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		<title>STRIGLER Florence, 2011. L'alimentation des Laotiens. Cuisine, recettes et traditions au Laos et en France</title>
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		<dc:creator>Choron-Baix_Catherine</dc:creator>


		<dc:subject>CompteRenduOuvrage</dc:subject>

		<description>Cet ouvrage arrive &#224; point nomm&#233;. Alors que les pr&#233;occupations pour la nourriture et l'engouement pour les arts culinaires s'affichent partout, dans les m&#233;dias et ailleurs, il apporte une note de sobri&#233;t&#233; et de rigueur au concert des discours actuels sur l'alimentation. Ing&#233;nieure sp&#233;cialiste des questions de nutrition, l'auteure mobilise ici ses comp&#233;tences pour se concentrer sur la situation laotienne avec laquelle elle a, au fil des ann&#233;es, acquis une grande (...)

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&lt;a href="http://www.ethnographiques.org/Comptes-rendus-d-ouvrages" rel="directory"&gt;101. Comptes rendus d'ouvrages&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.ethnographiques.org/CompteRenduOuvrage" rel="tag"&gt;CompteRenduOuvrage&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class='spip_document_6923 spip_documents spip_documents_left' style='float:left; width:175px;' &gt;
&lt;img src='http://www.ethnographiques.org/local/cache-vignettes/L175xH263/Couv_Strigler-6d71f.jpg' width='175' height='263' alt=&quot;&quot; style='height:263px;width:175px;' /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;&lt;br&gt;Cet ouvrage arrive &#224; point nomm&#233;. Alors que les pr&#233;occupations pour la nourriture et l'engouement pour les arts culinaires s'affichent partout, dans les m&#233;dias et ailleurs, il apporte une note de sobri&#233;t&#233; et de rigueur au concert des discours actuels sur l'alimentation.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;
Ing&#233;nieure sp&#233;cialiste des questions de nutrition, l'auteure mobilise ici ses comp&#233;tences pour se concentrer sur la situation laotienne avec laquelle elle a, au fil des ann&#233;es, acquis une grande familiarit&#233;. Une mission d'un an pour l'Unesco &#224; Savannakhet, dans le cadre d'un projet d'&#233;ducation non formelle pour adultes en milieu rural, la poursuite de ses investigations parmi les laotiens exil&#233;s en France depuis la fin des ann&#233;es 1970 et une abondante recherche documentaire ont permis &#224; Florence Strigler d'accumuler quantit&#233; de donn&#233;es concr&#232;tes et pr&#233;cises sur les pratiques alimentaires des Lao. Passant de la soci&#233;t&#233; locale aux communaut&#233;s d'expatri&#233;s install&#233;es en France, elle a pu &#233;galement prendre la mesure des changements en cours dans les deux contextes. &lt;br /&gt; &lt;br /&gt;
Fond&#233; sur des mat&#233;riaux ethnographiques collect&#233;s en diff&#233;rentes &#233;poques par des auteurs sp&#233;cialistes de l'Asie du Sud-est continentale et de ses diasporas et compl&#233;t&#233;s par ses propres observations, l'ouvrage offre un tableau complet d'un mod&#232;le d'alimentation clairement identifi&#233; dans l'espace et dans le temps, et envisag&#233; dans ses dimensions nutritionnelles, rituelles et symboliques, th&#233;rapeutiques, pr&#233;sentes et &#224; venir. Il est construit en deux volets qui traitent de ces questions successivement au sein de la soci&#233;t&#233; locale puis en diaspora. &lt;br /&gt; &lt;br /&gt;
La premi&#232;re partie &#233;tudie les d&#233;terminismes d'ordre biologique, culturel, &#233;conomique, technique qui p&#232;sent au Laos sur les habitudes alimentaires et les mani&#232;res de table et rep&#232;re les transformations qui s'y font jour. Elle s'ouvre sur le recensement des &#233;l&#233;ments qui constituent la base du syst&#232;me nutritionnel des Lao. Les aliments qui entrent dans la composition des plats et des repas, avec, pour d&#233;buter, un beau chapitre sur le riz&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nb1' class='spip_note' rel='footnote' title='Un manque est ici &#224; relever dans les r&#233;f&#233;rences bibliographiques : SAGART (...)' id='nh1'&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;, r&#233;f&#233;rent culturel majeur dans l'ensemble de l'aire sud-est asiatique, ainsi que les boissons, y sont pr&#233;sent&#233;s, assortis des techniques de pr&#233;paration et de conservation qui leur sont appliqu&#233;es. Puis vient l'&#233;num&#233;ration des modes d'approvisionnement avec, en particulier, cette disposition toujours tr&#232;s actuelle des Lao pour la p&#234;che, la chasse et la cueillette, t&#233;moin de leur proximit&#233; avec la nature et de leur go&#251;t pour les produits comestibles, insectes, gibier, plantes et herbes sauvages, qu'elle leur procure. La cuisine est ensuite longuement d&#233;crite, avec ses ustensiles et ses r&#233;cipients, ses modes de cuisson et ses recettes, dont plusieurs, parmi les plus embl&#233;matiques, sont pr&#233;cis&#233;ment consign&#233;es. D'int&#233;ressantes consid&#233;rations sur les saveurs et le plaisir gustatif accompagnent ces d&#233;veloppements, qui am&#232;nent progressivement au chapitre 7 consacr&#233; aux &#171; croyances et pratiques &#187;. Sont alors abord&#233;s les liens entre la nourriture, la m&#233;decine et la religion, rep&#233;rables par exemple dans les interdits qui p&#232;sent sur certains aliments et condiments, et dans les usages rituels qui en sont faits. &lt;br /&gt; &lt;br /&gt;
Apr&#232;s cette pr&#233;sentation des conceptions locales et des fonctions, th&#233;rapeutiques, &#233;nerg&#233;tiques, symboliques et rituelles accord&#233;es &#224; la nourriture, Florence Strigler revient vers son principal domaine de comp&#233;tence pour examiner la situation sanitaire et les mutations en cours du mod&#232;le alimentaire du Laos. Si ce dernier est rest&#233; relativement inchang&#233;, nous dit-elle, l'entr&#233;e progressive du pays dans les &#233;changes internationaux bouleverse cependant les modes d'approvisionnement en nourriture. Les villes et les villages situ&#233;s &#224; proximit&#233; des axes routiers participent de la soci&#233;t&#233; de consommation de masse, avec des cons&#233;quences notables sur les modes de vie et la sant&#233;. Diverses carences, en iode, en fer, en vitamine A ou B1 ainsi que des maladies chroniques ou infectieuses imputables &#224; l'alimentation sont ainsi relev&#233;es par l'auteure, qui note &#233;galement l'apparition de nouvelles pathologies li&#233;es &#224; la contamination chimique des aliments par les pesticides et autres produits illicites utilis&#233;s pour les conserver. &lt;br /&gt; &lt;br /&gt;
Les perspectives que laisse entrevoir Florence Strigler &#224; la fin de cette premi&#232;re partie sont alors mitig&#233;es : d'un c&#244;t&#233; des ressources alimentaires &#224; l'&#233;vidence menac&#233;es par l'entr&#233;e du Laos dans une certaine modernit&#233;, de l'autre les politiques nutritionnelles aujourd'hui mises en &#339;uvre afin de pr&#233;server un mod&#232;le qui s'appuie encore en grande part sur la nature et le monde &#171; sauvage &#187;. &lt;br /&gt; &lt;br /&gt;
Changement de cap dans la seconde partie : Florence Strigler nous retrace l'histoire de l'exil lao en France, &#233;voque &#224; grands traits les principaux registres de la vie individuelle et collective qui s'en trouvent affect&#233;s, pour arriver &#224; cette id&#233;e, r&#233;guli&#232;rement invoqu&#233;e &#224; propos des migrants, d'un profond attachement de la diaspora &#224; ses traditions culinaires. C'est autour de ce &#171; bastion &#187; de r&#233;sistance &#224; l'acculturation que s'organise la suite du texte. Florence Strigler y reprend les points &#233;tudi&#233;s dans la premi&#232;re partie, et met en &#233;vidence les ajustements rendus n&#233;cessaires par les nouvelles conditions de vie. Elle montre la transformation des recettes classiques de la cuisine lao et l'utilisation de produits de substitution pour remplacer des denr&#233;es rares ou on&#233;reuses en France. Elle mentionne &#233;galement l'apparition d'un jardinage et d'un mara&#238;chage sp&#233;cialis&#233;s dans certaines plantes d'Asie, en particulier en province o&#249; l'approvisionnement en denr&#233;es en provenance de Tha&#239;lande ou du Laos est moins d&#233;velopp&#233; qu'en r&#233;gion parisienne. Elle souligne aussi l'&#233;largissement global des registres alimentaires, et l'introduction, par le biais des enfants notamment, de consommations emprunt&#233;es &#224; la soci&#233;t&#233; environnante. Cette partie fourmille ainsi de donn&#233;es sur les comportements alimentaires des exil&#233;s lao qui viennent confirmer les observations r&#233;guli&#232;rement faites &#224; propos des migrants. C'est bien de cette &#171; nourriture de l'&#226;me &#187;, &lt;i&gt;soul food&lt;/i&gt; &#8212; comparable &#224; celle que s'invent&#232;rent les anciens esclaves noirs d'Am&#233;rique &#8212; capable d'assurer &#171; une continuit&#233; avec les souvenirs d'enfance et le maintien de rep&#232;res face aux errements de l'identit&#233; li&#233;s &#224; l'&#233;migration &#187; (240) qu'il est question dans toute cette partie de l'ouvrage. &lt;br /&gt; &lt;br /&gt;
Sans doute la facture classique du livre, construit en deux blocs qui distinguent soci&#233;t&#233; locale et diaspora, montre-t-elle ici parfois ses limites. Elle tend en effet &#224; simplifier ou &#224; occulter les relations en r&#233;alit&#233; fort complexes qui rattachent les &#171; Lao de l'int&#233;rieur &#187; et ceux &#171; de l'&#233;tranger &#187;, comme sont nomm&#233;s les &#233;migr&#233;s au Laos. Un aller-retour plus syst&#233;matique des uns aux autres eut sans doute permis de voir plus pr&#233;cis&#233;ment la dynamique des interactions et les jeux d'influence entre eux tous. En isolant de la sorte la population locale de ses expatri&#233;s, ce plan en deux parties produit une repr&#233;sentation dichotomique du temps, o&#249; pass&#233;, pr&#233;sent et futur s'ignorent. Il donne une image fig&#233;e, a-historique des &#171; traditions &#187; &#8212; le terme lui-m&#234;me n'est d'ailleurs jamais discut&#233; &#8212; et r&#233;duit l'entr&#233;e dans la modernit&#233; &#224; un moment de rupture voire de perte. Il ne peut rendre compte des forces de r&#233;sistance au changement ou au contraire d'innovation qui travaillent cette soci&#233;t&#233; lao g&#233;ographiquement enclav&#233;e et de tout temps sujette aux influences de ses voisins.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;
Ce livre n'en reste pas moins un ouvrage de r&#233;f&#233;rence pour la connaissance de l'alimentation lao. Assorti d'un carnet de photos tr&#232;s parlantes et d'un lexique, fort utile, en lao, en phon&#233;tique et en fran&#231;ais, des noms d'aliments, d'ingr&#233;dients et de boissons, de plats et pr&#233;parations, de termes culinaires et alimentaires, d'ustensiles, de proverbes enfin, dictons et expressions li&#233;s &#224; la nourriture &#8212; pour lesquels il faut regretter l'absence de traduction fran&#231;aise &#8212; il repr&#233;sente pour les g&#233;n&#233;rations &#224; venir, et singuli&#232;rement pour celles de la diaspora, une mine d'informations sur leurs traditions culinaires. Au moment o&#249; le tourisme cro&#238;t au Laos &#224; vive allure, au moment o&#249; le pays s'engage dans les &#233;changes mondialis&#233;s, il fait &#339;uvre m&#233;morielle et restitue dans sa coh&#233;rence et sa richesse un syst&#232;me d'alimentation ancestral dont il garde &#224; jamais la trace.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nh1' id='nb1' class='spip_note' title='Notes 1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;Un manque est ici &#224; relever dans les r&#233;f&#233;rences bibliographiques : SAGART Laurent et REVEL Nicole, 1990. &#171; Le riz en Asie du Sud-Est (Atlas du vocabulaire de la plante) &#187;, &lt;i&gt;Cahiers de linguistique - Asie orientale&lt;/i&gt;, 19(1) : 122-124.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>PIETTE Albert, 2011. Fondements &#224; une anthropologie des hommes</title>
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		<dc:creator>Denizeau_Laurent</dc:creator>


		<dc:subject>CompteRenduOuvrage</dc:subject>

		<description>Attentifs &#224; faire ressortir des enjeux de sens des situations qu'ils observent, les anthropologues d&#233;crivent le monde comme un lieu de strat&#233;gies sociales, d'&#233;changes contr&#244;l&#233;s de messages toujours pertinents en regard d'un syst&#232;me de repr&#233;sentations, o&#249; l'homme appara&#238;t comme n&#233;cessairement inscrit dans un espace collectif et ne peut &#234;tre compris qu'en regard du r&#244;le qu'il y joue. Les anthropologues portent leur attention sur la relation, le groupe, la (...)

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&lt;a href="http://www.ethnographiques.org/CompteRenduOuvrage" rel="tag"&gt;CompteRenduOuvrage&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Attentifs &#224; faire ressortir des enjeux de sens des situations qu'ils observent, les anthropologues d&#233;crivent le monde comme un lieu de strat&#233;gies sociales, d'&#233;changes contr&#244;l&#233;s de messages toujours pertinents en regard d'un syst&#232;me de repr&#233;sentations, o&#249; l'homme appara&#238;t comme n&#233;cessairement inscrit dans un espace collectif et ne peut &#234;tre compris qu'en regard du r&#244;le qu'il y joue. Les anthropologues portent leur attention sur la relation, le groupe, la soci&#233;t&#233;, la culture dans une anthropologie dite &#171; sociale et culturelle &#187;. Dans son dernier ouvrage, &lt;i&gt;Fondements &#224; une anthropologie des hommes&lt;/i&gt;, publi&#233; chez Herman (2011), Albert Piette interroge ce visage actuel de l'anthropologie. Toute l'ambition de ces &lt;i&gt;Fondements&lt;/i&gt; consiste &#224; poser les jalons d'une &#171; anthropologie empirique &#187;, science des hommes, qui ne se circonscrit plus &#224; leurs caract&#233;ristiques sociales et culturelles. La focale est alors ramen&#233;e sur l'homme en tant qu'existant, et non plus seulement &#224; sa dimension interactive de membre d'un groupe, d'une soci&#233;t&#233; ou d'une culture. Si la r&#233;flexion anthropologique s'est construite autour de la notion d'alt&#233;rit&#233; et des probl&#233;matiques de la rencontre et de la diff&#233;rence, Albert Piette nous invite dans son livre &#224; ne pas nous y limiter pour repenser l'homme et ses modalit&#233;s sp&#233;cifiques de pr&#233;sence dans le flux des situations et des instants de l'existence. &lt;br /&gt; &lt;br /&gt;
Ce livre part d'une relecture des postulats majeurs de l'anthropologie comme de l'ethnologie ou de la sociologie, de Durkheim &#224; l'ethnom&#233;thodologie, qui am&#232;ne l'auteur &#224; un constat aux cons&#233;quences &#233;pist&#233;mologiques certaines : l'homme des anthropologues se trouve toujours inscrit dans une dimension collective, &#233;clair&#233; par la conviction de l'existence d'une logique sociale avec ses lois propres et ses significations symboliques. Selon lui, m&#234;me lorsque l'anthropologie se dit attentive au &#171; point de vue de l'indig&#232;ne &#187; (Malinowski, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/backend.php3?id_rubrique=32#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' MALINOWSKI Bronislaw, 1963 (1922). Les Argonautes du Pacifique occidental. Paris, Gallimard.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;1922 : 81-82&lt;/a&gt;), celui-ci ne vaut que comme membre d'une communaut&#233;, tout comme lorsque Goffman porte son attention sur des &#171; comportements mineurs &#187; (Goffman, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/backend.php3?id_rubrique=32#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' GOFFMAN Erving, 1974 (1967). Les rites d'interaction. Paris, Minuit.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;1967 :7&lt;/a&gt;), ceux-ci ne prennent sens qu'en regard des paradigmes d'interaction et de strat&#233;gie. En insistant sur la nature affili&#233;e de l'individu, toute op&#233;ration sociologique, ethnologique ou anthropologique ne r&#233;siste pas &#224; ce processus de collectivisation des individus point&#233; par l'auteur : l'individu se trouve toujours ramen&#233; au c&#339;ur d'un jeu social qui repose sur un accord partag&#233; autour de l'accomplissement de l'action. &lt;br /&gt; &lt;br /&gt;
La grande critique que l'auteur adresse &#224; ces sch&#232;mes de pens&#233;es va concerner l'attention que l'anthropologie porte aux d&#233;tails. Ceux-ci vont supposer une anthropologie o&#249; l'observateur est attentif &#224; faire ressortir les aspects typiques des situations observ&#233;es, susceptibles de participer &#224; la mise en intelligibilit&#233; n&#233;cessaire &#224; l'activit&#233; scientifique. Les d&#233;tails qui font de l'observation une situation toujours singuli&#232;re font alors l'objet d'un tri tr&#232;s (voire trop pour Piette) s&#233;lectif. Leur participation &#224; la construction du discours anthropologique d&#233;pendra de leur force de repr&#233;sentativit&#233; des logiques que l'anthropologue s'attache &#224; faire ressortir de ses observations. Les situations, comme les d&#233;tails, sont &#233;cras&#233;s sous le poids des repr&#233;sentations culturelles qu'on leur pr&#234;te. La singularit&#233; du d&#233;tail comme de la situation dispara&#238;t derri&#232;re sa typicalit&#233;. Albert Piette y voit la grande tentation anthropologique d'une &#171; mise en perspective socio-culturaliste &#187;, d&#233;j&#224; largement &#233;voqu&#233;e depuis &lt;i&gt;Ethnographie de l'action&lt;/i&gt; (&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/backend.php3?id_rubrique=32#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' PIETTE Albert, 1996. Ethnographie de l'action. Paris, M&#233;taili&#233;.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;1996&lt;/a&gt;). Il n'en reste pas au constat mais il synth&#233;tise sous forme de &lt;i&gt;Fondements&lt;/i&gt; un ensemble d'arguments et de propositions m&#233;thodologiques &#233;nonc&#233;s dans ses ouvrages pr&#233;c&#233;dents (notamment &lt;i&gt;Anthropologie existentiale&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Propositions anthropologiques pour refonder la discipline&lt;/i&gt; parus r&#233;ciproquement en &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/backend.php3?id_rubrique=32#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' PIETTE Albert, 2009. Anthropologie existentiale. Paris, P&#233;tra.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2009&lt;/a&gt; et &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/backend.php3?id_rubrique=32#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' PIETTE Albert, 2010. Propositions anthropologiques pour refonder la discipline. Paris, P&#233;tra.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2010&lt;/a&gt; chez P&#233;tra). L'homme peut-il &#234;tre consid&#233;r&#233;, non pas ind&#233;pendamment, mais au-del&#224; de sa dimension relationnelle ? Le pari &#233;pist&#233;mologique auquel nous invite Albert Piette vise &#224; d&#233;passer cette lecture relationniste et culturaliste du v&#233;cu humain. L'anthropologie n'est ni de la sociologie, ni de l'ethnologie. &lt;br /&gt; &lt;br /&gt;
Les &lt;i&gt;Fondements&lt;/i&gt; s'&#233;noncent comme une th&#233;orie de la pr&#233;sence humaine, en r&#233;ponse aux limites des th&#233;ories de l'action dont les paradigmes conduisent &#224; d&#233;sincarner et abstraire le v&#233;cu humain. L'anthropologie se d&#233;finie alors comme &#171; la compr&#233;hension des existences &#187; (&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/backend.php3?id_rubrique=32#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' PIETTE Albert, 2011. Fondements &#224; une anthropologie des hommes. Paris. Hermann.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2011 : 94&lt;/a&gt;). En quoi consiste l'acte humain d'exister ? Pour y r&#233;pondre, Albert Piette convoque une &#171; ph&#233;nom&#233;nographie &#187;, dans laquelle ce n'est pas la relation qui est &#224; d&#233;crire, ni m&#234;me l'activit&#233; observ&#233;e mais une existence singuli&#232;re. Il s'agit d' &#171; observer ce que fait un homme, seul et avec les autres, ce qu'il per&#231;oit, ressent quand il est seul et avec les autres, dans l'ondoiement continu de sa vie &#187; (&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/backend.php3?id_rubrique=32#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' PIETTE Albert, 2011. Fondements &#224; une anthropologie des hommes. Paris. Hermann.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2011 : 99&lt;/a&gt;). On retrouve son int&#233;r&#234;t pour le d&#233;tail mais aussi pour les situations et les trajectoires singuli&#232;res, v&#233;ritable &#171; anthropographie &#187;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nb1' class='spip_note' rel='footnote' title='L'expression est de Sylvaine Camelin, Christine Jungen et Josiane (...)' id='nh1'&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;, &#233;criture d'un homme &#224; travers quelques instants d'existence. Le regard se porte sur un individu qui traverse une diversit&#233; de situations et r&#233;alise toute sorte d'actions, mais dans un choix d'observation o&#249; situations et actions deviennent secondaires. Plut&#244;t que de s'attacher &#224; observer une r&#233;alit&#233; collective, le ph&#233;nom&#233;nographe s'interroge sur des &#233;tats d'esprit, sans voir n&#233;cessairement un rapport de causalit&#233; entre l'&#233;tat mental et l'action, car l'action n'est pas toujours intentionnelle, rationnelle, strat&#233;gique. A la lecture de ces &lt;i&gt;Fondements&lt;/i&gt; &#233;merge une question &#233;pist&#233;mologique : Comment passer de l'&#233;criture d'un homme &#224; l'&#233;criture de l'Homme ? Comment d&#233;passer les individualit&#233;s observ&#233;es ? On s'aper&#231;oit au fil des pages que l'objectif de l'auteur n'est pas la repr&#233;sentativit&#233; des parcours consid&#233;r&#233;s, puisqu'il y voit au contraire la disparition de la singularit&#233;. &lt;br /&gt; &lt;br /&gt;
L'objectif de la ph&#233;nom&#233;nographie est de porter l'attention sur les d&#233;calages de l'homme avec lui-m&#234;me pour s'infiltrer dans le d&#233;tail des modalit&#233;s de sa pr&#233;sence au monde. L'anthropologie propos&#233;e devient passablement individualiste, en opposition aux paradigmes de la sociologie et de l'ethnologie davantage attentifs au lien. Albert Piette r&#233;introduit toutefois du collectif par l'attention port&#233;e &#224; d'autres types de pr&#233;sence. Si la ph&#233;nom&#233;nographie consiste &#224; &#171; d&#233;crire des existences et non des syst&#232;mes de communication socioculturelle, de coordination interactionnelle, d'utilisation appropri&#233;e de diff&#233;rents canaux de communication &#187; (&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/backend.php3?id_rubrique=32#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' PIETTE Albert, 2011. Fondements &#224; une anthropologie des hommes. Paris. Hermann.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2011 : 141&lt;/a&gt;), il n'en reste pas moins qu'au travers de l'observation des mani&#232;res d'&#234;tre l&#224;, le ph&#233;nom&#233;nographe ne peut que conclure au fil des s&#233;quences d'action &#224; la pr&#233;sence d'&#234;tres collectifs. L'auteur propose de parler de copr&#233;sence plus que d'interaction pour souligner que la focale anthropologique propos&#233;e porte sur des &#234;tres pr&#233;sents ensemble plus que du lien et de la relation, incluant la possibilit&#233; de regarder d'autres &#234;tres pr&#233;sents que l'homme : des &#234;tres collectifs comme l'Universit&#233; par exemple, mais aussi des divinit&#233;s, des animaux ou encore des objets, des id&#233;es, de la culture (non comme un ensemble reconstruit mais comme une pr&#233;sence per&#231;ue en situation). Cette anthropologie des pr&#233;sences voit &#233;merger un &#171; ontisme m&#233;thodologique &#187;. Piette va en effet voir dans l'ontologie la science des &#233;tants, de ceux qui sont l&#224; en situation :&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, en plus de suivre un humain dans sa continuit&#233; quotidienne, l'ontisme m&#233;thodologique consiste &#224; partir de non-humains, eux aussi individus &#8211; ceux qui sont per&#231;us, d&#233;sign&#233;s par les gens &#8211; pour les observer dans leur pr&#233;sence et leur existence selon les instants continus et l'encha&#238;nement des situations [&#8230;]. Soit l'observateur est interpell&#233; par une &#171; pr&#233;sence &#187; dont l'effet exc&#232;de le mat&#233;riau brut qui la constituerait et surtout parce qu'elle impose &#224; un moment donn&#233; dans une situation une certaine saillance faisant faire telle action. Ainsi un &#171; autre &#187; &#234;tre est d&#233;couvert par l'observateur lorsqu'il voit un humain en train de s'adresser, selon les paroles de celui-ci, par exemple &#224; une divinit&#233; (&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/backend.php3?id_rubrique=32#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' PIETTE Albert, 2011. Fondements &#224; une anthropologie des hommes. Paris. Hermann.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2011 : 160-161&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;br /&gt;
Bien s&#251;r d'autres anthropologues s'int&#233;ressent aux existants non-humains, Philippe Descola par exemple invite dans &lt;i&gt;Par-del&#224; nature et culture&lt;/i&gt; (&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/backend.php3?id_rubrique=32#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' DESCOLA Philippe, 2005. Par-del&#224; nature et culture. Paris, Gallimard.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2005&lt;/a&gt;) &#224; analyser les relations entre les humains et les autres &#234;tres (les plantes, les dieux, les animaux) mais, selon l'auteur, en termes d'interaction et non de copr&#233;sence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au final, les &lt;i&gt;Fondements&lt;/i&gt; propos&#233;s contribuent, par une relecture &#233;pist&#233;mologique des paradigmes dominants et les propositions qui suivent, &#224; renouveler le regard anthropologique. Albert Piette donne parfois l'impression d'adopter une posture de contre-balancier en r&#233;action aux limites rep&#233;r&#233;es dans les mod&#232;les th&#233;oriques actuels, qui am&#232;nent certains partis-pris &#224; para&#238;tre radicaux, comme celui d'une anthropologie &#171; science des individus &#187;. Cette posture est surtout m&#233;thodologique et insiste sur le fait que l'homme n'est pas constamment dans une dynamique interactionnelle. A ce titre, l'objet de l'anthropologie n'est pas le lien (ce qui l'assimilerait selon l'auteur &#224; la sociologie ou l'ethnologie) mais bien l'homme. Face &#224; cette r&#233;affirmation de l'objet anthropologique, on peut s'interroger sur la port&#233;e heuristique d'une proposition des &lt;i&gt;Fondements&lt;/i&gt; qui encourage une anthropologie attentive aussi bien &#224; l'humain qu'au non-humain : une anthropologie des robots reste-t-elle anthropologique ? Cet obstacle est surmont&#233; si l'on appr&#233;hende cette proposition de nouveau comme une posture m&#233;thodologique au titre d'une approche comparative de diff&#233;rentes mani&#232;res d'&#234;tre pr&#233;sent (qui contribue &#224; faire ressortir la sp&#233;cificit&#233; humaine de l'&#234;tre au monde), ou encore &#224; la mani&#232;re dont les hommes font exister d'autres pr&#233;sences. L'anthropologie peut &#234;tre &#224; ce moment l&#224;, &#171; la science des d&#233;tails de la singularit&#233; comme d&#233;tail, la science descriptive et comparative des &#234;tres du monde &#187; (&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/backend.php3?id_rubrique=32#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' PIETTE Albert, 2011. Fondements &#224; une anthropologie des hommes. Paris. Hermann.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2011 : 201&lt;/a&gt;), une science de l'existence.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nh1' id='nb1' class='spip_note' title='Notes 1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;L'expression est de Sylvaine Camelin, Christine Jungen et Josiane Massard-Vincent (&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/backend.php3?id_rubrique=32#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' CAMELIN Sylvaine, JUNGEN Christine, MASSARD-VINCENT Josiane (dir.), 2011. Portraits. Esquisses anthropographiques. Paris, P&#233;tra.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2011&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;CAMELIN Sylvaine, JUNGEN Christine, MASSARD-VINCENT Josiane (dir.), 2011. &lt;i&gt;Portraits. Esquisses anthropographiques&lt;/i&gt;. Paris, P&#233;tra.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;DESCOLA Philippe, 2005. &lt;i&gt;Par-del&#224; nature et culture&lt;/i&gt;. Paris, Gallimard.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;GOFFMAN Erving, 1974 (1967). &lt;i&gt;Les rites d'interaction&lt;/i&gt;. Paris, Minuit.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;LEVI-STRAUSS Claude, 1958. &lt;i&gt;Anthropologie structurale&lt;/i&gt;. Paris, Plon.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;MALINOWSKI Bronislaw, 1963 (1922). &lt;i&gt;Les Argonautes du Pacifique occidental&lt;/i&gt;. Paris, Gallimard.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;PIETTE Albert, 1996. &lt;i&gt;Ethnographie de l'action&lt;/i&gt;. Paris, M&#233;taili&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;PIETTE Albert, 2009. &lt;i&gt;Anthropologie existentiale&lt;/i&gt;. Paris, P&#233;tra.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;PIETTE Albert, 2010. &lt;i&gt;Propositions anthropologiques pour refonder la discipline&lt;/i&gt;. Paris, P&#233;tra.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;PIETTE Albert, 2011. &lt;i&gt;Fondements &#224; une anthropologie des hommes&lt;/i&gt;. Paris. Hermann.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>BERTHOD Marc, 2007. Doutes, croyances et divination. Une anthropologie de l'inspiration des devins et de la voyance</title>
		<link>http://www.ethnographiques.org/2011/Gadbois</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.ethnographiques.org/2011/Gadbois</guid>
		<dc:date>2011-11-14T08:48:54Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Gadbois_Jocelyn</dc:creator>


