<?xml 
version="1.0" encoding="utf-8"?><?xml-stylesheet title="XSL formatting" type="text/xsl" href="https://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend.xslt" ?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>ethnographiques.org </title>
	<link>https://www.ethnographiques.org/</link>
	<description>Revue en ligne de sciences humaines et sociales</description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="https://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />

	<image>
		<title>ethnographiques.org </title>
		<url>https://www.ethnographiques.org/local/cache-vignettes/L144xH144/siteon0-2c919.png?1763122102</url>
		<link>https://www.ethnographiques.org/</link>
		<height>144</height>
		<width>144</width>
	</image>



<item xml:lang="fr">
		<title>AL&#204; Maurizio, 2023. Cultures, savoirs et identit&#233;s : questions vives en anthropologie de l'&#233;ducation</title>
		<link>https://www.ethnographiques.org/2026/Mantione</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.ethnographiques.org/2026/Mantione</guid>
		<dc:date>2026-04-24T14:41:23Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Mantione_Giorgia P. </dc:creator>


		<dc:subject>CompteRenduOuvrage</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;R&#233;sister &#224; l'&#233;cole des dominants : anthropologie d'une violence silencieuse &lt;br class='autobr' /&gt;
Les relations complexes qu'entretiennent les syst&#232;mes &#233;ducatifs et les m&#233;canismes de reproduction du pouvoir politique constituent un champ de recherche qui a passionn&#233; et continue de passionner depuis plus d'un si&#232;cle nombre d'observateurs, notamment dans les domaines de la sociologie, du droit et de l'histoire de l'&#233;ducation. Dans son ouvrage, Cultures, savoirs et identit&#233;s : questions vives en anthropologie de[...]&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.ethnographiques.org/Comptes-rendus/" rel="directory"&gt;Comptes-rendus d'ouvrages&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.ethnographiques.org/compterenduouvrage" rel="tag"&gt;CompteRenduOuvrage&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_15854 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.ethnographiques.org/local/cache-vignettes/L165xH250/cultures-savoirs-et-identites_vignette-5e549.jpg?1777042524' width='165' height='250' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;a id=&#034;resister-ecole-des-dominants-anthropologie-0&#034; name=&#034;resister-ecole-des-dominants-anthropologie-0&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;a id=&#034;a1&#034; name=&#034;a1&#034;&gt;&lt;/a&gt;R&#233;sister &#224; l'&#233;cole des dominants : anthropologie d'une violence silencieuse&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Les relations complexes qu'entretiennent les syst&#232;mes &#233;ducatifs et les m&#233;canismes de reproduction du pouvoir politique constituent un champ de recherche qui a passionn&#233; et continue de passionner depuis plus d'un si&#232;cle nombre d'observateurs, notamment dans les domaines de la sociologie, du droit et de l'histoire de l'&#233;ducation. Dans son ouvrage, &lt;i&gt;Cultures, savoirs et identit&#233;s : questions vives en anthropologie de l'&#233;ducation,&lt;/i&gt;&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;Maurizio Al&#236; nous propose une approche diff&#233;rente, issue de l'anthropologie de l'&#233;ducation et capable d'int&#233;grer les apports des autres disciplines. L'ouvrage prend la forme d'un &#171; parcours conceptuel &#187; tout au long duquel l'auteur d&#233;cortique certaines notions, dont celles de &lt;i&gt;culture, &lt;/i&gt;de&lt;i&gt; savoir&lt;/i&gt; et d'&lt;i&gt;identit&#233;, &lt;/i&gt;mentionn&#233;es dans le titre, pour mettre en lumi&#232;re le r&#244;le jou&#233; par l'&#233;ducation &#8211; en milieu domestique et scolaire &#8211; dans la perp&#233;tuation des in&#233;galit&#233;s sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le parcours personnel et professionnel de Maurizio Al&#236;, marqu&#233; par son exp&#233;rience de journaliste dans des contextes postcoloniaux encore extr&#234;mement violents, comme celui de la Colombie, ainsi que par ses recherches ethnographiques dans des espaces peu touch&#233;s par l'agressivit&#233; du capitalisme moderne, conf&#232;re &#224; cet essai une profondeur et une authenticit&#233; remarquables. Son exp&#233;rience en tant qu'enseignant, d'abord dans des &#233;coles primaires et secondaires, puis &#224; l'universit&#233; en qualit&#233; d'enseignant-chercheur et sp&#233;cialiste des politiques scolaires, enrichit sa r&#233;flexion et offre une perspective unique sur les enjeux &#233;ducatifs contemporains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'auteur reconstruit d'abord certaines &#233;tapes historiques fondamentales du discours &#233;ducatif, souvent ignor&#233;es par le r&#233;cit euro-centrique dominant. En s'appuyant sur les travaux pionniers de Margaret Mead et ceux de Bronislaw Malinowski, l'auteur interroge les orientations prises par les recherches contemporaines en anthropologie de l'enfance, de l'&#233;ducation et des savoirs. Si ces r&#233;f&#233;rences classiques semblent dat&#233;es, elles conservent une pertinence &#233;pist&#233;mologique majeure : leur d&#233;marche r&#233;v&#232;le, d&#232;s l'origine, l'inad&#233;quation des cat&#233;gories occidentales pour appr&#233;hender des r&#233;alit&#233;s sociales distinctes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;tudes de Mead sur les enfants samoans en sont une illustration &#233;loquente. L&#224; o&#249; un regard eurocentr&#233; percevait de l'exploitation, elle d&#233;crivait une int&#233;gration harmonieuse des jeunes au tissu communautaire, remettant en cause nos pr&#233;suppos&#233;s sur l'enfance. De m&#234;me, les observations de Malinowski sur la sexualit&#233; juv&#233;nile aux &#238;les Trobriand invalident les th&#233;ories freudiennes, d&#233;montrant leur ancrage dans un mod&#232;le familial nucl&#233;aire occidental, non universalisable. Ces exemples historiques soulignent un enjeu toujours actuel. L'auteur, s'appuyant sur les r&#233;flexions des grands chercheurs et chercheuses qui l'ont pr&#233;c&#233;d&#233;, encourage une r&#233;flexion sur certains principes qui doivent &#234;tre repens&#233;s et ne plus &#234;tre consid&#233;r&#233;s comme acquis. En d'autres termes, l'anthropologie doit se d&#233;partir de ses ethnocentrismes&lt;i&gt; &lt;/i&gt;pour analyser les diversit&#233;s &#233;ducatives et cognitives. Les fondateurs, loin d'&#234;tre d&#233;pass&#233;s, ont pos&#233; des jalons critiques que les recherches ult&#233;rieures n'ont fait que prolonger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; la fragmentation des approches disciplinaires d&#233;di&#233;es &#224; l'enfance depuis la seconde moiti&#233; du XXe si&#232;cle &#8211; qu'elles rel&#232;vent de la p&#233;dagogie, des sciences de l'&#233;ducation ou de l'anthropologie &#8211; Al&#236; d&#233;montre, avec rigueur, comment les contenus scolaires, &#233;rig&#233;s en patrimoine culturel national, et les logiques &#233;ducatives familiales, perp&#233;tu&#233;es comme traditions, participent &#224; la construction de repr&#233;sentations collectives. Ces derni&#232;res, lorsqu'elles sont instrumentalis&#233;es par des r&#233;gimes autoritaires ou des structures de domination, peuvent contribuer &#224; l'&#233;mergence de conflits identitaires. En analysant des cas historiques marquants &#8211; le g&#233;nocide des Tutsis au Rwanda, o&#249; l'administration coloniale a racialis&#233; et hi&#233;rarchis&#233; des diff&#233;rences pr&#233;existantes ; les guerres en ex-Yougoslavie, port&#233;es par une mythologie nationaliste serbe ; ou encore la r&#233;pression sovi&#233;tique des id&#233;ologies &#8220;dissidentes&#8221; au nom d'un unanimisme culturel, l'ouvrage r&#233;v&#232;le un m&#233;canisme subtil mais incontestable : l'&#233;ducation, qu'elle soit institutionnelle ou informelle, ne se contente pas de transmettre des savoirs. Elle fa&#231;onne aussi des m&#233;moires, des loyaut&#233;s et, dans des contextes de crise, peut servir &#224; l&#233;gitimer des fractures sociales. Cette perspective n'implique pas une condamnation morale des acteurs &#233;ducatifs, mais souligne leur r&#244;le involontaire dans des dynamiques plus larges. Le propos de l'auteur invite ainsi &#224; consid&#233;rer l'&#233;cole et la famille comme des espaces o&#249; s'&#233;laborent, consciemment ou non, les r&#233;cits qui structurent le vivre-ensemble &#8211; ou son effondrement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme le souligne Al&#236;, les violences coloniales persistent sous de nouvelles formes dans les soci&#233;t&#233;s occidentales &#8211; entendues ici comme l'ensemble des structures d&#233;tenant le pouvoir d&#233;cisionnel, &#233;conomique et symbolique &#224; l'&#233;chelle globale. Ces violences s'incarnent dans des m&#233;canismes syst&#233;miques qui reproduisent exclusion et marginalisation, o&#249; la patrimonialisation culturelle joue un r&#244;le ambivalent. Certes, la transformation de la culture en marchandise n'est pas un ph&#233;nom&#232;ne nouveau et le n&#233;olib&#233;ralisme tend &#224; tout r&#233;duire &#224; une logique de march&#233;. Cependant, l'auteur va plus loin : il montre comment la patrimonialisation, lorsqu'elle est coupl&#233;e &#224; une rh&#233;torique de d&#233;fense des valeurs traditionnelles, transmises interg&#233;n&#233;rationnellement, devient un instrument de pouvoir. Elle ne se contente pas de commercialiser des symboles identitaires ; elle les essentialise, les fige en cat&#233;gories hi&#233;rarchisables, permettant aux &#233;lites de l&#233;gitimer un ordre social in&#233;galitaire. L'originalit&#233; de cette analyse r&#233;side dans son articulation entre capitalisme tardif et survivances coloniales. La r&#233;duction de la culture &#224; un &#171; f&#233;tiche marchand &#187; (pour reprendre les termes de l'auteur) n'est pas qu'un effet du n&#233;olib&#233;ralisme : elle s'enracine dans une histoire de domination o&#249; certaines narrations sont sanctifi&#233;es, tandis que d'autres sont marginalis&#233;es. Les exemples abondent, des politiques mus&#233;ales qui folklorisent les cultures minoris&#233;es &#224; l'instrumentalisation des traditions dans les discours nationalistes. La question centrale &#8211; &lt;i&gt;Comment r&#233;sister ?&lt;/i&gt; &#8211; prend alors une acuit&#233; particuli&#232;re. Plut&#244;t que de rejeter toute patrimonialisation, l'auteur sugg&#232;re implicitement une relecture critique des processus m&#233;moriels : qui patrimonialise, et au profit de quels r&#233;cits ? En d&#233;voilant les liens entre capitalisme, colonialit&#233; et fabrique du patrimoine, l'ouvrage ouvre des pistes pour des contre-strat&#233;gies culturelles fond&#233;es sur la r&#233;appropriation et la pluralit&#233; des m&#233;moires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette analyse critique du processus de transmission des savoirs, l'auteur part de notre nature d'Homo Sapiens pour montrer le r&#244;le jou&#233; par l'id&#233;ologie &#233;ducative (les objectifs de l'&#233;ducateur) et par le contexte dans la construction des in&#233;galit&#233;s sociales. Il s'agit donc de penser les individus (&#233;ducateurs et apprenants) comme le r&#233;sultat d'un &#233;cosyst&#232;me complexe et multi-situ&#233; o&#249; interagissent des nombreux syst&#232;mes (chacun porteur d'une id&#233;ologie et capable de transmettre des contenus &#233;ducatifs) &#224; des niveaux diff&#233;rents : domestiques, scolaires, communautaires, r&#233;gionaux, nationaux ou globaux. Comme le souligne Tim Ingold (&lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;INGOLD, Tim, 2016. &lt;i&gt;Ecologia della Cultura&lt;/i&gt;. Milan, Meltemi.&#034;&gt;2016&lt;/a&gt;), il est d&#233;sormais probl&#233;matique d'opposer nature et culture et on devrait plut&#244;t concevoir la personne comme le produit des relations entre le milieu, le corps et l'esprit : un positionnement th&#233;orique qui ouvre de nouveaux horizons pour repenser les paradigmes interpr&#233;tatifs occidentaux, souvent ancr&#233;s dans une perspective biologiste incapable de saisir la complexit&#233; du r&#233;el.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paradoxalement, dans notre village global (p. 11-13), cette complexit&#233; facilite la polarisation sociale qui contrapose les masses aux &#233;lites, lesquelles profitent de leur pouvoir en tant que g&#233;n&#233;rateurs d'opinions ou de d&#233;cideurs, pour instrumentaliser les pratiques &#233;ducatives : le r&#233;sultat est l'&#233;mergence de soci&#233;t&#233;s qui justifient la violence verbale, symbolique et physique d&#232;s le plus jeune &#226;ge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les exemples ne manquent pas : migrants abandonn&#233;s en mer, ethnocide du peuple palestinien, enfants isra&#233;liens chantant &#171; Mort aux Arabes &#187;, ou encore les traitements inhumains r&#233;serv&#233;s aux migrants aux fronti&#232;res des &#201;tats-Unis. On pourrait donc se demander : qu'est-ce qui effraie l'homme blanc ? C'est pr&#233;cis&#233;ment &#224; propos de cette question que l'on pourrait soulever des critiques &#224; l'&#233;gard de cet ouvrage. En effet, si Maurizio Al&#236; d&#233;crit avec brio l'instrumentalisation par les discours politiques et les politiques qui en d&#233;coulent comme les notions et les concepts tels que ceux d'identit&#233;, d'autochtonie, d'ethnicit&#233; ou de multiculturalisme, il semble manquer dans son analyse une r&#233;flexion plus approfondie des racismes structurels qui impr&#232;gnent la soci&#233;t&#233; occidentale. La critique de l'usage biologiste du terme race est pertinente, mais elle n'exclut pas son utilisation comme dispositif bio et n&#233;cropolitique, au sens foucaldien. Frantz Fanon (&lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;FANON Frantz, 1971. &lt;i&gt;Opere Scelte&lt;/i&gt;, vol.1. Turin, Einaudi.&#034;&gt;1971&lt;/a&gt;) l'a clairement exprim&#233; : le racisme ne doit pas &#234;tre consid&#233;r&#233; comme une simple attitude mentale, mais comme un syst&#232;me d'exploitation conscient et organis&#233;. En Occident, nous avons peur de nous qualifier de racistes, mais l'on ne peut pas oublier que chaque aspect de notre soci&#233;t&#233; est impr&#233;gn&#233; d'un certain supr&#233;matisme blanc, notamment dans le domaine &#233;ducatif. Les syst&#232;mes &#233;ducatifs, loin d'&#234;tre neutres, reproduisent non seulement les in&#233;galit&#233;s de classe, mais aussi les hi&#233;rarchies raciales. Les manuels scolaires, les programmes &#233;ducatifs et m&#234;me les interactions quotidiennes en classe refl&#232;tent et renforcent une vision du monde centr&#233;e sur la supr&#233;matie blanche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans ce contexte que le racisme structurel s'enracine d&#232;s le plus jeune &#226;ge, fa&#231;onnant les perceptions et les opportunit&#233;s des enfants, agissant comme un dispositif hi&#233;rarchisant sur les g&#233;n&#233;rations futures, distribuant privil&#232;ges ou oppressions. L'intersectionnalit&#233;, concept cl&#233; pour comprendre l'interd&#233;pendance entre les multiples facettes du capitalisme racial de Cedric Robinson (&lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;ROBINSON Cedric, 1983. &lt;i&gt;Black Marxism. The Making of the Black Radical Tradition&lt;/i&gt;. Chapel Hill, The University of North Carolina Press.&#034;&gt;1983&lt;/a&gt;), nous r&#233;v&#232;le comment les questions de classe, de race et de genre s'entrem&#234;lent, y compris ici, dans le domaine de l'&#233;ducation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les enfants racis&#233;s, en particulier les filles, subissent des formes d'oppression sp&#233;cifiques qui ne peuvent &#234;tre comprises qu'en analysant ensemble ces trois dimensions. Dans ce contexte, comment l'&#233;ducation peut-elle devenir un outil de d&#233;construction du racisme plut&#244;t qu'un instrument de sa reproduction ? L'absence d'une approche intersectionnelle, qui int&#233;grerait ces trois piliers du capitalisme, semble &#234;tre le talon d'Achille de cet ouvrage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il sera n&#233;cessaire d'explorer de nouveaux horizons, d'autres sources, et surtout, de donner la parole aux personnes racis&#233;es et qui subissent une &lt;i&gt;genderisation&lt;/i&gt;, pour comprendre ce qui a manqu&#233; dans leur parcours &#233;ducatif. En suivant les enseignements et les r&#233;flexions de Paolo Freire, nous pourrions commencer &#224; consid&#233;rer les enfants comme un sujet opprim&#233;. Mais quelles diff&#233;rences d'oppression subissent les enfants non blancs ? Et les filles ? Quels m&#233;canismes invisibles fa&#231;onnent leur exp&#233;rience d&#232;s la petite enfance ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces critiques ne visent pas &#224; d&#233;tourner les lecteurs de cet ouvrage. Au contraire, j'esp&#232;re que Maurizio Ali consacrera ses prochains travaux &#224; approfondir ces questions. La force de ce livre r&#233;side dans la curiosit&#233; intellectuelle de son auteur, qui, &#224; travers une discipline &#224; la fois coloniale et contre-h&#233;g&#233;monique (Clifford &amp; Marcus &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;CLIFFORD J. Marcus G. E., 1986. &lt;i&gt;Writing Culture. The poetics and politics of Ethnography&lt;/i&gt;. Berkeley, University of California Press.&#034;&gt;1986&lt;/a&gt;) comme l'anthropologie, nous apporte des r&#233;ponses nuanc&#233;es et pertinentes. Peut-&#234;tre est-ce l&#224; la qu&#234;te de cet essai : trouver, dans l'anthropologie, en tant que discours sur l'homme, un outil pour les &#233;ducateurs (&#224; tous les niveaux : enseignants, parents, d&#233;cideurs), afin qu'ils comprennent et analysent la r&#233;alit&#233; sociale de leurs &#233;l&#232;ves. Une collaboration plus dialogique entre les familles et les institutions &#233;ducatives tout comme la valorisation des initiatives surgies d'en bas pourraient permettre de d&#233;construire les conflits h&#233;g&#233;moniques qui traversent notre monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce cadre, les pistes propos&#233;es par l'auteur se r&#233;v&#233;leront fort suggestives pour ceux qui souhaitent r&#233;fl&#233;chir au r&#244;le pr&#233;pond&#233;rant jou&#233; par l'&#233;ducation dans la construction et le maintien des structures de pouvoir, sans pour autant perdre l'espoir en un avenir plus juste.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;CLIFFORD James &amp; MARCUS George E. (eds), 1986. &lt;i&gt;Writing Culture. The poetics and politics of Ethnography&lt;/i&gt;. Berkeley, University of California Press.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;FANON Frantz, 1971. &lt;i&gt;Opere Scelte&lt;/i&gt;, vol.1. Turin, Einaudi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;INGOLD Tim, 2016. &lt;i&gt;Ecologia della Cultura&lt;/i&gt;. Milan, Meltemi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ROBINSON Cedric, 1983. &lt;i&gt;Black Marxism. The Making of the Black Radical Tradition&lt;/i&gt;. Chapel Hill, The University of North Carolina Press.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>MARIANI L&#233;o, 2024. Devenir h&#233;t&#233;ronomes. Sur la pluralit&#233; des mondes</title>
		<link>https://www.ethnographiques.org/2026/Poueyto</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.ethnographiques.org/2026/Poueyto</guid>
		<dc:date>2026-03-18T16:54:21Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Poueyto_Jean-Luc</dc:creator>


		<dc:subject>CompteRenduOuvrage</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Il arrive parfois que l'on fouille au fond d'une librairie &#224; la recherche d'un livre qui nous semblait jusque-l&#224; indispensable et que la main, mue par sa propre curiosit&#233;, en saisisse un autre. Peut-&#234;tre parce que troubl&#233; par le titre ou par la quatri&#232;me de couverture, on quitte alors le magasin avec ce nouvel ouvrage sans &#234;tre pour autant trop certain de la raison de cette acquisition. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est ainsi que j'ai d&#233;couvert Devenir h&#233;t&#233;ronomes. Sur la pluralit&#233; des mondes, intrigu&#233; par un[...]&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.ethnographiques.org/Comptes-rendus/" rel="directory"&gt;Comptes-rendus d'ouvrages&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.ethnographiques.org/compterenduouvrage" rel="tag"&gt;CompteRenduOuvrage&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_15853 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.ethnographiques.org/local/cache-vignettes/L200xH300/couv-2-b3b70.jpg?1773852902' width='200' height='300' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il arrive parfois que l'on fouille au fond d'une librairie &#224; la recherche d'un livre qui nous semblait jusque-l&#224; indispensable et que la main, mue par sa propre curiosit&#233;, en saisisse un autre. Peut-&#234;tre parce que troubl&#233; par le titre ou par la quatri&#232;me de couverture, on quitte alors le magasin avec ce nouvel ouvrage sans &#234;tre pour autant trop certain de la raison de cette acquisition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi que j'ai d&#233;couvert &lt;i&gt;Devenir h&#233;t&#233;ronomes. Sur la pluralit&#233; des mondes,&lt;/i&gt; intrigu&#233; par un intitul&#233; dont je ne comprenais pas tr&#232;s bien le sens et ignorant alors combien l'incidence de cet achat pouvait &#234;tre, en elle-m&#234;me, une r&#233;ponse &#224; ce trouble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'auteur, L&#233;o Mariani est anthropologue, ou plus exactement &#233;co-anthropologue, l'&#233;cologie &#233;tant entendue ici dans sa d&#233;finition premi&#232;re, c'est-&#224;-dire comme science des relations.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;a id=&#034;resister-ecole-des-dominants-anthropologie-0&#034; name=&#034;resister-ecole-des-dominants-anthropologie-0&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;a id=&#034;a1&#034; name=&#034;a1&#034;&gt;&lt;/a&gt;Autonomie/h&#233;t&#233;ronomie&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;D&#232;s le pr&#233;ambule et s'appuyant sur une remarque que Claude L&#233;vi-Strauss fait &#224; propos de la tradition philosophique, l'auteur d&#233;nonce le risque de repli sur elle-m&#234;me encouru par la science ethnographique lorsque, par le jeu des nominations universitaires, elle renforce son autonomie alors m&#234;me qu'elle devrait rester perm&#233;able &#224; d'autres champs disciplinaires comme l'histoire, les sciences politiques, la litt&#233;rature, ainsi que bon nombre de sciences exactes. On comprend d&#232;s lors que cet ouvrage sera probablement travers&#233; par bien des r&#233;sonances. Un peu plus loin, L&#233;o Mariani reprend une critique que Gregory Bateson fait des &#171; raisonnements finalistes &#187;, nomm&#233;s &#233;galement par ce dernier comme &#171; buts conscients &#187; et qui, dans leur d&#233;sir d'obtenir un r&#233;sultat d&#233;fini d'avance, vont ignorer &#171; le fonctionnement syst&#233;mique de l'esprit humain et de son &#233;cologie &#187; (p. 18). Bien que le philosophe am&#233;ricain n'utilise pas le terme &#171; autonomie &#187;, le lecteur peut comprendre que nous aurons &#224; comparer dans cet essai de L&#233;o Mariani deux proc&#233;d&#233;s cognitifs. Le premier, h&#233;rit&#233; des Lumi&#232;res, vise &#224; une approche rationnelle &#8211; &#224; d&#233;faut d'&#234;tre raisonnable &#8211; des liens que l'homme moderne peut entretenir avec son environnement social ou naturel. Autonome, une telle d&#233;marche se soucie avant tout des moyens &#224; mettre en &#339;uvre pour atteindre son but. Plus r&#233;cemment, dans son ouvrage &lt;i&gt;Contact&lt;/i&gt;, un autre philosophe, Matthew B. Crawford (&lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;CRAWFORD Mathew B., 2015. &lt;i&gt;Contact, Pourquoi nous avons perdu le monde et comment le retrouver&lt;/i&gt;. Paris, La D&#233;couverte.&#034;&gt;2015&lt;/a&gt;), am&#233;ricain lui aussi, a &#233;mis encore plus frontalement une critique du concept d'autonomie qu'il situe &#233;galement comme &#233;tant un h&#233;ritage des Lumi&#232;res et &#224; propos duquel il &#233;crit : &#171; L'id&#233;al d'autonomie semble faire obstacle au d&#233;veloppement et &#224; l'&#233;panouissement d'une &#233;cologie de l'attention suffisamment riche pour nourrir la vigueur et l'ind&#233;pendance authentique de notre vie mentale &#187; (p. 40).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; cet id&#233;al d'autonomie pourtant si valoris&#233;, au moins th&#233;oriquement, dans nos soci&#233;t&#233;s lib&#233;rales, L&#233;o Mariani oppose celui d'&#171; h&#233;t&#233;ronomie &#187; lequel repose sur un principe d'ouverture &#224; toute manifestation incidentelle de ces m&#234;mes environnements, sociaux ou naturels. C'est ainsi, par exemple, que m'&#233;tant rendu dans cette librairie &#224; la recherche d'une ressource au pr&#233;alable clairement identifi&#233;e et qui devait s'int&#233;grer comme compl&#233;ment d'information &#224; un projet en cours (mon &#171; but conscient &#187;), voil&#224; que, du fait d'une relation de voisinage sur les &#233;tag&#232;res, l'achat impr&#233;vu de ce qui allait &#234;tre une autre ressource, &lt;i&gt;Devenir h&#233;t&#233;ronomes, Sur la pluralit&#233; des mondes&lt;/i&gt; m'a conduit &#224; repenser et r&#233;orienter totalement (et de mani&#232;re tr&#232;s r&#233;jouissante) mon dessein initial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;o Mariani consacre tout un chapitre &#224; cette question des ressources, cette fois non pas livresques mais naturelles (eau, p&#233;trole, for&#234;ts, etc.) que l'on se doit, selon les injonctions politiques, associatives ou autres, de &#171; pr&#233;server &#187;, de &#171; renouveler &#187;. Il souligne le danger que repr&#233;sentent un tel contr&#244;le, une telle gestion, qui m&#232;nent l'humanit&#233; &#224; ne plus avoir avec son environnement que des relations contractuelles. Celle-ci aurait d&#233;sormais pour objectif d'&#234;tre &#171; vraiment autonome &#187; (p. 22) afin de satisfaire un usage en constante expansion, consommation oblige. Aussi, plut&#244;t que de vouloir exploiter l'ensemble du globe &#224; la recherche des ressources pouvant r&#233;pondre &#224; des projets industriels ou technologiques pr&#233;alablement con&#231;us, comme nous le vivons actuellement avec l'enjeu des terres rares, l'auteur propose de r&#233;pondre &#224; une telle impasse en inversant le processus, c'est-&#224;-dire en partant des disponibilit&#233;s et contraintes des ressources pour envisager un devenir commun raisonnable.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;a id=&#034;philosopher-avec-les-gens-1&#034; name=&#034;philosopher-avec-les-gens-1&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;a id=&#034;a2&#034; name=&#034;a2&#034;&gt;&lt;/a&gt;Philosopher avec les gens&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Comme mentionn&#233; plus haut, L&#233;o Mariani est ethnologue, c'est-&#224;-dire qu'il appuie ses analyses, hypoth&#232;ses, propositions th&#233;oriques sur des exp&#233;riences de terrain. Dans cet ouvrage il nous fait part de deux observations participantes qui semblent, apparemment du moins, tr&#232;s &#233;loign&#233;es l'une de l'autre. La premi&#232;re se d&#233;roule aupr&#232;s de vignerons du Vaucluse, Paul et Julie, ayant chacun choisi de faire des vins &#171; naturels &#187;, c'est-&#224;-dire sans ajouts de sulfites, le dioxyde de soufre constituant pourtant la meilleure fa&#231;on de conserver le vin en ralentissant son oxydation. L'autre &#171; terrain &#187; porte sur des Malaisiens qui, contrairement &#224; leurs voisins, choisissent d'attendre que leurs durians, gros fruits &#233;pineux et objets d'une v&#233;ritable passion dans tout le sud-est asiatique, tombent des arbres plut&#244;t que de les cueillir et ceci en prenant le risque d'une forte d&#233;perdition. Dans les deux cas, une question cruciale guide le chercheur : &#171; Pourquoi donc s'&#234;tre engag&#233;s dans des pratiques &#224; risque, la qualit&#233; des vins naturels pouvant &#234;tre amen&#233;e &#224; se d&#233;grader rapidement et les durians &#224; souffrir de leur chute sur le sol ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour tenter d'y r&#233;pondre et s'inspirant de chercheurs tels que Tim Ingold, David Graeber ou Eduardo Viveiros de Castro, l'auteur propose alors une d&#233;marche de &#171; terrain &#187; horizontale, c'est-&#224;-dire qui le m&#232;ne &#224; partager des connaissances avec autrui afin, selon une belle formule &#171; qu'elles puissent alt&#233;rer les n&#244;tres &#187;. Et il est vrai qu'en anthropologie, &#171; philosopher avec les gens &#187;, comme le pr&#233;conise l&#224; encore Tim Ingold, m&#232;ne toujours &#224; changer la perception que l'ethnologue peut avoir du monde, transformations dont il ou elle est ensuite amen&#233;&#183;e &#224; rendre compte &#224; travers ses publications. On peut lire &#224; ce propos le beau livre de Leonardo Piasere, &lt;i&gt;L'ethnographe imparfait&lt;/i&gt; (&lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;PIASERE Leonardo, 2010. &lt;i&gt;L'ethnographe imparfait&lt;/i&gt;. &lt;i&gt;Exp&#233;rience et cognition en anthropologie&lt;/i&gt;. Paris, &#201;ditions de l'EHESS.&#034;&gt;2010&lt;/a&gt;) dans lequel l'anthropologue italien s'interroge pr&#233;cis&#233;ment sur l'impr&#233;gnation de la culture de l'autre en &#171; int&#233;riorisant le sens plus par la force de l'empathie que par des raisonnements lin&#233;aires &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi qu'une remarque apparemment anodine d'un des vignerons, Paul, qui s'exprime ainsi : &#171; Changement climatique, changement climatique&#8230; en m&#234;me temps le climat, &#231;a a toujours &#233;t&#233; quelque chose de changeant. &#187;, am&#232;ne L&#233;o Mariani &#224; reconsid&#233;rer sa conception du changement climatique, non plus sous l'angle d'une abstraction th&#233;orique mais &#224; travers des manifestations quotidiennes qui conditionnent les activit&#233;s du viticulteur et ceci depuis toujours. Il ne s'agit pas de nier un tel ph&#233;nom&#232;ne, loin de l&#224;, mais de consid&#233;rer &#171; en m&#234;me temps &#187;, comme le souligne Paul, que le caract&#232;re fondamental de tout climat est de changer de mani&#232;re impr&#233;vue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi, se jouer des incertitudes saisonni&#232;res comme on le constate dans l'agriculture depuis pr&#232;s de deux si&#232;cles en voulant contr&#244;ler l'environnement dans le but de ma&#238;triser parfaitement les productions agricoles, c'est renoncer &#224; toutes les activit&#233;s sociales qui, depuis au moins le n&#233;olithique, r&#233;unissent les humains entre eux. C&#233;l&#233;brer l'av&#232;nement du printemps, conjurer les s&#233;cheresses, etc., sont autant de rituels destin&#233;s &#224; consacrer une alliance symbolique entre les humains et les puissantes forces du non-humain, toujours incertaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revanche, les tentatives d'&#233;laboration d'une autonomie de l'agriculture ont pour cons&#233;quence une consid&#233;rable perte des connaissances environnementales. Dans son livre &lt;i&gt;Homo Domesticus, Une histoire profonde des premiers &#201;tats&lt;/i&gt;, un autre anthropologue, James Scott, &#233;met l'hypoth&#232;se que les chasseurs-cueilleurs du pal&#233;olithique avaient accumul&#233; un immense savoir relatif au climat, aux animaux, aux plantes, aux crues des rivi&#232;res, etc., qui se serait perdu avec le passage aux monocultures intensives du n&#233;olithique (&lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;SCOTT James, 2019. &lt;i&gt;Homo Domesticus, Une histoire profonde&lt;/i&gt; &lt;i&gt;des premiers &#201;tats&lt;/i&gt;. Paris, La D&#233;couverte.