] :
- Avez-vous déjà entendu dire que les Tschäggättä utilisaient autrefois des seringues avec lesquelles ils projetaient du sang ou du purin ?
- Oui c’est ce qu’on racontait jadis. Du sang et du purin surtout. Oui.
- Qui disait ça ?
- On l’entendait dire ainsi.
- Et c’était à quelle époque ?
- C’était avant le temps de nos pères. Le prieur Gibsten l’avait interdit...

 
17. « Oui, je m’en souviens ». Renseignement de la population locale : ici Erwin Werlen — né en 1913 à Ferden — confirme l’utilisation d’une seringue par les masqués jusqu’au début du XXe siècle.

Erwin Werlen, né en 1913 à Ferden, rapporte dans un entretien de mai 2000 (enregistrement) :
- Avez-vous entendu dire que les Tschäggättä auraient projeté du sang ou du purin, ou quelque chose de comparable ?
- Oui, ils le faisaient. Et comment que je me souviens qu’ils ont aspergé l’Annamaria Blötzer, celle qui a marié un Bellwald...
[s’ensuit une présentation sur chaque famille]. Oui, ça devait être alors quelque chose comme ça [il montre sur la photo la seringue VI 6870] ou bien celle-ci [la seringue en fer blanc]. Oui ils aspergeaient avec de tels objets vers le haut [en direction des fenêtres]. Aujourd’hui tout est fermé [il y a une véranda], à l’époque il y avait un balcon. Elle est sortie, et de là-haut, je me souviens bien, je la connaissais bien, elle leur a peut-être même dit quelque chose pour les provoquer, quelque chose comme : “Vous n’arriverez pas jusqu’en haut” et ça n’a pas duré pour qu’ils se ramènent avec une de ces seringues. »
- La femme qu’ils ont aspergée, de quelle année était-elle ?
- De 4, de 1904.
- Et cela c’est passé quand ?
- Qu’est-ce que j’avais ? Peut-être 5 ans. Et je suis né en 1913, en octobre. Je pouvais déjà comprendre quelque chose. Ça avait été un vrai tumulte. Ah, un vrai scandale !
- Et avec quoi les Tschäggättä ont-ils aspergé ?
- Ils avaient une de ces choses, et aspergeaient avec vers le haut.
- Et qu’est-ce qu’ils mettaient dedans ?
- Du sang liquide, mais c’était mélangé, parce que sinon - seulement du sang ça n’aurait pas fonctionné. Ils le mélangeaient avec quelque chose de pas vraiment fort, mais quand même.
- Et l’Annamaria a été touchée ?
- Oui, ils l’ont touchée ! Et sur ce, la mère Viktoria est sortie qui criait : “Pauvre enfant ! Couverte de sang et pas de trou !”
- Pauvre ?
- Oui, pauvre, elle parlait comme ça. Elle disait toujours pauvre enfant.
- Et que pensait-elle avec pas de trou, pas de blessure ?
- Non, lorsqu’ils ont aspergé vers le haut, elle avait ensuite ausculté sa fille. Pauvre enfant, couverte de sang et nulle part un trou !
[rires].
- Je voulais encore demander : Est-ce qu’Annamaria avait particulièrement nargué les masqués ?
- Oui, tu sais, ça elle l’avait très probablement déjà fait, c’était une vraie farceuse. Et ils
[les masqués] l’avaient sûrement à la bonne.
- Celui qui l’aspergeait, Lehner Eduard, le connaissais-tu ?
- Non, je ne le connaissais pas. Son frère oui, mais lui non. Mais pourquoi l’a-t-il aspergée ?
- Parce qu’elle l’avait tout simplement provoqué ! Comme cela se faisait. Les jeunes filles, celles qui étaient orgueilleuses, avaient simplement provoqué les masqués qui étaient là dehors. Et elle, elle n’avait pas la langue dans sa poche.

Au détour d’une question, Erwin Werlen rapporte « L’Eduard l’a aspergée. C’était un téméraire. Comme berger à l’alpage il avait volé le chaudron à fromage, une sacrée farce ! »  [34].

