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	<title>ethnographiques.org - derniers comptes rendus</title>
	<link>http://www.ethnographiques.org/</link>
	<description>Revue en ligne de sciences humaines et sociales</description>
	<language>fr</language>

	

	


	
		
		<item>
		<title>JADÉ Mariannick, 2006, Patrimoine immatériel : perspectives d'interprétation du concept de patrimoine</title>
		<link>http://www.ethnographiques.org/2008/Boulghallat.html</link>
		<description>&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;span class='spip_documents spip_documents_left' style='float: left; width: 283px;'&gt;&lt;img src='http://www.ethnographiques.org/IMG/jpg/clip_image002-5.jpg' width='283' height='283' style='border-width: 0px;' alt=&quot;(JPEG)&quot; /&gt;&lt;/span&gt; Dans son livre &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Patrimoine immatériel &#8212; Perspectives d'interprétation du concept de patrimoine&lt;/i&gt;, Marrianick Jadé nous livre une lecture critique du concept de « patrimoine immatériel » (21-22). Précurseur en la matière, cet ouvrage reconstruit en quatre parties le cheminement de la pensée philosophique sur le fait patrimonial. L'auteur y analyse, d'une part, les recommandations et les conventions internationales associées au concept de « patrimoine » (deuxième partie, chapitre 1) et présente, d'autre part, ses différentes significations dans les sciences humaines et exactes (troisième partie, chapitre 2). S'ouvre ainsi un débat stimulant sur la relation entre le concept de « patrimoine » et le devenir de l'Homme (quatrième partie, chapitre 1).&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;En introduction (25), l'auteure note que « héritage » et « patrimoine » présentent de nombreuses similitudes. Jadé rappelle ainsi que le premier terme se définit selon le &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Petit Robert&lt;/i&gt; comme « le patrimoine laissé par une personne décédée et transmis par succession ». L'étymologie latine du second &#8212; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;patrimonium&lt;/i&gt;, de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;pater monium&lt;/i&gt; = bien du père) &#8212; lui accorde par extension « l'héritage du père » (30). Toutefois, cette terminologie comparée n'implique pas une synonymie complète dans le champ sémantique. Leur distinction, nous dit Jadé, repose sur une nuance capitale : l'un décrit la transmission d'un bien dans le cadre de la sphère publique, l'autre décrit la transmission d'un bien dans le cadre de la sphère privée (30).&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;L'analyse de Jadé associe régulièrement le patrimoine culturel immatériel et le développement durable. Ces deux concepts participent à la compréhension de la patrimonialisation du vivant et constituent le cadre de la &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel&lt;/i&gt; publiée en 2003. Cette problématique confère donc une lisibilité et une visibilité globale aux positionnements actuels de l'UNESCO quant à la défense de la diversité culturelle et de la biodiversité. Dans ce contexte, Jadé précise que toutes les richesses inventoriées par l'UNESCO sont censées appartenir à tous les peuples, quelle que soit leur localisation territoriale. Elles deviennent ainsi le bien commun de tous et de personne en particulier (78-80). Ce positionnement idéologique apparaît ainsi au fondement de la notion occidentale de « patrimoine mondial de l'humanité » (90).&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Dans la deuxième partie, l'auteure montre comment le « patrimoine culturel immatériel » réinvestit des apports théoriques essentiels pour réinterpréter le concept de patrimoine dont elle souligne les traits caractéristiques : « sa dimension de fait social, sa réalisation en tant que processus, sa relation avec les notions de perte et de disparition, de mémoire, de vivant et de vitalité, ou encore avec celles de transmission, d'appropriation, de conception &#8212; dynamique &#8212; du temps » (76, 119, 125). Mariannick Jadé avance qu'il a fallu des années pour formuler l'idée de « patrimoine culturel immatériel », la faire naître et grandir, mais seulement deux ans pour produire le texte de ce nouvel instrument normatif [&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/backend-cr.php3#nb1&quot; name=&quot;nh1&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;[1] En octobre 2003, l'UNESCO a adopté la « Convention pour la (...)&quot;&gt;1&lt;/a&gt;]. Cette rapidité n'empêche pas Jadé d'examiner les résistances au projet, lesquelles éclairent l'âpreté des controverses et les difficultés d'assimiler en si peu de temps les évolutions du concept de « patrimoine ». L'auteure se demande notamment en quoi et pour qui le concept est-il réellement opératoire ? Selon l'UNESCO, « le patrimoine culturel immatériel » constitue la source essentielle d'une identité profondément ancrée dans l'histoire, dont les valeurs, en particulier, et les différentes manifestations culturelles, en général, constituent les fondements de la vie d'une communauté et/ou d'un peuple (88). Si les valeurs immatérielles constituent un premier élément de réflexion sur le « patrimoine », Jadé affirme &#8212; à la suite de K. Pomyan &#8212; qu'elles ne permettent pas d'en saisir toute la portée (92). La patrimonialisation n'est-elle pas aussi une réponse réactionnelle de l'Homme face à une mouvance perpétuelle, synonyme de pertes successives ? N'exprime-t-elle pas un désir de continuité ? Ne se manifeste-t-elle pas également comme un processus intentionné de conscientisation de ce qui disparaît et de mise en place d'une action politique ? (92, 235).&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ce raisonnement conditionne la position de l'UNESCO sur la défense d'une politique de « sauvegarde » inscrite dans le mouvement et le changement, et non sur une position de « conservation » mnémonique des réalités culturelles passées, empreintes de fixité : une distinction fondamentale selon Jadé (96) qui met en lumière les modes d'appropriation et de réappropriation continuelle de ces connaissances. Le souci de l'UNESCO porte donc bien sur le processus de transmission de savoirs, mais dans le respect de leurs formes initiales. Or ces pratiques culturelles sont fragiles. Leur maintien est primordial pour assurer la continuité de l'acte initiateur, car leur renouvellement et leur vivacité reposent sur des caractéristiques très particulières. A titre d'exemple, l'auteure indique que l'oralité représente l'un des « éléments essentiels à la pérennité du système [culturel] » (104, 120). Cette double position (attachement à la diversité et menace de sa disparition) est précisément ce qui provoque la « mise en patrimoine » d'un fait social et/ou culturel. Par conséquent, les espaces de sociabilité et l'environnement dans lequel s'exprime le patrimoine doivent également faire l'objet d'une protection (86, 102-104).&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Jusqu'à la troisième partie de l'ouvrage, Jadé questionne régulièrement l'idée même de « concept » à la lumière de sa réflexion sur le patrimoine. Elle propose de distinguer « concept » de « notion » qui introduit l'idée d'un contenu de connaissances alors que le concept est une construction (149). Le concept &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;conçoit&lt;/i&gt;, c'est-à-dire qu'il permet de se représenter une chose en déterminant ce qu'elle signifie par rapport à d'autres choses. Le terme est emprunté du latin &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;conceptus&lt;/i&gt; qui signifie « action de contenir, de recevoir » et plus précisément « réunion, procréation » (18). Par sa fonction, le concept doit être globalisant car il construit des liens et des parentés entre les faits séparés. Il est dès lors réducteur car il atténue les différences, accentue les similitudes et transcende les cas particuliers. Le concept n'est pas le phénomène lui-même, mais son attraction intellectuelle, c'est-à-dire un outil de pensée constant et stable :&lt;/p&gt; &lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« [Le concept] est au c&#339;ur d'une contradiction majeure : il est utile pour mettre en perspective, ordonner et donner un sens, mais il peut aussi mettre en lumière la singularité par l'analyse des distinctions et des ressemblances. Il s'agit donc d'opérer une double démarche : l'une vers le général, l'autre vers le particulier. Le paradoxe de patrimoine est posé. Tout en affirmant une quête de l'universel, il doit également prendre en compte la diversité des expressions culturelles, formelles et historiques du fait patrimonial » (150).&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les questions posées par l'analyse de Jadé sont très stimulantes. Par exemple, à quel niveau de réalité s'exerce le processus de patrimonialisation ? De quelle manière est vécue la disparition ? Quelles sont les valeurs associées à ce qui est en train de disparaître ? Quelle forme prend la réponse réactionnelle ? Comment la cohésion sociale s'organise-t-elle autour de cette volonté de perpétuation ? Quel type de transmission accompagne la volonté de continuité ? Orale, écrite ou gestuelle ? (153). Construction de l'esprit, le concept est le résultat d'un processus de conceptualisation qui, à partir de la perception d'un fait réel, tente de déterminer l'ensemble stable de ses caractères communs et s'achève par la dénotation, c'est-à-dire par la désignation du concept par un signe verbal (18). Cette définition met également en lumière le mécanisme complexe qui sous-tend la construction historique de ces instruments intellectuels. L'histoire d'un concept reflète la progression d'une réalité historique qui oscille entre ruptures et continuités (19). L'auteure caractérise ainsi le « fait patrimonial » tel qu'il se déploie comme « fait social ». Sa compréhension comme processus actif construit sur la réalité suggère que toutes ses manifestations peuvent faire l'objet d'une mise en patrimoine. L'extension du concept de patrimoine est par conséquent solidaire de l'étendue du réel. A cet égard, Jadé considère que, d'un point de vue purement scientifique, l'approche structuraliste joue un rôle fondamental dans la collecte des informations sur chaque fait patrimonial (63, 70). C'est là un apport original de l'ouvrage qui essaye de concilier les paradigmes des sciences exactes avec ceux des sciences humaines vis-à-vis du patrimoine au sens large. La voie structuraliste considère en effet chaque fait comme un tout autonome, construit en système, où existe une harmonie réelle entre quatre éléments interactifs : le fait patrimonial, les savoirs/savoir-faire/compétences, les processus, et l'environnement (60). Un certain nombre de subtilités déterminent leurs aspects singuliers : la place de l'intangible (l'essence immatérielle permanente assurant la continuité), le type de processus leur permettant de se manifester physiquement (acte de création, de découverte, d'innovation), et la dynamique de leur devenir (c'est-à-dire le renouvellement de leurs expressions). Dans cette perspective, le fait patrimonial se caractérise par l'attribution d'une « valeur » à un élément matériel ou immatériel (155-156).&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;En parallèle, Jadé souligne que la démarche scientifique a entraîné une réflexion approfondie sur le rôle du musée vis-à-vis de la « fonction », vue comme l'un des facteurs qui déterminent l'aspect « vivant » du patrimoine (165, 188, 208). Les manifestations dites « vivantes » s'inscrivent davantage dans le rapport du mouvement et de la mobilité au temps, et dans une dynamique où la continuité immatérielle offre repère et stabilité face au devenir historique (100, 144). La vitalité d'une culture se manifeste par une re-création continuelle de ses manifestations matérielles par la communauté. Or, l'immatériel n'est perceptible qu'à travers certaines manifestations physiques : savoir-faire, gestes, techniques, etc. Les hommes en tant que protagonistes deviennent essentiels à l'existence des « essences culturelles intangibles » qu'ils portent en eux-mêmes à l'état immatériel (166). Ce développement conduit le lecteur à la quatrième et dernière partie de l'ouvrage qui s'achève par une rétrospective consacrée aux musées. A ce propos, l'auteur rappelle le rôle qu'ont joué les cabinets de curiosité (ancêtres des musées occidentaux) dans la définition des concepts du patrimoine matériel. D'une part, l'institution muséale naissante a été le socle de la réflexion et des recherches sur le « patrimoine ». L'implantation de musées à travers le monde a ainsi servi de base à la diffusion et à la pérennisation d'une perception occidentale du concept de patrimoine, laquelle érige la dimension matérielle en valeur culturelle dominante (206, 207). D'autre part, les musées ont systématiquement été conçus comme des « conservatoires de passé », comme les gardiens des reliques d'un temps révolu et sacralisé grâce auquel l'Homme peut s'interroger sur son devenir (210). A travers la collecte non seulement d'objets mais aussi de fragments sonores et/ou visuels du passé, c'est le souci constant de rassembler des traces qu'exprime l'institution muséale occidentale. Repère d'identité, le musée aide à comprendre des réalités passées et permet aux nouvelles générations de s'ancrer dans le continuum temporel du devenir qu'elles décideront ou non de prolonger. Dans tous les cas, la conscience du passé devient utile pour la construction de l'avenir. Et Jadé de suggérer en conclusion que ce processus de patrimonialisation s'achève par la transmission et l'appropriation collective de ce savoir capitalisé par la société civile (216), dénonçant par là l'ethnocentrisme occidental qui se cantonne à la conservation et à la muséification des objets matériels. Une critique opportune, même si l'on regrette l'absence d'une véritable assise ethnographique qui aurait permis de mieux refléter la diversité du patrimoine immatériel en termes de savoir-faire.&lt;/p&gt;</description>
		  <author>Adil Boulghallat</author>
		<dc:date>2008-04-14 20:52:06</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
			        <dc:creator>Adil Boulghallat</dc:creator>
		

		</item>
	
	
		
