<?xml 
version="1.0" encoding="iso-8859-1"?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>ethnographiques.org</title>
	<link>http://www.ethnographiques.org/</link>
	
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>




<item xml:lang="fr">
		<title>STRIGLER Florence, 2011. L'alimentation des Laotiens. Cuisine, recettes et traditions au Laos et en France</title>
		<link>http://www.ethnographiques.org/2012/Choron-Baix</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.ethnographiques.org/2012/Choron-Baix</guid>
		<dc:date>2012-02-22T22:36:34Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Choron-Baix_Catherine</dc:creator>


		<dc:subject>CompteRenduOuvrage</dc:subject>

		<description>Cet ouvrage arrive &#224; point nomm&#233;. Alors que les pr&#233;occupations pour la nourriture et l'engouement pour les arts culinaires s'affichent partout, dans les m&#233;dias et ailleurs, il apporte une note de sobri&#233;t&#233; et de rigueur au concert des discours actuels sur l'alimentation. Ing&#233;nieure sp&#233;cialiste des questions de nutrition, l'auteure mobilise ici ses comp&#233;tences pour se concentrer sur la situation laotienne avec laquelle elle a, au fil des ann&#233;es, acquis une grande (...)

-
&lt;a href="http://www.ethnographiques.org/Comptes-rendus-d-ouvrages" rel="directory"&gt;101. Comptes rendus d'ouvrages&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.ethnographiques.org/CompteRenduOuvrage" rel="tag"&gt;CompteRenduOuvrage&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class='spip_document_6923 spip_documents spip_documents_left' style='float:left; width:175px;' &gt;
&lt;img src='http://www.ethnographiques.org/local/cache-vignettes/L175xH263/Couv_Strigler-6d71f.jpg' width='175' height='263' alt=&quot;&quot; style='height:263px;width:175px;' /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;&lt;br&gt;Cet ouvrage arrive &#224; point nomm&#233;. Alors que les pr&#233;occupations pour la nourriture et l'engouement pour les arts culinaires s'affichent partout, dans les m&#233;dias et ailleurs, il apporte une note de sobri&#233;t&#233; et de rigueur au concert des discours actuels sur l'alimentation.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;
Ing&#233;nieure sp&#233;cialiste des questions de nutrition, l'auteure mobilise ici ses comp&#233;tences pour se concentrer sur la situation laotienne avec laquelle elle a, au fil des ann&#233;es, acquis une grande familiarit&#233;. Une mission d'un an pour l'Unesco &#224; Savannakhet, dans le cadre d'un projet d'&#233;ducation non formelle pour adultes en milieu rural, la poursuite de ses investigations parmi les laotiens exil&#233;s en France depuis la fin des ann&#233;es 1970 et une abondante recherche documentaire ont permis &#224; Florence Strigler d'accumuler quantit&#233; de donn&#233;es concr&#232;tes et pr&#233;cises sur les pratiques alimentaires des Lao. Passant de la soci&#233;t&#233; locale aux communaut&#233;s d'expatri&#233;s install&#233;es en France, elle a pu &#233;galement prendre la mesure des changements en cours dans les deux contextes. &lt;br /&gt; &lt;br /&gt;
Fond&#233; sur des mat&#233;riaux ethnographiques collect&#233;s en diff&#233;rentes &#233;poques par des auteurs sp&#233;cialistes de l'Asie du Sud-est continentale et de ses diasporas et compl&#233;t&#233;s par ses propres observations, l'ouvrage offre un tableau complet d'un mod&#232;le d'alimentation clairement identifi&#233; dans l'espace et dans le temps, et envisag&#233; dans ses dimensions nutritionnelles, rituelles et symboliques, th&#233;rapeutiques, pr&#233;sentes et &#224; venir. Il est construit en deux volets qui traitent de ces questions successivement au sein de la soci&#233;t&#233; locale puis en diaspora. &lt;br /&gt; &lt;br /&gt;
La premi&#232;re partie &#233;tudie les d&#233;terminismes d'ordre biologique, culturel, &#233;conomique, technique qui p&#232;sent au Laos sur les habitudes alimentaires et les mani&#232;res de table et rep&#232;re les transformations qui s'y font jour. Elle s'ouvre sur le recensement des &#233;l&#233;ments qui constituent la base du syst&#232;me nutritionnel des Lao. Les aliments qui entrent dans la composition des plats et des repas, avec, pour d&#233;buter, un beau chapitre sur le riz&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nb1' class='spip_note' rel='footnote' title='Un manque est ici &#224; relever dans les r&#233;f&#233;rences bibliographiques : SAGART (...)' id='nh1'&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;, r&#233;f&#233;rent culturel majeur dans l'ensemble de l'aire sud-est asiatique, ainsi que les boissons, y sont pr&#233;sent&#233;s, assortis des techniques de pr&#233;paration et de conservation qui leur sont appliqu&#233;es. Puis vient l'&#233;num&#233;ration des modes d'approvisionnement avec, en particulier, cette disposition toujours tr&#232;s actuelle des Lao pour la p&#234;che, la chasse et la cueillette, t&#233;moin de leur proximit&#233; avec la nature et de leur go&#251;t pour les produits comestibles, insectes, gibier, plantes et herbes sauvages, qu'elle leur procure. La cuisine est ensuite longuement d&#233;crite, avec ses ustensiles et ses r&#233;cipients, ses modes de cuisson et ses recettes, dont plusieurs, parmi les plus embl&#233;matiques, sont pr&#233;cis&#233;ment consign&#233;es. D'int&#233;ressantes consid&#233;rations sur les saveurs et le plaisir gustatif accompagnent ces d&#233;veloppements, qui am&#232;nent progressivement au chapitre 7 consacr&#233; aux &#171; croyances et pratiques &#187;. Sont alors abord&#233;s les liens entre la nourriture, la m&#233;decine et la religion, rep&#233;rables par exemple dans les interdits qui p&#232;sent sur certains aliments et condiments, et dans les usages rituels qui en sont faits. &lt;br /&gt; &lt;br /&gt;
Apr&#232;s cette pr&#233;sentation des conceptions locales et des fonctions, th&#233;rapeutiques, &#233;nerg&#233;tiques, symboliques et rituelles accord&#233;es &#224; la nourriture, Florence Strigler revient vers son principal domaine de comp&#233;tence pour examiner la situation sanitaire et les mutations en cours du mod&#232;le alimentaire du Laos. Si ce dernier est rest&#233; relativement inchang&#233;, nous dit-elle, l'entr&#233;e progressive du pays dans les &#233;changes internationaux bouleverse cependant les modes d'approvisionnement en nourriture. Les villes et les villages situ&#233;s &#224; proximit&#233; des axes routiers participent de la soci&#233;t&#233; de consommation de masse, avec des cons&#233;quences notables sur les modes de vie et la sant&#233;. Diverses carences, en iode, en fer, en vitamine A ou B1 ainsi que des maladies chroniques ou infectieuses imputables &#224; l'alimentation sont ainsi relev&#233;es par l'auteure, qui note &#233;galement l'apparition de nouvelles pathologies li&#233;es &#224; la contamination chimique des aliments par les pesticides et autres produits illicites utilis&#233;s pour les conserver. &lt;br /&gt; &lt;br /&gt;
Les perspectives que laisse entrevoir Florence Strigler &#224; la fin de cette premi&#232;re partie sont alors mitig&#233;es : d'un c&#244;t&#233; des ressources alimentaires &#224; l'&#233;vidence menac&#233;es par l'entr&#233;e du Laos dans une certaine modernit&#233;, de l'autre les politiques nutritionnelles aujourd'hui mises en &#339;uvre afin de pr&#233;server un mod&#232;le qui s'appuie encore en grande part sur la nature et le monde &#171; sauvage &#187;. &lt;br /&gt; &lt;br /&gt;
Changement de cap dans la seconde partie : Florence Strigler nous retrace l'histoire de l'exil lao en France, &#233;voque &#224; grands traits les principaux registres de la vie individuelle et collective qui s'en trouvent affect&#233;s, pour arriver &#224; cette id&#233;e, r&#233;guli&#232;rement invoqu&#233;e &#224; propos des migrants, d'un profond attachement de la diaspora &#224; ses traditions culinaires. C'est autour de ce &#171; bastion &#187; de r&#233;sistance &#224; l'acculturation que s'organise la suite du texte. Florence Strigler y reprend les points &#233;tudi&#233;s dans la premi&#232;re partie, et met en &#233;vidence les ajustements rendus n&#233;cessaires par les nouvelles conditions de vie. Elle montre la transformation des recettes classiques de la cuisine lao et l'utilisation de produits de substitution pour remplacer des denr&#233;es rares ou on&#233;reuses en France. Elle mentionne &#233;galement l'apparition d'un jardinage et d'un mara&#238;chage sp&#233;cialis&#233;s dans certaines plantes d'Asie, en particulier en province o&#249; l'approvisionnement en denr&#233;es en provenance de Tha&#239;lande ou du Laos est moins d&#233;velopp&#233; qu'en r&#233;gion parisienne. Elle souligne aussi l'&#233;largissement global des registres alimentaires, et l'introduction, par le biais des enfants notamment, de consommations emprunt&#233;es &#224; la soci&#233;t&#233; environnante. Cette partie fourmille ainsi de donn&#233;es sur les comportements alimentaires des exil&#233;s lao qui viennent confirmer les observations r&#233;guli&#232;rement faites &#224; propos des migrants. C'est bien de cette &#171; nourriture de l'&#226;me &#187;, &lt;i&gt;soul food&lt;/i&gt; &#8212; comparable &#224; celle que s'invent&#232;rent les anciens esclaves noirs d'Am&#233;rique &#8212; capable d'assurer &#171; une continuit&#233; avec les souvenirs d'enfance et le maintien de rep&#232;res face aux errements de l'identit&#233; li&#233;s &#224; l'&#233;migration &#187; (240) qu'il est question dans toute cette partie de l'ouvrage. &lt;br /&gt; &lt;br /&gt;
Sans doute la facture classique du livre, construit en deux blocs qui distinguent soci&#233;t&#233; locale et diaspora, montre-t-elle ici parfois ses limites. Elle tend en effet &#224; simplifier ou &#224; occulter les relations en r&#233;alit&#233; fort complexes qui rattachent les &#171; Lao de l'int&#233;rieur &#187; et ceux &#171; de l'&#233;tranger &#187;, comme sont nomm&#233;s les &#233;migr&#233;s au Laos. Un aller-retour plus syst&#233;matique des uns aux autres eut sans doute permis de voir plus pr&#233;cis&#233;ment la dynamique des interactions et les jeux d'influence entre eux tous. En isolant de la sorte la population locale de ses expatri&#233;s, ce plan en deux parties produit une repr&#233;sentation dichotomique du temps, o&#249; pass&#233;, pr&#233;sent et futur s'ignorent. Il donne une image fig&#233;e, a-historique des &#171; traditions &#187; &#8212; le terme lui-m&#234;me n'est d'ailleurs jamais discut&#233; &#8212; et r&#233;duit l'entr&#233;e dans la modernit&#233; &#224; un moment de rupture voire de perte. Il ne peut rendre compte des forces de r&#233;sistance au changement ou au contraire d'innovation qui travaillent cette soci&#233;t&#233; lao g&#233;ographiquement enclav&#233;e et de tout temps sujette aux influences de ses voisins.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;
Ce livre n'en reste pas moins un ouvrage de r&#233;f&#233;rence pour la connaissance de l'alimentation lao. Assorti d'un carnet de photos tr&#232;s parlantes et d'un lexique, fort utile, en lao, en phon&#233;tique et en fran&#231;ais, des noms d'aliments, d'ingr&#233;dients et de boissons, de plats et pr&#233;parations, de termes culinaires et alimentaires, d'ustensiles, de proverbes enfin, dictons et expressions li&#233;s &#224; la nourriture &#8212; pour lesquels il faut regretter l'absence de traduction fran&#231;aise &#8212; il repr&#233;sente pour les g&#233;n&#233;rations &#224; venir, et singuli&#232;rement pour celles de la diaspora, une mine d'informations sur leurs traditions culinaires. Au moment o&#249; le tourisme cro&#238;t au Laos &#224; vive allure, au moment o&#249; le pays s'engage dans les &#233;changes mondialis&#233;s, il fait &#339;uvre m&#233;morielle et restitue dans sa coh&#233;rence et sa richesse un syst&#232;me d'alimentation ancestral dont il garde &#224; jamais la trace.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nh1' id='nb1' class='spip_note' title='Notes 1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;Un manque est ici &#224; relever dans les r&#233;f&#233;rences bibliographiques : SAGART Laurent et REVEL Nicole, 1990. &#171; Le riz en Asie du Sud-Est (Atlas du vocabulaire de la plante) &#187;, &lt;i&gt;Cahiers de linguistique - Asie orientale&lt;/i&gt;, 19(1) : 122-124.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>PIETTE Albert, 2011. Fondements &#224; une anthropologie des hommes</title>
		<link>http://www.ethnographiques.org/2012/Denizeau</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.ethnographiques.org/2012/Denizeau</guid>
		<dc:date>2012-02-10T16:14:10Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Denizeau_Laurent</dc:creator>


		<dc:subject>CompteRenduOuvrage</dc:subject>

		<description>Attentifs &#224; faire ressortir des enjeux de sens des situations qu'ils observent, les anthropologues d&#233;crivent le monde comme un lieu de strat&#233;gies sociales, d'&#233;changes contr&#244;l&#233;s de messages toujours pertinents en regard d'un syst&#232;me de repr&#233;sentations, o&#249; l'homme appara&#238;t comme n&#233;cessairement inscrit dans un espace collectif et ne peut &#234;tre compris qu'en regard du r&#244;le qu'il y joue. Les anthropologues portent leur attention sur la relation, le groupe, la (...)

-
&lt;a href="http://www.ethnographiques.org/Comptes-rendus-d-ouvrages" rel="directory"&gt;101. Comptes rendus d'ouvrages&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.ethnographiques.org/CompteRenduOuvrage" rel="tag"&gt;CompteRenduOuvrage&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Attentifs &#224; faire ressortir des enjeux de sens des situations qu'ils observent, les anthropologues d&#233;crivent le monde comme un lieu de strat&#233;gies sociales, d'&#233;changes contr&#244;l&#233;s de messages toujours pertinents en regard d'un syst&#232;me de repr&#233;sentations, o&#249; l'homme appara&#238;t comme n&#233;cessairement inscrit dans un espace collectif et ne peut &#234;tre compris qu'en regard du r&#244;le qu'il y joue. Les anthropologues portent leur attention sur la relation, le groupe, la soci&#233;t&#233;, la culture dans une anthropologie dite &#171; sociale et culturelle &#187;. Dans son dernier ouvrage, &lt;i&gt;Fondements &#224; une anthropologie des hommes&lt;/i&gt;, publi&#233; chez Herman (2011), Albert Piette interroge ce visage actuel de l'anthropologie. Toute l'ambition de ces &lt;i&gt;Fondements&lt;/i&gt; consiste &#224; poser les jalons d'une &#171; anthropologie empirique &#187;, science des hommes, qui ne se circonscrit plus &#224; leurs caract&#233;ristiques sociales et culturelles. La focale est alors ramen&#233;e sur l'homme en tant qu'existant, et non plus seulement &#224; sa dimension interactive de membre d'un groupe, d'une soci&#233;t&#233; ou d'une culture. Si la r&#233;flexion anthropologique s'est construite autour de la notion d'alt&#233;rit&#233; et des probl&#233;matiques de la rencontre et de la diff&#233;rence, Albert Piette nous invite dans son livre &#224; ne pas nous y limiter pour repenser l'homme et ses modalit&#233;s sp&#233;cifiques de pr&#233;sence dans le flux des situations et des instants de l'existence. &lt;br /&gt; &lt;br /&gt;
Ce livre part d'une relecture des postulats majeurs de l'anthropologie comme de l'ethnologie ou de la sociologie, de Durkheim &#224; l'ethnom&#233;thodologie, qui am&#232;ne l'auteur &#224; un constat aux cons&#233;quences &#233;pist&#233;mologiques certaines : l'homme des anthropologues se trouve toujours inscrit dans une dimension collective, &#233;clair&#233; par la conviction de l'existence d'une logique sociale avec ses lois propres et ses significations symboliques. Selon lui, m&#234;me lorsque l'anthropologie se dit attentive au &#171; point de vue de l'indig&#232;ne &#187; (Malinowski, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/backend.php3?id_rubrique=32#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' MALINOWSKI Bronislaw, 1963 (1922). Les Argonautes du Pacifique occidental. Paris, Gallimard.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;1922 : 81-82&lt;/a&gt;), celui-ci ne vaut que comme membre d'une communaut&#233;, tout comme lorsque Goffman porte son attention sur des &#171; comportements mineurs &#187; (Goffman, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/backend.php3?id_rubrique=32#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' GOFFMAN Erving, 1974 (1967). Les rites d'interaction. Paris, Minuit.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;1967 :7&lt;/a&gt;), ceux-ci ne prennent sens qu'en regard des paradigmes d'interaction et de strat&#233;gie. En insistant sur la nature affili&#233;e de l'individu, toute op&#233;ration sociologique, ethnologique ou anthropologique ne r&#233;siste pas &#224; ce processus de collectivisation des individus point&#233; par l'auteur : l'individu se trouve toujours ramen&#233; au c&#339;ur d'un jeu social qui repose sur un accord partag&#233; autour de l'accomplissement de l'action. &lt;br /&gt; &lt;br /&gt;
La grande critique que l'auteur adresse &#224; ces sch&#232;mes de pens&#233;es va concerner l'attention que l'anthropologie porte aux d&#233;tails. Ceux-ci vont supposer une anthropologie o&#249; l'observateur est attentif &#224; faire ressortir les aspects typiques des situations observ&#233;es, susceptibles de participer &#224; la mise en intelligibilit&#233; n&#233;cessaire &#224; l'activit&#233; scientifique. Les d&#233;tails qui font de l'observation une situation toujours singuli&#232;re font alors l'objet d'un tri tr&#232;s (voire trop pour Piette) s&#233;lectif. Leur participation &#224; la construction du discours anthropologique d&#233;pendra de leur force de repr&#233;sentativit&#233; des logiques que l'anthropologue s'attache &#224; faire ressortir de ses observations. Les situations, comme les d&#233;tails, sont &#233;cras&#233;s sous le poids des repr&#233;sentations culturelles qu'on leur pr&#234;te. La singularit&#233; du d&#233;tail comme de la situation dispara&#238;t derri&#232;re sa typicalit&#233;. Albert Piette y voit la grande tentation anthropologique d'une &#171; mise en perspective socio-culturaliste &#187;, d&#233;j&#224; largement &#233;voqu&#233;e depuis &lt;i&gt;Ethnographie de l'action&lt;/i&gt; (&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/backend.php3?id_rubrique=32#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' PIETTE Albert, 1996. Ethnographie de l'action. Paris, M&#233;taili&#233;.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;1996&lt;/a&gt;). Il n'en reste pas au constat mais il synth&#233;tise sous forme de &lt;i&gt;Fondements&lt;/i&gt; un ensemble d'arguments et de propositions m&#233;thodologiques &#233;nonc&#233;s dans ses ouvrages pr&#233;c&#233;dents (notamment &lt;i&gt;Anthropologie existentiale&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Propositions anthropologiques pour refonder la discipline&lt;/i&gt; parus r&#233;ciproquement en &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/backend.php3?id_rubrique=32#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' PIETTE Albert, 2009. Anthropologie existentiale. Paris, P&#233;tra.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2009&lt;/a&gt; et &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/backend.php3?id_rubrique=32#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' PIETTE Albert, 2010. Propositions anthropologiques pour refonder la discipline. Paris, P&#233;tra.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2010&lt;/a&gt; chez P&#233;tra). L'homme peut-il &#234;tre consid&#233;r&#233;, non pas ind&#233;pendamment, mais au-del&#224; de sa dimension relationnelle ? Le pari &#233;pist&#233;mologique auquel nous invite Albert Piette vise &#224; d&#233;passer cette lecture relationniste et culturaliste du v&#233;cu humain. L'anthropologie n'est ni de la sociologie, ni de l'ethnologie. &lt;br /&gt; &lt;br /&gt;
Les &lt;i&gt;Fondements&lt;/i&gt; s'&#233;noncent comme une th&#233;orie de la pr&#233;sence humaine, en r&#233;ponse aux limites des th&#233;ories de l'action dont les paradigmes conduisent &#224; d&#233;sincarner et abstraire le v&#233;cu humain. L'anthropologie se d&#233;finie alors comme &#171; la compr&#233;hension des existences &#187; (&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/backend.php3?id_rubrique=32#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' PIETTE Albert, 2011. Fondements &#224; une anthropologie des hommes. Paris. Hermann.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2011 : 94&lt;/a&gt;). En quoi consiste l'acte humain d'exister ? Pour y r&#233;pondre, Albert Piette convoque une &#171; ph&#233;nom&#233;nographie &#187;, dans laquelle ce n'est pas la relation qui est &#224; d&#233;crire, ni m&#234;me l'activit&#233; observ&#233;e mais une existence singuli&#232;re. Il s'agit d' &#171; observer ce que fait un homme, seul et avec les autres, ce qu'il per&#231;oit, ressent quand il est seul et avec les autres, dans l'ondoiement continu de sa vie &#187; (&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/backend.php3?id_rubrique=32#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' PIETTE Albert, 2011. Fondements &#224; une anthropologie des hommes. Paris. Hermann.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2011 : 99&lt;/a&gt;). On retrouve son int&#233;r&#234;t pour le d&#233;tail mais aussi pour les situations et les trajectoires singuli&#232;res, v&#233;ritable &#171; anthropographie &#187;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nb1' class='spip_note' rel='footnote' title='L'expression est de Sylvaine Camelin, Christine Jungen et Josiane (...)' id='nh1'&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;, &#233;criture d'un homme &#224; travers quelques instants d'existence. Le regard se porte sur un individu qui traverse une diversit&#233; de situations et r&#233;alise toute sorte d'actions, mais dans un choix d'observation o&#249; situations et actions deviennent secondaires. Plut&#244;t que de s'attacher &#224; observer une r&#233;alit&#233; collective, le ph&#233;nom&#233;nographe s'interroge sur des &#233;tats d'esprit, sans voir n&#233;cessairement un rapport de causalit&#233; entre l'&#233;tat mental et l'action, car l'action n'est pas toujours intentionnelle, rationnelle, strat&#233;gique. A la lecture de ces &lt;i&gt;Fondements&lt;/i&gt; &#233;merge une question &#233;pist&#233;mologique : Comment passer de l'&#233;criture d'un homme &#224; l'&#233;criture de l'Homme ? Comment d&#233;passer les individualit&#233;s observ&#233;es ? On s'aper&#231;oit au fil des pages que l'objectif de l'auteur n'est pas la repr&#233;sentativit&#233; des parcours consid&#233;r&#233;s, puisqu'il y voit au contraire la disparition de la singularit&#233;. &lt;br /&gt; &lt;br /&gt;
L'objectif de la ph&#233;nom&#233;nographie est de porter l'attention sur les d&#233;calages de l'homme avec lui-m&#234;me pour s'infiltrer dans le d&#233;tail des modalit&#233;s de sa pr&#233;sence au monde. L'anthropologie propos&#233;e devient passablement individualiste, en opposition aux paradigmes de la sociologie et de l'ethnologie davantage attentifs au lien. Albert Piette r&#233;introduit toutefois du collectif par l'attention port&#233;e &#224; d'autres types de pr&#233;sence. Si la ph&#233;nom&#233;nographie consiste &#224; &#171; d&#233;crire des existences et non des syst&#232;mes de communication socioculturelle, de coordination interactionnelle, d'utilisation appropri&#233;e de diff&#233;rents canaux de communication &#187; (&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/backend.php3?id_rubrique=32#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' PIETTE Albert, 2011. Fondements &#224; une anthropologie des hommes. Paris. Hermann.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2011 : 141&lt;/a&gt;), il n'en reste pas moins qu'au travers de l'observation des mani&#232;res d'&#234;tre l&#224;, le ph&#233;nom&#233;nographe ne peut que conclure au fil des s&#233;quences d'action &#224; la pr&#233;sence d'&#234;tres collectifs. L'auteur propose de parler de copr&#233;sence plus que d'interaction pour souligner que la focale anthropologique propos&#233;e porte sur des &#234;tres pr&#233;sents ensemble plus que du lien et de la relation, incluant la possibilit&#233; de regarder d'autres &#234;tres pr&#233;sents que l'homme : des &#234;tres collectifs comme l'Universit&#233; par exemple, mais aussi des divinit&#233;s, des animaux ou encore des objets, des id&#233;es, de la culture (non comme un ensemble reconstruit mais comme une pr&#233;sence per&#231;ue en situation). Cette anthropologie des pr&#233;sences voit &#233;merger un &#171; ontisme m&#233;thodologique &#187;. Piette va en effet voir dans l'ontologie la science des &#233;tants, de ceux qui sont l&#224; en situation :&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, en plus de suivre un humain dans sa continuit&#233; quotidienne, l'ontisme m&#233;thodologique consiste &#224; partir de non-humains, eux aussi individus &#8211; ceux qui sont per&#231;us, d&#233;sign&#233;s par les gens &#8211; pour les observer dans leur pr&#233;sence et leur existence selon les instants continus et l'encha&#238;nement des situations [&#8230;]. Soit l'observateur est interpell&#233; par une &#171; pr&#233;sence &#187; dont l'effet exc&#232;de le mat&#233;riau brut qui la constituerait et surtout parce qu'elle impose &#224; un moment donn&#233; dans une situation une certaine saillance faisant faire telle action. Ainsi un &#171; autre &#187; &#234;tre est d&#233;couvert par l'observateur lorsqu'il voit un humain en train de s'adresser, selon les paroles de celui-ci, par exemple &#224; une divinit&#233; (&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/backend.php3?id_rubrique=32#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' PIETTE Albert, 2011. Fondements &#224; une anthropologie des hommes. Paris. Hermann.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2011 : 160-161&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;br /&gt;
Bien s&#251;r d'autres anthropologues s'int&#233;ressent aux existants non-humains, Philippe Descola par exemple invite dans &lt;i&gt;Par-del&#224; nature et culture&lt;/i&gt; (&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/backend.php3?id_rubrique=32#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' DESCOLA Philippe, 2005. Par-del&#224; nature et culture. Paris, Gallimard.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2005&lt;/a&gt;) &#224; analyser les relations entre les humains et les autres &#234;tres (les plantes, les dieux, les animaux) mais, selon l'auteur, en termes d'interaction et non de copr&#233;sence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au final, les &lt;i&gt;Fondements&lt;/i&gt; propos&#233;s contribuent, par une relecture &#233;pist&#233;mologique des paradigmes dominants et les propositions qui suivent, &#224; renouveler le regard anthropologique. Albert Piette donne parfois l'impression d'adopter une posture de contre-balancier en r&#233;action aux limites rep&#233;r&#233;es dans les mod&#232;les th&#233;oriques actuels, qui am&#232;nent certains partis-pris &#224; para&#238;tre radicaux, comme celui d'une anthropologie &#171; science des individus &#187;. Cette posture est surtout m&#233;thodologique et insiste sur le fait que l'homme n'est pas constamment dans une dynamique interactionnelle. A ce titre, l'objet de l'anthropologie n'est pas le lien (ce qui l'assimilerait selon l'auteur &#224; la sociologie ou l'ethnologie) mais bien l'homme. Face &#224; cette r&#233;affirmation de l'objet anthropologique, on peut s'interroger sur la port&#233;e heuristique d'une proposition des &lt;i&gt;Fondements&lt;/i&gt; qui encourage une anthropologie attentive aussi bien &#224; l'humain qu'au non-humain : une anthropologie des robots reste-t-elle anthropologique ? Cet obstacle est surmont&#233; si l'on appr&#233;hende cette proposition de nouveau comme une posture m&#233;thodologique au titre d'une approche comparative de diff&#233;rentes mani&#232;res d'&#234;tre pr&#233;sent (qui contribue &#224; faire ressortir la sp&#233;cificit&#233; humaine de l'&#234;tre au monde), ou encore &#224; la mani&#232;re dont les hommes font exister d'autres pr&#233;sences. L'anthropologie peut &#234;tre &#224; ce moment l&#224;, &#171; la science des d&#233;tails de la singularit&#233; comme d&#233;tail, la science descriptive et comparative des &#234;tres du monde &#187; (&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/backend.php3?id_rubrique=32#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' PIETTE Albert, 2011. Fondements &#224; une anthropologie des hommes. Paris. Hermann.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2011 : 201&lt;/a&gt;), une science de l'existence.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nh1' id='nb1' class='spip_note' title='Notes 1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;L'expression est de Sylvaine Camelin, Christine Jungen et Josiane Massard-Vincent (&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/backend.php3?id_rubrique=32#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' CAMELIN Sylvaine, JUNGEN Christine, MASSARD-VINCENT Josiane (dir.), 2011. Portraits. Esquisses anthropographiques. Paris, P&#233;tra.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2011&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;CAMELIN Sylvaine, JUNGEN Christine, MASSARD-VINCENT Josiane (dir.), 2011. &lt;i&gt;Portraits. Esquisses anthropographiques&lt;/i&gt;. Paris, P&#233;tra.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;DESCOLA Philippe, 2005. &lt;i&gt;Par-del&#224; nature et culture&lt;/i&gt;. Paris, Gallimard.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;GOFFMAN Erving, 1974 (1967). &lt;i&gt;Les rites d'interaction&lt;/i&gt;. Paris, Minuit.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;LEVI-STRAUSS Claude, 1958. &lt;i&gt;Anthropologie structurale&lt;/i&gt;. Paris, Plon.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;MALINOWSKI Bronislaw, 1963 (1922). &lt;i&gt;Les Argonautes du Pacifique occidental&lt;/i&gt;. Paris, Gallimard.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;PIETTE Albert, 1996. &lt;i&gt;Ethnographie de l'action&lt;/i&gt;. Paris, M&#233;taili&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;PIETTE Albert, 2009. &lt;i&gt;Anthropologie existentiale&lt;/i&gt;. Paris, P&#233;tra.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;PIETTE Albert, 2010. &lt;i&gt;Propositions anthropologiques pour refonder la discipline&lt;/i&gt;. Paris, P&#233;tra.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;PIETTE Albert, 2011. &lt;i&gt;Fondements &#224; une anthropologie des hommes&lt;/i&gt;. Paris. Hermann.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>10. Visibilit&#233; et invisibilit&#233; du travail dans la mar&#233;chalerie</title>
		<link>http://www.ethnographiques.org/2011/Dolbeau</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.ethnographiques.org/2011/Dolbeau</guid>
		<dc:date>2011-12-23T17:57:21Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Dolbeau_Monique</dc:creator>


		<dc:subject>ArticleNumero</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Actuellement, le mar&#233;chal-ferrant n'est plus forgeron, il utilise des fers pr&#233;fabriqu&#233;s qu'il ajuste. Pourtant, la forge (celle qui consiste &#224; fabriquer un fer &#224; partir du mat&#233;riau brut) continue d'occuper une place centrale dans l'enseignement et les examens professionnels. Cette forge, rarement mise en &#339;uvre dans le travail dit &#171; ordinaire &#187;, donc largement invisible dans l'activit&#233; quotidienne, est mise en lumi&#232;re dans les concours : elle y (re)trouve sa place, s'exprime et se d&#233;voile. Ces manifestations professionnelles &#233;tablissent ainsi une hi&#233;rarchie et concourent &#224; fabriquer une aristocratie. La forge introduit une logique de distinction, sous-tend la pratique des experts et fonctionne toujours comme crit&#232;re discriminant d'excellence dans le m&#233;tier.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://www.ethnographiques.org/Numero-23-decembre-2011-Analyser" rel="directory"&gt;23. Num&#233;ro 23 - d&#233;cembre 2011 Analyser les pr&#233;sences au travail : visibilit&#233;s et invisibilit&#233;s&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.ethnographiques.org/ArticleNumero" rel="tag"&gt;ArticleNumero&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;A blacksmith today is no longer a blacksmith. He or she uses prefabricated
metals which he adjusts to his needs. Nonetheless, the forge which allowed his
or her predecessors to produce iron from raw materials continues to occupy a
central place in training and in professionnal examinations. The forge is
rarely used in work that is qualified as &quot;ordinary work&quot;, and thus remains
largely invisible. However, it reappears in competitions, where it occupies the
limelight and is given a stage on which it can express itself. This article
examines the ways in which professional competitions and tradeshows work to
extablish a kind of aristocracy around the image and reality of the forge.
Forges introduce a logic of distinction and hierarchy in the practice of
professionals, and acts in subtle ways as a discriminatory element in workplace
situations.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;
&lt;a name=&quot;table_des_matieres&quot;&gt;&lt;/a&gt;&lt;div id=&quot;tablematiere&quot;&gt;&lt;h4&gt;Sommaire&lt;/h4&gt;
&lt;ul&gt;&lt;li&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#1&quot;&gt;Introduction&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#2&quot;&gt;I- L'exercice du m&#233;tier actuel : la forge quasi absente&lt;/a&gt;&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#2.1&quot;&gt;Une reconstruction du m&#233;tier&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#2.2&quot;&gt;La pratique dite &#171; ordinaire &#187;&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#3&quot;&gt;II- Les concours de mar&#233;chalerie : la forge au centre&lt;/a&gt;&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#3.1&quot;&gt;Cadre historique&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#3.2&quot;&gt;Existence marginale&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#3.3&quot;&gt;Ode &#224; la forge&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#3.4&quot;&gt;La forge : un statut ambivalent dans le m&#233;tier&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#4&quot;&gt;III- Les concours : le d&#233;voilement de la technique de forge&lt;/a&gt;&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#4.1&quot;&gt;Se montrer et observer&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#4.2&quot;&gt;Fin du culte du secret&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#5&quot;&gt;IV - Mesurer cette part invisible du m&#233;tier &lt;/a&gt;&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#5.1&quot;&gt;Une appr&#233;ciation qualitative&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#5.2&quot;&gt;Une &#233;valuation quantitative&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#6&quot;&gt;V- Les concours ou l'installation d'une hi&#233;rarchie dans le m&#233;tier&lt;/a&gt;&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#6.1&quot;&gt;Un clivage au sein des pratiques&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#6.2&quot;&gt;Fabrication d'une &#233;lite&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#7&quot;&gt;Conclusion : Rendre visible l'invisible&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;/li&gt;&lt;li&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#notes&quot;&gt;Notes&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;li&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#biblio&quot;&gt;Bibliographie&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;div class=&quot;non_flottant_titre&quot;&gt;&lt;a name='1'&gt;&lt;/a&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#tablematiere&quot;&gt;Introduction&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Ce travail se fonde sur une enqu&#234;te de terrain men&#233;e de 2001 &#224; 2006, durant laquelle j'ai accompagn&#233; des mar&#233;chaux-ferrants&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nb1' class='spip_note' rel='footnote' title='J'ai men&#233; une cinquantaine d'entretiens aupr&#232;s d'acteurs (...)' id='nh1'&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt; dans leurs tourn&#233;es quotidiennes, les observant exercer leur m&#233;tier, tout en les &#233;coutant commenter leurs pratiques et me livrer leur vision du monde professionnel. J'ai &#233;galement partag&#233; des week-ends prolong&#233;s et festifs de concours de mar&#233;chalerie, pendant lesquels j'ai aussi recueilli observations et discours sur les pratiques. Des entretiens de type biographique, men&#233;s aupr&#232;s d'anciens mar&#233;chaux-ferrants, ont compl&#233;t&#233; cette enqu&#234;te. Au fil de celle-ci, j'ai &#233;t&#233; amen&#233;e en suivant les diff&#233;rentes pistes &#224; parcourir plusieurs r&#233;gions de France, car la profession est devenue relativement circulante, tel mar&#233;chal exer&#231;ant hier en Alsace se retrouve dans les Pyr&#233;n&#233;es, par exemple.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans ce texte, je m'attache &#224; &#233;tudier le terrain particulier des concours de mar&#233;chalerie. Ils se d&#233;roulent dans un cadre associatif, en marge des activit&#233;s lucratives du m&#233;tier de mar&#233;chal-ferrant. Les techniques de forge y sont particuli&#232;rement mises en lumi&#232;re, et &#171; l'art de forger les fers&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nb2' class='spip_note' rel='footnote' title='Citons un document du haras du Pin (pr&#233;sentation de concours finalement (...)' id='nh2'&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt; &#187; y est c&#233;l&#233;br&#233;, alors que, dans le m&#233;tier quotidien, la forge est quasi absente. Depuis des d&#233;cennies, l'on ne forge plus en effet ni outils ni fers : dans les ferrages dits &#171; ordinaires &#187;, des fers pr&#233;fabriqu&#233;s sont utilis&#233;s, au point qu'il se dit couramment dans le m&#233;tier &#171; qu'on peut &#234;tre un excellent mar&#233;chal-ferrant sans savoir forger &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans les concours, j'examinerai donc comment les techniques de forge sont montr&#233;es, voire exhib&#233;es, quels processus de mesures sont mis en &#339;uvre, et avec quelles cons&#233;quences. La question du but de l'exercice de la forge pour le mar&#233;chal qui s'y adonne n'est ni univoque, ni pleinement claire dans toutes ses implications, ni &lt;i&gt;a fortiori&lt;/i&gt; d&#233;terminante de sa pratique. Mais, au-del&#224; de la description des pratiques, il s'agira d'en comprendre les enjeux dans le contexte plus large de la profession, d'examiner ce qui se joue dans la pr&#233;sence ou l'absence de la forge au sein des activit&#233;s du mar&#233;chal-ferrant, selon qu'il participe ou non &#224; des concours. Je questionnerai ce jeu de visibilit&#233; et d'invisibilit&#233; de la forge, apparemment absente dans le quotidien du m&#233;tier, mais semble-t-il fondatrice de l'excellence professionnelle.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il n'est bien entendu pas question de d&#233;crire le m&#233;tier tout entier &#224; travers ces pratiques de concours, mais elles sont l'occasion de s'interroger sur le statut paradoxal de la forge dans la profession. Cette mise en &#233;vidence ostentatoire de la forge dans les concours appara&#238;t en effet comme un sympt&#244;me d'une situation probl&#233;matique dans le m&#233;tier.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;div class=&quot;non_flottant_titre&quot;&gt;&lt;a name='2'&gt;&lt;/a&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#tablematiere&quot;&gt;I- L'exercice du m&#233;tier actuel : la forge quasi absente&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;/h3&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;div class=&quot;non_flottant_titre&quot;&gt;&lt;a name='2.1'&gt;&lt;/a&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#tablematiere&quot;&gt;Une reconstruction du m&#233;tier&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Pr&#233;cisons d'abord que l'id&#233;e commune selon laquelle le m&#233;tier de mar&#233;chal-ferrant a disparu est fausse. C'est plut&#244;t son ancienne forme qui a disparu lors de la crise de la profession li&#233;e &#224; la m&#233;canisation des campagnes. En effet, au milieu du XX&lt;SUP&gt;&#232;me&lt;/SUP&gt; si&#232;cle, le m&#233;tier de mar&#233;chal-forgeron de village, ancr&#233; dans sa forge, rouage indispensable &#224; l'activit&#233; agricole, se meurt. Le cheval jusque-l&#224; utilis&#233; comme animal de travail est en effet progressivement remplac&#233; par les machines agricoles ; le travail de forge faisant lui aussi d&#233;faut en raison de la fabrication industrielle des outils, les forges ferment.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Toutefois, dans les ann&#233;es 1980, l'effectif &#233;quin augmente dans un nouveau contexte de loisir, ce qui produit une renaissance inesp&#233;r&#233;e du m&#233;tier de mar&#233;chal-ferrant. Mais on a d&#233;sormais moins besoin de forgerons que d'artisans capables de ferrer pr&#233;cis&#233;ment (et &#224; moindre co&#251;t) des chevaux de selle, de loisir, plus d&#233;licats que les chevaux de trait, d'artisans capables de compenser leurs fragilit&#233;s et d&#233;fauts d'aplomb. Ainsi, les pratiques de m&#233;tier se sont reconstruites. Elles sont par exemple devenues itin&#233;rantes : un artisan actuel utilise son camion en guise d'atelier. Et il s'est sp&#233;cialis&#233; : finies les activit&#233;s diversifi&#233;es de forge, le ferrage est devenu l'activit&#233; exclusive du m&#233;tier.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_6695 spip_documents spip_documents_center' &gt;
&lt;dt&gt; &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/IMG/jpg/arDolbeaufig01.jpg&quot; onclick='window.open(&quot;/spip.php?page=document&amp;id_document=6695&quot;,&quot;Figure 1 : Le camion servant d'atelier dans le quotidien - IMG/jpg/arDolbeaufig01.jpg&quot;,&quot;height=774, width=438, top=100, left=100, toolbar=no, menubar=no, location=no, resizable=yes, scrollbars=yes, status=no&quot;); return false;' title='JPEG - 49.6 ko' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt; &lt;img src='http://www.ethnographiques.org/local/cache-vignettes/L235xH348/arDolbeaufig01mn-79f4b.jpg' width='235' height='348' alt='JPEG - 49.6 ko' style='height:348px;width:235px;' /&gt; &lt;/a&gt;
&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='spip_doc_titre' style='width:235px;'&gt;&lt;strong&gt;Figure 1 : Le camion servant d'atelier dans le quotidien &lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class='spip_doc_descriptif' style='width:235px;'&gt;Figure 1 : Le camion servant d'atelier dans le quotidien
&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt; &lt;!-- --&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;div class=&quot;non_flottant_titre&quot;&gt;&lt;a name='2.2'&gt;&lt;/a&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#tablematiere&quot;&gt;La pratique dite &#171; ordinaire &#187;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Depuis des d&#233;cennies, on utilise des fers pr&#233;fabriqu&#233;s en usine, retouch&#233;s au besoin. Cet ajustage, mettant en jeu certaines techniques de travail du fer dans le four &#224; gaz fix&#233; dans le camion (substitut de l'ancien foyer fixe de la forge), sont certes emprunt&#233;es &#224; la forge. Mais cela ne constitue pas la &#171; vraie forge &#187;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nb3' class='spip_note' rel='footnote' title='Les guillemets utilis&#233;s dans l'ensemble du texte indiquent des (...)' id='nh3'&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;, me dit un mar&#233;chal : la vraie forge consiste &#224; forger enti&#232;rement un fer &#224; partir du mat&#233;riau brut, pr&#233;cise-t-il. Or, pour un ferrage dit &#171; ordinaire &#187;, nul besoin de pratiquer la forge (&#171; la vraie &#187;) ; d'ailleurs, &#171; les jeunes ne savent plus forger &#187;, dit-on couramment dans le m&#233;tier.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ainsi, le centre d'int&#233;r&#234;t du mar&#233;chal est d&#233;sormais le cheval, en particulier ses pieds. Comme l'indique un r&#233;f&#233;rentiel professionnel, un mar&#233;chal-ferrant est devenu &#171; un professionnel dans le domaine des pieds du cheval &#187;. Aussi, en une sorte de renversement, les activit&#233;s ancestrales de forge, jadis fondement de l'exercice du m&#233;tier, sont actuellement pratiquement invisibles, parce que quasi absentes des pratiques quotidiennes.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;div class=&quot;non_flottant_titre&quot;&gt;&lt;a name='3'&gt;&lt;/a&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#tablematiere&quot;&gt;II- Les concours de mar&#233;chalerie : la forge au centre&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;/h3&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;div class=&quot;non_flottant_titre&quot;&gt;&lt;a name='3.1'&gt;&lt;/a&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#tablematiere&quot;&gt;Cadre historique&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;De tradition depuis le XIX&lt;SUP&gt;&#232;me&lt;/SUP&gt; si&#232;cle, les concours de mar&#233;chalerie, suspendus &#224; l'aube de la deuxi&#232;me guerre mondiale, ne reprirent pas &#224; la fin de celle-ci : c'&#233;tait l'&#233;poque noire de crise du m&#233;tier. Mais cette pratique reprit ici et l&#224; dans les ann&#233;es 1980 (p&#233;riode de la renaissance de l'activit&#233;), non sans luttes d'influence, dans un m&#233;tier &#233;cartel&#233; entre des tendances modernistes li&#233;es aux changements &#233;conomiques et sociaux, et une tradition encore active. L'enjeu de ces luttes &#233;tait d'&#234;tre cr&#233;dit&#233; de l'initiative de leur r&#233;actualisation, mais aussi de garder la main sur le mod&#232;le adopt&#233; : d'inspiration plut&#244;t pr&#233;sentiste&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nb4' class='spip_note' rel='footnote' title='Dans la profession, les techniques d'inspiration anglo-saxonne sont (...)' id='nh4'&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;, ou bien selon des pratiques tr&#232;s ax&#233;es sur la forge ? Des manifestations se firent concurrence, les unes sous l'impulsion de Franck Besson, mar&#233;chal form&#233; aux techniques anglaises ; les autres sous la houlette de Roger Vissac, pr&#233;sident du syndicat de mar&#233;chalerie de l'&#233;poque, tr&#232;s influent alors. Ce dernier explique qu'il lutta toujours pour que &#171; la forge de tradition dans le m&#233;tier &#187; reste la base de la formation. Il se livrait d'ailleurs volontiers &#224; des d&#233;monstrations de forge &#224; deux marteaux&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nb5' class='spip_note' rel='footnote' title='Deux (ou trois) artisans s'activent alternativement : un frappeur (ou (...)' id='nh5'&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;, fleuron de la tradition, mais aussi technique tr&#232;s spectaculaire. C'est plut&#244;t cette deuxi&#232;me option qui a pr&#233;valu dans les concours, non sans &#233;volutions.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;div class=&quot;non_flottant_titre&quot;&gt;&lt;a name='3.2'&gt;&lt;/a&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#tablematiere&quot;&gt;Existence marginale&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Les concours actuels donnent l'occasion aux mar&#233;chaux de se retrouver et de se mesurer &#224; leurs semblables, dans des sortes de joutes, qui se d&#233;roulent dans une ambiance festive, le plus souvent lors de week-ends prolong&#233;s. Seule une minorit&#233;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nb6' class='spip_note' rel='footnote' title='Une cinquantaine les fr&#233;quentent r&#233;guli&#232;rement, l'effectif &#233;tant de (...)' id='nh6'&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt; de mar&#233;chaux s'adonne &#224; ces comp&#233;titions (&#224; peine 5 % d'entre eux) ; les artisans comp&#233;titeurs les plus assidus, install&#233;s, et des formateurs entra&#238;nent leurs apprentis, gonflant ainsi les effectifs ; on y rencontre aussi quelques &#233;trangers. Des concours analogues existent en Europe et dans le monde, ainsi que des championnats de France, d'Europe et du monde. Par un syst&#232;me de points glan&#233;s &#224; chaque concours, les mieux class&#233;s forment l'&#233;quipe de France qui dispute les championnats du monde de mar&#233;chalerie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ces manifestations sont tr&#232;s peu nombreuses (en 2005, cinq concours importants eurent lieu en France, trois &#224; l'&#233;tranger, dont le championnat du monde, plus quelques comp&#233;titions par &#233;quipes). Elles drainent des concurrents venus des quatre coins de France. Ainsi, d'une comp&#233;tition &#224; l'autre, l'on retrouve &lt;i&gt;grosso modo&lt;/i&gt; les m&#234;mes participants, tant&#244;t juges, tant&#244;t concurrents : c'est ce que l'on peut nommer un tout petit monde. Une enqu&#234;te sommaire n'en r&#233;v&#233;lerait pas l'existence, il s'agit d'une pratique relativement marginale dans la profession : ces concours sont assez peu visibles, et n'attirent pas un tr&#232;s grand public, m&#234;me si l'on y assiste &#224; un v&#233;ritable spectacle.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_6722 spip_documents spip_documents_center' &gt;
&lt;dt&gt; &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/IMG/jpg/arDolbeaufig02.jpg&quot; onclick='window.open(&quot;/spip.php?page=document&amp;id_document=6722&quot;,&quot;Figure 2 : Spectacle de la forge &#224; charbon (en marge du concours, Gap, 2005) - IMG/jpg/arDolbeaufig02.jpg&quot;,&quot;height=771, width=438, top=100, left=100, toolbar=no, menubar=no, location=no, resizable=yes, scrollbars=yes, status=no&quot;); return false;' title='JPEG - 53.3 ko' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt; &lt;img src='http://www.ethnographiques.org/local/cache-vignettes/L235xH346/arDolbeaufig02mn-33168.jpg' width='235' height='346' alt='JPEG - 53.3 ko' style='height:346px;width:235px;' /&gt; &lt;/a&gt;
&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='spip_doc_titre' style='width:235px;'&gt;&lt;strong&gt;Figure 2 : Spectacle de la forge &#224; charbon (en marge du concours, Gap, 2005) &lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class='spip_doc_descriptif' style='width:235px;'&gt;Figure 2 : Spectacle de la forge &#224; charbon (en marge du concours, Gap, 2005)
&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt; &lt;!-- --&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;div class=&quot;non_flottant_titre&quot;&gt;&lt;a name='3.3'&gt;&lt;/a&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#tablematiere&quot;&gt;Ode &#224; la forge&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Pour ce qui nous occupe, on note peu de diff&#233;rences entre les concours nationaux ; les cas des concours de Mont-Dauphin en 2004 et de Gac&#233; en 2005 sont &#224; cet &#233;gard exemplaires.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans les deux manifestations, je suis frapp&#233;e &#224; mon arriv&#233;e par le spectacle des comp&#233;titeurs align&#233;s, forgeant f&#233;brilement des fers en une joyeuse cacophonie. Ce qui est visible (et audible) &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt;, c'est donc bien le travail du fer. Et c'est bien un &lt;i&gt;forgeron au travail&lt;/i&gt; que l'on observe le plus souvent dans la suite de la comp&#233;tition, alors que, dans l'activit&#233; dite &#171; ordinaire &#187;, un mar&#233;chal-ferrant utilise les fers pr&#233;fabriqu&#233;s en usine. Or sont bien visibles ici les transformations successives du m&#233;tal brut : chauff&#233; et rougi, frapp&#233;, &#233;tir&#233; et tourn&#233; &#224; l'aide de coups de marteaux r&#233;p&#233;t&#233;s et pr&#233;cis, puis tremp&#233; dans le seau d'eau... Selon les commentaires d'un ma&#238;tre de forge lors d'un entretien (on nomme ainsi l'enseignant en forge dans une &#233;cole de mar&#233;chalerie) : &#171; c'est l&#224; qu'on voit le travail &#187; ; &#171; l'on voit la transformation du lopin de m&#233;tal, les spectateurs peuvent mesurer le travail&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nb7' class='spip_note' rel='footnote' title='Le terme &quot;travail&quot; est ici pris au sens d'action de l'artisan, (...)' id='nh7'&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt; et aussi admirer les gestes &#187;. Et, ajoute-t-il, le public peut prendre plaisir &#224; voir le feu, le fer rougi, &#224; suivre l'&#233;volution du m&#233;tal chauff&#233;, qui &lt;i&gt;prend forme&lt;/i&gt; sous les coups de marteau du forgeron.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_6697 spip_documents spip_documents_center' &gt;
&lt;dt&gt; &lt;a href=&quot;IMG/jpg/arDolbeaufig03.jpg&quot; onclick='window.open(&quot;/spip.php?page=document&amp;id_document=6697&quot;,&quot;Figure 3 : &#171; &lt;em&gt;C'est l&#224; qu'on voit le travail&lt;/em&gt; &#187; - IMG/jpg/arDolbeaufig03.jpg&quot;,&quot;height=782, width=916, top=100, left=100, toolbar=no, menubar=no, location=no, resizable=yes, scrollbars=yes, status=no&quot;); return false;' title='JPEG - 50 ko' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt; &lt;img src='http://www.ethnographiques.org/local/cache-vignettes/L346xH233/arDolbeaufig03mn-11fd8.jpg' width='346' height='233' alt='JPEG - 50 ko' style='height:233px;width:346px;' /&gt; &lt;/a&gt;
&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='spip_doc_titre' style='width:346px;'&gt;&lt;strong&gt;Figure 3 : &#171; &lt;em&gt;C'est l&#224; qu'on voit le travail&lt;/em&gt; &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class='spip_doc_descriptif' style='width:346px;'&gt;Figure 3 : &#171; &lt;em&gt;C'est l&#224; qu'on voit le travail&lt;/em&gt; &#187;
&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt; &lt;!-- --&gt;
&lt;dl class='spip_document_6698 spip_documents spip_documents_center' &gt;
&lt;dt&gt; &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/IMG/jpg/arDolbeaufig04.jpg&quot; onclick='window.open(&quot;/spip.php?page=document&amp;id_document=6698&quot;,&quot;Figure 4 : Forgeron au travail - IMG/jpg/arDolbeaufig04.jpg&quot;,&quot;height=790, width=918, top=100, left=100, toolbar=no, menubar=no, location=no, resizable=yes, scrollbars=yes, status=no&quot;); return false;' title='JPEG - 42.2 ko' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt; &lt;img src='http://www.ethnographiques.org/local/cache-vignettes/L346xH235/arDolbeaufig04mn-aadd1.jpg' width='346' height='235' alt='JPEG - 42.2 ko' style='height:235px;width:346px;' /&gt; &lt;/a&gt;
&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='spip_doc_titre' style='width:346px;'&gt;&lt;strong&gt;Figure 4 : Forgeron au travail&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class='spip_doc_descriptif' style='width:346px;'&gt;Figure 4 : Forgeron au travail
&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt; &lt;!-- --&gt;
&lt;p&gt;La forge est omnipr&#233;sente dans ce contexte. Se succ&#232;dent en effet g&#233;n&#233;ralement cinq &#224; sept &#233;preuves (selon les cat&#233;gories), dans lesquelles il s'agit quasi exclusivement de forge. Citons un concurrent : &#171; dans les concours, sur cinq &#233;preuves, il y a quatre &#233;preuves de forge, et m&#234;me quatre et demi, puisque la ferrure, c'est une &#233;preuve de forge aussi &#187;. Une unique &#233;preuve est en effet consacr&#233;e au ferrage, c'est &lt;i&gt;la seule&lt;/i&gt; qui ressemble &#224; ce qu'un mar&#233;chal doit r&#233;aliser au cours de son travail quotidien. Mais les concurrents doivent auparavant enti&#232;rement forger leurs deux fers avant de les appliquer sur le sabot, ce qui en fait &#233;galement une &#233;preuve de forge. Un organisateur justifie cela par des consid&#233;rations techniques (difficult&#233; d'emmener le nombre de chevaux n&#233;cessaires, raisons de s&#233;curit&#233;&#8230;). Cela suffit-il toutefois &#224; expliquer ces pratiques ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En effet, s'il est annonc&#233; dans les concours qu'il s'agit &#171; de faire progresser le m&#233;tier au plus haut niveau &#187; (je cite un cadre de la profession), c'est en faisant &#233;voluer la forge. Elle y est con&#231;ue comme &#171; l'essence du m&#233;tier &#187; ; sa place pr&#233;pond&#233;rante n'y est jamais remise en question, alors que, dans le domaine des courses, des mati&#232;res plastiques commencent &#224; appara&#238;tre pour chausser le cheval. Ainsi, on observe un autre contraste, sur le plan synchronique cette fois : la forge, quasi absente des pratiques quotidiennes, est mise en lumi&#232;re de fa&#231;on centrale dans le cadre de ces concours.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;div class=&quot;non_flottant_titre&quot;&gt;&lt;a name='3.4'&gt;&lt;/a&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#tablematiere&quot;&gt;La forge : un statut ambivalent dans le m&#233;tier&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;La question du statut de la forge (&#171; la vraie forge &#187;) dans la profession m'a &#233;t&#233; tr&#232;s clairement pos&#233;e, subitement et de fa&#231;on v&#233;h&#233;mente, par un artisan qui se disait &#171; mar&#233;chal de tous les jours &#187;. Ceci, au creux d'un apr&#232;s-midi, alors que je l'accompagnais dans sa tourn&#233;e depuis le petit matin sans interruption, dans un moment o&#249; il abandonna un discours un peu st&#233;r&#233;otyp&#233;, soit par fatigue soit d&#233;lib&#233;r&#233;ment. De fa&#231;on presque rageuse, il me dit alors que, dans les concours, les stages de formation continue, et les examens professionnels, on pratiquait selon lui trop la forge, on lui donnait une place vraiment exag&#233;r&#233;e&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nb8' class='spip_note' rel='footnote' title='Il le formule de fa&#231;on parfois virulente : &#171; Par contre dans le BTM (brevet (...)' id='nh8'&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;. Il contestait sa l&#233;gitimit&#233; comme crit&#232;re d'excellence et revendiquait la possibilit&#233; pour un &#171; mar&#233;chal de tous les jours &#187; (comme lui) d'&#234;tre reconnu comme excellent, sans pour autant &#234;tre expert en forge. Cette forge, il la rejetait alors (non sans provocation) dans le domaine du loisir, l'assimilant &#224; un sport, au sens anglo-saxon du terme. Selon lui, les comp&#233;titeurs &#171; sont d'excellents forgerons, ils sont beaucoup forgerons &#187; (&#8230;), &#171; je n'ai rien contre les concours de mar&#233;chalerie, c'est ce que je dis, moi, je fais de l'enduro, et j'adore &#231;a ! Apr&#232;s tout, &lt;i&gt;chacun son sport&#8230;&lt;/i&gt; Mais les concours de mar&#233;chalerie, c'est absolument &lt;i&gt;pas repr&#233;sentatif du m&#233;tier qu'on a tous les jours&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et de se moquer des comp&#233;titeurs qui forgent tant et tant de fers : &#171; Ils en ont des piles et des tas chez eux. Ils en placardent les murs de leur atelier ... &#187;. Ces fers ne servent &#224; rien d'autre qu'&#224; s'entra&#238;ner puisqu'ils sont bien trop compliqu&#233;s, dit-il, &#171; ils sont imposables &#187; (ie : impossibles &#224; poser sur le sabot). &#192; cette &#171; forge des concours &#187; qu'il disqualifie (&#171; c'est taper de la ferraille &#187;), il oppose ainsi &#171; l'activit&#233; de tous les jours &#187; qui, elle, est &#171; utile &#187; aux mar&#233;chaux pour l'exercice de leur m&#233;tier. Pourtant, cette &#171; forge de tous les jours &#187;&#8230; &#171; s'apprend sur le tas &#187;, alors qu'elle &#171; devrait &#234;tre enseign&#233;e dans les &#233;coles &#187;, &#224; la place de la &#171; forge des concours &#187;. Il oppose donc &#171; le mar&#233;chal des concours &#187; au &#171; mar&#233;chal de tous les jours &#187;, en une sorte de typification endog&#232;ne&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nb9' class='spip_note' rel='footnote' title='Cette typification (Sch&#252;tz, 1998) est commun&#233;ment &#224; l'&#339;uvre dans (...)' id='nh9'&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_6699 spip_documents spip_documents_center' &gt;
&lt;dt&gt; &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/IMG/jpg/arDolbeaufig05.jpg&quot; onclick='window.open(&quot;/spip.php?page=document&amp;id_document=6699&quot;,&quot;Figure 5 : Des &#171; mar&#233;chaux de concours &#187; - IMG/jpg/arDolbeaufig05.jpg&quot;,&quot;height=790, width=916, top=100, left=100, toolbar=no, menubar=no, location=no, resizable=yes, scrollbars=yes, status=no&quot;); return false;' title='JPEG - 72.2 ko' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt; &lt;img src='http://www.ethnographiques.org/local/cache-vignettes/L346xH236/arDolbeaufig05mn-64a63.jpg' width='346' height='236' alt='JPEG - 72.2 ko' style='height:236px;width:346px;' /&gt; &lt;/a&gt;
&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='spip_doc_titre' style='width:346px;'&gt;&lt;strong&gt;Figure 5 : Des &#171; mar&#233;chaux de concours &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class='spip_doc_descriptif' style='width:346px;'&gt;Figure 5 : Des &#171; mar&#233;chaux de concours &#187;
&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt; &lt;!-- --&gt;
&lt;dl class='spip_document_6700 spip_documents spip_documents_center' &gt;
&lt;dt&gt; &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/IMG/jpg/arDolbeaufig06.jpg&quot; onclick='window.open(&quot;/spip.php?page=document&amp;id_document=6700&quot;,&quot;Figure 6 : Un &#171; mar&#233;chal de tous les jours - IMG/jpg/arDolbeaufig06.jpg&quot;,&quot;height=792, width=922, top=100, left=100, toolbar=no, menubar=no, location=no, resizable=yes, scrollbars=yes, status=no&quot;); return false;' title='JPEG - 94.6 ko' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt; &lt;img src='http://www.ethnographiques.org/local/cache-vignettes/L346xH235/arDolbeaufig06mn-b0506.jpg' width='346' height='235' alt='JPEG - 94.6 ko' style='height:235px;width:346px;' /&gt; &lt;/a&gt;
&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='spip_doc_titre' style='width:346px;'&gt;&lt;strong&gt;Figure 6 : Un &#171; mar&#233;chal de tous les jours &lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class='spip_doc_descriptif' style='width:346px;'&gt;Figure 6 : Un &#171; mar&#233;chal de tous les jours
&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt; &lt;!-- --&gt;
&lt;p&gt;Pour exercer son m&#233;tier, inutile selon lui d'apprendre la &#171; vraie forge &#187;. En effet, lance-t-il, dans l'activit&#233; ordinaire &#171; on ne forge plus ! &#187; ou tr&#232;s peu ; la preuve en est que les jeunes &#171; ne savent pas forger ! &#187;. Il est toutefois ambivalent, car il n'en admire pas moins cette forge dont il conteste la place&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nb10' class='spip_note' rel='footnote' title='Lorsqu'il s'agit de la forge, le ton qu'il emploie est (...)' id='nh10'&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;div class=&quot;non_flottant_titre&quot;&gt;&lt;a name='4'&gt;&lt;/a&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#tablematiere&quot;&gt;III- Les concours : le d&#233;voilement de la technique de forge&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;/h3&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;div class=&quot;non_flottant_titre&quot;&gt;&lt;a name='4.1'&gt;&lt;/a&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#tablematiere&quot;&gt;Se montrer et observer&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Pendant toute la dur&#233;e du concours, les &#233;preuves se succ&#232;dent sans temps mort pour les spectateurs : les concurrents d'une m&#234;me cat&#233;gorie travaillent simultan&#233;ment sous leurs yeux, dans un espace r&#233;duit, o&#249; trois cat&#233;gories se succ&#232;dent (d&#233;nomm&#233;es novice, interm&#233;diaire, ou professionnelle), ce qui offre un temps de r&#233;cup&#233;ration aux concurrents. Ils discutent alors entre coll&#232;gues &#8212; l&#224;, en spectateurs, ou &#224; la buvette &#8212; et &lt;i&gt;regardent&lt;/i&gt; d'autres comp&#233;titeurs. Ils y passent le plus clair de leur temps libre. Dans le public, des mar&#233;chaux ne perdent rien du spectacle. Cette organisation met ainsi les participants &lt;i&gt;en situation&lt;/i&gt; d'&#233;changer et d'observer.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_6701 spip_documents spip_documents_center' &gt;
&lt;dt&gt; &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/IMG/jpg/arDolbeaufig07.jpg&quot; onclick='window.open(&quot;/spip.php?page=document&amp;id_document=6701&quot;,&quot;Figure 7 : Concurrents align&#233;s offerts au regard du public - IMG/jpg/arDolbeaufig07.jpg&quot;,&quot;height=776, width=900, top=100, left=100, toolbar=no, menubar=no, location=no, resizable=yes, scrollbars=yes, status=no&quot;); return false;' title='JPEG - 103.3 ko' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt; &lt;img src='http://www.ethnographiques.org/local/cache-vignettes/L346xH234/arDolbeaufig07mn-68de1.jpg' width='346' height='234' alt='JPEG - 103.3 ko' style='height:234px;width:346px;' /&gt; &lt;/a&gt;
&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='spip_doc_titre' style='width:346px;'&gt;&lt;strong&gt;Figure 7 : Concurrents align&#233;s offerts au regard du public&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class='spip_doc_descriptif' style='width:346px;'&gt;Figure 7 : Concurrents align&#233;s offerts au regard du public
&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt; &lt;!-- --&gt;
&lt;p&gt;Celui qui discute en se tenant devant les concurrents align&#233;s, embrasse d'un coup d'&#339;il les styles de chacun, les fa&#231;ons d'agir, les positions de corps, les gestes, les outils. Citons &#224; cet &#233;gard un document du Haras du Pin, &#233;labor&#233; pour pr&#233;senter un projet de concours : &#171; les concours sont tr&#232;s instructifs sur le plan technique, et c'est bien l&#224; aussi l'un des avantages d'exercer un m&#233;tier manuel, car le fait de regarder quelqu'un &#233;voluer &#224; la forge ou &#224; la ferrure peut nous &#234;tre d'une grande utilit&#233; tant sur le positionnement des mains que sur la fa&#231;on de poser le fer sur l'enclume, afin de pouvoir reproduire les fers (ou leurs particularit&#233;s) en entreprise ou lors d'un autre concours &#187;. Le concours est ainsi le lieu d'une formation par l'exemple, o&#249; le spectacle des concurrents chevronn&#233;s dans un domaine sert aux autres ; m&#234;me les plus avanc&#233;s gagnent &#224; prendre conscience de leurs erreurs &#224; travers celles qu'ils rep&#232;rent chez les autres. Chacun peut s'impr&#233;gner des techniques employ&#233;es : strat&#233;gies, choix, proc&#233;d&#233;s, mais aussi gestes, postures de corps, tempo, ordre des op&#233;rations.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;div class=&quot;non_flottant_titre&quot;&gt;&lt;a name='4.2'&gt;&lt;/a&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#tablematiere&quot;&gt;Fin du culte du secret&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;/h4&gt; &lt;dl class='spip_document_6702 spip_documents spip_documents_center' &gt;
&lt;dt&gt; &lt;a href=&quot;IMG/jpg/arDolbeaufig08.jpg&quot; onclick='window.open(&quot;/spip.php?page=document&amp;id_document=6702&quot;,&quot;Figure 8 : Etre &lt;em&gt;vu&lt;/em&gt; - IMG/jpg/arDolbeaufig08.jpg&quot;,&quot;height=792, width=920, top=100, left=100, toolbar=no, menubar=no, location=no, resizable=yes, scrollbars=yes, status=no&quot;); return false;' title='JPEG - 66.4 ko' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt; &lt;img src='http://www.ethnographiques.org/local/cache-vignettes/L346xH235/arDolbeaufig08mn-ec3a6.jpg' width='346' height='235' alt='JPEG - 66.4 ko' style='height:235px;width:346px;' /&gt; &lt;/a&gt;
&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='spip_doc_titre' style='width:346px;'&gt;&lt;strong&gt;Figure 8 : Etre &lt;em&gt;vu&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class='spip_doc_descriptif' style='width:346px;'&gt;Figure 8 : Etre &lt;em&gt;vu&lt;/em&gt;
&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt; &lt;!-- --&gt;
&lt;dl class='spip_document_6703 spip_documents spip_documents_center' &gt;
&lt;dt&gt; &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/IMG/jpg/arDolbeaufig09.jpg&quot; onclick='window.open(&quot;/spip.php?page=document&amp;id_document=6703&quot;,&quot;Figure 9 : Gestes de forge - IMG/jpg/arDolbeaufig09.jpg&quot;,&quot;height=792, width=920, top=100, left=100, toolbar=no, menubar=no, location=no, resizable=yes, scrollbars=yes, status=no&quot;); return false;' title='JPEG - 54.9 ko' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt; &lt;img src='http://www.ethnographiques.org/local/cache-vignettes/L346xH235/arDolbeaufig09mn-0a045.jpg' width='346' height='235' alt='JPEG - 54.9 ko' style='height:235px;width:346px;' /&gt; &lt;/a&gt;
&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='spip_doc_titre' style='width:346px;'&gt;&lt;strong&gt;Figure 9 : Gestes de forge&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class='spip_doc_descriptif' style='width:346px;'&gt;Figure 9 : Gestes de forge
&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt; &lt;!-- --&gt;
&lt;p&gt;Ces concours, o&#249; chaque mar&#233;chal se met quasiment en sc&#232;ne, pour &#234;tre vu dans sa pratique de forge, rompent avec une tradition du secret de m&#233;tier : les secrets de forge. En effet, &#171; les anciens transmettaient leurs secrets de m&#233;tier sur leur lit de mort &#224; leur fils et encore ! &#187;, me lance un artisan mar&#233;chal dont le grand-p&#232;re &#233;tait lui-m&#234;me mar&#233;chal-forgeron. Dans les entretiens, &#171; les anciens &#187; m'ont &#233;t&#233; d&#233;peints comme &#171; brusques, bourrus &#187;, ils n'aimaient pas, me dit-on&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nb11' class='spip_note' rel='footnote' title='Cela m'ayant &#233;t&#233; dit dans bien des entretiens, j'use ici du &#171; (...)' id='nh11'&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;, &#233;changer, persuad&#233;s qu'ils &#233;taient que les techniques de forge traditionnelles &#233;taient les meilleures. Ils me sont aussi d&#233;crits comme &#171; jaloux de leurs tours de main &#187;, se cachant pour les ex&#233;cuter. Ce portrait des &#171; anciens &#187; fait &#233;cho &#224; une caract&#233;ristique pr&#233;sente dans les fondements mythiques du m&#233;tier, &#224; savoir les secrets initiatiques&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nb12' class='spip_note' rel='footnote' title='Voir &#224; ce sujet Forgerons et alchimistes, Eliade M, 1979, qui donne de (...)' id='nh12'&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;, transmis par voie h&#233;r&#233;ditaire. La transmission du m&#233;tier, en vigueur encore&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nb13' class='spip_note' rel='footnote' title='La transmission familiale de m&#233;tier se perd progressivement depuis la (...)' id='nh13'&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt; au XIX&lt;sup&gt;&#232;me&lt;/sup&gt; si&#232;cle, s'op&#233;rait le plus souvent dans la famille. Il importait de pr&#233;server les secrets de forge : c'&#233;tait le fondement du travail, le bien le plus pr&#233;cieux. Au d&#233;but du XX&lt;sup&gt;&#232;me&lt;/sup&gt; si&#232;cle, cette transmission s'effectuait dans le groupe local : un patron sans descendance d&#233;sireuse de reprendre la forge, vendait assez souvent sa client&#232;le &#224; un ancien apprenti ou &#224; un ouvrier qu'il avait initi&#233;, m&#234;me si cela n'&#233;tait pas une r&#232;gle absolue. Ces usages ont disparu avec la crise de la profession. D'apr&#232;s un mar&#233;chal influent dans la profession, l'&#233;tat d'esprit d'ouverture et d'&#233;change, qui r&#232;gne dans les concours, manifeste un r&#233;el progr&#232;s, et constraste avec le pass&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La situation actuelle semble donc paradoxale. En assurant, en quelque sorte, la r&#233;actualisation de l'ancien m&#233;tier et des techniques ancestrales de la forge, menac&#233;es au quotidien, dans le cadre public des concours, les mar&#233;chaux actuels ach&#232;vent de rompre avec le mode de transmission de jadis. Fini le culte du secret, finie la transmission dans la seule proximit&#233; v&#233;cue comme &#171; naturelle &#187; (Salmona, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('SALMONA Mich&#232;le, 1994. Les paysans fran&#231;ais. Le travail, les m&#233;tiers, la transmission des savoirs, Paris, L'Harmattan.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;1994&lt;/a&gt;). Les concurrents montrent, et se montrent, exhibent leurs gestes. Ils d&#233;voilent leurs &#171; secrets de forge &#187; &#224; qui concourt, ou assiste en spectateur. Le message des meilleurs est : je montre, puis tu fais&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nb14' class='spip_note' rel='footnote' title='Expression emprunt&#233;e &#224; un mar&#233;chal dans un autre contexte : &#171; Il m'a (...)' id='nh14'&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;. Celui qui s'initie met &#224; profit cette courte parenth&#232;se dans sa vie professionnelle, qui remplace un apprentissage par lente impr&#233;gnation, et a lieu dans ce cadre public, qui n'est plus celui de la famille ni de l'entourage proche.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette rupture est-elle toutefois si &#233;tonnante ? Ant&#233;rieurement, les savoirs les plus pr&#233;cieux concernaient la forge. Les maintenir &#224; l'abri des concurrents &#233;tait un enjeu essentiel : elle constituait le c&#339;ur du m&#233;tier, et ces secrets de forge circulaient avec les biens (l'atelier de forge accol&#233;e &#224; la maison, la client&#232;le). Aujourd'hui, il n'y a plus d'enjeu &#224; veiller jalousement sur eux, l'activit&#233; de forge &#233;tant devenue marginale dans le m&#233;tier, et m&#234;me de plus en plus menac&#233;e avec l'introduction des mati&#232;res plastiques dans le domaine des courses. Il est donc devenu au contraire important d'y initier les jeunes dans les concours, de les convertir en quelque sorte &#224; la forge.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;div class=&quot;non_flottant_titre&quot;&gt;&lt;a name='5'&gt;&lt;/a&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#tablematiere&quot;&gt;IV - Mesurer cette part invisible du m&#233;tier &lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;/h3&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;div class=&quot;non_flottant_titre&quot;&gt;&lt;a name='5.1'&gt;&lt;/a&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#tablematiere&quot;&gt;Une appr&#233;ciation qualitative&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Dans ces concours, des appr&#233;ciations pointant des valeurs circulent sans cesse : on parle de &#171; bon mar&#233;chal &#187;, de &#171; m&#233;tier complet &#187;, de &#171; bon pied &#187;, de &#171; beau fer &#187;, de &#171; bonne r&#233;alisation &#187;, de &#171; ma&#238;trise &#187;, d'&#171; habilet&#233; technique &#187;, de &#171; coup de main &#187;, de &#171; coup d'&#339;il &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Le &#171; bon fer &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Lors d'un concours (celui de Gac&#233;), je demande &#224; assister &#224; l'&#233;valuation. Voici ce que j'observe au cours de l'&#233;preuve nomm&#233;e &#171; &#339;il de lynx &#187;. Il s'agit de forger en un temps limit&#233; un fer s'adaptant &#224; un sabot, montr&#233; pendant 20 secondes seulement &#224; chacun des candidats. Ceux-ci n'ont pas le droit de le toucher. Ici, c'est un prototype en bois reproduisant un sabot qui est pr&#233;sent&#233;. Les deux examinateurs disposent tous les fers r&#233;alis&#233;s sur une longue table, leurs feuilles comportent les grilles d'&#233;valuation, avec le &#171; bar&#232;me &#187; (qu'il leur arrive de modifier s'ils le jugent mal fait). Ils n'ont pas acc&#232;s au nom des candidats, mais au num&#233;ro not&#233; sur le fer.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; Les meilleures r&#233;alisations &#187;, disent-ils, sont celles dont la forme et la taille s'adaptent le mieux au gabarit et qui sont les plus proches de la &#171; perfection &#187;. Ils commencent par trier les fers selon qu'il s'agit ou non du &#171; bon pied&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nb15' class='spip_note' rel='footnote' title='Un pied droit ou gauche se reconna&#238;t car la courbure est plus importante &#224; (...)' id='nh15'&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt; &#187;. Certains concurrents se sont tromp&#233;s de pied (gauche au lieu de droit), ce qui leur vaut une note nulle. En voyant les erreurs nombreuses, on prend conscience de la difficult&#233;. Des fers ne s'adaptent pas, d'autres ont la bonne forme, mais non la bonne longueur, ou d&#233;passent trop du gabarit, ou sont trop petits, etc. Les juges tiennent compte du forgeage, de l'&#233;tampage (ie. la place des trous). Les clous doivent pouvoir entrer dans chaque trou, et ceux-ci ne doivent pas tomber &#224; l'ext&#233;rieur du sabot lorsqu'on y applique le fer : c'est la &#171; bonne place &#187; de la garniture, c'est-&#224;-dire le d&#233;bord du fer. Les juges &#233;valuent aussi la place des pin&#231;ons, la perfection des soudures, et la finition : un fer doit &#234;tre tr&#232;s lisse, ne plus porter la trace des coups de marteau.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les juges appr&#233;cient et remarquent rapidement tout cela d'un &#171; coup d'&#339;il &#187;, mais ils s'aident aussi du toucher pour mieux estimer la finition : on les voit caresser les fers de la main, les tourner et les retourner, manifestant ainsi l'importance des divers sens dans la formation du jugement. Les crit&#232;res eux-m&#234;mes sont qualitatifs : la &#171; technique &#187;, la bonne place, la bonne forme, l'aspect lisse, la perfection, la beaut&#233;, le &#171; bon travail &#187;, la finition, l'esth&#233;tique, etc.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Le &#171; bon mar&#233;chal &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Une certaine conception de ce qu'est un &#171; bon mar&#233;chal &#187; semble partag&#233;e dans ce contexte. Un artisan ex-comp&#233;titeur, formateur, faisant partie des cadres de la profession, d&#233;cline ainsi ce qu'il doit savoir :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://www.ethnographiques.org/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; ma&#238;triser la forge, en particulier, &#234;tre capable de forger les fers : &#171; &#234;tre capable de forger les fers, et de les poser sur le cheval, c'est &#231;a l'&#233;panouissement du m&#233;tier, du m&#233;tier complet, car ceux qui ne le savent pas sont handicap&#233;s, ils sont limit&#233;s aux produits manufactur&#233;s. Ils n'ont pas la libert&#233; que donne la comp&#233;tence, et ils sont limit&#233;s. Pour certains probl&#232;mes, ils auront du mal &#187;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://www.ethnographiques.org/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; poss&#233;der une bonne connaissance du cheval dans son ensemble, dans son approche, dans sa contention.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://www.ethnographiques.org/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; poss&#233;der une bonne connaissance anatomique et biom&#233;canique du doigt du cheval et, si possible, de l'ensemble du corps du cheval : &#171; il faut focaliser sur le doigt, ses articulations, comment &#231;a fonctionne, et quels sont les &#233;l&#233;ments anatomiques sollicit&#233;s, en fonction des gestes et des allures, etc. &#187;, poursuit ce responsable de formation continue. Ainsi, le &#171; bon mar&#233;chal &#187; doit se montrer capable d'activer, selon les situations, les comp&#233;tences que poss&#232;de le forgeron, le podologue, et l'homme de cheval, selon un mod&#232;le du &#171; &lt;i&gt;m&#233;tier complet&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_6704 spip_documents spip_documents_center' &gt;
&lt;dt&gt; &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/IMG/jpg/arDolbeaufig10.jpg&quot; onclick='window.open(&quot;/spip.php?page=document&amp;id_document=6704&quot;,&quot;Figure 10 : le &#171; m&#233;tier complet &#187; - IMG/jpg/arDolbeaufig10.jpg&quot;,&quot;height=782, width=918, top=100, left=100, toolbar=no, menubar=no, location=no, resizable=yes, scrollbars=yes, status=no&quot;); return false;' title='JPEG - 54.1 ko' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt; &lt;img src='http://www.ethnographiques.org/local/cache-vignettes/L346xH232/arDolbeaufig10mn-f696b.jpg' width='346' height='232' alt='JPEG - 54.1 ko' style='height:232px;width:346px;' /&gt; &lt;/a&gt;
&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='spip_doc_titre' style='width:346px;'&gt;&lt;strong&gt;Figure 10 : le &#171; m&#233;tier complet &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class='spip_doc_descriptif' style='width:346px;'&gt;Figure 10 : le &#171; m&#233;tier complet &#187;
&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt; &lt;!-- --&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le &#171; m&#233;tier complet &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Voici ce que nous dit &#224; son propos un responsable proche du milieu des concours :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p&gt;
&#171; Les concours sont bas&#233;s sur la recherche de la dext&#233;rit&#233;, il s'agit de tendre vers l'apog&#233;e du m&#233;tier, d'affiner le m&#233;tier &#224; son maximum. Car le m&#233;tier &#224; la base, &lt;i&gt;c'est de la forge appliqu&#233;e sur un cheval&lt;/i&gt;. Car pouvoir acheter des fers m&#233;caniques, fabriqu&#233;s en usine, c'est un raccourci. Faut pas dire qu'il est glorieux ou pas glorieux de le faire, mais les gens qui aiment &lt;i&gt;vraiment&lt;/i&gt; leur m&#233;tier &#224; fond, ils vont dire : &#171; moi je pr&#233;f&#232;re forger des fers pour le cheval, pour un cas&#8230; &lt;br /&gt;
&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;&lt;code class='spip_code' dir='ltr'&gt;-&lt;/code&gt;&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt; Est-ce qu'il est en danger le m&#233;tier complet ?&lt;br /&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;&lt;code class='spip_code' dir='ltr'&gt;-&lt;/code&gt;&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt; Non, je ne pense pas, surtout gr&#226;ce &#224; ces comp&#233;titions d'ailleurs, surtout gr&#226;ce &#224; ces comp&#233;titions. Plut&#244;t que de bricoler des fers m&#233;caniques pour les transformer [dans le cas de fers th&#233;rapeutiques], ils les forgent compl&#232;tement&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Examinons ce propos : &#171; le m&#233;tier &#224; la base, &lt;i&gt;c'est de la forge appliqu&#233;e sur un cheval&lt;/i&gt; &#187;. La forge est con&#231;ue ici comme l'essence du m&#233;tier, malgr&#233; les changements intervenus. Voyons comment cette position est justifi&#233;e : tout mar&#233;chal-ferrant incapable de forger lui-m&#234;me ses fers serait certes un professionnel, peut-&#234;tre m&#234;me excellent dans son domaine, dans la mar&#233;chalerie dite &#171; &lt;i&gt;d'entreprise&lt;/i&gt; &#187;, la pratique &#171; ordinaire &#187;, entendue comme un domaine restrictif. Mais c'est un professionnel &lt;i&gt;incomplet&lt;/i&gt;, qui ne peut s'adonner &#224; toutes les activit&#233;s parfois requises, m&#234;me si elles sont rares ; il n'aurait pas la libert&#233; de choix que donne une &lt;i&gt;comp&#233;tence&lt;/i&gt; (Stroobants, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('STROOBANTS Marcelle, 1993. Savoir faire et comp&#233;tence au travail, Bruxelles, Editions de l'Universit&#233; de Bruxelles.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;1993&lt;/a&gt; ; Dupray et alii, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('DUPRAY Arnaud, GUTTON Christophe &amp; MONCHATRE Sylvie, 2003. R&#233;fl&#233;chir la comp&#233;tence, Toulouse, Octar&#232;s.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2003&lt;/a&gt;) dans toutes les facettes possibles du m&#233;tier. Si le besoin se fait sentir d'une forme particuli&#232;re de fer, pour un ferrage sp&#233;cial ou th&#233;rapeutique, il est contraint d'en commander un, d'une forme approchante. Il n'a pas la libert&#233; de le forger comme il veut, et quand il le juge utile. Il ne peut pas donner tout son sens &#224; son m&#233;tier, ni en avoir une vision suffisamment globale, estime-t-il enfin.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ainsi, au-del&#224; des savoirs de forge sauvegard&#233;s, recycl&#233;s, affin&#233;s et transmis dans le cadre des concours, c'est une &lt;i&gt;d&#233;finition du m&#233;tier&lt;/i&gt; qui est d&#233;fendue et propag&#233;e. Celle d'un professionnel, capable de mener toutes les op&#233;rations n&#233;cessaires au ferrage d'un cheval, du d&#233;but &#224; la fin de la cha&#238;ne, depuis la forge du fer (production), jusqu'&#224; sa pose sur l'animal (action), et qui est donc autonome par rapport &#224; la production des fers industriels&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nb16' class='spip_note' rel='footnote' title='L'artisanat, dont rel&#232;ve la mar&#233;chalerie, n'est pas pris dans (...)' id='nh16'&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;. Que le bon professionnel doive ma&#238;triser &#224; la fois les techniques de forge, dans toute leur complexit&#233;, et celles du ferrage dans toute leur finesse actuelle, est une mani&#232;re d'installer le mod&#232;le du m&#233;tier complet comme le seul qui vaille, et l'unique mani&#232;re de progresser dans le m&#233;tier. La compl&#233;tude de m&#233;tier est ainsi pos&#233;e comme le mod&#232;le d'excellence, avec la forge pour crit&#232;re discriminant.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si chaque d&#233;finition du m&#233;tier engage une hi&#233;rarchie sp&#233;cifique entre les savoirs du feu et les savoirs de l'animal, tous les degr&#233;s s'observent entre ceux qui assurent que &#171; pour faire un bon mar&#233;chal, il faut avant tout &#234;tre un bon forgeron &#187;, ou qu'au contraire &#171; un mar&#233;chal peut &#234;tre excellent sans savoir forger &#187;.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;div class=&quot;non_flottant_titre&quot;&gt;&lt;a name='5.2'&gt;&lt;/a&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#tablematiere&quot;&gt;Une &#233;valuation quantitative&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;En comp&#233;tition, le probl&#232;me est toutefois de rendre mesurables ces qualit&#233;s. Les juges arbitres des concours et les organisateurs s'y efforcent, en pr&#233;cisant et en hi&#233;rarchisant les crit&#232;res, en &#233;tablissant des bar&#232;mes situant leur importance relative, m&#234;me si la mesure est toujours le produit d'une &lt;i&gt;appr&#233;ciation sensitive et qualitative&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Examinons le poids relatif des notes : les consid&#233;rations techniques suffisent-elles &#224; expliquer la nature, la r&#233;partition et surtout les coefficients des &#233;preuves ? Un bar&#232;me pr&#233;cis affecte ces &#233;preuves de coefficients (notation sur 520 &#224; Gac&#233;). Si l'&#233;preuve la moins valoris&#233;e est la forge artistique (30 points, soit 5,8 % du total), le ferrage, bien que b&#233;n&#233;ficiant du plus fort coefficient (110 points), ne repr&#233;sente que 21,6 % de la note finale puisqu'il s'agit de la &lt;i&gt;seule &#233;preuve&lt;/i&gt; de ce type. Et, si l'on tient compte du fait que l'&#233;preuve de ferrage comporte aussi un exercice de forge (forge des fers avant leur pose), le bar&#232;me affect&#233; au ferrage (&#224; l'exclusion de la forge) ne constitue que 17,3 % du total. Dans les autres &#233;preuves, les mar&#233;chaux se livrent &#224; la forge en vue de fabriquer des fers, selon diff&#233;rentes modalit&#233;s. Une &#233;tude quantitative montre ainsi qu'environ 80 % des coefficients sont consacr&#233;s &#224; la forge (d&#233;nomm&#233;e la &#171; vraie forge &#187;).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class='spip_document_6718 spip_documents' &gt;&lt;img src='http://www.ethnographiques.org/local/cache-vignettes/L419xH522/arDolbeau_tableau01-fd98d.png' width='419' height='522' alt=&quot;&quot; style='height:522px;width:419px;' /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt; &lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class='spip_document_6719 spip_documents' &gt;&lt;img src='http://www.ethnographiques.org/local/cache-vignettes/L420xH342/arDolbeau_tableau02-c5d43.png' width='420' height='342' alt=&quot;&quot; style='height:342px;width:420px;' /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt; &lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class='spip_document_6725 spip_documents' &gt;&lt;img src='http://www.ethnographiques.org/local/cache-vignettes/L420xH249/arDolbeau_tableau03-ef764.png' width='420' height='249' alt=&quot;&quot; style='height:249px;width:420px;' /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;div class=&quot;non_flottant_titre&quot;&gt;&lt;a name='6'&gt;&lt;/a&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#tablematiere&quot;&gt;V- Les concours ou l'installation d'une hi&#233;rarchie dans le m&#233;tier&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;/h3&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;div class=&quot;non_flottant_titre&quot;&gt;&lt;a name='6.1'&gt;&lt;/a&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#tablematiere&quot;&gt;Un clivage au sein des pratiques&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Pour les participants r&#233;guliers, la vie professionnelle et familiale s'organise en fonction des concours : les temps de loisir et de travail s'adaptent au rythme des comp&#233;titions. Y participer n&#233;cessite en effet un entra&#238;nement r&#233;gulier, intensif et sp&#233;cifique, &lt;i&gt;en dehors de la journ&#233;e de travail&lt;/i&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nb17' class='spip_note' rel='footnote' title='C'est moi qui souligne.' id='nh17'&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;, dans un v&#233;ritable atelier comportant une forge &#224; charbon : ce n'est pas dans son activit&#233; courante qu'un artisan peut parfaire les techniques de forge &#171; au programme &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Aussi, un comp&#233;titeur doit investir de fa&#231;on importante en temps, &#233;nergie, mat&#233;riel (atelier n&#233;cessaire, frais divers). Ceux des &#171; mar&#233;chaux du quotidien &#187;, selon l'expression de l'un d'eux, qui d&#233;sireraient pratiquer la forge, assurent qu'ils &#171; n'ont pas le temps &#187;, qu'ils sont &#171; satur&#233;s de boulot &#187; et &#171; empilent les ferrages &#187;. Trop occup&#233;s par le &#171; travail ordinaire &#187; &#224; gagner leur vie, ils ne peuvent se permettre &#171; le luxe &#187;, selon leur terme, de participer &#224; ces manifestations. Ainsi les &#171; mar&#233;chaux des concours &#187; sont en faible nombre. Essayons alors de comprendre pourquoi un mar&#233;chal peut y engager autant d'&#233;nergie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; D&#233;j&#224;, ils nous regardent, nous les mar&#233;chaux qui ne forgeons pas, comme &#231;a, en disant &quot;&#231;ui l&#224;, c'est pas un bon !&quot; &#187;, me dit l'un d'eux. Ces concours installent un clivage non seulement dans les d&#233;finitions du m&#233;tier, mais aussi entre des pratiques.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;div class=&quot;non_flottant_titre&quot;&gt;&lt;a name='6.2'&gt;&lt;/a&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#tablematiere&quot;&gt;Fabrication d'une &#233;lite&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Les organisateurs avancent un certain nombre de motifs pour justifier l'int&#233;r&#234;t de ces concours. Ils les pr&#233;sentent comme un moyen de progresser techniquement, de faire progresser le m&#233;tier, de l'amener &#171; au plus haut niveau&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nb18' class='spip_note' rel='footnote' title='Citons par exemple le document de pr&#233;sentation du Haras du Pin (d&#233;j&#224; cit&#233;) (...)' id='nh18'&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt; &#187;. Il s'agit selon eux &#233;galement,de pr&#233;server la tradition de forge (notamment &#224; Gac&#233;), de la maintenir vivante, et de restaurer une convivialit&#233;. Mais il n'est jamais explicitement &lt;i&gt;dit&lt;/i&gt; que c'est une fa&#231;on d'acc&#233;der &#224; un statut de sp&#233;cialiste, cela n'est pas &lt;i&gt;apparent&lt;/i&gt;. Or, nous allons voir que ces concours fabriquent aussi une &#233;lite professionnelle par le savoir &lt;i&gt;suppl&#233;mentaire&lt;/i&gt; que ce groupe d&#233;tient, qui &#233;chappe ainsi au statut ordinaire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://www.ethnographiques.org/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; &lt;i&gt;Pouvoir institutionnel&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Une analyse des organisations montre que cette minorit&#233; d'adeptes de la forge poss&#232;de de l'influence et les cl&#233;s du pouvoir institutionnel. La forge est enseign&#233;e aux jeunes par des formateurs (nomm&#233;s ma&#238;tres de forge) qui, le plus souvent, font ou ont fait partie de ce petit monde des concours. Ce sont souvent d'anciens comp&#233;titeurs, qui interviennent dans la formation continue. Certains d'entre eux ont transform&#233; ou &#233;labor&#233; les r&#232;glements des examens professionnels (BEP, CAP, BTM) et des concours de mar&#233;chalerie. L'influence, voire le pouvoir, de construire les r&#233;f&#233;rentiels de formation, les types d'&#233;preuves des examens, de r&#233;glementer, donc de d&#233;finir la profession n'&#233;chappe pas &#224; cette minorit&#233;-l&#224;, puisque les plus mobilis&#233;s d'entre eux si&#232;gent dans les institutions professionnelles (notamment syndicales). Ils prennent ainsi part aux d&#233;cisions, ce qui engage &#233;galement la politique de la profession. Ils ont notamment &#339;uvr&#233;, avec d'autres, pour qu'existe une loi r&#233;glementant l'exercice de la profession en 1996.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://www.ethnographiques.org/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; &lt;i&gt;Logique de distinction&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les mar&#233;chaux-ferrants, qui se distinguent particuli&#232;rement dans la pratique de la forge (alli&#233;e &#224; une grande connaissance &#224; tous points de vue de l'animal et de son pied), acqui&#232;rent de ce fait une r&#233;putation d'excellence, plus sp&#233;cifiquement pour le ferrage orthop&#233;dique, qui n&#233;cessite la confection de fers sur mesure. Savoir forger est n&#233;cessaire pour pouvoir fabriquer enti&#232;rement n'importe quel prototype de fer pour des ferrages d'extr&#234;me pr&#233;cision, orthop&#233;diques ou th&#233;rapeutiques. Suivant cette qualification reconnue dans la profession, ils appliquent des tarifs sup&#233;rieurs &#224; la moyenne pour ces actes, qui ne se pratiquent eux-m&#234;mes que si l'animal (g&#233;n&#233;ralement de course ou de sport) poss&#232;de une certaine valeur. Ils ont alors l'opportunit&#233;, selon leur degr&#233; de comp&#233;tence en orthop&#233;die et leur notori&#233;t&#233;, de se constituer une client&#232;le de propri&#233;taires de chevaux plus fortun&#233;s. Outre l'int&#233;r&#234;t accru et le plaisir pris au travail lui-m&#234;me&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nb19' class='spip_note' rel='footnote' title='Un mar&#233;chal m'a ainsi dit que : &#171; (&#8230;) le co&#251;t c'est (...)' id='nh19'&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;, fr&#233;quenter une client&#232;le choisie peut &#234;tre gratifiant, de m&#234;me que le fait d'acc&#233;der au statut de sp&#233;cialiste, comme en m&#233;decine. Ne pas &#234;tre contraint de multiplier les actes permet une certaine &lt;i&gt;qualit&#233;&lt;/i&gt; de vie, alors qu'un &#171; mar&#233;chal de tous les jours &#187;, selon la formule de l'un d'entre eux, &#171; &lt;i&gt;empile&lt;/i&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nb20' class='spip_note' rel='footnote' title='C'est moi qui souligne.' id='nh20'&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt; les ferrages ordinaires &#187;. Un mar&#233;chal peut &#233;chapper &#224; la condition de g&#233;n&#233;raliste, &#224; la multiplication des actes et &#224; la fatigue associ&#233;e, en mixant &#224; divers degr&#233;s les deux sortes de ferrages, l'&#171; ordinaire &#187; et le &#171; sp&#233;cial &#187;, avec des tarifs diff&#233;rents, selon le type de client&#232;le et ses besoins.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Du point de vue &#233;conomique, il y a certes un int&#233;r&#234;t mat&#233;riel &#224; facturer plus cher un acte, mais il demande aussi plus de temps qu'un ferrage ordinaire, donc il n'est pas certain qu'il soit r&#233;ellement rentable de ce point de vue. La dimension financi&#232;re de la pratique de forge ne suffit donc pas &#224; rendre compte de ces pratiques des concours. Au mieux, elle n'est qu'un &#233;l&#233;ment parmi d'autres.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://www.ethnographiques.org/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; &lt;i&gt;Question de consid&#233;ration&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le travail, quand il est consid&#233;r&#233; comme une &#339;uvre de sp&#233;cialiste, permet de b&#233;n&#233;ficier d'une plus grande reconnaissance, et d'un certain prestige. Apr&#232;s les &#233;preuves des concours et les diff&#233;rents &#233;changes, une hi&#233;rarchie s'op&#232;re, qui couronne les meilleurs. Elle tient aux r&#233;sultats, mais aussi &#224; l'attitude de celui qui transmet le plus ses savoirs de forge et qui, en les montrant prouve qu'il les ma&#238;trise. A Mont-Dauphin, au d&#233;but de l'&#233;preuve appel&#233;e &#171; l'ordonnance v&#233;t&#233;rinaire &#187;, pr&#233;texte &#224; un travail technique difficile, j'ai observ&#233; des pratiques &#233;tonnantes dans un contexte de comp&#233;tition. Dans une discussion organis&#233;e, sorte de &lt;i&gt;briefing&lt;/i&gt; pr&#233;c&#233;dant l'&#233;preuve, un concurrent donne des indications techniques &#224; ses coll&#232;gues. C'est un mar&#233;chal tr&#232;s reconnu en forge (appel&#233; monsieur). Il me racontera d'ailleurs plus tard une anecdote le montrant en train de signaler une erreur &#224; un concurrent qui le talonne dans le classement et qui, de ce fait, le d&#233;passera. Il consid&#232;re que cela ne le met pas en danger, &#224; la mani&#232;re du ma&#238;tre qui initie, et serait comme hors concours.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le ou les ma&#238;tres de forge&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nb21' class='spip_note' rel='footnote' title='Pour lever toute &#233;quivoque, l'expression &#171; ma&#238;tre de forge &#187; d&#233;signe (...)' id='nh21'&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt; sont admir&#233;s et reconnus dans ce cadre, ce qui a des effets sur la profession enti&#232;re. &#171; Ces gens sont tr&#232;s influents, aussi dans les &#233;coles, parce &lt;i&gt;qu'on les regarde avec de gros yeux comme &#231;a&lt;/i&gt; parce qu'ils sont &lt;i&gt;ma&#238;tres de forge&lt;/i&gt; &#187; : ainsi s'exprime avec agacement, en mimant l'admiration, les yeux &#233;carquill&#233;s, le t&#233;moin mar&#233;chal qui contestait pr&#233;c&#233;demment de fa&#231;on virulente la place de la forge. Mais ce statut particulier des mar&#233;chaux poss&#233;dant une grande ma&#238;trise de la forge est peu contest&#233;, en d&#233;pit des clivages existant dans la profession. Il semble que le prestige du ma&#238;tre de forge agisse encore, transmis par des &#171; courants de m&#233;moire &#187; (Halbwachs, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('HALBWACHS Maurice, 1997, (1950). La m&#233;moire collective, &#233;dition revue et augment&#233;e, Paris, Albin Michel.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;1997&lt;/a&gt;), attach&#233;s &#224; l'ancienne m&#233;moire du m&#233;tier&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nb22' class='spip_note' rel='footnote' title='Entendue au sens de m&#233;moire de culture, cf. Namer, 1997, postface ; et (...)' id='nh22'&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il n'est pas question de montrer qu'il s'agirait avant tout pour les mar&#233;chaux d'acc&#233;der ainsi &#224; certains march&#233;s. Outre que la rentabilit&#233; n'est pas certaine, la gratification financi&#232;re (facturer plus cher des actes sp&#233;ciaux) est &#224; comprendre comme la cons&#233;quence d'une surqualification reconnue et assum&#233;e, plut&#244;t que comme un &lt;i&gt;but en soi&lt;/i&gt;. Serait-il alors question d'acc&#233;der aux quelques postes d'enseignants en forge dans les &#233;coles de mar&#233;chalerie ? Cela ne peut pas non plus suffire &#224; expliquer les efforts fournis. Ces postes sont certes un titre de fiert&#233; pour qui y enseigne, souvent d'ailleurs en compl&#233;ment d'une activit&#233; d'entreprise. Y acc&#233;der montre surtout que la profession reconna&#238;t leur ma&#238;trise de la forge.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si l'on reprend les cat&#233;gories &#233;labor&#233;es par Hughes (Hughes, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('HUGUES Everett C., 1996b. &#171; Le travail et le soi &#187;, in Le regard sociologique. Essais choisis, Paris, Editions de l'EHESS.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;1996b&lt;/a&gt;), l'activit&#233; de forge a souvent &#233;t&#233; consid&#233;r&#233;e comme la part noble, repr&#233;sentant la dignit&#233; du m&#233;tier, sa part id&#233;ale, &#224; l'inverse du &#171; &lt;i&gt;dirty job&lt;/i&gt; &#187; repr&#233;sent&#233; par le ferrage, qui entre aussi en rapport avec la &#171; part sale &#187; du cheval : ses pieds, en contact avec le sol et le fumier&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nb23' class='spip_note' rel='footnote' title='Il est impossible dans ce court texte de faire une analyse moins (...)' id='nh23'&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Transmuter le fer par le feu suscite l'&#233;merveillement des plus blas&#233;s des mar&#233;chaux. En t&#233;moignent, dans bien des entretiens men&#233;s aupr&#232;s d'anciens mar&#233;chaux la pratiquant quotidiennement, les notes d'admiration, la pr&#233;cision des termes employ&#233;s, le ton de la voix quand il s'agit de l'&#233;voquer. En t&#233;moigne aussi la v&#233;ritable passion avec laquelle en parlent certains des mar&#233;chaux actuels, participant aux concours, et la place (d&#233;raisonnable aux yeux de certains) qu'ils lui accordent parfois&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nb24' class='spip_note' rel='footnote' title='Un mar&#233;chal amenait sa forge portative m&#234;me en camping pour ne pas perdre (...)' id='nh24'&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;. &lt;i&gt;A contrario&lt;/i&gt;, le ferrage est souvent &#233;voqu&#233; en des termes techniques moins pr&#233;cis, avec un ton moins enthousiaste ; il est question parfois de d&#233;go&#251;t : &#171; le ferrage, &#224; la fin, &#231;a m'd&#233;go&#251;tait &#187;, me dit un ancien mar&#233;chal de village. De fa&#231;on plus contemporaine, un mar&#233;chal actuel m'a confi&#233; qu'il souffrait de se sentir &#171; d&#233;consid&#233;r&#233; &#187;, parce qu'on voit les mar&#233;chaux, me disait-il, comme des artisans qui &#171; sentent le crottin &#187;, toujours pench&#233;s &#171; sur les pieds du cheval pour les curer &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Finalement, comment comprendre que ces concours continuent &#224; exister &lt;i&gt;sous cette forme&lt;/i&gt; et la somme consid&#233;rable d'&#233;nergie d&#233;pens&#233;e par certains pour y participer, en apprenant, selon leur expression, &#171; l'art de forger des fers &#187; dans un m&#233;tier qui le d&#233;laisse ? Il semble que ce soit dans l'interconnexion de logiques d'int&#233;r&#234;t (dans tous les sens du terme, y compris l'int&#233;r&#234;t pour un travail plus plaisant), de pouvoir, de consid&#233;ration, de prestige, de jeu, de sociabilit&#233; festive, et de reconnaissance, qu'on puisse chercher l'explication de cette perduration de la forge. La gratification mat&#233;rielle n'est que l'une des dimensions, nullement d&#233;cisive ; il convient de ne pas n&#233;gliger, en particulier, le d&#233;sir de s'&#233;manciper du statut &#171; ordinaire &#187; tr&#232;s dur d'un m&#233;tier en mal de reconnaissance.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;div class=&quot;non_flottant_titre&quot;&gt;&lt;a name='7'&gt;&lt;/a&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#tablematiere&quot;&gt;Conclusion : Rendre visible l'invisible&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;/h3&gt; &lt;dl class='spip_document_6705 spip_documents spip_documents_center' &gt;
&lt;dt&gt; &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/IMG/jpg/arDolbeaufig11.jpg&quot; onclick='window.open(&quot;/spip.php?page=document&amp;id_document=6705&quot;,&quot;Figure 11 : Rendre visible la forge (exposition d'objets forg&#233;s) - IMG/jpg/arDolbeaufig11.jpg&quot;,&quot;height=788, width=914, top=100, left=100, toolbar=no, menubar=no, location=no, resizable=yes, scrollbars=yes, status=no&quot;); return false;' title='JPEG - 90.1 ko' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt; &lt;img src='http://www.ethnographiques.org/local/cache-vignettes/L346xH235/arDolbeaufig11mn-70cd2.jpg' width='346' height='235' alt='JPEG - 90.1 ko' style='height:235px;width:346px;' /&gt; &lt;/a&gt;
&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='spip_doc_titre' style='width:346px;'&gt;&lt;strong&gt;Figure 11 : Rendre visible la forge (exposition d'objets forg&#233;s)&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class='spip_doc_descriptif' style='width:346px;'&gt;Figure 11 : Rendre visible la forge (exposition d'objets forg&#233;s)
&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt; &lt;!-- --&gt;
&lt;p&gt;Dans une sorte d'inversion, la forge &#8212; la &#171; vraie forge &#187;, celle qui permet de fabriquer enti&#232;rement un fer &#224; partir d'un lopin &#8212; , appara&#238;t (sur-valoris&#233;e) dans ces concours alors qu'elle est quasi absente dans la majorit&#233; des activit&#233;s dites &#171; ordinaires &#187; du m&#233;tier. Cette inversion vaut aussi sur le plan diachronique&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nb25' class='spip_note' rel='footnote' title='La premi&#232;re pouvant &#234;tre interpr&#233;t&#233;e comme un &#233;cho, une sorte de r&#233;plique (...)' id='nh25'&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;. Autrement visible dans toutes les forges de village, l'activit&#233; de forge n'est plus exerc&#233;e que par une frange des mar&#233;chaux.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ainsi, la profession a organis&#233; &lt;i&gt;la mise en visibilit&#233;&lt;/i&gt; d'une part doublement invisible du travail, aujourd'hui mise en lumi&#232;re par un spectacle alors qu'elle est, non pas seulement invisible autrement, mais quasi inexistante. Absente du travail &#171; de tous les jours &#187;, la forge n'est plus gu&#232;re pratiqu&#233;e. Or les concours lui redonnent une existence : m&#234;me lorsqu'ils se livrent &#224; une activit&#233; &#171; ordinaire &#187;, les experts (les mar&#233;chaux faisant partie de l'&#233;lite) sont r&#233;put&#233;s activer leur ma&#238;trise de la forge ; elle serait &#224; l'&#339;uvre, de fa&#231;on souterraine, jusque dans leurs actes &#171; ordinaires &#187;, puisque, quels que soient les probl&#232;mes pos&#233;s par les ferrages quotidiens, ils ne peuvent jamais faire comme s'ils ne la poss&#233;daient pas.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette interpr&#233;tation peut toutefois ne pas suffire &#224; expliquer toutes les pratiques lors des concours, en particulier la mise en sc&#232;ne en un spectacle public des techniques de forge, pourtant jadis si difficilement partag&#233;es et si jalousement cach&#233;es. Il peut s'agir aussi de sauvegarder une technique fondatrice, aujourd'hui menac&#233;e d'oubli. Enfin, la d&#233;finition du m&#233;tier est aussi en jeu, avec l'id&#233;e d'un &#171; m&#233;tier complet &#187;, garant de l'excellence.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ces concours peuvent ainsi participer d'une fabrique de l'&#233;lite professionnelle &#224; usage interne, &#233;tant entendu que le public des concours, bien qu'averti, ne contribue pas &#224; la cons&#233;cration des mar&#233;chaux d'excellence. Sont en effet couronn&#233;s par leurs pairs, selon des crit&#232;res affin&#233;s, des concurrents qui se sont perfectionn&#233;s, qui ont int&#233;gr&#233; des savoirs jadis fondamentaux touchant &#224; la transformation de la mati&#232;re par le feu, et ce, afin d'&#234;tre reconnus comme ma&#238;trisant l'art de forger les fers. Cette reconnaissance concourt &#224; &#233;tablir une hi&#233;rarchie dans le m&#233;tier. Elle installe un clivage non seulement dans les pratiques effectives, mais aussi de statut entre les mar&#233;chaux &#171; du quotidien &#187; et les sp&#233;cialistes reconnus. On ne saurait en tous cas ranger de telles pratiques dans le domaine du folklore. Ce serait aussi radicalement m&#233;conna&#238;tre la dimension vivante de cette pratique : la forge est ici une tradition en acte. Forger n'est pas comm&#233;morer abstraitement, mais perp&#233;tuer des savoirs et des pratiques effectives, qui se d&#233;ploient aussi dans certaines activit&#233;s professionnelles lucratives.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La reconnaissance ainsi offerte ne peut &#234;tre conf&#233;r&#233;e sans fondement ; elle s'enracine dans les courants m&#233;moriels qui accordent &#224; cette pratique ce statut si particulier et continuent &#224; irriguer la profession. Mais que la forge soit invisible, voire inexistante, au quotidien, ne lui permet que mieux d'&#234;tre investie, au-del&#224; m&#234;me des moments festifs des concours, comme le crit&#232;re discriminant et palpable de l'excellence professionnelle.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nh1' id='nb1' class='spip_note' title='Notes 1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;J'ai men&#233; une cinquantaine d'entretiens aupr&#232;s d'acteurs de la profession, mais j'en ai rencontr&#233;, observ&#233; et &#233;cout&#233; bien davantage, dans les concours de mar&#233;chalerie par exemple.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nh2' id='nb2' class='spip_note' title='Notes 2' rev='footnote'&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;Citons un document du haras du Pin (pr&#233;sentation de concours finalement annul&#233; faute de financement).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nh3' id='nb3' class='spip_note' title='Notes 3' rev='footnote'&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;Les guillemets utilis&#233;s dans l'ensemble du texte indiquent des expressions de mar&#233;chaux-ferrants, sauf mention sp&#233;ciale ; les italiques traduisent une intensit&#233; particuli&#232;re (phras&#233; sp&#233;cial, ton appuy&#233;&#8230;) du discours.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nh4' id='nb4' class='spip_note' title='Notes 4' rev='footnote'&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;Dans la profession, les techniques d'inspiration anglo-saxonne sont situ&#233;es du c&#244;t&#233; de la modernit&#233; (notamment ferrer seul un cheval, ce qui est la pratique actuelle, au lieu de recourir au teneur de pieds, technique en usage jadis dans les forges). Les styles anglais et fran&#231;ais s'opposent aussi dans le travail du fer, cf. note suivante.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nh5' id='nb5' class='spip_note' title='Notes 5' rev='footnote'&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;Deux (ou trois) artisans s'activent alternativement : un frappeur (ou deux) (&#224; l'aide d'une masse plus lourde) et un forgeron (d'un marteau), ce dernier &#171; conduisant &#187;, impulsant la cadence. C'est le summum du &#171; style fran&#231;ais &#187; (qui consiste &#224; &#233;craser et &#233;tirer le m&#233;tal, pour ensuite le tourner), par opposition au &#171; style anglais &#187;, consistant &#224; tourner un fer d&#233;j&#224; mince. Forger &#224; deux (ou trois) marteaux est n&#233;cessaire si le lopin de m&#233;tal est &#233;pais, ce qui &#233;tait souvent le cas jadis.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nh6' id='nb6' class='spip_note' title='Notes 6' rev='footnote'&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;Une cinquantaine les fr&#233;quentent r&#233;guli&#232;rement, l'effectif &#233;tant de 120 au maximum.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nh7' id='nb7' class='spip_note' title='Notes 7' rev='footnote'&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;Le terme &quot;travail&quot; est ici pris au sens d'action de l'artisan, de transformation du mat&#233;riau.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nh8' id='nb8' class='spip_note' title='Notes 8' rev='footnote'&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;Il le formule de fa&#231;on parfois virulente : &#171; Par contre dans le BTM (brevet techniques des m&#233;tiers), il y a une grosse pratique de forge, donc &#231;a peut &#234;tre int&#233;ressant quelque part, mais c'est trop ! Quelque part, c'est trop ax&#233; sur la forge : &lt;i&gt;c'est du harc&#232;lement moral sur la forge&lt;/i&gt; &#187; (ton v&#233;h&#233;ment).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nh9' id='nb9' class='spip_note' title='Notes 9' rev='footnote'&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;Cette typification (Sch&#252;tz, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('SCH&#220;TZ Alfred, 1998. &#201;l&#233;ments de sociologie ph&#233;nom&#233;nologique, Paris, L'Harmattan.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;1998&lt;/a&gt;) est commun&#233;ment &#224; l'&#339;uvre dans le m&#233;tier. Dans les entretiens, reviennent des expressions comme &#171; les anciens &#187; (pour s'en d&#233;marquer), &#171; le mar&#233;chal d'autrefois &#187; et &#171; le mar&#233;chal d'aujourd'hui &#187; (pour les comparer), &#171; le mar&#233;chal de tous les jours &#187; ou &#171; le mar&#233;chal des concours &#187; (idem).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nh10' id='nb10' class='spip_note' title='Notes 10' rev='footnote'&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;Lorsqu'il s'agit de la forge, le ton qu'il emploie est emphatique et v&#233;h&#233;ment, et le mode exclamatif : &#171; le niveau que ces gens-l&#224; ont ! c'est incroyable, quoi ! (&#8230;) Mais il demande un investissement de temps qui est d&#233;mesur&#233;, quoi ! Je veux dire, c'est fou ! &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nh11' id='nb11' class='spip_note' title='Notes 11' rev='footnote'&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;Cela m'ayant &#233;t&#233; dit dans bien des entretiens, j'use ici du &#171; on &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nh12' id='nb12' class='spip_note' title='Notes 12' rev='footnote'&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;Voir &#224; ce sujet &lt;i&gt;Forgerons et alchimistes&lt;/i&gt;, Eliade M, 1979, qui donne de multiples exemples de mythes fondateurs du m&#233;tier dans diverses populations (cf. parties 8 et 9). Citons l'un d'eux (p. 68) : &#171; son m&#233;tier n'est pas tenu pour commercial, il s'agit d'une vocation ou d'une transmission h&#233;r&#233;ditaire, impliquant par cons&#233;quent des secrets initiatiques&#8230; &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nh13' id='nb13' class='spip_note' title='Notes 13' rev='footnote'&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;La transmission familiale de m&#233;tier se perd progressivement depuis la disparition des corporations.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nh14' id='nb14' class='spip_note' title='Notes 14' rev='footnote'&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;Expression emprunt&#233;e &#224; un mar&#233;chal dans un autre contexte : &#171; Il m'a montr&#233; (&#8230;). Puis, il m &#8216;a dit : tu fais &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nh15' id='nb15' class='spip_note' title='Notes 15' rev='footnote'&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;Un pied droit ou gauche se reconna&#238;t car la courbure est plus importante &#224; l'ext&#233;rieur du pied, donc le mar&#233;chal y loge plus de clous. Lorsqu'un poulain na&#238;t, les pieds sont sym&#233;triques, mais ils se d&#233;veloppent selon l'utilisation et deviennent asym&#233;triques, m'explique un juge ; il est ainsi possible de distinguer le pied droit du pied gauche, m&#234;me si, comme ici, on ne voit pas le cheval en entier.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nh16' id='nb16' class='spip_note' title='Notes 16' rev='footnote'&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;L'artisanat, dont rel&#232;ve la mar&#233;chalerie, n'est pas pris dans une logique de produit du travail, de produit fabriqu&#233; classique, mais s'accomplit plut&#244;t dans l'&#339;uvre et dans l'action (Pillon, Vatin, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('PILLON Thierry, &amp; VATIN Fran&#231;ois, 2007. Trait&#233; de sociologie du travail, Toulouse, Editions Octar&#232;s.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2007&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nh17' id='nb17' class='spip_note' title='Notes 17' rev='footnote'&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;C'est moi qui souligne.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nh18' id='nb18' class='spip_note' title='Notes 18' rev='footnote'&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;Citons par exemple le document de pr&#233;sentation du Haras du Pin (d&#233;j&#224; cit&#233;) : &#171; Les mar&#233;chaux-ferrants font et organisent des concours de mar&#233;chalerie pour progresser et &#233;voluer dans le m&#233;tier afin de l'amener au plus haut niveau, aussi bien dans le monde de la comp&#233;tition que dans leurs entreprises respectives &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nh19' id='nb19' class='spip_note' title='Notes 19' rev='footnote'&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;Un mar&#233;chal m'a ainsi dit que : &#171; (&#8230;) le co&#251;t c'est gratuit &#187;. Il signifie ainsi que le plaisir pris &#224; forger un fer enti&#232;rement constitue en soi une contrepartie suffisante au surco&#251;t financier, comme &#224; l'&#233;nergie, au temps ou &#224; l'effort suppl&#233;mentaire requis, par rapport &#224; l'utilisation de fers pr&#233;fabriqu&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nh20' id='nb20' class='spip_note' title='Notes 20' rev='footnote'&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;C'est moi qui souligne.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nh21' id='nb21' class='spip_note' title='Notes 21' rev='footnote'&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;Pour lever toute &#233;quivoque, l'expression &#171; ma&#238;tre de forge &#187; d&#233;signe des mar&#233;chaux qui sont pass&#233;s ma&#238;tres dans &#171; l'art de forger les fers &#187;, selon l'expression utilis&#233;e, et pas seulement les enseignants d'&#233;cole de mar&#233;chalerie qui, en vertu de cette qualit&#233;, m&#233;ritent effectivement ce titre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nh22' id='nb22' class='spip_note' title='Notes 22' rev='footnote'&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;Entendue au sens de m&#233;moire de culture, cf. Namer, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('NAMER G&#233;rard, 1997, Postface in HALBWACHS Maurice, La m&#233;moire collective, Paris, Albin Michel.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;1997&lt;/a&gt;, postface ; et Namer, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('NAMER G&#233;rard, 2000. Halbwachs et la m&#233;moire sociale, Paris, L'Harmattan, Logiques sociales.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2000&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nh23' id='nb23' class='spip_note' title='Notes 23' rev='footnote'&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;Il est impossible dans ce court texte de faire une analyse moins sch&#233;matique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nh24' id='nb24' class='spip_note' title='Notes 24' rev='footnote'&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;Un mar&#233;chal amenait sa forge portative m&#234;me en camping pour ne pas perdre la main, ce que jugeait ridicule le coll&#232;gue (qui ne pratiquait pas les concours) me rapportant l'anecdote.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nh25' id='nb25' class='spip_note' title='Notes 25' rev='footnote'&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;La premi&#232;re pouvant &#234;tre interpr&#233;t&#233;e comme un &#233;cho, une sorte de r&#233;plique de la seconde.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;BERGER Peter, LUCKMANN Thomas, 1996. &lt;i&gt;La construction sociale de la r&#233;alit&#233;&lt;/i&gt;, Paris, M&#233;ridiens Klincksieck.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;BIDET Alexandra et alii. 2006. &lt;i&gt;Sociologie du travail et activit&#233;&lt;/i&gt;, Toulouse, Octar&#232;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;DELBOS Genevi&#232;ve, &amp; JORION Paul, 1984. &lt;i&gt;La transmission des savoirs&lt;/i&gt;, Paris, Editions de la Maison des sciences de l'homme.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;DUBAR Claude, 1992. &lt;i&gt;La socialisation&lt;/i&gt;, Paris, Armand Colin.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;DUPRAY Arnaud, GUTTON Christophe &amp; MONCHATRE Sylvie, 2003. &lt;i&gt;R&#233;fl&#233;chir la comp&#233;tence&lt;/i&gt;, Toulouse, Octar&#232;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;GAD&#201;A Charles, 1990. &#171; Les artisans et les formes inclassables des savoirs professionnels &#187;, &lt;i&gt;Technologies, id&#233;ologies, pratiques&lt;/i&gt;, IX, n&#176;2, Aix en Provence, pp. 59- 69.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;HALBWACHS Maurice, 1994, (1925). &lt;i&gt;Les cadres sociaux de la m&#233;moire&lt;/i&gt;, Paris, Albin Michel.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;HALBWACHS Maurice, 1997, (1950). &lt;i&gt;La m&#233;moire collective&lt;/i&gt;, &#233;dition revue et augment&#233;e, Paris, Albin Michel.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;HUGUES Everett C. &amp; MAC GILL HUGUES Helen, 1996. &#171; Qu'y a-t-il dans un nom ? &#187;, in &lt;i&gt;Le regard sociologique. Essais choisis&lt;/i&gt; (textes rassembl&#233;s et pr&#233;sent&#233;s par J.-M. Chapoulie), Paris, Editions de l'EHESS.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;HUGUES Everett C., 1996a. &lt;i&gt;Le regard sociologique. Essais choisis&lt;/i&gt; (textes rassembl&#233;s et pr&#233;sent&#233;s et pr&#233;sent&#233;s par J.-M. Chapoulie), Paris, Editions de l'EHESS.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;HUGUES Everett C., 1996b. &#171; Le travail et le soi &#187;, in &lt;i&gt;Le regard sociologique. Essais choisis&lt;/i&gt;, Paris, Editions de l'EHESS.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;NAMER G&#233;rard, 1997. Postface in HALBWACHS Maurice, &lt;i&gt;La m&#233;moire collective&lt;/i&gt;, Paris, Albin Michel.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;NAMER G&#233;rard, 2000. &lt;i&gt;Halbwachs et la m&#233;moire sociale&lt;/i&gt;, Paris, L'Harmattan, Logiques sociales.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;PILLON Thierry, &amp; VATIN Fran&#231;ois, 2007. &lt;i&gt;Trait&#233; de sociologie du travail&lt;/i&gt;, Toulouse, Editions Octar&#232;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;SALMONA Mich&#232;le, 1994. &lt;i&gt;Les paysans fran&#231;ais. Le travail, les m&#233;tiers, la transmission des savoirs&lt;/i&gt;, Paris, L'Harmattan.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;SCH&#220;TZ Alfred, 1998. &lt;i&gt;&#201;l&#233;ments de sociologie ph&#233;nom&#233;nologique&lt;/i&gt;, Paris, L'Harmattan.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;STROOBANTS Marcelle, 1993. &lt;i&gt;Savoir faire et comp&#233;tence au travail&lt;/i&gt;, Bruxelles, Editions de l'Universit&#233; de Bruxelles.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Documents photographiques (figures 1 &#224; 11), Dolbeau Monique, 2004, concours de Mont-Dauphin, (pr&#232;s de Gap).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		
		<enclosure url="http://www.ethnographiques.org/IMG/jpg/dslx23.jpg" length="20041" type="image/jpeg" />
		