Au début de notre enquête, il n’était pas évident de déterminer si la seringue était autrefois un objet d’usage courant dont il ne restait qu’un exemplaire ; si nous avions à faire à une contrefaçon isolée ; si les masqués avaient vraiment projeté du sang, de la suie et du purin ; et enfin à quoi auraient pu ressembler ces seringues. Les recherches ont permis d’éclaircir certaines questions et nous ont conduits à de surprenants résultats qui permettent d’affirmer ce qui suit :

1. La pièce a été acquise au début de l’année 1916 par Leopold Rütimeyer des mains d’un habitant de la vallée. Elle se trouve depuis au Musée des Cultures de Bâle. Elle constitue le seul exemplaire de seringue de carnaval des Tschäggättä connu à ce jour. Si les figures de carnaval sont devenues célèbres, cet accessoire reste quasiment ignoré de la littérature sur le sujet.

2. La question se pose dès lors de savoir si la pièce acquise par Rütimeyer n’est pas une contrefaçon. Il est frappant de constater que l’achat de la seringue coïncide avec la première hausse conjoncturelle de la demande urbaine en masques dont le développement des activités locales des sculpteurs et des artistes (les peintres Albert Nyfeler et Karl Anneler) est la conséquence. Comme notre objet ne peut apparemment pas servir de poussoir à saucisse ni de clystère, son usage semble être uniquement carnavalesque. Ce qui renforce le soupçon de falsification, d’autant plus que les résultats des analyses scientifiques ont montré l’absence totale de suie ou de purin sur les parois internes de l’objet incriminé. Le visage de peau qui y est cloué va dans le sens d’une fabrication destinée aux amateurs de masques. Il reste néanmoins l’éventualité qu’un seul exemplaire de la seringue de Tschäggättä ait été conservé parce que la passion des collectionneurs se limitait aux masques, et que généralement les accessoires des figures carnavalesques (bâtons, sonnailles, sacs de cendres, vessies de porc, etc.) ne présentaient pour eux aucun intérêt. Il en est de même des autres figures masquées qui, à l’exception des Tschäggättä, n’ont pour ainsi dire ni été décrites, ni collectionnées : les Otschini avec leur déguisement en tissu, les hibschun Liit affublés d’un masque en treillis métallique et d’un voile, les Maschgini avec le visage caché sous de vieux chiffons, etc.

3. Il est clairement apparu au cours des entretiens que la seringue était effectivement remplie avec du sang ou des excréments liquides et était utilisée durant le carnaval par les Tschäggättä. Cela n’était certes pas chose courante, mais le fait est avéré dans les quatre villages de la vallée. La plupart des masqués ont abandonné cette pratique autour des années 1870-1880. L’usage est tombé en désuétude et ne se manifesta plus que sporadiquement au début du XXe siècle. Il semblerait que l’aspersion était destinée aux femmes : celles qui se raillaient de la démonstration masculine du pouvoir ; celles qui se barricadaient dans les maisons et provoquaient les masques depuis les fenêtres ; ou encore celles qui étaient impliquées dans des conflits personnels durant l’année et aimaient cancaner là-dessus (selon les propos des hommes concernés). La projection de sang ainsi que d’autres pratiques grossières comme frapper avec un sac de cendres, barbouiller les visages avec des gants, voler la marmite pleine de viande sur le feu, furent balayées par « l’embourgeoisement des coutumes ». Ce qui était alors acceptable socialement devint après 1900 une exception et ne fut plus toléré par la population locale.