		<item>
		<title>VALIERE Michel, 2006, Le conte populaire. Approche socio-anthropologique</title>
		<link>http://www.ethnographiques.org/2008/Lorillard.html</link>
		<description>&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;span class='spip_documents spip_documents_left' style='float: left; width: 179px;'&gt;&lt;img src='http://www.ethnographiques.org/IMG/jpg/couverture_copy.jpg' width='179' height='250' style='border-width: 0px;' alt=&quot;(JPEG)&quot; /&gt;&lt;/span&gt; Michel Valière pose dans cet ouvrage un regard novateur sur un objet bien connu des spécialistes de la littérature orale : le conte populaire. En adoptant une posture socio-anthropologique qu'il veut compréhensive, l'auteur met en lumière les multiples usages du conte, &#339;uvre orale qu'il qualifie de protéiforme et qui par conséquent ne peut se laisser enfermer dans une définition rigide ou définitive. Tout au long de ce livre, l'auteur invite le lecteur à se détourner d'une perception réifiée du conte pour entrevoir son extraordinaire contemporanéité.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La démarche progressive de l'auteur passe par une mise en contexte du conte populaire tel qu'il a été recueilli, en Occident notamment. On a ainsi accès à un inventaire de nombreux « collecteurs » et « chercheurs » qui, portés par une sorte de goût pour le folklore inhérent à la période romantique en Europe, se sont penchés sur l'objet « conte » comme vestige d'une littérature orale vouée à disparaître (25). On apprend également que la diffusion des textes de contes en France s'est réalisée et s'effectue toujours à travers les circuits d'une littérature mineure (littérature de colportage, vente d'almanachs, etc.). Cette analyse des conditions de recueil des contes populaires se double d'une réflexion sur le contexte de leur narration selon les lieux et les temps où ils sont transmis (48). Le conte est alors appréhendé non plus comme texte écrit mais comme une &#339;uvre orale incarnée dans une culture spécifique ainsi que dans une performance singulière où la voix et les gestes du conteur jouent un rôle essentiel face à un auditoire.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;L'auteur recense et explicite les différentes écoles classiques de l'analyse des contes, de la célèbre classification d'Aarne et Thompson (&lt;a href=&quot;/backend-cr.php3#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('ARNE Antti, 1961 (1927), &lt;i&gt;The Types of Folktale : a Classification and Bibliography&lt;/i&gt;, Helsinki, Academia Scientiarum Fennica (seconde édition traduite et augmentée par Stith Thompson).')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;1961&lt;/a&gt;) à l'analyse structurale, en passant par l'école formaliste russe ou par l'approche développée par Denise Paulme qui, dans son analyse des contes africains (&lt;a href=&quot;/backend-cr.php3#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('PAULME Denise, 1986, &lt;i&gt;La mère dévorante. Essai sur la morphologie des contes africains&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;1986&lt;/a&gt;), s'inspire de ces schémas en les rendant plus souples, plus à même de retranscrire le mouvement qui se dégage de toute narration en « performance ». Toutes ces démarches ont en commun de faire ressortir, à travers une méthode comparative, l'universalité du conte comme production symbolique de l'esprit humain (94).&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Au-delà de ces problématiques théoriques, l'ouvrage de Michel Valière apparaît précieux en ce qu'il propose des outils concrets pour comprendre la manière dont sont transmis, étudiés et répertoriés les contes. Il donne de nombreuses références bibliographiques en ce qui concerne l'étude des contes : le patient et nécessaire travail de collecte sur le terrain en langue vernaculaire mais aussi la transcription (78), le catalogage et l'édition.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Au sein de chacun des axes développés par l'auteur, on remarque que la question du passage de l'oral à l'écrit surgit, toujours délicate : comment rendre compte de « l'orature », pour reprendre comme le fait Michel Valière les mots du linguiste Claude Hagège (71), autrement dit de la spécificité du style oral, dans un texte scriptural ? Que devient le conte dès lors que la langue vernaculaire dans laquelle il a été narré est mise à l'épreuve de la traduction ? Comment conserver à la parole du conte la dynamique qui l'anime ?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Une esquisse de réponse à ce questionnement se trouve peut-être dans la dernière partie de l'ouvrage qui dresse un état des lieux des multiples formes de renouveau du conte aujourd'hui en France en faisant ressortir des figures de conteurs contemporains : conteurs, créateurs, comédiens, poètes en exil (149). En effet, comme le souligne l'auteur en citant plusieurs artistes et collectifs d'artistes, le conte populaire revit à travers le vaste chantier des arts de la parole dans le domaine du spectacle vivant. Il est également utilisé comme une base de travail pour des travailleurs sociaux ou des médecins dans une optique thérapeutique. Il peut ainsi retrouver une fonction médiatrice que le passage au texte écrit tendait à occulter.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;À la lecture de cet ouvrage, on est frappé par la richesse de ce matériau « protéiforme » offert par l'oralité, le conte populaire. On est également surpris de voir combien il peut être utilisé et remanié dans un contexte contemporain où la littérature orale semble tenir si peu de place.&lt;/p&gt;</description>
		  <author>Marie Lorillard</author>
		<dc:date>2008-03-23 00:37:21</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
			        <dc:creator>Marie Lorillard</dc:creator>
		

		</item>
	
	
		
		<item>
		<title>HAUMONT Bernard et Alain MOREL (dir.), 2005, La société des voisins. Partager un habitat collectif</title>
		<link>http://www.ethnographiques.org/2008/Gelard.html</link>
		<description>&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;span class='spip_documents spip_documents_left' style='float: left; width: 189px;'&gt;&lt;img src='http://www.ethnographiques.org/IMG/jpg/clip_image002-4.jpg' width='189' height='293' style='border-width: 0px;' alt=&quot;(JPEG)&quot; /&gt;&lt;/span&gt; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La société des voisins&lt;/i&gt; fait suite à une consultation de recherche sur les espaces intermédiaires visant à mieux définir et comprendre les effets de la « résidentialisation », entendue comme la reconfiguration de ces lieux par une privatisation de l'espace public. Les espaces intermédiaires sont ces endroits situés « entre le logement privé et l'espace public » (Arlot : XI) tels les cours, les escaliers, les paliers, les couloirs ou les seuils. L'ambition première de l'ouvrage est de répondre, par un foisonnement d'exemples et de situations &#8212; pas moins de dix-sept contributions &#8212;, à la question de savoir ce qui se joue dans les situations de cohabitation. La démarche se veut pluridisciplinaire, alliant histoire, sociologie et ethnographie pour décrire et comprendre ces espaces de l'« entre-deux » (Haumont : XXIII). Si l'ambivalence domine pour qualifier les relations entre cohabitants, la résidentialisation se polarisant entre une « éthique de l'ordre » et une « éthique du vivre ensemble » (Morel : 18), c'est au final l'affirmation selon laquelle l'hétérogénéité de la population « produit un effet de radicalisation du processus de différenciation » (&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Ibid.&lt;/i&gt; : 19). La recherche dirigée par Bernard Haumont et Alain Morel s'inspire d'un constat heuristique : alors que les définitions de la notion « d'espace intermédiaire » foisonnent, comme en témoignent ses reformulations successives au gré des différents courants d'analyse (objets de la première partie de l'ouvrage : &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Histoire et critique des concepts&lt;/i&gt; par Claudio Secci, Estelle Thibault et Christian Moley), les liens entre ces lieux et les espaces privés et publics ont longtemps été oubliés. &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La société des voisins&lt;/i&gt; vient donc combler ce vide.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les descriptions de la deuxième partie (&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Les incertitudes de la résidentialisation&lt;/i&gt;) et de la troisième partie (&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La vie en résidence : ordre, calme et urbanité&lt;/i&gt;) sont nombreuses et invitent le lecteur à suivre par des exemples précis les vicissitudes de ces espaces aux fonctions multiples : lieux de conflits, espaces de socialisation, ou d'appropriation collective, de délaissement, etc. Toutefois, l'ouvrage ne contient aucune mise en perspective des situations de résidentialisation évoquées, et les redites, dans des contextes certes différents, rendent la lecture parfois ennuyeuse. Lorsque enfin le lecteur découvre les manières dont ces espaces de cohabitation sont vécus &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;in situ&lt;/i&gt; par les individus qui les occupent (p. 109), les descriptions ethnographiques alternent alors avec une anthropologie sensorielle, soit la mise en perspective des univers sonores et olfactifs, pour manifester le caractère communautaire de l'habitat collectif sans en exclure pour autant les particularismes. Mais, là encore, les textes ne donnent lieu à aucune discussion générale sur les enjeux de ces espaces intermédiaires.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;C'est avec l'examen des pratiques de cohabitation (quatrième partie intitulée : &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Les pratiques de cohabitation à l'épreuve de la civilité&lt;/i&gt;) que l'ouvrage est le plus convaincant, comme l'illustre le texte d'Olivier Zeller qui plonge le lecteur dans le Lyon de l'Ancien régime (p. 187). L'approche historique permet de mettre au jour les modifications des modes d'habiter de l'époque par l'imbrication entre la rue et le bâti. A partir de ce modèle d'habitat et des pratiques conflictuelles qu'il génère, l'auteur nous représente la vie dans ces logements collectifs avant l'apparition du modèle de l'immeuble bourgeois par le refoulement des classes populaires et le rejet des domestiques hors de l'espace familial.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Toujours dans la perspective des pratiques, le texte de Hervé Paris (p. 209) illustre comment la rue et le quartier sont marqués par les débordements de l'espace privé, par l'ambiance et la tonalité que leur insufflent les habitants. Les espaces intermédiaires sont dès lors signifiés non par leur statut ou leur morphologie, mais par leur ambivalence entre expression personnelle et communion. La figure de l'autre est ainsi construite par le collectif. Les espaces communs permettent une articulation entre des mondes sociaux différents. C'est donc le « régime de civilités qui permet le vivre ensemble » (Paris : 230). Le voyage se poursuit avec l'ethnographie de Philippe Bonnin qui décrit l'intimité d'un immeuble parisien, où les espaces intermédiaires nous renseigne sur les « liens distendus et les affrontements changeants de nos sociétés » (p. 231). Le caractère « d'entre-deux » de ces lieux est exemplifié par la figure ambivalente du concierge, à la fois protecteur vis-à-vis de l'extérieur (espace public) et régulateur à l'intérieur (vie des habitants de l'immeuble). La contribution de Ahmed Boubeker (p. 255) s'attache aussi à la richesse des pratiques, mais en inversant la perspective habituelle du contrôle et de la gestion des lieux « conflictuels », par l'illustration des fonctions intégratives. L'auteur s'oppose au qualificatif de « quartier-ghetto », image publique habituellement véhiculée à propos de la place du Pont à Lyon et de la ZUP (Zone d'urbanisation prioritaire) de Vaulx-en-Velin, et interroge le rôle des lieux face aux trajectoires de ses habitants. Ce texte prend le contre-pied des discours clichés sur les quartiers où la population immigrée est importante. Il montre que ces espaces, marqués par le style propre à leurs populations, inscrivent dans la ville une diversité de parcours à partir de ces « seuils ». « Etre à la fois &#8220;d'ici et d'ailleurs&#8221; en connotant des espaces relais de références qui servent de repères spatiaux et chronologique à des parcours individuels et à des itinéraires collectifs (Boubeker : 270) ». Cette fonction intégrative de l'espace, ici espace relais que sont les deux quartiers vers la ville et la citoyenneté, devrait conduire à mieux penser certains projets d'aménagement.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;L'ouvrage s'achève sur plusieurs études de cas suggérant que l'appropriation des espaces communs se formule parfois sous la forme de « transgressions » (&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;L'appropriation des espaces communs : transgressions, conflits et négociation&lt;/i&gt;). Le premier exemple de cette cinquième partie est celui d'un squat genevois étudié par Marc Breviglieri et Luca Pattaroni. On y découvre que les parties communes de l'habitat s'avèrent être des lieux singuliers où se joue le militantisme. Ces espaces sont de véritables « arènes publiques » (p. 285) d'évaluation de l'autre, soumis à la vigilance collective mêlant implication individuelle et repli privatif. De manière très intéressante, les auteurs montrent en quoi cette alternance est nécessaire à la préservation de l'engagement militant et à l'émergence du politique. Puis, c'est l'analyse de deux ensembles résidentiels (Honorat : 291) situés à proximité l'un de l'autre dont l'auteur compare la gestion respective des parties communes telles que les caves et les conceptions radicalement différentes qui s'y rattachent. D'un côté la copropriété est mise à mal par l'état de délabrement de ses caves, de l'autre, ce même espace fait « figure de site incontournable à ne pas manquer [...]. Elle reflète les qualités morales supposées de ses habitants » (p. 298). Ensuite, la problématique posée par Noria Boukhoza examine l'espace à travers l'étude des rapports de genre au sein d'un immeuble habité par une population « d'origine maghrébine ». L'introduction de la thématique du genre et de l'usage différentiel des espaces en fonction de la culture manifeste les inversions culturelles que peuvent générer les politiques publiques d'aménagement des lieux. Ainsi, la visibilité des filles est effective à l'extérieur du quartier (ville) alors que les garçons ont une visibilité dominante à l'intérieur. Cette distinction devient un facteur de conflits. Enfin, la dernière partie se termine par la contribution de Dominique Lefrançois qui souligne l'originalité et la pertinence de l'étude du rôle de la voiture comme point d'intersection entre privé et public. L'attention portée au véhicule (à travers notamment le bricolage et la surveillance) témoigne de son rôle comme vecteur des sociabilités entre habitants (p. 321).&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Si l'on relève partout l'homogénéité des morphologies architecturales, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La société des voisins&lt;/i&gt; propose des études de cas qui n'intéresseront pas que les spécialistes : les concepteurs d'espaces résidentiels y trouveront également de nombreux éléments de réflexion leur permettant de mieux comprendre les habitats qu'ils nous imposent. Car, on l'aura compris, la diversité des modes d'habiter, corrélée à la diversité des manières d'être et de penser échappe à toute tentative d'appréhension uniformisée. Partant de ce constat, l'ouvrage dirigé par Bernard Haumont et Alain Morel aurait sans doute gagné à confronter les points de vue en proposant des parties de synthèse et de discussion. Le caractère parcellaire, du fait de la multiplicité des textes proposés, rend la lecture parfois rébarbative et n'aide pas à explorer pleinement les différentes pistes d'analyses. Hormis quelques textes, le lecteur voit peu vivre ces « voisins » qui s'effacent au fil des chapitres par la redondance des descriptions de lieux et de configurations des espaces étudiés.&lt;/p&gt;</description>
		  <author>Marie-Luce Gélard</author>
		<dc:date>2008-01-05 03:11:37</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
			        <dc:creator>Marie-Luce Gélard</dc:creator>
		