		<dc:subject>CompteRenduOuvrage</dc:subject>

		<description>Cet ouvrage, inspir&#233; d'une th&#232;se de doctorat portant sur les pratiques divinatoires en Suisse soutenue &#224; l'Universit&#233; de Neuch&#226;tel en 2003, s'adresse aux universitaires et aux passionn&#233;s de lectures concernant la divination. L'auteur se demande, tout au long de ce travail, &#171; comment les voyants parviennent &#224; provoquer un &#233;v&#233;nement &#224; partir duquel s'&#233;chafaude une histoire commune aux interlocuteurs d'une s&#233;ance de consultation &#187; (p. 18). Ce n'est (...)

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&lt;a href="http://www.ethnographiques.org/Comptes-rendus-d-ouvrages" rel="directory"&gt;101. Comptes rendus d'ouvrages&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.ethnographiques.org/CompteRenduOuvrage" rel="tag"&gt;CompteRenduOuvrage&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class='spip_document_6585 spip_documents spip_documents_left' style='float:left; width:223px;' &gt;
&lt;img src='http://www.ethnographiques.org/local/cache-vignettes/L223xH356/9782940146710FS-3a206.gif' width='223' height='356' alt=&quot;&quot; style='height:356px;width:223px;' /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;&lt;br&gt;Cet ouvrage, inspir&#233; d'une th&#232;se de doctorat portant sur les pratiques divinatoires en Suisse soutenue &#224; l'Universit&#233; de Neuch&#226;tel en 2003, s'adresse aux universitaires et aux passionn&#233;s de lectures concernant la divination. L'auteur se demande, tout au long de ce travail, &#171; comment les voyants parviennent &#224; provoquer un &#233;v&#233;nement &#224; partir duquel s'&#233;chafaude une histoire commune aux interlocuteurs d'une s&#233;ance de consultation &#187; (p. 18). Ce n'est donc pas tant les tensions entre la normalit&#233; et la paranormalit&#233; qui retiennent son attention, mais plut&#244;t les jeux de langage, permettant au devin de rompre l'intelligible et d'ainsi faire l'&#233;v&#233;nement chez le consultant. Plus pr&#233;cis&#233;ment, Berthod s'interroge sur l'exp&#233;rience v&#233;cue des voyants et sur le passage de l'intuition &#224; l'&#233;nonciation. Il d&#233;montre ainsi que l'exp&#233;rience divinatoire implique un sentiment d'&#171; extension de soi &#187;, autrement dit un changement dans la mani&#232;re de prendre conscience de soi-m&#234;me. L'efficacit&#233; d'un tel sentiment repose sur diff&#233;rentes mises &#224; distance de soi (notamment les ruptures de repr&#233;sentations culturelles, l'introduction d'un dialogue risqu&#233;, etc.). Dans cette perspective, la parole mantique sert non pas &#224; formuler des pr&#233;dictions justes, mais &#224; lier le consultant et le devin dans une intense relation de confiance permettant de construire un nouveau r&#233;cit existentiel, libre de r&#233;f&#233;rents. C'est donc dire que l'art du voyant r&#233;side dans l'originalit&#233; de son point de vue, &#233;clairant autrement la vie et les probl&#232;mes du consultant.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'auteur a choisi l'approche biographique pour d&#233;nouer la probl&#233;matique. Cette approche a le m&#233;rite d'humaniser les consultations. Il affirme que les r&#233;cits de parcours lui permettront de se concentrer sur les &#171; strat&#233;gies cognitives et corporelles que les devins engagent pour faire &#233;merger puis exprimer leurs intuitions &#187; (p. 24). Pour ce faire, l'auteur, dans son premier chapitre &#171; Situer les arts divinatoires &#187;, tente de comprendre le contexte historique et social dans lequel sont plong&#233;s les arts divinatoires et comment ce dernier participe &#224; la marginalisation des devins. Cette contextualisation offre un pr&#233;lude &#224; la pr&#233;sentation des parcours de devins qui re&#231;oivent de l'argent pour leur pratique. Dans son deuxi&#232;me chapitre intitul&#233; &#171; Rencontrer les devins &#187;, Berthod d&#233;crit chacun de ces parcours individuellement et de mani&#232;re non crois&#233;e, en s'appuyant essentiellement sur ses donn&#233;es de terrain. Ensuite vient, dans son troisi&#232;me chapitre &#171; Penser les institutions divinatoires &#187;, l'analyse de ces r&#233;sultats qui met en relief les jeux discursifs permettant d'exprimer et d'instituer la parole mantique. La conclusion, &#171; Raconter la voyance &#187;, est pour l'auteur l'occasion de r&#233;sumer sa r&#233;flexion et de s'interroger, r&#233;trospectivement, sur son propre passage du terrain au texte.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'ouvrage est agr&#233;able &#224; lire. Mais la pertinence du r&#233;cit de parcours en regard des objectifs fix&#233;s en introduction demeure discutable. Cette approche biographique impose des limites qui n'ont pas &#233;t&#233; discut&#233;es ; la plus importante concernant l'&#233;vacuation du consultant. Cette absence, volontaire, cr&#233;e un angle mort autour du client, de la transaction, de ses sentiments (notamment d'extension), de la confiance qu'il investit dans la divination et de ce qu'il en retient. Ces points manquants handicapent l'ensemble de la d&#233;monstration. Par exemple, quand l'auteur cherche &#224; analyser la r&#233;ception de la rh&#233;torique mantique, il ne peut compter que sur l'appui d'une poign&#233;e d'exemples tr&#232;s personnels. Ces exemples, plus autobiographiques qu'ethnologiques, ne parviennent pas &#224; appuyer l'analyse de la dimension &#233;motionnelle et affective, car aucun t&#233;moignage de consultant ne vient valider empiriquement la lecture de l'auteur. De fait, l'aspect relationnel de la s&#233;ance de consultation, v&#233;ritable pivot de l'argumentation, s'effondre. Parce qu'il accorde toute l'autorit&#233; de l'exp&#233;rience divinatoire aux voyants, Berthod ouvre en fait la porte &#224; une autre interpr&#233;tation de l'exp&#233;rience mantique : celle, non revendiqu&#233;e, d'un consultant manipul&#233;. C'est dire que l'auteur se heurte au revers de la critique qu'il a lui-m&#234;me adress&#233;e &#224; Marcel Mauss, &#224; savoir l'incapacit&#233; de reconna&#238;tre suffisamment d'int&#233;r&#234;t &#171; &#224; la signification que tire le [consultant] de son exp&#233;rience corporelle et intellectuelle dans le ph&#233;nom&#232;ne qu'il analyse &#187; (p. 307).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette trop grande autorit&#233; accord&#233;e aux devins a d'autres cons&#233;quences, notamment sur les effets de lecture. La description des r&#233;sultats (deuxi&#232;me chapitre) prend une place consid&#233;rable dans le livre (170 pages). Les commentaires de Berthod durant ce long chapitre sont discrets, certainement pour insister sur la profondeur des entretiens. Cependant, ce chapitre souffre d'un certain manque d'ambition interpr&#233;tative. Cet effet est amplifi&#233; par l'absence de justifications concernant l'appareil critique entourant notamment la fiabilit&#233; des sources, le nombre de cas s&#233;lectionn&#233;s et leur pertinence &#224; la lumi&#232;re de la probl&#233;matique, ainsi que le nombre d'entretiens men&#233;s par cas. Il faut faire confiance au bon jugement de l'auteur et accepter comme appropri&#233;e sa m&#233;thodologie. Qui plus est, malgr&#233; la volont&#233; de l'auteur de faire une &#171; description distanc&#233;e &#187;, d'avoir une &#171; vision froide &#187;, certains sujets plus sensibles (accusations, r&#233;mun&#233;rations, erreurs, etc.) ont &#233;t&#233; soigneusement &#233;vit&#233;s. &#171; La proc&#233;dure de validation par les voyants &#187; (p. 28) semble avoir &#233;touff&#233; l'&#233;criture, plongeant le lecteur dans l'ombre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'effet d'assombrissement est plus vif encore dans le troisi&#232;me chapitre. Celui-ci aborde des concepts th&#233;oriques fort int&#233;ressants sans pour autant les faire dialoguer avec le chapitre pr&#233;c&#233;dent, r&#233;sum&#233; en deux paragraphes. Une absence de dialogue s'observe aussi entre les diff&#233;rents auteurs qui se succ&#232;dent : Otto, Mauss, Bastide, De Martino. Ce n'est qu'&#224; partir de la page 321 que les donn&#233;es empiriques int&#232;grent r&#233;ellement les consid&#233;rations th&#233;oriques et que le lecteur dispose de toutes les clefs du propos. Mais rapidement, une autre absence vient assombrir la lecture : la notion de confiance n'est pas discut&#233;e et approfondie, alors m&#234;me qu'elle constitue &#171; le mot cl&#233; &#187; (p. 363) selon une informatrice. L'auteur affirme seulement que la confiance est &#171; n&#233;cessaire &#187; et qu'elle doit &#234;tre d&#233;velopp&#233;e chez les &#171; personnes herm&#233;tiques &#187; (p. 341). Un tel silence semble difficile &#224; justifier tant la confiance appara&#238;t &#224; la base de la parole divinatoire, &#224; la base de la relation entre le consultant et le voyant, &#224; la base de la probl&#233;matique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Tous ces points qui viennent d'&#234;tre soulev&#233;s se rassemblent autour d'un probl&#232;me central : l'absence de discussion. Mais, paradoxalement, cette absence constitue aussi un point fort, car elle met en place une d&#233;monstration plus intuitive, fort &#224; propos dans une &#233;tude sur la divination. Il s'agit l&#224; d'une dimension importante de la recherche qui est souvent &#233;vacu&#233;e des &#233;crits. La surligner davantage, notamment en partageant son exp&#233;rience dans ses propres tentatives de divination, aurait contribu&#233; &#224; augmenter la qualit&#233; du texte. Dans son &#233;tat actuel, &lt;i&gt;Doutes, croyances et divination&lt;/i&gt; rel&#232;ve avec brio le d&#233;fi impos&#233; &#171; &#224; nos habitudes cognitives et au bon sens &#187; (p. 20), mais plus difficilement celui qu'impose l'anthropologie.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>PIETTE Albert, 2009. L'Acte d'exister. Une ph&#233;nom&#233;nographie de la pr&#233;sence</title>
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		<dc:creator>Jumeaux-Bekkouche_Sophie</dc:creator>


		<dc:subject>CompteRenduOuvrage</dc:subject>

		<description>Depuis plusieurs ann&#233;es d&#233;j&#224;, s'int&#233;ressant aux d&#233;tails constitutifs de l'existence humaine, questionnant les m&#233;thodes d'observation en sciences sociales et se penchant sur le fait religieux de mani&#232;re novatrice, Albert Piette propose une anthropologie se d&#233;marquant de l'ethnologie et de la sociologie par son souci de comprendre la sp&#233;cificit&#233; humaine par-del&#224; les particularismes socioculturels. &#171; Comment l'&#234;tre humain est-il au monde ? Comment est-il (...)