&#034;&gt;2019&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici, face &#224; l'incertitude souvent d&#233;routante des changements climatiques, les deux vignerons apprennent &#224; composer avec les &#233;l&#233;ments en mettant en place des strat&#233;gies d'adaptation qui, selon Julie, peuvent les amener &#224; diversifier les secteurs, pratiquer de la polyculture, se garder de tout emprunt et d'achat de nouveau mat&#233;riel pour se contenter de ce qu'ils peuvent r&#233;ellement produire. L'&#233;co-ethnologue interpr&#232;te alors cette attitude comme relevant d'une &#171; r&#233;sistance &#233;pist&#233;mique plut&#244;t que d'une r&#233;signation &#187; (p. 41) et ajoute ces propos tr&#232;s &#233;clairants : &#171; Bien s&#251;r, l'incertitude et la pr&#233;carit&#233; rendent la vie plus difficile, elles peuvent m&#234;me devenir ali&#233;nantes. Mais on pressent aussi qu'elles sont susceptibles de l'enrichir. C'est pourquoi elles sont aujourd'hui accueillies et m&#234;me choisies par un nombre croissant de vignerons &#187; (p. 45).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'accorder avec la contingence afin de rendre nos actes plus intenses, voil&#224; ce que font &#233;galement les paysans malaisiens dont il a suivi le travail et qui attendent que les durians tombent de l'arbre pour les ramasser. Comme il reste alors tr&#232;s peu de temps pour les consommer ou les vendre, il en r&#233;sulte toute une intense organisation collective pour les r&#233;colter, les trier et les transporter sur les lieux de vente, qui transforme une simple activit&#233; agricole en un &#233;v&#233;nement social d'importance. De plus, renon&#231;ant ainsi &#224; la culture intensive de leurs durians, &#224; la diff&#233;rence de leurs voisins tha&#239;landais, qui eux, les r&#233;coltent avant la maturit&#233;, les producteurs et les consommateurs malaisiens ont opt&#233; pour la diversit&#233; des go&#251;ts et qualit&#233;s de chaque durian. Certains producteurs ou productrices entretiennent m&#234;me un lien privil&#233;gi&#233; avec tel ou tel arbre, le traitant comme un individu que l'on respecte. L&#233;o Mariani ouvre alors une r&#233;flexion salutaire sur le concept d'animisme, &#171; mani&#232;re d'&#234;tre en relation &#187; (p. 91) &#233;crit-il en reprenant une formule de Philippe Descola, dont il se d&#233;marque cependant tr&#232;s vite. Il reproche en effet &#224; ce dernier une cat&#233;gorisation scl&#233;rosante des relations que les humains ont avec les non-humains en quatre grandes ontologies qui tendent &#224; &#234;tre repli&#233;es sur elles-m&#234;mes (pour m&#233;moire, l'animisme, le tot&#233;misme, l'analogisme et le naturalisme) &#224; laquelle il oppose une approche empiriste, l'exp&#233;rience montrant que les cat&#233;gories peuvent s'av&#233;rer, de fait, le plus souvent entrem&#234;l&#233;es et sujettes, au cas par cas, &#224; des h&#233;sitations, &#224; des formulations nuanc&#233;es, &#224; de constantes ouvertures sur l'alt&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;a id=&#034;don-contre-don-une-question-confiance-2&#034; name=&#034;don-contre-don-une-question-confiance-2&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;a id=&#034;a3&#034; name=&#034;a3&#034;&gt;&lt;/a&gt;Don et contre-don, une question de confiance ?&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Devenir h&#233;t&#233;ronomes, Sur la pluralit&#233; des mondes &lt;/i&gt;se termine par une r&#233;flexion surprenante mais tr&#232;s heureuse et qui porte sur le concept de don. Surprenante car le lecteur (en l'occurrence, ici, moi-m&#234;me) &#233;tait plong&#233; pr&#233;c&#233;demment dans un questionnement sur l'animisme et donc sur les relations que des humains peuvent entretenir avec d'autres non-humains, en ayant un peu oubli&#233; que ce dernier concept, l'animisme, servait d'exemple &#224; celui, central dans l'ouvrage, d'h&#233;t&#233;ronomie. Or ces deux concepts ont pour caract&#233;ristique, non pas de neutraliser l'incertitude, mais de composer avec elle, soit une mani&#232;re d'&#234;tre qui peut &#233;galement s'appliquer aux relations entre humains. Contournant cette fois-ci les propos de Tim Ingold pour qui la confiance caract&#233;rise les relations de don/contre don, L&#233;o Mariani souligne que la confiance &#171; n'a pas lieu d'&#234;tre sans doute ou sans d&#233;fiance &#187; (p. 115). D&#232;s lors, le don/contre-don ne doit pas &#234;tre consid&#233;r&#233; sous l'angle de l'&#233;change, comme l'avait avanc&#233; L&#233;vi-Strauss dans sa c&#233;l&#232;bre pr&#233;face &#224; l'essai de Marcel Mauss, (argument contest&#233; depuis longtemps, entre autres, par l'&#233;quipe de la revue du MAUSS), mais sous celui de la prise de risque assum&#233;e. Et comme &#233;voqu&#233; plus haut &#224; propos des viticulteurs ou des cultivateurs de durians, c'est bien le choix de l'incertitude qui enrichit la relation, puisque, contrairement &#224; l'&#233;change chaque don assume sa part de ne pas &#234;tre retourn&#233; de la part du destinataire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a plus d'un si&#232;cle, dans les quelques pages r&#233;unies sous le titre d'&lt;i&gt;Essai sur l'exotisme&lt;/i&gt;, Victor Segalen (&lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;SEGALEN Victor, 1978. &lt;i&gt;Essai sur l'exotisme, une esth&#233;tique du divers&lt;/i&gt;. Saint-Cl&#233;ment-de-Rivi&#232;re, Fata Morgana.&#034;&gt;1978&lt;/a&gt;), d&#233;fendant la toute-puissance du &#171; Choc du divers &#187;, ouvrait une tr&#232;s prolifique r&#233;flexion d'ordre ph&#233;nom&#233;nologique, esth&#233;tique et po&#233;tique sur l'alt&#233;rit&#233;, celle-ci &#233;tant per&#231;ue par le po&#232;te comme devant n&#233;cessairement &#233;chapper &#224; toute tentative de ma&#238;trise. Il est tout &#224; fait r&#233;jouissant de voir combien &lt;i&gt;Devenir h&#233;t&#233;ronomes, Sur la pluralit&#233; des mondes, &lt;/i&gt;L&#233;o Mariani&lt;i&gt; &lt;/i&gt;nous offre maintenant un tr&#232;s beau et tr&#232;s n&#233;cessaire compl&#233;ment &#224; cette intuition po&#233;tique &#224; travers un solide positionnement &#233;pist&#233;mique qui embrasse nos multiples relations &#224; nos environnements humains et non humains.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;CRAWFORD Mathew B., 2015. &lt;i&gt;Contact, Pourquoi nous avons perdu le monde et comment le retrouver&lt;/i&gt;. Paris, La D&#233;couverte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PIASERE Leonardo, 2010. &lt;i&gt;L'ethnographe imparfait&lt;/i&gt;. &lt;i&gt;Exp&#233;rience et cognition en anthropologie&lt;/i&gt;. Paris, &#201;ditions de l'EHESS.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SCOTT James, 2019. &lt;i&gt;Homo Domesticus, Une histoire profonde&lt;/i&gt; &lt;i&gt;des premiers &#201;tats&lt;/i&gt;. Paris, La D&#233;couverte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SEGALEN Victor, 1978. &lt;i&gt;Essai sur l'exotisme, une esth&#233;tique du divers&lt;/i&gt;. Saint-Cl&#233;ment-de-Rivi&#232;re, Fata Morgana.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Under Pressure : ethnographie sensorielle des pr&#233;sences humaines en mer</title>
		<link>https://www.ethnographiques.org/2025/Darbouret_Jacquet_Petric_Ruitton_Silva_Thibault</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.ethnographiques.org/2025/Darbouret_Jacquet_Petric_Ruitton_Silva_Thibault</guid>
		<dc:date>2026-02-18T09:08:32Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Darbouret_Aur&#233;lie, Jacquet_St&#233;phanie, P&#233;tric_Boris, Ruitton_Sandrine, Silva_Jeff , Thibault_Delphine</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Le projet exp&#233;rimental et interdisciplinaire &lt;i&gt;Under Pressure&lt;/i&gt;, men&#233; par une &#233;quipe d'oc&#233;anographes et d'anthropologues audiovisuels, repense les modes d'exploration sous-marine en se penchant sur la complexit&#233; des interconnexions entre les esp&#232;ces marines et les activit&#233;s humaines dans la baie de Marseille. Ce territoire est un espace riche en biodiversit&#233;, mais aussi fortement impact&#233; par les pressions anthropiques, telles que la pollution, le transport maritime et le tourisme. &lt;i&gt;Under Pressure&lt;/i&gt; associe diff&#233;rentes expertises scientifiques pour mieux comprendre et repr&#233;senter les interactions entre humains et non-humains &#224; travers une approche audiovisuelle exp&#233;rimentale, tant dans sa m&#233;thodologie de terrain collaborative que dans sa forme finale, centr&#233;e sur une immersion sensorielle. S'appuyant sur l'ethnographie multisensorielle, cette approche met en lumi&#232;re les enchev&#234;trements intersp&#233;cifiques et d&#233;fie les repr&#233;sentations binaires entre terre et mer, humain et non-humain. Ce texte aborde les enjeux techniques, m&#233;thodologiques et &#233;pist&#233;mologiques de la capture visuelle et sonore sous-marine. L'article accompagne un film exp&#233;rimental qui explore de nouvelles modalit&#233;s de repr&#233;sentations des relations entre humains et non-humains sous l'horizon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;mots-cl&#233;s :&lt;/strong&gt; anthropologie marine, oc&#233;anographie, recherche audiovisuelle&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.ethnographiques.org/2025/numero-49/" rel="directory"&gt;Num&#233;ro 49 - d&#233;cembre 2025 Regarder le soin, soigner le regard : vers une anthropologie r&#233;flexive du care&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;Under Pressure : Sensory Ethnography of Human Presence at Sea&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;The experimental and interdisciplinary project&lt;/i&gt; Under Pressure, &lt;i&gt;led by a team of oceanographers and audiovisual anthropologists, rethinks methods of underwater exploration by examining the complex interconnections between marine species and human activities in the Bay of Marseille. The bay is rich in biodiversity but also heavily impacted by anthropogenic pressures such as pollution, maritime transport and tourism&lt;/i&gt;. Under Pressure &lt;i&gt;brings together different forms of scientific expertise to better understand and represent the interactions between humans and non-humans through an audiovisual approach that is experimental both in its collaborative field methodology and in its final form (sensory immersion). Drawing on multisensory ethnography, it highlights interspecies entanglements and challenges binary representations such as land and sea, human and non-human. This article addresses the technical, methodological and epistemological issues of underwater visual and sound capture. It accompanies an experimental film that explores new ways of representing the relationships between humans and non-humans below the horizon&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;keywords&lt;/strong&gt; : marine anthropology, oceanography, audiovisual research&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;a id=&#034;resister-ecole-des-dominants-anthropologie-0&#034; name=&#034;resister-ecole-des-dominants-anthropologie-0&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;a id=&#034;a1&#034; name=&#034;a1&#034;&gt;&lt;/a&gt;Introduction : Voir et entendre sous l'horizon&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Le documentaire &lt;i&gt;Le monde du silence&lt;/i&gt;, r&#233;alis&#233; en 1956 par Jacques-Yves Cousteau et Louis Malle, a marqu&#233; un tournant dans l'exploration marine, en fa&#231;onnant les perceptions populaires et scientifiques de l'oc&#233;an. Tourn&#233; &#224; une &#233;poque o&#249; l'oc&#233;an &#233;tait encore largement consid&#233;r&#233; comme une &lt;i&gt;terra incognita &lt;/i&gt;(Corbin &amp; Richard &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;CORBIN Alain &amp; RICHARD H&#233;l&#232;ne (dir.), 2004. &lt;i&gt;La mer, terreur et fascination&lt;/i&gt;. Paris, Biblioth&#232;que Nationale de France.&#034;&gt;2004&lt;/a&gt;), le documentaire a r&#233;v&#233;l&#233; les profondeurs marines &#224; un large public&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Deuxi&#232;me film sous-marin en couleur, ce documentaire a connu un &#233;norme (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; , tout en perp&#233;tuant une vision de l'oc&#233;an comme une fronti&#232;re infinie, ouverte &#224; l'exploitation humaine. Cette perspective, caract&#233;ristique de l'extraction des ressources au milieu du XXe si&#232;cle, est particuli&#232;rement &#233;vidente dans les sc&#232;nes de massacre de requins et de destruction de r&#233;cif corallien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prendre soin du monde marin n'a pas toujours &#233;t&#233; une &#233;vidence pour le monde contemporain occidental. Comme le souligne Philip Steinberg dans &lt;i&gt;The Social Construction of the Ocean&lt;/i&gt; (&lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;STEINBERG Philip E., 2001. &lt;i&gt;The Social Construction of the Ocean&lt;/i&gt;. Cambridge, Cambridge University Press.&#034;&gt;2001&lt;/a&gt;), l'oc&#233;an a longtemps &#233;t&#233; consid&#233;r&#233;, non pas comme un &#233;cosyst&#232;me vivant et interconnect&#233;, mais comme un espace &#224; dominer pour en tirer un profit &#233;conomique, renfor&#231;ant ainsi les attitudes anthropocentriques qui occultent sa complexit&#233; et sa fragilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un aller-retour permanent entre savoir scientifique et cr&#233;ation litt&#233;raire ou artistique, les mondes vivants marins ont &#233;t&#233; appr&#233;hend&#233;s par le prisme de l'&#233;merveillement ou l'effroi. Au fil du temps, les repr&#233;sentations de l'oc&#233;an ont &#233;volu&#233; parall&#232;lement aux progr&#232;s technologiques qui ont d&#233;mocratis&#233; la cin&#233;matographie sous-marine. Cependant, cette &#233;volution n'a pas totalement &#233;chapp&#233; au regard anthropocentrique, qui met souvent l'accent sur les aspects esth&#233;tiques ou commerciaux de la vie marine tout en n&#233;gligeant les effets destructeurs de l'activit&#233; humaine (Helmreich &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;HELMREICH Stefan, 2009. &lt;i&gt;Alien Ocean : Anthropological Voyages in a Microbial Sea&lt;/i&gt;. Berkeley, University of California Press.&#034;&gt;2009&lt;/a&gt;). Les films, les photos, les dessins anim&#233;s se sont multipli&#233;s avec une forte tendance &#224; &#171; exotiser &#187; le monde sous-marin, marqu&#233; par la sur- ou la sous-repr&#233;sentation de certaines esp&#232;ces, ou encore par l'invisibilisation des activit&#233;s humaines ou de leurs impacts. Dans son ouvrage &lt;i&gt;Reel Nature&lt;/i&gt; (&lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;MITMAN Gregg, 2009. &lt;i&gt;Reel Nature : America's Romance With Wildlife on Film&lt;/i&gt;. Seattle, University of Washington Press.&#034;&gt;2009&lt;/a&gt;), Gregg Mitman reproche &#233;galement aux films animaliers de romancer la nature et de contribuer &#224; renforcer le contr&#244;le de l'homme tout en minimisant les dommages &#233;cologiques caus&#233;s par ces interventions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis une d&#233;cennie, la recherche en sciences sociales porte un int&#233;r&#234;t renouvel&#233; &#224; l'oc&#233;an, d&#233;ployant notamment des regards critiques sur l'exploitation capitaliste de l'oc&#233;an. En outre, la multiplication r&#233;cente d'approches faisant dialoguer les sciences marines avec les sciences sociales ou avec la cr&#233;ation artistique contribue &#224; questionner le grand partage disciplinaire h&#233;rit&#233; de l'&#233;poque moderne. Les collaborations entre scientifiques et artistes explorent ainsi des r&#233;alit&#233;s oc&#233;aniques aussi insaisissables que l'oc&#233;an profond, les sons de la mer ou la vie planctonique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir, parmi de nombreux autres, les travaux men&#233;s par l'artiste chercheur (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, contribuant au renouvellement des regards sur l'espace marin, et &#224; l'&#233;laboration d'outils sensibles pour la circulation des savoirs oc&#233;aniques. C'est dans ce contexte de bouillonnement cr&#233;atif et heuristique, &#224; la crois&#233;e des sciences sociales et des sciences de la mer, de la recherche acad&#233;mique et artistique que s'inscrit notre recherche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2022, notre collectif de chercheurs se rassemble autour de la question des perceptions et des repr&#233;sentations de l'espace sous-marin. Notre &#233;quipe&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Pr&#233;sHuMer : Perception de la pr&#233;sence humaine en mer &#187; financ&#233; par la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, travaillant &#224; Marseille, compos&#233;e d'oc&#233;anographes (biologistes et chimistes) sp&#233;cialistes des &#233;cosyst&#232;mes marins, et d'anthropologues visuels, engag&#233;s dans la Fabrique des &#233;critures ethnographiques&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La Fabrique des &#233;critures ethnographique, est un lieu de cr&#233;ation bas&#233; &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, d&#233;veloppe un dispositif audiovisuel exploratoire autour de nouvelles modalit&#233;s de repr&#233;sentations des interactions entre soci&#233;t&#233;s humaines et &#233;cosyst&#232;mes marins sous la surface. Celui-ci vise &#224; rendre compte des interconnexions et interd&#233;pendances sensibles entre esp&#232;ces (Tsing &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;TSING Anna Lowenhaupt, 2015. &lt;i&gt;The Mushroom at the End of the World : On the Possibility of Life in Capitalist Ruins&lt;/i&gt;. Princeton, University Press Princeton.&#034;&gt;2015&lt;/a&gt; ; Haraway &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;HARAWAY Donna J., 2016. &lt;i&gt;Staying With the Trouble : Making Kin in the Chthulucene&lt;/i&gt;. Durham, Duke University Press.&#034;&gt;2016&lt;/a&gt;) dans un contexte d'anthropisation des mers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous proposons dans cet article de revenir sur les diff&#233;rentes &#233;tapes de fabrication d'un film exp&#233;rimental intitul&#233; &lt;i&gt;Under Pressure&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Film documentaire Under Pressure &#224; voir sur https://fabecritures.fr/projet/under&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; issu de ce projet interdisciplinaire men&#233; en mer et qui entend proposer de nouvelles modalit&#233;s de repr&#233;sentation des interactions entre humains et esp&#232;ces marines sous l'horizon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre exp&#233;rience s'est d&#233;roul&#233;e dans la baie de Marseille&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous appelons &#8220;baie de Marseille&#8221;, la portion de la mer M&#233;diterran&#233;e (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, un espace qui abrite une m&#233;tropole de plus d'un million d'habitants, le plus grand port commercial de France (le Grand port maritime de Marseille-Fos, GPMM) et une aire marine prot&#233;g&#233;e, le Parc national des Calanques. Cette configuration concentre de multiples activit&#233;s sociales, industrielles, &#233;conomiques et touristiques dans et le long du littoral d'un milieu marin identifi&#233; comme un hotspot de biodiversit&#233; (Mittermeier &lt;i&gt;et al&lt;/i&gt;. &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;MITTERMEIER Russell A., TURNER Will R., LARSEN Frank W., BROOKS Thomas M. &amp; GASCON Claude, 2011. &#171; Global Biodiversity Conservation : The Critical Role of Hotspots &#187;, &lt;i&gt;in&lt;/i&gt; ZACHOS Frank E. &amp; HABEL Jan Christian (eds), &lt;i&gt;Biodiversity Hotspots : Distribution and Protection of Conservation Priority Areas&lt;/i&gt;, Berlin, Springer, p. 3&#8209;22.&#034;&gt;2011&lt;/a&gt;) et marqu&#233; par la pr&#233;sence d'habitats remarquables&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La baie de Marseille concentre notamment trois habitats prot&#233;g&#233;s au titre de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous souhaitons ainsi restituer ici cette rencontre entre la recherche autour des mondes vivants marins, les sciences oc&#233;aniques et l'anthropologie audiovisuelle. Comment les questionnements &#233;pist&#233;mologiques, techniques et heuristiques autour de l'anthropisation de l'espace marin, nous am&#232;nent &#224; &#233;laborer de nouvelles formes d'enqu&#234;te et d'exp&#233;rimentation ? Comment la combinaison de perspectives scientifiques diff&#233;rentes, l'articulation entre un terrain d'enqu&#234;te humide et un autre en surface au sein d'un collectif hybride, nous ont pouss&#233; &#224; effectuer des pas de c&#244;t&#233;s disciplinaires pour embarquer dans une enqu&#234;te commune et amphibie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous partons du postulat que des regards disciplinaires diff&#233;rents peuvent s'enrichir et se combiner pour acc&#233;der &#224; de nouvelles formes de connaissances. Dans cette optique pluridisciplinaire et exploratoire, nous soutenons que les m&#233;thodes audiovisuelles &#8211; en particulier les films ethnographiques &#8211; constituent un outil puissant pour r&#233;v&#233;ler la complexit&#233; de mondes marins &#233;lusifs et la fragilit&#233; des &#233;cosyst&#232;mes. En nous concentrant sur des interactions multisensorielles et intersp&#233;cifiques situ&#233;es, nous souhaitons questionner les distinctions binaires entre la terre et la mer, entre l'humain et non-humain, tout en soulignant l'interconnexion de la vie dans la baie de Marseille, un espace marin sous influence des activit&#233;s industrielles, commerciales, domestiques et touristiques.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;a id=&#034;philosopher-avec-les-gens-1&#034; name=&#034;philosopher-avec-les-gens-1&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;a id=&#034;a2&#034; name=&#034;a2&#034;&gt;&lt;/a&gt;Rencontre et probl&#233;matique commune autour des interactions inter-esp&#232;ces&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;L'historiographie cantonne essentiellement l'histoire humaine &#224; la &#171; surface de la mer &#187;, alors que depuis l'&#232;re industrielle une grande partie s'est d&#233;roul&#233;e sous l'eau. L'oc&#233;anographie, qui &#233;tudie, par exemple, le fonctionnement des &#233;cosyst&#232;mes marins sous l'influence des pressions telluriques, a act&#233; l'anthropisation des fonds marins bien avant les sciences humaines et sociales (Camprub&#237; &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;CAMPRUB&#205; Lino, 2018. &#171; Experiencing deep and global currents at a &#8216;Prototypical Strait', 1870s and 1980s &#187;, &lt;i&gt;Studies in History and Philosophy of Science Part A&lt;/i&gt;, 70, p. 6&#8209;17.&#034;&gt;2018&lt;/a&gt;), m&#234;me si celles-ci entretiennent depuis plusieurs ann&#233;es un int&#233;r&#234;t croissant pour les oc&#233;ans (Starosielski &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;STAROSIELSKI Nicole, 2015. &lt;i&gt;The Undersea Network&lt;/i&gt;. Durham, Duke University Press.&#034;&gt;2015&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis quelques ann&#233;es, les interactions entre esp&#232;ces vivantes sous-marines et soci&#233;t&#233;s humaines se multiplient dans les travaux scientifiques. Investies par des engagements militants, associatifs, sociaux ou culturels, elles prennent aussi diff&#233;rentes formes journalistiques ou artistiques visant &#224; souligner les menaces d'une pr&#233;sence humaine affectant le milieu sous-marin. Par essence difficiles &#224; percevoir et &#224; d&#233;crire, les mondes sous-marins sont restitu&#233;s &#224; travers des exp&#233;riences m&#233;di&#233;es par la technologie et v&#233;cues par des scientifiques, des explorateurs, des &#233;crivains, des cin&#233;astes, des militants qui utilisent les outils audiovisuels pour partager leur exp&#233;rience (Hessler &amp; Latour &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;HESSLER Stefanie &amp; LATOUR Bruno, 2019. &lt;i&gt;Prospecting Ocean&lt;/i&gt;. Cambridge, The MIT Press.&#034;&gt;2019&lt;/a&gt; ; Ratt&#233; &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;RATT&#201; Stephanie, 2019. &#171; (Un)seen Seas &#187;, &lt;i&gt;Environment and Society&lt;/i&gt;, 10 (1), p. 141&#8209;157.&#034;&gt;2019&lt;/a&gt; ; Rozwadowski &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;ROZWADOWSKI Helen M., 2008. &lt;i&gt;Fathoming the Ocean : The Discovery and Exploration of the Deep Sea&lt;/i&gt;. Cambridge, Belknap Press.&#034;&gt;2008&lt;/a&gt;). Les esp&#232;ces marines apparaissent de fa&#231;on disparate, mouvante et parcellaire, en fonction des investissements &#233;cologiques, politiques ou affectifs des groupes sociaux (Levain &lt;i&gt;et al.&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;LEVAIN Alix, ARTAUD H&#233;l&#232;ne, MARIAT-ROY &#201;milie, CHLOUS Fr&#233;d&#233;rique, BARDOL Frank &amp; SERA Alexander, 2023. &lt;i&gt;Elusive Partners : Contemporary Anthropological Perspectives on Marine Species&lt;/i&gt;. Paris, Publications scientifiques du Mus&#233;um national d'Histoire naturelle.&#034;&gt;2023&lt;/a&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; ces constats, les questions qui animent les oc&#233;anographes et les anthropologues de notre &#233;quipe ont rapidement converg&#233; vers une remise en question des r&#233;cits anthropocentriques et pour une reconnaissance de l'interconnectivit&#233; de toutes les formes de vie (Van Dooren, Kirksey &amp; M&#252;nster &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;VAN DOOREN Thom, KIRKSEY Eben &amp; M&#220;NSTER Ursula, 2016. &#171; Multispecies Studies : Cultivating Arts of Attentiveness &#187;, &lt;i&gt;Environmental Humanities&lt;/i&gt;, 8 (1), p. 1&#8209;23.&#034;&gt;2016&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les anthropologues audiovisuels de l'&#233;quipe avaient jusque-l&#224; explor&#233; les interactions entre l'humain et les autres vivants sur des contextes terrestres et n'avaient aucune exp&#233;rience du monde sous-marin. Les oc&#233;anographes de l'&#233;quipe, dont une partie des travaux se concentre sur la baie de Marseille, avaient quant &#224; elles l'habitude d'&#233;tudier la mer c&#244;ti&#232;re &#224; l'aune des pressions d'origine humaine. Notre probl&#233;matique commune s'est peu &#224; peu construite autour de la perception et de la repr&#233;sentation de la pr&#233;sence humaine ordinaire dans le monde sous-marin, particuli&#232;rement difficile &#224; ethnographier. L'objectif est devenu de filmer le monde sous-marin comme un espace social o&#249; interagissent soci&#233;t&#233;s humaines et communaut&#233;s vivantes marines. Ce milieu n'a pas &#233;t&#233; envisag&#233; comme un espace naturel intangible mais comme le r&#233;sultat d'&#233;changes et de circulations entre les humains et les esp&#232;ces marines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Inspir&#233;e par l'ethnographie multisp&#233;cifique (Kirksey &amp; Helmreich &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;KIRKSEY S. Eben &amp; HELMREICH Stefan, 2010. &#171; The emergence of multispecies ethnography &#187;, &lt;i&gt;Cultural Anthropology&lt;/i&gt;, 25 (4), p. 545&#8209;576&#034;&gt;2010&lt;/a&gt;), notre strat&#233;gie filmique commune s'est dessin&#233;e autour d'un dispositif susceptible de rendre visible les enchev&#234;trements et de contribuer &#224; un changement de paradigme (Levain &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; &lt;i&gt;al.&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;LEVAIN Alix, ARTAUD H&#233;l&#232;ne, MARIAT-ROY &#201;milie, CHLOUS Fr&#233;d&#233;rique, BARDOL Frank &amp; SERA Alexander, 2023. &lt;i&gt;Elusive Partners : Contemporary Anthropological Perspectives on Marine Species&lt;/i&gt;. Paris, Publications scientifiques du Mus&#233;um national d'Histoire naturelle.&#034;&gt;2023&lt;/a&gt; ; Surrall&#233;s &amp; Artaud &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;SURRALL&#201;S Alexandre &amp; ARTAUD H&#233;l&#232;ne, 2018. &lt;i&gt;The Sea Within : Marine Tenure and Cosmopolitical Debates&lt;/i&gt;. Copenhague, International Working Group for Indigenous.&#034;&gt;2018&lt;/a&gt;) sur la fa&#231;on dont les relations avec les vivants non-humains sont appr&#233;hend&#233;es dans notre soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'expertise des oc&#233;anographes de l'&#233;quipe a permis d'identifier un certain nombre de lieux, dans la baie de Marseille o&#249; des activit&#233;s humaines, directes et indirectes, ont des incidences multiples et multi-causales sur des bioc&#233;noses et des biotopes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le biotope d&#233;signe le milieu physique dans lequel vivent associ&#233;s des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Au cours de leurs travaux, les oc&#233;anographes m&#232;nent des observations, collectent des organismes et mesurent diff&#233;rents ph&#233;nom&#232;nes pour mieux comprendre le fonctionnement biologique, physique et chimique de la vie marine. Elles utilisent diff&#233;rents outils, souvent quantitatifs, qui mettent de plus en plus en &#233;vidence l'influence des activit&#233;s humaines sur la vie des esp&#232;ces benthiques et p&#233;lagiques&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les oc&#233;anographes distinguent les esp&#232;ces p&#233;lagiques, les organismes marins (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces diverses activit&#233;s contribuent ind&#233;niablement &#224; une transformation permanente des milieux sous-marins (Guiot &lt;i&gt;et al.&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;GUIOT Jo&#235;l, MAZUREK Hubert, CURT Thomas &amp; RAIMBAULT Patrick, 2021. &lt;i&gt;Marseille et l'environnement. Bilan, qualit&#233; et enjeux. Le d&#233;veloppement durable d'une grande ville littorale face au changement climatique&lt;/i&gt;. Aix-en-Provence, Presses universitaires de Provence, https://doi.org/10.4000/books.pup.41330.&#034;&gt;2021&lt;/a&gt;) que les oc&#233;anographes nomment &#171; pressions anthropiques &#187;. Parmi elles, on peut citer le transport maritime, la p&#234;che, la chasse sous-marine, les rejets de macrod&#233;chets, les effluents industriels&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le plus connu &#224; Marseille &#233;tant le rejet des boues rouges, effluents (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et domestiques&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Situ&#233; dans le Parc national des Calanques, l'&#233;missaire de Cortiou rejette (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Outre tous les am&#233;nagements c&#244;tiers et portuaires (quais, digues) n&#233;cessaires aux activit&#233;s humaines, les fonds sous-marins marseillais h&#233;bergent des infrastructures &#233;conomiques et strat&#233;giques comme une ferme aquacole, des c&#226;bles de communication, des conduites pour le transport de fluides, et bient&#244;t des installations &#233;nerg&#233;tiques (boucle de thalassothermie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#192; Marseille, un r&#233;seau de thalassothermie assure la climatisation et le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et plus au large un parc &#233;olien flottant).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; partir de donn&#233;es physico-chimiques et biologiques, les oc&#233;anographes &#233;tudient les transformations des milieux marins, mat&#233;rialis&#233;es, par exemple, par la pr&#233;sence de nouvelles esp&#232;ces d'algues ou de poissons dont l'aire de distribution &#233;volue avec la modification des temp&#233;ratures de l'eau, ou encore avec l'arriv&#233;e d'esp&#232;ces non-indig&#232;nes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Certaines sont consid&#233;r&#233;es comme envahissantes &#8211; c'est le cas de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; introduites par les activit&#233;s humaines (transport, aquaculture). En outre, la pr&#233;sence humaine se traduit par des &#233;missions sonores quasi continues provoqu&#233;es par les moteurs de bateaux (Di Franco &lt;i&gt;et al.&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;DI FRANCO E., PIERSON P., DI IORIO L., CAL&#210; A., COTTALORDA J. M., DERIJARD B., DI FRANCO A., GALV&#201; A., GUIBBOLINI M., LEBRUN J., MICHELI F., PRIOUZEAU F., RISSO-DE FAVERNEY C., ROSSI F., SABOURAULT C., SPENNATO G., VERRANDO P. &amp; GUIDETTI P., 2020. &#171; Effects of marine noise pollution on Mediterranean fishes and invertebrates : A review &#187;, &lt;i&gt;Marine Pollution Bulletin&lt;/i&gt;, 159, p. 111450.