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		<item>
		<title>ROSSI Ilario (dir.), 2007, Prévoir et prédire la maladie. De la divination au pronostic</title>
		<link>http://www.ethnographiques.org/2007/Veronique-Duchesne.html</link>
		<description>&lt;div class='spip_documents spip_documents_left' style='float: left;'&gt;
&lt;img src='http://www.ethnographiques.org/IMG/jpg/clip_image002-3.jpg' style='border-width: 0px;' width='160' height='240' alt=&quot;&quot; title=&quot;&quot; /&gt;&lt;/div&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le projet de cet ouvrage est né du colloque intitulé « Prévoir et prédire la maladie. De la divination au pronostic : savoirs, pratiques, techniques » organisé à Ascona (Suisse) en 2005 par l'association AMADES (Anthropologie médicale appliquée au développement et à la santé, Aix en Provence), avec le soutien d'institutions universitaires et de recherche comme l'Université de Lausanne et l'Institut de recherche pour le développement (IRD, France). Les auteurs sont dans une grande majorité des anthropologues ou sociologues de la santé et des médecins (sur les vingt-deux auteurs, on compte aussi deux philosophes), rattachés à des institutions françaises, suisses et canadiennes. Le livre, publié dans la collection &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Sous prétexte de médecines&lt;/i&gt; chez &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Aux lieux d'être,&lt;/i&gt; s'inscrit dans le domaine de l'anthropologie médicale, et plus précisément d'une anthropologie de la prévision de la maladie. C'est là l'une des particularités et originalités de ce livre dont le sous-titre et l'introduction de I. Rossi insistent sur la nécessité de comparer les modes de prévision en précisant les deux axes de la comparaison : la divination et le pronostic médical.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;L'ouvrage est organisé en quatre parties. Les trois textes rassemblés dans la première partie, intitulée « Divination et croyance », développent des problématiques et des échelles d'analyse assez différentes. Le sociologue F. Panese se situe à l'échelle des représentations du monde et centre son analyse sur les dispositifs techniques de pratiques divinatoires déjà bien documentées en évoquant leur parenté avec les pratiques de laboratoire &#8212; malheureusement sans développer ces dernières. M. Teixeira raisonne à l'échelle de la société manjak de Guinée-Bissau et nous livre son analyse d'une technique de divination largement pratiquée en Afrique de l'Ouest, l'interrogatoire du mort. Enfin, M. A. Berthod, renversant la perspective habituelle se centre, lui, sur l'incertitude vécue par les acteurs de la divination, des « voyants » de Suisse romande auprès desquels il a travaillé. La lecture de ces textes initiaux invite à s'interroger sur l'usage du terme « croyance » : était-il nécessaire de faire apparaître cette notion dans le titre de la première partie, qui plus est au singulier et associé d'emblée à la seule divination ? Dans son introduction, I. Rossi, après avoir suggéré en quoi les pratiques de la divination rejoignent le pronostic médical et les biotechnologies, constate le lien entre « croyances archaïques et savoirs modernes » (p. 22). Or on sait combien le terme « croyance » est inapproprié lorsqu'il renvoie à d'autres systèmes de représentation (pour ne pas dire à d'autres systèmes religieux) que ceux du tronc abrahamique. A l'opposé, on pourrait ajouter que nombre de croyances parcourent le milieu biomédical et mériteraient d'être identifiées.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Dans la seconde partie, intitulée « Prévoir et prédire avec la science », R. Massé tente une comparaison entre la divination (au sens d'une « lecture de signes ») et l'épidémiologie prédictive. Il revient sur la place centrale occupée par les modèles de prédiction des « comportements à risque », modèles qui responsabilisent les seuls individus et oublient de prendre en compte l'environnement physique, social et politique dans l'émergence des facteurs de risque (ex. : le cancer du poumon et le tabagisme). Massé se penche aussi sur le « modèle des croyances relatives à la santé » &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;(Health Belief Model)&lt;/i&gt; faisant référence aux modèles issus de la psychologie sociale. Cet exercice comparatif l'amène finalement à avancer certaines pistes de recherche à l'attention des anthropologues travaillant sur la divination. De leur côté, les textes d'A.-M. Moulin et de C. Deukewer remettent en perspective la portée des notions de « prévention », de « précaution » et de « prédiction », et le sens de leur interprétation. Les différents savoirs qui s'y rapportent renvoient la médecine à la complexité sociale et culturelle qui les a forgés. A cet égard, le lecteur regrettera que les savoirs associés aux systèmes divinatoires n'aient pas été abordés de la même façon, sous un angle à la fois historique et épistémologique.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La troisième partie, intitulée « Gérer le probable », nous livre les résultats de recherches de terrain récentes et relatives à des pathologies spécifiques. J. Collin étudie la relation entre prévention et médicaments. A. Sarradon-Eck montre que la singularité clinique et la transformation d'un risque (l'hypertension artérielle) en une pathologie conforte le médecin dans un rôle centré sur la guérison et non sur la prévention. A propos de l'autisme dans un contexte migratoire, J. Sakoyan expose les prévisions tant des mères d'origine comorienne que des soignants. C. Perrey explore la spécificité de l'épidémiologie génétique appliquée aux maladies infectieuses, ses possibilités de prédiction, les raisons de son succès ainsi que son articulation avec la santé publique. B. Champaloux aborde le discours savant (allergologique) et le discours profane autour de la prévision de l'évolution des manifestations allergiques chez un individu et les représentations sociales qui font passer par l'allergie un discours sur la société.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Dans « Prédire en actes », quatrième partie du livre, trois textes abordent plus spécifiquement les diagnostics dans le domaine de l'oncologie. S. Fainzang montre clairement que dans le contexte légal actuel, diagnostic et pronostic continuent de se confondre ; P. Bourret et C. Julian-Reynier évoquent la complexité et les incertitudes de la communication des risques génétiques de cancer ; C. Gallo et F. Kaech tentent de donner à voir la gestion individuelle du probable à travers la médecine prédictive et le cancer du sein héréditaire. E. Gagnon et H. Marche présentent l'idéal-type du modèle d'accompagnement du cancer. Enfin G. Bernegger et R. Malacrida proposent les regards croisés du médecin et du philosophe sur la méthode pronostique utilisée dans les Soins intensifs, ses points de force et ses limites ainsi que ses implications dans la pratique thérapeutique, dans la relation au malade et à sa famille.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Finalement, J. Benoist centre sa conclusion sur les conceptions du temps et de la gestion des incertitudes de l'avenir associées à la pratique de la divination et à celle de la médecine. A propos de la divination, il rappelle fort justement que « le devin est mobile dans le temps » : il sait « visiter le temps » (p. 326) et faire disparaître le hasard, source de désorientation et d'angoisse, il sait surtout déterminer la cause des problèmes présentés par les consultants, et mettre en &#339;uvre des techniques et des savoirs pour circonscrire le malheur qui frappe une personne ou une collectivité et donner la prescription idoine. La parole du devin apparaît donc rassurante, à la différence de la parole de la médecine prédictive. J. Benoist insiste sur la rupture fondamentale entre « la temporalité de la science et la temporalité vécue » (p. 329). Et il émet finalement le souhait d'un débat « sur la rupture épistémologique qui sépare l'approche du temps par la science médicale issue de l'épidémiologie et celle de la « pensée commune » à laquelle participe pour une bonne part la médecine clinique » (p. 332).&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;En interrogeant la médecine dans sa relation avec le temps &#8212; et plus particulièrement avec l'une de ses modalités, l'avenir &#8212; ce livre nous en dit plus sur notre propre société occidentale que sur les systèmes divinatoires et thérapeutiques d'autres sociétés. Le principal apport du livre est de mettre en évidence &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;notre&lt;/i&gt; souci de l'avenir et &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;notre&lt;/i&gt; valorisation de l'anticipation, lesquels caractérisent la « société du risque » où le risque devient la mesure directe de nos actions. Le concept de science suppose effectivement une conception du temps linéaire (un temps messianique tourné vers le futur) liée aux notions d'évolution, de causalité et de prédiction. Néanmoins, il aurait pu être intéressant d'ajouter à la dimension temporelle la dimension spatiale. En effet, l'un des fondements des systèmes divinatoires, africains notamment, est la co-existence (supposée) d'un monde-autre &#8212; « l'invisible » &#8212; et du monde-ci. Dès lors une question s'impose : la divination occidentale ou « voyance » (qui co-existe avec la science médicale) suppose-t-elle la même conception du temps, de l'espace et de la personne humaine que les systèmes divinatoires chinois ou africains par exemple ? Sans répondre explicitement à cette question, l'ouvrage édité par I. Rossi livre un témoignage important des rencontres, échanges et réflexions existant aujourd'hui entre anthropologues et médecins, et plus généralement entre sciences humaines et sciences de la vie. L'ouverture d'un tel débat est certainement l'un des v&#339;ux pieux d'AMADES, soucieuse d'une anthropologie « appliquée » à la santé et au développement sanitaire, dont la perspective innovante nous permet de progresser à la fois dans la compréhension des conduites populaires de soins, dans l'analyse des pratiques professionnelles et des interactions entre les soignants et les soignés ainsi que dans l'étude des logiques des actions et des politiques de santé.&lt;/p&gt;</description>
		  <author>Véronique Duchesne</author>
		<dc:date>2007-11-03 08:13:35</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
			        <dc:creator>Véronique Duchesne</dc:creator>
		