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class='spip_document_6647 spip_documents spip_documents_left' style='float:left; width:165px;' &gt;
&lt;img src='http://www.ethnographiques.org/local/cache-vignettes/L165xH250/Piette_Couv2-7c9a3.jpg' width='165' height='250' alt=&quot;&quot; style='height:250px;width:165px;' /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;&lt;br&gt;Depuis plusieurs ann&#233;es d&#233;j&#224;, s'int&#233;ressant aux d&#233;tails constitutifs de l'existence humaine, questionnant les m&#233;thodes d'observation en sciences sociales et se penchant sur le fait religieux de mani&#232;re novatrice, Albert Piette propose une anthropologie se d&#233;marquant de l'ethnologie et de la sociologie par son souci de comprendre la sp&#233;cificit&#233; humaine par-del&#224; les particularismes socioculturels.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;
&#171; Comment l'&#234;tre humain est-il au monde ? Comment est-il lorsqu'il est en situation avec d'autres &#234;tres ? Qu'est-ce que vivre comme mode d'&#234;tre ? Qu'est-ce qu'exister comme humain implique ? &#187; (p. 29) Autant de questions nourries de la philosophie que l'auteur r&#233;actualise dans son ouvrage &lt;i&gt;L'Acte d'exister&lt;/i&gt;, pr&#233;fac&#233; par Fabrice Cl&#233;ment, chercheur en sciences cognitives, et postfac&#233; par Laurence Kaufmann, sociologue, pour refonder le projet anthropologique. Fort de ces interrogations qui trouvent leur &#233;cho dans les &#233;crits de Merleau-Ponty (&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/backend.php3?id_rubrique=32#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' MERLEAU-PONTY Maurice, 1945. Ph&#233;nom&#233;nologie de la perception. Paris, Gallimard.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;1945&lt;/a&gt;), Heidegger (&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/backend.php3?id_rubrique=32#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' HEIDEGGER Martin, 1986 (1927). &#202;tre et Temps. Paris, Gallimard.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;1986&lt;/a&gt;) ou ceux du po&#232;te Pessoa (&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/backend.php3?id_rubrique=32#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' PESSOA Fernando, 1999 (1982). Le Livre de l'intranquillit&#233;. Paris, Christian Bourgeois &#233;diteur.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;1999&lt;/a&gt;), il tend en effet &#224; &#171; red&#233;couvrir l'&#234;tre humain &#187; au travers de propositions m&#233;thodologiques &#8212; la ph&#233;nom&#233;nographie, qui s'&#233;carte de la mise en perspective socioculturelle (d'o&#249; la mise entre parenth&#232;ses du terme &#171; ethnographie &#187; et la proposition de celui de &#171; ph&#233;nom&#233;nographie &#187; pour d&#233;finir une &#233;criture de l'exister) &#8212; et th&#233;oriques &#8212; le mode mineur&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nb1-1' class='spip_note' rel='footnote' title='Le mode mineur est la th&#232;se principale de l'auteur, d&#233;j&#224; formul&#233;e (...)' id='nh1-1'&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt; ou minimalit&#233;, mode suppos&#233; sp&#233;cifiquement humain d'&#234;tre pr&#233;sent sur fond d'absence, de retrait tranquille, d'une distance &#224; l'action et &#224; l'enjeu de la situation en train de se vivre. Il se place &#233;galement dans une perspective &#233;volutionnaire, analysant l'&#234;tre au monde d'Homo Sapiens Sapiens comparativement &#224; N&#233;andertal et aux grands singes, tout en s'interrogeant sur la gen&#232;se du mode mineur dans l'histoire. Pour ce faire, l'auteur pose les jalons, esquiss&#233;s dans ses pr&#233;c&#233;dents travaux (voir notamment Piette, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/backend.php3?id_rubrique=32#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' PIETTE Albert, 1992. Le mode mineur de la r&#233;alit&#233;. Paradoxes et photographies en anthropologie. Louvain, Peeters.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;1992&lt;/a&gt; et &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/backend.php3?id_rubrique=32#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' PIETTE Albert, 1996. Ethnographie de l'action. Paris, M&#233;taili&#233;.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;1996&lt;/a&gt;), d'un savoir-faire m&#233;thodologique capable d'observer de pr&#232;s l'&#234;tre humain &lt;i&gt;en situation&lt;/i&gt;, dans le flux quotidien de son existence, et de le d&#233;crire aussi finement que possible. Ceci suppose d'accorder un statut heuristique au d&#233;tail, trop souvent d&#233;laiss&#233; par les sciences sociales regrette l'auteur. Car ce volume de d&#233;tails, ces petites choses sans importance, ces objets que l'homme accumule ne sont pas rien existentiellement (et donc anthropologiquement). Ils seraient constitutifs du &#171; mode mineur &#187; de l'exister humain, cette aptitude proprement humaine &#224; &#234;tre pr&#233;sent sous le mode d'une pr&#233;sence-absence m&#234;lant alternativement mais surtout simultan&#233;ment travail et repos, activit&#233; et passivit&#233;, enjeu et d&#233;tail, majeur et mineur. La pr&#233;sence-absence de l'humain contraste ainsi avec la pr&#233;sence &#171; sans reste &#187; des animaux qui eux seraient vigilants &lt;i&gt;ou&lt;/i&gt; inattentifs, mais ne parviendraient pas &#224; m&#234;ler attention &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; inattention, &#224; &#234;tre &#171; distraits &#187; au sens o&#249; l'entend l'auteur, c'est-&#224;-dire &#224; &#234;tre ici et ailleurs en m&#234;me temps. &lt;br /&gt; &lt;br /&gt;
Le projet ph&#233;nom&#233;nographique, qui consiste en une observation-description tr&#232;s serr&#233;e des &#234;tres (humains ou non) dans leur pr&#233;sence en situation, se d&#233;ploie dans ce livre sous forme d'exigences m&#233;thodologiques d'une part, et d'exercices esquissant le chemin pour parvenir &#224; celles-ci d'autre part (&#171; filature &#187; existentielle d'un individu, anthropologie visuelle, &#233;criture de soi que l'auteur nomme auto-ethnographie ou autographie). Le premier exercice propose l'observation en continu d'un pr&#234;tre catholique, qu'il confronte &#224; la th&#233;orie w&#233;b&#233;rienne de l'id&#233;altype. Le second s'appuie sur l'image photographique comme outil ethnographique, capable de saisir les d&#233;tails. Les exercices 3 &#224; 6 sont des auto-observations o&#249; l'auteur d&#233;crit diff&#233;rents &#171; moments d'&#234;tre &#187;. Les exercices 7 et 8, quant &#224; eux, s'int&#233;ressent aux autres &#234;tres : Dieu, la Soci&#233;t&#233; ou encore le chien. Enfin, pour conclure, l'anthropologue inscrit sa th&#233;orie du mode mineur &#224; l'&#233;chelle de l'&#233;volution. &lt;br /&gt; &lt;br /&gt;
La &#171; filature &#187; existentielle propos&#233;e dans le premier exercice &#8212; qui consiste &#224; suivre de tr&#232;s pr&#232;s un &#234;tre et de le suivre en continu (ces deux points sont capitaux) &#8212;, met en exergue le d&#233;calage op&#233;r&#233; vis-&#224;-vis des th&#233;ories et m&#233;thodologies &#171; classiques &#187; en m&#234;me temps qu'elle montre toute la teneur d'une focale aussi serr&#233;e, capable de saisir en de&#231;&#224; ou au-del&#224; de la &#171; fine lamelle de sens &#187; les d&#233;tails non pertinents. Ainsi, le suivi ph&#233;nom&#233;nographique d'un individu en continu &#8212; ici un pr&#234;tre catholique &#8212; plut&#244;t que l'observation d'un terrain spatio-temporel comme par exemple l'&#233;glise pendant la messe du dimanche, et la perspective &#171; d&#233;tailliste &#187; d'une prise de notes consid&#233;rant les &#171; &#224;-c&#244;t&#233;s &#187;, les &#171; petits riens &#187;, les &#171; oscillations &#187;, le &#171; jeu des n&#233;gociations &#187; et les &#171; discontinuit&#233;s &#187;, mis en parall&#232;le avec la th&#233;orie de l'id&#233;al-type w&#233;b&#233;rien, font appara&#238;tre de mani&#232;re flagrante ce surplus d'&#234;tre et de pr&#233;sence inh&#233;rent &#224; l'homme et &#224; l'acte d'exister humain, surplus qui ne r&#233;siste habituellement pas &#224; l'&#233;laboration scientifique. L'auteur part du constat que l'homme concret ne peut pas &#234;tre cet homme rationnel, d&#233;cideur, conscient tel que le d&#233;crivent les diff&#233;rentes sociologies (interactionnisme, ethnom&#233;thodologie, sociologie pragmatique), du moins pas jusqu'au bout. Il s'agit alors pour le ph&#233;nom&#233;nographe de &#171; faire les poubelles &#187; et de r&#233;cup&#233;rer les restes habituels de l'enqu&#234;te ethnographique &#224; savoir les d&#233;tails non pertinents, mais aussi de privil&#233;gier l'observation de la pr&#233;sence et de la copr&#233;sence, plut&#244;t que de se focaliser exclusivement sur l'action ou l'interaction.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;
Dans le souci de cerner toujours plus finement le d&#233;tail, le minuscule, le &#171; &#224; peine &#187;, l'anthropologue peut mobiliser l'image photographique ou filmique, utilis&#233;es non pas &#224; des fins illustratives mais bien comme &#171; v&#233;ritable mode de connaissance &#187; (p. 60), &#224; l'instar des travaux de Bateson et Mead (&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/backend.php3?id_rubrique=32#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' BATESON Gr&#233;gory and MEAD Margareth, 1942. Balinese Character : A photographic Analysis. New York, New York Academy of Sciences.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;1942&lt;/a&gt;). Ainsi, le deuxi&#232;me exercice autour de l'analyse de photographies de d&#233;fil&#233;s de personnages folkloriques (les Gilles de Binche) lors de f&#234;tes traditionnelles belges, vient appuyer la pertinence de l'image comme mat&#233;riau ethnographique &#224; part enti&#232;re, et met en exergue ce que le regard humain n&#233;glige bien souvent au profit des &#171; &#233;v&#233;nements &#187; et faits saillants, &#224; savoir les gestes p&#233;riph&#233;riques, les regards lat&#233;raux ou encore les h&#233;sitations comportementales qui sont autant d'&#171; &#224;-c&#244;t&#233;s &#187; comportementaux et existentiaux saisis sur le vif par l'enregistrement photographique et pass&#233;s au crible de la &#171; d&#233;taillisation &#187; par le chercheur. Ces &#171; restes &#187;, r&#233;v&#233;lateurs de l'&#233;miettement du r&#233;el, nous disent quelque chose de la pr&#233;sence humaine qui se veut pr&#233;sence-absence et se donne toujours sur fond d'un retrait tranquille, d'un d&#233;gagement, d'un &#171; pas vraiment &#187;. &lt;br /&gt; &lt;br /&gt;
L'autographie ou auto-ethnographie est l'une des autres voies (plut&#244;t controvers&#233;e dans le paysage fran&#231;ais des sciences sociales car bien souvent accus&#233;e de subjectivisme voire de narcissisme) propos&#233;e par Albert Piette &#8212; au travers de quatre exercices constitu&#233;s de descriptions et d'analyses de moments d'&#234;tre de l'anthropologue &#8212; en vue d'&#233;clairer l'acte d'exister. Elle consiste en une observation-description de soi, de ses &#233;tats mentaux, de ses affects, de ses actes. L'auteur y d&#233;veloppe une th&#233;orie de la pr&#233;sence en termes de travail et de repos, en proposant un sch&#233;ma de la &#171; reposit&#233; &#187; qu'il met &#224; l'&#233;preuve de situations &#171; exceptionnelles &#187; telles que la perte de son p&#232;re, et plus ordinaires comme la conduite de ses filles &#224; l'&#233;cole ou la participation &#224; un s&#233;minaire d'anthropologie. L'analyse des s&#233;quences d'action permet de saisir les pics de repos et de travail, la variation du rapport repos/travail selon des intensit&#233;s propres &#224; chaque situation, les basculements et les d&#233;crochages qui s'op&#232;rent, les routines qui s'installent et all&#232;gent le cours de l'action, les supports mobilisables autorisant une &#233;conomie cognitive. Il s'agit de comprendre ce qu'&#234;tre humain sous-tend dans la mani&#232;re d'&#234;tre et de vivre, bref ce qui fait un homme. Ce qui suppose d'avoir acc&#232;s &#224; ce que l'homme &#171; a dans la t&#234;te &#187; (p. 95) quand il fait ceci ou dit cela. On mesure alors l'enjeu qu'il y a &#224; ce que le chercheur se prenne lui-m&#234;me comme objet, l&#224; o&#249; les affects et pens&#233;es d'autrui sont difficilement appr&#233;hendables par les entretiens d'explicitation ou l'observation. &lt;br /&gt; &lt;br /&gt;
Par ailleurs, le projet ph&#233;nom&#233;nographique suppose &lt;i&gt;aussi&lt;/i&gt; de regarder d'autres &#234;tres afin de venir appuyer la sp&#233;cificit&#233; humaine. L'exercice n&#176;7 invite &#224; questionner les modes d'&#234;tre des dieux et des &#234;tres collectifs notamment, en ce qu'ils sont des existants copr&#233;sents de l'humain. Comment des entit&#233;s telles que Dieu, la soci&#233;t&#233; ou encore la SNCF sont-elles pr&#233;sentes en situation ? Comment ces diff&#233;rents &#234;tres se distinguent-ils par leurs modalit&#233;s de pr&#233;sence sp&#233;cifiques ? L'auteur propose quelques pistes et conclusions sur la &#171; carte d'identit&#233; &#187; de ces &#234;tres. Les dieux sont &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; ne sont pas, c'est-&#224;-dire qu'ils cumulent pr&#233;sence et absence selon des dosages divers ; leur pr&#233;sence mobile et diffuse est par ailleurs souvent questionn&#233;e par les humains. Les &#234;tres collectifs, eux, sont &lt;i&gt;ou&lt;/i&gt; ne sont pas ; leur pr&#233;sence est plus virtuelle qu'actuelle et r&#233;elle. &lt;br /&gt; &lt;br /&gt;
Enfin, les observations tr&#232;s fines de Marion Vicart&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nb1-2' class='spip_note' rel='footnote' title='Pour en savoir plus, voir son article paru dans la revue ethnographiques.org' id='nh1-2'&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt; sur le mode d'&#234;tre du chien &#8212; propos&#233;es dans l'exercice n&#176;8 &#8212; appuient l'hypoth&#232;se d'un mode mineur sp&#233;cifiquement humain. En effet, contrairement &#224; l'&#234;tre humain, le chien ne serait pas en mesure de modaliser sa pr&#233;sence. Il serait en revanche une pr&#233;sence modalisatrice pour l'humain, utilis&#233;e par exemple dans la relation th&#233;rapeutique, &#224; savoir une pr&#233;sence per&#231;ue &#224; l'&#233;tat de d&#233;tail et qui viendrait &#171; &#233;mousser &#187; l'enjeu de la situation. Les situations propos&#233;es montrent que le chien serait d'avantage sur le mode du &lt;i&gt;tout&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;rien&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire qu'il ne serait pas dot&#233; de la capacit&#233; &#224; ins&#233;rer un jeu, une nuance dans sa mani&#232;re d'&#234;tre pr&#233;sent. Le bout de brioche plac&#233; sur le trajet &#224; emprunter pour rejoindre son ma&#238;tre, de m&#234;me que la t&#226;che sur la route rencontr&#233;e lors d'une promenade quotidienne, font sens &lt;i&gt;ou&lt;/i&gt; ne font pas sens, mais ne semblent pas pouvoir &#234;tre simplement l&#224;, comme d&#233;tail non pertinent, comme si finalement le chien &#233;tait dans l'impossibilit&#233; de doser son attention, contrairement &#224; l'humain qui per&#231;oit les choses tout en les balayant de son attention si celles-ci ne sont pas jug&#233;es pertinentes, dans une fluidit&#233; &#224; la fois cognitive et physique. Sans doute serait-il stimulant de proposer une comparaison des modes de pr&#233;sence de chiens domestiqu&#233;s, entour&#233;s d'humains, et de chiens sauvages dans un contexte naturel. De m&#234;me que l'&#234;tre humain confront&#233; &#224; des situations extr&#234;mes l'obligeant &#224; vivre dans une forme d'imm&#233;diatet&#233; aurait difficilement acc&#232;s au mode mineur, comme l'avancent tous deux Fabrice Cl&#233;ment et Laurence Kaufmann, respectivement dans la pr&#233;face et la postface, de m&#234;me, le chien plac&#233; dans un contexte stabilis&#233; et rassurant, avec des appuis plus ou moins solides tels que son ma&#238;tre, sa niche, sa gamelle&#8230; ne modifierait-il pas son mode de pr&#233;sence au profit d'une plus grande tranquillit&#233; existentielle ?&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;
Au vu de ces &#233;l&#233;ments mis au jour, il para&#238;t capital de comprendre toujours plus en profondeur ce que la copr&#233;sence de l'homme et du chien engendre dans la mani&#232;re d'&#234;tre de l'un et de l'autre, mais aussi de multiplier les ph&#233;nom&#233;nographies compar&#233;es d'humains de diff&#233;rentes cat&#233;gories sociales, comme le sugg&#232;re &#224; juste titre Laurence Kaufmann en vue de &#171; sociologiser &#187; la d&#233;marche d'Albert Piette. Sans doute que l'hypoth&#232;se d'un mode mineur partag&#233; par tous les humains est &#224; relativiser. Se pose en effet la question de la possibilit&#233; d'acc&#232;s au mode mineur pour des individus aux prises avec le temps de l'urgence et de l'ici et maintenant de la survie. De plus, la capacit&#233; humaine &#224; se retirer dans un monde mental se d&#233;tachant du r&#233;el en train de se vivre peut &#234;tre tout &#224; la fois source de tranquillit&#233; comme d'intranquillit&#233;. Les sc&#233;narios mentaux sont &lt;i&gt;aussi&lt;/i&gt; propices &#224; une angoisse existentielle. D'ailleurs le po&#232;te Pessoa ne nous donne-t-il pas, dans son &lt;i&gt;Livre de l'intranquillit&#233;&lt;/i&gt; (&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/backend.php3?id_rubrique=32#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' PESSOA Fernando, 1999 (1982). Le Livre de l'intranquillit&#233;. Paris, Christian Bourgeois &#233;diteur.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;1999&lt;/a&gt;), la vision oppos&#233;e de cet homme minimal ?&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;
Pour conclure, l'auteur replace le mode mineur de l'exister humain dans une perspective &#233;volutionnaire et d&#233;veloppe une hypoth&#232;se fort stimulante. En s'appuyant sur des travaux &#233;thologiques, primatologiques&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nb1-3' class='spip_note' rel='footnote' title='Bekoff (2007) ; Goodall (1971).' id='nh1-3'&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt; et arch&#233;ologiques&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nb1-4' class='spip_note' rel='footnote' title='Binant (1991) ; Defleur (1993) ; Maureille (2004).' id='nh1-4'&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;, il avance l'id&#233;e que l'aptitude &#224; la croyance religieuse serait une &#233;tape-cl&#233; dans le mode d'&#234;tre de l'humain moderne en ce qu'elle a permis, notamment, la tol&#233;rance &lt;i&gt;cognitive&lt;/i&gt; en des &#233;nonc&#233;s contradictoires et en un flou &lt;i&gt;cognitif&lt;/i&gt;. Et ceci est capital dans la gen&#232;se de l'&#171; homo minimalis &#187;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nb1-5' class='spip_note' rel='footnote' title='Selon l'expression de Laurence Kaufmann dans la postface de (...)' id='nh1-5'&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;. Et si N&#233;andertal, conscient de sa propre mort et n'ayant pas trouv&#233; de r&#233;ponse contrebalan&#231;ant cette conscience &#171; vive &#187; avait &#233;t&#233; incapable de survivre, l&#224; o&#249; Homo Sapiens Sapiens a trouv&#233; le confort cognitif et la fluidit&#233; associ&#233;s &#224; l'acte de croire ? Toujours est-il que l'&#234;tre humain, tel que nous le connaissons &#224; l'heure actuelle, a cette incroyable capacit&#233; d'&#234;tre tout &#224; la fois conscient et de mettre en veilleuse cette conscience qui, si elle &#233;tait pouss&#233;e jusqu'au bout d'elle-m&#234;me, mettrait probablement en p&#233;ril sa continuit&#233;. Toutefois, la minimalit&#233; humaine est porteuse de lumi&#232;re comme d'ombre. Lumi&#232;re parce que l'homme est capable de continuer dans les pires extr&#233;mit&#233;s qu'il subit. Ombre parce qu'il est tout autant capable de continuer apr&#232;s avoir fait souffrir ou m&#234;me tu&#233;. Ce qui pose la question de savoir jusqu'&#224; quel point la minimalit&#233; que l'auteur appelle de ses v&#339;ux est souhait&#233;e et souhaitable.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nh1-1' id='nb1-1' class='spip_note' title='Notes 1-1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;Le mode mineur est la th&#232;se principale de l'auteur, d&#233;j&#224; formul&#233;e dans ses pr&#233;c&#233;dents ouvrages (&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/backend.php3?id_rubrique=32#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' PIETTE Albert, 1992. Le mode mineur de la r&#233;alit&#233;. Paradoxes et photographies en anthropologie. Louvain, Peeters.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;1992&lt;/a&gt; ; &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/backend.php3?id_rubrique=32#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' PIETTE Albert, 1996. Ethnographie de l'action. Paris, M&#233;taili&#233;.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;1996&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nh1-2' id='nb1-2' class='spip_note' title='Notes 1-2' rev='footnote'&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;Pour en savoir plus, voir son article paru dans la revue &lt;i&gt;ethnographiques.org&lt;/i&gt; (Vicart, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/backend.php3?id_rubrique=32#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' VICART Marion, 2008. &#171; Regards crois&#233;s entre l'animal et l'homme : petit exercice de ph&#233;nom&#233;nographie &#233;quitable &#187;, ethnographiques.org, 17 (en ligne). (http://www.ethnographiques.org/2008...).')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2008&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nh1-3' id='nb1-3' class='spip_note' title='Notes 1-3' rev='footnote'&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;Bekoff (&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/backend.php3?id_rubrique=32#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' BEKOFF Mark, 2007. The Emotional lives of animals. Novato, New World Library.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2007&lt;/a&gt;) ; Goodall (&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/backend.php3?id_rubrique=32#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' GOODALL Jane, 1971. Les Chimpanz&#233;s et moi. Paris, Stock.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;1971&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nh1-4' id='nb1-4' class='spip_note' title='Notes 1-4' rev='footnote'&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;Binant (&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/backend.php3?id_rubrique=32#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' BINANT Pascale, 1991. Les s&#233;pultures du Pal&#233;olithique. Paris, France.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;1991&lt;/a&gt;) ; Defleur (&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/backend.php3?id_rubrique=32#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' DEFLEUR Alban, 1993. Les s&#233;pultures moust&#233;riennes. Paris, Editions du CNRS.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;1993&lt;/a&gt;) ; Maureille (&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/backend.php3?id_rubrique=32#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' MAUREILLE Bruno, 2004. Les premi&#232;res s&#233;pultures. Paris, Le Pommier.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2004&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nh1-5' id='nb1-5' class='spip_note' title='Notes 1-5' rev='footnote'&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;Selon l'expression de Laurence Kaufmann dans la postface de l'ouvrage.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;BATESON Gr&#233;gory and MEAD Margareth, 1942. &lt;i&gt;Balinese Character : A photographic Analysis&lt;/i&gt;. New York, New York Academy of Sciences.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;
BEKOFF Mark, 2007. &lt;i&gt;The Emotional lives of animals&lt;/i&gt;. Novato, New World Library.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;
BINANT Pascale, 1991. &lt;i&gt;Les s&#233;pultures du Pal&#233;olithique&lt;/i&gt;. Paris, France.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;
DEFLEUR Alban, 1993. &lt;i&gt;Les s&#233;pultures moust&#233;riennes&lt;/i&gt;. Paris, Editions du CNRS.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;
GOODALL Jane, 1971. &lt;i&gt;Les Chimpanz&#233;s et moi&lt;/i&gt;. Paris, Stock.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;
HEIDEGGER Martin, 1986 (1927). &lt;i&gt;&#202;tre et Temps&lt;/i&gt;. Paris, Gallimard.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;
MERLEAU-PONTY Maurice, 1945. &lt;i&gt;Ph&#233;nom&#233;nologie de la perception&lt;/i&gt;. Paris, Gallimard.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;
MAUREILLE Bruno, 2004. &lt;i&gt;Les premi&#232;res s&#233;pultures&lt;/i&gt;. Paris, Le Pommier.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;
PESSOA Fernando, 1999 (1982). &lt;i&gt;Le Livre de l'intranquillit&#233;&lt;/i&gt;. Paris, Christian Bourgeois &#233;diteur.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;
PIETTE Albert, 1992. &lt;i&gt;Le mode mineur de la r&#233;alit&#233;. Paradoxes et photographies en anthropologie&lt;/i&gt;. Louvain, Peeters.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;
PIETTE Albert, 1996. &lt;i&gt;Ethnographie de l'action&lt;/i&gt;. Paris, M&#233;taili&#233;.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;
VICART Marion, 2008. &#171; Regards crois&#233;s entre l'animal et l'homme : petit exercice de ph&#233;nom&#233;nographie &#233;quitable &#187;, &lt;i&gt;ethnographiques.org&lt;/i&gt;, 17 [en ligne]. &lt;br&gt;(&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/2008/Vicart' class='spip_out'&gt;http://www.ethnographiques.org/2008/Vicart&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>JUNGEN Christine, 2009. Politique de l'hospitalit&#233; dans le Sud jordanien</title>
		<link>http://www.ethnographiques.org/2011/Rivoal</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.ethnographiques.org/2011/Rivoal</guid>
		<dc:date>2011-10-07T18:03:46Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Rivoal_Isabelle</dc:creator>


		<dc:subject>CompteRenduOuvrage</dc:subject>

		<description>Dans une p&#233;riode o&#249; la sociologie politique du Moyen-Orient est trop souvent associ&#233;e aux notions de violence, d'autoritarisme et de corruption, le livre de Christine Jungen sur les pratiques du pouvoir en Jordanie d&#233;veloppe une perspective originale et bienvenue qui ne r&#233;duit pas l'espace politique &#224; la domination et sa contestation. Constitu&#233; au lendemain de la Premi&#232;re guerre mondiale sous la houlette britannique, l'&#201;mirat hach&#233;mite de Transjordanie est devenu Royaume (...)