		<enclosure url="http://www.ethnographiques.org/IMG/jpg/dslx24.jpg" length="33029" type="image/jpeg" />
		
		<enclosure url="http://www.ethnographiques.org/IMG/jpg/dslx25.jpg" length="26508" type="image/jpeg" />
		
		<enclosure url="http://www.ethnographiques.org/IMG/jpg/dslx26.jpg" length="25568" type="image/jpeg" />
		
		<enclosure url="http://www.ethnographiques.org/IMG/jpg/dslx27.jpg" length="18592" type="image/jpeg" />
		
		<enclosure url="http://www.ethnographiques.org/IMG/jpg/dslx28.jpg" length="20278" type="image/jpeg" />
		
		<enclosure url="http://www.ethnographiques.org/IMG/pdf/ArDolbeau.pdf" length="2672092" type="application/pdf" />
		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>9. Enqu&#234;ter sur la fonction publique d'&#201;tat. Une approche photosociologique des lieux de travail de l'administration</title>
		<link>http://www.ethnographiques.org/2011/Desaleux,Langumier,Martinais</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.ethnographiques.org/2011/Desaleux,Langumier,Martinais</guid>
		<dc:date>2011-12-23T17:57:18Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Desaleux_David, Langumier_Julien, Martinais_Emmanuel</dc:creator>


		<dc:subject>ArticleNumero</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Cet article rend compte d'une recherche sur l'administration d&#233;partementale d'&#201;tat, men&#233;e selon une m&#233;thode d'investigation associant observation, photographie et recueil de donn&#233;es sociologiques par entretiens. Le r&#233;cit de cette enqu&#234;te originale dans les locaux des services de l'ex-direction d&#233;partementale de l'&#233;quipement (DDE) du Rh&#244;ne est l'occasion d'une r&#233;flexion sur l'utilisation de la photographie dans le cadre d'une d&#233;marche de type ethnographique. L'article questionne notamment la fa&#231;on dont cette association fa&#231;onne le regard de l'observateur sur son objet d'&#233;tude. Incidemment, l'article s'int&#233;resse au milieu enqu&#234;t&#233;, plus pr&#233;cis&#233;ment au travail des fonctionnaires sur leurs lieux de production, aux activit&#233;s qu'ils accomplissent quotidiennement et aux changements qu'ils doivent affronter dans le cadre des r&#233;formes de modernisation engag&#233;es depuis une dizaine d'ann&#233;es.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://www.ethnographiques.org/Numero-23-decembre-2011-Analyser" rel="directory"&gt;23. Num&#233;ro 23 - d&#233;cembre 2011 Analyser les pr&#233;sences au travail : visibilit&#233;s et invisibilit&#233;s&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.ethnographiques.org/ArticleNumero" rel="tag"&gt;ArticleNumero&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;This article proposes an analysis of the Departmental Public Works and Country Planning Directorate (Direction d&#233;partementale de l'Equipement) based on a combination of observation, systematic photography and interviewing. In particular, it argues for the advantages of a photo-based approach as a method of workplace observation that involves employees in the on-going research process. As a complementary research tool, interviews provide information about the long history of this civil service administration, in which for the last ten years reforms inspired by new public management theories have been changing its tasks and the meaning that employees attribute to their work. The interactions between the photos and the interviews not only make the research more complete but also make visible the kinds of changes put in place through these reforms.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;
&lt;a name=&quot;table_des_matieres&quot;&gt;&lt;/a&gt;&lt;div id=&quot;tablematiere&quot;&gt;&lt;h4&gt;Sommaire&lt;/h4&gt;
&lt;ul&gt;&lt;li&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#1&quot;&gt;Introduction&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#2&quot;&gt;La photographie passeport pour p&#233;n&#233;trer les services de l'&#201;tat&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#3&quot;&gt;La photographie inventaire pour saisir l'attachement au travail et &#224; l'administration&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#4&quot;&gt;La photographie miroir pour appr&#233;hender l'exp&#233;rience des r&#233;formes en cours &lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#5&quot;&gt;Conclusion&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;/li&gt;&lt;li&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#notes&quot;&gt;Notes&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;li&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#biblio&quot;&gt;Bibliographie&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;div class=&quot;non_flottant_titre&quot;&gt;&lt;a name='1'&gt;&lt;/a&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#tablematiere&quot;&gt;Introduction&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Dans les collaborations entre photographe et chercheur en sciences sociales, le premier se met souvent au service du second et de son enqu&#234;te (Piette, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' PIETTE Albert, 1992. &#171; La photographie comme mode de connaissance anthropologique &#187;, Terrain, 18, pp. 129-136.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;1992&lt;/a&gt; ; Maresca, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' MARESCA Sylvain, 2007. &#171; Photographes et ethnologues &#187;, Ethnologie fran&#231;aise, 37 (1), pp. 61-67.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2007&lt;/a&gt;). L'approche pr&#233;sent&#233;e ici est sensiblement diff&#233;rente dans la mesure o&#249; le photographe ne vient pas en appui du sociologue ou de l'ethnologue, mais prend lui-m&#234;me l'initiative de l'investigation ethnographique&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nb1' class='spip_note' rel='footnote' title='L'id&#233;e de cette enqu&#234;te originale sur l'administration vient au (...)' id='nh1'&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;. C'est lui qui &#233;tablit le contact avec le terrain, n&#233;gocie les acc&#232;s et s'immerge pendant plusieurs semaines dans les services de la direction d&#233;partementale de l'&#233;quipement (DDE) du Rh&#244;ne avec le projet de faire des images des espaces de travail, des locaux et des b&#226;timents de cette administration peu connue du grand public.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Assez peu formalis&#233;e au d&#233;part, l'investigation d&#233;bute par l'exploration du d&#233;dale administratif et se pr&#233;cise &#224; mesure que le photographe, assist&#233; des deux chercheurs qui collaborent avec lui&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nb2' class='spip_note' rel='footnote' title='D&#233;lib&#233;r&#233;ment en retrait au d&#233;but de l'enqu&#234;te, les chercheurs (...)' id='nh2'&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;, d&#233;couvre les espaces qui le composent et les agents qui le peuplent. Cette entr&#233;e par les lieux incite le photographe &#224; solliciter des entretiens afin de mieux comprendre comment s'agencent les espaces de travail qu'il met en images et les activit&#233;s qui s'y d&#233;ploient. L'investigation photographique des lieux de l'&#201;tat conduit alors au recueil de donn&#233;es sociologiques aupr&#232;s de quelques-uns des occupants&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nb3' class='spip_note' rel='footnote' title='Au total, quinze personnes ont &#233;t&#233; interrog&#233;es. Ces fonctionnaires de (...)' id='nh3'&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;, tandis que l'association des deux d&#233;marches offre un point de vue original sur l'administration et les transformations qu'elle subit &#224; ce moment-l&#224;. Car dans le temps de l'enqu&#234;te, l'actualit&#233; de la fonction publique d'&#201;tat est marqu&#233;e par l'ex&#233;cution de plusieurs r&#233;formes structurelles, qui pr&#233;cipitent des fusions de services, des transferts de comp&#233;tence, voire la disparition de certains secteurs d'activit&#233; dont les administrations concern&#233;es avaient la charge depuis longtemps. Au moment de la restitution, la question se pose donc de savoir comment jouer des regards photographiques et sociologiques pour rendre compte de cette actualit&#233; et de la fa&#231;on dont elle affecte les agents directement concern&#233;s. Dans quelle mesure l'investigation photosociologique de la DDE du Rh&#244;ne nous informe-t-elle des changements &#224; l'&#339;uvre dans l'administration ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour r&#233;pondre &#224; cette question, nous proposons de retracer les diff&#233;rentes phases de cette immersion au c&#339;ur de l'administration, afin d'expliciter les apports de la photographie &#224; l'observation du service &#233;tudi&#233; et la fa&#231;on dont elle a particip&#233; &#224; la construction de l'objet de recherche.
Dans un premier temps, nous montrerons que la prise d'images &lt;i&gt;in situ&lt;/i&gt; a rendu possible, ou tout du moins facilit&#233;, l'immersion dans des entit&#233;s administratives et des environnements de travail difficilement accessibles aux chercheurs en sciences sociales et surtout, peu propices aux d&#233;marches ethnographiques. Dans le cas d'esp&#232;ce, la photographie l&#233;gitime l'observation dans la dur&#233;e et justifie les d&#233;ambulations dans le d&#233;dale administratif en s'affranchissant des logiques organisationnelles. En tant que pratique commune partag&#233;e par les agents, elle favorise les rencontres et les &#233;changes, &#224; l'occasion des prises de vue et de la pr&#233;sentation des premiers clich&#233;s. Elle permet enfin de lib&#233;rer la parole des personnels, quels que soient leur statut et leur position, en cr&#233;ant un rapport d'&#233;galit&#233; avec le photographe&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nb4' class='spip_note' rel='footnote' title='Ces propri&#233;t&#233;s de la photographie en situation d'enqu&#234;te ont d&#233;j&#224; &#233;t&#233; (...)' id='nh4'&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans un deuxi&#232;me temps, l'investigation photographique, en faisant appara&#238;tre l'administration comme un ensemble d'espaces diversement investis, conduit l'observateur &#224; s'int&#233;resser aux formes d'appropriation des postes de travail et d'attachement aux m&#233;tiers de l'&#233;quipement. La pr&#233;sentation de ces images d'inventaire est souvent l'occasion d'acc&#233;der en retour &#224; l'histoire longue du service et d'identifier les &#233;v&#233;nements qui ont construit l'appartenance professionnelle des personnels &#224; la famille &#171; &#233;quipement &#187;, sous la forme de r&#233;cits teint&#233;s d'une certaine nostalgie certes, mais n&#233;anmoins r&#233;v&#233;lateurs d'une mise en perspective diachronique essentielle pour comprendre les &#233;volutions du pr&#233;sent.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Enfin, dans un troisi&#232;me temps, nous verrons comment la photographie peut aider &#224; saisir et qualifier les changements &#224; l'&#339;uvre. Ce dernier apport vient de ce que la r&#233;forme se manifeste aussi dans l'espace et les agencements mat&#233;riels, du fait notamment des d&#233;m&#233;nagements li&#233;s aux fusions et r&#233;organisations de services. Les images des anciens bureaux d&#233;saffect&#233;s, des cartons d&#233;plac&#233;s et des nouveaux postes de travail en cours d'am&#233;nagement incitent les enqu&#234;t&#233;s &#224; constituer l'&#233;v&#233;nement et &#224; se saisir de cette actualit&#233; quand les mots et les r&#233;cits peinent &#224; qualifier ce qui est en train d'advenir, quand la mise en cause de la stabilit&#233; du quotidien bouscule &#233;galement la d&#233;marche ethnographique attentive aux routines et &#224; l'ordinaire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En soulignant chaque fois ce que la photographie &lt;i&gt;r&#233;v&#232;le&lt;/i&gt; du terrain et ce qu'elle y &lt;i&gt;provoque, &lt;/i&gt;l'enqu&#234;te photosociologique conduite &#224; la DDE du Rh&#244;ne met en &#233;vidence, d'un point de vue m&#233;thodologique, les diff&#233;rents r&#244;les de la photographie, tour &#224; tour mode d'enqu&#234;te, technique de description du r&#233;el et support r&#233;flexif pour les personnels de l'&#233;quipement confront&#233;s &#224; une remise en cause de leurs missions et de leurs identit&#233;s professionnelles.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;div class=&quot;non_flottant_titre&quot;&gt;&lt;a name='2'&gt;&lt;/a&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#tablematiere&quot;&gt;La photographie passeport pour p&#233;n&#233;trer les services de l'&#201;tat&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;L'enqu&#234;te s'engage &#224; l'automne 2009 par une s&#233;rie de rencontres informelles avec quelques repr&#233;sentants syndicaux de la DDE du Rh&#244;ne&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nb5' class='spip_note' rel='footnote' title='L'entr&#233;e syndicale est privil&#233;gi&#233;e dans la mesure o&#249; les (...)' id='nh5'&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;. La d&#233;marche, qui suppose d'investir durablement les locaux de la DDE, commande en effet d'obtenir un accord pr&#233;alable de la hi&#233;rarchie. Fin 2009, la recherche est pr&#233;sent&#233;e au directeur d&#233;partemental de l'&#233;quipement du Rh&#244;ne&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nb6' class='spip_note' rel='footnote' title='Dans le document pr&#233;par&#233; pour l'occasion et pr&#233;sent&#233; sous le titre (...)' id='nh6'&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt; au nom de l'int&#233;r&#234;t manifest&#233; pour la valeur patrimoniale des deux b&#226;timents (l'immeuble historique des Ponts et Chauss&#233;es et la cit&#233; administrative moderne&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nb7' class='spip_note' rel='footnote' title='Au d&#233;but de l'enqu&#234;te, les services de la DDE occupent deux b&#226;timents (...)' id='nh7'&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;). La mission photographique commandit&#233;e par la DATAR dans les ann&#233;es 1980 (Latarjet, Hers, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' LATARJET Bernard, HERS Fran&#231;ois, 1989. Paysages Photographies. Paris, Hazan.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;1989&lt;/a&gt;) est &#233;galement mentionn&#233;e, afin d'inscrire la d&#233;marche dans des attentes institutionnelles l&#233;gitimes vis-&#224;-vis de la photographie comme mode d'enqu&#234;te. Un accord est donc possible qui s'&#233;tablit dans les termes suivants : constituer, par la &#171; mise en image &#187; des b&#226;timents de la DDE et la &#171; mise en r&#233;cit &#187; de la carri&#232;re de certains agents, une m&#233;moire des services de l'&#233;quipement dans le Rh&#244;ne juste avant qu'ils ne disparaissent en fusionnant avec l'administration de l'agriculture pour former les directions d&#233;partementales des territoires (DDT)&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nb8' class='spip_note' rel='footnote' title='Dans le Rh&#244;ne, la cr&#233;ation des DDT par fusion des services d&#233;partementaux (...)' id='nh8'&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;. Les conditions de l'enqu&#234;te reposent &#233;galement sur la proximit&#233; des deux chercheurs avec le terrain et la conduite des entretiens par l'un d'entre eux&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nb9' class='spip_note' rel='footnote' title='Julien Langumier et Emmanuel Martinais ont la particularit&#233; d'&#234;tre &#224; (...)' id='nh9'&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt; &lt;div class='spip_document_6860 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;object	data='IMG/svg/ctrl_desaleux_01.svg' type='image/svg+xml' width='480' height='600' class='' &gt; &lt;param name='src' value='IMG/svg/ctrl_desaleux_01.svg' /&gt; &lt;/object&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Bien que n&#233;cessaires pour p&#233;n&#233;trer l'univers de la DDE, ces &#233;l&#233;ments ne suffisent pas &#224; lever les doutes et les inqui&#233;tudes d'une partie du personnel qui s'&#233;tonne de l'apparition soudaine d'un photographe dans son environnement de travail. Certains interpr&#232;tent sa pr&#233;sence comme une volont&#233; des organisations syndicales de d&#233;noncer les mauvaises conditions de travail par la mise en forme d'un regard d&#233;pr&#233;ciateur sur les locaux. D'autres voient dans cette intrusion une commande de la direction li&#233;e &#224; un quelconque inventaire mobilier ou &#224; la mise en place d'un nouveau support de management. Dans tous les cas, les agents rencontr&#233;s lors de cette phase d'approche se montrent m&#233;fiants : nombreux sont ceux qui demandent &#224; voir le laissez-passer du directeur, tandis qu'une partie non n&#233;gligeable joue clairement l'&#233;vitement.&lt;/p&gt; &lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les premiers pas dans les lieux de l'&#201;tat sont difficiles. Les personnes abord&#233;es dans les couloirs de la DDE sont toujours un peu &#233;tonn&#233;es de me trouver sur leur chemin et plut&#244;t r&#233;ticentes &#224; l'id&#233;e d'engager une discussion. Elles s'inqui&#232;tent de la pr&#233;sence de l'appareil, commencent souvent par refuser d'&#234;tre prises en photo. Je dois les rassurer : il n'y a pas d'obligation. Viennent ensuite les questions, toujours les m&#234;mes :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;&lt;code class='spip_code' dir='ltr'&gt;-&lt;/code&gt;&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt; Pour qui faites-vous des photos ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;&lt;code class='spip_code' dir='ltr'&gt;-&lt;/code&gt;&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt; Pour moi.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;&lt;code class='spip_code' dir='ltr'&gt;-&lt;/code&gt;&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt; Dans quels buts ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;&lt;code class='spip_code' dir='ltr'&gt;-&lt;/code&gt;&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt; Celui de d&#233;crire les changements au sein de l'administration d'&#201;tat &#224; l'heure des r&#233;formes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je remarque que la r&#233;forme de l'&#201;tat est un sujet qui retient l'attention des personnels que je croise. Beaucoup se sentent concern&#233;s et pensent avoir des choses &#224; dire. Ils appr&#233;cient mon int&#233;r&#234;t pour ces r&#233;organisations et la fa&#231;on dont elles impactent la fonction publique d'&#201;tat. Certains se montrent plus curieux et s'interrogent sur la fa&#231;on d'en rendre compte par le biais de la photographie. Une discussion peut alors s'engager qui permet souvent de poser les bases d'une relation plus durable. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(notes de prise de vue, janvier 2010).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s plusieurs jours d'immersion continue, la pr&#233;sence de l'objectif se banalise et le projet commence &#224; &#234;tre accept&#233;. Les contacts se font plus faciles, les langues se d&#233;lient et les portes des bureaux s'ouvrent. Le photographe n'est plus syst&#233;matiquement cantonn&#233; aux couloirs et aux lieux collectifs. Il est davantage invit&#233; &#224; partager l'espace plus intime du bureau. Il est aussi autoris&#233; &#224; poser son appareil et &#224; faire des clich&#233;s. Une premi&#232;re s&#233;rie d'images est ainsi constitu&#233;e, qui permet un premier constat empirique : si la plupart des agents accepte de laisser photographier leurs lieux de travail, c'est le plus souvent sans eux. Les chaises et fauteuils, abandonn&#233;s pr&#233;cipitamment quelques instants avant le d&#233;clic de l'appareil, signifient pourtant la pr&#233;sence de leur occupant, conf&#233;rant &#224; ces photographies une tension dramatique li&#233;e &#224; cette absence rendue quasi visible.&lt;/p&gt; &lt;div class='spip_document_6861 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;object	data='IMG/svg/ctrl_desaleux_02.svg' type='image/svg+xml' width='480' height='1100' class='' &gt; &lt;param name='src' value='IMG/svg/ctrl_desaleux_02.svg' /&gt; &lt;/object&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Significatives d'un terrain qui se d&#233;robe ou qui r&#233;siste &#224; la volont&#233; du photographe de faire corps avec son objet, ces images attestent &#233;galement des difficult&#233;s rencontr&#233;es pour &#233;tablir une relation de confiance avec les personnels occupants des lieux. Dans cette premi&#232;re phase d'enqu&#234;te, le photographe passe donc l'essentiel de son temps au contact des quelques personnes qui se montrent plus accessibles et plus disponibles que les autres. Ce sont ces informateurs privil&#233;gi&#233;s qui, peu &#224; peu, l'invitent &#224; parcourir les locaux de long en large et &#224; rencontrer d'autres agents, membres de leurs r&#233;seaux d'interconnaissance. Le photographe est ainsi autoris&#233; (et incit&#233;) &#224; explorer les b&#226;timents de la DDE et &#224; passer en revue tous les types d'espace, les espaces individuels comme les espaces collectifs, les espaces de prestige comme les espaces de rel&#233;gation. De cette mani&#232;re, il entre en contact avec tous les agents de la DDE, &#224; la faveur des rencontres provoqu&#233;es par la visite des lieux, mais sans distinction de statut ou de fonction.&lt;/p&gt; &lt;div class='spip_document_6862 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;object	data='IMG/svg/ctrl_desaleux_03.svg' type='image/svg+xml' width='480' height='1070' class='' &gt; &lt;param name='src' value='IMG/svg/ctrl_desaleux_03.svg' /&gt; &lt;/object&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dans les sous-sols de l'immeuble de la rue Moncey, au fond d'un couloir mal &#233;clair&#233;, il d&#233;couvre ainsi qu'un agent dispose d'un atelier parfaitement &#233;quip&#233; pour effectuer quelques travaux ponctuels de menuiserie et toutes sortes de t&#226;ches subalternes qu'il est le seul &#224; pouvoir accomplir (manutention, rangement, nettoyage du parking, etc.) : &#171; Je suis devenu une sorte d'homme &#224; tout faire. Mais un homme qui fait tout mal. Tout et mal, parce qu'on n'a pas les moyens. On fait de la bricole. On n'a pas l'argent. Et puis tout est devenu trop compliqu&#233; &#187;. Quantit&#233; d'agents effectuent ainsi des t&#226;ches et des missions peu visibles du reste de l'organisation et en g&#233;n&#233;ral peu reconnues d'une grande partie du personnel. C'est le cas du documentaliste que tout le monde conna&#238;t, mais que personne ne sait pr&#233;cis&#233;ment localiser, des informaticiens qui &#171; travaillent dans l'ombre &#187; ou des standardistes qui r&#233;pondent au t&#233;l&#233;phone toute la journ&#233;e, recluses dans leur bureau de la rue Moncey.&lt;/p&gt; &lt;div class='spip_document_6872 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;object	data='IMG/svg/ctrl_desaleux_04.svg' type='image/svg+xml' width='480' height='1260' class='' &gt; &lt;param name='src' value='IMG/svg/ctrl_desaleux_04.svg' /&gt; &lt;/object&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dans le contexte particulier de la DDE du Rh&#244;ne, la photographie est donc ce passeport qui permet d'atteindre les agents &#233;voluant aux marges de l'organisation et, par leur interm&#233;diaire, de recueillir de pr&#233;cieux t&#233;moignages sur les &#233;volutions les plus r&#233;centes du travail administratif. Car ces personnels de l'ombre comptent parmi les cat&#233;gories de fonctionnaires les plus durement touch&#233;es par les r&#233;formes en cours. Ainsi cet agent d'accueil qui nous explique qu'il y a peu de temps encore l'int&#233;r&#234;t de son travail r&#233;sidait dans la m&#233;diation avec le public :&lt;/p&gt; &lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Toutes les personnes qui s'&#233;garaient en dehors des heures de permanence &#233;taient canalis&#233;es par nous, on les recevait, on leur donnait la documentation, on leur expliquait les dossiers et comment les remplir. Ce qu'on avait aussi, c'&#233;tait les imprim&#233;s de permis de construire, de certificat d'urbanisme, de lotissement, d'intentions d'ali&#233;n&#233;s. On avait beaucoup d'imprim&#233;s qu'on donnait gratuitement. C'&#233;tait int&#233;ressant. On fournissait toutes sortes d'explications aux p&#233;titionnaires, il fallait leur indiquer la marche &#224; suivre pour se sortir du labyrinthe des proc&#233;dures administratives, leur montrer comment remplir les multiples imprim&#233;s, leur donner des conseils sur la mani&#232;re de s'y prendre pour pr&#233;senter les projets dans les r&#232;gles &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Un agent d'accueil, cat&#233;gorie C&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;De son c&#244;t&#233;, le photographe-vid&#233;aste de l'ancienne DDE est charg&#233; d'&#233;laborer les documents de communication, notamment la r&#233;trospective de fin d'ann&#233;e qui valorise les temps forts et les r&#233;alisations des services. Il t&#233;moigne aujourd'hui de la difficult&#233; &#224; rendre visible l'activit&#233; d'une administration cantonn&#233;e aux t&#226;ches les plus administratives apr&#232;s avoir &#233;t&#233; d&#233;poss&#233;d&#233;e des grands projets d'&#233;quipement et d'infrastructure historiquement fondateurs&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nb10' class='spip_note' rel='footnote' title='En quelques ann&#233;es, les r&#233;formes successives du minist&#232;re de (...)' id='nh10'&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt; :&lt;/p&gt; &lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est vrai qu'actuellement, j'aurais &#224; montrer des images, &#231;a serait&#8230; (rire) &#8230; il faudrait &#234;tre tr&#232;s bon sc&#233;nariste ou filmer vraiment les choses de mani&#232;re parfaite pour int&#233;resser les gens. Avant, la communication de la DDE c'&#233;tait simple : on avait des choses &#224; montrer, on pouvait faire des images parlantes. De la voirie, du chantier, de l'exploitation, de la route et tout &#231;a. Tout ce qu'on a perdu en d&#233;finitive. Bon aujourd'hui, c'est moins&#8230; alors si, encore un peu sur l'habitat, avec les d&#233;molitions. C'est vrai que c'est spectaculaire. Mais bon maintenant, on peut montrer quoi d'autre ? Les inspecteurs du permis de conduire ? Bon, &#224; la limite, on peut le faire une fois. Les plans de pr&#233;vention des risques inondations ? Bon c'est vrai qu'on peut montrer des images de crues, des r&#233;unions de concertation. Mais bon &#231;a va &#234;tre r&#233;union, r&#233;union, r&#233;union... &#199;a va &#234;tre r&#233;barbatif &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Un agent du service communication, cat&#233;gorie B&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;De fait, nombreux sont les agents qui &#233;voquent plus volontiers leur ancien poste quand il est en lien avec les missions concr&#232;tes et visibles de l'entretien routier&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nb11' class='spip_note' rel='footnote' title='Sur ce point, on pourra utilement se reporter &#224; l'enqu&#234;te conduite en (...)' id='nh11'&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt; que leur activit&#233; actuelle, qu'ils estiment plus bureaucratique et d'une certaine mani&#232;re, moins valorisante :&lt;/p&gt; &lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est-&#224;-dire que les gens, les automobilistes, ne t&#233;l&#233;phonaient jamais pour dire : &#171; Il y a de l'herbe, on n'y voit pas dans les virages &#187;. C'&#233;tait nickel ! L&#224;, on faisait un travail qui &#233;tait int&#233;ressant. Parce ce que &#231;a faisait quand m&#234;me chaud au c&#339;ur quand les automobilistes s'arr&#234;taient pour nous dire : &#171; Ah, c'est bien votre secteur, c'est d&#233;gag&#233;, les routes sont propres, c'est nettoy&#233; &#187;. &#199;a te fait quand m&#234;me plaisir. Tu ne gagnes pas plus qu'ailleurs, mais quand on te dit que tu as bien boss&#233;, &#231;a donne envie &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Un agent du service logistique, cat&#233;gorie C&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;La focale sociologique et l'objectif photographique jouent ici un duo compl&#233;mentaire pour restituer les &#233;volutions r&#233;centes &#224; partir d'une observation fine des lieux et la collecte des parcours professionnels. Cette m&#233;moire visuelle et narrative se distingue de l'histoire de l'administration telle que l'on peut la reconstituer &#224; travers les archives et les textes officiels. Elle ne vise pas tant l'exactitude et la pr&#233;cision historique mais probl&#233;matise les mani&#232;res indig&#232;nes de se rendre visible et d'exister en tant que fonctionnaire, tant dans les lieux de travail que dans le r&#233;cit propos&#233; &#224; un enqu&#234;teur ext&#233;rieur.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;div class=&quot;non_flottant_titre&quot;&gt;&lt;a name='3'&gt;&lt;/a&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#tablematiere&quot;&gt;La photographie inventaire pour saisir l'attachement au travail et &#224; l'administration&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;La proximit&#233; qui s'&#233;tablit par le truchement de la photographie avec une partie du personnel permet finalement de d&#233;crocher le droit d'acc&#233;der aux lieux du travail, notamment les bureaux, et de faire de nouvelles images pour saisir la fa&#231;on dont chacun investit et mod&#232;le son espace de travail.&lt;/p&gt; &lt;div class='spip_document_6863 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;object	data='IMG/svg/ctrl_desaleux_05.svg' type='image/svg+xml' width='480' height='1070' class='' &gt; &lt;param name='src' value='IMG/svg/ctrl_desaleux_05.svg' /&gt; &lt;/object&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Outre l'architecture des lieux (qui se distingue tr&#232;s nettement d'un b&#226;timent &#224; l'autre), les clich&#233;s de ces bureaux montrent surtout les signes de leur appropriation par les occupants. La pr&#233;sence au travail se lit ici dans l'articulation des am&#233;nagements fonctionnels li&#233;s aux t&#226;ches administratives (le bureau, l'ordinateur, l'imprimante, les piles de dossiers, etc.) avec des installations plus personnelles qui conduisent &#224; la mise en sc&#232;ne et &#224; la valorisation d'objets associ&#233;s au travail (cartes, plans, pense-b&#234;tes, organigrammes du service, etc.) comme &#224; la vie priv&#233;e et/ou &#224; la biographie (souvenirs de vacances, photos des enfants, plantes vertes, &#233;vocations d'engagements militants, etc.). Ces agencements de signes et d'objets fonctionnent comme une fronti&#232;re qui marque et d&#233;limite la pr&#233;sence personnelle dans l'espace de travail&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nb12' class='spip_note' rel='footnote' title='On pense ici au travail de Laurence Ossipow, Isabelle Csupor et Alexandre (...)' id='nh12'&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Suivant une logique d'inventaire, la constitution d'une telle s&#233;rie photographique rend compte de la singularit&#233; des strat&#233;gies d'appropriation individuelle. Elle t&#233;moigne &#233;galement de l'attachement des fonctionnaires aux lieux qu'ils occupent. Par le jeu des juxtapositions, qui renforce la lisibilit&#233; de chaque image en conf&#233;rant &#224; l'ensemble un &#171; degr&#233; de g&#233;n&#233;ralisation implicite&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nb13' class='spip_note' rel='footnote' title='A ce sujet, Albert Piette indique tr&#232;s justement que &#171; la juxtaposition de (...)' id='nh13'&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt; &#187; relatif &#224; l'appropriation du lieu de travail, la s&#233;rie conduit in&#233;vitablement &#224; s'interroger sur les fa&#231;ons de penser son travail et de s'y investir. Une ing&#233;nieure fait explicitement le lien :&lt;/p&gt; &lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p&gt;&#171; On a un b&#226;timent qui a une certaine classe, qui a &#233;t&#233; b&#226;ti dans les ann&#233;es d'apr&#232;s-guerre, &#224; la grande &#233;poque des DDE. Et donc du coup, on a des salles de r&#233;union qui se tiennent quoi ! Qui ont de la gueule. Un bureau du directeur qui se tient aussi. Et &#224; des moments, quand on est en situation de repr&#233;sentation, on a des lieux qui&#8230; on a des locaux qui s'y pr&#234;tent. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Un agent du service am&#233;nagement, cat&#233;gorie A&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; des bureaux, les &#233;l&#233;ments qui composent mat&#233;riellement et architecturalement l'univers administratif sont riches de significations qui renvoient &#224; l'histoire de l'institution.&lt;/p&gt; &lt;div class='spip_document_6871 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;object	data='IMG/svg/ctrl_desaleux_06.svg' type='image/svg+xml' width='480' height='2054' class='' &gt; &lt;param name='src' value='IMG/svg/ctrl_desaleux_06.svg' /&gt; &lt;/object&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Parce qu'ils valorisent certains d&#233;tails ou signalent des partis pris d'am&#233;nagement, ces clich&#233;s ont le pouvoir de faire &#233;merger des r&#233;cits donnant &#224; voir le sens et la valeur que les personnels accordent aux lieux et aux objets embl&#233;matiques de leur environnement de travail. C'est le cas par exemple de cette table &#224; dessin, sur laquelle des g&#233;n&#233;rations d'agents ont trac&#233; des plans d'ouvrages d'art et d'emprises routi&#232;res, qui fonctionne pour beaucoup comme une &#233;vocation nostalgique des missions pass&#233;es de la DDE, aujourd'hui disparues apr&#232;s plusieurs vagues de d&#233;centralisation (Duran, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' DURAN Patrice, 2001. &#171; L'&#201;quipement, une administration de gestion en recherche de mission &#187;, Annales des Ponts et Chauss&#233;es, 99, pp. 66-72.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2001&lt;/a&gt;). De la m&#234;me mani&#232;re, l'escalier central du b&#226;timent de la rue Moncey et le bureau du directeur situ&#233; dans son prolongement d&#233;clenchent des souvenirs qui montrent que ces symboles de pouvoir et d'autorit&#233; continuent d'inspirer respect et humilit&#233; &#224; bon nombre d'agents. Il en va de m&#234;me des images de la plaque comm&#233;morative et de la salle de r&#233;union Portafaix qui, chacune &#224; leur mani&#232;re, rappellent les temps h&#233;ro&#239;ques des ing&#233;nieurs des Ponts et Chauss&#233;es et par leur entremise, la grandeur de l'&#233;quipement, cette administration qui au sortir de la seconde guerre mondiale a reconstruit et &#233;quip&#233; la France (Billon, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' BILLON Alain, 2004. &#201;tude historique sur les valeurs propres au minist&#232;re de l'&#233;quipement. Paris, Rapport du Conseil G&#233;n&#233;ral des Ponts et Chauss&#233;es.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2004&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les photographies invitent les enqu&#234;t&#233;s &#224; commenter ce qu'ils voient et donc, &#224; mettre en r&#233;cit des anecdotes et des souvenirs qui forment une histoire singuli&#232;re des lieux et &#224; travers elle, de l'administration. Telle que nous l'avons reconstitu&#233;e, cette histoire s'apparente &#224; une sorte de &#171; grand r&#233;cit &#187;, qui n'a certainement pas beaucoup de valeur historiographique, mais qui a le pouvoir de f&#233;d&#233;rer la plupart des agents que nous avons rencontr&#233;s et interrog&#233;s. Il y est question des faits marquants et des heures de gloire de la DDE, de ses &#171; grandes r&#233;alisations &#187; et de toutes les traditions d'une administration ayant longtemps marqu&#233; de son monopole le territoire local. Il y est aussi question des principes dans lesquels se reconnaissent la plupart des agents, comme le service rendu, la poursuite de l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral, le d&#233;sint&#233;ressement, la neutralit&#233;, la comp&#233;tence technique, le travail bien fait, l'esprit d'&#233;quipe, etc. Ces diff&#233;rents principes, qui contribuent &#224; former ce que certains continuent d'appeler &#171; l'esprit &#233;quipement &#187;, ressortent &#233;galement des r&#233;cits de carri&#232;re que nous avons consign&#233;s tout au long de l'enqu&#234;te. Cet agent par exemple, d&#233;sormais proche de la retraite, &#233;voque son ancien m&#233;tier de dessinateur en insistant beaucoup sur la passion qui lui inspirait ce travail, pourtant peu valoris&#233; &#224; l'&#233;poque :&lt;/p&gt; &lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'&#233;tais passionn&#233; de mon boulot. &#192; l'&#233;poque, je faisais surtout du dessin d'ouvrages d'art. J'ai fait aussi un peu de trac&#233;s routiers, mais je m'occupais surtout du volet ouvrage d'art. (&#8230;) Il y avait un architecte qui bossait pour nous, qui nous donnait les volumes, les formes, le style. Pour chaque ouvrage. Ensuite, je travaillais avec l'ing&#233;nieur charg&#233; des calculs. Je bossais avec lui sur les dimensionnements. Il y a des choses que je faisais et d'autres que lui faisait. Puis apr&#232;s, je dessinais tous les plans des ouvrages : plans de coffrage, etc. Parfois, je faisais aussi de la surveillance de chantier. Comme je connaissais bien, que j'avais fait les plans, il m'arrivait de remplacer des surveillants de chantier. J'adorais &#231;a &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Un agent du service habitat, cat&#233;gorie B&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Sur un autre registre, un agent administratif de cat&#233;gorie C, charg&#233; des proc&#233;dures d'urbanisme, explicite son rapport au r&#232;glement et, ce faisant, la conception qu'elle se fait de son r&#244;le de fonctionnaire, &#224; la fois juste et d&#233;sint&#233;ress&#233;, garant de la loi et respectueux du service rendu :&lt;/p&gt; &lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je me suis toujours cal&#233;e sur un r&#232;glement. Je n'ai jamais bavard&#233; avec les gens sur des points de r&#232;glement. C'est l&#224; o&#249; il faut faire attention. Quand on est face &#224; une personne, on ne sait pas &#224; qui on s'adresse et on ne peut pas se permettre d'&#234;tre hors r&#232;glement. Moi, je m'appuie toujours sur le r&#232;glement, je fais une photocopie pour la personne et je n'interpr&#232;te surtout pas. &#192; la limite, on l'explique, mais vraiment au premier degr&#233;, pour qu'il n'y ait pas subjectivit&#233; de la r&#233;ponse. Il faut rester tr&#232;s professionnel parce qu'on est l&#224; pour repr&#233;senter l'&#201;tat et pas pour rentrer dans les bavardages. C'est quelque chose qu'il faut vraiment garder en m&#233;moire : ne jamais rentrer dans le jeu des personnes qui s'adressent &#224; vous. Parce que c'est tr&#232;s dangereux. On ne sait jamais &#224; qui on a affaire. Et puis ce n'est pas notre r&#244;le &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Un agent du service urbanisme, cat&#233;gorie C&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Un agent administratif de cat&#233;gorie B, qui a fait l'ensemble de sa carri&#232;re &#224; la DDE du Rh&#244;ne, revient &#233;galement sur le sens de son travail :&lt;/p&gt; &lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Depuis que je suis &#224; la DDE, j'ai toujours eu ce sentiment d'utilit&#233;. J'ai besoin de me sentir utile. Et je crois que c'est tout &#224; fait le r&#244;le d'un fonctionnaire que d'&#234;tre utile &#224; quelque chose. Je crois que c'est &#231;a d'&#234;tre fonctionnaire, en fait. Se dire qu'on est utile. M&#234;me si c'est tourn&#233; vers nos coll&#232;gues &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Un agent charg&#233; d'action sociale, cat&#233;gorie B&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Les t&#233;moignages de ces agents positionn&#233;s aux diff&#233;rents niveaux hi&#233;rarchiques montrent bien que l'attachement au travail n'est pas l'apanage des personnels dirigeants (cat&#233;gorie A), en charge des t&#226;ches r&#233;put&#233;es les plus nobles. Cette caract&#233;ristique n'est pas non plus r&#233;serv&#233;e aux agents en prise avec les domaines d'intervention les mieux valoris&#233;s (les &#171; c&#339;urs de m&#233;tiers &#187; pour reprendre le langage indig&#232;ne). Dans son travail pionnier sur l'&#233;quipement, Jean-Claude Thoenig signalait d&#233;j&#224; que la force de ce minist&#232;re technique r&#233;side dans sa capacit&#233; &#224; satisfaire, mieux que d'autres institutions &#233;conomiques ou administratives, les aspirations et les valeurs de ses agents (Thoenig, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' THOENIG Jean-Claude, 1987. L'&#232;re des technocrates. Le cas des Ponts et Chauss&#233;es. Paris, L'Harmattan.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;1987 : 281&lt;/a&gt;). Aujourd'hui, le constat vaut toujours. On l'a vu dans les exemples donn&#233;s, &#234;tre fonctionnaire de l'&#233;quipement, c'est s'int&#233;grer &#171; utilement &#187; dans un ensemble de comp&#233;tences techniques, h&#233;rit&#233;es de la &#171; grande &#187; histoire de ce minist&#232;re. Comme le dit tr&#232;s bien Dani&#232;le Linhart dans l'introduction d'un travail collectif sur la modernisation de la fonction publique d'&#201;tat, &#171; les fonctionnaires de la DDE ont la conscience d'un service rendu &#224; la collectivit&#233; via une parfaite ma&#238;trise et mise en &#339;uvre des m&#233;tiers de l'&#233;quipement, d'un fonctionnement efficace d'&#233;quipes de travail soud&#233;es et la direction r&#233;active de cadres de tr&#232;s hauts niveaux, &#233;manant d'&#233;coles prestigieuses fond&#233;es sur l'excellence technique. &#187; (Linhart, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' LINHART Dani&#232;le (dir.), 2006. Les diff&#233;rents visages de la modernisation du service public. Enqu&#234;te sociologique sur les valeurs des agents de la Fonction Publique du Nord. Paris, La Documentation fran&#231;aise.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2006 : 19&lt;/a&gt;). Tel qu'il nous est pr&#233;sent&#233; par les agents de la DDE, l'&#171; esprit &#233;quipement &#187; pourrait presque s'appr&#233;hender comme une &#171; morale professionnelle &#187;, c'est-&#224;-dire un rapport au pouvoir, &#224; l'argent et au temps qui vise &#224; bien distinguer les valeurs du travail administratif de celles qui pr&#233;valent ailleurs, dans la sph&#232;re marchande et la sph&#232;re politique notamment.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans le temps de l'enqu&#234;te, la photographie n'est donc pas seulement un passeport pour les espaces de travail les plus difficilement accessibles et les agents les plus expos&#233;s aux r&#233;formes. Elle permet aussi de rep&#233;rer que l'attachement &#224; l'institution passe par les lieux et que pour beaucoup, l'appropriation de l'espace d&#233;finit la fa&#231;on d'&#234;tre au travail et, plus largement, l'appartenance &#224; la &#171; famille &#233;quipement &#187;. Le recours &#224; la photographie conduit donc l'enqu&#234;teur &#224; s'int&#233;resser aux aspects m&#233;moriels du travail qui fondent les identit&#233;s professionnelles des agents de la DDE du Rh&#244;ne. Le lien peut alors &#234;tre fait avec les entretiens qui montrent plus pr&#233;cis&#233;ment que si le socle identitaire auquel les agents se r&#233;f&#232;rent assez majoritairement continue d'agir comme un rep&#232;re pour les individus au travail et un facteur de coh&#233;sion du groupe professionnel, les r&#233;formes qui se sont succ&#233;d&#233; ces dix derni&#232;res ann&#233;es l'ont quand m&#234;me fortement &#233;prouv&#233;. Du coup, beaucoup s'interrogent sur sa capacit&#233; &#224; r&#233;sister aux r&#233;organisations en cours et aux effets combin&#233;s des fusions de services et des mesures d'&#233;conomie de moyens impos&#233;es par la r&#233;vision g&#233;n&#233;rale des politiques publiques (RGPP)&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nb14' class='spip_note' rel='footnote' title='Ce programme de r&#233;forme de la fonction publique d'&#201;tat a &#233;t&#233; initi&#233; (...)' id='nh14'&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;div class=&quot;non_flottant_titre&quot;&gt;&lt;a name='4'&gt;&lt;/a&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#tablematiere&quot;&gt;La photographie miroir pour appr&#233;hender l'exp&#233;rience des r&#233;formes en cours &lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Engag&#233;e fin 2009, l'enqu&#234;te se d&#233;roule dans le contexte particulier des r&#233;organisations de services administratifs qui ne se limite pas aux seuls regroupements d'agents et de missions dans de nouvelles entit&#233;s, mais implique &#233;galement une reconfiguration compl&#232;te des lieux et des espaces de travail. Localement, les r&#233;organisations se traduisent par de nombreux d&#233;m&#233;nagements : d'anciens bureaux sont abandonn&#233;s, d'autres recompos&#233;s dans des plateaux paysagers ou recloisonn&#233;s pour respecter les nouveaux standards de 12 m&lt;sup&gt;2&lt;/sup&gt; par agent. S'agissant de l'ex-DDE, cette redistribution spatiale impose le regroupement de tous les services sur le m&#234;me site, c'est-&#224;-dire le transfert de tous les agents du b&#226;timent historique de la rue Moncey dans des bureaux r&#233;am&#233;nag&#233;s de la cit&#233; administrative. La fin de l'enqu&#234;te est donc marqu&#233;e par le d&#233;m&#233;nagement des services de la rue Moncey et leur transfert vers les b&#226;timents de la cit&#233; administrative. Comme le sujet de la &#171; mise en cartons &#187; se pr&#234;te bien au suivi photographique, l'&#233;v&#233;nement donne lieu &#224; la production d'un grand nombre d'images.&lt;/p&gt; &lt;div class='spip_document_6864 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;object	data='IMG/svg/ctrl_desaleux_07.svg' type='image/svg+xml' width='480' height='1070' class='' &gt; &lt;param name='src' value='IMG/svg/ctrl_desaleux_07.svg' /&gt; &lt;/object&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dans ce moment tr&#232;s particulier, l'articulation du regard photographique et de l'analyse sociologique est utile pour d&#233;passer le tropisme du d&#233;sordre, c'est-&#224;-dire r&#233;sister &#224; la tentation d'interpr&#233;ter de fa&#231;on m&#233;canique le bouleversement des lieux et des objets comme l'expression d'une d&#233;sorganisation sociale. L'utilisation de la photographie par les sciences sociales bute r&#233;guli&#232;rement sur ce probl&#232;me m&#233;thodologique d&#251; &#224; l'&#233;cart entre les informations apparaissant &#224; l'image et ce que l'on peut en dire (Laplantine, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' LAPLANTINE Fran&#231;ois, 2007. &#171; Penser en images &#187;, Ethnologie fran&#231;aise, 37 (1), pp. 47-56.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2007&lt;/a&gt;). Lui-m&#234;me confront&#233; &#224; cette difficult&#233;, Howard S. Becker a propos&#233; une m&#233;thode pour extraire des messages verbaux des images qu'il lui arrive de mobiliser en support de ses analyses : &#171; Devant n'importe quelle photographie, demandez-vous &#224; quelle(s) questions(s) elle &lt;i&gt;pourrait&lt;/i&gt; r&#233;pondre &#187; (Becker, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' BECKER Howard S., 2007. &#171; Les photographies disent-elles la v&#233;rit&#233; ? &#187;, Ethnologie fran&#231;aise, 37 (1), pp. 33-42.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2007 : 35&lt;/a&gt;). Dans le m&#234;me temps, un des enjeux de notre recherche est d'appr&#233;hender les effets d'une r&#233;forme dont on ne ma&#238;trise pas la temporalit&#233; et dont on ne conna&#238;t pas l'issue. La photographie inscrit alors n&#233;cessairement l'enqu&#234;te dans le registre de l'&#233;v&#233;nement &#224; travers la saisie d'un instantan&#233; qui ne pr&#233;sage pas du sens des r&#233;formes dans la longue dur&#233;e. A la fa&#231;on des personnels de la BNF qui &#171; revisitent &#187; les lieux dans lesquels ils &#233;voluent &#224; partir des photographies propos&#233;es par l'ethnologue (Achutti, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' ACHUTTI Luiz Eduardo Robinson, 2007. &#171; Photoethnographie. Dans les coulisses de la BNF &#187;, Ethnologie fran&#231;aise, 37 (1), pp. 111-116.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2007&lt;/a&gt;), les clich&#233;s offrent ici une image objectivante de ce qui est en train d'advenir, incitant les enqu&#234;t&#233;s &#224; se replacer de mani&#232;re r&#233;flexive dans ces quotidiens professionnels chamboul&#233;s pour initier une analyse sur des temporalit&#233;s qui correspondent &#224; leurs parcours professionnels et pas seulement &#224; la dynamique de la r&#233;forme. D&#232;s lors, la seule question qui vaille est celle de la compr&#233;hension de la r&#233;forme en cours, pour l'enqu&#234;teur qui l'observe et cherche &#224; rendre compte de ses effets comme pour les agents de l'&#201;tat qui contribuent &#224; la mettre en &#339;uvre et doivent s'accommoder de ses cons&#233;quences les plus imm&#233;diates.&lt;/p&gt; &lt;div class='spip_document_6869 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;object	data='IMG/svg/ctrl_desaleux_08.svg' type='image/svg+xml' width='480' height='1890' class='' &gt; &lt;param name='src' value='IMG/svg/ctrl_desaleux_08.svg' /&gt; &lt;/object&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dans les entretiens, les agents t&#233;moignent d'une compression consid&#233;rable du temps (pour partie imputable aux r&#233;ductions conjointes des moyens et des effectifs) qui les contraint &#224; hi&#233;rarchiser les missions et, dans certains cas, &#224; abandonner une partie des t&#226;ches qu'ils assuraient auparavant. L'exemple du poste de l'accueil est, de ce point de vue, particuli&#232;rement &#233;difiant :&lt;/p&gt; &lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pour moi, la plus grosse perte, c'est le service du public, le service d'aide au public. (&#8230;) Avant les instructeurs &#233;taient toujours pr&#234;ts &#224; renseigner les gens. Maintenant ils ont des ordres pr&#233;cis de ne pas renseigner l'usager s'il n'a pas de dossier. Pourquoi ? Parce qu'ils ne sont pas tr&#232;s nombreux. Qu'ils ont des d&#233;lais assez stricts &#224; respecter depuis les nouvelles r&#233;formes. Et qu'ils ne peuvent plus se permettre de passer 10 minutes ou un quart d'heure avec une personne qui n'aura pas de dossier par la suite ou qui n'aboutira pas. C'est consid&#233;r&#233; comme du temps perdu. Mais ces gens qui venaient, moi par d&#233;finition, j'avais mon temps &#224; perdre avec eux. Et c'est ce qui me plaisait. Et &#231;a ne me retardait pas. Ce qui faisait que j'&#233;tais toujours bien pour les recevoir. Parce qu'ils ne me g&#234;naient pas dans la suite de mon travail. Et les gens le sentaient, ils appr&#233;ciaient. Les &#233;changes se passaient bien. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Un agent d'accueil, cat&#233;gorie C&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Pour les agents, cette mise en tension de l'activit&#233; est diversement p&#233;nalisante, dans la mesure o&#249; la surcharge de travail qu'elle induit se double le plus souvent d'inconfort moral li&#233; &#224; la culpabilit&#233; de ne plus satisfaire correctement aux valeurs du &#171; travail bien fait &#187; et du &#171; service rendu &#187;. Les logiques gestionnaires inspir&#233;es des recettes du &lt;i&gt;new public management&lt;/i&gt; (multiplication des indicateurs de performance et des crit&#232;res de rentabilit&#233;, syst&#233;matisation des contr&#244;les, individualisation des r&#233;mun&#233;rations, etc.)&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nb15' class='spip_note' rel='footnote' title='Sur la diffusion des pr&#233;ceptes du new public management dans (...)' id='nh15'&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt; modifient l'ordre des priorit&#233;s et tendent &#224; valoriser les travaux les plus r&#233;p&#233;titifs pour lesquels l'int&#233;r&#234;t des agents est souvent moindre. Ainsi, ce cadre dirigeant qui nous explique comment la g&#233;n&#233;ralisation de ces instruments de gestion agit sur les comportements des agents et conduit, par la promotion implicite des t&#226;ches les plus norm&#233;es et les plus facilement comptabilisables, &#224; un appauvrissement des contenus du travail :&lt;/p&gt; &lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je trouve que les gens se raccrochent un peu au service minimum. Ils disent : &quot;Tes trucs, l&#224;, o&#249; il faut aller r&#233;fl&#233;chir avec les autres, &#224; quoi &#231;a sert puisque ce que tu vas me dire &#224; la fin de l'ann&#233;e c'est : combien tu as fait de dossiers ?&quot; Et voil&#224;, je sens quand m&#234;me &#231;a. Une sorte de repli. Ne pas prendre de risques et ne pas aller s'emb&#234;ter sur des trucs qui ne sont pas vraiment comptabilisables &#224; la fin de l'ann&#233;e. J'ai vraiment l'impression qu'on a plus de mal &#224; se galvaniser soi-m&#234;me et &#224; galvaniser les gens avec qui on travaille sur des sujets dont on a besoin. On est quand m&#234;me dans des services o&#249; la production est de plus en plus dominante. Elle a pris une telle place que par moment, tu te demandes si tu n'es pas en train de faire tourner une usine. Ce qu'il faut, c'est sortir du dossier ! Le probl&#232;me, c'est que si on ne travaille que pour compter les logements qu'on a financ&#233;s&#8230; Bon c'est important, mais ce n'est peut-&#234;tre pas l'essentiel. Et puis il y a quand m&#234;me le sentiment que tu fais mal le boulot. Parce que tu es trop &#224; l'aval et que tu es de moins en moins sur l'amont. De moins en moins dans la r&#233;flexion. Et puis avec toutes ces primes au r&#233;sultat, on est quand m&#234;me dans de la gestion par la d&#233;fiance. Voil&#224;, c'est un peu l'id&#233;e que c'est mieux d'&#234;tre d&#233;fiant que d'avoir confiance dans les autres. Et &#231;a c'est quand m&#234;me un truc terrible &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Un agent du service habitat, cat&#233;gorie A&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Pour les cas les plus extr&#234;mes, les transformations r&#233;centes des activit&#233;s administratives sont avant tout synonymes de rel&#233;gation, soit parce que leur travail n'est plus possible en tant que tel (faute de budgets, de moyens, d'encadrement), soit parce que leur activit&#233; n'a plus d'int&#233;r&#234;t du point de vue du service et des missions qu'il porte. Nombreux sont ceux qui profitent de l'enqu&#234;te pour dire leur d&#233;sarroi face &#224; ces r&#233;formes qui s'apparentent, de leur point de vue, &#224; un processus de d&#233;classement :&lt;/p&gt; &lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le minist&#232;re de l'&#233;quipement, c'&#233;tait un peu le minist&#232;re de la vie de tous les jours. C'&#233;tait un minist&#232;re tr&#232;s concret. Aujourd'hui, il l'est moins. Parce que moins les mains dans le cambouis justement, moins construction publique, moins route. Et&#8230; Ouais, &#231;a va continuer comme &#231;a de toute fa&#231;on. Je ne suis pas s&#251;r que ce soit la derni&#232;re r&#233;forme. Il y en aura d'autres &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Un agent du secr&#233;tariat g&#233;n&#233;ral, cat&#233;gorie B&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;On le voit bien avec ce dernier extrait, le passage d'une &#171; administration du faire &#187; &#224; une &#171; administration de dossiers &#187; n'est pas sans poser probl&#232;me. Globalement, les agents ne se reconnaissent plus dans l'organisation en train d'advenir et dans ses nouvelles valeurs d'efficacit&#233;, de rentabilit&#233; et de performance accrue. Ils s'y reconnaissent d'autant moins que les d&#233;m&#233;nagements r&#233;cents ont d&#233;finitivement coup&#233; les liens affectifs et symboliques qui jusqu'&#224; peu, les rattachaient au b&#226;timent historique de la DDE et par cette entremise, aux valeurs fondatrices de l'&#233;quipement. Ce dont t&#233;moigne cette jeune ing&#233;nieure :&lt;/p&gt; &lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p&gt;&#171; La beaut&#233; des lieux et tout &#231;a, les gens s'en foutent. La pr&#233;fecture nous met dehors, ici, et ben les gens, ils sont d'une tristesse de quitter ce b&#226;timent qui est notre chez nous. Les gens sont tristes. Il y en a plein qui disent : &quot;Et notre monument aux morts ? Qu'est-ce qu'on va en faire ?&quot; Ben ouais. Il va rester l&#224;. On ne peut pas l'emmener. Tu vois ? &#199;a a &#233;t&#233; une des premi&#232;res questions : &quot;Et &#231;a, qu'est-ce qu'on va en faire ?&quot;. Voil&#224;. On est tous attach&#233; au b&#226;timent. C'est le b&#226;timent des Ponts et Chauss&#233;es. C'est notre histoire quoi ! &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Un agent du service am&#233;nagement, cat&#233;gorie A&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ce qui se joue pour tous ces agents aujourd'hui, c'est donc l'existence m&#234;me du groupe professionnel auquel ils continuent de s'identifier, cette &#171; famille &#233;quipement &#187; dont la p&#233;rennit&#233; est aujourd'hui largement compromise du fait de la disparition du minist&#232;re &#233;ponyme, de son int&#233;gration dans un minist&#232;re du d&#233;veloppement durable dont beaucoup ne comprennent pas le sens.&lt;/p&gt; &lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Avant dans toutes les grandes r&#233;volutions administratives, il y avait des h&#233;ros, des convaincus, qui d&#233;fendaient un projet, une vision, des principes. L&#224; non. C'est une r&#233;volution par d&#233;faut, le seul projet c'est moins de fonctionnaires. C'est une r&#233;volution, mais sans h&#233;ros &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Un agent du service habitat, cat&#233;gorie A&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Coup&#233;s de leur histoire par la s&#233;paration d'avec les lieux, orphelins d'un projet d'avenir incarn&#233; par des &#171; h&#233;ros &#187;, les personnels de l'&#233;quipement expriment, en &#233;cho aux photographies des d&#233;m&#233;nagements, la d&#233;stabilisation du collectif de travail. Partageant ce constat du d&#233;mant&#232;lement de l'&#201;tat, les sociologues Laurent Bonelli et Willy Pelletier d&#233;fendent pourtant l'id&#233;e d'une &#171; absorption &#187; de la r&#233;forme par les fonctionnaires de terrain dont les r&#233;sistances, contournements voire d&#233;tournements, contribueraient &#224; l'inflexion des projets de transformation de l'administration (Bonelli, Pelletier, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' BONELLI Laurent, PELLETIER Willy, 2010. L'&#201;tat d&#233;mantel&#233;. Enqu&#234;te sur une r&#233;volution silencieuse. Paris, La D&#233;couverte/Le Monde diplomatique.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2010&lt;/a&gt;). Au terme de notre immersion photosociologique dans les services d&#233;partementaux de l'ex-&#233;quipement, nous aurions plut&#244;t tendance &#224; nuancer cette analyse. On pense notamment &#224; cette partie non n&#233;gligeable des personnels pour qui l'exp&#233;rience de la r&#233;forme ne se r&#233;duit pas &#224; une perturbation ponctuelle, mais remet en question la longue dur&#233;e des parcours professionnels. L'atteinte port&#233;e &#224; l'h&#233;ritage de l'&#233;quipement ainsi que l'incapacit&#233; &#224; dessiner un horizon professionnel cr&#233;dible dans un futur proche cantonnent les formes de r&#233;sistance au tr&#232;s court terme, dans une mobilisation r&#233;active aux avanc&#233;es progressives des r&#233;formes, mais sans r&#233;el projet d&#233;fendu collectivement par les personnels.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;div class=&quot;non_flottant_titre&quot;&gt;&lt;a name='5'&gt;&lt;/a&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#tablematiere&quot;&gt;Conclusion&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;La collaboration entre photographe et chercheur en sciences sociales questionne les modalit&#233;s de restitution du travail d'enqu&#234;te. Chacun revient-il vers ses formats de publication propres ou n'y a-t-il pas un champ &#224; investiguer pour mettre en place des rendus alliant le texte et l'image ? Partant du constat que &#171; le photographe ne veut pas jouer le r&#244;le secondaire de l'illustrateur, que l'anthropologue de son c&#244;t&#233; ne veut pas se contenter de la pr&#233;face &#187;, Anne Attan&#233;, Katrin Langewiesche et Franck Pourcel invitent &#224; un renouvellement des formats de publication en proposant une &#171; rh&#233;torique photographique &#187; articulant, textes, photographies et diaporama sonore (&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' ATTAN&#201; Anne, LANGEWIESCHE Katrin, POURCEL Franck, 2008. &#171; La rh&#233;torique photographique &#187;, ethnographiques.org, 16 (en ligne), http://www.ethnographiques.org/2008... (page consult&#233;e le 4 octobre 2010).')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2008 : 13&lt;/a&gt;). De notre c&#244;t&#233;, l'exp&#233;rience r&#233;alis&#233;e sur le terrain de la DDE du Rh&#244;ne nous conduit &#224; reconna&#238;tre deux formats possibles de restitution du travail d'enqu&#234;te : d'une part, un regard photographique par la constitution de s&#233;ries d'images&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nb16' class='spip_note' rel='footnote' title='L'article acad&#233;mique n'est pas la seule fa&#231;on de restituer le (...)' id='nh16'&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt; ; d'autre part, l'article pr&#233;sent&#233; ici qui propose d'articuler la photographie &#224; l'analyse sociologique autour de trois r&#244;les diff&#233;rents, li&#233;s &#224; l'acc&#232;s au terrain d'enqu&#234;te, aux techniques de description et au retour r&#233;flexif sur un &#233;v&#233;nement. L'explicitation m&#233;thodologique tend ici &#224; ne pas subordonner la photographie dans l'illustration passive du texte analytique mais &#224; identifier ses ressources et potentialit&#233;s dans la dynamique d'enqu&#234;te sur un terrain particulier.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette technique d'enqu&#234;te s'av&#232;re particuli&#232;rement pertinente pour appr&#233;hender le travail administratif d'un service d&#233;concentr&#233; de l'&#201;tat dans un contexte marqu&#233; par la combinaison des recompositions de l'&#201;tat territorial et de la RGPP. La photographie des lieux positionne l'observation dans le quotidien du travail et des r&#233;formes v&#233;cus par les personnels plut&#244;t que dans les discours, les rumeurs et les fantasmes suscit&#233;s par les changements &#224; venir. En figeant des instantan&#233;s, elle contribue &#224; enrayer l'acc&#233;l&#233;ration du temps au profit d'un temps suspendu consacr&#233; &#224; l'enqu&#234;te. Les entretiens b&#233;n&#233;ficient alors de ce cadre pour se d&#233;ployer et r&#233;introduire la dimension diachronique essentielle pour comprendre les instants du pr&#233;sent fig&#233;s par la photographie. La double approche du travail administratif que proposent les personnels dans leur rapport &#224; l'espace et au temps permet d'&#233;clairer tout &#224; la fois les formes d'appartenance et d'attachement &#224; l'administration et restituer l'&#233;volution du travail &#224; travers les trajectoires professionnelles. Pour les agents de l'&#201;tat, les r&#233;formes en cours semblent justement peser sur ces deux dimensions, l'abandon des lieux signant une forme de d&#233;racinement et la remise en cause des missions constituant une v&#233;ritable rupture dans des vies professionnelles guid&#233;es par un m&#234;me fil d'Ariane constitu&#233; par l'impartialit&#233; de l'&#201;tat et le service rendu &#224; la collectivit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;div style=&quot;position: fixed; bottom: 0px; left: 0px; width: 100%; height: 11%; background-color:white; z-index:2;&quot;&gt;
&lt;object id=&quot;control4&quot; type=&quot;image/svg+xml&quot;
width=&quot;100%&quot; height=&quot;100%&quot; data=&quot;IMG/svg/ardesaleuxcontrol.svg&quot;&gt;
&lt;param name=&quot;src&quot; value=&quot;ardesaleuxcontrol.svg&quot; /&gt;
&lt;/object&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div id=&quot;showhide01&quot; style=&quot;position: fixed; left: 100%; top: 0px; width: 100%; height: 89%; background-color:none; z-index:2;&quot;&gt;
&lt;div style=&quot;background-color: #999; position:absolute; z-index:-1; top:0; left:0; width:100%; height:100%; opacity:0.3;&quot;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;object id=&quot;cible4&quot; type=&quot;image/svg+xml&quot; data=&quot;IMG/svg/ardesaleuxvisio.svg&quot;
width=&quot;100%&quot; height=&quot;100%&quot;&gt; &lt;param name=&quot;src&quot; value=&quot;IMG/svg/ardesaleuxvisio.svg&quot; /&gt;
&lt;/object&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nh1' id='nb1' class='spip_note' title='Notes 1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt; L'id&#233;e de cette enqu&#234;te originale sur l'administration vient au photographe David Desaleux &#224; l'occasion de sa rencontre avec la cit&#233; administrative d'Etat de Lyon, apr&#232;s une r&#233;union de travail avec Julien Langumier alors en poste &#224; la direction r&#233;gionale de l'environnement (DIREN). Tous les deux collaborent &#224; l'&#233;poque &#224; un projet de valorisation du fleuve Rh&#244;ne et de ses crues, dans le cadre d'un programme artistique de sensibilisation aux risques d'inondations (&lt;a href='http://www.quileutcrue.com/' class='spip_out' rel='nofollow'&gt;www.quileutcrue.com&lt;/a&gt;). Afin de concr&#233;tiser cette id&#233;e d'investir les lieux de l'&#201;tat par la photographie, le contact est &#233;tabli avec Emmanuel Martinais qui engage &#224; ce moment-l&#224; une recherche sur les mutations organisationnelles de l'administration fran&#231;aise (ANR MUTORG-ADMI dirig&#233;e par Philippe Bez&#232;s).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nh2' id='nb2' class='spip_note' title='Notes 2' rev='footnote'&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt; D&#233;lib&#233;r&#233;ment en retrait au d&#233;but de l'enqu&#234;te, les chercheurs n'interviennent que ponctuellement, pour aider le photographe &#224; cheminer dans le milieu indig&#232;ne, se familiariser avec les r&#232;gles et les codes de l'administration et consigner ses observations par &#233;crit.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nh3' id='nb3' class='spip_note' title='Notes 3' rev='footnote'&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt; Au total, quinze personnes ont &#233;t&#233; interrog&#233;es. Ces fonctionnaires de l'&#233;quipement ont &#233;t&#233; choisis pour la diversit&#233; de leurs statuts, de leurs positions dans l'organisation et de leurs m&#233;tiers. Tous les entretiens ont &#233;t&#233; conduits par Emmanuel Martinais, en pr&#233;sence de David Desaleux qui, dans la plupart des cas, est &#224; l'origine de la rencontre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nh4' id='nb4' class='spip_note' title='Notes 4' rev='footnote'&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt; Ces propri&#233;t&#233;s de la photographie en situation d'enqu&#234;te ont d&#233;j&#224; &#233;t&#233; mises en &#233;vidence (La Rocca, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' LA ROCCA Fabio, 2007. &#171; Introduction &#224; la sociologie visuelle &#187;, Soci&#233;t&#233;s, 95, pp. 33-40.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2007&lt;/a&gt; ; Papinot, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' PAPINOT Christian, 2007. &#171; Le &quot;malentendu productif&quot;. R&#233;flexion sur la photographie comme support d'entretien &#187;, Ethnologie fran&#231;aise, 37 (1), pp. 79-86.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2007&lt;/a&gt; ; Spinelli, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' SPINELLI Luciano, 2007. &#171; Techniques visuelles dans une enqu&#234;te qualitative de terrain &#187;, Soci&#233;t&#233;s, 96, pp. 77-89.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2007&lt;/a&gt;). Sur ce point de m&#233;thode, on pense &#233;galement &#224; Sylvaine Conord qui utilise l'image pour renforcer la proximit&#233; avec ses informateurs : &#171; Cette position de photographe favorise et multiplie en g&#233;n&#233;ral les &#233;changes, qu'ils soient mat&#233;riels (dons de photo) ou symboliques (libre auto-mise en sc&#232;ne devant l'appareil photographique). Ce type d'interaction, entre l'anthropologue-photographe et les sujets photographi&#233;s &#233;tablit des liens de confiance qui aboutissent &#224; une meilleure compr&#233;hension de certains aspects des relations sociales propres au groupe observ&#233; &#187; (Conord, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' CONORD Sylvaine, 2007. &#171; Usages et fonctions de la photographie &#187;, Ethnologie fran&#231;aise, 37 (1), pp. 11-22.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2007 : 14&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nh5' id='nb5' class='spip_note' title='Notes 5' rev='footnote'&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt; L'entr&#233;e syndicale est privil&#233;gi&#233;e dans la mesure o&#249; les repr&#233;sentants du personnel sont a priori les agents les mieux dispos&#233;s &#224; soutenir le projet en interne et les mieux plac&#233;s pour nous ouvrir les portes de la direction.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nh6' id='nb6' class='spip_note' title='Notes 6' rev='footnote'&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt; Dans le document pr&#233;par&#233; pour l'occasion et pr&#233;sent&#233; sous le titre &lt;i&gt;Les lieux de l'&#201;tat &#8211; &#201;tat des lieux&lt;/i&gt;, l'objectif de la recherche est ainsi formul&#233; : &#171; A l'heure du remaniement de l'&#201;tat territorial, &#224; un tournant de l'histoire des services d&#233;concentr&#233;s des minist&#232;res de l'&#233;quipement et de l'&#233;cologie, il y a un enjeu &#233;vident &#224; constituer la m&#233;moire de ce qu'ont &#233;t&#233; ces administrations et de ce qu'elles sont en train de devenir. C'est l'ambition de ce projet photographique qui se propose de faire un &#233;tat des lieux des lieux de l'&#201;tat. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nh7' id='nb7' class='spip_note' title='Notes 7' rev='footnote'&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt; Au d&#233;but de l'enqu&#234;te, les services de la DDE occupent deux b&#226;timents distincts : l'immeuble &#171; historique &#187; de la rue Moncey et le b&#226;timent A de la cit&#233; administrative, au c&#339;ur du quartier de la Part-Dieu. En novembre 2010, les deux parties ont &#233;t&#233; regroup&#233;es &#224; la Part-Dieu.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nh8' id='nb8' class='spip_note' title='Notes 8' rev='footnote'&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt; Dans le Rh&#244;ne, la cr&#233;ation des DDT par fusion des services d&#233;partementaux est effective depuis le 1er janvier 2010.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nh9' id='nb9' class='spip_note' title='Notes 9' rev='footnote'&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt; Julien Langumier et Emmanuel Martinais ont la particularit&#233; d'&#234;tre &#224; la fois ing&#233;nieurs des travaux publics de l'&#201;tat et chercheurs en sciences sociales, respectivement en ethnologie et sociologie. Au moment de l'enqu&#234;te, le premier est un quasi indig&#232;ne qui dispose d'une bonne connaissance des lieux et des services puisqu'il travaille dans une administration r&#233;gionale voisine de la DDE. Quant au second, il est charg&#233; de recherches et responsable de formation &#224; l'ENTPE (l'&#233;cole qui produit une partie du personnel d'encadrement de l'ex-minist&#232;re de l'&#233;quipement, aujourd'hui minist&#232;re de l'&#233;cologie et du d&#233;veloppement durable). Pendant le temps de l'enqu&#234;te, l'&#233;quipe ainsi form&#233;e se r&#233;unit r&#233;guli&#232;rement pour discuter des notes prises par David Desaleux lors de ses journ&#233;es d'immersion, commenter ses clich&#233;s, choisir parmi les personnes rencontr&#233;es celles qui pourraient &#234;tre plus longuement interrog&#233;es, pr&#233;parer les entretiens, etc.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nh10' id='nb10' class='spip_note' title='Notes 10' rev='footnote'&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt; En quelques ann&#233;es, les r&#233;formes successives du minist&#232;re de l'&#233;quipement ont organis&#233; le transfert de la ma&#238;trise d'ouvrage routi&#232;re aux directions interr&#233;gionales des routes, achev&#233; la cession de l'exploitation routi&#232;re aux conseils g&#233;n&#233;raux et scell&#233; la disparition de l'ing&#233;nierie publique, autant d'activit&#233;s qui constituaient jusqu'alors la raison d'&#234;tre d'une bonne partie de ses agents (Gourgouillat, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' GOURGOUILLAT S&#233;bastien, 2006. Les mutations de l'ing&#233;nierie publique au minist&#232;re de l'&#233;quipement : contribution &#224; une sociologie de la r&#233;forme de la gestion publique territoriale. Lyon, Th&#232;se de l'universit&#233; Lumi&#232;re Lyon 2.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2006)&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nh11' id='nb11' class='spip_note' title='Notes 11' rev='footnote'&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt; Sur ce point, on pourra utilement se reporter &#224; l'enqu&#234;te conduite en 2000 aupr&#232;s des agents d'exploitation de la route juste avant le transfert de ces personnels et de ces missions aux conseils g&#233;n&#233;raux (Langumier, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' LANGUMIER Julien, 2005. &#171; Des ouvriers de la fonction publique d'&#201;tat face aux r&#233;formes de modernisation. Enqu&#234;te aupr&#232;s des agents d'exploitation de la DDE &#187;, Soci&#233;t&#233;s contemporaines, 58, pp. 65-85.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2005&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nh12' id='nb12' class='spip_note' title='Notes 12' rev='footnote'&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt; On pense ici au travail de Laurence Ossipow, Isabelle Csupor et Alexandre Lambelet (&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' OSSIPOW Laurence, CSUPOR Isabelle, LAMBELET Alexandre, 2006. &#171; Lieux et objets d'assistance : mises en sc&#232;ne dans cinq Centres d'action sociale et de sant&#233; (CASS) &#187;. ethnographiques.org, Num&#233;ro 9 - f&#233;vrier 2006 (en ligne).(http://www.ethnographiques.org/2006... - consult&#233; le 7.04.2011)')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2006&lt;/a&gt;), qui analysent en d&#233;tail l'am&#233;nagement spatial des bureaux des personnels des centres d'action sociale et de sant&#233; en Suisse. Mais &#224; la diff&#233;rence des postes de travail de la DDE, les bureaux &#233;tudi&#233;s servent de lieux de r&#233;ception du public pour des entretiens. Ces interactions sont alors d&#233;terminantes pour comprendre les formes d'appropriation des espaces de travail, qui tiennent d'une part aux enjeux de mise en sc&#232;ne de l'assistance sociale et d'autre part au d&#233;voilement de la vie priv&#233;e des travailleurs sociaux.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nh13' id='nb13' class='spip_note' title='Notes 13' rev='footnote'&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt; A ce sujet, Albert Piette indique tr&#232;s justement que &#171; la juxtaposition de photographies sur un fond de commentaire g&#233;n&#233;ral, permet d'une part &#224; chacune de celles-ci de pr&#233;server son identit&#233; avec une description particuli&#232;re de son contenu et d'autre part un renvoi de l'une &#224; l'autre sur la m&#234;me planche ou m&#234;me d'une planche &#224; une autre, aidant &#224; visualiser un jeu d'identit&#233; et de contraste, &#224; augmenter la lisibilit&#233; des images ainsi rapproch&#233;es et en m&#234;me temps &#224; assurer un degr&#233; de g&#233;n&#233;ralisation implicite comme s'il s'agissait de retenir pour chaque image des informations valables pour l'ensemble &#187; (Piette, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' PIETTE Albert, 1992. &#171; La photographie comme mode de connaissance anthropologique &#187;, Terrain, 18, pp. 129-136.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;1992 : 134&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nh14' id='nb14' class='spip_note' title='Notes 14' rev='footnote'&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt; Ce programme de r&#233;forme de la fonction publique d'&#201;tat a &#233;t&#233; initi&#233; au milieu des ann&#233;es 2000 et vise globalement &#224; r&#233;duire les budgets de fonctionnements des minist&#232;res et de leurs ramifications territoriales (Lafarge, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' LAFARGE Fran&#231;ois, 2007. &#171; Le point sur le lancement de la r&#233;vision g&#233;n&#233;rale des politiques publiques &#187;, Revue fran&#231;aise d'administration publique, 124, pp. 683-696.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2007&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nh15' id='nb15' class='spip_note' title='Notes 15' rev='footnote'&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt; Sur la diffusion des pr&#233;ceptes du new public management dans l'administration fran&#231;aise, voir par exemple : Bez&#232;s, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' BEZES Philippe, 2005. &#171; Le renouveau du contr&#244;le des bureaucraties. L'impact du New Public Management &#187;, Informations sociales, 126, pp. 26-37.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2005&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nh16' id='nb16' class='spip_note' title='Notes 16' rev='footnote'&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt; L'article acad&#233;mique n'est pas la seule fa&#231;on de restituer le travail d'enqu&#234;te r&#233;alis&#233; par le photographe. L'entr&#233;e sur le terrain &#224; travers la photographie permet en particulier d'envisager des rendus plus visuels offrant des points de vue tr&#232;s diff&#233;rents sur le milieu enqu&#234;t&#233; (voir par exemple : &lt;a href='http://desaleux.com/quoideneuf/?p=51' class='spip_out' rel='nofollow'&gt;http://desaleux.com/quoideneuf/?p=51&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;ACHUTTI Luiz Eduardo Robinson, 2007. &#171; Photoethnographie. Dans les coulisses de la BNF &#187;, &lt;i&gt;Ethnologie fran&#231;aise&lt;/i&gt;, 37 (1), pp. 111-116.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;ATTAN&#201; Anne, LANGEWIESCHE Katrin, POURCEL Franck, 2008. &#171; La rh&#233;torique photographique &#187;, &lt;i&gt;ethnographiques.org&lt;/i&gt;, 16 (en ligne), &lt;a href='http://www.ethnographiques.org/2008/Attane,et-al' class='spip_out'&gt;http://www.ethnographiques.org/2008/Attane,et-al&lt;/a&gt; (page consult&#233;e le 4 octobre 2010).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;BECKER Howard S., 2007. &#171; Les photographies disent-elles la v&#233;rit&#233; ? &#187;, &lt;i&gt;Ethnologie fran&#231;aise&lt;/i&gt;, 37 (1), pp. 33-42.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;BEZES Philippe, 2005. &#171; Le renouveau du contr&#244;le des bureaucraties. L'impact du New Public Management &#187;, &lt;i&gt;Informations sociales&lt;/i&gt;, 126, pp. 26-37.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;BILLON Alain, 2004. &lt;i&gt;&#201;tude historique sur les valeurs propres au minist&#232;re de l'&#233;quipement&lt;/i&gt;. Paris, Rapport du Conseil G&#233;n&#233;ral des Ponts et Chauss&#233;es.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;BONELLI Laurent, PELLETIER Willy, 2010. &lt;i&gt;L'&#201;tat d&#233;mantel&#233;. Enqu&#234;te sur une r&#233;volution silencieuse&lt;/i&gt;. Paris, La D&#233;couverte/Le Monde diplomatique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;CONORD Sylvaine, 2007. &#171; Usages et fonctions de la photographie &#187;, &lt;i&gt;Ethnologie fran&#231;aise&lt;/i&gt;, 37 (1), pp. 11-22.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;DURAN Patrice, 2001. &#171; L'&#201;quipement, une administration de gestion en recherche de mission &#187;, &lt;i&gt;Annales des Ponts et Chauss&#233;es&lt;/i&gt;, 99, pp. 66-72.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;GOURGOUILLAT S&#233;bastien, 2006. &lt;i&gt;Les mutations de l'ing&#233;nierie publique au minist&#232;re de l'&#233;quipement : contribution &#224; une sociologie de la r&#233;forme de la gestion publique territoriale&lt;/i&gt;. Lyon, Th&#232;se de l'universit&#233; Lumi&#232;re Lyon 2.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;LAFARGE Fran&#231;ois, 2007. &#171; Le point sur le lancement de la r&#233;vision g&#233;n&#233;rale des politiques publiques &#187;, &lt;i&gt;Revue fran&#231;aise d'administration publique&lt;/i&gt;, 124, pp. 683-696.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;LANGUMIER Julien, 2005. &#171; Des ouvriers de la fonction publique d'&#201;tat face aux r&#233;formes de modernisation. Enqu&#234;te aupr&#232;s des agents d'exploitation de la DDE &#187;, &lt;i&gt;Soci&#233;t&#233;s contemporaines&lt;/i&gt;, 58, pp. 65-85.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;LAPLANTINE Fran&#231;ois, 2007. &#171; Penser en images &#187;, &lt;i&gt;Ethnologie fran&#231;aise&lt;/i&gt;, 37 (1), pp. 47-56.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;LA ROCCA Fabio, 2007. &#171; Introduction &#224; la sociologie visuelle &#187;, Soci&#233;t&#233;s, 95, pp. 33-40.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;LATARJET Bernard, HERS Fran&#231;ois, 1989. &lt;i&gt;Paysages Photographies&lt;/i&gt;. Paris, Hazan.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;LINHART Dani&#232;le (dir.), 2006. &lt;i&gt;Les diff&#233;rents visages de la modernisation du service public. Enqu&#234;te sociologique sur les valeurs des agents de la Fonction Publique du Nord&lt;/i&gt;. Paris, La Documentation fran&#231;aise.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;MARESCA Sylvain, 2007. &#171; Photographes et ethnologues &#187;, &lt;i&gt;Ethnologie fran&#231;aise,&lt;/i&gt; 37 (1), pp. 61-67.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;OSSIPOW Laurence, CSUPOR Isabelle, LAMBELET Alexandre, 2006. &#171; Lieux et objets d'assistance : mises en sc&#232;ne dans cinq Centres d'action sociale et de sant&#233; (CASS) &#187;. &lt;i&gt;ethnographiques.org&lt;/i&gt;, Num&#233;ro 9 - f&#233;vrier 2006 [en ligne].
(&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/2006/Ossipow,et-al' class='spip_out' rel='nofollow'&gt;http://www.ethnographiques.org/2006...&lt;/a&gt; - consult&#233; le 7.04.2011)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;PAPINOT Christian, 2007. &#171; Le &quot;malentendu productif&quot;. R&#233;flexion sur la photographie comme support d'entretien &#187;, &lt;i&gt;Ethnologie fran&#231;aise&lt;/i&gt;, 37 (1), pp. 79-86.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;PIETTE Albert, 1992. &#171; La photographie comme mode de connaissance anthropologique &#187;, &lt;i&gt;Terrain&lt;/i&gt;, 18, pp. 129-136.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;SPINELLI Luciano, 2007. &#171; Techniques visuelles dans une enqu&#234;te qualitative de terrain &#187;, &lt;i&gt;Soci&#233;t&#233;s&lt;/i&gt;, 96, pp. 77-89.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;THOENIG Jean-Claude, 1987. &lt;i&gt;L'&#232;re des technocrates. Le cas des Ponts et Chauss&#233;es&lt;/i&gt;. Paris, L'Harmattan.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		
		<enclosure url="http://www.ethnographiques.org/IMG/png/email_dslx.png" length="303" type="image/png" />
		