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		<title>A la recherche de l'émotion perdue (revue &lt;i&gt;Face à Face&lt;/i&gt;, 2006, 8-9)</title>
		<link>http://www.ethnographiques.org/2007/Bonnet.html</link>
		<description>&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;
L'étude des émotions est marquée par deux débats fondamentaux dans l'histoire et la construction de l'anthropologie moderne. Le premier, propre à l'anthropologie européenne des émotions &#8212; Lévi-Bruhl et sa notion de pensée primitive, Radcliffe-Brown et la théorie des sentiments &#8212; a développé l'idée d'une raison civilisée purifiée des émotions, apanage de la pensée sauvage. Selon cette hypothèse, les émotions prévaudraient à l'origine tandis que le progrès tendrait à les évacuer (Crapanzano, &lt;a href=&quot;/backend-cr.php3#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('CRAPANZANO Vincent, 1994, « Réflexions sur une anthropologie des émotions », &lt;i&gt;Terrain&lt;/i&gt;, 22 : 109-117.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;1994&lt;/a&gt;). Le deuxième voit s'opposer les approches culturaliste et universaliste des émotions. Samuel Lézé (&lt;a href=&quot;/backend-cr.php3#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('LÉZÉ Samuel, 2006, « Lutz Catherine, 2004, &lt;i&gt;La Dépression est-elle universelle ?&lt;/i&gt; », &lt;i&gt;L'Homme,&lt;/i&gt; 180, Compte-rendu d'ouvrage (en ligne)')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2006&lt;/a&gt;) a bien montré ce qui séparait les tenants d'une théorie locale des émotions (à l'instar des travaux de Catherine Lutz) des partisans d'une théorie naturelle des émotions (comme Paul Ekman). Malgré l'intérêt que lui porte Marcel Mauss et d'autres pères fondateurs de la discipline, il semble que l'émotion soit devenue par la suite le sujet perdu de la sociologie (Drulhe, &lt;a href=&quot;/backend-cr.php3#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('DRULHE Marcel, 2006b, « Émotion et Société : un enjeu sociologique », &lt;i&gt;Face à face &#8212; Regards sur la santé&lt;/i&gt;, 9 (en ligne)')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2006b&lt;/a&gt;). Pourtant, alors que la société moderne tente de canaliser les pulsions et les émotions par la culture du contrôle de soi, la sociologie peut prétendre éclairer trois fronts : Qu'est-ce que l'émouvant ? Comment se manifeste l'émotion ? Quelle évaluation est-il possible d'en faire ?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La revue en ligne &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Face à Face, Regards sur la Santé&lt;/i&gt; (&lt;a href=&quot;/backend-cr.php3#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('ACTES DES DEUXIEMES JOURNEES SCIENTIFIQUES DU RESEAU « SANTE &amp; SOCIETE », 2006a (avril), « Émotions, corps et santé : les politiques de l'intime », &lt;i&gt;Face à Face &#8212; Regards sur la santé&lt;/i&gt;, 8 (en ligne)')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2006a&lt;/a&gt; et &lt;a href=&quot;/backend-cr.php3#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' ACTES DES DEUXIEMES JOURNEES SCIENTIFIQUES DU RESEAU « SANTE &amp; SOCIETE », 2006b (octobre), « Émotions, corps et santé : un gouvernement par la parole ? », &lt;i&gt;Face à face &#8212; Regards sur la santé&lt;/i&gt;, 9 (en ligne)')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2006b&lt;/a&gt;), se faisant l'écho des journées scientifiques du réseau national « Santé &amp; Société » intitulées « Emotions, corps et santé » (24-25 novembre 2005, MSH Paris Nord ; 24-25 mars 2006, Toulouse), nous engage sur la voie de la réflexion. Au travers d'une douzaine de contributions sont évoqués l'émotion omniprésente entre les soignants et les soignés ainsi que les mécanismes d'autocontrôle ou d'instrumentalisation des émotions qui se mettent en place dans cette relation. Est également étudié le corps comme lieu d'expression de l'émotion, à travers des manifestations somatiques ou des pratiques de « corporéité déviante ». Les jeunes chercheurs ayant participé à ces journées nous invitent à reconnaître l'importance de l'émotion, à la jonction du corps et de l'esprit. Ils nous montrent comment le fonctionnement social, loin d'évacuer les affects, conduit à les modeler selon des formes que le chercheur peut décrypter.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ainsi, l'émotion naît de la confrontation à la catastrophe (Langumier,&lt;a href=&quot;/backend-cr.php3#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('LANGUMIER Julien, 2006a, « Des praticiens psychiatriques face à l'émotion de la catastrophe : &lt;i&gt;Enquête sur les cellules d'urgence médico-psychologique (CUMP)&lt;/i&gt; », &lt;i&gt;Face à Face &#8212; Regards sur la santé&lt;/i&gt;, 8 (en ligne)')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt; 2006a&lt;/a&gt;) ou à la maladie (Soum-Pouyalet,&lt;a href=&quot;/backend-cr.php3#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('SOUM-POUYALET Fanny, 2006a, « Le risque émotionnel en cancérologie. Problématiques de la communication dans les rapports entre soignants et soignés », &lt;i&gt;Face à Face &#8212; Regards sur la santé&lt;/i&gt;, 8 (en ligne)')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt; 2006a&lt;/a&gt;). Dans un hôpital africain (Bouchon,&lt;a href=&quot;/backend-cr.php3#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('BOUCHON Magali, 2006b, « Les soignants en souffrance : les difficultés émotionnelles des soignants en interaction avec la douleur, la maladie et la mort dans un service de pathologies lourdes et chroniques à l'hôpital national du point G de Bamako (Mali) », &lt;i&gt;Face à face &#8212; Regards sur la santé&lt;/i&gt;, 9 (en ligne)')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt; 2006b&lt;/a&gt;), l'émotion naît aussi de l'impuissance : impossibilité des médecins à mettre en &#339;uvre ce qu'ils ont appris, faute de moyens financiers ; fin de non-recevoir qu'ils doivent opposer aux malades en souffrance faute de pouvoir prescrire des morphiniques trop coûteux. Ailleurs, comme dans la région de Bahia au Brésil, une gynécologue cède à la colère car elle estime que ses patientes sont incultes, ne comprennent rien, n'écoutent pas ses prescriptions (De Zordo,&lt;a href=&quot;/backend-cr.php3#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('DE ZORDO Silvia, 2006a, « &#8220;La douleur est dans la tête&#8221; : rage, secrets et silences autour de la contraception dans un hôpital-maternité périphérique de Salvador de Bahia », &lt;i&gt;Face à Face &#8212; Regards sur la santé&lt;/i&gt;, 8 (en ligne)')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt; 2006a&lt;/a&gt;). Ce même sentiment d'impuissance existe pour les équipes traitant de maladies incurables : passée la limite au-delà de laquelle les médicaments ne font plus effets (et pour autant qu'il n'y ait pas de contrainte financière...), le médecin doit apprendre à gérer cette impuissance et l'émotion qui le submerge. Aux dires du corps médical, cet apprentissage est le plus conséquent. Le témoignage déjà ancien de Sheila Cassidy (&lt;a href=&quot;/backend-cr.php3#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('CASSIDY Sheila, 1988, &lt;i&gt;Sharing the darkness&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;the spirituality of caring&lt;/i&gt;, Londres, DLT.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;1988 : 64&lt;/a&gt;) revient ici à l'esprit : « Slowly, as the years go by, I learn about the importance of powerlessness ».&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;L'autocontrôle des émotions n'est pas acquis d'emblée, et ce processus en coûte aux praticiens qui s'y essaient. La communication relative à la prise en charge de malades d'Alzheimer (Gzil,&lt;a href=&quot;/backend-cr.php3#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('GZIL Fabrice, 2006a, « Bio-médecine et émotions : une contradiction insurmontable ? L'exemple de la maladie d'Alzheimer », &lt;i&gt;Face à Face &#8212; Regards sur la santé&lt;/i&gt;, 8 (en ligne)')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt; 2006a&lt;/a&gt;) offre un bon exemple d'autocontrôle des émotions et illustre le fonctionnement, plus complexe qu'il n'y paraît, de la prétendue insensibilité du corps médical. Cet apprentissage peut conduire aussi à l'émotion calculée, à la tactique, voire au chantage affectif. L'étude portant sur les maisons de retraite (Rimbert,&lt;a href=&quot;/backend-cr.php3#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('RIMBERT Gérard : 2006b, « &#8220;Taisez-vous, vieille folle !&#8221; L'auto-contrôle des émotions en maison de retraite », &lt;i&gt;Face à face &#8212; Regards sur la santé&lt;/i&gt;, 9 (en ligne)')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt; 2006b&lt;/a&gt;) montre l'enjeu des modes d'interaction patients/soignants, une majeure partie du personnel usant du jeu émotif à des fins intéressées et sélectives. Pour les toxicomanes prisonniers (Fernandez,&lt;a href=&quot;/backend-cr.php3#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('FERNANDEZ Fabrice, 2006a, « La mise en scène des émotions à la croisée des mondes de la drogue et de la prison : postures interactives et tactiques de survie », &lt;i&gt;Face à Face &#8212; Regards sur la santé&lt;/i&gt;, 8 (en ligne)')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt; 2006a&lt;/a&gt;), l'émotion peut être instrumentalisée dans le but d'aménager la contrainte que fait peser l'institution judiciaire. Dans un tout autre registre, les agents spécialisés des pompes funèbres « travaillent » la juste attitude à adopter et le langage corporel qui doit aller de pair avec des conventions implicites (Bernard,&lt;a href=&quot;/backend-cr.php3#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('BERNARD Julien, 2006b, « Les émotions dans la relation Pompes funèbres/endeuillés : Une problématique de santé », &lt;i&gt;Face à face &#8212; Regards sur la santé&lt;/i&gt;, 9 (en ligne)')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt; 2006b&lt;/a&gt;). Cela ne va pas sans rappeler le travail des acteurs et le paradoxe du comédien de Diderot (&lt;a href=&quot;/backend-cr.php3#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('DIDEROT Denis, 1994 (1773-1777), &lt;i&gt;Paradoxe sur le comédien&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;1994&lt;/a&gt;), celui-là même qui doit se rendre complice d'une illusion.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Enfin, l'analyse de la corporéité déviante (Meidani,&lt;a href=&quot;/backend-cr.php3#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('MEIDANI Anastasia, 2006a, « Corporéités &#8220;déviantes&#8221;, gestion des émotions et prise de risques », &lt;i&gt;Face à Face &#8212; Regards sur la santé&lt;/i&gt;, 8 (en ligne)')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt; 2006a&lt;/a&gt;) suggère que, le corps étant le lieu de l'expression des émotions, la maîtrise de ces émotions peut déboucher sur des dispositifs de prise de contrôle de sa propre corporéité. Il suffit de penser à la chirurgie esthétique et au « syndrome du scalpel », aux techniques de « piercing » et aux tatouages, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La recherche de Le Mens (&lt;a href=&quot;/backend-cr.php3#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('LE MENS Magali, 2006a, « L'hermaphrodite dans le cabinet du médecin, de la fin du 18e au 20e siècle », &lt;i&gt;Face à Face &#8212; Regards sur la santé&lt;/i&gt;, 8 (en ligne)')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2006a&lt;/a&gt;) nous ramène au XIXe siècle et nous décrit le trouble des médecins découvrant l'hermaphrodisme dans l'univers de leur cabinet. Cet auteur nous rend attentif à une forme d'émotion aujourd'hui disparue suite à la prise en charge dès la naissance des cas d'hermaphrodisme, en service de chirurgie infantile. Le retour au XIXe siècle permet de souligner avantageusement la dimension temporelle des émotions.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Au niveau théorique, une question qui se pose lorsque l'anthropologie de la santé approche le terrain des émotions est celle de la &#8220;ritualité&#8221;. Les contributions présentées ici n'ont pas questionné l'opérabilité du concept de ritualité face aux protocoles de prise en charge du corps par les soignants (malgré l'antécédent marqué notamment par les travaux de Pearl Katz, &lt;a href=&quot;/backend-cr.php3#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('KATZ Pearl, 1981, « Ritual in the operating room », &lt;i&gt;Ethnology&lt;/i&gt;, XX(4) : 335-350.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;1981&lt;/a&gt;). Sur les terrains de l'émotion, celle-ci est-elle le corollaire de rites implicites, de rites incertains, ou reflète-t-elle au contraire une absence de rites ? Dans le cas des établissements de cure thermale (Djibré,&lt;a href=&quot;/backend-cr.php3#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('DJIBRÉ Estelle, 2006b, « Les agents thermaux à l'épreuve des mots autour de l'âme et des maux du corps », &lt;i&gt;Face à face &#8212; Regards sur la santé&lt;/i&gt;, 9 (en ligne)')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt; 2006b&lt;/a&gt;), la distinction faite entre le dedans et le dehors ne participe-t-elle pas d'un rituel favorisant le contrôle des émotions ? Par contraste, à l'hôpital de Bamako (Bouchon,&lt;a href=&quot;/backend-cr.php3#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('BOUCHON Magali, 2006b, « Les soignants en souffrance : les difficultés émotionnelles des soignants en interaction avec la douleur, la maladie et la mort dans un service de pathologies lourdes et chroniques à l'hôpital national du point G de Bamako (Mali) », &lt;i&gt;Face à face &#8212; Regards sur la santé&lt;/i&gt;, 9 (en ligne)')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt; 2006b&lt;/a&gt;), les freins à l'action médicale résultant d'un manque d'argent n'amputent-ils pas tout déroulement ritualisé de la gestion médicale de la maladie ? L'impossibilité de donner une information totale, car difficilement assumable, cantonne le patient dans un statut de non-initié. Confronté à la douleur brute et à la mort sans médicalisation, le corps n'est plus gouverné. Or, le gouvernement des corps n'est-il pas, sous d'autres latitudes, une manière de calmer la douleur et de dompter médicalement la maladie (Jaffré, communication orale, 2006) ? Autrement dit, de ritualiser l'encadrement médical d'une fin de vie ? De telles pistes de réflexion permettent de lier les nouveaux terrains et les nouvelles sensibilités aux écrits de Turner sur la ritualité (&lt;a href=&quot;/backend-cr.php3#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('TURNER Victor, 1990 (1969), &lt;i&gt;Le Phénomène rituel, Structure et Contre-Structure&lt;/i&gt;, Paris, PUF.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;1969 : 137-149&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Si ces travaux prennent le corps pour « substrat », ils suivent aussi les perspectives intimes et émouvantes des acteurs. Dès lors, la question qui se pose au lecteur est celle de l'origine de l'émotion : vient-elle de soi ou de l'autre ? Plus précisément, vient-elle de ce qu'une scène renvoie de l'humain, de sa condition, du soi reflété dans un miroir imaginaire ?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Au fil de ces travaux, c'est aussi le travail du chercheur qui est interrogé. Pris dans l'émotion &#8212; et comment pourrait-il en être autrement &#8212; qu'en fait-il au juste ? Comme le suggère Marie-Christine Pouchelle dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;L'hôpital, corps et âmes&lt;/i&gt; (&lt;a href=&quot;/backend-cr.php3#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('POUCHELLE Marie-Christine, 2003, &lt;i&gt;L'hôpital corps et âmes, essai d'anthropologie hospitalière&lt;/i&gt;, Paris, Seli Arslan.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2003&lt;/a&gt;), il est possible pour le chercheur de se laisser justement « infecter » par l'émotion pour travailler à partir d'elle. Un tel parti pris imprègne certains des travaux présentés ici, comme ceux de Soum-Pouyalet évoquant des patients atteints de cancer (&lt;a href=&quot;/backend-cr.php3#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('SOUM-POUYALET Fanny, 2006a, « Le risque émotionnel en cancérologie. Problématiques de la communication dans les rapports entre soignants et soignés », &lt;i&gt;Face à Face &#8212; Regards sur la santé&lt;/i&gt;, 8 (en ligne)')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2006a&lt;/a&gt;) ou ceux de Djibré s'intéressant aux malades chroniques en cure thermale (&lt;a href=&quot;/backend-cr.php3#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('DJIBRÉ Estelle, 2006b, « Les agents thermaux à l'épreuve des mots autour de l'âme et des maux du corps », &lt;i&gt;Face à face &#8212; Regards sur la santé&lt;/i&gt;, 9 (en ligne)')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2006b&lt;/a&gt;). D'autres travaux sont marqués par le choix délibéré de leurs auteurs d'intégrer l'univers étudié. Devenu employé des pompes funèbres, Bernard (&lt;a href=&quot;/backend-cr.php3#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('BERNARD Julien, 2006b, « Les émotions dans la relation Pompes funèbres/endeuillés : Une problématique de santé », &lt;i&gt;Face à face &#8212; Regards sur la santé&lt;/i&gt;, 9 (en ligne)')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2006b&lt;/a&gt;) dépasse la simple observation-participante, et acquiert un statut professionnel offrant un surcroît d'observation. Sa démarche n'est pas sans rappeler celle d'Howard Becker dans « Outsiders » (&lt;a href=&quot;/backend-cr.php3#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('BECKER Howard, 1985 (1963), &lt;i&gt;Outsiders&lt;/i&gt;, Paris, éditions Metailié.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;1963&lt;/a&gt;) : une « heuristique de l'immersion » comme position privilégiée permettant au chercheur de repérer les circulations des émotions tout en étant lui-même impliqué dans ces flux. Se pose alors l'inévitable question de la distanciation : quelle est, pour le chercheur, la bonne distance à adopter face aux émotions ?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le développement par le chercheur de l'auto-observation de son propre affect paraît judicieux, par exemple en milieu mortuaire (Wolf,&lt;a href=&quot;/backend-cr.php3#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('WOLF Judith, 2006a, « Les émotions dans le travail en milieu mortuaire : obstacle ou privilège ? », &lt;i&gt;Face à Face &#8212; Regards sur la santé&lt;/i&gt;, 8 (en ligne)')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt; 2006a&lt;/a&gt;). Parfois, cette démarche justifie même l'auto-analyse (Marche,&lt;a href=&quot;/backend-cr.php3#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('MARCHE Hélène, 2006a, « Expression, qualification et mise en forme des émotions : les politiques de l'intime et l'expérience du cancer », &lt;i&gt;Face à Face &#8212; Regards sur la santé&lt;/i&gt;, 8 (en ligne)')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt; 2006a&lt;/a&gt;). L'observation d'une émotion conduit ainsi celui qui observe à s'impliquer, au moins partiellement. Du point de vue de l'éthique, observer oblige aussi à rendre compte. La posture de l'anthropologue sur son terrain produit évidemment des effets et la réflexivité devient alors indispensable. L'adoption d'une posture réflexive sur le terrain des émotions &#8212; sorte de réflexivité ultime &#8212; invite à se demander, comme Lacan (&lt;a href=&quot;/backend-cr.php3#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('LACAN Jacques, 1991, &lt;i&gt;L'Envers de la Psychanalyse&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Le Séminaire&lt;/i&gt; &lt;i&gt;livre XVII&lt;/i&gt;, Paris, Seuil.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;1991&lt;/a&gt;), si l'ethnologue doit également être psychanalyste ? Mais une telle &#8220;conversion&#8221; n'impliquerait-elle pas, de la part du chercheur, la reconnaissance des effets de l'inconscient et le besoin explicite d'associer leur étude aux méthodes de l'ethnologie ?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Au final, l'impression d'une émotion retrouvée se dégage des travaux publiés par la revue &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Face à Face&lt;/i&gt;. En particulier, ces recherches parviennent à s'affranchir du débat entre culturalistes et universalistes dans l'approche des émotions. Sans renoncer à comprendre intimement l'émotion de l'autre, comme nous y invite l'approche culturaliste, les chercheurs réunis dans ces deux numéros s'appuient sans complexe sur l'observation de leurs propres émotions. Loin d'adopter une posture extérieure et insensible aux émotions, ils se laissent gagner par l'émotion qui naît de l'observation de leur terrain et en tirent une source supplémentaire de connaissance. Aussi, ce qui caractérise l'ensemble de ces enquêtes est la volonté affichée par une majorité d'auteurs de questionner leur propre posture. Le travail sur les sentiments de Yannick Jaffré (&lt;a href=&quot;/backend-cr.php3#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('JAFFRE Yannick, 2006b, « Les terrains d'une anthropologie comparative des sensibilités et des catégories affectives », &lt;i&gt;Face à face &#8212; Regards sur la santé&lt;/i&gt;, 9 (en ligne)')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2006b&lt;/a&gt;) en est une bonne illustration : pour Jaffré, l'anthropologue des sensibilités se doit de comprendre l'autre à partir d'un regard sur soi. Bien que particulière, une forme de comparatisme sous-tend ainsi la démarche, sans pour autant que les observateurs ne cherchent à transférer leurs émotions sur celles ressenties par les personnes observées. Rappelant l'un des critères de la distinction entre psychanalyse et ethnologie, Jaffré souligne l'importance pour l'anthropologue de toujours situer historiquement l'univers intérieur et les conduites humaines et de montrer combien est artificielle l'opposition entre l'individu et le groupe. En ce sens, ses travaux suggèrent que l'étude des émotions, comme bien d'autres objets de l'anthropologie, gagnerait à s'inscrire dans une perspective véritablement multidisciplinaire. « Si quelqu'un réussissait à articuler la socio-anthropologie et la psychologie, il n'aurait pas perdu son temps » disait Anselm Strauss (&lt;a href=&quot;/backend-cr.php3#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('STRAUSS Anselm, 1992 (1959), &lt;i&gt;Miroirs et Masques, une Introduction à l'interactionnisme&lt;/i&gt;, Paris, Editions Métailié.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;1992&lt;/a&gt;). Les chercheurs réunis dans le cadre des journées « Emotions, corps et santé » ne le contrediront certainement pas.&lt;/p&gt;</description>
		  <author>Marie Bonnet</author>
		<dc:date>2007-10-01 09:32:58</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
			        <dc:creator>Marie Bonnet</dc:creator>
		