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/ 
&lt;a href="http://www.ethnographiques.org/CompteRenduOuvrage" rel="tag"&gt;CompteRenduOuvrage&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class='spip_document_6599 spip_documents spip_documents_left' style='float:left; width:134px;' &gt;
&lt;img src='http://www.ethnographiques.org/local/cache-vignettes/L134xH200/Jungen_couv-6b7eb.jpg' width='134' height='200' alt=&quot;&quot; style='height:200px;width:134px;' /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt; &lt;br /&gt;Dans une p&#233;riode o&#249; la sociologie politique du Moyen-Orient est trop souvent associ&#233;e aux notions de violence, d'autoritarisme et de corruption, le livre de Christine Jungen sur les pratiques du pouvoir en Jordanie d&#233;veloppe une perspective originale et bienvenue qui ne r&#233;duit pas l'espace politique &#224; la domination et sa contestation. Constitu&#233; au lendemain de la Premi&#232;re guerre mondiale sous la houlette britannique, l'&#201;mirat hach&#233;mite de Transjordanie est devenu Royaume ind&#233;pendant en 1946. A la diff&#233;rence des autres &#201;tats ayant &#233;merg&#233; apr&#232;s la dissolution de l'Empire ottoman, la Jordanie hach&#233;mite ne dispose pas d'une centralit&#233; politique historique : l'espace sur lequel elle s'&#233;tend, vaste zone tribale existant par le commerce caravanier, &#233;tait polaris&#233; par J&#233;rusalem au sud et Damas au nord. L'enjeu central de l'histoire jordanienne depuis la cr&#233;ation de l'&#201;tat r&#233;side dans la n&#233;gociation du rapport entre les tribus et la monarchie hach&#233;mite, rapport dans lequel la pr&#233;sence palestinienne a jou&#233; un r&#244;le de catalyseur important.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est &#224; partir de la r&#233;gion de Karak situ&#233;e au sud-est d'Amman et au sein d'une tribu chr&#233;tienne, les Halasa, que Christine Jungen consid&#232;re ce rapport. Elle choisit ainsi, &#224; dessein, un ancrage local doublement &#171; d&#233;fiant &#187; &#224; l'&#233;gard de l'Etat hach&#233;mite. Karak est en effet pr&#233;sent&#233;e comme &#171; la m&#232;re des r&#233;voltes &#187; et l'historiographie locale &#233;labore consid&#233;rablement sur la p&#233;riode des grands cheikhs tribaux, ceux qui n'ont eu de cesse de se soulever contre l'&#201;tat, ottoman alors, et de mener la r&#233;volte nationaliste avant l'heure. Karak, ce sont ensuite des tribus musulmanes et chr&#233;tiennes qui ont une longue tradition de rivalit&#233; d'honneur, mais aussi d'entraide et de coop&#233;ration, au sein de la &lt;i&gt;Karakiyya&lt;/i&gt;, la conf&#233;d&#233;ration des tribus de Karak. D'un point de vue local, la comp&#233;tition et la contestation entre tribus rivales se porte d&#233;sormais dans le champ des narrations sur l'histoire (le &lt;i&gt;t&#226;r&#238;kh&lt;/i&gt;). Christine Jungen vient ici conforter l'ethnographie d'Andrew Shryock&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nb1' class='spip_note' rel='footnote' title='Shryock Andrew, 1997. Nationalism and the Genealogical Imagination : Oral (...)' id='nh1'&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt; en montrant que les formulations de l'histoire tribale n'ouvrent jamais, en Jordanie, sur un r&#233;cit nationaliste. Mais ce sont surtout les enjeux locaux qui l'int&#233;ressent ; et ils sont avant tout enjeux de &#171; performance &#187;. Il ne s'agit donc pas seulement de collationner des r&#233;cits concurrents, mais d'analyser les pr&#233;tentions concurrentes &#224; les formuler &#8212; celle de l'homme de tribu au fa&#238;te de sa l&#233;gitimit&#233;, celle du pr&#234;tre, celle du jeune lettr&#233; de la ville : &#171; le r&#233;cit tribal ne vaut pas par lui-m&#234;me, mais par ses modes d'&#233;nonciation &#187; (p. 46).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D'embl&#233;e, Christine Jungen souligne qu'il y a beaucoup plus &#224; voir &#224; Karak que la tension entre une r&#233;gion tribale et l'&#201;tat jordanien, entre tribus et Palestiniens, entre chr&#233;tiens et musulmans. Le jeu politique est certes contraint par ce cadre, mais il n'y dispara&#238;t pas compl&#232;tement. L'int&#233;r&#234;t de l'ouvrage est de d&#233;crire pr&#233;cis&#233;ment la transformation des formes d'expression politique locales avec l'av&#232;nement de la monarchie hach&#233;mite. Depuis que le roi s'est construit comme cheikh de la &#171; tribu jordanienne unie &#187; (p. 68) et agit &#224; ce titre comme m&#233;diateur ultime en cas de conflit, la violence qui &#233;tait jadis la derni&#232;re manifestation de l'honneur des grands cheikhs ne peut plus &#234;tre engag&#233;e socialement par le d&#233;fi, le meurtre et la vengeance. Mais si l'honneur dans le sens du &lt;i&gt;&lt;sup&gt;c&lt;/sup&gt;ird&lt;/i&gt; (comme d&#233;fense de son int&#233;grit&#233;, de son nom, de son quant-&#224;-soi) est brid&#233;, il reste l'honneur dans le sens du &lt;i&gt;karam&lt;/i&gt; (fond&#233; sur la g&#233;n&#233;rosit&#233;) pour se lancer des d&#233;fis et c'est d&#233;sormais dans le domaine plus subtil de l'hospitalit&#233; que s'expriment les rivalit&#233;s tribales et que se d&#233;roule le jeu politique au quotidien.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La forme de l'expos&#233; est plus proche du documentaire que de la fresque. Christine Jungen, en effet, ne campe pas des personnages id&#233;al-typiques avant de les situer dans l'action comme ses mat&#233;riaux pourraient l'y inviter. La lecture pragmatique de l'espace politique karaki qu'elle propose est construite, au sens propre, par le &lt;i&gt;regard ethnographique&lt;/i&gt; plut&#244;t que par le r&#233;cit : description des lieux, de leur agencement, descriptions des corps dans ces lieux et de la mani&#232;re dont ils sont habit&#233;s ; tout ceci &#233;claire les situations avant les intentions avou&#233;es ou suppos&#233;es des acteurs. Ainsi, l'analyse est-elle toujours pr&#233;c&#233;d&#233;e par une sc&#232;ne de vie quotidienne donn&#233;e &#224; voir comme le ferait une cam&#233;ra : plan circulaire, focale sur l'action, zoom in et zoom out&#8230; Cette forme d'&#233;criture est parfaitement adapt&#233;e au rendu de la sp&#233;cificit&#233; du jeu politique local fond&#233; sur &#171; les arts de l'apparence &#187; auxquels l'auteure consacre la seconde partie de son ouvrage.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Un chapitre est consacr&#233; aux diff&#233;rents &#171; d&#233;cors &#187; dans lesquels ces jeux de l'hospitalit&#233; et du prestige se d&#233;ploient. La &lt;i&gt;mad&#226;fa&lt;/i&gt; imposante des deux fr&#232;res de la principale tribu karakie devenus ministre et chef de la police, le &lt;i&gt;d&#238;w&#226;n&lt;/i&gt; traditionnel du cheikh &#224; l'ancienne et le &lt;i&gt;qa&lt;sup&gt;c&lt;/sup&gt;a&lt;/i&gt; des &#171; &#233;migr&#233;s &#187; locaux install&#233;s &#224; Amman : trois termes d&#233;signant les lieux o&#249; se dispense l'hospitalit&#233;. La diff&#233;rence terminologique souligne la r&#233;f&#233;rence &#224; des espaces relationnels distincts et compl&#233;mentaires : la relation entre la r&#233;gion et l'Etat, la relation entre aujourd'hui et les cheikhs du pass&#233;, la relation entre le local et la capitale. Ces espaces ont en commun d'exprimer le rapport au politique dans les formes propres au d&#233;ploiement de l'hospitalit&#233;. Disposer d'une pi&#232;ce de r&#233;ception n'est pas seulement l'apanage de ceux qui aspirent &#224; &#234;tre des hommes de pouvoir, c'est ainsi la condition indispensable &#224; la reconnaissance sociale de tout homme accompli. C'est en s'appuyant sur la distinction op&#233;r&#233;e par Albert Piette entre mode majeur et mode mineur que Christine Jungen entreprend de d&#233;crire minutieusement les agencements des int&#233;rieurs karakis. La distinction / compl&#233;mentarit&#233; entre le &lt;i&gt;d&#238;w&#226;n&lt;/i&gt; comme pi&#232;ce mus&#233;ifi&#233;, charg&#233; de la symbolique familiale et le salon o&#249; l'on vit et l'on re&#231;oit au quotidien autour d'un t&#233;l&#233;viseur constamment allum&#233;, fait ainsi &#233;cho au mouvement plus large &#224; l'&#233;chelle de l'&#201;tat et la fa&#231;on dont les Jordaniens reconfigurent leur pass&#233; (p. 105) ; mode majeur et mode mineur de l'affirmation de soi, autour d'une &#233;thique tribale de l'hospitalit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le d&#233;cor ainsi plant&#233;, il faut y faire entrer les acteurs. L'hospitalit&#233; en mode majeur, &#224; Karak, se manifeste dans l'invitation &#224; la consommation du &lt;i&gt;mansaf&lt;/i&gt;, plat de viande longuement bouillie dans du lait caill&#233;, sorte de m&#233;tonymie de la b&#233;douinit&#233; et du devoir d'hospitalit&#233; qui en a fait le plat national jordanien. La &#171; cam&#233;ra &#187; suit ainsi les diff&#233;rentes &#233;tapes de la pr&#233;paration du met et la r&#233;ception qui s'ensuit, en insistant sur &#171; la ma&#238;trise sc&#233;nique des corps, des gestes et des paroles &#187; des h&#244;tes et des invit&#233;s (p. 110). O&#249; le lecteur comprend &#224; quel point l'hospitalit&#233; orientale est un art codifi&#233; agen&#231;ant une suite de tableaux convenus qui, tous ensemble, construisent l'espace social en lieu d'hospitalit&#233; ; c'est-&#224;-dire avant tout, comme relation orient&#233;e. De ce point de vue, l'hospitalit&#233; est d'abord le registre d'expression locale de la hi&#233;rarchie des statuts. Sur un mode mineur, elle met en ordre la vie quotidienne qui peut se d&#233;crire comme une suite de sc&#233;nettes o&#249; l'on re&#231;oit, invite, s'invite parfois soi-m&#234;me, offre &#224; manger, o&#249; l'on s'installe rapidement sur une terrasse pour un caf&#233; ou bien au contraire la d&#233;cline poliment. Toutes les attitudes sont significatives car l'hospitalit&#233; joue en quelque sorte le r&#244;le de &#171; grammaire &#187; de l'espace public. L'auteure rend bien la scansion du quotidien par ces &lt;i&gt;ahl&#226;n wa sahl&#226;n&lt;/i&gt; &#171; bienvenue ! &#187;, &#171; venez-vous asseoir &#224; la maison &#187;, &#171; arr&#234;tez-vous pour le caf&#233; &#187; qui sont beaucoup plus que de la politesse orientale : un moyen sans cesse renouvel&#233; d'&#233;valuer une situation pr&#233;cise, le statut relatif des personnes engag&#233;es et pour chacune, de fournir la r&#233;ponse appropri&#233;e et acceptable (p. 127).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La perspective de la &#171; mise en sc&#232;ne &#187; et de &#171; l'art des apparences &#187; adopt&#233;e par Christine Jungen doit &#234;tre pr&#233;cis&#233;e &#224; ce point de l'expos&#233; ethnographique : il ne s'agit pas l&#224; d'un th&#233;&#226;tre sans cons&#233;quence sociale, d'un jeu r&#233;alis&#233; pour le seul plaisir d'un public jugeant de la meilleure prestation ou du meilleur acteur. Si l'hospitalit&#233; constitue bien la dimension permettant d'affirmer la ma&#238;trise d'un r&#233;pertoire d'&#234;tre-en-situation et de savoir-faire dans la soci&#233;t&#233; karaki, il s'agit ultimement de se construire comme un homme respectable et respect&#233; (un &lt;i&gt;rajul&lt;/i&gt;). L'hospitalit&#233; est d&#233;sormais l'idiome privil&#233;gi&#233; de l'honorabilit&#233;, sinon de l'honneur tribal. Ainsi, puisque la mise en sc&#232;ne publique de soi est l'enjeu central des comp&#233;titions statutaires, il fallait regarder toutes les formes de contestation qui mettent cet &#171; art des apparences &#187; en tension pour en faire un jeu politique. Si toute mise en sc&#232;ne est une pr&#233;tention, il s'agit bien s&#251;r de d&#233;fier et de contester cette pr&#233;tention.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est autour de l'analyse de la contestation, ce qu'elle appelle &#171; les coulisses de l'action &#187; que Christine Jungen d&#233;cline les oppositions sociologiques qui structurent la masculinit&#233; jordanienne : (i) l'homme d'honneur paradigmatique, qui s'impose par sa ma&#238;trise des situations mais que l'on pourra toujours contester ; (ii) le grand qui est l'homme d'honneur accompli, celui qu'on ne d&#233;fie plus et qui porte la parole du groupe ; (iii) le jeune enfin, socialement irresponsable et &#224; qui revient principalement la t&#226;che de d&#233;fier les mises en sc&#232;ne et de d&#233;noncer les pr&#233;tentions. A cela, il faut ajouter la tension entre hommes d'&#201;glise et hommes de tribu qui s'affichent selon des r&#233;pertoires concurrents. La contestation s'exprime de deux mani&#232;res. Publiquement, elle est toujours le fait des jeunes qui font du bruit dans l'espace public pour rompre la solennit&#233; voulue de la messe, qui lancent des blagues qui visent l'un ou l'autre dans le r&#244;le qu'il pr&#233;tend tenir, qui occupent l'espace public d&#232;s que cela est possible. Cette expression semble &#234;tre toujours plus ou moins contr&#244;l&#233;e puisque les jeunes y construisent aussi leur capacit&#233; &#224; ma&#238;triser les savoir-faire, m&#234;me s'il s'agit de &#171; contrats sc&#233;niques &#187; qui sont &#224; l'oppos&#233; de ceux des hommes accomplis. La contestation la plus redoutable est pourtant celle qui ne passe pas par les mises en sc&#232;ne mais par la parole semi-priv&#233;e : comm&#233;rages, rumeurs, calomnie dont la finalit&#233; est pr&#233;cis&#233;ment de pointer la mise sc&#232;ne, le ridicule ou l'imposture.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cet aspect critique est central pour saisir la relation entre formes d'hospitalit&#233; (comme espace de mise en sc&#232;ne) et politique dans une soci&#233;t&#233; jordanienne qui semble parvenir &#224; contr&#244;ler la violence qu'implique le d&#233;fi. On regrettera donc que l'auteure n'ait pas pouss&#233; plus loin son analyse de la rumeur dans ses diff&#233;rentes manifestations au-del&#224; des provocations des jeunes et du besoin d'&#233;valuer au plus pr&#232;s les situations sociales. Le d&#233;fi ne va-t-il jamais trop loin ? Le ridicule ne touche-t-il que les pr&#234;tres, jamais les figures politiques locales ? Les grands sont-ils donc intouchables m&#234;me par la rumeur ? Et encore, comment r&#233;agit-on sous le feu de rumeurs malveillantes ? N'existe-t-il pas d'espace politique plus formalis&#233; vers lequel ces tensions politiques trouveraient une manifestation hors des mises en sc&#232;ne de la ma&#238;trise des apparences et du savoir-faire ? Bien s&#251;r, on voit parfaitement qu'&#234;tre un grand c'est justement avoir la capacit&#233; de faire taire le ragot, et plus encore, de pouvoir s'exposer &#224; l'inconvenance et au d&#233;shonneur (le &lt;i&gt;&lt;sup&gt;c&lt;/sup&gt;ayb&lt;/i&gt;) sans avoir &#224; se soucier des cons&#233;quences. Mais justement, cette observation pointe le fait qu'il ne s'agit pas seulement de jouer parfaitement le jeu de l'hospitalit&#233; et des convenances pour &#234;tre important : la respectabilit&#233; n'est pas le pouvoir.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La troisi&#232;me partie de l'ouvrage intitul&#233;e &#171; savoirs en action &#187; en donne toute la mesure en d&#233;roulant les divers fils d'une affaire mettant un homme respectable et estim&#233;, l'h&#244;te de l'ethnologue, aux prises avec les diff&#233;rents claviers (et relais) de pouvoir disponibles pour un acteur particulier. Confront&#233; aux accusations de d&#233;tournement d'argent public &#224; l'encontre de son neveu, Abu Bakr se doit d'agir. Il n'est plus question de para&#238;tre pour asseoir son statut, mais de tester concr&#232;tement sa notori&#233;t&#233; en activant des sociabilit&#233;s diverses qui sont autant de ressources politiques possibles. Dans les derniers chapitres, le lecteur parcourt ainsi les diff&#233;rents espaces sociaux possibles &#224; partir d'un ego masculin, en contexte. C'est une des forces de ce livre que de commenter le d&#233;ploiement de la parent&#233; arabe &#224; partir d'une situation, montrant ainsi qu'en d&#233;pit des discours sur le lignage et la tribu, c'est bien souvent du c&#244;t&#233; de la parent&#233; par alliance que l'on trouve du soutien. Les tribulations d'Abu Bakr n'ouvrent pas seulement des perspectives sur les parent&#233;s de sang ou d'alliance, mais encore sur le fonctionnement des relations de client&#232;le ainsi que sur la constitution des amiti&#233;s. Les liens ne sont pas donn&#233;s, ils se pratiquent ; et seule la pratique dessine l'espace social effectif des acteurs en contexte. Le champ dans lequel est assign&#233;e la relation d&#233;termine d'ailleurs toute la diff&#233;rence entre relation de connaissance par parent&#233; et parent&#233; pratiqu&#233;e. Ainsi, un service qui serait rendu par relation de connaissance sera honor&#233; par une r&#233;tribution financi&#232;re (c'est la &lt;i&gt;wasta&lt;/i&gt;) tandis que la parent&#233; pratiqu&#233;e d&#233;ploiera au contraire le service rendu (la &lt;i&gt;dakhala&lt;/i&gt;) dans une temporalit&#233; relationnelle plus profonde, mise en forme dans le registre de l'hospitalit&#233; encore. C'est bien &#224; cela que servent l'ensemble des historiettes (&lt;i&gt;sawalif&lt;/i&gt;) mettant en sc&#232;ne la multiplicit&#233; des relations entre acteurs locaux.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est parce qu'ils restent en dehors de la &#171; grande histoire tribale &#187; et surtout de tous ces r&#233;cits rappelant et justifiant les relations entre les familles locales que les Palestiniens ne se sont pas encore int&#233;gr&#233;s &#224; cet &#171; imaginaire social karaki &#187; (p. 11), en d&#233;pit de leur volont&#233; de jouer ce jeu de l'hospitalit&#233; jordanienne, comme en t&#233;moigne le d&#233;veloppement g&#233;n&#233;ralis&#233; des &lt;i&gt;madafa&lt;/i&gt; palestiniennes (cf. Susan Slyomovics&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nb2' class='spip_note' rel='footnote' title='Slyomovics Susan, 1998. The Object of Memory : Arab and Jew narrate the (...)' id='nh2'&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;). Si cette implication confirme le caract&#232;re central de l'hospitalit&#233; &#224; la fois dans le fa&#231;onnement de l'espace social et du jeu politique en action, cette forme ne doit cependant pas faire oublier, comme Christine Jungen le rappelle en &#233;pilogue de son ouvrage, que le &#171; vrai jeu &#187; ne se joue plus &#224; Karak mais &#224; Amman, et surtout, que l'ordonnancement r&#233;alis&#233; par la monarchie hach&#233;mite reste fragile face &#224; d'autre formes de violences, d&#233;sordonn&#233;es et chaotiques, qui viendraient t&#233;moigner d'une incapacit&#233; &#224; n&#233;gocier les nouvelles formes de domination qui ne parlent pas le m&#234;me langage&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nh1' id='nb1' class='spip_note' title='Notes 1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;Shryock Andrew, 1997. &lt;i&gt;Nationalism and the Genealogical Imagination : Oral History and Textual Authority in Tribal Jordan&lt;/i&gt;. Berkeley, University of California Press.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nh2' id='nb2' class='spip_note' title='Notes 2' rev='footnote'&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;Slyomovics Susan, 1998. &lt;i&gt;The Object of Memory : Arab and Jew narrate the Palestinian village&lt;/i&gt;. Philadelphia, University of Pennsylvania Press.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>G&#201;LARD Marie-Luce (dir.), 2008. Les usages du henn&#233;. Pratiques, rites et repr&#233;sentations symboliques</title>
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		<dc:date>2011-10-07T18:03:40Z</dc:date>
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		<dc:creator>Campergue_C&#233;cile</dc:creator>


		<dc:subject>CompteRenduOuvrage</dc:subject>

		<description>Cet ouvrage, dirig&#233; par Marie-Luce G&#233;lard, pr&#233;sente six contributions anthropologiques se proposant d'analyser les diff&#233;rentes repr&#233;sentations et constructions sociales du henn&#233; ainsi que ses usages dans des aires culturelles aussi diverses que l'Afrique musulmane, l'Europe et le Moyen Orient. L'ouvrage place le henn&#233; au rang d'objet anthropologique, et questionne ses usages et ses significations, &#224; la fois pass&#233;s et contemporains. Sa dimension rituelle, (...)