		<enclosure url="http://www.ethnographiques.org/IMG/png/email_mrtn.png" length="408" type="image/png" />
		
		<enclosure url="http://www.ethnographiques.org/IMG/png/email_lngm.png" length="292" type="image/png" />
		
		<enclosure url="http://www.ethnographiques.org/IMG/jpg/desaleux01.jpg" length="147711" type="image/jpeg" />
		
		<enclosure url="http://www.ethnographiques.org/IMG/jpg/desaleux02.jpg" length="127203" type="image/jpeg" />
		
		<enclosure url="http://www.ethnographiques.org/IMG/jpg/desaleux03.jpg" length="99790" type="image/jpeg" />
		
		<enclosure url="http://www.ethnographiques.org/IMG/jpg/desaleux04.jpg" length="113281" type="image/jpeg" />
		
		<enclosure url="http://www.ethnographiques.org/IMG/jpg/desaleux05.jpg" length="85888" type="image/jpeg" />
		
		<enclosure url="http://www.ethnographiques.org/IMG/jpg/desaleux06.jpg" length="85128" type="image/jpeg" />
		
		<enclosure url="http://www.ethnographiques.org/IMG/jpg/desaleux07.jpg" length="66017" type="image/jpeg" />
		
		<enclosure url="http://www.ethnographiques.org/IMG/jpg/desaleux08.jpg" length="68564" type="image/jpeg" />
		
		<enclosure url="http://www.ethnographiques.org/IMG/jpg/desaleux09.jpg" length="137243" type="image/jpeg" />
		
		<enclosure url="http://www.ethnographiques.org/IMG/jpg/desaleux10.jpg" length="120356" type="image/jpeg" />
		
		<enclosure url="http://www.ethnographiques.org/IMG/jpg/desaleux11.jpg" length="105820" type="image/jpeg" />
		
		<enclosure url="http://www.ethnographiques.org/IMG/jpg/desaleux12.jpg" length="99832" type="image/jpeg" />
		
		<enclosure url="http://www.ethnographiques.org/IMG/jpg/desaleux13.jpg" length="143967" type="image/jpeg" />
		
		<enclosure url="http://www.ethnographiques.org/IMG/jpg/desaleux14.jpg" length="106414" type="image/jpeg" />
		
		<enclosure url="http://www.ethnographiques.org/IMG/jpg/desaleux15.jpg" length="109157" type="image/jpeg" />
		
		<enclosure url="http://www.ethnographiques.org/IMG/jpg/desaleux16.jpg" length="145056" type="image/jpeg" />
		
		<enclosure url="http://www.ethnographiques.org/IMG/jpg/desaleux17.jpg" length="110432" type="image/jpeg" />
		
		<enclosure url="http://www.ethnographiques.org/IMG/jpg/desaleux18.jpg" length="69438" type="image/jpeg" />
		
		<enclosure url="http://www.ethnographiques.org/IMG/jpg/desaleux19.jpg" length="82996" type="image/jpeg" />
		
		<enclosure url="http://www.ethnographiques.org/IMG/jpg/desaleux20.jpg" length="78529" type="image/jpeg" />
		
		<enclosure url="http://www.ethnographiques.org/IMG/jpg/desaleux21.jpg" length="130732" type="image/jpeg" />
		
		<enclosure url="http://www.ethnographiques.org/IMG/jpg/desaleux22.jpg" length="93967" type="image/jpeg" />
		
		<enclosure url="http://www.ethnographiques.org/IMG/jpg/desaleux23.jpg" length="83071" type="image/jpeg" />
		
		<enclosure url="http://www.ethnographiques.org/IMG/jpg/desaleux24.jpg" length="136855" type="image/jpeg" />
		
		<enclosure url="http://www.ethnographiques.org/IMG/jpg/desaleux25.jpg" length="102074" type="image/jpeg" />
		
		<enclosure url="http://www.ethnographiques.org/IMG/jpg/desaleux26.jpg" length="99977" type="image/jpeg" />
		
		<enclosure url="http://www.ethnographiques.org/IMG/jpg/desaleux27.jpg" length="76276" type="image/jpeg" />
		
		<enclosure url="http://www.ethnographiques.org/IMG/jpg/desaleux28.jpg" length="79851" type="image/jpeg" />
		
		<enclosure url="http://www.ethnographiques.org/IMG/jpg/desaleux29.jpg" length="138360" type="image/jpeg" />
		
		<enclosure url="http://www.ethnographiques.org/IMG/jpg/desaleux30.jpg" length="89522" type="image/jpeg" />
		
		<enclosure url="http://www.ethnographiques.org/IMG/jpg/desaleux31.jpg" length="129954" type="image/jpeg" />
		
		<enclosure url="http://www.ethnographiques.org/IMG/jpg/desaleux32.jpg" length="77063" type="image/jpeg" />
		
		<enclosure url="http://www.ethnographiques.org/IMG/jpg/desaleux01mini.jpg" length="7663" type="image/jpeg" />
		
		<enclosure url="http://www.ethnographiques.org/IMG/jpg/desaleux02mini.jpg" length="7345" type="image/jpeg" />
		
		<enclosure url="http://www.ethnographiques.org/IMG/jpg/desaleux03mini.jpg" length="6141" type="image/jpeg" />
		
		<enclosure url="http://www.ethnographiques.org/IMG/jpg/desaleux04mini.jpg" length="7167" type="image/jpeg" />
		
		<enclosure url="http://www.ethnographiques.org/IMG/jpg/desaleux05mini.jpg" length="5396" type="image/jpeg" />
		
		<enclosure url="http://www.ethnographiques.org/IMG/jpg/desaleux06mini.jpg" length="4874" type="image/jpeg" />
		
		<enclosure url="http://www.ethnographiques.org/IMG/jpg/desaleux07mini.jpg" length="3973" type="image/jpeg" />
		
		<enclosure url="http://www.ethnographiques.org/IMG/jpg/desaleux08mini.jpg" length="4368" type="image/jpeg" />
		
		<enclosure url="http://www.ethnographiques.org/IMG/jpg/desaleux09mini.jpg" length="7287" type="image/jpeg" />
		
		<enclosure url="http://www.ethnographiques.org/IMG/jpg/desaleux10mini.jpg" length="7235" type="image/jpeg" />
		
		<enclosure url="http://www.ethnographiques.org/IMG/jpg/desaleux11mini.jpg" length="6450" type="image/jpeg" />
		
		<enclosure url="http://www.ethnographiques.org/IMG/jpg/desaleux12mini.jpg" length="6678" type="image/jpeg" />
		
		<enclosure url="http://www.ethnographiques.org/IMG/jpg/desaleux13mini.jpg" length="7535" type="image/jpeg" />
		
		<enclosure url="http://www.ethnographiques.org/IMG/jpg/desaleux14mini.jpg" length="5921" type="image/jpeg" />
		
		<enclosure url="http://www.ethnographiques.org/IMG/jpg/desaleux15mini.jpg" length="6265" type="image/jpeg" />
		
		<enclosure url="http://www.ethnographiques.org/IMG/jpg/desaleux16mini.jpg" length="8364" type="image/jpeg" />
		
		<enclosure url="http://www.ethnographiques.org/IMG/jpg/desaleux17mini.jpg" length="6771" type="image/jpeg" />
		
		<enclosure url="http://www.ethnographiques.org/IMG/jpg/desaleux18mini.jpg" length="4229" type="image/jpeg" />
		
		<enclosure url="http://www.ethnographiques.org/IMG/jpg/desaleux19mini.jpg" length="4843" type="image/jpeg" />
		
		<enclosure url="http://www.ethnographiques.org/IMG/jpg/desaleux20mini.jpg" length="4435" type="image/jpeg" />
		
		<enclosure url="http://www.ethnographiques.org/IMG/jpg/desaleux21mini.jpg" length="7348" type="image/jpeg" />
		
		<enclosure url="http://www.ethnographiques.org/IMG/jpg/desaleux22mini.jpg" length="6250" type="image/jpeg" />
		
		<enclosure url="http://www.ethnographiques.org/IMG/jpg/desaleux23mini.jpg" length="5174" type="image/jpeg" />
		
		<enclosure url="http://www.ethnographiques.org/IMG/jpg/desaleux24mini.jpg" length="7365" type="image/jpeg" />
		
		<enclosure url="http://www.ethnographiques.org/IMG/jpg/desaleux25mini.jpg" length="6738" type="image/jpeg" />
		
		<enclosure url="http://www.ethnographiques.org/IMG/jpg/desaleux26mini.jpg" length="6300" type="image/jpeg" />
		
		<enclosure url="http://www.ethnographiques.org/IMG/jpg/desaleux27mini.jpg" length="5035" type="image/jpeg" />
		
		<enclosure url="http://www.ethnographiques.org/IMG/jpg/desaleux28mini.jpg" length="5725" type="image/jpeg" />
		
		<enclosure url="http://www.ethnographiques.org/IMG/jpg/desaleux29mini.jpg" length="7434" type="image/jpeg" />
		
		<enclosure url="http://www.ethnographiques.org/IMG/jpg/desaleux30mini.jpg" length="5905" type="image/jpeg" />
		
		<enclosure url="http://www.ethnographiques.org/IMG/jpg/desaleux31mini.jpg" length="7506" type="image/jpeg" />
		
		<enclosure url="http://www.ethnographiques.org/IMG/jpg/desaleux32mini.jpg" length="4487" type="image/jpeg" />
		
		<enclosure url="http://www.ethnographiques.org/IMG/png/desaleuxtitre.png" length="27797" type="image/png" />
		
		<enclosure url="http://www.ethnographiques.org/IMG/png/desaleuxtitremini.png" length="3191" type="image/png" />
		
		<enclosure url="http://www.ethnographiques.org/IMG/svg/ardesaleuxcontrol.svg" length="10857" type="image/svg+xml" />
		
		<enclosure url="http://www.ethnographiques.org/IMG/svg/ardesaleuxvisio.svg" length="8188" type="image/svg+xml" />
		
		<enclosure url="http://www.ethnographiques.org/IMG/pdf/ArDesaleux.pdf" length="2205028" type="application/pdf" />
		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>8. Le travail invisible des enseignants &#171; hors les murs &#187;</title>
		<link>http://www.ethnographiques.org/2011/Jarty</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.ethnographiques.org/2011/Jarty</guid>
		<dc:date>2011-12-23T17:57:15Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jarty_Julie</dc:creator>


		<dc:subject>ArticleNumero</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Cet article est consacr&#233; &#224; un aspect peu &#233;tudi&#233; du travail des enseignantes et des enseignants du secondaire fran&#231;ais : celui r&#233;alis&#233; en dehors de la classe. M&#233;connues, car largement invisibles, y compris au niveau institutionnel, ces pratiques professionnelles sont examin&#233;es par le biais d'une analyse du travail enseignant quotidien en croisant diff&#233;rentes m&#233;thodes d'investigation. Au-del&#224; de la difficult&#233; g&#233;n&#233;rale &#224; cerner les contours d'une activit&#233; caract&#233;ris&#233;e par une autonomie spatio-temporelle relativement forte, cet article souligne l'importance d'&#233;tudier les modalit&#233;s de gestion des espaces et des lieux de l'activit&#233;, tant pour comprendre les charges et les comp&#233;tences r&#233;elles des enseignants que pour mettre &#224; jour des in&#233;galit&#233;s de genre peu visibles.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://www.ethnographiques.org/Numero-23-decembre-2011-Analyser" rel="directory"&gt;23. Num&#233;ro 23 - d&#233;cembre 2011 Analyser les pr&#233;sences au travail : visibilit&#233;s et invisibilit&#233;s&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.ethnographiques.org/ArticleNumero" rel="tag"&gt;ArticleNumero&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;This article is devoted to aspects of French secondary school teachers' work that are rarely studied : those realised outside the classroom. Little known because of their invisibility, including at the institutional level, these practices are examined through an analysis of teachers' daily work patterns, using a combination of different methods. The article outlines the difficulties involved in analysing activities characterized by relatively high levels of autonomy, and goes on to emphasize the importance of studying the ways in which teachers manage working space and time in these circumstances. Including these aspects of teachers' work in an analysis of this profession in neccesary in order to understand teachers' real workload and the skills they develop to handle it. The analysis also reveals the working of invisible gender inequalities.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;
&lt;a name=&quot;table_des_matieres&quot;&gt;&lt;/a&gt;&lt;div id=&quot;tablematiere&quot;&gt;&lt;h4&gt;Sommaire&lt;/h4&gt;
&lt;ul&gt;&lt;li&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#1&quot;&gt;Introduction&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#2&quot;&gt;Du m&#233;tier &#224; l'activit&#233; d'enseignant du secondaire&lt;/a&gt;&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#2.1&quot;&gt;Mise en perspective comparatiste&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#2.2&quot;&gt;Explorer les coulisses du m&#233;tier&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#3&quot;&gt;De la difficult&#233; de d&#233;limiter l'activit&#233; enseignante&lt;/a&gt;&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#3.1&quot;&gt;En qu&#234;te de l&#233;gitimit&#233; : donner &#224; voir un travail effectu&#233; dans l'ombre&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#3.2&quot;&gt;O&#249; commence et quand s'arr&#234;te le travail des enseignants ? &lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#4&quot;&gt;Le travail enseignant &#171; hors les murs &#187; : une &#233;lasticit&#233; n&#233;goci&#233;e&lt;/a&gt;&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#4.1&quot;&gt;Les pr&#233;sences dans les &#233;tablissements : des temps circonscrits&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#4.2&quot;&gt;Le travail en soir&#233;e et les week-ends : fluctuations d'un invariant&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#4.3&quot;&gt;Ma&#238;triser son temps : un enjeu partag&#233;&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#5&quot;&gt;Le genre dans l'organisation du travail &#171; hors les murs &#187; &lt;/a&gt;&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#5.1&quot;&gt;Engagements personnels et &#233;tapes du cycle de vie&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#5.2&quot;&gt;Petits arrangements (sexu&#233;s) entre conjoints&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#5.3&quot;&gt;Enchev&#234;trement, simultan&#233;it&#233; et diff&#233;rences des engagements professionnels et familiaux&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#6&quot;&gt;Conclusion&lt;/a&gt;&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#6.1&quot;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#6.2&quot;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#6.3&quot;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#6.4&quot;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#7&quot;&gt;Annexe. Caract&#233;ristiques socio-d&#233;mographiques des enseignantes et des enseignants&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;/li&gt;&lt;li&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#notes&quot;&gt;Notes&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;li&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#biblio&quot;&gt;Bibliographie&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;div class=&quot;non_flottant_titre&quot;&gt;&lt;a name='1'&gt;&lt;/a&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#tablematiere&quot;&gt;Introduction&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Si le m&#233;tier d'enseignant&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nb1' class='spip_note' rel='footnote' title='Par souci d'adaptation aux normes &#233;ditoriales de la revue, on a (...)' id='nh1'&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt; du secondaire a fait l'objet, en France, de nombreuses analyses sociologiques attentives &#224; sa perte de l&#233;gitimit&#233;, au durcissement de ses conditions de travail ou &#224; l'&#233;volution de sa professionnalit&#233; (Dubet, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('DUBET Fran&#231;ois, 2002. Le d&#233;clin de l'institution. Paris, Seuil.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2002&lt;/a&gt; ; Terrail, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('TERRAIL Jean-Pierre. (dir), 2005. L'&#233;cole en France. Crises, Pratiques, Perspectives. Paris, La Dispute.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2005&lt;/a&gt;), il a &#233;t&#233; encore peu consid&#233;r&#233; sous l'angle de ses temporalit&#233;s&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nb2' class='spip_note' rel='footnote' title='Je tiens &#224; remercier les diff&#233;rents relecteurs de ce texte, notamment (...)' id='nh2'&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;. La r&#233;alisation d'une partie des activit&#233;s hors des lieux et des temps de la classe, mais aussi de l'&#233;tablissement, est pourtant caract&#233;ristique du travail enseignant. Le peu d'&#233;tudes documentant cet aspect de l'activit&#233; enseignante contribue au discours de sens commun sur les privil&#232;ges de ces salari&#233;s (Janot-Bergugnat et Rascle, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('JANOT-BERGUGNAT Laurence et RASCLE Nicole, 2008. Le stress des enseignants. Paris, Armand Colin.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2008&lt;/a&gt;). A la stabilit&#233; de l'emploi qui les met &#224; l'abri du ch&#244;mage s'ajoutent des horaires hebdomadaires souples&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nb3' class='spip_note' rel='footnote' title='Les horaires de pr&#233;sence sont variables selon le corps d'appartenance,' id='nh3'&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt; et de longues vacances scolaires, qui feraient de cette profession un id&#233;al pour l'&#233;quilibre professionnel, familial et personnel&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nb4' class='spip_note' rel='footnote' title='Voir par exemple la Une du Monde de l'Education du 14 octobre 2009 &#171; (...)' id='nh4'&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;. Mais qu'en est-il r&#233;ellement de l'organisation de l'activit&#233; enseignante et des temps de travail ? Comment la flexibilit&#233; de leur travail &quot;hors des murs&quot;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nb5' class='spip_note' rel='footnote' title='L'expression &quot;hors les murs&quot;, &#233;galement utilis&#233; dans le titre de (...)' id='nh5'&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt; est-elle utilis&#233;e au quotidien ? Consid&#233;rer le travail professoral dans son ensemble n&#233;cessite de porter une attention rapproch&#233;e &#224; ces espace-temps invisibles, ces &#171; coulisses &#187; ou &#171; arri&#232;res-sc&#232;nes &#187;, du point de vue notamment de l'institution, mais aussi des analyses ordinaires du travail.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Apr&#232;s avoir bross&#233; un portrait de la profession dans le contexte fran&#231;ais puis pr&#233;cis&#233; la m&#233;thodologie de l'enqu&#234;te (1), l'article s'attache &#224; comprendre le caract&#232;re poreux d'un travail mal (re)connu (2) puis p&#233;n&#232;tre dans la gestion concr&#232;te des modes d'engagement spatio-temporel au travail (3). Enfin, il souligne qu'au sein de cette profession f&#233;minis&#233;e&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nb6' class='spip_note' rel='footnote' title='En 2008, le taux de f&#233;minisation dans l'enseignement du second degr&#233; (...)' id='nh6'&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;, c'est dans l'organisation de ce travail &#171; hors les murs &#187; que se structurent les diff&#233;rences de sexe (4).&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;div class=&quot;non_flottant_titre&quot;&gt;&lt;a name='2'&gt;&lt;/a&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#tablematiere&quot;&gt;Du m&#233;tier &#224; l'activit&#233; d'enseignant du secondaire&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;/h3&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;div class=&quot;non_flottant_titre&quot;&gt;&lt;a name='2.1'&gt;&lt;/a&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#tablematiere&quot;&gt;Mise en perspective comparatiste&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;La pertinence d'une approche comparatiste n'est plus &#224; d&#233;montrer pour saisir les pratiques professionnelles quotidiennes et les sp&#233;cificit&#233;s nationales des cultures de m&#233;tier (Le Feuvre, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('LE FEUVRE Nicky, 2010. &#171; Feminising professions in Britain and France : How countries differ &#187;, in SCOTT Joan, CROMPTON Rosemary and LYONETTE Clare (eds.), Gender inequalities in the 21st century : New barriers and continuing constraints. London : Edward Elgar, pp. 126-149.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2010&lt;/a&gt;). Cette perspective semble d'autant plus pertinente que la qualit&#233; du travail fourni serait en partie le fruit d'un accord implicite sur ce qui est attendu, &#224; la fois en termes de qualifications, de comp&#233;tences et de sp&#233;cialisation (&quot;contr&#244;le scientifique&quot;), mais aussi de r&#233;sultats obtenus, de dur&#233;e et de pr&#233;sence au travail (&quot;contr&#244;le &#233;thique&quot;) (Paradeise, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('PARADEISE Catherine, 2003. &#171; Comprendre les professions : l'apport de la sociologie &#187;. Sciences humaines, 6 (139) : 26-29.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2003&lt;/a&gt;). De tels crit&#232;res collectifs divergent selon les pays et renvoient &#224; diff&#233;rentes figures du &quot;bon enseignant&quot;, qui, ce faisant, l&#233;gitiment une certaine habitabilit&#233; des structures scolaires. A une extr&#233;mit&#233;, on trouve une conception du m&#233;tier fond&#233;e sur la polyvalence des comp&#233;tences (scientifiques, p&#233;dagogiques et administratives) et des temps de pr&#233;sence cons&#233;quemment longs dans les &#233;tablissements &#8211; ainsi en Angleterre et en Espagne les enseignants disposent de bureaux. A l'autre extr&#233;mit&#233;, envisag&#233;e dans ce texte &#224; travers l'exemple fran&#231;ais, l'excellence disciplinaire &#233;merge comme le principe structurant des identit&#233;s professionnelles et justifie l'autonomie temporelle (relative) de ces experts (Jarty, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('JARTY Julie, 2010. L'emploi, la famille et l'articulation des temps de vie chez les enseignant-e-s du secondaire. Une comparaison France &#8211; Espagne. Th&#232;se de doctorat, sociologie, Universit&#233; de Toulouse Le Mirail et Universit&#233; Autonome de Barcelone. ')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2010&lt;/a&gt; ; Moreau, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('MOREAU Marie-Pierre, 2011. Les enseignants et le genre. La construction des in&#233;galit&#233;s sexu&#233;es dans l'enseignement du second degr&#233; en France et en Angleterre. Paris, PUF.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2011&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Tout au long de leur trajectoire professionnelle, la valorisation du travail enseignant se fait moins par la construction d'une dynamique collective que par leur performance individuelle dans leur mati&#232;re. D'embl&#233;e, les trajectoires d'entr&#233;e dans le m&#233;tier se fondent sur la ma&#238;trise d'un savoir savant sanctionn&#233;e par la r&#233;ussite &#224; un concours, dans une discipline &#233;tudi&#233;e des ann&#233;es durant (Deauvieau, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('DEAUVIEAU J&#233;r&#244;me, 2007. &#171; Observer et comprendre les pratiques enseignantes &#187;, Sociologie du travail, 49 (1), pp. 100-118. ')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2007&lt;/a&gt;)&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nb7' class='spip_note' rel='footnote' title='55% des enseignants du secondaire ayant &#233;t&#233; dipl&#244;m&#233; en 1998 sont titulaires (...)' id='nh7'&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;. L'appel et la reconnaissance de l'utilit&#233; d'un exercice plus collectif de l'activit&#233; enseignante (Van Zanten &lt;i&gt;et al.&lt;/i&gt;, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('VAN ZANTEN Agn&#232;s, GROSPIRON, Marie-France, KHERROUBI, Martine et ROBERT, Andr&#233;-D., 2002. Quand l'&#233;cole se mobilise. Paris, La Dispute.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2002&lt;/a&gt;) se trouvent ainsi frein&#233;s par une absence de coh&#233;sion autour de projets p&#233;dagogiques et par les contraintes de coordination au niveau local (Barr&#232;re, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('BARRERE Anne, 2003. &#171; Pourquoi les enseignants ne travaillent-ils pas en &#233;quipe ? &#187;, Sociologie du travail, 44 (4), pp. 481-497.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2003&lt;/a&gt;)&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nb8' class='spip_note' rel='footnote' title='Si les chefs d'&#233;tablissement jouent un r&#244;le clef dans la mise en (...)' id='nh8'&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;. Cet aspect solitaire du m&#233;tier est par ailleurs confort&#233; par une hi&#233;rarchisation professionnelle o&#249; les perspectives de promotion se font essentiellement par la voie de concours &#8211; celui de l'Agr&#233;gation principalement, dont la r&#233;ussite diminue encore le nombre d'heures obligatoires pass&#233;es dans les &#233;tablissements&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nb9' class='spip_note' rel='footnote' title='Concours de recrutement au corps professoral le plus &#233;lev&#233; de (...)' id='nh9'&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;. Dans un tel cadre, il n'est gu&#232;re &#233;tonnant que ces expert&#183;e&#183;s soient engag&#233;s pour enseigner &quot;leur&quot; seule mati&#232;re&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nb10' class='spip_note' rel='footnote' title='Les enseignants d'histoire-g&#233;ographie et du fran&#231;ais-latin-grec font (...)' id='nh10'&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;, contrairement &#224; ce qui se passe dans d'autres pays (Angleterre, Espagne, Suisse etc.). De m&#234;me, s'il d&#233;coule de cet attachement &#224; la mati&#232;re une proximit&#233; entre enseignants d'une m&#234;me discipline, elle rel&#232;ve de formes de complicit&#233;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nb11' class='spip_note' rel='footnote' title='Celle-ci a par exemple pu s'observer dans notre recherche empirique, (...)' id='nh11'&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt; o&#249; les collaborations effectives demeurent peu fr&#233;quentes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;In fine&lt;/i&gt;, dans le contexte fran&#231;ais, la figure de l'enseignant &#171; organisateur &#187; parvient difficilement &#224; &#233;merger &#224; c&#244;t&#233; de celle plus traditionnelle du &#171; magister &#187; ou du &#171; p&#233;dagogue &#187;, suivant la typologie adopt&#233;e (Hirschhorn, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('HIRSCHHORN Monique, 1993. L'&#232;re des enseignants. Paris, PUF.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;1993&lt;/a&gt; ; Demailly, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('DEMAILLY Lise, 1987. La qualification ou la comp&#233;tence professionnelle des enseignants, Sociologie du travail, 29 (1), pp. 59-70.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;1987&lt;/a&gt;). Or les cons&#233;quences de cette norme de l'exercice professoral ne sont pas n&#233;gligeables du point de vue du &#171; travail en actes &#187; (Bidet &lt;i&gt;et al.&lt;/i&gt;, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('BIDET Alexandra, BORZEIX Annie, PILLON Thierry, ROT Gwena&#235;lle, VATIN Fran&#231;ois (dir.), 2006. Sociologie du travail et activit&#233;. Toulouse, Octar&#232;s.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2006&lt;/a&gt;), c'est-&#224;-dire de la mani&#232;re dont le travail enseignant se r&#233;alise au quotidien : elle l&#233;gitime son extension &#224; des espaces tenus commun&#233;ment pour &#171; hors travail &#187;.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;div class=&quot;non_flottant_titre&quot;&gt;&lt;a name='2.2'&gt;&lt;/a&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#tablematiere&quot;&gt;Explorer les coulisses du m&#233;tier&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Peu visible, effectu&#233; &#224; diff&#233;rents endroits de l'&#233;tablissement, mais aussi souvent en dehors de celui-ci, le travail professoral appara&#238;t comme un objet d'analyse tout &#224; fait pertinent pour approcher les situations de travail temporellement et spatialement &#171; dispers&#233;es &#187; (Datchary, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('DATCHARY Caroline, 2011. La dispersion au travail. Toulouse, Octar&#232;s.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2011&lt;/a&gt;)&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nb12' class='spip_note' rel='footnote' title='Telle qu'elle est d&#233;crite par Caroline Datchary, la notion de &#171; (...)' id='nh12'&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;. Au sein des &#233;tablissements scolaires, force est de constater la quasi absence de lieux propices &#224; la r&#233;alisation des t&#226;ches les plus lourdes qui font le m&#233;tier enseignant. Une partie difficilement quantifiable du travail se fait ailleurs ; au domicile, depuis l'espace calme et ferm&#233; d'un bureau ou d'une &#171; chambre &#224; soi &#187;, &#224; d'autres lieux susceptibles d'&#234;tre occup&#233;s ou travers&#233;s par d'autres membres du foyer (table de cuisine, canap&#233;, etc.). Mais les espaces de travail s'&#233;tendent aussi &#224; des lieux plus inattendus : une table retir&#233;e dans un caf&#233;, un si&#232;ge dans les transports en commun, etc. Autant de situations professionnelles changeantes, qui d&#233;pendent aussi bien d'une gestion individuelle du travail que des outils n&#233;cessaires &#224; l'activit&#233; (livres, dictionnaires, calculatrices, ordinateurs, etc.). Comment &#233;tudier ces situations ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les donn&#233;es primaires de la recherche s'appuient sur les r&#233;sultats d'une enqu&#234;te sociologique qualitative effectu&#233;e dans le cadre d'une th&#232;se interrogeant les trajectoires professionnelles et personnelles des enseignantes et des enseignants du secondaire en France et en Espagne (Jarty, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('JARTY Julie, 2010. L'emploi, la famille et l'articulation des temps de vie chez les enseignant-e-s du secondaire. Une comparaison France &#8211; Espagne. Th&#232;se de doctorat, sociologie, Universit&#233; de Toulouse Le Mirail et Universit&#233; Autonome de Barcelone. ')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2010&lt;/a&gt;). Cet article se concentre sur le terrain d'enqu&#234;te fran&#231;ais, r&#233;alis&#233; en majeure partie dans quatre &#233;tablissements de la r&#233;gion toulousaine, en Midi-Pyr&#233;n&#233;es (deux coll&#232;ges et deux lyc&#233;es, dont un avec CPGE ). Le soutien d'enseignants de notre entourage, ou rencontr&#233;s par le biais d'activit&#233;s organis&#233;es par la mission &#233;galit&#233; du Rectorat de l'Acad&#233;mie de Toulouse, ont contribu&#233; au bon d&#233;roulement de l'enqu&#234;te, et &#224; la constitution, &#224; travers un effet &#171; boule de neige &#187;, de notre population d'enqu&#234;te. Nous avons ainsi pu r&#233;aliser quarante entretiens biographiques entre 2007 et 2009 aupr&#232;s d'hommes (15) et de femmes (25) pr&#233;sentant des situations familiales vari&#233;es et dans des tranches d'&#226;ge diverses. Ils se sont adoss&#233;s &#224; des observations &lt;i&gt;in situ&lt;/i&gt; effectu&#233;es lors de diff&#233;rentes p&#233;riodes d'immersion au sein de ces &#233;tablissements&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nb13' class='spip_note' rel='footnote' title='Nous avons notamment observ&#233; des cours, assur&#233; une pr&#233;sence r&#233;guli&#232;re dans (...)' id='nh13'&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt; et au recueil de 13 cahiers-temps. &#171; A mi-chemin entre les carnets d'emplois du temps employ&#233;s dans les budgets temps et un journal intime &#187; (Rouch, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('ROUCH Jean-Pierre, 2006. &#171; Une approche compr&#233;hensive des emplois du temps &#187;, in THOEMMES Jens et DE TERSSAC Gilbert (dir.), Les temporalit&#233;s sociales. Toulouse, Octar&#232;s.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2006 : 111&lt;/a&gt;), ils ont &#233;t&#233; tenus par les enqu&#234;t&#233;s durant une semaine enti&#232;re. En suivant le travail enseignant au jour le jour, ils permettent de p&#233;n&#233;trer des moments et des espaces priv&#233;s (tard le soir, pendant les fins de semaine, etc.) auxquels les chercheurs n'ont traditionnellement pas acc&#232;s.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_6726 spip_documents spip_documents_center' &gt;
&lt;dt&gt; &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/IMG/png/extrait_cahier_temps_sabine.png&quot; onclick='window.open(&quot;/spip.php?page=document&amp;id_document=6726&quot;,&quot;Un extrait du cahier-temps de Sabine - IMG/png/extrait_cahier_temps_sabine.png&quot;,&quot;height=788, width=860, top=100, left=100, toolbar=no, menubar=no, location=no, resizable=yes, scrollbars=yes, status=no&quot;); return false;' title='PNG - 77.4 ko' type=&quot;image/png&quot;&gt; &lt;img src='http://www.ethnographiques.org/local/cache-vignettes/L140xH102/extrait_cahier_temps_sabine-4ea57-4db39.png' width='140' height='102' alt='PNG - 77.4 ko' style='height:102px;width:140px;' /&gt; &lt;/a&gt;
&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='spip_doc_titre' style='width:140px;'&gt;&lt;strong&gt;Un extrait du cahier-temps de Sabine&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class='spip_doc_descriptif' style='width:140px;'&gt;&lt;strong&gt;Un extrait du cahier-temps de Sabine&lt;/strong&gt; &lt;br /&gt;Jarty Julie, 2011. &quot;Le travail invisible des enseignants &#171; hors les murs &#187;&quot;, ethnographiques.org no 23
&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt; &lt;!-- --&gt;
&lt;p&gt;La combinaison de ces mat&#233;riaux donne &#224; voir la diversit&#233; des arri&#232;re-sc&#232;nes du travail enseignant, et des exp&#233;riences du temps &#233;ventuellement proches de la &#171; chronopathie &#187; &#233;voqu&#233;e par Gilbert de Terssac et Diane Gabrielle Tremblay (&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('TERSSAC (de) Gilbert et TREMBLAY Diane-Gabrielle (dir.), 2000. O&#249; va le temps de travail ? Toulouse, Octar&#232;s. ')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2000&lt;/a&gt;). L'objectif &#233;tait bien de cerner le ressenti temporel de l'organisation des activit&#233;s enseignantes, en particulier les &#233;ventuelles pressions engendr&#233;es par l'&#233;clatement des lieux et des temps de travail et le cas &#233;ch&#233;ant, la fa&#231;on dont elles se construisent.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;div class=&quot;non_flottant_titre&quot;&gt;&lt;a name='3'&gt;&lt;/a&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#tablematiere&quot;&gt;De la difficult&#233; de d&#233;limiter l'activit&#233; enseignante&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;L'analyse du travail enseignant dans son ensemble requiert une compr&#233;hension des activit&#233;s r&#233;alis&#233;es. Or la faible visibilit&#233; de ce travail hors les murs, et la culture professionnelle du m&#233;tier, notamment la &#171; passion &#187; pour la mati&#232;re enseign&#233;e, rendent cet exercice difficile &#8211; y compris pour les enseignants eux-m&#234;mes.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;div class=&quot;non_flottant_titre&quot;&gt;&lt;a name='3.1'&gt;&lt;/a&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#tablematiere&quot;&gt;En qu&#234;te de l&#233;gitimit&#233; : donner &#224; voir un travail effectu&#233; dans l'ombre&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;La possibilit&#233; d'organiser de mani&#232;re autonome les espaces-temps du travail hors les murs est une dimension centrale du travail enseignant. Elle est aussi probl&#233;matique. Comment faire (re)conna&#238;tre un tel travail ? Les enseignants eux-m&#234;mes expriment un sentiment d'embarras : comment parler de l'int&#233;gralit&#233; de ces activit&#233;s qu' &#171; [on] ne chiffre pas &#187;, qui sont &#171; irr&#233;guli&#232;res &#187;, &#171; pas les m&#234;mes pour tous les enseignants &#187;, &#171; pas sur le m&#234;me rythme toute l'ann&#233;e &#187; et qui &#171; &#233;voluent au cours de la carri&#232;re &#187; ? Pourtant, l'enjeu est de taille pour ces professionnels, dont 77% estiment que leur activit&#233; n'est pas reconnue &#224; sa juste valeur et 90% que leur charge de travail b&#233;n&#233;ficie d'une image injuste au sein du grand public (Devineau, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('DEVINEAU Sophie, 2010. &#171; Les enseignants et les parents d'&#233;l&#232;ves &#187;, in DEMAZIERE Didier et GADEA Charles (dir.), Sociologie des groupes professionnels. Acquis r&#233;cents et nouveaux d&#233;fis. Paris, La D&#233;couverte, pp. 332-341.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2010 : 336&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt; &lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je crois que les enseignants ont pris l'habitude de dire : &#171; Tel jour, tel jour je ne travaille pas &#187; mais en fait on ne sait pas ce qu'ils font chez eux. Donc m&#234;me dans l'utilisation du vocabulaire c'est caract&#233;ristique (&#8230;) Mais je crois qu'on a plusieurs types de travail, dont on ne parle pas toujours &#187;. (&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('Emmanuelle, 29 ans, enseignante certifi&#233;e de science-physique en coll&#232;ge, en couple avec un enseignant, 1 enfant (2 ans)')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;Emmanuelle&lt;/a&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Cette difficile reconnaissance des diverses facettes de leur travail est couramment point&#233;e du doigt quand on les interroge sur le temps qu'ils consacrent au travail en dehors de la salle de classe. Elle s'inscrit dans un contexte de transformations des &#171; l&#233;gitimit&#233;s professionnelles &#187; (Le Bianic et Vion, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('LE BIANIC Thomas et VION Antoine (dir.), 2008. Action publique et l&#233;gitimit&#233;s professionnelles. Paris : LGDJ Lextenso &#233;ditions.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2008&lt;/a&gt;) qui marque tout particuli&#232;rement l'Education Nationale. H&#233;l&#232;ne Buisson-Fenet (&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('BUISSON-FENET H&#233;l&#232;ne, 2008. &#171; Usages de l'usager et distinctions professionnelles. Le cas des conseillers principaux d'&#233;ducation &#187;, in Le BIANIC Thomas et VION Antoine (dir.), Action publique et l&#233;gitimit&#233;s professionnelles. Paris, LGDJ Lextenso editions, pp : 145-160.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2008&lt;/a&gt;) souligne en ce sens les tensions associ&#233;es aux comportements consum&#233;ristes des familles (Ballion, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('BALLION Roger, 1982. Les consommateurs d'&#233;cole. Paris, Stock.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;1982&lt;/a&gt;) et au non-conformisme des lyc&#233;ens &#224; l'&#233;gard de la norme scolaire traditionnelle (Dubet, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('DUBET Fran&#231;ois, 1991. Les lyc&#233;ens. Paris, Seuil.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;1991&lt;/a&gt;). De surcro&#238;t, l'&#233;valuation des r&#233;sultats de leur travail est souvent affect&#233;e par un discours sur la chute du niveau scolaire et la perte du pouvoir des p&#233;dagogues face &#224; des parents au niveau de formation de plus en plus &#233;lev&#233; (Devineau, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('DEVINEAU Sophie, 2010. &#171; Les enseignants et les parents d'&#233;l&#232;ves &#187;, in DEMAZIERE Didier et GADEA Charles (dir.), Sociologie des groupes professionnels. Acquis r&#233;cents et nouveaux d&#233;fis. Paris, La D&#233;couverte, pp. 332-341.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2010&lt;/a&gt;). Au cours des entretiens, il &#233;tait ainsi difficile d'&#233;voquer la r&#233;alit&#233; concr&#232;te et quotidienne de l'activit&#233; de travail sans faire surgir ce jugement du grand public et de l'institution :&lt;/p&gt; &lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je sais qu'il y a tout ce discours sur les enseignants, sur le fait qu'il ne font pas grand-chose. C'est vrai qu'on organise notre travail quand on veut, enfin dans une certaine mesure [&#8230;] Je ne compte pas mes heures, mais tr&#232;s honn&#234;tement les 35 heures c'est clair que je les d&#233;passe &#187;. (&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('Emmanuelle, 29 ans, enseignante certifi&#233;e de science-physique en coll&#232;ge, en couple avec un enseignant, 1 enfant (2 ans)')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;Emmanuelle&lt;/a&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Dans cet extrait, la r&#233;f&#233;rence aux 35 heures permet de mesurer combien la faible visibilit&#233; des activit&#233;s p&#232;se sur la construction de la l&#233;gitimit&#233; professionnelle. Nos cahiers-temps fournissent un premier indicateur du temps de travail, qui atteste de l'&#233;tendue de la palette d'heures effectu&#233;es sur une semaine &#8211; une &quot;petite&quot; trentaine pour certains, une &quot;bonne&quot; quarantaine pour d'autres &#8211; selon le moment de l'ann&#233;e o&#249; ils ont &#233;t&#233; relev&#233;s (par exemple, la p&#233;riode de conseils de classe affiche un pic temporel consacr&#233; aux r&#233;unions, tandis que les milieux de trimestres sont ceux de la correction de copies). La pr&#233;paration des cours, d'exercices ou d'examens s'av&#232;re l'activit&#233; la plus co&#251;teuse, et ce, d'autant plus que les enseignants ont de nouvelles classes de niveaux. Le temps de correction de copies peut &#233;galement atteindre des &quot;records&quot; pour les disciplines litt&#233;raires et les sciences sociales, ainsi que les classes de pr&#233;paration aux examens (une dizaine d'heures pour certains). Enfin, toute une s&#233;rie d'activit&#233;s dont ils ne ma&#238;trisent pas toujours la dur&#233;e s'accumulent &#224; des intervalles variables au cours de l'ann&#233;e et investissent l'espace priv&#233; du domicile. Ainsi, des &#233;changes t&#233;l&#233;phoniques ou &#233;lectroniques avec des coll&#232;gues (et parfois avec des parents), des d&#233;marches aupr&#232;s de prestataires de service pour la mise en place de projets, la saisie de notes sur ordinateur, la pr&#233;paration d'un conseil de classe, etc. A maints &#233;gards, la possibilit&#233; m&#234;me d'une fronti&#232;re d&#233;limitant le travail enseignant para&#238;t douteuse.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;div class=&quot;non_flottant_titre&quot;&gt;&lt;a name='3.2'&gt;&lt;/a&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#tablematiere&quot;&gt;O&#249; commence et quand s'arr&#234;te le travail des enseignants ? &lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Au-del&#224; de cette face cach&#233;e du travail hors les murs, la diversit&#233; et l'&#233;clatement des activit&#233;s professionnelles et personnelles est un trait caract&#233;ristique de la population enqu&#234;t&#233;e. Elle doit transmettre une culture disciplinaire dont l'entretien se fait tout au long de la carri&#232;re, en partie de fa&#231;on informelle. Se cultiver, participer &#224; des conf&#233;rences et lire des revues sp&#233;cialis&#233;es (ou tout simplement le journal) constituent autant d'activit&#233;s effectu&#233;es dans la sph&#232;re priv&#233;e, mais d&#233;cisives pour l'entretien des comp&#233;tences disciplinaires. De surcro&#238;t, la &#171; passion &#187; &#224; l'&#233;gard de la mati&#232;re enseign&#233;e favorise la perm&#233;abilit&#233; des temps de la vie sociale. Pour ces professeurs, distinguer ce qui rel&#232;ve du travail et du hors-travail est des plus malais&#233; :&lt;/p&gt; &lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Est-ce que cette lecture [&#171; libre &#187;, le soir] vous sert dans votre travail, ou est-ce exclusivement pour le plaisir ? [&#8230;]&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#8212; C'est les deux. C'est un plaisir mais c'est aussi tr&#232;s li&#233; &#224; mon travail, enfin c'est &#231;a qui m'a conduit &#224; mon travail et c'est ce qui me pla&#238;t toujours le plus dans mon travail &#187;. (&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('Florence, 46 ans, enseignante certifi&#233;e en lyc&#233;e, en couple avec Herv&#233;, 2 enfants (12 et 7 ans)')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;Florence&lt;/a&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;De la m&#234;me mani&#232;re, le conjoint de &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('Florence, 46 ans, enseignante certifi&#233;e en lyc&#233;e, en couple avec Herv&#233;, 2 enfants (12 et 7 ans)')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;Florence&lt;/a&gt;, professeur d'histoire-g&#233;ographie, d&#233;taille leurs futures vacances en Normandie comme intimement li&#233;es &#224; son projet p&#233;dagogique pour l'ann&#233;e &#224; venir, sur les tapisseries de Bayeux. Conform&#233;ment &#224; l'&#233;thos professionnel d&#233;fini pr&#233;c&#233;demment, les disciplines enseign&#233;es sont intimement li&#233;es aux &#171; loisirs &#187;, mais aussi &#224; ce qui tient le plus &#224; c&#339;ur aux individus, non sans d&#233;stabiliser l'analyse de leur travail. L'&#233;tude du temps pour soi met ainsi en &#233;vidence le poids de l'excellence disciplinaire, qui caract&#233;rise cet &#233;thos professionnel, dans la construction de la professionnalit&#233; et, surtout, dans l'organisation quotidienne du travail. Le rapport &#224; la mati&#232;re en vient jusqu'&#224; structurer l'organisation m&#234;me du temps libre. Des anglicistes, qui passent leurs vacances d'&#233;t&#233; en Grande-Bretagne, jusqu'aux historiens-g&#233;ographes, dont les destinations de voyages sont intimement li&#233;es &#224; leurs projets d'enseignements, nombre d'entretiens pointent l'intrication entre le professionnel et le personnel. La passion disciplinaire a &#233;galement des r&#233;percussions sur les loisirs hebdomadaires : les plasticiens fr&#233;quentent assid&#251;ment les mus&#233;es, les litt&#233;raires, les th&#233;&#226;tres et les librairies. De surcro&#238;t, &#171; se tenir au courant des &#233;volutions techniques &#187;, &#171; des d&#233;bats actuels &#187;, &#171; &#234;tre au fait des &#233;volutions de la langue &#187; sont autant de t&#226;ches implicites du travail enseignant peu ais&#233;es &#224; saisir. Elles viennent complexifier la mat&#233;rialit&#233; et les contours des pr&#233;sences au travail. Au cours des entretiens, les descriptions portent la marque de cette porosit&#233; entre les temps :&lt;/p&gt; &lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Par exemple l'autre jour je lisais une revue et il y avait tout un article sur les prix Nobel 2008 et je me suis dis : &#171; &#231;a, &#231;a rentre parfaitement dans le cadre de mon cours ! &#187; Donc je r&#233;injecte mes lectures personnelles dans mon cours &#187;. (&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('Pierre, 42 ans, enseignant agr&#233;g&#233; de sciences-physiques en CPGR, en couple avec Diane, 3 enfants (16, 8 et 4 ans)')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;Pierre&lt;/a&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me, un enseignant s'interroge quand nous lui demandons de d&#233;crire quel type de travail sort des murs du lyc&#233;e : &#171; un prof qui lit le journal, est-ce un enseignant qui travaille ou un enseignant qui se d&#233;tend ? &#187;. Cette ind&#233;termination de maintes activit&#233;s enseignantes pose la question de l'organisation quotidienne du travail enseignant : comment ces travailleurs s'y retrouvent-ils ? Ne sont-ils pas amen&#233;s, paradoxalement, &#224; d&#233;ployer un travail de d&#233;limitation ou de circonscription de leurs divers espaces-temps ?&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;div class=&quot;non_flottant_titre&quot;&gt;&lt;a name='4'&gt;&lt;/a&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#tablematiere&quot;&gt;Le travail enseignant &#171; hors les murs &#187; : une &#233;lasticit&#233; n&#233;goci&#233;e&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Le caract&#232;re extensible des activit&#233;s situ&#233;es dans les interstices, entre la salle de classe et l'espace domestique, en amont et en aval du cours, est un &#233;l&#233;ment important pour qui veut d&#233;crire le travail enseignant. Il appelle &#224; comprendre les n&#233;gociations qui entourent et fa&#231;onnent les espaces-temps de l'activit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;div class=&quot;non_flottant_titre&quot;&gt;&lt;a name='4.1'&gt;&lt;/a&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#tablematiere&quot;&gt;Les pr&#233;sences dans les &#233;tablissements : des temps circonscrits&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Si la condensation des heures de cours est l'option la plus convoit&#233;e, les &#171; trous &#187; de l'emploi du temps, selon le jargon enseignant, sont le plus souvent in&#233;vitables &#8211; surtout pour les nouveaux arrivants qui b&#233;n&#233;ficient ordinairement des &#171; restes &#187;. Ces plages horaires peuvent offrir la possibilit&#233; d'initier un travail collectif avec des coll&#232;gues et de s'investir dans des projets d'enseignement. Ces activit&#233;s, peu d&#233;velopp&#233;es dans le professorat fran&#231;ais mais consid&#233;r&#233;es comme un moyen de dynamiser un &#233;tablissement, constituent un vecteur (certes, peu formalis&#233;) d'avancement dans la hi&#233;rarchie enseignante, par exemple pour l'acc&#232;s &#224; la &#171; hors-classe &#187;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nb14' class='spip_note' rel='footnote' title='L'avancement &#224; la &#171; hors-classe &#187; repr&#233;sente une promotion vers (...)' id='nh14'&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;. C'est le cas de &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('Denis, 59 ans, enseignant certifi&#233; d'anglais en coll&#232;ge, en couple avec une commerciale, 3 enfants (26, 22, 21 ans)')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;Denis&lt;/a&gt;, dont le cahier-temps atteste de la rentabilisation des &#171; trous &#187; pour pr&#233;parer, avec son chef d'&#233;tablissement, un projet europ&#233;en.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_6727 spip_documents spip_documents_center' &gt;
&lt;dt&gt; &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/IMG/png/extrait_cahier_temps_denis.png&quot; onclick='window.open(&quot;/spip.php?page=document&amp;id_document=6727&quot;,&quot;Un extrait du cahier-temps de Denis - IMG/png/extrait_cahier_temps_denis.png&quot;,&quot;height=758, width=885, top=100, left=100, toolbar=no, menubar=no, location=no, resizable=yes, scrollbars=yes, status=no&quot;); return false;' title='PNG - 100.3 ko' type=&quot;image/png&quot;&gt; &lt;img src='http://www.ethnographiques.org/local/cache-vignettes/L140xH94/extrait_cahier_temps_denis-c004c-15d83.png' width='140' height='94' alt='PNG - 100.3 ko' style='height:94px;width:140px;' /&gt; &lt;/a&gt;
&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='spip_doc_titre' style='width:140px;'&gt;&lt;strong&gt;Un extrait du cahier-temps de Denis&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class='spip_doc_descriptif' style='width:140px;'&gt;&lt;strong&gt;Un extrait du cahier-temps de Denis&lt;/strong&gt; &lt;br /&gt;Jarty Julie, 2011. &quot;Le travail invisible des enseignants &#171; hors les murs &#187;&quot;, ethnographiques.org no 23
&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt; &lt;!-- --&gt;
&lt;p&gt;Les &#171; trous &#187; de l'emploi du temps peuvent aussi permettre de limiter le prolongement in&#233;vitable (nous y reviendrons) de l'activit&#233; professionnelle dans la sph&#232;re priv&#233;e. En l'absence d'un espace de travail personnel et calme, il peut s'agir d'effectuer des t&#226;ches simples et ne requ&#233;rant qu'une attention limit&#233;e (photocopies, recherche d'exercices dans une base de donn&#233;e, corrections rapides, etc.). La difficult&#233; de se concentrer dans &#171; la salle des prof &#187; est manifeste au cours de nos observations &lt;i&gt;in situ&lt;/i&gt; ainsi que lors des entretiens r&#233;alis&#233;s dans un coin de celle-ci et dont la retranscription est parfois entrav&#233;e par le brouhaha qui y r&#232;gne. Marqu&#233;e par d'incessants va-et-vient autour des tables, machines &#224; caf&#233; et casiers, elle s'apparente plut&#244;t &#224; un lieu de passage, de pause et de discussions entre coll&#232;gues ; en somme, &#224; un carrefour plut&#244;t qu'&#224; un bureau.&lt;/p&gt; &lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'essaye de m'avancer au maximum dans ces moments pour qu'il m'en reste le moins possible &#224; la maison. Mais c'est pas toujours facile, tu peux voir, on est constamment d&#233;rang&#233; par le bruit ou interrompu par un coll&#232;gue &#187;. (&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('Marie, 33 ans, enseignante certifi&#233;e de lettres en coll&#232;ge, en couple avec un architecte, 2 enfants (7 et 3 ans)')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;Marie&lt;/a&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Dans cette ancienne profession de la connaissance, la sortie du lieu de travail par excellence qu'est l'&#233;tablissement scolaire n'indique pas que le travail professionnel soit clos. Hors les murs, il se prolonge aussi en soir&#233;e et au cours du week-end.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;div class=&quot;non_flottant_titre&quot;&gt;&lt;a name='4.2'&gt;&lt;/a&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#tablematiere&quot;&gt;Le travail en soir&#233;e et les week-ends : fluctuations d'un invariant&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;A l'issue des enqu&#234;tes emploi du temps &#233;labor&#233;es par l'INSEE sur la p&#233;riode 1998-1999&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nb15' class='spip_note' rel='footnote' title='Les objectifs de ces enqu&#234;tes sont d'am&#233;liorer, en les quantifiant, (...)' id='nh15'&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;, Alain Chenu (&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('CHENU Alain, 2002. &#171; Les horaires et l'organisation du temps de travail &#187;, Economie et statistiques, 352-353, pp.151-167.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2002&lt;/a&gt;) soulignait d&#233;j&#224; un pic d'activit&#233; pour cette cat&#233;gorie professionnelle autour de vingt-deux heures. Ce retour au travail le soir fait souvent suite &#224; un investissement dans la sph&#232;re priv&#233;e : loisirs, travail associatif, mais aussi domestique, parental. Son analyse fait toutefois &#233;merger d'importantes disparit&#233;s en termes de r&#233;currence et de dur&#233;e. D'une part, les nouveaux recrut&#233;s &#233;chappent rarement &#224; un prolongement cons&#233;quent du travail en soir&#233;e (&#171; comme je suis nouvelle, j'ai de quoi faire &#187;, &#171; l&#224; j'ai une nouvelle classe donc je travaille presque tous les soirs, mais je pense que d'ici trois-quatre ans mon cours sera stabilis&#233;, &#231;a ira mieux &#187;). D'autre part, l'enseignement aux niveaux les plus &#233;lev&#233;s, mais plus encore dans les disciplines litt&#233;raires, va de pair avec une fr&#233;quence accrue et une extensibilit&#233; du travail enseignant, en particulier autour de l'activit&#233; pour la correction de copies&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nb16' class='spip_note' rel='footnote' title='Notre &#233;tude fait appara&#238;tre que, pour un m&#234;me niveau d'enseignement, (...)' id='nh16'&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;. Dans ces configurations, les entretiens sugg&#232;rent des temps de corrections de plusieurs heures, et s'&#233;tendant fr&#233;quemment au-del&#224; de onze heures du soir, ce que les cahiers-temps confirment largement. Il s'agit de trouver une plage horaire suffisamment longue et tranquille et qui n'empi&#232;te pas, autant que faire se peut, sur d'autres activit&#233;s (famille, loisirs, travail non r&#233;mun&#233;r&#233; de type domestique ou associatif). Il s'agit aussi d'une strat&#233;gie pour limiter une surcharge de travail pendant les moments suppos&#233;s de repos (vacances scolaires ou week-ends, par exemple) :&lt;/p&gt; &lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'ai compris tout r&#233;cemment qu'il valait mieux que je travaille comme une forcen&#233;e jusqu'&#224; quatre du matin avant les vacances, finir toutes les corrections et pas les garder&#8230; Sinon avant je passais les vacances &#224; corriger &#187;. (&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('Marie, 33 ans, enseignante certifi&#233;e de lettres en coll&#232;ge, en couple avec un architecte, 2 enfants (7 et 3 ans)')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;Marie&lt;/a&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;dl class='spip_document_6728 spip_documents spip_documents_left' style='float:left;'&gt;
&lt;dt&gt; &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/IMG/png/extrait_cahiers_temps_sarah_1.png&quot; onclick='window.open(&quot;/spip.php?page=document&amp;id_document=6728&quot;,&quot;Extrait 1 du cahier-temps de Sarah - IMG/png/extrait_cahiers_temps_sarah_1.png&quot;,&quot;height=752, width=842, top=100, left=100, toolbar=no, menubar=no, location=no, resizable=yes, scrollbars=yes, status=no&quot;); return false;' title='PNG - 85.8 ko' type=&quot;image/png&quot;&gt; &lt;img src='http://www.ethnographiques.org/local/cache-vignettes/L140xH98/extrait_cahiers_temps_sarah_1-69888-d1799.png' width='140' height='98' alt='PNG - 85.8 ko' style='height:98px;width:140px;' /&gt; &lt;/a&gt;
&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='spip_doc_titre' style='width:140px;'&gt;&lt;strong&gt;Extrait 1 du cahier-temps de Sarah&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class='spip_doc_descriptif' style='width:140px;'&gt;&lt;strong&gt;Extrait 1 du cahier-temps de Sarah&lt;/strong&gt; &lt;br /&gt;Jarty Julie, 2011. &quot;Le travail invisible des enseignants &#171; hors les murs &#187;&quot;, ethnographiques.org no 23
&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt; &lt;!-- --&gt;
&lt;dl class='spip_document_6729 spip_documents spip_documents_left' style='float:left;'&gt;
&lt;dt&gt; &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/IMG/png/extrait_cahiers_temps_sarah_2.png&quot; onclick='window.open(&quot;/spip.php?page=document&amp;id_document=6729&quot;,&quot;Extrait 2 du cahier-temps de Sarah - IMG/png/extrait_cahiers_temps_sarah_2.png&quot;,&quot;height=721, width=842, top=100, left=100, toolbar=no, menubar=no, location=no, resizable=yes, scrollbars=yes, status=no&quot;); return false;' title='PNG - 67.9 ko' type=&quot;image/png&quot;&gt; &lt;img src='http://www.ethnographiques.org/local/cache-vignettes/L140xH93/extrait_cahiers_temps_sarah_2-1555d-916f3.png' width='140' height='93' alt='PNG - 67.9 ko' style='height:93px;width:140px;' /&gt; &lt;/a&gt;
&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='spip_doc_titre' style='width:140px;'&gt;&lt;strong&gt;Extrait 2 du cahier-temps de Sarah&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class='spip_doc_descriptif' style='width:140px;'&gt;&lt;strong&gt;Extrait 2 du cahier-temps de Sarah&lt;/strong&gt; &lt;br /&gt;Jarty Julie, 2011. &quot;Le travail invisible des enseignants &#171; hors les murs &#187;&quot;, ethnographiques.org no 23
&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt; &lt;!-- --&gt;
&lt;p&gt;L'activit&#233; de correction de copies, tenue par les &#233;l&#232;ves mais aussi leurs parents, les coll&#232;gues et l'inspection, pour r&#233;v&#233;latrice, sinon &#171; preuve &#187;, de l'investissement professionnel et de l'attention aux &#233;l&#232;ves, s'av&#232;re la plus susceptible d'envahir le quotidien : &#171; J'essaye de ne pas travailler le week-end, mais je le paye le soir en semaine &#187;, &#233;crit &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('Sarah, 33 ans, enseignante agr&#233;g&#233;e d'espagnol en coll&#232;ge, en couple avec un cadre-commercial 1 enfant (1 an)')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;Sarah&lt;/a&gt;, une jeune enseignante d'espagnol dans son cahier-temps ; &#171; C'est fini&#8230; et non encore une &#187;, note un professeur de math&#233;matiques en classe pr&#233;paratoire ; &#171; J'ai presque fini mais je n'en peux plus, je finirai demain &#187; commente un de ses coll&#232;gues.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;div class=&quot;non_flottant_titre&quot;&gt;&lt;a name='4.3'&gt;&lt;/a&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#tablematiere&quot;&gt;Ma&#238;triser son temps : un enjeu partag&#233;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Si de nombreux enseignantes et enseignants interrog&#233;s disent vouloir travailler le moins possible durant les week-ends (en particulier pour r&#233;server ce moment &#224; leur conjoint et/ou enfant(s)), on observe une mise au travail relativement fr&#233;quente durant ces moments. Ce temps est alors toutefois chronom&#233;tr&#233;, effectu&#233; sur des demi-journ&#233;es, et plus rarement en soir&#233;e : &#171; un petit peu tous les week-ends &#187;, &#171; le week-end &#231;a d&#233;pend &#187;, &#171; des fois &#231;a n'est pas possible de faire autrement &#187;. Ces &#233;l&#233;ments font ainsi &#233;merger une n&#233;cessaire habilet&#233; &#224; auto-organiser son temps, entre temps contraint (les heures de cours &#8211; faiblement n&#233;gociables) et temps &#171; autonome &#187;. Si elle peut appara&#238;tre comme un gain du point de vue de l'engagement dans d'autres sph&#232;res, cette n&#233;cessaire &#171; rationalisation &#187; du travail fait surgir la question de la porosit&#233; des temps (Gadea et Lallement, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('GADEA Charles et LALLEMENT Michel, 2000. &#171; Les rationalisations du temps &#187;, in DE TERSSAC, Gilbert et TREMBLAY Diane-Gabrielle, O&#249; va le temps de travail ? Toulouse, Octar&#232;s, pp. 27&#8211;48.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2000&lt;/a&gt;). Car rester &#171; connect&#233; &#187; &#224; son travail sur des plages horaires tr&#232;s &#233;tendues, ce serait aussi s'exposer &#224; se laisser &#171; d&#233;border &#187; par cette souplesse temporelle et &#224; &#171; brouiller les fronti&#232;res entre espaces priv&#233; et professionnel &#187; (Metzger et Cl&#233;ach, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('METZGER Jean-Luc et CLEACH Olivier, 2004. &#171; Le t&#233;l&#233;travail des cadres : entre suractivit&#233; et apprentissage de nouvelles temporalit&#233;s &#187;, Sociologie du travail, 46 (4), pp. 433-450.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2004 : 444&lt;/a&gt;). Les enseignants sont en permanence confront&#233;s &#224; cette perm&#233;abilit&#233; et ce d'autant plus qu'ils sont promus &#224; des positions plus prestigieuses et mieux r&#233;mun&#233;r&#233;es et que leurs heures de pr&#233;sence obligatoires au sein des &#233;tablissements se r&#233;duisent. Comment les enseignants font-ils avec cette mall&#233;abilit&#233; ? La variable du genre, sur laquelle nous allons nous concentrer, appara&#238;t importante &#224; prendre en compte.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;div class=&quot;non_flottant_titre&quot;&gt;&lt;a name='5'&gt;&lt;/a&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#tablematiere&quot;&gt;Le genre dans l'organisation du travail &#171; hors les murs &#187; &lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Le sur-investissement des femmes dans la prise en charge du &lt;i&gt;care&lt;/i&gt; et du domestique, certes remis en question par quelques enseignantes et enseignants qui s'inscrivent plut&#244;t dans des configurations de genre minoritaires (Jarty, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('JARTY Julie, 2009. &#171; Les usages de la flexibilit&#233; temporelle chez les enseignantes du secondaire &#187;, Temporalit&#233;s, 9 (en ligne), http://temporalites.revues.org/inde... (consult&#233; le 30 novembre 2010).')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2009&lt;/a&gt;), mod&#232;le les exp&#233;riences professionnelles, entre enchev&#234;trement et superposition.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;div class=&quot;non_flottant_titre&quot;&gt;&lt;a name='5.1'&gt;&lt;/a&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#tablematiere&quot;&gt;Engagements personnels et &#233;tapes du cycle de vie&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;La plupart des individus interrog&#233;s dans le cadre de l'enqu&#234;te t&#233;moignent d'un fort attachement &#224; la libert&#233; d'organiser leur temps de travail. Du point de vue professionnel, cette libert&#233; symbolise une autonomie n&#233;cessaire. Elle offre la possibilit&#233; de travailler au moment de la journ&#233;e et de la semaine o&#249; l'on se sent personnellement le plus productif et le plus disponible. C'est ainsi que nombre d'activit&#233;s n&#233;glig&#233;es dans la perception du travail enseignant (rencontre avec des parents d'&#233;l&#232;ves ou des partenaires ext&#233;rieurs, recherches individuelles constitutives &#224; la mouture d'un projet, etc.) requi&#232;rent une certaine souplesse et autonomie organisationnelle. Par ailleurs, cette autonomie permet d'acc&#233;l&#233;rer la cadence &#224; des moments charni&#232;res de la carri&#232;re (pr&#233;paration de l'Agr&#233;gation interne pour les certifi&#233;s, par exemple). Cette autonomie temporelle du travail &#171; hors les murs &#187; offre aussi la possibilit&#233; d'ajuster plus facilement les contraintes parfois contradictoires des temporalit&#233;s professionnelles et personnelles &#8211; familiales ou de loisirs. Le cahier-temps de &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('Fr&#233;d&#233;ric, 50 ans, enseignant agr&#233;g&#233; de math&#233;matiques en CPGR, en couple avec une enseignante (retrait&#233;e), 5 enfants (27,25,22,20 et 17 ans)')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;Fr&#233;d&#233;ric&lt;/a&gt;, enseignant de math&#233;matiques, t&#233;moigne par exemple d'horaires de travail adapt&#233;s &#224; ses heures de cours (fixes) et de son engagement singulier dans la musique &#8211; un avantage d'autant plus appr&#233;ci&#233; que cet agr&#233;g&#233; nous explique avoir d&#233;j&#224; atteint les &#233;chelons les plus &#233;lev&#233;s (il est titulaire d'une chaire). Cette profession appara&#238;t plus largement et tr&#232;s commun&#233;ment favorable &#224; la vie de famille. En t&#233;moigne dans nos entretiens la mise en regard r&#233;currente avec les conditions de travail d'autres professionnels aux niveaux de qualification &#233;quivalents et aux horaires &#171; de bureau &#187; :&lt;/p&gt; &lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p&gt;&#171; On a la libert&#233; de notre temps et &#231;a c'est &#233;norme, c'est pr&#233;cieux, je n'ai pas &#224; pointer tous les jours &#224; huit heures jusqu'&#224; dix-huit heures, samedi j'&#233;tais &#224; Paris pour un colloque, l'apr&#232;s-midi j'en ai profit&#233; et j'ai revu des copines. J'en ai une qui a un super job chez Axenture, c'est certainement tr&#232;s int&#233;ressant, mais, arrive le vendredi soir, elle est &#224; ramasser &#224; la petite cuill&#232;re [&#8230;] son gamin elle le voit &#224; peine grandir, elle en a fait qu'un parce que c'&#233;tait pas possible et que c'est d&#233;j&#224; extraordinaire qu'elle ait r&#233;ussi &#224; en faire un &#187;. (&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('Diane, 41 ans, enseignante agr&#233;g&#233;e d'anglais en CPGR, en couple avec un enseignant, 3 enfants (16, 8 et 4 ans)')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;Diane&lt;/a&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;La possibilit&#233; de mettre en place un changement de rythme de travail, pour s'adapter aux parcours de vie, aux ruptures biographiques, &#233;merge dans la plupart des entretiens recueillis :&lt;/p&gt; &lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est vrai qu'avec la venue de ma fille, je la r&#233;cup&#232;re, je la vois plut&#244;t en journ&#233;e donc du coup je me suis mise &#224; travailler diff&#233;remment [&#8230;] C'est modulable, c'est la chance qu'on a dans ce boulot &#187;. (&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('Emmanuelle, 29 ans, enseignante certifi&#233;e de science-physique en coll&#232;ge, en couple avec un enseignant, 1 enfant (2 ans)')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;Emmanuelle&lt;/a&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ces ajustements apparaissent toutefois de plus forte ampleur chez les femmes, t&#233;moignant souvent d'arrangements sexu&#233;s au sein des couples, que tous deux soient enseignants ou pas.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;div class=&quot;non_flottant_titre&quot;&gt;&lt;a name='5.2'&gt;&lt;/a&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#tablematiere&quot;&gt;Petits arrangements (sexu&#233;s) entre conjoints&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;L'organisation du temps de travail est largement tributaire de tels arrangements (Pailhe et Solaz, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('PAILHE Ariane et SOLAZ Anne (dir.), 2009. Entre famille et travail, des arrangements de couples aux pratiques des employeurs. INED, Paris, La d&#233;couverte. ')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2009&lt;/a&gt;) et la profession enseignante ne fait pas exception. Plus ou moins &#171; &#233;galitaires &#187;, ils induisent des n&#233;gociations sp&#233;cifiques, s'av&#233;rant tour &#224; tour contraintes ou ressources &#224; l'&#233;gard de l'exercice professionnel :&lt;/p&gt; &lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il y a aussi le week-end mais bon &#231;a d&#233;pend, c'est par exemple si ma fille fait la sieste, si mon mec il est d'accord pour prendre les petits deux heures, je vais m'esquiver mais je ne peux pas lui demander &#231;a tous les week-ends, tout le temps &#187;. (&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('Marie, 33 ans, enseignante certifi&#233;e de lettres en coll&#232;ge, en couple avec un architecte, 2 enfants (7 et 3 ans)')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;Marie&lt;/a&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;pit d'incontestables changements en mati&#232;re de rapports sociaux de sexe, les strat&#233;gies de couples demeurent souvent structur&#233;es autour d'une s&#233;paration des r&#244;les &#8211; tout au moins avec l'arriv&#233;e d'un enfant au foyer : classiquement, tandis que les hommes se concentrent davantage sur leur vie professionnelle, les femmes surinvestissent l'espace domestique et familial (Gadea et Marry, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('GADEA Charles et MARRY Catherine, 2000. &#171; Les p&#232;res qui gagnent : descendance et r&#233;ussite professionnelle des ing&#233;nieurs &#187;, Travail, Genre et Soci&#233;t&#233;s, (3), pp. 109-135.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2000&lt;/a&gt; ; Singly, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('SINGLY (de) Fran&#231;ois, 1987. Fortune et infortune de la femme mari&#233;e : sociologie de la vie conjugale. Paris, PUF.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;1987&lt;/a&gt;). L'exemple d'un couple d'enseignants &#233;claire les n&#233;gociations les plus typiques rencontr&#233;es dans le cadre de notre enqu&#234;te. Jeune agr&#233;g&#233; de math&#233;matiques, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' Nicolas, 35 ans, enseignant agr&#233;g&#233; de math&#233;matiques en Classes Pr&#233;paratoires aux Grandes Ecoles, en couple avec une enseignante, 1 enfant (1 an)')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;Nicolas&lt;/a&gt; explique la conservation d'un emploi du temps qu'il juge &#171; d&#233;plorable &#187; pour sa vie de famille&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nb17' class='spip_note' rel='footnote' title='Ses heures de cours sont essentiellement regroup&#233;es en fin d'apr&#232;s-midi' id='nh17'&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt; en ce qu'il lui permet de b&#233;n&#233;ficier de longues plages horaires en journ&#233;e pour s'atteler, chez lui, au calme, &#224; la pr&#233;paration de ses cours. En revanche, pour sa compagne (elle aussi agr&#233;g&#233;e de math&#233;matiques, dans le m&#234;me &#233;tablissement), accepter une telle organisation fut jug&#233; impossible. D&#232;s la naissance de sa fille, elle s'est engag&#233;e dans la n&#233;gociation d'horaires de cours plus &#171; adapt&#233;s &#187; &#224; ses responsabilit&#233;s familiales. Elle estime pourtant son nouvel emploi du temps peu pratique sur le plan professionnel : son travail de pr&#233;paration est souvent effectu&#233; dans l'urgence, le soir ou lorsque sa fille fait la sieste. Plus largement, la contraction du temps pass&#233; au sein de l'&#233;tablissement apr&#232;s la naissance d'un enfant se r&#233;v&#232;le une pratique plut&#244;t f&#233;minine ; rares sont les hommes pour qui la naissance d'un enfant engendre un tel changement. Si la n&#233;gociation d'emploi du temps &#171; sur mesure &#187;, permettant une compatibilit&#233; d'enseignement avec les horaires scolaires de leurs propres enfants, est une pratique courante et admise dans les coll&#232;ges et lyc&#233;es &#233;tudi&#233;s, les directions d'&#233;tablissement consentent souvent &#224; &#233;laborer des emplois du temps explicitement &#233;voqu&#233;s en terme &#171; d'horaires de mamans &#187;, avec des journ&#233;es de cours concentr&#233;es entre neuf heures et seize heures et/ou des mercredis matins lib&#233;r&#233;s (Jarty, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('JARTY Julie, 2010. L'emploi, la famille et l'articulation des temps de vie chez les enseignant-e-s du secondaire. Une comparaison France &#8211; Espagne. Th&#232;se de doctorat, sociologie, Universit&#233; de Toulouse Le Mirail et Universit&#233; Autonome de Barcelone. ')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2010&lt;/a&gt;). Enfin, la synchronisation des temps professionnels et familiaux ne se limite pas &#224; des strat&#233;gies de gestion du temps de pr&#233;sence au sein des &#233;tablissements scolaires. Elle s'accompagne aussi d'une rationalisation des activit&#233;s professionnelles r&#233;alis&#233;es hors de l'&#233;tablissement, dont la premi&#232;re constitue des tentatives de parcellisation du travail au cours de moments ou de journ&#233;es dits &#171; lib&#233;r&#233;s &#187; quoique d&#233;j&#224; bien remplis par les activit&#233;s domestiques et familiales, par exemple le mercredi ou le week-end. Chaque moment y est rentabilis&#233; de sorte que pour la majorit&#233; de celles qui ont des enfants, il n'est pas rare que le travail soit &quot;hach&#233;&quot;, par exemple effectu&#233; pendant les siestes des plus petits ou bien lorsqu'ils/elles sont &#224; une activit&#233; physique et sportive ou encore chez des amis :&lt;/p&gt; &lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pendant la sieste de mes filles, en fin de matin&#233;e ou en d&#233;but d'apr&#232;s-midi, parce qu'&#224; ces moments on sait qu'on a deux heures, deux heures et demi devant soi et donc les samedi entre 14 heures et 16 heures 30 &#187;. (&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('Claire, 33 ans, enseignante certifi&#233;e en histoire-g&#233;ographie, en couple avec un chercheur, 2 enfants (4 et 2 ans)')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;Claire&lt;/a&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L'analyse du cahier-temps d'une enseignante de 50 ans illustre cette m&#234;me fragmentation de l'activit&#233; professionnelle par des services rendus &#224; sa m&#232;re d&#233;pendante (prise de rendez-vous m&#233;dical entre deux heures de cours, courses le mercredi apr&#232;s-midi, par exemple). La capacit&#233; d'interrompre puis de se remettre au travail &#233;merge comme une comp&#233;tence acquise par de nombreuses enseignantes d&#232;s la naissance de leur premier enfant, et qui se prolonge tout au long de la vie de &lt;i&gt;carer&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire de responsable des soins et de l'attention aux autres.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;div class=&quot;non_flottant_titre&quot;&gt;&lt;a name='5.3'&gt;&lt;/a&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#tablematiere&quot;&gt;Enchev&#234;trement, simultan&#233;it&#233; et diff&#233;rences des engagements professionnels et familiaux&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Chez un grand nombre d'enseignantes en charge de personnes d&#233;pendantes, la vie familiale structure et d&#233;borde ainsi largement sur l'activit&#233; professionnelle. Leurs pr&#233;sences au travail se distinguent ainsi de celles de leurs homologues masculins : elles sont tr&#232;s souvent simultan&#233;es &#224; d'autres activit&#233;s li&#233;es &#224; la sph&#232;re domestique et familiale. Se souvenant de la mani&#232;re dont elle organisait son travail lorsque ses enfants &#233;taient plus jeunes, cette enseignante livre une nette explication de la r&#233;alit&#233; des situations de travail les plus typiques de celles qui sont m&#232;res :&lt;/p&gt; &lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je me souviens des mercredis apr&#232;s-midi, j'&#233;tais dans mon bureau et ils jouaient dehors, j'avais la fen&#234;tre ouverte et je jetais un &#339;il r&#233;guli&#232;rement &#187;. (&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('Maryse, 55 ans, enseignante agr&#233;g&#233;e de lettres en coll&#232;ge, en couple avec un enseignant, 1 enfant (19 ans)')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;Maryse&lt;/a&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L'analyse &#233;cologique du travail enseignant, c'est-&#224;-dire tenant compte de l'environnement mat&#233;riel au sein duquel l'activit&#233; se r&#233;alise, s'av&#232;re &#233;galement pertinente pour saisir l'entrelacement des espaces-temps professionnels, familiaux et personnels. Le fait de ne pas disposer d'un bureau sur son lieu de travail conduit, certes, &#224; travailler r&#233;guli&#232;rement au domicile, mais pas seulement. L'enchev&#234;trement des activit&#233;s professionnelles et familiales se fait ainsi sur un fond de multiplication des arri&#232;re-sc&#232;nes. C'est le cas de cette enseignante m&#232;re de deux jeunes enfants, qui explique comment &#171; [elle] arrive &#224; jongler, quand il y en a un qui est &#224; une activit&#233; &#187; :&lt;/p&gt; &lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je pense par exemple aux bulletins [&#8230;], &#231;a je le fais au coll&#232;ge, quitte &#224; les pr&#233;parer au brouillon chez moi ou quand les enfants sont &#224; des activit&#233;s. Quand tu attends les enfants dans la voiture tu peux travailler &#187;. (&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('Jeanne, 40 ans, enseignante certifi&#233;e de math&#233;matiques en coll&#232;ge, en couple avec un ing&#233;nieur, 2 enfants (10 et 5 ans)')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;Jeanne&lt;/a&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ce ph&#233;nom&#232;ne d'enchev&#234;trement des activit&#233;s est apparu nettement d&#232;s l'analyse des premiers cahiers-temps des enseignantes. Tandis que la simultan&#233;it&#233; des activit&#233;s est assez peu caract&#233;ristique des pratiques des hommes, y compris lorsqu'ils sont p&#232;res de jeunes enfants, elle est quasi syst&#233;matique chez les femmes enqu&#234;t&#233;es. Le cahier-temps de &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('Jeanne, 40 ans, enseignante certifi&#233;e de math&#233;matiques en coll&#232;ge, en couple avec un ing&#233;nieur, 2 enfants (10 et 5 ans)')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;Jeanne&lt;/a&gt; atteste de la r&#233;gularit&#233; de cette pratique : elle corrige r&#233;guli&#232;rement des &#233;valuations dans la voiture, tout en s'attelant au suivi des devoirs de son enfant.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_6730 spip_documents spip_documents_center' &gt;
&lt;dt&gt; &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/IMG/png/extrait_cahiertemps_jeanne.png&quot; onclick='window.open(&quot;/spip.php?page=document&amp;id_document=6730&quot;,&quot;Un extrait du cahier-temps de Jeanne - IMG/png/extrait_cahiertemps_jeanne.png&quot;,&quot;height=740, width=884, top=100, left=100, toolbar=no, menubar=no, location=no, resizable=yes, scrollbars=yes, status=no&quot;); return false;' title='PNG - 65.1 ko' type=&quot;image/png&quot;&gt; &lt;img src='http://www.ethnographiques.org/local/cache-vignettes/L140xH91/extrait_cahiertemps_jeanne-57f87-976bc.png' width='140' height='91' alt='PNG - 65.1 ko' style='height:91px;width:140px;' /&gt; &lt;/a&gt;
&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='spip_doc_titre' style='width:140px;'&gt;&lt;strong&gt;Un extrait du cahier-temps de Jeanne&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class='spip_doc_descriptif' style='width:140px;'&gt;&lt;strong&gt;Un extrait du cahier-temps de Jeanne&lt;/strong&gt; &lt;br /&gt;Jarty Julie, 2011. &quot;Le travail invisible des enseignants &#171; hors les murs &#187;&quot;, ethnographiques.org no 23
&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt; &lt;!-- --&gt;
&lt;p&gt;Enfin, la variation des espaces de travail se rep&#232;re &#233;galement au domicile, comme l'explique &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('Emmanuelle, 29 ans, enseignante certifi&#233;e de science-physique en coll&#232;ge, en couple avec un enseignant, 1 enfant (2 ans)')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;Emmanuelle&lt;/a&gt; qui adapte le lieu de pr&#233;paration de ses cours &#224; ses contingences domestiques :&lt;/p&gt; &lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'ai un petit bureau dans ma chambre, enfin on partage avec mon mari. Mais je peux travailler partout. Tu vois si j'ai un truc sur le feu &#224; surveiller je m'installe sur la table de la cuisine ! &#187; (&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('Emmanuelle, 29 ans, enseignante certifi&#233;e de science-physique en coll&#232;ge, en couple avec un enseignant, 1 enfant (2 ans)')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;Emmanuelle&lt;/a&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Cette absence de cloisonnement des espaces-temps est ainsi plus marqu&#233;e chez les enseignantes. Nathalie Lapeyre note, dans le cas des professions lib&#233;rales, que &#171; ces possibilit&#233;s de r&#233;gulation et de flexibilisation des temporalit&#233;s professionnelles ne jouent pas n&#233;cessairement &#224; l'avantage des femmes &#187; (Lapeyre, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('LAPEYRE Nathalie, 2006. Les professions face aux enjeux de la f&#233;minisation. Toulouse : Octares &#201;ditions. ')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2006&lt;/a&gt;). L'analyse de l'organisation du travail enseignant pourrait du moins contribuer &#224; &#233;clairer le sentiment de d&#233;bordement identifi&#233; dans plusieurs enqu&#234;tes au sein de professions disposant d'une autonomie dans l'organisation de leur temps de travail (Chenu, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('CHENU Alain, 2002. &#171; Les horaires et l'organisation du temps de travail &#187;, Economie et statistiques, 352-353, pp.151-167.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2002&lt;/a&gt;) ou marqu&#233;es par une imbrication particuli&#232;rement forte des activit&#233;s professionnelles et familiales (Molinier, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('MOLINIER, Pascale, 2009. &#171; Temps professionnel et temps personnel des travailleuses du care : perm&#233;abilit&#233; ou clivage ? &#187;, Temporalit&#233;s, 9 (En ligne) http://temporalites.revues.org/ (consult&#233; le 30 novembre 2010).')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2009&lt;/a&gt;) : &#171; C'est un fait mais je cours tout le temps &#187; explique &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('Marie, 33 ans, enseignante certifi&#233;e de lettres en coll&#232;ge, en couple avec un architecte, 2 enfants (7 et 3 ans)')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;Marie&lt;/a&gt;, &#171; j'avais l'impression de ne pas arr&#234;ter une minute, maintenant je sais que ce n'est pas qu'une impression &#187;, &#171; toujours la crainte d'&#234;tre en retard &#187; notent tout &#224; tour &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('Sabine, 38 ans, enseignante certifi&#233;e de math&#233;matiques en coll&#232;ge, en couple avec un artisan, 2 enfants (11 et 9 ans)')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;Sabine&lt;/a&gt; et &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('Sarah, 33 ans, enseignante agr&#233;g&#233;e d'espagnol en coll&#232;ge, en couple avec un cadre-commercial 1 enfant (1 an)')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;Sarah&lt;/a&gt; dans leurs cahiers-temps. Le sentiment subs&#233;quent de surcharge, de travail &#171; mal fait &#187;, &#171; b&#226;cl&#233; &#187;, r&#233;alis&#233; sous tension permet aussi de jeter des pistes explicatives &#224; l'acc&#232;s toujours moindre des enseignantes aux positions les plus prestigieuses et les mieux r&#233;mun&#233;r&#233;es de leur hi&#233;rarchie (Jarty, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('JARTY Julie, 2009. &#171; Les usages de la flexibilit&#233; temporelle chez les enseignantes du secondaire &#187;, Temporalit&#233;s, 9 (en ligne), http://temporalites.revues.org/inde... (consult&#233; le 30 novembre 2010).')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2009&lt;/a&gt; ; Moreau, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('MOREAU Marie-Pierre, 2011. Les enseignants et le genre. La construction des in&#233;galit&#233;s sexu&#233;es dans l'enseignement du second degr&#233; en France et en Angleterre. Paris, PUF.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2011&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;div class=&quot;non_flottant_titre&quot;&gt;&lt;a name='6'&gt;&lt;/a&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#tablematiere&quot;&gt;Conclusion&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Derri&#232;re la singularit&#233; des exp&#233;riences enseignantes, notre recherche fournit quelques &#233;l&#233;ments de r&#233;flexion pour l'analyse sociologique de situations de travail caract&#233;ris&#233;es par la mall&#233;abilit&#233; et la diversification de ses espaces de r&#233;alisation.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D'une part, elle rejoint les d&#233;bats autour de la reconnaissance du m&#233;rite de chacun dans son travail (Dubet, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('DUBET Fran&#231;ois, 2006. Injustices. L'exp&#233;rience des in&#233;galit&#233;s au travail. Paris, Seuil.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2006&lt;/a&gt;), qui appellent une repr&#233;sentation plus compl&#232;te des pratiques et les exp&#233;riences professionnelles quotidiennes des individus. En ce sens, il s'agit d'int&#233;grer &#224; l'analyse du travail les moyens de rep&#233;rer les engagements multiples dans lesquelles les individus s'inscrivent et de cerner leur organisation. Cela pose la question des techniques d'investigation capables de s'introduire dans le quotidien des individus, y compris l&#224; o&#249; l'activit&#233; professionnelle d&#233;borde amplement le seul espace du bureau, de l'entreprise, ou de l'organisation.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D'autre part, nous avons montr&#233; que la gestion de t&#226;ches spatialement et temporellement &#171; non contraintes &#187; ne peut &#234;tre analys&#233;e sans tenir compte de son caract&#232;re genr&#233;. Par-del&#224; la porosit&#233;, voire m&#234;me l'ind&#233;termination entre activit&#233;s professionnelles et activit&#233;s personnelles ou domestiques, cet article donne &#224; lire une gestion diff&#233;renci&#233;e des pr&#233;sences au travail entre hommes et femmes, en particulier en pr&#233;sence d'enfants. L'exp&#233;rience du jonglage emploi-famille identifi&#233;e chez une majorit&#233; d'enseignantes appelle plus largement &#224; s'interroger sur la visibilit&#233; des contributions des uns et des autres. La temporalit&#233; davantage hach&#233;e des femmes implique en effet, de leur part, un travail &lt;i&gt;peu perceptible&lt;/i&gt; de gestion de leur disponibilit&#233; susceptible d'expliquer le &#171; plafond de verre &#187;, c'est-&#224;-dire la sous-repr&#233;sentation des femmes dans les positions les plus prestigieuses et les mieux r&#233;mun&#233;r&#233;es, auquel elles se confrontent dans les professions intellectuelles (Cacouault-Bitaud, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('CACOUAULT-BITAUD Marlaine, 2007. Professeurs&#8230; mais femmes. Carri&#232;res et vies priv&#233;es des enseignantes du secondaire au 20&#232;me si&#232;cle. Paris, La D&#233;couverte.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2007&lt;/a&gt;). Raisonner en termes d'in&#233;galit&#233; supposerait toutefois de pouvoir &#233;valuer, pour les comparer, les charges de travail des uns et des autres. Pour cela, il faudrait alors inventer une commune mesure, car le temps de travail est, on le sait, un &#233;talon peu pertinent pour mesurer le travail des &#171; &lt;i&gt;knowledge workers&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;div class=&quot;non_flottant_titre&quot;&gt;&lt;a name='6.1'&gt;&lt;/a&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#tablematiere&quot;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;/h4&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;div class=&quot;non_flottant_titre&quot;&gt;&lt;a name='6.1'&gt;&lt;/a&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#tablematiere&quot;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;/h4&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;div class=&quot;non_flottant_titre&quot;&gt;&lt;a name='6.1'&gt;&lt;/a&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#tablematiere&quot;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;/h4&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;div class=&quot;non_flottant_titre&quot;&gt;&lt;a name='6.1'&gt;&lt;/a&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#tablematiere&quot;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;/h4&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;div class=&quot;non_flottant_titre&quot;&gt;&lt;a name='7'&gt;&lt;/a&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#tablematiere&quot;&gt;Annexe. Caract&#233;ristiques socio-d&#233;mographiques des enseignantes et des enseignants&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Synth&#232;se des caract&#233;ristiques socio-d&#233;mographiques des enseignantes et des enseignants cit&#233;s dans l'article&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;(tous les pr&#233;noms utilis&#233;s sont des pseudonymes)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Claire, 33 ans, enseignante certifi&#233;e en histoire-g&#233;ographie, en couple avec un chercheur, 2 enfants (4 et 2 ans)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Denis, 59 ans, enseignant certifi&#233; d'anglais en coll&#232;ge, en couple avec une commerciale, 3 enfants (26, 22, 21 ans)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Diane, 41 ans, enseignante agr&#233;g&#233;e d'anglais en Classes Pr&#233;paratoires aux Grandes Ecoles, en couple avec un enseignant, 3 enfants (16, 8 et 4 ans)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Emmanuelle, 29 ans, enseignante certifi&#233;e de science-physique en coll&#232;ge, en couple avec un enseignant, 1 enfant (2 ans)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Florence, 46 ans, enseignante certifi&#233;e en lyc&#233;e, en couple avec &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('Herv&#233;, 47 ans, enseignant certifi&#233; d'histoire-g&#233;ographie en coll&#232;ge, en couple avec Florence, 2 enfants (12 et 7 ans)')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;Herv&#233;&lt;/a&gt;, 2 enfants (12 et 7 ans)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Fr&#233;d&#233;ric, 50 ans, enseignant agr&#233;g&#233; de math&#233;matiques en Classes Pr&#233;paratoires aux Grandes Ecoles, en couple avec une enseignante (retrait&#233;e), 5 enfants (27,25,22,20 et 17 ans)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Herv&#233;, 47 ans, enseignant certifi&#233; d'histoire-g&#233;ographie en coll&#232;ge, en couple avec &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('Florence, 46 ans, enseignante certifi&#233;e en lyc&#233;e, en couple avec Herv&#233;, 2 enfants (12 et 7 ans)')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;Florence&lt;/a&gt;, 2 enfants (12 et 7 ans)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Jeanne, 40 ans, enseignante certifi&#233;e de math&#233;matiques en coll&#232;ge, en couple avec un ing&#233;nieur, 2 enfants (10 et 5 ans)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Marie, 33 ans, enseignante certifi&#233;e de lettres en coll&#232;ge, en couple avec un architecte, 2 enfants (7 et 3 ans)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Maryse, 55 ans, enseignante agr&#233;g&#233;e de lettres en coll&#232;ge, en couple avec un enseignant, 1 enfant (19 ans)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nicolas, 35 ans, enseignant agr&#233;g&#233; de math&#233;matiques en Classes Pr&#233;paratoires aux Grandes Ecoles, en couple avec une enseignante, 1 enfant (1 an).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pierre, 42 ans, enseignant agr&#233;g&#233; de sciences-physiques en Classes Pr&#233;paratoires aux Grandes Ecoles, en couple avec &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('Diane, 41 ans, enseignante agr&#233;g&#233;e d'anglais en Classes Pr&#233;paratoires aux Grandes Ecoles, en couple avec un enseignant, 3 enfants (16, 8 et 4 ans)')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;Diane&lt;/a&gt;, 3 enfants (16, 8 et 4 ans)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Sarah, 33 ans, enseignante agr&#233;g&#233;e d'espagnol en coll&#232;ge, en couple avec un cadre-commercial 1 enfant (1 an)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Sabine, 38 ans, enseignante certifi&#233;e de math&#233;matiques en coll&#232;ge, en couple avec un artisan, 2 enfants (11 et 9 ans)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nh1' id='nb1' class='spip_note' title='Notes 1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;Par souci d'adaptation aux normes &#233;ditoriales de la revue, on a proc&#233;d&#233; &#224; une masculinisation syst&#233;matique de la cat&#233;gorie des enseignants et des enseignantes du second degr&#233;. Le terme enseignant renvoie, dans les faits, autant &#224; des femmes qu'&#224; des hommes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nh2' id='nb2' class='spip_note' title='Notes 2' rev='footnote'&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;Je tiens &#224; remercier les diff&#233;rents relecteurs de ce texte, notamment Alexandra Bidet et Dominique Schoeni, pour leurs apports et conseils au cours de son &#233;criture.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nh3' id='nb3' class='spip_note' title='Notes 3' rev='footnote'&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;Les horaires de pr&#233;sence sont variables selon le corps d'appartenance, entre dix (pour les titulaires de l'Agr&#233;gation en CPGR &#8211; Classes Pr&#233;paratoires aux Grandes Ecoles) et dix-huit heures (pour les certifi&#233;s, titulaires du CAPES &#8211; Certificat d'aptitude au professorat dans l'enseignement du second degr&#233;), auxquelles se rajoutent ponctuellement des heures de r&#233;unions.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nh4' id='nb4' class='spip_note' title='Notes 4' rev='footnote'&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;Voir par exemple la Une du Monde de l'Education du 14 octobre 2009 &#171; Peut-on encore devenir prof ? &#187;, qui insiste sur le potentiel d'attractivit&#233;, pour les jeunes g&#233;n&#233;rations dipl&#244;m&#233;es du sup&#233;rieur, d'une profession symbole de s&#233;curit&#233; sur le march&#233; du travail et de disponibilit&#233; pour la vie priv&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nh5' id='nb5' class='spip_note' title='Notes 5' rev='footnote'&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;L'expression &quot;hors les murs&quot;, &#233;galement utilis&#233; dans le titre de l'article, fait &#233;cho au roman m&#233;diatis&#233; de Fran&#231;ois B&#233;gaudeau, &#171; Entre les murs &#187;, paru en 2006 et adapt&#233; au cin&#233;ma par Laurent Cantet, sous le m&#234;me titre, en 2008. Il rend compte de l'exp&#233;rience d'un jeune enseignant dans une classe d'un coll&#232;ge de ZEP.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nh6' id='nb6' class='spip_note' title='Notes 6' rev='footnote'&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;En 2008, le taux de f&#233;minisation dans l'enseignement du second degr&#233; &#233;tait de 57,3% (Source : Minist&#232;re de l'Education Nationale, 2008).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nh7' id='nb7' class='spip_note' title='Notes 7' rev='footnote'&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;55% des enseignants du secondaire ayant &#233;t&#233; dipl&#244;m&#233; en 1998 sont titulaires d'un dipl&#244;me sup&#233;rieur ou &#233;quivalent &#224; la ma&#238;trise, alors m&#234;me que l'entr&#233;e dans la profession ne n&#233;cessitait qu'une Licence. Source : enqu&#234;te g&#233;n&#233;ration 1998 du Cereq.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nh8' id='nb8' class='spip_note' title='Notes 8' rev='footnote'&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;Si les chefs d'&#233;tablissement jouent un r&#244;le clef dans la mise en place d'une professionnalit&#233; plus collective, les limites de leur fonction sont soulign&#233;es dans plusieurs &#233;tudes (Barr&#232;re, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('BARRERE Anne, 2003. &#171; Pourquoi les enseignants ne travaillent-ils pas en &#233;quipe ? &#187;, Sociologie du travail, 44 (4), pp. 481-497.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2003&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nh9' id='nb9' class='spip_note' title='Notes 9' rev='footnote'&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;Concours de recrutement au corps professoral le plus &#233;lev&#233; de l'enseignement du second degr&#233; fran&#231;ais, l'Agr&#233;gation fixe &#224; 15 heures le nombre d'heures de cours par semaine des &#171; professeurs agr&#233;g&#233;s &#187;, soit trois heures de moins que les titulaires du CAPES. Il offre &#233;galement la possibilit&#233; d'&#234;tre recrut&#233; en Classes Pr&#233;paratoires aux Grandes Ecoles, r&#233;duisant encore le nombre d'heures devant la classe (environ 10 heures).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nh10' id='nb10' class='spip_note' title='Notes 10' rev='footnote'&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;Les enseignants d'histoire-g&#233;ographie et du fran&#231;ais-latin-grec font toutefois traditionnellement exception et nuancent ce constat.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nh11' id='nb11' class='spip_note' title='Notes 11' rev='footnote'&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;Celle-ci a par exemple pu s'observer dans notre recherche empirique, dont la constitution de la population d'enqu&#234;te reposait en partie sur un effet &#171; boule de neige &#187;, par leur fr&#233;quente mise en contact avec des coll&#232;gues d'un m&#234;me champ scientifique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nh12' id='nb12' class='spip_note' title='Notes 12' rev='footnote'&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;Telle qu'elle est d&#233;crite par Caroline Datchary, la notion de &#171; dispersion &#187; renvoie &#224; des situations de travail o&#249; les individus sont continuellement confront&#233;s &#224; des engagements multiples au sein d'une temporalit&#233; resserr&#233;e. L'activit&#233; enseignante est certes bien diff&#233;rente d'autres, plus arch&#233;typiques, comme dans le secteur de l'&#233;v&#232;nementiel, du double point de vue de sa temporalit&#233;, moins resserr&#233;e, et de sa dimension collective (le collectif est ici bien peu sollicit&#233; pour g&#233;rer la dispersion). Mais on rep&#232;re aussi dans l'enseignement du second degr&#233; une forme d'h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; de l'activit&#233; qui est &#224; la fois source de tensions et peu reconnue.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nh13' id='nb13' class='spip_note' title='Notes 13' rev='footnote'&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;Nous avons notamment observ&#233; des cours, assur&#233; une pr&#233;sence r&#233;guli&#232;re dans des lieux ressources &#8211; salle des enseignants ou biblioth&#232;que &#8211; pour la r&#233;alisation d'entretiens ou entre deux entretiens et particip&#233; &#224; des r&#233;unions de travail visant &#224; la mise en place de projets p&#233;dagogiques de promotion de l'&#233;galit&#233; entre filles et gar&#231;ons dans deux coll&#232;ges des quartiers sensibles de Toulouse.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nh14' id='nb14' class='spip_note' title='Notes 14' rev='footnote'&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;L'avancement &#224; la &#171; hors-classe &#187; repr&#233;sente une promotion vers l'un des grades les plus &#233;lev&#233;s de la hi&#233;rarchie enseignante. Elle peut s'acqu&#233;rir ind&#233;pendamment du statut, certifi&#233; ou agr&#233;g&#233;, et est souvent motiv&#233;e par le soutien des chefs d'&#233;tablissement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nh15' id='nb15' class='spip_note' title='Notes 15' rev='footnote'&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;Les objectifs de ces enqu&#234;tes sont d'am&#233;liorer, en les quantifiant, les connaissances relatives aux activit&#233;s quotidiennes et emplois du temps quotidiens des Fran&#231;aises et Fan&#231;ais.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nh16' id='nb16' class='spip_note' title='Notes 16' rev='footnote'&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;Notre &#233;tude fait appara&#238;tre que, pour un m&#234;me niveau d'enseignement, les enseignants des disciplines litt&#233;raires ont un temps de travail toujours sup&#233;rieur &#224; celui de ceux des sciences dites &#171; dures &#187;, en particulier du fait d'un temps de correction de copies plus long.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nh17' id='nb17' class='spip_note' title='Notes 17' rev='footnote'&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;Ses heures de cours sont essentiellement regroup&#233;es en fin d'apr&#232;s-midi et le mercredi toute la journ&#233;e, lorsque sa fille n'est pas scolaris&#233;e.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;BALLION Roger, 1982. &lt;i&gt;Les consommateurs d'&#233;cole&lt;/i&gt;. Paris, Stock.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;BARRERE Anne, 2003. &#171; Pourquoi les enseignants ne travaillent-ils pas en &#233;quipe ? &#187;, &lt;i&gt;Sociologie du travail&lt;/i&gt;, 44 (4), pp. 481-497.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;BIDET Alexandra, BORZEIX Annie, PILLON Thierry, ROT Gwena&#235;lle, VATIN Fran&#231;ois (dir.), 2006. &lt;i&gt;Sociologie du travail et activit&#233;&lt;/i&gt;. Toulouse, Octar&#232;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;BUISSON-FENET H&#233;l&#232;ne, 2008. &#171; Usages de l'usager et distinctions professionnelles. Le cas des conseillers principaux d'&#233;ducation &#187;, &lt;i&gt;in&lt;/i&gt; Le BIANIC Thomas et VION Antoine (dir.), &lt;i&gt;Action publique et l&#233;gitimit&#233;s professionnelles&lt;/i&gt;. Paris, LGDJ Lextenso editions, pp : 145-160.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;CACOUAULT-BITAUD Marlaine, 2007. &lt;i&gt;Professeurs&#8230; mais femmes. Carri&#232;res et vies priv&#233;es des enseignantes du secondaire au 20&#232;me si&#232;cle&lt;/i&gt;. Paris, La D&#233;couverte.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;CHENU Alain, 2002. &#171; Les horaires et l'organisation du temps de travail &#187;, &lt;i&gt;Economie et statistiques&lt;/i&gt;, 352-353, pp.151-167.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;DATCHARY Caroline, 2011. &lt;i&gt;La dispersion au travail&lt;/i&gt;. Toulouse, Octar&#232;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;DEAUVIEAU J&#233;r&#244;me, 2007. &#171; Observer et comprendre les pratiques enseignantes &#187;, &lt;i&gt;Sociologie du travail&lt;/i&gt;, 49 (1), pp. 100-118.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;DEMAILLY Lise, 1987. La qualification ou la comp&#233;tence professionnelle des enseignants, &lt;i&gt;Sociologie du travail&lt;/i&gt;, 29 (1), pp. 59-70.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;DEVINEAU Sophie, 2010. &#171; Les enseignants et les parents d'&#233;l&#232;ves &#187;, &lt;i&gt;in&lt;/i&gt; DEMAZIERE Didier et GADEA Charles (dir.), &lt;i&gt;Sociologie des groupes professionnels. Acquis r&#233;cents et nouveaux d&#233;fis&lt;/i&gt;. Paris, La D&#233;couverte, pp. 332-341.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;DUBET Fran&#231;ois, 1991. &lt;i&gt;Les lyc&#233;ens&lt;/i&gt;. Paris, Seuil.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;DUBET Fran&#231;ois, 2002. &lt;i&gt;Le d&#233;clin de l'institution&lt;/i&gt;. Paris, Seuil.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;DUBET Fran&#231;ois, 2006. Injustices. &lt;i&gt;L'exp&#233;rience des in&#233;galit&#233;s au travail&lt;/i&gt;. Paris, Seuil.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;GADEA Charles et LALLEMENT Michel, 2000. &#171; Les rationalisations du temps &#187;, &lt;i&gt;in&lt;/i&gt; DE TERSSAC, Gilbert et TREMBLAY Diane-Gabrielle, &lt;i&gt;O&#249; va le temps de travail ?&lt;/i&gt; Toulouse, Octar&#232;s, pp. 27&#8211;48.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;GADEA Charles et MARRY Catherine, 2000. &#171; Les p&#232;res qui gagnent : descendance et r&#233;ussite professionnelle des ing&#233;nieurs &#187;, &lt;i&gt;Travail, Genre et Soci&#233;t&#233;s&lt;/i&gt;, (3), pp. 109-135.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;HIRSCHHORN Monique, 1993. &lt;i&gt;L'&#232;re des enseignants&lt;/i&gt;. Paris, PUF.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;JANOT-BERGUGNAT Laurence et RASCLE Nicole, 2008. &lt;i&gt;Le stress des enseignants&lt;/i&gt;. Paris, Armand Colin.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;JARTY Julie, 2009. &#171; Les usages de la flexibilit&#233; temporelle chez les enseignantes du secondaire &#187;, &lt;i&gt;Temporalit&#233;s&lt;/i&gt;, 9 (en ligne), &lt;a href='http://temporalites.revues.org/index1057.html' class='spip_out' rel='nofollow'&gt;http://temporalites.revues.org/inde...&lt;/a&gt; (consult&#233; le 30 novembre 2010).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;JARTY Julie, 2010. &lt;i&gt;L'emploi, la famille et l'articulation des temps de vie chez les enseignant-e-s du secondaire. Une comparaison France &#8211; Espagne&lt;/i&gt;. Th&#232;se de doctorat, sociologie, Universit&#233; de Toulouse Le Mirail et Universit&#233; Autonome de Barcelone.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;LAPEYRE Nathalie, 2006. &lt;i&gt;Les professions face aux enjeux de la f&#233;minisation&lt;/i&gt;. Toulouse : Octares &#201;ditions.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;LE BIANIC Thomas et VION Antoine (dir.), 2008. &lt;i&gt;Action publique et l&#233;gitimit&#233;s professionnelles&lt;/i&gt;. Paris : LGDJ Lextenso &#233;ditions.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;LE FEUVRE Nicky, 2010. &#171; Feminising professions in Britain and France : How countries differ &#187;, &lt;i&gt;in&lt;/i&gt; SCOTT Joan, CROMPTON Rosemary and LYONETTE Clare (eds.), &lt;i&gt;Gender inequalities in the 21st century : New barriers and continuing constraints&lt;/i&gt;. London : Edward Elgar, pp. 126-149.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;METZGER Jean-Luc et CLEACH Olivier, 2004. &#171; Le t&#233;l&#233;travail des cadres : entre suractivit&#233; et apprentissage de nouvelles temporalit&#233;s &#187;, &lt;i&gt;Sociologie du travail&lt;/i&gt;, 46 (4), pp. 433-450.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;MOLINIER, Pascale, 2009. &#171; Temps professionnel et temps personnel des travailleuses du care : perm&#233;abilit&#233; ou clivage ? &#187;, &lt;i&gt;Temporalit&#233;s&lt;/i&gt;, 9 (En ligne) &lt;a href='http://temporalites.revues.org/' class='spip_out' rel='nofollow'&gt;http://temporalites.revues.org/&lt;/a&gt; (consult&#233; le 30 novembre 2010).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;MOREAU Marie-Pierre, 2011. &lt;i&gt;Les enseignants et le genre. La construction des in&#233;galit&#233;s sexu&#233;es dans l'enseignement du second degr&#233; en France et en Angleterre&lt;/i&gt;. Paris, PUF.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;PAILHE Ariane et SOLAZ Anne (dir.), 2009. &lt;i&gt;Entre famille et travail, des arrangements de couples aux pratiques des employeurs&lt;/i&gt;. INED, Paris, La d&#233;couverte.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;PARADEISE Catherine, 2003. &#171; Comprendre les professions : l'apport de la sociologie &#187;. &lt;i&gt;Sciences humaines&lt;/i&gt;, 6 (139) : 26-29.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;ROUCH Jean-Pierre, 2006. &#171; Une approche compr&#233;hensive des emplois du temps &#187;, &lt;i&gt;in&lt;/i&gt; THOEMMES Jens et DE TERSSAC Gilbert (dir.), &lt;i&gt;Les temporalit&#233;s sociales&lt;/i&gt;. Toulouse, Octar&#232;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;SINGLY (de) Fran&#231;ois, 1987. &lt;i&gt;Fortune et infortune de la femme mari&#233;e : sociologie de la vie conjugale&lt;/i&gt;. Paris, PUF.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;TERRAIL Jean-Pierre. (dir), 2005. &lt;i&gt;L'&#233;cole en France. Crises, Pratiques, Perspectives&lt;/i&gt;. Paris, La Dispute.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;TERSSAC (de) Gilbert et TREMBLAY Diane-Gabrielle (dir.), 2000. &lt;i&gt;O&#249; va le temps de travail ?&lt;/i&gt; Toulouse, Octar&#232;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;VAN ZANTEN Agn&#232;s, GROSPIRON, Marie-France, KHERROUBI, Martine et ROBERT, Andr&#233;-D., 2002. &lt;i&gt;Quand l'&#233;cole se mobilise&lt;/i&gt;. Paris, La Dispute.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		
		<enclosure url="http://www.ethnographiques.org/IMG/pdf/ArJarty.pdf" length="585492" type="application/pdf" />
		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>7. Evaluer des demandes, ou la justesse comme travail invisible. Le cas du 115 de Paris</title>
		<link>http://www.ethnographiques.org/2011/LeMener</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.ethnographiques.org/2011/LeMener</guid>
		<dc:date>2011-12-23T17:57:09Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Le M&#233;ner_Erwan</dc:creator>