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		<title>MASSARD-VINCENT Josiane, 2006, Le temps du pub. Territoires du boire en Angleterre</title>
		<link>http://www.ethnographiques.org/2007/Vanessa-Manceron.html</link>
		<description>&lt;div class='spip_documents spip_documents_left' style='float: left;'&gt;
&lt;img src='http://www.ethnographiques.org/IMG/gif/le-temps-du-pub.gif' style='border-width: 0px;' width='160' height='241' alt=&quot;&quot; title=&quot;&quot; /&gt;&lt;/div&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Avec ce livre d'une lecture fort agréable, Josiane Massard-Vincent nous emmène au c&#339;ur de l'univers intime des pubs anglais. Derrière les portes et les façades de ces lieux emblématiques de la culture britannique, l'ethnologue française s'est attardée de longues heures. Elle dépeint par petites touches les menus évènements qui s'y déroulent au fil des heures et des jours, si bien que l'expérience sensible et la connaissance empirique des lieux se conjuguent et donnent lieu à une description ethnographique tout en finesse.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Pour dévoiler et restituer le quotidien partagé de ces « lieux du boire » et de leur « variante insulaire », l'auteure a choisi d'enquêter à partir d'un gros bourg rural du Derbyshire et de focaliser son attention sur quelques établissements en particulier. Ce choix permet, d'une part, de rendre compte du fort ancrage local des pubs et des cheminements quotidiens de la clientèle et, d'autre part, de repérer la nature variable des liens sociaux qui s'y nouent, de même que le caractère hétérogène de la clientèle et les rythmes de fréquentation. Une observation « flottante » &#8212; reflet d'une matière ethnographique mouvante et complexe &#8212; garantit la meilleure restitution possible de ces fluctuations quotidiennes, sans que le regard de l'ethnologue ne dévoile de manière trop intrusive ces bribes de vie sociale qui se jouent à huis clos et possèdent leurs parts d'ombre.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le temps est le prisme par lequel Josiane Massard-Vincent a choisi de rendre compte de la manière dont la société britannique façonne, pense et fait usage des espaces collectifs du boire. Le pub apparaît en effet comme une institution à la confluence de plusieurs temporalités qui scandent la vie des individus et de la collectivité : celle, longue, de l'histoire, celle, cyclique et régulière, du calendrier civil, et enfin celle, plus singulière, des vies individuelles (introduction). Le pub apparaît donc comme une pièce maîtresse de la temporalité sociale britannique, car il permet d'en apprécier le déroulement et les rythmes, d'en marquer le tempo au travers d'une expérience partagée et souvent ritualisée de la consommation de boisson.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Vieux de douze siècles, les &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;public drinking houses &lt;/i&gt;sont à la fois les produits et les témoins privilégiés des transformations économiques et sociales de l'Angleterre. À l'aube du XXIème siècle, la bière au houblon &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;ale&lt;/i&gt; est préférée à la soupe de céréales fermentée de l'époque médiévale (p. 18-19). De même, la brasserie n'est plus l'affaire des fidèles d'une paroisse (qui l'occupaient notamment lors des célébrations du cycle agricole) ou des artisans spécialisés ; elle appartient désormais à de puissants groupes financiers du secteur agro-alimentaire ou à des fonds de pension (p. 30). Que les pubs se parent d'une esthétique architecturale chargée de référence au passé et se remplissent d'objets ostentatoires symbolisant la ruralité et ses traditions (aristocratie terrienne et agriculture non mécanisée), ne suffit donc pas à retracer leurs temporalités. Selon l'auteure, les signes contemporains du passé ne sauraient être mis en scène sans avoir déjà disparu. C'est plutôt dans l'usage sociologique des lieux que Massard-Vincent va chercher les indices discrets d'une forme de permanence, au demeurant plus culturelle qu'historique (chapitre 2).&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;De l'époque lointaine où la bière brassée était servie à domicile et où le buveur était comme invité dans l'univers familial de son hôte, les pubs gardent l'esprit tout en ayant évolué vers un modèle de sociabilité à tendance masculine qui rompt avec la sphère domestique et sa tonalité à dominante féminine. La relation de proximité et de connivence souvent maternante ou paternaliste établie entre les couples de tenanciers et leurs clients, la constance et la régularité avec laquelle les habitués s'approprient les lieux, la manière codifiée dont ils s'y comportent et échangent entre eux, les qualités de confort, de protection et de familiarité associées aux pubs sont autant de facteurs qui révèlent un territoire et un temps collectif singuliers. Ceux-ci appartiennent à la fois à la sphère publique et privée, ou plutôt à une sorte &#8220;d'entre-deux de l'entre soi&quot;, « un havre à l'écart du monde extérieur &#8212; celui, commun de la rue, du voisinage et du travail, et celui privé des liens familiaux » (p. 64). Sans doute faut-il comprendre par &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;public&lt;/i&gt; que le pub est un territoire « en commun », peut-être même « privé » ou « communautaire » par opposition à ce qui relève de l'initiative ou de l'autorité de l'Etat (en Angleterre, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Public school &lt;/i&gt;s'oppose à &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;State school&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le pub est en effet ce que les buveurs en font. Ce sont eux qui prennent généralement l'initiative de l'organisation du temps de la sociabilité ludique si prisée en Angleterre &#8212; quiz, boules, billard, fléchettes. Ces moments de jeux scandent les jours ordinaires et leur retour hebdomadaire, marquent les moments d'effervescence collective et activent les liens sociaux à l'échelle de la localité. Le pub est également le lieu où se marquent les moments singuliers du cycle de la vie et les seuils où l'on change de statut (enterrement de vie de garçon, mariage, départ à la retraite, baptême...). Évoluant à côté et en parallèle des rituels religieux, le pub prend ainsi en charge la dimension festive et « païenne » du rite de passage et son officialisation au sein du groupe des parents, voisins, amis et connaissances. Le pub renvoie donc à une temporalité rituelle à laquelle il fait écho et qu'il amplifie. En relation avec d'autres institutions de la société comme l'Etat ou l'Eglise, il en « incorpore la chronologie » (p. 84) ; il célèbre les commémorations nationales comme le Jubilé d'Or de la Reine, annonce les fêtes calendaires comme le &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Mothers' Day&lt;/i&gt; de la liturgie anglicane, ou encore suit les carnavals locaux.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Toutes les échelles sociales et temporelles se mêlent donc en ce lieu auquel Massard-Vincent prête un pouvoir structurant comparable à celui d'une autre institution de poids en Angleterre, l'Eglise. Sans doute l'Eglise comme le pub sont-ils, en milieu rural, deux espaces de sociabilité qui organisent chacun à leur manière, sans être tout à fait indépendants, le comput local. Sans doute également faut-il reconnaître que, en Angleterre, la séparation entre le sacré et le profane, entre le religieux et le social n'est pas tranchée et que les deux domaines sont souvent mêlés (chapitre 5). En témoigne la figure du pasteur qui appartient aux deux mondes et évolue sans peine entre l'un et l'autre. Pour gagner en pertinence, ce rapprochement aurait cependant peut-être mérité de plus amples explications. En effet, si l'ethnographie fine de l'auteure permet de bien mesurer l'importance du pub (et celui de l'Eglise), elle est moins explicite en ce qui concerne la nature des liens et les différences qui se nouent entre ces deux institutions.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais telle n'était pas l'ambition première de l'auteure qui a préféré nous livrer dans ce livre une ethnographie détaillée des lieux du boire, en veillant simplement à mettre le pub « en résonance avec d'autres sphères de la vie locale » (p. 104). Le propos principal était surtout de décrire le temps quotidien et singulier des pubs, un temps difficile à observer dont Josiane Massard-Vincent a su se saisir avec succès, restituant à la fois sa dimension sensible et sa dimension sociologique pour le plus grand plaisir du lecteur.&lt;/p&gt;</description>
		  <author>Vanessa Manceron</author>
		<dc:date>2007-09-13 23:02:22</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
			        <dc:creator>Vanessa Manceron</dc:creator>
		