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&lt;a href="http://www.ethnographiques.org/Comptes-rendus-d-ouvrages" rel="directory"&gt;101. Comptes rendus d'ouvrages&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.ethnographiques.org/CompteRenduOuvrage" rel="tag"&gt;CompteRenduOuvrage&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class='spip_document_6600 spip_documents spip_documents_left' style='float:left; width:133px;' &gt;
&lt;img src='http://www.ethnographiques.org/local/cache-vignettes/L133xH200/Gelard_couv-d0ae9.jpg' width='133' height='200' alt=&quot;&quot; style='height:200px;width:133px;' /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt; &lt;br /&gt;Cet ouvrage, dirig&#233; par Marie-Luce G&#233;lard, pr&#233;sente six contributions anthropologiques se proposant d'analyser les diff&#233;rentes repr&#233;sentations et constructions sociales du henn&#233; ainsi que ses usages dans des aires culturelles aussi diverses que l'Afrique musulmane, l'Europe et le Moyen Orient. L'ouvrage place le henn&#233; au rang d'objet anthropologique, et questionne ses usages et ses significations, &#224; la fois pass&#233;s et contemporains.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Sa dimension rituelle, jusqu'alors pr&#233;dominante dans les &#233;tudes ethnographiques (mariage, rituel festif, th&#233;rapeutique) a quelque peu &#233;vinc&#233; l'omnipr&#233;sence et la permanence du henn&#233; dans les soci&#233;t&#233;s maghr&#233;bines comme le rappelle Marie-Luce G&#233;lard d&#232;s l'introduction. Les dimensions pratique, symbolique et corporelle vont tour &#224; tour &#234;tre mises en exergue et offrir des &#233;claircissements sur ses utilisations multiples. La diversification de ses usages ne doit pas faire oublier son association &#224; la sph&#232;re f&#233;minine, m&#234;me si les soins th&#233;rapeutiques dont il est la base concernent aussi les hommes, comme c'est le cas en Mauritanie. L&#224;, il est synonyme de soins de beaut&#233; et d'hygi&#232;ne mais il d&#233;tient aussi une fonction de protection contre les forces malfaisantes, protection qui perd de sa force notamment chez les jeunes g&#233;n&#233;rations (les croyances traditionnelles reculent face aux discours scientifiques). M&#234;me s'il se pr&#234;te &#224; une diversit&#233; de motifs pour parer les corps et que son utilisation d&#233;pend de techniques vari&#233;es, il n'est pourtant jamais un simple produit cosm&#233;tique, ses dimensions symbolique et religieuse ne peuvent &#234;tre &#233;cart&#233;es.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le henn&#233; investit &#224; la fois le corps, la relation &#224; l'autre par l'interm&#233;diaire de la s&#233;duction mais aussi l'identit&#233; individuelle et m&#234;me collective. Marie-Pierre Gibert interroge la persistance de son efficacit&#233; dans les communaut&#233;s y&#233;m&#233;nites d'Isra&#235;l, notamment &#224; travers les s&#233;ances de mariage et particuli&#232;rement les s&#233;quences de danse. Le &#171; corps par&#233; &#187; (p. 32) au henn&#233; t&#233;moigne &#224; la fois d'une pratique de marquage corporelle, une parure destin&#233;e &#224; orner le corps, mais t&#233;moigne aussi de &#171; l'appartenance &#224; un groupe identitaire, la construction d'un Isra&#233;lien d'origine y&#233;m&#233;nite &#187; (p. 50). Ainsi, il participe &#224; la construction de &#171; vrais &#187; y&#233;m&#233;nites.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;
Dans l'article tr&#232;s instructif et document&#233; de A&#239;da Kanafari-Zahar sur l'usage f&#233;minin du henn&#233; aux &#201;mirats Arabes Unis (p. 53), l'auteur nous entra&#238;ne dans le paradis des odeurs, de la s&#233;duction et de la beaut&#233;, directement li&#233;e &#224; la notion de puret&#233;. Il joue ici le r&#244;le d'un marqueur social, entre couleur et odeur, c'est une &#171; gratification visuelle associ&#233;e &#224; ses vertus protectrices et adoucissantes &#187; (p. 57). Si les compositions parfum&#233;es constituent une &#171; caract&#233;ristique de la culture olfactive des &#233;mirats &#187; (p. 59), le henn&#233; entre &#233;galement dans un jeu de pouvoir, entre l'intime et la sph&#232;re sociale, notamment &#224; travers les d&#233;monstrations d'&#233;l&#233;gance entre femmes, exacerb&#233;es au moment du mariage. Ce &#171; parfumage social &#187; (p. 62) t&#233;moigne de l'importance de la d&#233;marche esth&#233;tique accompagn&#233;e de consid&#233;rations religieuses.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;
Connu pour parer le corps des humains, l'on sait moins que le henn&#233; pare &#233;galement celui de certains animaux dans le monde musulman, mais pas n'importe lesquels, seulement ceux proches de l'homme. Fran&#231;oise Aubaille-Sallenave, &#224; travers une r&#233;flexion sur le rapport hommes-animaux, insiste sur ses caract&#233;ristiques th&#233;rapeutiques, prophylactiques, sociales, religieuses et protectrices qui prot&#232;gent &#224; la fois la peau des hommes et des animaux (p. 73). &lt;br /&gt; &lt;br /&gt;
&#192; travers le rituel d'&lt;i&gt;Isgar&lt;/i&gt; pratiqu&#233; par les femmes c&#233;libataires de la tribu des A&#239;t Khebbach dans le sud marocain, Marie-Luce G&#233;lard nous fait part de son utilisation dans ce cadre rituel o&#249; il est singuli&#232;rement m&#233;lang&#233; avec des os d'animaux pour expulser le mal, repousser le mauvais &#339;il et les g&#233;nies. Rite expiatoire et propitiatoire, le rituel d&lt;i&gt;'Isgar&lt;/i&gt; signifie &#233;galement l'appartenance &#224; la communaut&#233; musulmane, affirm&#233;e au travers du sacrifice, et en m&#234;me temps, l'appartenance &#224; la tribu &#171; par le biais du symbole et rituel des os du sacrifice par&#233;s de henn&#233; aux vertus protectrices et purificatrices &#187; (p. 93).&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;
Mais qu'en est-il de la vogue du henn&#233; en France &#224; l'heure de l'engouement pour les massages orientaux et la danse orientale ? Tatouages temporaires, masques, teintures des cheveux, composants cosm&#233;tiques, on le retrouve en France sous des formes vari&#233;es : en poudre, en p&#226;te ou en barres pr&#233;d&#233;coup&#233;es. Consommateurs, publicitaires et professionnels du tourisme r&#233;inventent sans cesse ses usages traditionnels en vantant ses m&#233;rites. Loin des usages ritualis&#233;s, il est devenu un produit de consommation &#8220;tendance&#8221;, exotique, naturel et qui gagne aussi des parts de march&#233; gr&#226;ce &#224; son &#171; ancestralit&#233; &#187; (p. 120). Maud Nicolas-Daniel d&#233;taille son acclimatation dans notre soci&#233;t&#233; en passant par les repr&#233;sentations et les constructions de la &#171; femme orientale &#187;, de l'exotisme, du sacr&#233;, de la purification et la demande d'un corps naturel (p. 107). Sans cesse attribu&#233; au seul Maroc, il ne concerne chez nous que les femmes, son usage par la gente masculine est compl&#232;tement absent. Un produit lointain, aux multiples vertus, dont les utilisations et les significations sont radicalement transform&#233;es ; il confirme la mondialisation culturelle et marchande (comme les danses ou la restauration) vid&#233; de son contexte traditionnel, t&#233;moignant d'une alt&#233;rit&#233; rassurante sans le contact concret avec l'&#233;tranger (p. 120). &lt;br /&gt; &lt;br /&gt;
Malgr&#233; ses contributions de qualit&#233;, il manque &#224; l'ouvrage une contextualisation des approches et des aires g&#233;ographiques dans une vision comparatiste. Les articles, simplement juxtapos&#233;s, rendent parfois la coh&#233;rence de l'ouvrage difficile. On regrette &#233;galement des illustrations photographiques qui auraient pu enrichir les contributions. Ce collectif offre n&#233;anmoins une somme d'informations et de connaissances &#224; toutes celles et ceux qui s'int&#233;ressent aux usages et aux techniques du corps ainsi qu'&#224; la culture mat&#233;rielle &#224; travers un produit d'usage banalis&#233; en France.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>CAMELIN Sylvaine et HOUDART Sophie, 2010. L'ethnologie</title>
		<link>http://www.ethnographiques.org/2011/Danesi</link>
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		<dc:date>2011-10-07T18:03:34Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Danesi_Giada</dc:creator>


		<dc:subject>CompteRenduOuvrage</dc:subject>

		<description>La premi&#232;re question que nous pourrions nous poser &#224; la sortie d'un livre intitul&#233; L'ethnologie en 2010 est : qu'est-ce que cet ouvrage va apporter de plus au regard des nombreuses publications ant&#233;rieures sur le m&#234;me sujet (Aug&#233; et Colleyn, 2004 ; Copans, 2005 ; Rivi&#232;re, 1995 ; Laplantine, 2001) ? L'aspiration de ce dernier n&#233;, comme le soulignent ses auteures, n'est pas de pr&#233;senter un panorama exhaustif de l'histoire de l'ethnologie. Elles optent (...)

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&lt;a href="http://www.ethnographiques.org/Comptes-rendus-d-ouvrages" rel="directory"&gt;101. Comptes rendus d'ouvrages&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class='spip_document_6601 spip_documents spip_documents_left' style='float:left; width:131px;' &gt;
&lt;img src='http://www.ethnographiques.org/local/cache-vignettes/L131xH200/Camelin-Houdart_couv-bec29.jpg' width='131' height='200' alt=&quot;&quot; style='height:200px;width:131px;' /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;&lt;br&gt;La premi&#232;re question que nous pourrions nous poser &#224; la sortie d'un livre intitul&#233; &lt;i&gt;L'ethnologie&lt;/i&gt; en 2010 est : qu'est-ce que cet ouvrage va apporter de plus au regard des nombreuses publications ant&#233;rieures sur le m&#234;me sujet (Aug&#233; et Colleyn, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/backend.php3?id_rubrique=32#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' AUGE Marc et COLLEYN Jean-Paul, 2004. L'anthropologie. Paris, PUF (collection Que sais-je ?).')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2004&lt;/a&gt; ; Copans, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/backend.php3?id_rubrique=32#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' COPANS Jean, 2005 (1996). Introduction &#224; l'ethnologie et &#224; l'anthropologie. Paris, Armand Colin (collection Sciences sociales 128).')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2005&lt;/a&gt; ; Rivi&#232;re, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/backend.php3?id_rubrique=32#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' RIVIERE Claude, 1995. Introduction &#224; l'anthropologie. Paris, Hachette.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;1995&lt;/a&gt; ; Laplantine, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/backend.php3?id_rubrique=32#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' LAPLANTINE Fran&#231;ois, 2001 (1987). L'anthropologie. Paris, Payot.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2001&lt;/a&gt;) ? L'aspiration de ce dernier n&#233;, comme le soulignent ses auteures, n'est pas de pr&#233;senter un panorama exhaustif de l'histoire de l'ethnologie. Elles optent pour une introduction critique et laissent &#171; le soin de pr&#233;senter de mani&#232;re syst&#233;matique les diff&#233;rents courants th&#233;oriques qui ont organis&#233; le champ du savoir &#187; (p. 6) au volume consacr&#233; &#224; l'anthropologie, celui de Marc Aug&#233; et Jean-Paul Colleyn sorti en 2004 dans la m&#234;me collection (&lt;i&gt;Que sais-je ?&lt;/i&gt;).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En partant du constat que l'ethnologie est une discipline difficile &#224; d&#233;limiter et de la tendance actuelle &#224; l'interdisciplinarit&#233;, Sylvaine Camelin et Sophie Houdart souhaitent montrer la nature dynamique de la discipline. Ainsi, en illustrant la diversit&#233; des pratiques d'enqu&#234;te, des outils th&#233;oriques et des lieux d'investigation qui a caract&#233;ris&#233; l'histoire de l'ethnologie, elles montrent comment celle-ci s'est transform&#233;e gr&#226;ce &#224; une r&#233;flexion sur elle-m&#234;me, depuis les conditions de son &#233;mergence jusqu'&#224; de plus r&#233;centes remises en question. Enfin, l'objectif est aussi de souligner que les ethnologues peuvent contribuer &#224; la compr&#233;hension des r&#233;alit&#233;s contemporaines, au-del&#224; d'une analyse de groupes sociaux restreints, tel que les soci&#233;t&#233;s &#171; primitives &#187; ou les &#171; ethnies &#187;.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;
En introduction, l'ouvrage se questionne sur la nature poreuse et mobile des fronti&#232;res qui s&#233;parent l'ethnologie, l'ethnographie, l'anthropologie et en partie la sociologie. Les chevauchements entre les objets, les pratiques et les concepts propres &#224; ces domaines de recherche ont engendr&#233; de nombreux d&#233;bats au sein des univers acad&#233;mique et institutionnel. La sociologie et l'ethnologie sembleraient avoir eu originellement deux t&#226;ches bien distinctes : &#224; la premi&#232;re les soci&#233;t&#233;s &#171; modernes &#187; et les m&#233;thodes quantitatives, et &#224; la seconde, les soci&#233;t&#233;s &#171; exotiques &#187; et l'ethnographie. Le chevauchement entre les deux semble donc &#234;tre r&#233;cent. D'une part, les soci&#233;t&#233;s &#233;tudi&#233;es par les ethnologues se sont transform&#233;es et ils sont pr&#233;sents sur le terrain qui &#233;tait celui des sociologues et vice versa. D'autre part, la sociologie a introduit dans ses pratiques les m&#233;thodes qui &#233;taient celles des ethnologues. Pourtant les auteures semblent ignorer les travaux de Durkheim et de Mauss qui montrent bien que les fronti&#232;res entre ces domaines de recherche n'&#233;taient pas si nettes dans le pass&#233; aussi ; et qu'attribuer des m&#233;thodes et des &#171; soci&#233;t&#233;s &#187; sp&#233;cifiques &#224; l'ethnologie et &#224; la sociologue est tr&#232;s r&#233;ducteur. Si la distinction que les auteures proposent entre ethnographie et ethnologie est relativement claire &#8212; elle r&#233;side dans la pratique du terrain par le chercheur, contrairement aux usages avant Malinowski &#8212; la distinction entre les termes &#171; anthropologie &#187; et &#171; ethnologie &#187; est plus complexe. En France, &#171; l'anthropologie fut un temps bien distincte de l'ethnologie en ce qu'elle se donnait pour objet l'homme dans sa dimension physique et sociale &#187; (p. 5), division rendue caduque par la distinction progressive entre l'anthropologie sociale ou culturelle et l'anthropologie physique. D'un c&#244;t&#233;, ce qui &#233;tait appel&#233; en France ethnologie &#224; la fin du XIX&lt;sup&gt;&#232;me&lt;/sup&gt; et au d&#233;but du XX&lt;sup&gt;&#232;me&lt;/sup&gt; si&#232;cle, correspondait &#224; l'anthropologie sociale des Britanniques et culturelle des Am&#233;ricains. De l'autre, les auteures d&#233;finissent l'ethnologie comme l'&#233;tude d'une seule &#171; ethnie &#187;, tandis que l'anthropologie d&#233;signerait &#171; une certaine maturit&#233; du travail de l'ethnologue &#187; (p. 5) par la comparaison &#224; l'&#233;chelle de l'Homme. L'existence contemporaine d'une confusion entre ces termes dans la tradition fran&#231;aise m&#233;rite d'&#234;tre questionn&#233;e ici. La volont&#233; des auteures de montrer ce qui est propre &#224; l'ethnologie laisse entrevoir que la distinction est encore d'actualit&#233; pour elles. Tout au long de l'ouvrage, il semblerait que m&#234;me si elles reconnaissent l'impossibilit&#233; de dissocier le savoir ethnologique de l'anthropologique, elles distinguent ces deux termes et leurs &#233;chelles d'analyse respectives. Cette approche semble reposer en partie sur l'&#233;tymologie des mots : l'ethnologie est la science des ethnies, m&#234;me si les auteures pr&#233;f&#232;rent aujourd'hui parler de &#171; cultures &#187; (p. 42) ou de &#171; soci&#233;t&#233;s &#187; (p. 125), et l'anthropologie est la science de l'Homme, en gardant ainsi une ambition comparative &#224; l'&#233;chelle des soci&#233;t&#233;s humaines. Cet usage tranche avec celui d'autres manuels, tel l'ouvrage d'Aug&#233; et Colleyn (&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/backend.php3?id_rubrique=32#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' AUGE Marc et COLLEYN Jean-Paul, 2004. L'anthropologie. Paris, PUF (collection Que sais-je ?).')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2004&lt;/a&gt;) o&#249;, d&#232;s le premier chapitre, les deux termes sont accept&#233;s en tant que synonymes, dans la continuit&#233; de la position adopt&#233;e par L&#233;vi-Strauss consistant &#224; privil&#233;gier le terme d'anthropologie. La confusion qui pourrait selon Aug&#233; et Colleyn subsister de nos jours r&#233;side dans l'usage du terme &#171; anthropologie &#187; tout court dans les pays anglo-saxons. Tout au plus, ils soulignent que le terme ethnologie, ayant renonc&#233; &#224; la coupure &#171; primitiviste &#187;, est parfois con&#231;u et employ&#233; pour se r&#233;f&#233;rer aux &#233;tudes th&#233;oriques fond&#233;es sur une enqu&#234;te &#224; petite &#233;chelle au sein du monde dit &#171; moderne &#187;.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;
L'ouvrage est structur&#233; en quatre chapitres. Les deux premiers se focalisent sur deux &#233;poques cl&#233;s de l'ethnologie : la naissance de la discipline et sa progressive structuration (chapitre 1) et la profonde remise en question qui l'a touch&#233; lors des changements et transformations rapides des ann&#233;es cinquante (chapitre 2). Dans les deux chapitres suivants, les auteures d&#233;veloppent des questions centrales de l'ethnologie de mani&#232;re transversale : des exemples de d&#233;bats cl&#233; et d'objets d'&#233;tude (chapitre 3) et la question de son r&#244;le au sein de la soci&#233;t&#233; (chapitre 4).&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;
Dans le premier chapitre, les auteures s'int&#233;ressent aux contextes historiques, politiques et scientifiques au sein desquels l'ethnologie &#233;merge et se structure progressivement comme savoir scientifique. Ce chapitre est extr&#234;mement dense : d&#232;s l'&#233;poque des grandes exp&#233;ditions du XV&lt;sup&gt;&#232;me&lt;/sup&gt; o&#249; les notions d'alt&#233;rit&#233; et de diversit&#233; sont au c&#339;ur du questionnement de la soci&#233;t&#233;, en passant par des postures philosophiques (illuminisme, positivisme, etc.), litt&#233;raires (i.e. r&#233;alisme) et scientifiques (positivisme, d&#233;terminisme, etc.) qui ont influenc&#233; la mani&#232;re de faire de l'ethnologie, jusqu'aux principaux paradigmes de la fin du XIX&lt;sup&gt;&#232;me&lt;/sup&gt; et de la premi&#232;re moiti&#233; du XX&lt;sup&gt;&#232;me&lt;/sup&gt; si&#232;cle. En cela fid&#232;le aux intentions des auteures, ce chapitre montre clairement comment le projet ethnologique, ses m&#233;thodes et ses formes d'&#233;criture n'ont pas cess&#233; d'&#233;voluer. La naissance et la structuration de l'ethnologie y appara&#238;t indissociable de la situation politique des pays et de l'&#233;poque (colonisation, racisme, etc.), de la mani&#232;re de penser le monde et l'Homme au cours d'une &#233;poque pr&#233;cise (Renaissance, &#233;poques des Lumi&#232;res, etc.) et des paradigmes dominants au sein m&#234;me de la discipline (&#233;volutionnisme, fonctionnalisme, structuralisme, etc.). Les auteures soulignent comment l'on est pass&#233; de la volont&#233; de d&#233;couvrir et conna&#238;tre le monde et l'esp&#232;ce humaine &#224; celle de comprendre ses manifestations plurielles pour justifier la domination et le progr&#232;s ou de les d&#233;voiler pour d&#233;chiffrer les principes r&#233;gulateurs des soci&#233;t&#233;s. Ces d&#233;placements d'enjeux se sont accompagn&#233;s d'innovations m&#233;thodologiques dans diff&#233;rents domaines : la division entre le travail de l'observateur et celui de l'ethnologue ; le perfectionnement d'une &#171; science de l'observation &#187; qui imposait une distance entre l'observateur et l'observ&#233; ; la naissance de l'ethnographie &#8212; attribu&#233;e &#224; Franz Boas et Bronislaw Malinowski &#8212; concentr&#233;e autour des notions de &#171; terrain &#187; et d'&#171; observation participante &#187;.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;
Dans le deuxi&#232;me chapitre, les auteures traitent les questions relatives &#224; la profonde remise en question qui a touch&#233; l'ethnologie &#224; partir des ann&#233;es cinquante suite aux transformations rapides du XX&lt;sup&gt;&#232;me&lt;/sup&gt; si&#232;cle, tels que l'intensification des liens et des &#233;changes entre cultures et le changement d'&#233;chelle consid&#233;rable de l'ethnologie. Elles soulignent que dans le projet ethno-anthropologique dont l'objectif est de trouver l'unit&#233; de l'Homme et la diversit&#233; des cultures, la question qui devenait centrale &#224; cette &#233;poque &#233;tait : comment penser les diff&#233;rences lorsque que celles-ci semblent s'att&#233;nuer en raison de la globalisation ? Si certains auteurs craignaient la disparition de leur objet d'&#233;tude en raison d'une uniformisation de la culture mondiale (i.e. L&#233;vi-Strauss), d'autres repensent la place de l'histoire et des contacts culturels dans leurs travaux, observent les espaces urbains comme &#233;tant des &#171; vitrines du monde et de ses dynamiques &#187; (p. 49) (i.e. &#201;cole de Chicago), commencent &#224; &#233;tudier les effets de la globalisation au niveau local (i.e. Georges Balandier, &#201;cole de Manchester ou plus r&#233;cemment Arjun Appadurai) ou encore s'int&#233;ressent aux syst&#232;mes mondiaux m&#234;mes (i.e. La&#235;titia Atlani). Les soci&#233;t&#233;s &#171; exotiques &#187; ne seront plus pens&#233;es comme des soci&#233;t&#233;s fig&#233;es et la culture ne sera plus d&#233;finie comme quelque chose de stable et d'immuable, mais perm&#233;able et dynamique. Les concepts de &#171; m&#233;tissage &#187; et de &#171; soci&#233;t&#233;s hybrides &#187; deviennent d&#232;s lors cruciaux, l'ethnologie se r&#233;affirmant alors comme l'&#233;tude des dynamiques &#224; l'&#339;uvre dans les changements sociaux. Face au processus de d&#233;colonisation et &#224; la naissance de mouvements nationalistes, l'ethnologie, en particulier am&#233;ricaine, remet profond&#233;ment en question la pertinence de la production scientifique &#224; pr&#233;tention universaliste qui la caract&#233;risait jusqu'alors, ainsi que le langage et l'&#233;criture ethnologiques (questionnement sur la l&#233;gitimit&#233; de l'ethnologue de parler des autres, d&#233;construction d'un certain nombre de cat&#233;gories, relativisation de l'objectivit&#233; et de l'autorit&#233; de l'ethnologie, etc.).&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;
Dans le troisi&#232;me chapitre, les auteures montrent quelques exemples d'axes de connaissances autour desquels le savoir ethnologique s'est organis&#233;, mais aussi morcel&#233; et sp&#233;cialis&#233;. En segmentant le travail ethnologique, elles essayent de montrer comment les ethnologues ont cherch&#233; &#224; appr&#233;hender la r&#233;alit&#233;. D'abord, elles consid&#232;rent des exemples de la diversit&#233; des r&#233;ponses apport&#233;es &#224; des questions centrales de la discipline (i.e. le &#171; faire soci&#233;t&#233; &#187; ou la dichotomie nature/culture) selon des paradigmes dominants (le culturalisme, l'anthropologie cognitive et l'ethnoscience) et selon des objets de recherche privil&#233;gi&#233;s (le don, la parent&#233; et le ph&#233;nom&#232;ne religieux). Ensuite, elles pr&#233;sentent des d&#233;coupages du savoir ethnologique qui se sont int&#233;ress&#233;s &#224; des formes d'expression sp&#233;cifiques des soci&#233;t&#233;s &#233;tudi&#233;es : les pratiques religieuses et syst&#232;mes religieux, et les objets qualifi&#233;s d'artistiques. Ce chapitre cherche donc &#224; mettre en lumi&#232;re comment les mani&#232;res d'aborder des questions ethnologiques se transforment au fil du temps en fonction des effets de modes et de g&#233;n&#233;ration ; et comment les r&#233;ponses varient en fonction des &#233;poques et des paradigmes dominants, ainsi que l'&#233;volution existante au sein d'une sp&#233;cialisation.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;
Le quatri&#232;me chapitre interroge la place de l'ethnologie au sein de la soci&#233;t&#233;, questionnement qui a &#233;t&#233; particuli&#232;rement mis en avant &#224; partir des travaux d'anthropologie appliqu&#233;e ou du d&#233;veloppement. Quelles comp&#233;tences d&#233;tiennent les ethnologues ? Quelles sont leurs applications ? Quelles questions &#233;tiques sont en jeu lorsque les ethnologues s'engagent activement sur le terrain ? &#192; quelles difficult&#233;s les ethnologues sont confront&#233;s lors des interactions avec les acteurs qu'ils rencontrent aux diff&#233;rentes &#233;tapes de leur activit&#233; scientifique (informateurs, &#201;tats ou institutions auxquelles les informations s'adressent) ? M&#234;me si les ethnologues ont toujours &#233;t&#233; port&#233;s &#224; s'interroger sur leurs pratiques et sur les relations qu'ils entretiennent avec le monde social et politique, ces questions concernant leur r&#244;le, engagement et responsabilit&#233; au sein de la soci&#233;t&#233; se sont impos&#233;es diff&#233;remment selon les paradigmes dominants, engendrant ainsi de nombreux d&#233;bats. Si, progressivement, des codes d&#233;ontologiques ont &#233;t&#233; propos&#233;s afin d'&#233;viter certaines controverses, ces questions sont bien loin d'&#234;tre r&#233;solues. &lt;br /&gt; &lt;br /&gt;
Ainsi cet ouvrage expose comment l'ethnologie s'est transform&#233;e au cours de son histoire tout en gardant une ambition qui, selon les auteures, lui est propre : conna&#238;tre et rendre compte des soci&#233;t&#233;s dans leur diversit&#233;. Ces transformations ont eu lieu en fonction des contextes politico-&#233;conomiques et socioculturels, ainsi qu'en fonction des paradigmes dominants et des axes de recherche privil&#233;gi&#233;s &#224; une &#233;poque et dans diff&#233;rents pays. Si pour certains aspects nous pourrions parler d'une &#233;volution de la discipline gr&#226;ce &#224; une r&#233;flexion sur ses pratiques et ses outils th&#233;oriques, ce qui laisserait donc entendre l'id&#233;e de progr&#232;s ; pour d'autres, il n'est que question de mode et de jeux de pouvoir au sein du monde acad&#233;mique et politique.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;
Nul doute que l'ethnologie a beaucoup &#224; apporter &#224; l'&#233;tude des soci&#233;t&#233;s contemporaines comme les auteures tiennent &#224; le faire remarquer dans leurs conclusions. Cependant, nous pourrions nous demander dans quelle mesure faut-il pour cela d&#233;fendre le caract&#232;re sp&#233;cifique du savoir ethnologique, au regard de l'anthropologie ou de la sociologie qualitative. Ceci alors que la tendance &#224; l'interdisciplinarit&#233; facilite les collaborations entre ces domaines et que la diffusion de formations en sciences sociales au sens large permet un v&#233;ritable &#233;change de m&#233;thodes et de connaissances. En particulier, nous pourrions nous interroger sur l'absence de l'histoire dans leurs discussions, pourtant souvent mobilis&#233;e par les ethnologues. Les auteures traitent de l'ethnologie des ann&#233;es cinquante o&#249; la dimension dynamique des soci&#233;t&#233;s &#233;tudi&#233;es devient centrale. Mais comment l'histoire de ces soci&#233;t&#233;s est-elle prise en compte par les ethnologues ? Comment capturer la profondeur historique de ces soci&#233;t&#233;s sans recourir &#224; des sources autres que celles que l'on pourrait observer dans le pr&#233;sent ?&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;
Ainsi, bien que l'ouvrage soit clair et concis &#8212; un difficile exercice de synth&#232;se &#8212; et pr&#233;sente plusieurs pistes de r&#233;flexion tout au long de la lecture, il laisse parfois les lecteurs un peu perdus face aux grands nombres d'informations donn&#233;es sans qu'apparaisse clairement l'intention initiale des auteures d'offrir un regard critique sur l'ethnologie.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;AUGE Marc, 2003 (1994). &lt;i&gt;Pour une anthropologie des mondes contemporaines&lt;/i&gt;. France, Flammarion.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;
AUGE Marc et COLLEYN Jean-Paul, 2004. &lt;i&gt;L'anthropologie&lt;/i&gt;. Paris, PUF (collection &lt;i&gt;Que sais-je ?&lt;/i&gt;).&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;
COPANS Jean, 2005 (1996). &lt;i&gt;Introduction &#224; l'ethnologie et &#224; l'anthropologie&lt;/i&gt;. Paris, Armand Colin (collection &lt;i&gt;Sciences sociales 128&lt;/i&gt;).&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;
LAPLANTINE Fran&#231;ois, 2001 (1987). &lt;i&gt;L'anthropologie&lt;/i&gt;. Paris, Payot.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;
RIVIERE Claude, 1995. &lt;i&gt;Introduction &#224; l'anthropologie&lt;/i&gt;. Paris, Hachette.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>CEFA&#207; Daniel (dir.), 2010. L'engagement ethnographique</title>
		<link>http://www.ethnographiques.org/2011/Tremon</link>
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		<dc:date>2011-06-13T09:08:34Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Tr&#233;mon_Anne-Christine</dc:creator>