4. Cette disparition de la seringue n’est en soi pas étonnante. Au contraire elle s’inscrit dans une tendance générale apparue dans maintes régions au cours du XIXe et du XXe siècles : une certaine standardisation apportée aux « coutumes populaires » qui, doublée d’une stylisation et d’une esthétisation, aboutit à un déroulement normalisé et « soigné » des manifestations traditionnelles. Ce qui aujourd’hui nous paraît comme brutal, peu appétissant et grossier, n’était pas alors ressenti de façon aussi contraignante, tout au moins pas avec autant d’intensité. D’une part cette époque était marquée par un contact quotidien et direct, que l’on ne peut concevoir de nos jours, avec des événements tels que la mort, la bagarre, le froid, la saleté, les odeurs — sans vouloir pour autant évoquer le mythe de la rudesse des mauvais temps anciens. D’autre part, le recours à la force corporelle et l’usage de la violence étaient dans cette société certainement plus habituels et mieux tolérés qu’aujourd’hui, car considérés comme allant de soi. [35]

5. Les recherches ultérieures portant sur d’autres exemples comparables montrent que la seringue à sang n’est pas un cas extraordinaire, qu’elle n’est pas « typique » ou exclusivement « lötscharde », mais qu’elle était autrefois largement présente dans les coutumes carnavalesques et que l’aspersion avec de l’eau, du sang, de l’urine, du cambouis ou des produits plus ou moins similaires était fréquente. L’élargissement de notre regard autorise à prendre à témoin les sources historiques comme les exemples contemporains, à l’instar de la seringue à sang de Franz Kümmin Einsiedeln en 1651, ou de la pratique des seringues à eau des Röllelibutzen d’Alstätten encore en usage aujourd’hui. Relevons, en marge, que la police du canton des Grisons s’était préparée à affronter avec des lances à purin (identiques aux lances à incendie) les groupes venus manifester contre l’ouverture du World Economic Forum de Davos en 2001. Elle avait demandé aux paysans de se tenir à disposition avec des tracteurs et des citernes à purin [36].

6. La pièce en question est cependant un cas singulier dans le sens où il s’agit d’un objet banal, transformé afin de produire un aspect archaïque hypertrophié avec ce visage décoratif en peau, l’extérieur du cylindre noirci et la facture intentionnellement grossière ; un objet unique, fabriqué en vue d’une vente et dont la forme ne ressemblait pas trop aux seringues utilisées réellement. En fait ce sont deux pièces appartenant à la sphère du quotidien, en bois ou en fer blanc (image 13, image 14), finement travaillées, et utilisées pour la fabrication des saucisses, qui servaient réellement à projeter du sang ou de l’eau à carnaval, tandis que le purin ou la suie liquéfiée étaient giclés avec d’anciennes cornes à saucisse, voire avec des seringues fabriquées artisanalement pour cet usage.

7. Certains usages coutumiers disparaissent plus rapidement que d’autres. En ce qui concerne les entretiens relatifs à l’existence de la seringue, il semble que l’usage ait disparu avant 1900, sinon les anciens de la vallée (nés dans les années 1890) et les premiers ethnographes (Stebler dans les années 1890) auraient dû la voir. Les seringues furent probablement abandonnées dans les années 1880, au plus tard dans les années 1890, ce qui correspond aux informations reçues par Rütimeyer en 1915-1916 selon lesquelles la seringue n’était plus utilisée depuis 30 à 40 ans. Mais ce qui n’existe plus depuis plus d’un siècle — et nous revenons à nos considérations du début — est pour les médias d’aujourd’hui « une histoire » suffisamment bonne à prendre. Une des conséquences est que les touristes qui visitent la vallée se plaignent que les Tschäggättä ne se comportent désormais plus de manière sauvage, que la coutume est quelque peu délavée, et que c’est fort dommage...

Nous touchons ici à la distinction entre les visions exogènes et les visions endogènes projetées sur cette seringue. Pour les étrangers à la vallée, la pièce était une relique des temps païens relevant d’un culte de la fertilité. Dans la vallée elle-même en revanche, elle signifiait la peur et la crainte pour les filles, le malin plaisir de faire montre de sa force pour les garçons (cf note 36 sur la question) ; les habitants des villages adoptant à cet égard une position oscillant entre la colère et l’approbation. Ainsi, les modes de comportement et de pensée qu’engendre un objet tel que la seringue, nous donnent-ils accès aux valeurs propres au système patriarcal régissant cette communauté villageoise. L’usage de la seringue ne doit pas être considéré seulement comme une réponse contraignante du sexe fort à une provocation féminine, ou une (prétendue) transgression de rôles ; il fait aussi partie d’un jeu de farces carnavalesques et de taquineries : enfants et adultes provoquaient les Tschäggättä et criaient « Heela, heela Tschäggättä », « Vous êtes trop faibles », « Vous n’arriverez pas à nous attraper ! » titillant ainsi les masqués.