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		<title>GUILHOT Nicolas, 2005, The Democracy Makers : Human Rights and the Politics of Global Order</title>
		<link>http://www.ethnographiques.org/2007/Monsutti.html</link>
		<description>&lt;div class='spip_documents spip_documents_left' style='float: left;'&gt;
&lt;img src='http://www.ethnographiques.org/IMG/gif/guilhot_democracy.gif' style='border-width: 0px;' width='110' height='169' alt=&quot;&quot; title=&quot;&quot; /&gt;&lt;/div&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Dans cet ouvrage, issu de sa thèse de doctorat, Nicolas Guilhot reconstitue de façon magistrale la généalogie intellectuelle et l'insertion institutionnelle des acteurs qui promeuvent la démocratie et les droits de l'homme. Centrées sur les Etats-Unis, les analyses de l'auteur démystifient le tournant moral qu'auraient connu les relations internationales depuis la fin de la guerre froide. L'auteur part du constant que la démocratie et les droits de l'homme sont devenus dans les années 1990 les principes qui organisent un nouvel ordre mondial et auxquels les Etats doivent se conformer pour établir leur légitimité. Cela s'est accompagné d'une professionnalisation des militants. Exporter la démocratie est désormais une activité profitable prise en charge par une myriade d'experts en tous genres qui ont développé des réseaux transnationaux et circulent entre les organisations non gouvernementales et les institutions nationales ou internationales.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le chapitre 1 retrace les origines de l'exportation de la démocratie en reconstituant la longue évolution politique de nombreux intellectuels et militants de la gauche anti-stalinienne qui ont fini par se rapprocher du mouvement néo-conservateur dans les années 1980 sans abandonner l'idéal d'une révolution internationale permanente. Mais cet idéal s'est progressivement transformé en perdant sa dimension subversive et émancipatoire pour devenir un outil hégémonique : les droits de l'homme et la démocratie ne sont désormais plus des outils dont les individus disposent pour critiquer le pouvoir, mais sont devenus le c&#339;ur de la rhétorique du pouvoir lui-même.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le chapitre 2 porte sur le processus de professionnalisation des militants et leurs liens avec la politique étrangère américaine. Jimmy Carter avait placé les droits de l'homme au centre de sa politique étrangère. Ils étaient entendus alors comme un ensemble de normes exprimé par les conventions et les traités internationaux. Cette approche a été attaquée par les néo-conservateurs qui lui reprochaient de limiter le pouvoir américain. Sous la présidence de Reagan, ils s'efforcèrent de déplacer la problématique des droits de l'homme vers les institutions nationales et les structures sociales : « human rights were primarily based upon a set of values embedded in existing national political institutions and legal structures, of which the United States were at once the best historical example and model » (p. 75). Défendre les intérêts nationaux des pays démocratiques revenait dès lors à promouvoir les droits de l'homme à un niveau international.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le chapitre 3 reconstitue l'essor des théories de la démocratisation dans les milieux académiques. Dans les années 1960, la théorie de la modernisation proposait un changement politique et social graduel pour contrebalancer l'influence idéologique de l'Union soviétique. La réaction que représentait la théorie de la dépendance a &#8212; selon Nicolas Guilhot &#8212; constitué l'un des terreaux à partir duquel la croisade internationale pour la démocratie s'est développée. Dans cette perspective, le chapitre 4 aborde le rôle joué par un groupe de spécialistes de l'Amérique latine. A l'instar de Fernando H. Cardoso, ces anciens dissidents ont développé dans les années 1970 une théorie normative et non révolutionnaire du changement social en insistant sur les luttes de faction au sein des élites politiques. Ils se sont éloignés des explications structurelles qui les avaient occupés précédemment pour préférer des analyses en terme de choix rationnel et de théorie des jeux.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le chapitre 5 analyse le rôle des « constructivistes sociaux » dans le développement d'un discours apparemment alternatif sur les droits de l'homme et la constitution de réseaux transnationaux d'activistes. Les campagnes de promotion de la démocratie à la fin du XXe siècle ne s'appuient pas sur la volonté de changer les relations sociales. Les acteurs non étatiques comme les réseaux transnationaux de militants des droits de l'homme sont considérés comme des agents de moralisation des relations internationales à travers la force de leurs idéaux. Mais, en opposition à une idée habituelle, Nicolas Guilhot affirme que « the international champions of the &#8220;power of ideas&#8221; &#8212; NGOs, transnational issue networks, activists, moral entrepreneurs &#8212; most often do not represent some kind of counter-power but are crucial element in the definition of today's hegemonic forms of power relations » (p. 168). Les ONG seraient la face souriante et moralement acceptable de la mondialisation. L'auteur critique ainsi sans détour toute la littérature qui reproduit l'idée d'acteurs désintéressés : « this scholarship has developed in a very anti-sociological way, in spite of its self-assigned label. The real, material, social genealogy of these global activisms is almost systematically absent from available studies, which do not ask which social contexts, which rewards and incentives generate the &#8220;interest in disinterestedness&#8221; [...] there is no interrogation on which local strategies are possibly served by these global struggles around universals » (p. 169).&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le chapitre 6 se concentre sur l'évolution de la Banque mondiale, des années 1960 où elle fonctionnait comme agence de développement, au triomphe du néolibéralisme et des programmes d'ajustement structurel dans les années 1980, puis à l'essor de la notion de « bonne gouvernance », à l'incorporation des droits de l'homme et au rapprochement avec les ONG dans les années 1990. Cette évolution semble marquer une valorisation de la dimension sociale face à des considérations purement économiques. Toutefois, les politiques néolibérales comme les approches en terme de bonne gouvernance ont pour but de minimiser le rôle de l'Etat.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Dans une perspective inspirée par Bourdieu, Nicolas Guilhot analyse les conditions sociales et politiques qui ont vu l'émergence du désintéressement comme une forme d'intérêt. Il explore l'institutionnalisation de la promotion des droits de l'homme et de la démocratie, l'histoire de ces idées ainsi que la trajectoire des activistes. Il montre notamment comment les ONG ont acquis une position dominante dans les « réseaux globaux de pouvoir » et insiste sur les nouvelles complémentarités qu'elles ont développées avec les organisations internationales, en particulier la Banque mondiale mais aussi l'administration américaine.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Si de très nombreux passages sont remarquables &#8212; par exemple concernant la récupération de la notion de droits de l'homme et la promotion de la démocratie par l'administration américaine (p. 74-83) ou le constructivisme social qui considère que le poids des idées suffit à expliquer les pratiques et l'émergence des « issue networks », les réseaux transnationaux de militantisme constitués par les ONG (p. 166-176) &#8212; le texte est parfois inégal. On peut regretter ainsi que la conclusion n'offre pas une synthèse plus ample et que des notions si présentes aujourd'hui telles que « société civile » ou « capital social » ne reçoivent qu'un traitement limité. L'argumentation est à quelques reprises difficile à suivre pour les lecteurs peu familiers des mouvements politiques américains. Certains développements historiques semblent ainsi un peu touffus, en particulier aux chapitres 3 et 4 (alors que l'index est malheureusement trop sommaire pour être réellement utile).&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ces remarques n'altèrent en rien l'impression finale : par la force des thèses, la minutie de la démonstration et sa dimension critique, l'ouvrage constitue une lecture obligatoire pour toutes les personnes qui s'interrogent sur l'exportation de la démocratie et des droits de l'homme. L'auteur décrit l'arrière-fond historique et social, intellectuel et institutionnel que toute recherche de terrain portant sur les programmes de renforcement de la société civile et de reconstruction post-conflit dans les pays du Sud doit prendre en considération. &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;The Democracy Makers&lt;/i&gt;, un texte indispensable à plus d'un titre !&lt;/p&gt;</description>
		  <author>Alessandro Monsutti</author>
		<dc:date>2007-09-05 21:06:05</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
			        <dc:creator>Alessandro Monsutti</dc:creator>
		
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		<title>MONSUTTI Alessandro, 2004, Guerres et migrations : réseaux sociaux et stratégies économiques des Hazaras d'Afghanistan</title>
		<link>http://www.ethnographiques.org/2007/Petric.html</link>
		<description>&lt;div class='spip_documents spip_documents_left' style='float: left; width: 94px;'&gt;&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/document.php3?id_document=1467' onclick=&quot;window.open(this.href, 'Document0', 'height=778, width=465, top=100, left=100, toolbar=no, menubar=no, location=no, resizable=yes, scrollbars=yes, status=no'); return false;&quot;&gt;&lt;img src='http://www.ethnographiques.org/IMG/cache-94x140/couverture-94x140.jpg' width='94' height='140' style='border-width: 0px;' class='spip_logos' alt=&quot;JPEG - 56.6 ko&quot; title=&quot;JPEG - 56.6 ko&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_documents spip_documents_left' style='float: left; width: 89px;'&gt;&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/document.php3?id_document=1469' onclick=&quot;window.open(this.href, 'Document0', 'height=640, width=355, top=100, left=100, toolbar=no, menubar=no, location=no, resizable=yes, scrollbars=yes, status=no'); return false;&quot;&gt;&lt;img src='http://www.ethnographiques.org/IMG/cache-89x140/cover_W_M-89x140.jpg' width='89' height='140' style='border-width: 0px;' class='spip_logos' alt=&quot;JPEG - 18 ko&quot; title=&quot;JPEG - 18 ko&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Dans cet ouvrage, Alessandro Monsutti remet en chantier les grandes questions de l'anthropologie politique et bouscule de nombreux stéréotypes attachés à la société afghane. Il commence par une lecture critique de l'anthropologie post-moderne américaine, dans laquelle il puise certaines interrogations tout en en montrant les limites. Il rappelle notamment que le phénomène migratoire et transnational n'est pas nouveau.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il choisit d'illustrer la complexité du fonctionnement de la société afghane en partant de l'étude des réseaux migratoires hazara. Cette minorité chiite, issue du centre de l'Afghanistan dont la population est majoritairement sunnite, a toujours occupé une place inférieure dans la hiérarchie sociale de ce pays. Pour ces montagnards, la mobilité spatiale et la dispersion des groupes de solidarité est une stratégie collective qui leur permet de lutter contre leur marginalité.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;L'auteur envisage dans ce livre le phénomène migratoire et transnational comme un principe méthodologique pour comprendre les modifications du paysage social du Hazaradjat. Il déconstruit la figure du migrant déraciné, passif et victime pour nous proposer celle d'un acteur de son destin, qui entretient des relations intenses avec son lieu d'origine. Les Hazaras ont su utiliser leur éparpillement géographique pour trouver les ressources faisant défaut à leur région. L'auteur ne propose pas une étude détaillée de la migration mais montre que les flux de personnes engendrent des flux monétaires, idéologiques, mais aussi des échanges d'idées qui ont considérablement modifié le Hazaradjat contemporain. Il montre également comment la légitimité des acteurs politiques locaux se recompose en fonction de ces flux.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Monsutti part d'une localité du Hazaradjat sans avoir préalablement circonscrit ni espace ni groupe et se laisse « embarquer » dans les réseaux de relations, par le biais des pratiques sociales qu'engendre la mobilité. Les réseaux de solidarité qu'il décrit structurent les modes de vie qui s'articulent autour du Hazaradjat (Afghanistan), dans la ville de Quetta (Pakistan), à Qom et à Téhéran (Iran). À partir de ces expériences sociales, l'auteur ré-interroge les questions de l'appartenance, de la confiance et du conflit dans la société afghane. Il nous éloigne d'une vision réifiante où les identités ethnique et religieuse seraient indépassables. Il ne part pas d'une définition pré-établie de l'identité et nous donne à voir la complexité de la construction identitaire en Afghanistan.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Alessandro Monsutti a suivi les migrants hazaras dans leurs pérégrinations et nous fait découvrir que le voyage est une expérience centrale pour ces jeunes hommes. Il propose une ethnographie fine des lieux qui jalonnent leurs territoires de circulation entre le Pakistan, l'Iran et l'Afghanistan : dans le Baloutchistan pakistanais, les Hazaras sont embauchés dans les mines de charbon où les conditions de travail sont particulièrement éprouvantes. Les séjours de ces « prolétaires » sont relativement courts et interviennent à un moment où la récolte des amandes, leur principale ressource échangeable, s'achève dans leur région d'origine, le Hazaradjat. Dans les centres urbains iraniens où ils se rendent pour de plus longues périodes, ils travaillent pour de bas salaires comme maçons, comme ouvriers agricoles ou encore dans les services de la voirie ou les carrières. S'ils acceptent ces conditions d'exploitation, c'est que, dans leur société, l'expérience migratoire est très valorisée. Elle constitue un véritable rite de passage pour accéder au statut d'homme.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ils peuvent franchir les frontières parce qu'ils partagent un ensemble de codes sociaux avec les populations de ces espaces transnationaux : le migrant hazara qui part pour l'Iran sait qu'il doit s'appuyer sur un passeur baloutche que l'on peut rencontrer dans les maisons de thé (&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;mosaferkhâna&lt;/i&gt;) qui jalonnent la route migratoire. Celui-ci permettra au Hazara d'entrer en Iran grâce aux relations qu'il entretient avec les douaniers iraniens. De l'autre côté, entre le Pakistan et l'Afghanistan, il faut s'assurer la coopération des Pachtounes qui ont le monopole du transport.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;L'auteur s'intéresse ensuite aux échanges qui s'effectuent au sein de ces territoires de circulation. Il montre l'importance que possèdent ces lieux pour véhiculer les grandes idéologies (le communisme, l'islamisme, l'ethnicisme) qui ont servi à la création des principaux partis politiques hazaras (Hezb-e Wahdat, etc.). Son exposé est centré sur le rôle primordial des transferts de fonds, le &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;hawâla&lt;/i&gt;, et des biens qui en découlent. Le système du &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;hawâla&lt;/i&gt;, qui s'apparente aux lettres de crédit, assure de nombreuses fonctions qui ne se limitent pas à l'échange monétaire : il permet aux travailleurs migrants de se constituer une épargne, il sert de crédit pour les commerçants hazaras afin qu'ils puissent acheter des produits de consommation qui seront revendus au Hazaradjat. Ces transferts de fonds produisent - et reproduisent - des rapports de confiance qui vont au-delà de la parenté, des groupes ethniques et de la citoyenneté ; ils assurent une communication permanente avec le Hazaradjat. Les lettres de crédit contiennent des messages et des codes secrets pour faire face à l'adversité sociale. Le &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;hawâla&lt;/i&gt; dépasse donc la simple transaction d'argent.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;A. Monsutti nous donne à voir un ensemble de contrats complexes qui permettent aux individus de créer à la fois des liens de solidarité et des liens de domination entre les détenteurs du capital et du travail. Il nous propose une analyse originale sur le fonctionnement de la société afghane dans son ensemble et nous invite à jeter un regard différent sur l'Afghanistan d'aujourd'hui en brisant l'image que nous avons d'une société qui vivrait repliée sur elle-même.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;L'auteur s'amuse à comparer ses analyses avec les instruments de mesure que les organisations internationales et les ONG utilisent pour évaluer les flux économiques de ce pays ; il en démontre le caractère obsolète, et prouve qu'ils ne permettent pas de rendre compte de la diversité des échanges.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;L'analyse d'A. Monsutti nous amène à nous interroger sur le rôle parfois trop important que l'anthropologie a accordé à la parenté. L'exemple de la migration des Hazaras doit nous permettre de relativiser la fonction pratique de la parenté dans ces sociétés et de plus tenir compte des relations de voisinage et d'amitié. Si, dans les représentations de la société afghane, les relations patrilatérales occupent une place déterminante, elles induisent des obligations, des rapports hiérarchiques et, donc, des conflits. Alors que, dans les pratiques sociales, les relations matrilatérales et les relations contractuelles librement choisies y occupent une place toute aussi importante.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les voyages circulatoires des migrants hazaras permettent d'injecter de ressources énormes dans leur région d'origine en Afghanistan ; ces flux de marchandises, d'idées, ces réseaux et ces pratiques sociales complexes ont permis à cette population d'acquérir des « armes » pour combattre dans l'univers social et politique afghan. Ce processus historique n'a pas conduit à la déterritorialisation du Hazaradjat mais au contraire à le renforcer sur l'échiquier afghan.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Par cet exemple, A. Monsutti montre bien que la théorie du « transnationalisme », qui voit dans le phénomène migratoire l'avènement de la déterritorialisation, n'est pas entièrement convaincante. De plus, il s'interroge, non sans humour, sur le rôle que jouent les organisations internationales (HCR, PNUD, Banque mondiale, etc.) et les ONG qui méconnaissent ces réalités et sur les stratégies que les Afghans développent pour capter ces ressources extérieures.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;L'anthropologie itinérante d'Alessandro Monsutti offre une piste originale et stimulante pour rendre compte d'une situation qui tend à s'étendre aujourd'hui à de nombreuses sociétés. Il invite les anthropologues à modifier leurs pratiques pour appréhender des espaces sociaux où les individus agissent tout en étant ailleurs.&lt;/p&gt;</description>
		  <author>Boris-Mathieu Pétric</author>
		<dc:date>2007-02-25 14:19:54</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
			        <dc:creator>Boris-Mathieu Pétric</dc:creator>
		