		<dc:subject>CompteRenduOuvrage</dc:subject>

		<description>Cet ouvrage est un recueil de textes rassembl&#233;s, pr&#233;sent&#233;s et comment&#233;s, sous la direction de Daniel Cefa&#239;, par Paul Costey, Edouard Gardella, Carole Gayet-Viaud, Philippe Gonzalez, Erwan Le M&#233;ner et C&#233;dric Terzi. Traduits de l'anglais, chaque texte est pr&#233;c&#233;d&#233; d'une pr&#233;sentation qui le resitue dans le parcours de l'auteur (ou qui en retrace la gen&#232;se dans le cas du dernier consacr&#233; au code &#233;thique de l'American Sociological Association), en r&#233;sume les points forts, (...)

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&lt;a href="http://www.ethnographiques.org/Comptes-rendus-d-ouvrages" rel="directory"&gt;101. Comptes rendus d'ouvrages&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.ethnographiques.org/CompteRenduOuvrage" rel="tag"&gt;CompteRenduOuvrage&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class='spip_document_6523 spip_documents spip_documents_left' style='float:left; width:133px;' &gt;
&lt;img src='http://www.ethnographiques.org/local/cache-vignettes/L133xH200/Couv_Cefai2-558f6.jpg' width='133' height='200' alt=&quot;&quot; style='height:200px;width:133px;' /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;&lt;br&gt;Cet ouvrage est un recueil de textes rassembl&#233;s, pr&#233;sent&#233;s et comment&#233;s, sous la direction de Daniel Cefa&#239;, par Paul Costey, Edouard Gardella, Carole Gayet-Viaud, Philippe Gonzalez, Erwan Le M&#233;ner et C&#233;dric Terzi. Traduits de l'anglais, chaque texte est pr&#233;c&#233;d&#233; d'une pr&#233;sentation qui le resitue dans le parcours de l'auteur (ou qui en retrace la gen&#232;se dans le cas du dernier consacr&#233; au code &#233;thique de l'&lt;i&gt;American Sociological Association&lt;/i&gt;), en r&#233;sume les points forts, en souligne les faiblesses et expose les d&#233;bats qu'il a d&#233;clench&#233;s. &lt;br&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il regroupe les textes suivants :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://www.ethnographiques.org/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; &#171; Du comment au pourquoi. Description lumineuse et inf&#233;rence causale en ethnographie &#187;, traduction de : KATZ Jack, 2001 et 2002. &#171; From How to Why : Luminous Description and Causal Inference in Ethnography &#187;, &lt;i&gt;Ethnography&lt;/i&gt;, 2/4 : 443-473 et 3/1 : 63-90.
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://www.ethnographiques.org/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; &#171; Prendre des notes de terrain. Rendre compte des significations des membres &#187;, traduction de : EMERSON Robert M., FRETZ Rachel I. &amp; SHAW Linda L., 1995. &#171; Pursuing Members' Meanings &#187;, &lt;i&gt;Writing Ethnographic Fieldnotes&lt;/i&gt;. Chicago, University of Chicago Press, chap.5 : 108-141.
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://www.ethnographiques.org/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; &#171; Dire le code du d&#233;tenu. Enqu&#234;ter sur l'organisation normative d'une institution carc&#233;rale &#187;, traduction de : WIEDER D. Lawrence, 1974. &#171; Telling the Convict Code &#187;, &lt;i&gt;Language and Social reality&lt;/i&gt;, La Haye, Mouton, extraits.
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://www.ethnographiques.org/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; &#171; Une ontologie pour l'analyse ethnographique des processus sociaux. &#201;largir l'&#233;tude de cas &#233;largie &#187;, traduction de : GLAESER Andreas, 2006. &#171; An ontology for the Ethnographic Analysis of Social Processes : Extending the Extended Case Method &#187;, &lt;i&gt;in&lt;/i&gt; T.M. EVENS &amp; D. HANDLEMAN (dir.). &lt;i&gt;The Manchester School : Practice and Ethnographic Praxis in Anthropology&lt;/i&gt;. New York et Oxford, Berghahn Books : 64-93.
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://www.ethnographiques.org/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; &#171; Revisiter les terrains. Esquisse d'une ethnographie r&#233;flexive &#187;, traduction de : BURAWOY Michael, 2003. &#171; Revisits : A Turn to Reflexive Anthropology &#187;, &lt;i&gt;American Sociological Review&lt;/i&gt;, 68 : 645-679.
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://www.ethnographiques.org/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; &#171; L'ethnographie du/dans le syst&#232;me-monde. Ethnographie multi-situ&#233;e et processus de globalisation &#187;, traduction de : MARCUS George E., 1995. &#171; Ethnography In/Of the World System : The Emergence of Multisited Ethnography &#187;, &lt;i&gt;Annual Review of Anthropology&lt;/i&gt;, 24 : 95-117.
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://www.ethnographiques.org/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; &#171; &#201;crire contre la culture. R&#233;flexions &#224; partir d'une anthropologie de l'entre-deux &#187;, traduction de : ABU-LUGHOD Lila, 1991. &#171; Writing Against Culture &#187;, &lt;i&gt;in&lt;/i&gt; R. FOX (dir.). &lt;i&gt;Recapturing Anthropology : Working in the Present&lt;/i&gt;. Santa Fe, School of American Research Press : 137-162.
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://www.ethnographiques.org/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; &#171; De l'ethnographie &#224; l'engagement. Les limites du t&#233;moignage pour les sans-abri &#187;, traduction de : HOPPER Kim J., 2003. &#171; Limits to Witnessing : From Ethnography to Engagement &#187;, &lt;i&gt;Reckoning with Homelessness : An Anthropological Perspective&lt;/i&gt;. Ithaca, Cornell university Press : chap. 8.
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://www.ethnographiques.org/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; &#171; Code d'&#233;thique. Principes et procedures &#187;, traduction de : AMERICAN SOCIOLOGICAL ASSOCIATION, 1997. &#171; Code of Ethics and Policies and Procedures of the ASA Committee on Professional Ethics &#187;, juin 1997.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'ouvrage est construit suivant un &#171; parti de &lt;i&gt;pluralisme ethnographique, th&#233;orique et politique&lt;/i&gt; &#187; (note n&#176;8, p. 12). Il ne s'en d&#233;gage pas moins une orientation nette, puisque, s'il se veut un plaidoyer pour l'ethnographie en g&#233;n&#233;ral, il s'agit plus particuli&#232;rement d'une ethnographie comme &#171; engagement pragmatique &#187;. Selon Daniel Cefa&#239;, cet engagement soutient les trois moments de la d&#233;marche &#171; en spirale &#187; qu'est toute enqu&#234;te : sur le terrain, au cours des op&#233;rations d'observation et d'enregistrement men&#233;es par l'ethnographe ; sur le site, dont le choix est ins&#233;parable du questionnement qui guide l'enqu&#234;te ; dans la cit&#233;, lors de la publication, la restitution et la transmission des r&#233;sultats aupr&#232;s de divers publics. Le livre est divis&#233; en trois parties dont chacune explore une dimension de cet engagement, &#224; travers une s&#233;rie de textes qui, s'ils ne s'inscrivent pas tous dans la m&#234;me approche, et font pour certains l'objet de pr&#233;sentations tr&#232;s critiques, viennent &#224; l'appui de la conception de l'ethnographie d&#233;fendue par Daniel Cefa&#239; dans sa synth&#232;se finale.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je partirai de cette postface &#224; l'ouvrage en montrant comment les textes s&#233;lectionn&#233;s interviennent dans la formulation d'une ethnographie comme &#171; engagement pragmatique &#187;. Daniel Cefa&#239; y reprend &#224; Paul Ricoeur sa configuration du r&#233;cit historique pour d&#233;crire l'articulation des diff&#233;rents moments de la production ethnographique, &lt;i&gt;mim&#232;sis&lt;/i&gt; 1, 2 et 3 (p. 548). Cet emprunt lui permet de d&#233;velopper les trois temps d'une d&#233;marche qui entend se situer par-del&#224; le postmodernisme textualiste et le r&#233;alisme positiviste.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La dimension textuelle de l'ethnographie n'est pas refus&#233;e, mais abord&#233;e selon un mode pragmatique. Elle est n&#233;cessairement pr&#233;sente dans la mesure o&#249; le texte ethnographique s'appuie sur les r&#233;cits des acteurs (&lt;i&gt;mim&#232;sis 1&lt;/i&gt;). Or ceux-ci sont des comptes-rendus d'actions et d'&#233;v&#233;nements, sur lesquels le texte ethnographique est &lt;i&gt;index&#233;&lt;/i&gt;. Celui-ci n'est donc pas, n'en d&#233;plaise aux auteurs de &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/backend.php3?id_rubrique=32#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' MARCUS George E., 1986. &#171; Contemporary Problems of Ethnography in the Modern World System &#187;, in George E. Marcus, James Clifford. Writing Culture : The poetics and politics of ethnography. University of California Press : 262-294.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;Writing culture&lt;/a&gt;&lt;i&gt;,&lt;/i&gt; une pure fiction litt&#233;raire. Cet argument est d&#233;fendu dans le texte de Jack Katz, qui &#233;num&#232;re les crit&#232;res d'appr&#233;ciation couramment utilis&#233;s pour juger de la qualit&#233; d'une ethnographie. Cette &#171; culture de l'&#233;valuation &#187; (p. 43), s'inscrit en faux contre l'id&#233;e qu'elle ne serait qu'une simple rh&#233;torique textuelle. Au contraire, une bonne ethnographie d&#233;bouche sur l'explication. En outre, la perspective pragmatique va &#224; l'encontre de l'id&#233;e geertzienne que les cultures se donnent comme des textes &#224; d&#233;chiffrer. Elle cherche &#224; recueillir les perspectives des acteurs telles qu'elles s'expriment en situation, plut&#244;t que de lire les situations comme des textes. Cet argument ethnom&#233;thodologique appara&#238;t tr&#232;s clairement dans l'article de Lawrence Wieder, consacr&#233; au &#171; code &#187; des d&#233;tenus dans une institution de prisonniers en libert&#233; conditionnelle. Ce n'est qu'apr&#232;s avoir effectu&#233; l'analyse formelle de celui-ci, appr&#233;hend&#233; comme une ressource explicative des conduites des d&#233;tenus, que Wieder proc&#232;de &#224; une &#171; resp&#233;cification &#187; de cette explication, en en d&#233;voilant les conditions de possibilit&#233;. Pour cela, il effectue une description de l'usage pratique qui est fait du code par les d&#233;tenus et le personnel de l'&#233;tablissement pour d&#233;finir et expliquer les comportements des uns et des autres. Ainsi, poursuit Daniel Cefa&#239;, l'ethnographe restitue les mondes communs dans lequel il est projet&#233;, qui le pr&#233;c&#232;dent et subsistent apr&#232;s son d&#233;part, et qui &#171; incorporent d&#233;j&#224; leur propre intelligibilit&#233; &#187; (p. 562). Il s'ensuit qu'&#171; une des maximes les plus &#233;l&#233;mentaires de l'ethnographe est de s'oublier &#187; (p. 563). Cette formulation me para&#238;t excessive ; je lui pr&#233;f&#232;rerais la notion d'engagement au sens de Goffman (&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/backend.php3?id_rubrique=32#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' GOFFMAN Erving, 1974. Les Rites d'interaction. Paris, &#233;ditions de Minuit.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;1974 : 124&lt;/a&gt;), comme une sorte de dessaisissement volontaire de la situation. Cette d&#233;finition, avec la part de ma&#238;trise qu'elle maintient, et de r&#233;flexivit&#233; qu'elle favorise, me para&#238;t pr&#233;f&#233;rable &#224; la notion d'oubli de soi.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est en suivant des histoires qui se font, des intrigues, des drames sociaux, que se d&#233;ploie l'enqu&#234;te et que se r&#233;dige le texte ethnographique (&lt;i&gt;mim&#232;sis 2&lt;/i&gt;). L'ethnographie pragmatique refuse l'opposition entre descriptions subjectives et actions objectives, et cherche &#224; ressaisir &#171; la dimension incarn&#233;e, pratique et situ&#233;e des activit&#233;s en train de se faire &#187; (p. 577). Cette perspective vaut &#233;galement lorsqu'il s'agit de resituer l'objet de l'enqu&#234;te dans des processus spatiaux et temporels plus larges. C'est celle, notamment, qui est d&#233;velopp&#233;e par George Marcus, dont le texte, consacr&#233; &#224; &#171; l'ethnographie du/dans le syst&#232;me monde &#187;, a fait la renomm&#233;e de la formule &#171; ethnographie multi-site &#187;. La pr&#233;sentation ne mentionne pas les inflexions les plus r&#233;centes que Marcus a donn&#233;es au &#171; multi-site &#187; en l'inscrivant dans le projet d'une &#171; Public Anthropology &#187;. Toutefois, elle souligne bien l'enjeu de l'essai au moment de sa parution, qui &#233;tait d'ancrer l'ethnographie dans le syst&#232;me-monde. Il s'agit d'envisager le site de l'enqu&#234;te non pas comme une &lt;i&gt;localit&#233;&lt;/i&gt; en communication avec un syst&#232;me global, mais comme une &lt;i&gt;localisation&lt;/i&gt; ethnographique permettant l'&#233;tude du syst&#232;me : une ethnographie &lt;i&gt;dans&lt;/i&gt; le syst&#232;me-monde mais aussi &lt;i&gt;du&lt;/i&gt; syst&#232;me-monde. Pour cela, Marcus sugg&#232;re de &#171; litt&#233;ralement suivre &#187; (p. 373) la circulation des &#171; individus &#187;, &#171; objets &#187;, &#171; m&#233;taphores &#187;, &#171; intrigues &#187;, &#171; vies &#187;, &#171; conflits &#187; entre plusieurs sites. Reconnaissant que l'accomplissement d'une telle enqu&#234;te se heurte &#224; des difficult&#233;s pratiques, Marcus sugg&#232;re une alternative, une ethnographie uni-site &#171; strat&#233;giquement situ&#233;e &#187;. Il s'agit d'int&#233;grer &#224; l'analyse d'autres sites qui donnent sens &#224; ce qui se produit sur celui de l'observation, afin de saisir le syst&#232;me global tel qu'il est v&#233;cu localement. Cette seconde option appara&#238;t plus consistante que la premi&#232;re, &#224; laquelle manque, ainsi que le rel&#232;ve la pr&#233;sentation, une explicitation du choix et de la circonscription des sites et de la m&#233;thode par laquelle l'ethnographe connecte les sites entre eux. Le choix de placer en suivant un texte de Michael Burawoy para&#238;t alors d'autant plus judicieux que cela favorise une lecture comparative des avantages et inconv&#233;nients de chacune de ces approches. Burawoy maintient une dualit&#233; entre des &#171; processus internes &#187; au terrain et des &#171; forces externes &#187; (dont il reconna&#238;t lui-m&#234;me qu'il tend, de ce fait, &#224; les r&#233;ifier) que Marcus se propose d'&#233;liminer. En revanche, il accorde davantage d'attention &#224; l'historicit&#233; de l'enqu&#234;te de terrain, en insistant sur ce qu'il appelle les &#171; revisites &#187; (&lt;i&gt;revisits&lt;/i&gt;), ou les retours sur le terrain. Si la typologie complexe qu'il en dresse n'est pas d'un tr&#232;s grand int&#233;r&#234;t, il souligne que toutes participent d'une forme de &#171; revisite globale &#187;, c'est-&#224;-dire de l'analyse longitudinale des forces, connexions et imaginations qui participent des processus de mondialisation.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Enfin, le pragmatisme ethnographique consiste &#224; prendre acte de la circulation hors de l'acad&#233;mie des textes ethnographiques, &lt;i&gt;mim&#232;sis 3&lt;/i&gt; (p. 589). Il s'agit ici de l'engagement de l'ethnographe dans la cit&#233;. L&#224; encore, les deux premiers textes sont tr&#232;s int&#233;ressants &#224; lire au regard l'un de l'autre. Celui de Lila Abu-Lughod a &#233;t&#233; retenu dans la mesure o&#249; elle se situe dans les courants postcolonial, subalterne, et f&#233;ministe, tout en pointant les travers et les apories que sont &#171; l'orientalisme invers&#233; &#187; ou le &#171; f&#233;minisme culturel &#187;. Ces prises de position sont assorties d'une conception de l'ethnographie comme &#171; ethnographie du particulier &#187; qui doit permettre de lutter contre la rel&#233;gation dans l'alt&#233;rit&#233;, en pla&#231;ant au premier plan les individus et leurs vies singuli&#232;res. Les limites d'une telle approche sont soulign&#233;es dans la pr&#233;sentation. Abu-Lughod voit dans le concept de culture l'instrument de l'enfermement de l'Autre dans une totalit&#233; ; mais &#171; &#233;crire contre la culture &#187; revient &#233;galement &#224; rejeter cette notion comme un ensemble partag&#233; de pratiques dot&#233;es de sens. Or, comme le remarquent les pr&#233;sentateurs, si &#171; l'ethnographie du particulier &#187; peut lutter contre la rel&#233;gation dans l'alt&#233;rit&#233;, c'est aussi parce qu'elle d&#233;voile comment &#171; les r&#232;gles, structures et institutions se constituent au fil des activit&#233;s et des exp&#233;riences les plus ordinaires &#187; (p. 410). Sans cela, elle risque de s'enfermer dans le registre du seul t&#233;moignage. C'est pr&#233;cis&#233;ment contre la r&#233;duction de l'entreprise ethnographique &#224; la mise en valeur de &#171; tranches de vie &#187; que s'insurge Kim J. Hopper dans le texte suivant. Anthropologue, expert et militant de la cause des sans-abri, il enjoint les ethnographes de cesser la course &#224; la confection de comptes-rendus toujours plus minutieux de tranches de vie pittoresques, pour se mettre &#224; produire des documents utiles en &#233;tendant leur enqu&#234;te &#171; &#224; l'ar&#232;ne des r&#233;formes d&#233;fendables &#187; (p. 482). Cette prise de position soutient celle qui est d&#233;velopp&#233;e dans la postface en faveur d'un pragmatisme ethnographique qui rend public les r&#233;sultats de son enqu&#234;te et ne se retranche pas dans l'acad&#233;mie au nom d'un savoir pour le savoir.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Textes &#224; l'appui, l'ouvrage est une d&#233;fense syst&#233;matique de l'ethnographie contre trois reproches qui lui sont souvent adress&#233;s : elle n'est pas une pure strat&#233;gie rh&#233;torique, elle est capable de transcender l'ici et le maintenant de l'enqu&#234;te, et elle ne se r&#233;sume pas au t&#233;moignage. Cet argumentaire s'appuie sur un positionnement &#233;pist&#233;mologique qui &#233;chappe au double &#233;cueil du textualisme et du positivisme. Ceci suppose de dissocier la description des op&#233;rations d'interpr&#233;tation et d'explication, contrairement &#224; ce que font l'un et l'autre. Or s'il est n&#233;cessaire de maintenir une autonomie de la description, l'ethnographie se r&#233;sume-t-elle pour autant &#224; celle-ci ? L'ouvrage en fait, &#224; plusieurs endroits, des synonymes. Il tend &#224; r&#233;duire l'ethnographie &#224; la seule d&#233;marche descriptive, et plus pr&#233;cis&#233;ment, &#224; la description d'encha&#238;nement d'actions. Ceci appara&#238;t notamment dans le texte d'Andreas Glaeser, l'un des plus stimulants (et le plus r&#233;cent) du recueil, et qui est r&#233;v&#233;lateur de l'orientation g&#233;n&#233;rale de l'ouvrage. Glaeser se r&#233;clame du &#171; tournant processuel &#187; op&#233;r&#233; par les anthropologues de l'&#233;cole de Manchester &#224; travers &#171; l'&#233;tude de cas &#233;largie &#187; (&lt;i&gt;extended case method&lt;/i&gt;) et les analyses de r&#233;seaux. Il estime n&#233;anmoins que leurs travaux n&#233;gligent le fait que les r&#233;seaux eux-m&#234;mes r&#233;sultent de processus constitu&#233;s de cha&#238;nes d'actions-r&#233;actions &#233;loign&#233;es dans le temps et l'espace. Comme Michael Burawoy (&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/backend.php3?id_rubrique=32#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' BURAWOY Michael, 2003. &#171; L'&#233;tude de cas &#233;largie. Une approche r&#233;flexive, historique et compar&#233;e de l'enqu&#234;te de terrain &#187;, in Daniel Cefa&#239; (dir.). L'enqu&#234;te de terrain. Paris, La D&#233;couverte, Collection &#171; Recherches &#187; : 425-464.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2003&lt;/a&gt;), il entend &#171; &#233;largir &#187; l'&#233;tude de cas &#233;largie, mais il le fait au moyen du concept d' &#171; articulation projective &#187; : il s'agit des techniques et processus interm&#233;diaires (notamment les m&#233;dias et nouvelles technologies de communication) permettant l'encha&#238;nement de s&#233;quences d'action-r&#233;action &#224; distance, au-del&#224; des relations de co-pr&#233;sence auxquelles les analyses des r&#233;seaux sont confin&#233;es. Cette d&#233;marche d'extension de l'&#233;tude de cas s'oppose &#224; ce que Glaeser appelle une &#171; ethnographie des agr&#233;gats &#187;. Cette remarque laisse entendre que la prise en compte des connexions au-del&#224; de la localit&#233; doit se faire au d&#233;triment d'une analyse de la morphologie sociale. Or l'ethnographe peut-il faire l'&#233;conomie d'une analyse des positions relatives dans l'espace social, et de la forme des entit&#233;s sociales auxquelles il a affaire &#8211; et que rien n'emp&#234;che d'envisager comme le produit, stabilis&#233; &#224; plus ou moins long terme, de cha&#238;nes d'interd&#233;pendance ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les &#233;tudes de cas de Fortes (&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/backend.php3?id_rubrique=32#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' FORTES Meyer, 1937. &#171; Communal Fishing and Fishing Magic in the Northern Territories of the Gold Coast &#187;, The Journal of the Royal Anthropological Institute, 67 : 131-142.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;1937&lt;/a&gt;) ou de Geertz (&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/backend.php3?id_rubrique=32#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' GEERTZ Clifford, 1957. &#171; Ritual and social change : A Javanese Example &#187;, American anthropologist, New Series, 59(1) : 32-54.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;1957&lt;/a&gt;), et celles, embl&#233;matiques de l'&#233;cole de Manchester, men&#233;es par Gluckman (&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/backend.php3?id_rubrique=32#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' GLUCKMAN Max, 2008 (1940). &#171; Analysis of a Social Situation in Modern Zululand &#187;, Gen&#232;ses, 2008/3, n&#176;72 : 119-155 (traduit par Y. Tholoniat). Texte original, Rhodes-Livingstone Paper n&#176;28, Manchester, Manchester University Press, 1940.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2008&lt;/a&gt;) ou Mitchell (&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/backend.php3?id_rubrique=32#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' MITCHELL J. Clyde, 1996. &#171; The Kalela Dance / La danse du kalela. Aspects des relations sociales chez les citadins africains en Rhod&#233;sie du Nord &#187;, Enqu&#234;te, 4 (&#171; La ville des sciences sociales &#187;), mis en ligne le 20 novembre 2008. URL : http://enquete.revues.org/document9... (consult&#233; le 19 janvier 2009).')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;1996&lt;/a&gt;), sont des exemples de ce que l'ethnographie peut faire de mieux lorsqu'elle s'attache &#224; d&#233;voiler des logiques d'ensemble &#224; partir de s&#233;quences d'actions minutieusement d&#233;taill&#233;es. Mais ces &#233;tudes de cas ne seraient pas ce qu'elles sont si elles n'avaient &#233;t&#233; assorties d'un travail de plus longue haleine, consistant &#224; rep&#233;rer la distribution des acteurs en pr&#233;sence, suivant leur statut, leur genre, leur &#226;ge, et &#224; caract&#233;riser les modes d'organisation socio-spatiale, par quartiers, maisonn&#233;es, lign&#233;es ; mais aussi &#224; enregistrer le calendrier ou la fr&#233;quence des &#233;v&#233;nements dont celui rapport&#233; par le cas n'est souvent qu'une occurrence, de mani&#232;re &#224; restituer ce qui en fait la singularit&#233; et lui conf&#232;re son pouvoir explicatif. Sur le terrain, l'ethnographe ne fait pas qu'assister &#224; des sc&#232;nes qu'il d&#233;crira dans ses publications. Il fait appel &#224; des proc&#233;d&#233;s de recension ou de production de donn&#233;es plus syst&#233;matis&#233;es, qui ne d&#233;bouchent pas in&#233;luctablement sur l'analyse statique d'un ordre fig&#233;. L'essentiel est d'&#233;viter, comme le soulignait Fortes, que les mat&#233;riaux recueillis en situation soient port&#233;s d'embl&#233;e au niveau d'abstraction requis pour la g&#233;n&#233;ralisation. Pour cela, il faut les replacer au c&#339;ur m&#234;me de l'investigation (&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/backend.php3?id_rubrique=32#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' FORTES Meyer, 1937. &#171; Communal Fishing and Fishing Magic in the Northern Territories of the Gold Coast &#187;, The Journal of the Royal Anthropological Institute, 67 : 131-142.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;1937 : 1314-132&lt;/a&gt;). De m&#234;me, l'entretien ethnographique ou le r&#233;cit de vie permettent, en faisant surgir des mat&#233;riaux relatifs &#224; des cha&#238;nes d'action dont l'inscription temporelle est plus longue, d'&#233;tendre l'&#233;tude de cas (Mitchell, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/backend.php3?id_rubrique=32#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' MITCHELL J. Clyde, 1983 (1956). &#171; Case and situation analysis &#187;, Sociological Review, 31 : 187-211.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;1983&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'assimilation de l'ethnographie &#224; la seule description d'encha&#238;nement d'actions revient au final &#224; traiter uniquement de la mise par &#233;crit des r&#233;sultats de l'enqu&#234;te et &#224; omettre tout l'&#233;ventail d'op&#233;rations et de modes de recueil des donn&#233;es mobilis&#233;s sur le terrain. Il ne faut donc pas lire &lt;i&gt;l'engagement&lt;/i&gt; comme un manuel d'ethnographie. En revanche, cet ouvrage pourra nourrir la r&#233;flexion de ceux qui pratiquent l'enqu&#234;te ethnographique, et convaincre les sceptiques de sa capacit&#233; &#224; reformuler des questions anciennes et &#224; faire &#233;merger des probl&#233;matiques nouvelles. Il faut saluer le travail de traduction et de pr&#233;sentation men&#233; par l'&#233;quipe, qui rend ainsi accessible aux lecteurs francophones des textes de r&#233;f&#233;rence.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;BURAWOY Michael, 2003. &#171; L'&#233;tude de cas &#233;largie.
Une approche r&#233;flexive, historique et compar&#233;e de
l'enqu&#234;te de terrain &#187;, &lt;i&gt;in&lt;/i&gt; Daniel Cefa&#239; (dir.).
&lt;i&gt;L'enqu&#234;te de terrain&lt;/i&gt;. Paris, La D&#233;couverte, Collection &#171; Recherches &#187; : 425-464.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;FORTES Meyer, 1937. &#171; Communal Fishing and Fishing Magic in the Northern Territories of the Gold Coast &#187;, &lt;i&gt;The Journal of the Royal Anthropological Institute&lt;/i&gt;, 67 : 131-142.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;
GEERTZ Clifford, 1957. &#171; Ritual and social change : A Javanese Example &#187;, &lt;i&gt;American anthropologist&lt;/i&gt;, New Series, 59(1) : 32-54.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;
GLUCKMAN Max, 2008 (1940). &#171; Analysis of a Social Situation in Modern Zululand &#187;, &lt;i&gt;Gen&#232;ses&lt;/i&gt;, 2008/3, n&#176;72 : 119-155 (traduit par Y. Tholoniat). Texte original, Rhodes-Livingstone Paper n&#176;28, Manchester, Manchester University Press, 1940.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;
GOFFMAN Erving, 1974. &lt;i&gt;Les Rites d'interaction&lt;/i&gt;. Paris, &#233;ditions de Minuit.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;
MARCUS George E., 1986. &#171; Contemporary Problems of Ethnography in the Modern World System &#187;, &lt;i&gt;in&lt;/i&gt; George E. Marcus, James Clifford. &lt;i&gt;Writing Culture : The poetics and politics of ethnography&lt;/i&gt;. University of California Press : 262-294.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;
MITCHELL J. Clyde, 1996. &#171; The Kalela Dance / La danse du kalela. Aspects des relations sociales chez les citadins africains en Rhod&#233;sie du Nord &#187;, Enqu&#234;te, 4 (&#171; La ville des sciences sociales &#187;), mis en ligne le 20 novembre 2008. URL : &lt;a href='http://enquete.revues.org/document933.html' class='spip_out'&gt;http://enquete.revues.org/document933.html&lt;/a&gt; (consult&#233; le 19 janvier 2009).&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;
MITCHELL J. Clyde, 1983 (1956). &#171; Case and situation analysis &#187;, &lt;i&gt;Sociological Review&lt;/i&gt;, 31 : 187-211.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>BEAUBRUN P. Mimerose, 2010. Nan d&#242;mi, le r&#233;cit d'une initiation vodou</title>
		<link>http://www.ethnographiques.org/2011/Munier</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.ethnographiques.org/2011/Munier</guid>
		<dc:date>2011-06-13T09:08:31Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Munier_Hadrien</dc:creator>