En plus d’être un objet singulier (falsifié), documenté grâce aux entretiens oraux, notre seringue à sang devient un exemple de l’évolution générale des coutumes carnavalesques qui perdent au cours du XIXe siècle leur grossièreté à cause de la pression « civilisatrice », pour n’être plus que des événements ordonnés et des plaisanteries inoffensives : cortèges, « étreintes » des passants, critique sociale empruntant la voie des journaux de carnaval et des Schnitzelbänke [37] plutôt que celle des agressions corporelles — observations que l’on peut faire dans le Lötschental, mais qui sont également exemplaires des transformations relevées au cours des cent dernières années dans plusieurs régions à masques de Suisse, d’Allemagne du Sud et d’Autriche. La disparition de la seringue est enfin liée au développement des techniques, dans la mesure où la machine à saucisse (modèle de table à manivelle qui souvent comprend le hachoir et le poussoir), qui fit son apparition au début du XXe siècle, s’est substituée à la corne à saucisse requérant une manipulation pénible. Disparaissant avec les années, elle n’était plus à portée de main à carnaval.

L’auteur remercie pour leur relecture critique et leurs précieux conseils au cours de l’enquête : Ignaz Bellwald (Kippel), Ernst J. Huber (Bâle), Hans Kalbermatten (Blatten), Norbert K. Lüber (Bâle), Eric Roulier (Chermignon), Bernard Rütimeyer (Bâle), Josef Siegen (Zug/Ried), Vera Tobler (Bâle), Dominik Wunderlin (Bâle).

 
 

Notes

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[1] Theo Gantner propose un schéma historique fait de raccourcis maladroits justifiant ainsi n’importe quels carnavals. L’auteur remonte aux croyances démoniaques, aux cultes de la fertilité et aux cultes des morts, vieux de 2000 ans. Puis fait un saut jusqu’aux XVIe et XVIIe siècles en citant le bannissement lié plus particulièrement à la peste. Un troisième saut jusqu’au XIXe siècle, avant tout durant la seconde moitié de ce siècle, en instaurant une continuité de faits avec la croyance liée aux rites de la fertilité et en remerciant les promoteurs folkloristes et les amateurs qui ont réanimé ces traditions (Gantner, 1970)

[2] Note du traducteur : L’auteur joue ici sur le mot Tschäggättä - « gescheckt » désigne une peau d’animal tachetée de couleurs différentes (l’équivalent de patchoulé en parlé du Valais romand). Pour davantage d’informations voir Bellwald, 1999.

[3] Note du traducteur : Il est ici question du bâton muni d’un croc utilisé pour la manœuvre d’embarcations ou du flottage du bois : der Flösserhaken dans le texte allemand.

[4] Rütimeyer parle du sac de cendres et de sa disparition (Rütimeyer 1907 : 203), mais il ne semble pas alors avoir connaissance de l’existence de la seringue. Pour de plus amples renseignements sur sa personnalité, voir Stöcklin 1961 et Stebler 1907.

[5] « Des questions posées à propos de l’utilisation d’une seringue en période de carnaval, autrefois, sont souvent restées sans réponses ; lorsqu’il y avait des réponses positives, il était sensible qu’elles étaient induites par la trouvaille de Rütimeyer ; cela ne se produisit qu’une ou deux fois. Il est possible que l’utilisation de cette seringue soit un accident dans le déroulement du carnaval ; il est probable que l’utilisation d’une seringue en période de carnaval était restreinte, ou qu’elle se soit restreinte. Les réponses négatives l’emportent malgré tout sur les réponses positives » (Vallerant , 1976).