&#034;&gt;2020&lt;/a&gt;) qui ont un impact sur la faune marine (Carre&#241;o &amp; Lloret &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;CARRE&#209;O Arnau &amp; LLORET Josep, 2021. &#171; Environmental impacts of increasing leisure boating activity in Mediterranean coastal waters &#187;, &lt;i&gt;Ocean &amp; Coastal Management&lt;/i&gt;, 209, (105693), https://doi.org/10.1016/j.ocecoaman.2021.105693.&#034;&gt;2021&lt;/a&gt;). Ce travail de recensement a permis de caract&#233;riser et situer les impacts humains, et d'&#233;laborer une cartographie des &#171; pressions anthropiques &#187; en baie de Marseille, indispensable pour l'enqu&#234;te subaquatique.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;a id=&#034;don-contre-don-une-question-confiance-2&#034; name=&#034;don-contre-don-une-question-confiance-2&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;a id=&#034;a3&#034; name=&#034;a3&#034;&gt;&lt;/a&gt;De l'archive scientifique au film ethnographique : enjeux techniques et &#233;pist&#233;mologiques de l'image sous-marine&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Notre attelage interdisciplinaire s'est construit sur des curiosit&#233;s disciplinaires, et l'exploration des points de rapprochements face &#224; un objet d'&#233;tude liquide, qui r&#233;siste en partie &#224; l'objectivation. Au-del&#224; des &#233;carts substantiels entre les normativit&#233;s puissantes des sciences de la mer et l'&#233;pist&#233;mologie des savoirs situ&#233;s des sciences sociales, oc&#233;anographes et anthropologues, ont, comme l'a rapport&#233; l'anthropologue am&#233;ricain Stefan Helmreich dans son enqu&#234;te &lt;i&gt;Alien Ocean&lt;/i&gt; r&#233;alis&#233;e avec des microbiologistes marins, &#171; beaucoup en commun &#187; (&lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;HELMREICH Stefan, 2009. &lt;i&gt;Alien Ocean : Anthropological Voyages in a Microbial Sea&lt;/i&gt;. Berkeley, University of California Press.&#034;&gt;2009&lt;/a&gt; : 21). Nous partageons son constat d'un m&#234;me engagement &#171; dans la repr&#233;sentation d'entit&#233;s &#8211; mondes marins, croyances et pratiques culturelles &#8211; soumises &#224; des transformations de fronti&#232;res et de substance, ces fronti&#232;res et cette substance &#233;tant en partie le fruit de nos propres repr&#233;sentations et intervention &#187;. Mais plus qu'un objet ou une m&#233;thodologie interdisciplinaire, ce sont les constats communs qui ont fait socle &#8211; la d&#233;gradation des &#233;cosyst&#232;mes, la n&#233;cessit&#233; d'un regard non anthropocentr&#233; sur les mondes marins &#8211; et le sentiment partag&#233; d'une urgence &#233;cologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, les oc&#233;anographes, issues de disciplines aussi diff&#233;rentes que la chimie et la biologie marine, et les anthropologues de l'&#233;quipe, avaient tous l'habitude de dialoguer entre plusieurs domaines et d'engager leurs travaux dans un &#233;change avec la soci&#233;t&#233;. Nous avons choisi d'accepter les dissensus, les &#233;carts critiques et les divergences, fruits de nos cultures disciplinaires respectives, sans chercher &#224; les r&#233;soudre ou les r&#233;duire. Les relations interpersonnelles, nourries et &#233;prouv&#233;es lors des sorties en mer, &#224; travers les rituels de la plong&#233;e, ou &#224; la faveur de l'inconfort partag&#233; de la mer, ont contribu&#233; &#224; consolider l'engagement pour la recherche exploratoire entreprise ensemble, dont les objectifs scientifiques, r&#233;duits au d&#233;part, ont grandi progressivement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant de s'immerger, notre collaboration s'est engag&#233;e dans un travail de r&#233;flexion sur la construction du regard et la possibilit&#233; d'amener nos sens de terriens sous la surface de l'eau. Le questionnement &#233;pist&#233;mologique a notamment port&#233; sur la possibilit&#233; d'envisager des points de vue non anthropocentr&#233;s, sans pour autant pr&#233;tendre voir ou entendre &#224; la place d'un poisson. Ce questionnement inscrit notre travail dans une longue tradition de r&#233;flexion sur le &#171; point de vue de la machine &#187;, initi&#233;e par les th&#233;ories de Jean Epstein dans les ann&#233;es 1920 sur la cam&#233;ra comme intelligence non humaine. Cette id&#233;e a &#233;t&#233; radicalement actualis&#233;e par les &#171; images op&#233;rationnelles &#187; de Harun Farocki (&lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;FAROCKI Harun, 2004. &#171; Phantom Images &#187;, &lt;i&gt;Public : Art, Culture, Ideas&lt;/i&gt;, 29, p. 12-24.&#034;&gt;2004&lt;/a&gt;), qui ne repr&#233;sentent pas le monde mais y agissent. Ce d&#233;centrement r&#233;sonne dans la philosophie contemporaine, comme dans l'&#171; esth&#233;tique du signal &#187; de Bidhan Jacobs (&lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;JACOBS Bidhan, 2022. &lt;i&gt;Esth&#233;tique du signal&lt;/i&gt;. Paris, &#201;ditions Mim&#233;sis.&#034;&gt;2022&lt;/a&gt;), et dans l'ethnographie sensorielle, elle-m&#234;me, notamment &#224; travers le regard prosth&#233;tique des cam&#233;ras m&#233;dicales dans &lt;i&gt;De Humani Corporis Fabrica&lt;/i&gt; de V&#233;r&#233;na Paravel et Lucien Castaing-Taylor (&lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;PARAVEL V&#233;r&#233;na &amp; Lucien CASTAING-TAYLOR, 2022. &lt;i&gt;De Humani Corporis Fabrica&lt;/i&gt;. Norte Productions, CG Cinema, Rita Producitons, Harvard University Sensory Ethnography Lab, 118min.&#034;&gt;2022&lt;/a&gt;). Notre propre utilisation des cam&#233;ras scientifiques participe de cette exploration, cherchant moins &#224; voir &lt;i&gt;comme&lt;/i&gt; un poisson qu'&#224; voir &lt;i&gt;avec&lt;/i&gt; la machine et &#224; adopter sa mani&#232;re sp&#233;cifique de rendre le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, nous avons visionn&#233; et analys&#233; les donn&#233;es audiovisuelles produites par les oc&#233;anographes dans le cadre de leurs travaux de biologie ou de chimie marines. Leurs protocoles d'enqu&#234;tes s'appuient sur la r&#233;alisation d'images sous-marines notamment pour des &#233;l&#233;ments difficiles &#224; observer. Sandrine Ruitton, sp&#233;cialiste des fonctionnements c&#244;tiers, et Delphine Thibault, qui &#233;tudie le milieu p&#233;lagique, filment depuis une dizaine d'ann&#233;es les fonds marins &#224; Marseille, avec des appareils photos&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Utilisation d'un appareil Canon R5 avec caisson &#233;tanche ISOTA et d'un (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; plac&#233;s dans des caissons &#233;tanches pour collecter des donn&#233;es scientifiques et les confronter &#224; d'autres jeux de donn&#233;es (pr&#233;l&#232;vements, mesures), ou encore pour documenter et illustrer leurs travaux. Au d&#233;but du projet, Sandrine a partag&#233; ses donn&#233;es filmiques class&#233;es de fa&#231;on variable par date, par site, par taxons ou encore par mission (relev&#233; de filets fant&#244;mes, &#233;valuations pour l'indicateur EBQI&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'Ecosystem-Based Quality Index (EBQI) est un indicateur pour l'&#233;valuation (&#8230;)&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, identification d'esp&#232;ces invasives&#8230;). St&#233;phanie Jacquet, chimiste marine, a aussi confi&#233; des vid&#233;os r&#233;alis&#233;es&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ces images filmiques ont &#233;t&#233; r&#233;alis&#233;es en 2016 par une cam&#233;ra fix&#233;e sur un (&#8230;)&#034; id=&#034;nh16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#224; 325 m&#232;tres de profondeur lors d'une campagne de suivi des contaminants m&#233;talliques d&#233;vers&#233;s par l'usine d'alumine de Gardanne, rejet&#233; en mer au large de Cassis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce travail d'analyse a ouvert un dialogue et, au fil du visionnage des archives, notre lecture des images est devenue plus inform&#233;e, plus rigoureuse et sensible, et nos questionnements se sont affin&#233;s. Notre examen des vid&#233;os scientifiques a &#233;t&#233; compl&#233;t&#233; par des visites de terrain collectives, en mer, sur des sites d&#233;j&#224; film&#233;s ou discut&#233;s. Pour les ethnographes audiovisuels habitu&#233;s au travail de terrain immersif et &#224; l'observation participante active, rester confin&#233;s en surface, sur le pont d'un bateau, s'est av&#233;r&#233; au d&#233;part d&#233;stabilisant. Leur positionnement a &#233;volu&#233; d'une approche immersive vers une ethnographie attentive aux structures spatiales, &#224; la mat&#233;rialit&#233; des relations et des mediums fa&#231;onnant l'enqu&#234;te, r&#233;pondant ainsi &#224; l'appel de l'anthropologue St&#233;phane Helmreich pour une ethnographie transductive (&lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;HELMREICH Stefan, 2007. &#171; An anthropologist underwater : Immersive soundscapes, submarine cyborgs, and transductive ethnography &#187;, &lt;i&gt;American Ethnologist&lt;/i&gt;, 34 (4), p. 621&#8209;641.&#034;&gt;2007&lt;/a&gt; : 631).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce changement d'approche du travail de terrain a permis des &#233;changes productifs entre anthropologues et oc&#233;anographes, sur les mouvements de cam&#233;ra, l'angle de vue et la dur&#233;e des prises de vues. Ces discussions ont contribu&#233; &#224; fa&#231;onner ce qui allait devenir notre &lt;i&gt;dispositif&lt;/i&gt; pour &lt;i&gt;Under Pressure&lt;/i&gt;, une strat&#233;gie visuelle qui met en avant les d&#233;fis sensoriels et esth&#233;tiques de la repr&#233;sentation des environnements sous-marins.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;a id=&#034;captations-visuelles-camera-embarquee-3&#034; name=&#034;captations-visuelles-camera-embarquee-3&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;a id=&#034;a3.1&#034; name=&#034;a3.1&#034;&gt;&lt;/a&gt;Captations visuelles : cam&#233;ra embarqu&#233;e et lumi&#232;re subaquatique &lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Au terme de nombreuses discussions, nous avons d&#233;cid&#233; de mener une nouvelle campagne de captation en s&#233;lectionnant une quinzaine de sites caract&#233;risant la pr&#233;sence humaine sous la surface. Dans notre cas, la question s'est rapidement pos&#233;e : O&#249; et quand positionner notre cam&#233;ra ? Comment r&#233;aliser une captation sonore en milieu sous-marin ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la perspective de Howard Becker (&lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;BECKER Howard Saul &amp; MERLLI&#201;-YOUNG Christine, 2009. &lt;i&gt;Comment parler de la soci&#233;t&#233;&lt;/i&gt;. Paris, La D&#233;couverte.&#034;&gt;2009&lt;/a&gt;), nos choix d'observation et de tournage ont cherch&#233; &#224; d&#233;placer le regard et l'exp&#233;rience sensorielle des oc&#233;anographes comme des anthropologues pour rendre intelligible cette pr&#233;sence en mer, prot&#233;iforme et invisible depuis la surface.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;tape suivante a donc consist&#233; &#224; organiser un terrain ethnographique sous-marin qui est par nature difficile d'acc&#232;s, n&#233;cessairement m&#233;di&#233; par des outils et des techniques singuli&#232;res. Il implique de ma&#238;triser la plong&#233;e sous-marine (Raveneau &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;RAVENEAU Gilles, 2006. &#171; La plong&#233;e sous-marine, entre neutralisation du risque et affirmation de la s&#233;curit&#233; &#187;, &lt;i&gt;Ethnologie fran&#231;aise&lt;/i&gt;, 36 (4), p. 613&#8209;623, https://doi.org/10.3917/ethn.064.0613.&#034;&gt;2006&lt;/a&gt;) et de savoir utiliser un dispositif filmique ad&#233;quat. Dans cet environnement particuli&#232;rement difficile &#224; ethnographier, la captation de paysages sonores et visuels repose donc sur un travail collectif. La s&#233;lection des sites de tournage est le fruit des &#233;changes au sein de notre &#233;quipe, enrichis par l'enqu&#234;te qualitative r&#233;alis&#233;e par Aur&#233;lie Darbouret aupr&#232;s de divers usagers de la mer &#224; Marseille. Sandrine Ruitton et Delphine Thibault ont film&#233; la plupart des s&#233;quences&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Quelques prises de vues ont &#233;t&#233; r&#233;alis&#233;es par Aur&#233;lie Darbouret &#224; l'aide (&#8230;)&#034; id=&#034;nh17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; du film en utilisant leurs appareils photos plac&#233;s dans les caissons &#233;tanches. Durant le tournage, les deux cheffes op&#233;ratrices disposent d'un moniteur sous l'eau tandis que le reste de l'&#233;quipe stationne sur un bateau sans &#233;cran retour &#224; la surface.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question de la couleur dans les films sous-marins est &#224; la fois technique et &#233;pist&#233;mologique. La physique de la lumi&#232;re, sa diffusion et son absorption sont cruciales pour comprendre comment la couleur est per&#231;ue sous l'eau. La couleur et la turbidit&#233; de l'eau sont li&#233;es &#224; la composition biog&#233;ochimique de l'eau et aux variations des entit&#233;s planctoniques ou d&#233;tritiques, que les oc&#233;anographes &#233;tudient comme des marqueurs de variations biologiques potentiellement li&#233;es aux activit&#233;s humaines (Dierssen &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;DIERSSEN Heidi M., 2010. &#171; Perspectives on empirical approaches for ocean color remote sensing of chlorophyll in a changing climate &#187;, &lt;i&gt;Proceedings of the National Academy of Sciences&lt;/i&gt;, 107 (40), p. 17073&#8209;17078.&#034;&gt;2010&lt;/a&gt;). En outre, l'absorption de la lumi&#232;re solaire dans l'eau de mer modifie sa composition spectrale, les diff&#233;rentes longueurs d'onde &#233;tant absorb&#233;es &#224; diff&#233;rentes profondeurs&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le projet La couleur de l'eau de Nicolas Floc'h est particuli&#232;rement (&#8230;)&#034; id=&#034;nh18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ces consid&#233;rations ont guid&#233; notre approche de la lumi&#232;re. D&#232;s le d&#233;but de notre exp&#233;rimentation, nous avons &#233;t&#233; confront&#233;s au dilemme suivant : utiliser un &#233;clairage artificiel pour restituer les couleurs telles qu'elles appara&#238;traient sur terre ou embrasser l'alt&#233;rit&#233; inh&#233;rente &#224; l'environnement sous-marin en laissant les variations de couleurs naturelles guider notre r&#233;cit visuel. Nous avons choisi de privil&#233;gier la lumi&#232;re naturelle, refl&#233;tant ainsi notre engagement &#224; respecter l'alt&#233;rit&#233; inh&#233;rente au monde sous-marin plut&#244;t que de lui imposer des normes terrestres. Cette d&#233;cision fait &#233;cho aux probl&#233;matiques esth&#233;tiques explor&#233;es par J&#233;r&#233;mie Brugidou (&lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;BRUGIDOU J&#233;r&#233;mie, 2022. &lt;i&gt;Vers une &#233;cologie de l'apparition : Cin&#233;ma, corps, bioluminescence&lt;/i&gt;. Paris, &#201;ditions Mim&#233;sis.&#034;&gt;2022&lt;/a&gt;) dans ses travaux sur la repr&#233;sentation cin&#233;matographique de ph&#233;nom&#232;nes lumineux naturels, telle que la bioluminescence, qui d&#233;fient les standards d'&#233;clairage conventionnels. Cette approche &#233;tait coh&#233;rente avec notre objectif plus large de maintenir l'int&#233;grit&#233; de l'environnement sous-marin dans nos repr&#233;sentations visuelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces choix se sont affirm&#233;s au fil des s&#233;quences de d&#233;rushage qui ont nourri les d&#233;bats et ont permis d'am&#233;liorer les prises de vues lors des campagnes suivantes de tournage. De nouveaux objectifs filmiques sont apparus au fur et &#224; mesure, comme celui de privil&#233;gier les plans larges et &#233;viter les plans serr&#233;s se concentrant sur les esp&#232;ces marines.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;a id=&#034;captations-sonores-entendre-imperceptible-4&#034; name=&#034;captations-sonores-entendre-imperceptible-4&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;a id=&#034;a3.2&#034; name=&#034;a3.2&#034;&gt;&lt;/a&gt;Captations sonores : entendre l'imperceptible&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Dans la continuit&#233; du film de Cousteau et Malle, &lt;i&gt;Le monde du silence, &lt;/i&gt;qui pr&#233;tend donner acc&#232;s &#224; un monde sans bruit, la plupart des films documentaires sous-marins bannissent le son direct et ont massivement recours &#224; de la musique, du &lt;i&gt;sound design&lt;/i&gt; ou encore &#224; une voix off souvent omnipr&#233;sente. Notre perception des sons sous-marins repose sur une absence de r&#233;f&#233;rentiel cognitif et perceptif. Pourtant, le son joue un r&#244;le essentiel dans l'exp&#233;rience sensorielle de l'espace sous-marin, mais reste une dimension sous-explor&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons opt&#233; pour un choix radicalement oppos&#233; en mobilisant plusieurs protocoles de captation sonore. Le son capt&#233; par le micro de l'appareil photo a &#233;t&#233; &#233;cart&#233; car il restitue avant tout celui de la respiration de l'op&#233;ratrice. Nous avons utilis&#233;, soit un micro filaire reli&#233; &#224; un enregistreur&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans ce cas, un micro Ambient MSK1 a &#233;t&#233; branch&#233; sur enregistreur Mixpre6.&#034; id=&#034;nh19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; par un c&#226;ble plong&#233; depuis la surface, soit un dispositif immersible&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Un enregistreur acoustique Sylence, coupl&#233; &#224; un hydrophone Colmar.&#034; id=&#034;nh20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, plac&#233; sur le substrat fonctionnant en autonomie pour une p&#233;riode d&#233;finie. La densit&#233; de l'eau modifie la fa&#231;on dont les ondes sonores se propagent, cr&#233;ant un environnement acoustique tr&#232;s diff&#233;rent de celui de la terre ferme (Lurton &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;LURTON Xavier, 1998. &lt;i&gt;Acoustique sous-marine. Pr&#233;sentation et applications&lt;/i&gt;. Plouzan&#233;, Ifremer.&#034;&gt;1998&lt;/a&gt;). Cela a des cons&#233;quences importantes sur l'enregistrement et l'interpr&#233;tation des sons sous-marins, o&#249; la source peut &#234;tre difficile &#224; localiser et o&#249; les bruits d'origine humaine, tels que ceux des navires, peuvent dominer le paysage sonore. N'&#233;tant pas bioacousticiens, nous ne pouvions pas diff&#233;rencier finement les vocalisations animales, ni identifier les esp&#232;ces. Cette impossibilit&#233; est devenue un levier productif pour acc&#233;der &#224; l'alt&#233;rit&#233; de cet espace inconnu et inaudible (Helmreich, Roosth &amp; Friedner &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;HELMREICH Stefan, ROOSTH Sophia &amp; FRIEDNER Michele, 2015. &lt;i&gt;Sounding the Limits of Life : Essays in the Anthropology of Biology and Beyond&lt;/i&gt;. Princeton, Princeton University Press.&#034;&gt;2015&lt;/a&gt;). Moins que de constituer un inventaire acoustique quantitatif, il s'agissait pour nous de saisir la texture globale du paysage sonore tel qu'il se donne &#224; entendre &#224; des non-sp&#233;cialistes. L'exp&#233;rience du trouble est ainsi devenue un point d'appui central dans notre exploration de l'alt&#233;rit&#233; fondamentale de l'oc&#233;an.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nos premiers enregistrements ont &#233;t&#233; d&#233;cevants car ils contenaient des sons li&#233;s aux manipulations (du c&#226;ble et de l'appareil), aux chocs des vagues sur la coque du bateau ou au crissement des cha&#238;nes d'amarrage. De plus, la captation large du son benthique ressemble &#224; un cr&#233;pitement continu et r&#233;p&#233;t&#233; qui envahit tout l'espace sonore, comme le bruit d'une foule sur un march&#233; ou dans un stade. Au fil des exp&#233;riences, notre oreille s'est peu &#224; peu affin&#233;e, permettant de positionner nos micros diff&#233;remment et plus pr&#233;cis&#233;ment pour discerner des variations rythmiques, percussives et pour finalement nous permettre d'identifier des singularit&#233;s. Pour la faune marine&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les recherches en biologique acoustique ont d&#233;montr&#233; que les sons sont (&#8230;)&#034; id=&#034;nh21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, on sait d'ailleurs qu'il n'est pas seulement question de perceptions auditives, mais aussi de vibrations, d'ondes m&#233;caniques qui, en traversant la masse d'eau, transmettent des signaux s&#233;miotiques vitaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur les quinze points d'enregistrements r&#233;partis du nord au sud de la baie de Marseille, nous avons observ&#233; la pr&#233;sence r&#233;currente du cr&#233;pitement continu des crustac&#233;s et d'autres organismes de la zone benthique mais aussi celle des bruits de moteurs, et ce, de fa&#231;on souvent &#233;crasante. Ces sons de moteurs g&#233;n&#232;rent des interf&#233;rences pour les autres vivants, sources de perturbations comportementales, de masquage acoustique, de l&#233;sions physiques non l&#233;tales et l&#233;tales, qui peuvent influencer la d&#233;mographie des esp&#232;ces (Duarte &lt;i&gt;et al&lt;/i&gt;. &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;DUARTE Carlos M., CHAPUIS Lucille, COLLIN Shaun P., COSTA Daniel P., DEVASSY Reny P., EGUILUZ Victor M., ERBE Christine, GORDON Timothy A. C., HALPERN Benjamin S., HARDING Harry R., HAVLIK Michelle N., MEEKAN Mark, MERCHANT Nathan D., MIKSIS-OLDS Jennifer L., PARSONS Miles, PREDRAGOVIC Milica, RADFORD Andrew N., RADFORD Craig A., SIMPSON Stephen D., SLABBEKOORN Hans, STAATERMAN Erica, VAN OPZEELAND Ilse C., WINDEREN Jana, ZHANG Xiangliang &amp; JUANES Francis, 2021. &#171; The soundscape of the Anthropocene ocean &#187;, &lt;i&gt;Science&lt;/i&gt;, 371 (6529), p. eaba4658.&#034;&gt;2021&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nous sommes attach&#233;s &#224; identifier et restituer les points de tension sonore et d'articulation entre les biophonies, les g&#233;ophonies et l'anthropophonie sous-marines&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La g&#233;ophonie d&#233;signe les sons produits par des organismes non-vivants, la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; (Krause &amp; Pi&#233;lat &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;KRAUSE Bernie &amp; PI&#201;LAT Thierry, 2018. &lt;i&gt;Le grand orchestre des animaux : c&#233;l&#233;brer la symphonie de la nature&lt;/i&gt;. Paris, Flammarion.&#034;&gt;2018&lt;/a&gt;). La technophonie, qui d&#233;signe plus pr&#233;cis&#233;ment le bruit g&#233;n&#233;r&#233; par les activit&#233;s humaines, est apparue comme un motif dominant dans nos enregistrements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons &#233;t&#233; frapp&#233;s par l'incongruit&#233; sonore entre ce que nous entendions et voyons au-dessus de l'eau et ce que nous enregistrions en dessous. Par exemple, en observant et en enregistrant des surfeurs sur des planches &#233;lectriques (&lt;i&gt;e-foil&lt;/i&gt;) dans la zone de loisirs nautique de la Pointe Rouge, nous avons remarqu&#233; qu'ils semblaient glisser silencieusement &#224; la surface. Pourtant, sous l'eau, nous &#233;tions confront&#233;s &#224; des sons stridents, de forts d&#233;cibels dans les hautes fr&#233;quences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La technophonie, bien que souvent dure et d&#233;sagr&#233;able, est un aspect significatif de la r&#233;alit&#233; sous-marine ayant un impact de plus en plus document&#233; sur les mondes vivants marins. Cela pose le d&#233;fi de la restitution de paysages sonores agressifs pour les oreilles, r&#233;aliste tout en &#233;tant engageante pour l'auditeur.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;a id=&#034;salle-montage-comme-laboratoire-5&#034; name=&#034;salle-montage-comme-laboratoire-5&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;a id=&#034;a4&#034; name=&#034;a4&#034;&gt;&lt;/a&gt;La salle de montage comme laboratoire &lt;/h3&gt; &lt;h4 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;a id=&#034;postproduction-combinaison-sons-asynchrones-6&#034; name=&#034;postproduction-combinaison-sons-asynchrones-6&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;a id=&#034;a4.1&#034; name=&#034;a4.1&#034;&gt;&lt;/a&gt;Postproduction : combinaison de sons asynchrones et d'images&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;La quatri&#232;me &#233;tape de la fabrication de notre film s'est d&#233;roul&#233;e dans la salle de montage. Nous avons visionn&#233; des heures de rushs et &#233;cout&#233; des heures de captations sonores que nous devions s&#233;lectionner et articuler dans la perspective de construire un r&#233;cit. Peu &#224; peu, des id&#233;es se sont &#233;chafaud&#233;es et diff&#233;rentes options ont &#233;t&#233; test&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette phase de postproduction nous a permis de cataloguer les s&#233;quences visuelles par date, par lieu et par sujet. Le tri, le catalogage et l'attribution de mots-cl&#233;s aux enregistrements sonores se sont av&#233;r&#233;s encore plus longs et difficiles. Notre micro-enregistreur submersible&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'enregistreur acoustique sous-marin Sylence, coupl&#233; &#224; un hydrophone Colmar, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; nous a permis de r&#233;aliser des enregistrements de longue dur&#233;e, mais en cons&#233;quence, nous nous sommes retrouv&#233;s confront&#233;s &#224; des heures de pistes sonores relativement similaires, compos&#233;es de bruissements g&#233;ophoniques et de craquements benthiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour naviguer dans cette vaste quantit&#233; de mat&#233;riel, nous avons appris &#224; lire les formes d'ondes audios et les spectrogrammes de fr&#233;quence&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gr&#226;ce au logiciel iZotope RX.&#034; id=&#034;nh24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, ce qui nous a permis d'identifier des signatures sonores et des vocalisations animales masqu&#233;es par l'ambiance sonore g&#233;n&#233;rale, et notamment le son des moteurs de bateaux. Au fil du temps, nous avons d&#233;couvert que ces outils audios offraient des possibilit&#233;s infinies et radicales de traitement. Plut&#244;t que d'intervenir sur le son par des traitements num&#233;riques, notre travail de postproduction a consist&#233; en un assemblage, fond&#233; sur l'&#233;coute et la s&#233;lection des enregistrements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre processus de postproduction ressemblait &#224; celui d'un ethnographe passant des heures &#224; &#233;plucher ses notes de terrain pour trouver des moments de clart&#233;. Nous avons &#233;cout&#233; attentivement afin d'identifier et d'isoler les passages o&#249; le monde sous-marin pouvait &#234;tre entendu sans &#234;tre perturb&#233; par les bruits de notre pr&#233;sence. Notre intervention relevait donc d'un choix compositionnel : d&#233;cider de ce qu'il fallait inclure ou exclure, et de la mani&#232;re de superposer des sons asynchrones issus d'un m&#234;me site pour construire une sc&#232;ne coh&#233;rente. En nous abstenant de tout effet num&#233;rique, nous avons cherch&#233; &#224; cr&#233;er un paysage sonore enti&#232;rement compos&#233; &#224; partir de la mati&#232;re sonore brute &#171; extraite &#187; de l'environnement marin, bien qu'il s'agisse d'une construction, d'une interpr&#233;tation de nos donn&#233;es sonores et ethnographiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les contraintes techniques du travail en mer ont n&#233;cessit&#233; des strat&#233;gies cr&#233;atives pour combiner le son et l'image. Au d&#233;part, dans nos premi&#232;res &#233;bauches, nous n'avons utilis&#233; que le son synchrone enregistr&#233; &#224; partir de l'appareil photo, ce qui a cr&#233;&#233; une ambiance sonore domin&#233;e par le d&#233;tendeur du plongeur. Bien que ce son mette l'accent sur les n&#233;cessit&#233;s techniques de la cr&#233;ation d'images sous-marines, nous avons trouv&#233; qu'il prenait trop de place dans la narration. Par cons&#233;quent, nous avons supprim&#233; ces sons synchrones, &#224; l'exception de quelques moments o&#249; les plongeurs &#233;taient pr&#233;sents dans le cadre, et nous avons exp&#233;riment&#233; la vaste banque de sons enregistr&#233;s de mani&#232;re asynchrone.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;couverte, lors des projections-tests, que les spectateurs percevaient nos sons asynchrones comme synchrones fut une lib&#233;ration. Elle nous a permis d'adopter le hors-champ sonore non pas comme une simple strat&#233;gie esth&#233;tique, mais comme un outil m&#233;thodologique. Ce choix s'ancre dans la r&#233;alit&#233; m&#234;me du monde sous-marin, o&#249; le champ acoustique, omnidirectionnel et difficile &#224; localiser, domine un champ visuel souvent restreint. Ainsi, le hors-champ sonore n'est pas un artifice, mais une mani&#232;re d'interpr&#233;ter et de traduire fid&#232;lement le caract&#232;re immersif et d&#233;sorientant du paysage acoustique sous-marin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un exemple frappant de cette approche est l'utilisation d'une vid&#233;o d'archive r&#233;alis&#233;e par un drone sous-marin dans le canyon de la Cassidaigne, &#224; une profondeur de 324 m&#232;tres. Nous avons conserv&#233; le bourdonnement &#233;lectronique du son de synchronisation du drone &#224; un faible niveau et l'avons superpos&#233; &#224; un enregistrement r&#233;alis&#233; &#224; 200 m&#232;tres de la c&#244;te, &#224; une profondeur de 3 m&#232;tres, lors d'une soir&#233;e du Delta Festival. Les basses fr&#233;quences de la musique ont p&#233;n&#233;tr&#233; dans la mer, g&#233;n&#233;rant un concert subaquatique subi pour les auditeurs non humains. Cette combinaison de sons dans le montage a cr&#233;&#233; un autre monde sensoriel, sugg&#233;rant l'influence omnipr&#233;sente des activit&#233;s humaines de la surface aux profondeurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme pour un tournage terrestre, le travail du montage a n&#233;cessit&#233; une interpr&#233;tation de la r&#233;alit&#233; en s&#233;lectionnant certains traits et en supprimant d'autres, en amplifiant des effets sonores pour les rendre plus intelligibles pour les auditeurs et les auditrices qui ne sont pas accoutum&#233;s &#224; l'&#233;coute du monde sous-marin. Cette &#233;criture filmique sensorielle et cr&#233;ative tente de d&#233;crire le monde subaquatique comme un lieu de cohabitation intersp&#233;cifique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'instar du montage sonore, les syst&#232;mes de montage non lin&#233;aire contemporains offrent de vastes possibilit&#233;s de d&#233;calage et d'&#233;talonnage des images apr&#232;s le tournage. Le dilemme de la couleur qui s'est pos&#233; dans la phase de tournage a persist&#233; tout au long du processus de postproduction. Dans sa derni&#232;re phase, nous nous sommes concentr&#233;s sur l'&#233;talonnage et la correction des couleurs afin de d&#233;velopper un aspect visuel coh&#233;rent entre les images film&#233;es avec diff&#233;rentes cam&#233;ras, &#224; des profondeurs et dans des conditions d'&#233;clairage variables.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;a id=&#034;construction-recit-immersif-sensoriel-7&#034; name=&#034;construction-recit-immersif-sensoriel-7&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;a id=&#034;a4.2&#034; name=&#034;a4.2&#034;&gt;&lt;/a&gt;Construction d'un r&#233;cit immersif et sensoriel&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;La derni&#232;re &#233;tape de ce travail a consist&#233; &#224; construire une narration. Nous avons d'abord envisag&#233; le r&#233;cit comme une travers&#233;e allant du nord au sud de la baie de Marseille, d&#233;butant dans les fonds du Grand port maritime de Marseille pour finir dans les profondeurs obscures du canyon de Cassidaigne, site des rejets historiques de &#171; boues rouges &#187; (Juanals &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;JUANALS Brigitte, 2021. &#171; La crise environnementale et sanitaire des &#8220;boues rouges&#8221; dans la presse locale en Provence &#187;, &lt;i&gt;Anthropologie &amp; Sant&#233;. Revue internationale francophone d'anthropologie de la sant&#233;&lt;/i&gt;, 22, https://doi.org/10.4000/anthropologiesante.9148.