		<dc:subject>ArticleNumero</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;La demande exc&#232;de l'offre d'h&#233;bergement au 115 de Paris, plateforme t&#233;l&#233;phonique d'orientation et de r&#233;gulation de l'h&#233;bergement d'urgence. L' &#171; urgence sociale &#187; qui qualifie institutionnellement la demande d'h&#233;bergement ne peut pas &#234;tre syst&#233;matiquement satisfaite, au risque de mettre en p&#233;ril les appelants. Comment les r&#233;pondants font-ils face &#224; cette situation de &#171; choix tragique &#187; ? Comment choisissent-ils en situation de raret&#233; ? Que se passe-t-il, plus g&#233;n&#233;ralement, au cours des appels ? L'article s'appuie sur l'observation d'appels au 115 pour avancer l'id&#233;e que les permanenciers formulent des r&#233;ponses qui inscrivent de la mesure et de la justesse dans des d&#233;cisions qui peuvent de prime abord en para&#238;tre d&#233;nu&#233;es. L'enjeu ne semble plus tant alors de r&#233;soudre un probl&#232;me, que de faire avec l'insoluble, c'est-&#224;-dire avec les critiques pesant de fa&#231;on structurelle sur ce travail. D&#233;crire le travail des permanenciers, c'est alors suivre un effort pour conduire dans l'ombre une &#233;valuation du demandeur, et ainsi agir avec justesse &#224; d&#233;faut de justice.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://www.ethnographiques.org/Numero-23-decembre-2011-Analyser" rel="directory"&gt;23. Num&#233;ro 23 - d&#233;cembre 2011 Analyser les pr&#233;sences au travail : visibilit&#233;s et invisibilit&#233;s&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.ethnographiques.org/ArticleNumero" rel="tag"&gt;ArticleNumero&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;At the Paris homeless hotline &#171; 115 &#187;, demand exceeds supply. &#171; 115 &#187; is a call center dedicated to the regulation of &#171; social emergency &#187; accommodations. The concept of &#8220;social emergency&#8221; is institutionally relevant as a means to categorize the calls homeless people make to get a bed for the night. These requests cannot be always satisfied, and applicants' health can be at stake. How does the call center staff deal with theses cases of &#8220;tragic choice&#8221; ? How do they discriminate in the face of scarcity ? More generally, what happens during these calls ? This paper is based on direct observation of telephone interactions at the 115. It examines the way staff members apply criteria of correctness instead of justice in their decision making processes, even though their choices may first appear as lacking any sense of justice or fairness. What is at stake may not be the resolution of a problem. but rather to possibility of making impossible choices &#8211; that is to say, choices that remain structurally questionable. Describing the way staff members work thus requires highlighting a hidden process of evaluation of applicants' requests, where calculations of correctness replace the doing of justice.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;
&lt;a name=&quot;table_des_matieres&quot;&gt;&lt;/a&gt;&lt;div id=&quot;tablematiere&quot;&gt;&lt;h4&gt;Sommaire&lt;/h4&gt;
&lt;ul&gt;&lt;li&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#1&quot;&gt;Introduction&lt;/a&gt;&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#1.1&quot;&gt;Encadr&#233; 1 - El&#233;ments sur le corpus et sa pr&#233;sentation&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#2&quot;&gt;1. De l'&#171; abattage &#187; &#224; l'h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; des modes de pr&#233;sence au travail&lt;/a&gt;&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#2.1&quot;&gt;Encadr&#233; 2 &#8211; L'espace de travail. &lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#3&quot;&gt;2. S'appuyer sur le &#171; cadre de prise en charge &#187; et des tiers : les coll&#232;gues, le dossier informatis&#233;&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#4&quot;&gt;3. G&#233;rer la tension : un travail invisible ?&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#5&quot;&gt;4. Conclusion&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;/li&gt;&lt;li&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#notes&quot;&gt;Notes&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;li&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#biblio&quot;&gt;Bibliographie&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;div class=&quot;non_flottant_titre&quot;&gt;&lt;a name='1'&gt;&lt;/a&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#tablematiere&quot;&gt;Introduction&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Les interactions entre les b&#233;n&#233;ficiaires et les repr&#233;sentants de l'administration sont devenues un objet classique de la sociologie de l'action publique, dans les ann&#233;es 1980 aux Etats-Unis, &#224; la suite des travaux de M. Lipsky, puis dans les ann&#233;es 1990 en France, dans le sillage, notamment, des &#233;tudes sur la relation de service, men&#233;es ou impuls&#233;es par I. Joseph, dans une veine goffmanienne et microsociologique (Dubois, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' DUBOIS Vincent, 2010 (1999). La vie au guichet. Relation administrative et traitement de la mis&#232;re. Paris, Economica.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2010 : 7-15&lt;/a&gt; ). A mesure que l'emprise de petits bureaucrates et des usagers sur le sens de l'action publique a &#233;t&#233; mise en &#233;vidence, le guichet, embl&#232;me de la relation de service, est devenu un site d'&#233;tude privil&#233;gi&#233;. On y observe l'Etat en action et la modernisation de l'administration, qui prend acte, face &#224; la diversification et la complexification des situations trait&#233;es, d'un n&#233;cessaire rapprochement avec les b&#233;n&#233;ficiaires (Weller, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' WELLER Jean-Marc, 2003. &#171; Le travail administratif, le droit et le principe de proximit&#233; &#187;, L'ann&#233;e sociologique, 53(2), pp. 431-458.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2003&lt;/a&gt;). Les dispositifs d'urgence sociale, comme le num&#233;ro gratuit, le 115, trait&#233; dans cet article, qui favorise l'acc&#232;s des sans-domicile aux services, traduisent cette pr&#233;occupation&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nb1' class='spip_note' rel='footnote' title='Merci &#224; Fr&#233;d&#233;ric Vagneron et Emmanuelle Guyavarch pour leur relecture, et &#224; (...)' id='nh1'&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans des secteurs aussi diff&#233;rents que l'h&#244;pital (Pierru, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' PIERRU Fr&#233;d&#233;ric, 2009. &#171; HospitalInc. Les professionnels de sant&#233; &#224; l'&#233;preuve de la gouvernance d'entreprise &#187;, Enfances et Psy, 43(2), pp. 99-105.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2009&lt;/a&gt;), la demande d'asile (Frigoli, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' FRIGOLI Gilles, 2007. &#171; Ordre moral, ordre local : le soup&#231;on comme r&#233;ponse &#224; la vuln&#233;rabilit&#233; sociale &#187;, Carnets de Bord, 13, pp. 7-15.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2007&lt;/a&gt;), ou l'urgence sociale (Fassin, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' FASSIN Didier, 2001. &#171; Charit&#233; bien ordonn&#233;e. Principes de justice et pratiques de jugement dans l'attribution des aides d'urgence &#187;, Revue fran&#231;aise de sociologie, 42(3), pp. 437-475.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2001&lt;/a&gt;), on observe des acteurs de premi&#232;re ligne en position de rendre justice, localement, dit-on parfois subjectivement, dans le cadre d'interactions finalement r&#233;duites &#224; des relations dyadiques. L'acc&#232;s aux ressources rares de l'action sociale se joue ainsi de plus en plus au contact des travailleurs du &#171; front &#187; (Ion, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' ION Jacques, 1998. Le travail social au singulier. Paris, Dunod.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;1998&lt;/a&gt;). Dans un contexte de reprise en main de l'Etat, en termes de d&#233;finition et de construction de la r&#233;ponse finale, c'est-&#224;-dire budg&#233;taire, des probl&#232;mes publics, la &#171; responsabilit&#233; &#187;, pour reprendre les termes de J. Gusfield (&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' GUSFIELD Joseph, 2008 (1981). La culture des probl&#232;mes publics, l'alcool au volant, traduit et pr&#233;sent&#233; par CEFAI Daniel. Paris, Economica.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2008&lt;/a&gt;), tend &#224; leur &#234;tre imput&#233;e, alors que l'Etat d&#233;tient la &#171; propri&#233;t&#233; &#187; et la d&#233;finition des probl&#232;mes. La multiplication de guichets (physiques ou virtuels) fait ainsi peser un poids consid&#233;rable sur les &#233;paules des guichetiers, en m&#234;me temps que des soup&#231;ons de client&#233;lisme (Bruneteaux, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' BRUNETEAUX Patrick, 2007. &#171; Les politiques de l'urgence &#224; l'&#233;preuve d'une ethnobiographie d'un SDF &#187;, Revue fran&#231;aise de science politique, 57(1), pp. 47-67.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2007&lt;/a&gt;) ou de discrimination (Valluy, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' VALLUY J&#233;r&#244;me, 2007. &#171; L'accueil &#233;tatis&#233; des demandeurs d'asile : de l'enr&#244;lement dans les politiques publiques &#224; l'affaiblissement des mobilisations de soutien aux exil&#233;s &#187;. Paris, Terra. URL : http://www.reseau-terra.eu/article5... (derni&#232;re consultation : 15 novembre 2010)')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2007&lt;/a&gt;). Cette fa&#231;on d'op&#233;rer des choix introduirait des modes, individuels, de jugement et de discrimination, disqualifi&#233;s en principe, mais n&#233;cessaires en action (Fassin, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' FASSIN Didier, 2001. &#171; Charit&#233; bien ordonn&#233;e. Principes de justice et pratiques de jugement dans l'attribution des aides d'urgence &#187;, Revue fran&#231;aise de sociologie, 42(3), pp. 437-475.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2001&lt;/a&gt;) : impossible d'&#233;valuer une requ&#234;te sans &#233;valuer le demandeur &#8211; sa sinc&#233;rit&#233;, son honn&#234;tet&#233;, sa probit&#233;, etc. Et ces jugements sont inscrits dans des &#233;crits par des personnes aux comp&#233;tences scripturales in&#233;gales (en fonction notamment de leurs parcours professionnels, linguistiques, sociaux), et potentiellement discriminantes. Il s'agirait aussi d'un mode de plus en plus r&#233;pandu de traitement par l'&#233;coute et le r&#233;cit de soi de la souffrance sociale (Fassin, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' FASSIN Didier (dir.), 2004. Des maux indicibles. Sociologie des lieux d'&#233;coute. Paris, La D&#233;couverte.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2004&lt;/a&gt;). Cette approche d&#233;semparerait d'abord les professionnels (et sp&#233;cialement les m&#233;tiers du travail social) confront&#233;s &#224; une souffrance d&#233;racin&#233;e des conditions sociales de sa production&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nous proposons d'&#233;tudier ici une situation semblable, proche d'une structure de &#171; choix tragiques &#187; (Calabresi, Bobbitt, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' CALABRESI Guido, BOBBIT Philip, 1978.Tragic Choices.The conflicts society confronts in the allocation of tragically scarce resources. New York, W. W. Norton and Company.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;1978&lt;/a&gt;), en mati&#232;re d'urgence sociale : au 115 de Paris, plateforme t&#233;l&#233;phonique d' &#171; orientation &#187; et de &#171; r&#233;gulation &#187; de l'h&#233;bergement d'urgence, charg&#233;e notamment de recevoir les appels des sans-domicile , la demande d'h&#233;bergement exc&#232;de structurellement l'offre, et les choix op&#233;r&#233;s pourraient engager &#224; br&#232;ve &#233;ch&#233;ance la survie des requ&#233;rants. Si le 115 de Paris, dispositif de premier accueil accessible de fa&#231;on inconditionnelle, distribue chaque jour des places d'h&#233;bergement pour la nuit, l' &#171; urgence sociale &#187; qui qualifie institutionnellement la demande d'h&#233;bergement, est bien loin de pouvoir &#234;tre syst&#233;matiquement satisfaite.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; C'est pas facile de dire non toute la journ&#233;e ! &#187; : ainsi me r&#233;pond un &#171; permanencier &#187; &#224; qui je demande comment se passe son nouveau travail au 115 de Paris. Il &#233;voque les &#171; demandes non pourvues &#187; (ou &#171; DNP &#187;) qui ponctuent in&#233;vitablement ses r&#233;ponses aux demandes d'h&#233;bergement de sans-abri. Si toutes les requ&#234;tes ne pr&#233;sentent pas les diff&#233;rents crit&#232;res d'&#233;ligibilit&#233; , il reste qu'en 2009, 17% des demandes &#233;ligibles n'ont pas pu &#234;tre pourvues (MIPES, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' MIPES, 2010. Recueil statistique relatif &#224; la pauvret&#233; et la pr&#233;carit&#233; en Ile de France au 31 d&#233;cembre 2009')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2010&lt;/a&gt;). L'impossibilit&#233; d'assurer une mise &#224; l'abri inconditionnelle, faute de places en nombre suffisant, est aussi un des motifs de la gr&#232;ve de mars 2010 au Samu social de Paris.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Comment les r&#233;pondants font-ils face &#224; cette situation de &#171; choix tragiques &#187; ? Comment op&#232;rent-ils des arbitrages entre les demandes d'h&#233;bergement ? En somme, comment la distribution des places, et plus g&#233;n&#233;ralement la prise d'appels au 115, se d&#233;roulent-elles ? A partir d'une observation minutieuse des appels, nous allons tenter de rendre compte des interactions entre permanenciers et appelants, dans un domaine o&#249; les vocabulaires de l'&#171; indicible &#187; ou du &#171; tact &#187; tendent souvent &#224; r&#233;sumer les interactions observ&#233;es (Gardella, Le M&#233;ner et Mond&#233;m&#233;, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' GARDELLA Edouard, LE M&#201;NER Erwan, MONDEME Chlo&#233;, 2006. Les funambules du tact, Rapport, Observatoire du Samusocial de Paris, Paris, 2006.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2006&lt;/a&gt;). A la diff&#233;rence d'autres enqu&#234;tes portant sur le 115, nous ne prendrons pas pour objet le ressenti des professionnels ou des usagers (Bruneteaux, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' BRUNETEAUX Patrick, 2007. &#171; Les politiques de l'urgence &#224; l'&#233;preuve d'une ethnobiographie d'un SDF &#187;, Revue fran&#231;aise de science politique, 57(1), pp. 47-67.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2007&lt;/a&gt;), ni la construction politique du dispositif (Aumercier, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' AUMERCIER Sandrine, 2004. &#171; Le Samu social. De l'urgence &#224; l'inclusion globale &#187;, Revue du MAUSS, 23(1), 2004, pp. 116-132.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2004 &lt;/a&gt; ; Jenkinson, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' JENKINSON Marion, juin 2007. &#171; La s&#233;lection des sans-abri par les pouvoirs publics, dans l'acc&#232;s &#224; l'h&#233;bergement d'urgence : l'exemple du Samu social de Paris &#187;. Nantes, Communication au colloque international&#171; La fabrication de populations probl&#233;matiques par les politiques publiques &#187;.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2007&lt;/a&gt;), mais l'activit&#233; m&#234;me des &#233;coutants au cours des appels. Cette perspective invite &#224; ne pas n&#233;gliger la description du montage mat&#233;riel et relationnel de la d&#233;cision, avant d'en comprendre l'exp&#233;rience ou d'en critiquer les aboutissants.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nous allons voir que l'enjeu n'est pas tant de r&#233;soudre un probl&#232;me, que de faire avec l'&lt;i&gt;insolvable&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire avec les critiques pesant de fa&#231;on structurelle sur ce travail. D&#233;crire le travail des permanenciers, c'est alors suivre leur effort pour conduire dans l'ombre une &#233;valuation du demandeur, et ainsi agir avec justesse &#224; d&#233;faut de justice. L'approche microsociologique, loin de laisser de c&#244;t&#233;, comme on le lui reproche souvent (Dubois, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' DUBOIS Vincent, 2010 (1999). La vie au guichet. Relation administrative et traitement de la mis&#232;re. Paris, Economica.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2010 : 13-14&lt;/a&gt;), le travail d'assignation, de distinction et de tri social &#224; l'&#339;uvre dans les face-&#224;-face, permet au contraire ici d'exhiber les critiques qui p&#232;sent sur le travail r&#233;alis&#233;, saisies dans leur accomplissement pratique.&lt;/p&gt; &lt;div style=&quot;border-width: 1px; border-style: solid; border-color: lightgrey; padding-left: 30px; padding-right: 30px; padding-bottom: 20px;&quot;&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;div class=&quot;non_flottant_titre&quot;&gt;&lt;a name='1.1'&gt;&lt;/a&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#tablematiere&quot;&gt;Encadr&#233; 1 - El&#233;ments sur le corpus et sa pr&#233;sentation&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Cette enqu&#234;te fait partie d'un ensemble d'&#233;tudes sur le 115 de Paris, men&#233;es &#224; l'observatoire du Samusocial de Paris depuis 2006, qui interrogent les modalit&#233;s et les acteurs de cette intervention, de premi&#232;re ligne mais &#224; distance. Cette enqu&#234;te, ainsi que celle de C. Mond&#233;m&#233; (&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' MONDEME Chlo&#233;, 2008.La prise de notes chez les permanenciers du 115. M&#233;moire de Master en Lettres, Arts, Sciences humaines et sociales. Lyon, ENS LSH.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2008&lt;/a&gt;), documentent la prise d'appel, et certains des gestes professionnels, impliqu&#233;s dans ce travail. D'autres &#233;tudes, conduites avec A. Bidet, portent sur l'engagement profane de particuliers, qui viennent &#224; &#171; signaler &#187; des sans-domicile pr&#233;sents dans l'espace public (Bidet et Le M&#233;ner, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' BIDET Alexandra, LE M&#201;NER Erwan, 2008, &#171; Les ressorts moraux des signalements de sans-abri aupr&#232;s du 115 de Paris &#187;, Colloque Action publique face aux populations mobiles &#8216;ind&#233;sirables', ISP, Cachan, ENS Cachan, 3 juin.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2008&lt;/a&gt;), ou &#224; r&#233;pondre, sur le plateau du 115, &#224; ces m&#234;mes signalements.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'id&#233;e de l'enqu&#234;te rapport&#233;e ici remonte &#224; 2008, &#224; des discussions avec un ami nouvellement permanencier, ancien professionnel dans le domaine de l'insertion, Jean-Pierre, qui me disait combien il lui &#233;tait difficile de r&#233;pondre d&#233;favorablement &#224; des personnes demandant &#171; juste un toit &#187;. Des visites au 115, des observations de la plateforme dans le cadre d'autres enqu&#234;tes - je suis salari&#233; du Samu social de Paris et en poste &#224; l'observatoire depuis l'automne 2005, avaient d&#233;j&#224; attir&#233; mon attention sur cette question. Question qui parcourt d'autres enqu&#234;tes, sur le refus d'h&#233;bergement et les maraudes (Gardella et Le M&#233;ner, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' GARDELLA Edouard et LE MENER Erwan, 2011. &#171; 'On n'est pas l&#224; pour sauver le monde !' La maraude d'urgence sociale &#224; la lumi&#232;re du refus d'h&#233;bergement &#187;, in BERGER Mathieu, CEFAI Daniel, et GAYET Carole (dir.), Du civil au politique. Ethnographies du vivre-ensemble, Bruxelles, P.I.E. Peter Lang.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2011&lt;/a&gt;) : comment donc mener un travail social en disant non ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Une dizaine de s&#233;ances d'observations de 2 &#224; 4 heures, men&#233;es en mars et avril 2009, fournissent la mati&#232;re premi&#232;re de cet article. Les observations ont permis de couvrir l'ensemble des p&#233;riodes de travail des permanenciers. Les &#233;changes ont &#233;t&#233;, autant que possible, enregistr&#233;s (10 heures d'enregistrement).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Aucun permanencier ou coordinateur n'a &#233;t&#233; suivi en particulier. La vingtaine de professionnels du 115 recens&#233;s dans les notes n'ont pas fait l'objet d'entretiens &lt;i&gt;ad hoc&lt;/i&gt;. Des conversations entre deux appels ou &#224; la pause, m'ont permis de formuler ou d'&#233;prouver avec eux quelques questions.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les premi&#232;res analyses ont fait l'objet d'une communication, travaill&#233;e avec un permanencier, Habib Sbik, comment&#233;e par d'autres permanenciers et coordinateurs (Le M&#233;ner et Sbik, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' LE MENER Erwan et SBIK Habib, 2009. &#171; Distribution des places par le 115 :
organisation, crit&#232;res de justice, choix tragiques &#187;, Communication au symposium de l'observatoire du Samusocial de Paris')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2009&lt;/a&gt;.). Enfin, un dialogue r&#233;gulier avec Jean-Pierre a constitu&#233; une ressource pr&#233;cieuse pour laisser de c&#244;t&#233;, reformuler ou faire appara&#238;tre diverses analyses.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les notes de terrain pr&#233;sent&#233;es associent des retranscriptions d'enregistrements, des bribes de conversations prises au vol, des passages r&#233;sum&#233;s, des notes ethnographiques sur ce qui passe en m&#234;me temps et en dehors de l'&#233;change verbal, et des commentaires pris sur le vif. Le dernier extrait, le plus long, est mis en tours de parole. La pr&#233;sentation du mat&#233;riau fait donc appel &#224; diff&#233;rentes conventions d'&#233;criture (et de r&#233;&#233;criture).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Trois arguments justifient cet assemblage : i) les &#233;changes s'appuient sur des objets et des informations exog&#232;nes au dialogue t&#233;l&#233;phonique, qu'il convient de rendre visibles dans de tels comptes-rendus. D'o&#249; des lignes rapportant la &#171; prise &#187; (Gibson) d'&#233;l&#233;ments de l'environnement ; ii) la voix, le ton, l'accent sont riches d'informations qui singularisent l'appel et peuvent faire &#233;merger diff&#233;rents sentiments, de l'inqui&#233;tude &#224; l'exasp&#233;ration, en passant par l'&#233;nervement. D'o&#249; les commentaires accompagnant certaines retranscriptions ; iii) La tension entre, d'un c&#244;t&#233;, la demande et l'attente d'une r&#233;ponse, et, de l'autre, la mesure d'un besoin et la formulation d'une orientation s'observent dans l'encha&#238;nement m&#234;me des prises de parole. D'o&#249; la pr&#233;sentation du dernier extrait sous forme de tours de parole, o&#249; se remarquent davantage que dans une retranscription classique les s&#233;quences typiques de l'appel.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour certains, la vari&#233;t&#233; des conventions employ&#233;es n'est pas probl&#233;matique, les extraits pr&#233;sent&#233;s valant tous comme pi&#232;ces d'un m&#234;me t&#233;moignage, dont l'unit&#233; serait conf&#233;r&#233;e par celle de l'auteur, et la valeur par la connaissance rapproch&#233;e d'une r&#233;alit&#233; ind&#233;pendante du chercheur. Pour d'autres, elle signifierait au contraire une non-conformit&#233; des notes &#224; la mati&#232;re observ&#233;e (la conformit&#233; &#233;tant &#224; l'inverse attest&#233;e par des conventions tr&#232;s strictes de transcriptions). Sans verser dans un constructivisme radical et relativiste, pour lequel la vari&#233;t&#233; des modes de retranscription devrait au moins &#233;galer celle des voix entendues et employ&#233;es sur le terrain, recourir &#224; diff&#233;rentes conventions de retranscription permet d'exhiber le moment n&#233;cessairement constructiviste de toute re-pr&#233;sentation. Mais choisir, selon les passages, entre tel ou tel mode de pr&#233;sentation, c'est aussi consid&#233;rer diff&#233;rents degr&#233;s de pertinence des modes de retranscription, en fonction de la r&#233;alit&#233; appr&#233;hend&#233;e de fa&#231;on personnelle et compr&#233;hensive en cours d'enqu&#234;te, puis soumise &#224; l'&#233;criture. C'est le moment r&#233;aliste de la repr&#233;sentation. Le r&#233;alisme des descriptions et, plus g&#233;n&#233;ralement peut-&#234;tre, de l'&#233;criture ethnographique aurait ainsi pour condition un moment constructiviste (cet argument s'inspire de M. Hammerseley, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' HAMMERSLEY Martyn, 1992. What's wrong with ethnography ? Londres, Routledge.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;1992 : 43-56&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;div class=&quot;non_flottant_titre&quot;&gt;&lt;a name='2'&gt;&lt;/a&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#tablematiere&quot;&gt;1. De l'&#171; abattage &#187; &#224; l'h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; des modes de pr&#233;sence au travail&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Les difficult&#233;s d'acc&#232;s au 115 sont nombreuses. Ce dispositif d&#233;partementalis&#233; est g&#233;r&#233; dans la capitale par le Samu social de Paris. L'organisation, n&#233;e &#224; l'hiver 1993, pour aller &#171; &#224; la rencontre de ceux qui ne demandent plus rien &#187;, se construit sur le double mod&#232;le de la m&#233;decine coloniale et, explicitement, du SAMU m&#233;dical (Emmanuelli, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' EMMANUELLI Xavier, 2003. Out. L'exclusion peut-elle &#234;tre vaincue ? Paris, Robert Laffont.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2003&lt;/a&gt;). A ce dernier, l'organisation emprunte d&#232;s 1995 l'id&#233;e de r&#233;gulation, c'est-&#224;-dire de signalement de l'urgence et de gestion des r&#233;ponses disponibles : un num&#233;ro vert est cr&#233;&#233; pour les SDF, qui devient, en 1997, le 115. Aujourd'hui, le 115 fonctionne 24 heures sur 24 avec en moyenne 18 permanenciers r&#233;pondant simultan&#233;ment aux appels sur le &#171; p&#244;le g&#233;n&#233;raliste &#187;, ce qui en fait et de loin le 115 disposant des moyens humains les plus importants . Or il faut souvent plusieurs appels pour joindre le standard, la mise en attente peut durer des dizaines de minutes, et toute demande d'h&#233;bergement trait&#233;e n'est pas syst&#233;matiquement satisfaite. Ces difficult&#233;s nourrissent la plainte d'appelants. Elles peuvent aussi alimenter des soup&#231;ons, dont celui d'une &#171; liste noire &#187; d'usagers, &#233;conduits syst&#233;matiquement du dispositif. A s'en tenir aux reproches ou aux plaintes qui ont cours de part et d'autre du combin&#233;, l'attribution des places d'h&#233;bergement se pr&#233;sente comme un travail al&#233;atoire et arbitraire, ou bien insuffisant et impropre &#224; satisfaire les demandes des usagers.&lt;/p&gt; &lt;div style=&quot;border-width: 1px; border-style: solid; border-color: lightgrey; padding-left: 30px; padding-right: 30px; padding-bottom: 20px;&quot;&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;div class=&quot;non_flottant_titre&quot;&gt;&lt;a name='2.1'&gt;&lt;/a&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#tablematiere&quot;&gt;Encadr&#233; 2 &#8211; L'espace de travail. &lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Les enqu&#234;tes sur les bureaucraties ont pu longtemps commettre l' &#171; oubli du travail administratif &#187; (Weller, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' WELLER Jean-Marc, 2006. &#171; Le travail administratif des petits bureaucrates : enjeux et transformations &#187;, in DREYFUS Fran&#231;oise et EYMERI Jean-Michel (dir.), Science politique de l'administration. Une approche comparative. Paris, Economica.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2006&lt;/a&gt;) : l'activit&#233; situ&#233;e des petits bureaucrates n'&#233;quivaut ni aux textes qui instituent leur action, ni aux r&#233;cits du travail qu'&#233;tablissent apr&#232;s coup les membres ou les usagers des organisations. Cette activit&#233;, sans doute consid&#233;r&#233;e comme triviale, consistant en la fabrication de dossiers, associe pourtant des espaces et des temporalit&#233;s, des normes et des acteurs diff&#233;rents.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le plateau t&#233;l&#233;phonique du 115 peut &#234;tre figur&#233; comme un rectangle de 20 m&#232;tres sur 5. On y entre g&#233;n&#233;ralement par la porte situ&#233;e &#224; l'extr&#233;mit&#233; ouest, ouvrant sur le plateau de &#171; r&#233;gulation &#187; des maraudes. Ce plateau est un bureau comprenant trois postes de travail, dos au mur, face &#224; l'ensemble de la salle. Devant les r&#233;gulateurs, se trouvent les places des &#171; coordinateurs &#187;, charg&#233;s notamment de g&#233;rer les flux de places et d'assister les permanenciers dans leurs d&#233;cisions. Il s'agit d'un bureau compos&#233; de trois postes &#233;galement, align&#233; de fa&#231;on perpendiculaire et centr&#233; sur la file des &#171; box &#187; des permanenciers. Cette disposition offre aux coordinateurs un panorama aussi large que possible sur ces derniers, et facilite la communication visuelle et orale avec eux.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les permanenciers sont repartis dans des box (comportant bureau, ordinateur, t&#233;l&#233;phone, casque, chaise &#224; roulettes), en deux rang&#233;es qui se font face. Ils sont s&#233;par&#233;s, frontalement et sur les c&#244;t&#233;s, par des cloisons de bois reconstitu&#233;, qui montent jusqu'&#224; hauteur de visage d'une personne assise. Ces cloisons sont surmont&#233;es de vitres transparentes, permettant aux &#233;coutants de se voir en levant le bout du nez ou en tournant la t&#234;te.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les deux rang&#233;es de box sont interrompues vers le milieu de la salle, dans l'axe de l'entr&#233;e principale de la pi&#232;ce, au-dessus de laquelle sont accroch&#233;s deux panneaux &#233;lectroniques, indiquant le nombre d'appels en attente, en &#171; front line &#187; et en &#171; back line &#187;. Tous les appels re&#231;us par les permanenciers arrivent en &#171; front &#187;. Les nouveaux appelants (ou &#171; premiers samu &#187;), ou les personnes recontactant le 115 apr&#232;s une longue p&#233;riode de silence, sont orient&#233;s en &#171; back &#187;, o&#249; le dialogue dure en g&#233;n&#233;ral plus longtemps. Les autres appels, &#233;manant d'&#171; isol&#233;s &#187;, sont trait&#233;s en &#171; front &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Chaque permanencier, face &#224; un ordinateur, cr&#233;e ou actualise un dossier individuel dans un logiciel aux entr&#233;es pr&#233;-cod&#233;es, Aloha-4D. L'interface permet de collecter et stocker des donn&#233;es sur les usagers et leurs demandes. Elles constituent un dossier individuel, consult&#233; et rafra&#238;chi lors de tout nouvel appel d'un m&#234;me &#171; usager &#187;. Ainsi, le permanencier dispose et actualise des informations socio-d&#233;mographiques, sociales, et administratives propres &#224; chaque personne ayant fait appel au 115 ou ayant rencontr&#233; une &#233;quipe mobile.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais il a &#233;galement acc&#232;s &#224; des donn&#233;es sur les rencontres (une m&#234;me personne pouvant &#234;tre rencontr&#233;e plusieurs fois), d'une part, dans des champs pr&#233;d&#233;finis, d'autre part dans une &#171; note &#187; (en format texte, sans limitation d'espace), o&#249; les permanenciers consignent diverses informations sur leur interlocuteur. Y sont saisies et actualis&#233;es, &#224; l'usage du permanencier en poste mais aussi des futures prises en charges, des informations, comme nous le verrons, &#224; proprement parler d&#233;cisives.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;De prime abord, la cat&#233;gorie indig&#232;ne d'&#171; abattage &#187; &#8212; &#171; l&#224; ce qu'on fait, c'est un peu de l'abattage &#187; &#8211; peut en effet d&#233;crire le travail. Elle correspond &#224; une logique du &#171; premier arriv&#233;, premier servi &#187;, qui voit distribuer en tr&#232;s peu de temps l'essentiel des places d'h&#233;bergement disponibles, le matin (vers 7h) puis le soir (vers 19h), alors qu'elles viennent d'&#234;tre lib&#233;r&#233;es &#8211; comme le savent les sans-domicile d&#233;j&#224; familiers du dispositif. Le &#171; jour &#187; et la &#171; nuit &#187; ont ainsi en commun de commencer par un &#171; coup de feu &#187; ou &#171; pic d'appels &#187;. Le 115 compte alors le plus de permanenciers en poste, et l'activit&#233; s'approche, surtout le matin, de celle d'une r&#233;ception h&#244;teli&#232;re. Les communications sont br&#232;ves, voire exp&#233;ditives, comme cherchant &#224; diminuer autant que possible l'attente des sans-abri ou &#224; r&#233;duire la &#171; file &#187;. Pour l'observateur, il est alors difficile de rep&#233;rer les &#171; s&#233;quences significatives &#187; (Joseph, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' JOSEPH Isaac, 2008(1994). &#171; Attention distribu&#233;e et attention focalis&#233;e. Les protocoles de la coop&#233;ration au PCC de la ligne A du RER &#187;, in Joseph I., L'athl&#232;te moral et l'enqu&#234;teur modeste. Paris, Economica, pp.375-395.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2008 : 383&lt;/a&gt;). Chaque permanencier traite et met &#224; jour des donn&#233;es sur l'usager dans les champs pr&#233;d&#233;finis du logiciel Aloha-4D. . Il s'agit de donn&#233;es socio-d&#233;mographiques, sociales, et administratives sur les usagers et leurs demandes (voir encadr&#233; 2). Une s&#233;rie de questions standardis&#233;es semble alors suffire &#224; instruire la situation et traiter le flux. Nom, pr&#233;nom, date de naissance. Proposition d'une place, en un lieu donn&#233;. Acceptation et fin d'appel. Ou refus et n&#233;gociation &#224; la marge, pour obtenir un lit ailleurs, dans la limite des places disponibles. Epuisement des lits et de la file active, visible sur les &#233;crans de l'ordinateur et sur le panneau coiffant les permanenciers au centre de la salle.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'observation rapproch&#233;e des appels montre que l'activit&#233; proc&#232;de davantage d'une alternance entre de pareils moments, o&#249; la r&#233;ponse para&#238;t aller de soi, et des moments d'enqu&#234;te, o&#249; les appels se font plus longs. De m&#234;me que les permanenciers savent qu'ils n'auront pas assez de places pour r&#233;pondre &#224; toutes les demandes, ils distinguent eux-m&#234;mes entre des p&#233;riodes de travail associ&#233;es &#224; diff&#233;rents niveaux de disponibilit&#233; des places. Mais la r&#233;ponse &#224; la demande d'h&#233;bergement n'est pas simplement d&#233;finie par la p&#233;riode d'appel, &#224; la mani&#232;re d'un guichet administratif o&#249; seul ne compterait que le rang dans la file d'attente. Pas plus qu'elle n'est le simple fruit de l'&#233;tat de l'offre et de la demande, ce qui pourrait conduire &#224; &#171; automatiser &#187; l'activit&#233;, elle ne mobilise pas non plus les permanenciers comme de simples &#171; &#233;coutants sociaux &#187; appel&#233;s essentiellement, en dehors des moments d'&#171; abattage &#187;, &#224; &#171; calmer le jobard &#187; selon l'expression d'E. Goffman (&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' GOFFMAN Erving, 1989 (1952). &#171; Calmer le jobard &#187;,,in JOSEPH Isaac (dir.), Le parler frais d'Erving Goffman. Paris, Editions de Minuit, pp.277-300.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;1989&lt;/a&gt;). Les permanenciers sont bien plut&#244;t confront&#233;s &#224; un contexte de travail o&#249; il s'agit de faire avec l'insolvable, quelle que soit la p&#233;riode de l'appel. Non seulement toutes les demandes ne pourront &#234;tre satisfaites, mais les trois principes de justice qui encadrent le 115, et la politique d'urgence sociale, sont contradictoires deux &#224; deux.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le 115, en tant que dispositif de premier accueil est en effet d'abord cens&#233; offrir une r&#233;ponse inconditionnelle aux demandes des usagers (Minist&#232;re de l'emploi, du travail et de la coh&#233;sion sociale, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' MINISTERE DE L'EMPLOI, DU TRAVAIL ET DE LA COHESION SOCIALE, 2005. Accueil, h&#233;bergement, insertion. R&#233;f&#233;rentiel national.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2005&lt;/a&gt; ; DGCS, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' DGCS (DIRECTION GENERALE DE LA COHESION SOCIALE), 2010. Circulaire DGCS/1A/2010/271 du 16 juillet 2010 relative au r&#233;f&#233;rentiel national des prestations du dispositif d'accueil, d'h&#233;bergement, d'insertion.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2010&lt;/a&gt;). Face &#224; la p&#233;nurie, le principe d'inconditionnalit&#233; devrait se traduire par l'&#233;tablissement d'une file d'attente et un service limit&#233; par les quantit&#233;s. Cependant, le 115 est aussi cens&#233; cibler les plus exclus, et &#233;tablir ainsi le rang de chaque requ&#233;rant dans la file d'attente en fonction de son degr&#233; d'exclusion. La mise en r&#233;serve de quelques places par les coordinateurs, pass&#233; le &#171; rush &#187; matinal ou nocturne, semble assurer que quelques lits reviendront &#224; des individus dont la situation appara&#238;t particuli&#232;rement urgente. Les places &#171; Montrouge &#187; ou &#171; Garel &#187; sont ainsi g&#233;n&#233;ralement attribu&#233;es aux &#171; grands exclus &#187;. Enfin, le 115 doit &#233;galement permettre &#224; des personnes de &#171; rebondir &#187;. L'urgence vise alors la &#171; post-urgence &#187;, comme l'indiquent de nombreux documents institutionnels. A ce titre, il conviendrait plut&#244;t de favoriser l'acc&#232;s &#224; l'h&#233;bergement des individus les moins exclus, dans une logique qui pourrait mod&#233;liser l'attribution des rares places de stabilisation.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On comprend ainsi qu'une recherche sans cesse rejou&#233;e de &#171; justesse &#187;, en m&#234;me temps que la hantise d'une conduite injuste, souvent r&#233;veill&#233;e par les usagers, soient au c&#339;ur de l'activit&#233; des permanenciers du 115. Ne pouvant offrir un toit &#224; tous, ils sont structurellement confront&#233;s au risque d'&#233;prouver un sentiment d'arbitraire, d'injustice, dans leur activit&#233; m&#234;me. Face &#224; ce risque, des r&#233;ponses &#8211; l'appui sur un cadre collectif d'exercice de l'activit&#233; et sur la hi&#233;rarchie &#8211; ont &#233;t&#233; document&#233;es, par les sociologues notamment, et nous allons les retrouver ici. Mais les tensions qui ne cessent d'habiter, en situation, ce travail d'&#233;valuation, ont &#233;t&#233; rarement donn&#233;es &#224; voir.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nous donnons un lien vers un reportage r&#233;alis&#233; sur le plateau d'appel du 115 &lt;a href='http://www.bakchich.info/Periode-noire-pour-le-115,07590.html' class='spip_out'&gt;http://www.bakchich.info/Periode-noire-pour-le-115,07590.html&lt;/a&gt;, permettant de se figurer l'espace de travail. La gestion de la p&#233;nurie est au c&#339;ur du propos.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;div class=&quot;non_flottant_titre&quot;&gt;&lt;a name='3'&gt;&lt;/a&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#tablematiere&quot;&gt;2. S'appuyer sur le &#171; cadre de prise en charge &#187; et des tiers : les coll&#232;gues, le dossier informatis&#233;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Nous allons voir que les permanenciers, au moment m&#234;me o&#249; ils ne semblent que qualifier, par construction administrative, l'&#233;ligibilit&#233; d'une demande d'h&#233;bergement, ne cessent en fait de mesurer la situation trait&#233;e, coproduisant cas et solutions, en s'appuyant sur des tiers : des coll&#232;gues, un &#233;cran d'ordinateur.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Leur travail ne consiste pas ainsi &#224; appliquer un &#171; cadre de prise en charge &#187; comme on suivrait un mode d'emploi. Les interactions t&#233;l&#233;phoniques, o&#249; s'entend la singularit&#233; de chaque situation, mettent d'ailleurs elles-m&#234;mes contin&#251;ment en question ces proc&#233;dures.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Comment intervient en pratique le &#171; cadre de prise en charge &#187; ? Quel que soit le moment de l'appel, une demande d'h&#233;bergement n'est en principe &#233;tudi&#233;e que si le requ&#233;rant r&#233;pond &#224; diff&#233;rents crit&#232;res administratifs, selon le d&#233;partement de &#171; suivi social &#187; de l'appelant. Au 115 de Paris, des places ne peuvent en principe &#234;tre attribu&#233;es qu'&#224; des personnes suivies dans la capitale, ou en Seine-Saint-Denis :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je suis install&#233; aux c&#244;t&#233;s de Julie, coordinatrice &#233;quipe . Il est un peu plus de 19h, il reste encore des places sur les &#233;crans des permanenciers. Albertine, permanenci&#232;re, arrive devant le poste de Julie, qui l&#232;ve la t&#234;te &#224; son approche.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p&gt;
Albertine : &#171; Je viens pour confirmer un ROPE&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nb2' class='spip_note' rel='footnote' title='&#171; Refus d'orientation par l'&#233;quipe &#187;. Un ROPE d&#233;signe la (...)' id='nh2'&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;. Cergy, c'est 93 ?... &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Julie : &#171; &#8230;non, c'est 95. Tu peux toujours essayer, bien tent&#233; ! &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(Plateau du 115, Ivry-sur-Seine, mars 2009, d&#233;but de la nuit)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Dans le cadre d'accords entre le 115 de Paris et celui de Seine-Saint-Denis, des demandes d'h&#233;bergement &#233;manant du 93 peuvent &#234;tre trait&#233;es par Paris. Dans le cas pr&#233;sent, l'&#171; usager &#187; d&#233;pend du 95, et ne rel&#232;ve donc pas du 115 de Paris. La r&#232;gle est explicite, mais elle n'emp&#234;che pas des permanenciers de &#171; tenter &#187; leur chance, comme nous allons le voir, aupr&#232;s des coordinateurs.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Parmi les autres crit&#232;res d&#233;finissant l'&#233;ligibilit&#233;, les ressources &#233;conomiques peuvent sembler des plus d&#233;cisives. Une personne sans-abri, d&#233;pendant des services sociaux parisiens, peut ainsi se voir opposer un refus si l'on consid&#232;re que ses revenus sont suffisants pour survivre, ou si l'on constate qu'elle ne rel&#232;ve pas de l'urgence et peut b&#233;n&#233;ficier de l'aide de proches ou de services plus appropri&#233;s. Mais cette r&#232;gle, comme les autres, fait l'objet d'une appr&#233;ciation en situation, plus que d'une application proc&#233;durale :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Une permanenci&#232;re revient vers Julie, qui l'avait quelques minutes auparavant renvoy&#233;e vers son poste, pour obtenir davantage de renseignements sur la situation trait&#233;e : &#171; Ca y est, j'ai toutes les informations &#187;. Il s'agit d'un couple, dont les deux membres b&#233;n&#233;ficient d'une carte de r&#233;sidant, faite dans le 93, valable jusqu'en 2017. Leur enfant, de neuf ans, est scolaris&#233; dans le 18&#232;me, log&#233; chez des amis. Ils se sont fait expulser vendredi [nous sommes lundi]. Ce week-end, ils ont &#233;t&#233; h&#233;berg&#233;s par des amis. La permanenci&#232;re ajoute : &#171; Ils travaillent, ils ont 2200 euros de budget &#187;.&lt;/p&gt; &lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p&gt;Julie : &#171; 2200 euros ?! &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Permanenci&#232;re : &#171; 2200 euros, &#224; deux &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Julie : &#171; Ils travaillent !? &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;
Julie demande o&#249; ils sont domicili&#233;s : dans le 93 ; s'ils b&#233;n&#233;ficient d'allocations pour l'enfant : c'est le cas ; si la CAF les aide : affirmatif. Elle poursuit :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pour moi, vu comme ca de suite, c'est secteur d'office et ROPE &#233;conomique (&#8230;) C'est pas du 115 &#231;a. &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt; (Plateau du 115, Ivry-sur-Seine, mars 2009, d&#233;but de la nuit)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Comme dans cette s&#233;quence, les permanenciers soumettent de fa&#231;on quasi-syst&#233;matique leur orientation aux coordinateurs une fois pass&#233; le &#171; rush &#187; matinal. Plus que le seul souci de s'assurer de la bonne application de certaines r&#232;gles (notamment des quelques principes de s&#233;lections des &#171; usagers 115 &#187;), il peut s'agir aussi, face au poids ou &#224; la violence de certaines d&#233;cisions, de s'appuyer sur l'application du cadre de prise en charge. L'extrait suivant, issu d'une observation en pleine apr&#232;s-midi, alors que des places n'apparaissent plus qu'au compte-goutte sur les &#233;crans des permanenciers, l'illustre bien :&lt;/p&gt; &lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je viens pour un cas particulier (&#8230;) Je sais qu'il n'y a plus de place &#187;, d&#233;clare Sonia, permanenci&#232;re, &#224; sa coordinatrice. &#171; Monsieur &#187; est connu du 115, mais &#171; dort depuis 5 jours dans la rue &#187;. La r&#233;ponse de la coordinatrice ne se fait pas attendre : &#171; Dis-lui de rappeler &#224; 19h &#187;. Sonia r&#233;plique : &#171; Moralement, &#231;a ne va pas &#187;. Elle rapporte des propos de &#171; Monsieur M. &#187;. Sonia &#171; [voit] une [une place au centre] Garel tra&#238;ner &#187;. Elle demande si elle peut la prendre pour une semaine. Sa coll&#232;gue lui r&#233;pond par la n&#233;gative. &#171; Oh non, c'est pour Monsieur M ! &#187; s'exclame Sonia. Pas de r&#233;ponse, la coordinatrice est prise dans d'autres conversations. Sonia se retourne et dit audiblement : &#171; J'aurai essay&#233;, hein &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt; (Plateau du 115, Ivry-sur-Seine, avril 2009, journ&#233;e)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Cet extrait montre &#233;galement le coordinateur dans un r&#244;le que l'on pourrait dire de &#171; patron &#187;. Par l&#224;, nous d&#233;signons son autorit&#233;, hi&#233;rarchique et fonctionnelle, dont doivent s'accommoder bon gr&#233; mal gr&#233; les permanenciers. Mais nous renvoyons aussi &#224; deux autres significations : le &#171; patron &#187; comme mod&#232;le ou plan de ce qui doit &#234;tre fait. Ainsi, les coordinateurs rappellent la norme et instruisent l'orientation des permanenciers. Nous envisageons enfin le &#171; patron &#187; comme ma&#238;tre d'&#339;uvre de l'atelier, qui a fait ses preuves et sait diriger ses apprentis, dans une r&#233;alisation par nature collective et coll&#233;giale, o&#249; l'excellence est vis&#233;e &#224; l'aune d'un id&#233;al qui compose forc&#233;ment avec les contingences mat&#233;rielles &#8212; l'&#233;quipement technique des appels &#8212; et les exigences des commanditaires &#8212; ce que requiert en propre tel ou tel appelant (Sennett, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' SENNETT Richard, 2010. Ce que sait la main. La culture de l'artisanat. Paris, Albin Michel')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2010&lt;/a&gt;). Plus g&#233;n&#233;ralement, le coordinateur, mais aussi les coll&#232;gues et l'ordinateur, o&#249; apparaissent des informations sur l'histoire de la prise en charge, peuvent &#234;tre figur&#233;s comme des &#171; tiers &#187; (Chave, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' CHAVE Fr&#233;d&#233;rique, 2010. Tiers en urgences. Les interactions de secours, de l'appel au 18 &#224; l'accueil en service d'urgences p&#233;diatriques. Contribution &#224; une sociologie du tiers. Th&#232;se de sociologie, Universit&#233; Paris Ouest Nanterre La D&#233;fense.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2010&lt;/a&gt;) qui contextualisent l'urgence et informent la d&#233;cision.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Outre la d&#233;couverte des limites de ce qui est &#171; jouable &#187;, et l'apprentissage d'un r&#233;pertoire commun, c'est-&#224;-dire la r&#233;p&#233;tition d'accords mutuels permettant l'&#233;laboration et la mobilisation opportune d'un fond de connaissances et d'exp&#233;riences, on peut voir par l&#224; aussi l'apprentissage et l'affirmation de l'appartenance &#224; un m&#234;me collectif de d&#233;cision (&#171; on &#187;), comme le montrent les notes suivantes :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il s'agit d'un demandeur d'asile qui, rapporte Albertine, a commenc&#233; ses &#171; d&#233;marches administratives &#187; &#224; la Pr&#233;fecture de Pontoise, o&#249; il a rendez-vous le lendemain.&lt;/p&gt; &lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p&gt;Julie rebondit : &#171; Alors l&#224; c'est parfait, c'est un joli ROPE &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Albertine explique qu'elle voulait effectuer un &#171; d&#233;pannage &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Julie lui r&#233;pond : &#171; Tu lui dis non, on ne d&#233;panne pas &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Elle ajoute qu'on peut toutefois lui passer le 115 du 95. Elle conclut : &#171; L&#224;, il est joli ton ROPE : clair, net, pr&#233;cis &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(Plateau du 115, Ivry-sur-Seine, avril 2009, journ&#233;e).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Les proc&#233;dures de prise en charge standardis&#233;es sont ainsi mises en &#339;uvre dans un espace de travail qui ne cesse, et o&#249; l'on ne cesse, collectivement, de mesurer &#171; l'urgence &#187; et d'&#233;laborer des r&#233;ponses. Si &#233;tablir l'&#233;ligibilit&#233; d'une demande participe plus largement &#224; ce que les membres du 115 appellent l'&#171; &#233;valuation &#187;, force est de constater que l'&#233;valuation des permanenciers met en forme l'orientation finalement act&#233;e par les coordinateurs, de la m&#234;me fa&#231;on qu'un business plan &#171; formule &#187; d&#233;j&#224; l'entreprise dont il &#233;prouve le projet (Giraudeau, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' GIRAUDEAU Martin, 2009. &#171; Formuler les projets d'entreprise &#187;, in VATIN Fran&#231;ois (dir.), Evaluer et valoriser. Une sociologie &#233;conomique de la mesure. Toulouse, Presses Universitaires du Mirail.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2009&lt;/a&gt;). L'&#233;valuation consiste &#224; prendre la mesure du cas interrog&#233;, identifier ses propri&#233;t&#233;s, &#233;tablir ce qui vaut, se soucier des cons&#233;quences, et par l&#224; orienter le traitement du dossier. Si la gen&#232;se des valeurs est &#171; affaire d'enqu&#234;te &#187; et s'accomplit dans l'activit&#233; (Bidet, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' BIDET Alexandra, 2008. &#171; La gen&#232;se des valeurs : une affaire d'enqu&#234;te &#187;, Trac&#233;s, 15(2), pp. 211-216.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2008&lt;/a&gt; ; Dewey, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' DEWEY John, 2011, La formation des valeurs, traduction et pr&#233;sentation par BIDET Alexandra, QUERE Louis, et TRUC G&#233;r&#244;me. Paris, La D&#233;couverte.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2011&lt;/a&gt;), elle est aussi collective. Le concept de &#171; formule &#187;, th&#233;matis&#233; par M. Callon (&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' CALLON Michel, 2009. &#171; La formulation marchande des biens &#187;, in VATIN Fran&#231;ois (dir.), Evaluer et valoriser. Une sociologie &#233;conomique de la mesure. Toulouse, Presses Universitaires du Mirail, pp. 247-269.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2009&lt;/a&gt;), est alors utile pour &#233;viter de s&#233;parer les op&#233;rations et les &#233;quipements de qualification et de d&#233;cision : &#171; ce sont les formules qui calculent , et non pas les agents, et encore moins l'offre et la demande &#187; (&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' CALLON Michel, 2009. &#171; La formulation marchande des biens &#187;, in VATIN Fran&#231;ois (dir.), Evaluer et valoriser. Une sociologie &#233;conomique de la mesure. Toulouse, Presses Universitaires du Mirail, pp. 247-269.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;Ibid. : 261&lt;/a&gt;). Pour saisir l'encha&#238;nement et les produits de mesures impliqu&#233;es dans l'activit&#233;, &#171; la notion de formule, comme celle de mesure, pr&#233;sente une riche et int&#233;ressante polys&#233;mie. Elle d&#233;signe indiff&#233;remment : les formes &#224; respecter pour exprimer une id&#233;e, &#233;noncer une r&#232;gle ou exposer un fait ; une expression concise r&#233;sumant un ensemble de significations ; des r&#232;gles &#224; suivre et des op&#233;rations &#224; encha&#238;ner pour obtenir un r&#233;sultat &#187; (&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' CALLON Michel, 2009. &#171; La formulation marchande des biens &#187;, in VATIN Fran&#231;ois (dir.), Evaluer et valoriser. Une sociologie &#233;conomique de la mesure. Toulouse, Presses Universitaires du Mirail, pp. 247-269.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;Ibid. : 257&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mobilisant un r&#233;pertoire partag&#233; d'exp&#233;riences, dispos&#233; dans l'espace de travail, l'appel se recompose sans cesse au gr&#233; d' &#171; improvisations &#187; (Becker, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' BECKER Howard, par AZAIS Camille, BACHIR-LOOPUYT Talia, SAINT-GERMIER Pierre, 2010. &#171; Du jazz aux mouvements sociaux : le r&#233;pertoire en action. Entretien avec Howard Becker &#187;, Trac&#233;s, 18(1), 2010, pp. 223-236.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2010&lt;/a&gt;) . Ainsi, alors que l'&#233;change entre un demandeur d'asile, Albertine et Julie paraissait r&#233;gl&#233;, un rebondissement oblige &#224; changer l'accord :&lt;/p&gt; &lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p&gt;Albertine revient vers Julie quelques secondes apr&#232;s l'avoir quitt&#233;e. Les services sociaux n'ont pas pu les recevoir, car ils n'avaient pas leurs papiers, rest&#233;s dans les &#171; cartons du commissariat &#187;. Julie ne comprend pas : les services sociaux &#171; sont avertis &#187; en cas d'expulsion.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; Ce n'est pas normal qu'ils n'aient rien fait (&#8230;) Fais leur conna&#238;tre &#231;a au moins &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(Plateau du 115, Ivry-sur-Seine, avril 2009, journ&#233;e)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;La permanenci&#232;re apporte de nouvelles pi&#232;ces au dossier, qui interpellent Julie. L'imbroglio administratif dans lequel paraissent emp&#234;tr&#233;s les appelants, qui n'ont pas eu acc&#232;s, comme d'ordinaire en pareilles circonstances, &#224; leurs r&#233;f&#233;rents sociaux, conduit Julie &#224; une exception. Elle r&#233;serve une place pour ce couple, dont les revenus sont normalement trop &#233;lev&#233;s pour autoriser un h&#233;bergement :&lt;/p&gt; &lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Qu'ils voient encore avec leur r&#233;seau ce soir, qu'ils nous appellent autrement. C'est exceptionnel &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt; (Plateau du 115, Ivry-sur-Seine, avril 2009, journ&#233;e)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Dans le doute, face &#224; l'urgence d'une situation, les d&#233;cisions apparaissent prudentes. Les r&#232;gles ne sont pas appliqu&#233;es, les mesures ne sont pas prises pour elles-m&#234;mes, mais bien en vue des cons&#233;quences possibles d'autres choix. Et Julie de ruminer sa d&#233;cision :&lt;/p&gt; &lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Demain, retour sur le secteur. Qu'ils nous appellent des services sociaux. Ils ont un ROPE &#233;conomique sur le dos cette famille, c'est pas possible ! &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt; (Plateau du 115, Ivry-sur-Seine, avril 2009, journ&#233;e)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Si les &#233;talons de l'&#233;valuation sont toujours r&#233;visables, c'est particuli&#232;rement le cas face au trouble qui surgit dans l'interaction t&#233;l&#233;phonique avec un sans-domicile, et qui remet en cause la justesse de la d&#233;cision pr&#233;figur&#233;e. Ainsi, l'attribution d'une nuit&#233;e par pr&#233;caution n'est nullement l'application d'un principe souverain qui prot&#232;gerait les permanenciers et les coordinateurs d'une mauvaise d&#233;cision &#233;ventuelle. Une part essentielle, quoique particuli&#232;rement peu visible, du travail consiste alors &#224; r&#233;pondre &#224; une demande d'h&#233;bergement en faisant valoir la n&#233;cessit&#233; d'une &#233;valuation. Mais ce souci de justesse rend l'activit&#233; d'autant plus vuln&#233;rable &#224; la critique et tendue en situation.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;div class=&quot;non_flottant_titre&quot;&gt;&lt;a name='4'&gt;&lt;/a&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#tablematiere&quot;&gt;3. G&#233;rer la tension : un travail invisible ?&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Comment l'&#233;valuation s'introduit-elle dans l'interaction t&#233;l&#233;phonique ? En reprenant les termes d'E. Goffman, on observe bien que les permanenciers modalisent d'embl&#233;e le &#171; cadre primaire &#187; (la demande d'h&#233;bergement) en une &#233;valuation. Et ce, d'une fa&#231;on caract&#233;ristique, consistant &#224; ratifier puis &#224; suspendre la demande initiale, en soulevant une s&#233;rie de questions d'identification, sans autre pr&#233;ambule. L'&#233;change qui suit illustre cette &#171; machination &#187; (Goffman, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' GOFFMAN Erving, 1991 (1974). Les cadres de l'exp&#233;rience. Paris, Minuit.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;1991&lt;/a&gt;) :&lt;/p&gt; &lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p&gt;Nous installons la &#171; double &#233;coute &#187;, qui me permet d'entendre dans un casque les interlocuteurs de Myriam. Il est 19h. Premier appel, Myriam d&#233;croche&lt;/p&gt; &lt;p&gt;1 - P (permanencier) : &#171; Samu social de Paris, bonjour ! &#187; ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Un homme r&#233;pond, avec un fort accent :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;2 - A (appelant) : &#171; Bonjour, je souhaite une place pour dormir &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;3 - P : &#171; D'accord &#187;. Elle lui demande dans la foul&#233;e son nom et sa date de naissance.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Myriam rentre &#224; l'&#233;cran sur l'interface du 4D les informations donn&#233;es et recherche le dossier. Il s'agit de &#171; Monsieur S. &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les premiers &#233;changes consistent ainsi en des salutations, suivies d'une demande de la part de l'appelant, ici comme le plus souvent, d'h&#233;bergement. Or il est remarquable que les permanenciers n'y r&#233;pondent jamais directement. L'engagement de la conversation passe par la s&#233;quence suivante : 1. Le permanencier d&#233;croche et salue son interlocuteur ; 2. L'appelant salue son interlocuteur et &#233;met une demande, par exemple d'h&#233;bergement ; 3. Le permanencier demande le nom, le pr&#233;nom et la date de naissance. Il cherche ainsi &#224; identifier son interlocuteur, et &#224; acc&#233;der &#224; son dossier dans l'application 4D. Ce faisant, la pertinence de la demande se voit suspendue par l'absence de r&#233;ponse. A la demande de l'appelant, r&#233;pond une demande du permanencier, qui ouvre le dossier de son interlocuteur et initie une enqu&#234;te. L&#224; o&#249; le probl&#232;me de l'appelant tient dans une demande dont l'objet est pr&#233;cis&#233;, le probl&#232;me du permanencier n'est pas th&#233;matis&#233; dans l'interaction.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans les termes indig&#232;nes, ce probl&#232;me consiste &#224; &#171; orienter &#187; en caract&#233;risant un &#171; besoin &#187;, con&#231;u comme mesure de la d&#233;cision. Le vocable d' &#171; orientation &#187; fait partie du vocabulaire public du 115, plateforme d' &#171; orientation &#187;, et pas seulement de &#171; r&#233;gulation &#187; de l'h&#233;bergement. Il a &#233;t&#233; employ&#233; par des permanenciers lorsque je leur demandais de raconter leur travail et les r&#233;ponses, en particulier n&#233;gatives, qu'ils apportaient &#224; des demandes d'h&#233;bergement. Orienter, ce n'est pas forc&#233;ment h&#233;berger, et le &#171; besoin &#187; est irr&#233;ductible, on l'a compris, &#224; &#171; une demande &#187; de la part de l'appelant. Dans le travail social, ces termes sont classiquement diff&#233;renci&#233;s, et l'on peut m&#234;me concevoir la vis&#233;e du travail comme de les aligner.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si demande et orientation ne co&#239;ncident pas forc&#233;ment, une tension est inh&#233;rente au troisi&#232;me tour des appels. Et elle menace structurellement l'activit&#233; d'orientation d'un rappel du cadre &#171; primaire &#187; : la demande d'h&#233;bergement sollicit&#233;e et non explicitement trait&#233;e. Ce rappel peut alors &#234;tre consid&#233;r&#233;, en empruntant toujours &#224; E. Goffman, comme une &#171; d&#233;modalisation &#187; (Gardella, Le M&#233;ner et Mond&#233;m&#233;, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('GARDELLA Edouard, LE M&#201;NER Erwan, MONDEME Chlo&#233;, 2006. Les funambules du tact, Rapport, Observatoire du Samusocial de Paris, Paris, 2006.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2006 : 79&lt;/a&gt;) &#171; disruptive &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'&#233;change entre Myriam et Monsieur S. est un cas particuli&#232;rement &#233;difiant de cette tension : parce qu'il se d&#233;roule en &#171; d&#233;but de nuit &#187;, lorsqu'un nouveau volant de places est lib&#233;r&#233; ; parce qu'il se termine en quelques minutes par l'attribution d'un lit, conform&#233;ment au souhait de l'appelant ; mais aussi parce qu'il est travers&#233; par cette tension qui met en cause le sens et la justice de ce qui est accompli. Reprenons-en le fil :&lt;/p&gt; &lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p&gt;4 - A : &#171; Pour Montrouge &#187; [un centre d'h&#233;bergement d'urgence]&lt;/p&gt; &lt;p&gt;5 - P : Myriam lui demande &#233;galement o&#249; il se trouve, et si &#171; &#231;a s'est bien pass&#233; &#224; la Boulangerie [un autre centre parisien] &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Myriam manie la souris et appara&#238;t &#224; l'&#233;cran la liste des s&#233;quences d'h&#233;bergements donn&#233;es, via le 115, &#224; Monsieur S. Elle tape de nouveau, et apparaissent les lits disponibles. Je remarque qu'il reste des places aussi bien &#224; Montrouge qu'&#224; la Boulangerie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;6 - A : Monsieur S. acquiesce.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Cette s&#233;quence confirme d'abord la tension entre demande d'h&#233;bergement et travail d'orientation. Avant que Myriam ne prenne la parole, alors qu'elle tape les informations donn&#233;es par celui qui sera identifi&#233; comme Monsieur S., celui-ci pr&#233;cise sa demande d'h&#233;bergement, en donnant le nom d'un centre d'urgence, g&#233;r&#233; par le Samu social. Pas plus qu'au troisi&#232;me tour, Myriam ne r&#233;pond &#224; la question de Monsieur S. Au tour 5, elle &#233;met une nouvelle question, comme au tour 3, qui vient justement prolonger cette premi&#232;re requ&#234;te, et manifeste qu'elle entend avoir la main sur l'&#233;change en cours. Il faut noter que la demande de Myriam porte sur des informations du 4D. Le 4D inscrit l'appel de Monsieur S. dans la continuit&#233; d'une prise en charge, dont l'histoire est consign&#233;e dans la base de donn&#233;es et appara&#238;t &#224; l'&#233;cran sous diff&#233;rentes rubriques. Le 4D tend donc &#224; verser la parole pr&#233;sente de Monsieur S. au dossier de sa prise en charge, au sein duquel prend sens la nouvelle demande d'h&#233;bergement. La r&#233;ponse de Monsieur S. en 6 ratifie la pertinence de la question pos&#233;e par Myriam en 5. L'enqu&#234;te peut continuer :&lt;/p&gt; &lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p&gt;7 - P : Myriam lui demande comment va sa sant&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;8 - A : &#171; Tr&#232;s mauvais &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;La conversation est saccad&#233;e, les r&#233;ponses de M. S. sont br&#232;ves, peu articul&#233;es et dans un fran&#231;ais approximatif.&lt;/p&gt; &lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p&gt;9 - P : &#171; Quand voyez-vous le Docteur ? &#187;, ench&#233;rit Myriam, apr&#232;s avoir vu sur la note de Monsieur S. qu'un rendez-vous &#233;tait pr&#233;vu chez le m&#233;decin.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;La paire 7 &#8211; 8 prolonge l'enqu&#234;te, portant d&#233;sormais sur la sant&#233; de Monsieur S. La question, en 9, de Myriam, poursuit &#171; l'&#233;valuation &#187;. Myriam semble faire fi de la bri&#232;vet&#233; des r&#233;ponses de Monsieur S., qui sont comme soupir&#233;es, sans effort audible d'articulation. La r&#233;ponse se fait attendre :&lt;/p&gt; &lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p&gt;10 - A : &#171; Je veux juste une place pour dormir &#8230;fatigu&#233; &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;11 - P : &#171; J'ai bien compris Monsieur S. &#187;. Myriam repose sa question&lt;/p&gt; &lt;p&gt;12 - A : &#171; J'ai oubli&#233; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;13 - P : &#171; Vous n'auriez pas un bout de papier o&#249; vous l'avez not&#233; &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;14 - A : &#171; Non &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;15 - P : &#171; : &#171; Je vous mets en attente &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Une tension resurgit dans la conversation, par la r&#233;ponse de Monsieur S. en 10, accentu&#233;e par le silence qui la pr&#233;c&#232;de. L'appelant r&#233;it&#232;re sa demande, et la justifie. Myriam admet sa critique, mais n'y r&#233;pond pas de prime abord, et r&#233;p&#232;te la question formul&#233;e en 9. La r&#233;ponse ne la satisfait pas, et elle insiste. La &#171; mise en attente &#187; (15) n'est pas comment&#233;e. On peut supposer que Monsieur S. sait ce qu'est une &#171; mise en attente &#187;, puisqu'il appelle fr&#233;quemment le 115 ; mais l'absence d'explication peut &#233;galement se lire comme une confirmation que Myriam conduit bel et bien la conversation.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Elle regarde les places disponibles. Myriam me dit que lorsque les permanenciers ne comprennent pas leurs interlocuteurs, ils peuvent faire appel &#224; l'ISM, qui est un service de traduction &#224; distance et en direct. Mais dans le cas pr&#233;sent, ce n'est pas n&#233;cessaire, car la situation n'est &#171; pas grave &#187; et &#171; c'est satur&#233; &#187; (tous les permanenciers sont en communication, et de nombreux appels sont en attente). &#171; Mais ce qui m'&#233;tonne c'est qu'il demande une place &#224; Montrouge alors qu'il va toujours &#224; la Boulangerie ce Monsieur et qu'il est un peu vieux &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nous voyons bien ici le travail de mesure de l'urgence auxquels s'astreignent les permanenciers, m&#234;me face &#224; une situation &#171; pas grave &#187;, et alors que l'activit&#233; bat son plein. Face au doute, l'enqu&#234;te est de mise, et l'emporte sur les autres attitudes envisageables, comme par exemple ignorer l'&#233;l&#233;ment troublant pour acc&#233;l&#233;rer le pas. Ce choix de l'enqu&#234;te peut &#234;tre rapport&#233; &#224; la formation des permanenciers, qui stipule que toute orientation passe par une &#233;valuation, parfois r&#233;sum&#233;e &#224; des v&#233;rifications, de la situation sociale et sanitaire de l'appelant. Mais il est aussi consid&#233;rablement facilit&#233;, interactionnellement, par les informations qui saillissent de l'&#233;cran, jalonnent, et parfois interrompent le cours de l'&#233;change : l'&#233;valuation est ainsi inscrite dans une l'histoire de prise en charge, collectivement produite.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les &lt;i&gt;Workplace Studies&lt;/i&gt; ont mis en lumi&#232;re les &#171; appuis conventionnels &#187; de l'action, pour reprendre le terme de N. Dodier (&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' DODIER Nicolas, 1993. &#171; Les appuis conventionnels de l'action. El&#233;ments de pragmatique sociologique &#187;, R&#233;seaux, 63, pp. 65-86.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;1993&lt;/a&gt;), les processus collaboratifs &#224; l'&#339;uvre entre un environnement technique, des travailleurs et des usagers. Participent ici aux appels : un ordinateur &#233;quip&#233; de logiciels, des panneaux lumineux indiquant la file active, des si&#232;ges &#224; roulettes permettant de reculer rapidement de quelques m&#232;tres pour parler &#224; son voisin sans d&#233;ranger son vis-&#224;-vis (prot&#233;g&#233; du bruit par une planche), des coll&#232;gues (permanenciers ou coordinateurs), et bien s&#251;r les sans-abri au bout du fil. Le plateau du bureau, les bordures de l'&#233;cran, les faces int&#233;rieures des panneaux, qui d&#233;limitent le poste de travail, sont &#233;galement propices &#224; l'affichage ou au d&#233;p&#244;t de divers feuillets, formulaires, annuaires, et notes manuscrites, souvent annot&#233;s, qui peuvent &#234;tre sollicit&#233;s lors des appels. Ce ne sont pas l&#224; de simples inputs entrant dans des fonctions de prise d'appels mais, en droit et en fait, autant de &#171; m&#233;diations &#187; sans lesquelles l'activit&#233; ne peut s'accomplir (Latour, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' LATOUR Bruno, 2006. Changer la soci&#233;t&#233;. Refaire de la sociologie. Paris, La D&#233;couverte.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2006&lt;/a&gt;). En particulier, le permanencier dispose et actualise des informations propres &#224; chaque personne ayant fait appel au 115 ou ayant rencontr&#233; une &#233;quipe mobile. Mais il a &#233;galement acc&#232;s &#224; des donn&#233;es sur les rencontres (une m&#234;me personne pouvant &#234;tre rencontr&#233;e plusieurs fois), aussi bien dans des champs pr&#233;d&#233;finis, que dans une &#171; note &#187; (en format texte, sans limitation d'espace), o&#249; les permanenciers consignent diverses informations sur leurs interlocuteurs. Ainsi, les &#233;changes sont bien irr&#233;ductibles &#224; une relation duale entre un appelant et un r&#233;pondant. La trag&#233;die est distribu&#233;e dans et par un environnement, assez loin du huit clos du colloque singulier, embl&#233;matique du travail social.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais si ces &#233;l&#233;ments, en venant &#233;talonner l'&#233;valuation, sont au c&#339;ur de la recherche de justesse, v&#233;ritable travail invisible, ils retardent aussi la r&#233;ponse &#224; la demande initiale. Ainsi, la conversation entre Myriam et Monsieur S. s'envenime, jusqu'&#224; exacerber la tension entre la demande d'h&#233;bergement et l'activit&#233; d'orientation :&lt;/p&gt; &lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p&gt;Myriam reprend Monsieur S., sachant qu'il ne reste qu'une place &#224; Montrouge, bien davantage &#224; la Boulangerie, et que Monsieur S. est un &#171; habitu&#233; de la Porte Maillot &#224; 21h45 &#187;, c'est-&#224;-dire du second bus conduisant chaque jour les sans-abri jusqu'au centre d'h&#233;bergement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;16-P : &#171; Pourquoi vous voulez aller &#224; Montrouge ? (&#8230;) Et la Boulangerie &#231;a vous va pas ? &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;17 - A : &#171; Pareil &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;18 - P : &#171; Mais vous vous sentez bien &#224; la Boulangerie ? &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;19 - A : Monsieur S. veut simplement une &#171; place &#187;, demande s'il a affaire &#224; des &#171; flics &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;20 - P : Myriam repose sa question, dit gentiment qu'elle se d&#233;p&#234;che.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;21 - A : Monsieur S. s'&#233;nerve.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;22 - P : &#171; Vous &#234;tes o&#249; ? &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;23 - A : &#171; Je vous ai d&#233;j&#224; dit [silence]. Vous faites mal votre travail ! &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;24 - P : &#171; Donc si je vous mets une place &#224; 21h45 &#224; Porte Maillot, vous pourrez y &#234;tre ? &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;25 - A : Il r&#233;pond vite et sec, par l'affirmative.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;26 - P : &#171; Donc vous avez une place &#224; la Boulangerie (&#8230;) Au revoir Monsieur S &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt; Il raccroche sans avoir salu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Myriam propose une orientation, en l'occurrence un h&#233;bergement d'une nuit dans un centre connu de Monsieur S. Elle tient pourtant &#224; s'assurer qu'il est pr&#234;t &#224; y retourner : comme elle nous l'a dit en apart&#233;, elle observe qu'habitu&#233; de la Boulangerie, il a pass&#233; la derni&#232;re nuit dans un autre foyer, dont il n'est pas coutumier, et o&#249;, d'ailleurs, les places sont plus rares. Les questions de Myriam ennuient Monsieur S., sa demande para&#238;t satisfaite mais la conversation n'en finit pas. La critique pointe : Monsieur S. souhaite se reposer, et il le r&#233;p&#232;te ; cela ne suffit pas, et il met en question la nature (20) et la qualit&#233; (24) du travail men&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Myriam raccroche, &#233;lague la note de Monsieur S., trop fouill&#233;e et pas commode &#224; consulter me dit-elle : elle supprime les informations qui n'ont pas &#224; voir avec le suivi social, sanitaire, ou la domiciliation. Elle valide et revient &#224; l'interface d'accueil du 4D.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les gestes qu'accomplit Myriam apr&#232;s avoir raccroch&#233; valent comme une mise en ordre du dossier de Monsieur S. et une pr&#233;paration d'orientations &#224; venir. Ils t&#233;moignent, &#224; notre sens, du souci d'&#233;tablir une continuit&#233; dans la prise en charge. Ceci peut sembler incongru compte tenu de la nature pressante et r&#233;it&#233;r&#233;e des demandes d'h&#233;bergement . Mais on peut voir l&#224;, plut&#244;t qu'un contr&#244;le malveillant, une domestication ou une captation de client&#232;le, une indexation du travail &#224; venir sur des &#233;l&#233;ments pr&#233;pond&#233;rants du parcours de l'usager. Ce geste participe ainsi d'une forme de vigilance qui maintient le cap d'une r&#233;ponse ajust&#233;e non pas seulement &#224; un moment, mais &#224; une personne et &#224; son histoire mises en &#171; note &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les permanenciers ne sont toutefois pas dupes des limites de l'exercice, en particulier de l'attente difficilement v&#233;cue par les appelants. Ils la tiennent pour un mal n&#233;cessaire, rajoute Myriam apr&#232;s avoir raccroch&#233; :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Face &#224; l'&#233;nervement, aux insultes, plus fr&#233;quentes le soir, &#171; on est tout &#224; fait conscients de l'attente &#187; ; elle leur explique pourquoi elle prend plus de temps, car &#171; ce ne sont pas des animaux &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;De fait, ce qui se d&#233;ploie pour le permanencier comme une action ajust&#233;e &#224; la situation de l'usager peut &#234;tre critiqu&#233; par ce dernier comme une r&#233;ponse tardive (&#171; je veux juste une place &#187; en 10), d&#233;plac&#233;e (&#171; [vous &#234;tes] des flics ? &#187; en 19), inad&#233;quate (&#171; vous faites mal votre travail ! &#187; en 23). Ces trois formes de critiques, identifi&#233;es dans le corpus, hantent le travail des permanenciers. La premi&#232;re pointe un service lent et fastidieux, et laisse voir en creux la p&#233;nibilit&#233; de l'attente. La deuxi&#232;me incrimine la pente inquisitoire de la prise en charge. La derni&#232;re vise un manque d'habilet&#233;, qui renvoie autant &#224; l'attente superflue qu'aux questions personnelles nombreuses et r&#233;p&#233;t&#233;es. Le travail peut &#234;tre critiqu&#233; comme lent, coercitif, et par l&#224; malhabile.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ainsi, la prudence du professionnel l'expose sans cesse &#224; la critique des usagers. Celle-ci vise deux exc&#232;s possibles et inverses, caract&#233;ristiques d'un contexte de choix tragiques : d'un c&#244;t&#233;, la lenteur du traitement, requise mais incongrue face &#224; l'urgence de l'appel ; de l'autre, une profusion de questions personnelles, qui tranchent sur le besoin g&#233;n&#233;rique d'h&#233;bergement qui initie et motive l'appel. Lorsque les demandes sont &#233;ligibles, la &#171; phase d'&#233;valuation &#187; peut para&#238;tre ou trop longue ou trop intrusive, et lorsque les demandes sont parfaitement et &#224; l'&#233;vidence recevables, comme effectivement inutiles. Dans tous les cas, ce moment initial d'examen ouvre &#224; une possible critique du requ&#233;rant, qui appelle pour de &#171; bonnes raisons &#187;, mais voit sa demande mise &#224; l'&#233;preuve de questions d'autant plus d&#233;sagr&#233;ables, ou offensantes, qu'elles n'ont rien &#224; voir avec ce qui la fonde.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;div class=&quot;non_flottant_titre&quot;&gt;&lt;a name='5'&gt;&lt;/a&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#tablematiere&quot;&gt;4. Conclusion&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;La raret&#233; des places offertes par le 115 de Paris organise la prise en charge. Mais alors que l'attribution des lits pourrait appara&#238;tre ou automatis&#233;e ou arbitraire, elle manifeste un souci de justesse, mis en &#339;uvre dans un espace commun de mesure. Le cadre de prise en charge permet d'abord de distinguer les demandes &#233;ligibles. Mais il ne s'agit pas seulement d'appliquer des crit&#232;res et de trier les requ&#234;tes, en fonction de leur &#233;ligibilit&#233;. Il s'agit aussi d&#233;j&#224; d'orienter. L'improvisation permet d'ailleurs d'ajuster la d&#233;cision face &#224; l'impr&#233;vu. Mais que se passe-t-il lorsqu'une demande est &#233;ligible et en concurrence avec d'autres demandes &#233;galement &#233;ligibles ? Face &#224; ces demandes, les permanenciers &#233;valuent, continuent d'enqu&#234;ter, de mesurer, en cherchant &#224; faire au mieux, ou au moins mal, dans un environnement m&#233;trologique commun. Ils sollicitent en particulier des notes et des informations disponibles sur le parcours de l'usager, leur connaissance des rythmes de l'activit&#233;, des publics et des r&#233;ponses possibles, enfin, des coll&#232;gues, permanenciers ou coordinateurs, avec qui &#233;prouver des hypoth&#232;ses.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'enqu&#234;te qu'ils m&#232;nent ne consiste pas &#224; produire la rencontre d'une offre et d'une demande, r&#233;ajust&#233;e en fonction des biens encore en rayon et de l'ordre des pr&#233;f&#233;rences du client, o&#249; le permanencier ne jouerait, en cas de conflit, qu'un r&#244;le de r&#233;parateur (Weller, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' WELLER Jean-Marc, 1997. &#171; Le guichet interactif. Ce que font les bureaucrates quand ils r&#233;pondent au t&#233;l&#233;phone &#187;, R&#233;seaux, 82/83, pp. 129-148.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;1997&lt;/a&gt;). Elle exhibe au contraire pour l'observateur un &#171; protocole &#187;, la &#171; r&#232;gle d'un accord possible &#187; (Joseph, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('JOSEPH Isaac, 2008 (1994). &#171; Attention distribu&#233;e et attention focalis&#233;e. Les protocoles de la coop&#233;ration au PCC de la ligne A du RER &#187;, in Joseph I., L'athl&#232;te moral et l'enqu&#234;teur modeste. Paris, Economica, pp.375-395.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2008 : 380-381&lt;/a&gt;). Ainsi, ce n'est pas une op&#233;ration de s&#233;duction, o&#249; la pr&#233;sentation de soi de l'appelant, et sa conformation aux attentes du permanencier, seraient in fine d&#233;terminantes. La litt&#233;rature sur l'assistance a souvent rapport&#233; que l'acc&#232;s aux biens, m&#234;me de premi&#232;re n&#233;cessit&#233;, d&#233;pendait fortement d'expressions t&#233;moignant de la moralit&#233; du n&#233;cessiteux. B. Geremek (&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' GEREMEK Bronislaw, 1987. La potence ou la piti&#233;. L'Europe et les pauvres du Moyen Age &#224; nos jours. Paris, Gallimard.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;1987&lt;/a&gt;) a d'ailleurs montr&#233; que la &#171; potence &#187; et la &#171; piti&#233; &#187; ont &#233;t&#233; les deux ingr&#233;dients majeurs des r&#233;ponses historiques au vagabondage et &#224; l'extr&#234;me pauvret&#233;. Elles partagent une m&#234;me vis&#233;e moralisatrice. Ce mod&#232;le pr&#233;side tr&#232;s souvent &#224; l'examen empirique de l'action assistancielle ou s&#233;curitaire aupr&#232;s des sans-domicile. Mais il incline &#224; n&#233;gliger les motifs, les modalit&#233;s et les dispositifs concrets de n&#233;gociation, de m&#234;me que la r&#233;flexivit&#233; sur laquelle s'appuient les acteurs pour agir au mieux, ou le moins mal possible (Gardella et Le M&#233;ner, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('GARDELLA Edouard et LE M&#201;NER Erwan, 2005. &#171; Les SDF victimes du &quot;nettoyage&quot; des espaces publics ? &#187;, in HOSSARD Nicolas et JARVIN Magdalena (dir.), C'est notre ville ! De l'appropriation et du d&#233;tournement de l'espace public, Paris, L'Harmattan, 2005, pp. 71-81.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2005&lt;/a&gt; ; Gardella, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' GARDELLA Edouard, 2010. &#171; Au rythme de l'accompagnement. L'exp&#233;rience &#233;thique du travail de rue dans l'urgence sociale &#187;, in FELIX Catherine, TARDIF Julien (&#233;ds.) Actes &#233;ducatifs et de soins, entre &#233;thique et gouvernance, Actes du colloque international, Nice 4-5 juin 2009, Pl&#233;ni&#232;re 3 :Les pratiques &#233;ducatives en urgence sociale, mis en ligne le 01 octobre 2010. hypertexte : URL :http://revel.unice.fr/symposia/acte...')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2010&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ainsi, le travail d&#233;ploy&#233; par les permanenciers du 115 ne consiste pas &#224; pourvoir des places dans la limite des stocks disponibles, ni &#224; marchander les lits, mais, concurremment, &#224; mesurer un &#171; besoin &#187; et &#224; formuler une &#171; orientation &#187;. Ce travail, pour agir avec justesse, s'appuie sur le &#171; cadre de prise en charge &#187; et les tiers que constituent le coordinateur et le dossier informatis&#233; de l'usager ; il est aussi largement invisible de ces derniers. Mais cet effort de justesse est aussi ce qui expose structurellement &#224; la critique. Agir avec justesse ne garantit en rien d'agir avec justice.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans un contexte structurel de p&#233;nurie de places, leur travail peut donc encore appara&#238;tre malais&#233;, p&#233;nible et violent. Qui sont les permanenciers ? Comment en sont-ils venus &#224; travailler au 115 de Paris ? Quel sens donnent-ils &#224; leur engagement ? Comment font-ils avec la pr&#233;carit&#233; &#8212; sur le plan contractuel, et salarial, et la flexibilit&#233; (en termes d'horaires) qui leur sont impos&#233;e ou demand&#233;e ? Comment et jusqu'&#224; quel point l'organisation r&#233;tribue-t-elle, ou au contraire, &#171; tronque &#187;-t-elle (Gayet, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' GAYET Carole, 2010. &#171; Du passant ordinaire au Samu social : la (bonne) mesure du don dans la rencontre avec les sans-abri &#187;, Revue du MAUSS, 35, pp. 247-265.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2010&lt;/a&gt;) cet engagement ? Comment envisagent-ils leur &#171; vrai boulot &#187; (Bidet, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' BIDET Alexandra, 2010. &#171; Qu'est-ce que le vrai boulot ? Le cas d'un groupe de techniciens &#187;, Soci&#233;t&#233;s contemporaines, 78(2), pp. 115-136.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2010&lt;/a&gt;) ? Autant de questions ethnographiquement fond&#233;es qui prolongeraient l'enqu&#234;te vers une sociologie de l'engagement et de la professionnalit&#233;, toujours attentive &#224; l'action en train de se faire, &#224; ses valorisations autant qu'&#224; ses tr&#233;buchements.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nh1' id='nb1' class='spip_note' title='Notes 1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;Merci &#224; Fr&#233;d&#233;ric Vagneron et Emmanuelle Guyavarch pour leur relecture, et &#224; Jean-Pierre, pour son int&#233;r&#234;t tout au long de ce travail.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nh2' id='nb2' class='spip_note' title='Notes 2' rev='footnote'&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;&#171; Refus d'orientation par l'&#233;quipe &#187;. Un ROPE d&#233;signe la non-attribution d'une place d'h&#233;bergement au motif de la non &#233;ligibilit&#233; de la demande&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;ASTIER Isabelle, 2007. Les nouvelles r&#232;gles du social. Paris, PUF.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;AUMERCIER Sandrine, 2004. &#171; Le Samu social. De l'urgence &#224; l'inclusion globale &#187;, &lt;i&gt;Revue du MAUSS&lt;/i&gt;, 23(1), 2004, pp. 116-132.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;BECKER Howard, par AZAIS Camille, BACHIR-LOOPUYT Talia, SAINT-GERMIER Pierre, 2010. &#171; Du jazz aux mouvements sociaux : le r&#233;pertoire en action. Entretien avec Howard Becker &#187;, &lt;i&gt;Trac&#233;s&lt;/i&gt;, 18(1), 2010, pp. 223-236.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;BIDET Alexandra, 2008. &#171; La gen&#232;se des valeurs : une affaire d'enqu&#234;te &#187;, &lt;i&gt;Trac&#233;s&lt;/i&gt;, 15(2), pp. 211-216.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;BIDET Alexandra, LE M&#201;NER Erwan, 2008, &#171; Les ressorts moraux des signalements de sans-abri aupr&#232;s du 115 de Paris &#187;, &lt;i&gt;Colloque Action publique face aux populations mobiles &#8216;ind&#233;sirables'&lt;/i&gt;, ISP, Cachan, ENS Cachan, 3 juin.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;BIDET Alexandra, 2010. &#171; Qu'est-ce que le vrai boulot ? Le cas d'un groupe de techniciens &#187;, &lt;i&gt;Soci&#233;t&#233;s contemporaines&lt;/i&gt;, 78(2), pp. 115-136.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;BIDET Alexandra, VATIN Fran&#231;ois, 2009. &#171; Mesure et acteur au travail &#187;, in STEINER Philippe, VATIN Fran&#231;ois (&#233;ds), &lt;i&gt;Trait&#233; de sociologie &#233;conomique&lt;/i&gt;. Paris, PUF, pp. 703-739.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;BRUNETEAUX Patrick, 2007. &#171; Les politiques de l'urgence &#224; l'&#233;preuve d'une ethnobiographie d'un SDF &#187;, &lt;i&gt;Revue fran&#231;aise de science politique&lt;/i&gt;, 57(1), pp. 47-67.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;BRUNETEAUX Patrick, TERROLLE Daniel, 2008. &#171; La lutte contre la &quot;grande pauvret&#233;&quot; : un march&#233; ? &#187;, &lt;i&gt;Regards crois&#233;s sur l'&#233;conomie&lt;/i&gt;, 2(4). Pp. 223-233.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;CALABRESI Guido, BOBBIT Philip, 1978.&lt;i&gt;Tragic Choices.The conflicts society confronts in the allocation of tragically scarce resources&lt;/i&gt;. New York, W. W. Norton and Company.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;CALLON Michel, 2009. &#171; La formulation marchande des biens &#187;, in VATIN Fran&#231;ois (dir.), &lt;i&gt;Evaluer et valoriser. Une sociologie &#233;conomique de la mesure&lt;/i&gt;. Toulouse, Presses Universitaires du Mirail, pp. 247-269.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;CHAVE Fr&#233;d&#233;rique, 2010. &lt;i&gt;Tiers en urgences. Les interactions de secours, de l'appel au 18 &#224; l'accueil en service d'urgences p&#233;diatriques. Contribution &#224; une sociologie du tiers&lt;/i&gt;. Th&#232;se de sociologie, Universit&#233; Paris Ouest Nanterre La D&#233;fense.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;DGCS (DIRECTION GENERALE DE LA COHESION SOCIALE), 2010. Circulaire DGCS/1A/2010/271 du 16 juillet 2010 relative au r&#233;f&#233;rentiel national des prestations du dispositif d'accueil, d'h&#233;bergement, d'insertion.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;DEWEY John, 2008 (1939). &#171; La th&#233;orie de la valuation &#187;, traduction d'extraits par BIDET Alexandra, &lt;i&gt;Trac&#233;s&lt;/i&gt;, 15(2), pp. 217-228.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;DEWEY John, 2011, &lt;i&gt;La formation des valeurs&lt;/i&gt;, traduction et pr&#233;sentation par BIDET Alexandra, QUERE Louis, et TRUC G&#233;r&#244;me. Paris, La D&#233;couverte.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;DODIER Nicolas, 1993. &#171; Les appuis conventionnels de l'action. El&#233;ments de pragmatique sociologique &#187;, &lt;i&gt;R&#233;seaux&lt;/i&gt;, 63, pp. 65-86.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;DUBOIS Vincent, 2010 (1999). &lt;i&gt;La vie au guichet. Relation administrative et traitement de la mis&#232;re&lt;/i&gt;. Paris, Economica.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;EMMANUELLI Xavier, 2003. &lt;i&gt;Out. L'exclusion peut-elle &#234;tre vaincue ?&lt;/i&gt; Paris, Robert Laffont.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;EPSTEIN Renaud, 2005. &#171; Gouverner &#224; distance. Quand l'&#201;tat se retire des territoires &#187;, &lt;i&gt;Esprit&lt;/i&gt;, novembre, pp. 96-111.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;FASSIN Didier, 2001. &#171; Charit&#233; bien ordonn&#233;e. Principes de justice et pratiques de jugement dans l'attribution des aides d'urgence &#187;, &lt;i&gt;Revue fran&#231;aise de sociologie&lt;/i&gt;, 42(3), pp. 437-475.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;FASSIN Didier (dir.), 2004. &lt;i&gt;Des maux indicibles. Sociologie des lieux d'&#233;coute&lt;/i&gt;. Paris, La D&#233;couverte.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;FRIGOLI Gilles, 2007. &#171; Ordre moral, ordre local : le soup&#231;on comme r&#233;ponse &#224; la vuln&#233;rabilit&#233; sociale &#187;, &lt;i&gt;Carnets de Bord&lt;/i&gt;, 13, pp. 7-15.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;GARDELLA Edouard, 2010. &#171; Au rythme de l'accompagnement. L'exp&#233;rience &#233;thique du travail de rue dans l'urgence sociale &#187;, in FELIX Catherine, TARDIF Julien (&#233;ds.) &lt;i&gt;Actes &#233;ducatifs et de soins, entre &#233;thique et gouvernance&lt;/i&gt;, Actes du colloque international, Nice 4-5 juin 2009, Pl&#233;ni&#232;re 3 :Les pratiques &#233;ducatives en urgence sociale, mis en ligne le 01 octobre 2010. hypertexte : URL :&lt;a href='http://revel.unice.fr/symposia/actedusoin/index.html?id=558' class='spip_out' rel='nofollow'&gt;http://revel.unice.fr/symposia/acte...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;GARDELLA Edouard et LE M&#201;NER Erwan, 2005. &#171; Les SDF victimes du &quot;nettoyage&quot; des espaces publics ? &#187;, in HOSSARD Nicolas et JARVIN Magdalena (dir.), &lt;i&gt;C'est notre ville ! De l'appropriation et du d&#233;tournement de l'espace public&lt;/i&gt;, Paris, L'Harmattan, 2005, pp. 71-81.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;GARDELLA Edouard, LE M&#201;NER Erwan, MONDEME Chlo&#233;, 2006. &lt;i&gt;Les funambules du tact&lt;/i&gt;, Rapport, Observatoire du Samusocial de Paris, Paris, 2006.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;GARDELLA Edouard et LE M&#201;NER Erwan, 2011. &#171; &quot;On n'est pas l&#224; pour sauver le monde !&quot; La maraude d'urgence sociale &#224; la lumi&#232;re du refus d'h&#233;bergement &#187;, in BERGER Mathieu, CEFAI Daniel, et GAYET Carole (dir.), &lt;i&gt;Du civil au politique. Ethnographies du vivre-ensemble&lt;/i&gt;, Bruxelles, P.I.E. Peter Lang.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;GAYET Carole, 2010. &#171; Du passant ordinaire au Samu social : la (bonne) mesure du don dans la rencontre avec les sans-abri &#187;, &lt;i&gt;Revue du MAUSS&lt;/i&gt;, 35, pp. 247-265.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;GEREMEK Bronislaw, 1987. &lt;i&gt;La potence ou la piti&#233;. L'Europe et les pauvres du Moyen Age &#224; nos jours&lt;/i&gt;. Paris, Gallimard.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;GIRAUDEAU Martin, 2009. &#171; Formuler les projets d'entreprise &#187;, in VATIN Fran&#231;ois (dir.), &lt;i&gt;Evaluer et valoriser. Une sociologie &#233;conomique de la mesure&lt;/i&gt;. Toulouse, Presses Universitaires du Mirail.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;GOFFMAN Erving, 1989 (1952). &#171; Calmer le jobard &#187;, in JOSEPH Isaac (dir.), &lt;i&gt;Le parler frais d'Erving Goffman&lt;/i&gt;. Paris, Editions de Minuit, pp.277-300.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;GOFFMAN Erving, 1991 (1974). &lt;i&gt;Les cadres de l'exp&#233;rience&lt;/i&gt;. Paris, Minuit.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;GUSFIELD Joseph, 2008 (1981). &lt;i&gt;La culture des probl&#232;mes publics, l'alcool au volant&lt;/i&gt;, traduit et pr&#233;sent&#233; par CEFAI Daniel. Paris, Economica.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;GUYAVARCH Emmanuelle, 2010. &lt;i&gt;Activit&#233; du 115 de Paris et caract&#233;ristiques des personnes h&#233;berg&#233;es via le 115 et les EMA en 2009&lt;/i&gt;. Paris, Observatoire du Samusocial de Paris.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;HAMMERSLEY Martyn, 1992. &lt;i&gt;What's wrong with ethnography ? &lt;/i&gt;Londres, Routledge.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;ION Jacques, 1998. &lt;i&gt;Le travail social au singulier&lt;/i&gt;. Paris, Dunod.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;JENKINSON Marion, juin 2007. &#171; La s&#233;lection des sans-abri par les pouvoirs publics, dans l'acc&#232;s &#224; l'h&#233;bergement d'urgence : l'exemple du Samu social de Paris &#187;. Nantes, Communication au colloque international, &lt;i&gt;La fabrication de populations probl&#233;matiques par les politiques publiques&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;JOSEPH Isaac, 2008 (1994). &#171; Attention distribu&#233;e et attention focalis&#233;e. Les protocoles de la coop&#233;ration au PCC de la ligne A du RER &#187;, in JOSEPH Isaac, &lt;i&gt;L'athl&#232;te moral et l'enqu&#234;teur modeste&lt;/i&gt;. Paris, Economica, pp.375-395.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;LATOUR Bruno, 2006. &lt;i&gt;Changer la soci&#233;t&#233;. Refaire de la sociologie&lt;/i&gt;. Paris, La D&#233;couverte.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;LE MENER Erwan et SBIK Habib, 2009. &#171; Distribution des places par le 115 :
organisation, crit&#232;res de justice, choix tragiques &#187;, Communication au symposium de l'observatoire du Samusocial de Paris. (lien hypertexte : &lt;a href='http://observatoire.samusocial-75.fr/PDF/sympo09/6. JSO_2009_Distribution des places_115.pdf' class='spip_out'&gt;http://observatoire.samusocial-75.fr/PDF/sympo09/6.%20JSO_2009_Distribution%20des%20places_115.pdf&lt;/a&gt;)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;MINISTERE DE L'EMPLOI, DU TRAVAIL ET DE LA COHESION SOCIALE, 2005. Accueil, h&#233;bergement, insertion. R&#233;f&#233;rentiel national.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;MIPES, 2010. Recueil statistique relatif &#224; la pauvret&#233; et la pr&#233;carit&#233; en Ile de France au 31 d&#233;cembre 2009&lt;/p&gt; &lt;p&gt;MONDEME Chlo&#233;, 2008.&lt;i&gt;La prise de notes chez les permanenciers du 115.&lt;/i&gt; M&#233;moire de Master en Lettres, Arts, Sciences humaines et sociales. Lyon, ENS LSH.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;PIERRU Fr&#233;d&#233;ric, 2009. &#171; HospitalInc. Les professionnels de sant&#233; &#224; l'&#233;preuve de la gouvernance d'entreprise &#187;, &lt;i&gt;Enfances et Psy&lt;/i&gt;, 43(2), pp. 99-105.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;RYLE Gilbert, 2010 (1976). &#171; L'improvisation &#187;, &lt;i&gt;Trac&#233;s&lt;/i&gt;, 18(1), pp. 197-207.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;SAMU SOCIAL DE PARIS, 2010. Bilan de l'activit&#233; hivernale du GIP Samu social de Paris 2009/2010. Paris, Samu social de Paris.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;SCHVARTZ Agathe, 2007.&lt;i&gt;Le Plan d'urgence hivernal. L'&#233;chec du pilotage automatique de la prise en charge des sans-abri&lt;/i&gt;. Paris, Observatoire du Samusocial de Paris.&lt;br /&gt;
(hypertexte :&lt;br /&gt;
&lt;a href='http://observatoire.samusocial-75.fr/index.php/fr/nos-enquetes/plan-durgence-hivernale' class='spip_out'&gt;http://observatoire.samusocial-75.fr/index.php/fr/nos-enquetes/plan-durgence-hivernale&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;SENNETT Richard, 2010. &lt;i&gt;Ce que sait la main. La culture de l'artisanat&lt;/i&gt;. Paris, Albin Michel&lt;/p&gt; &lt;p&gt;VALLUY J&#233;r&#244;me, 2007. &#171; L'accueil &#233;tatis&#233; des demandeurs d'asile : de l'enr&#244;lement dans les politiques publiques &#224; l'affaiblissement des mobilisations de soutien aux exil&#233;s &#187;. Paris, Terra. URL : &lt;a href='http://www.reseau-terra.eu/article556.html' class='spip_out' rel='nofollow'&gt;http://www.reseau-terra.eu/article5...&lt;/a&gt; [derni&#232;re consultation : 15 novembre 2010]&lt;/p&gt; &lt;p&gt;WELLER Jean-Marc, 1997. &#171; Le guichet interactif. Ce que font les bureaucrates quand ils r&#233;pondent au t&#233;l&#233;phone &#187;, &lt;i&gt;R&#233;seaux&lt;/i&gt;, 82/83, pp. 129-148.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;WELLER Jean-Marc, 2003. &#171; Le travail administratif, le droit et le principe de proximit&#233; &#187;, &lt;i&gt;L'ann&#233;e sociologique&lt;/i&gt;, 53(2), pp. 431-458.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;WELLER Jean-Marc, 2006. &#171; Le travail administratif des petits bureaucrates : enjeux et transformations &#187;, in DREYFUS Fran&#231;oise et EYMERI Jean-Michel (dir.), &lt;i&gt;Science politique de l'administration. Une approche comparative&lt;/i&gt;. Paris, Economica.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		
		<enclosure url="http://www.ethnographiques.org/IMG/pdf/ArLeMener.pdf" length="533327" type="application/pdf" />
		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>6. La &quot;beaut&#233;&quot; de la mort. Comment ethnographier l'engagement aupr&#232;s des mourants ?</title>
		<link>http://www.ethnographiques.org/2011/Papadaniel</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.ethnographiques.org/2011/Papadaniel</guid>
		<dc:date>2011-12-23T17:57:07Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Papadaniel_Yannis</dc:creator>