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		</item>
	
	
		
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		<title>Un parfum de déjà lu (revue &lt;i&gt;Terrain&lt;/i&gt;, 2006, 47)</title>
		<link>http://www.ethnographiques.org/2007/Wathelet.html</link>
		<description>&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;a name='sommaire'&gt;&lt;/a&gt;&lt;h4&gt;Sommaire&lt;/h4&gt;&lt;p class='spip'&gt;&lt;a name='table'&gt;&lt;/a&gt;&lt;ul id='tablematiere'&gt;
&lt;li&gt;&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/backend-cr.php3#1'&gt;Introduction&lt;/A&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/backend-cr.php3#2'&gt;Des odeurs, des disciplines&lt;/A&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/backend-cr.php3#3'&gt;Un Terrain déminé !&lt;/A&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/backend-cr.php3#4'&gt;Partager et dire&lt;/A&gt;&lt;/li&gt;
&lt;br /&gt;&lt;li&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/backend-cr.php3#notes&quot;&gt;Notes&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/backend-cr.php3#biblio&quot;&gt;Bibliographie&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;&lt;/p&gt; &lt;div class=&quot;spiphead1&quot;&gt; &lt;div class='flottant_titre_g'&gt;&lt;h3&gt;&lt;a name='1'&gt;&lt;/a&gt;&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/backend-cr.php3#sommaire'&gt;Introduction&lt;/a&gt;&lt;/h3&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class=&quot;flottant_titre_d&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/backend-cr.php3#sommaire&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://www.ethnographiques.org/NAVPICS/Puce_rouge.png&quot; alt=&quot;&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class=&quot;spacer&quot;&gt; &lt;/div&gt; &lt;/div&gt; &lt;div class='spip_documents spip_documents_left' style='float: left; width: 110px;'&gt;&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/document.php3?id_document=1464' onclick=&quot;window.open(this.href, 'Document0', 'height=653, width=440, top=100, left=100, toolbar=no, menubar=no, location=no, resizable=yes, scrollbars=yes, status=no'); return false;&quot;&gt;&lt;img src='http://www.ethnographiques.org/IMG/cache-110x140/arton212-110x140.jpg' width='110' height='140' style='border-width: 0px;' class='spip_logos' alt=&quot;JPEG - 25.9 ko&quot; title=&quot;JPEG - 25.9 ko&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il y a aujourd'hui vingt ans, lorsque l'anthropologue canadien David Howes (&lt;a href=&quot;/backend-cr.php3#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('HOWES D., 1986, « Le sens sans parole : vers une anthropologie de l'odorat », &lt;i&gt;Anthropologie et sociétés&lt;/i&gt;, 10, 3, 29-45')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;1986&lt;/a&gt;) posait les bases d'une anthropologie des odeurs, il faisait à juste titre le constat désolant mais stimulant d'un vide de connaissance dans le domaine de l'olfaction : la psychologie ou la neurologie commençait seulement à étudier cette modalité sensorielle avec des méthodes spécifiques, et le procès était plus sévère encore en ce qui concerne les sciences sociales. Depuis, et le mouvement semble s'accélérer, un nombre croissant d'ouvrages et de colloques auront abordé cette problématique, tout en soulevant de nouvelles interrogations et remises en questions du programme initial, culturaliste, de David Howes. Aussi, lorsque la revue française, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Terrain&lt;/i&gt; propose dans son &lt;a href=&quot;http://terrain.revues.org/sommaire4220.html&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;dernier numéro&lt;/a&gt; sobrement intitulé &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Odeurs&lt;/i&gt;, d'apporter elle aussi sa pierre à l'édifice d'une anthropologie sensorielle, dans un domaine où le vieux continent semble encore un peu à la traîne, nous étions en droit de nous montrer enthousiaste et exigeant. Or, disons le sans détour, l'ensemble, sans être mauvais, déçoit [&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/backend-cr.php3#nb2&quot; name=&quot;nh2&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;[2] Ce volume comprend également un hors-thème, excellent, intitulé « Chassé-croisés (...)&quot;&gt;2&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;div class=&quot;spiphead1&quot;&gt; &lt;div class='flottant_titre_g'&gt;&lt;h3&gt;&lt;a name='2'&gt;&lt;/a&gt;&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/backend-cr.php3#sommaire'&gt;Des odeurs, des disciplines&lt;/a&gt;&lt;/h3&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class=&quot;flottant_titre_d&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/backend-cr.php3#sommaire&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://www.ethnographiques.org/NAVPICS/Puce_rouge.png&quot; alt=&quot;&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class=&quot;spacer&quot;&gt; &lt;/div&gt; &lt;/div&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Pourquoi ? Certainement pas en raison de la qualité intrinsèque des articles. Les sept contributions, en plus de se montrer complémentaires, font preuve d'une érudition irréprochable (le texte introductif de Gérad Lenclud, modestement ponctué de la mise en garde « (remarque) » est un modèle du genre) et d'une précision descriptive excellente. On ne saurait non plus remettre en cause le choix de réunir sous une même enseigne des contributeurs de disciplines diverses, bien au contraire. Les apports de Danièle Dubois, psycholinguiste (comment catégorisons-nous nos perceptions ?), d'Annick Le Guérer, historienne philosophe (des relations symboliques entre chair et parfum) et André Holley, neurologue, sont doublement justifiées par leur importance respective dans le domaine de l'olfaction ainsi que par leur souci (antérieur à ce numéro de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Terrain&lt;/i&gt;) de prendre en charge dans leurs réflexions la nature culturelle du phénomène. Ainsi, le caractère inhérent à l'étude des odeurs (leur perception et production humaine) est mis en pratique de la plus belle manière qui soit.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;De même, du côté des anthropologues à proprement parler, le travail n'est pas moins bien fait. Spécialiste en la matière, Joël Candau, pour l'occasion en compagnie d'Agnès Jeanjean, poursuit son ethnographie des savoirs olfactifs en milieu professionnel ; ici auprès des métiers confrontés aux odeurs délicates de la mort ou de la maladie, tout en apportant des résultats inédits et des hypothèses originales sur la nature de nos capacités cognitives. Dominique Somda et Alfred Gell (par un original posthume du chercheur britannique) décrivent deux univers plus lointains dans l'espace : la première en décomposant minutieusement une cérémonie mortuaire malgache ; le second en construisant à partir de la description de pratiques communes chez les Umeda de Nouvelle-Guinée les prémisses d'une théorie générale de la magie odoriférante.&lt;/p&gt; &lt;div class=&quot;spiphead1&quot;&gt; &lt;div class='flottant_titre_g'&gt;&lt;h3&gt;&lt;a name='3'&gt;&lt;/a&gt;&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/backend-cr.php3#sommaire'&gt;Un Terrain déminé !&lt;/a&gt;&lt;/h3&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class=&quot;flottant_titre_d&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/backend-cr.php3#sommaire&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://www.ethnographiques.org/NAVPICS/Puce_rouge.png&quot; alt=&quot;&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class=&quot;spacer&quot;&gt; &lt;/div&gt; &lt;/div&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Dès lors, que pouvons-nous bien reprocher à cette livraison de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Terrain&lt;/i&gt; ? Comme nous l'avons souligné en introduction, le temps n'est plus tout à fait aux tâtonnements : des courants de pensée tendent à s'organiser autour d'un certain nombre de questions, parmi lesquels les tenants d'une approche centrée sur le sujet et les mécanismes cognitifs de la perception (Candau et Dubois particulièrement). A l'inverse, il ne manque pas de chercheurs pour défendre une perspective que nous qualifierons volontiers d'opposée, puisqu'elle prend pour point de départ l'organisation symbolique du monde odorant, à un niveau sociétal (Le Guérer dans ce volume, mais plus significativement David Howes ou, en France, David Le Breton et son récent &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La saveur du monde&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;L'enjeu, s'il n'occupe, il est vrai, qu'une portion congrue du monde de l'anthropologie (à regret, oserait-on-dire), n'en est pas moins d'importance dans la perspective qui anime ce numéro, celle de l'anthropologie sensorielle. Selon qu'ils prennent comme point de départ l'acteur ou le sociétal, on verra les anthropologues sensualistes faire usage d'explications divergentes pour défendre la part de culturel qu'il faut insuffler à nos sens pour les comprendre. Les premiers insisteront sur les contraintes innées de nos façons d'être au monde, tandis que les seconds auront comme horizon théorique d'illustrer le caractère &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;fondamentalement&lt;/i&gt; culturel de la chose. Ce différend dépasse largement la seule multiplicité de points de vue et renvoie à deux manières bien distinctes de pratiquer l'anthropologie, qui n'est pas sans rappeler des conflits de position similaires dans les controverses sur le statut du cognitif dans notre discipline.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Pourtant, de tout ceci ces pages ne font aucun écho. Au contraire, la juxtaposition des contributions, sans plus de précision introductive à cet égard, n'aide pas le nouveau venu à prendre position. Les réflexions de Lenclud en incipit à ce volume, aussi brillantes et inspirées soient-elles, renvoient aux premières interrogations de Howes quant au statut des qualités odorantes. L'inédit d'Alfred Gell, dont la matière était destinée à préparer un article publié il y a près de trente ans, n'apporte ainsi au domaine que peu d'arguments supplémentaires. On appliquera la même critique, en substance, aux présentations des autres auteurs qui, chacun dans leurs rhétoriques respectives, reprennent une argumentation à laquelle ils nous ont tous habitués (sauf Dominique Somda, dont l'intérêt pour l'olfaction semble neuf, mais qui de l'odeur semble plus faire prétexte à sa description du rituel, que l'objet central de son interrogation). Ainsi, en raison de cette absence de mise en perspective, nul doute que nombreux seront les lecteurs non avertis à douter de la pertinence de la contribution neurophysiologique d'André Holley, dont l'intérêt pour l'anthropologie ne se révèle qu'une fois pris en compte l'importance des relations nature/culture dans le débat actuel sur le statut ontologique des cultures sensibles.&lt;/p&gt; &lt;div class=&quot;spiphead1&quot;&gt; &lt;div class='flottant_titre_g'&gt;&lt;h3&gt;&lt;a name='4'&gt;&lt;/a&gt;&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/backend-cr.php3#sommaire'&gt;Partager et dire&lt;/a&gt;&lt;/h3&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class=&quot;flottant_titre_d&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/backend-cr.php3#sommaire&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://www.ethnographiques.org/NAVPICS/Puce_rouge.png&quot; alt=&quot;&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class=&quot;spacer&quot;&gt; &lt;/div&gt; &lt;/div&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;On ne niera pas, cependant, que le lecteur averti, quant à lui, trouvera plus d'une réflexion (et dans une moindre mesure, des données) pour alimenter ses recherches en la matière. Deux pistes de lecture, en filigrane à ce volume, semblent s'imposer. La première, d'une part, souligne la singularité des perceptions olfactives, plus &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;effets&lt;/i&gt; que &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;raisons &lt;/i&gt;défend Lenclud. Dès lors, le partage culturel de la perception des odeurs est un exercice délicat, d'autant plus que, dans ce registre sensoriel, le langage est une ressource sur laquelle il semble singulièrement malaisé de prendre appui. Or, comme le souligne très bien la contribution de Candau et Jeanjan, cette complexité est prise en charge « en vrai », notamment dans le cours d'activités professionnelles, où émerge un vocabulaire des sens original. Il y a donc matière à investir de passionnantes ethnographies du savoir (sensible) et de sa négociation à l'échelle des relations interindividuelles.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;D'autre part, et cette seconde piste d'analyse est complémentaire de la première, il semble que l'attention au sensoriel que proposent ces anthropologies des odeurs gagne en compréhension lorsque celles-ci cherchent à décomposer les mécanismes cognitifs qui vont de la détection des odeurs (parfois non consciente) à sa mise en forme verbale, quand elle a lieu. On peut évidemment proposer de l'olfaction une analyse en des termes plus classiques (formes symboliques, variété des usages, mythologie du parfum, etc...) mais le risque est grand de manquer ce qui fait la spécificité de ce sens, ou au contraire de l'inférer trop rapidement sur la seule base de ses propriétés partagées en société. En prenant ainsi la partie pour le tout, nous risquons d'autant plus de manquer notre objet que l'olfaction, bien plus que d'autres thématiques plus classiques de l'anthropologie, relève comme nous l'avons souligné, du singulier, de l'intime, et de formes de sociabilité peu exposées à l'espace public.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Cette décomposition du conceptuel à laquelle l'odorat nous invite fait de cette modalité un laboratoire particulièrement propice pour penser le social en train de se faire. Au-delà de la formule fourre-tout, il y a une complexité que ce numéro de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Terrain&lt;/i&gt; invite à prendre à bras le corps, à savoir « affronter l'odeur comme (...) phénomène subjectif spécifiquement humain : comme sensation, comme représentation, voire comme connaissance » (Dubois, p. 104) !&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Avouons donc qu'une grande part de notre déception relève d'attentes qui nous semblent légitimes à l'égard d'une revue « c&#339;ur de discipline » telle que &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Terrain&lt;/i&gt; : présenter des articles de qualité dans une perspective ambitieuse ou, tout du moins, soucieuse de rendre compte des enjeux dont participent les objets qu'elle tente de saisir. Si la rigueur des écritures garantit la satisfaction de cette première condition, nous avons suffisamment souligné combien la seconde fait douloureusement défaut. Qu'à cela ne tienne, le lecteur, naïf ou expert en la matière, ne saura manquer de trouver dans la complémentarité et la diversité des options théoriques exprimées, une invitation à poursuivre dans la voie de ce dialogue pluriel. Et pour cela, ce numéro mérite amplement lecture.&lt;/p&gt;</description>
		  <author>Olivier Wathelet</author>
		<dc:date>2007-02-22 06:03:37</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
			        <dc:creator>Olivier Wathelet</dc:creator>
		