&#034;&gt;2021&lt;/a&gt;) et de l'actuel effluent industriel de Gardanne (Jacquet &lt;i&gt;et al&lt;/i&gt;. &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;JACQUET St&#233;phanie, MONNIN Christophe, HERLORY Olivier, MILLE Deborah, DUFOUR Aur&#233;lie, OURSEL Benjamin, HEIMB&#220;RGER-BOAVIDA Lars-Eric, D'ONOFRIO S&#233;bastien, LAYGLON Nicolas &amp; GARNIER C&#233;dric, 2021. &#171; Characterization of the submarine disposal of a Bayer effluent (Gardanne alumina plant, southern France) : I. Size distribution, chemical composition and settling rate of particles forming at the outfall &#187;, &lt;i&gt;Chemosphere&lt;/i&gt;, 263, p. 127695.&#034;&gt;2021&lt;/a&gt;). Apr&#232;s plusieurs versions de montage, discut&#233;es par l'&#233;quipe interdisciplinaire, nous avons fait le constat que sa lin&#233;arit&#233; n'apportait aucun &#233;l&#233;ment de compr&#233;hension aux spectateurs, en raison du manque de r&#233;f&#233;rentiel pour se situer sous l'eau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le traitement de la r&#233;f&#233;rentialit&#233;, c'est-&#224;-dire la mani&#232;re dont les images se rapportent &#224; des lieux et &#224; des contextes situ&#233;s et identifi&#233;s, est un aspect central de la cr&#233;ation de r&#233;cits sous-marins immersifs. Les approches documentaires traditionnelles s'appuient souvent sur une r&#233;f&#233;rentialit&#233; exog&#232;ne, en fournissant des marqueurs explicites de lieu, de profondeur et des &#233;l&#233;ments de contextualisation visant &#224; faciliter la compr&#233;hension du spectateur. Cependant, dans le contexte des paysages sous-marins, cette approche peut s'av&#233;rer contre-productive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En abandonnant une r&#233;f&#233;rentialit&#233; explicite, nous risquons de perdre un certain degr&#233; de lisibilit&#233; : le spectateur ne saura pas s'il se trouve &#224; l'entr&#233;e du port ou dans les Calanques. Cependant, ce qui est gagn&#233; est, &#224; notre sens, plus profond. Cette strat&#233;gie force le passage d'une compr&#233;hension g&#233;ographique ou cognitive &#224; une compr&#233;hension ph&#233;nom&#233;nologique. En refusant de fournir des points d'ancrage familiers, le film plonge le spectateur dans la logique fluide propre &#224; l'oc&#233;an &#8211; une logique de transformation constante, d'ambigu&#239;t&#233; visuelle et de porosit&#233; sonore. La d&#233;sorientation n'est pas un manque d'information ; elle est l'argument central du film lui-m&#234;me : celui que la &#171; mer anthropoc&#233;nique &#187; (Artaud, Chlous &amp; Mariat-Roy &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;ARTAUD H&#233;l&#232;ne, CHLOUS Fr&#233;d&#233;rique &amp; MARIAT-ROY Emilie, 2021. &#171; Des mers anthropoc&#233;niques ? Un colloque au Mus&#233;um national d'histoire naturelle &#187;, &lt;i&gt;Natures Sciences Soci&#233;t&#233;s&lt;/i&gt;, 29 (2), p. 198&#8209;205, https://doi.org/10.1051/nss/2021037.&#034;&gt;2021&lt;/a&gt;) est un espace chim&#233;rique o&#249; les fronti&#232;res claires se sont d&#233;j&#224; dissoutes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette approche ph&#233;nom&#233;nologique se fonde sur la confrontation du corps &#224; un monde non familier. Comme le soutient Maurice Merleau-Ponty (&lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;MERLEAU-PONTY Maurice, 2018 (1945). &lt;i&gt;Ph&#233;nom&#233;nologie de la perception&lt;/i&gt;. Paris, Gallimard.&#034;&gt;2018&lt;/a&gt;), la perception n'est pas une r&#233;ception passive mais un engagement corporel actif. Notre film explore cette id&#233;e en mettant &#224; l'&#233;preuve les limites de l'appareil sensoriel terrestre du spectateur. Cette exploration passe notamment par ce que Laura Marks (&lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;MARKS Laura U., 2000. &lt;i&gt;The Skin of the Film : Intercultural Cinema, Embodiment, and the Senses&lt;/i&gt;. Durham, Duke University Press.&#034;&gt;2000&lt;/a&gt;) appelle la visualit&#233; haptique, une forme de perception visuelle qui sollicite le toucher autant que la vue. Contrairement &#224; une vision &#171; optique &#187;, qui privil&#233;gie la clart&#233; et la profondeur de champ, la visualit&#233; haptique repose sur une relation de proximit&#233;, de texture et d'opacit&#233;. Nous soutenons que, de par sa turbidit&#233;, la diffusion de la lumi&#232;re et la mise en avant de textures floues plut&#244;t que de contours nets, l'environnement sous-marin g&#233;n&#232;re naturellement ce type d'images : des images qui ne se lisent pas, mais se ressentent. Cet engagement avec la surface mat&#233;rielle de l'image et l'exp&#233;rience ph&#233;nom&#233;nale du corps ouvre la possibilit&#233; d'une mani&#232;re plus intime de conna&#238;tre l'oc&#233;an.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette ambigu&#239;t&#233; visuelle, loin d'&#234;tre un obstacle, devient le moteur du r&#233;cit. Elle cr&#233;e un espace de questionnement et de r&#233;flexion qui, comme le montre l'ethnographe sensoriel David MacDougall (&lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;MACDOUGALL David, 2005. &lt;i&gt;The Corporeal Image : Film, Ethnography, And The Senses&lt;/i&gt;. Princeton, Princeton University Press.&#034;&gt;2005&lt;/a&gt;), est crucial pour un cin&#233;ma qui valorise le processus et la transformation plut&#244;t que la description statique. Fran&#231;ois Laplantine, quant &#224; lui, propose de ne pas chercher &#224; combler les vides inh&#233;rents &#224; la repr&#233;sentation fragmentaire, mais de consid&#233;rer ces manques et ellipses comme des espaces fertiles. En laissant place &#224; l'ambigu&#239;t&#233; visuelle et &#224; l'intrigue perceptive, ces images sous-marines offrent &#171; la possibilit&#233; d'imaginer &#187; (Laplantine &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;LAPLANTINE Fran&#231;ois, 2007. &#171; Penser en images &#187;, &lt;i&gt;Ethnologie fran&#231;aise&lt;/i&gt;, 37 (1), p. 47&#8209;56.&#034;&gt;2007&lt;/a&gt;), ce qui invite le spectateur &#224; une participation active, non pas fond&#233;e sur la reconnaissance ou la compr&#233;hension imm&#233;diate, mais sur une copr&#233;sence affective avec un monde partiellement inaccessible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la version finale du film, nous avons opt&#233; pour un dispositif sensoriel d&#233;contextualis&#233;, qui privil&#233;gie une exp&#233;rience de d&#233;sorientation. Celle-ci incite &#224; r&#233;examiner le regard : la mani&#232;re dont nous observons, &#233;coutons et interpr&#233;tons le monde qui nous entoure. Faisant &#233;cho &#224; la distinction de Tim Ingold (&lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;INGOLD Tim, 2000. &lt;i&gt;The Perception of the Environment : Essays on Livelihood, Dwelling and Skill&lt;/i&gt;. London, Routledge.&#034;&gt;2000&lt;/a&gt;), notre objectif est de faire passer le spectateur d'un rapport au monde en tant que paysage, une surface &#224; regarder, &#224; une exp&#233;rience du monde en tant qu'environnement, un volume &#224; parcourir. Ce basculement d&#233;place le public de la posture d'un observateur ext&#233;rieur &#224; celle d'un &#234;tre immerg&#233; dans un environnement dynamique. La perturbation g&#233;n&#233;r&#233;e par ces images ne vise pas &#224; imposer une interpr&#233;tation unique. Elle cherche plut&#244;t &#224; d&#233;placer la perspective du spectateur, l'invitant &#224; passer d'un point de vue anthropocentrique &#224; une &#233;coute plus situ&#233;e, centr&#233;e sur l'oc&#233;an.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La promesse filmique, celle de filmer l'espace sous-marin comme un paysage social, agit comme un catalyseur et induit l'id&#233;e qu'en filmant ces interactions sous-marines, &#224; travers les pr&#233;sences multiples de traces, de bruits, de rejets, l'humain surgit un peu partout dans le paysage sous-marin. L'&#233;tonnement et le trouble sont mobilis&#233;s comme des instigateurs de questionnement et de d&#233;centrement, mettant en jeu notre imaginaire de l'espace sous-marin. Notre dispositif cherche alors &#224; d&#233;placer notre regard pour acc&#233;der &#224; une perception des pr&#233;sences humaines sous la surface et de ses impacts : une perception de la mer en tant que paysage social et technique, profond&#233;ment fa&#231;onn&#233; par les activit&#233;s humaines. La perturbation g&#233;n&#233;r&#233;e par ces images ne vise pas &#224; contraindre l'adh&#233;sion &#224; une interpr&#233;tation sp&#233;cifique, mais &#224; inviter le spectateur &#224; reconsid&#233;rer ses id&#233;es pr&#233;con&#231;ues sur l'oc&#233;an &#224; travers une exp&#233;rience sensible de trouble et de d&#233;placement.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;a id=&#034;conclusion-intersection-des-disciplines-8&#034; name=&#034;conclusion-intersection-des-disciplines-8&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;a id=&#034;a5&#034; name=&#034;a5&#034;&gt;&lt;/a&gt;Conclusion : &#224; l'intersection des disciplines&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;&#192; l'intersection de l'ethnographie sensorielle et des sciences de la mer interdisciplinaires, le film &lt;i&gt;Under Pressure&lt;/i&gt; forge une nouvelle approche pour comprendre et repr&#233;senter les mondes oc&#233;aniques. Plut&#244;t que de pr&#233;senter la mer comme une simple toile de fond pour des r&#233;cits humains, la contribution de ce projet r&#233;side dans la synth&#232;se de ses m&#233;thodes : l'expertise scientifique des oc&#233;anographes permet l'acc&#232;s &#224; l'environnement marin, tandis que l'approche sensorielle et audiovisuelle des anthropologues traduit les enchev&#234;trements &#233;cologiques complexes en une forme exp&#233;rientielle et visc&#233;rale (Pink &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;PINK Sarah, 2015. &lt;i&gt;Doing Sensory Ethnography&lt;/i&gt;, 2e &#233;dition. London, Sage Publications Ltd.&#034;&gt;2015&lt;/a&gt;). En privil&#233;giant l'immersion sensorielle plut&#244;t qu'une pr&#233;sentation didactique des impacts anthropog&#233;niques, &lt;i&gt;Under Pressure&lt;/i&gt; offre un environnement immersif et affectif qui incite les spectateurs &#224; revoir leur mani&#232;re de percevoir, d'&#233;couter et d'exister dans le monde marin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette approche ne se contente pas de dissoudre les fronti&#232;res qui s&#233;parent la terre de la mer ou l'humain du non-humain ; elle affirme qu'une &#233;thique efficace pour l'Anthropoc&#232;ne doit &#234;tre incarn&#233;e et sensorielle. Elle sugg&#232;re que face aux crises environnementales, nos r&#233;cits les plus persuasifs ne sont peut-&#234;tre pas ceux qui pr&#233;sentent simplement des donn&#233;es, mais ceux qui cr&#233;ent les conditions d'une rencontre d'un genre nouveau. En g&#233;n&#233;rant un sentiment d'&#233;tonnement, de connexion et de trouble, le travail cherche &#224; cultiver une relation plus intime et responsable avec les &#233;cosyst&#232;mes marins que nous habitons et transformons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet engagement s'&#233;tend au-del&#224; de la cr&#233;ation du film et de l'article eux-m&#234;mes. La diffusion des objets audiovisuels aupr&#232;s de publics acad&#233;miques ou non (journ&#233;es d'&#233;tudes, conf&#233;rences, projections-d&#233;bats, s&#233;ances d'&#233;coute comment&#233;es), prolonge l'exploration audiovisuelle par un dialogue de la science avec la soci&#233;t&#233; qui nourrit, explicite et confronte l'approche interdisciplinaire, en plus de constituer des moments f&#233;d&#233;rateurs pour le collectif.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Deuxi&#232;me film sous-marin en couleur, ce documentaire a connu un &#233;norme succ&#232;s remportant la palme d'or &#224; Cannes (1956) et l'oscar du meilleur film documentaire (1957). Il continue &#224; &#234;tre le film documentaire au plus gros succ&#232;s commercial en salle avec 4,6 millions entr&#233;es en France.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir, parmi de nombreux autres, les travaux men&#233;s par l'artiste chercheur J&#233;r&#233;mie Brugidou, par le biologiste et photographe Christian Sardet, les collaborations entre bioacousticiens et musiciens, ou celles initi&#233;es lors des missions de la go&#233;lette Tara.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Pr&#233;sHuMer : Perception de la pr&#233;sence humaine en mer &#187; financ&#233; par la Mission pour les initiatives transverses et interdisciplinaire (MITI) du CNRS, &lt;a href=&#034;https://centrenorbertelias.cnrs.fr/preshumer/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://centrenorbertelias.cnrs.fr/preshumer/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La Fabrique des &#233;critures ethnographique, est un lieu de cr&#233;ation bas&#233; &#224; Marseille d&#233;di&#233; aux &#233;critures sensorielles en sciences sociales. Elle d&#233;veloppe notamment un dispositif audiovisuel pour repr&#233;senter les interactions entre humains et non humains&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Film documentaire &lt;i&gt;Under Pressure&lt;/i&gt; &#224; voir sur &lt;a href=&#034;https://fabecritures.fr/projet/under-pressure/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://fabecritures.fr/projet/under-pressure/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nous appelons &#8220;baie de Marseille&#8221;, la portion de la mer M&#233;diterran&#233;e occidentale, sur sa rive nord, qui s'&#233;tend du Cap Couronne au Cap Canaille et abrite les eaux du Parc national des Calanques, cr&#233;&#233; en 2012, dont les 435 km2 de son c&#339;ur marin, sont assortis d'une aire marine adjacente de 977 km2, au large du littoral allant de la ville de Marseille &#224; celle de la Ciotat.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La baie de Marseille concentre notamment trois habitats prot&#233;g&#233;s au titre de la convention de Barcelone (les herbiers &#224; posidonie, les trottoirs &#224; lithophyllum et le corallig&#232;ne, ainsi que d'autres habitats remarquables, notamment les grottes et les t&#234;tes de canyons sous-marins.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le biotope d&#233;signe le milieu physique dans lequel vivent associ&#233;s des v&#233;g&#233;taux et des animaux. La bioc&#233;nose est l'ensemble des organismes vivants qui peuplent un biotope.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les oc&#233;anographes distinguent les esp&#232;ces p&#233;lagiques, les organismes marins qui vivent dans la colonne d'eau, loin du fond marin, et les esp&#232;ces benthiques qui d&#233;signent l'ensemble des organismes marins inf&#233;od&#233;s aux fonds marins et aux s&#233;diments.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le plus connu &#224; Marseille &#233;tant le rejet des boues rouges, effluents industriels de l'usine d'aluminium situ&#233;e &#224; Gardanne.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Situ&#233; dans le Parc national des Calanques, l'&#233;missaire de Cortiou rejette les r&#233;sidus issus de la station d'&#233;puration traitant les eaux us&#233;es de Marseille et de 16 communes environnantes.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#192; Marseille, un r&#233;seau de thalassothermie assure la climatisation et le chauffage d'un quartier gr&#226;ce &#224; un &#233;change de calories avec l'eau de mer, &lt;i&gt;via&lt;/i&gt; un syst&#232;me de pompe &#224; chaleur.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Certaines sont consid&#233;r&#233;es comme envahissantes &#8211; c'est le cas de &lt;i&gt;rugulopteryx okamurae, &lt;/i&gt;une algue brune japonaise apparue en 2019 dans le Parc national des Calanques et la baie de Marseille (Ruitton &lt;i&gt;et al.&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;/spip.php ?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;RUITTON Sandrine, BLANFUN&#201; Aur&#233;lie, BOUDOURESQUE Charles-Fran&#231;ois, GUILLEMAIN Dorian, MICHOTEY Val&#233;rie, ROBLET Sylvain, THIBAULT Delphine, THIBAUT Thierry &amp; VERLAQUE Marc, 2021. &#171; Rapid Spread of the Invasive Brown Alga Rugulopteryx okamurae in a National Park in Provence (France, Mediterranean Sea) &#187;, &lt;i&gt;Water&lt;/i&gt;, 13 (16), p. 2306.&#034;&gt;2021&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Utilisation d'un appareil Canon R5 avec caisson &#233;tanche ISOTA et d'un appareil Nikon Z7 avec caissons &#233;tanche SUBAL.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'Ecosystem-Based Quality Index (EBQI) est un indicateur pour l'&#233;valuation &#233;cosyst&#233;mique des habitats marins.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ces images filmiques ont &#233;t&#233; r&#233;alis&#233;es en 2016 par une cam&#233;ra fix&#233;e sur un ROV de la Comex.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Quelques prises de vues ont &#233;t&#233; r&#233;alis&#233;es par Aur&#233;lie Darbouret &#224; l'aide d'une cam&#233;ra GoPro fix&#233;e &#224; une perche.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le projet &lt;i&gt;La couleur de l'eau de&lt;/i&gt; Nicolas Floc'h est particuli&#232;rement pertinent dans ce contexte. Son travail explore la couleur de l'eau dans divers environnements marins, en la capturant &#224; travers la lumi&#232;re naturelle et polaris&#233;e. La m&#233;thode de Floc'h consiste &#224; photographier des colonnes d'eau &#224; diff&#233;rentes profondeurs et &#224; diff&#233;rentes distances de la c&#244;te, cr&#233;ant ainsi une coupe visuelle qui refl&#232;te l'interaction complexe de la lumi&#232;re et de la couleur dans ces environnements. Son approche offre &#224; la fois un outil scientifique pour analyser la composition biog&#233;ochimique de l'eau et une exploration artistique de l'oc&#233;an en tant qu'espace de champs de couleurs immersifs et abstraits (Floc'h &lt;a href=&#034;/spip.php ?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;FLOC'H Nicolas, 2024. &lt;i&gt;La couleur de l'eau&lt;/i&gt;. Guingamp, Gwinzegal.&#034;&gt;2024&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans ce cas, un micro Ambient MSK1 a &#233;t&#233; branch&#233; sur enregistreur Mixpre6.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Un enregistreur acoustique Sylence, coupl&#233; &#224; un hydrophone Colmar.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les recherches en biologique acoustique ont d&#233;montr&#233; que les sons sont utilis&#233;s par les animaux marins pour l'orientation, la communication, l'alimentation ou encore, la reproduction (Au &amp; Hastings &lt;a href=&#034;/spip.php ?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;AU Whitlow W. L. &amp; HASTINGS Mardi C., 2008. &lt;i&gt;Principles of Marine Bioacoustics&lt;/i&gt;. New York, Springer.&#034;&gt;2008&lt;/a&gt; ; Erbe &amp; Thomas &lt;a href=&#034;/spip.php ?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;ERBE Christine &amp; THOMAS Jeanette A., 2022. &lt;i&gt;Exploring Animal Behavior Through Sound : Methods&lt;/i&gt;. Cham, Springer Nature.&#034;&gt;2022&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La g&#233;ophonie d&#233;signe les sons produits par des organismes non-vivants, la biophonie ceux produits par les vivants, tandis que l'anthropophonie qualifie les sons produits par l'esp&#232;ce humaine. Le bioacousticien Bernie Krause estime ainsi que &#171; en noyant les sons complexes de la biophonie et de la g&#233;ophonie sous notre bruit, nous perturbons ou d&#233;truisons la nature elle-m&#234;me &#187; (&lt;a href=&#034;/spip.php ?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;KRAUSE Bernie &amp; PI&#201;LAT Thierry, 2018. &lt;i&gt;Le grand orchestre des animaux : c&#233;l&#233;brer la symphonie de la nature&lt;/i&gt;. Paris, Flammarion.&#034;&gt;2018&lt;/a&gt; : 223).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'enregistreur acoustique sous-marin Sylence, coupl&#233; &#224; un hydrophone Colmar, forme un dispositif qui peut &#234;tre programm&#233; pour enregistrer de fa&#231;on autonome, &#224; intervalles d&#233;finis, sur de longues p&#233;riodes.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Gr&#226;ce au logiciel iZotope RX.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Under Pressure. Un film exp&#233;rimental&lt;/i&gt;, 2024. Production La fabrique des &#233;critures ethnographiques, 12 minutes, &lt;a href=&#034;https://vimeo.com/1009983120?share=copy&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://vimeo.com/1009983120?share=copy&lt;/a&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mdp : MARSEILLE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ARTAUD H&#233;l&#232;ne, CHLOUS Fr&#233;d&#233;rique &amp; MARIAT-ROY Emilie, 2021. &#171; Des mers anthropoc&#233;niques ? Un colloque au Mus&#233;um national d'histoire naturelle &#187;, &lt;i&gt;Natures Sciences Soci&#233;t&#233;s&lt;/i&gt;, 29 (2), p. 198&#8209;205, &lt;a href=&#034;https://doi.org/10.1051/nss/2021037&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://doi.org/10.1051/nss/2021037&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;AU Whitlow W. L. &amp; HASTINGS Mardi C., 2008. &lt;i&gt;Principles of Marine Bioacoustics&lt;/i&gt;. New York, Springer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;BECKER Howard Saul &amp; MERLLI&#201;-YOUNG Christine, 2009. &lt;i&gt;Comment parler de la soci&#233;t&#233;&lt;/i&gt;. Paris, La D&#233;couverte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;BRUGIDOU J&#233;r&#233;mie, 2022. &lt;i&gt;Vers une &#233;cologie de l'apparition : Cin&#233;ma, corps, bioluminescence&lt;/i&gt;. Paris, &#201;ditions Mim&#233;sis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;CAMPRUB&#205; Lino, 2018. &#171; Experiencing deep and global currents at a &#8216;Prototypical Strait', 1870s and 1980s &#187;, &lt;i&gt;Studies in History and Philosophy of Science Part A&lt;/i&gt;, 70, p. 6&#8209;17.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;CARRE&#209;O Arnau &amp; LLORET Josep, 2021. &#171; Environmental impacts of increasing leisure boating activity in Mediterranean coastal waters &#187;, &lt;i&gt;Ocean &amp; Coastal Management&lt;/i&gt;, 209, (105693), &lt;a href=&#034;https://doi.org/10.1016/j.ocecoaman.2021.105693&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://doi.org/10.1016/j.ocecoaman.2021.105693&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;CORBIN Alain &amp; RICHARD H&#233;l&#232;ne (dir.), 2004. &lt;i&gt;La mer, terreur et fascination&lt;/i&gt;. Paris, Biblioth&#232;que Nationale de France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;DI FRANCO E., PIERSON P., DI IORIO L., CAL&#210; A., COTTALORDA J. M., DERIJARD B., DI FRANCO A., GALV&#201; A., GUIBBOLINI M., LEBRUN J., MICHELI F., PRIOUZEAU F., RISSO-DE FAVERNEY C., ROSSI F., SABOURAULT C., SPENNATO G., VERRANDO P. &amp; GUIDETTI P., 2020. &#171; Effects of marine noise pollution on Mediterranean fishes and invertebrates : A review &#187;, &lt;i&gt;Marine Pollution Bulletin&lt;/i&gt;, 159, p. 111450.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;DIERSSEN Heidi M., 2010. &#171; Perspectives on empirical approaches for ocean color remote sensing of chlorophyll in a changing climate &#187;, &lt;i&gt;Proceedings of the National Academy of Sciences&lt;/i&gt;, 107 (40), p. 17073&#8209;17078.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;DUARTE Carlos M., CHAPUIS Lucille, COLLIN Shaun P., COSTA Daniel P., DEVASSY Reny P., EGUILUZ Victor M., ERBE Christine, GORDON Timothy A. C., HALPERN Benjamin S., HARDING Harry R., HAVLIK Michelle N., MEEKAN Mark, MERCHANT Nathan D., MIKSIS-OLDS Jennifer L., PARSONS Miles, PREDRAGOVIC Milica, RADFORD Andrew N., RADFORD Craig A., SIMPSON Stephen D., SLABBEKOORN Hans, STAATERMAN Erica, VAN OPZEELAND Ilse C., WINDEREN Jana, ZHANG Xiangliang &amp; JUANES Francis, 2021. &#171; The soundscape of the Anthropocene ocean &#187;, &lt;i&gt;Science&lt;/i&gt;, 371 (6529), p. eaba4658.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ERBE Christine &amp; THOMAS Jeanette A., 2022. &lt;i&gt;Exploring Animal Behavior Through Sound : Methods&lt;/i&gt;. Cham, Springer Nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;FAROCKI Harun, 2004. &#171; Phantom Images &#187;, &lt;i&gt;Public : Art, Culture, Ideas&lt;/i&gt;, 29, p. 12-24.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;FLOC'H Nicolas, 2024. &lt;i&gt;La couleur de l'eau&lt;/i&gt;. Guingamp, Gwinzegal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;GUIOT Jo&#235;l, MAZUREK Hubert, CURT Thomas &amp; RAIMBAULT Patrick, 2021. &lt;i&gt;Marseille et l'environnement. Bilan, qualit&#233; et enjeux. Le d&#233;veloppement durable d'une grande ville littorale face au changement climatique&lt;/i&gt;. Aix-en-Provence, Presses universitaires de Provence, &lt;a href=&#034;https://doi.org/10.4000/books.pup.41330&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://doi.org/10.4000/books.pup.41330&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;HARAWAY Donna J., 2016. &lt;i&gt;Staying With the Trouble : Making Kin in the Chthulucene&lt;/i&gt;. Durham, Duke University Press.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;HELMREICH Stefan, 2009. &lt;i&gt;Alien Ocean : Anthropological Voyages in a Microbial Sea&lt;/i&gt;. Berkeley, University of California Press.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;HELMREICH Stefan, 2007. &#171; An anthropologist underwater : Immersive soundscapes, submarine cyborgs, and transductive ethnography &#187;, &lt;i&gt;American Ethnologist&lt;/i&gt;, 34 (4), p. 621&#8209;641.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;HELMREICH Stefan, ROOSTH Sophia &amp; FRIEDNER Michele, 2015. &lt;i&gt;Sounding the Limits of Life : Essays in the Anthropology of Biology and Beyond&lt;/i&gt;. Princeton, Princeton University Press.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;HESSLER Stefanie &amp; LATOUR Bruno, 2019. &lt;i&gt;Prospecting Ocean&lt;/i&gt;. Cambridge, The MIT Press.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;INGOLD Tim, 2000. &lt;i&gt;The Perception of the Environment : Essays on Livelihood, Dwelling and Skill&lt;/i&gt;. London, Routledge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;JACOBS Bidhan, 2022. &lt;i&gt;Esth&#233;tique du signal&lt;/i&gt;. Paris, &#201;ditions Mim&#233;sis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;JACQUET St&#233;phanie, MONNIN Christophe, HERLORY Olivier, MILLE Deborah, DUFOUR Aur&#233;lie, OURSEL Benjamin, HEIMB&#220;RGER-BOAVIDA Lars-Eric, D'ONOFRIO S&#233;bastien, LAYGLON Nicolas &amp; GARNIER C&#233;dric, 2021. &#171; Characterization of the submarine disposal of a Bayer effluent (Gardanne alumina plant, southern France) : I. Size distribution, chemical composition and settling rate of particles forming at the outfall &#187;, &lt;i&gt;Chemosphere&lt;/i&gt;, 263, p. 127695.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;JUANALS Brigitte, 2021. &#171; La crise environnementale et sanitaire des &#8220;boues rouges&#8221; dans la presse locale en Provence &#187;, &lt;i&gt;Anthropologie &amp; Sant&#233;. Revue internationale francophone d'anthropologie de la sant&#233;&lt;/i&gt;, 22, &lt;a href=&#034;https://doi.org/10.4000/anthropologiesante.9148&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://doi.org/10.4000/anthropologiesante.9148&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;KIRKSEY S. Eben &amp; HELMREICH Stefan, 2010. &#171; The emergence of multispecies ethnography &#187;, &lt;i&gt;Cultural Anthropology&lt;/i&gt;, 25 (4), p. 545&#8209;576.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;KRAUSE Bernie &amp; PI&#201;LAT Thierry, 2018. &lt;i&gt;Le grand orchestre des animaux : c&#233;l&#233;brer la symphonie de la nature&lt;/i&gt;. Paris, Flammarion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LAPLANTINE Fran&#231;ois, 2007. &#171; Penser en images &#187;, &lt;i&gt;Ethnologie fran&#231;aise&lt;/i&gt;, 37 (1), p. 47&#8209;56.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LEVAIN Alix, ARTAUD H&#233;l&#232;ne, MARIAT-ROY &#201;milie, CHLOUS Fr&#233;d&#233;rique, BARDOL Frank &amp; SERA Alexander, 2023. &lt;i&gt;Elusive Partners : Contemporary Anthropological Perspectives on Marine Species&lt;/i&gt;. Paris, Publications scientifiques du Mus&#233;um national d'Histoire naturelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LURTON Xavier, 1998. &lt;i&gt;Acoustique sous-marine. Pr&#233;sentation et applications&lt;/i&gt;. Plouzan&#233;, Ifremer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;MACDOUGALL David, 2005. &lt;i&gt;The Corporeal Image : Film, Ethnography, And The Senses&lt;/i&gt;. Princeton, Princeton University Press.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;MARKS Laura U., 2000. &lt;i&gt;The Skin of the Film : Intercultural Cinema, Embodiment, and the Senses&lt;/i&gt;. Durham, Duke University Press.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;MERLEAU-PONTY Maurice, 2018 (1945). &lt;i&gt;Ph&#233;nom&#233;nologie de la perception&lt;/i&gt;. Paris, Gallimard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;MITMAN Gregg, 2009. &lt;i&gt;Reel Nature : America's Romance With Wildlife on Film&lt;/i&gt;. Seattle, University of Washington Press.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;MITTERMEIER Russell A., TURNER Will R., LARSEN Frank W., BROOKS Thomas M. &amp; GASCON Claude, 2011. &#171; Global Biodiversity Conservation : The Critical Role of Hotspots &#187;, &lt;i&gt;in&lt;/i&gt; ZACHOS Frank E. &amp; HABEL Jan Christian (eds), &lt;i&gt;Biodiversity Hotspots : Distribution and Protection of Conservation Priority Areas&lt;/i&gt;, Berlin, Springer, p. 3&#8209;22.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PARAVEL V&#233;r&#233;na &amp; Lucien CASTAING-TAYLOR, 2022. &lt;i&gt;De Humani Corporis Fabrica&lt;/i&gt;. Norte Productions, CG Cinema, Rita Producitons, Harvard University Sensory Ethnography Lab, 118min.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PINK Sarah, 2015. &lt;i&gt;Doing Sensory Ethnography&lt;/i&gt;, 2e &#233;dition. London, Sage Publications Ltd.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;RATT&#201; Stephanie, 2019. &#171; (Un)seen Seas &#187;, &lt;i&gt;Environment and Society&lt;/i&gt;, 10 (1), p. 141&#8209;157.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;RAVENEAU Gilles, 2006. &#171; La plong&#233;e sous-marine, entre neutralisation du risque et affirmation de la s&#233;curit&#233; &#187;, &lt;i&gt;Ethnologie fran&#231;aise&lt;/i&gt;, 36 (4), p. 613&#8209;623, &lt;a href=&#034;https://doi.org/10.3917/ethn.064.0613&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://doi.org/10.3917/ethn.064.0613&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ROZWADOWSKI Helen M., 2008. &lt;i&gt;Fathoming the Ocean : The Discovery and Exploration of the Deep Sea&lt;/i&gt;. Cambridge, Belknap Press.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;RUITTON Sandrine, BLANFUN&#201; Aur&#233;lie, BOUDOURESQUE Charles-Fran&#231;ois, GUILLEMAIN Dorian, MICHOTEY Val&#233;rie, ROBLET Sylvain, THIBAULT Delphine, THIBAUT Thierry &amp; VERLAQUE Marc, 2021. &#171; Rapid Spread of the Invasive Brown Alga Rugulopteryx okamurae in a National Park in Provence (France, Mediterranean Sea) &#187;, &lt;i&gt;Water&lt;/i&gt;, 13 (16), p. 2306.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STAROSIELSKI Nicole, 2015. &lt;i&gt;The Undersea Network&lt;/i&gt;. Durham, Duke University Press.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STEINBERG Philip E., 2001. &lt;i&gt;The Social Construction of the Ocean&lt;/i&gt;. Cambridge, Cambridge University Press.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SURRALL&#201;S Alexandre &amp; ARTAUD H&#233;l&#232;ne, 2018. &lt;i&gt;The Sea Within : Marine Tenure and Cosmopolitical Debates&lt;/i&gt;. Copenhague, International Working Group for Indigenous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;TSING Anna Lowenhaupt, 2015. &lt;i&gt;The Mushroom at the End of the World : On the Possibility of Life in Capitalist Ruins&lt;/i&gt;. Princeton, University Press Princeton.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;VAN DOOREN Thom, KIRKSEY Eben &amp; M&#220;NSTER Ursula, 2016. &#171; Multispecies Studies : Cultivating Arts of Attentiveness &#187;, &lt;i&gt;Environmental Humanities&lt;/i&gt;, 8 (1), p. 1&#8209;23.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Consid&#233;rer dans le travail anthropologique. La m&#233;taphore cin&#233;matographique, un proc&#233;d&#233; litt&#233;raire pour cr&#233;er de l'attention</title>