		<dc:subject>ArticleNumero</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Cet article s'int&#233;resse &#224; l'accompagnement &quot;palliatif&quot; offert par des b&#233;n&#233;voles &#224; des personnes en fin de vie. A la demande de parents, ou de soignants, la t&#226;che des b&#233;n&#233;voles consiste &#224; passer du temps aupr&#232;s de personnes en fin de vie (ou gravement malades) et, le temps de leur maladie, leur offrir un moment de compagnie ou de partage. N'ayant aucune r&#233;mun&#233;ration &#224; esp&#233;rer, les b&#233;n&#233;voles interviennent parce qu'ils semblent y chercher quelque chose. Mais comment cultivent-ils un espace o&#249; ils accumulent des motifs pour, non pas seulement supporter cette proximit&#233;, mais la poursuivre ? Comment ces motifs sont-ils rendus pr&#233;sents ? Comment dire &#224; un mourant que sa mort est &quot;int&#233;ressante&quot; ? Pour r&#233;pondre &#224; ces questions, la seule observation des actions des b&#233;n&#233;voles n'est pas suffisante. Il faut encore se focaliser sur la port&#233;e de leurs silences afin de saisir l'ambivalence de leur engagement.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://www.ethnographiques.org/Numero-23-decembre-2011-Analyser" rel="directory"&gt;23. Num&#233;ro 23 - d&#233;cembre 2011 Analyser les pr&#233;sences au travail : visibilit&#233;s et invisibilit&#233;s&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.ethnographiques.org/ArticleNumero" rel="tag"&gt;ArticleNumero&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;This paper concentrates on the &#8216;palliative accompanying' that turns the end of life into a privileged moment in which patients and relatives prepare themselves to the inevitable while letting nature &#8211; that is, illness &#8211; take its course. The volunteers' role is marked by ambivalence : on the one hand, they must respond to the need to help the patient, or the relatives, to go through this last passage ; on the other hand, they respond to their own desire of achieving self-realization through this work. The central question of this article is getting to know how this sort of &#8216;existential quest' is carried out (when it is). The mere observation of the volunteers' actions does not suffice to illuminate neither its content nor its dynamic. Researcher must also pay attention to the silences in the relations between patients and volunteers. This analysis enables us to understand the articulation between the two contradictory faces of the volunteer's involvement.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;
&lt;a name=&quot;table_des_matieres&quot;&gt;&lt;/a&gt;&lt;div id=&quot;tablematiere&quot;&gt;&lt;h4&gt;Sommaire&lt;/h4&gt;
&lt;ul&gt;&lt;li&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#1&quot;&gt;Introduction : le travail aupr&#232;s des mourants en question&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#2&quot;&gt;Pourquoi des b&#233;n&#233;voles ?&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#3&quot;&gt;La r&#232;gle du jeu : un surcro&#238;t de sens&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#4&quot;&gt;La mise en pr&#233;sence : de l'importance du &#171; mais &#187;&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#5&quot;&gt;Engagement et d&#233;gagement&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#6&quot;&gt;Analyser la pr&#233;sence, questionner les silences&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#7&quot;&gt;Un autre silence&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;/li&gt;&lt;li&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#notes&quot;&gt;Notes&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;li&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#biblio&quot;&gt;Bibliographie&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;div class=&quot;non_flottant_titre&quot;&gt;&lt;a name='1'&gt;&lt;/a&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#tablematiere&quot;&gt;Introduction : le travail aupr&#232;s des mourants en question&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;A la suite des travaux de Thomas (&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' THOMAS Louis-Vincent, 1975. Anthropologie de la mort, Paris : Payot.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;1975&lt;/a&gt;), d'Ari&#232;s (&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' ARIES Philippe, 1975. Essai sur l'histoire de la mort en Occident : du Moyen-&#226;ge &#224; nos jours, Paris : Seuil.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;1975&lt;/a&gt;) ou m&#234;me d'Elias (&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' ELIAS Norbert, 1987. La solitude des mourants, Paris : Christian Bourgois.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;1987&lt;/a&gt;), l'id&#233;e a longtemps pr&#233;valu que la soci&#233;t&#233; occidentale n'offrirait qu'une place exig&#252;e &#224; la mort et aux mourants. L'&#233;mergence des soins palliatifs a toutefois incit&#233; certains chercheurs &#224; r&#233;&#233;valuer la port&#233;e d'un tel constat. Tony Walter (&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' WALTER Tony, 1994. The revival of death, London, New-York : Routledge . ')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;1994&lt;/a&gt;) a ainsi tent&#233; de d&#233;montrer comment la mort s'est retrouv&#233;e au centre d'une r&#233;surrection sociale &#8211; litt&#233;ralement ce qu'il nomme &#171; the revival of death &#187;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nb1-1' class='spip_note' rel='footnote' title='L'analyse de Tony Walter se fonde pr&#233;cis&#233;ment sur l'essor des (...)' id='nh1-1'&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;. Dans le prolongement, Clive Seale (&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' SEALE Clive, 1998. Constructing Death. The sociology of Dying and Bereavement, Cambridge : Cambridge University Press.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;1998&lt;/a&gt;) a propos&#233; une analyse du processus de subjectivation, port&#233; notamment par les soins palliatifs, qui associe la mort &#224; un projet par lequel et pour lequel les individus affirment leur qualit&#233; de sujet. Face &#224; l'&#233;preuve d'un d&#233;part que l'on sait imminent ou d'un d&#233;c&#232;s &#224; peine survenu, Walter et Seale montrent ainsi comment l'&#233;mergence des soins palliatifs a particip&#233; &#224; la constitution d'un creuset o&#249;, d'une part, la mort fait l'objet d'une attention sp&#233;cifique et o&#249;, d'autre part, les individus se bricolent le sens qu'ils veulent bien lui donner pour mieux l'apprivoiser.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Jean-Hughes D&#233;chaux emploie le terme d'&#171; intimisation &#187; (&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' D&#201;CHAUX Jean-Hughes, 2000. &#171; L'&#8216;intimisation' de la mort &#187;, Ethnologie fran&#231;aise, 30 (1), pp. 153-162.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2000&lt;/a&gt;) pour qualifier ce processus qui voit la mort, et sa ritualit&#233;, quitter la sph&#232;re publique pour s'ancrer dans la sph&#232;re priv&#233;e. Plus critique, il y voit la trace politique et morale d'une rationalisation croissante des affects. Pour cet auteur, le projet palliatif, et plus g&#233;n&#233;ralement la subjectivation de la question mortuaire, consistent moins en une forme d'expression des &#233;motions qu'&#224; leur canalisation avec un degr&#233; sans pr&#233;c&#233;dent d'autocontrainte.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans son analyse fondatrice des soins palliatifs, Michel Castra (&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' CASTRA Michel, 2003. Bien mourir : sociologie des soins palliatifs, Paris : Presses Universitaires de France.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2003&lt;/a&gt; ; &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' CASTRA Michel, 2005. &#171; Les figures contemporaines de l'individu en fin de vie &#187; in CARADEC Vincent, MARTUCELLI Danilo, Mat&#233;riaux pour une sociologie de l'individu : perspectives et d&#233;bats, Villeneuve-d'Ascq : Presses Universitaires du Septentrion, pp. 185-199.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2005&lt;/a&gt;) reprend cette approche &#224; son compte. Son ethnographie donne &#224; voir des professionnels passant, en d&#233;finitive, autant de temps &#224; se prot&#233;ger qu'&#224; prendre soin des patients en fin de vie. C'est l&#224; un point commun &#224; l'ensemble des travaux pr&#233;cit&#233;s, qu'ils soient ou non critiques &#224; l'&#233;gard des soins palliatifs. L'objet &quot;mort&quot;, ainsi que toutes les activit&#233;s qui se d&#233;ploient &#224; son entour, ne semblent compr&#233;hensibles qu'au prisme d'un sch&#233;ma &quot;r&#233;actif&quot;, impliquant une neutralisation : la mort fait peur et la vocation de toute symbolique (rituelle ou non) serait de r&#233;pondre &#224; ce trouble et d'en diminuer la port&#233;e. Il serait le vecteur premier et presque exclusif du rapport que les humains entretiennent avec la mort.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;De telles analyses, si elles ont l'avantage de montrer l'ambivalence de l'approche palliative, souvent bien ang&#233;lique ou euphorique relativement &#224; la mort, laissent toutefois de c&#244;t&#233; un &#233;l&#233;ment essentiel : l'int&#233;r&#234;t que des personnes en bonne sant&#233; &#8211; professionnels des soins ou ici b&#233;n&#233;voles &#8211; peuvent trouver &#224; c&#244;toyer des individus souffrants ou en fin de vie. C'est sur cet int&#233;r&#234;t que nous allons nous pencher, et sur la fa&#231;on dont il est li&#233;, pour une part au moins, &#224; la relation qui peut se tisser entre une personne malade et les intervenants gravitant autour d'elle.&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nb1-2' class='spip_note' rel='footnote' title='Je remercie les deux directeurs de publication de ce num&#233;ro sp&#233;cial sur la (...)' id='nh1-2'&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;div class=&quot;non_flottant_titre&quot;&gt;&lt;a name='2'&gt;&lt;/a&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#tablematiere&quot;&gt;Pourquoi des b&#233;n&#233;voles ?&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Les b&#233;n&#233;voles pr&#233;sents dans les unit&#233;s de soins palliatifs &#233;tudi&#233;es, ou du moins aupr&#232;s de personnes en fin de vie&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nb1-3' class='spip_note' rel='footnote' title='Les b&#233;n&#233;voles que nous avons c&#244;toy&#233;s sont majoritairement des femmes. (...)' id='nh1-3'&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;, se sont port&#233;s volontaires et disponibles pour se rendre aupr&#232;s de personnes mourantes, qu'ils ne connaissaient pr&#233;alablement pas, et au motif qu'elles sont sur le point de mourir. Pr&#233;cisons la nature de cette intervention.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;A la demande de parents ou de soignants, la t&#226;che des b&#233;n&#233;voles consiste &#224; passer du temps aupr&#232;s de personnes en fin de vie (ou gravement malades) et &#224; leur offrir un temps de compagnie, de partage, ou de silence pendant que leurs proches se reposent ou que les &#233;quipes de soins vaquent &#224; leurs occupations aupr&#232;s d'autres patients. A Kavala et &#224; Palio, o&#249; nous avons men&#233; une enqu&#234;te ethnographique durant trois ans&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nb1-4' class='spip_note' rel='footnote' title='Notre enqu&#234;te (qui a b&#233;n&#233;fici&#233; de l'appui financier du Fonds national (...)' id='nh1-4'&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;, les b&#233;n&#233;voles n'interviennent jamais plus de quatre heures par semaine (la dur&#233;e des visites varie de quelques minutes, en cas de refus du patient, &#224; plusieurs heures). La dur&#233;e limite de quatre heures n'est pas toujours respect&#233;e : il arrive que les b&#233;n&#233;voles soient appel&#233;s pour des veilles et que, d&#232;s lors, ils passent une nuit enti&#232;re aux c&#244;t&#233;s d'un patient endormi, inconscient ou agonisant. L'inverse peut aussi se produire : il arrive qu'ils ne soient pas appel&#233;s du tout, et donc qu'ils n'interviennent pas durant des laps de temps plus ou moins prolong&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'appellation &#171; b&#233;n&#233;vole &#187; renvoie &#224; une activit&#233; volontaire, au sens o&#249; rien ni personne ne contraint ces individus &#224; s'engager : point de stage obligatoire ni d'activit&#233; civique. N'ayant aucune r&#233;mun&#233;ration &#224; esp&#233;rer, les b&#233;n&#233;voles interviennent parce qu'ils semblent en ressentir la n&#233;cessit&#233; &#8211; nous y reviendrons. Leur cahier des charges est r&#233;duit &#224; une d&#233;finition minimale &#8212; leur t&#226;che consistant simplement &#224; &#171; &#234;tre l&#224; &#187;, &#171; &#224; se tenir &#224; disposition &#187;. Cela induit un investissement direct de leur personne lorsqu'ils se retrouvent au chevet d'un malade, mais aussi un certain flou : que font-ils exactement &#224; proximit&#233; des patients ? Comment ces personnes cultivent-elles un espace o&#249; elles accumulent des motifs qui les am&#232;nent, non pas seulement &#224; supporter cette proximit&#233;, mais &#224; la poursuivre et &#224; y trouver leur compte ? Comment ces motifs se pr&#233;sentent-ils et sont-ils rendus pr&#233;sents ? Comment dire &#224; un mourant que sa mort nous int&#233;resse ? D'ailleurs le disent-ils ? Et si non, comment l'assument-ils sans remettre en cause la sollicitude qu'ils revendiquent ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au regard des ces interrogations, les b&#233;n&#233;voles ont pour nous un avantage heuristique sur d'autres types d'intervenants (professionnels), avec leur statut de profane et la nature d&#233;lib&#233;r&#233;e de leur intervention. Si m&#233;decins ou infirmi&#232;res peuvent avoir choisi de travailler aupr&#232;s de mourants, leur statut professionnel comprend un certain nombre de pr&#233;rogatives pouvant freiner leurs aspirations. Imaginons un m&#233;decin qui souhaite vivre aupr&#232;s des mourants une exp&#233;rience spirituelle, telle que la pr&#233;conise le projet palliatif (Higgins &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' HIGGINS Robert W., 2003. &#171; L'invention du mourant. Violence de la mort pacifi&#233;e &#187;, Esprit 1, pp. 139-168.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2003&lt;/a&gt; ; Bataille &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' BATAILLE Philippe, 2004. &#171; Le travail de conscientisation du sujet : les malades du cancer et la mort &#187; in CARADEC Vincent et MARTUCELLI Danilo, Mat&#233;riaux pour une sociologie de l'individu, Presses Universitaires du Septentrion, pp. 255-276.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2004&lt;/a&gt;)&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nb1-5' class='spip_note' rel='footnote' title='L'&#233;mergence des soins palliatifs s'explique par une suite de (...)' id='nh1-5'&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;. Il n'est pas dit qu'une telle vell&#233;it&#233;, sans &#234;tre impossible, soit pleinement compatible avec ses obligations professionnelles ou institutionnelles. In&#233;vitablement, la &quot;plus-value&quot; spirituelle est alors soumise &#224; un devoir de r&#233;serve qui en limite l'acc&#232;s &#224; une personne tierce, et a fortiori &#224; un chercheur qui entend mettre au jour cette &quot;plus-value&quot; en laissant partiellement de c&#244;t&#233; les actes professionnels. Les b&#233;n&#233;voles offrent au contraire un acc&#232;s plus ais&#233;. Dans la mesure o&#249; une partie de leur intervention tient &#224; cet &#171; &#234;tre l&#224; &#187;, ils sont plus enclins &#224; aborder ouvertement des dimensions de leur activit&#233; &#233;chappant au seul savoir-faire. Ne pouvant accomplir que de menues t&#226;ches (voire aucune), ils n'en sont que plus disponibles pour penser et, litt&#233;ralement, associer leur exp&#233;rience aux motifs de leur engagement b&#233;n&#233;vole.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La gratuit&#233; de leur intervention fait pourtant planer autour de leur engagement une suspicion qui, du fait de la proximit&#233; de la mort, peut &#234;tre tr&#232;s forte. Ces b&#233;n&#233;voles ne sont-ils pas coupables d'une certaine morbidit&#233; ? N'instrumentaliseraient-ils pas leur bienveillance pour profiter de la souffrance d'autrui ? Telle est l'impression que peuvent &#233;prouver ceux qui envisagent leur activit&#233; de l'ext&#233;rieur. Les travaux les plus r&#233;cents sur les m&#233;tiers impliquant un rapport r&#233;gulier avec la mort (avant, &quot;pendant&quot;, ou apr&#232;s le d&#233;c&#232;s), en se focalisant sur les strat&#233;gies de mise &#224; distance (Lafontaine &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' LAFONTAINE C&#233;line, 2008. La soci&#233;t&#233; post-mortelle, Paris : Seuil.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2008&lt;/a&gt; ; Bernard &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' BERNARD Julien, 2009. Croques-morts : une anthropologie des &#233;motions, Paris : M&#233;tailil&#233;.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2009&lt;/a&gt;), entretiennent cette suspicion, faute d'outils th&#233;oriques ad&#233;quats pour int&#233;grer le jeu de modalisation (au sens goffmanien du terme) dont la mort peut &#234;tre parfois l'objet. Il s'agira ici de cerner ce jeu particulier. En nous r&#233;f&#233;rant notamment &#224; l'approche du &lt;i&gt;care&lt;/i&gt;, nous proposons de d&#233;passer la seule question des pr&#233;cautions que se doit de prendre toute personne c&#244;toyant la souffrance des autres pour en &#233;viter la contagion (Fassin et Aiach &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('FASSIN Didier, AIACH Pierre, 2004. Des maux indicibles : sociologie des lieux d'&#233;coute, Paris : La D&#233;couverte.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2004&lt;/a&gt;). Nous nous demanderons plut&#244;t quels sont les motifs qui incitent les b&#233;n&#233;voles &#224; s'engager aupr&#232;s des mourants. Qu'y trouvent-ils et, surtout, o&#249; identifier ces motifs dans leur pratique ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'approche dite du &lt;i&gt;care&lt;/i&gt; a montr&#233; que &#171; l'activit&#233; tourn&#233;e vers autrui &#187; peut prendre une tournure diff&#233;rente selon le statut : certains intervenants se limitent, par exemple, &#224; une sollicitude discursive (&#233;non&#231;ant ce qui doit &#234;tre fait pour le bien-&#234;tre d'autrui), alors que d'autres privil&#233;gient, ou sont contraints &#224;, une sollicitude en acte (Tronto &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' TRONTO Joan, 1993. Moral Boundaries : A political argument for an ethic of care, New-York, London : Routledge.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;1993&lt;/a&gt; ; Avril &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' AVRIL Christelle, 2006. &#171; Le travail des aides &#224; domicile pour personnes &#226;g&#233;es : contraintes et savoir-faire &#187;, Le Mouvement social, 215, pp. 87-99.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2006&lt;/a&gt;, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' AVRIL Christelle, 2008. &#171; Les aides &#224; domicile pour personnes &#226;g&#233;es face &#224; la norme de sollicitude &#187;, Retraite et soci&#233;t&#233;, 53(1), pp. 49-65.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2008&lt;/a&gt;). Les b&#233;n&#233;voles, nous allons le voir, franchissent all&#232;grement cette fronti&#232;re. En cela, ils s'inscrivent dans au moins deux des strates du &lt;i&gt;care&lt;/i&gt; mentionn&#233;es par Tronto : le &lt;i&gt;caring about&lt;/i&gt; (le fait de se soucier de quelqu'un ou quelque chose, qui peut en rester &#224; un niveau discursif) et le &lt;i&gt;taking care&lt;/i&gt; (le fait de fournir une prestation pratique sans que la sollicitude n'en soit le motif exclusif).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La suite de cet article rendra ainsi compte d'une scission dans l'activit&#233; des b&#233;n&#233;voles. Nous distinguerons, en effet, ce qui est explicitement dit et fait aupr&#232;s d'un patient (la marque d'une bienveillance) et ce qui reste confin&#233; dans un quant-&#224;-soi que les b&#233;n&#233;voles ne r&#233;v&#232;lent que dans des conditions bien sp&#233;cifiques : le &quot;b&#233;n&#233;fice&quot; personnel de cette bienveillance, o&#249; se loge ce qu'ils &#233;prouvent au contact d'un patient, sans qu'ils puissent toujours le lui communiquer. En cela, le b&#233;n&#233;volat dans l'accompagnement en fin de vie offre l'occasion d'illustrer la superposition de deux registres : celui de l'action &#224; proprement parler, la fa&#231;on dont ils endossent leur r&#244;le ; et celui d'une mise en pr&#233;sence, par del&#224; les actions accomplies, d'un sentiment particulier, de b&#233;atitude ou de pl&#233;nitude, qu'ils d&#233;signent souvent par le terme de &#171; v&#233;cu &#187; ou de &#171; ressenti &#187; et placent alors au centre de leur engagement. En conclusion, nous verrons que l'analyse d'une r&#233;alit&#233; aussi flottante interroge certaines routines de la m&#233;thode ethnographique.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;div class=&quot;non_flottant_titre&quot;&gt;&lt;a name='3'&gt;&lt;/a&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#tablematiere&quot;&gt;La r&#232;gle du jeu : un surcro&#238;t de sens&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Les b&#233;n&#233;voles &#233;voluent dans un univers o&#249; les points de vue sont multiples et les contradictions nombreuses : leur bienveillance ou compassion affich&#233;e, et souvent effective, s'articule avec un souci de soi et un attrait pour la mort d'autrui. Cette tension, inscrite au c&#339;ur de leur activit&#233;, exige selon nous de recourir &#224; une analyse situ&#233;e et &#224; la notion de pr&#233;sence.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ces accompagnants courent en effet apr&#232;s une &quot;chose&quot; particuli&#232;rement difficile &#224; saisir. Leur rencontre avec des patients repose, tout d'abord, sur des bases floues ; ils se tiennent face &#224; eux sans qu'ils ne les aient forc&#233;ment invit&#233;s&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nb1-6' class='spip_note' rel='footnote' title='La demande &#233;mane en effet le plus souvent des soignants, qui ne peuvent, (...)' id='nh1-6'&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;. On comprend ainsi que l'amorce de cette rencontre se traduisent chez les b&#233;n&#233;voles par une certaine d&#233;f&#233;rence&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nb1-7' class='spip_note' rel='footnote' title='Sur la nature et les effets de cette d&#233;f&#233;rence, voir Papadaniel (...)' id='nh1-7'&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;. Leur arriv&#233;e dans une chambre est &quot;n&#233;goci&#233;e&quot; et les termes de cette n&#233;gociation sont fix&#233;s par les dispositions des patients. Les exemples sont nombreux o&#249; l'espoir de vivre une exp&#233;rience &#171; enrichissante &#187; ou &#171; authentique &#187; se heurte &#224; l'acrimonie d'un patient ne sachant que faire de cet inconnu &#224; son chevet. En cela, la sollicitude proclam&#233;e des b&#233;n&#233;voles fait &#233;cho &#224; l'exigence &#224; laquelle ils sont r&#233;guli&#232;rement soumis : s'adapter (et parfois s'effacer) face &#224; l'hostilit&#233;, la surprise ou l'indiff&#233;rence. &#171; &#202;tre l&#224; &#187;, &#171; se tenir &#224; disposition &#187;, expose assur&#233;ment &#224; des tensions. Se rendre aupr&#232;s d'une personne mourante, c'est prendre et devoir g&#233;rer le risque d'exercer sur elle une forme de contrainte, voire m&#234;me une domination, en la r&#233;duisant &#224; sa condition de malade et en cherchant &#224; en tirer un profit (symbolique, existentiel ou spirituel). Aller &#224; sa rencontre, c'est aussi s'exposer &#224; un possible rejet et &#224; l'impossibilit&#233; d'exprimer ou d'exp&#233;rimenter ce &#224; quoi l'on aspire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si la mort est, selon l'acception commune issue du freudisme, le n&#233;ant absolu ou, du moins, l'un des ph&#233;nom&#232;nes les plus difficiles &#224; se repr&#233;senter, force est de constater que les b&#233;n&#233;voles font tout pour la rattacher &#224; quelque chose et lui trouver un sens, m&#234;me infime, ou aussi silencieux qu'un sentiment de b&#233;atitude. En passant d'une personne mourante &#224; une autre, ils accumulent des indices et construisent au fil de leurs exp&#233;riences un discours, qui balance entre d&#233;couverte enchant&#233;e et scepticisme. Les personnes mourantes &lt;i&gt;personnifient&lt;/i&gt; (Piette &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' PIETTE Albert, 2009. L'acte d'exister, Charleroi, Socrate Editions, Promarex.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2009 : 147&lt;/a&gt;) ainsi la chose mortuaire et la ram&#232;nent &#224; plus de quotidiennet&#233;. Simultan&#233;ment, ces exp&#233;riences font l'objet de mont&#233;es en g&#233;n&#233;ralit&#233; : les b&#233;n&#233;voles tendent &#224; donner &#224; chaque situation particuli&#232;re une signification qui d&#233;passe son d&#233;ploiement concret&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nb1-8' class='spip_note' rel='footnote' title='Le terme de &#171; mont&#233;e en g&#233;n&#233;ralit&#233; &#187; renvoie aux propositions de Boltanski (...)' id='nh1-8'&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;. La retenue dont font preuve &lt;i&gt;en pratique&lt;/i&gt; les b&#233;n&#233;voles ne les emp&#234;che donc pas, bien au contraire, de scruter les moindres d&#233;tails et d'y chercher du sens. Dans les chambres ou au domicile, ils puisent dans les photos, les objets ou le mobilier, des informations all&#233;goriques qui vont orienter l'entr&#233;e en mati&#232;re, voire m&#234;me toute relation, surtout si elle se d&#233;roule en silence :&lt;/p&gt; &lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est s&#251;r, quand vous arrivez dans la chambre, vous ouvrez la porte, c'est vraiment&#8230; pour moi, c'est le clich&#233; de la photo, qu'est-ce qu'il me refl&#232;te, qu'est-ce que je vais trouver derri&#232;re ce regard et puis l'environnement, une photo, un livre, une petite croix, ou&#8230; y a tellement de petites choses ou d'&#233;l&#233;ments, m&#234;me une fleur, ou bien, rien&#8230;combien de fois y a rien&#8230;un verre de th&#233;, &#224; moiti&#233; vide, mais y a rien, rien d'autre. C'est vrai que c'est une image tr&#232;s forte, donc &#231;a, &#231;a me renvoie tout de suite un petit peu, &#231;a me met d&#233;j&#224; dans un cadre comme &#231;a de&#8230;oui de pouvoir entrer en relation un peu diff&#233;remment avec la personne. (Tina, groupe de Palio)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait tranquille, c'&#233;tait calme, c'&#233;tait serein, c'est tr&#232;s serein, c'est tr&#232;s beau, c'est tr&#232;s tranquille, c'est calme, et puis, y avait aussi des livres et dont un, je sais plus le titre, mais que j'avais eu pis que j'ai relu, que je me suis permis de refeuilleter alors, &#231;a m'a fait plaisir de refeuilleter un livre que j'avais pas lu, ah oui, c'&#233;tait &#171; Khalil Gibran &#187; et &#231;a m'a fait plaisir de le refeuilleter et au fond j'ai un peu p&#233;n&#233;tr&#233; dans son monde, y avait des photos &#224; lui, sa famille, ses enfants, y avait justement quelques livres int&#233;ressants que j'aimais bien, y avait cette musique que j'aimais beaucoup, alors il avait vraiment des choses qu'il aimait lui et que sa famille aimait probablement, que j'aimais aussi et qui &#233;taient, on avait pas de communication directe, mais c'&#233;tait beau quand m&#234;me parce que&#8230;oui, &#231;a m'a pas d&#233;rang&#233; du tout, m&#234;me qu'il a pas eu besoin tellement de moi, mais c'est chaque fois un enrichissement extraordinaire moi, je pense, c'est chaque fois, parce que c'est&#8230;c'est vraiment&#8230;c'est vraiment tr&#232;s tr&#232;s beau. Y a des fois on est plus actif que d'autres, y a des fois o&#249; c'est un peu &#233;puisant physiquement, mais bon (Jeanne, groupe de Kavala)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, les b&#233;n&#233;voles scrutent, regardent, &#233;prouvent et donnent un sens &#224; un environnement et &#224; ses habitants, jusqu'alors inconnus. La mort ne se pr&#233;sente pas seulement ici sous les traits de la maladie ou &#224; travers les gestes et les paroles des malades : elle s'accroche &#233;galement &#224; ce qui entoure le patients. Elle ne se pr&#233;sente pas seulement comme telle, mais &#224; travers ce &#224; quoi elle va mettre fin. Des lieux, des objets, des &quot;choses&quot; prennent alors un sens particulier parce que les b&#233;n&#233;voles leur associent l'id&#233;e de mort, et la dramaturgie mystique dans laquelle ils nappent leurs visites. Ils proc&#232;dent par association et par contemplation : ce qu'ils voient leur apporte des indications tangibles, parfois dissonantes, sur ce qu'ils esp&#232;rent vivre. Ce &#171; v&#233;cu &#187;, comme l'appellent couramment les b&#233;n&#233;voles, constitue la r&#232;gle du jeu&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nb1-9' class='spip_note' rel='footnote' title='Albert Piette d&#233;finit ainsi le &#171; surcro&#238;t de sens &#187; dans les r&#233;unions (...)' id='nh1-9'&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;. Il est &#224; la fois l'hypoth&#232;se de d&#233;part (&#171; aupr&#232;s des mourants, je peux vivre quelque chose &#187;) et le point d'arriv&#233;e (&#171; aupr&#232;s des mourants, j'ai v&#233;cu quelque chose &#187;) de leur d&#233;marche. Cette premi&#232;re r&#232;gle pratique en conna&#238;t toutefois une seconde, celle de la mesure (&#171; ne pas trop en faire &#187;), pour se pr&#233;server d'&#233;ventuelles controverses. Nous allons d&#233;velopper ces aspects &#224; partir d'une rencontre faite durant notre enqu&#234;te. Elle va nous permettre d'identifier une scission entre une logique d'action et une logique de mise en pr&#233;sence.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;div class=&quot;non_flottant_titre&quot;&gt;&lt;a name='4'&gt;&lt;/a&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#tablematiere&quot;&gt;La mise en pr&#233;sence : de l'importance du &#171; mais &#187;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Lors de notre enqu&#234;te, nous avons rencontr&#233; une b&#233;n&#233;vole (Jeanne) avec qui nous avons men&#233; une s&#233;rie d'entretiens autour de textes qu'elle avait r&#233;dig&#233;s &#224; la suite de ses visites&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nb1-10' class='spip_note' rel='footnote' title='Nous ne pouvons d&#233;tailler ici la nature de notre relation avec Jeanne et la (...)' id='nh1-10'&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;. Ils nous ont permis d'acc&#233;der &#224; des aspects peu accessibles de fa&#231;on imm&#233;diate. Comme l'&#233;crivent Damame et Paperman au sujet des activit&#233;s du &lt;i&gt;care&lt;/i&gt;, &#171; la seule description des &#8216;charges' et de leur in&#233;gale distribution ne peut suffire car elle neutralise l'importance des activit&#233;s pour les agents qui les effectuent et pour les destinataires de soin d'abord. L'importance sociale/morale de ce qui est fait risque alors d'&#234;tre rejet&#233;e, engloutie par le sens de ces injustices (&#8230;). Pourtant, c'est [l'&#233;thique du &lt;i&gt;care&lt;/i&gt;] qui permet aussi de rendre compte d'un sens du commun qui ne se trouve pas repr&#233;sent&#233; dans les conceptions majoritaires &#187; (&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' DAMAMME Aur&#233;lie, PAPERMAN Patricia, 2009. &#171; Care domestique : d&#233;limitations et transformation &#187; in in MOLINIER Pascale, LAUGIER Sandra, PAPERMAN Patricia, Qu'est-ce que la care ?, Paris : Payot, pp. 133-155.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2009 : 155&lt;/a&gt;). Autrement dit, en suivant cette proposition, le but n'est pas tant de d&#233;crire ce que fait cette b&#233;n&#233;vole aupr&#232;s des patients qu'elle rencontre, que de saisir le sens, moral ou non, qu'elle attribue &#224; ces rencontres. Dans cette optique, les textes recueillis peuvent &#234;tre plus pr&#233;cieux qu'un entretien ethnographique. En effet, r&#233;dig&#233;s par elle et pour elle, ils nous livrent des informations sur ses convictions les plus intimes et ses interpr&#233;tations de sa propre exp&#233;rience aupr&#232;s des patients. Gr&#226;ce &#224; eux, nous pouvons saisir au plus pr&#232;s la fa&#231;on dont elle sp&#233;cule autour de la souffrance d'autrui tout en se pr&#233;munissant de diverses accusations (morbidit&#233;, int&#233;r&#234;t d&#233;plac&#233;, sp&#233;culations abusives). Voici par exemple ce qu'elle &#233;crit au sujet d'une s&#233;rie de rencontres avec un patient atteint d'une tumeur c&#233;r&#233;brale, alors qu'elle s'est rendue &#224; trois reprises &#224; son domicile et a partag&#233; quelques moments avec lui et sa famille :&lt;/p&gt; &lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'aime cette famille, il me semble que tout le monde est int&#232;gre les uns envers les autres. Madame me dit que c'est tr&#232;s injuste ce qui leur arrive depuis 18 mois. J'ai dit &#224; ce monsieur qu'il avait probablement cette maladie pour lui permettre de faire un chemin int&#233;rieur et grandir&#8230; C'est bien joli, mais &#231;a ne l'aide pas (&#8230;) Aujourd'hui, j'ai pens&#233; de cette mani&#232;re, il a &#233;t&#233; tellement d&#233;connect&#233; de son centre, de son lui-m&#234;me que sa t&#234;te a entre guillemets &#1524;p&#233;t&#233; les plombs&#1524;. Il a fait trop de courts circuits, ou je ne sais. Il a une tumeur au cerveau de la pire esp&#232;ce, petite mais qui se d&#233;place dans la t&#234;te. Tumeur = tu meurs. Nous avons bien parl&#233;, Madame et le jeune enfant ont bien dormi dans leur chambre &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Et quinze jours plus tard :&lt;/p&gt; &lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Madame et le jeune homme regardent la t&#233;l&#233;vision et Monsieur s'endort. Je dors aussi&#8230; faut en profiter. A trois heures, je me l&#232;ve pour l'aider &#224; aller aux toilettes. Puis il redort et moi aussi. Le lendemain, il avait de la peine &#224; marcher. Nous lisons &#224; sa demande un texte &#171; tu meurs, et tumeur au cerveau &#187;. C'est un texte que j'avais trouv&#233;. Nous avons parl&#233; des diff&#233;rents maux que l'on a en soi et il y a diff&#233;rentes cl&#233;s de lectures (&#8230;) On a pu parler des &#233;motions, il a v&#233;cu des choses, c'est peut-&#234;tre cela qui a d&#233;clench&#233; la maladie (&#8230;) Il les a v&#233;cus &#224; l'int&#233;rieur. (&#8230;) C'&#233;tait un homme intelligent. Je suis arriv&#233;e apr&#232;s 18 mois, il avait eu le temps de cogiter &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Il meurt quelques jours apr&#232;s, et elle nous confie alors :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je suis all&#233;e &#224; l'enterrement. C'&#233;tait plein. Il avait tout pr&#233;par&#233; avec sa femme et ses enfants (&#8230;) Je savais qu'il allait s'en aller. C'&#233;tait un homme attachant, mais je peux pas dire que j'ai eu du chagrin. J'ai eu de la compassion pour la famille, mais de toute fa&#231;on comme il &#233;tait, il ne pouvait pas survivre. La fin &#233;tait in&#233;luctable. C'&#233;tait enrichissant pour moi, parce que de voir comment il &#233;tait ouvert et capable de partager. Bon, &#224; la fin il parlait moins. Il &#233;tait sensible, magnifique avec ses fils et sa femme, aussi. On sait que c'est triste, c'est jamais tr&#232;s gai (&#8230;) Je suis contente de les avoir connus, m&#234;me si c'&#233;tait triste &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ce que Jeanne tisse autour de cette agonie repose sur des figures de style : le patient personnifie la mort imminente et, au d&#233;tour de leur r&#233;flexion commune, atteste de sa pr&#233;sence ; les sympt&#244;mes incarnent par m&#233;tonymie la &quot;mort qui vient&quot; et les r&#233;actions qu'elle suscite (la peur, les &#233;motions, la cogitation, ou la vanit&#233; de certaines images, telle celle du chemin)&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nb1-11' class='spip_note' rel='footnote' title='Sur la figure de m&#233;tonymie, et celles de la personnification et de (...)' id='nh1-11'&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;. Jeanne s'arr&#234;te sur la maladie, en d&#233;crit distraitement certains sympt&#244;mes, fait &#233;tat rapidement du diagnostic, en d&#233;plore la perversit&#233; et le malheur. Tout son r&#233;cit se d&#233;veloppe ainsi autour d'une ambivalence : la maladie est de la pire esp&#232;ce pour le patient, &lt;i&gt;mais&lt;/i&gt; elle est une occasion de remettre de l'ordre dans son pass&#233;. Elle est l'occasion d'un chemin &lt;i&gt;mais&lt;/i&gt; Jeanne note la futilit&#233; de cette image. Elle est contente, &lt;i&gt;mais&lt;/i&gt; la situation est triste. C'est enrichissant, &lt;i&gt;mais&lt;/i&gt; in&#233;luctable. La famille est int&#232;gre, pleine d'amour &lt;i&gt;mais&lt;/i&gt; aussi de d&#233;sarroi. L'homme est attachant, &lt;i&gt;mais&lt;/i&gt; Jeanne n'a pas eu de chagrin. Autrement dit, la mort occupe une position centrale, &lt;i&gt;mais&lt;/i&gt; elle n'est jamais exclusivement abord&#233;e du point de vue du patient (la fin de sa vie) ou de ses proches (la perte d'un &#234;tre cher). Ainsi, elle est saisie &#224; travers une suite de termes positifs : le chemin, l'enrichissement et, encore une fois, la beaut&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Remarquons que la compassion et l'aide de cette b&#233;n&#233;vole ne se r&#233;duisent pas &#224; une &#171; gestion ma&#238;tris&#233;e d'&#233;motion &#187; (Castra &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' CASTRA Michel, 2003. Bien mourir : sociologie des soins palliatifs, Paris : Presses Universitaires de France.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2003&lt;/a&gt; ; Bernard &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' BERNARD Julien, 2009. Croques-morts : une anthropologie des &#233;motions, Paris : M&#233;tailil&#233;.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2009&lt;/a&gt;). En se livrant &#224; cette activit&#233;, elle recherche au contraire des &#233;motions, ou plus pr&#233;cis&#233;ment un &quot;&#233;tat&quot;. Sa fa&#231;on d'appr&#233;hender les choses renvoie moins &#224; une &#171; grammaire &#187; de l'autocontr&#244;le qu'&#224; une forme particuli&#232;re d'investissement, o&#249; sa position de spectatrice active et transitoire lui conf&#232;re d'embl&#233;e une marge de man&#339;uvre. La mise &#224; distance est comprise dans le fait que les patients ne sont jamais des proches. Elle ne les rencontre qu'&#224; deux ou trois reprises, suffisamment pour les conna&#238;tre, mais trop peu pour perdre cette distance. Ils incarnent une alt&#233;rit&#233; dont elle s'approche, mais &#224; laquelle elle ne s'identifie que partiellement : juste assez pour vivre une exp&#233;rience intense, trop peu pour sombrer dans le chagrin. La mise &#224; distance que Bernard (&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' BERNARD Julien, 2009. Croques-morts : une anthropologie des &#233;motions, Paris : M&#233;tailil&#233;.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2009&lt;/a&gt;) place au centre de l'organisation des pompes fun&#232;bres, et Castra au c&#339;ur de l'organisation des soins palliatifs, n'&#233;puise pas l'analyse. Cette mise &#224; distance n'est ici qu'un moyen, qui permet &#224; la b&#233;n&#233;vole d'user de la mort comme d'un r&#233;f&#233;rent &quot;positif&quot;. Les perspectives avanc&#233;es par Bernard ou Castra n'offrent pas de pistes pour comprendre ce ph&#233;nom&#232;ne&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nb1-12' class='spip_note' rel='footnote' title='Leurs contributions permettent de la situer, mais gu&#232;re de l'investiguer,' id='nh1-12'&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Loin des analyses qui privil&#233;gient de fa&#231;on exclusive la peur, l'autocontr&#244;le, ou la mort comme le &lt;i&gt;Rien&lt;/i&gt;, ce qui s'observe ici est une dynamique ambivalente o&#249; les personnes &#8211; des b&#233;n&#233;voles &#8211; oscillent constamment entre soutien, transportation et retenue. Les d&#233;crochages interpr&#233;tatifs qu'elles op&#232;rent sont &#224; la mesure de leur centration sur les patients. Dans cette rencontre, &#224; l'abri des institutions, elles s'am&#233;nagent ainsi un espace de sens o&#249; des projections toutes symboliques prennent corps. Des &#233;l&#233;ments apparemment anodins &#8211; une photo dans une chambre, un sourire, un soupir, des liens familiaux, un personnage, etc. &#8211; viennent &#233;clairer ce qui est en train de se passer en changeant de statut, de la m&#234;me fa&#231;on que la fleur de Dewey endosse un statut qu'elle n'a pas initialement : &#171; [la fleur] cesse d'&#234;tre juste la chose brute qu'elle &#233;tait jusque-l&#224; et est appr&#233;hend&#233;e dans sa potentialit&#233;, comme un moyen en vue de cons&#233;quences plus lointaines &#187; (Dewey cit&#233; par Qu&#233;r&#233; &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' QUERE Louis, 1999. &#171; Action situ&#233;e et perception de sens &#187;, in DE FORNEL Michel, QUERE Louis, La logique des situations : nouveau regard sur l'&#233;cologie des activit&#233;s sociales, Paris : Ehess.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;1999 : 326&lt;/a&gt;). Toutefois, les b&#233;n&#233;voles ne semblent pas chercher &#224; &#233;prouver ces cons&#233;quences, qui restent comme suspendues, telles une interpr&#233;tation inv&#233;rifiable, et ce, d'autant plus que le sens &#233;labor&#233; n'est que succinctement communiqu&#233; et partag&#233;. Un second d&#233;tour par un texte de Jeanne va nous permettre de pr&#233;ciser la port&#233;e de ce constat.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;div class=&quot;non_flottant_titre&quot;&gt;&lt;a name='5'&gt;&lt;/a&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#tablematiere&quot;&gt;Engagement et d&#233;gagement&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Le 30 novembre 2005, apr&#232;s s'&#234;tre rendue au centre hospitalier universitaire de Kavala (l'un des lieux de notre enqu&#234;te) aupr&#232;s d'un monsieur de 83 ans, Jeanne &#233;crit un texte qu'elle me lit et commente :&lt;/p&gt; &lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p&gt; &#171; Monsieur dit &#224; tout moment, &#8216;mon Dieu, mon Dieu'. Il s'agrippe &#224; la potence, il s'agrippe &#224; mes mains. Il essaie de d&#233;faire son bandage. Je l'en emp&#234;che gentiment. Je lui masse les pieds, les jambes. Je lui caresse les mains, les bras. Il quitte mes mains &#224; tout moment pour prendre la potence et revenir &#224; ma main disponible. Il demande son fils. Je lui dis qu'il dort qu'il reviendra demain. Son petit-fils passe saluer son papy. Il est agent de s&#233;curit&#233; au grand h&#244;pital, il a une pause. Il tient beaucoup &#224; son grand-p&#232;re et il n'a pas envie de le laisser partir &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;
Elle arr&#234;te sa lecture et commente :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p&gt;&#171; quand le petit-fils est venu, je suis all&#233;e me reposer pour le laisser seul avec son grand-p&#232;re. On sentait qu'il y avait une attache tr&#232;s forte, qu'il fallait qu'il reste. Mais son grand-p&#232;re le sent, comment il fait alors pour s'en aller lui ? &#187;. Elle reprend la lecture : &#171; quelques tisanes, la fin du film am&#233;ricain sur la chaine de t&#233;l&#233; tessinoise. La nuit passe lentement. Une heure de plus &#224; cause des changements d'horaire. Monsieur se plaint et dit &#8216;Mamy !' &#224; plusieurs reprises. Je lui masse le dos avec une lotion rafra&#238;chissante, il appr&#233;cie (&#8230;). Il ne mange ni ne boit, pour moi ceci est un signe de fin de vie. Il a aussi une sonde. Monsieur a une moustache, il a une belle t&#234;te, il &#233;tait ing&#233;nieur, sa femme est en bonne sant&#233; &#187;. Marquant un silence, Jeanne conclut sa lecture par : &#171; il &#233;tait beau, il &#233;tait grand &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Comment Jeanne en vient-elle &#224; faire du spectacle d'une agonie un moment de contemplation dont elle retire une forme de satisfaction ? L'acc&#232;s &#224; la chambre est conditionn&#233; par le fait qu'elle ait pu attester d'une formation aupr&#232;s des responsables de l'association dont elle est membre. Il est par ailleurs soumis au fait qu'un employ&#233; de l'h&#244;pital ait jug&#233; bon d'appeler des b&#233;n&#233;voles (&#171; pour le fils et l'&#233;pouse du patient, ceux-ci devaient se reposer et ne voulaient pas laisser leur parent seul &#187;, pr&#233;cise Jeanne). Et si Jeanne r&#233;pond positivement, quand elle est sollicit&#233;e par sa responsable, c'est qu'elle trouve l&#224; quelque chose que son activit&#233; professionnelle ne lui procure pas&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nb1-13' class='spip_note' rel='footnote' title='Jeanne, par ailleurs secr&#233;taire de direction, d&#233;clare en entretien : &#171; Bon, (...)' id='nh1-13'&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;. On peut supposer que ces &#233;l&#233;ments conditionnent l'entr&#233;e dans la chambre. Mais ils ne d&#233;terminent &#233;videmment pas ce qui s'y passe. La main tendue au patient est une figure classique de ce genre d'accompagnement, que Jeanne a probablement apprise durant sa formation et test&#233;e lors de visites pr&#233;c&#233;dentes. Mais son sens n'est en rien acquis. Le patient aurait pu refuser la main offerte et elle serait apparue comme une maladresse, ou une ing&#233;rence malvenue, pouvant appeler une s&#233;rie d'actes de r&#233;paration, de justification ou d'excuses. Le m&#234;me raisonnement peut &#234;tre fait avec le massage. Aucun incident n'&#233;maille pourtant la rencontre, o&#249; le patient et la b&#233;n&#233;vole semblent coop&#233;rer sans avoir &#224; n&#233;gocier les termes de leurs &#233;changes ni &#224; les justifier. Le r&#233;cit de Jeanne est &#224; la fois celui d'un engagement et d'un d&#233;gagement : un engagement via ses gestes (la main, le massage, ou la remise en ordre du bandage) ; et un d&#233;gagement par la distance qu'elle prend avec ce qu'elle accomplit pour lui attribuer un sens qu'elle ne partage pas avec le patient (&#224; n'en pas douter, celui-ci ne se trouve ni beau, ni magnifique).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Que cette forme de d&#233;gagement prenne pourtant appui sur son engagement initial &#233;voque la conceptualisation par Goffman de l'imbrication, dans une situation d'interaction, entre : un canal directionnel, qui constitue le cadre primaire dans lequel s'inscrit l'interaction et auquel se r&#233;f&#232;rent tous les interactants ; un canal de distraction, qui ouvre la possibilit&#233; chez un interactant d'une absence ou d'un retrait passager de l'interaction qui ne se remarque pas (ou ne remet pas en cause le canal directionnel) ; un canal de dissimulation, qui maintient dans les coulisses des pens&#233;es ou des &#233;motions &#171; que l'on sait par ailleurs r&#233;elles &#187; (Goffman &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' GOFFMAN Erving, 1991. Les cadres de l'exp&#233;rience, Paris : Editions de Minuit.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;1991 : 217&lt;/a&gt;) mais qui ne sont pas communiqu&#233;es aux autres interlocuteurs. En ce sens, ce qu'accomplit Jeanne aupr&#232;s du patient donne une direction formelle &#224; la rencontre (elle lui accorde des soins et reste &#224; ses c&#244;t&#233;s &#224; le veiller) ; ses &#233;chapp&#233;es momentan&#233;es (l'attention &#224; la t&#233;l&#233;vision et au temps) sont des marques de distraction relativement &#224; ce cadre ; enfin, son sentiment de pl&#233;nitude n'est pas communiqu&#233;, ni m&#234;me forc&#233;ment perceptible, mais il est bien r&#233;el (au moins pour Jeanne qui le restituera dans son texte). Si nous pouvons voir l&#224; une forme de dissimulation, n'est-ce toutefois que cela ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le &#171; il &#233;tait beau, il &#233;tait grand &#187;, peut aussi renvoyer &#224; un sentiment diffus de bien-&#234;tre et de confort, &#224; &#171; un fond de stabilit&#233; qui parfois constitue seulement une toile de fond et permet ainsi de d&#233;samorcer les enjeux d'expression, de strat&#233;gie ou de justification pr&#233;sents &#224; dose variable dans une situation&#8230; &#187; (Piette &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' PIETTE Albert, 2009. L'acte d'exister, Charleroi, Socrate Editions, Promarex.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2009 : 121&lt;/a&gt;). Piette distingue, dans ce &#171; fond de stabilit&#233; &#187;, quatre strates :&lt;/p&gt; &lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p&gt; &#171; D'abord, les r&#232;gles, normes, valeurs ou lois composant le cadre &#224; partir duquel une situation est organis&#233;e. Ext&#233;rieurs &#224; la situation, ils se manifestent sous forme d'indices et permettent de ne pas inventer &#224; chaque fois les r&#232;gles de la partie. Sans ces appuis, la situation est en d&#233;sordre. Il y a aussi des rep&#232;res immanents &#224; la situation. Ils constituent des ressources directes pour l'accomplissement de l'action, servant &#224; organiser l'espace, &#224; informer sur l'action imm&#233;diate &#224; accomplir, &#224; susciter les gestes pr&#233;cis&#8230; Ils facilitent ainsi l'automaticit&#233; des actions. Sans rep&#232;res et indices, c'est l'&#233;tranget&#233; de la situation qui s'impose. Il y a encore l'encha&#238;nement des situations dans le temps quotidien, jalonn&#233; par des conventions et des rep&#232;res horaires facilitant le d&#233;roulement des actions sans besoin de d&#233;cisions sur l'action suivante. Sans eux, l'ennui ou l'angoisse s'installe. Enfin, il y a le maillage des situations, ins&#233;rant chacune de celles-ci dans un r&#233;seau et l'associant ainsi &#224; d'autres situations selon des liens divers qui laissent dans chacune des traces ou des indices de cette configuration. En dehors de ce maillage, la situation cr&#233;e une &#233;preuve de rupture &#187; (&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' PIETTE Albert, 2009. L'acte d'exister, Charleroi, Socrate Editions, Promarex.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2009 : 119 et suiv.&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ces strates correspondent bien aux appuis &#224; partir desquels Jeanne &#233;nonce son exp&#233;rience :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;&lt;code class='spip_code' dir='ltr'&gt;-&lt;/code&gt;&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt; D'abord, le cadre renvoie ici &#224; l'horaire de l'intervention, qui d&#233;finit un moment au del&#224; duquel sa pr&#233;sence dans la chambre ne sera plus l&#233;gitime, au lieu de la rencontre entre la b&#233;n&#233;vole et le patient, aux r&#232;gles de l'h&#244;pital ainsi qu'au code de conduite en vigueur dans cet espace. Jeanne se r&#233;f&#232;re par ailleurs au principe palliatif qui veut que la mort ouvre la possibilit&#233; d'une d&#233;couverte ou d'une exp&#233;rience intense.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;&lt;code class='spip_code' dir='ltr'&gt;-&lt;/code&gt;&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt; On peut associer aux rep&#232;res immanents la d&#233;f&#233;rence de la b&#233;n&#233;vole et la prudence de ses gestes &#224; l'&#233;gard du patient, ainsi que son retrait lors de la venue du petit-fils, qui soulignent &#224; la fois le registre de son intervention (l'empathie d'un intervenant inconnu ne prenant la place de personne) et le fait qu'elle intervient dans un milieu ne lui reconnaissant que peu de pr&#233;rogatives.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;&lt;code class='spip_code' dir='ltr'&gt;-&lt;/code&gt;&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt; Concernant l'encha&#238;nement des actions, l'intervention poursuit une certaine logique s&#233;quentielle : &#234;tre appel&#233;e ; &#234;tre disponible ; se pr&#233;parer ; entrer ; trouver sa place ; interagir avec le patient ; ne pas le brusquer ; sortir lorsqu'un proche entre ; rentrer apr&#232;s son d&#233;part ; attendre ; quitter la chambre et s'en aller.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;&lt;code class='spip_code' dir='ltr'&gt;-&lt;/code&gt;&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt; Enfin, le maillage de situations est patent : la venue de la b&#233;n&#233;vole est avalis&#233;e par le personnel soignant et r&#233;gie par une convention de collaboration pass&#233;e entre l'h&#244;pital et son groupe. Son association la d&#233;comptera dans les heures de b&#233;n&#233;volat accomplies dans son rapport d'activit&#233;, puis en tirera d'&#233;ventuels subsides afin de poursuivre l'activit&#233; des b&#233;n&#233;voles.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Tous ces &#233;l&#233;ments offrent &#224; Jeanne la possibilit&#233; d'un retrait, voire d'un repos ou d'un sentiment de bien-&#234;tre, sinon de bonheur. Mais que certains viennent &#224; manquer et la b&#233;n&#233;vole ne pourrait plus aussi ais&#233;ment se d&#233;gager de son engagement. Si Jeanne avait fait face &#224; un accueil hostile, sa visite se serait poursuivie de fa&#231;on plus instable. Elle aurait d&#251; trouver un autre trac&#233; pour s'assurer une forme de d&#233;gagement (l'ennui, une prudence accrue, ou la d&#233;ception).&lt;br /&gt;&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;div class=&quot;non_flottant_titre&quot;&gt;&lt;a name='6'&gt;&lt;/a&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#tablematiere&quot;&gt;Analyser la pr&#233;sence, questionner les silences&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Une des ficelles du travail ethnographique consiste &#224; miser sur une r&#233;colte de donn&#233;es en deux temps (plus ou moins simultan&#233;s selon les contextes de recherche). L'observation des activit&#233;s quotidiennes des acteurs constitue le premier temps : l'enqu&#234;teur tente alors de se trouver une place qui lui permette tant bien que mal de r&#233;duire les effets paradoxaux de sa pr&#233;sence (Schwartz &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('SCHWARTZ Olivier, 1993. &#171; L'empirisme irr&#233;ductible &#187; postface &#224; ANDERSON Nels, Le hobo : sociologie des sans-abris, Paris : Nathan, pp. 265-307.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;1993&lt;/a&gt;). Ce temps de la recherche a &#233;t&#233; bien document&#233;. Il n'est donc pas n&#233;cessaire de revenir ici sur les tensions schizophr&#233;niques auxquelles il peut aboutir. Le second temps est celui des entretiens, qui correspond au moment durant lequel le chercheur, d'une fa&#231;on plus ou moins formalis&#233;e, interroge les acteurs, les fait revenir sur certaines de ses observations et tente de saisir le sens qu'ils donnent &#224; leur pratique. En cela, l'entretien, si on le d&#233;finit tel que le sugg&#232;re Bazin comme un &#171; moment d'explicitation &#187;, &#171; suscite des r&#233;ponses de deux types, [les] interlocuteurs pouvant selon les cas (&#8230;) tant&#244;t &#8216;traduire' le sens de ce qu'ils font, tant&#244;t (&#8230;) indiquer les raisons conjoncturelles de leur action &#187; (Bazin &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' BAZIN Jean, 2008. Des clous dans la Joconde, Paris : Anacharsis.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2008 : 412&lt;/a&gt;). Il semble ainsi que la condition pour que s'ouvre un terrain soit, outre l'ignorance pr&#233;alable &#224; toute vell&#233;it&#233; d'enqu&#234;te (toujours selon Bazin), l'existence d'un lieu o&#249; cette ignorance puisse &#234;tre combl&#233;e. Ce lieu doit &#234;tre rep&#233;rable par des gestes, des paroles et plus g&#233;n&#233;ralement des actions ouvertes &#224; l'observation. Une fois ce lieu rep&#233;r&#233;, l'anthropologue peut d&#233;buter son travail en investiguant l'usage qu'en font les acteurs et les transformations &#233;ventuelles qui s'ensuivent.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En nous attelant &#224; cette t&#226;che, il nous avait sembl&#233; d&#232;s le d&#233;but avoir rep&#233;r&#233; un lieu cl&#233; : les groupes d'&#233;change entre b&#233;n&#233;voles. Ceux-ci sont en effet dans l'obligation de se rencontrer &#224; intervalles r&#233;guliers et de revenir sur les visites qu'ils ont accomplies. Par les r&#233;cits qu'y livrent tour &#224; tour les b&#233;n&#233;voles, nous avions la possibilit&#233; de saisir en actes et en mots ce qu'ils retirent de cette exp&#233;rience. Or, nous nous sommes rendus compte rapidement que ces groupes de partage n'avaient de partage que le nom. Il y r&#233;gnait plut&#244;t un climat de retenue : les b&#233;n&#233;voles se montraient plut&#244;t laconiques ou se bornaient &#224; une restitution strictement chronologique ; ceux qui se risquaient &#224; des &#233;nonc&#233;s plus fournis se voyaient opposer des silences ambigus.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mener des entretiens individuels avec des b&#233;n&#233;voles d'un m&#234;me groupe, nous a permis de mieux comprendre ce ph&#233;nom&#232;ne. Autour d'un m&#234;me patient mourant gravitent des interpr&#233;tations dont la teneur varie fortement d'un b&#233;n&#233;vole &#224; un autre : un accompagnant peut se sentir &quot;transport&#233;&quot; lors de ses visites aupr&#232;s d'un patient, alors que son coll&#232;gue s'y ennuie ferme. Si les b&#233;n&#233;voles se retrouvent autour de l'id&#233;al palliatif (faire de la mort un projet, acc&#233;der &#224; des r&#233;alit&#233;s immat&#233;rielles au contact de la mort d'autrui), ils peinent &#224; se mettre d'accord sur la concr&#233;tisation de cet id&#233;al. D&#232;s lors, l'enchantement de l'un peut susciter des doutes et des d&#233;saccords. Or l'empathie revendiqu&#233;e des b&#233;n&#233;voles, &#233;rig&#233;e en une posture presque sacerdotale, fait que conflit et scepticisme ne sont jamais exprim&#233;s publiquement. La plupart du temps, ils sont euph&#233;mis&#233;s ou cach&#233;s derri&#232;re une sorte de relativisme personnaliste : &#171; chacun son caract&#232;re, chacun son point de vue &#187;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nb1-14' class='spip_note' rel='footnote' title='Pour une analyse critique de ce relativisme, voir Dewey (2011).' id='nh1-14'&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;. C'est uniquement en entretien individuel que des accusations, parfois violentes, ont fus&#233; &#224; l'encontre d'un tel qui se perd dans ses &#171; envol&#233;es &#187; ou de tel autre qui a tendance &#224; en faire un peu trop. Autrement dit, les silences collectifs, relativement discrets mais omnipr&#233;sents, renvoient &#224; une logique banale de sauvegarde r&#233;ciproque de la face par la dissimulation : dans un contexte o&#249; la bienveillance fait figure de mot d'ordre, chacun &#233;vite ainsi de mettre en doute la sinc&#233;rit&#233; de l'autre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Garder pour soi un r&#233;cit exalt&#233; et l'&#233;crire sur un bout de papier, comme l'a fait Jeanne, (&#171; il est beau et il est grand &#187;), ou l'adresser &#224; une assembl&#233;e, ne proc&#232;de pas de la m&#234;me logique. Nous avons &#233;t&#233; la premi&#232;re personne &#224; qui Jeanne a lu ses textes : &#171; Je ne sais pas tr&#232;s bien quoi faire de toute cette paperasse &#187;, nous dit-elle en nous tendant le classeur contenant ses &#233;crits. Au fur et &#224; mesure de sa lecture, elle semble red&#233;couvrir des moments oubli&#233;s : des larmes lui viennent &#224; la relecture de certains textes, elle rit en se souvenant de situations cocasses, ou encore elle red&#233;couvre avec surprise des &#233;v&#233;nements oubli&#233;s. Ses lectures sont ainsi ponctu&#233;es d'innombrables &#171; c'est magnifique &#187; qui ne nous sont pas directement adress&#233;s, comme si elle profitait de notre pr&#233;sence comme d'un appui suppl&#233;mentaire, sans chercher &#224; nous convaincre. T&#234;te baiss&#233;e et replong&#233;e dans ses &#233;crits, les expressions qui lui viennent t&#233;moignent du rapport d'enchantement qu'elle entretient avec son activit&#233; tout en la red&#233;couvrant. A travers ces exclamations r&#233;p&#233;t&#233;es, la r&#233;alit&#233; sociale (les conventions, les relations aux autres) semble rel&#233;gu&#233;e en toile de fond : face &#224; ses textes, Jeanne est avant tout en interaction avec elle-m&#234;me et n'a au demeurant de compte &#224; rendre &#224; personne, qu'il s'agisse de se justifier ou de tenter de convaincre son interlocuteur. Cette satisfaction se vit le plus souvent en silence, au risque sinon d'&#234;tre per&#231;ue, au contact d'autrui, comme ce qu'elle n'est pas &#224; l'origine : une forme de complaisance, de qu&#234;te de reconnaissance, de vantardise ou, &#224; l'inverse, un attrait morbide pour la mort d'autrui. Et si ce silence est rarement rompu, y compris chez les anthropologues ou les sociologues, c'est peut-&#234;tre que plane sur les b&#233;n&#233;voles une suspicion morale et que, plus g&#233;n&#233;ralement, on peine &#224; accepter que, &lt;i&gt;sous certaines conditions&lt;/i&gt;, les &#234;tres humains puissent &#234;tre int&#233;ress&#233;s par la mort d'autrui (sans que cet int&#233;r&#234;t ne prenne forc&#233;ment une tournure mystique ou contemplative).&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;div class=&quot;non_flottant_titre&quot;&gt;&lt;a name='7'&gt;&lt;/a&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#tablematiere&quot;&gt;Un autre silence&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;L'ethnographie ne dispose d'aucun outil sp&#233;cifique pour saisir ce qui ne peut se manifester qu'en silence ou au d&#233;tour oblique d'expressions fugaces&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nb1-15' class='spip_note' rel='footnote' title='Pour une r&#233;flexion sur une ethnographie en silence et du silence, ainsi que (...)' id='nh1-15'&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;. Questionner ce silence aurait surtout pour effet d'en alt&#233;rer le statut, en le faisant passer au premier plan. De m&#234;me : &#171; pourquoi le trouvez-vous beau et grand ? &#187; implique d'accorder une place majeure &#224; ce qui ne peut, pour la b&#233;n&#233;vole, qu'occuper une place mineure (car difficilement admissible). &quot;Ce sens en plus&quot; constitue ainsi une denr&#233;e fragile, suspecte et hautement p&#233;rissable au contact de quiconque n'en saisirait pas imm&#233;diatement la port&#233;e ou l'aborderait avec scepticisme. Seul le &quot;&#231;a va sans dire&quot; partag&#233; avec un complice lui permet d'&#234;tre communiqu&#233;e sans s'alt&#233;rer. Ce suppl&#233;ment de sens n'est donc partageable qu'avec parcimonie. Ce qui l'exprime le mieux, est encore un &quot;autre silence&quot;, comme la marque d'une conviction intime &#171; prisonni&#232;re de sa propre singularit&#233; &#187; (Arendt &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' ARENDT Hannah, 1983. Condition de l'homme moderne, Paris : Calmann L&#233;vy, Pocket.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;1983 : 99&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Finalement, Jeanne appara&#238;t tant&#244;t comme une b&#233;n&#233;vole qui sait se mettre &#224; la disposition des patients et s'oublier d'une fa&#231;on parfois d&#233;concertante, tant&#244;t comme celle qui cultive pour elle-m&#234;me un espace o&#249; elle tourne en sa faveur l'asym&#233;trie entre sa bienportance et la souffrance des patients. Ce faisant, elle fait appara&#238;tre le lieu de l'enqu&#234;te, selon Bazin, comme un lieu fractionn&#233;, o&#249; ce qui n'est pas explicitement rep&#233;rable, audible ou visible &#224; travers les actions ou les paroles des participants n'a pas non plus forc&#233;ment valeur de non-dit ou de dissimulation. En particulier, le silence ne vise pas exclusivement &#224; cacher des aspects de sa vie peu reluisants, ni n'a pour unique fonction de s'&#233;pargner des conflits ou de s'&#233;conomiser. Il permet aussi aux individus de garder intact ce &#224; quoi ils sont attach&#233;s : ils ne veulent pas avoir &#224; le n&#233;gocier ni &#224; s'en justifier, car ils en perdraient la pr&#233;sence et la substance m&#234;me.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Finalement, comment l'ethnographe peut-il &#224; son tour ne pas manquer ce mat&#233;riau fortement variable et oxydable ? Nous avons voulu sugg&#233;rer que le r&#244;le de l'ethnographe est moins de mettre de l'ordre dans ce brouhaha silencieux, ou de le canaliser, que d'en &#233;lucider les appuis. Sociologie et anthropologie ont souvent en effet accord&#233; une trop grande priorit&#233; &#224; l'institutionnalisation des subjectivit&#233;s, en laissant de c&#244;t&#233; la possibilit&#233; qu'a tout un chacun de se constituer, dans son coin, des r&#233;cits personnels. Or le monde est hant&#233; par des figures enchanteresses et des enthousiasmes, plus ou moins partag&#233;s, plus ou moins personnels, et plus ou moins l&#233;gitimes ou conformes &#224; la morale commune. En soulignant l'importance du &quot;plus ou moins&quot;, il s'agit de savoir comment les &#234;tres humains leur donnent corps, sur quoi ils les font reposer, quels appuis ils mobilisent pour postuler leur existence. D'o&#249; l'importance d'interroger les silences qui nous signalent, derri&#232;re les actions, la pr&#233;sence d'un monde tout aussi social qu'elles.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nh1-1' id='nb1-1' class='spip_note' title='Notes 1-1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;L'analyse de Tony Walter se fonde pr&#233;cis&#233;ment sur l'essor des soins palliatifs au Royaume-Uni o&#249;, d&#232;s 1967, le &#171; mouvement des hospices &#187; fut lanc&#233; sous la houlette de Cicely Saunders, consid&#233;r&#233;e avec Elisabeth K&#252;bler-Ross comme la m&#232;re fondatrice de l'approche palliative.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nh1-2' id='nb1-2' class='spip_note' title='Notes 1-2' rev='footnote'&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;Je remercie les deux directeurs de publication de ce num&#233;ro sp&#233;cial sur la notion de pr&#233;sence, Dominique Schoeni et Alexandra Bidet, ainsi que le lecteur ou la lectrice externe pour leur lecture et leurs commentaires avis&#233;s. Il va de soi que je demeure seul responsable du contenu de cet article.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nh1-3' id='nb1-3' class='spip_note' title='Notes 1-3' rev='footnote'&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;Les b&#233;n&#233;voles que nous avons c&#244;toy&#233;s sont majoritairement des femmes. N&#233;anmoins, pour ne pas perturber les habitudes de lecture, nous nous conformerons &#224; l'usage et nous recourrons au masculin.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nh1-4' id='nb1-4' class='spip_note' title='Notes 1-4' rev='footnote'&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;Notre enqu&#234;te (qui a b&#233;n&#233;fici&#233; de l'appui financier du Fonds national Suisse, projet FNS no 10013-112411/1, &#171; M&#233;dicalisation de la vie, gestion de la mort. L'&#233;mergence des soins palliatifs comme probl&#233;matique socioculturelle &#187;) a port&#233; sur quatre groupes de b&#233;n&#233;voles. Trois groupes sont respectivement rattach&#233;s directement &#224; une maison de soins palliatifs (quinze personnes au moment de l'enqu&#234;te), &#224; un h&#244;pital r&#233;gional (huit personnes), et &#224; un h&#244;pital universitaire (16 personnes). Le quatri&#232;me groupe, quant &#224; lui, est l'&#233;manation d'une association caritative (onze personnes). Il intervient en fonction des demandes en milieu hospitalier, en maison de retraite et, r&#233;guli&#232;rement, &#224; domicile. Notre enqu&#234;te de terrain s'est d&#233;roul&#233;e entre 2006 et 2009 dans deux agglom&#233;rations helv&#233;tiques auxquelles nous avons attribu&#233; les pseudonymes de Kavala et de Palio.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nh1-5' id='nb1-5' class='spip_note' title='Notes 1-5' rev='footnote'&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;L'&#233;mergence des soins palliatifs s'explique par une suite de changements sociaux, m&#233;dicaux, technologiques, juridiques, d&#233;mographiques et politiques. L'emprise que les individus (occidentaux serait-on tent&#233; d'ajouter) ont sur leur vie a grandement &#233;volu&#233; ; leur esp&#233;rance de vie a augment&#233; et la pr&#233;diction m&#233;dicale atteint une certaine pr&#233;cision. A cela, la m&#233;decine palliative ajoute un traitement qui offre aux patients les moyens d'une certaine lucidit&#233; (en n'&#233;tant pas accabl&#233;s de douleur physique et en visant une am&#233;lioration de la qualit&#233; de vie). C'est l&#224; la caract&#233;ristique principale de l'espace social qu'ouvrent les soins palliatifs ; on peut (ou doit) y c&#244;toyer des &#171; mourants &#187;, cette cat&#233;gorie interm&#233;diaire ou liminale nouvelle (Higgins &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' HIGGINS Robert W., 2003. &#171; L'invention du mourant. Violence de la mort pacifi&#233;e &#187;, Esprit 1, pp. 139-168.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2003&lt;/a&gt;) : ceux dont on sait qu'ils vont mourir et qui le savent eux-m&#234;mes (en cela, le mourant n'est pas celui qui agonise, mais une personne malade dont le mal exclut progressivement toute possibilit&#233; de gu&#233;rison). Aussi, les tenants des soins palliatifs ont-ils d&#233;velopp&#233; un certain nombre de prescriptions autour de ce nouvel &#233;tat : la mort devient une qu&#234;te de soi, qui doit conduire le mourant &#224; se r&#233;v&#233;ler &#224; lui-m&#234;me et aux autres. Il en &#233;mane une id&#233;e d'authenticit&#233; &#224; laquelle pourrait acc&#233;der quiconque est impliqu&#233; dans la prise en charge de patients mourants (Bataille &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' BATAILLE Philippe, 2004. &#171; Le travail de conscientisation du sujet : les malades du cancer et la mort &#187; in CARADEC Vincent et MARTUCELLI Danilo, Mat&#233;riaux pour une sociologie de l'individu, Presses Universitaires du Septentrion, pp. 255-276.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2004&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nh1-6' id='nb1-6' class='spip_note' title='Notes 1-6' rev='footnote'&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;La demande &#233;mane en effet le plus souvent des soignants, qui ne peuvent, faute de temps et de main d'&#339;uvre, se tenir en permanence &#224; leurs c&#244;t&#233;s ; mais elle &#233;mane aussi des parents, qui aspirent &#224; un temps de repos et en appellent aux services des b&#233;n&#233;voles.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nh1-7' id='nb1-7' class='spip_note' title='Notes 1-7' rev='footnote'&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;Sur la nature et les effets de cette d&#233;f&#233;rence, voir Papadaniel (&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' PAPADANIEL Yannis, 2010a. &#171; Accompagnement en fin de vie et solidarit&#233; : quelques pistes de r&#233;flexions autour du b&#233;n&#233;volat dans les soins palliatifs &#187;, Revue internationale de soins palliatifs, 25 (1), pp. 19-23.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2010a&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nh1-8' id='nb1-8' class='spip_note' title='Notes 1-8' rev='footnote'&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;Le terme de &#171; mont&#233;e en g&#233;n&#233;ralit&#233; &#187; renvoie aux propositions de Boltanski et Th&#233;venot (&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' BOLTANSKI Luc , THEVENOT Laurent, 1991. De la justification. Les &#233;conomies de la grandeur, Paris : Gallimard.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;1991&lt;/a&gt;) lorsque, pour poser une d&#233;finition du r&#233;gime de justice, ils r&#233;fl&#233;chissent &#224; la fa&#231;on dont sont reli&#233;s les deux ordres du g&#233;n&#233;ral et du particulier. Il faut toutefois noter que les &#233;nonc&#233;s g&#233;n&#233;raux que produisent les b&#233;n&#233;voles ne s'inscrivent nullement dans un r&#233;gime de justice (ou de justification) &#8211; nous le verrons plus bas &#8211; et qu'en cela leur analyse nous permet de r&#233;fl&#233;chir sur la sp&#233;cificit&#233; de l'exp&#233;rience, ou du r&#233;gime, dont participent ici les b&#233;n&#233;voles, entre un r&#233;gime de la justice, un r&#233;gime de la justesse et un r&#233;gime d'agap&#233; (voir Boltanski &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' BOLTANSKI Luc, 1990. L'amour et la justice comme comp&#233;tence : trois essais de sociologie de l'action, Paris : M&#233;taili&#233;.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;1990&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nh1-9' id='nb1-9' class='spip_note' title='Notes 1-9' rev='footnote'&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;Albert Piette d&#233;finit ainsi le &#171; surcro&#238;t de sens &#187; dans les r&#233;unions paroissiales qui imposent la pr&#233;sence de Dieu comme interactant parmi les paroissiens (&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' PIETTE Albert, 1999. La religion de pr&#232;s : l'activit&#233; religieuse en train de se faire, Paris : M&#233;taill&#233;.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;1999 : 170&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nh1-10' id='nb1-10' class='spip_note' title='Notes 1-10' rev='footnote'&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;Nous ne pouvons d&#233;tailler ici la nature de notre relation avec Jeanne et la fa&#231;on dont elle s'est progressivement ancr&#233;e dans un rapport de confiance. Sa port&#233;e a &#233;t&#233; d&#233;terminante pour comprendre comment l'activit&#233; des b&#233;n&#233;voles pouvait &#234;tre analys&#233;e au prisme d'une anthropologie de la pr&#233;sence, plut&#244;t qu'en recourant &#224; une approche plus conventionnelle, focalis&#233;e sur l'action. Pour plus de d&#233;veloppements en la mati&#232;re, voir Papadaniel (&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' PAPADANIEL Yannis, 2010b. Des b&#233;n&#233;voles et la mort. Mesure et d&#233;-mesure d'un engagement, Th&#232;se de doctorat, Universit&#233; de Lausanne et Ecole des hautes etudes en sciences sociales.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2010b&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nh1-11' id='nb1-11' class='spip_note' title='Notes 1-11' rev='footnote'&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt; Sur la figure de m&#233;tonymie, et celles de la personnification et de l'all&#233;gorie, d&#233;j&#224; abord&#233;es plus haut, voir Piette (&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' PIETTE Albert, 2009. L'acte d'exister, Charleroi, Socrate Editions, Promarex.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2009 : 147&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nh1-12' id='nb1-12' class='spip_note' title='Notes 1-12' rev='footnote'&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;Leurs contributions permettent de la situer, mais gu&#232;re de l'investiguer, en ce qu'ils privil&#233;gient une approche centr&#233;e sur les strat&#233;gies de mise &#224; distance.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nh1-13' id='nb1-13' class='spip_note' title='Notes 1-13' rev='footnote'&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;Jeanne, par ailleurs secr&#233;taire de direction, d&#233;clare en entretien : &#171; Bon, ben l&#224;, je travaille pour l'argent, pour l'argent pis pour&#8230;pour que la soci&#233;t&#233; aille bien, (&#8230;) on travaille dans une maison o&#249; personne n'agit pour le bien, pour personne en fin de vie ou bien qui ont le SIDA ou bien des gens handicap&#233;s, par exemple. C'est la relation humaine, c'est l&#224;, c'est &#231;a qui m'int&#233;resse, c'est la relation d'aide &#224; d'autres humains &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nh1-14' id='nb1-14' class='spip_note' title='Notes 1-14' rev='footnote'&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;Pour une analyse critique de ce relativisme, voir Dewey (&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' DEWEY John, 2011. La formation des valeurs, Paris : La D&#233;couverte.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2011&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nh1-15' id='nb1-15' class='spip_note' title='Notes 1-15' rev='footnote'&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;Pour une r&#233;flexion sur une ethnographie en silence et du silence, ainsi que sur l'intersubjectivit&#233;, voir Pagis (&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle(' PAGIS Michal, 2010. &#171; Producing intersubjectivity in silence : an ethnographic study of meditation practice &#187;, Ethnography, vol. 11, n&#176;2, p. 309-328.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2010&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;ARENDT Hannah, 1983. &lt;i&gt;Condition de l'homme moderne&lt;/i&gt;, Paris : Calmann L&#233;vy, Pocket.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;ARIES Philippe, 1975. &lt;i&gt;Essai sur l'histoire de la mort en Occident : du Moyen-&#226;ge &#224; nos jours&lt;/i&gt;, Paris : Seuil.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;AVRIL Christelle, 2006. &#171; Le travail des aides &#224; domicile pour personnes &#226;g&#233;es : contraintes et savoir-faire &#187;, &lt;i&gt;Le Mouvement social&lt;/i&gt;, 215, pp. 87-99.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;AVRIL Christelle, 2008. &#171; Les aides &#224; domicile pour personnes &#226;g&#233;es face &#224; la norme de sollicitude &#187;, &lt;i&gt;Retraite et soci&#233;t&#233;&lt;/i&gt;, 53(1), pp. 49-65.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;BATAILLE Philippe, 2004. &#171; Le travail de conscientisation du sujet : les malades du cancer et la mort &#187; in CARADEC Vincent et MARTUCELLI Danilo, &lt;i&gt;Mat&#233;riaux pour une sociologie de l'individu&lt;/i&gt;, Presses Universitaires du Septentrion, pp. 255-276.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;BAZIN Jean, 2008. &lt;i&gt;Des clous dans la Joconde&lt;/i&gt;, Paris : Anacharsis.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;BERNARD Julien, 2009. &lt;i&gt;Croques-morts : une anthropologie des &#233;motions&lt;/i&gt;, Paris : &lt;br /&gt;
M&#233;taill&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;BOLTANSKI Luc, 1990. &lt;i&gt;L'amour et la justice comme comp&#233;tence : trois essais de sociologie de l'action&lt;/i&gt;, Paris : M&#233;taili&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;BOLTANSKI Luc , THEVENOT Laurent, 1991. &lt;i&gt;De la justification. Les &#233;conomies de la grandeur&lt;/i&gt;, Paris : Gallimard.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;CASTRA Michel, 2003. &lt;i&gt;Bien mourir : sociologie des soins palliatifs&lt;/i&gt;, Paris : Presses Universitaires de France.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;CASTRA Michel, 2005. &#171; Les figures contemporaines de l'individu en fin de vie &#187; in &lt;br /&gt;
CARADEC Vincent, MARTUCELLI Danilo, &lt;i&gt;Mat&#233;riaux pour une sociologie de l'individu : perspectives et d&#233;bats&lt;/i&gt;, Villeneuve-d'Ascq : Presses Universitaires du Septentrion, pp. 185-199.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;DAMAMME Aur&#233;lie, PAPERMAN Patricia, 2009. &#171; Care domestique : d&#233;limitations et transformation &#187; in in MOLINIER Pascale, LAUGIER Sandra, PAPERMAN Patricia, &lt;i&gt;Qu'est-ce que le care ?&lt;/i&gt;, Paris : Payot, pp. 133-155.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D&#201;CHAUX Jean-Hughes, 2000. &#171; L'&#8216;intimisation' de la mort &#187;, &lt;i&gt;Ethnologie fran&#231;aise,&lt;/i&gt; 30 (1), pp. 153-162.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;DEWEY John, 2011. &lt;i&gt;La formation des valeurs, &lt;/i&gt;Paris : La D&#233;couverte.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;ELIAS Norbert, 1987. &lt;i&gt;La solitude des mourants&lt;/i&gt;, Paris : Christian Bourgois.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;FASSIN Didier, AIACH Pierre, 2004. &lt;i&gt;Des maux indicibles : sociologie des lieux d'&#233;coute&lt;/i&gt;, Paris : La D&#233;couverte.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;GOFFMAN Erving, 1991. &lt;i&gt;Les cadres de l'exp&#233;rience&lt;/i&gt;, Paris : Editions de Minuit.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;HIGGINS Robert W., 2003. &#171; L'invention du mourant. Violence de la mort pacifi&#233;e &#187;, &lt;i&gt;Esprit&lt;/i&gt; 1, pp. 139-168.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;LAFONTAINE C&#233;line, 2008. &lt;i&gt;La soci&#233;t&#233; post-mortelle&lt;/i&gt;, Paris : Seuil.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;PAGIS Michal, 2010. &#171; Producing intersubjectivity in silence : an ethnographic study of meditation practice &#187;, &lt;i&gt;Ethnography, &lt;/i&gt;vol. 11, n&#176;2, p. 309-328.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;PAPADANIEL Yannis, ROSSI Ilario, FOUCART Jean (sous la dir.), 2009 b. &lt;i&gt;Accompagnement : le lien social sous-tension&lt;/i&gt;, Bruxelles : De Boeck.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;PAPADANIEL Yannis, 2010a. &#171; Accompagnement en fin de vie et solidarit&#233; : quelques pistes de r&#233;flexions autour du b&#233;n&#233;volat dans les soins palliatifs &#187;, &lt;i&gt;Revue internationale de soins palliatifs&lt;/i&gt;, 25 (1), pp. 19-23.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;PAPADANIEL Yannis, 2010b. &lt;i&gt;Des b&#233;n&#233;voles et la mort. Mesure et d&#233;-mesure d'un engagement&lt;/i&gt;, Th&#232;se de doctorat, Universit&#233; de Lausanne et Ecole des hautes etudes en sciences sociales.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;PIETTE Albert, 1992. &lt;i&gt;Le mode mineur de la r&#233;alit&#233;. Paradoxes et photographies en anthropologie&lt;/i&gt;, Louvain-La-Neuve : Petters.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;PIETTE Albert, 1999. &lt;i&gt;La religion de pr&#232;s : l'activit&#233; religieuse en train de se faire&lt;/i&gt;. Paris : M&#233;taill&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;PIETTE Albert, 2009. &lt;i&gt;L'acte d'exister&lt;/i&gt;. Charleroi, Socrate Editions, Promarex.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;QUERE Louis, 1999. &#171; Action situ&#233;e et perception de sens &#187;, in DE FORNEL Michel, QUERE Louis, &lt;i&gt;La logique des situations : nouveau regard sur l'&#233;cologie des activit&#233;s sociales&lt;/i&gt;, Paris : Ehess.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;SCHWARTZ Olivier, 1993. &#171; L'empirisme irr&#233;ductible &#187; postface &#224; ANDERSON Nels, &lt;i&gt;Le hobo : sociologie des sans-abris&lt;/i&gt;, Paris : Nathan, pp. 265-307.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;SEALE Clive, 1998. &lt;i&gt;Constructing Death. The sociology of Dying and Bereavement, &lt;/i&gt;Cambridge : Cambridge University Press.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;THOMAS Louis-Vincent, 1975. &lt;i&gt;Anthropologie de la mort&lt;/i&gt;, Paris : Payot.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;TRONTO Joan, 1993. &lt;i&gt;Moral Boundaries : A political argument for an ethic of care&lt;/i&gt;, New-York, London : Routledge.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;WALTER Tony, 1994. &lt;i&gt;The revival of death&lt;/i&gt;, London, New-York : Routledge.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		
		<enclosure url="http://www.ethnographiques.org/IMG/png/ppdnl_mail.png" length="487" type="image/png" />
		