[6] Registre des actes, réf. 713/VI 6870 du Musée des Cultures (Bâle). Département Europe. Décembre 1915-janvier 1916 et mars 1916.

[7] Note du traducteur : dans le texte allemand l’auteur utilise le mot Wursthorn qui, traduit littéralement, donne corne à saucisse. C’est ce terme que j’ai utilisé lorsqu’il désignait par sa forme la seringue à sang. De nos jours l’ustensile qui sert à bourrer de viande le boyau est appelé poussoir à saucisse (en allemand Wurstspritze), mais il n’a pas forcément l’aspect d’une grosse seringue. Par analogie, on trouve aujourd’hui sur le commerce des seringues à biscuit en inox qui sont également vendues pour faire des saucisses et qui ont l’aspect de celles illustrées dans le texte. En patois du Valais romand, l’objet est appelé : embochyo.

[8] Dr. Kurt Zollinger, René Steiger, Herbert Küng : Bericht zur Untersuchung des Objektes VI 6870 « Tschäggätunschbrizza », Stadtpolizei Zürich, Wissenschaftlicher Dienst, 26..9.2001.

[9] Courrier d’Eduard Hoffman-Krayer à Leopold Rütimeyer, Bâle 11.3.1916. L’original est en possession de Dr. Bernard Rütimeyer, Bâle.

[10] Lettre d’Eligius Rieder, Kippel, à Leopold Rütimeyer, Bâle, datée du 12.11.1915. L’original fait partie de la collection du professeur Arnold Niederer-Nelken, Zürich.

[11] Lettre d’Albert Nyfeler, Langenthal, à Leopold Rütimeyer, Bâle, datée du 20.2.1916. L’original est en possession du Dr. Bernard Rütimeyer, Bâle.

[12] Johann Baptist Gibsten (1830-1904) né à Fiesch en Valais, fut prieur à Kippel de 1864 à 1876. Il rédigea durant cette période une importante chronique qui se trouve dans les archives paroissiales de Kippel, classée sous la côte G7. Le passage sur l’interdiction de « faire Tschäggättä » a été vraisemblablement écrit dans les premières années de son priorat.

[13] Note des éditeurs : Pour une étymologie détaillée du terme se rapporter à la version originale en allemand de l’article (Bellwald, 2002), note 20.

[14] Il est fait mention de dénonciations à Bâle en 1516 : « au cours de toutes sortes d’interactions grossières, on frappait avec des sacs » et à Zürich en 1601 : « on courait avec des sacs pleins de cendre avec lesquels on frappait les gens » (Hoffman-Kräyer, 1897 : 275)

[15] Lettre d’Heinrich Roth à Goppenstein à l’attention de Leopold Rütimeyer à Bâle, 31.01.1916. L’original est en possession du Dr. Bernard Rütimeyer, Bâle.

[16] Le terme Skitze figure dans le document original ; il n’est pas possible de savoir dans quelle mesure son emploi était parallèle à celui du terme Spritze et s’il en était une déformation ; il pourrait être rapproché du dialecte ä Schgutz ou ä Schgitz désignant un jet ou un filet d’eau (ein Wasserstrahl).

[17] Lettre d’Heinrich Roth à Goppenstein à l’attention de Leopold Rütimeyer à Bâle, février 1916. Le document original est en possession du Dr. Bernard Rütimeyer, Bâle. Note du traducteur : La traduction de la lettre ne rend pas compte du style de Roth. Dans l’article publié Werner Bellwald a introduit des corrections afin de permettre une meilleure compréhension.

[18] Lettre d’Heinrich Roth à Goppenstein à l’attention de Leopold Rütimeyer à Bâle, 12.02.1916. Le document original est en possession du Dr. Bernard Rütimeyer, Bâle.

[19] Lettre d’Heinrich Roth à Goppenstein à l’attention de Leopold Rütimeyer à Bâle, 29.12.1916. Le document original est en possession du Dr. Bernard Rütimeyer, Bâle.