		<link>https://www.ethnographiques.org/2025/Pedezert</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.ethnographiques.org/2025/Pedezert</guid>
		<dc:date>2026-02-18T09:04:57Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>P&#233;dezert_Mich&#232;le</dc:creator>


		<dc:subject>ArticleNumero</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Cet article s'int&#233;resse &#224; la fa&#231;on dont l'enqu&#234;te de terrain et le texte ethnographique peuvent &#234;tre restitu&#233;s et interrog&#233;s par un proc&#233;d&#233; litt&#233;raire pr&#233;cis : la m&#233;taphore cin&#233;matographique. Figure litt&#233;raire d'une anthropologie de situations que j'ai men&#233;e lors de mon doctorat, elle fait revenir le cin&#233;ma en puissance dans le texte scientifique, d&#233;crit des gestes et la place d'une cam&#233;ra imaginaire que je &#8220;tiendrais&#8221; sur mon terrain. Par ce d&#233;calage et son surgissement au sein du texte, elle d&#233;veloppe une potentialit&#233; : celle de consid&#233;rer autrement les donn&#233;es de terrain, de les restituer en tenant compte de ma place, mon regard et mes &#233;motions. De plus, elle donne &#224; comprendre ce que vivent mes interlocuteurs et interlocutrices au village, alors que ce groupe de voisins et voisines traversent les &#233;preuves du grand &#226;ge. L'article cherche &#224; d&#233;montrer la pertinence de la m&#233;taphore cin&#233;matographique et la mani&#232;re dont elle dont elle est restitu&#233;e aux lecteurs et lectrices, en revenant sur trois situations ethnographi&#233;es de terrain, narr&#233;es avec cette m&#233;taphore, afin de comprendre en quoi le texte scientifique doit rendre compte d'un regard pour cr&#233;er une nouvelle attention aux interlocuteurs et interlocutrices de l'enqu&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;mots-cl&#233;s :&lt;/strong&gt; situations, interaction sociale, personnes &#226;g&#233;es, grand &#226;ge, vieillesses, cin&#233;ma, proc&#233;d&#233; litt&#233;raire, m&#233;taphore, mise en sc&#232;ne de la vie quotidienne, anthropologie de l'ordinaire&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.ethnographiques.org/2025/numero-49/" rel="directory"&gt;Num&#233;ro 49 - d&#233;cembre 2025 Regarder le soin, soigner le regard : vers une anthropologie r&#233;flexive du care&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.ethnographiques.org/ArticleNumero" rel="tag"&gt;ArticleNumero&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;&#8216;&#8216;To consider'' in ethnographic fieldwork and texts. The cinematographic metaphor, a literary device for creating attention&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
This article examines how fieldwork and ethnographic texts can be represented and subjected to analysis through a specific literary device : the cinematographic metaphor. As a literary device employed during my doctoral research, it brings the cinema back into the scientific text by describing the gestures and position of an imaginary camera that I would &#8220;hold&#8221; in my fieldwork. In this way, the cinematographic metaphor enables a different perspective on field data, taking into account the researcher's position, perspective and emotional involvement. Furthermore, it enables an understanding of the experiences of my elderly neighbours in the village as they go through the challenges of old age. This text aims to illustrate the relevance of this metaphor by revisiting three ethnographic situations from my fieldwork, narrated using this metaphor. The objective is to comprehend how scientific texts reflect a particular way of perceiving things, in order to foster renewed forms of attention to the individuals involved in the research.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;keywords&lt;/strong&gt; : situations, social interaction, elderly people, cinema, literary device, metaphor, staging ordinary life, anthropology of the ordinary&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;a id=&#034;prologue-0&#034; name=&#034;prologue-0&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;a id=&#034;a1&#034; name=&#034;a1&#034;&gt;&lt;/a&gt;Prologue&lt;/h3&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; On peut tenir la consid&#233;ration, cette perception qui est aussi un soin, ce regard qui est aussi un &#233;gard, pour une vertu de po&#232;te. [Francis] Ponge par exemple r&#233;clamait qu'on e&#251;t des &#8220;&#233;gards&#8221; pour la r&#233;alit&#233;, jusque dans la fa&#231;on que l'on a de la tenir sous les yeux et d'en parler ; c'&#233;tait ce qui appelait en lui la &lt;i&gt;rage de l'expression&lt;/i&gt; &#187;. (Mac&#233; &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;MAC&#201; Marielle, 2017. &lt;i&gt;Sid&#233;rer, consid&#233;rer. Migrants en France, 2017&lt;/i&gt;. Lagrasse, Verdier.&#034;&gt;2017&lt;/a&gt; : 31)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ce texte a un point de d&#233;part un peu sp&#233;cial. &#192; rebours d'une proposition d'article sur une enqu&#234;te utilisant le film, qui reviendrait sur la sp&#233;cificit&#233; que ce processus de cr&#233;ation offre &#224; l'ethnographie de terrain, je propose d'&#233;tudier un usage litt&#233;raire et m&#233;taphorique du cin&#233;ma. En effet, avant d'entamer mon doctorat, j'ai &#233;t&#233; cin&#233;aste et j'ai r&#233;alis&#233; des films documentaires. Mais lorsque j'ai r&#233;dig&#233; ma th&#232;se en anthropologie, je n'ai pas cherch&#233; &#224; filmer le terrain. J'y voyais plut&#244;t un enjeu d'&#233;criture. Je souhaitais faire de mon regard de cin&#233;aste un des regards au sein du texte scientifique. Pour cela, j'ai r&#233;dig&#233; nombre de situations avec force de d&#233;tails et de gros plans, mais aussi des plans longs, &#224; savoir, des plans s&#233;quences o&#249; la dur&#233;e vient dire l'attention que je porte &#224; ce que j'observe. Le magn&#233;tophone m'ayant accompagn&#233;e sur mon terrain, les donn&#233;es sonores y ont aussi une importance. C'est sur cette exp&#233;rience d'&#233;criture &#8211; de translation d'une &#233;criture cin&#233;matographique audiovisuelle &#224; sa pr&#233;sence au sein du texte litt&#233;raire comme m&#233;taphore &#8211; que cet article se propose de revenir, afin de d&#233;gager sa pertinence pour l'analyse et le r&#233;cit ethnographique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai r&#233;alis&#233; mon terrain en B&#233;arn, &#224; Carr&#232;re, aupr&#232;s d'un groupe d'interlocuteur&#183;rices. Il s'agit d'une poign&#233;e de voisin&#183;es, qui vivent leurs vieillesses au village. Venant de l&#224;, j'ai men&#233; une enqu&#234;te au long cours et en immersion totale aupr&#232;s de celles et ceux qui avaient d&#233;cid&#233; de vieillir et de mourir &#171; &#224; la maison &#187;. Sur mon terrain, j'ai &#233;t&#233; mise &#224; l'&#233;preuve, moi aussi, et mise face au fait de voir mes interlocuteur&#183;rices traverser les &#233;preuves du grand &#226;ge (Caradec &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;CARADEC Vincent, 2007. &#171; L'&#233;preuve du grand &#226;ge &#187;, &lt;i&gt;Retraite et Soci&#233;t&#233;&lt;/i&gt;, 3 (52), p. 11-37.&#034;&gt;2007&lt;/a&gt;). Pour rendre compte de ce qu'ils et elles vivaient pass&#233;s leurs 90 ans, j'ai pr&#234;t&#233; attention &#224; l'ordinaire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'anthropologie de l'ordinaire ne se base pas uniquement sur le quotidien. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; (Chauvier &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;CHAUVIER &#201;ric, 2011. &lt;i&gt;Anthropologie de l'ordinaire. Une conversion du regard&lt;/i&gt;. Toulouse, Anacharsis.&#034;&gt;2011&lt;/a&gt;) dans le but de rendre compte de leurs vieillesses. Le travail ethnographique porte sur leur vie quotidienne, mais aussi sur plusieurs situations de soin que ces voisin&#11825;es re&#231;oivent &#224; domicile, dans un village que je connais bien (mon village natal), o&#249; ils et elles n'&#233;taient plus que quelques-un.es. Parce que j'&#233;tais une anthropologue indig&#232;ne, mon souhait &#233;tait de prendre en compte la mani&#232;re dont je les percevais, en mobilisant des connaissances d'arri&#232;re-plan, en questionnant ma place et mes &#233;motions. L'id&#233;e &#233;tait non seulement de faire des &#233;motions des donn&#233;es analytiques, mais aussi de narrer le terrain &lt;i&gt;avec&lt;/i&gt; elles, pour montrer comment elles y &#233;taient inextricablement li&#233;es. Cela permet de r&#233;aliser une ethnographie de situations, o&#249; la r&#233;flexivit&#233; et la place de la chercheuse jouent un r&#244;le important, y compris son &#171; &#234;tre affect&#233;e &#187; (Favret-Saada &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;FAVRET-SAADA Jeanne, 1990. &#171; &#202;tre affect&#233;e &#187;, &lt;i&gt;Gradhiva : revue d'histoire et d'archives de l'anthropologie&lt;/i&gt;, 8, p. 3-9.&#034;&gt;1990&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;a id=&#034;pourquoi-metaphore-cinematographique-1&#034; name=&#034;pourquoi-metaphore-cinematographique-1&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;a id=&#034;a2&#034; name=&#034;a2&#034;&gt;&lt;/a&gt;Pourquoi la m&#233;taphore cin&#233;matographique ?&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Dans &lt;i&gt;La mise en sc&#232;ne de la vie quotidienne&lt;/i&gt;, Erving Goffman emploie la m&#233;taphore th&#233;&#226;trale (&#171; le monde entier est un th&#233;&#226;tre &#187;) dans le but de rendre compte du caract&#232;re construit des interactions sociales. La m&#233;taphore th&#233;&#226;trale construite par le sociologue repose sur une analogie du vocabulaire du domaine th&#233;&#226;tral avec celui de la vie quotidienne et place la notion d'acteur&#183;rices et de r&#244;les au centre de sa perspective analytique. Le fait que la m&#233;taphore en question soit construite &#224; partir d'une citation de Shakespeare, elle-m&#234;me r&#233;flexive (un com&#233;dien sur sc&#232;ne disant lui-m&#234;me &#171; le monde entier est un th&#233;&#226;tre, et les hommes et les femmes y sont des acteurs, (&#8230;) et un homme, dans sa vie, joue plusieurs r&#244;les &#187;), met l'accent sur les fa&#231;ades et faux-semblant par lesquels nous nous exprimons dans les interactions quotidiennes, faisant de ces jeux et de ces r&#244;les les &#233;l&#233;ments m&#234;mes que la sociologie se doit d'analyser afin de comprendre la vie sociale (Goffman &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;GOFFMAN Erving, 1973. &lt;i&gt;La mise en sc&#232;ne de la vie quotidienne. 1. La pr&#233;sentation de soi&lt;/i&gt;, traduit de l'anglais (1959. &lt;i&gt;The presentation of self in everyday life. Relations in public&lt;/i&gt;) par Alain Accardo. Paris, Minuit.&#034;&gt;1973&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la perspective interactionniste, le champ lexical du th&#233;&#226;tre c&#244;toie par ailleurs un certain vocabulaire que l'on peut attribuer au cin&#233;ma, comme le terme &#171; &lt;i&gt;strip&lt;/i&gt; &#187; ou &#171; s&#233;quence &#187;, qui appara&#238;t dans &lt;i&gt;Les cadres de l'exp&#233;rience&lt;/i&gt; afin de d&#233;signer &#171; un moment en cours &#187; dans la vie quotidienne, poss&#233;dant un caract&#232;re indivisible, que l'on ne peut d&#233;couper &#224; loisir au risque de ne plus comprendre &#171; ce qu'il se passe &#187; (Goffman &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;GOFFMAN Erving, 1991. &lt;i&gt;Les cadres de l'exp&#233;rience&lt;/i&gt;, traduit de l'anglais par Isaac Joseph, avec Michel Dartevelle et Pascale Joseph. Paris, &#201;ditions de Minuit. (1974. &lt;i&gt;Frame analysis. An essay on the organization of experience&lt;/i&gt;).&#034;&gt;1991&lt;/a&gt; : 17-19). Ainsi, &#224; rebours de l'utilisation des donn&#233;es extraites du terrain, l'attention &#224; la &#171; s&#233;quence &#187; propos&#233;e ult&#233;rieurement par Goffman &#8211; et qui retiendra ici largement notre attention &#8211; permet quant &#224; elle de saisir ce qui arrive de l'int&#233;rieur pour les acteur&#183;ices.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On notera que le choix du terme de &#171; m&#233;taphore cin&#233;matographique &#187; rel&#232;ve d'une approche tout aussi attentive au &#171; moment en cours &#187;. Pourtant, au lieu d'insister sur la dimension th&#233;&#226;trale de la vie ordinaire, la notion insiste sur la production des donn&#233;es par l'anthropologue et leur mise en r&#233;cit. De fait, la m&#233;taphore cin&#233;matographique dont il est ici question consiste &#224; faire exister, au sein de la narration, la pr&#233;sence virtuelle d'outils d'enregistrement audiovisuels, comme la cam&#233;ra ou le magn&#233;tophone. Parfois, les outils audiovisuels sont r&#233;ellement pr&#233;sents, et je les mobilise dans le r&#233;cit pour analyser sensiblement le contenu ethnographique ; parfois, je m'en sers &#8220;comme si&#8221; j'en disposais sur place mais r&#233;alise en r&#233;alit&#233; seulement en pens&#233;e, et de mani&#232;re imaginaire, les plans et les prises de vues en question. Il y a donc m&#233;taphore au sens o&#249; je d&#233;place d'un champ &#224; l'autre une mani&#232;re de regarder (du cin&#233;ma &#224; l'anthropologie), afin de produire un savoir et un regard au sein du texte ethnographique qui prennent acte de cette mani&#232;re de voir qui provient du cin&#233;ma documentaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On le verra au fil de cet article, la pr&#233;sence virtuelle des outils d'enregistrement au sein du texte a principalement pour but de renvoyer les lecteur&#183;rices au caract&#232;re construit de l'analyse. Et de fait, la m&#233;taphore cin&#233;matographique a ceci de pertinent qu'elle suscite, par son utilisation des d&#233;tails, des gros plans, aussi bien qu'au son et &#224; l'ambiance, une attention pouss&#233;e &#224; ce qu'il se passe au sein de la situation ethnographi&#233;e, celle dans laquelle je suis &#171; engag&#233;e &#187; (Goffman &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;GOFFMAN Erving, 1981. &#171; Engagement &#187;, &lt;i&gt;La nouvelle communication&lt;/i&gt;. Textes recueillis et pr&#233;sent&#233;s par Yves Winkin. Paris, Le Seuil, p. 267-278.&#034;&gt;1981&lt;/a&gt;), comme un moment que je vis avec mes interlocuteur&#183;rices. Elle offre un r&#233;cit r&#233;flexif, qui tient compte de mon engagement tant physiquement qu'&#233;motionnellement. Elle permet de sentir et d'&#233;valuer ce qui a eu lieu et ce que j'ai observ&#233; sur le terrain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On l'a dit, la notion de s&#233;quence y est primordiale. Au cin&#233;ma, la s&#233;quence d&#233;signe l'unit&#233; de temps et de lieu d'une situation ayant les m&#234;mes acteur&#183;rices. Elle est aussi ce que chaque cin&#233;aste d&#233;limite au tournage en choisissant un d&#233;but et une fin aux situations, d&#233;coupant par l&#224; non seulement les actions, mais les d&#233;roulant comme des &#171; moments &#187; o&#249; le regard est engag&#233; face &#224; ce qui se joue dans le cadre. De m&#234;me, par l'usage de la s&#233;quence de cin&#233;ma virtuelle dans le texte anthropologique, il s'agit de donner &#224; voir une situation du terrain ou un contexte de soin dans une temporalit&#233; qui rende compte de ce qui y est v&#233;cu par les interlocuteur&#183;rices de l'enqu&#234;te. En ce sens, le d&#233;coupage du temps y est essentiel, la dur&#233;e longue &#233;galement. Si ce ne sont pas des donn&#233;es propres au cin&#233;ma, un certain cin&#233;ma documentaire de cr&#233;ation les a plac&#233;es au centre de sa pratique et de son &#233;thique, permettant un regard autre sur ce qui est pr&#233;sent&#233;.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;a id=&#034;une-consideration-autre-2&#034; name=&#034;une-consideration-autre-2&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;a id=&#034;a2.1&#034; name=&#034;a2.1&#034;&gt;&lt;/a&gt;Une consid&#233;ration autre&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Jacques Ranci&#232;re a montr&#233; combien, &#224; l'&#226;ge esth&#233;tique, ce sont les formes employ&#233;es (par les &#233;crivain&#183;es, les metteur&#183;euses en sc&#232;ne, les cin&#233;astes) qui comportent une dimension critique et qui permettent de poser un regard autre sur une situation donn&#233;e (&lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;RANCI&#200;RE Jacques, 2008. &lt;i&gt;Le spectateur &#233;mancip&#233;&lt;/i&gt;. Paris, La Fabrique.&#034;&gt;2008&lt;/a&gt;). L'un des effets de la m&#233;taphore cin&#233;matographique au sein du texte scientifique est de produire une attention et un regard relevant du &lt;i&gt;care&lt;/i&gt;, proposant une attention diff&#233;rente aux donn&#233;es ethnographiques. Par son caract&#232;re visuel et sonore, son surgissement au sein du texte &#233;crit fabrique un regard et une &#233;coute, mais aussi d&#233;cale les lecteur&#183;rices vis-&#224;-vis de ce qu'on leur propose d'&#233;tudier. La m&#233;taphore cin&#233;matographique produit ainsi une attention et un regard qui, loin de voir seulement ce qui arrive, interrogent ce que nous voyons, sinon mieux, la &lt;i&gt;mani&#232;re&lt;/i&gt; dont nous le voyons. &#192; l'image de la &#171; consid&#233;ration &#187; dont parle Marielle Mac&#233; dans son ouvrage &lt;i&gt;Sid&#233;rer, consid&#233;rer&lt;/i&gt;, la m&#233;taphore cin&#233;matographique ne se contente pas de faire &#233;tat d'une situation mais propose &#171; un regard qui soit aussi un &#233;gard &#187;, intimant de la sorte de cr&#233;er &#171; une perception qui soit aussi un soin &#187; (&lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;MAC&#201; Marielle, 2017. &lt;i&gt;Sid&#233;rer, consid&#233;rer. Migrants en France, 2017&lt;/i&gt;. Lagrasse, Verdier.&#034;&gt;2017&lt;/a&gt; : 31). C'est pourquoi il s'agira d'observer comment la m&#233;taphore cin&#233;matographique soigne le regard, cr&#233;e de l'attention, fabrique de la consid&#233;ration, en mettant l'audio et le visuel au concours d'une description du terrain et son analyse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce sens, je propose de revenir sur trois situations ethnographi&#233;es du terrain d'enqu&#234;te qui sont narr&#233;es dans ma th&#232;se avec la m&#233;taphore cin&#233;matographique et qui produisent une attention renouvel&#233;e aux interlocuteur&#183;rices de l'enqu&#234;te. L'enjeu sera d'observer comment l'usage litt&#233;raire d'une cam&#233;ra imaginaire, comment une focale mise sur la description sonore, ou encore comment la mise en sc&#232;ne du vum&#232;tre d'un magn&#233;tophone au milieu de la situation narr&#233;e, peuvent concourir &#224; produire un savoir ethnographique sur le moment en cours. Il s'agira &#233;galement de voir combien l'attention et la consid&#233;ration sont produites et fabriqu&#233;es par le biais de cette m&#233;taphore.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;a id=&#034;hannah-remonte-rue-comment-decrire-3&#034; name=&#034;hannah-remonte-rue-comment-decrire-3&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;a id=&#034;a3&#034; name=&#034;a3&#034;&gt;&lt;/a&gt;Hannah remonte la rue : comment d&#233;crire un gymkhana&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;La premi&#232;re situation o&#249; j'emploie la m&#233;taphore cin&#233;matographique consiste &#224; observer Hannah remonter la rue longue du village jusque chez moi. Dans le r&#233;cit de ce moment, je fais le choix d'expliciter comment j'imagine cette situation d'enqu&#234;te comme un moment que je pourrais filmer. Le cin&#233;ma, le cadre, la dur&#233;e, la focale choisis, forment des s&#233;quences potentielles que je raconte aux lecteur&#183;rices, qui se mettent &#224; imaginer avec moi ce qu'il se passerait dans la s&#233;quence d'un film imaginaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La m&#233;taphore du cin&#233;ma me permet tout d'abord de mettre en sc&#232;ne la profondeur de la rue et comment je regarde, depuis chez moi, Hannah marcher avec sa canne &#224; 96 ans dans le village. Au lieu de m'avancer vers elle, je reste sur le pas de la porte, car je l'ai vue arriver et d&#233;cide de l'attendre. Le texte commence par d&#233;crire l'&#233;tat des trottoirs dans le village, signifiant leur c&#244;t&#233; l&#233;g&#232;rement impraticable, comme un terrain de jeux entre les devants des granges et des garages et les voitures stationn&#233;es de fa&#231;on intermittentes c&#244;t&#233; pair. Puis, comme un souvenir, la description commence :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il m'est arriv&#233; de voir Hannah remonter la rue longue de chez elle vers chez moi, ce qui &#233;quivaut &#224; une distance d'environ 50 m&#232;tres. Avec la canne anglaise, elle me donnait l'impression de conna&#238;tre parfaitement son terrain. Elle me semblait &#234;tre une championne de gymkhana. Hannah &#233;tait relativement redress&#233;e, la canne anglaise semblait bien ajust&#233;e. Je voyais ses hanches larges ainsi que ses &#233;paules avancer, les mouvements ondul&#233;s de sa jupe dessinaient des formes arabesques. Je m'imaginais faire une prise de vue de cette remont&#233;e o&#249; de temps &#224; autre l'h&#233;ro&#239;ne de mon enqu&#234;te sortait du cadre pour entrer &#224; nouveau dans le viseur. Hannah avan&#231;ait, dans le temps du plan, entre voitures stationn&#233;es, la chauss&#233;e et le bas-c&#244;t&#233;. Elle faisait parfois des arr&#234;ts pour regarder devant elle (comme si elle scrutait la ligne d'horizon de la rue longue) ou pour jeter un &#339;il derri&#232;re elle (d'o&#249; pouvait surgir subitement un danger vrombissant) ou alors elle ralentissait dr&#244;lement pour ajuster ses pas &#224; la chauss&#233;e. Il y avait une dur&#233;e plaisante, la dur&#233;e propre &#224; Hannah pour remonter la rue. Cette dur&#233;e me permettait d'apercevoir quelques grimaces fugitives sur son visage et ses &#339;illades pr&#233;cises &#233;parses qui allaient de ses pieds pour &#233;viter les emb&#251;ches, au regard loin qui tenait plus de la promenade peupl&#233;e de plaisirs. J'apercevais son nez se creuser, elle avait l'habitude de mettre les ailettes du nez en extension compl&#232;te avec un petit sourire humble sans montrer ses difficult&#233;s ou sa victoire &#224; avancer dans la rue presque impraticable aux pi&#233;tons. &#187; (extrait de la th&#232;se, p. 90-91).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;h4 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;a id=&#034;plan-fixe-mise-valeur-des-details-4&#034; name=&#034;plan-fixe-mise-valeur-des-details-4&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;a id=&#034;a3.1&#034; name=&#034;a3.1&#034;&gt;&lt;/a&gt;Un plan fixe et la mise en valeur des d&#233;tails&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Dans le texte, la description propose un plan s&#233;quence depuis le pas de la porte. Le cadre est large et fixe, et l'h&#233;ro&#239;ne de l'enqu&#234;te remonte la rue progressivement, animant l'image de divers mouvements (les &#171; mouvements ondul&#233;s de sa jupe &#187;, une &#171; avanc&#233;e &#187; entre des voitures et une chauss&#233;e ab&#238;m&#233;e, rompue par quelques arr&#234;ts, etc.). J'induis &#233;galement une certaine lenteur en indiquant quelle dur&#233;e de plan j'aurais r&#233;alis&#233;e pour filmer sa remont&#233;e, ce qui permet d'apercevoir tant&#244;t le d&#233;cor qu'elle remonte, tant&#244;t &#171; les grimaces fugitives sur son visage &#187; et sa mani&#232;re de jeter des regards &#224; droite et &#224; gauche pour &#171; v&#233;rifier les emb&#251;ches &#187; de son trajet compliqu&#233;. Avec le plan fixe, sa lenteur, sa patience, les occurrences sont de mieux en mieux d&#233;finies au fur et &#224; mesure qu'elle avance dans le cadre. Ici, le plan s&#233;quence comme la &#171; consid&#233;ration &#187; chez Mac&#233; &#171; d&#233;signe cette disposition o&#249; se conjuguent le regard (l'examen, par les yeux ou la pens&#233;e) et l'&#233;gard, le scrupule, l'accueil s&#233;rieux de ce que l'on doit faire effort pour garder sous les yeux &#187; (&lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;MAC&#201; Marielle, 2017. &lt;i&gt;Sid&#233;rer, consid&#233;rer. Migrants en France, 2017&lt;/i&gt;. Lagrasse, Verdier.&#034;&gt;2017&lt;/a&gt; : 26). Nous devenons soucieux de ses soucis, de ses esquisses de sourire, de sa patience, de son exercice laborieux de la marche, du maniement de la canne. Nous regardons une ethnographie d'une exp&#233;rience ordinaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En nommant la s&#233;quence d'un sous-titre &#171; championne de gymkhana &#187;, la description insiste sur la performance athl&#233;tique de Hannah, souligne &#171; le sourire humble &#187; comme &#171; les ailettes de son nez &#187; qui racontent tant&#244;t &#171; une victoire &#187;, tant&#244;t &#171; une d&#233;faite &#187;. On regarde ainsi comment elle traverse l'&#233;preuve de la rue avec agilit&#233;, t&#233;nacit&#233;, modestie. Dans la dur&#233;e, on lui d&#233;couvre plusieurs qualit&#233;s successives. C'est un plan patient, qui cr&#233;e une libert&#233; du regard envers ce que l'on voit, qui active l'&#339;il en le mettant en disposition de voir de multiples d&#233;tails.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;a id=&#034;plan-fictif-pertinence-comme-5&#034; name=&#034;plan-fictif-pertinence-comme-5&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;a id=&#034;a3.2&#034; name=&#034;a3.2&#034;&gt;&lt;/a&gt;Un plan fictif : la pertinence du &#8220;comme si&#8221;&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;La m&#233;taphore cin&#233;matographique induit l'existence d'un film potentiel, comme si ce plan en faisait partie. Bien s&#251;r, ce film n'existe pas, et le lecteur sait bien qu'il ne le verra jamais. Mais comme s'il voyait la cam&#233;ra sur mon &#233;paule, et mon &#339;il dans l'&#339;illeton, et la dur&#233;e du plan que j'aurais laiss&#233;e au montage, il est alors mis en situation d'&#234;tre avec moi sur le terrain. Le cin&#233;ma est l&#224; comme une potentialit&#233; pour voir le r&#233;el. Ce film qui n'existe pas a pour moi la fonction de fabriquer, au sein du texte anthropologique, un regard, un &#171; consid&#233;rer &#187; qui propose une attention autre (Mac&#233; &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;MAC&#201; Marielle, 2017. &lt;i&gt;Sid&#233;rer, consid&#233;rer. Migrants en France, 2017&lt;/i&gt;. Lagrasse, Verdier.&#034;&gt;2017&lt;/a&gt; : 65), qui &#171; prend en estime &#187; et &#171; fait cas de &#187; (Mac&#233; &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;MAC&#201; Marielle, 2017. &lt;i&gt;Sid&#233;rer, consid&#233;rer. Migrants en France, 2017&lt;/i&gt;. Lagrasse, Verdier.&#034;&gt;2017&lt;/a&gt; : 26) l'existence des plus pr&#233;caires comme vies qui comptent (Butler &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;BUTLER Judith, 2014. &lt;i&gt;Qu'est-ce qu'une vie bonne ?&lt;/i&gt;, traduit de l'anglais par Martin Rueff. Payot, Paris. (2012, &lt;i&gt;Can one lead a good life in a bad life ?&lt;/i&gt;).&#034;&gt;2014&lt;/a&gt;). Par la dur&#233;e, j'invite &#224; un regard sensible sur ce corps qui bataille avec la rue ab&#238;m&#233;e et sa canne et les trottoirs en bateau. En ce sens, la m&#233;taphore cin&#233;matographique insiste sur mon regard en soulignant le caract&#232;re visuel de la description, tout en insistant sur la dimension corporelle de l'&#233;preuve de la vieillesse travers&#233;e par Hannah. La mise en ab&#238;me du regard, par la pr&#233;sence fictive du cadre de la prise de vue, situe mon point de vue : elle met la focale sur les d&#233;tails auxquels je pr&#234;te attention pour partager leur importance sensible. En effet, elle ne donne pas uniquement les d&#233;tails, elle dit qu'elle les donne &#224; voir, produisant une dimension r&#233;flexive et situ&#233;e qui invite &#224; penser leur &#233;lection au sein de la description subjective que j'en r&#233;alise tout en partageant leur teneur sensible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Surtout, le texte conclut sur le fait que je n'attends pas sur le pas de la porte pour l'observer, je l'attends parce qu'elle est ma voisine, parce que je sais qu'elle fait &#171; son tour du village &#187;, parce que je vais lui dire &#171; bonjour &#187;. C'est pourquoi le texte d&#233;roule ensuite :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Elle s'arr&#234;tait &#224; ma hauteur et nous nous mettions &#224; l'abri de la chauss&#233;e passante pour, devant la porte coch&#232;re, &#233;changer quelques tours de paroles au sujet de rien, de la pluie et du beau temps. De toute fa&#231;on nous disposions en tant qu'indig&#232;nes des &#8220;ressources s&#251;res&#8221; (Goffman &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;GOFFMAN Erving, 1988. &lt;i&gt;Les moments et leurs hommes&lt;/i&gt;. Paris, Le Seuil.&#034;&gt;1988&lt;/a&gt; : 128-138) pour entretenir sans g&#234;ne de &#8220;menus propos&#8221; (Goffman &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;GOFFMAN Erving, 1988. &lt;i&gt;Les moments et leurs hommes&lt;/i&gt;. Paris, Le Seuil.&#034;&gt;1988&lt;/a&gt; : 130). Ce pouvait &#234;tre un &#233;change rapide au sujet de l'automobiliste qui n'avait pas ralenti ou un&#183;e voisine qui passait en voiture. L'une ou l'autre commentait son passage du genre &#8220;elle revient de P.&#8221;, &#8220;&#8230; il est all&#233; chercher le pain&#8221;, &#8220;Ah oui il le prend au boulanger de P.&#8221;. Elle ne s'&#233;ternisait pas, c'&#233;tait l'heure de sa course. &#187; (extrait de la th&#232;se, p. 91)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;La patience du plan s&#233;quence nous place dans la perspective d'un quotidien partag&#233; entre voisines. Il s'agit cette fois de placer les lecteur&#183;rices &#224; cet endroit de regard et de relation. Je leur propose de se mettre &#224; ce niveau d'attention &#224; l'ordinaire, je leur intime de ne pas chercher &#224; extrapoler au-del&#224; de la situation, je leur sugg&#232;re de consid&#233;rer ce qui est v&#233;cu, l&#224;, entre Hannah et l'anthropologue, et ce que cela peut traduire d'une attention &#224; ce qu'elle vit. Il s'agit de ne pas extrapoler, et en m&#234;me temps, de comprendre comment ce simple moment d'interaction peut &#233;voquer son quotidien. L'attention, ici, se d&#233;place, sugg&#233;rant que ce soient aussi des interactions anodines qui en viennent &#224; traduire un certain v&#233;cu du vieillir de mes interlocuteurs et interlocutrices.