		<enclosure url="http://www.ethnographiques.org/IMG/pdf/ArPapadaniel.pdf" length="505020" type="application/pdf" />
		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>5. Au-del&#224; et en-de&#231;&#224; de l'&#233;cran. Le double engagement des animateurs de chat rose au travail</title>
		<link>http://www.ethnographiques.org/2011/Stoian</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.ethnographiques.org/2011/Stoian</guid>
		<dc:date>2011-12-23T17:57:03Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Stoian_Elena</dc:creator>


		<dc:subject>ArticleNumero</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;L'article explore certaines techniques de distanciation utilis&#233;es par les animateurs de services pour adultes en ligne, afin de se prot&#233;ger contre le stigmate du &#171; sale boulot &#187;. La probl&#233;matique de la pr&#233;sence au travail est ici approch&#233;e &#224; travers la paire conceptuelle engagement / distance, en fonction des deux sc&#232;nes dans lesquelles les employ&#233;s agissent en tant qu'animateurs - celle des interactions en ligne et celle des interactions entre pairs. L'accent plac&#233; sur la seconde sc&#232;ne, sorte de coulisses de la sc&#232;ne principale, permet &#224; l'auteur d'avancer l'hypoth&#232;se que la distance au r&#244;le fait partie, au m&#234;me titre que l'engagement en ligne, du &#171; mandat &#187; du travailleur. Se distancier du travail et des clients, c'est prouver &#224; ses pairs et &#224; soi-m&#234;me que l'on est un bon animateur. Le rapport au travail d'animation appara&#238;t finalement comme une construction collective qui devient une ressource importante de gestion du stigmate pour chaque travailleur consid&#233;r&#233; individuellement.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://www.ethnographiques.org/Numero-23-decembre-2011-Analyser" rel="directory"&gt;23. Num&#233;ro 23 - d&#233;cembre 2011 Analyser les pr&#233;sences au travail : visibilit&#233;s et invisibilit&#233;s&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.ethnographiques.org/ArticleNumero" rel="tag"&gt;ArticleNumero&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;This article explores certain distancing techniques used by operators of on-line adult services in order to protect themselves against the stigma of &#8216;dirty work'. The problem of the presence at work is addressed here through the commitment/ distance conceptual binary. Two situations in which employees act as animators - on-line interactions and interactions between co-workers &#8211; are highlighted. The main accent is placed on the second situation &#8212; a kind of backstage where the operators abandon their on-line roles in order to build a secure distance from the &#8216;dirty work' . The author formulates the hypothesis that role distance and on-line commitment are part of the worker's &#8216;mandate'. Knowing how to establish the correct distance from their work and from their customers proves to peers and to oneself that one is a good moderator. The professional attitude in animation appears finally as a collective construction that becomes an important resource for dealing with the stigma for each individual worker.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;
&lt;a name=&quot;table_des_matieres&quot;&gt;&lt;/a&gt;&lt;div id=&quot;tablematiere&quot;&gt;&lt;h4&gt;Sommaire&lt;/h4&gt;
&lt;ul&gt;&lt;li&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#1&quot;&gt;Introduction&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#2&quot;&gt;Le terrain d'enqu&#234;te&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#3&quot;&gt;Topographie des lieux de travail &lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#4&quot;&gt;Interactions en ligne et interactions entre pairs : deux types d'engagement &lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#5&quot;&gt;L'obligation de s'engager dans les deux sc&#232;nes&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#6&quot;&gt;Les figures de la distance&lt;/a&gt;&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#6.1&quot;&gt;L'ennui et le m&#233;pris&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#6.2&quot;&gt;La d&#233;rision, l'humour et l'ironie&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#7&quot;&gt;Au-del&#224; de la morale interactionnelle ordinaire : le pouvoir de la distance au r&#244;le&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;/li&gt;&lt;li&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#notes&quot;&gt;Notes&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;li&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#biblio&quot;&gt;Bibliographie&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;div class=&quot;non_flottant_titre&quot;&gt;&lt;a name='1'&gt;&lt;/a&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#tablematiere&quot;&gt;Introduction&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Les nouveaux dispositifs techniques de communication peuvent contribuer, non seulement au d&#233;veloppement de nouvelles pratiques de travail, mais aussi &#224; celui de nouveaux groupes occupationnels plus ou moins stables, d&#233;velopp&#233;s et structur&#233;s. Il en est ainsi des animateurs de &#171; services pour adultes &#187; (&lt;i&gt;chat&lt;/i&gt;, t&#233;l&#233;phone, &lt;i&gt;web-cams&lt;/i&gt;, SMS &#233;rotiques) &#8212; sorte d'op&#233;rateurs de centres d'appel &#8212; qui, dans l'entreprise o&#249; nous avons men&#233; l'enqu&#234;te, ont pour mission de construire en coop&#233;ration avec les clients un service qui rel&#232;ve du &#171; travail du sexe &#187;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nb1' class='spip_note' rel='footnote' title='Je remercie les coordinateurs de ce num&#233;ro d'ethnographiques.org et (...)' id='nh1'&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans les entretiens approfondis que nous avons r&#233;alis&#233;s avec eux, les animateurs et les animatrices affirment souvent que &#171; personne ne fait ce travail par plaisir &#187;. Bien que le terme de &#171; sale boulot &#187; ne soit pas utilis&#233;, la notion introduite par E. C. Hughes (&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('HUGHES Everett C., 1996. Le regard sociologique. Essais choisis. Paris, Editions de l'EHESS.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;1996&lt;/a&gt;) semble bien d&#233;crire leur rapport au travail. Pour certains, c'est une exp&#233;rience d&#233;shonorante, voire honteuse, dont on veut garder le secret pour &#233;viter le jugement des autres (cercle d'amis, futurs employeurs, etc.), le d&#233;classement ou la d&#233;ception de la famille, mais dans laquelle chacun trouve son compte, au moins temporairement. Au cours de nos entretiens, nous n'avons &#224; aucun moment introduit l'expression de &#171; sale boulot &#187;, en roumain &#171; munc&#259; murdar&#259; &#187;, mais nous partagions avec les animateurs, pour y avoir travaill&#233; nous-m&#234;me plusieurs ann&#233;es, ce m&#234;me rapport au travail. Ayant pr&#233;sent&#233; ailleurs la fa&#231;on dont le service est coproduit et d&#233;fini (Stoian, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('STOIAN Elena, 2009. &#171; Sexe on-line. Animateurs, clients et production de sc&#233;narios sexuels &#187;, Genre, sexualit&#233; soci&#233;t&#233;, 2, http://gss.revues.org/index1128.html (page consult&#233;e le 14 novembre 2010).')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2009&lt;/a&gt;) nous nous proposons dans cet article d'appr&#233;hender les processus par lesquels le &#171; sale boulot &#187; est normalis&#233;, et les strat&#233;gies de neutralisation du stigmate qu'il induit. Au contact de l'organisation, nous verrons qu'on apprend les r&#232;gles, les normes et les savoir-faire de cette activit&#233;, somme toute, le s&#233;rieux qui en fait un travail comme les autres, per&#231;u comme tr&#232;s profitable pour les patrons, mais que les employ&#233;s h&#233;sitent &#224; consid&#233;rer pour autant comme un &#171; vrai travail &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La litt&#233;rature sur les occupations humbles et le &#171; sale boulot &#187; a souvent montr&#233; que la construction d'une identit&#233; positive et de l'estime de soi, ainsi que l'identification avec le m&#233;tier, i.e. l'engagement dans le r&#244;le, sont probl&#233;matiques pour les employ&#233;s affect&#233;s du stigmate du &#171; sale boulot &#187; (Hughes, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('HUGHES Everett C., 1970. &#171; The Humble and the Proud : The Comparative Study of Occupations &#187;, The Sociological Quarterly, 8 (2) : 147-156.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;1970&lt;/a&gt;, Hughes, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('HUGHES, Everett C., 1974. &#171; Comments on &#8220;Honor in Dirty Work&#8221; &#187;, Work and Occupations, 1 (3) : 284-287.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;1974&lt;/a&gt;, Davis, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('DAVIS Fred, 1959. &#171; The Cabdriver and his Fare : Facets of a Fleeting Relationship &#187;, American Journal of Sociology, 65 (2) : 158-165.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;1959&lt;/a&gt;, Gold, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('GOLD Ray, 1952. &#171; Janitors versus Tenants : A Status-Income Dilema &#187;, American Journal of Sociology, 57 (5) : 486-493. ')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;1952&lt;/a&gt;, Ball, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('BALL Donald W., 1967. &#171; An abortion clinic ethnography &#187;, Social Problems, 14 (3) : 293-301.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;1967&lt;/a&gt;, Hong et Duff, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('HONG Lawrence K., DUFF Robert W., 1977. &#171; Becoming a Taxi-Dancer. The Significance of Neutralization in a Semi-Deviant Occupation &#187;, Work and Occupation, 4 (3) : 327-342.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;1977&lt;/a&gt;, Ashforth, Kreiner, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('ASHFORTH Blake E., KREINER Glen E., 1999. &#171; &#8220;How can you do it ?&#8221; : Dirty Work and the Challenge of Constructing a Positive Identity &#187;, The Academy of Management Review, 24 (3) : 413-434.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;1999&lt;/a&gt; ; Corteel, Le Lay, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('CORTEEL Delphine, LE LAY St&#233;phane, Eds., 2011. Les travailleurs des d&#233;chets. Paris, Er&#232;s.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2011&lt;/a&gt;). On a aussi relev&#233; le d&#233;veloppement dans ces groupes &#8212; &#224; la faveur de la proximit&#233;, parfois de l'isolement, ou du &#171; management symbolique &#187; &#8212; de sous-cultures occupationnelles assez fortes, dont &#233;mergent des id&#233;ologies particuli&#232;res, qui red&#233;finissent le sens du sale et le rendent plus acceptable pour les int&#233;ress&#233;s (Ashforth, Kreiner, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('ASHFORTH Blake E., KREINER Glen E., 1999. &#171; &#8220;How can you do it ?&#8221; : Dirty Work and the Challenge of Constructing a Positive Identity &#187;, The Academy of Management Review, 24 (3) : 413-434. ')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;1999 : 420&lt;/a&gt;). L'une de ces techniques de neutralisation du stigmate est la mise &#224; distance du travail. Dans le cas pr&#233;sent, la mise &#224; distance pr&#233;alable de l'usager par le dispositif technique nous incite &#224; examiner les formes de pr&#233;sence au travail et d'engagement alternatif ou simultan&#233; dans deux &lt;i&gt;sc&#232;nes&lt;/i&gt;, celle des interactions en ligne et celle des interactions entre pairs, &#224; travers la paire conceptuelle engagement/distanciation.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le terme de &lt;i&gt;sc&#232;ne&lt;/i&gt; est issu du monde de la repr&#233;sentation th&#233;&#226;trale. Erving Goffman parle d'une &#171; r&#233;gion ant&#233;rieure &#187; pour d&#233;signer la sc&#232;ne proprement dite d'une repr&#233;sentation &#224; l'intention d'un public, r&#233;gie par des normes de politesse et de biens&#233;ance afin de produire l'impression voulue ; la &#171; r&#233;gion post&#233;rieure &#187;, ou coulisse, est au contraire le lieu de d&#233;tente et de pr&#233;paration dont le public est absent, et &#171; o&#249; l'on a toute latitude de contredire sciemment l'impression produite par la repr&#233;sentation &#187; (Goffman, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('GOFFMAN Erving, 1973. La mise en sc&#232;ne de la vie quotidienne. 1. La pr&#233;sentation de soi. Paris, Minuit.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;1973 :110&lt;/a&gt;). Afin de prot&#233;ger l'impression produite, le contr&#244;le des coulisses est un enjeu permanent. Dans le cas du travail des animateurs, nous pr&#233;f&#233;rons parler de deux sc&#232;nes, que les dispositifs techniques rendent contigu&#235;s, permettant &#224; la fois une repr&#233;sentation en ligne, avec les clients, et une autre en face &#224; face, avec les coll&#232;gues et les sup&#233;rieurs. Si les clients ne peuvent pas acc&#233;der &#224; la sc&#232;ne des interactions entre pairs, on observe par contre des intrusions en sens inverse, des coll&#232;gues sur la sc&#232;ne des interactions en ligne, par la simple surveillance de l'&#233;cran de l'autre ou au moyen d'outils de surveillance informatiques. On peut consid&#233;rer la sc&#232;ne des interactions avec les pairs, comme une coulisse pour l'autre : on y met au point les ressources mobilis&#233;es dans les interactions en ligne, on y garde le mat&#233;riel n&#233;cessaire &#224; l'animation (cartes, dictionnaires, recueils de sc&#233;narios, revues, etc.), on s'y repose, on y attend de prendre son poste. Mais la salle d'animation n'est pas seulement la coulisse de l'avant-sc&#232;ne. C'est un lieu qui vit selon ses propres r&#232;gles, o&#249; les employ&#233;s tiennent un r&#244;le qui leur importe plus que ceux tenus en ligne, le r&#244;le d'un bon professionnel engag&#233; correctement dans son travail. En &#233;vitant de limiter l'analyse &#224; une probl&#233;matique de rapport de genre, associ&#233;e &#224; la domination masculine rapidement associ&#233;e aux interactions animateurs-clients, nous verrons quelles ressources de pouvoir les acteurs puisent dans les conditions concr&#232;tes de leurs activit&#233;s et dans les formes collectives d'organisation du travail. Plus pr&#233;cis&#233;ment, les animateurs se servent des deux sc&#232;nes pour produire une d&#233;finition convenable de leur activit&#233;. Nous analyserons ensuite les commentaires, r&#233;cits, comptes rendus, critiques, r&#233;voltes, partag&#233;s entre pairs, qui contribuent &#224; red&#233;finir l'activit&#233; et la relation entretenue avec elle. Nous ne discuterons pas, dans cet article, des activit&#233;s parall&#232;les dans cette m&#234;me sc&#232;ne du face &#224; face, qui marquent un d&#233;sengagement sanctionn&#233; par les sup&#233;rieurs : lectures clandestines, discussions priv&#233;es au t&#233;l&#233;phone ou avec les coll&#232;gues, sommeil pendant le travail de nuit, visites aux boutiques pour acheter quelque chose &#224; manger, etc.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;div class=&quot;non_flottant_titre&quot;&gt;&lt;a name='2'&gt;&lt;/a&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#tablematiere&quot;&gt;Le terrain d'enqu&#234;te&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Le terrain sur lequel nous avons men&#233; notre enqu&#234;te se situe &#224; Bucarest. Il s'agit d'une soci&#233;t&#233; commerciale qui assure l'animation des services pour adultes de soci&#233;t&#233;s multim&#233;dias fran&#231;aises (appel&#233;es aussi &#233;diteurs de services pour adultes), o&#249; nous avons travaill&#233; en tant qu'animatrice. Les clients sont des Fran&#231;ais, alors que les animateurs sont des Roumains bons connaisseurs de la langue fran&#231;aise, car les interactions en ligne se d&#233;roulent en fran&#231;ais. Les employ&#233;s roumains sont dans leur majorit&#233; des jeunes &#8212; femmes et hommes&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nb2' class='spip_note' rel='footnote' title='L'activit&#233; d'animation n'est pas une occupation (...)' id='nh2'&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt; &#8212; b&#233;n&#233;ficiant d'un bon niveau d'&#233;ducation (&#233;tudes sup&#233;rieures de premier et deuxi&#232;me cycle dans des fili&#232;res diverses), bien que peu exp&#233;riment&#233;s sur le march&#233; de l'emploi. Le manque d'opportunit&#233;s et de relations, ainsi que le faible niveau des salaires que l'on peut obtenir ailleurs, sont les conditions g&#233;n&#233;rales qui poussent ces jeunes &#224; s'engager, au moins au d&#233;but de la p&#233;riode o&#249; nous avons r&#233;alis&#233; nos observations (2000-2004) dans cette activit&#233;. A premi&#232;re vue les employ&#233;s entretiennent donc un rapport plut&#244;t instrumental &#224; leur emploi, le salaire que l'on peut y obtenir &#233;tant bien sup&#233;rieur &#224; la moyenne. Apr&#232;s 2004, le recrutement de nouveaux animateurs se fait toutefois de plus en plus parmi des &#233;tudiants qui encha&#238;nent les petits boulots, avec un salaire inchang&#233;, alors que les autres salaires de l'&#233;conomie nationale augmentent progressivement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'entreprise fonctionne 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. L'activit&#233; est organis&#233;e en trois quarts de travail de 6, 8 ou 10 heures : premier quart, 8h/10h-16h, le deuxi&#232;me, 16h-22h, le troisi&#232;me, 22h-6h/8h. En g&#233;n&#233;ral les animateurs choisissent le quart de travail qui leur convient. Les effectifs de l'entreprise ont vari&#233; au cours du temps en fonction du volume de travail g&#233;n&#233;r&#233; par les services &#224; animer, d'environ 30 &#224; 100 employ&#233;s. Au d&#233;but, l'entreprise animait uniquement des services de messagerie Minitel. On a introduit ensuite l'Audiotel et le &#171; &lt;i&gt;Live&lt;/i&gt; &#187; (animation par &lt;i&gt;web-chat&lt;/i&gt; d'applications pour Internet ou pour le t&#233;l&#233;phone portable). Comme le Minitel &#233;tait en perte de vitesse, on l'a remplac&#233; par les services de &lt;i&gt;chat&lt;/i&gt; &#233;crit via Internet et par t&#233;l&#233;phone portable (appel&#233; par les animateurs SMS). Les clients paient soit au message (pour le SMS), soit &#224; la minute de connexion (pour les autres services). L'enjeu est de garder le client en ligne, de le motiver &#224; y revenir et de l'inciter &#224; &#233;crire des messages. Le nombre de postes de travail n&#233;cessaires par tranche horaire est fix&#233; en fonction du flux estim&#233; de clients. Aux heures creuses (de 6h &#224; 8h) on peut trouver seulement 2 animateurs dans l'entreprise, alors qu'aux heures de pointe les effectifs peuvent atteindre une vingtaine de personnes.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;div class=&quot;non_flottant_titre&quot;&gt;&lt;a name='3'&gt;&lt;/a&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#tablematiere&quot;&gt;Topographie des lieux de travail &lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Lors de notre enqu&#234;te, l'entreprise est log&#233;e dans un b&#226;timent r&#233;sidentiel, r&#233;am&#233;nag&#233; comme espace de travail. Au rez-de-chauss&#233;e, deux grandes salles, affect&#233;es &#224; l'animation &#233;crite par Minitel, Internet et t&#233;l&#233;phone portable, l'une pour les fumeurs, l'autre pour les non-fumeurs, s&#233;par&#233;es par un hall o&#249; il y a le bureau du surveillant et deux postes de travail que l'on occupe s'il n'y a pas assez de places dans les autres. Les portes partiellement vitr&#233;es des salles laissent entrevoir l'int&#233;rieur. Dans chaque pi&#232;ce, les bureaux et les postes de travail sont rang&#233;s le long des murs, de sorte que les animateurs peuvent se trouver assis &#224; c&#244;t&#233; de leurs coll&#232;gues, ou leur tourner le dos.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au fond de la cour, une autre porte m&#232;ne vers la salle o&#249; se d&#233;roule l'animation Audiotel. Les bureaux, au milieu de la pi&#232;ce, sont s&#233;par&#233;s par des demi-cloisons, qui offrent une intimit&#233; relative. Les travailleuses &#8212; il s'agit de l'Audiotel &#8212; peuvent ainsi se parler et entendre les messages envoy&#233;s par leurs coll&#232;gues au t&#233;l&#233;phone. La conversation op&#232;re ici en deux temps : on &#233;coute le message du client, puis on lui r&#233;pond.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;A l'&#233;tage, se trouvent les salons am&#233;nag&#233;s pour l'animation &#171; &lt;i&gt;Live&lt;/i&gt; &#187; par Internet ou par t&#233;l&#233;phone portable. L'image est associ&#233;e &#224; l'&#233;crit ou &#224; la voix : devant une cam&#233;ra, un mod&#232;le (femme) fait du strip-tease et manipule &#224; l'aide d'une t&#233;l&#233;commande les cadres vid&#233;o montr&#233;s &#224; l'image, alors que l'animateur ou l'animatrice, engag&#233; dans la conversation avec les clients, lui donne, derri&#232;re son ordinateur, des indications de mise en sc&#232;ne telles que : &#171; zoom sur les seins &#187;, &#171; fais des bisous &#187;, &#171; tourne-toi &#187;, etc. La distance entre les salons et les paravents assure une certaine intimit&#233; aux strip-teaseuses. Les animateurs &#233;vitent de les regarder directement, pouvant suivre leur &#233;volution sur l'&#233;cran. Les mat&#233;riaux analys&#233;s ci-dessous proviennent surtout de l'observation de l'animation &#233;crite par Minitel, Internet ou SMS, mais aussi de l'animation Audiotel.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'arrangement de l'espace semble porter une id&#233;e forte : chacun se concentre sur ce qu'il a &#224; faire. Les bureaux ne sont toutefois pas dispos&#233;s en file, comme dans les grandes compagnies am&#233;ricaines des ann&#233;es 1950 ou certains centres d'appel contemporains, o&#249; la communication avec les coll&#232;gues est alors parfois assez difficile. Lorsque l'entreprise a d&#233;m&#233;nag&#233; dans un espace plus grand, la disposition des postes de travail est rest&#233;e inchang&#233;e. Les animateurs peuvent communiquer entre eux, se parler tout en restant devant leur poste de travail. On peut se tourner ou s'approcher d'un coll&#232;gue pour regarder son ordinateur, jeter un coup d'&#339;il sur l'&#233;cran d'&#224; c&#244;t&#233;, tendre l'oreille pour entendre le message d'une coll&#232;gue sur l'Audiotel, etc., sans n&#233;gliger pour autant ses obligations contractuelles. Dans cette sc&#232;ne secondaire des relations avec les coll&#232;gues, sont aussi rep&#233;rables les &#233;l&#233;ments visibles de l'engagement dans la sc&#232;ne officielle, comme l'attitude muette devant l'ordinateur, les mains agiles sur les claviers et le bruit violent produit par l'enfoncement de la touche &lt;i&gt;envoyer&lt;/i&gt; apr&#232;s chaque message &#233;crit.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;div class=&quot;non_flottant_titre&quot;&gt;&lt;a name='4'&gt;&lt;/a&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#tablematiere&quot;&gt;Interactions en ligne et interactions entre pairs : deux types d'engagement &lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Nous avons vu que les activit&#233;s des animateurs prennent place dans deux espaces &#224; la fois : d'un c&#244;t&#233;, leur mission est d'engager la conversation &#224; distance avec les clients ; de l'autre, ils sont pris dans des interactions en face &#224; face avec leurs coll&#232;gues. La plus grande partie du temps, ces deux engagements ne s'articulent pas de fa&#231;on s&#233;quentielle ; ils se superposent. Goffman a &#233;voqu&#233; des situations similaires, o&#249; les participants ont, &#224; c&#244;t&#233; d'un engagement principal, plusieurs engagements secondaires, qui se glissent dans les interstices du premier &#224; l'aide de &#171; pare-engagements &#187; (&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('GOFFMAN Erving, 1981. &#171; Engagement &#187;, in WINKIN Yves, La nouvelle communication, Paris, Seuil. Pp : 267-278.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;1981 : 273&lt;/a&gt;). Avec les animateurs du &lt;i&gt;chat rose&lt;/i&gt;, nous sommes aussi dans la situation d&#233;crite au d&#233;but de son essai sur la distance au r&#244;le : &#171; Il y a des cas o&#249; la sc&#232;ne d'activit&#233; produit chez l'individu un moi (&lt;i&gt;self&lt;/i&gt;) qu'il r&#233;pugne apparemment &#224; accepter ouvertement, puisque sa conduite sugg&#232;re qu'il y a peu d'affiliation entre lui et son r&#244;le &#187; (&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('GOFFMAN Erving, 2002. &#171; La &#8216;distance au r&#244;le' en salle d'op&#233;ration &#187;, Actes de la recherche en sciences sociales, 3 (143):80-87.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2002 : 81&lt;/a&gt;). C'est en ce sens aussi que sont in&#233;galement appr&#233;ci&#233;s les diff&#233;rents m&#233;dia : l'&#233;crit (&lt;i&gt;chat&lt;/i&gt;), l'audio (t&#233;l&#233;phone), le visuel-&#233;crit (web-cam). L'&#233;crit est jug&#233; le plus commode. Il permet une distance s&#233;curisante, alors que l'audio exige un engagement plus intime avec la voix. Quant au vid&#233;o-&lt;i&gt;chat&lt;/i&gt;, ce qu'on appelle dans l'entreprise &#171; le &lt;i&gt;live&lt;/i&gt; &#187;, il est compl&#232;tement rejet&#233; par tous les animateurs. Ceux-ci acceptent n&#233;anmoins d'apposer leur animation &#233;crite ou parl&#233;e sur les images de mod&#232;les embauch&#233;es pour l'occasion et qui ne parlent pas fran&#231;ais. Beaucoup affirment &#233;galement qu'ils ne feraient pas ce m&#233;tier si la langue de communication avec les clients &#233;tait le roumain ; le fran&#231;ais constitue ainsi d'embl&#233;e une ressource importante de mise &#224; distance du &#171; sale boulot &#187;. Notons aussi que certains animateurs valorisent cet emploi comme une occasion extraordinaire d'approfondissement linguistique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En observant les animateurs et en suivant leurs discussions, on remarque surtout qu'une forme d'engagement &lt;i&gt;par distanciation&lt;/i&gt; fait partie du &lt;i&gt;mandat&lt;/i&gt; qu'ils &#233;tablissent au cours de leur activit&#233;, au sens de Hughes (&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('HUGHES Everett C., 1996. Le regard sociologique. Essais choisis. Paris, Editions de l'EHESS.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;1996&lt;/a&gt;) : ils la consid&#232;rent comme correcte, normale et appropri&#233;e. Plus largement, ils sont pris alors entre une d&#233;finition de leur activit&#233; &#233;tablie par l'entreprise, une d&#233;finition m&#233;prisante souvent donn&#233;e par les autres (y compris par certains clients), qu'ils ne peuvent ignorer, et leur propre d&#233;finition. Par moments, ils prennent le point de vue de l'autre (soci&#233;t&#233;, opinion publique) et reversent tout leur m&#233;pris sur la client&#232;le.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais se laisser accabler par l'interaction en ligne serait aussi per&#231;u comme un manque de comp&#233;tences. Les surveillants, charg&#233;s aussi de la formation, ou les anciens disent aux nouvelles recrues qu'il ne faut pas &#171; prendre sur soi &#187;, qu'il faut &#171; prendre de la distance &#187; par rapport aux dialogues en ligne.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Or l'opinion courante ne fait pas la distinction entre ce qui rel&#232;ve du travail du sexe et ce qui rel&#232;ve de l'intimit&#233;. Pour maintenir une image convenable d'eux-m&#234;mes, les employ&#233;s introduisent ainsi des fronti&#232;res, en la mati&#232;re, entre le public et le priv&#233;. Il y a ainsi des seuils qu'ils ne se disent pas pr&#234;ts &#224; franchir, tel que faire du strip-tease devant une cam&#233;ra, comme dans le &#171; &lt;i&gt;Live&lt;/i&gt; &#187;. Lors d'un entretien, Dan me raconte l'une de ses discussions avec une animatrice :&lt;/p&gt; &lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Il y a une diff&#233;rence&#8230; je te l'ai dis. Il y avait des filles qui travaillaient &#224; l'Audio qui disaient : &#171; tu sais, mon copain ne sait pas ce que je fais ici &#187;. Ben&#8230; je suis d&#233;sol&#233;, mais tu parles au t&#233;l&#233;phone avec quelqu'un, tu ne fais rien d'autre. Et elle : &#171; non, les hommes sont idiots, ils ne comprennent pas. Et toi, tu comprends &#231;a parce que tu es du milieu. &#187; Je lui ai r&#233;pondu : &#171; D&#233;sol&#233;, mais si j'&#233;tais avec une fille et qu'elle me disait qu'elle travaillait pour une ligne &#233;rotique, qu'elle travaillait seulement au t&#233;l&#233;phone et qu'elle g&#233;missait, je n'aurais aucun probl&#232;me. &#187; Il y aurait un probl&#232;me si elle se d&#233;shabillait devant une cam&#233;ra. L&#224;, je lui dirais : &#171; Cara mia, chacun sa vie ! &#187;&lt;/i&gt; (extrait de l'entretien avec Dan&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nb3' class='spip_note' rel='footnote' title='Afin de pr&#233;server l'anonymat des travailleurs nous utiliserons ici (...)' id='nh3'&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Au cours des interactions informelles et fluctuantes entre coll&#232;gues, les relations avec les clients sont aussi mises en question, relativis&#233;es et modalis&#233;es.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Une bonne partie de ces relations imm&#233;diates entre pairs repr&#233;sente un acte de d&#233;sengagement, de distanciation, d'abandon du r&#244;le tenu en ligne, sans n&#233;anmoins quitter le r&#244;le d'animateur. Dans l'article de S. Chaker, &#171; Entreprise &#8216;nor-m&#226;le' cherche femme pour production de contenus &#224; valeur ajout&#233;e. Ethnographie d'une soci&#233;t&#233; de messageries rose &#187; (&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('CHAKER Saloua, 2003. &#171; Entreprise &#8216;nor-m&#226;le' cherche femme pour production de contenus &#224; valeur ajout&#233;e. Ethographie d'une soci&#233;t&#233; de messageries rose &#187;, Travailler, 1 (9) : 133-161.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2003&lt;/a&gt;), les employ&#233;es semblent d&#233;pourvues de tout moyen de r&#233;sistance face &#224; une domination masculine qui les contraint de produire sans rel&#226;che leur condition de femmes. Leur travail, tel que d&#233;crit par S. Chaker, ne semble exiger aucune comp&#233;tence particuli&#232;re, sauf celle, suppos&#233;e toute naturelle, de femme sachant exploiter son inclination &#224; satisfaire les hommes. Dans l'enqu&#234;te que cet auteur a men&#233;e de mani&#232;re clandestine dans une entreprise de t&#233;l&#233;phone rose &#224; Toulouse, l'activit&#233; d&#233;crite ressemble beaucoup &#224; ce qui se passe &#224; l'Audiotel de notre entreprise, mais l'organisation est diff&#233;rente : contr&#244;le stricte des travailleuses, subordination totale, impossibilit&#233; de communiquer avec les coll&#232;gues, isolement dans des boxes. Les animatrices semblent surtout n'avoir aucune marge de man&#339;uvre et leur exp&#233;rience de travail serait une v&#233;ritable torture (les travailleuses s'&#233;vanouissent dans les cabines, sont d&#233;pressives, ont des troubles psychiques). La &quot;sexualit&#233; naturelle&quot; des femmes serait sous le contr&#244;le total d'une entreprise qui r&#233;duit l'animation &#224; la production de la &quot;sexualit&#233; f&#233;minine naturelle&quot;, rendant ainsi invisible l'activit&#233; des animatrices en tant que &lt;i&gt;travail&lt;/i&gt; du sexe.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La particularit&#233; des mat&#233;riaux analys&#233;s ici est d'avoir &#233;t&#233; recueillis pour l'essentiel pendant le travail effectif, certains l'ayant &#233;t&#233; aussi sur le chemin de retour &#224; la maison, &#224; la fin du service. Ayant alors compl&#232;tement abandonn&#233; leur r&#244;le, les animateurs continuent de discuter des situations comiques ou &#233;tonnantes rencontr&#233;es durant la journ&#233;e. &#192; la diff&#233;rence des entretiens, o&#249; les affirmations supposent toujours la sollicitation de l'intervieweur, nos mat&#233;riaux ont &#233;t&#233; recueillis en situation naturelle, dans les conditions professionnelles habituelles. Dans les entretiens formels avec les animateurs, nul propos ne t&#233;moigne d'un m&#233;pris, d'une hostilit&#233; vis-&#224;-vis des clients, ou exprime ouvertement un d&#233;go&#251;t pour l'activit&#233; ; ils parlent m&#234;me avec une certaine sympathie-compassion de leurs clients. Ils contr&#244;lent ainsi beaucoup plus leurs &#233;motions et sentiments, ainsi que le vocabulaire utilis&#233;.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;div class=&quot;non_flottant_titre&quot;&gt;&lt;a name='5'&gt;&lt;/a&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#tablematiere&quot;&gt;L'obligation de s'engager dans les deux sc&#232;nes&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Au lieu de chercher &#224; hi&#233;rarchiser les deux sc&#232;nes, observons que les animateurs sont habitu&#233;s &#224; les superposer : &#224; continuer leur activit&#233; en ligne, en se lan&#231;ant dans des &#233;changes occasionnels, dans un engagement diffus, avec leurs coll&#232;gues.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'encadrement &#8212; dans son r&#244;le de gestionnaire des tensions de l'activit&#233; - tol&#232;re ce genre d'engagement distant, s'il ne nuit pas &#224; l'accomplissement r&#233;gulier des t&#226;ches. En pratique, seules les discussions prolong&#233;es sont sanctionn&#233;es. Les sup&#233;rieurs &#233;tant essentiellement pr&#233;occup&#233;s par le nombre de minutes de connexion totalis&#233;es &#224; la fin d'une journ&#233;e ou le nombre de messages envoy&#233;s par les clients, les engagements &quot;&#224; c&#244;t&#233;&quot; sont tol&#233;r&#233;s, pour autant bien s&#251;r qu'ils ne mettent pas en question la d&#233;finition officielle de la situation, le fait qu'on est l&#224; pour travailler. Un relatif consensus r&#232;gne quant aux valeurs attendues de l'activit&#233; : des textes d'une longueur moyenne, avec une fr&#233;quence de deux messages et demi par minute. Y parvenir suppose toutefois d'&#233;viter, ou du moins, de minimiser les interf&#233;rences.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Certains animateurs g&#232;rent mieux que d'autres ce double engagement : le travail est pour eux tellement routinier qu'ils peuvent facilement continuer &#224; taper les messages tout en faisant des commentaires et participer aux discussions de groupe. Le probl&#232;me qui se pose aux animateurs tout au long de l'activit&#233; de travail est celui signal&#233; par Winkin &#224; propos des analyses de Goffman : &#171; comment &#234;tre &#224; la fois dedans et dehors ? &#187; (&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('WINKIN Yves, 1988. &#171; Pr&#233;sentation g&#233;n&#233;rale : Erving Goffman : portrait du sociologue en jeune homme &#187;, in GOFFMAN Erving, Les moments et leurs hommes. Paris, Seuil:11-92.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;1988&lt;/a&gt;). Ainsi, un silence trop prolong&#233; pendant le travail est remarqu&#233; par les autres et sujet &#224; interrogations : &lt;i&gt;tu n'es pas dans ton assiette, tu es triste, fatigu&#233; ?&lt;/i&gt; Un engagement exclusif dans les conversations en ligne est plut&#244;t le fait des nouveaux venus qui, n'ayant pas encore de contacts avec les autres, restent silencieux dans leur coin. Les plus extravertis et sociables posent n&#233;anmoins d&#233;j&#224; des questions, engagent la discussion avec les autres.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Chaque commentaire, r&#233;cit ou compte rendu semble &#234;tre destin&#233; aux coll&#232;gues, comme pour manifester &#8212; ou s'assurer &#8212; que l'on est un bon animateur, que son engagement vis-&#224;-vis des clients est le bon, que la distance est correcte par rapport &#224; ce qui est exprim&#233; en ligne. On attend ainsi la v&#233;rification, la confirmation et finalement la validation de ses perceptions par les autres. Se trouvent ainsi construites plusieurs formes de distanciation, que nous tenterons de cerner &#224; partir de cat&#233;gories de sens commun &#224; valeur descriptive &#8212; l'ennui, le m&#233;pris, la d&#233;rision, l'ironie et l'humour, sans avoir la pr&#233;tention d'en faire des concepts rigides.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;div class=&quot;non_flottant_titre&quot;&gt;&lt;a name='6'&gt;&lt;/a&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#tablematiere&quot;&gt;Les figures de la distance&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;/h3&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;div class=&quot;non_flottant_titre&quot;&gt;&lt;a name='6.1'&gt;&lt;/a&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#tablematiere&quot;&gt;L'ennui et le m&#233;pris&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Les animateurs d&#233;laissent souvent leurs activit&#233;s de travail en ligne pour avouer &#224; leurs coll&#232;gues qu'ils sont ennuy&#233;s par tel ou tel client : &#171; &lt;i&gt;J'en ai marre de celui-l&#224; !&lt;/i&gt; &#187; Les autres manifestent alors de la compassion, et comprennent de quoi il s'agit : &#171; &lt;i&gt;personne n'aime ce travail&lt;/i&gt; &#187;.&lt;br /&gt; A mon retour de Paris, &#224; l'&#233;t&#233; 2006, pour un stage de 3 mois dans l'entreprise, j'ai trouv&#233; de nouveaux animateurs mais aussi de nouveaux clients :&lt;/p&gt; &lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p&gt;Les coll&#232;gues me mettent au courant des clients que je ne connais pas. Je fais connaissance avec le fameux Daniel que toutes les animatrices de l'audio connaissent puisqu'il passe beaucoup de temps dans le r&#233;seau et revient toujours avec le m&#234;me sc&#233;nario. Alice me dit &#224; son propos qu'il la fatigue, l'ennuie, parce qu'il parle trop. (notes de terrain)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Les clients qui restent trop longtemps sur le r&#233;seau irritent les animateurs, m&#234;me si le temps pass&#233; en ligne est bien s&#251;r un indice de l'efficacit&#233; de l'animation. Les animateurs remarquent souvent &#224; haute voix qu'ils en ont assez d'untel qui est connect&#233; depuis le matin, d'un autre qui s'est reconnect&#233; toute la nuit, ou qui est en ligne depuis telle ou telle heure. Mais ce qui les agace le plus, c'est quand les clients exigent de fa&#231;on r&#233;currente les m&#234;mes sc&#233;narios et les m&#234;mes fantasmes :&lt;/p&gt; &lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Mimi, toujours la m&#234;me chose, &#231;a m'&#233;nerve ! Mais je m'en d&#233;tache. Il y a de ceux qui le prennent personnellement&lt;/i&gt;. (Anne, en revenant du boulot dans l'autobus, notes de terrain)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;La pr&#233;sence en ligne de Dany, client fid&#232;le de l'audiotel, connu de tous, est salu&#233;e par Michelle avec un commentaire offline, pour marquer son d&#233;sespoir :&lt;/p&gt; &lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Cette esp&#232;ce de larve avec sa Juliette est revenue. Je comprends bien qu'on peut avoir un truc&lt;/i&gt; [un fantasme, un sc&#233;nario r&#233;current] &lt;i&gt;&#8230; mais depuis des ann&#233;es la m&#234;me chose ?&lt;/i&gt; (note de terrain. Nous ajoutons les mots entre crochets)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le plus gros souci des animateurs est de montrer qu'ils ne sont pas comme les clients, que ceux-ci sont non seulement inf&#233;rieurs, mais aussi pas tout &#224; fait normaux. Des remarques, des commentaires, des critiques sont prof&#233;r&#233;s dans le but de mettre de la distance par rapport aux clients et par rapport aux r&#244;les jou&#233;s dans les interactions en ligne. Nulle offense n'est plus grave que d'assimiler un animateur aux clients. Les animateurs trouvent au contraire dans le groupe des pairs une audience toute acquise &#224; l'expression d'un m&#233;pris envers le monde du sexe virtuel qu'ils contribuent &#224; fabriquer.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La litt&#233;rature interactionniste a souvent mis en &#233;vidence les rapports d'adversit&#233; entre les professionnels et les clients dans le &#171; &lt;i&gt;social drama of work&lt;/i&gt; &#187; (Hughes, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('HUGHES Everett C., 1996. Le regard sociologique. Essais choisis. Paris, Editions de l'EHESS.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;1996 : 83&lt;/a&gt;). On se souvient de l'attitude des musiciens de jazz envers leurs clients (&#171; les &lt;i&gt;caves&lt;/i&gt; &#187;) (Becker, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('BECKER Howard, 1985. Outsiders. Etudes de sociologie de la d&#233;viance. Paris, M&#233;taili&#233;.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;1985&lt;/a&gt;). De m&#234;me, les animateurs repoussent ici la commercialisation de la sexualit&#233; &#224; laquelle ils prennent une part active.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En g&#233;n&#233;ral, les clients des &lt;i&gt;chats roses&lt;/i&gt; sont d&#233;sign&#233;s par un terme neutre, &#171; les connect&#233;s &#187;. N&#233;anmoins, pour marquer le d&#233;plaisir produit par ce genre de travail et par les clients, les animateurs utilisent souvent des termes d&#233;nigrants. Durant l'&#233;t&#233; 2006, certains nommaient les clients des &#171; &lt;i&gt;larves&lt;/i&gt; &#187;, soit sur un ton s&#233;rieux, soit le plus souvent sur un ton ironique. D'autres appellations sont reprises des dialogues en ligne eux-m&#234;mes, en fran&#231;ais, ou adapt&#233;s en roumain, telle cette remarque sur une femme connect&#233;e sur l'Audiotel : &#171; &lt;i&gt;quelle salope !&lt;/i&gt; &#187; (&#171; &lt;i&gt;ce saloap&#259; !&lt;/i&gt; &#187;). Les mots vulgaires utilis&#233;s dans les conversations entre les animateurs sont souvent des mots fran&#231;ais ou adapt&#233;s &#224; la phon&#233;tique roumaine : &#171; &lt;i&gt;saloap&#259;&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;branlagiu&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;branlet&#259;&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;sumis&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;bit&#259;&lt;/i&gt; &#187;, etc. Sans devenir g&#233;n&#233;rales, les appellations comme &#171; larve &#187;, &#171; branleur &#187; ou &#171; vomissure &#187;, sont r&#233;currentes dans le groupe des animateurs. Et le vocabulaire des dialogues est souvent tr&#232;s cruel. La p&#233;riode de formation est d'ailleurs d&#233;di&#233;e en grande partie &#224; l'acquisition d'un tel jargon sexuel.&lt;/p&gt; &lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p&gt;Une animatrice compl&#232;tement d&#233;sarm&#233;e t&#233;moigne :&lt;br /&gt;
&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;&lt;code class='spip_code' dir='ltr'&gt;-&lt;/code&gt;&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;Des fois je m'attends &#224; parler de trucs normaux avec eux, mais pas possible, ils n'en sont pas capables.&lt;/i&gt; &lt;br /&gt;
De m&#234;me cette discussion entre deux animatrices relativement nouvelles, frapp&#233;es par la vulgarit&#233; des dialogues : &lt;br /&gt;
&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;&lt;code class='spip_code' dir='ltr'&gt;-&lt;/code&gt;&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;J'ai eu raison de dire que les Fran&#231;ais sont les plus pervers.&lt;/i&gt; &lt;br /&gt;
&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;&lt;code class='spip_code' dir='ltr'&gt;-&lt;/code&gt;&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;Bien au contraire, je les croyais plut&#244;t timides ; mais si tu voyais les Anglaises, quelles salopes !&lt;/i&gt; (notes de terrain)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Des recherches ethnographiques canadiennes faites dans des &#233;tablissements de travail du sexe ont des conclusions bien diff&#233;rentes : &#171; La majorit&#233; des travailleuses aiment bien les clients, les trouvent pour la plupart agr&#233;ables et respectueux &#187; ; sur les 14 personnes interview&#233;es, une seule affirme d&#233;tester les clients (Parent, Bruckert, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('PARENT Colette, BRUCKERT Chris, 2005. &#171; Le travail du sexe dans les &#233;tablissements de services &#233;rotiques : une forme de travail marginalis&#233; &#187;, D&#233;viance et soci&#233;t&#233;, 29 (1) : 33-53.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2005 : 42&lt;/a&gt;). Nous pensons que cette divergence tient aux m&#233;thodes utilis&#233;es par les auteurs. Dans les entretiens que nous avons r&#233;alis&#233;s loin des lieux de travail, nos animateurs adoptent eux aussi une attitude plus d&#233;tach&#233;e, &#233;voquant surtout les moments amusants et agr&#233;ables de leur activit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ainsi, les animateurs reproduisent commun&#233;ment &#224; haute voix, pour leurs coll&#232;gues, les messages jug&#233;s hors du commun, surprenants ; parfois ils n'&#233;noncent m&#234;me plus le contenu du message, ils se contentent d'exprimer leur &#233;tonnement :&lt;/p&gt; &lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p&gt;D&#233;couvrant les secrets du m&#233;tier, une animatrice relativement nouvelle observe ce qu'il faut dire pour contenter le client : &lt;br /&gt;
&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;&lt;code class='spip_code' dir='ltr'&gt;-&lt;/code&gt;&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;Ceux-l&#224;, si on leur dit &#171; j'aime sucer &#224; pleine gorge &#187;, sont compl&#232;tement s&#233;duits.&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;
Et imm&#233;diatement apr&#232;s, d'ajouter :&lt;br /&gt;
&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;&lt;code class='spip_code' dir='ltr'&gt;-&lt;/code&gt;&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;Beurk, &#231;a me fait d&#233;gueuler !&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;
Ou encore ce commentaire qui est g&#233;n&#233;ralis&#233; &#224; tous les Fran&#231;ais :&lt;br /&gt;
&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;&lt;code class='spip_code' dir='ltr'&gt;-&lt;/code&gt;&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;&#201;coute, il aime les jeux de pisse ! Mon dieu, j'enverrais la moiti&#233; des Fran&#231;ais voir un psychiatre ! &lt;/i&gt; (notes de terrain)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Un reproche fr&#233;quent est la difficult&#233; d'engager un dialogue coh&#233;rent avec les clients, qui r&#233;pondent par des &#171; ok &#187;, par des messages monosyllabiques ou par des r&#233;pliques jug&#233;es inappropri&#233;es :&lt;/p&gt; &lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;&lt;code class='spip_code' dir='ltr'&gt;-&lt;/code&gt;&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;Titi veut dial chaud, mais il n'est pas capable d'y participer&lt;/i&gt; (note de terrain)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Les dialogues occasionn&#233;s par de telles interactions sont hilarants pour les animateurs, qui ne manquent aucune occasion de les partager avec les autres, en les reproduisant &#224; haute voix :&lt;/p&gt; &lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;&lt;code class='spip_code' dir='ltr'&gt;-&lt;/code&gt;&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;Comment excites-tu une femme ?&lt;/i&gt; demande l'animateur.&lt;br/&gt;
&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;&lt;code class='spip_code' dir='ltr'&gt;-&lt;/code&gt;&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;Trop de questions, bye !&lt;/i&gt; r&#233;pond le client. (notes de terrain)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Comme dans l'exemple ci-dessus, les t&#233;moignages spontan&#233;s des animateurs concernent les dialogues qui manquent de coh&#233;rence, de logique, de sens et qui font rire.&lt;/p&gt; &lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Nicolas : C'est un de ceux qui manque de sens, de logique ; tu poses une question, il ne te r&#233;pond pas. Il attend que tu lui r&#233;pondes.&lt;/i&gt; (notes de terrain)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Certains commentaires parfois tr&#232;s violents, comme des jurons, sont d'une certaine fa&#231;on le revers des d&#233;gradations subies parfois par les travailleuses du sexe, ou de l'attitude m&#233;prisante des clients pour les escortes, masseuses ou danseuses dont parlent Parent et Bruckert (&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('PARENT Colette, BRUCKERT Chris, 2005. &#171; Le travail du sexe dans les &#233;tablissements de services &#233;rotiques : une forme de travail marginalis&#233; &#187;, D&#233;viance et soci&#233;t&#233;, 29 (1) : 33-53.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2005 : 45-46&lt;/a&gt;). Les deux auteurs interpr&#232;tent l'attitude m&#233;prisante de certains clients comme un effort pour se placer eux-m&#234;mes &#171; du bon c&#244;t&#233; de la morale &#187;. Selon les travailleuses interview&#233;es par Parent et Bruckert, les clients manifestent n&#233;anmoins en g&#233;n&#233;ral un comportement respectueux. Le client du &lt;i&gt;chat&lt;/i&gt; &#233;rotique a comme perdu son pouvoir, il est seul de son c&#244;t&#233;, alors que les animateurs b&#233;n&#233;ficient du soutien d'un groupe solidaire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'orientation des dialogues vers le sc&#233;nario sexuel est assum&#233;e par les animateurs, qui pr&#233;f&#232;rent souvent un dialogue chaud &#224; un dialogue convivial, dans lequel le client insiste pour un rendez-vous r&#233;el. Mais la fixation ou l'obsession de certains clients pour une pratique sexuelle exasp&#232;re certains, d'autant plus que le dispositif technique permet d'avoir plusieurs dialogues parall&#232;les avec le m&#234;me client, gr&#226;ce aux &#171; fictifs &#187;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nb4' class='spip_note' rel='footnote' title='Les &#171; fictifs &#187; sont des pseudonymes enregistr&#233;s par un m&#234;me animateur. Un (...)' id='nh4'&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt; :&lt;/p&gt; &lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;&lt;code class='spip_code' dir='ltr'&gt;-&lt;/code&gt;&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;Quel idiot celui-l&#224;. Son seul fantasme est de se faire sucer ; il l'a d&#233;j&#224; dit 3 fois &#224; 3 de mes fictifs ; par hasard c'&#233;tait toujours moi. J'essaie de le tenter avec quelque chose d'autre, de lui raconter des choses, et rien. Il ne veut que &#231;a.&lt;/i&gt; (notes de terrain)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Toutes ces critiques contribuent &#224; d&#233;finir le monde interactionnel, o&#249; on interagit avec les clients, comme un monde d&#233;r&#233;gl&#233;, anormal, qui manque de sens et de coh&#233;rence. On prouve ainsi aux coll&#232;gues et &#224; soi-m&#234;me que l'on est &#171; du bon c&#244;t&#233; de la morale &#187;, pour reprendre l'expression de Parent et Bruckert (&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('PARENT Colette, BRUCKERT Chris, 2005. &#171; Le travail du sexe dans les &#233;tablissements de services &#233;rotiques : une forme de travail marginalis&#233; &#187;, D&#233;viance et soci&#233;t&#233;, 29 (1) : 33-53.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2005 : 45&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;div class=&quot;non_flottant_titre&quot;&gt;&lt;a name='6.2'&gt;&lt;/a&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#tablematiere&quot;&gt;La d&#233;rision, l'humour et l'ironie&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Dan narre souvent ses dialogues avec les clients, surtout les plus amusants. Dans quelques jours, c'est le 14 juillet et, pour rigoler, il annonce &#224; tout le monde :&lt;/p&gt; &lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le 14 juillet, je vais sucer tout le monde parce que c'est la f&#234;te de la R&#233;publique .&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le sexe oral figure en bonne place dans les sc&#233;narios sexuels en ligne et dans les fantasmes des clients. En ridiculisant le contenu des dialogues, les animateurs prennent de la distance avec le r&#244;le qu'ils doivent jouer. Selon E. Goffman, la distance nie &#171; non le r&#244;le, mais le soi impliqu&#233; par le r&#244;le &#187; (&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('GOFFMAN Erving, 1961. Encounters : Two Studies in the Sociology of Interaction. Indianapolis, The Bobbs-Merrill Company.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;1961 : 95&lt;/a&gt;). La distanciation &#171; laisse appara&#238;tre la personne derri&#232;re le personnage &#187; (Winkin, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('WINKIN Yves, 2002. Introduction &#224; &#171; La &#8216;distance au r&#244;le' en salle d'op&#233;ration &#187;, Actes de la recherche en sciences sociales, 3 (143) : 80-87.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2002 : 80&lt;/a&gt;) et permet la mise en valeur de la personnalit&#233; de l'individu qui assure l'animation.&lt;/p&gt; &lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p&gt;Dans les dialogues les animateurs sont toujours &#224; la recherche de la meilleure r&#233;ponse, du mot d'esprit parfait, de la r&#233;plique m&#233;morable. Voici ce message envoy&#233; par un client, partag&#233; avec les autres pour rire :&lt;br /&gt;
&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;&lt;code class='spip_code' dir='ltr'&gt;-&lt;/code&gt;&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;Vous &#234;tes esclavagistes ?&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;
C'est le mot esclavagiste qui fait rire et incite certains animateurs &#224; la ruse :&lt;br /&gt;
&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;&lt;code class='spip_code' dir='ltr'&gt;-&lt;/code&gt;&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;Oh, comme je lui r&#233;pondrais moi&#8230;&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;
Il a d&#233;j&#224; une r&#233;ponse sur les l&#232;vres :&lt;br /&gt;
&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;&lt;code class='spip_code' dir='ltr'&gt;-&lt;/code&gt;&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;Moi, je suis moyen-&#226;geuse ! &lt;/i&gt;&lt;br /&gt; On d&#233;montre aux pairs que l'on est spontan&#233;, que l'on a de l'imagination, que l'on sait jouer avec les mots, que l'on sait animer. (notes de terrain)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Les animateurs notifient ainsi &#224; leurs coll&#232;gues tous les tours de parole qui leur semblent r&#233;ussis.&lt;/p&gt; &lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p&gt;Nicolas &#233;crit en r&#233;ponse &#224; la r&#233;plique du client &#171; &lt;i&gt;&#231;a fait r&#234;ver !&lt;/i&gt; &#187; :&lt;br /&gt; &lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;&lt;code class='spip_code' dir='ltr'&gt;-&lt;/code&gt;&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;Dis moi, tu fumes pas trop ?&lt;/i&gt; (notes de terrain)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;La distance ironique par rapport &#224; ce que l'on fait, aux services que l'on est cens&#233; offrir, est aussi pr&#233;sente avec Dan, qui parle de &#171; professionnalisme &#187; quand il s'agit de faire &#224; un client un &#171; &lt;i&gt;fist&lt;/i&gt; de qualit&#233; &#187;. L'ironie met en question le travail que l'on est en train de faire. De m&#234;me, avec cette forme de r&#233;sistance &#224; la d&#233;finition des services pour adultes en ligne donn&#233;e par un client, ainsi reproduite sur un ton ironique par l'animateur :&lt;/p&gt; &lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Si vous ne le saviez pas d&#233;j&#224; : le seul but de ce site est d'avoir des plans baise et sans prise de t&#234;te&lt;/i&gt;. (remarque cit&#233;e en fran&#231;ais, notes de terrain)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Pour tester la r&#233;action des animatrices (il n'y avait que des filles ce jour-l&#224; dans la salle), je lis &#224; haute voix un mail envoy&#233; par l'&#233;diteur fran&#231;ais du service, afin d'am&#233;liorer la qualit&#233; de l'activit&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ecoutez : pour am&#233;liorer la qualit&#233; de l'activit&#233;&#8230; la simulation de l'acte sexuel.&lt;/i&gt;&lt;br /&gt; En se moquant de telles consignes l'une des animatrices r&#233;plique :&lt;br /&gt;
&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;&lt;code class='spip_code' dir='ltr'&gt;-&lt;/code&gt;&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;C'est-&#224;-dire que je n'ai pas le droit de dire que je n'avale pas ?&lt;/i&gt; (Tout le monde se met &#224; rire). (notes de terrain)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Sur une plate-forme d'animation comme le &lt;i&gt;chat&lt;/i&gt; par SMS, les dialogues avec les clients peuvent devenir des &#233;laborations collectives, plusieurs animateurs ajoutant des r&#233;pliques &#224; la discussion :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p&gt;On s'amuse souvent &#224; lire &#224; haute voix les messages d'autres animateurs et &#224; faire des &#233;valuations : &lt;br /&gt;
&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;&lt;code class='spip_code' dir='ltr'&gt;-&lt;/code&gt;&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;Bon sang, Lucien, t'es compl&#232;tement fou : Qu'est-ce que tu veux ?&lt;/i&gt; &lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;&lt;code class='spip_code' dir='ltr'&gt;[&lt;/code&gt;&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;r&#233;plique du client&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;&lt;code class='spip_code' dir='ltr'&gt;]&lt;/code&gt;&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;&lt;code class='spip_code' dir='ltr'&gt;-&lt;/code&gt;&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;Une sodo et plus si affinit&#233;s.&lt;/i&gt; &lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;&lt;code class='spip_code' dir='ltr'&gt;[&lt;/code&gt;&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;r&#233;ponse de Lucien&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;&lt;code class='spip_code' dir='ltr'&gt;]&lt;/code&gt;&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt; (notes de terrain)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L'insolite et le ton ironique du message font le d&#233;lice des coll&#232;gues. Cette prise de distance subtile peut passer inaper&#231;ue aux yeux du client ou, de toute fa&#231;on, il ne la sanctionnera pas en mettant fin au dialogue. Nicolas donne souvent des exemples de messages envoy&#233;s en r&#233;ponse &#224; certaines r&#233;pliques typiques des clients :&lt;/p&gt; &lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Fais moi bander !&lt;/i&gt; [dit le client] &lt;i&gt;Tu as des probl&#232;mes d'&#233;rection ?&lt;/i&gt; [r&#233;ponse de l'animateur].&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L'exag&#233;ration est une autre mani&#232;re de tourner en d&#233;rision le travail :&lt;/p&gt; &lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p&gt;Sur l'audio les messages pr&#233;enregistr&#233;s par les animatrices peuvent &#234;tre accompagn&#233;s de commentaires offline, adress&#233;s aux coll&#232;gues. Michelle rit apr&#232;s les messages qu'elle juge un peu exag&#233;r&#233;s en se rendant compte que j'ai pu &#233;couter moi aussi le message envoy&#233;. Cette r&#233;action intervient par exemple apr&#232;s des messages comme &#171; j'ai de gros seins jusqu'au nombril &#187; ou bien &#171; mes seins sont en forme de past&#232;que &#187;. Pour justifier ses exag&#233;rations, dont beaucoup d'animateurs se servent par ailleurs, elle me dit en avoir marre de dire toujours &#171; des seins en pomme ou en poire &#187;. Pour expliquer ses exag&#233;rations ironiques, elle dit qu'elle d&#233;conne. (notes de terrain)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Pour donner plus de contenu &#224; ses dialogues, une nouvelle animatrice essaie d'obtenir des autres un fantasme susceptible de faire impression :&lt;/p&gt; &lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p&gt;Elle ne ma&#238;trise pas vraiment le vocabulaire des pratiques sexuelles, confondant partouze et fantasme :&lt;br /&gt;
&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;&lt;code class='spip_code' dir='ltr'&gt;-&lt;/code&gt;&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;Je veux une partouze &#8230; je veux un fantasme&#8230;&lt;/i&gt;&lt;br /&gt; Son coll&#232;gue plus ancien dans le m&#233;tier remarque ironiquement que la nouvelle recrue fait des progr&#232;s :&lt;br /&gt;
&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;&lt;code class='spip_code' dir='ltr'&gt;-&lt;/code&gt;&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;Carmen, tu commences &#224; bouger, d&#233;j&#224; t'as appris tant de choses dans un temps si court. &#199;a m'&#233;tonne !&lt;/i&gt; (notes de terrain)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Nous ne pouvons pas examiner ici plus l'apprentissage du m&#233;tier, qui passe par la socialisation &#224; un univers que les individus ont l'habitude d'aborder avec honte ou retenue depuis la socialisation primaire, et l'acquisition du lexique francophone qui lui correspond.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et si on dit commun&#233;ment qu'il ne faut pas prendre sur soi, qu'il faut se d&#233;tacher des messages &#233;chang&#233;s, certaines appellations d&#233;rangent les animateurs, comme dans cet &#233;change rapport&#233; par une animatrice nouvelle dans l'activit&#233; :&lt;/p&gt; &lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p&gt;La reproduction de ces &#233;changes dans le groupe de pairs est souvent pr&#233;sent&#233;e en rigolant, ou avec une fausse intrigue :&lt;br /&gt; &lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;&lt;code class='spip_code' dir='ltr'&gt;-&lt;/code&gt;&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;Je lui dis de ne plus m'appeler salope et lui, il m'appelle maintenant chienne.&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;
&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;&lt;code class='spip_code' dir='ltr'&gt;-&lt;/code&gt;&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;Remercie-le de ne pas t'appeler sale pute.&lt;/i&gt; &lt;br /&gt; Et un autre animateur d'ajouter :&lt;br /&gt;
&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;&lt;code class='spip_code' dir='ltr'&gt;-&lt;/code&gt;&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;Dis lui &#231;a : &#171; tu aimes les animaux ? &#187;&lt;/i&gt; (notes de terrain)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;div class=&quot;non_flottant_titre&quot;&gt;&lt;a name='7'&gt;&lt;/a&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#tablematiere&quot;&gt;Au-del&#224; de la morale interactionnelle ordinaire : le pouvoir de la distance au r&#244;le&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;S'engager dans une situation d'interaction exige des participants qu'ils manifestent les signes visibles d'un engagement actif correct. L'engagement appropri&#233; rel&#232;ve, comme l'a not&#233; Erving Goffman, d'une obligation interactionnelle. En &#233;tudiant les animateurs de &#171; chat rose &#187;, nous avons mis en &#233;vidence une situation de travail dans laquelle les membres s'efforcent, pour attester du caract&#232;re appropri&#233; de leur engagement dans le travail, de montrer au contraire un d&#233;sengagement et une distance au r&#244;le. Il n'est pas question ici du &lt;i&gt;caract&#232;re offensant&lt;/i&gt; d'un engagement inappropri&#233; (ou d'un d&#233;faut d'engagement), donc une infraction &#224; la morale interactionnelle, d'une atteinte &#224; l'image et &#224; la face de l'autre, mais plut&#244;t du &lt;i&gt;caract&#232;re d&#233;fensif&lt;/i&gt; d'un &lt;i&gt;engagement distant&lt;/i&gt;. Pour neutraliser le stigmate du &#171; sale boulot &#187;, les animateurs recourent &#224; des techniques de distanciation apprises au contact des pairs. La distance au r&#244;le peut &#234;tre alors envisag&#233;e comme une norme professionnelle, au m&#234;me titre que celles relatives ici &#224; la prise en charge des clients d&#232;s leur arriv&#233;e, &#224; la gestion des conversations en ligne de mani&#232;re &#224; prolonger la connexion, au fait d'&#234;tre &#224; l'&#233;coute des clients et de ne pas les contrarier, au rythme de travail objectiv&#233; dans les indicateurs de productivit&#233; enregistr&#233;s &#224; la fin d'une tranche horaire (nombre de messages et de caract&#232;res &#233;crits, temps moyen de connexion).&lt;br /&gt;Les diverses techniques de distanciation recens&#233;es &#8212; l'ennui, le m&#233;pris, la d&#233;rision, l'humour et l'ironie &#8212; n'apparaissent pas comme des d&#233;tournements strat&#233;giques ou une contestation des normes et des r&#232;gles impos&#233;es d'en haut par la hi&#233;rarchie, ni comme des actes informels propres aux travailleurs, oppos&#233;s aux prescriptions formelles. Dans son accomplissement ordinaire, l'activit&#233; de travail est le lieu d'une &#171; &#233;laboration normative &#187; continue, irr&#233;ductible aux seules r&#233;glementations formelles (Bidet, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('BIDET Alexandra, 2011. L'engagement dans le travail. Qu'est-ce que le vrai boulot ?. Paris, PUF, Le lien social.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2011&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Trouver la &#171; bonne distance &#187; avec le public est un enjeu commun aux m&#233;tiers de contact, en particulier, ceux dont la mission consiste &#224; prendre en charge des publics d&#233;munis ou vuln&#233;rables (infirmi&#232;res, travailleurs sociaux, militants) (Weller, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('WELLER Jean-Marc, 2002. &#171; Stress relationnel et distance au public. De la relation de service &#224; la relation d'aide &#187;, Sociologie du travail, 44 (1) : 75-97.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2002 : 83&lt;/a&gt;). Le &#171; stress relationnel &#187; s'installe quand le professionnel ne trouve pas les moyens de produire une fronti&#232;re s&#233;curisante avec ses destinataires. En soulignant les inconv&#233;nients d'explications qui privil&#233;gient soit les dispositions de l'individu, soit les conditions de travail, J.-M. Weller propose de penser l'individu et l'organisation ensemble : &#171; d&#232;s lors, l'objet de la recherche ne porte plus sur le sujet, ni sur l'organisation, mais sur le syst&#232;me cognitif fonctionnel qui d&#233;finit les termes m&#234;mes de leur agencement &#187; (Weller, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('WELLER Jean-Marc, 2002. &#171; Stress relationnel et distance au public. De la relation de service &#224; la relation d'aide &#187;, Sociologie du travail, 44 (1) : 75-97.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2002 : 91&lt;/a&gt;). Une telle approche s'appuie sur le concept de &#171; genre professionnel &#187; (Clot, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('CLOT Yves, 1999. La fonction psychologique du travail. Paris, PUF, Le travail humain.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;1999&lt;/a&gt;) et sur la th&#233;orie de la &#171; cognition distribu&#233;e &#187; (Hutchins, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('HUTCHINS Edwing, 1994. &#171; Comment le &#8216;cockpit' se souvient de ses vitesses, Sociologie du travail, 36 (4) : 451-473')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;1994&lt;/a&gt;). Dans son activit&#233;, le travailleur &#171; &#233;quip&#233; &#187; compte, d'un c&#244;t&#233;, sur un r&#233;seau de pratiques collectives, qui d&#233;finissent les probl&#232;mes &#224; traiter et permettent l'&#233;change entre les participants, et, d'un autre c&#244;t&#233;, sur un r&#233;seau composite de personnes et d'objets (machines, documents, espaces, etc.).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nos observations sur le travail des animateurs de &lt;i&gt;chat&lt;/i&gt; &#233;rotique montrent que, loin d'&#234;tre une activit&#233; solitaire, comme le laisse croire l'organisation du dispositif technique de m&#233;diation, qui permet un dialogue priv&#233; avec chaque client, l'animation est une activit&#233; d'&#233;quipe, telle une op&#233;ration chirurgicale, dans laquelle, &#224; l'instar des chirurgiens en chef, les animateurs assument aussi la fonction de commentateurs (Goffman, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('GOFFMAN Erving, 2002. &#171; La &#8216;distance au r&#244;le' en salle d'op&#233;ration &#187;, Actes de la recherche en sciences sociales, 3 (143):80-87.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2002 : 86&lt;/a&gt;). Comme le remarque Jean-Marc Weller &#224; propos de l'association d'accueil des malades de sida, il est important pour le professionnel de pouvoir &#171; se r&#233;f&#233;rer &#224; un collectif, &#224; un &#8216;nous' que le professionnel peut revendiquer (&#8230;) et qui revoie &#224; un corps de pratiques et de pens&#233;es constitu&#233;es pr&#233;cisant la place et l'identit&#233; de celui qui re&#231;oit et de celui qui est re&#231;u &#187; (Weller, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('WELLER Jean-Marc, 2002. &#171; Stress relationnel et distance au public. De la relation de service &#224; la relation d'aide &#187;, Sociologie du travail, 44 (1) : 75-97.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2002 : 94&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;A partir du double engagement des animateurs &#8212; dans les interactions en ligne et dans les interactions entre pairs &#8212; on peut alors aussi rendre compte d'autre formes d'engagement / d&#233;sengagement, dans la carri&#232;re d'animateur en particulier, comme le sugg&#232;re Goffman dans les derni&#232;res lignes de son chapitre sur le &lt;i&gt;d&#233;tachement&lt;/i&gt; : &#171; D&#232;s lors que nous concevons comment une conversation r&#233;ussit ou non &#224; retenir ceux qui y participent, et qu'il est possible d'appliquer la m&#234;me m&#233;thode aux interactions &#233;parpill&#233;es, nous disposons d'un guide pour comprendre les autres engagements d'un individu &#8212; sa carri&#232;re, ses prises de parti politiques, ses liens familiaux &#8212; car ceux-ci, quoique plus larges, consistent toujours d'une certaine fa&#231;on en une r&#233;currence d'interactions de toutes sortes. &#187; (&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('GOFFMAN Erving, 1974. &#171; Le d&#233;tachement &#187;, in GOFFMAN Erving, Rites d'interaction. Paris, Minuit :101-120.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;1974 :119-120&lt;/a&gt;). Une mise &#224; distance compl&#232;te du travail &#233;quivaut &#224; abandonner le m&#233;tier pour de bon. Las de cette activit&#233;, incapables de continuer &#224; tenir les r&#244;les propres aux interactions en ligne avec les clients, certains animateurs donnent leur d&#233;mission quand ils trouvent un emploi jug&#233; plus convenable.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En introduisant la distinction goffmanienne entre le r&#244;le et le moi, qui convient parfaitement &#224; la situation d'animation de services pour adultes, on offre finalement une alternative &#224; l'analyse en termes de domination masculine ou d'exploitation (Chaker, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('CHAKER Saloua, 2003. &#171; Entreprise &#8216;nor-m&#226;le' cherche femme pour production de contenus &#224; valeur ajout&#233;e. Ethographie d'une soci&#233;t&#233; de messageries rose &#187;, Travailler, 1 (9) : 133-161.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2003&lt;/a&gt;). La situation interactionnelle dans laquelle se trouvent les animateurs contient les ressources qui permettent &#224; l'individu de se d&#233;tacher du r&#244;le qui lui revient. La mise &#224; distance des interactions en ligne rend possible un discours critique relativement &#224; l'activit&#233;, qui &#233;merge de l'int&#233;rieur de celle-ci.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nh1' id='nb1' class='spip_note' title='Notes 1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;Je remercie les coordinateurs de ce num&#233;ro d'ethnographiques.org et la relectrice externe pour leurs lectures attentives et leurs commentaires qui m'ont permis d'am&#233;liorer la qualit&#233; de cet article. Je suis tr&#232;s reconnaissante &#224; Dominique Pasquier, ma directrice de th&#232;se, pour m'avoir guid&#233;e tout au long de mon parcours doctoral.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nh2' id='nb2' class='spip_note' title='Notes 2' rev='footnote'&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;L'activit&#233; d'animation n'est pas une occupation uniquement f&#233;minine. Les animateurs sont aussi bien des hommes que des femmes ; si celles-ci sont l&#233;g&#232;rement plus nombreuses c'est qu'elles sont en Roumanie majoritaires dans les carri&#232;res universitaires o&#249; l'on recrute les animateurs (philologie, langues modernes). Les services pour adultes en ligne ont une client&#232;le essentiellement masculine, mais pour le &lt;i&gt;chat&lt;/i&gt; et le SMS des hommes sont &#233;galement employ&#233;s. Pour les services t&#233;l&#233;phoniques et le &lt;i&gt;live&lt;/i&gt;, o&#249; la voix et l'image sont centrales, seules les femmes sont engag&#233;es. Ainsi, quand nous utilisons le terme g&#233;n&#233;ral &lt;i&gt;animateurs&lt;/i&gt; nous d&#233;signons indistinctement les animateurs et les animatrices. Au singulier, nous utilisons &lt;i&gt;animateur&lt;/i&gt; pour d&#233;signer un homme, et &lt;i&gt;animatrice-s&lt;/i&gt; pour d&#233;signer une ou des femmes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nh3' id='nb3' class='spip_note' title='Notes 3' rev='footnote'&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;Afin de pr&#233;server l'anonymat des travailleurs nous utiliserons ici des pseudonymes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nh4' id='nb4' class='spip_note' title='Notes 4' rev='footnote'&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;Les &#171; fictifs &#187; sont des pseudonymes enregistr&#233;s par un m&#234;me animateur. Un animateur peut animer en utilisant plusieurs fictifs &#224; la fois.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;ASHFORTH Blake E., KREINER Glen E., 1999. &#171; &#8220;How can you do it ?&#8221; : Dirty Work and the Challenge of Constructing a Positive Identity &#187;, &lt;i&gt;The Academy of Management Review&lt;/i&gt;, 24 (3) : 413-434.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;BALL Donald W., 1967. &#171; An abortion clinic ethnography &#187;, &lt;i&gt;Social Problems&lt;/i&gt;, 14 (3) : 293-301.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;BECKER Howard, 1985. &lt;i&gt;Outsiders. Etudes de sociologie de la d&#233;viance&lt;/i&gt;. Paris, M&#233;taili&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;BIDET Alexandra, 2011. &lt;i&gt;L'engagement dans le travail. Qu'est-ce que le vrai boulot ?&lt;/i&gt; Paris, PUF, Le lien social.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;CHAKER Saloua, 2003. &#171; Entreprise &#8216;nor-m&#226;le' cherche femme pour production de contenus &#224; valeur ajout&#233;e. Ethographie d'une soci&#233;t&#233; de messageries rose &#187;, &lt;i&gt;Travailler&lt;/i&gt;, 1 (9) : 133-161.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;CLOT Yves, 1999. &lt;i&gt;La fonction psychologique du travail&lt;/i&gt;. Paris, PUF, Le travail humain.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;CORTEEL Delphine, LE LAY St&#233;phane, Eds., 2011. &lt;i&gt;Les travailleurs des d&#233;chets&lt;/i&gt;. Paris, Er&#232;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;DAVIS Fred, 1959. &#171; The Cabdriver and his Fare : Facets of a Fleeting Relationship &#187;, &lt;i&gt;American Journal of Sociology&lt;/i&gt;, 65 (2) : 158-165.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;GOFFMAN Erving, 1961. &lt;i&gt;Encounters : Two Studies in the Sociology of Interaction&lt;/i&gt;. Indianapolis, The Bobbs-Merrill Company.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;GOFFMAN Erving, 1973. &lt;i&gt;La mise en sc&#232;ne de la vie quotidienne. 1. La pr&#233;sentation de soi&lt;/i&gt;. Paris, Minuit.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;GOFFMAN Erving, 1974. &#171; Le d&#233;tachement &#187;, &lt;i&gt;in&lt;/i&gt; GOFFMAN Erving, &lt;i&gt;Rites d'interaction&lt;/i&gt;. Paris, Minuit:101-120.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;GOFFMAN Erving, 1981. &#171; Engagement &#187;, &lt;i&gt;in&lt;/i&gt; WINKIN Yves, &lt;i&gt;La nouvelle communication&lt;/i&gt;, Paris, Seuil. Pp : 267-278.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;GOFFMAN Erving, 2002. &#171; La &#8216;distance au r&#244;le' en salle d'op&#233;ration &#187;, &lt;i&gt;Actes de la recherche en sciences sociales&lt;/i&gt;, 3 (143):80-87.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;GOLD Ray, 1952. &#171; Janitors versus Tenants : A Status-Income Dilema &#187;, &lt;i&gt;American Journal of Sociology&lt;/i&gt;, 57 (5) : 486-493.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;HONG Lawrence K., DUFF Robert W., 1977. &#171; Becoming a Taxi-Dancer. The Significance of Neutralization in a Semi-Deviant Occupation &#187;, &lt;i&gt;Work and Occupation&lt;/i&gt;, 4 (3) : 327-342.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;HUGHES Everett C., 1959. &#171; Prestige &#187;, &lt;i&gt;The Annals of the American Academy of Political and Social Science&lt;/i&gt;, 325 : 45-49.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;HUGHES Everett C., 1970. &#171; The Humble and the Proud : The Comparative Study of Occupations &#187;, &lt;i&gt;The Sociological Quarterly&lt;/i&gt;, 8 (2) : 147-156.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;HUGHES, Everett C., 1974. &#171; Comments on &#8220;Honor in Dirty Work&#8221; &#187;,&lt;i&gt; Work and Occupations&lt;/i&gt;, 1 (3) : 284-287.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;HUGHES Everett C., 1996. &lt;i&gt;Le regard sociologique. Essais choisis&lt;/i&gt;. Paris, Editions de l'EHESS.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;HUTCHINS Edwing, 1994. &#171; Comment le &#8216;cockpit' se souvient de ses vitesses, &lt;i&gt;Sociologie du travail&lt;/i&gt;, 36 (4) : 451-473&lt;/p&gt; &lt;p&gt;PARENT Colette, BRUCKERT Chris, 2005. &#171; Le travail du sexe dans les &#233;tablissements de services &#233;rotiques : une forme de travail marginalis&#233; &#187;, &lt;i&gt;D&#233;viance et soci&#233;t&#233;&lt;/i&gt;, 29 (1) : 33-53.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;STOIAN Elena, 2009. &#171; Sexe on-line. Animateurs, clients et production de sc&#233;narios sexuels &#187;, &lt;i&gt;Genre, sexualit&#233; soci&#233;t&#233;&lt;/i&gt;, 2 &lt;a href='http://gss.revues.org/index1128.html' class='spip_out'&gt;http://gss.revues.org/index1128.html&lt;/a&gt; (page consult&#233;e le 14 novembre 2010).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;SYKES Gresham M, MATZA David, 1957. &#171; Techniques of Neutralization. A Theory of Deliquency &#187;, &lt;i&gt;American Sociological Review&lt;/i&gt;, 22 (6) : 664-670.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;WELLER Jean-Marc, 2002. &#171; Stress relationnel et distance au public. De la relation de service &#224; la relation d'aide &#187;, &lt;i&gt;Sociologie du travail&lt;/i&gt;, 44 (1) : 75-97.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;WINKIN Yves, 1988. &#171; Pr&#233;sentation g&#233;n&#233;rale : Erving Goffman : portrait du sociologue en jeune homme &#187;, &lt;i&gt;in&lt;/i&gt; GOFFMAN Erving, &lt;i&gt;Les moments et leurs hommes&lt;/i&gt;. Paris, Seuil:11-92.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;WINKIN Yves, 2002. Introduction &#224; &#171; La &#8216;distance au r&#244;le' en salle d'op&#233;ration &#187;, &lt;i&gt;Actes de la recherche en sciences sociales&lt;/i&gt;, 3 (143) : 80-87.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		
		<enclosure url="http://www.ethnographiques.org/IMG/pdf/ArStoian.pdf" length="540694" type="application/pdf" />
		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>4. Un rendez-vous parmi d'autres. Ce que le jeu sur internet nous apprend du travail contemporain</title>
		<link>http://www.ethnographiques.org/2011/Boutet</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.ethnographiques.org/2011/Boutet</guid>
		<dc:date>2011-12-23T17:57:01Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Boutet_Manuel</dc:creator>