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		<item>
		<title>SAOUDI Nour-Eddine (dir.), 2005, Femmes-Prison. Parcours croisés</title>
		<link>http://www.ethnographiques.org/2006/Labari.html</link>
		<description>&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Au Maroc, on n'en finit pas de questionner les mystérieuses années de plomb (1960 - 1990) au cours desquelles les autorités ont emprisonné des milliers de citoyens pour « délit d'opinion ». Les éditions &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Marsam&lt;/i&gt; publient depuis quelques années des ouvrages historiques où il s'agit d'expliquer sans accabler, d'alerter sans dénigrer. L'ouvrage « Femmes-Prison » fait partie de ces livres qui déroulent l'Histoire longue à travers l'histoire de celles et ceux qui ont vécu une succession d'événements, souvent douloureux. La pédagogie consiste à transmettre aux générations contemporaines les méandres d'une époque de plomb avec laquelle il convient de rompre. Ce livre est issu d'un travail collectif coordonné par un ex-prisonnier et composé essentiellement de témoignages rendant hommage aux femmes combattantes de la liberté, tisseuses d'un Maroc réconcilié avec lui-même. Ce collectif, regroupé autour de « Synergie civique » dirigé par Fatema Mernissi, entend restituer au Maroc des profondeurs ses lettres de noblesse. Ce n'est pas un énième livre de politologie mais la restitution de vécus dans l'univers carcéral et des résistances familiales aux endurances des leurs.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Quand le regard du politiste se fixe sur un procès politique, sa formation lui commande de s'en tenir à la nature du système politique et aux modes de légitimation du pouvoir : l'enfermement, l'emprisonnement et la torture seraient, suivant ce regard, les effets manifestes d'un mode de gouvernance reposant pour l'essentiel sur la répression. Les années de plomb au Maroc ont fait l'objet d'une abondante littérature inspirée par la science politique [&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/backend-cr.php3#nb3&quot; name=&quot;nh3&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;[3] Cf. par exemple les ouvrages de DALLE Ignace, 2001, Le règne de Hassan II (...)&quot;&gt;3&lt;/a&gt;]. Le contexte de ces années, même arbitrairement daté, est reconnaissable au rétrécissement des libertés publiques et à la violence politique dirigée contre les organisations politiques et syndicales de gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le livre s'ouvre sur le rappel condensé de ces années de plomb avec leur cortège d'arrestations, d'emprisonnements ou de représailles (12 pages). Nour-Eddine Saoudi y rapporte les événements les plus marquants de cette période. L'auteur rappelle que les réunions politiques ou syndicales se faisaient clandestinement ou ne se faisaient pas du tout, étant donné que tout le monde avait peur de tout le monde, chaque citoyen étant vu comme un potentiel agent secret : « Le palais redéployait l'action des appareils sécuritaires de l'Etat en diversifiant les procédés de terrorisation des dirigeants les plus actifs, en élaborant les complots à leur encontre » (p. 16)&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Durant ces années de plomb, on dénombre des centaines de procès, des dizaines de simulacres de coup d'État... Le tout pour justifier la répression, les arrestations, emprisonnements et autres tortures de très nombreux citoyens.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La posture du politiste montre ses limites quand elle ne prête pas une attention suffisante aux microscopies des rapports entre les prisonniers et les membres de leurs familles, notamment les femmes : « L'arrestation d'un militant politique au Maroc entraîne souvent des conséquences inimaginables pour son entourage, parents et amis (...) Par leur sensibilité et leur émotivité particulières, les mères, les épouses et/ou les s&#339;urs sont généralement les plus affectées par ce douloureux événement qui dure parfois de nombreuses années » (p. 8)&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le travail ethnographique, parce qu'il rapporte des témoignages pour verbaliser le réel, comble la lacune en mettant en première ligne les « bâtisseuses » du Maroc citoyen &#8212; pour reprendre les termes de Fatema Mernissi, la préfacière de ce livre.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;L'Histoire officielle a maltraité / sous-traité les femmes dans cette phase noire du Maroc et le livre a le mérite de réparer cet affront. La libération de la parole, la passion de narrer la part des femmes dans l'épreuve de l'emprisonnement des leurs sont incontestablement le point fort du livre. Aucune ranc&#339;ur dans les témoignages, mais simplement l'amour que ces femmes, ces s&#339;urs portent à leurs fils ou à leurs frères, avec en arrière-plan l'incompréhension face à l'absurde, face à l'arbitraire.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il y a certainement du pathétique et de l'émouvant dans l'hommage rendu par ces ex-prisonniers à celles qui les ont soutenu jusqu'au bout de leur peine comme l'auteur de ces lignes, citant le poète grec Seferis :
&lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Ô mères, votre saga, vos sagas, nous permirent de résister et de durer pour qu'au jour d'aujourd'hui nous puissions témoigner. Ô mères courages, allègeuses de nos peines, tisseuses de notre résistance et ciels tutélaires de notre mémoire de fils, pas toujours filiaux, et de citoyens pas toujours citoyens » (p. 53). &lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Un autre ex-prisonnier revient sur les conditions de sa captivité : alors que sa mère et ses s&#339;urs ont tenu tête aux policiers lors de sa traque, son père, ayant été rejoint à son travail, n'a pas résisté aux menaces des agents et a fini par livrer son rejeton. S'ensuit une scène de ménage où la mère lance au père :
&lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Traître, voilà ce que tu mérites (poignard à la main et s'apprêtant à le poignarder) ! lui lança-t-elle à la figure d'un air quasi hystérique - Alors que moi je me suis débattue comme une tigresse contre les policiers durant plusieurs heures, monsieur - qui est censé défendre la famille - est allé stupidement leur livrer mon fils le plus cher » (p.33). &lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les itinéraires des militantes sont restitués dans toute leur épaisseur avec une économie de mots remarquable. En simplifiant cette restitution, on pourrait dire que le militantisme féminin en faveur des prisonniers se déploie dans les registres suivants :
&lt;br /&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://www.ethnographiques.org/puce.gif' alt='-' /&gt; &lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Le confort moral&lt;/strong&gt; : face à la peine endurée et à endurer, les paroles féminines de confort ne manquent jamais, les actes aussi. Même quand l'espoir meurt, une pensée rejaillit comme dans ce témoignage à la mémoire d'un oncle : « Le plus dur de cette période est la nouvelle de l'exécution de mon oncle Brahim, commandant dans l'armée royale, au lendemain de la tentative de coup d'Etat militaire de Skhirat contre le roi Hassan II, le 10 juillet 1971. J'étais dans la cuisine en train de préparer le petit déjeuner, écoutant la radio. Et j'entendis cette nouvelle...j'étais allée dans la rue, paniquant et criant : Brahim ! Ils ont tué Brahim ! C'était vraiment insupportable. Nous ne savions rien du tout, et nous étions seules en tant que femme de la famille » (p. 86).
&lt;br /&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://www.ethnographiques.org/puce.gif' alt='-' /&gt; &lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;La protection, y compris en période de clandestinité&lt;/strong&gt; : protéger un proche traqué par la police est une vertu féminine qui fait encourir aux protectrices un réel danger de représailles.
&lt;br /&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://www.ethnographiques.org/puce.gif' alt='-' /&gt; &lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;La foi et la prière&lt;/strong&gt; font certes partie d'un registre d'imploration et non d'action, mais ces deux « recettes » dénotent une solidarité de c&#339;ur avec les prisonniers.
&lt;br /&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://www.ethnographiques.org/puce.gif' alt='-' /&gt; &lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;La persévérance dans l'attachement à ses proches&lt;/strong&gt; : l'épreuve de la prison n'altère pas les liens familiaux, elle les fructifie. Le sujet/citoyen subversif du point de vue du Makhzen est avant tout un frère ou un fils martyr selon les mères et les s&#339;urs de ces âmes damnées. Le bandit déviant devient un « dommage collatéral » d'une machine à incriminer qui appelle la solidarité de toutes. Cette solidarité ressentie est même la flamme qui retient et détient l'espoir d'une vie dans le noir, des jours qui se suivent et qui se ressemblent. Ainsi cet ex-prisonnier témoigne dans ce sens : « j'ai maintenu ma vie, vaincu mes terreurs et reconstruit mes espérances, pour toi, Oussamandela, mon fils, pour toi, Nouha, ma fille chérie » (p. 59)
&lt;br /&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://www.ethnographiques.org/puce.gif' alt='-' /&gt; &lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;La fidélité et la loyauté en amour et en amitié&lt;/strong&gt; illustrent tout simplement le lien citoyen d'un monde meilleur. En témoigne le périple de cette autre militante pour accompagner le calvaire de son mari. De tentative en tentative pour connaître le lieu de sa détention et lui rendre visite, elle continue à « harceler » les geôliers dont l'un d'eux finit par « confesser » : « Voyez-vous Madame, votre mari s'obstine à s'attirer des ennuis en fréquentant ces gens (lui montrant une photo où il figurait avec les leaders socialistes marocains dont Mahdi Ben Barka) ». Et l'intéressée de rétorquer : « Vous avez bien des enfants, de la famille, des amis. Et bien figurez-vous que ce sont là les nôtres ! » (p. 96).&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le livre n'est pas seulement dédié aux femmes en tant que compagnes d'infortune des prisonniers, il est aussi celui des témoignages de ces femmes qui avaient fait, elles aussi, la dure expérience de l'emprisonnement. Il en est ainsi de cette « mère qui a accouché sous la torture » (p. 139). Dite &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Oum Hafid&lt;/i&gt; (la mère de Hafid), son seul crime est d'avoir été l'épouse d'un militant socialiste. La place manque pour relater les souffrances éprouvées, mais une partie du témoignage de cette prisonnière face à « ses gardiens » révèle la cruauté d'un monde grondant : « Je les suppliais et leur disais que j'étais en gestation et que je risquais d'accoucher d'un moment à l'autre. Ils me répondaient : Meurs si tu veux mourir, cela ne nous concerne pas. Peut-être ta mort sera mieux pour toi ! Cette scène est particulièrement éprouvante pour les femmes détenues avec moi... »&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La question de la réconciliation parcourt de bout en bout les témoignages qui convergent vers la nécessité de tourner la page dans une sorte de grand pardon. C'est là une problématique controversée de l'ouvrage en ce qu'il pourrait laisser supposer que les responsables vivants des exactions commises n'auraient pas à rendre compte de leurs agissements passés.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il manque assurément une conclusion comme synthèse des différents témoignages et l'esquisse d'une hypothèse sur l'avenir du Maroc à l'aune de l'&#339;uvre de ces bâtisseuses. Nonobstant, le livre se lit comme un roman noir, gris et rose.&lt;/p&gt;</description>
		  <author>Brahim Labari</author>
		<dc:date>2006-12-15 11:33:46</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
			        <dc:creator>Brahim Labari</dc:creator>
		
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