[20] Lettre non datée de Josef Roth à Wiler à l’attention de Leopold Rütimeyer à Bâle. Le document original fait partie de la collection d’Arnold Niederer-Nelken, Zürich.

[21] Il s’agit probablement d’une boîte qui contenait les ornements vestimentaires que portaient les jeunes filles lors des processions religieuses.

[22] Entretien avec N.N., Lötschental, avril 2002

[23] Note du traducteur : L’auteur est natif de la vallée et habite à Ried.

[24] D’autres personnes ont été interrogées, parmi lesquelles l’historien local Ignaz Bellwald (*1940) de Kippel, une des meilleurs sources d’information de la vallée, Agnes Meyer-Ebener (*1926) de Kippel, Berthy Bellwald-Ritler (*1911) de Kippel, Stefan Ambord (*1932) et Robert Stetter (*1923) de Ferden, Hugo Lehner (*1932) de Ferden, Theobald Rieder (*1922) et Stephan Rieder (*1897) de Wiler, Mathilde Kalbermatten-Tannast (*1918) de Blatten, ainsi que d’autres personnes.

[25] Angela Jaggy de Kippel, historienne locale férue de généalogie fournit à ce propos quelques renseignements en mai 1987 : Kathrin Rieder est née en 1871 et décède en 1920. Elle était la grand-tante de la famille Rieder de Wiler et la fille d’Alex, d’où son surnom de Läx Katrin. Elle épousa Ignaz Ritler, dénommé le dr Bluäd (sang) Naz parce qu’il faisait boucherie.

[26] La ruelle étroite dans la partie du village de Blatten que l’on nomme La Place.

[27] Angela Jaggy précise que les filles du Châtelain étaient : Theres (*1855), Anna (*1861) et Maria (*1853, épouse de Lorenz Bellwald de Wiler). Elles étaient les filles de Josef Bellwald et de Theresia, née Siegen, de Ried. Josef était Châtelain à Blatten, et il décéda en 1899.

[28] Agnes Lehner-Ritler, née en 1912 à Wiler, mariée à Ferden, mars 1987 (notes de mémoire).

[29] Viktoria Lehner-Rieder, née en 1899 à Wiler, mariée à Ferden, entretien à Ferden en avril 1987 (notes de mémoire).

[30] Thomas Henzen, né en 1920 à Goppenstein, entretien à Kippel en mai 2000 (enregistrement).

[31] Angela Jaggy, née en 1921 à Kippel, entretien en mai 1987 (notes écrites).

[32] Bonifaz Ritler, né en 1920 à Goppenstein, entretien en mai 2000 (enregistrement).

[33] Josef Murmann, né en 1917 à Ferden, entretien en mai 2000 (enregistrement).

[34] Entretien en avril 2002 (notes écrites).

[35] Werner Röllin résume ainsi l’évolution générale : « Le carnaval était encore jusqu’au tournant du siècle souvent grossier, vulgaire et beaucoup plus agressif qu’aujourd’hui, marqué par les rivalités entre villages et des bagarres. Ce n’est qu’avec la création de groupements organisateurs, d’association ou de sociétés carnavalesques qu’il est devenu en quelque sorte une fête de salon et que, par ce biais, ces coutumes ont abandonné un certain nombre d’anciens éléments... » (Röllin, 1985 : 203-226).

[36] voir par exemple le journal gratuit Metro du 26.01.2001, p.6 (note de l’éditeur : ce journal ne paraît plus en Suisse aujourd’hui).

[37] Note du traducteur : Die Schnitzelbank : strophe satirique rimée et chantée dont la dernière ligne contient la « pointe » (Chappaz-Wirthner 1995). Le thème fait généralement référence à un événement connu de la population qui s’est passé au cours de l’année qui précède carnaval

 
 

Bibliographie

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Werner Bellwald
Un vrai faux ethnographique au musée ? Enquête sur une seringue de carnaval,
Numéro 18 - juin 2009
Echos et reflets alpestres : regards ethnologiques sur le Valais.