		<dc:subject>ArticleNumero</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Que peut nous apprendre l'essor des &#171; jeux de rendez-vous &#187; sur le travail contemporain et les collectifs qui s'y inventent ? Si le jeu peut constituer un bon analyseur du travail, c'est que l'intrication de ces deux activit&#233;s ne se r&#233;sume pas aux deux interpr&#233;tations courantes, qui voient dans le jeu un divertissement ou un entra&#238;nement. En partant d'entretiens men&#233;s avec des joueurs d'un jeu en ligne sur internet, on montre que la forme prise par la pratique de jeu varie selon l'activit&#233; de travail o&#249; elle s'ins&#232;re, en particulier selon la pr&#233;sence ou non d'une situation de multi-activit&#233;, o&#249; se multiplient les communications &#224; distance et les sollicitations h&#233;t&#233;rog&#232;nes dans le cours de l'activit&#233;. Le jeu donne ainsi &#224; voir le travail d&#233;ploy&#233; pour maintenir une coh&#233;rence de l'activit&#233; dans les contextes professionnels, plus nombreux aujourd'hui, o&#249; les temps sont individualis&#233;s, les arrangements techniques, laiss&#233;s &#224; la responsabilit&#233; du travailleur, et les sollicitations h&#233;t&#233;rog&#232;nes. On comprend aussi que s'y d&#233;veloppent des nouvelles formes de sociabilit&#233;s essentiellement bas&#233;es sur le partage de rythmes.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://www.ethnographiques.org/Numero-23-decembre-2011-Analyser" rel="directory"&gt;23. Num&#233;ro 23 - d&#233;cembre 2011 Analyser les pr&#233;sences au travail : visibilit&#233;s et invisibilit&#233;s&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.ethnographiques.org/ArticleNumero" rel="tag"&gt;ArticleNumero&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;What can we learn about contemporary work and its collective forms of sociability from the rise of &#8216;rendez-vous' games on Internet ? Games can be useful tools for analyzing work on the condition that our understanding of the encounters between of these two types of activity is not limited to a common-sense interpretation in which games represent at worst a simple form of entertainment, at best, training for something more serious. On the basis of interviews with players of an online game, we show that forms of play vary with the work activity with which they are associated, and especially, on the presence or absencce of multi-activity, where interactions at a distance and heterogeneous solicitations occupy an important place. Examing gaming pratice during breaks enables us to see how employees manage to maintain the consistency of their activities in such professional contexts, and to understand the developing of new forms of sociability based mainly on shared life/work rhythms.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;
&lt;a name=&quot;table_des_matieres&quot;&gt;&lt;/a&gt;&lt;div id=&quot;tablematiere&quot;&gt;&lt;h4&gt;Sommaire&lt;/h4&gt;
&lt;ul&gt;&lt;li&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#1&quot;&gt;Introduction&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#2&quot;&gt;Une forme sociale : les rendez-vous &#224; distance&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#3&quot;&gt;Terrain et m&#233;thode d'enqu&#234;te&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#4&quot;&gt;Le jeu au travail, divertissement ou entra&#238;nement ?&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#5&quot;&gt;Circonstances et rythmicit&#233; : ce que nous partageons&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#6&quot;&gt;Homog&#233;n&#233;it&#233; ou h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; de l'activit&#233; : deux cas polaires&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#7&quot;&gt;Conclusion. Les jeux de rendez-vous, ou un ajustement par le rythme&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;/li&gt;&lt;li&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#notes&quot;&gt;Notes&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;li&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#biblio&quot;&gt;Bibliographie&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;div class=&quot;non_flottant_titre&quot;&gt;&lt;a name='1'&gt;&lt;/a&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#tablematiere&quot;&gt;Introduction&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Les activit&#233;s men&#233;es pendant les pauses au travail ne sont d'ordinaire gu&#232;re examin&#233;es (Elhadad et Qu&#233;rouil, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('ELHADAD L. et QUEROUIL O., 1981. &#171; L'apparition des cong&#233;s pay&#233;s &#187;, Temps libre, 1, pp.83-89.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;1981&lt;/a&gt; ; Monjaret, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('MONJARET Anne, 1996. &#171; &#8216;Etre bien dans son bureau'. Jalons pour une r&#233;flexion sur les diff&#233;rentes formes d'appropriation de l'espace de travail &#187;. Ethnologie fran&#231;aise, 26(1), pp.129-139.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;1996&lt;/a&gt; ; Banville, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('BANVILLE Etienne de, 2001. L'usine en douce. Le travail en &#171; perruque &#187;. Paris, L'Harmattan.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2001&lt;/a&gt; ; Boutet, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('BOUTET Manuel, 2004. &#171; Statut et lectures des pauses en sociologie du travail. Un objet d'&#233;tude impossible ? &#187;, Histoire et Soci&#233;t&#233;s, Revue europ&#233;enne d'histoire sociale, 9, pp. 6-17.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2004&lt;/a&gt;). Elles sont volontiers consid&#233;r&#233;es comme secondaires, aussi bien par les sociologues que par les travailleurs. La sociologie du travail accorde en effet la primaut&#233; au temps dit &#171; de travail &#187;, issu des n&#233;gociations collectives et con&#231;u comme une dur&#233;e d&#233;limit&#233;e par des horaires. De plus, l'association est fr&#233;quente, dans la litt&#233;rature, entre les &#171; temps morts &#187;, les &#171; rel&#226;ches &#187; et le &#171; freinage &#187;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nb1-1' class='spip_note' rel='footnote' title='Le &#171; freinage &#187; correspond &#224; l'observation d'une norme (...)' id='nh1-1'&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;, qui est au c&#339;ur de la l&#233;gitimation des m&#233;thodes dites d'&#171; organisation scientifique du travail &#187; que les sociologues, depuis G. Friedmann, n'ont eu de cesse de combattre. Au cours d'une ethnographie nourrie de son exp&#233;rience du travail ouvrier, N. Hatzfeld constate ainsi que son premier mouvement est de ne rien noter sur son journal de terrain pendant la pause. Il rel&#232;ve l'importance ici d'une posture morale soucieuse de ne pas montrer ce moment de rel&#226;chement, o&#249; le travailleur ne chercherait plus &#224; faire bonne figure (Hatzfeld, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('HATZFELD Nicolas, 2002. &#171; La pause casse-cro&#251;te. Quand les cha&#238;nes s'arr&#234;tent &#224; Peugeot-Sochaux &#187;, Terrain, 39, &#171; Travailler &#224; l'usine &#187;, pp. 33-48.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2002&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les pauses ne sont pourtant pas sans importance pour l'objet m&#234;me de la sociologie du travail : la pause partag&#233;e est l'un des espaces o&#249; s'&#233;prouve le collectif. Dans les conversations entre coll&#232;gues s'&#233;laborent des fa&#231;ons de parler du travail que le sociologue recueillera en entretien (Lojkine, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('LOJKINE Jean, 1994. &#171; Un espace public non reconnu : la discussion dans l'entreprise &#187;.Cahiers internationaux de sociologie, 97, pp. 374-387.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;1994&lt;/a&gt;). Enfin, ces espaces de rencontre sont essentiels &#224; la gen&#232;se et &#224; la dynamique des mouvements sociaux, telle l'occupation d'usine d&#233;crite dans &lt;i&gt;L'&#233;tabli&lt;/i&gt; (Linhart, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('LINHART Robert, 1978. L'&#201;tabli. Paris, Minuit.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;1978&lt;/a&gt;). A ces arguments, ajoutons avec les ergonomes que le tissage des temps &#8211; m&#234;me le temps infime d'un regard, et a fortiori d'une conversation &#8211; est un tissage du sens (Teiger, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('TEIGER Catherine, 1995. &#171; Parler quand m&#234;me : les fonctions des activit&#233;s langagi&#232;res non fonctionnelles &#187;, in BOUTET Josiane (ed.), Paroles au travail. Paris, L'Harmattan, pp. 45-72.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;1995&lt;/a&gt;). L'affaiblissement aujourd'hui du mod&#232;le de la pause collective obligatoire, ainsi que le d&#233;veloppement des techniques de la communication &#224; distance, incitent &#224; examiner &#224; nouveaux frais les activit&#233;s men&#233;es pendant les pauses. Elles peuvent constituer un pr&#233;cieux analyseur de ces changements, en aidant &#224; documenter la mani&#232;re dont les travailleurs construisent le sens de ces situations nouvelles et s'engagent aujourd'hui dans leur travail.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nous proposons d'aborder en ce sens le jeu sur internet au travail. Que donnent &#224; voir du travail ces pratiques discr&#232;tes, &#224; la fois invisibles et observables ? En nous appuyant sur la revisite d'un terrain d'enqu&#234;te, le jeu en ligne &#171; &lt;i&gt;Mountyhall, la terre des tr&#245;lls&lt;/i&gt; &#187; et la r&#233;alisation de 21 entretiens aupr&#232;s de personnes jouant depuis leur lieu de travail, nous allons montrer que la discr&#233;tion des jeux men&#233;s sur internet depuis le travail est &#224; la fois un &#233;l&#233;ment de leur int&#233;gration au sein des temps de travail et de ses formats, et un produit de celle-ci&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nb1-2' class='spip_note' rel='footnote' title='Cette enqu&#234;te a &#233;t&#233; men&#233;e dans le cadre d'un programme de recherche (...)' id='nh1-2'&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;. En effet, cette discr&#233;tion s'inscrit dans les temps de travail, &#224; travers d'une part les pauses &#8211; et le regard des coll&#232;gues qui se fait alors moins incisif, et d'autre part parfois la multiplicit&#233; des choses &#224; faire &#8211; et la relative indiff&#233;rence des coll&#232;gues aux d&#233;tails d'une activit&#233; qui semble alors naturellement dispers&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nous commen&#231;ons par pr&#233;ciser l'objet de notre &#233;tude, au croisement du travail et du jeu, avant de pr&#233;senter notre terrain et notre m&#233;thode d'enqu&#234;te. Puis nous discutons les deux hypoth&#232;ses les plus courantes, qui voient le jeu au travail soit comme un divertissement soit comme un entra&#238;nement. Enfin, nous d&#233;crivons les deux grands types d'articulation entre jeu et travail que nous avons observ&#233;es.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;div class=&quot;non_flottant_titre&quot;&gt;&lt;a name='2'&gt;&lt;/a&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#tablematiere&quot;&gt;Une forme sociale : les rendez-vous &#224; distance&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Suivant une approche &#171; formelle &#187; au sens de G. Simmel (Simmel, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('SIMMEL Georg, 1981. Sociologie et &#233;pist&#233;mologie. Paris, PUF.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;1981 : 128&lt;/a&gt;), nous allons centrer l'analyse sur les actions r&#233;ciproques, en mettant &#224; l'arri&#232;re-plan les contenus des activit&#233;s &#8211; de l'activit&#233; de jeu comme de l'activit&#233; de travail. Cela va nous conduire &#224; mettre en &#233;vidence l'importance d'une structure temporelle particuli&#232;re, le &#171; rendez-vous &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'importance des temps de l'activit&#233; pour l'analyse du travail est soulign&#233;e par des synth&#232;ses r&#233;centes (Bidet, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('BIDET Alexandra, 2008. &#171; L'homme et l'automate. L'&#233;cologie &#233;largie du travail contemporain &#187;, Sociologie du travail, 50 (3), pp. 372-395.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2008&lt;/a&gt; ; Sennett, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('SENNETT Richard, 2010. Ce que sait la main. La culture de l'artisanat. Paris, Albin Michel.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2010&lt;/a&gt; ; Rosa, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('ROSA Hartmut, 2010. Acc&#233;l&#233;ration : une critique sociale du temps. Paris, La D&#233;couverte.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2010&lt;/a&gt;). Cet int&#233;r&#234;t est partag&#233; par les rares travaux men&#233;s sur les coulisses au travail, de Bozon et Lemel (&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('BOZON Michel et LEMEL Yannick, 1989. &#171; Les petits profits du travail salari&#233;. Moments, produits et plaisirs d&#233;rob&#233;s &#187;, Revue fran&#231;aise de sociologie, 31(1), pp. 101-127.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;1989&lt;/a&gt;) jusqu'&#224; Pruvost (&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('PRUVOST Genevi&#232;ve, 2011. &#171; Le hors-travail au travail dans la police et l'int&#233;rim. Approche interactionniste des coulisses &#187;. Communications, 89, &#171; Travailler &#187;, pp.159-192.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2011 : 161&lt;/a&gt;) : &#171; Plus qu'un espace proprement dit, les coulisses constituent un moment qui permet de s'extraire de la sc&#232;ne du travail &#8211; sachant qu'&#224; chaque instant elles peuvent laisser la place &#224; la sc&#232;ne du travail : il suffit qu'un intrus entre &#187;. L'attention aux temporalit&#233;s nous conduit ici dans une exploration qui n'est ni celle des jeux, ni celle du travail, mais celle de leurs croisements. Nous rep&#233;rons ainsi une nouvelle figure du travail, de m&#234;me que E. C. Hughes a pu &#234;tre amen&#233; &#224; th&#233;matiser de fa&#231;on g&#233;n&#233;rique l'erreur professionnelle ou le sale boulot (Hughes, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('HUGHES Everett Cherrington, 1996. &#171; Le travail et le soi &#187; (1951), in Le regard sociologique. Essais choisis (textes traduits et pr&#233;sent&#233;s par CHAPOULIE Jean-Michel). Paris, Editions de l'EHESS, pp. 75&#8211;85.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;1996&lt;/a&gt;). L'approche &#171; &#233;cologique &#187; qu'il d&#233;fendait d&#233;j&#224; est naturaliste, au sens o&#249; elle invite &#224; ne pas se contenter des discours sur la profession, mais &#224; explorer les appuis mat&#233;riels et moraux du travail en train de se faire (Bidet, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('BIDET Alexandra, 2008. &#171; L'homme et l'automate. L'&#233;cologie &#233;largie du travail contemporain &#187;, Sociologie du travail, 50 (3), pp. 372-395.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2008&lt;/a&gt;). C'est en ce sens aussi que les figures du travail que nous allons d&#233;crire sont contemporaines ; nous ne voulons pas dire qu'elles concernent toutes les situations de travail, mais qu'elles ne peuvent se d&#233;velopper qu'avec les opportunit&#233;s ouvertes par l'acc&#232;s &#224; un &#233;quipement de plus en plus ordinaire aujourd'hui : la communication &#224; distance permise par la connexion &#224; internet. Pour autant, elles ne sont pas associ&#233;es &#224; une interface particuli&#232;re &#8211; des outils assez diff&#233;rents peuvent &#234;tre mobilis&#233;s, tels le mail, la messagerie instantan&#233;e ou encore le forum internet. Par ce questionnement, nous nous inscrivons dans l'&#233;tude de la &#171; multi-activit&#233; &#187; au travail, et plus largement dans le prolongement des travaux qui soulignent le caract&#232;re plus qualitatif que quantitatif des transformations du travail contemporain : &#171; Les ph&#233;nom&#232;nes mis en exergue ne pointent plus tant une quantit&#233; de force, une somme d'efforts, une charge mesurable, qu'un trait essentiellement qualitatif et tendanciel : dans un nombre croissant de secteurs, les personnes sont confront&#233;es, de fa&#231;on quasi permanente, &#224; des sollicitations concurrentes et simultan&#233;es, donc &#224; la n&#233;cessit&#233; d'articuler en situation des engagements h&#233;t&#233;rog&#232;nes &#187; (Bidet, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('BIDET Alexandra, 2011b. &#171; La multiactivit&#233;, ou le travail est-il encore une exp&#233;rience ? &#187;, Communications, n&#176;89, Dossier &#171; Travailler &#187;, Paris, Editions EHESS, pp. 9-26.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2011b&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans le domaine du travail, le rendez-vous est une forme sociale ordinaire, une fa&#231;on de g&#233;rer les emplois du temps communs, aussi bien entre salari&#233;s qu'avec des clients ou d'autres intervenants : les personnes se rencontrent ponctuellement pour se coordonner ou se mettre d'accord, tandis qu'entre ces rencontres elles travaillent pour faire avancer les dossiers communs. N&#233;anmoins, le d&#233;veloppement des rendez-vous &lt;i&gt;&#224; distance&lt;/i&gt; &#8211; fortement soutenu par la diffusion d'internet, demanderait &#224; &#234;tre explor&#233;. Alors que le &#171; rendez-vous &#187; classique est une rencontre publique, le rendez-vous &lt;i&gt;&#224; distance&lt;/i&gt; est au contraire &#224; la fois plus discret et plus fr&#233;quent. Le travailleur s'attend alors &#224; &#234;tre interrompu, et une dimension qualitative du travail se d&#233;veloppe, la pr&#233;occupation, qui est ordinairement tr&#232;s difficile &#224; observer (Licoppe, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('LICOPPE Christian, 2008. &#171; Logiques d'innovation, multiactivit&#233; et zapping au travail &#187;, Herm&#232;s, n&#176;50, p. 171-178.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2008&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans le domaine ludique, en revanche, l'introduction du &#171; rendez-vous &#187; est r&#233;cente et associ&#233;e &#224; internet. Dans ces jeux, que nous proposons d'appeler des &#171; jeux de rendez-vous &#187;, il y a un moment pr&#233;cis pour se connecter, o&#249; l'on prend des d&#233;cisions, et dont les suites se d&#233;ploient dans le monde virtuel au-del&#224; du moment de connexion. Ainsi, dans le jeu &lt;i&gt;Farmville&lt;/i&gt; de l'&#233;diteur &lt;i&gt;Zynga&lt;/i&gt; diffus&#233; sur &lt;i&gt;Facebook&lt;/i&gt;, il faut se connecter pour planter un champ, qui va ensuite pousser pendant que le joueur n'est pas connect&#233;, mais celui-ci doit revenir pour la r&#233;colte une fois le champ arriv&#233; &#224; maturit&#233; : s'il attend trop longtemps, les plantes pourrissent sur pieds. De m&#234;me, &#224; &lt;i&gt;Mountyhall&lt;/i&gt;, l'avatar du joueur reste toujours en ligne. Une fois ses points d'action d&#233;pens&#233;s, il ne peut plus agir avant sa prochaine &#171; date limite d'action &#187; (DLA), mais il peut toujours &#234;tre attaqu&#233;, soign&#233;, etc. Cette forme ludique du &#171; rendez-vous &#187;, de diffusion r&#233;cente, tranche avec la forme jusque l&#224; plus courante dans le domaine des jeux vid&#233;o, qui m&#234;le immersion et interactivit&#233;, et dans laquelle le joueur, coupl&#233; &#224; la machine, d&#233;pense son temps de fa&#231;on extensive en &#233;voluant dans un espace d'&#233;preuves. Si les &#171; jeux de rendez-vous &#187; sont peu interactifs, le ludique r&#233;side ailleurs : l'essentiel n'est pas d'&#234;tre devant l'&#233;cran, mais &lt;i&gt;au rendez-vous&lt;/i&gt;. Ainsi ces jeux peuvent &#234;tre, pour ceux qui les pratiquent, une mani&#232;re originale de jouer avec leur vie et ses contraintes.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;div class=&quot;non_flottant_titre&quot;&gt;&lt;a name='3'&gt;&lt;/a&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#tablematiere&quot;&gt;Terrain et m&#233;thode d'enqu&#234;te&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Au cours d'un travail ant&#233;rieur, nous avions parcouru syst&#233;matiquement l'espace social en ligne du jeu &#171; &lt;i&gt;Mountyhall, la terre des tr&#245;lls&lt;/i&gt; &#187;, en qu&#234;te de la fa&#231;on dont les participants s'y orientent, c'est-&#224;-dire trouvent des rep&#232;res et d&#233;terminent des directions, s'organisent et am&#233;nagent leur territoire (Boutet, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('BOUTET Manuel, 2008. &#171; S'orienter dans les espaces sociaux en ligne. L'exemple d'un jeu. &#187; Sociologie du travail, 50 (4), pp. 447-470.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2008&lt;/a&gt;). La question du jeu au travail nous a amen&#233;s &#224; op&#233;rer une revisite cibl&#233;e, qui a b&#233;n&#233;fici&#233; de la confiance d&#233;j&#224; &#233;tablie avec les enqu&#234;t&#233;s, tous joueurs de &lt;i&gt;Mountyhall&lt;/i&gt;, et recrut&#233;s sur les forums du jeu. Cette d&#233;marche a permis de limiter les r&#233;ticences face &#224; un sujet d&#233;licat : presque tous les r&#233;pondants savaient que nous avions d&#233;j&#224; enqu&#234;t&#233; auparavant sur ce jeu, notamment gr&#226;ce aux articles &#233;crits pour la gazette du jeu. D'autres tentatives de recrutement, par d'autres moyens et dans d'autres espaces, n'ont pas abouti &#224; des s&#233;ries exploitables, quoiqu'elles aient compl&#233;t&#233; la phase exploratoire. Nous avons ainsi r&#233;alis&#233; 21 entretiens men&#233;s avec des joueurs &#226;g&#233;s de vingt-cinq &#224; trente-cinq ans qui utilisent internet dans le cadre de leur activit&#233; professionnelle, et &#224; qui il arrive de jouer au travail. Si l'analyse des forums avait permis de comprendre les conventions partag&#233;es, les normes et les &#171; principes d'orientation &#187; qui organisent la vie sociale en ligne (Boutet, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('BOUTET Manuel, 2008. &#171; S'orienter dans les espaces sociaux en ligne. L'exemple d'un jeu. &#187; Sociologie du travail, 50 (4), pp. 447-470.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2008&lt;/a&gt;), le recours aux entretiens visait plut&#244;t une description aussi pr&#233;cise que possible de l'&#233;cologie de la pratique de jeu au travail. De prime abord, ils peuvent ne pas sembler la m&#233;thode la plus adapt&#233;e (Borzeix, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('BORZEIX Anni, 2001. &#171; Le travail et sa sociologie &#224; l'&#233;preuve du langage &#187;, in BORZEIX Anni et FRAENKEL B&#233;atrice (eds.), Langage et travail. Cognition, action, communication. Paris, &#201;ditions du CNRS, pp. 203&#8211;230.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2001&lt;/a&gt;). Mais le jeu ayant la particularit&#233; d'&#234;tre une activit&#233; dot&#233;e de r&#232;gles, les joueurs disposent d'un vocabulaire qui permet de d&#233;crire le d&#233;tail de leur pratique &#8211; et non seulement ses buts. Pour l'exploiter, il faut comprendre ce vocabulaire, mais aussi prendre du recul par rapport &#224; son usage indig&#232;ne, autrement dit le probl&#233;matiser.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le cadre partag&#233; &#224; &lt;i&gt;Mountyhall&lt;/i&gt; peut &#234;tre pr&#233;sent&#233; rapidement &#224; partir du vocabulaire des joueurs. Chacun joue un &#171; tr&#245;ll &#187; (personnage) qui se d&#233;place &#171; dans les souterrains du Hall &#187; (sur le terrain de jeu) &#171; de caverne en caverne &#187; (de case en case, chaque case &#233;tant rep&#233;r&#233;e par ses coordonn&#233;es). Un &#171; tr&#245;ll &#187; chasse des &#171; monstres &#187; (anim&#233;s par le serveur de jeu), peut provoquer en duel d'autres &#171; tr&#245;lls &#187; (jou&#233;s par d'autres joueurs), et gagner en &#171; exp&#233;rience &#187; (des points, qui d&#233;terminent son &#171; niveau &#187;) au fil des combats. Il ramasse et troque des &#171; tr&#233;sors &#187;, et s'&#233;quipe notamment d'armes et d'armures. Le th&#232;me est donc classique : il s'agit de survivre dans un univers hostile. L'activit&#233; de jeu donne lieu &#224; deux types de regroupements : des &#171; groupes de chasse &#187; (&#233;quipes de quatre &#224; six personnages) ; et des &#171; guildes &#187; (alliances d'une vingtaine de membres en moyenne). Une &#171; guilde &#187; a un nom, qui appara&#238;t dans la &#171; vue &#187; &#224; c&#244;t&#233; du nom du personnage ; elle dispose le plus souvent de son site web, et d'un lieu de discussion r&#233;serv&#233; aux membres, souvent sous la forme d'un forum web (Boutet, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('BOUTET Manuel, 2008. &#171; S'orienter dans les espaces sociaux en ligne. L'exemple d'un jeu. &#187; Sociologie du travail, 50 (4), pp. 447-470.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2008&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quatre expressions d&#233;signent des arrangements temporels distincts &#8211; autrement dit quatre types de rendez-vous : &#171; jouer sa DLA &#187;, &#171; jouer en cumul &#187;, &#171; se coordonner &#187; et &#171; organiser un cumul &#187;. Du vocabulaire des enqu&#234;t&#233;s, on peut ainsi inf&#233;rer s'ils pr&#233;voient, planifient, et s'entendent ou non avec leurs partenaires sur leurs moments de jeu et les actions &#224; r&#233;aliser, ainsi que le degr&#233; de contrainte qu'ils s'imposent. Pr&#233;cisons avant tout que, dans &lt;i&gt;Mountyhall&lt;/i&gt;, chaque joueur joue un personnage qui dispose de six points d'action toutes les dix &#224; quatorze heures&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nb1-3' class='spip_note' rel='footnote' title='Cette &#171; dur&#233;e de tour &#187; varie selon les caract&#233;ristiques et (...)' id='nh1-3'&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;. Au d&#233;but d'un tour, le compteur de points d'action revient &#224; six, et les points d'action qui restaient &#233;ventuellement non utilis&#233;s du tour pr&#233;c&#233;dent sont perdus. Les actions font effet au moment o&#249; elles sont jou&#233;es : il y a donc un m&#233;lange de &#171; temps r&#233;el &#187; au moment o&#249; l'on joue, et de &#171; temps diff&#233;r&#233; &#187; lorsque le joueur attend son prochain tour. Ce dispositif se trouve mis en &#339;uvre de quatre fa&#231;ons, deux &#233;tant solitaires, et deux plut&#244;t en &#233;quipe. La moins contraignante consiste &#224; &#171; jouer sa DLA &#187;, c'est-&#224;-dire &#224; &#171; jouer son tour &#187; &#224; un moment quelconque avant sa &#171; date limite d'action &#187;. L'autre possibilit&#233; individuelle est de &#171; jouer en cumul &#187; ou &#171; cumuler &#187;, c'est-&#224;-dire juste avant sa &#171; date limite d'action &#187; puis juste apr&#232;s, donc &#224; jouer douze points dans un court laps de temps, ce qui procure un avantage tactique sur les adversaires. En jouant en &#233;quipe, un avantage tactique comparable est obtenu en &#171; se coordonnant &#187; : les &#233;quipiers jouent alors au m&#234;me moment, et &#233;ventuellement selon certains encha&#238;nements. Enfin, une &#233;quipe peut aussi &#171; organiser un cumul &#187;, c'est-&#224;-dire &#171; se coordonner &#187; tout en jouant &#171; en cumul &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Or si les r&#232;gles de &lt;i&gt;Mountyhall&lt;/i&gt; se pr&#234;tent &#224; plusieurs fa&#231;ons de jouer, toutes ne sont pas pratiqu&#233;es au travail. Ainsi, que le jeu ne soit pas r&#233;duit &#224; une seule formule facilite les comparaisons : nous pouvons tenter de comprendre pourquoi des fa&#231;ons de jouer sp&#233;cifiques sont attach&#233;es &#224; certains contextes. Ce trait correspond &#224; l'une des caract&#233;ristiques de ce jeu francophone franco-belge gratuit cr&#233;&#233; en 2001, con&#231;u, maintenu et anim&#233; par des b&#233;n&#233;voles. Il est aliment&#233; par les dons des joueurs, les revenus publicitaires du site, et la vente de &#171; goodies &#187;, et g&#233;r&#233; par une association sans but lucratif : pratiqu&#233; par seulement onze mille participants, ce n'est pas un produit industriel. Marginal par rapport aux grandes productions, il a par contre la richesse des bricolages de ses participants (Boutet, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('BOUTET Manuel, 2010. &#171; Innovation par l'usage et objet-fronti&#232;re. Les modifications de l'interface du jeu en ligne Mountyhall par ses participants. &#187; Revue d'anthropologie des connaissances, 4 (1), pp. 87-113.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2010&lt;/a&gt;), et de leurs exp&#233;rimentations sur ce qu'est un jeu et les fa&#231;ons de vivre avec. Son public comprend notamment d'anciens pratiquants de jeux de soci&#233;t&#233;, jeux de r&#244;le ou jeux vid&#233;o qui cherchent &#224; poursuivre cette activit&#233; de jeu alors qu'ils s'engagent dans leur premier emploi ou dans une vie familiale (&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('BOUTET Manuel, 2006. De l'ordinateur personnel aux communaut&#233;s en ligne. S'orienter dans les mondes informatiques. Th&#232;se de doctorat en sociologie, sous la direction de Bernard Conein, soutenue le 13 d&#233;cembre 2006, Universit&#233; de Nice - Sophia Antipolis, Nice.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;Boutet, 2006&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Avant d'explorer les arrangements concrets &#233;labor&#233;s par nos enqu&#234;t&#233;s, examinons les deux hypoth&#232;ses les plus fr&#233;quemment avanc&#233;es quant au rapport entre jeu et travail.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;div class=&quot;non_flottant_titre&quot;&gt;&lt;a name='4'&gt;&lt;/a&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#tablematiere&quot;&gt;Le jeu au travail, divertissement ou entra&#238;nement ?&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Les hypoth&#232;ses les plus courantes quant &#224; l'articulation du jeu au travail voient le jeu soit comme un divertissement soit comme un entra&#238;nement. Le probl&#232;me n'est pas qu'elles soient fausses. On peut les attester, mais elles ne rendent compte que de cas particuliers. De l&#224; la n&#233;cessit&#233;, pour comprendre la place du jeu au travail, d'examiner plut&#244;t les arrangements concrets auxquels il donne lieu&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nb1-4' class='spip_note' rel='footnote' title='Aujourd'hui l'&#233;tude des jeux vid&#233;o accorde encore peu (...)' id='nh1-4'&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La premi&#232;re hypoth&#232;se est celle du jeu comme divertissement. L'activit&#233; de travail et l'activit&#233; de jeu seraient &#233;trang&#232;res l'une &#224; l'autre, que l'on comprenne le jeu comme un &#171; petit profit du travail salari&#233; &#187; (Bozon, Lemel, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('BOZON Michel et LEMEL Yannick, 1989. &#171; Les petits profits du travail salari&#233;. Moments, produits et plaisirs d&#233;rob&#233;s &#187;, Revue fran&#231;aise de sociologie, 31(1), pp. 101-127.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;1989&lt;/a&gt;), comme &#171; relaxation et stimulant &#187; (Broadbent, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('BROADBENT Stefana, 2011. L'intimit&#233; au travail. La vie priv&#233;e et les communications personnelles dans l'entreprise. Paris, Fyp Editions.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2011 : 113&lt;/a&gt;), ou comme ce qui aide &#224; durer, et &#224; endurer un travail en lui-m&#234;me inint&#233;ressant (Burawoy, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('BURAWOY Michel, 2008. &#171; Le proc&#232;s de production comme jeu &#187;, Trac&#233;s. Revue de Sciences humaines, 14, &#171; Consentir : domination, consentement et d&#233;ni &#187;, pp. 197-219.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2008&lt;/a&gt;). Cette hypoth&#232;se rejoint des motifs avanc&#233;s par nos enqu&#234;t&#233;s. Ainsi, ce chercheur en biologie, relativement libre d'organiser son temps, et pour qui le jeu est un petit profit d'un travail par ailleurs tr&#232;s prenant. Ou ce maquettiste qui corrige des &#233;preuves pendant de longues heures de travail solitaire, et &#224; qui quelques pauses ludiques permettent de tenir. Pour autant, le jeu n'est pas corr&#233;l&#233; dans nos entretiens avec un d&#233;sint&#233;r&#234;t pour le travail. Quand ce d&#233;sint&#233;r&#234;t surgit, il conduit plut&#244;t vers d'autres activit&#233;s que le jeu. L'un de nos enqu&#234;t&#233;s a ainsi cess&#233; de jouer au travail suite &#224; un changement de poste. Ayant choisi de partir en province pour des raisons familiales, il rapporte que son nouveau travail l'int&#233;resse moins, et qu'il a renou&#233; avec la pause caf&#233; avec ses coll&#232;gues, dont la dur&#233;e, explique-t-il, est plus extensible. Ensuite, comme cela appara&#238;t d&#233;j&#224; dans cet exemple, certains enqu&#234;t&#233;s font plut&#244;t du jeu une &lt;i&gt;discipline des temps de rel&#226;che&lt;/i&gt;, en s'appuyant sur leur r&#232;gle : une fois les points d'action jou&#233;s, pas d'autre choix que d'attendre. L'un des enqu&#234;t&#233;s, chef de projet d&#233;veloppant des logiciels financiers en backoffice dans une banque parisienne, ne prend pas d'autre pause dans la journ&#233;e, si l'on excepte un sandwich le midi sur les lieux. En se couchant le soir, il r&#233;fl&#233;chit au moment o&#249; il va pouvoir jouer le lendemain matin. La pratique du jeu au travail semble donc plut&#244;t associ&#233;e &#224; un engagement dans le travail lui-m&#234;me.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La seconde hypoth&#232;se est celle du jeu comme entra&#238;nement. Les temps de pause constitueraient des coulisses o&#249; s'entra&#238;ner, et en particulier s'essayer &#224; de nouvelles formes de communication dans un contexte tol&#233;rant &#224; l'erreur. Jeu et travail seraient alors en totale continuit&#233;. De m&#234;me que des salari&#233;s, dans les ann&#233;es 1980, bidouillaient chez eux leur ordinateur professionnel, forgeant ainsi sur leur temps libre des comp&#233;tences productives, les activit&#233;s de jeu sur internet au travail constitueraient des espaces o&#249; exp&#233;rimenter, et ainsi &#233;laborer, des comp&#233;tences ajust&#233;es aux &#233;cologies informationnelles souvent complexes du travail contemporain. Dans des contextes o&#249; les sollicitations sont nombreuses et o&#249; de multiples activit&#233;s h&#233;t&#233;rog&#232;nes sont &#224; mener de front, jouer consiste en effet &#224; s'ajouter de nouvelles contraintes. Nos enqu&#234;t&#233;s mentionnent cette continuit&#233; entre jeu et travail. Citons cette documentaliste : &#171; d&#233;j&#224; une partie de mes coll&#232;gues sont des ludoth&#233;caires, donc le jeu fait partie de la pratique professionnelle &#187; ; elle utilise &#233;galement des jeux pour initier les jeunes enfants &#224; internet. Un jeune cadre d&#233;clare, quant &#224; lui, acqu&#233;rir comme &#171; chef de guilde &#187; une exp&#233;rience d'animation utile dans son travail. Pour autant, le jeu au travail fait l'objet de peu d'exp&#233;rimentations de la part de nos enqu&#234;t&#233;s. Une fois trouv&#233;e une fa&#231;on de jouer jug&#233;e satisfaisante, ils s'y tiennent.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au final, aucune des deux hypoth&#232;ses n'est infirm&#233;e par notre corpus d'entretiens, m&#234;me si chacune a ses contre-exemples. Elles semblent ainsi constituer des cas particuliers, ne permettant pas de d&#233;crire pr&#233;cis&#233;ment les dynamiques &#224; l'&#339;uvre. Cette ind&#233;termination est aussi point&#233;e par les travaux sur les coulisses au travail : &#171; Parce que les coulisses impliquent une suspension partielle ou totale de l'activit&#233; de travail, elles ne recouvrent en effet pas exactement la diff&#233;rence entre niveaux de conception et d'ex&#233;cution, entre travail r&#233;el et travail prescrit, entre formel et informel, mise au jour par la sociologie des organisations, du travail et l'ergonomie qui pointent la relative autonomie dont disposent les travailleurs &#187; (Pruvost, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('PRUVOST Genevi&#232;ve, 2011. &#171; Le hors-travail au travail dans la police et l'int&#233;rim. Approche interactionniste des coulisses &#187;. Communications, 89, &#171; Travailler &#187;, pp.159-192.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2011 : 159&lt;/a&gt;). La limite commune aux hypoth&#232;ses courantes est finalement de vouloir articuler trop m&#233;caniquement le contenu du travail et celui d'un &#171; hors travail &#187;, alors que leur cohabitation repose principalement sur un accord de leurs &lt;i&gt;formes&lt;/i&gt;. Pour comprendre ces formes prises par l'activit&#233; de jeu au travail, et la fa&#231;on dont elle s'ins&#232;re dans l'&#233;cologie concr&#232;te du lieu de travail, il faut alors d&#233;passer l'&#233;nonc&#233; des motifs, les buts affich&#233;s (souvent th&#233;matis&#233;s pour la premi&#232;re fois lors de l'entretien, tant ils le sont rarement avec les coll&#232;gues ou les partenaires de jeu), et porter attention aux circonstances dans lesquelles on joue. Ainsi, on peut examiner ce qui se partage effectivement dans l'activit&#233; de jeu et ce qu'elle nous dit ce faisant du travail.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;div class=&quot;non_flottant_titre&quot;&gt;&lt;a name='5'&gt;&lt;/a&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#tablematiere&quot;&gt;Circonstances et rythmicit&#233; : ce que nous partageons&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Une premi&#232;re observation s'impose : l'activit&#233; de jeu des enqu&#234;t&#233;s, depuis les buts poursuivis jusqu'&#224; la fa&#231;on de s'organiser, est enti&#232;rement ajust&#233;e &#224; leur activit&#233; de travail. Le jeu, de m&#234;me que la fa&#231;on d'y jouer, n'est pas d'abord choisi par go&#251;t, mais selon ce qui appara&#238;t possible. Plusieurs d'entre eux expliquent ainsi qu'ils pr&#233;f&#232;rent jouer contre d'autres joueurs, mais que cette fa&#231;on de jouer est trop contraignante : il faut &#234;tre tr&#232;s r&#233;actif et c'est le domaine des &#171; cumuls &#187;. Leur travail leur permet de &#171; jouer leur DLA &#187;, mais difficilement plus. Tous ont ainsi des petites histoires, qui narrent un impond&#233;rable du travail &#8211; typiquement un sup&#233;rieur hi&#233;rarchique qui les convoque &#8211; ayant fait &#233;chouer une tentative de &#171; jouer en cumul &#187; ou de &#171; se cordonner &#187;. Guerres et duels sont des fa&#231;ons de jouer qui apparaissent inaccessibles ; les joueurs jouant depuis le travail pratiquent plut&#244;t la chasse, la cueillette, l'artisanat ou le commerce.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les forums du jeu nous renseignent aussi sur ces contraintes (Figure 1) : les participants y discutent du jeu depuis leur lieu de travail et en &#233;voquent les conditions pratiques &#8211; ne pas pouvoir installer de logiciel ou ne pas avoir acc&#232;s au site par exemple. Des r&#233;ponses au filtrage d'internet mis en place par des entreprises et des administrations sont propos&#233;es. Les adresses alternatives (proxy) permettent de tromper les filtres par adresse. Pour contourner aussi les filtres par mots cl&#233;s, des adresses alternatives enl&#232;vent des pages du jeu les mots tels que &#171; game &#187; ou &#171; jouer &#187;. Lorsqu'il n'est pas possible d'installer de logiciel, une cl&#233; usb pr&#233;-install&#233;e permet d'utiliser navigateur web et autres outils, dont une interface de jeu d&#233;guis&#233;e en tableau Excel &#8211; le &#171; pack Camouflage &#187; cr&#233;&#233; par Adam (Figure 2).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class='spip_document_6848 spip_documents spip_documents_center' &gt;&lt;img src='http://www.ethnographiques.org/local/cache-vignettes/L480xH479/Boutet2012_figure1-9b512.png' width='480' height='479' alt=&quot;&quot; style='height:479px;width:480px;' /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div style=&quot;width: 360px; margin: auto; padding-top: 2px; padding-bottom: 10px; text-align: justify; font-size: 11px; line-height: 130%;&quot;&gt;&lt;strong&gt;Figure 1.&lt;/strong&gt; Comme le montre cet exemple, les forums sont un espace de discussion des aspects les plus g&#233;n&#233;riques de la pratique. Ici les outils que les joueurs mettent en place pour jouer au travail t&#233;moignent d'un arbitrage clair. D'un c&#244;t&#233;, tous les &#233;l&#233;ments ostensibles de la pratique de jeu sont gomm&#233;s : les graphismes, le son, la n&#233;cessit&#233; d'une installation&#8230; D'un autre c&#244;t&#233;, les joueurs se m&#233;nagent le confort d'une circulation ais&#233;e sur l'espace social du jeu, au moyen de bases de donn&#233;es et d'outils de recherche.&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Les contraintes techniques sont ainsi contourn&#233;es, mais pas les interdictions franches. Et si les travailleurs contournent les premi&#232;res, c'est d'abord pour pouvoir travailler. Le filtrage d'internet cr&#233;e en effet bien souvent des probl&#232;mes dans le travail lui-m&#234;me, tels des difficult&#233;s d'acc&#232;s &#224; certaines informations, alors que la veille informationnelle tend aujourd'hui &#224; utiliser les moyens de communication les plus r&#233;cents, souvent &#233;tiquet&#233;s &#224; tort comme relevant des &#171; loisirs &#187; : blogs techniques, microblogging d'experts (&lt;i&gt;twitter&lt;/i&gt;), forums professionnels non institutionnels, etc. On retrouve ici, dans le domaine des moyens de communication, un ph&#233;nom&#232;ne mis en &#233;vidence de longue date par la sociologie du travail : la m&#233;connaissance, chez les organisateurs, du travail r&#233;el des salari&#233;s, donc de ce qui leur permet d'accomplir effectivement leurs t&#226;ches. Cette tension am&#232;ne certains enqu&#234;t&#233;s &#224; pointer la contradiction entre le contr&#244;le op&#233;r&#233; sur leur temps et leur &#233;valuation par objectifs. Les contournements observ&#233;s sont donc surtout un effet secondaire du hiatus fr&#233;quent entre les politiques d'acc&#232;s int&#233;gr&#233;es aux infrastructures et l'organisation du travail.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_6849 spip_documents spip_documents_center' &gt;
&lt;dt&gt; &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/IMG/png/Boutet2012_figure2a.png&quot; onclick='window.open(&quot;/spip.php?page=document&amp;id_document=6849&quot;,&quot; - IMG/png/Boutet2012_figure2a.png&quot;,&quot;height=872, width=890, top=100, left=100, toolbar=no, menubar=no, location=no, resizable=yes, scrollbars=yes, status=no&quot;); return false;' title='PNG - 159.9 ko' type=&quot;image/png&quot;&gt; &lt;img src='http://www.ethnographiques.org/local/cache-vignettes/L440xH352/Boutet2012_figure2amini-8a2a1.png' width='440' height='352' alt='PNG - 159.9 ko' style='height:352px;width:440px;' /&gt; &lt;/a&gt;
&lt;/dt&gt;
&lt;dd class='spip_doc_descriptif' style='width:350px;'&gt;&lt;strong&gt;Figure 2.&lt;/strong&gt; Lorsque l'&#233;cran est visible des coll&#232;gues, la discr&#233;tion de la pratique peut passer par un &#171; camouflage &#187; des traits les plus ostensibles de l'interface. Autrement dit, l'apparence par d&#233;faut, repr&#233;sent&#233;e en haut, peut &#234;tre modifi&#233;e. Dans l'exemple en bas, elle ressemble &#224; une feuille de tableur, et s'int&#232;gre ainsi aux fen&#234;tres qui l'entourent. D'autres joueurs adoptent la sobri&#233;t&#233; d'une page blanche et sans images.
&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt; &lt;!-- --&gt;
&lt;div style=&quot;width: 360px; margin: auto; padding-top: 2px; padding-bottom: 2px; text-align: justify; font-size: 11px; line-height: 130%;&quot;&gt;&lt;strong&gt;Figure 2.&lt;/strong&gt; Lorsque l'&#233;cran est visible des coll&#232;gues, la discr&#233;tion de la pratique peut passer par un &#171; camouflage &#187; des traits les plus ostensibles de l'interface. Autrement dit, l'apparence par d&#233;faut, repr&#233;sent&#233;e en haut, peut &#234;tre modifi&#233;e. Dans l'exemple en bas, elle ressemble &#224; une feuille de tableur, et s'int&#232;gre ainsi aux fen&#234;tres qui l'entourent. D'autres joueurs adoptent la sobri&#233;t&#233; d'une page blanche et sans images.&lt;/div&gt;&lt;dl class='spip_document_6851 spip_documents spip_documents_center' &gt;
&lt;dt&gt; &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/IMG/png/Boutet2012_figure2b.png&quot; onclick='window.open(&quot;/spip.php?page=document&amp;id_document=6851&quot;,&quot; - IMG/png/Boutet2012_figure2b.png&quot;,&quot;height=872, width=890, top=100, left=100, toolbar=no, menubar=no, location=no, resizable=yes, scrollbars=yes, status=no&quot;); return false;' title='PNG - 289.1 ko' type=&quot;image/png&quot;&gt; &lt;img src='http://www.ethnographiques.org/local/cache-vignettes/L420xH336/Boutet2012_figure2bmini-f1176.png' width='420' height='336' alt='PNG - 289.1 ko' style='height:336px;width:420px;' /&gt; &lt;/a&gt;
&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt; &lt;!-- --&gt;
&lt;p&gt;Une autre contrainte est celle des coll&#232;gues de travail. Si l'activit&#233; de jeu se fait discr&#232;te, c'est ainsi d'abord vis-&#224;-vis d'eux, plus que de la hi&#233;rarchie. Et la dissimulation ne suffit pas, comme l'illustrent les limites du &#171; pack Camouflage &#187; (Figure 2), qui ne peut faire illusion que si le salari&#233; utilise au quotidien un tableur dans son travail. Et lorsque ses coll&#232;gues ont l'habitude d'Excel, ils rep&#232;rent d'un coup d'&#339;il les anomalies. La discr&#233;tion de l'activit&#233; de jeu engage plut&#244;t deux autres facteurs : d'une part, l'orientation de l'&#233;cran et la position relative des coll&#232;gues, qui sont commun&#233;ment prises en compte ; d'autre part, les moments o&#249; l'on joue. Si les enqu&#234;t&#233;s jouent sur internet depuis leur lieu de travail, force est de constater qu'ils ne jouent pas &lt;i&gt;avec&lt;/i&gt; leurs coll&#232;gues. Il s'agit au contraire de petits moments solitaires, loin des parties en r&#233;seau entre coll&#232;gues d&#233;crites dans d'autres enqu&#234;tes (Weinberger, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('WEINBERGER David, 2003. &#171; Le jeu en r&#233;seau dans l'entreprise. Une forme d'appropriation d'internet au travail &#187;, Les Cahiers du Num&#233;rique, 2 (4), &#171; Les jeux en ligne &#187;, pp.169-193.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2003&lt;/a&gt;), et de l'ambiance du jeu, que l'on peut d&#233;crire depuis l'espace en ligne comme une entreprise collective, et parfois cr&#233;ative (Boutet, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('BOUTET Manuel, 2010. &#171; Innovation par l'usage et objet-fronti&#232;re. Les modifications de l'interface du jeu en ligne Mountyhall par ses participants. &#187; Revue d'anthropologie des connaissances, 4 (1), pp. 87-113.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2010&lt;/a&gt;). Or, vis-&#224;-vis des coll&#232;gues, l'activit&#233; est discr&#232;te, et le jeu, tout au plus un sujet &#224; plaisanterie (&#171; tu joues &lt;i&gt;un troll&lt;/i&gt; ? &#187;), sauf bien s&#251;r si d'autres y jouent aussi, et en font alors un sujet de conversation. Mais la narration de moments o&#249; s'entrecroisent relations en jeu et relations entre coll&#232;gues montre que les deux registres sont d'ordinaire s&#233;par&#233;s :&lt;/p&gt; &lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Donc mon coll&#232;gue, (&#8230;) quand c'&#233;tait pour la guerre du chaos on se tapait dessus (&#8230;) Sur ce coup l&#224;, on &#233;tait mort de rire quand on a commenc&#233; &#224; se taper l'un sur l'autre, alors qu'on &#233;tait dans la m&#234;me pi&#232;ce, et qu'il y avait des choses qu'il ne fallait pas qu'on se dise l'un &#224; l'autre. L&#224; vraiment l'IRL&#8230; le jeu est pass&#233; dans la vie r&#233;elle d'une fa&#231;on&#8230; (&#8230;) Heureusement on a beaucoup d'humour et on s'est un petit peu dit des trucs sans oublier que le joueur c'est pas le troll &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(Nathalie, documentaliste).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Les coll&#232;gues connaissent d'autant moins le jeu que l'activit&#233; est rarement explicit&#233;e. En pratique, elle est en effet moins &#171; n&#233;goci&#233;e &#187; qu'&#171; ins&#233;r&#233;e &#187;, en toute discr&#233;tion, dans l'emploi du temps individuel. Si les coll&#232;gues ne sont le plus souvent pas dupes, leur accord reste n&#233;anmoins implicite. Ne pas aller prendre la pause caf&#233; avec les autres est ainsi une mani&#232;re de signifier que jouer sur internet est sa fa&#231;on &#224; soi de prendre sa pause. Sym&#233;triquement, les joueurs, m&#234;me quand ils sont partenaires dans le jeu, connaissent tr&#232;s peu de choses de leurs m&#233;tiers respectifs. Il arrive bien s&#251;r que l'un ou l'autre &#233;voque son travail, et ceux qui jouent longtemps ensemble en ont parfois une petite id&#233;e. Mais le seul &#233;l&#233;ment qui transpara&#238;t toujours dans l'activit&#233; de jeu rel&#232;ve des rythmes quotidiens, car ils sont la trame sur laquelle se coordonner.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ainsi s'observe un partage des temporalit&#233;s plut&#244;t que des id&#233;es &#8211; interobjectif&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nb1-5' class='spip_note' rel='footnote' title='Nous empruntons l'expression &#224; Latour (1994). Voir aussi Knorr-Cetina (...)' id='nh1-5'&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt; plut&#244;t qu'intersubjectif &#8211; qui repose largement sur un r&#233;gime relationnel particulier au jeu, o&#249; les partenaires sont &#224; la fois des &#233;quipiers sur lesquels compter, et des gens que l'on conna&#238;t peu :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p&gt;&#171; les rares fois o&#249; on a pu aborder des sujets un peu tendus sur la politique, ce genre de trucs, c'est rapidement parti un peu en vrille quoi&#8230; (&#8230;) tu te rends compte qu'on peut aimer le jeu, mais venir de milieux tout &#224; fait diff&#233;rents, et avoir des sensibilit&#233;s politiques, ou tout &#231;a, tout &#224; fait diff&#233;rentes et moi je trouve &#231;a assez rassurant &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(Tom, maquettiste).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;On trouve l&#224; une distance entre partenaires plus grande encore que dans &#171; l'intimit&#233; anonyme &#187; d&#233;j&#224; bien rep&#233;r&#233;e dans les conversations en ligne (Velkovska, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('VELKOVSKA Julia, 2002. &#171; L'intimit&#233; anonyme dans les conversations &#233;lectroniques sur les webchats &#187;, Sociologie du travail, 2, pp.193-213.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2002&lt;/a&gt;). En ce sens, les relations aux partenaires de jeu ressemblent beaucoup &#224; certaines relations entre coll&#232;gues (Williams et al, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('WILLIAMS Dmitri, DUCHENEAUT Nicolas, XIONG Li, ZHANG Yuanyuan, YEE Nick, NICKELL Eric, 2006, &#171; From Tree House to Barracks. The Social Life of Guilds in World of Warcraft &#187;, Games and Culture, 1(4), pp. 338-361.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2006&lt;/a&gt; ; Yee, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('YEE Nick, 2006. &#171; The Labor of Fun. How Video Games Blur the Boundaries of Work and Play &#187;, Games and Culture, 1 (1), pp. 68-71.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2006&lt;/a&gt;). Lorsque les partenaires de jeu deviennent plus proches, il arrive bien s&#251;r qu'ils n&#233;gocient pr&#233;cis&#233;ment &#224; partir des contraintes de leurs contraintes respectives. Mais ce n'est pas l&#224; le r&#233;gime ordinaire, car cela supposerait de discuter en d&#233;tail du travail et de ses priorit&#233;s, au risque de contaminer l'activit&#233; de jeu et r&#233;ciproquement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si &lt;i&gt;Mountyhall&lt;/i&gt; se pr&#234;te &#224; &#234;tre jou&#233; au travail, c'est du fait de ses r&#232;gles, mais aussi et surtout parce qu'il y est alors jou&#233; diff&#233;remment ; bien que le jeu soit dans une certaine mesure une sociabilit&#233; &#171; affinitaire &#187;, au sens o&#249; un th&#232;me est partag&#233;, le go&#251;t n'intervient ici qu'en second lieu. Ins&#233;rer le jeu dans le travail am&#232;ne avant tout &#224; partager avec d'autres une fa&#231;on de jouer ajust&#233;e &#224; sa propre fa&#231;on de travailler, sans pour autant que les uns connaissent les activit&#233;s de travail des autres. Pour se coordonner, il faut que les rythmes soient compatibles. On observe ainsi une forme de sociabilit&#233; o&#249; la participation &#224; un groupe se suffit de concordances de rythmes. Autrement dit, une fa&#231;on de partager son genre de vie sans avoir besoin d'en discuter le sens.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si les joueurs s'emploient &#224; &lt;i&gt;ins&#233;rer le jeu dans leur travail&lt;/i&gt; sans transformer celui-ci, nous allons voir que le jeu documente alors aussi le travail lui-m&#234;me.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;div class=&quot;non_flottant_titre&quot;&gt;&lt;a name='6'&gt;&lt;/a&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#tablematiere&quot;&gt;Homog&#233;n&#233;it&#233; ou h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; de l'activit&#233; : deux cas polaires&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Nous l'avons d&#233;j&#224; relev&#233; : l'&#233;cologie informationnelle mise en &#339;uvre pour le jeu est celle du travail (Figure 3). Les joueurs narrent les essais qu'ils ont fait avec tout ce qui &#233;tait &#224; leur disposition jusqu'&#224; trouver une configuration favorable, mais ils n'exp&#233;rimentent gu&#232;re au-del&#224; des moyens de communication disponibles. On observe plut&#244;t localement des &#171; attachements opportunistes &#187;, selon l'expression de J. Figeac (&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('FIGEAC Julien, 2009. Vers une pragmatique des attachements m&#233;diatiques. Le cas de la television mobile. Th&#232;se de doctorat de sociologie sous la direction d'Anne Sauvageot soutenue le 24 juin 2009 &#224; l'Universit&#233; de Toulouse II &#8211; le Mirail.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2009&lt;/a&gt;), o&#249; jeu et travail s'appuient sur les m&#234;mes rep&#232;res. Les d&#233;crire nous am&#232;ne &#224; distinguer au sein de notre corpus deux grandes familles de situations de travail, selon que la temporalit&#233; de l'activit&#233; de travail est homog&#232;ne ou h&#233;t&#233;rog&#232;ne &#8211; ou, pour le dire autrement, selon qu'il y a activit&#233; ou multi-activit&#233; (Licoppe, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('LICOPPE Christian, 2008. &#171; Logiques d'innovation, multiactivit&#233; et zapping au travail &#187;, Herm&#232;s, n&#176;50, p. 171-178.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2008&lt;/a&gt;). Par exemple, un correcteur de livres ou un professeur de lyc&#233;e, engag&#233;s sur
des plages horaires relativement longues et continues, ont un travail plus
ais&#233;ment homog&#232;ne que les professionnels qui doivent g&#233;rer en permanence des clients, des tiers ou des coll&#232;gues. Les salari&#233;s peuvent passer d'un contexte &#224; l'autre dans une m&#234;me journ&#233;e, par exemple quand un documentaliste travaille en front-office puis en back-office. De m&#234;me, nous avons interrog&#233; un responsable des aspects environnementaux de projets de construction qui alternait des phases de travail de bureau o&#249; il se renseignait sur internet sur les acteurs concern&#233;s, avec d'autres phases o&#249; il se d&#233;pla&#231;ait sur le terrain pour les rencontrer, son t&#233;l&#233;phone devenant alors son principal outil. Il ne jouait pas de la m&#234;me fa&#231;on dans les deux situations.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette division g&#233;n&#233;rale recoupe celle entre travail informationnel et travail communicationnel que rep&#232;rent des travaux r&#233;cents sur les communications informelles entre salari&#233;s : &#171; ceux qui &#233;taient ins&#233;r&#233;s dans des &#233;changes purement informatifs ou op&#233;rationnels voient leur recours &#224; la technologie s'intensifier et leurs interactions avec les coll&#232;gues et/ou clients diminuer, lorsque les informations deviennent disponibles sur un support informatique&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nb1-6' class='spip_note' rel='footnote' title='Les auteurs &#233;voquent ici la multiplication, sur l'internet et les (...)' id='nh1-6'&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;, tandis que ceux qui &#233;taient inscrits dans des r&#233;seaux de coop&#233;ration ou de n&#233;gociation voient, au contraire, les &#233;changes humains s'intensifier avec les nouvelles technologies &#187; (Amoss&#233;, Guillemot, Moatty, Rosanvallon, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('AMOSSE Thomas, GUILLEMOT Dani&#232;le, MOATTY Fr&#233;d&#233;ric, ROSANVALLON J&#233;r&#233;mie, 2010. &#171; &#201;changes informels et relations de travail &#224; l'heure des changements organisationnels et de l'informatisation &#187;, Rapport de recherche, Centre d'Etude de l'Emploi.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2010 : 61&lt;/a&gt;). Le changement rep&#233;r&#233; ici tend &#224; creuser le foss&#233; entre ces deux types de situations.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_6853 spip_documents spip_documents_center' &gt;
&lt;dt&gt; &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/IMG/jpg/Boutet2012_figure3.jpg&quot; onclick='window.open(&quot;/spip.php?page=document&amp;id_document=6853&quot;,&quot; - IMG/jpg/Boutet2012_figure3.jpg&quot;,&quot;height=830, width=890, top=100, left=100, toolbar=no, menubar=no, location=no, resizable=yes, scrollbars=yes, status=no&quot;); return false;' title='JPEG - 112.5 ko' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt; &lt;img src='http://www.ethnographiques.org/local/cache-vignettes/L420xH315/Boutet2012_figure3mini-167d7.jpg' width='420' height='315' alt='JPEG - 112.5 ko' style='height:315px;width:420px;' /&gt; &lt;/a&gt;
&lt;/dt&gt;
&lt;dd class='spip_doc_descriptif' style='width:350px;'&gt;&lt;strong&gt;Figure 3. &lt;/strong&gt;Le jeu n'est pas du travail ; pour autant, il ne mobilise pas non plus ici d'objets caract&#233;ristiques du jeu, tels que des joysticks. Le lieu, les objets, les techniques mobilis&#233;s pour jouer sont ceux du travail. L'affichage &#224; l'&#233;cran n'est pas anim&#233;, mais constitu&#233; principalement de texte. Souvent, les outils communicationnels utilis&#233;s sont ceux du travail : l'internet, les mails, la messagerie instantan&#233;e, et parfois le t&#233;l&#233;phone. L'&#233;cologie informationnelle mise en &#339;uvre pour le jeu est donc celle du travail, avec ses rythmes et ses formats.
&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt; &lt;!-- --&gt;
&lt;div style=&quot;width: 360px; margin: auto; padding-top: 2px; padding-bottom: 10px; text-align: justify; font-size: 11px; line-height: 130%;&quot;&gt;&lt;strong&gt;Figure 3.&lt;/strong&gt; Le jeu n'est pas du travail ; pour autant, il ne mobilise pas non plus ici d'objets caract&#233;ristiques du jeu, tels que des joysticks. Le lieu, les objets, les techniques mobilis&#233;s pour jouer sont ceux du travail. L'affichage &#224; l'&#233;cran n'est pas anim&#233;, mais constitu&#233; principalement de texte. Souvent, les outils communicationnels utilis&#233;s sont ceux du travail : l'internet, les mails, la messagerie instantan&#233;e, et parfois le t&#233;l&#233;phone. L'&#233;cologie informationnelle mise en &#339;uvre pour le jeu est donc celle du travail, avec ses rythmes et ses formats.&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re grande famille de situations regroupe celles o&#249; s'observe un ph&#233;nom&#232;ne de r&#233;plication : le dispositif mis en place pour le jeu s'av&#232;re similaire &#224; celui existant pour le travail. Ce ph&#233;nom&#232;ne est d'autant plus frappant qu'en dehors des contextes de travail, l'activit&#233; de jeu donne plut&#244;t lieu &#224; des arrangements complexes d'interfaces et de moyens de communication (Boutet, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('BOUTET Manuel, 2006. De l'ordinateur personnel aux communaut&#233;s en ligne. S'orienter dans les mondes informatiques. Th&#232;se de doctorat en sociologie, sous la direction de Bernard Conein, soutenue le 13 d&#233;cembre 2006, Universit&#233; de Nice - Sophia Antipolis, Nice.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2006&lt;/a&gt;, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('BOUTET Manuel, 2008. &#171; S'orienter dans les espaces sociaux en ligne. L'exemple d'un jeu. &#187; Sociologie du travail, 50 (4), pp. 447-470.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2008&lt;/a&gt;, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('BOUTET Manuel, 2010. &#171; Innovation par l'usage et objet-fronti&#232;re. Les modifications de l'interface du jeu en ligne Mountyhall par ses participants. &#187; Revue d'anthropologie des connaissances, 4 (1), pp. 87-113.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2010&lt;/a&gt;). Or ce qui s'observe ici est au contraire un resserrement de l'activit&#233; autour d'un moyen de communication unique, que ce soit la messagerie du jeu, le mail, une messagerie instantan&#233;e, un forum, etc. Dans le cas le plus fr&#233;quent, il s'agit d'une seconde bo&#238;te mail d&#233;di&#233;e au jeu, sans notifications, que l'on consulte seulement &#224; des moments bien d&#233;finis. Certains choisissent aussi d'aller &lt;i&gt;sur internet&lt;/i&gt; pour jouer, c'est-&#224;-dire ne recourent &#224; aucune notification &#8211; ni message dans leur bo&#238;te mail quand il arrive quelque chose &#224; leur personnage, ni messagerie instantan&#233;e o&#249; leurs partenaires pourraient les solliciter. Tous ces cas correspondent &#224; &lt;i&gt;des activit&#233;s de travail tr&#232;s homog&#232;nes&lt;/i&gt;. Le jeu n'appara&#238;t pas alors comme une occasion de la rendre moins homog&#232;ne, mais comme une fa&#231;on de s'occuper lorsqu'on d&#233;croche, sature, etc. Il est men&#233; en effet pendant les pauses. Relativement aux autres activit&#233;s pouvant les occuper, il ne prend qu'un temps donn&#233; &#8211; le temps de jouer ses points d'action &#8211; et inscrit le moment furtif de la pause dans une dur&#233;e &#8211; celle du monde en ligne. Il appara&#238;t ainsi bien difficile d'associer les pauses ou le jeu &#224; une analyse qui partirait du caract&#232;re int&#233;ressant ou inint&#233;ressant du travail : non seulement la pause permet d'endurer le travail, dans une &#233;conomie de soi (Teiger, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('TEIGER Catherine, 1995. &#171; Parler quand m&#234;me : les fonctions des activit&#233;s langagi&#232;res non fonctionnelles &#187;, in BOUTET Josiane (ed.), Paroles au travail. Paris, L'Harmattan, pp. 45-72.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;1995&lt;/a&gt;), mais jeu et travail sont trait&#233;s par les participants comme deux domaines bien s&#233;par&#233;s, dont il ne s'agit jamais de remettre en cause le cloisonnement&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nb1-7' class='spip_note' rel='footnote' title='L'interf&#233;rence entre jeu et travail correspond plut&#244;t au cas oppos&#233; : (...)' id='nh1-7'&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le second ensemble de situations observ&#233;es se caract&#233;rise au contraire par une h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; du travail, une multi-activit&#233;, qui traduit la recherche toute particuli&#232;re par les travailleurs, d'une coh&#233;rence de leur travail (Bidet, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('BIDET Alexandra, 2011b. &#171; La multiactivit&#233;, ou le travail est-il encore une exp&#233;rience ? &#187;, Communications, n&#176;89, Dossier &#171; Travailler &#187;, Paris, Editions EHESS, pp. 9-26.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2011b&lt;/a&gt;) : dans ces situations, ils s'emploient &#224; faire en sorte qu'&#171; une grappe d'activit&#233;s diff&#233;rentes reste pertinente dans son ensemble &#187; (Datchary, Licoppe, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('DATCHARY Caroline et LICOPPE Christian, 2007. &#171; La multi-activit&#233; et ses appuis. L'exemple de la &quot;pr&#233;sence obstin&#233;e&quot; des messages dans l'environnement de travail &#187;. @ctivit&#233;, 4(1), pp. 4-29.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2007 : 21&lt;/a&gt;). Nous observons que le jeu, loin d'&#234;tre un nouvel ordre de sollicitations, se trouve ainsi int&#233;gr&#233; aux dispositifs de commensurabilit&#233; existants, devenant en quelque sorte &lt;i&gt;une sollicitation parmi d'autres&lt;/i&gt; :&lt;/p&gt; &lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p&gt;&#171; IRC est allum&#233; en permanence&#8230; affich&#233; en permanence, avec &#171; windows manager &#187; qui fait qu'y a pas de recouvrement entre les fen&#234;tres. Y'a 5 canals sur lesquels je suis quoi qu'il arrive. 5 &#224; 10 sont ouverts au minimum&#8230; &#224; savoir que &#231;a n'a pas un usage&#8230; que ludique. C'est 50% ludique, mais&#8230; l'usage principal d'IRC c'est un usage professionnel. Je garde contact avec mes anciens, mes anciens coll&#232;gues, les anciens de ma promo qui sont r&#233;unis sur un CHAN&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nb1-8' class='spip_note' rel='footnote' title='CHAN : sous le protocole IRC, un canal de communication est temporaire. Un (...)' id='nh1-8'&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;, ce qui fait que lorsque j'ai une question technique pointue qui pose probl&#232;me, je peux leur poser la question en direct&#8230; et donc tu profites de l'expertise de dizaines de mecs super blind&#233;s qui sont &#224; ta disposition &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(Thomas, d&#233;veloppeur web en Ruby On Rails).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Les sollicitations en provenance du jeu sont ici trait&#233;es comme un canal de communication &lt;i&gt;parmi d'autres&lt;/i&gt;. Chez d'autres enqu&#234;t&#233;s, le m&#234;me ph&#233;nom&#232;ne s'observe, mais &#224; partir des mails : les messages en provenance du jeu sont trait&#233;s comme un mail &lt;i&gt;parmi d'autres&lt;/i&gt;. Autrement dit, et contrairement aux cas pr&#233;c&#233;dents o&#249; il y avait une r&#233;plication (le joueur cr&#233;ant deux bo&#238;tes, chacune pour un domaine pr&#233;cis), tous les messages arrivent ici ensemble, sachant que ceux concernant le travail rel&#232;vent d&#233;j&#224; de registres h&#233;t&#233;rog&#232;nes. Par rapport &#224; d'autres loisirs, le jeu sur internet a ainsi en commun avec ces activit&#233;s de travail une forme &lt;i&gt;temporelle&lt;/i&gt; particuli&#232;re : celle &lt;i&gt;de sollicitations en pointill&#233;s&lt;/i&gt; provenant d'ordres relationnels distants, dont on sait qu'ils ont une certaine probabilit&#233; de nous surprendre &#224; tel ou tel moment par une sollicitation inattendue&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nb1-9' class='spip_note' rel='footnote' title='Pour une illustration de ce ph&#233;nom&#232;ne, qui se d&#233;veloppe largement avec (...)' id='nh1-9'&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;. La rythmicit&#233; de l'activit&#233; de jeu, jusque dans les impr&#233;vus qui en font le sel, n'est donc, dans ces situations, qu'une re-pr&#233;sentation stylis&#233;e du r&#233;gime ordinaire d'un travail o&#249;, avec la multi-activit&#233;, &lt;i&gt;la pr&#233;occupation devient la forme routini&#232;re de l'anticipation&lt;/i&gt;. En r&#233;sum&#233;, le jeu est non seulement subordonn&#233; au travail mais prend sa forme temporelle &#8211; ce qui implique un effort sp&#233;cifique pour choisir le jeu et transformer sa pratique en ce sens.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si le jeu nous renseigne ainsi sur les modes de pr&#233;sence au travail dans ces &#233;cologies, c'est que les travailleurs n'y font pas face &#224; l'h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; ordinaire de leur travail avec seulement les ressources d'une performance du moment : bricolage et improvisation ne sont pas leurs seules fa&#231;ons de faire face &#224; des sollicitations concurrentes&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nb1-10' class='spip_note' rel='footnote' title='Des situations de travail o&#249; tout est bricol&#233; sur le moment sont &#233;puisantes (...)' id='nh1-10'&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;. Dans ces situations marqu&#233;es par l'h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; des engagements, s'observe aussi l'&#233;laboration de dispositifs pour g&#233;rer des sollicitations multiples, en particulier des dispositifs de commensurabilit&#233;, qui mettent en regard &#8211; au fil de l'eau et sur le fil &#8211; diff&#233;rentes op&#233;rations, actions ou activit&#233;s, et peuvent contribuer &#224; les hi&#233;rarchiser (Lahlou, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('LAHLOU Saadi, 2000. &#171; La cognition au travail et ses outils : d&#233;bordement, r&#233;volution, distribution &#187;. Intellectica, 30 (1), pp. 75-113.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2000&lt;/a&gt; ; Licoppe, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('LICOPPE Christian, 2008. &#171; Logiques d'innovation, multiactivit&#233; et zapping au travail &#187;, Herm&#232;s, n&#176;50, p. 171-178.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2008&lt;/a&gt;, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('LICOPPE Christian, 2009. &#171; Pragmatique de la notification &#187;, Trac&#233;s, 16, pp. 77-98.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2009&lt;/a&gt;). Chaque moyen de communication peut bien s&#251;r jouer ce r&#244;le, mais leur multiplication tend &#224; compliquer le probl&#232;me, puisqu'il est plus facile de classer &#8216;ses mails' que de comparer &#8216;un mail, un appel t&#233;l&#233;phonique, et un coll&#232;gue frappant &#224; la porte du bureau'.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les deux ensembles de situations de travail que nous venons de distinguer ont un point commun : jeu et travail coexistent car ils sont inscrits par les enqu&#234;t&#233;s dans des temps diff&#233;rents, construits par des rythmicit&#233;s entrelac&#233;es&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nb1-11' class='spip_note' rel='footnote' title='L'importance des rythmes pour comprendre les activit&#233;s a &#233;t&#233; (...)' id='nh1-11'&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;. Etudier le jeu au travail, c'est ainsi observer un effort pour &lt;i&gt;d&#233;phaser&lt;/i&gt; des activit&#233;s qui seraient sinon concurrentes. On peut retrouver ces deux types de situation au sein d'un m&#234;me entretien : changer de contexte de travail peut amener &#224; passer d'une configuration &#224; l'autre. Ainsi, lorsque des phases de service au client succ&#232;dent &#224; des phases de conception &#8211; situation typique du d&#233;veloppement en informatique, ou encore, comme nous l'avons d&#233;crit plus haut, quand se succ&#232;dent des p&#233;riodes de planification et de d&#233;placement sur le terrain. C'est dire que la pratique de ces jeux peut tout autant permettre de lutter contre l'ennui d'un travail r&#233;p&#233;titif que contre la d&#233;sorientation, dans un travail de plus en plus riche aujourd'hui en sollicitations h&#233;t&#233;rog&#232;nes et concurrentes, et ainsi en travail de soi (Hughes, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('HUGHES Everett Cherrington, 1996. &#171; Le travail et le soi &#187; (1951), in Le regard sociologique. Essais choisis (textes traduits et pr&#233;sent&#233;s par CHAPOULIE Jean-Michel). Paris, Editions de l'EHESS, pp. 75&#8211;85.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;1996&lt;/a&gt; ; Bidet, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('BIDET Alexandra, 2011a. L'engagement dans le travail. Qu'est-ce que le vrai boulot ? Paris, PUF, Le lien social.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2011a&lt;/a&gt;). Si ce temps du jeu, d&#233;phas&#233;, est important pour les travailleurs, c'est sans doute qu'il les aide &#224; tisser de proche en proche une continuit&#233; de leur pr&#233;sence et de leur engagement par del&#224; les impond&#233;rables du travail.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;div class=&quot;non_flottant_titre&quot;&gt;&lt;a name='7'&gt;&lt;/a&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#tablematiere&quot;&gt;Conclusion. Les jeux de rendez-vous, ou un ajustement par le rythme&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Notre exploration des pratiques de jeu sur internet a fait surgir l'importance de la dimension temporelle de l'activit&#233;. Comprendre le travail et son organisation aujourd'hui appelle &#224; poser des questions comme &#171; qu'est-ce qu'une attente ? &#187;. Si le recours au jeu sur internet correspond &#224; l'introduction dans un contexte professionnel d'une autre temporalit&#233;, le moment o&#249; l'on joue est essentiel &#224; la pr&#233;sence discr&#232;te de cette activit&#233; sur les lieux de travail : elle est moins clandestine que tol&#233;r&#233;e, ou camoufl&#233;e, visible tout en restant inaper&#231;ue, profitant de la multiplicit&#233; des fen&#234;tres et des sollicitations. De plus, lorsque l'on joue &#224; plusieurs, l'activit&#233; s'articule avant tout autour du partage de rythmes de vie : une qualit&#233; essentielle du jeu est alors de partager avec ses partenaires non seulement des conversations, mais une rythmicit&#233; quotidienne. Plus largement, l'activit&#233; de jeu s'av&#232;re moul&#233;e sur les rythmes du travail, soit &#224; la mani&#232;re d'une pause, soit comme une sollicitation parmi d'autres. Nous avons rep&#233;r&#233; trois fonctions du jeu sur internet chez nos enqu&#234;t&#233;s : il peut op&#233;rer comme une discipline des pauses, dont ils ont besoin et que le jeu leur permet de ma&#238;triser ; comme un moment de partage, dans des environnements o&#249; les temps de travail et de pause sont individualis&#233;s ; ou encore comme un temps collectif, c'est-&#224;-dire un horizon d'attente, mais aussi une m&#233;moire sociale s&#233;diment&#233;e. Si l'on ne peut dissocier sens du jeu et temps du jeu, ce dernier est form&#233; par le rythme, mais aussi par la m&#233;moire. Cette dimension appara&#238;t chez ceux qui jouent avec des membres de leur famille, avec des amis habitant au loin, ou encore lorsque la pratique de jeu &#8211; parfois tr&#232;s asc&#233;tique &#8211; constitue une &#233;vocation de p&#233;riodes pass&#233;es, telles les ann&#233;es d'&#233;tude, et un moyen de garder le contact. L'attachement peut aussi concerner un contexte particulier du jeu, comme chez cet enqu&#234;t&#233; :&lt;/p&gt; &lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p&gt;&#171; il y a ce petit c&#244;t&#233; addictif (&#8230;) il n'y a pas que le personnage, il y a le forum, il y a les gens avec qui on est dans la guilde depuis plusieurs ann&#233;es, donc il se cr&#233;e fatalement quelques affinit&#233;s, m&#234;me si on aborde assez peu ce que l'on fait&#8230; et ce qu'on pense&#8230; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(Tom, maquettiste).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L'attention pour cette dimension temporelle des pr&#233;sences au travail nous a conduit &#224; distinguer deux types oppos&#233;s de situations de travail. Dans les situations de multi-activit&#233;, les travailleurs se font &#171; notifier &#187; la pr&#233;sence distante du monde du jeu, alors que ceux travaillant dans des contextes plus homog&#232;nes pr&#233;f&#232;rent &#171; y aller &#187;. L'activit&#233; de jeu prend ainsi, dans les situations de multi-activit&#233;, o&#249; le travail est menac&#233; de fragmentation, de dispersion, l'accent &#233;tonnant d'une recherche d'unit&#233; : le jeu semble offrir l'appui collectif n&#233;cessaire pour introduire un contrepoint et un contrepoids aux risques d'&#233;clatement et de d&#233;sorientation ressentis dans le travail. On peut ainsi comprendre que certains contextes de travail am&#232;nent, plus que d'autres, les travailleurs &#224; se d&#233;couvrir un int&#233;r&#234;t pour les jeux de rendez-vous qui, comme celui &#233;tudi&#233; ici, reposent sur un principe simple : le participant, une fois qu'il a jou&#233;, se d&#233;connecte, mais les effets de son action continuent dans le monde en ligne, et il doit y revenir ult&#233;rieurement pour la prolonger. Si la forme rythmique propre &#224; ces jeux n'a pas les m&#234;mes r&#233;sonnances selon les situations de travail, leur diffusion nous renseigne assur&#233;ment sur le travail contemporain.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si les activit&#233;s men&#233;es pendant les pauses, comme le jeu, sont fortement inscrites dans les contextes de travail, les fa&#231;ons dont elles sont men&#233;es sont aussi li&#233;es aux contraintes propres &#224; l'activit&#233; de travail. Elles peuvent ainsi constituer un analyseur des &#233;cologies contemporaines du travail. Si l'organisation scientifique du travail a pu homog&#233;n&#233;iser les temps de travail sur le mod&#232;le des horaires contraints et des pauses collectives, il s'est agi l&#224; d'un moment singulier dans une histoire des temps de travail qui a toujours connu une multiplicit&#233; de mod&#232;les, avant (Elhadad et Qu&#233;rouil, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('ELHADAD L. et QUEROUIL O., 1981. &#171; L'apparition des cong&#233;s pay&#233;s &#187;, Temps libre, 1, pp.83-89.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;1981&lt;/a&gt;) comme apr&#232;s (Grossin, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('GROSSIN William, 1983. &#171; Le temps de travail des salari&#233;s : vers une diversification des statuts &#187;. Le Travail Humain, 46(2), pp. 297-311.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;1983&lt;/a&gt;) l'&#233;poque fordiste &#8211; et m&#234;me pendant celle-ci car cette organisation n'a concern&#233; qu'un secteur restreint de l'industrie (Pillon et Vatin, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('PILLON Thierry et VATIN Fran&#231;ois, 2007. Trait&#233; de sociologie du travail. Toulouse, Octar&#232;s.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2007&lt;/a&gt;). Aujourd'hui, le succ&#232;s et la diffusion de la forme particuli&#232;re des &#171; jeux de rendez-vous &#187; semble correspondre au d&#233;veloppement de situations de travail o&#249; les temps sont individualis&#233;s, les arrangements techniques, laiss&#233;s &#224; la responsabilit&#233; du travailleur, et les sollicitations, plus souvent h&#233;t&#233;rog&#232;nes. Dans ces situations, la n&#233;cessit&#233; de tramer une continuit&#233; de l'activit&#233; tend &#224; &#234;tre v&#233;cue comme une &#233;preuve. Or les jeux de rendez-vous s'appuient pr&#233;cis&#233;ment sur cette &#233;preuve existentielle pour permettre le d&#233;veloppement de nouvelles sociabilit&#233;s &#224; travers les rythmes communs. Un tel pont &#233;tabli entre des travailleurs qui n'avaient aucun lien est caract&#233;ristique de la gen&#232;se d'une critique (Boltanski, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('BOLTANSKI Luc, 2008. &#171; Institutions et critique sociale. Une approche pragmatique de la domination &#187;, Trac&#233;s. Revue de Sciences humaines, Hors-S&#233;rie n&#176;8, &#171; Pr&#233;sents et futurs de la critique &#187;, pp. 17-43.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2008&lt;/a&gt; ; Bidet, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('BIDET Alexandra, 2011a. L'engagement dans le travail. Qu'est-ce que le vrai boulot ? Paris, PUF, Le lien social.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2011a&lt;/a&gt;). On pourrait ainsi voir l&#224;, sinon un appui potentiel pour de nouvelles solidarit&#233;s, du moins une pr&#233;figuration de la forme qu'elles pourraient prendre, de la m&#234;me mani&#232;re que la pause casse-cro&#251;te a pu &#234;tre une source et une ressource de mobilisation.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nh1-1' id='nb1-1' class='spip_note' title='Notes 1-1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;Le &#171; freinage &#187; correspond &#224; l'observation d'une norme d'activit&#233; collective dans les ateliers, &#224; la fois inf&#233;rieure au rendement maximal et contraignante. La sociologie du travail n'a eu de cesse de d&#233;monter les postulats implicites de ce raisonnement. Voir pour une mise en perspective les chapitres 2 et 3 &lt;i&gt;in&lt;/i&gt; Bidet, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('BIDET Alexandra, 2011a. L'engagement dans le travail. Qu'est-ce que le vrai boulot ? Paris, PUF, Le lien social.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2011a&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nh1-2' id='nb1-2' class='spip_note' title='Notes 1-2' rev='footnote'&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;Cette enqu&#234;te a &#233;t&#233; men&#233;e dans le cadre d'un programme de recherche collectif intitul&#233; &#171; Communication et multi-activit&#233; au travail &#187; (sous la responsabilit&#233; d'A. Bidet) et financ&#233; par l'Agence Nationale de la Recherche (ANR-08-COMM-039).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nh1-3' id='nb1-3' class='spip_note' title='Notes 1-3' rev='footnote'&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;Cette &#171; dur&#233;e de tour &#187; varie selon les caract&#233;ristiques et l'&#233;quipement du personnage : ainsi un &#233;quipement lourd ralentit le personnage, une grosse armure par exemple augmente ainsi la dur&#233;e du tour.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nh1-4' id='nb1-4' class='spip_note' title='Notes 1-4' rev='footnote'&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;Aujourd'hui l'&#233;tude des jeux vid&#233;o accorde encore peu d'attention aux arrangements concrets de la pratique (Giddings, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('GIDDINGS Seth, 2009. &#171; Events and collusions : a glossary for the microethnography of videogame play &#187;, Games and Culture, 4(2), pp.144-157.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2009&lt;/a&gt;), sinon en France (Boutet, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('BOUTET Manuel, 2006. De l'ordinateur personnel aux communaut&#233;s en ligne. S'orienter dans les mondes informatiques. Th&#232;se de doctorat en sociologie,
sous la direction de Bernard Conein, soutenue le 13 d&#233;cembre 2006, Universit&#233;
de Nice - Sophia Antipolis, Nice.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2006&lt;/a&gt; ; Berry, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('BERRY Vincent, 2009. Les cadres de l'exp&#233;rience virtuelle : Jouer, vivre, apprendre dans un monde num&#233;rique. Analyse des pratiques ludiques, sociales et communautaires des joueurs de jeu de r&#244;les en ligne massivement multi-joueurs : Dark Age of Camelot et World of Warcraft. Th&#232;se de doctorat sous la direction de Gilles Broug&#232;re soutenue le 10 novembre 2009 &#224; l'Universit&#233; de Paris 13 &#8211; Villetaneuse.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2010&lt;/a&gt; ; Triclot, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('TRICLOT Mathieu, 2011. Philosophie des jeux vid&#233;o. Paris, Editions La D&#233;couverte, label &#171; Zones &#187;.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2011&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nh1-5' id='nb1-5' class='spip_note' title='Notes 1-5' rev='footnote'&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;Nous empruntons l'expression &#224; Latour (&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('LATOUR Bruno, 1994. &#171; Une sociologie sans objet ? Remarques sur l'interobjectivit&#233; &#187;, Sociologie du Travail, 36 (4), pp. 587&#8211;607.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;1994&lt;/a&gt;). Voir aussi Knorr-Cetina (&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('KNORR CETINA Karin, 1997. &#171; Sociality with Objects : Social Relations in Postsocial Knowledge Societies &#187;, Theory, Culture Society, 14 (4), pp. 1&#8211;30.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;1997&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nh1-6' id='nb1-6' class='spip_note' title='Notes 1-6' rev='footnote'&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;Les auteurs &#233;voquent ici la multiplication, sur l'internet et les intranet, de r&#232;glements, modes d'emploi, et autres FAQ (r&#233;ponses aux questions les plus fr&#233;quentes), dont la lecture remplace le recours &#224; certains professionnels, lesquels voient leur travail passer de la r&#233;ponse aux questions &#224; la r&#233;daction de notices &#8211; et, notent les auteurs, en sont g&#233;n&#233;ralement plut&#244;t satisfaits.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nh1-7' id='nb1-7' class='spip_note' title='Notes 1-7' rev='footnote'&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;L'interf&#233;rence entre jeu et travail correspond plut&#244;t au cas oppos&#233; : celui d'un travail pris &#171; comme un jeu &#187; &#8211; ce qui peut aussi arriver lorsque les travailleurs doivent endurer des situations o&#249; il leur est interdit de s'interrompre (Burawoy, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('BURAWOY Michel, 2008. &#171; Le proc&#232;s de production comme jeu &#187;, Trac&#233;s. Revue de Sciences humaines, 14, &#171; Consentir : domination, consentement et d&#233;ni &#187;, pp. 197-219.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2008&lt;/a&gt;). Voir aussi la mise en regard des contributions de Dewey, et de Roy et Burawoy, qui s'y r&#233;f&#232;rent tous deux, in Bidet (&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('BIDET Alexandra, 2010. &#171; Qu'est-ce que le vrai boulot ? Le cas d'un groupe de techniciens &#187;, Soci&#233;t&#233;s contemporaines, n&#176;78, p. 115-135')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2010&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nh1-8' id='nb1-8' class='spip_note' title='Notes 1-8' rev='footnote'&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;CHAN : sous le protocole IRC, un canal de communication est temporaire. Un CHAN est un canal tenu ouvert en permanence par ses usagers, sous un nom donn&#233; sur un serveur donn&#233;, et qui permet ainsi aux habitu&#233;s de se retrouver.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nh1-9' id='nb1-9' class='spip_note' title='Notes 1-9' rev='footnote'&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;Pour une illustration de ce ph&#233;nom&#232;ne, qui se d&#233;veloppe largement avec l'automation des processus productifs dans l'industrie et dans les services : (Bidet, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('BIDET Alexandra, 2008. &#171; L'homme et l'automate. L'&#233;cologie &#233;largie du travail contemporain &#187;, Sociologie du travail, 50 (3), pp. 372-395.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2008&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nh1-10' id='nb1-10' class='spip_note' title='Notes 1-10' rev='footnote'&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;Des situations de travail o&#249; tout est bricol&#233; sur le moment sont &#233;puisantes (Datchary, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('DATCHARY Caroline, 2008. &#171; G&#233;rer la dispersion : un travail collectif &#187;, Sociologie du travail, 50 (3), pp. 396-416.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2008&lt;/a&gt;), et sortent de notre champ d'investigation : les chances d'y trouver le temps de jouer sur internet sont minces. Mais, pr&#233;cis&#233;ment, les situations de travail &#171; tr&#232;s sollicitantes &#187; qui se multiplient aujourd'hui ne prennent pas toutes cette forme.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nh1-11' id='nb1-11' class='spip_note' title='Notes 1-11' rev='footnote'&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;L'importance des rythmes pour comprendre les activit&#233;s a &#233;t&#233; soulign&#233;e par l'anthropologie technique fran&#231;aise (Leroi-Gourhan, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('LEROI-GOURHAN Andr&#233;, 1964. Le geste et la parole, I. Technique et langage. II. La m&#233;moire et les rythmes. Paris, Albin Michel.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;1964&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;AMOSSE Thomas, GUILLEMOT Dani&#232;le, MOATTY Fr&#233;d&#233;ric, ROSANVALLON J&#233;r&#233;mie, 2010. &#171; &#201;changes informels et relations de travail &#224; l'heure des changements organisationnels et de l'informatisation &#187;, Rapport de recherche, Centre d'Etude de l'Emploi.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;BANVILLE Etienne de, 2001. &lt;i&gt;L'usine en douce. Le travail en &#171; perruque &#187;&lt;/i&gt;. Paris, L'Harmattan.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;BERRY Vincent, 2009. &lt;i&gt;Les cadres de l'exp&#233;rience virtuelle : Jouer, vivre, apprendre dans un monde num&#233;rique. Analyse des pratiques ludiques, sociales et communautaires des joueurs de jeu de r&#244;les en ligne massivement multi-joueurs : &lt;/i&gt;Dark Age of Camelot &lt;i&gt;et &lt;/i&gt;World of Warcraft&lt;i&gt;. &lt;/i&gt;Th&#232;se de doctorat sous la direction de Gilles Broug&#232;re soutenue le 10 novembre 2009 &#224; l'Universit&#233; de Paris 13 &#8211; Villetaneuse.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;BIDET Alexandra, 2008. &#171; L'homme et l'automate. L'&#233;cologie &#233;largie du travail contemporain &#187;, &lt;i&gt;Sociologie du travail&lt;/i&gt;, 50 (3), pp. 372-395.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;BIDET Alexandra, 2010. &#171; Qu'est-ce que le vrai boulot ? Le cas d'un groupe de techniciens &#187;, &lt;i&gt;Soci&#233;t&#233;s contemporaines&lt;/i&gt;, n&#176;78, pp. 115-135&lt;/p&gt; &lt;p&gt;BIDET Alexandra, 2011a. &lt;i&gt;L'engagement dans le travail. Qu'est-ce que le vrai boulot ? &lt;/i&gt;Paris, PUF, Le lien social.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;BIDET Alexandra, 2011b. &#171; La multiactivit&#233;, ou le travail est-il encore une exp&#233;rience ? &#187;, &lt;i&gt;Communications&lt;/i&gt;, n&#176;89, Dossier &#171; Travailler &#187;, Paris, Editions EHESS, pp. 9-26.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;BOLTANSKI Luc, 2008. &#171; Institutions et critique sociale. Une approche pragmatique de la domination &#187;, &lt;i&gt;Trac&#233;s. Revue de Sciences humaines&lt;/i&gt;, Hors-S&#233;rie n&#176;8, &#171; Pr&#233;sents et futurs de la critique &#187;, pp. 17-43.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;BORZEIX Anni, 2001. &#171; Le travail et sa sociologie &#224; l'&#233;preuve du langage &#187;, in BORZEIX Anni et FRAENKEL B&#233;atrice (eds.), &lt;i&gt;Langage et travail. Cognition, action, communication&lt;/i&gt;. Paris, &#201;ditions du CNRS, pp. 203&#8211;230.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;BOUTET Manuel, 2004. &#171; Statut et lectures des pauses en sociologie du travail. Un objet d'&#233;tude impossible ? &#187;, &lt;i&gt;Histoire et Soci&#233;t&#233;s, Revue europ&#233;enne d'histoire sociale&lt;/i&gt;, 9, pp. 6-17.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;BOUTET Manuel, 2006. &lt;i&gt;De l'ordinateur personnel aux communaut&#233;s en ligne.
S'orienter dans les mondes informatiques&lt;/i&gt;. Th&#232;se de doctorat en sociologie,
sous la direction de Bernard Conein, soutenue le 13 d&#233;cembre 2006, Universit&#233;
de Nice - Sophia Antipolis, Nice.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;BOUTET Manuel, 2008. &#171; S'orienter dans les espaces sociaux en ligne. L'exemple d'un jeu. &#187; &lt;i&gt;Sociologie du travail&lt;/i&gt;, 50 (4), pp. 447-470.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;BOUTET Manuel, 2010. &#171; Innovation par l'usage et objet-fronti&#232;re. Les modifications de l'interface du jeu en ligne &lt;i&gt;Mountyhall&lt;/i&gt; par ses participants. &#187; &lt;i&gt;Revue d'anthropologie des connaissances&lt;/i&gt;, 4 (1), pp. 87-113.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;BOZON Michel et LEMEL Yannick, 1989. &#171; Les petits profits du travail salari&#233;. Moments, produits et plaisirs d&#233;rob&#233;s &#187;, &lt;i&gt;Revue fran&#231;aise de&lt;/i&gt; &lt;i&gt;sociologie&lt;/i&gt;, 31(1), pp. 101-127.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;BROADBENT Stefana, 2011. &lt;i&gt;L'intimit&#233; au travail. La vie priv&#233;e et les communications personnelles dans l'entreprise&lt;/i&gt;. Paris, Fyp Editions.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;BURAWOY Michel, 2008. &#171; Le proc&#232;s de production comme jeu &#187;, &lt;i&gt;Trac&#233;s. Revue de Sciences humaines&lt;/i&gt;, 14, &#171; Consentir : domination, consentement et d&#233;ni &#187;, pp. 197-219.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;BURAWOY Michel, 2010. &#171; Revisiter les terrains. Esquisse d'une ethnographie r&#233;flexive &#187;, in CEFA&#207; Daniel, &lt;i&gt;L'engagement ethnographique&lt;/i&gt;. Paris, Editions de l'EHESS, pp. 295-351.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;DATCHARY Caroline et LICOPPE Christian, 2007. &#171; La multi-activit&#233; et ses appuis. L'exemple de la &quot;pr&#233;sence obstin&#233;e&quot; des messages dans l'environnement de travail &#187;. &lt;i&gt;@ctivit&#233;&lt;/i&gt;, 4(1), pp. 4-29.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;DATCHARY Caroline, 2008. &#171; G&#233;rer la dispersion : un travail collectif &#187;, &lt;i&gt;Sociologie du travail&lt;/i&gt;, 50 (3), pp. 396-416.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;ELHADAD L. et QUEROUIL O., 1981. &#171; L'apparition des cong&#233;s pay&#233;s &#187;, &lt;i&gt;Temps libre&lt;/i&gt;, 1, pp.83-89.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;FIGEAC Julien, 2009. &lt;i&gt;Vers une pragmatique des attachements m&#233;diatiques. Le cas de la television mobile&lt;/i&gt;. Th&#232;se de doctorat de sociologie sous la direction d'Anne Sauvageot soutenue le 24 juin 2009 &#224; l'Universit&#233; de Toulouse II &#8211; le Mirail.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;GIDDINGS Seth, 2009. &#171; Events and collusions : a glossary for the microethnography of videogame play &#187;, &lt;i&gt;Games and Culture&lt;/i&gt;, 4(2), pp.144-157.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;GROSSIN William, 1983. &#171; Le temps de travail des salari&#233;s : vers une diversification des statuts &#187;. &lt;i&gt;Le Travail&lt;/i&gt; &lt;i&gt;Humain&lt;/i&gt;, 46(2), pp. 297-311.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;HATZFELD Nicolas, 2002. &#171; &lt;i&gt;La pause casse-cro&#251;te.&lt;/i&gt; &lt;i&gt;Quand les cha&#238;nes&lt;/i&gt; &lt;i&gt;s'arr&#234;tent &#224;&lt;/i&gt; &lt;i&gt;Peugeot-Sochaux&lt;/i&gt; &#187;, &lt;i&gt;Terrain&lt;/i&gt;, 39, &#171; Travailler &#224; l'usine &#187;, pp. 33-48.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;HUGHES Everett Cherrington, 1996. &#171; Le travail et le soi &#187; (1951), in &lt;i&gt;Le regard sociologique. Essais choisis&lt;/i&gt; (textes traduits et pr&#233;sent&#233;s par CHAPOULIE Jean-Michel). Paris, Editions de l'EHESS, pp. 75&#8211;85.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;KNORR CETINA Karin, 1997. &#171; Sociality with Objects : Social Relations in Postsocial Knowledge Societies &#187;, &lt;i&gt;Theory, Culture Society&lt;/i&gt;, 14 (4), pp. 1&#8211;30.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;LAHLOU Saadi, 2000. &#171; La cognition au travail et ses outils : d&#233;bordement, r&#233;volution, distribution &#187;. &lt;i&gt;Intellectica&lt;/i&gt;, 30 (1), pp. 75-113.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;LATOUR Bruno, 1994. &#171; Une sociologie sans objet ? Remarques sur l'interobjectivit&#233; &#187;, &lt;i&gt;Sociologie du Travail&lt;/i&gt;, 36 (4), pp. 587&#8211;607.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;LEROI-GOURHAN Andr&#233;, 1964. &lt;i&gt;Le geste et la parole, I. Technique et langage. II. La m&#233;moire et les rythmes&lt;/i&gt;. Paris, Albin Michel.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;LICOPPE Christian, 2008. &#171; Logiques d'innovation, multiactivit&#233; et zapping au travail &#187;, &lt;i&gt;Herm&#232;s, &lt;/i&gt;n&#176;50, pp. 171-178.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;LICOPPE Christian, 2009. &#171; Pragmatique de la notification &#187;, &lt;i&gt;Trac&#233;s&lt;/i&gt;, 16, pp. 77-98.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;LINHART Robert, 1978. &lt;i&gt;L'&#201;tabli.&lt;/i&gt; Paris, Minuit.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;LOJKINE Jean, 1994. &#171; Un espace public non reconnu : la discussion dans l'entreprise &#187;.&lt;i&gt;Cahiers internationaux de sociologie&lt;/i&gt;, 97, pp. 374-387.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;MONJARET Anne, 1996. &#171; &#8216;Etre bien dans son bureau'. Jalons pour une r&#233;flexion sur les diff&#233;rentes formes d'appropriation de l'espace de travail &#187;. &lt;i&gt;Ethnologie fran&#231;aise&lt;/i&gt;, 26(1), pp.129-139.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;PROULX Serge, MASSIT-FOLLEA Fran&#231;oise, CONEIN Bernard (eds.), 2005. &lt;i&gt;Internet, une utopie limit&#233;e. Nouvelles r&#233;gulations, nouvelles solidarit&#233;s&lt;/i&gt;. Qu&#233;bec, Presses de l'Universit&#233; Laval.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;PILLON Thierry et VATIN Fran&#231;ois, 2007. &lt;i&gt;Trait&#233; de sociologie du travail&lt;/i&gt;. Toulouse, Octar&#232;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;PRUVOST Genevi&#232;ve, 2011. &#171; Le hors-travail au travail dans la police et l'int&#233;rim. Approche interactionniste des coulisses &#187;. &lt;i&gt;Communications&lt;/i&gt;, 89, &#171; Travailler &#187;, pp.159-192.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;ROSA Hartmut, 2010. &lt;i&gt;Acc&#233;l&#233;ration : une critique sociale du temps&lt;/i&gt;. Paris, La D&#233;couverte.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;SENNETT Richard, 2010. &lt;i&gt;Ce que sait la main. La culture de l'artisanat&lt;/i&gt;. Paris, Albin Michel.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;SIMMEL Georg, 1981. &lt;i&gt;Sociologie et &#233;pist&#233;mologie&lt;/i&gt;. Paris, PUF.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;STAR Susan Leigh et GRIESEMER James R., 1989. &#171; Institutional ecology. &#8220;Translations&#8221; and boundary objects : amateurs and professionals in Berkeley's museum of vertebrate zoology, 1907&#8211;1939 &#187;, &lt;i&gt;Social Studies of Science&lt;/i&gt;, 19(3), pp. 387&#8211;420.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;TEIGER Catherine, 1995. &#171; Parler quand m&#234;me : les fonctions des activit&#233;s langagi&#232;res non fonctionnelles &#187;, in BOUTET Josiane (ed.), &lt;i&gt;Paroles au travail.&lt;/i&gt; Paris, L'Harmattan, pp. 45-72.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;TRICLOT Mathieu, 2011. &lt;i&gt;Philosophie des jeux vid&#233;o&lt;/i&gt;. Paris, Editions La D&#233;couverte, label &#171; Zones &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;VELKOVSKA Julia, 2002. &#171; L'intimit&#233; anonyme dans les conversations &#233;lectroniques sur les webchats &#187;, &lt;i&gt;Sociologie du travail&lt;/i&gt;, 2, pp.193-213.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;VELKOVSKA Julia, 2004. &lt;i&gt;Les formes de la sociabilit&#233; &#233;lectronique. Une sociologie des activit&#233;s d'&#233;criture sur internet&lt;/i&gt;. Th&#232;se de doctorat de sociologie sous la direction de Louis Qu&#233;r&#233; soutenue en 2004 &#224; l'EHESS.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;WEINBERGER David, 2003. &#171; Le jeu en r&#233;seau dans l'entreprise. Une forme d'appropriation d'internet au travail &#187;, &lt;i&gt;Les Cahiers du Num&#233;rique&lt;/i&gt;, 2 (4), &#171; Les jeux en ligne &#187;, pp.169-193.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;WILLIAMS Dmitri, DUCHENEAUT Nicolas, XIONG Li, ZHANG Yuanyuan, YEE Nick, NICKELL Eric, 2006, &#171; From Tree House to Barracks. The Social Life of Guilds in World of Warcraft &#187;, &lt;i&gt;Games and Culture&lt;/i&gt;, 1(4), pp. 338-361.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;YEE Nick, 2006. &#171; The Labor of Fun. How Video Games Blur the Boundaries of Work and Play &#187;, &lt;i&gt;Games and Culture&lt;/i&gt;, 1 (1), pp. 68-71.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		
		<enclosure url="http://www.ethnographiques.org/IMG/pdf/ArBoutet.pdf" length="997509" type="application/pdf" />
		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>3. &quot;Pr&#233;sence connect&#233;e&quot; au travail : les usages de la messagerie instantan&#233;e, le genre des &quot;questions rapides&quot; et l'&#233;conomie morale de la &quot;contribution&quot;</title>
		<link>http://www.ethnographiques.org/2011/Licoppe,Cudicio,Proulx</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.ethnographiques.org/2011/Licoppe,Cudicio,Proulx</guid>
		<dc:date>2011-12-23T17:56:57Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Cudicio_Renato, Licoppe_Christian, Proulx_Serge</dc:creator>