		<dc:subject>CompteRenduOuvrage</dc:subject>

		<description>Dans cet ouvrage, Mimerose P. Beaubrun tente de partager avec le lecteur &#171; une pratique du vodou priv&#233;e, mystique, int&#233;rieure &#187; (pr&#233;face, p.30). Sa rencontre avec le culte ha&#239;tien eut lieu lors de recherches ethnologiques sur les lakou, sortes de communaut&#233;s rurales (p.31). Ce livre n'est cependant pas une analyse anthropologique du vodou mais le r&#233;cit d'un apprentissage personnel, m&#234;me s'il est pourtant tr&#232;s souvent fait r&#233;f&#233;rence au contexte d'&#233;tude qui fut &#224; (...)

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&lt;a href="http://www.ethnographiques.org/Comptes-rendus-d-ouvrages" rel="directory"&gt;101. Comptes rendus d'ouvrages&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.ethnographiques.org/CompteRenduOuvrage" rel="tag"&gt;CompteRenduOuvrage&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class='spip_document_6521 spip_documents spip_documents_left' style='float:left; width:200px;' &gt;
&lt;img src='http://www.ethnographiques.org/local/cache-vignettes/L200xH307/Couv.Beaubrun_mini-7f967.jpg' width='200' height='307' alt=&quot;&quot; style='height:307px;width:200px;' /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;&lt;br&gt;Dans cet ouvrage, Mimerose P. Beaubrun tente de partager avec le lecteur &#171; une pratique du vodou priv&#233;e, mystique, int&#233;rieure &#187; (pr&#233;face, p.30). Sa rencontre avec le culte ha&#239;tien eut lieu lors de recherches ethnologiques sur les &lt;i&gt;lakou&lt;/i&gt;, sortes de communaut&#233;s rurales (p.31). Ce livre n'est cependant pas une analyse anthropologique du vodou mais le r&#233;cit d'un apprentissage personnel, m&#234;me s'il est pourtant tr&#232;s souvent fait r&#233;f&#233;rence au contexte d'&#233;tude qui fut &#224; l'origine de cette exp&#233;rience. Ainsi, la recherche d'informations sur la pratique du vodou propre &#224; l'anthropologie tend &#224; se confondre avec la qu&#234;te mystique d'une pratique cultuelle. Il est donc tr&#232;s difficile de cerner dans quel registre le discours de l'auteure se situe. Ce commentaire critique vise donc &#224; situer le texte de Mimerose P. Beaubrun, c'est-&#224;-dire de proposer une fa&#231;on de l'aborder qui permettrait de contribuer &#224; une r&#233;flexion proprement anthropologique sur le vodou.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;
Tout au long des dix-neuf chapitres, le lecteur suit l'apprentissage laborieux de Mimerose P. Beaubrun dans le monde complexe du &lt;i&gt;nan d&#242;mi&lt;/i&gt;. Ce terme, qui est au c&#339;ur de l'ouvrage, renvoie &#224; un &#233;tat que l'auteure d&#233;finit comme un &#171; &#233;tat de r&#234;ve &#187;, une &#171; deuxi&#232;me attention &#187; faisant acc&#233;der &#224; une &#171; autre conscience &#187; (p.32). &#192; l'origine de ce cheminement, il y a Tante Tansia, personnage charismatique d&#233;crit comme une femme &#171; &#226;g&#233;e de cent dix-huit ans &#187; (p.43), pleine d'entrain mais au caract&#232;re rude. Celle-ci fait vivre &#224; l'auteure tout une s&#233;rie d'&#233;preuves et d'exp&#233;riences surnaturelles dont les descriptions abondent (pp. 65-66, 85-89 et 141-144). Un exemple permettra d'en saisir la teneur :&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je chantai avec elle [Tante Tansia]. L'air de cette chanson me rappelait une berceuse. Nous &#233;tions assises l'une en face de l'autre dans la p&#233;nombre. Je ne peux pas dire combien de temps il nous a fallu pour entrer en concentration. Mais &#224; un moment, j'avais seulement conscience de marcher dans un lieu o&#249; tout &#233;tait color&#233; de mauve &#187; (p. 124).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt; &lt;br /&gt; &lt;br /&gt;
Ces passages sont compl&#233;t&#233;s par des souvenirs d'enfance de l'auteure, comme celui qui relate son ancienne habitude de manger chez sa voisine (pp. 90-91), mais &#233;galement des histoires transmises par l'initiatrice (pp. 256-257 et 258-262). Ce livre remplit donc le but annonc&#233; dans la pr&#233;face de Madison Smartt Bell, laquelle, malgr&#233; une tendance &#224; l'emphase, donne d'int&#233;ressantes informations de contextualisation sur l'ouvrage et son auteure. Il est notamment expliqu&#233; que &#171; Mimerose &#8220;Manz&#232;&#8221; Beaubrun est membre fondateur de Boukman Eksperyans [...] avec son mari Theodore &#8220;L&#242;l&#242;&#8221; Beaubrun &#187; (p. 27), ce groupe de musique ha&#239;tienne &#233;tant l'un des plus connus en dehors de l'&#238;le. Le parcours scolaire qu'elle suivit en Ha&#239;ti est &#233;galement d&#233;crit et permet de situer l'&#233;crivaine ha&#239;tienne parmi les classes ais&#233;es de sa soci&#233;t&#233; (p. 28).&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;
Si l'on revient au contenu, on constate que le caract&#232;re non distanci&#233; du rapport au vodou distingue radicalement ce r&#233;cit des &#233;crits anthropologiques &#224; ce sujet, tels que ceux d'Alfred M&#233;traux (&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/backend.php3?id_rubrique=32#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' METRAUX Alfred, 1958. Le vaudou ha&#239;tien. Paris, Gallimard.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;1958&lt;/a&gt;), de La&#235;nnec Hurbon (&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/backend.php3?id_rubrique=32#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' HURBON La&#235;nnec, 1988. Le barbare imaginaire. Paris, Les &#201;ditions du Cerf.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;1988&lt;/a&gt;) ou de Karen Mac Carthy-Brown (&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/backend.php3?id_rubrique=32#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' MC CARTHY BROWN Karen, 2001 (1991). Mama Lola, a Vodou priestess in Brooklyn. Berkeley and Los Angeles, California, University of California Press.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2001&lt;/a&gt;). Sa forme autobiographique l'&#233;loigne d'autres ouvrages tels que ceux de Maya Deren (&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/backend.php3?id_rubrique=32#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' DEREN Maya, 1953. Divine horsemen, the living Gods of Ha&#239;ti. London, New-York, Thames &amp; Hudson.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;1953&lt;/a&gt;) ou de Milo Rigaud (&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/backend.php3?id_rubrique=32#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' RIGAUD Milo, 1953. La tradition voudoo et le voudoo ha&#239;tien : son temple, ses myst&#232;res, sa magie. (Photographies d'Odette Mennesson-Rigaud). Paris, Niclaus.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;1953&lt;/a&gt;, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/backend.php3?id_rubrique=32#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' RIGAUD Milo, 1974. V&#232;-v&#232;. Diagrammes rituels du vaudou. New-York, French and European Publications.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;1974&lt;/a&gt;), mais son contenu parfois &#233;sot&#233;rique constitue n&#233;anmoins un point commun avec ceux-ci.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;
&#192; la diff&#233;rence de Karen Mac Carthy-Brown qui, dans &lt;i&gt;Mama Lola&lt;/i&gt; (&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/backend.php3?id_rubrique=32#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' MC CARTHY BROWN Karen, 2001 (1991). Mama Lola, a Vodou priestess in Brooklyn. Berkeley and Los Angeles, California, University of California Press.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2001&lt;/a&gt;), consacre un chapitre &#224; narrer &#224; la troisi&#232;me personne sa propre initiation au vodou en Ha&#239;ti, Mimerose P. Beaubrun d&#233;taille son parcours &#224; la premi&#232;re personne tout au long de son ouvrage. Ainsi, &#224; la fois la forme et le contenu am&#232;nent &#224; rapprocher ce texte, non pas de la litt&#233;rature sur le vodou, mais plut&#244;t de la s&#233;rie de livres &#233;crite par Carlos Castaneda sur des pratiques magico-religieuses mexicaines (&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/backend.php3?id_rubrique=32#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' CASTANEDA Carlos, 1985 (1971). Voir, Les enseignements d'un sorcier yaqui. Paris, Gallimard.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;1985&lt;/a&gt;, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/backend.php3?id_rubrique=32#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' CASTANEDA Carlos, 1999 (1968). L'herbe du diable et la petite fum&#233;e, Une voie yaqui de la connaissance. Paris, 10/18.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;1999&lt;/a&gt; et &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/backend.php3?id_rubrique=32#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' CASTANEDA Carlos, 2007 (1972). Le voyage &#224; Ixtlan, Les le&#231;ons de Don Juan. Paris, Gallimard.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2007&lt;/a&gt;). &lt;br /&gt; &lt;br /&gt;
Pour ce qui est de la forme, c'est la mise en avant de l'exp&#233;rience subjective du surnaturel et l'organisation chronologique du r&#233;cit qui &#233;voquent une ressemblance entre les deux &#339;uvres. Quant au contenu, la narration que l'auteure fait de son apprentissage du vodou se rapproche de la qu&#234;te de visions de l'&#233;crivain am&#233;ricano-p&#233;ruvien. Dans les deux cas, le r&#234;ve est consid&#233;r&#233; comme une technique &#224; ma&#238;triser pour agir dans un monde parall&#232;le peupl&#233; d'&#234;tres surnaturels. On notera &#233;galement que l'enseignement est dispens&#233; par un personnage au charisme prononc&#233;, dont l'une des injonctions est de nouer des liens avec &#8220;son alli&#233;&#8221;, c'est-&#224;-dire l'esprit protecteur de l'apprenti. Cet &#8220;exercice&#8221; est &#233;troitement li&#233; &#224; la qu&#234;te de vision, comme nous l'apprennent ces mots de Tante Tansia :&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p&gt;&#171; [&#8230;] tu as r&#234;v&#233;, tu viens de voir ton &lt;i&gt;alli&#233;&lt;/i&gt;. [&#8230;] le fait de te sauver apporte la preuve que tu n'es pas pr&#234;te &#224; entreprendre le combat contre ton alli&#233;. Or, co&#251;te que co&#251;te, tu dois le vaincre ; c'est alors seulement qu'il consentira &#224; te servir et il t'ouvrira la porte de son myst&#232;re &#187; (pp. 58-59).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt; &lt;br /&gt; &lt;br /&gt;
Ces &#233;l&#233;ments sont importants car ils &#233;loignent le t&#233;moignage de Mimerose P. Beaubrun des propos habituellement tenus par les pratiquants vodou (initi&#233;s ou non). Ceci est &#233;voqu&#233; par l'auteure elle-m&#234;me lorsqu'elle rapporte ces propos adress&#233;s &#224; son initiatrice : &#171; Tu &#233;vites aussi de parler du vodou. Tu n'utilises jamais les m&#234;mes termes que les autres &lt;i&gt;s&#232;vit&#232;&lt;/i&gt; [pratiquants]. Mais o&#249; est le vodou dans ce que tu fais et que tu m'apprends ? &#187; (p. 224). Mais, malgr&#233; cette remarque isol&#233;e, la narratrice s'approprie cet enseignement du vodou propre &#224; Tante Tansia. &lt;br /&gt; &lt;br /&gt;
Le dernier point de comparaison avec Carlos Castaneda fait appara&#238;tre une diff&#233;rence relativement importante, il s'agit du statut du texte par rapport aux productions acad&#233;miques des auteurs. Alors que le premier ins&#232;re ses ouvrages dans ses &#233;crits anthropologiques, et d&#233;fend une posture litt&#233;raire dans le champ scientifique, Mimerose P. Beaubrun dissocie l'&#233;criture de &lt;i&gt;Nan d&#242;mi&lt;/i&gt; de ses productions universitaires. Elle fait r&#233;f&#233;rence &#224; ses recherches plusieurs fois dans le texte (pp. 170, 181 et 215), notamment pour contextualiser sa motivation &#224; comprendre le vodou, mais son livre n'a pas pr&#233;tention &#224; &#234;tre un &#233;crit scientifique. Ce texte aurait plut&#244;t vocation &#224; &#171; transmettre sur du papier imprim&#233; [&#8230;] l'enseignement de Tante Tansia &#187; (p. 279) : &#224; partir d'une exp&#233;rience qui commen&#231;a au c&#339;ur d'un travail ethnographique, elle en vient &#224; simplement rapporter l'histoire qu'elle a v&#233;cue. &lt;br /&gt; &lt;br /&gt;
La volont&#233; de transmission qu'elle &#233;voque d&#233;note sa position de m&#233;diation entre des univers culturels diff&#233;rents. En tant qu'auteure issue d'un milieu intellectuel ha&#239;tien, elle fait partager son exp&#233;rience du vodou &#224; des personnes ne connaissant pas ce culte, faisant le lien entre une population pratiquante non-scolaris&#233;e et une population non-pratiquante, potentiellement scolaris&#233;e. Par ailleurs, elle est la chanteuse du groupe &#171; Boukman Eksperyans &#187; ; elle diffuse aupr&#232;s d'un public autant am&#233;ricain (p. 265) qu'africain (p. 136) une conception du vodou ha&#239;tien, en utilisant des chants et des rythmes qui en sont issus, dans ses propres productions musicales. &lt;br /&gt; &lt;br /&gt;
Mais, en transmettant, Mimerose P. Beaubrun op&#232;re une traduction, c'est-&#224;-dire qu'elle s'approprie les termes ou les musiques qu'elle rencontre lors de son exp&#233;rience, les reformule, puis les diffuse. Ainsi, d'une part, le vodou dont parle l'auteure n'est pas &lt;i&gt;le&lt;/i&gt; vodou mais &lt;i&gt;un&lt;/i&gt; vodou et, d'autre part, ce n'est pas n'importe quel vodou mais celui de Tante Tansia qu'elle s'approprie avec ses propres termes. &lt;br /&gt; &lt;br /&gt;
Par cons&#233;quent, je proposerais de consid&#233;rer cet ouvrage comme un texte &#233;mique, c'est-&#224;-dire comme une production litt&#233;raire, produite par une intellectuelle ha&#239;tienne, pouvant constituer un mat&#233;riau ethnographique utile &#224; l'&#233;tude de la pratique actuelle du vodou ha&#239;tien. Cette id&#233;e s'appuie sur la prise en compte de la posture participative et m&#234;me revendicative de l'auteure &#224; propos du vodou (p. 160) ; pr&#233;sentant ce culte &#224; la fois comme une base de &#8220;la culture&#8221; ha&#239;tienne et comme une religion universaliste praticable par tous (p. 247). Cette mani&#232;re de le penser s'inscrit pr&#233;cis&#233;ment dans les discours actuels tenus par une certaine partie des pratiquants, qu'ils cherchent &#224; diffuser dans de multiples m&#233;dias. Au m&#234;me tire que les interventions t&#233;l&#233;vis&#233;es des pr&#234;tresses Belles D&#233;esses sur des cha&#238;nes canadiennes (&lt;a href='http://www.youtube.com/watch?v=qDCRV2WxqF8' class='spip_out'&gt;voir la vid&#233;o&lt;/a&gt;) ou que les sites internet de diff&#233;rentes associations vodou (&lt;a href='http://vodouhaiti.org/' class='spip_out'&gt;KNVA&lt;/a&gt;, &lt;a href='http://zantray.ht/' class='spip_out'&gt;ZANTRAY&lt;/a&gt;), le livre de Mimerose P. Beaubrun constitue une source de diffusion &#224; une &#233;chelle globale d'un vodou pr&#233;tendant simultan&#233;ment &#224; l'authenticit&#233; nationaliste et &#224; l'universalit&#233; de sa pratique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;CASTANEDA Carlos, 1999 (1968). &lt;i&gt;L'herbe du diable et la petite fum&#233;e, Une voie yaqui de la connaissance&lt;/i&gt;. Paris, 10/18.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;
CASTANEDA Carlos, 1985 (1971). &lt;i&gt;Voir, Les enseignements d'un sorcier yaqui&lt;/i&gt;. Paris, Gallimard.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;
CASTANEDA Carlos, 2007 (1972). &lt;i&gt;Le voyage &#224; Ixtlan, Les le&#231;ons de Don Juan&lt;/i&gt;. Paris, Gallimard.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;
DEREN Maya, 1953. &lt;i&gt;Divine horsemen, the living Gods of Ha&#239;ti&lt;/i&gt;. London, New-York, Thames &amp; Hudson.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;
HURBON La&#235;nnec, 1988. &lt;i&gt;Le barbare imaginaire&lt;/i&gt;. Paris, Les &#201;ditions du Cerf.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;
MC CARTHY BROWN Karen, 2001 (1991). &lt;i&gt;Mama Lola, a Vodou priestess in Brooklyn&lt;/i&gt;. Berkeley and Los Angeles, California, University of California Press.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;
METRAUX Alfred, 1958. &lt;i&gt;Le vaudou ha&#239;tien&lt;/i&gt;. Paris, Gallimard.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;
RIGAUD Milo, 1953. &lt;i&gt;La tradition voudoo et le voudoo ha&#239;tien : son temple, ses myst&#232;res, sa magie&lt;/i&gt;. (Photographies d'Odette Mennesson-Rigaud). Paris, Niclaus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
RIGAUD Milo, 1974. &lt;i&gt;V&#232;-v&#232;. Diagrammes rituels du vaudou&lt;/i&gt;. New-York, French and European Publications.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>MATHIEU Jon et Simona BOSCANI LEONI (&#233;ds.), 2005, Die Alpen ! Les Alpes ! Zur europa&#239;schen Wahrnehmungsgeschichte seit der Renaissance. Pour une histoire de la perception europ&#233;enne depuis la Renaissance</title>
		<link>http://www.ethnographiques.org/2011/Forney</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.ethnographiques.org/2011/Forney</guid>
		<dc:date>2011-02-23T16:10:58Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Forney_J&#233;r&#233;mie</dc:creator>