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;a id=&#034;hannah-infirmiere-soin-pose-des-bas-6&#034; name=&#034;hannah-infirmiere-soin-pose-des-bas-6&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;a id=&#034;a4&#034; name=&#034;a4&#034;&gt;&lt;/a&gt;Hannah et l'infirmi&#232;re, le soin de la pose des bas de contention&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;La deuxi&#232;me situation dans laquelle j'ai recours &#224; la m&#233;taphore cin&#233;matographique concerne un soin m&#233;dical re&#231;u par Hannah, &#224; savoir la pose et l'enl&#232;vement de bas de contention. R&#233;alis&#233; quotidiennement par une infirmi&#232;re qui se d&#233;place &#224; son domicile deux fois par jour, ce soin, au regard d'autres plus complexes, peut &#234;tre consid&#233;r&#233; comme des plus simples &#224; r&#233;aliser. Toutefois, alors qu'elle aurait pu se servir d'un outil (l'enfileur de bas) mis &#224; disposition, Hannah s'est appliqu&#233;e &#224; demander au m&#233;decin une prescription. Au-del&#224; de prendre acte de la d&#233;termination de Hannah &#224; recevoir ce soin &#224; domicile, l'enjeu &#233;tait de me concentrer sur le d&#233;sir qui accompagnait ce soin, de montrer comment elle souhaitait une &#171; visite &#187; de l'infirmi&#232;re chez elle pour le r&#233;aliser, et donc une relation sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ce faire, je fais pr&#233;c&#233;der le dialogue d'une description :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Avec Hannah, nous sommes dans la p&#233;nombre. Lumi&#232;re &#233;teinte, nous buvons de la Ricor&#233; qui, depuis quelques ann&#233;es maintenant, a remplac&#233; l'habitude de &#8220;prendre le th&#233;&#8221; &#224; 5 heures. Nous sommes en fin de journ&#233;e, en hiver, aux alentours de 17h30. Nous entendons la porte d'entr&#233;e s'ouvrir en m&#234;me temps qu'un &#8220;bonsoir&#8221; chaleureux et musical. Le &#8220;bonsoir&#8221; retentit au loin, imbriqu&#233; dans le son de l'ouverture de la porte, il monte en volume, il se fait long, il s'&#233;tire, jusqu'au franchissement de la porte de la cuisine. L'infirmi&#232;re Laure annonce son arriv&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hannah &#8211; Laure qui vient m'enlever les chaussettes [&lt;i&gt;les bas de contention&lt;/i&gt;]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Laure &#8211; Voil&#224; juste un petit passage&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hannah &#8211; Tr&#232;s bien &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Laure &#8211; je ne vous emb&#234;te pas longtemps. La journ&#233;e s'est bien pass&#233;e quand m&#234;me ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hannah &#8211; Oui, h&#233; h&#233; h&#233; avec des visites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Laure &#8211; En compagnie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hannah &#8211; en compagnie, ha ha ha !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Laure &#8211; Voil&#224; tant qu'elle a de la compagnie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hannah &#8211; &#199;a c'est tr&#232;s bien, &#231;a va aussi par la force des choses&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Laure &#8211; Oui, mais, vous, vous appr&#233;ciez quand m&#234;me la compagnie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hannah &#8211; Bien s&#251;r que oui, il ne faut pas le demander, voyez, bien s&#251;r que oui (&#8230;) Alors c'est vous, la fin de la semaine ? (&#8230;) &#187; (extrait de la th&#232;se, p. 264)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;h4 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;a id=&#034;pourquoi-remonter-peu-plus-tot-plan-7&#034; name=&#034;pourquoi-remonter-peu-plus-tot-plan-7&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;a id=&#034;a4.1&#034; name=&#034;a4.1&#034;&gt;&lt;/a&gt;Pourquoi remonter un peu plus t&#244;t ? Le plan s&#233;quence et ses qualit&#233;s&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Ici, je fais le choix d'une s&#233;quence qui prend le parti de raconter la situation en remontant un peu plus t&#244;t que le moment du soin &#224; proprement parler. Quelle est la pertinence de ce choix de d&#233;coupage ? Quel est son apport &#224; l'ethnographie de la situation ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la s&#233;quence, chez Goffman, est ce qui permet de montrer ce qui se joue dans un &#171; moment en cours &#187;, il me semble que raconter ce qui se passe en amont permet de comprendre plus finement &#171; qu'est-ce qu'il se passe ici ? &#187; (Goffman &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;GOFFMAN Erving, 1991. &lt;i&gt;Les cadres de l'exp&#233;rience&lt;/i&gt;, traduit de l'anglais par Isaac Joseph, avec Michel Dartevelle et Pascale Joseph. Paris, &#201;ditions de Minuit. (1974. &lt;i&gt;Frame analysis. An essay on the organization of experience&lt;/i&gt;).&#034;&gt;1991&lt;/a&gt; : 16-18). En effet, il s'agit bien d'un soin simple, et m&#234;me extr&#234;mement rapide, mais il n'en est pas moins important pour Hannah, qui le re&#231;oit matin et soir. Sur le terrain, les multiples visites que j'avais pu observer montraient le surgissement joyeux de l'infirmi&#232;re dans la cuisine. La qualit&#233; du soin r&#233;sidait donc dans le fait d'avoir r&#233;ussi &#224; n&#233;gocier un passage de l'infirmi&#232;re pour &#233;clairer un quotidien monotone. C'&#233;tait une des forces de mon interlocutrice d'avoir rus&#233; (De Certeau [bb=1990) pour obtenir une visite &#224; un moment un peu dur de la journ&#233;e. Dans le texte, je me place donc au sein de la situation avec Hannah &lt;i&gt;avant &lt;/i&gt;qu'elle n'arrive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'image du cin&#233;ma documentaire, qui place la cam&#233;ra dans le lieu en amont de la situation, je pose le cadre dans lequel l'infirmi&#232;re surgit. Cela me permet, dans ma description, de signaler au lecteur deux choses. Tout d'abord, en faisant &#8220;comme si&#8221; la cam&#233;ra &#233;tait l&#224;, dans la cuisine, je focalise le texte sur la mani&#232;re dont le visage d'Hannah va s'&#233;clairer, sa voix changer au moment o&#249; Laure arrive. De plus, l'id&#233;e est de montrer comment l'infirmi&#232;re avait elle-m&#234;me compris que c'&#233;tait la dimension sociale qu'Hannah recherchait dans ce soin anodin. L'infirmi&#232;re montre son engagement en inventant une intonation, un &#233;tirement du &#171; bonsoir &#187; ainsi qu'un volume de voix. Elle proc&#232;de d'une adaptation du &#171; bonsoir &#187; au contexte, sachant tr&#232;s bien que c'est une part affective que recherche Hannah. Dans son passage, Laure est rapide, son bonsoir chantant et dynamique. Il a le don de produire quelques &#233;motions de plaisir chez Hannah : &#171; C'est Laure l'infirmi&#232;re qui vient m'enlever les chaussettes &#187;. En effet, la traduction de &#171; bas de contention &#187; en &#171; chaussettes&lt;i&gt; &lt;/i&gt; &#187;, plus douce, montre combien Hannah vit la situation de mani&#232;re agr&#233;able. Si j'insiste sur la phrase au c&#339;ur de mon texte, c'est parce que j'ai l'impression que Hannah emploie &#224; son arriv&#233;e une intonation sp&#233;ciale, elle fait &#171; sa voix &#187; pour Laure. Une voix enjou&#233;e et amicale. Une mani&#232;re &#224; elle de commencer cette visite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autre enjeu &#233;tait de faire sentir la mani&#232;re dont les deux protagonistes s'engagent r&#233;ciproquement avec une certaine f&#233;licit&#233; dans la visite, malgr&#233; son caract&#232;re furtif, l'infirmi&#232;re r&#233;alisant le soin en deux &#224; trois minutes. &#202;tre d&#233;j&#224; l&#224; am&#232;ne de l'attention au regard et au contexte du soin. Cela permet de faire imaginer un temps un peu long (boire un th&#233;, &#8220;la Ricor&#233;&#8221;, atteindre la fin de la journ&#233;e) que l'infirmi&#232;re va venir nourrir d'un moment heureux, f&#251;t-il court. En faisant entendre son &#171; bonsoir &#187; r&#233;sonner depuis le couloir de l'entr&#233;e &#224; ce moment-l&#224;, je cr&#233;e pour les lecteur&#183;rices l'id&#233;e sensible que la visite de l'infirmi&#232;re est un moment important pour Hannah dans sa journ&#233;e. C'est une fa&#231;on de mettre en sc&#232;ne le contexte du soin, d'en &#233;tendre la temporalit&#233; pour donner une profondeur aux affects qui en font ind&#233;niablement partie.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;a id=&#034;une-focalisation-sonore-8&#034; name=&#034;une-focalisation-sonore-8&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;a id=&#034;a4.2&#034; name=&#034;a4.2&#034;&gt;&lt;/a&gt;Une focalisation sonore&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Quand le soin &#224; proprement parler commence, je r&#233;alise un second usage de la m&#233;taphore cin&#233;matographique en me concentrant cette fois sur les actions comme si elles &#233;taient film&#233;es en plan rapproch&#233; et donne au son une importance capitale. Pour concentrer l'attention sur cette nouvelle donn&#233;e sonore, je reviens en arri&#232;re, &#224; l'image d'une personne qui rembobinerait la s&#233;quence, et raconte &#224; nouveau le d&#233;but de la situation :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pendant le franchissement de la porte d'entr&#233;e retentit un &lt;i&gt;bonjour&lt;/i&gt; qui remplace le timbre de la sonnette (il n'y en a pas). L'infirmi&#232;re tourne &#224; main gauche coupant un couloir dans sa largeur pour atteindre et ouvrir maintenant la porte de la cuisine o&#249; Hannah est assise. Elle rejoint Hannah, qui pousse son d&#233;ambulateur pour tirer les pieds de dessous la table et les passer sur le c&#244;t&#233;. Tout se passe simultan&#233;ment, l'infirmi&#232;re continue &#224; avancer en direction d'Hannah en disant &#224; nouveau bonjour et /ou en demandant comment &#231;a va. Elle marque un ralentissement afin d'ajuster le d&#233;ambulateur &#224; la distance qui lui convient pour retirer les bas. Une fois assise sur la tablette/si&#232;ge de l'outil, son buste en son entier passe en avant entre les poign&#233;es du d&#233;ambulateur. Elle plonge litt&#233;ralement vers les pieds d'Hannah, qui lui fait face, assise sur une chaise et qui de concert &#233;tire comme elle peut la jambe vers les mains de l'infirmi&#232;re qui s'en saisit. Le travail du soin commence. L'infirmi&#232;re fait coulisser en petits boudins le bas de contention qui ne se d&#233;tend qu'apr&#232;s avoir pass&#233; l'anatomie du mollet, mais il y a encore le passage difficile du pli de la cheville. Hannah veut aider, elle l&#232;ve le pied, me semble-t-il, un peu plus haut que la hauteur ajust&#233;e par l'infirmi&#232;re qui lui dit &#8220;Vous allez vous faire mal aussi &#224; faire &#231;a&#8221; (ou peut-&#234;tre aussi la conseille-t-elle par la m&#234;me occasion de la laisser travailler).&lt;i&gt; &lt;/i&gt;Puis nous entendons, seul, le son d'ambiance produit par l'infirmi&#232;re et Hannah, c'est-&#224;-dire les petits bruits de doigts, de frottements feutr&#233;s des bas de contention que l'infirmi&#232;re retire avec pr&#233;cision. Il r&#232;gne dans ces quelques secondes sans voix, sans parole, une intensit&#233; et une attention port&#233;e &#224; chacune d'elles. Avec une id&#233;e tendue vers un seul objectif : la r&#233;ussite du soin salvateur. Hannah prononce un petit &#8220;haaa&#8221; allong&#233;, un &#8220;ha&#8221; pour signifier un soulagement progressif lib&#233;rateur de la tension du bas de contention. Hannah donne des indications &#8220;Haaa attendez, l&#224;&#8221; on y est presque et l'infirmi&#232;re lance un victorieux et musical : &#8220;et voil&#224;&#8221;.&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&#199;a y est, les bas de contention sont en boules dans les mains de l'infirmi&#232;re qui, aussit&#244;t, quitte le d&#233;ambulateur pour les d&#233;poser pendus sur la tablette de l'outil de la marche, qu'elle replace &#224; port&#233;e de main de Hannah. L'infirmi&#232;re est dans l'encoignure de la porte, pr&#234;te &#224; quitter la pi&#232;ce, sur le point de partir, alors &#224; ce moment Hannah (&#8230;) pose la question pour faire durer la visite (&#8230;) : &#8220;Alors vous &#234;tes de Gabot ?&#8221; &#187; (extrait de la th&#232;se, p. 270-271)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;p&#233;tition de la description offre un plan un peu plus large, qui d&#233;finit cette fois l'ambiance ainsi que la composition du cadre. Cela permet de remarquer concr&#232;tement comment le plan s'anime autrement d&#232;s que l'infirmi&#232;re p&#233;n&#232;tre dans l'espace domestique. L'&#233;largissement du cadre permet de voir une synchronicit&#233; d'Hannah et de l'infirmi&#232;re. Les lecteur&#183;rices ont l'impression d'assister &#224; une chor&#233;graphie du soin, montrant que tr&#232;s vite les deux interlocutrices s'entraident &#224; sa bonne r&#233;alisation. Leurs gestes se r&#233;pondent, montrent un soin rapide qui n'a pourtant rien de b&#226;cl&#233;. Par cette attention marqu&#233;e au &#171; dialecte corporel &#187; (Goffman &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;GOFFMAN Erving, 1981. &#171; Engagement &#187;, &lt;i&gt;La nouvelle communication&lt;/i&gt;. Textes recueillis et pr&#233;sent&#233;s par Yves Winkin. Paris, Le Seuil, p. 267-278.&#034;&gt;1981&lt;/a&gt;), la prouesse chor&#233;graphique (Hannah sort ses pieds de dessous la table au moment o&#249; l'infirmi&#232;re s'avance) souligne la qualit&#233; de leurs attentions r&#233;ciproques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, lorsque la description du soin commence, la focale est dirig&#233;e sur les &#233;l&#233;ments sonores. Le texte anthropologique donne alors la part belle aux onomatop&#233;es qui forment, un temps, les seuls &#233;l&#233;ments du dialogue. J'annonce ce glissement par un &#171; puis nous entendons, seul, le son d'ambiance produit par l'infirmi&#232;re et Hannah &#187; et op&#232;re un resserrement du plan en parlant des &#171; petits bruits de doigts, de frottements feutr&#233;s des bas de contention que l'infirmi&#232;re retire avec pr&#233;cision &#187;. En effet, &#224; l'image d'une s&#233;quence cin&#233;matographique qui aurait resserr&#233; le plan sur le mollet de Hannah, tout ce qui se produit hors champ devient par la suite palpable : les &#171; haaa &#187; allong&#233;s que je propose de d&#233;crire, les &#171; attendez, l&#224; &#187;, qui, parce qu'on ne voit pas la bouche qui les prononce et que l'on est focalis&#233; sur les mains qui enl&#232;vent le bas en gros plan, rendent compte de l'intensit&#233; des voix et de l'intimit&#233; presque douce du soin. Le son devient tr&#232;s pr&#233;sent par le silence qui le pr&#233;c&#232;de, par l'&#233;vocation de ces &#171; quelques secondes sans voix &#187; o&#249; les &#171; aaah &#187; et les &#171; voil&#224;&#224;&#224;&#224; &#187; viendront ensuite r&#233;sonner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici, on notera deux qualit&#233;s de la m&#233;taphore cin&#233;matographique, &#224; savoir : la fabrication d'une possible attention aux d&#233;tails pour les lecteur&#183;rices ; une compr&#233;hension fine de ce qui se joue au-del&#224; de l'&#233;change langagier. &#192; l'oppos&#233; d'un texte scientifique plus classique qui se livrerait &#224; la seule analyse des donn&#233;es du soin et dans lequel nous ne pourrions pas suffisamment appr&#233;hender le moment du&lt;i&gt; care&lt;/i&gt;, je d&#233;ploie une description longue et narre cette situation par la force du d&#233;tail. Dans cette description dense (Geertz &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;GEERTZ Clifford, 2003. &#171; La description dense. Vers une th&#233;orie interpr&#233;tative de la culture &#187;,&lt;i&gt; Revue du MAUSS&lt;/i&gt;, p. 165-216.&#034;&gt;2003&lt;/a&gt;), c'est la force de la description qui conduit chaque lecteur&#183;rice &#224; saisir &#224; son tour la relation mise en jeu lors de la situation du soin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'image de Goffman, pour qui, &#171; dans toute situation, une signification est assign&#233;e &#224; divers &#233;l&#233;ments qui ne sont pas n&#233;cessairement verbaux &#187; et qui pr&#233;conise de pr&#234;ter attention &#224; &#171; l'apparence physique (&#8230;), l'habillement, le maintien, les mouvements et les attitudes, l'intensit&#233; des voix, les gestes comme les saluts et les signes de main, l'ornementation du visage et l'expression &#233;motionnelle en g&#233;n&#233;ral &#187; (Goffman &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;GOFFMAN Erving, 1981. &#171; Engagement &#187;, &lt;i&gt;La nouvelle communication&lt;/i&gt;. Textes recueillis et pr&#233;sent&#233;s par Yves Winkin. Paris, Le Seuil, p. 267-278.&#034;&gt;1981&lt;/a&gt; : 267), les d&#233;tails corporels et sonores du soin sont plac&#233;s au centre du texte anthropologique pour montrer la gradation des attentions r&#233;ciproques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le son, tout particuli&#232;rement, &#233;tait pour moi le lieu qui permettait de comprendre la situation de soin dans son ensemble. Il &#233;vite de se focaliser sur l'acte pour comprendre le moment et les acteur&#183;rices. Je vois, j'&#233;coute le soin en train de se faire. Les sons, les d&#233;tails du soin, c'est formellement l'oreille de l'anthropologue qui est attentive aux d&#233;tails, avec lesquels je construis ensuite au sein du texte la situation de soin prodigu&#233;. Ici, le travail anthropologique consiste autant &#224; analyser la situation qu'&#224; utiliser le son comme r&#233;sonance de l'&#233;v&#233;nement pour &#8220;faire entendre&#8221; le sens d'une situation donn&#233;e. L&#224; o&#249; le cin&#233;ma documentaire emploie pour sa part le hors champ sonore et propose une forme d'attention au moment, le texte produit une situation similaire &#224; l'&#233;crit. En ce sens, l'image comme le son, bien que virtuellement pr&#233;sents dans la description ethnographique, sont les outils litt&#233;raires que j'utilise pour produire cette attention.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;a id=&#034;mur-obstrue-vue-hannah-maison-retraite-9&#034; name=&#034;mur-obstrue-vue-hannah-maison-retraite-9&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;a id=&#034;a5&#034; name=&#034;a5&#034;&gt;&lt;/a&gt;Un mur obstrue la vue, Hannah en maison de retraite&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;La derni&#232;re situation analys&#233;e est concr&#232;tement visuelle. Elle a lieu quelques mois plus tard, alors que Hannah se trouve d&#233;sormais en maison de retraite. Suite &#224; plusieurs chutes et courts et moyens s&#233;jours &#224; l'h&#244;pital &#8211; et malgr&#233; le fait qu'elle ait depuis longtemps am&#233;nag&#233; son rez-de-chauss&#233;e et organis&#233; l'aide &#224; domicile pour rester vivre dans sa maison natale &#8211; elle a d&#233;cid&#233; de rejoindre la maison de retraite de la petite ville du canton. Elle se retrouve alors dans une chambre sans vue, donnant sur un mur, alors m&#234;me que, chez elle, son lit au rez-de-chauss&#233;e avait trouv&#233; place dans la pi&#232;ce pour qu'elle puisse jeter un regard sur le jardin au dehors.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'analyse de l'interaction que j'ai avec Hannah, indign&#233;e, autour de ce mur, et la description visuelle de la pi&#232;ce et de ce que l'on voit (le mur) par la fen&#234;tre, rend compte d'une forme d'inconfort de vie. Ce mur lui est insupportable et je le sais. C'est parce qu'il obstrue la vue depuis sa chambre de fa&#231;on &#233;vidente que s'engage en moi, sur le moment, une envie virtuelle de filmer. Celle-ci na&#238;t du fait que j'ai la sensation qu'il se passe quelque chose dans le moment en cours qui rel&#232;ve du visuel. J'&#233;cris :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je vois Hannah de profil, plaqu&#233;e dans le coin de la chambre c&#244;t&#233; fen&#234;tre, assise dans son fauteuil, le mur nous regarde. Que devais-je choisir pour capter le moment o&#249; le personnage, avec nos interactions, bascule dans la d&#233;ception et le glissement psychologique de ne pas &#234;tre entendue ? La question est pour moi incontournable, incontr&#244;lable, quel plan et valeur de plan choisirais-je pour filmer cette situation d'infortune ? &#187; (extrait de la th&#232;se, p. 151)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ici, la notion de plan surgit lorsque la violence v&#233;cue par Hannah avec ce mur devient palpable. La mise en ab&#238;me de mes questionnements sur le plan &#224; r&#233;aliser invite &#224; se placer &#224; la hauteur du moment v&#233;cu, ou plus exactement, &#224; chercher cette hauteur, &#224; comprendre que ce qui me soucie, l&#224;, dans ce moment, c'est de trouver une forme &#224; m&#234;me de recueillir l'intensit&#233; de cette violence pour Hannah. Par ailleurs, la m&#233;taphore du cin&#233;ma cherche &#224; faire du texte la chambre d'&#233;cho o&#249; celle-ci peut &#234;tre ressentie. Cela me semblait n&#233;cessaire dans la mesure o&#249; Hannah op&#232;re un certain nombre de variations dans son comportement envers ce mur, &#233;tant tant&#244;t calme et d&#233;&#231;ue, tant&#244;t indign&#233;e, tant&#244;t r&#233;volt&#233;e, tant&#244;t r&#233;sign&#233;e et de nouveau calme. C'est alors que je fais franchement entrer la cam&#233;ra dans ma description.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;a id=&#034;retour-camera-imaginaire-10&#034; name=&#034;retour-camera-imaginaire-10&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;a id=&#034;a5.1&#034; name=&#034;a5.1&#034;&gt;&lt;/a&gt;Le retour de la cam&#233;ra imaginaire&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;L'extrait commence au moment o&#249; me revient l'id&#233;e du cin&#233;ma :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; (et puis) j'entreprends &#8220;l'&#233;tude des variations d'importance&#8221; (Despret &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;DESPRET Vinciane, 2019. &lt;i&gt;Habiter en oiseau&lt;/i&gt;. Arles, Actes Sud.&#034;&gt;2019&lt;/a&gt; : 14) et c'est cela qui ram&#232;ne en moi l'id&#233;e de penser en termes de plans de cin&#233;ma, d'inventer les images &#224; tourner, de trouver l'&#233;chelle, le cadre, la dur&#233;e pour ces variations. Si j'ai cette id&#233;e, aussi, c'est que sur le moment la situation provoque en moi une concentration visuelle et &#233;motionnelle. Aujourd'hui, je le sais, je filmerais en plan s&#233;quence, j'ai une passion pour ce plan : filmer en continu la situation. Satisfaite de mon choix, le plan s&#233;quence conviendrait compl&#232;tement au &#8220;&lt;i&gt;gruuuiii-grou-ou-i&lt;/i&gt;&#8221; continu sonore en arri&#232;re-plan. Il n'y aurait pas de &#171; raccord son &#187; &#224; faire ou d'effet &#224; g&#233;n&#233;rer pour entrem&#234;ler des &#8220;&lt;i&gt;gruuuiii-grou-ou-i&lt;/i&gt;&#8221; pour conserver un continuum probable des bruits de ventre de Hannah. Le plan s&#233;quence, c'est-&#224;-dire enregistrer la totalit&#233; d'une situation, d'un moment en cours, sans couper, d&#233;coule selon moi d'une rencontre. Filmer une personne en plan s&#233;quence n'est pas facile. Il faut lui avoir tap&#233; sur l'&#233;paule. Il faut nous &#234;tre tap&#233;&#183;es sur l'&#233;paule. Il faut une r&#233;ciprocit&#233; d'attention. Il faut un clap de d&#233;part, un clin d'&#339;il, une attention singuli&#232;re, furtive, un d&#233;clencheur r&#233;ciproque. C'est un des acquiescements les plus fins. Le plan s&#233;quence d&#233;coule d'une intention forte, faite &#224; deux, qui ne surgit pas d'un coup, tout d'un coup, c'est-&#224;-dire que nous sommes dans une mise en sc&#232;ne du r&#233;el coproduite implicitement. Ces &#8220;attentions&#8221;, cr&#233;ation de r&#233;ciprocit&#233;, sont dues &#224; notre &#171; (&#8230;) mode de pr&#233;sence qui cr&#233;e certains modes d'attention &#187; (Despret &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;DESPRET Vinciane, 2019. &lt;i&gt;Habiter en oiseau&lt;/i&gt;. Arles, Actes Sud.&#034;&gt;2019&lt;/a&gt; : 36).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Alors je reviens sur les bruits du ventre, c'est un locuteur, me dis-je. Je souris de ma trouvaille. Je me dis que si je devais raccorder des plans plus ou moins longs pour construire un film, avec les &#8220;&lt;i&gt;gruuuiii-grou-ou-i&lt;/i&gt;&#8221; qui sont l&#224; expressifs, ils feraient partie de la s&#233;quence, la rythmeraient. Je me dis &#224; nouveau, EN PLAN S&#201;QUENCE, il y a &#8220;ce mur&#8221; et les &#8220;&lt;i&gt;gruuuiii-grou-ou-i&lt;/i&gt;&#8221; et &#8220;le Niac !!!&#8221; et &#8220;lutter, h&#233;-&#233; &#8221;, tout cela dans la dur&#233;e de la situation : Hannah qui s'indigne et qui est d&#233;&#231;ue. Ce que, dans sa dur&#233;e, le plan de Hannah plaqu&#233;e d&#233;mesur&#233;ment dans un coin, assise dans son fauteuil, permet de montrer, c'est, plus qu'un point de vue subjectif sur ce qui arrive, une mani&#232;re de &#8220;multiplier le monde&#8221; (&#8230;), c'est-&#224;-dire que nous verrions &#8220;Hannah dans une chambre de maison de retraite donnant sur mur&#8221;. Nous verrions une (im)possibilit&#233; d'un dernier chez-soi, une antichambre de la mort donnant sur un mur. Nous sentirions toutes les &#8220;importances&#8221; de Hannah, nous sentirions son indignation, tout cela formerait notre sensation de ce qu'elle vit (un des sens, selon moi, de l'expression &#8220;multiplier le monde&#8221; (De Castro cit&#233; par Despret &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;DESPRET Vinciane, 2019. &lt;i&gt;Habiter en oiseau&lt;/i&gt;. Arles, Actes Sud.&#034;&gt;2019&lt;/a&gt; : 15). &#187; (extrait de la th&#232;se, p. 151-152)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
Aussit&#244;t, j'encha&#238;ne sur une prise de vue virtuelle o&#249; j'interagis avec Hannah :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Cam&#233;ra &#224; l'&#233;paule, dans le cou, le geste est doux et s&#251;r, les deux yeux grands ouverts, dans le cadre. Hannah plaqu&#233;e au mur, je filme en plan large. Je pose la question &#224; c&#244;t&#233; de sa pr&#233;occupation premi&#232;re : &#8220;Tu dors bien ici ?&#8221;. Hannah fait un faux-semblant &#233;tonn&#233;. Elle me renvoie que je pose une question presque hors sujet : &#8220;Si je dors bien ?&#8221;. Si elle sait que j'ai lanc&#233; cette phrase pour engager la conversation, Hannah me regarde tout de m&#234;me avec une expression du visage interrogative (&#8230;). Pour l'instant, elle conserve un ton calme, avec sa voix habituelle (&#8230;). Je vois bien dans mon viseur que j'ai bien choisi ma valeur de plan (de l'air &#224; gauche de l'air &#224; droite, en haut en bas), je suis le plus fixe possible, &#224; sa hauteur, je suis assise sur le lit. Je le sens, Hannah va prendre sa place dans le cadre. Elle est calme, puis s'agite. Et puis j'ai &#8220;ce mur&#8221;. L'intuition paye, le plan s&#233;quence avec Hannah va se d&#233;rouler. Elle exp&#233;die la question du calme et elle commence &#224; se battre avec cette question du mur. Elle se redresse pour regarder vers le mur qui la regarde, je bouge un peu, l'horizontale tangue, je me ressaisis dans son mouvement &#224; elle lorsqu'elle repart se plaquer, sur le fauteuil et dans&lt;i&gt; mon&lt;/i&gt; cadre, regardant de biais pour &#233;viter le mur, le regard au loin. Je m'appuie sur ce geste autant qu'elle pour rester &#224; la hauteur &lt;i&gt;des attentions&lt;/i&gt;. Elle tient une pause marqu&#233;e, &#8220;&lt;i&gt;gruuuiii-grou-ou-i&lt;/i&gt;&#8221;, &#8220;&lt;i&gt;gruuuiii-grou-ou-i&lt;/i&gt;&#8221;, et poursuit : &#8220;Tu te rends compte ce mur&#8221;. Pour le moment je ne faillis pas, la bulle de mon niveau dans le viseur reste &#224; l'horizontale, tout tient &#224; Hannah et ses &#8220;importances&#8221;. Elle ne c&#232;de pas, elle dira ce que nous savons d&#233;j&#224;, ce qu'elle a dit plus en haut jusqu'&#224; l'indignation, jusqu'&#224; la d&#233;ception visible.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Elle se tait pour reprendre, tr&#232;s calme. Alors, comme si elle glissait dans le registre de la r&#233;signation, une bonne fois pour toute, pour toujours, elle prononce cette phrase : &#8220;j'en ai assez de lutter&#8221;. Puis-je couper ici ? Non ! Car il y a ce calme singulier qu'imprime Hannah. La voil&#224; subitement dans une certaine distance. Un ton de la r&#233;signation que je ne lui connais pas. Son calme tient en haleine, un suspense. Je suis inqui&#232;te. Je m'entends respirer. Ses intensit&#233;s ont gliss&#233; dans des variations, certes, mais lisses. Je n'entends plus que ce calme nouveau qui donne le ton de la distance. Elle reprend atone. Je me dis qu'elle est bless&#233;e. &#187; (extrait de la th&#232;se, p. 152)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ici, il y a un premier niveau de lecture. Je cr&#233;e une situation film&#233;e imaginaire au sein de la situation v&#233;cue. L'imagination (le &#8220;comme si je filmais&#8221;) d&#233;crit la mani&#232;re dont je filmerais la mise en sc&#232;ne du r&#233;el comme le ferait une cin&#233;aste lors du tournage d'un film. En lisant, on la voit acquiescer int&#233;rieurement au choix qu'elle a r&#233;alis&#233; du plan s&#233;quence, se f&#233;liciter d'avoir attendu la parole advenir : son intention (faire parler de ce mur et saisir la violence v&#233;cue par l'interlocutrice au sein de l'institution) devient palpable en m&#234;me temps qu'elle devient la toile de fond d'une expression d&#233;multipli&#233;e des &#233;tats que traverse Hannah dans le plan-s&#233;quence. La m&#233;taphore cin&#233;matographique est donc un usage simul&#233; du cin&#233;ma, et dont la virtualit&#233; est donn&#233;e aux yeux de chaque lecteur&#183;rice. S'il s'agit ici d'une id&#233;e que j'ai sur le terrain du fait de ma pratique ant&#233;rieure du cin&#233;ma documentaire, l'avoir &#233;crit ainsi me semble soutenir le moment en cours que je tente d'ethnographier de qualit&#233;s autres, telle que la dur&#233;e. En effet, le plan s&#233;quence dure, il fait attendre ce qui va advenir, il d&#233;ploie dans la dur&#233;e plusieurs variations dont je me sers, ici, pour rendre compte des diff&#233;rentes &#233;motions d'Hannah.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette dur&#233;e permet &#233;galement de &#8216;&#8216;faire entrer'' la col&#232;re de ma protagoniste de fa&#231;on progressive, pour en comprendre la teneur. &#192; ce moment pr&#233;cis, je me fais &#8220;tenir&#8221; le cadre : &#171; elle se redresse pour regarder vers le mur qui la regarde, je bouge un peu, l'horizontale tangue &#187;, pour montrer que j'attends ce moment moins comme un guetteur que comme quelqu'un qui soutient la parole d'une &#233;coute &#224; venir, comme lorsque j'&#233;cris &#171; elle repart se plaquer, sur le fauteuil et dans mon cadre (&#8230;). Je m'appuie sur ce geste autant qu'elle pour rester &#224; la hauteur des attentions &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La particularit&#233; de l'outil imaginaire que constitue ici la cam&#233;ra permet d'inclure en pens&#233;e les lecteurs et lectrices dans le moment en cours afin que chacun&#183;e comprenne et per&#231;oive cet engagement singulier qu'est celui de l'anthropologue dans une situation. La mise en sc&#232;ne fictive de l'acte de filmer a certes pour but d'apporter des preuves issues du terrain. Toutefois, &#224; la mani&#232;re dont la profusion des d&#233;tails fabrique en litt&#233;rature un effet de r&#233;el, il s'agit de montrer une subjectivit&#233; engag&#233;e, un temps pass&#233; &#224; observer et vivre le moment, avant de l'&#233;crire. Ainsi, r&#233;v&#233;ler les outils d'enregistrement, ne serait-ce que de fa&#231;on imaginaire, consiste &#224; partager avec les lecteur&#183;rices le hiatus entre le temps du terrain et le temps de l'&#233;criture, pour inclure celui ou celle qui lit dans la construction du savoir. J'inscris &#224; m&#234;me le texte la production des donn&#233;es et leurs mises en analyse, montrant ainsi, comme l'&#233;crivait Boulay au sujet de la microhistoire de Carlo Ginzburg et de son travail de mise en r&#233;cit &#8211; l'historien narrant au sein du texte historique les &#171; hypoth&#232;ses &#187; au sujet des documents habituellement masqu&#233;es &#8211; que le r&#233;cit ethnographique &#171; est une construction, comme toute activit&#233; visant la connaissance &#187; (Boulay &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;BOULAY B&#233;renger, 2011. &#171; Un nouveau discours de l'histoire &#187;, &lt;i&gt;Critique&lt;/i&gt;, 769-770 : &#171; Sur les traces de Carlo Ginzburg &#187;, p. 553-563.