		<dc:subject>ArticleNumero</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Nous analysons le d&#233;veloppement et l'organisation s&#233;quentielle d'un genre communicationnel &#8212; les &quot;questions rapides&quot; &#8212; dans deux entreprises canadiennes, organisations o&#249; l'acc&#232;s &#224; un syst&#232;me interne de messagerie instantan&#233;e a &#233;t&#233; g&#233;n&#233;ralis&#233; &#224; tous les membres. A partir d'un corpus de messages, d'entretiens et d'observations vid&#233;o, nous montrons que cette forme d'&#233;change constitue un format interactionnel et s&#233;quentiel analytiquement observable et sp&#233;cifiable, et un &#8216;genre communicationnel' &#224; part enti&#232;re, reconnu comme tel par les acteurs. Nous d&#233;crivons ensuite comment le d&#233;veloppement du genre &quot;questions rapides&quot; en messagerie instantan&#233;e participe du travail d'organisation, et plus particuli&#232;rement de la constitution d'une forme particuli&#232;re d'intelligence collective : les t&#226;ches complexes sont accomplies de mani&#232;re hautement distribu&#233;e, en sollicitant au fur et &#224; mesure des personnes qui &quot;savent&quot;, qui peuvent r&#233;pondre rapidement, et qui peuvent &#234;tre mobilis&#233;es au fil des r&#233;seaux d'interconnaissance en tant qu'&quot;experts&quot;. Ceci suppose chez les membres une forme suppl&#233;mentaire de comp&#233;tence organisationnelle leur permettant de r&#233;soudre le probl&#232;me de la connaissance mutuelle, particuli&#232;rement saillant dans les organisations distribu&#233;es : savoir qui sait, trouver rapidement qui sait, pouvoir solliciter la personne qui peut savoir qui sait, etc. Enfin la &quot;question rapide&quot; constitue une forme particuli&#232;re de transaction cognitive, que l'on pourrait appeler &quot;contribution&quot;, dont la caract&#233;ristique principale est qu'elle cr&#233;e d'autant plus de sens et de lien qu'elle demande peu d'effort aux participants. Ce mode de transaction semble particuli&#232;rement adapt&#233; au travail cognitif accompli en mode connect&#233;.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://www.ethnographiques.org/Numero-23-decembre-2011-Analyser" rel="directory"&gt;23. Num&#233;ro 23 - d&#233;cembre 2011 Analyser les pr&#233;sences au travail : visibilit&#233;s et invisibilit&#233;s&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.ethnographiques.org/ArticleNumero" rel="tag"&gt;ArticleNumero&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;In this article, we analyze the development and sequential organization of a communicative genre &#8212; &#8220;quick questions&#8221; &#8212; in two Canadian firms in which all employees have been given access to an instant messaging platform. Based on a corpus of instant messages, interviews and video recordings, we show how this form of written interaction constitutes an empirically observable and analyzable sequential format, a communicative genre recognized and labelled as such by the members of the organization. We describe how the development of the &#8220;quick question&#8221; in instant messaging affects the ways in which the organization works and, more specifically, leads to the constitution of a form of collective intelligence : complex tasks are accomplished in a highly distributed mode, relying on recipients' formatted as persons who &#8220;know&#8221; and will reply rapidly, that is to say, &quot;experts&quot; enrolled through networks of organizational acquaintance. This requires from members another organizational competence, the ability to solve the problem of mutual knowledge, particularly salient in highly &#8220;distributed&#8221; organizations, that is, to know who knows what, to find the person who may know, to find the person who may know who knows, etc. Finally,, the &#8220;quick question&#8221; constitutes a special form of cognitive transaction, the main feature of which is that the less effort it requires of participants, the more it is meaningful and it reinforces the social bond between the participants. This mode of transaction seems to fit well with the kind of availability expectations and constraints that can be found in highly connected organizations.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;
&lt;a name=&quot;table_des_matieres&quot;&gt;&lt;/a&gt;&lt;div id=&quot;tablematiere&quot;&gt;&lt;h4&gt;Sommaire&lt;/h4&gt;
&lt;ul&gt;&lt;li&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#1&quot;&gt;Introduction&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#2&quot;&gt;1. M&#233;thodologie&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#3&quot;&gt;2. La production de questions et de requ&#234;tes d'information par messagerie instantan&#233;e : l'organisation des s&#233;quences et le design des tours&lt;/a&gt;&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#3.1&quot;&gt; 2.1. L'organisation s&#233;quentielle des s&#233;quences de demande d'information : les ouvertures &lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#3.2&quot;&gt;2.2. Le design des questions et des requ&#234;tes d'information par messagerie instantan&#233;e&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#3.3&quot;&gt;2.3. L'organisation s&#233;quentielle des demandes d'information : la r&#233;ception des r&#233;ponses par le demandeur&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#3.4&quot;&gt;2.4. Le cas Mutech : les &quot;questions rapides&quot; comme &quot;genre&quot;&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#4&quot;&gt;3. &quot;Questions rapides&quot; et distribution forte de l'activit&#233;&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#5&quot;&gt;4. &quot;Questions rapides&quot;, expertise et division asym&#233;trique du travail cognitif&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#6&quot;&gt;5. Conclusion&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;/li&gt;&lt;li&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#notes&quot;&gt;Notes&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;li&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#biblio&quot;&gt;Bibliographie&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;div class=&quot;non_flottant_titre&quot;&gt;&lt;a name='1'&gt;&lt;/a&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#tablematiere&quot;&gt;Introduction&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Les organisations sont de plus en plus pens&#233;es comme des processus. Elles apparaissent comme le produit d'un travail continu d'organisation (Terssac &amp; Lalande, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/backend.php3#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('TERSSAC, Gilbert (de), LALANDE Karine, 2002. Du train &#224; vapeur au TGV : sociologie du travail d'organisation. Paris, Presses Universitaires de France.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2002&lt;/a&gt;) ou &quot;organizing&quot; (Czarniawska, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/backend.php3#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('CZARNIAWSKA Barbara, 2009. A Theory of Organizing. Edward Elgar Publishing.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2009&lt;/a&gt;), dans lequel les processus d'enaction et de &quot;sensemaking&quot; jouent un r&#244;le central (Weick et al., &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/backend.php3#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('WEICK Karl E., SUTCLIFFE Kathleen M. &amp; OBSTFELDT David, 2005. &#171; Organizing and the Process of Sensemaking. &#187; Organization Science 16(4) : pp. 409-421.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2005&lt;/a&gt;). En tant que travail interpr&#233;tatif, le &quot;sensemaking&quot; puise dans les ressources du langage et de l'interaction afin de produire une &#171; vue des circonstances incluant les personnes, leurs objets, leurs institutions et leur histoire, et leur localisation dans un instant et un lieu d&#233;finis &#187; (Taylor et van Every, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/backend.php3#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('TAYLOR James R., &amp; VAN EVERY Elizabeth J., 2000. The emergent organization. Communication as its site and its surface. Mahwah : Lawrence Erlbaum Publishing.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2000&lt;/a&gt;). Ce cadre th&#233;orique, appliqu&#233; &#224; la question de l'analyse des processus communicationnels dans les organisations permet de penser la relation entre communication et organisation comme un rapport de continuelle co-production. Les &#233;v&#233;nements de communication concr&#233;tisent ou &quot;enactent&quot; l'organisation, tandis que simultan&#233;ment, l'organisation peut &#234;tre vue comme un accomplissement pratique auquel contribuent &#224; la fois les &quot;grands&quot; &#233;v&#233;nements organisationnels et la myriade d'&#233;changes &quot;ordinaires&quot; qui caract&#233;rise le travail tel qu'il se fait. En ce sens, l'organisation se fait aussi &#171; une t&#233;l&#233;-action &#224; la fois &#187; (Cooren, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/backend.php3#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('COOREN Fran&#231;ois, 2006. &#171; The world as a plenum of agencies. &#187; In COOREN Fran&#231;ois, TAYLOR James R. &amp; VAN EVERY Elizabeth J.. Communication as Organizing. Empirical and Theoretical Explorations : the Dynamic of Text and Conversation. Mahwah (N.J.), Lawrence Erlbaum Publishers : pp. 81-100.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2006&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est dans cette perspective que nous allons &#233;tudier les comportements suscit&#233;s par l'introduction des m&#233;dias sociaux dans l'organisation, et plus particuli&#232;rement la messagerie instantan&#233;e. Ce dispositif et tout particuli&#232;rement les &quot;affordances&quot; que constituent les listes de correspondants et l'indicateur de pr&#233;sence (qui rend visible l'&#233;tat de connexion au r&#233;seau informatique) induisent des formes d'accessibilit&#233; mutuelle et de pr&#233;sence collective originales. Ses usages ont fait l'objet de plusieurs travaux empiriques, dans des contextes exp&#233;rimentaux et limit&#233;s (Nardi et al. &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/backend.php3#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('NARDI Bonnie A., WHITTAKER Steve, &amp; BRADNER Erin, 2000. Interaction and Outeraction : Instant Messaging in Action. Proc. CSCW'00, Philadelphia, PA, pp. 79-88.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2000&lt;/a&gt;, Quan-Haase et al. &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/backend.php3#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('QUAN-HAASE Anabel, COTHREL Joseph, &amp; WELLMAN Barry, 2005. &#171; Instant Messaging for Collaboration : A case study of a high tech firm. &#187; Journal of Computer-Mediated-Communication 10(4).')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2005&lt;/a&gt; ; Cho et al, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/backend.php3#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('CHO Hee-Kyung, TRIER, Matthias, &amp; KIM, Eunhee, 2005. &#171; The uses of Instant Messaging in Working Relationships : a Case Study. &#187; Journal of Computer-Mediated-Communication 10(4) : article 17.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2005&lt;/a&gt;), o&#249; son introduction relevait de l'initiative des membres d'une &#233;quipe, d'un projet ou d'un service, en l'absence de toute incitation formelle de l'entreprise (Denis et Licoppe, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/backend.php3#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('DENIS J&#233;r&#244;me, LICOPPE Christian, 2005. &#171; L'&#233;quipement de la copr&#233;sence dans les collectifs de travail : la messagerie instantan&#233;e en entreprise. &#187; In : BIDET, Alexandra et PILLON, Thierry (dir.), Sociologie du travail et activit&#233;. Toulouse, Octares.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2005&lt;/a&gt;). Ces diff&#233;rentes &#233;tudes convergent pour isoler quatre grands types d'usage : a) poser des questions et effectuer des demandes de clarifications ; b) solliciter des r&#233;actions imm&#233;diates ; c) tester la disponibilit&#233; des correspondants et arranger des rencontres en face &#224; face et des interactions t&#233;l&#233;phoniques. Cet usage a &#233;t&#233; qualifi&#233; d' &#171; outeraction &#187; ; d) conduire des conversations simultan&#233;es sur de multiples m&#233;dia. Ces diff&#233;rents usages peuvent se superposer dans une m&#234;me situation.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nous souhaitons d&#233;passer ce cadre initial de recherche. Sur le plan empirique, nous avons choisi deux entreprises qui avaient install&#233; la messagerie instantan&#233;e dans toute leur organisation avec des annuaires globaux, sans que leur management tente de prescrire les usages qui pouvaient en &#234;tre faits&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nb1' class='spip_note' rel='footnote' title='Cette enqu&#234;te a b&#233;n&#233;fici&#233; du soutien du projet ANR COMUT &quot;Communication et (...)' id='nh1'&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;. Le probl&#232;me est alors de comprendre ce qui se passe lorsque ce puissant outil de r&#233;seautage social est g&#233;n&#233;ralis&#233;, ce que rend manifeste l'existence d'un annuaire d'entreprise coupl&#233; &#224; la messagerie instantan&#233;e, que cette g&#233;n&#233;ralisation est assez durable pour qu'une &#233;volution des usages et l'&#233;mergence de nouveaux &quot;genres communicationnels&quot; (Orlikowski et Yates, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/backend.php3#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('ORLIKOWSKI Wanda J. &amp; YATES Johanne., 1994. &#171; Genre repertoire : The Structuring of Communicative Practices in Organizations. &#187; Administrative Science Quarterly 39(4) : pp. 541-574.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;1994&lt;/a&gt;) soient possibles.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nous nous sommes focalis&#233;s sur un certain type d'interaction, les requ&#234;tes informationnelles et les questions de clarification. Elles constituent un des usages majeurs et d&#233;j&#224; identifi&#233;s de la messagerie instantan&#233;e au travail, et elles sont per&#231;ues comme une puissante ressource pour obtenir des informations relatives &#224; des t&#226;ches en cours sans trop perturber les interlocuteurs (Garrett and Danziger, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/backend.php3#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('GARRETT R. Kelly, DANZIGER James N., 2007. &#171; IM = interruption management ? Instant Messaging and Disruption in the Workplace &#187;, Journal of Computer Mediated Communication 13(1), article 2. http://jcmc.indiana.edu/vol13/issue...')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2007&lt;/a&gt;) Mais les questions-r&#233;ponses constituent &#233;galement un format interactionnel tr&#232;s sensible au contexte institutionnel, de par leur organisation s&#233;quentielle, le design des tours et les choix lexicaux qui gouvernent leur production, (Heritage, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/backend.php3#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('HERITAGE John, 2004. &#171; Conversation Analysis and Institutional Talk. &#187; in FITCH Kristine L. &amp; SANDERS, Robert E., Handbook of Language and Social Interaction. Mahwah (NJ), Erlbaum. pp. 103-146.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2004&lt;/a&gt;). Poser des questions et produire des r&#233;ponses sont des actions sociales appari&#233;es et qui &quot;enactent&quot; et r&#233;fl&#233;chissent les buts et les valeurs d'une institution. ou d'une organisation, et les identit&#233;s des participants (Tracy and Robles, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/backend.php3#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('TRACY Karen, ROBLES Jessica, 2009. &#171; Questions, questioning and institutional practices : an introduction. &#187; Discourse Studies 11(2).')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2009&lt;/a&gt;). En utilisant les ressources de l'analyse de conversation, nous montrerons en particulier comment les &quot;questions rapides&quot; se caract&#233;risent par le travail fait par leurs producteurs pour minimiser le travail de r&#233;ponse du destinataire, plac&#233; et reconnu par ce type de question dans une position particuli&#232;re d'expertise li&#233;e &#224; la singularit&#233; de son exp&#233;rience au travail. Quel lien existe alors entre ce genre des &quot;questions rapides&quot; et les formes de travail et de collaboration qui &#233;mergent dans les organisations connect&#233;es ? Nous travaillerons plus sp&#233;cifiquement autour de deux aspects auxquels la g&#233;n&#233;ralisation des usages de la messagerie instantan&#233;e contribue tout particuli&#232;rement, le mode de distribution de l'activit&#233; dans l'organisation, et la division du travail cognitif.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Louis Qu&#233;r&#233; a introduit une distinction utile entre distribution faible et distribution forte de l'activit&#233; (Qu&#233;r&#233;, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/backend.php3#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('QU&#201;R&#201; Louis, 2006. &#171; L'environnement comme partenaire. &#187; in BARBIER Jean-Marie, DURAND, Marc. Sujets, activit&#233;s, environnements. Paris, Presses Universitaires de France : pp. 7-29.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2006&lt;/a&gt;). Dans la distribution faible, les t&#226;ches des participants sont ind&#233;pendantes, mais sont accomplies s&#233;quentiellement : B a besoin que la t&#226;che de A soit finie pour accomplir la sienne. Les r&#244;les des participants sont donc distincts et compl&#233;mentaires. Dans la distribution forte, les actions de A et B sont mutuellement perceptibles, et A et B ajustent contin&#251;ment leur activit&#233; en cours par rapport &#224; ce qu'ils per&#231;oivent de ce que l'autre est en train de faire. Les actions de A renouvellent le contexte de l'activit&#233; de B qui doit r&#233;viser contin&#251;ment les siennes en cons&#233;quence, et r&#233;ciproquement. Nous montrerons que dans la mesure o&#249; elles permettent d'obtenir des informations d'autrui de mani&#232;re quasi-imm&#233;diate, les questions rapides constituent une ressource pour la distribution forte tout autant qu'elles produisent ce type de coordination.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En ce qui concerne le travail cognitif, les th&#233;ories de la cognition sociale contrastent deux modalit&#233;s extr&#234;mes de division (Goldman, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/backend.php3#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('GOLDMAN Alvin I., 1999. Knowledge in a Social World. Oxford, Clarendon Press.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;1999&lt;/a&gt;) : une modalit&#233; asym&#233;trique, dans laquelle un seul des contributeurs est actif, qui correspond &#224; des situations telles que les demandes d'aide, et qui se caract&#233;rise souvent sur le plan communicationnel par un encha&#238;nement de questions et de r&#233;ponses, et une modalit&#233; sym&#233;trique dans laquelle les deux participants (ou plus) produisent une connaissance nouvelle et qui &#233;merge de leurs &#233;changes communicationnels, ceux-ci prenant plut&#244;t la forme d'une discussion entre pairs (Goldman, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/backend.php3#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('GOLDMAN Alvin I., 1999. Knowledge in a Social World. Oxford, Clarendon Press.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;1999&lt;/a&gt;). La premi&#232;re est orient&#233;e vers la transmission de la connaissance et la seconde vers sa production. Enfin lorsque la distribution du travail cognitif s'effectue entre des participants distants reli&#233;s par des moyens de communication &#233;lectronique, les modalit&#233;s de la cognition sociale sont affect&#233;es par les propri&#233;t&#233;s de ceux-ci, sans que ce lien soit univoque ou d&#233;terministe (Conein, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/backend.php3#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('CONEIN Bernard &amp; LATAPY Matthieu, 2008. &#171; Les usages &#233;pist&#233;miques des TIC : le cas de l'Open Source. &#187; Sociologie du travail 50(3) : pp.331-352.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2008&lt;/a&gt;). Dans cette perspective, nous montrerons comment les &quot;questions rapides&quot; offrent l'exemple d'un genre communicationnel qui r&#233;sonne avec une division asym&#233;trique du travail cognitif (puisque dans ce type de transaction, un agent demande une information ponctuelle &#224; un autre qui la d&#233;tient et qui la lui donne, sous la forme d'une confirmation et sans transformation). Elles &quot;performent&quot; l'organisation comme un r&#233;seau de d&#233;tenteurs de connaissances transmissibles, et rendent particuli&#232;rement importante la connaissance mutuelle et les comp&#233;tences sociales dans l'organisation, puisque leur bon usage requiert de savoir qui sait quoi, ou qui sait qui sait quoi (Cramton, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/backend.php3#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('CRAMTON Catherine Durnell, 2001. &#171; The Mutual Knowledge Problem and Its Consequence for Dispersed Collaboration. &#187; Organization Science 12(3) : pp. 346-371.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2001&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;div class=&quot;non_flottant_titre&quot;&gt;&lt;a name='2'&gt;&lt;/a&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#tablematiere&quot;&gt;1. M&#233;thodologie&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Sur le plan m&#233;thodologique, nous voulons prolonger les intuitions fondatrices du courant de recherche sur le travail d'organisation ou &quot;organizing&quot;. Si l'organisation &#233;merge des &#233;changes et des interactions, alors il ne suffit pas de typologiser ceux-ci de mani&#232;re g&#233;n&#233;rale &#224; partir d'entretiens. Il faut saisir ce qui s'y passe &quot;de l'int&#233;rieur&quot;, comprendre les pr&#233;occupations des participants et leur &#233;volution au fil de l'accomplissement ordonn&#233; des activit&#233;s de travail et des &#233;changes sociaux dont ils sont le site. Nous avons donc combin&#233; les m&#233;thodes de l'analyse de conversation, l'observation ethnographique et les enregistrements vid&#233;o pour comprendre en quoi ces s&#233;quences de question-r&#233;ponses par messagerie instantan&#233;e ne peuvent &#234;tre comprises isol&#233;ment des activit&#233;s de travail qui les occasionnent, et auxquelles elles sont li&#233;es r&#233;flexivement. Notre travail se rapproche &#224; cet &#233;gard des &quot;&lt;i&gt;workplace studies&lt;/i&gt;&quot; (Luff et al., &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/backend.php3#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('LUFF Paul, HINDMARSH John &amp; HEATH Christian, 2000. Workplace Studies. Recovering Work Practice anf Informing System Design. Cambridge, Cambridge University Press.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2000&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La recherche s'est d&#233;roul&#233;e dans deux entreprises canadiennes dans lesquelles un logiciel de messagerie instantan&#233;e et un annuaire ont &#233;t&#233; mis &#224; disposition de tous les employ&#233;s, dans l'optique de favoriser la communication entre des &#233;quipes g&#233;ographiquement dispers&#233;es, mais sans incitation sp&#233;cifique &#224; l'utiliser. Au moment o&#249; nous avons effectu&#233; les observations, les deux organisations laissaient &#233;merger les usages de la messagerie instantan&#233;e des pratiques. L'&#233;tude n'a pas &#233;t&#233; commandit&#233;e directement par les deux entreprises mais l'acc&#232;s au terrain autoris&#233; par les directions informatiques, int&#233;ress&#233;es &#224; ce que les usages de leurs dispositifs soient mis en valeur&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nb2' class='spip_note' rel='footnote' title='Les personnes nous ayant donn&#233; acc&#232;s au terrain ayant &#233;t&#233; mut&#233;es &#224; (...)' id='nh2'&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt; La premi&#232;re entreprise est une PME high-tech qui produit des services bas&#233;s sur les sciences et technologies de l'information et la communication (que nous appellerons ici &lt;i&gt;Mutech&lt;/i&gt;, et la seconde est un gros op&#233;rateur de t&#233;l&#233;communication que nous appellerons Phoneco. Nous avons recrut&#233; une vingtaine de participants occupant des positions de d&#233;veloppeurs ou de management chez Mutech, et des positions de responsabilit&#233; commerciale ou dans les fonctions supports techniques des activit&#233;s commerciales chez Phoneco. Nous avons effectu&#233; avec chacun un entretien semi-directif d&#233;taill&#233; sur leurs usages de la messagerie instantan&#233;e. Nous avons effectu&#233; des enregistrements vid&#233;o d'une &#224; deux heures de leur activit&#233; de bureau (tous les bureaux &#233;taient situ&#233;s dans des espaces paysagers), avec capture d'&#233;cran et prise de vues additionnelles par cam&#233;ra de c&#244;t&#233;. Trois d'entre eux nous ont donn&#233; acc&#232;s &#224; un corpus de messages, de l'ordre de 400 messages en tout qui compl&#232;te le petit corpus d'interactions par messagerie instantan&#233;e que nous avons pu enregistrer en vid&#233;o (une quinzaine). Enfin nous avons pu montrer &#224; deux participants des enregistrements vid&#233;o de leur activit&#233;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nb3' class='spip_note' rel='footnote' title='Pour des raisons pratiques d'acc&#232;s aux personnes il n'a pas &#233;t&#233; (...)' id='nh3'&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt; pour tester nos interpr&#233;tations, selon le principe des auto-confrontations (Theureau, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/backend.php3#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('THEUREAU Jacques, 2004. Le cours d'action : analyse s&#233;miologique. Un essai d'une anthropologie cognitive situ&#233;e. Toulouse, Octar&#232;s.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2004&lt;/a&gt; ; Pomerantz, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/backend.php3#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('POMERANTZ Anita M., 2005. &#171; Using participants' video stimulated comments to complement analyses of interactional practices. &#187; In TE MOLDER Hedwig F.M. &amp; POTTER Jonathan (Eds.) Talk and cognition : Discourse, mind and social interaction. Cambridge : Cambridge University Press, pp. 93-113.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2005&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;div class=&quot;non_flottant_titre&quot;&gt;&lt;a name='3'&gt;&lt;/a&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#tablematiere&quot;&gt;2. La production de questions et de requ&#234;tes d'information par messagerie instantan&#233;e : l'organisation des s&#233;quences et le design des tours&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Notre corpus montre &#224; peu pr&#232;s le m&#234;me genre de distribution des grands types d'usage que les &#233;tudes ant&#233;rieures. Nous allons chercher &#224; identifier de mani&#232;re plus pr&#233;cise comment sont produites et organis&#233;es les requ&#234;tes d'information ou les demandes de clarification par messagerie instantan&#233;e. Quels types d'actions sociales accomplissent-elles ? Ces s&#233;quences prennent-elles des formes sp&#233;cifiques dans ces organisations tr&#232;s connect&#233;es ?&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;div class=&quot;non_flottant_titre&quot;&gt;&lt;a name='3.1'&gt;&lt;/a&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#tablematiere&quot;&gt; 2.1. L'organisation s&#233;quentielle des s&#233;quences de demande d'information : les ouvertures &lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Comment d&#233;butent de tels &#233;changes ? Ils peuvent s'ouvrir sur un &#233;change de salutations suivi d'une question, comme dans l'exemple suivant :&lt;/p&gt; &lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Echange n&#176;1 :&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;1. A (12:01:25 PM) : salut Phil&lt;/p&gt; &lt;p&gt;2. B (12:01:31 PM) : salut&lt;/p&gt; &lt;p&gt;3. A (12:01:49 PM) : connais-tu le num&#233;ro de la derni&#232;re version du Address OSDM ?&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Dans ce cas la question occupe le premier tour possible apr&#232;s l'&#233;change de salutation, et peut donc &#234;tre comprise comme raison de l'interaction. Il est fr&#233;quent que la question soit pos&#233;e par un message produit dans la foul&#233;e de la premi&#232;re salutation, sans laisser au destinataire la possibilit&#233; de produire entretemps une salutation en retour.&lt;/p&gt; &lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Echange n&#176;2 :&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;1. A (12:10:57 PM) : Hey Albert !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;2. A (12:11:03 PM) : Do you plan to watch the LiveMeeting on mixed initiative ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;3. B (12:11:26 PM) : What's that ?&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Echange n&#176;3 :&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;1. A (16:35) : allo&lt;/p&gt; &lt;p&gt;2. A (16:35) : puis-je donner ton nom &#224; mon contact chez uniprix&lt;/p&gt; &lt;p&gt;3. A (16:35) : s'il a des questions techniques ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;4. B (16:35) : NON&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Cette forme d'ouverture conf&#232;re un caract&#232;re &quot;&lt;i&gt;pro forma&lt;/i&gt;&quot; &#224; la production de la salutation initiale. Celui-ci est ratifi&#233; dans ces deux exemples par les destinataires puisqu'ils ne produisent aucune salutation en retour et r&#233;pondent directement &#224; la question pos&#233;e. Dans certains cas les salutations initiales peuvent m&#234;me &#234;tre compl&#232;tement omises. L'ouverture de l'&#233;change s'effectue alors avec la question pos&#233;e :&lt;/p&gt; &lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Echange n&#176;4 :&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;1. A. : Barbara is the effort for CR)1 already in 3445&lt;/p&gt; &lt;p&gt;2. A. : ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;3. B. : yes&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L'intelligibilit&#233; de ce genre d'&#233;change pr&#233;suppose le partage d'un socle commun (&lt;i&gt;common ground&lt;/i&gt;) consid&#233;rable entre les deux participants et d&#233;note leur familiarit&#233; professionnelle (Clark, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/backend.php3#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('CLARK, Herbert H., 1996. Using Language. Cambridge, Cambridge University Press.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;1996&lt;/a&gt;). Il illustre &#233;galement un ph&#233;nom&#232;ne caract&#233;ristique des participants interagissant de mani&#232;re tr&#232;s fr&#233;quente dans leur cadre professionnel, et en particulier par messagerie instantan&#233;e : la constitution d'un &#171; &#233;tat ouvert de parole &#187; (Goffman, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/backend.php3#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('GOFFMAN Erwin, 1981. Forms of Talk. Philadelphia, University of Pennsylvania Press.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;1981&lt;/a&gt;) dont une des marques est la possibilit&#233; d'omettre les ouvertures conventionnelles &#224; base de salutations. A contrario, une salutation par l'appelant suivie d'une pause assez longue peut souvent &#234;tre comprise dans ces contextes professionnels connect&#233;s, comme manifestant l'attente d'une r&#233;ponse et donc dans cet environnement d'ouverture conversationnelle comme une mani&#232;re d'&#233;prouver la disponibilit&#233; du destinataire, m&#234;me si l'indicateur de pr&#233;sence de la messagerie constitue d&#233;j&#224; un premier indice.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour r&#233;sumer, ces &#233;changes se caract&#233;risent par la production &#224; la premi&#232;re occasion possible d'une question intelligible comme raison de l'interaction (ce qui permet de typologiser de mani&#232;re externe ces interactions comme des requ&#234;tes d'information, m&#234;me si les &#233;changes rebondissent ensuite vers d'autres sujets), et d'une orientation vers la rapidit&#233;, de par le souci visible de produire ces questions le plus t&#244;t possible dans les s&#233;quences.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;div class=&quot;non_flottant_titre&quot;&gt;&lt;a name='3.2'&gt;&lt;/a&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#tablematiere&quot;&gt;2.2. Le design des questions et des requ&#234;tes d'information par messagerie instantan&#233;e&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Les chercheurs anglo-saxons distinguent diff&#233;rents mani&#232;res de formuler une question : les formats d&#233;claratifs (avec intonation montante), les questions interrogatives de type oui-non et les &quot;&lt;i&gt;questions-tags&lt;/i&gt;&quot;, les questions proposant une r&#233;ponse possible (&quot;&lt;i&gt;candidate answer&lt;/i&gt;&quot;) ou des alternatives (Pomerantz, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/backend.php3#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('POMERANTZ Anita M., 1988. &#171; Offering a candidate answer : an information seeking strategy. &#187; Communication Monographs 55(4) : pp. 360-373.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;1988&lt;/a&gt;), et les questions plus ouvertes (&quot;&lt;i&gt;wh-questions&lt;/i&gt;&quot;) introduites par des conjonctions comme o&#249;, quand, comment, etc (Koshik, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/backend.php3#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('KOSHIK Irene, 2005. Beyond rhetorical questions : assertive questions in everyday interaction. Amsterdam : John Benjamins.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2008&lt;/a&gt; ; Tracy and Robles, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/backend.php3#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('TRACY Karen, ROBLES Jessica, 2009. &#171; Questions, questioning and institutional practices : an introduction. &#187; Discourse Studies 11(2).')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2009&lt;/a&gt;). Dans certains contextes institutionnels, comme les proc&#232;s en justice, cette liste de formats de question est interpr&#233;t&#233;e comme une &#233;chelle d&#233;croissante pour le degr&#233; de contrainte qu'elles exercent sur les r&#233;ponses potentielles (Danet et Bogotch, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/backend.php3#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('DANET Brenda, BOGOCH Bryna, 1980. &#171; Fixed fight or Free-for-all ? An Empirical Study of Combativeness in the Adversary System of Justice. &#187; British Journal of Law and Society 7(1) : pp. 36-60.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;1980&lt;/a&gt;). Or, beaucoup des requ&#234;tes d'information effectu&#233;es par messagerie instantan&#233;es prennent la forme de r&#233;ponses interrogatives de type oui-non, comme le montrent les exemples 2, 3 et 4 ci-dessus. D'un point de vue strictement s&#233;quentiel, les questions interrogatives de ce type introduisent une pr&#233;f&#233;rence pour des &#171; r&#233;ponses conformes &#187; (Raymond, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/backend.php3#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('RAYMOND Geoffrey, 2003. &#171; Grammar and Social Organization : Yes/No Interrogatives and the Structure of Responding. &#187; American Sociological Review 68 : pp. 939-967.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2003&lt;/a&gt;), ce qui est bien le cas pour la demande d'information qui fait l'objet de l'&#233;change 4, et pour la demande de permission qui fait celle de l'&#233;change 3. Ce syst&#232;me de pr&#233;f&#233;rence s'articule &#224; un autre, sp&#233;cifique aux requ&#234;tes dans lequel les r&#233;ponses pr&#233;f&#233;r&#233;es et non marqu&#233;es, sont celles qui satisfont positivement la demande (Pomerantz, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/backend.php3#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('POMERANTZ Anita M., 1984. &#171; Agreeing and disagreeing with assessments : some features of preferred/dispreferred turn shapes. &#187; in ATKINSON John Maxwell &amp; HERITAGE John. Structures of Social Action. Cambridge, Cambridge University Press : pp. 57-101.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;1984&lt;/a&gt;). On voit bien ce jeu entre les deux syst&#232;mes de pr&#233;f&#233;rence dans l'&#233;change n&#176;2 o&#249; la question de type oui-non est une demande de permission, qui suscite une r&#233;ponse n&#233;gative, donc conforme pour une question de ce type, mais non pr&#233;f&#233;r&#233;e pour une requ&#234;te. Dans ce cas, le caract&#232;re non pr&#233;f&#233;rentiel du refus est effectivement marqu&#233; par l'usage des capitales. Dans le cas de l'&#233;change n&#176;2, le destinataire produit en revanche une r&#233;ponse non conforme (&#171; &lt;i&gt;what's that ?&lt;/i&gt; &#187;), mais justifi&#233;e dans la mesure o&#249; elle signale des probl&#232;mes de capacit&#233; ou de comp&#233;tence pour pouvoir r&#233;pondre, et initie une s&#233;quence de r&#233;paration.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le cas de l'&#233;change n&#176;1 est tr&#232;s int&#233;ressant pour identifier le type d'action sociale que nous cherchons &#224; identifier. La question initialement pos&#233;e est bien une question polaire oui/non qui projette un format de r&#233;ponse concis et bien d&#233;fini. Elle ne prend pas la forme d'une requ&#234;te d'information, mais plut&#244;t du premier tour d'une probable pr&#233;-s&#233;quence, en l'occurrence une pr&#233;-requ&#234;te (Terasaki, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/backend.php3#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('TERASAKI Alene, 2004 (1976). &#171; Pre-announcement sequences in conversation. &#187; In LERNER Gene (Ed.). Conversation analysis : Studies from the first generation. Amsterdam : John Benjamins, pp. 171-223.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2004&lt;/a&gt; ; Schegloff, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/backend.php3#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('SCHEGLOFF Emanuel A., 2007. Sequence Organization in Interaction. A Primer in Conversation Analysis. Cambridge, Cambridge University Press.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2007&lt;/a&gt;), cherchant &#224; ratifier les conditions de f&#233;licit&#233; de la requ&#234;te qu'elle pr&#233;figure. Celle-ci vise bien une information discr&#232;te et ponctuelle puisqu'elle concerne l'obtention d'un num&#233;ro de logiciel.&lt;/p&gt; &lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Echange n&#176;1 (suite) :&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;1. A (12:01:25 PM) : salut Phil&lt;/p&gt; &lt;p&gt;2. B (12:01:31 PM) : salut&lt;/p&gt; &lt;p&gt;3. A (12:01:49 PM) : connais-tu le num&#233;ro de la derni&#232;re version du Address OSDM ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;4. A (12:02:05 PM) : est ce que &#231;a date d&#233; 2005/03/05&lt;/p&gt; &lt;p&gt;5. A (12:02:06 PM) : ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;6. A (12:02:35 PM) : version 2.1 apparemment. Est-ce que c'est la plus r&#233;cente ?&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;
L'initiatrice ne laisse toutefois pas au destinataire le temps de r&#233;pondre : dans les trois messages qui suivent (4, 5 et 6), &#233;mis rapidement apr&#232;s la pr&#233;-requ&#234;te initiale et avant que puisse arriver une r&#233;ponse, elle semble r&#233;parer celle-ci en proposant un autre format interrogatif incorporant une r&#233;ponse possible &#224; sa demande, et qui invite &#224; une r&#233;ponse oui-non. Pourquoi corriger ainsi la forme qu'elle semblait vouloir donner &#224; la s&#233;quence ? Il est int&#233;ressant de regarder les pr&#233;-requ&#234;tes que nous pouvons observer dans notre corpus, comme dans l'exemple suivant :&lt;/p&gt; &lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Echange n&#176; 5 :&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;1. A (11:41:36) : hi Aniss, it's Linda from across the floor&lt;/p&gt; &lt;p&gt;2. A (11:42:40) : how well do you know vi ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;3. B (11:43:24) : well&lt;/p&gt; &lt;p&gt;4. A (11:43:30) : GOOD !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;5. B (11:43:34) : xemacs&lt;/p&gt; &lt;p&gt;6. B (11:43:37) : user&lt;/p&gt; &lt;p&gt;7. A (11:44:04) : emacs ? not vi ? :(&lt;/p&gt; &lt;p&gt;8. A (11:44:11) : :-(&lt;/p&gt; &lt;p&gt;9. B (11:44:40) : thanks anyway.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;La conversation s'ouvre par un message de salutation, suivi d'une identification de l'appelant. Celle-ci, une stagiaire r&#233;cemment arriv&#233;e, donne son pr&#233;nom, qu'elle compl&#232;te par une localisation spatiale, qui op&#232;re comme une justification de sa demande. Ceci montre, nous y reviendrons, que ces requ&#234;tes informationnelles ne peuvent pas &#234;tre produites par n'importe qui &#224; destination de n'importe qui. Les deux participantes travaillent dans un bureau paysager s&#233;par&#233; en deux plateaux sur un &#233;tage. Partager cet espace de travail est pos&#233; comme une mani&#232;re de l&#233;gitimer ce genre de sollicitation professionnelle par messagerie instantan&#233;e. Ce premier message est suivi d'une question relative &#224; la connaissance par la destinataire d'un certain logiciel. Celle-ci prend bien la forme d'une question oui-non, mais qui joue un r&#244;le pr&#233;-s&#233;quentiel. Il s'agit d'&#233;prouver la comp&#233;tence (et la disponibilit&#233;, car cela donne au destinataire une occasion de signaler son impossibilit&#233; de r&#233;pondre) du destinataire. Une r&#233;ponse affirmative marquera la possibilit&#233; pour l'appelante de produire une autre requ&#234;te, sur un aspect pr&#233;cis du fonctionnement de ce logiciel. A la r&#233;ponse positive du destinataire, elle produit une appr&#233;ciation positive et emphatique (&#171; GOOD &#187;) qui peut &#234;tre interpr&#233;t&#233;e comme annon&#231;ant cette question. Le destinataire semble bien anticiper une nouvelle requ&#234;te puisqu'il produit une r&#233;paration (message 5 et 6) qui pr&#233;cise son degr&#233; de connaissance. Ceci bloque la requ&#234;te pour laquelle la paire de message 2-3 servait de pr&#233;-s&#233;quence, comme le manifeste l'&#233;moticon de d&#233;ception de l'appelante au message 7, et initie une cl&#244;ture rapide de la conversation (messages 7-9). La requ&#234;te que projette cette pr&#233;-s&#233;quence concerne la connaissance des fonctionnalit&#233;s d'un logiciel. Non seulement la r&#233;ponse ne peut &#234;tre rapide, mais son horizon temporel de pertinence peut &#234;tre beaucoup plus large que l'&#233;chelle temporelle de l'&#233;change en cours, et n&#233;cessiter de nombreux &#233;changes pour apprendre &#224; se servir des fonctionnalit&#233;s d'un logiciel. Dans notre corpus, les pr&#233;-s&#233;quences de ce type &#233;prouvent souvent la comp&#233;tence et la disponibilit&#233; du destinataire dans le cadre de demandes complexes, susceptibles de d&#233;boucher sur des &#233;changes longs et r&#233;p&#233;t&#233;s, et pour lesquelles une question interrogative de type oui-non ne suffirait pas.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Revenons maintenant &#224; l'&#233;change n&#176;1, donn&#233; ci-dessous sous une forme plus compl&#232;te. Comment comprendre cette esp&#232;ce de pr&#233;-s&#233;quence &quot;avort&#233;e&quot; (l'initiatrice ne laisse pas au destinataire la possibilit&#233; de r&#233;pondre et v&#233;rifier les conditions de f&#233;licit&#233; pr&#233;alables &#224; l'expression de la requ&#234;te vis&#233;e) et transform&#233;e par la proposition d'une r&#233;ponse candidate en question de type oui-non ?&lt;/p&gt; &lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Echange n&#176;1 (suite) :&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;1. A (12:01:25 PM) : salut Phil&lt;/p&gt; &lt;p&gt;2. B (12:01:31 PM) : salut&lt;/p&gt; &lt;p&gt;3. A (12:01:49 PM) : connais-tu le num&#233;ro de la derni&#232;re version du Address OSDM ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;4. A (12:02:05 PM) : est ce que &#231;a date d&#233; 2005/03/05&lt;/p&gt; &lt;p&gt;5. A (12:02:06 PM) : ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;6. A (12:02:35 PM) : version 2.1 apparemment. Est-ce que c'est la plus r&#233;cente ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;7. B (12:03:09 PM) : 2.0.3 pour am&#233;ricain ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;8. A (12:03:39 PM) : moi j'ai la 2.1 et je pense bien que c'est pour les US.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;9. A (12:03:56 PM) : tu veux que je te l'envoie ? c'est pour savoir si c'est la derni&#232;re version.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;10. A (12:04:03 PM) : A moins que je demande &#224; Bart &#8230;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;11. B (12:04:06 PM) : pour Aeroplan on a 2.03 build 4345-15 $$&lt;/p&gt; &lt;p&gt;12. B (12:04:20 PM) : Bart ne s'occupe plus des OSDMs&lt;/p&gt; &lt;p&gt;13. (12:04:25 PM) : C'est nirbhay&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Cette proposition par la demandeuse de r&#233;ponse possible, incorpor&#233;e dans les messages 4 et 5, r&#233;v&#232;le que l'initiatrice cherche une information ponctuelle, qu'il s'agit d'une pr&#233;occupation imm&#233;diate. En r&#233;parant sa pr&#233;-requ&#234;te pour en faire une question interrogative polaire de type oui/non, elle manifeste son souci de simplifier le travail du destinataire, et de limiter son engagement. Ces deux aspects sont renforc&#233;s par sa proposition d'envoyer les sp&#233;cifications du logiciel (ce qui montre d'ailleurs qu'elle l'a &#224; port&#233;e de main). Cela illustre &#224; nouveau son souci de faciliter la t&#226;che du destinataire, en lui fournissant cette fois des &#233;l&#233;ments concrets de v&#233;rification. Mais alors pourquoi s'&#234;tre engag&#233; au d&#233;part dans une pr&#233;-s&#233;quence et ne pas avoir pos&#233; directement la question ? Une r&#233;ponse possible &#224; cette interrogation appara&#238;t au message 10, o&#249; elle met en jeu une autre condition de f&#233;licit&#233;, la possibilit&#233; que le destinataire ne soit pas la personne la mieux plac&#233;e pour r&#233;pondre rapidement. En sugg&#233;rant la possibilit&#233; qu'elle demande plut&#244;t au coll&#232;gue connu pour &#234;tre en charge de ces logiciels, elle manifeste un soup&#231;on d'incertitude sur le choix du destinataire, ce qui justifie r&#233;trospectivement son emploi d'une pr&#233;-requ&#234;te au premier tour.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Par son caract&#232;re hybride entre la requ&#234;te d'information ponctuelle introduite directement par une question oui-non (ou un format facilitant de ce type), et la pr&#233;-requ&#234;te pleinement d&#233;ploy&#233;e, cet &#233;change nous renseigne sur certaines conditions d'usage de ces requ&#234;tes informationnelles qui prennent la forme de ce que nous appellerons des &quot;questions rapides&quot;, pour des raisons sur lesquelles nous reviendrons plus loin : a) elles portent sur une information ponctuelle, constitu&#233;e comme pr&#233;occupation imm&#233;diate (&#171; &lt;i&gt;immediate concern&lt;/i&gt; &#187;, in Ochs et al., &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/backend.php3#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('OCHS Elinor, SCHIEFFELIN Bambi, &amp; PLATT Martha, 1978. &#171; Questions of Immediate Concern. &#187; In GOODY Esther (Ed.). Questions and Politeness. Strategies in Social Interaction. Cambridge : Cambridge University Press, pp. 44-55.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;1978&lt;/a&gt;), probablement dans le cadre d'activit&#233;s en cours plus ou moins explicit&#233;es de leur initiateur. b) Le r&#233;pondant est constitu&#233; comme susceptible de r&#233;pondre, en g&#233;n&#233;ral soit parce que les deux participants sont habitu&#233;s &#224; collaborer, au titre d'une relation soutenue et durable d'&#233;changes interpersonnels d'informations, soit au titre d'obligations institutionnelles plus ou moins explicites (&#234;tre sur le m&#234;me plateau, &#234;tre dans un rapport hi&#233;rarchique, etc.). Les deux peuvent se combiner. D'une mani&#232;re plus g&#233;n&#233;rale, la &quot;question rapide&quot; &#233;prouve le lien professionnel, et contribue de mani&#232;re performative &#224; celui-ci. c) Le destinataire est constitu&#233; dans sa capacit&#233; &#224; pouvoir r&#233;pondre rapidement &#224; la question pos&#233;e (ind&#233;pendamment du fait que les &#233;changes qui s'ensuivent peuvent &#234;tre plus ou moins longs). Il est produit dans une certaine posture de sujet, dot&#233; d'une expertise particuli&#232;re. d) L'initiateur manifeste &#224; travers tout ceci et de mani&#232;re visible le souci de faciliter et rendre plus rapide la r&#233;ponse du destinataire, de minimiser les efforts n&#233;cessaires &#224; la satisfaction de ces requ&#234;tes par messagerie instantan&#233;e qui semblent &#233;merger de mani&#232;re impr&#233;visible (pour le destinataire) du flux des activit&#233;s professionnelles.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ceci conf&#232;re d'ailleurs &#224; certains &#233;changes un caract&#232;re presque laconique, comme dans l'exemple n&#176;4, donn&#233; ci-dessous sous une forme plus &#233;tendue, avec deux interlocuteurs qui semblent &#233;viter toute parole inutile en produisant des tours minimalement ad&#233;quats.&lt;/p&gt; &lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Echange n&#176;4 :&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;1. A. : Barbara is the effort for CR)1 already in 3445&lt;/p&gt; &lt;p&gt;2. A. : ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;3. B. : yes&lt;/p&gt; &lt;p&gt;4. A. : thanks&lt;/p&gt; &lt;p&gt;5. B. : but there's more to come in October&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Il est int&#233;ressant de noter que m&#234;me dans ce cas, la rapidit&#233; de l'&#233;change, si elle est bien projet&#233;e par le design des &quot;questions rapides&quot; n'est en rien garantie. L'&#233;change peut toujours se prolonger par des r&#233;&#233;laborations du th&#232;me initial ou m&#234;me rebondir vers des interactions plus informelles. C'est le cas ci-dessus. Bien que les deux participants semblent avares de leurs mots, la destinataire de la requ&#234;te informationnelle apr&#232;s sa r&#233;ponse (message 3) ratifi&#233;e par le demandeur (message 4), exploite la possibilit&#233; ouverte par l'interaction en cours de s'auto-s&#233;lectionner pour offrir une pr&#233;cision non sollicit&#233;e (message 5). Celle-ci occasionne un nouveau d&#233;veloppement. Si ces s&#233;quences manifestent une orientation collaborative vers un traitement rapide par les correspondants, il est n&#233;anmoins fr&#233;quent qu'elles donnent lieu &#224; des &#233;changes assez longs, susceptibles de rebondir &#233;galement vers d'autres sujets, parfois plus personnels.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;div class=&quot;non_flottant_titre&quot;&gt;&lt;a name='3.3'&gt;&lt;/a&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#tablematiere&quot;&gt;2.3. L'organisation s&#233;quentielle des demandes d'information : la r&#233;ception des r&#233;ponses par le demandeur&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;A quel type d'action correspondent ces s&#233;quences de demande et de fourniture d'information ? Il est int&#233;ressant de revenir &#224; l'organisation g&#233;n&#233;rale des s&#233;quences de question-r&#233;ponse, et consid&#233;rer comment les r&#233;ponses sont re&#231;ues par les demandeurs. Lorsqu'il existe, ce tour en troisi&#232;me position cl&#244;t la s&#233;quence. Dans la conversation ordinaire en anglais, celui-ci est souvent accompli ou introduit par une interjection comme &#171; oh &#187; qui marque le changement d'&#233;tat informationnel du demandeur, et confirme le caract&#232;re pertinent de l'information fournie (Heritage, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/backend.php3#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('HERITAGE John,1984. &#171; A change-of-state token and aspects of its sequential placement. &#187; In ATKINSON John Maxwell &amp; HERITAGE, John (Eds.). Structures of Social Action. Cambridge : Cambridge University Press, pp. 299-345.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;1984&lt;/a&gt;). La mani&#232;re dont sont re&#231;ues les r&#233;ponses aux requ&#234;tes informationnelles est toutefois tr&#232;s sensible aux propri&#233;t&#233;s de la situation dans son ensemble, et cela est particuli&#232;rement visible dans les environnements institutionnels (Heritage, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/backend.php3#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('HERITAGE John, 2004. &#171; Conversation Analysis and Institutional Talk. &#187; in FITCH Kristine L. &amp; SANDERS, Robert E., Handbook of Language and Social Interaction. Mahwah (NJ), Erlbaum. pp. 103-146.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2004&lt;/a&gt;). Dans des interviews t&#233;l&#233;visuelles ou des &quot;&lt;i&gt;talk shows&lt;/i&gt;&quot; ces marqueurs de r&#233;ception disparaissent parce que si la question est pos&#233;e par l'animateur, c'est pour obtenir une r&#233;ponse qui est destin&#233;e &lt;i&gt;in fine&lt;/i&gt; au public t&#233;l&#233;visuel (Clayman et Heritage, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/backend.php3#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('CLAYMAN Steven E., HERITAGE John, 2002. &#171; Questioning Presidents : Journalistic Deference and Adversarialness in the Press Conferences of US Presidents Eisenhower and Reagan. &#187; Journal of Communication 52(4) : pp. 749-775.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2002&lt;/a&gt;). Dans les entretiens o&#249; des m&#233;decins g&#233;n&#233;ralistes interrogent les patients sur leur cas et leurs sympt&#244;mes, les m&#233;decins r&#233;ceptionnent souvent les r&#233;ponses par un &#171; &lt;i&gt;okay&lt;/i&gt; &#187; (Heritage, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/backend.php3#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('HERITAGE John, 2004. &#171; Conversation Analysis and Institutional Talk. &#187; in FITCH Kristine L. &amp; SANDERS, Robert E., Handbook of Language and Social Interaction. Mahwah (NJ), Erlbaum. pp. 103-146.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2004&lt;/a&gt;). Marquer par une interjection comme &#171; oh &#187; que l'information est nouvelle serait inappropri&#233; parce que cela mettrait en cause la comp&#233;tence du m&#233;decin et/ou sugg&#232;rerait le caract&#232;re exceptionnel des sympt&#244;mes du patient. Dans le cas des salles de classe, le professeur ratifie la r&#233;ponse demand&#233;e d'une mani&#232;re qui confirme sa validit&#233;. Cela montre r&#233;trospectivement que le professeur connaissait la r&#233;ponse, et que l'action sociale accomplie dans le cadre de ces questions r&#233;ponses n'&#233;taient pas l'information du professeur mais l'&#233;valuation des comp&#233;tences de l'&#233;l&#232;ve (Mehan, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/backend.php3#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('MEHAN Hugh, 1979. &#171; &quot;What Time Is It Denise ?&quot; : Asking Known Information Questions in Classroom Discourse. &#187; Language in Society 28(4) : pp. 285-294.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;1979&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans notre cas, et dans la grande majorit&#233; des interactions, les r&#233;ponses fournies sont ponctu&#233;es d'un remerciement, comme dans l'&#233;change n&#176;4 ci-dessus, au tour 4 (&#171; &lt;i&gt;thanks&lt;/i&gt; &#187;). Dans l'&#233;change qui suit, la r&#233;ception s'effectue en deux temps, un premier message qui marque une appr&#233;ciation du changement de perception induit par la r&#233;ponse (message 4) suivie d'un remerciement amplifi&#233; par un point d'exclamation (message 5).&lt;/p&gt; &lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Echange n&#176;6 :&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;1. A (14:33) quick&lt;/p&gt; &lt;p&gt;2. A (14:33) : how does n-best list work ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;3. B (15:23) : it's just a list returned by the recognizer&lt;/p&gt; &lt;p&gt;4. A (15:30) : nice&lt;/p&gt; &lt;p&gt;5. A (15:30) : thanks !&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ces remerciements montrent que la s&#233;quence question r&#233;ponse est trait&#233;e comme une demande de service. Les remerciements viennent ratifier le service rendu. Les cas o&#249; la r&#233;ponse fournie n'est pas compl&#232;tement satisfaisante sont particuli&#232;rement int&#233;ressants, dans la pr&#233;-s&#233;quence que nous avons d&#233;j&#224; discut&#233;e :&lt;/p&gt; &lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Echange n&#176; 5 :&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;1. A (11:41:36) : hi Aniss, it's Linda from across the floor&lt;/p&gt; &lt;p&gt;2. A (11:42:40) : how well do you know vi ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;3. B (11:43:24) : well&lt;/p&gt; &lt;p&gt;4. A (11:43:30) : GOOD !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;5. B (11:43:34) : xemacs&lt;/p&gt; &lt;p&gt;6. B (11:43:37) : user&lt;/p&gt; &lt;p&gt;7. A (11:44:04) : emacs ? not vi ? :(&lt;/p&gt; &lt;p&gt;8. A (11:44:11) : :-(&lt;/p&gt; &lt;p&gt;9. B (11:44:40) : thanks anyway.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;La cl&#244;ture de l'&#233;change s'effectue par la production d'un emoticon marquant la d&#233;ception (message 7), att&#233;nu&#233;e par la production d'un message de remerciement (&#171; merci quand m&#234;me &#187;, ligne 9). L'&#233;change justifie une forme de remerciement, qui marque r&#233;trospectivement la reconnaissance du fait que le destinataire a donn&#233; de son temps pour participer &#224; l'&#233;change et a coop&#233;r&#233;, mais celui-ci est nuanc&#233; et modalis&#233; ce qui marque que l'interaction n'a pas &#233;t&#233; directement &quot;productive&quot; (&#171; &lt;i&gt;thanks anyway&lt;/i&gt; &#187;). N&#233;anmoins son accomplissement ordonn&#233; et l'orientation envers la collaboration qu'elle manifeste tissent du lien entre les participants. L'orientation coop&#233;rative du destinataire m&#233;rite gratitude.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D'autres cas d&#233;viants sont int&#233;ressants parce que la r&#233;ception de la r&#233;ponse ne s'y effectue pas vraiment par un remerciement.&lt;/p&gt; &lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Echange n&#176;3 :&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;1. A (16:35) : allo&lt;/p&gt; &lt;p&gt;2. A (16:35) : puis-je donner ton nom &#224; mon contact chez uniprix&lt;/p&gt; &lt;p&gt;3. A (16:35) : s'il a des questions techniques ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;4. B (16:35) : NON&lt;/p&gt; &lt;p&gt;5. A (16:35) : ok, qui, bernard ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;6. B (16:35) : oui&lt;/p&gt; &lt;p&gt;7. A (16:36) : cool&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;
La r&#233;ception s'effectue au message 7 par une simple appr&#233;ciation positive (&#171; cool &#187;). Cette &#233;valuation porte sur la situation produite par l'&#233;change. Elle marque l'aplanissement d'une difficult&#233;. Alors que la situation faisait initialement probl&#232;me (l'initiatrice ne savait pas quel nom donner &#224; son client), un nom a &#233;t&#233; donn&#233; et ratifi&#233;. Cette &#233;valuation exprime et produit &#224; la fois le caract&#232;re apais&#233; de la situation actuelle. Mais la demande de permission de donner le nom du destinataire qui constituait l'objet de l'&#233;change a &#233;t&#233; refus&#233;e au message 4, et refus&#233;e avec emphase : une r&#233;ponse &#224; la fois non pr&#233;f&#233;r&#233;e et non affiliative. Au tour suivant la requ&#233;rante (message 5) a successivement accus&#233; r&#233;ception de cette acceptation n&#233;gative (&#171; ok &#187;), produit une question ouverte qui marque qu'il faut bien trouver quelqu'un et engage le destinataire dans la r&#233;solution du probl&#232;me (&#171; qui ? &#187;) suivie d'une suggestion (&#171; Bernard &#187;) &#224; laquelle le destinataire acquiesce finalement (Message 6). Fournir une appr&#233;ciation positive sans remercier vient marquer le fait que son interlocuteur a suffisamment coop&#233;r&#233; dans la r&#233;solution du probl&#232;me pour qu'une solution ait &#233;t&#233; trouv&#233;e in fine, mais en restant dans les strictes limites de leurs r&#244;les professionnels, et sans accorder l'engagement personnel qu'elle lui demandait. Il y a eu coop&#233;ration mais pas d'implication individuelle ni de service personnel rendu de la part de l'interlocuteur.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ceci &#233;claire par contraste le r&#244;le des remerciements qui ponctuent ordinairement les r&#233;ponses aux requ&#234;tes informationnelles par message instantan&#233;. Il s'agit de marquer sa gratitude : a) par rapport &#224; la production d'une r&#233;ponse satisfaisante, qui rend imm&#233;diatement service au destinataire ; b) envers l'orientation coop&#233;rative que d&#233;montrent &#224; la fois l'obtention des r&#233;ponses (m&#234;me si elles ne sont pas satisfaisantes), la disponibilit&#233; et les efforts consentis pour participer de mani&#232;re appropri&#233;e &#224; l'interaction. Ce n'est pas rien, car nous sommes dans des organisations o&#249; pr&#233;dominent des imp&#233;ratifs de r&#233;activit&#233; et de flexibilit&#233;. Donner de son temps et de son &#233;nergie pour r&#233;soudre un probl&#232;me participe de ces &#171; petits &#233;changes sociaux &#187; entre coll&#232;gues qui d&#233;bordent l'organisation rationnelle de l'activit&#233; (Alter, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/backend.php3#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('ALTER Norbert, 2009. Donner et prendre. La collaboration en entreprise. Paris, La D&#233;couverte.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2009&lt;/a&gt;) et justifient l'expression d'une gratitude. Le format particulier que prennent de tels formats de coop&#233;ration t&#233;moigne d'une sensibilit&#233; particuli&#232;re &#224; deux caract&#233;ristiques de la situation, la pression temporelle qui s'exerce chez les membres, et le type de disponibilit&#233; qu'induit le fait que tous les membres de l'organisation sont connect&#233;s par messagerie instantan&#233;e et que leur pr&#233;sence est rendue visible par cette m&#233;diation.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;div class=&quot;non_flottant_titre&quot;&gt;&lt;a name='3.4'&gt;&lt;/a&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#tablematiere&quot;&gt;2.4. Le cas Mutech : les &quot;questions rapides&quot; comme &quot;genre&quot;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Ce type de construction de requ&#234;te s'appuie sur des ressources interactionnelles usuelles, avec des formes de s&#233;quences et de fa&#231;onnage des tours (&quot;&lt;i&gt;recipient design&lt;/i&gt;&quot;) assez proches de ce qui caract&#233;rise la production des questions oui/non dans la conversation ordinaire (Raymond, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/backend.php3#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('RAYMOND Geoffrey, 2003. &#171; Grammar and Social Organization : Yes/No Interrogatives and the Structure of Responding. &#187; American Sociological Review 68 : pp. 939-967.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2003&lt;/a&gt;). On peut facilement imaginer des situations de ce type en co-pr&#233;sence : un participant passe la t&#234;te par la porte du bureau, s'adresse &#224; un coll&#232;gue affair&#233; par ailleurs, et lui signale qu'il va lui poser &#171; juste une petite question &#187;, manifestant ainsi le souci de ne l'interrompre que le moins possible. Chez Mutech, c'est plut&#244;t par messagerie instantan&#233;e qu'en face &#224; face qu'il est devenu l&#233;gitime de poser des petites questions ne n&#233;cessitant qu'une r&#233;ponse ponctuelle, l'attente &#233;tant que si quelqu'un se d&#233;place, c'est qu'il s'agit probablement d'une demande assez complexe. La pratique correspondant au type d'&#233;change que nous observons ici a m&#234;me re&#231;u un nom chez Mutech, celui de &quot;questions rapides&quot; ou &quot;quick questions&quot;, que nous avons repris ici comme cat&#233;gorie analytique. Cette cat&#233;gorisation constitue elle-m&#234;me une ressource conversationnelle pour les membres, comme le montrent les exemples suivants :&lt;/p&gt; &lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Echange n&#176;7 :&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;1. A (2:45:08 PM) : Hi Robby !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;2. B (2:45:21 PM) : hi&lt;/p&gt; &lt;p&gt;3. A (2:45:27 PM) : quick question : the NY usability lab is also your recording studio ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;4. B (2:45:33 PM) : yes&lt;/p&gt; &lt;p&gt;5. A (2:45:47 PM) : ok, thanks. I was looking at its availability on Outlook.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;
Dans cet usage caract&#233;ristique la cat&#233;gorie &quot;question rapide&quot; est utilis&#233;e apr&#232;s l'&#233;change de salutations, juste avant que soit &#233;nonc&#233;e la question qui constitue l'objet de l'&#233;change. Elle joue le r&#244;le d'une pr&#233;face, qui cadre l'&#233;change &#224; venir comme &#233;change d'un certain type et oriente les anticipations des deux participants. L'usage de cette cat&#233;gorie peut m&#234;me rev&#234;tir une tournure abr&#233;g&#233;e et famili&#232;re, comme dans le cas suivant (ces deux participants &#233;changent des dizaines de messages chaque jour) :&lt;/p&gt; &lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Echange n&#176;6 :&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;1. A (14:33) : quick&lt;/p&gt; &lt;p&gt;2. A (14:33) : how does n-best list work ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;3. B (15:23) : it's just a list returned by the recognizer&lt;/p&gt; &lt;p&gt;4. A (15:30) : nice&lt;/p&gt; &lt;p&gt;5. A (15:30) : thanks !&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Du fait de la fr&#233;quence de leurs &#233;changes quotidiens ces deux participants se comportent souvent dans leurs messages comme s'il existait entre eux une sorte &#171; d'&#233;tat ouvert de parole &#187; (Goffman, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/backend.php3#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('GOFFMAN Erwin, 1981. Forms of Talk. Philadelphia, University of Pennsylvania Press.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;1981&lt;/a&gt;), par messagerie instantan&#233;e. L'omission de toute salutation au d&#233;but de nombreuses conversations par messagerie instantan&#233;e est la marque de cette orientation. La cat&#233;gorisation de l'&#233;change &#224; venir comme &quot;question rapide&quot; (sous une forme abr&#233;g&#233;e qui t&#233;moigne du caract&#232;re &#224; la fois routinier et conventionnel de ce type d'&#233;change) constitue le premier message de cette conversation, et pr&#233;face le message interrogatif qui suit.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce message joue un r&#244;le m&#233;ta-pragmatique, et souligne l'importance de rendre visible d&#232;s l'amorce de la conversation, que l'appelant a le souci que l'&#233;change qu'il initie puisse &#234;tre rapide (ce qui comme nous l'avons vu, n'implique en rien que cela soit effectivement le cas).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans les organisations o&#249; la messagerie instantan&#233;e a &#233;t&#233; g&#233;n&#233;ralis&#233;e, chaque personne connect&#233;e &#224; son bureau est techniquement accessible par messagerie instantan&#233;e. L'indicateur de pr&#233;sence de la messagerie instantan&#233;e inscrit dans l'&#233;cologie informationnelle des postes de travail la possibilit&#233; de savoir pr&#233;cis&#233;ment si un coll&#232;gue est connect&#233;, et donc potentiellement accessible &#224; ce moment pr&#233;cis. Le format de la &quot;question rapide&quot; s'oriente vers les cons&#233;quences de cette visibilit&#233; et accessibilit&#233; &#233;largies. En permettant ainsi de poser des questions aux coll&#232;gues &#224; tout moment lorsqu'ils sont en ligne, le risque est de transformer les coll&#232;gues en personnes-ressources, de les instrumenter comme des &quot;affordances&quot; informationnelles accessibles d'un ou deux clics. Sur le plan pratique les sollicitations peuvent d&#233;ranger les destinataires, et sur le plan moral ces sollicitations configur&#233;es comme des demandes d'aide ou de petits services courent le risque de manifester un irrespect des propres contraintes dans lesquelles se d&#233;roule le travail du destinataire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le format des &quot;questions rapides&quot; s'oriente par rapport &#224; cette tension Configurer et pr&#233;senter l'&#233;change de cette mani&#232;re exprime la prise en compte par l'appelant des cons&#233;quences &#233;ventuelles de son message pour le destinataire et agit comme une mani&#232;re de l&#233;gitimer par avance le type de sollicitation qu'accomplit la production d'une telle requ&#234;te. Leur envoi &quot;performe&quot; les membres de l'organisation comme accessibles (pour ce genre de questions) d&#232;s qu'ils sont connect&#233;s au syst&#232;me informatique, tandis que leur organisation s&#233;quentielle et leur forme se pr&#233;occupent du syst&#232;me de droits et d'obligations qui gouverne cette accessibilit&#233; &#233;lectronique et r&#233;gule la disponibilit&#233; entre coll&#232;gues, &#224; interagir, et &#224; se rendre de petits services dans le cadre de coop&#233;rations informelles.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D'autant que lorsqu'un destinataire accessible re&#231;oit une question de ce type, il s'oriente vers le fait qu'une r&#233;ponse rapide est attendue. C'est particuli&#232;rement visible dans le type d'&#233;change suivant, o&#249;, apr&#232;s avoir re&#231;u une &quot;question rapide&quot; pr&#233;sent&#233;e comme telle, la destinataire temporise (message 2) avant de produire une r&#233;ponse quelques secondes plus tard.&lt;/p&gt; &lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Echange n&#176;8 :&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;1. A (17:32:17) : Hi Roxane, quick question. If we wanted to upload caller data onto OSI, is it bn-insight or insight that we're suppose to use ? I went into bn-insight, but I could not find the osd_hotel_demo folder.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;2. B (17:33:16) : one minute&lt;br /&gt;
((correspondante se d&#233;connecte de l'&#233;change))&lt;/p&gt; &lt;p&gt; 3. B (17:40:13) : well technically bn-insight is faster&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;
Ce genre de temporisation (&#171; one minute &#187;) est utilis&#233; en g&#233;n&#233;ral pour accuser r&#233;ception de la demande lorsque l'on est connect&#233;, et que l'on fait autre chose. Il rend visible la compr&#233;hension qu'a le destinataire (qui sait qu'il est publiquement connect&#233;) du fait qu'un message de sa part (qu'il traite ou non la question initiale) est attendu par l'appelant, et normalement attendu, dans un d&#233;lai relativement rapide, ici de moins d'une minute. Ce genre de r&#233;ponse suspensive s'accompagne souvent de justifications : la m&#234;me destinataire avait r&#233;pondu &#224; une autre sollicitation de l'appelante par le message &#171; sorry on the phone &#187;. De ces diff&#233;rentes mani&#232;res elle accuse r&#233;ception des questions rapides dans un d&#233;lai acceptable et marque &#233;galement qu'elle les consid&#232;re l&#233;gitimes puisqu'elle s'engage &#224; y revenir plus tard.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Tout ceci converge vers l'id&#233;e que chez Mutech, les &quot;questions rapides&quot; et leurs r&#233;ponses constituent un genre communicationnel &#224; part enti&#232;re. Un genre se caract&#233;rise par une modalit&#233; de communication qui pr&#233;sente des aspects communs de forme et un but reconnu, enracin&#233; et renforc&#233; par les pratiques d'une communaut&#233;. Il constitue une r&#233;ponse typique de la communaut&#233; ou de l'organisation &#224; des situations r&#233;currentes (Orlikowski et Yates, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/backend.php3#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('ORLIKOWSKI Wanda J. &amp; YATES Johanne., 1994. &#171; Genre repertoire : The Structuring of Communicative Practices in Organizations. &#187; Administrative Science Quarterly 39(4) : pp. 541-574.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;1994&lt;/a&gt;). Il n'en est pas tout &#224; fait de m&#234;me chez Phoneco. Bien que l'on trouve des messages qui s'y apparentent dans leur forme et leur vis&#233;e, les pr&#233;faces de type &quot;question rapide&quot; sont absentes, et le travail fait pour simplifier les r&#233;ponses pertinentes moins ostentatoire que chez Mutech. Si le d&#233;veloppement des &quot;questions rapides&quot; comme genre est &#233;troitement li&#233; &#224; l'appropriation par des collectifs de travail d'un logiciel de messagerie instantan&#233;e g&#233;n&#233;ralis&#233; &#224; toute l'organisation, cela ne constitue pas une condition suffisante. C'est ce que nous allons tenter de cerner maintenant, en distinguant les formes d'accessibilit&#233; communicationnelle que permet la messagerie instantan&#233;e et le type d'activit&#233; dans lequel ses usages se d&#233;veloppent et s'encastrent.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;div class=&quot;non_flottant_titre&quot;&gt;&lt;a name='4'&gt;&lt;/a&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#tablematiere&quot;&gt;3. &quot;Questions rapides&quot; et distribution forte de l'activit&#233;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Dans les organisations contemporaines, &#233;clat&#233;es g&#233;ographiquement, confront&#233;es &#224; des imp&#233;ratifs de flexibilit&#233; et de r&#233;activit&#233;, dont les activit&#233;s sont accomplies en mode projet, il est de plus en plus difficile de joindre quelqu'un : de l'ordre de 70% des appels n'arrivent pas &#224; leur destinataire (Rice et Shook, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/backend.php3#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('RICE Ronald E. &amp; SHOOK Douglas E., 1990. &#171; Voice messaging, co-ordination and communication. &#187; In GALEGHER Jolene, KRAUT Robert E. &amp; EGIDO Carmen (Eds.). Intellectual Teamwork : Social &amp; technological foundations of cooperative work. Mahwah, N.J. : Lawrence Erlbaum Press, pp. 327-350.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;1990&lt;/a&gt;). Les &#233;tudes montrent depuis une trentaine d'ann&#233;es que les activit&#233;s de travail sont fragment&#233;es et interrompues (Panko, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/backend.php3#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('PANKO Raymond R. , 1984. &#171; Managerial communication patterns &#187;, Journal of Organizational Computing 2(1), pp. 95-122.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;1984&lt;/a&gt; ; O'Connail et Frohlich, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/backend.php3#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('O'CONNAILL Brid &amp; FROHLICH David, 1995. &#171; Timespace in the Workspace. Dealing with Interruptions. &#187; Proceedings of Human factors in Computing (CHI'95), Pittsburgh, PA., ACM Press, pp. 262-263.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;1995&lt;/a&gt;). Certains managers en arrivent &#224; se laisser piloter par les interruptions plut&#244;t que de planifier leurs actions (Hudson et al., &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/backend.php3#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('HUDSON James M., CHRISTENSEN Jim, KELLOGG Wendy A., ERICKSON Thomas, 2002. &#171; &quot;I'd be overwhelmed, but it's just one more thing to do : Availability and interruption in research management. &#187; Proceedings of ACM CHI 2002 Conference on Human Factors in Computing Systems, pp. 97-104.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2002&lt;/a&gt;). Les probl&#232;mes pratiques et moraux que posent la disponibilit&#233; et sa gestion sont aigus.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est sur cet arri&#232;re-plan que se construit le succ&#232;s de la g&#233;n&#233;ralisation de la messagerie instantan&#233;e. On peut comprendre alors certains usages, comme la v&#233;rification de l'indicateur de pr&#233;sence avant un appel t&#233;l&#233;phonique, ou l'envoi d'une requ&#234;te opportuniste par messagerie instantan&#233;e. Les membres consid&#232;rent que la connexion &#224; la messagerie instantan&#233;e et un indicateur de pr&#233;sence &quot;au vert&quot; peuvent &#234;tre interpr&#233;t&#233;s comme un signal de disponibilit&#233; pour des &#233;changes sociaux et des demandes de coop&#233;ration li&#233;s au travail. C'est ce que rendent visibles les messages que l'on envoie parfois pour plaisanter &#224; un coll&#232;gue que l'on voit se connecter un peu tardivement dans la journ&#233;e :&lt;/p&gt; &lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Echange n&#176; 9 :&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;1. ((Notification de la connexion de B par une fen&#234;tre popup sur l'&#233;cran de A))&lt;/p&gt; &lt;p&gt;2. A. : comon man &#8211; get to work ;-)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;3. B. : hey hey&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;
Les questions rapides constituent une mani&#232;re de composer entre les exigences imm&#233;diates de l'activit&#233; professionnelle et les cons&#233;quences morales qu'implique le traitement des coll&#232;gues connect&#233;s comme disponibles, c'est-&#224;-dire comme des &#171; personnes-ressources &#187;, inscrites et &#224; port&#233;e de main dans les &#233;cologies de travail au m&#234;me titre que par exemple des documents. Cette tension se manifeste contin&#251;ment au niveau de la gestion de la disponibilit&#233; en mode connect&#233;. D'un c&#244;t&#233;, il est possible au fil des probl&#232;mes rencontr&#233;s de solliciter d'un clic des coll&#232;gues dont la connexion et la &quot;pr&#233;sence&quot; peuvent &#234;tre v&#233;rifi&#233;es de mani&#232;re perceptuelle, et on organise son activit&#233; en cons&#233;quence. De l'autre le risque est grand d'abuser ainsi de cette disponibilit&#233;, et &#224; la fois d'empi&#233;ter sur l'organisation des activit&#233;s d'autrui et de commettre une sorte d'offense rituelle en sollicitant un coll&#232;gue ou un collaborateur pour un petit service mal &#224; propos ou excessivement. Formuler ostensiblement les sollicitations comme des requ&#234;tes ou des demandes d'aide auxquelles il sera facile de r&#233;pondre constitue une sorte de compromis acceptable. Elles rendent visibles le souci de minimiser le travail demand&#233; au destinataire, c'est-&#224;-dire qu'elles manifestent &#224; la fois le souci d'interrompre le moins possible (sur le plan pratique) et une forme de respect du travail d'autrui et de ses contraintes (sur le plan moral).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il faut remarquer la finesse des interpr&#233;tations et des normes interactionnelles mises en &#339;uvre par certains des professionnels &#233;tudi&#233;s. L'une d'entre elles, confront&#233;e &#224; l'enregistrement vid&#233;o d'une s&#233;quence o&#249; elle pose une &quot;question rapide&quot; d&#233;clare qu'elle n'agit pas de la m&#234;me mani&#232;re avec des coll&#232;gues de m&#234;me niveau et des sup&#233;rieurs hi&#233;rarchiques. Pour ces derniers, au lieu d'envoyer un message de salutation, puis un message contenant la requ&#234;te &quot;rapide&quot;, il lui appara&#238;t plus appropri&#233; de compacter les deux en un seul message, afin de minimiser la charge attentionnelle de la requ&#234;te. Il n'est de plus pas appropri&#233; d'envoyer une &quot;question rapide&quot; &#224; n'importe qui (et r&#233;ciproquement tout destinataire n'est pas &#233;galement oblig&#233; de les ratifier et d'y r&#233;pondre). Leur forme est tr&#232;s &#233;troitement ajust&#233;e au destinataire, sur la base d'une analyse interactionnelle et relationnelle des cons&#233;quences pratiques et morales de ce genre de requ&#234;te.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Configurer une question rapide inscrit sa pertinence dans un horizon de temps restreint, le temps qu'il faut pour r&#233;pondre, ici et maintenant. Elle appara&#238;t donc orient&#233;e r&#233;trospectivement vers un probl&#232;me pour lequel une r&#233;ponse imm&#233;diate est pertinente. C'est-&#224;-dire une question saillante pour une t&#226;che en cours, un besoin imm&#233;diat qui la justifie. Les questions rapides sont donc produites de mani&#232;re &#224; appara&#238;tre &quot;occasionn&#233;es&quot;. Leur production constitue une r&#233;ponse imm&#233;diate et opportuniste &#224; un probl&#232;me plus ou moins bloquant qui peut &#234;tre facilement r&#233;gl&#233; avec l'aide d'autrui sous une forme qui demandera peu d'effort &#224; ce dernier. Le fait d'avoir effectu&#233; des enregistrements vid&#233;o nous permet d'observer empiriquement que la production des &quot;questions rapides&quot; est effectivement presque toujours li&#233;e &#224; une activit&#233; d'&#233;cran en cours dans les secondes qui pr&#233;c&#233;daient l'envoi du premier message.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Tout ceci est fr&#233;quemment rendu explicite dans les messages. Dans l'&#233;change n&#176;7, l'initiateur montre qu'il est en train de consulter le planning de la salle de studio &#224; propos de l'utilisation de laquelle il interroge son interlocuteur. Dans l'&#233;change n&#176;1, l'initiatrice donne des informations tr&#232;s pr&#233;cises sur la version du logiciel qu'elle est en train d'utiliser et pour lequel elle cherche &#224; savoir s'il s'agit bien de la derni&#232;re version. Elle propose ensuite de l'envoyer &#224; son interlocuteur avec une rapidit&#233; qui sugg&#232;re qu'elle a cette version ouverte sur son &#233;cran, et que l'information recherch&#233;e est utile &#224; son activit&#233; imm&#233;diate (ce qui est effectivement le cas au vu de la vid&#233;o).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La &#171; question rapide &#187; se pr&#233;sente donc comme li&#233;e &#224; une activit&#233; en cours, occasionn&#233;e par celle-ci, et vis-&#224;-vis de laquelle les coll&#232;gues accessibles par messagerie instantan&#233;e apparaissent comme des ressources potentielles. Le simple fait d'&#233;noncer une &quot;question rapide&quot; par messagerie instantan&#233;e transforme performativement un cours d'action individuel en activit&#233; collaborative fond&#233;e sur des interactions &#233;mergeant spontan&#233;ment d'une activit&#233; en cours, dans le cadre d'une coordination temporelle inscrite dans le tr&#232;s court terme et avec des interlocuteurs constitu&#233;s en &quot;affordances&quot; informationnelles.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans un des exemples que nous avons enregistr&#233; (et dans lequel s'ins&#232;re l'&#233;change n&#176;3), chez Phoneco, une participante, responsable de compte client, r&#233;pond &#224; un courriel d'un client lui ayant signal&#233; un probl&#232;me. Elle doit faire intervenir pour cela deux coll&#232;gues. L'un doit aller traiter le probl&#232;me technique chez le client, l'autre d&#233;tient une information n&#233;cessaire pour qu'elle puisse r&#233;pondre. On peut imaginer que, confront&#233;e &#224; la m&#234;me situation mais sans disposer d'un acc&#232;s &#224; la messagerie instantan&#233;e, elle ouvre le courriel, envoie aux deux m&#234;mes correspondants deux courriels pour les solliciter, et ne revienne &#224; la r&#233;daction de sa r&#233;ponse qu'une fois arriv&#233;es les r&#233;ponses de ses deux coll&#232;gues, probablement bien plus tard. Ce serait un exemple d'action collaborative simple accomplie sur le mode de la &#171; distribution faible &#187;. En revanche, dans la s&#233;quence enregistr&#233;e, elle ouvre le courriel, initie deux fils de messagerie instantan&#233;e o&#249; elle pose ces questions &#224; ces coll&#232;gues (l'exemple 1 est d'ailleurs tir&#233; de cette s&#233;quence), et r&#233;dige &lt;i&gt;en m&#234;me temps&lt;/i&gt; le courriel de r&#233;ponse. Le traitement de ce courriel fait de son point de vue l'objet d'une action collaborative fortement distribu&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les questions rapides constituent une ressource pour la distribution forte tout autant qu'elles produisent ce type de collaboration. D'un c&#244;t&#233; leur occurrence est pertinente et fait sens dans des organisations o&#249; l'activit&#233; est fortement distribu&#233;e, parce qu'il faut sans cesse voir, v&#233;rifier, comprendre ce que les autres sont en train de faire. De l'autre l'accomplissement de ces s&#233;quences participe d'un incessant travail d'organisation. Question rapide apr&#232;s question rapide, l'organisation est produite comme fortement connect&#233;e et l'activit&#233; comme fortement distribu&#233;e. On peut cependant se demander pourquoi les &quot;questions rapides&quot; par messagerie instantan&#233;e, bien qu'utilis&#233;es dans ces deux organisations, sont devenues un genre &#224; part enti&#232;re chez Mutech, et pas compl&#232;tement chez Phoneco. Il faut pour cela comprendre le r&#244;le que ce genre communicationnel peut jouer dans la distribution sociale du travail cognitif.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;div class=&quot;non_flottant_titre&quot;&gt;&lt;a name='5'&gt;&lt;/a&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#tablematiere&quot;&gt;4. &quot;Questions rapides&quot;, expertise et division asym&#233;trique du travail cognitif&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Poser une &quot;question rapide&quot; suppose la mise en &#339;uvre de jugements concernant la distribution de l'expertise dans l'organisation, c'est-&#224;-dire qui sait quoi, et qui sait qui sait quoi. Mais les &quot;questions rapides&quot; produisent aussi cette relation comme propri&#233;t&#233; &#233;mergente et endog&#232;ne &#224; l'organisation des &#233;changes par messagerie instantan&#233;e. Revenons par exemple sur l'&#233;change n&#176;1 :&lt;/p&gt; &lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Echange n&#176; 1 :&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;1. A (12:01:25 PM) : salut Phil&lt;/p&gt; &lt;p&gt;2. B (12:01:31 PM) : salut&lt;/p&gt; &lt;p&gt;3. A (12:01:49 PM) : connais tu le num&#233;ro de la derni&#232;re version du Address OSDM ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;4. A (12:02:05 PM) : est ce que &#231;a date d&#233; 2005/03/05&lt;/p&gt; &lt;p&gt;5. A (12:02:06 PM) : ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;6. A (12:02:35 PM) : version 2.1 apparemment. Est-ce que c'est la plus r&#233;cente ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;7. B (12:03:09 PM) : 2.0.3 pour am&#233;ricain ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;8. A (12:03:39 PM) : moi j'ai la 2.1 et je pense bien que c'est pour les US.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;9. A (12:03:56 PM) : tu veux que je te l'envoie ? c'est pour savoir si c'est la derni&#232;re version.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;10. A (12:04:03 PM) : A moins que je demande &#224; Bart &#8230;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;11. B (12:04:06 PM) : pour Aeroplan on a 2.03 build 4345-15 $$&lt;/p&gt; &lt;p&gt;12. B (12:04:20 PM) : Bart ne s'occupe plus des OSDMs&lt;/p&gt; &lt;p&gt;13. B (12:04:25 PM) : C'est nirbhay&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s que l'appelante ait pos&#233;e une question configur&#233;e pour rendre visible son souci de permettre une r&#233;ponse rapide du destinataire (elle sugg&#232;re un num&#233;ro de version), ce dernier demande une pr&#233;cision sur le langage de la version utilis&#233;e (message 7). L'appelante la fournit, propose d'envoyer la version qu'elle utilise au destinataire, et &#233;voque imm&#233;diatement dans un nouveau message la possibilit&#233; de solliciter un autre interlocuteur (message 9). Elle rend ainsi visible le fait que le destinataire appropri&#233; pour une question rapide est pr&#233;cis&#233;ment la personne dans l'organisation qui peut r&#233;pondre le plus facilement et le plus imm&#233;diatement. Son correspondant collabore en fournissant le num&#233;ro de la version qu'il utilise, ce qui ne constitue pas une r&#233;ponse d&#233;cisive, puisqu'on ne sait pas si c'est bien la derni&#232;re version. Il semble en &#234;tre conscient puisque dans le message suivant, envoy&#233; dans la foul&#233;e, il sugg&#232;re un autre nom pour la personne qui s'occupe de ces logiciels et donc la plus &#224; m&#234;me de r&#233;pondre. Il oriente ainsi l'appelante vers un autre destinataire plus appropri&#233; pour sa question rapide, car plus expert.&lt;/p&gt; &lt;p&gt; Une question rapide ne l'est pas seulement parce qu'elle permet des r&#233;ponses courtes. Elle est rapide lorsqu'elle vise et trouve le destinataire qui convient. C'est-&#224;-dire un destinataire assez &quot;proche&quot; pour qu'on puisse lui envoyer de telles requ&#234;tes par messagerie instantan&#233;e, mais surtout un coll&#232;gue dont la comp&#233;tence ou l'exp&#233;rience sont telles qu'il est capable de r&#233;pondre dans l'instant &#224; la question pos&#233;e. La &quot;question rapide&quot; reconna&#238;t et configure performativement son destinataire comme un expert. Pas dans le sens classique o&#249; il s'agirait de quelqu'un capable de r&#233;soudre patiemment et m&#233;thodiquement un probl&#232;me complexe, mais au sens o&#249;, de par la comp&#233;tence et l'expertise qu'il a accumul&#233;es au cours de sa biographie particuli&#232;re, le destinataire est en mesure de r&#233;pondre imm&#233;diatement. Il a &#233;t&#233; confront&#233; &#224; suffisamment de situations identiques ou apparent&#233;es pour &#234;tre capable de r&#233;pondre sur le champ, sur la base d'heuristiques implicites (Dreyfus et Dreyfus, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/backend.php3#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('DREYFUS Hubert L., DREYFUS Stuart E., 1987. &#171; From Socrates to Expert Systems : The Limits of Calculative Rationality. &#187; in RABINOW Paul, &amp; SULLIVAN, William M. Berkeley, Interpretive Social Science : A Second Look. California University Press : pp. 327-350.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;1988&lt;/a&gt;). Le genre des &quot;questions rapides&quot; s'appuie donc sur une division asym&#233;trique du travail cognitif qu'il contribue &#233;galement &#224; produire, dans la mesure o&#249; &#224; travers le simple fait de poser une telle question, le destinataire est reconnu comme un expert dot&#233; d'une exp&#233;rience et de comp&#233;tences uniques. Toute reconnaissance a une dimension morale, et la question rapide incorpore donc une forme de respect qui s'oppose &#224; l'id&#233;e de simplement traiter le destinataire comme une personne-ressource, disponible dans l'&#233;cologie informationnelle du demandeur gr&#226;ce &#224; la messagerie instantan&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Du c&#244;t&#233; du demandeur, tout ceci suppose donc une comp&#233;tence organisationnelle particuli&#232;re. Les travaux en science des organisations ont d&#233;j&#224; remarqu&#233; que la coop&#233;ration &#224; distance d&#233;pendait fortement du degr&#233; de &#171; connaissance mutuelle &#187; des membres de l'organisation (Cramton, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/backend.php3#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('CRAMTON Catherine Durnell, 2001. &#171; The Mutual Knowledge Problem and Its Consequence for Dispersed Collaboration. &#187; Organization Science 12(3) : pp. 346-371.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2001&lt;/a&gt;). Le bon emploi des &quot;questions rapides&quot; repose sur la comp&#233;tence du demandeur &#224; savoir qui sait, ou qui peut savoir qui sait, avec un niveau de finesse suffisant pour &#233;valuer la difficult&#233; singuli&#232;re qu'aurait tel ou tel interlocuteur &#224; r&#233;pondre &#224; la question.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Du point de vue du travail d'organisation ou &quot;organizing&quot;, le d&#233;veloppement des &#171; questions rapides &#187; comme genre communicationnel poss&#232;de donc une dimension cognitive et une dimension morale. Sur son versant cognitif, il exacerbe et renouvelle le probl&#232;me de la &#171; connaissance mutuelle &#187; dans des organisations qui s'appuient sur des formes de collaboration dispers&#233;e. Les connaissances et les comp&#233;tences requises pour savoir qui sait sont difficilement formalisables et prescriptibles en amont. Elles &#233;mergent du flux d'interactions et de transactions dont l'organisation est le si&#232;ge, et produisent l'organisation comme un n&#339;ud d'&#233;change d'informations entre d&#233;tenteurs de connaissances et d'expertises singuli&#232;res et locales. Sur son versant moral, l'accomplissement heureux de ces requ&#234;tes informationnelles s'apparente au rendu d'un service, &#224; un &#233;change social informel qui tisse du lien dans l'organisation, imbriquant toujours dans des configurations variables services personnels et coop&#233;rations oblig&#233;es. C'est ce que vient signaler l'organisation s&#233;quentielle ternaire Question / R&#233;ponse / Remerciement. Le succ&#232;s et l'&#233;chec de ces petites coop&#233;rations &#233;mergentes et informelles performent l'organisation connect&#233;e comme le site d'une activit&#233; fortement distribu&#233;e et comme un habitat favorable au d&#233;veloppement d'un certain type de collectif en r&#233;seau, qui se tisse dans l'incessant accomplissement de coop&#233;rations et de petits services interpersonnels informels par le m&#233;dium de la messagerie instantan&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pourquoi ce genre communicationnel appara&#238;t-il sous une forme plus claire et plus stabilis&#233;e chez Phoneco que chez Mutech ? D'un c&#244;t&#233; on peut penser que c'est parce que c'est dans la petite entreprise de haute technologie que l'activit&#233; des membres est la plus clairement et la plus syst&#233;matiquement orient&#233;e vers la manipulation, le traitement et la production de connaissances, et aussi la plus susceptible de b&#233;n&#233;ficier d'une distribution forte de l'activit&#233;. Dans les services que nous avons observ&#233;s chez Phoneco, il s'agissait en revanche de traiter des probl&#232;mes rencontr&#233;s par des clients, qui impliquent une dimension &#224; la fois mat&#233;rielle (installer des r&#233;seaux, des routeurs et autres appareils), et cognitive (les interventions concernent &#233;galement l'installation de logiciels et l'apprentissage de leur bon usage). La responsable de compte doit trouver les bons coll&#232;gues pour simultan&#233;ment installer ou v&#233;rifier des appareils chez le client (prestation mat&#233;rielle), et dialoguer avec eux pour &#233;laborer une proposition de service am&#233;lior&#233; (prestation immat&#233;rielle). Mutech est une entreprise de plus petite taille, qui d&#233;veloppe, int&#232;gre et adapte des briques logicielles pour produire des dispositifs de traitement de l'information adapt&#233;s au besoin de clients. Elle est &#233;clat&#233;e g&#233;ographiquement, et les personnes ressources peuvent se trouver au Qu&#233;bec et en Colombie britannique. C'est dans ce cadre qu'elle pose de mani&#232;re opportuniste la question rapide qui inaugure l'extrait 9. La g&#233;n&#233;ralisation de la messagerie instantan&#233;e s'inscrit chez Mutech dans une organisation o&#249; la question de la distribution sociale de la connaissance est plus centrale et saillante par rapport &#224; ses activit&#233;s de c&#339;ur de m&#233;tier. De plus l'organisation du travail dans la petite start-up Mutech est moins tenue par des proc&#233;dures et les obligations attenantes &#224; des r&#244;les organisationnels que le gros op&#233;rateur Phoneco. Cette tendance est renforc&#233;e car le succ&#232;s de chaque projet dans des d&#233;lais serr&#233;s est vital pour la petite start-up. Ses membres op&#232;rent sous des contraintes temporelles fortes, qui tendent souvent &#224; favoriser le brouillage des r&#244;les habituels, la distribution forte de l'activit&#233; et les coop&#233;rations informelles (Datchary, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/backend.php3#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('DATCHARY Caroline, 2008. &#171; G&#233;rer la dispersion. Un travail collectif. &#187; Sociologie du travail 50(3) : pp. 396-416.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2008&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Notons enfin que la situation que nous d&#233;crivons, les r&#233;seaux d'entraide que dessinent les questions rapides s'inscrivent &#224; une &#233;chelle interm&#233;diaire entre celle du projet de d&#233;veloppement informatique, o&#249; l'on voit plut&#244;t appara&#238;tre des genres communicationnels orient&#233;s vers la coordination temporelle de l'activit&#233; collaborative (Im et al., &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/backend.php3#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('IM, Hyun-Gyung., YATES Johanne &amp; ORLIOWSKI Wanda J., 2005. &#171; Temporal Coordination through Genres and Genres Systems. &#187; Information Technology and People 18(2) : pp. 89-119.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2005&lt;/a&gt;), et celle des grands r&#233;seaux &#233;pist&#233;miques tels que les d&#233;veloppeurs Open Source, qui se joue &#224; une &#233;chelle mondiale, en dehors ou au-del&#224; du cadre organisationnel qui caract&#233;rise la firme. L'&#233;change des questions rapides concerne en revanche des coll&#232;gues comp&#233;tents qu'un membre peut l&#233;gitimement solliciter. Ils appartiennent &#224; la m&#234;me organisation, mais ne travaillent pas n&#233;cessairement sur les m&#234;mes projets. L'&#233;change de questions rapide dessine un maillage du collectif qui op&#232;re &#224; l'&#233;chelle de la firme. Ceci est en partie une cons&#233;quence de l'appropriation de la messagerie instantan&#233;e par toute l'organisation. De proche en proche, les questions rapides constituent l'organisation comme un r&#233;seau de coll&#232;gues accessibles (et dans un certain sens pr&#233;sents dans l'&#233;cologie informationnelle de chacun des membres) et solidaires, pourvu que la transaction correspondante puisse &#234;tre accomplie presque imm&#233;diatement et sans effort.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;div class=&quot;non_flottant_titre&quot;&gt;&lt;a name='6'&gt;&lt;/a&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/#tablematiere&quot;&gt;5. Conclusion&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;R&#233;pondre &#224; une question rapide ratifie la l&#233;gitimit&#233; de la demande initiale et confirme le producteur de la r&#233;ponse dans la posture d'expert que la question lui conf&#233;rait. Il tire peut-&#234;tre une gratification symbolique de cette forme de reconnaissance de son expertise et de sa comp&#233;tence professionnelle, et il lui devient sans doute plus facile de solliciter &#224; son tour le demandeur sur le m&#234;me mode, au titre d'une exigence de r&#233;ciprocit&#233;. Mais, comme dans la plupart des &#233;changes sociaux informels dans l'entreprise, des d&#238;ners rituels d'&#233;quipes aux petits services entre coll&#232;gues, il ne tire en g&#233;n&#233;ral aucun b&#233;n&#233;fice imm&#233;diat et tangible de sa r&#233;ponse. Les questions-r&#233;ponses &quot;rapides&quot; constituent une forme de transaction qui n'op&#232;re ni sur le mode de la transaction &#233;conomique (qui demande une contrepartie explicite), ni sur le mode du don, qui suppose le libre-arbitre apparent du donneur et oblige sous une apparence de gratuit&#233;. La &quot;question rapide&quot; doit &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme appartenant &#224; une autre classe de transaction.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Sur le plan &#233;pist&#233;mique, ce sont des informations et des connaissances simples qui sont sollicit&#233;es et mises &#224; contribution par des questions configur&#233;es comme &quot;questions rapides&quot;. La &quot;question rapide&quot; est ostensiblement fa&#231;onn&#233;e pour minimiser les co&#251;ts et les efforts que le destinataire doit consentir. L'information sollicit&#233;e est anticip&#233;e sous un format simple, explicite et unitaire : un acquiescement (ou un refus), un nom, un num&#233;ro de version, l'endroit o&#249; l'on peut trouver un document (dans le cadre d'une alternative explicite, etc.). La question rapide traite son destinataire par rapport &#224; la singularit&#233; de son parcours professionnel. C'est parce qu'il est potentiellement dot&#233; d'une exp&#233;rience et d'une comp&#233;tence particuli&#232;res qu'il est la personne qui convient pour r&#233;pondre imm&#233;diatement et ratifier le format interactionnel propos&#233;. R&#233;pondre le confirmera d'ailleurs dans cette position. Les s&#233;quences interactionnelles inaugur&#233;es par les questions rapides s'appuient sur des r&#233;seaux interpersonnels d'entraide fortements connect&#233;s, qu'elles contribuent &#224; produire et entretenir sans cesse.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nous proposons d'appeler contribution cette sorte de transaction fond&#233;e sur l'&#233;change de quelque chose d'&#233;l&#233;mentaire et qui peut &#234;tre isol&#233; (ici une information telle qu'un nom, un num&#233;ro de version logicielle, la confirmation de la validit&#233; d'une assertion, etc.). La contribution est orient&#233;e vers l'&#233;change de services, l'entraide, la coop&#233;ration interpersonnelle, et favoris&#233;e par l'usage g&#233;n&#233;ralis&#233; des technologies de la pr&#233;sence telles que la messagerie instantan&#233;e. Ce qui la caract&#233;rise, c'est un effort visible de minimisation des efforts demand&#233;s au destinataire. Avec les deux figures classiques de l'&#233;change que constituent la transaction commerciale ou le don, plus la marchandise ou l'objet donn&#233; ont de valeur, plus l'objet &#233;chang&#233; a de valeur, plus l'&#233;change est lourd de sens, et .plus il est susceptible de tisser du lien entre les partenaires. Avec la contribution, c'est tout l'inverse. Elle est d'autant plus r&#233;ussie et significative, et elle solidarise d'autant plus le demandeur et le contributeur, qu'elle est fa&#231;onn&#233;e pour demander un effort minime de ce dernier.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est parce qu'elle a la forme d'une contribution que la question rapide peut traiter une tension caract&#233;ristique des organisations soumises &#224; de fortes exigences de r&#233;activit&#233; et d'adaptabilit&#233;, et d'autant plus vive que la disponibilit&#233; des membres est rendue visible par l'introduction de m&#233;dias sociaux dans l'entreprise (messagerie instantan&#233;e, Web 2.0). D'un c&#244;t&#233; les coll&#232;gues deviennent des personnes-ressources qu'il est de plus en plus possible de solliciter au fil du d&#233;roulement de l'activit&#233; de travail, ce qui contribue &#224; distribuer encore plus fortement l'activit&#233; et &#224; rendre encore plus n&#233;cessaires ces sollicitations. De l'autre ces sollicitations empi&#232;tent sur l'activit&#233; propre des coll&#232;gues, et sont susceptibles de les d&#233;ranger et m&#234;me les offenser lorsqu'elles sont effectu&#233;es mal &#224; propos. Il y a donc une affinit&#233; particuli&#232;re entre ce mode de transaction et le travail dans les organisations fortement distribu&#233;es et connect&#233;es.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D'autre part, dans de telles organisations, la pression temporelle et manag&#233;riale qui s'exerce sur les membres est forte, ce qui limite la possibilit&#233; d'&#233;changes sociaux orient&#233;s vers des solidarit&#233;s d'&#233;quipe, de m&#233;tier, etc : d'o&#249; la tendance &#224; la disparition du d&#238;ner hebdomadaire o&#249; l'on se raconte des &#171; histoires de guerre &#187; (&#171; &lt;i&gt;war stories&lt;/i&gt; &#187;) entre vendeurs (Orr, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/backend.php3#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('ORR Julian E., 1996. Talking about Machines. An Ethnography of a Modern Job. Ithaca, Cornell University Press.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;1996&lt;/a&gt;), ou des r&#233;unions rituelles r&#233;affirmant c&#233;r&#233;moniellement des liens de m&#233;tier (Alter, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/backend.php3#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('ALTER Norbert, 2009. Donner et prendre. La collaboration en entreprise. Paris, La D&#233;couverte.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2009&lt;/a&gt;). De par leur organisation s&#233;quentielle qui s'apparente &#224; la conversation, les interactions que suscitent les questions rapides rebondissent assez souvent dans les moments de pr&#233;-cl&#244;ture vers autre chose que ce qui a trait au travail et aux t&#226;ches, comme des &#233;changes de plaisanteries ou des propos plus personnels (Denis et Licoppe, &lt;a href=&quot;http://www.ethnographiques.org/backend.php3#void&quot; class=&quot;bibli&quot; onMouseOver=&quot;AffBulle('DENIS J&#233;r&#244;me, LICOPPE Christian, 2005. &#171; L'&#233;quipement de la copr&#233;sence dans les collectifs de travail : la messagerie instantan&#233;e en entreprise. &#187; In : BIDET, Alexandra et PILLON, Thierry (dir.), Sociologie du travail et activit&#233;. Toulouse, Octares.')&quot; onMouseOut=&quot;HideBulle()&quot;&gt;2005&lt;/a&gt;). Ils constituent donc un v&#233;hicule pour r&#233;affirmer des liens interpersonnels et des formes vari&#233;es de solidarit&#233; professionnelle, mais dans le cadre de communications &#224; distance et en r&#233;seau plut&#244;t que de rituels collectifs en co-pr&#233;sence. Le d&#233;veloppement de formes de coop&#233;ration bas&#233;es sur des &quot;questions rapides&quot; articule de mani&#232;re originale travail prescrit et travail r&#233;el, accomplissement des objectifs et r&#233;seaux d'entraide. Il est au c&#339;ur de l'&#233;conomie morale des organisations contemporaines irrigu&#233;es par les m&#233;dias sociaux.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nh1' id='nb1' class='spip_note' title='Notes 1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;Cette enqu&#234;te a b&#233;n&#233;fici&#233; du soutien du projet ANR COMUT &quot;Communication et multi-activit&#233; au travail&quot; (ANR-08-COMM-039), coordonn&#233; par A. Bidet.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nh2' id='nb2' class='spip_note' title='Notes 2' rev='footnote'&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;Les personnes nous ayant donn&#233; acc&#232;s au terrain ayant &#233;t&#233; mut&#233;es &#224; d'autres fonctions entre le d&#233;but et la fin de l'&#233;tude, il n'a pas &#233;t&#233; fait de retour &quot;officiel&quot; en interne sur celle-ci, en dehors des auto-confrontations que nous avons r&#233;alis&#233;es et de diverses discussions informelles.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='http://www.ethnographiques.org/#nh3' id='nb3' class='spip_note' title='Notes 3' rev='footnote'&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;Pour des raisons pratiques d'acc&#232;s aux personnes il n'a pas &#233;t&#233; possible de r&#233;aliser plus de deux auto-confrontations de ce type.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;ALTER Norbert, 2009. &lt;i&gt;Donner et prendre. La collaboration en entreprise&lt;/i&gt;. Paris, La D&#233;couverte.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;BARON Naomi S., 2008. &lt;i&gt;Always on. Language in an Online and Mobile World.&lt;/i&gt; Oxford, Oxford University Press.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;CHO Hee-Kyung, TRIER, Matthias, &amp; KIM, Eunhee, 2005. &#171; The uses of Instant Messaging in Working Relationships : a Case Study. &#187; &lt;i&gt;Journal of Computer-Mediated-Communication&lt;/i&gt; 10(4) : article 17.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;CLARK, Herbert H., 1996. &lt;i&gt;Using Language.&lt;/i&gt; Cambridge, Cambridge University Press.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;CLAYMAN Steven E., HERITAGE John, 2002. &#171; Questioning Presidents : Journalistic Deference and Adversarialness in the Press Conferences of US Presidents Eisenhower and Reagan. &#187; &lt;i&gt;Journal of Communication&lt;/i&gt; 52(4) : pp. 749-775.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;CONEIN Bernard &amp; LATAPY Matthieu, 2008. &#171; Les usages &#233;pist&#233;miques des TIC : le cas de l'Open Source. &#187; &lt;i&gt;Sociologie du travail&lt;/i&gt; 50(3) : pp.331-352.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;COOREN Fran&#231;ois, 2006. &#171; The world as a plenum of agencies. &#187; In COOREN Fran&#231;ois, TAYLOR James R. &amp; VAN EVERY Elizabeth J.. &lt;i&gt;Communication as Organizing. Empirical and Theoretical Explorations : the Dynamic of Text and Conversation.&lt;/i&gt; Mahwah (N.J.), Lawrence Erlbaum Publishers : pp. 81-100.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;CRAMTON Catherine Durnell, 2001. &#171; The Mutual Knowledge Problem and Its Consequence for Dispersed Collaboration. &#187; &lt;i&gt;Organization Science&lt;/i&gt; 12(3) : pp. 346-371.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;CZARNIAWSKA Barbara, 2009. &lt;i&gt;A Theory of Organizing.&lt;/i&gt; Edward Elgar Publishing.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;DANET Brenda, BOGOCH Bryna, 1980. &#171; Fixed fight or Free-for-all ? An Empirical Study of Combativeness in the Adversary System of Justice. &#187; &lt;i&gt;British Journal of Law and Society&lt;/i&gt; 7(1) : pp. 36-60.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;DATCHARY Caroline, 2008. &#171; G&#233;rer la dispersion. Un travail collectif. &#187; &lt;i&gt;Sociologie du travail&lt;/i&gt; 50(3) : pp. 396-416.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;DENIS J&#233;r&#244;me, LICOPPE Christian, 2005. &#171; L'&#233;quipement de la copr&#233;sence dans les collectifs de travail : la messagerie instantan&#233;e en entreprise. &#187; In : BIDET, Alexandra et PILLON, Thierry (dir.), &lt;i&gt;Sociologie du travail et activit&#233;&lt;/i&gt;. Toulouse, Octares.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;DREYFUS Hubert L., DREYFUS Stuart E., 1987. &#171; From Socrates to Expert Systems : The Limits of Calculative Rationality. &#187; in RABINOW Paul, &amp; SULLIVAN, William M. Berkeley, &lt;i&gt;Interpretive Social Science : A Second Look&lt;/i&gt;. California University Press : pp. 327-350.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;GARRETT R. Kelly, DANZIGER James N., 2007. &#171; IM = interruption management ? Instant Messaging and Disruption in the Workplace &#187;, &lt;i&gt;Journal of Computer Mediated Communication&lt;/i&gt; 13(1), article 2. &lt;a href='http://jcmc.indiana.edu/vol13/issue1/garrett.html' class='spip_out'&gt;http://jcmc.indiana.edu/vol13/issue1/garrett.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;GOFFMAN Erwin, 1963. &lt;i&gt;Behavior in Public Places&lt;/i&gt;. New York, the Free Press.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;GOFFMAN Erwin, 1981. &lt;i&gt;Forms of Talk&lt;/i&gt;. Philadelphia, University of Pennsylvania Press.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;GOLDMAN Alvin I., 1999. &lt;i&gt;Knowledge in a Social World&lt;/i&gt;. Oxford, Clarendon Press.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;HERITAGE John, 1984. &#171; A change-of-state token and aspects of its sequential placement. &#187; In ATKINSON John Maxwell &amp; HERITAGE, John (Eds.). &lt;i&gt;Structures of Social Action&lt;/i&gt;. Cambridge : Cambridge University Press, pp. 299-345.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;HERITAGE John, 2004. &#171; Conversation Analysis and Institutional Talk. &#187; in FITCH Kristine L. &amp; SANDERS, Robert E., &lt;i&gt;Handbook of Language and Social Interaction&lt;/i&gt;. Mahwah (NJ), Erlbaum. pp. 103-146.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;HUDSON James M., CHRISTENSEN Jim, KELLOGG Wendy A., ERICKSON Thomas, 2002. &#171; &quot;I'd be overwhelmed, but it's just one more thing to do : Availability and interruption in research management. &#187; &lt;i&gt;Proceedings of ACM CHI 2002 Conference on Human Factors in Computing Systems&lt;/i&gt;, pp. 97-104.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;IM, Hyun-Gyung., YATES Johanne &amp; ORLIOWSKI Wanda J., 2005. &#171; Temporal Coordination through Genres and Genres Systems. &#187; &lt;i&gt;Information Technology and People&lt;/i&gt; 18(2) : pp. 89-119.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;KOSHIK Irene, 2005. &lt;i&gt;Beyond rhetorical questions : assertive questions in everyday interaction.&lt;/i&gt; Amsterdam : John Benjamins.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;LEVINSON Stephen C., 1983. &lt;i&gt;Pragmatics&lt;/i&gt;. Cambridge, Cambridge University Press.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;LUFF Paul, HINDMARSH John &amp; HEATH Christian, 2000. &lt;i&gt;Workplace Studies. Recovering Work Practice anf Informing System Design&lt;/i&gt;. Cambridge, Cambridge University Press.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;MEHAN Hugh, 1979. &#171; &quot;What Time Is It Denise ?&quot; : Asking Known Information Questions in Classroom Discourse. &#187; &lt;i&gt;Language in Society&lt;/i&gt; 28(4) : pp. 285-294.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;NARDI Bonnie A., WHITTAKER Steve, &amp; BRADNER Erin, 2000. &lt;i&gt;Interaction and Outeraction : Instant Messaging in Action&lt;/i&gt;. Proc. CSCW'00, Philadelphia, PA, pp. 79-88.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;O'CONNAILL Brid &amp; FROHLICH David, 1995. &#171; Timespace in the Workspace. Dealing with Interruptions. &#187; &lt;i&gt;Proceedings of Human factors in Computing&lt;/i&gt; (CHI'95), Pittsburgh, PA., ACM Press, pp. 262-263.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;OCHS Elinor, SCHIEFFELIN Bambi, &amp; PLATT Martha, 1978. &#171; Questions of Immediate Concern. &#187; In GOODY Esther (Ed.). &lt;i&gt;Questions and Politeness. Strategies in Social Interaction&lt;/i&gt;. Cambridge : Cambridge University Press, pp. 44-55.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;ORLIKOWSKI Wanda J. &amp; YATES Johanne., 1994. &#171; Genre repertoire : The Structuring of Communicative Practices in Organizations. &#187; &lt;i&gt;Administrative Science Quarterly&lt;/i&gt; 39(4) : pp. 541-574.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;ORR Julian E., 1996. &lt;i&gt;Talking about Machines. An Ethnography of a Modern Job&lt;/i&gt;. Ithaca, Cornell University Press.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;PANKO Raymond R. , 1984. &#171; Managerial communication patterns &#187;, &lt;i&gt;Journal of Organizational Computing&lt;/i&gt; 2(1), pp. 95-122.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;POMERANTZ Anita M., 1984. &#171; Agreeing and disagreeing with assessments : some features of preferred/dispreferred turn shapes. &#187; in ATKINSON John Maxwell &amp; HERITAGE John. &lt;i&gt;Structures of Social Action&lt;/i&gt;. Cambridge, Cambridge University Press : pp. 57-101.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;POMERANTZ Anita M., 1988. &#171; Offering a candidate answer : an information seeking strategy. &#187; &lt;i&gt;Communication Monographs&lt;/i&gt; 55(4) : pp. 360-373.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;POMERANTZ Anita M., 2005. &#171; Using participants' video stimulated comments to complement analyses of interactional practices. &#187; In TE MOLDER Hedwig F.M. &amp; POTTER Jonathan (Eds.) &lt;i&gt;Talk and cognition : Discourse, mind and social interaction&lt;/i&gt;. Cambridge : Cambridge University Press, pp. 93-113.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;QUAN-HAASE Anabel, COTHREL Joseph, &amp; WELLMAN Barry, 2005. &#171; Instant Messaging for Collaboration : A case study of a high tech firm. &#187; &lt;i&gt;Journal of Computer-Mediated-Communication&lt;/i&gt; 10(4).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;QU&#201;R&#201; Louis, 2006. &#171; L'environnement comme partenaire. &#187; in BARBIER Jean-Marie, DURAND, Marc. &lt;i&gt;Sujets, activit&#233;s, environnements&lt;/i&gt;. Paris, Presses Universitaires de France : pp. 7-29.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;RAYMOND Geoffrey, 2003. &#171; Grammar and Social Organization : Yes/No Interrogatives and the Structure of Responding. &#187; &lt;i&gt;American Sociological Review&lt;/i&gt; 68 : pp. 939-967.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;RICE Ronald E. &amp; SHOOK Douglas E., 1990. &#171; Voice messaging, co-ordination and communication. &#187; In GALEGHER Jolene, KRAUT Robert E. &amp; EGIDO Carmen (Eds.). &lt;i&gt;Intellectual Teamwork : Social &amp; technological foundations of cooperative work&lt;/i&gt;. Mahwah, N.J. : Lawrence Erlbaum Press, pp. 327-350.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;SCHEGLOFF Emanuel A., 2007. &lt;i&gt;Sequence Organization in Interaction. A Primer in Conversation Analysis.&lt;/i&gt; Cambridge, Cambridge University Press.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;TAYLOR James R., &amp; VAN EVERY Elizabeth J., 2000. &lt;i&gt;The emergent organization. Communication as its site and its surface.&lt;/i&gt; Mahwah : Lawrence Erlbaum Publishing.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;TERASAKI Alene, 2004 (1976). &#171; Pre-announcement sequences in conversation. &#187; In LERNER Gene (Ed.). &lt;i&gt;Conversation analysis : Studies from the first generation&lt;/i&gt;. Amsterdam : John Benjamins, pp. 171-223.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;TERSSAC, Gilbert (de), LALANDE Karine, 2002. &lt;i&gt;Du train &#224; vapeur au TGV : sociologie du travail d'organisation&lt;/i&gt;. Paris, Presses Universitaires de France.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;THEUREAU Jacques, 2004. &lt;i&gt;Le cours d'action : analyse s&#233;miologique. Un essai d'une anthropologie cognitive situ&#233;e.&lt;/i&gt; Toulouse, Octar&#232;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;TRACY Karen, ROBLES Jessica, 2009. &#171; Questions, questioning and institutional practices : an introduction. &#187; &lt;i&gt;Discourse Studies&lt;/i&gt; 11(2).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;WEICK Karl E., SUTCLIFFE Kathleen M. &amp; OBSTFELDT David, 2005. &#171; Organizing and the Process of Sensemaking. &#187; &lt;i&gt;Organization Science&lt;/i&gt; 16(4) : pp. 409-421.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		
		<enclosure url="http://www.ethnographiques.org/IMG/pdf/ArLicoppe.pdf" length="601080" type="application/pdf" />
		

	</item>



</channel>

</rss>