		<dc:subject>CompteRenduOuvrage</dc:subject>

		<description>Il existe une longue tradition de recherche sur les Alpes et les diff&#233;rentes mani&#232;res dont elles furent per&#231;ues tout au long de l'histoire et essentiellement depuis leur &#171; d&#233;couverte &#187; par une &#233;lite urbaine aux XVIII&#232;me et XIX&#232;me si&#232;cles. Ce champ classique d'investigation a connu un nouvel essor en Suisse durant cette derni&#232;re d&#233;cennie, notamment en lien avec un Programme National de recherche sur l'Arc Alpin (PNR 48) mis sur pied par le Fond National pour la recherche (...)

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class='spip_document_6368 spip_documents spip_documents_left' style='float:left; width:150px;' &gt;
&lt;img src='http://www.ethnographiques.org/local/cache-vignettes/L150xH225/image_medium-e1b1e.jpg' width='150' height='225' alt=&quot;&quot; style='height:225px;width:150px;' /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;Il existe une longue tradition de recherche sur les Alpes et les diff&#233;rentes mani&#232;res dont elles furent per&#231;ues tout au long de l'histoire et essentiellement depuis leur &#171; d&#233;couverte &#187; par une &#233;lite urbaine aux XVIII&#232;me et XIX&#232;me si&#232;cles. Ce champ classique d'investigation a connu un nouvel essor en Suisse durant cette derni&#232;re d&#233;cennie, notamment en lien avec un Programme National de recherche sur l'Arc Alpin (&lt;a href='http://www.snf.ch/F/rechercheoriente/pnr/acheves/Pages/_xc_nfp48.aspx' class='spip_out'&gt;PNR 48&lt;/a&gt;) mis sur pied par le Fond National pour la recherche scientifique (FNS). L'ouvrage collectif &#233;dit&#233; en 2005 par Jon Mathieu et Simona Boscani Leoni vient donc apporter une pierre de plus &#224; un &#233;difice d&#233;j&#224; solide.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce texte se caract&#233;rise par sa dimension europ&#233;enne, explicite dans son titre d&#233;j&#224; et qui se concr&#233;tise par des contributions de chercheurs venus de six pays alpins diff&#233;rents. Cons&#233;quence directe de cet internationalisme, l'ouvrage comprend des textes en trois langues : allemand, italien et fran&#231;ais. Ce choix &#233;ditorial courageux limite malheureusement l'attrait de l'ouvrage pour un public qui ne ma&#238;trise que rarement ces trois langues simultan&#233;ment. Heureusement, une introduction bilingue d&#233;taill&#233;e (allemand et fran&#231;ais) et des r&#233;sum&#233;s en anglais en fin d'ouvrage viennent au secours du lecteur.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'int&#233;r&#234;t premier de cet ouvrage r&#233;side dans l'intention des &#233;diteurs de d&#233;passer certaines id&#233;es commun&#233;ment partag&#233;es sur les Alpes et l'histoire de leurs repr&#233;sentations. Le projet est pr&#233;sent&#233; en trois points dans l'introduction. Premi&#232;rement, si l'arc alpin constitue bien une unit&#233; g&#233;ographique, sociale et historique pertinente &#8212; ce que d&#233;fend l'ouvrage par son existence m&#234;me &#8212;, l'accent sera mis sur une &#171; diff&#233;renciation nationale &#187; trop souvent sous-estim&#233;e. Deuxi&#232;mement, il s'agit de s'int&#233;resser particuli&#232;rement aux &#171; contre-discours alpins &#187; d&#233;velopp&#233;s par les populations locales &#8212; en r&#233;action aux repr&#233;sentations urbaines de la montagne &#8212; et encore m&#233;connus. Enfin, les contributions dans leur ensemble participent &#224; une critique d'une lecture binaire de l'histoire des repr&#233;sentations des Alpes qui voit une montagne terrifiante se muer, entre les XVIII&#232;me et XIX&#232;me si&#232;cles et pour les &#233;lites urbaines, en un &#201;den retrouv&#233;. Les descriptions et analyses historiques laissent entrevoir une r&#233;alit&#233; bien plus complexe. Les &#233;diteurs ne renoncent toutefois pas &#224; l'effort de p&#233;riodisation, &#171; aspect fondamental des sciences historiques &#187; (32), mais plaident pour une approche plus fine et nuanc&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ainsi, hormis l'introduction et les deux premiers chapitres qui questionnent respectivement la p&#233;riodisation classique de la perception des Alpes (Jon Mathieu) et l'unit&#233; de l'espace alpin (Furter), les contributions ont &#233;t&#233; organis&#233;es selon une logique historique en quatre parties : du Moyen Age aux Temps modernes, les Lumi&#232;res et le romantisme, l'&#233;poque industrielle et, enfin, le XX&#232;me si&#232;cle.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour donner une image des apports de l'ouvrage, il convient mieux toutefois de proc&#233;der en identifiant certains th&#232;mes transversaux qui sont abord&#233;s par les nombreuses contributions. La pluralit&#233;, &#224; une m&#234;me &#233;poque, des repr&#233;sentations et des pratiques li&#233;es aux Alpes est au c&#339;ur d'un grand nombre de contributions, ce qui correspond bien au projet de l'ouvrage. Plus particuli&#232;rement, l'&#233;tude des relations entre repr&#233;sentations &#171; int&#233;rieures &#187; et &#171; ext&#233;rieures &#187;, entre les discours des gens du lieu et ceux des &#233;lites urbaines constituent un apport original de l'ouvrage. Les textes de Thomas Hellmuth (chap. 19) et de Simona Boscani Leoni (chap. 7) montrent bien qu'une vision purement antagonique serait r&#233;ductrice. Les repr&#233;sentations &#171; indig&#232;nes &#187; du Salzkammergut autrichien refl&#232;tent ainsi, selon T. Hellmuth, une r&#233;appropriation de projections ext&#233;rieures d'origines bourgeoises. La r&#233;gion, &#224; l'instar des Alpes dans leur ensemble, serait pr&#233;serv&#233;e des troubles sociaux qui marquent le XIX&#232;me si&#232;cle. La communaut&#233; villageoise &#233;galitaire ignorerait tout des conflits de classe et serait le lieu par excellence de l'harmonie sociale. Ces repr&#233;sentations d'origine urbaine ont notamment favoris&#233; le d&#233;veloppement de l'industrie touristique et se sont, avec le temps, ancr&#233;es dans les t&#234;tes des populations locales (363). Dans un m&#234;me ordre d'id&#233;e, S. Boscani Leoni retrace les liens existants entre une &#233;lite intellectuelle urbaine et certains notables &#171; montagnards &#187;. L'exemple du r&#233;seau dense de relations entretenues par un &#233;rudit zurichois au d&#233;but du 18&#232;me si&#232;cle avec de nombreux notables &#171; alpins &#187; sugg&#232;re une influence r&#233;ciproque importante entre deux lieux trop souvent pens&#233;s comme deux mondes bien distincts.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;M&#234;me si l'on y ajoute le texte de Cl&#224; Riatsch (chap. 24) qui s'int&#233;resse aux r&#233;ponses du montagnard &#224; l'attention du citadin dans la litt&#233;rature romanche du XX&#232;me si&#232;cle, on peut regretter que l'&#233;tude des &#171; contre-discours &#187; alpins se limite pour l'essentiel &#224; ces contributions, alors que l'introduction de l'ouvrage la pla&#231;ait parmi les trois axes prioritaires du projet. Malgr&#233; cette d&#233;claration d'intention, l'attention reste majoritairement fix&#233;e sur les discours dominants des &#233;lites urbaines. Cet &#233;tat de fait vient rappeler la difficult&#233; de faire une histoire qui ne se limite pas &#224; celle des &#233;lites urbaines qui sont les ma&#238;tres de la mati&#232;re premi&#232;re de l'historien, l'&#233;crit. Des apports plus nombreux pour une histoire des repr&#233;sentations populaires et locales dans les Alpes au XIX&#232;me si&#232;cle auraient apport&#233; plus de nouveaut&#233;s et auraient permis de r&#233;pondre de mani&#232;re plus satisfaisante aux objectifs &#233;nonc&#233;s dans l'introduction. Il s'agirait l&#224; de mieux rendre compte de la multiplicit&#233; et la diversit&#233; des repr&#233;sentations des Alpes, m&#234;me si les contributions susmentionn&#233;es nous pr&#233;viennent du pi&#232;ge qui consiste &#224; opposer de fa&#231;on binaire repr&#233;sentations locales et urbaines.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les chapitres d&#233;di&#233;s aux discours des &#233;lites ont bien entendu leur int&#233;r&#234;t, notamment pour mieux comprendre la gen&#232;se et le d&#233;veloppement des repr&#233;sentations positives des Alpes dans les divers contextes nationaux et les r&#244;les jou&#233;s par diff&#233;rents acteurs individuels, comme Bonstetten, p&#232;re du concept de &#171; population pastorale &#187; (R. Ceschi, chap. 9). Toutefois, les repr&#233;sentations de l'alt&#233;rit&#233; nous en enseignent g&#233;n&#233;ralement davantage au sujet de ceux qui les partagent que de ceux qui en sont l'&#171; objet &#187;. Ainsi, ces contributions ne nous apprennent pas grand-chose des populations alpines, que ce soit dans le concret de leur quotidien ou dans leurs r&#233;actions aux repr&#233;sentations id&#233;alistes qu'une partie de la bourgeoisie urbaine projette sur elles. L'image de la montagne est en fait un miroir de celle de la ville, comme l'affirment explicitement certains auteurs. A titre d'exemple, Walter Leimgruber (chap. 25) montre comment la saga de Heidi, sans doute la plus c&#233;l&#232;bre des &#171; montagnardes &#187;, refl&#232;te &#224; merveille les aspirations d'une bourgeoisie citadine, d&#233;stabilis&#233;e par la crise de la modernit&#233;, en cr&#233;ant un univers sans conflits sociaux et fig&#233; dans le temps. Dans ce sens, l'&#233;tude des repr&#233;sentations des Alpes au travers des &#226;ges se rapproche davantage d'une histoire des &#233;lites urbaines que de celle des populations montagnardes. Heureusement les quelques contributions qui s'int&#233;ressent aux impacts de ces repr&#233;sentations dominantes sur les populations locales sortent la d&#233;marche de cette impasse. Elles permettent notamment &#224; l'ethnographe d'aujourd'hui de consid&#233;rer diff&#233;remment les repr&#233;sentations identitaires des populations qu'ils rencontrent au cours de ses recherches. Le voil&#224; d&#233;finitivement averti des lointains processus dialogiques d&#233;velopp&#233;s avec l'ext&#233;rieur. De quoi porter un coup final au mythe de la soci&#233;t&#233; paysanne close et autonome, si bien ancr&#233;e dans la litt&#233;rature socio-anthropologique alpine du XX&#232;me si&#232;cle.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les contributions de Tanja Wirtz (chap. 14) et de Jonas R&#246;mer (chap. 18) participent d'une autre mani&#232;re &#224; ce travail implicite et peut-&#234;tre involontaire de d&#233;construction du mythe de la communaut&#233; alpestre harmonieuse et immuable en pla&#231;ant la question des conflits au c&#339;ur de leur propos. Tous deux abordent certes la question sous un angle tr&#232;s diff&#233;rent. Alors que T. Wirtz traite des conflits de prestige et de l&#233;gitimit&#233; entre groupes d'alpinistes concurrents, J. R&#246;mer d&#233;crit le r&#244;le central des Alpes dans la construction nationale suisse d'avant la Constitution de 1848, en soulignant l'ambigu&#239;t&#233; symbolique de la montagne qui renvoyait alors autant &#224; la diversit&#233; du pays qu'&#224; ce qui faisait son unit&#233;. Ces deux textes viennent nous rappeler que les repr&#233;sentations sociales qui font l'objet de l'ouvrage se situent au c&#339;ur d'enjeux et de luttes qui contrastent avec l'id&#233;alisation romantique qui a fait des Alpes un lieu de paix et de qui&#233;tude, o&#249; seules les col&#232;res de la Nature sont &#224; craindre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En fin de parcours, le lecteur qui a &#233;t&#233; s&#233;duit par le projet de l'ouvrage reste quelque peu sur sa faim. Qu'en est-il des trois axes du livre pr&#233;sent&#233;s dans l'introduction des &#233;diteurs ? Devant le foisonnement et la diversit&#233; des textes, il manque un chapitre conclusif qui reprenne les trois questions centrales pos&#233;es dans l'introduction : unit&#233; des Alpes, contre-discours alpin et p&#233;riodisation. Ces consid&#233;rations finales auraient notamment permis d'expliciter les r&#233;sultats de la confrontation et de la conjonction des diff&#233;rentes contributions.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si la structure du livre r&#233;pond peut-&#234;tre d'elle-m&#234;me au probl&#232;me de la p&#233;riodisation de l'&#233;volution des repr&#233;sentations de la montagne, elle a pour grand d&#233;faut de laisser dans l'ombre les deux autres axes de r&#233;flexion. Les contributions les plus int&#233;ressantes pour l'anthropologue se retrouvent ainsi noy&#233;es dans l'ensemble et perdent en impact. Si l'ouvrage fournit bien un mat&#233;riau pour d&#233;velopper une r&#233;flexion critique sur l'&#233;tude des Alpes et de leurs repr&#233;sentations, c'est au lecteur de fournir l'effort d'analyse final. L'assemblage de l'ensemble de ces textes, tr&#232;s riches au demeurant, aurait sans doute gagn&#233; en force en s'articulant autour de th&#232;mes centraux ou d'interrogations fondamentales au lieu de se &#171; laisser porter &#187; par les divisions classiques de l'histoire. Un tel choix aurait contraint les &#233;diteurs &#224; prolonger le travail de synth&#232;se et d'analyse qu'ils ont projet&#233; en introduction.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Une telle contribution aurait toute sa valeur aujourd'hui. Elle permettrait notamment d'&#233;clairer l'av&#232;nement du nouveau mod&#232;le de d&#233;veloppement touristique dans les Alpes, appel&#233; &#171; doux &#187; ou &#171; durable &#187; et qui se concr&#233;tise, entre autres, dans la cr&#233;ation de nouveaux Parcs Naturels R&#233;gionaux dans les zones montagneuses de Suisse. En effet, les discours qui accompagnent ce processus pr&#233;sentent des similitudes flagrantes avec les repr&#233;sentations qui ont caract&#233;ris&#233;es les Alpes au cours des derniers si&#232;cles, notamment dans l'id&#233;alisation d'une vie villageoise &#171; authentique &#187; construite en miroir de repr&#233;sentations, g&#233;n&#233;ralement n&#233;gatives, de la vie urbaine. L'ancien mythe alpin prend aujourd'hui un nouveau visage, mais son ancrage dans une histoire de la perception des Alpes permettrait de mieux comprendre ses dynamiques internes et son &#233;volution actuelle. Faute de v&#233;ritablement construire ce cadre de lecture historique pour le pr&#233;sent, l'ouvrage &#233;dit&#233; par J. Mathieu et S. Boscani Leoni nous fournit toutefois un ensemble d'outils utiles pour l'accomplissement de cette t&#226;che &#224; laquelle il ne s'attaque pas.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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