&#034;&gt;2011 : 558&lt;/a&gt;)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On notera combien l'historien dit chercher, depuis l'&#233;criture de l'ouvrage (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;a id=&#034;des-rouges-des-verts-magnetophone-une-11&#034; name=&#034;des-rouges-des-verts-magnetophone-une-11&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;a id=&#034;a5.2&#034; name=&#034;a5.2&#034;&gt;&lt;/a&gt;Des rouges et des verts du magn&#233;tophone, une m&#233;taphore de la violence&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;La suite fait usage d'une mise en ab&#238;me de la pr&#233;sence de l'enregistreur, et propose une mise en contexte de la mani&#232;re dont l'outil me sert dans ce processus de connaissance, mais de fa&#231;on m&#233;taphorique. Au bout du compte, Hannah se r&#233;volte, elle n'en peut plus. Mais elle est pass&#233;e par une fluctuation d'&#233;tats que j'essaie de transcrire. Pour cela, le texte s'empare &#224; nouveau de la dimension sonore de l'enregistrement. Cela commence par une phrase dialogu&#233;e d'Hannah en lettres capitales, qui dit :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'EN AI ASSEZ ! Je n'ai plus le NIAC ! Il faut LUTTER !!! h&#233;-&#233; il faut lutter dans la vie, h&#233;, tu le sais toi-m&#234;me, alors maintenant, voil&#224; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;J'instaure dans la casse des caract&#232;res une variation entre majuscules et minuscules pour indiquer qu'elle hausse la voix. La phrase &#171; Je n'ai plus le NIAC ! &#187; m'incite tout &#224; coup &#224; &#233;voquer l'enregistreur de paroles. J'&#233;cris :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je vois monter le vum&#232;tre audio de mon &lt;i&gt;enregistreur-ch&#233;ri&lt;/i&gt;. Le NIAC ! vient taper dans les (rectangles) rouges. Il gravit les barres des verts &#224; la vitesse supersonique, il vient dans les rouges de mon potentiom&#232;tre et repart d'un coup vers une oscillation stabilis&#233;e dans les verts. Hannah revient dans des intonations qui sont les siennes en temps normal, ses variations chant&#233;es. Du coup l'enregistreur fait des oscillations vallonn&#233;es &#224; travers ses petits rectangles verts. Un calme apparent est l&#224;, puis tout repart &#224; la temp&#234;te. &#187; (extrait de la th&#232;se, p. 146)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Si la focalisation sur l'audio se retrouve ici, la situation diff&#232;re de celle de l'interaction avec l'infirmi&#232;re. Cette fois, il s'agit de rendre compte de l'&#233;tat &#233;motionnel de mon interlocutrice en faisant de l'enregistreur de paroles un &#8220;capteur&#8221; d'un autre ordre. Ce deuxi&#232;me niveau de description &#8211; o&#249; l'enregistreur audio nomm&#233; l'&lt;i&gt;enregistreur-ch&#233;ri&lt;/i&gt; apparait et r&#233;v&#232;le, de mani&#232;re r&#233;flexive aux lecteur&#11825;rices, l'enregistrement (par une r&#233;v&#233;lation du dispositif technique, habituellement masqu&#233;) &#8211; je l'ai fabriqu&#233; apr&#232;s coup, en &#233;crivant la th&#232;se. Lors du d&#233;rushage, le d&#233;filement des spectres visuels du son &#233;veillait mon attention. J'ai &#233;cout&#233; et regard&#233; peut-&#234;tre une centaine de fois cet enregistrement audio et ses ondes au moment de la r&#233;daction. Je ne sais pas pourquoi, mais il y avait quelque chose dans le ton de ces phrases qui me touchait et qui formait une &#233;nigme. Or, ce n'&#233;tait pas le sens cach&#233; de l'&#233;nigme qui m'int&#233;ressait, mais sa configuration sonore et sensible, c'est-&#224;-dire ce qu'elle me faisait. C'est donc l'&#233;coute de cet enregistrement qui est devenu un enjeu d'&#233;tude et un enjeu d'&#233;criture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;coute des enregistrements pendant le &lt;i&gt;d&#233;rushage &lt;/i&gt;(d&#233;pouillement) me provoquait des &#233;motions. De plus, j'&#233;tais marqu&#233;e par les intensit&#233;s mat&#233;rialis&#233;es dans le vum&#232;tre, les formes d'ondes remontant et redescendant l'&#233;chelle des intensit&#233;s parfois en un seul mot prononc&#233;, le spectre audio venant parfois s'aplatir &#224; la limite de la d&#233;t&#233;rioration du son puis revenant, apr&#232;s un pic abrupt, &#224; des normales (standard). Pour moi, c'&#233;tait comme si les signaux du vum&#232;tre avaient capt&#233; quelque chose du moment indign&#233;. Avec la description des oscillations de rectangles rouges et verts du vum&#232;tre de l'appareil, j'ai tent&#233; de figurer aux lecteur&#183;rices la violence avec laquelle Hannah vit dans une chambre d'Ehpad (&#201;tablissements d'h&#233;bergement pour personnes &#226;g&#233;es d&#233;pendantes) dont la fen&#234;tre donne directement sur un mur. Ce que provoque l'observation du vum&#232;tre, c'est une mat&#233;rialisation, au sein du texte scientifique, des outils de l'enqu&#234;te, mais c'est aussi une mat&#233;rialisation d'une violence sourde. C'est le sens du terme &#171; capteur &#187; &#233;voqu&#233; plus haut : l'enregistreur n'est pas qu'un outil d'enregistrement des paroles, il devient dans le texte le vecteur sensible de ce que vit Hannah. En effet, les couleurs et les rectangles sont intensifi&#233;s et fictionnalis&#233;s &#224; partir du &lt;i&gt;d&#233;rushage&lt;/i&gt; r&#233;el (mon enregistreur ne disposant en r&#233;alit&#233; que d'un unique voyant rouge) afin d'avancer l'id&#233;e que les seuils acceptables de l'enregistrement &#8220;captent&#8221; la violence maximale que l'on peut subir et int&#233;rioriser. L'enregistrement mat&#233;rialis&#233; dans le texte est ici une m&#233;taphore des seuils et renvoie &#224; la violence v&#233;cue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce choix s'explique enfin par un autre pas de c&#244;t&#233;. Au lieu, ici, d'appliquer une th&#233;orie issue de la sociologie et de l'anthropologie de la sant&#233; et des vieillesses et de convoquer les notions de d&#233;prise et de r&#233;organisation des d&#233;pendances (ce que je fais plus t&#244;t et ailleurs dans le texte), je laisse ce moment du terrain devenir parlant avec les traces sonores qui me le restituent. &#171; Ce mur &#187;, avec les variations d'intensit&#233;s entre les mots prononc&#233;s par Hannah, je cherche &#224; le d&#233;crire en restituant une voix qui passe de l'indignation &#224; l'exasp&#233;ration, de la lutte &#224; la d&#233;prise. Glissant des diff&#233;rences de volumes aux diff&#233;rences de termes, je transcris une voix haute, de lutte, puis je fais entendre le volume de sa voix basse exprimant le glissement psychologique d'Hannah en passant d'un &#171; il faut lutter &#187; &#224; un &#171; j'en ai assez maintenant &#187;. &#192; la fin de sa tirade et du plan s&#233;quence imaginaire, elle arrivera &#224; un &#171; il faut en passer par l&#224; &#187; dont je ferais l'un des &#233;l&#233;ments du titre de la th&#232;se. En ce sens, la m&#233;taphore cin&#233;matographique est l'un des proc&#233;d&#233;s dont je fais usage pour placer la parole des interlocuteur&#11825;rices au centre des situations d&#233;crites aussi bien qu'au centre des analyses. Il s'agit de d&#233;crire les &#233;motions v&#233;cues et leurs intensit&#233;s, d&#233;crire des &#233;tats tel que la d&#233;ception, le d&#233;sarroi, d'Hannah, et pour finir rendre compte de la souffrance d'Hannah.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;a id=&#034;conclusion-generale-12&#034; name=&#034;conclusion-generale-12&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;a id=&#034;a6&#034; name=&#034;a6&#034;&gt;&lt;/a&gt;Conclusion g&#233;n&#233;rale&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;La m&#233;taphore cin&#233;matographique est la forme d'&#233;criture que je me suis donn&#233;e, lors de la r&#233;daction de ma th&#232;se, pour partager l'importance de certains moments, de certaines tonalit&#233;s de voix, une violence visuelle dans une maison de retraite, pour les faire r&#233;sonner et entendre, pour les constituer en objets d'analyse. Au-del&#224; de l'incorporation des &#233;motions comme donn&#233;es &#224; caract&#232;re ethnographique, sa dimension fictive et le &#171; comme si &#187; qui l'habite en permanence place chaque lecteur&#11825;rice sur un fil, lui sugg&#233;rant de pr&#234;ter attention aux d&#233;tails. Elle produit les donn&#233;es au sein du texte comme donn&#233;es qui &#171; apparaissent &#187; et produisent une question. En ce sens, cette m&#233;taphore r&#233;v&#232;le l'envers du processus de recherche, celui de l'enqu&#234;te de terrain et celui de l'analyse ethnographique, signalant &#224; chaque lecteur&#11825;rice le caract&#232;re construit de la connaissance obtenue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;placement d'un domaine (le cin&#233;ma documentaire) &#224; l'autre (l'anthropologie et la description ethnographique) a ceci de particulier qu'il se fait parfois sur le mode du virtuel, pour y mettre en avant la &#8220;potentialit&#233;&#8221; ou la &#8220;puissance&#8221; d'un cadre et d'une dur&#233;e de cin&#233;ma. C'est donc une forme litt&#233;raire dont le jeu est aussi celui d'un &#233;cart : en produisant une fausse situation de filmage, mais une v&#233;ritable situation de regard et d'&#233;coute, la m&#233;taphore cin&#233;matographique insiste sur l'observation et la construction du r&#233;cit du terrain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, en tant qu'outil litt&#233;raire r&#233;flexif qui vise le partage d'une mani&#232;re de faire, de voir, de regarder, d'entendre et d'analyser, elle met l'accent sur l'attention et la consid&#233;ration. La m&#233;taphore cin&#233;matographique cr&#233;e une attention renouvel&#233;e aux donn&#233;es de l'enqu&#234;te ethnographique, pour en partager le caract&#232;re sensible et faire sentir ce que traversent les acteurs et actrices. Sa focalisation sur les moments en cours comme autant de moments o&#249; l'anthropologue est engag&#233;&#183;e sur le terrain aupr&#232;s d'eux et d'elles rappelle &#224; quel point le r&#233;cit du terrain n'est pas uniquement le fait d'une anthropologie r&#233;flexive mais l'enjeu politique et sensible d'une mani&#232;re de faire et de raconter le terrain.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'anthropologie de l'ordinaire ne se base pas uniquement sur le quotidien. M&#234;lant la description de la vie quotidienne d'une &#233;tude des anomalies, elle travaille sur la fa&#231;on dont l'ordinaire, ancr&#233; dans des routines, se voit perturb&#233; ou devient saillant. Mon travail donne ainsi une attention accrue &#224; ce qui se r&#233;v&#232;le, ce qui est r&#233;current, aux &#171; perceptions r&#233;currentes de l'&#233;tranget&#233; &#187; (Chauvier &lt;a href=&#034;/spip.php ?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;CHAUVIER &#201;ric, 2003. &lt;i&gt;Fiction familiale. Approche anthropolinguistique de l'ordinaire d'une famille&lt;/i&gt;. Pessac, Presses universitaires de Bordeaux.&#034;&gt;2003&lt;/a&gt; : 72) de l'anthropologue sur le terrain. J'y ai adjoint une forme d'&#233;criture qui rende visible ce travail sur l'ordinaire, qui en montre le relief, la profondeur.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On notera combien l'historien dit chercher, depuis l'&#233;criture de l'ouvrage &lt;i&gt;Le fromage et les vers&lt;/i&gt;, &#224; lier &#171; hypoth&#232;ses de recherches &#187; et &#171; strat&#233;gies narratives &#187; (Ginzburg &lt;a href=&#034;/spip.php ?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;GINZBURG Carlo, 2010. &lt;i&gt;Le fil et les traces. Vrai, faux, fictif, &lt;/i&gt;traduit de l'italien par Martin Rueff. Lagrasse, Verdier.&#034;&gt;2010&lt;/a&gt; : 384-385). On peut en ce sens consid&#233;rer le travail de recherche narrative que constitue la m&#233;taphore cin&#233;matographique au sein du texte anthropologique comme l'une des mani&#232;res de prolonger ledit questionnement. Je remercie Am&#233;lie Bussy de m'avoir indiqu&#233; cette citation.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;BOULAY B&#233;renger, 2011. &#171; Un nouveau discours de l'histoire &#187;, &lt;i&gt;Critique&lt;/i&gt;, 769-770 : &#171; Sur les traces de Carlo Ginzburg &#187;, p. 553-563.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;BUTLER Judith, 2014. &lt;i&gt;Qu'est-ce qu'une vie bonne ?&lt;/i&gt;, traduit de l'anglais par Martin Rueff. Payot, Paris. (2012, &lt;i&gt;Can one lead a good life in a bad life ?&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;CARADEC Vincent, 2007. &#171; L'&#233;preuve du grand &#226;ge &#187;, &lt;i&gt;Retraite et Soci&#233;t&#233;&lt;/i&gt;, 3 (52), p. 11-37.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;CHAUVIER &#201;ric, 2003. &lt;i&gt;Fiction familiale. Approche anthropolinguistique de l'ordinaire d'une famille&lt;/i&gt;. Pessac, Presses universitaires de Bordeaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;CHAUVIER &#201;ric, 2011. &lt;i&gt;Anthropologie de l'ordinaire. Une conversion du regard&lt;/i&gt;. Toulouse, Anacharsis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;DE CERTEAU, Michel, 1990. &lt;i&gt;L'invention du quotidien&lt;/i&gt;, 1. &lt;i&gt;Arts de faire&lt;/i&gt;. Paris, Gallimard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;DESPRET Vinciane, 2019. &lt;i&gt;Habiter en oiseau&lt;/i&gt;. Arles, Actes Sud.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;FAVRET-SAADA Jeanne, 1990. &#171; &#202;tre affect&#233;e &#187;, &lt;i&gt;Gradhiva : revue d'histoire et d'archives de l'anthropologie&lt;/i&gt;, 8, p. 3-9.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;GEERTZ Clifford, 2003. &#171; La description dense. Vers une th&#233;orie interpr&#233;tative de la culture &#187;,&lt;i&gt; Revue du MAUSS&lt;/i&gt;, p. 165-216.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;GINZBURG Carlo, 2010. &lt;i&gt;Le fil et les traces. Vrai, faux, fictif, &lt;/i&gt;traduit de l'italien par Martin Rueff. Lagrasse, Verdier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;GOFFMAN Erving, 1973. &lt;i&gt;La mise en sc&#232;ne de la vie quotidienne. 1. La pr&#233;sentation de soi&lt;/i&gt;, traduit de l'anglais (1959. &lt;i&gt;The presentation of self in everyday life. Relations in public&lt;/i&gt;) par Alain Accardo. Paris, Minuit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;GOFFMAN Erving, 1981. &#171; Engagement &#187;, &lt;i&gt;La nouvelle communication&lt;/i&gt;. Textes recueillis et pr&#233;sent&#233;s par Yves Winkin. Paris, Le Seuil, p. 267-278.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;GOFFMAN Erving, 1988. &lt;i&gt;Les moments et leurs hommes&lt;/i&gt;. Paris, Le Seuil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;GOFFMAN Erving, 1991. &lt;i&gt;Les cadres de l'exp&#233;rience&lt;/i&gt;, traduit de l'anglais par Isaac Joseph, avec Michel Dartevelle et Pascale Joseph. Paris, &#201;ditions de Minuit. (1974. &lt;i&gt;Frame analysis. An essay on the organization of experience&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;MAC&#201; Marielle, 2017. &lt;i&gt;Sid&#233;rer, consid&#233;rer. Migrants en France, 2017&lt;/i&gt;. Lagrasse, Verdier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;RANCI&#200;RE Jacques, 2008. &lt;i&gt;Le spectateur &#233;mancip&#233;&lt;/i&gt;. Paris, La Fabrique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; Elle veut nous montrer comme t'es belle &#187;. Choisir ses images dans une d&#233;marche de soin</title>
		<link>https://www.ethnographiques.org/2025/Maurer</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.ethnographiques.org/2025/Maurer</guid>
		<dc:date>2026-02-18T09:04:55Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Maurer_Adeline</dc:creator>


		<dc:subject>ArticleNumero</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Cet article prend comme point de d&#233;part un film de famille que l'auteure a r&#233;alis&#233; dans le cadre d'une recherche ethnographique con&#231;ue pour rendre visible et honorer la vie de sa grand-tante. Les domaines de l'anthropologie visuelle, de la sociologie des classes et de l'anthropologie du grand &#226;ge sont mobilis&#233;s pour penser une relation familiale et ethnographique explor&#233;e dans le film &#171; Le jeu entre nous &#187;. Le projet, tout comme le film qui l'accompagne, ont soulev&#233; de nombreuses questions li&#233;es aux politiques de la repr&#233;sentation en anthropologie. L'auteure s'est rapidement heurt&#233;e &#224; des r&#233;ticences et des strat&#233;gies de d&#233;tournement de la part de cette tante, l'obligeant &#224; repenser en situation la mise en pratique d'une &#233;thique de &lt;i&gt;care&lt;/i&gt;, depuis le choix du sujet aux interpr&#233;tations induites par les prises de vue et le montage, de m&#234;me qu'&#224; la restitution du travail aupr&#232;s de l'int&#233;ress&#233;e. L'article interroge l'espace de visibilit&#233; et de valorisation cr&#233;&#233; par ce dispositif audiovisuel, tout en discutant les enjeux de classes que ce dispositif a r&#233;v&#233;l&#233; entre une chercheuse r&#233;alisatrice en fin d'&#233;tudes universitaires et sa principale protagoniste, ancienne ouvri&#232;re &#226;g&#233;e de plus de 90 ans. Des enjeux qui ont n&#233;cessit&#233; d'adapter les outils de la recherche afin de proposer un contenu en meilleure ad&#233;quation avec la volont&#233; de la personne qu'elle &#233;tait cens&#233;e honorer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;mots-cl&#233;s :&lt;/strong&gt; vieillesses, femmes, ruralit&#233;, classe sociale, r&#233;cit de soi, film ethnographique, processus collaboratif, &lt;i&gt;care&lt;/i&gt;, espace de visibilit&#233;&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.ethnographiques.org/2025/numero-49/" rel="directory"&gt;Num&#233;ro 49 - d&#233;cembre 2025 Regarder le soin, soigner le regard : vers une anthropologie r&#233;flexive du care&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.ethnographiques.org/ArticleNumero" rel="tag"&gt;ArticleNumero&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;&#8220;She's gonna show us how beautiful you are.&#8221; Choosing ones images in a care perspective&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
This article takes as its starting point a home-movie made by the author as part of an ethnographic research project designed to make visible and honour the life of her great-aunt. It draws on the fields of visual anthropology, the sociology of class, and the anthropology of aging and care to examine a familial and ethnographic relationship explored in the film &#034;The Game Between Us&#034; (&#034;&lt;i&gt;Le jeu entre nous&lt;/i&gt;&#034;). The project, along with the accompanying film, raised numerous questions with regard to the politics of representation in anthropology. The author quickly encountered reluctance and diversionary strategies on the part of her aunt, forcing her to rethink, in real time, the practical application of an ethics of care &#8212; from the choice of subject to the interpretations implied by the framing and editing of the images, as well as the process of sharing the results of this work with the protagonist herself. The article examines the spaces of visibility and acknowledgment created by this audiovisual approach, while also discussing the class dynamics that it revealed as between a researcher-filmmaker completing university and her main character, a former factory worker in her nineties. These dynamics required adapting the research tools to create content that was better aligned with the wishes of the person it was meant to honour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;keywords :&lt;/strong&gt; elderly people, woman, rurality, social class, self-narrative, visual anthropology, collaborative process, care, spaces of visibility&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;a id=&#034;prologue-0&#034; name=&#034;prologue-0&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;a id=&#034;a1&#034; name=&#034;a1&#034;&gt;&lt;/a&gt;Les pr&#233;misses d'un projet filmique autour d'un membre de sa famille&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Au moment de commencer mon m&#233;moire de master en anthropologie, cela faisait sept ans que j'entretenais avec ma grand-tante paternelle une relation particuli&#232;re : je me rendais r&#233;guli&#232;rement chez elle, dans une r&#233;gion d&#233;centr&#233;e anciennement industrielle du Jura bernois suisse, pour lui proposer mon aide. Cette aide s'est transform&#233;e alors que d'autres changements sont intervenus dans la vie de cette personne &#226;g&#233;e : vente de sa maison et d&#233;m&#233;nagement dans un appartement prot&#233;g&#233;, ainsi que d&#233;l&#233;gation des t&#226;ches domestiques telles que les courses et le m&#233;nage &#224; des aidants professionnel&#183;les.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors qu'il me fallait choisir un sujet de m&#233;moire, j'ai souhait&#233; r&#233;aliser une recherche et un film ethnographiques pour honorer la vie de cette femme. Cette recherche a pris &#224; bras le corps les enjeux de soin (&lt;i&gt;care&lt;/i&gt;) qui ont caract&#233;ris&#233; ma relation &#224; ma grand-tante, relation qui a pris diff&#233;rentes formes : l'aider dans son quotidien, lui rendre visite, passer du temps avec elle, mais &#233;galement cr&#233;er une dynamique relationnelle qui r&#233;duisait, voire inversait, les in&#233;galit&#233;s de statut entre nous en lui donnant du pouvoir de d&#233;cision sur la pr&#233;sentation des images, pour contrer les st&#233;r&#233;otypes &#226;gistes de la vieillesse au f&#233;minin. L'un des enjeux de la recherche &#233;tait de ne pas r&#233;duire cette personne &#226;g&#233;e &#224; un objet de soins, mais de pr&#233;senter une &#171; vieillesse sujet &#187; (Palazzo-Crettol &lt;i&gt;et al&lt;/i&gt;. &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;PALAZZO-CRETTOL Clothilde, FASSA Farinaz, REPETTI Marion &amp; MOZZICONACCI Vanina, 2022. &#171; Vieilles, o&#249; serons-nous ? &#187;, &lt;i&gt;Nouvelles questions f&#233;ministes&lt;/i&gt;, 41 (1), p. 6-14. https://doi.org/10.3917/nqf.411.0006.&#034;&gt;2022&lt;/a&gt;) et de reconna&#238;tre l'importance de l'exp&#233;rience des femmes &#226;g&#233;es, ou &#171; vieilles &#187;, pour reprendre une terminologie f&#233;ministe de renversement du stigmate et des st&#233;r&#233;otypes (Rosier &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;ROSIER Laurence, 2022. &#171; L'&#226;gisme et le langage : entre silence et transgression &#187;, &lt;i&gt;La revue nouvelle&lt;/i&gt;, 3 (3), p. 30&#8209;38, https://doi.org/10.3917/rn.221.0030.&#034;&gt;2022&lt;/a&gt;). M'inspirant de r&#233;flexions sur la g&#233;rontologie positive, j'ai r&#233;fl&#233;chi &#224; la place que je souhaitais donner &#224; ma grand-tante dans le film, afin de ne pas simplement &#233;mettre un discours sur elle, mais de faire en sorte que les spectatrices et spectateurs puissent l'entendre se raconter ; quitte &#224; ce qu'elle ne dise rien ou pas grand-chose. Je souhaitais ainsi &#233;viter de parler &#224; sa place, car la vieillesse, comme l'&#233;crivent Dominique Argoud et Bernadette Puijalon, ne peut se dire qu'&#224; la premi&#232;re personne : &#171; La vieillesse se vit, se voit, s'&#233;prouve ; elle est du registre de l'exp&#233;rience, non du raisonnement. &#187; (&lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;ARGOUD Dominique &amp; PUIJALON Bernadette, 1999. &lt;i&gt;La parole des vieux : enjeux, analyse, pratiques&lt;/i&gt;. Paris, Dunod.&#034;&gt;1999&lt;/a&gt; : 6).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon objectif &#233;tait alors de mettre en valeur une personne qui me semblait invisible, aussi bien au sein de ma famille qu'aux yeux de la soci&#233;t&#233;. Les explications pour cette invisibilit&#233; rel&#232;vent d'une analyse intersectionnelle (Palazzo-Crettol &lt;i&gt;et al&lt;/i&gt;. &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;PALAZZO-CRETTOL Clothilde, FASSA Farinaz, REPETTI Marion &amp; MOZZICONACCI Vanina, 2022. &#171; Vieilles, o&#249; serons-nous ? &#187;, &lt;i&gt;Nouvelles questions f&#233;ministes&lt;/i&gt;, 41 (1), p. 6-14. https://doi.org/10.3917/nqf.411.0006.&#034;&gt;2022&lt;/a&gt;) : ancienne ouvri&#232;re dans une famille qui ne l'&#233;tait plus, elle &#233;tait &#233;galement divorc&#233;e et sans enfants. Elle subissait alors &#224; la fois les stigmates de l'&#226;ge et ceux s'attachant &#224; des femmes qui ne correspondent pas au sch&#233;ma id&#233;al de la grand-parentalit&#233;. J'ai donc r&#233;alis&#233; un terrain ethnographique de plusieurs mois aupr&#232;s d'elle. Lors de mes visites, j'emportais avec moi une cam&#233;ra, un tr&#233;pied ainsi qu'un carnet de notes. Progressivement, filmer est devenu autant la raison de mes visites que l'activit&#233; que nous faisions ensemble. D&#232;s lors, mon terrain est devenu une mani&#232;re de &#171; prendre soin d'elle &#187; gr&#226;ce &#224; ces visites r&#233;guli&#232;res avec cam&#233;ra.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon engagement initial &#233;tait &#224; la fois th&#233;orique et m&#233;thodologique : donner &#224; cette femme &#226;g&#233;e un moyen d'empouvoirement par le biais de ma recherche ethnographique et du film, que je souhaitais collaboratif. Plus pr&#233;cis&#233;ment, je voulais donner &#224; la personne film&#233;e un pouvoir de d&#233;cision sur le contenu du film en devenir, avec l'ambition de conf&#233;rer &#224; ma grand-tante une forme de l&#233;gitimit&#233;, en mettant en avant la singularit&#233; de son existence, que j'estimais digne d'&#234;tre racont&#233;e. Cela devait permettre, pensais-je, de renverser un paradigme dans lequel les femmes sont exclues des prises de d&#233;cision, inf&#233;rioris&#233;es et invisibilis&#233;es (Palazzo-Crettol &lt;i&gt;et al&lt;/i&gt;. &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;PALAZZO-CRETTOL Clothilde, FASSA Farinaz, REPETTI Marion &amp; MOZZICONACCI Vanina, 2022. &#171; Vieilles, o&#249; serons-nous ? &#187;, &lt;i&gt;Nouvelles questions f&#233;ministes&lt;/i&gt;, 41 (1), p. 6-14. https://doi.org/10.3917/nqf.411.0006.&#034;&gt;2022&lt;/a&gt;). Outre la question des st&#233;r&#233;otypes li&#233;s au genre, &#224; l'&#226;ge et &#224; la classe, le projet s'inscrivait &#233;galement dans une r&#233;flexion sur les rapports de pouvoir et de l&#233;gitimit&#233; qui sous-tendent la production audiovisuelle en anthropologie, faisant ainsi du film un outil potentiel de valorisation de sa capacit&#233; d'action.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, mon terrain ethnographique et le film &#233;taient &#233;galement empreints d'une motivation plus autocentr&#233;e. M'int&#233;resser &#224; la vie de ma grand-tante me permettait d'enqu&#234;ter sur le milieu social de ma famille paternelle, de diss&#233;quer l'&#233;cart entre les origines et l'&lt;i&gt;habitus&lt;/i&gt; de mon p&#232;re, qui a grandi dans ce contexte mais qui s'en est d&#233;tach&#233; au fur et &#224; mesure de son ascension sociale. Cette ascension se mat&#233;rialise plus concr&#232;tement au sein de ma g&#233;n&#233;ration (ma s&#339;ur et moi sommes les premi&#232;res personnes du c&#244;t&#233; paternel &#224; avoir r&#233;alis&#233; un parcours acad&#233;mique). En enqu&#234;tant sur ma grand-tante, en r&#233;alisant une recherche, sur les rapports de classes et les formes de socialisations, inspir&#233;e par la m&#233;thode d'autoanalyse propos&#233;e par Dider Eribon (&lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;ERIBON Didier, 2009. &lt;i&gt;Retour &#224; Reims&lt;/i&gt;. Paris, Fayard.&#034;&gt;2009&lt;/a&gt;), j'ai voulu op&#233;rer un retour sur moi-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que consciente de ce prisme, d'autres consid&#233;rations, notamment sur la classe sociale, ont toutefois surgi lors du terrain.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;a id=&#034;pourquoi-metaphore-cinematographique-1&#034; name=&#034;pourquoi-metaphore-cinematographique-1&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;a id=&#034;a2&#034; name=&#034;a2&#034;&gt;&lt;/a&gt;&#201;tablissement du projet filmique &lt;/h3&gt; &lt;p&gt;La premi&#232;re partie du film pose les bases de la relation. Elle illustre ce que ma grand-tante attendait du film, mais permet aussi d'obtenir son avis sur le projet. En effet, ma pratique du documentaire cherchait &#224; visualiser le point de vue du sujet film&#233;, non pas de mani&#232;re explicative ou didactique, mais compr&#233;hensive (Giglio-Jacquemot &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;GIGLIO-JACQUEMOT Armelle, 2013. &#171; Descriptivit&#233; et &#233;micit&#233; du documentaire : les choix de r&#233;alisation d'un film sur le travail domestique &#187;, &lt;i&gt;Ethnographiques.org&lt;/i&gt;, 25, https://www.ethnographiques.org/2012/Giglio-Jacquemot.&#034;&gt;2013&lt;/a&gt; : 5-6).&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip_document_15833 spip_document spip_documents spip_document_video spip_document_avec_legende&#034; data-legende-len=&#034;132&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;div class=&#034;video-intrinsic-wrapper&#034; style='height:0;width:1280px;max-width:100%;padding-bottom:56.25%;position:relative;'&gt; &lt;div class=&#034;video-wrapper&#034; style=&#034;position: absolute;top:0;left:0;width:100%;height:100%;&#034;&gt; &lt;video class=&#034;mejs mejs-15833&#034; data-id=&#034;c5716b7c399a0c99287e304d7f6997bc&#034; data-mejsoptions='{&#034;iconSprite&#034;: &#034;plugins-dist/dist/core/medias/lib/mejs/mejs-controls.svg&#034;,&#034;alwaysShowControls&#034;: true,&#034;pluginPath&#034;:&#034;plugins-dist/dist/core/medias/lib/mejs/&#034;,&#034;loop&#034;:false,&#034;videoWidth&#034;:&#034;100%&#034;,&#034;videoHeight&#034;:&#034;100%&#034;,&#034;duration&#034;:272}' width=&#034;100%&#034; height=&#034;100%&#034; poster=&#034;local/cache-vignettes/L800xH517/extrait_1-vignette-34ff9.jpg?1769445139&#034; controls=&#034;controls&#034; preload=&#034;none&#034; &gt; &lt;source type=&#034;video/mp4&#034; src=&#034;IMG/mp4/extrait_1.mp4&#034; /&gt; &lt;img src='https://www.ethnographiques.org/local/cache-vignettes/L500xH323/extrait_1-vignette-34ff9-5bfb2.jpg?1771405654' width='500' height='323' alt='Impossible de lire la video' /&gt; &lt;/video&gt; &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre crayon document-titre-15833 '&gt;&lt;strong&gt;Vid&#233;o 1. Le jeu entre nous
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif crayon document-descriptif-15833 '&gt;Extrait n&#176; 1 &#8211; (TC:00:00:00) &#224; (TC:00:04:32)
&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_lien_source'&gt;&lt;a name=&#034;doc-15833&#034; id=&#034;doc-15833&#034; href=&#034;https://www.ethnographiques.org/IMG/mp4/extrait_1.mp4&#034;&gt;https://www.ethnographiques.org/IMG/mp4/extrait_1.mp4&lt;/a&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;div class=&#034;base64javascript20484682976a08abf461e3a4.44941472&#034; title=&#034;PHNjcmlwdD4gdmFyIG1lanNwYXRoPSdwbHVnaW5zLWRpc3QvZGlzdC9jb3JlL21lZGlhcy9saWIvbWVqcy9tZWRpYWVsZW1lbnQtYW5kLXBsYXllci5taW4uanM/MTc3MzEyNjA1NScsbWVqc2Nzcz0ncGx1Z2lucy1kaXN0L2Rpc3QvY29yZS9tZWRpYXMvbGliL21lanMvbWVkaWFlbGVtZW50cGxheWVyLm1pbi5jc3M/MTc3MzEyNjA1NSc7CnZhciBtZWpzbG9hZGVyOwooZnVuY3Rpb24oKXt2YXIgYT1tZWpzbG9hZGVyOyJ1bmRlZmluZWQiPT10eXBlb2YgYSYmKG1lanNsb2FkZXI9YT17Z3M6bnVsbCxwbHVnOnt9LGNzczp7fSxpbml0Om51bGwsYzowLGNzc2xvYWQ6bnVsbH0pO2EuaW5pdHx8KGEuY3NzbG9hZD1mdW5jdGlvbihjKXtpZigidW5kZWZpbmVkIj09dHlwZW9mIGEuY3NzW2NdKXthLmNzc1tjXT0hMDt2YXIgYj1kb2N1bWVudC5jcmVhdGVFbGVtZW50KCJsaW5rIik7Yi5ocmVmPWM7Yi5yZWw9InN0eWxlc2hlZXQiO2IudHlwZT0idGV4dC9jc3MiO2RvY3VtZW50LmdldEVsZW1lbnRzQnlUYWdOYW1lKCJoZWFkIilbMF0uYXBwZW5kQ2hpbGQoYil9fSxhLmluaXQ9ZnVuY3Rpb24oKXshMD09PWEuZ3MmJmZ1bmN0aW9uKGMpe2pRdWVyeSgiYXVkaW8ubWVqcyx2aWRlby5tZWpzIikubm90KCIuZG9uZSwubWVqc19fcGxheWVyIikuZWFjaChmdW5jdGlvbigpe2Z1bmN0aW9uIGIoKXt2YXIgZT0hMCxoO2ZvcihoIGluIGQuY3NzKWEuY3NzbG9hZChkLmNzc1toXSk7Zm9yKHZhciBmIGluIGQucGx1Z2lucykidW5kZWZpbmVkIj09CnR5cGVvZiBhLnBsdWdbZl0/KGU9ITEsYS5wbHVnW2ZdPSExLGpRdWVyeS5nZXRTY3JpcHQoZC5wbHVnaW5zW2ZdLGZ1bmN0aW9uKCl7YS5wbHVnW2ZdPSEwO2IoKX0pKTowPT1hLnBsdWdbZl0mJihlPSExKTtlJiZqUXVlcnkoIiMiK2MpLm1lZGlhZWxlbWVudHBsYXllcihqUXVlcnkuZXh0ZW5kKGQub3B0aW9ucyx7c3VjY2VzczpmdW5jdGlvbihhLGMpe2Z1bmN0aW9uIGIoKXt2YXIgYj1qUXVlcnkoYSkuY2xvc2VzdCgiLm1lanNfX2lubmVyIik7YS5wYXVzZWQ/KGIuYWRkQ2xhc3MoInBhdXNpbmciKSxzZXRUaW1lb3V0KGZ1bmN0aW9uKCl7Yi5maWx0ZXIoIi5wYXVzaW5nIikucmVtb3ZlQ2xhc3MoInBsYXlpbmciKS5yZW1vdmVDbGFzcygicGF1c2luZyIpLmFkZENsYXNzKCJwYXVzZWQiKX0sMTAwKSk6Yi5yZW1vdmVDbGFzcygicGF1c2VkIikucmVtb3ZlQ2xhc3MoInBhdXNpbmciKS5hZGRDbGFzcygicGxheWluZyIpfWIoKTthLmFkZEV2ZW50TGlzdGVuZXIoInBsYXkiLGIsITEpOwphLmFkZEV2ZW50TGlzdGVuZXIoInBsYXlpbmciLGIsITEpO2EuYWRkRXZlbnRMaXN0ZW5lcigicGF1c2UiLGIsITEpO2EuYWRkRXZlbnRMaXN0ZW5lcigicGF1c2VkIixiLCExKTtnLmF0dHIoImF1dG9wbGF5IikmJmEucGxheSgpfX0pKX12YXIgZz1qUXVlcnkodGhpcykuYWRkQ2xhc3MoImRvbmUiKSxjOyhjPWcuYXR0cigiaWQiKSl8fChjPSJtZWpzLSIrZy5hdHRyKCJkYXRhLWlkIikrIi0iK2EuYysrLGcuYXR0cigiaWQiLGMpKTt2YXIgZD17b3B0aW9uczp7fSxwbHVnaW5zOnt9LGNzczpbXX0sZSxoO2ZvcihlIGluIGQpaWYoaD1nLmF0dHIoImRhdGEtbWVqcyIrZSkpZFtlXT1qUXVlcnkucGFyc2VKU09OKGgpO2IoKX0pfShqUXVlcnkpfSk7YS5nc3x8KCJ1bmRlZmluZWQiIT09dHlwZW9mIG1lanNjc3MmJmEuY3NzbG9hZChtZWpzY3NzKSxhLmdzPWpRdWVyeS5nZXRTY3JpcHQobWVqc3BhdGgsZnVuY3Rpb24oKXthLmdzPSEwO2EuaW5pdCgpO2pRdWVyeShhLmluaXQpO29uQWpheExvYWQoYS5pbml0KX0pKX0pKCk7PC9zY3JpcHQ+&#034;&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Filmer la r&#233;action de ma grand-tante au projet m'a permis d'observer, notamment, son rapport &#224; la repr&#233;sentation publique d'elle-m&#234;me. Selon elle, les autres &#8211; qu'il s'agisse de membres de sa famille ou de personnes inconnues &#8211; ne pourraient pas s'int&#233;resser &#224; un film portant sur elle et sa vie. Par ses propos, elle reproduisait alors un r&#233;flexe de classe consistant &#224; penser que la vie des ouvri&#232;res, des femmes rurales ou de revenu modeste n'est pas racontable et n'est pas digne d'&#234;tre montr&#233;e. En somme, dans sa vision du monde l'id&#233;e d'&#171; &#234;tre int&#233;ressante &#187; ne pouvait pas s'appliquer &#224; elle (Bourdieu &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;BOURDIEU Pierre, 1972. &lt;i&gt;Esquisse d'une th&#233;orie de la pratique ; pr&#233;c&#233;d&#233; de Trois &#233;tudes d'ethnologie kabyle&lt;/i&gt;. Gen&#232;ve, Librairie Droz.&#034;&gt;1972&lt;/a&gt;), encore moins &#224; travers le m&#233;dium filmique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'utilisation de la cam&#233;ra a permis de mettre en lumi&#232;re la fa&#231;on dont des enjeux de classe, &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt; difficiles &#224; interroger frontalement, marquaient la relation d'enqu&#234;te et troublaient l'id&#233;al du film ethnographique comme outil d'empouvoirement. Un exemple parmi d'autres est l'utilisation spontan&#233;e du pronom &#171; nous &#187; pour parler d'elle-m&#234;me et pour &#233;voquer certaines de ses habitudes. Interrog&#233;e &#224; ce sujet, ma grand-tante m'a r&#233;pondu que ce terme &#233;voquait chez elle la famille, qui demeurait pour elle un lieu d'identification privil&#233;gi&#233;, m&#234;me si elle fait r&#233;f&#233;rence &#224; un temps pass&#233;. Selon Eribon (&lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;ERIBON Didier, 2009. &lt;i&gt;Retour &#224; Reims&lt;/i&gt;. Paris, Fayard.&#034;&gt;2009&lt;/a&gt;, &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;RIBON Didier, 2013. &lt;i&gt;La soci&#233;t&#233; comme verdict&lt;/i&gt;. Paris, Fayard.&#034;&gt;2013&lt;/a&gt;), l'emploi du pronom personnel pluriel est un signe de distanciation de classe (le &#171; nous &#187; s'oppose au &#171; eux &#187;). Son utilisation sugg&#232;re la difficult&#233; qu'elle avait &#224; occuper la place de sujet, puisque socialis&#233;e dans un environnement qui ne l'encourageait pas &#224; s'exprimer en ces termes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;orie des diverses formes de capital de Pierre Bourdieu aide &#224; analyser l'attitude de ma grand-tante envers la mise en valeur de sa propre vie et le fait de &#171; se raconter &#187; ou de se mettre en sc&#232;ne. Si l'on suit Bourdieu (&lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;BOURDIEU Pierre, 1979. &lt;i&gt;La distinction : critique sociale du jugement&lt;/i&gt;. Paris, &#201;ditions de Minuit.&#034;&gt;1979&lt;/a&gt;, &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;BOURDIEU Pierre, 1984. &#171; Espace social et gen&#232;se des &#8220;classes&#8221; &#187;, &lt;i&gt;Actes de la recherche en sciences sociales&lt;/i&gt; 52 (1), p. 3&#8209;14, https://doi.org/10.3406/arss.1984.3327.&#034;&gt;1984&lt;/a&gt;), la r&#233;action de ma grand-tante reproduit les normes et les attentes internalis&#233;es de sa classe sociale &#173; le milieu ouvrier et populaire &#8211; dans laquelle, la famille constitue le principal lieu d'identification. Le contexte rural et p&#233;riph&#233;rique, mais &#233;galement religieux, dans lequel elle a grandi, a impliqu&#233; des interactions importantes et prolong&#233;es autour de la famille, et minimise le r&#244;le des individus, notamment des femmes, et leurs identit&#233;s personnelles. En somme, ma grand-tante, par sa socialisation de genre et de classe, a adopt&#233; un r&#244;le subordonn&#233; au sein de sa famille mais aussi en dehors, et s'est consacr&#233;e aux besoins des autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette analyse du r&#244;le que jouent la classe sociale et le genre dans la mani&#232;re dont les individus donnent du sens &#224; leurs actions permet de questionner les processus d'individualisation variables d'un contexte social &#224; un autre (de Singly &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;DE SINGLY Fran&#231;ois, 2016. &lt;i&gt;Libres ensembles : l'individualisme dans la vie commune&lt;/i&gt;. Paris, Armand Colin.&#034;&gt;2016&lt;/a&gt;). En effet, penser que sa vie est racontable, digne d'int&#233;r&#234;t, traduit le plus souvent un &lt;i&gt;habitus &lt;/i&gt;bourgeois. Le projet m&#234;me du film, par sa nature individuelle &#224; consonance sociale, traite d'un sujet bourgeois privil&#233;gi&#233; (Puissant &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;PUISSANT Jean, 2004. &#171; Le film de famille, composante n&#233;cessaire de la m&#233;moire collective &#187;, &lt;i&gt;in&lt;/i&gt; TOUSIGNANT Nathalie, &lt;i&gt;Le film de famille&lt;/i&gt;. Bruxelles, Publications des Facult&#233;s universitaires Saint-Louis, p. 9-14.&#034;&gt;2004&lt;/a&gt;). La vision qu'avait ma grand-tante du projet, analys&#233;e dans une perspective critique, permet de d&#233;naturaliser le r&#233;cit de soi et l'id&#233;e m&#234;me &#171; d'&#234;tre int&#233;ressante &#187;. Cette entreprise, bas&#233;e sur les r&#233;cits &#224; la premi&#232;re personne et qui consiste &#224; consacrer un temps consid&#233;rable uniquement sur soi, relevait d'une forme d'individualisme qui frisait le ridicule &#224; ses yeux. Ainsi, mon souhait de la filmer dans le but de lui donner de l'importance s'est heurt&#233; &#224; son incompr&#233;hension, et &#224; mon grand &#233;tonnement, &#224; un d&#233;sint&#233;r&#234;t, voire &#224; une r&#233;sistance plus ou moins manifeste.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;a id=&#034;une-consideration-autre-2&#034; name=&#034;une-consideration-autre-2&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;a id=&#034;a3&#034; name=&#034;a3&#034;&gt;&lt;/a&gt;L'&#233;chec de la parole&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;La deuxi&#232;me partie du film, que j'intitule &#171; L'&#233;chec de la parole &#187;, montre mes tentatives pour int&#233;grer mon sujet film&#233; au processus. Comme pour la premi&#232;re partie, j'ai &#233;t&#233; confront&#233;e &#224; une inad&#233;quation entre la mani&#232;re de penser la production de sens telle que je l'ai apprise &#224; l'universit&#233; et sa mani&#232;re de faire sens de son exp&#233;rience de vie.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip_document_15835 spip_document spip_documents spip_document_video spip_document_avec_legende&#034; data-legende-len=&#034;132&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;div class=&#034;video-intrinsic-wrapper&#034; style='height:0;width:1280px;max-width:100%;padding-bottom:56.25%;position:relative;'&gt; &lt;div class=&#034;video-wrapper&#034; style=&#034;position: absolute;top:0;left:0;width:100%;height:100%;&#034;&gt; &lt;video class=&#034;mejs mejs-15835&#034; data-id=&#034;5013d8e03e8b397464ee926255cab340&#034; data-mejsoptions='{&#034;iconSprite&#034;: &#034;plugins-dist/dist/core/medias/lib/mejs/mejs-controls.svg&#034;,&#034;alwaysShowControls&#034;: true,&#034;pluginPath&#034;:&#034;plugins-dist/dist/core/medias/lib/mejs/&#034;,&#034;loop&#034;:false,&#034;videoWidth&#034;:&#034;100%&#034;,&#034;videoHeight&#034;:&#034;100%&#034;,&#034;duration&#034;:418}' width=&#034;100%&#034; height=&#034;100%&#034; poster=&#034;local/cache-vignettes/L800xH455/extrait_2-vignette-9c728.jpg?1769445139&#034; controls=&#034;controls&#034; preload=&#034;none&#034; &gt; &lt;source type=&#034;video/mp4&#034; src=&#034;IMG/mp4/extrait_2.mp4&#034; /&gt; &lt;img src='https://www.ethnographiques.org/local/cache-vignettes/L500xH284/extrait_2-vignette-9c728-6a7c2.jpg?1771405654' width='500' height='284' alt='Impossible de lire la video' /&gt; &lt;/video&gt; &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre crayon document-titre-15835 '&gt;&lt;strong&gt;Vid&#233;o 2. Le jeu entre nous
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif crayon document-descriptif-15835 '&gt;Extrait n&#176; 2 &#8211; (TC:00:06:53) &#224; (TC:00:13:51)
&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_lien_source'&gt;&lt;a name=&#034;doc-15835&#034; id=&#034;doc-15835&#034; href=&#034;https://www.ethnographiques.org/IMG/mp4/extrait_2.mp4&#034;&gt;https://www.ethnographiques.org/IMG/mp4/extrait_2.mp4&lt;/a&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;div class=&#034;base64javascript20484682976a08abf461e3a4.44941472&#034; title=&#034;PHNjcmlwdD4gdmFyIG1lanNwYXRoPSdwbHVnaW5zLWRpc3QvZGlzdC9jb3JlL21lZGlhcy9saWIvbWVqcy9tZWRpYWVsZW1lbnQtYW5kLXBsYXllci5taW4uanM/MTc3MzEyNjA1NScsbWVqc2Nzcz0ncGx1Z2lucy1kaXN0L2Rpc3QvY29yZS9tZWRpYXMvbGliL21lanMvbWVkaWFlbGVtZW50cGxheWVyLm1pbi5jc3M/MTc3MzEyNjA1NSc7CnZhciBtZWpzbG9hZGVyOwooZnVuY3Rpb24oKXt2YXIgYT1tZWpzbG9hZGVyOyJ1bmRlZmluZWQiPT10eXBlb2YgYSYmKG1lanNsb2FkZXI9YT17Z3M6bnVsbCxwbHVnOnt9LGNzczp7fSxpbml0Om51bGwsYzowLGNzc2xvYWQ6bnVsbH0pO2EuaW5pdHx8KGEuY3NzbG9hZD1mdW5jdGlvbihjKXtpZigidW5kZWZpbmVkIj09dHlwZW9mIGEuY3NzW2NdKXthLmNzc1tjXT0hMDt2YXIgYj1kb2N1bWVudC5jcmVhdGVFbGVtZW50KCJsaW5rIik7Yi5ocmVmPWM7Yi5yZWw9InN0eWxlc2hlZXQiO2IudHlwZT0idGV4dC9jc3MiO2RvY3VtZW50LmdldEVsZW1lbnRzQnlUYWdOYW1lKCJoZWFkIilbMF0uYXBwZW5kQ2hpbGQoYil9fSxhLmluaXQ9ZnVuY3Rpb24oKXshMD09PWEuZ3MmJmZ1bmN0aW9uKGMpe2pRdWVyeSgiYXVkaW8ubWVqcyx2aWRlby5tZWpzIikubm90KCIuZG9uZSwubWVqc19fcGxheWVyIikuZWFjaChmdW5jdGlvbigpe2Z1bmN0aW9uIGIoKXt2YXIgZT0hMCxoO2ZvcihoIGluIGQuY3NzKWEuY3NzbG9hZChkLmNzc1toXSk7Zm9yKHZhciBmIGluIGQucGx1Z2lucykidW5kZWZpbmVkIj09CnR5cGVvZiBhLnBsdWdbZl0/KGU9ITEsYS5wbHVnW2ZdPSExLGpRdWVyeS5nZXRTY3JpcHQoZC5wbHVnaW5zW2ZdLGZ1bmN0aW9uKCl7YS5wbHVnW2ZdPSEwO2IoKX0pKTowPT1hLnBsdWdbZl0mJihlPSExKTtlJiZqUXVlcnkoIiMiK2MpLm1lZGlhZWxlbWVudHBsYXllcihqUXVlcnkuZXh0ZW5kKGQub3B0aW9ucyx7c3VjY2VzczpmdW5jdGlvbihhLGMpe2Z1bmN0aW9uIGIoKXt2YXIgYj1qUXVlcnkoYSkuY2xvc2VzdCgiLm1lanNfX2lubmVyIik7YS5wYXVzZWQ/KGIuYWRkQ2xhc3MoInBhdXNpbmciKSxzZXRUaW1lb3V0KGZ1bmN0aW9uKCl7Yi5maWx0ZXIoIi5wYXVzaW5nIikucmVtb3ZlQ2xhc3MoInBsYXlpbmciKS5yZW1vdmVDbGFzcygicGF1c2luZyIpLmFkZENsYXNzKCJwYXVzZWQiKX0sMTAwKSk6Yi5yZW1vdmVDbGFzcygicGF1c2VkIikucmVtb3ZlQ2xhc3MoInBhdXNpbmciKS5hZGRDbGFzcygicGxheWluZyIpfWIoKTthLmFkZEV2ZW50TGlzdGVuZXIoInBsYXkiLGIsITEpOwphLmFkZEV2ZW50TGlzdGVuZXIoInBsYXlpbmciLGIsITEpO2EuYWRkRXZlbnRMaXN0ZW5lcigicGF1c2UiLGIsITEpO2EuYWRkRXZlbnRMaXN0ZW5lcigicGF1c2VkIixiLCExKTtnLmF0dHIoImF1dG9wbGF5IikmJmEucGxheSgpfX0pKX12YXIgZz1qUXVlcnkodGhpcykuYWRkQ2xhc3MoImRvbmUiKSxjOyhjPWcuYXR0cigiaWQiKSl8fChjPSJtZWpzLSIrZy5hdHRyKCJkYXRhLWlkIikrIi0iK2EuYysrLGcuYXR0cigiaWQiLGMpKTt2YXIgZD17b3B0aW9uczp7fSxwbHVnaW5zOnt9LGNzczpbXX0sZSxoO2ZvcihlIGluIGQpaWYoaD1nLmF0dHIoImRhdGEtbWVqcyIrZSkpZFtlXT1qUXVlcnkucGFyc2VKU09OKGgpO2IoKX0pfShqUXVlcnkpfSk7YS5nc3x8KCJ1bmRlZmluZWQiIT09dHlwZW9mIG1lanNjc3MmJmEuY3NzbG9hZChtZWpzY3NzKSxhLmdzPWpRdWVyeS5nZXRTY3JpcHQobWVqc3BhdGgsZnVuY3Rpb24oKXthLmdzPSEwO2EuaW5pdCgpO2pRdWVyeShhLmluaXQpO29uQWpheExvYWQoYS5pbml0KX0pKX0pKCk7PC9zY3JpcHQ+&#034;&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pour ce faire, la deuxi&#232;me partie du film, et notamment cet extrait, montre les moments o&#249; je partage certains de mes rushs avec elle. L'objectif est de provoquer une r&#233;action &#8211; un discours sur les &#233;l&#233;ments film&#233;s &#8211; et de recueillir ses pens&#233;es sur ce que je lui montre. Il m'importait de savoir si, et le cas &#233;ch&#233;ant, pourquoi, elle aimait ce que je filmais, afin d'orienter mes choix lors du montage. Cependant, l&#224; aussi, mes tentatives n'ont pas abouti. L'extrait n&#176; 2 montre au contraire ses r&#233;ticences &#224; exprimer un discours sur ce qu'elle voit. La s&#233;quence la montre en spectatrice, profitant des images de notre partie de Rummy, sans endosser le r&#244;le de critique ou de commentatrice que j'aurais souhait&#233; lui voir prendre, ni valider les situations sociales qui se jouent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutefois, les r&#233;ponses de ma grand-tante, et parfois m&#234;me ses silences, bien que ne correspondant pas &#224; ce que j'aurais imagin&#233;, ont fourni des &#233;l&#233;ments de compr&#233;hension importants. Alors que je tentais de relier la situation de ma grand-tante &#224; une analyse socio-anthropologique plus abstraite, ses r&#233;ponses s'inscrivaient dans un registre concret et pragmatique. Nos compr&#233;hensions respectives des images impliquaient des univers de sens et des visions du monde diff&#233;rents. Un exemple peut &#234;tre cit&#233; lorsque qu'elle parle de la forme du film (&#171; il va bien ton appareil, hein &#187; (TC:00:05:21) alors que j'aurais voulu qu'elle discute du fond.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;a id=&#034;hannah-remonte-rue-comment-decrire-3&#034; name=&#034;hannah-remonte-rue-comment-decrire-3&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;a id=&#034;a4&#034; name=&#034;a4&#034;&gt;&lt;/a&gt;Ce et celles qu'elle veut&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;La troisi&#232;me partie refl&#232;te ma nouvelle posture, fruit de mes r&#233;flexions sur les deux premi&#232;res parties du film. Proposer une alternative &#224; la parole et &#224; la pens&#233;e acad&#233;mique impliquait de trouver un mod&#232;le qui puisse se distancier d'une forme cin&#233;matographique du portrait, pouvant &#234;tre &#233;tiquet&#233;e de 'bourgeois' car centr&#233;e sur l'individu et son r&#233;cit de vie. Pour sortir de cette mani&#232;re de faire, et ainsi viser un fonctionnement plus horizontal, j'ai d&#251; adapter la forme filmique &#224; la personne film&#233;e ; en l'occurrence, cela impliquait de penser des sc&#232;nes et un montage qui permettent de raconter sans dire. Cette d&#233;marche a eu pour cons&#233;quence de mettre de c&#244;t&#233; le &#171; r&#233;cit de soi &#187;, contest&#233; par ma grand-tante, et de me concentrer sur les choses et les personnes qui avaient de la valeur &#224; ses yeux. La derni&#232;re partie du film signifie par sa longueur l'importance de celles-ci ; techniquement, elle marque l'abandon progressif du cadrage &#171; &lt;i&gt;talking head&lt;/i&gt; &#187; en faveur d'une focale un peu plus distanci&#233;e et englobante.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip_document_15837 spip_document spip_documents spip_document_video spip_document_avec_legende&#034; data-legende-len=&#034;132&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;div class=&#034;video-intrinsic-wrapper&#034; style='height:0;width:1280px;max-width:100%;padding-bottom:56.25%;position:relative;'&gt; &lt;div class=&#034;video-wrapper&#034; style=&#034;position: absolute;top:0;left:0;width:100%;height:100%;&#034;&gt; &lt;video class=&#034;mejs mejs-15837&#034; data-id=&#034;ba3d3444063f08ff3ef3a6f436397d0f&#034; data-mejsoptions='{&#034;iconSprite&#034;: &#034;plugins-dist/dist/core/medias/lib/mejs/mejs-controls.svg&#034;,&#034;alwaysShowControls&#034;: true,&#034;pluginPath&#034;:&#034;plugins-dist/dist/core/medias/lib/mejs/&#034;,&#034;loop&#034;:false,&#034;videoWidth&#034;:&#034;100%&#034;,&#034;videoHeight&#034;:&#034;100%&#034;,&#034;duration&#034;:444}' width=&#034;100%&#034; height=&#034;100%&#034; poster=&#034;local/cache-vignettes/L800xH453/extrait_3-vignettebis-6b10b.jpg?1769445139&#034; controls=&#034;controls&#034; preload=&#034;none&#034; &gt; &lt;source type=&#034;video/mp4&#034; src=&#034;IMG/mp4/extrait_3.mp4&#034; /&gt; &lt;img src='https://www.ethnographiques.org/local/cache-vignettes/L500xH283/extrait_3-vignettebis-6b10b-3bd34.jpg?1771405654' width='500' height='283' alt='Impossible de lire la video' /&gt; &lt;/video&gt; &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre crayon document-titre-15837 '&gt;&lt;strong&gt;Vid&#233;o 3. Le jeu entre nous
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif crayon document-descriptif-15837 '&gt;Extrait n&#176; 3 &#8211; (TC:00:15:21) &#224; (TC:00:22:45)
&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_lien_source'&gt;&lt;a name=&#034;doc-15837&#034; id=&#034;doc-15837&#034; href=&#034;https://www.ethnographiques.org/IMG/mp4/extrait_3.mp4&#034;&gt;https://www.ethnographiques.org/IMG/mp4/extrait_3.mp4&lt;/a&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;div class=&#034;base64javascript20484682976a08abf461e3a4.44941472&#034; title=&#034;PHNjcmlwdD4gdmFyIG1lanNwYXRoPSdwbHVnaW5zLWRpc3QvZGlzdC9jb3JlL21lZGlhcy9saWIvbWVqcy9tZWRpYWVsZW1lbnQtYW5kLXBsYXllci5taW4uanM/MTc3MzEyNjA1NScsbWVqc2Nzcz0ncGx1Z2lucy1kaXN0L2Rpc3QvY29yZS9tZWRpYXMvbGliL21lanMvbWVkaWFlbGVtZW50cGxheWVyLm1pbi5jc3M/MTc3MzEyNjA1NSc7CnZhciBtZWpzbG9hZGVyOwooZnVuY3Rpb24oKXt2YXIgYT1tZWpzbG9hZGVyOyJ1bmRlZmluZWQiPT10eXBlb2YgYSYmKG1lanNsb2FkZXI9YT17Z3M6bnVsbCxwbHVnOnt9LGNzczp7fSxpbml0Om51bGwsYzowLGNzc2xvYWQ6bnVsbH0pO2EuaW5pdHx8KGEuY3NzbG9hZD1mdW5jdGlvbihjKXtpZigidW5kZWZpbmVkIj09dHlwZW9mIGEuY3NzW2NdKXthLmNzc1tjXT0hMDt2YXIgYj1kb2N1bWVudC5jcmVhdGVFbGVtZW50KCJsaW5rIik7Yi5ocmVmPWM7Yi5yZWw9InN0eWxlc2hlZXQiO2IudHlwZT0idGV4dC9jc3MiO2RvY3VtZW50LmdldEVsZW1lbnRzQnlUYWdOYW1lKCJoZWFkIilbMF0uYXBwZW5kQ2hpbGQoYil9fSxhLmluaXQ9ZnVuY3Rpb24oKXshMD09PWEuZ3MmJmZ1bmN0aW9uKGMpe2pRdWVyeSgiYXVkaW8ubWVqcyx2aWRlby5tZWpzIikubm90KCIuZG9uZSwubWVqc19fcGxheWVyIikuZWFjaChmdW5jdGlvbigpe2Z1bmN0aW9uIGIoKXt2YXIgZT0hMCxoO2ZvcihoIGluIGQuY3NzKWEuY3NzbG9hZChkLmNzc1toXSk7Zm9yKHZhciBmIGluIGQucGx1Z2lucykidW5kZWZpbmVkIj09CnR5cGVvZiBhLnBsdWdbZl0/KGU9ITEsYS5wbHVnW2ZdPSExLGpRdWVyeS5nZXRTY3JpcHQoZC5wbHVnaW5zW2ZdLGZ1bmN0aW9uKCl7YS5wbHVnW2ZdPSEwO2IoKX0pKTowPT1hLnBsdWdbZl0mJihlPSExKTtlJiZqUXVlcnkoIiMiK2MpLm1lZGlhZWxlbWVudHBsYXllcihqUXVlcnkuZXh0ZW5kKGQub3B0aW9ucyx7c3VjY2VzczpmdW5jdGlvbihhLGMpe2Z1bmN0aW9uIGIoKXt2YXIgYj1qUXVlcnkoYSkuY2xvc2VzdCgiLm1lanNfX2lubmVyIik7YS5wYXVzZWQ/KGIuYWRkQ2xhc3MoInBhdXNpbmciKSxzZXRUaW1lb3V0KGZ1bmN0aW9uKCl7Yi5maWx0ZXIoIi5wYXVzaW5nIikucmVtb3ZlQ2xhc3MoInBsYXlpbmciKS5yZW1vdmVDbGFzcygicGF1c2luZyIpLmFkZENsYXNzKCJwYXVzZWQiKX0sMTAwKSk6Yi5yZW1vdmVDbGFzcygicGF1c2VkIikucmVtb3ZlQ2xhc3MoInBhdXNpbmciKS5hZGRDbGFzcygicGxheWluZyIpfWIoKTthLmFkZEV2ZW50TGlzdGVuZXIoInBsYXkiLGIsITEpOwphLmFkZEV2ZW50TGlzdGVuZXIoInBsYXlpbmciLGIsITEpO2EuYWRkRXZlbnRMaXN0ZW5lcigicGF1c2UiLGIsITEpO2EuYWRkRXZlbnRMaXN0ZW5lcigicGF1c2VkIixiLCExKTtnLmF0dHIoImF1dG9wbGF5IikmJmEucGxheSgpfX0pKX12YXIgZz1qUXVlcnkodGhpcykuYWRkQ2xhc3MoImRvbmUiKSxjOyhjPWcuYXR0cigiaWQiKSl8fChjPSJtZWpzLSIrZy5hdHRyKCJkYXRhLWlkIikrIi0iK2EuYysrLGcuYXR0cigiaWQiLGMpKTt2YXIgZD17b3B0aW9uczp7fSxwbHVnaW5zOnt9LGNzczpbXX0sZSxoO2ZvcihlIGluIGQpaWYoaD1nLmF0dHIoImRhdGEtbWVqcyIrZSkpZFtlXT1qUXVlcnkucGFyc2VKU09OKGgpO2IoKX0pfShqUXVlcnkpfSk7YS5nc3x8KCJ1bmRlZmluZWQiIT09dHlwZW9mIG1lanNjc3MmJmEuY3NzbG9hZChtZWpzY3NzKSxhLmdzPWpRdWVyeS5nZXRTY3JpcHQobWVqc3BhdGgsZnVuY3Rpb24oKXthLmdzPSEwO2EuaW5pdCgpO2pRdWVyeShhLmluaXQpO29uQWpheExvYWQoYS5pbml0KX0pKX0pKCk7PC9zY3JpcHQ+&#034;&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dans ce segment, j'int&#232;gre des images repr&#233;sentatives des moments que je partageais avec ma grand-tante : des moments de jeu, de discussions, de promenades pour faire le tour du p&#226;t&#233; de maisons, mais &#233;galement des moments plus contemplatifs et silencieux durant lesquels je lui laissais la place et le temps pour prendre, ou non, le leadership sur les interactions et les sujets de conversations. Dans cette s&#233;quence, je me lib&#232;re du tr&#233;pied et du cadrage en plans fixes pour filmer des images en cam&#233;ra port&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette troisi&#232;me partie du film montre une claire &#233;volution, aussi bien de mes intentions que de la forme filmique qui en r&#233;sulte. Tendre vers une relation de r&#233;sonance (Rosa &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;ROSA Hartmut, 2018. &lt;i&gt;R&#233;sonance : une sociologie de la relation au monde&lt;/i&gt;. Paris, La D&#233;couverte.&#034;&gt;2018&lt;/a&gt;) avec ma grand-tante a contribu&#233; &#224; transformer mon terrain et le film au fur et &#224; mesure que nous passions du temps ensemble. Malgr&#233; certaines barri&#232;res et incompr&#233;hensions entre nous, nous avons pu approfondir notre relation, notamment gr&#226;ce &#224; ma d&#233;cision de me mettre &#224; son rythme, par exemple en laissant la cam&#233;ra enclench&#233;e, en m'asseyant et en m'adaptant &#224; sa mani&#232;re de s'int&#233;grer au projet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors de la promenade dans le troisi&#232;me extrait (TC:00:05 :11 &#224; 00:07 :20), j'introduis des s&#233;quences sans coupe dans lesquelles elle est mobile. Ceci, dans le but de la valoriser en tant que sujette active. Ma grand-tante se d&#233;place dans le champ ; ce sont ses mouvements qui d&#233;terminent les moments de d&#233;but et de fin d'enregistrement de la cam&#233;ra. Dans ces plans, j'ai souhait&#233; attendre qu'elle soit compl&#232;tement sortie du champ pour arr&#234;ter l'enregistrement. Ce sont donc ses sorties du champ, provoqu&#233;es par ses mouvements, qui d&#233;terminent la fin des plans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela a impliqu&#233; &#233;galement un ralentissement, qui fait directement r&#233;f&#233;rence &#224; la critique de l'acc&#233;l&#233;ration dans les soci&#233;t&#233;s postmodernes selon Hartmut Rosa (&lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;ROSA Hartmut, 2018. &lt;i&gt;R&#233;sonance : une sociologie de la relation au monde&lt;/i&gt;. Paris, La D&#233;couverte.&#034;&gt;2018&lt;/a&gt;). Il se retrouve aujourd'hui dans la forme du film : l'ouverture graduelle de l'une vers l'autre est mat&#233;rialis&#233;e par l'emploi de plans de coupe de plus en plus nombreux d&#232;s la deuxi&#232;me partie du film. Leur emploi signifiant un processus en cours dans notre relation. Ces moments de silence, de pause dans la narration, ont pour but de ralentir et illustrent ma volont&#233; &#171; d'aller &#224; son rythme &#187; tout en d&#233;voilant quelques informations sur elle. &lt;i&gt;A contrario&lt;/i&gt; de l'emploi d&#233;multipli&#233; des plans de coupes, certains plans longs (comme lors de la promenade) traduisent ma volont&#233; de me mettre &#224; son rythme. Cette adaptation s'est faite au contact du terrain, par l'observation participante et ma pr&#233;sence prolong&#233;e aupr&#232;s d'elle. En c&#244;toyant la personne et en vivant avec elle ce qu'elle vit, je me suis familiaris&#233;e avec son quotidien et me suis impr&#233;gn&#233;e de ses &#171; codes de la biens&#233;ance &#187; ce qui m'a permis d'acqu&#233;rir une &#171; connaissance sensible &#187; du terrain (Olivier de Sardan &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;OLIVIER DE SARDAN Jean-Pierre, 1995. &#171; La Politique du terrain : sur la production des donn&#233;es en anthropologie &#187;, &lt;i&gt;Enqu&#234;te&lt;/i&gt; (1), p. 71&#8209;109, https://doi.org/10.4000/enquete.263.&#034;&gt;1995&lt;/a&gt; : 6). En termes filmiques, cela a &#233;t&#233; possible gr&#226;ce &#224; l'approche de la &#171; cam&#233;ra participante &#187; (de Heusch &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;DE HEUSCH Luc, 1962. &#171; Pour une dialectique de la sacralit&#233; du pouvoir &#187;, in &lt;i&gt;Le pouvoir et le sacr&#233;&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Annales du Centre d'&#201;tude des Religions&lt;/i&gt;, Bruxelles, Universit&#233; libre de Bruxelles, Institution de sociologie, p. 15-47.&#034;&gt;1962&lt;/a&gt;), largement utilis&#233;e par Jean Rouch dans ses productions filmiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En l'occurrence, cette &#171; cam&#233;ra participante &#187; devient un agent de mon film, montrant &#171; le jeu &#187; entre une jeune universitaire et une vieille ouvri&#232;re d'origine rurale. Dans l'extrait n&#176; 3 elle m'interpelle en disant : &#171; Regarde ce chat comme il est bien. &#187; (TC:00:02:34). Or, elle s'adresse indirectement &#224; l'outil, me demandant de regarder &lt;i&gt;&#224; travers&lt;/i&gt; la cam&#233;ra et d'ainsi filmer son animal de compagnie. Cette d&#233;marche me permet non pas de r&#233;aliser un film sur elle, mais de composer un film avec elle, et par la m&#234;me occasion de faire du cin&#233;ma ethnographique un acte &#224; la fois contemplatif et participatif (MacDougall &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;MACDOUGALL David, 1998. &lt;i&gt;Transcultural Cinema&lt;/i&gt;. Princeton, Princeton University Press.&#034;&gt;1998&lt;/a&gt;). Toutefois, pour contraster cette vision id&#233;alis&#233;e, il est important de noter que ce sont mes questions (dans la premi&#232;re partie) qui d&#233;limitent l'action film&#233;e (Roche &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;ROCHE Thierry, 2001. &#171; L'anthropologie visuelle : un mod&#232;le dialogique &#187;, &lt;i&gt;M&#233;diation et Information&lt;/i&gt; 15, p 111-122.&#034;&gt;2001&lt;/a&gt;). De m&#234;me, c'est &#224; moi que revient le choix final du montage. M&#234;me si je tente de la mettre en valeur, je ne peux m'extraire de cette relation avec ma grand-tante dans laquelle j'exerce, bien malgr&#233; moi, un rapport de pouvoir sur elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, au-del&#224; du constat de la diff&#233;rence de classe sociale et du malaise qui r&#233;sulte de la tension entre mon souhait de la valoriser au moyen du film et son incompr&#233;hension face &#224; ce souhait, la cam&#233;ra devient un outil pour se raconter. Elle permet de verbaliser ce qui rel&#232;ve de diverses formes de dominations incorpor&#233;es (&#234;tre une femme, la cadette d'une fratrie, venir du milieu rural, exercer une profession ouvri&#232;re et avoir un statut &#233;conomique modeste), ainsi qu'au mod&#232;le de famille qui a structur&#233; sa vision d'elle-m&#234;me jusqu'&#224; la fin de sa vie. Dans cette anthropologie partag&#233;e (Rouch &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;ROUCH Jean, 2009. &lt;i&gt;Jean Rouch : cin&#233;ma et anthropologie&lt;/i&gt;. Paris, Cahiers du cin&#233;ma.&#034;&gt;2009&lt;/a&gt;), le dispositif cin&#233;matographique est r&#233;appropri&#233; par ma grand-tante, qui m'encourage &#224; filmer des objets ou des personnes qui ont de l'importance pour elle. La cam&#233;ra devient alors un m&#233;diateur qui lui permet de cr&#233;er un discours et de mettre en sc&#232;ne une partie de sa r&#233;alit&#233; sociale et de son cercle proche. Dans une optique de &lt;i&gt;care&lt;/i&gt;, cette m&#233;thode permet de lui donner des r&#244;les d'actrice, d'agente et de sujette. En me demandant de filmer son chat, son amie Simone, etc., elle me montre l'importance de ces &#233;l&#233;ments dans sa vie quotidienne. D'o&#249; le titre employ&#233; pour cette derni&#232;re partie : 'Ce et celles qu'elle veut' en r&#233;f&#233;rence aux objets, &#224; son chat ainsi qu'aux personnes qu'elle souhaite faire figurer dans le film.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;volution de ma probl&#233;matique correspond &#224; celle du projet, pour lequel je souhaitais m'adapter et adapter les outils de la recherche. Le projet est donc pass&#233; d'un film dont j'aurais &#233;t&#233; l'autrice &#224; une cocr&#233;ation. L'essence participative qui s'en d&#233;gage permet, de fait, de remettre en question le concept d'empouvoirement de l'individu et de le modifier au moyen de l'&#233;thique du &lt;i&gt;care&lt;/i&gt;. Je ne pouvais pas et je ne voulais pas forcer ma grand-tante &#224; parler d'elle. L'enjeu r&#233;sidait donc dans la recherche d'outils lui permettant de s'exprimer autrement. Dans le cas de ma grand-tante, ce n'est pas par la parole, mais par le m&#233;dium filmique lui-m&#234;me. Cet article t&#233;moigne donc d'une volont&#233; de remettre en question les potentialit&#233;s de l'espace de visibilit&#233; du m&#233;dium cin&#233;matographique. Je propose un exemple d'espace d'expression qui correspond &#224; la mani&#232;re d'&#234;tre et de faire de la personne interrog&#233;e (dans une perspective &#233;mique). Les demandes de ma grand-tante, de filmer certains &#233;l&#233;ments de son quotidien, peuvent &#234;tre vues comme des preuves de son int&#233;gration au projet, gr&#226;ce &#224; la cam&#233;ra participante qui devient un moyen d'expression. Ses propos dans le troisi&#232;me extrait : &#171; Tu lui coupes un peu la t&#234;te ! &#187; (TC:00:02:55) vont dans ce sens. Avec cette m&#233;thode, elle s'int&#233;resse aux &#233;l&#233;ments film&#233;s et &#224; la mani&#232;re dont je filme. Les images deviennent alors un moyen de valoriser ma grand-tante en la rendant active dans le processus filmique.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;a id=&#034;plan-fixe-mise-valeur-des-details-4&#034; name=&#034;plan-fixe-mise-valeur-des-details-4&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;a id=&#034;a5&#034; name=&#034;a5&#034;&gt;&lt;/a&gt;Le film comme moyen de red&#233;finition de la relation de &lt;i&gt;care&lt;/i&gt;&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Filmer l'ordinaire de la vie quotidienne d'une personne &#226;g&#233;e vise &#224; renverser une certaine hi&#233;rarchie des genres filmiques (Connor &amp; Asch &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;CONNOR Linda &amp; ASCH Patsy, 1995. &#171; Subjects, images, voices : representing gender in ethnographic film &#187;, &lt;i&gt;Visual Anthropology Review&lt;/i&gt; 11 (1), p. 5&#8209;18, https://doi.org/10.1525/var.1995.11.1.5.&#034;&gt;1995&lt;/a&gt;), tout en permettant &#224; ma grand-tante de s'exprimer sur elle-m&#234;me. Ma pratique filmique peut, en soi, appara&#238;tre comme une certaine pratique du &lt;i&gt;care&lt;/i&gt;, dans la mesure o&#249; elle vise &#224; donner de la valeur &#224; un sujet qui n'en a g&#233;n&#233;ralement pas ou peu. Dans le champ f&#233;ministe, le concept de &#171; banalit&#233; &#187; (Kiani &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;KIANI Sarah, 2018. &#171; Chantal Akerman, entre auto ethnographie et banal : un f&#233;minisme des interstices &#187;, &lt;i&gt;Genre, sexualit&#233; &amp; soci&#233;t&#233;&lt;/i&gt; (hors-s&#233;rie 3), https://doi.org/10.4000/gss.4491.&#034;&gt;2018&lt;/a&gt;) a nourri mes r&#233;flexions en proposant d'aborder la vieillesse au f&#233;minin comme sujet anthropologique, en filmant un sujet d&#233;valu&#233;. Mon but &#233;tait de cr&#233;er une contre-proposition &#224; la vision sociale de ces questions, &#224; l'aide de la captation de situations &#171; anodines &#187; (de Laurentis &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;DE LAURENTIS Teresa, 1985. &#171; Aesthetic and feminist theory : rethinking women's cinema &#187;, &lt;i&gt;New German Critique&lt;/i&gt; (34), p. 154&#8209;175.&#034;&gt;1985&lt;/a&gt;). Ceci devait permettre, en d&#233;finitive, de proposer un contre-discours sur les liens de familiarit&#233;, sur ce qui vaut ou non la peine d'&#234;tre choisi comme sujet de discussion et de r&#233;flexion, et de &#171; forcer &#224; accorder de l'attention &#224; ce qui est g&#233;n&#233;ralement ignor&#233; &#187; (Kiani &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;KIANI Sarah, 2018. &#171; Chantal Akerman, entre auto ethnographie et banal : un f&#233;minisme des interstices &#187;, &lt;i&gt;Genre, sexualit&#233; &amp; soci&#233;t&#233;&lt;/i&gt; (hors-s&#233;rie 3), https://doi.org/10.4000/gss.4491.&#034;&gt;2018&lt;/a&gt; : 2).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que des liens &#233;troits aient &#233;t&#233; tiss&#233;s entre ma grand-tante et moi depuis mon choix de lui rendre visite, ceux-ci se sont pr&#233;cis&#233;s apr&#232;s le d&#233;but du projet de film. Si mes visites ant&#233;rieures ont eu une fonction principalement utilitaire, apr&#232;s le d&#233;but de la recherche, passer du temps ensemble &#233;tait le plus souvent le seul objectif que je me fixais, parfois m&#234;me sans emporter la cam&#233;ra. De plus, entamer une recherche ethnographique a impliqu&#233; d'entrer dans une relation diff&#233;rente et approfondie. Le film a n&#233;cessit&#233; de trouver un autre mode de relation, une relation qui ne soit plus strictement familiale, mais une relation ethnographique, filmique marqu&#233;e par d'autres enjeux (de classe, de statut, de rapport au monde et au r&#233;cit de soi). La nature &#233;volutive du film, exprim&#233;e &#224; travers ses trois parties, refl&#232;te l'&#233;volution et le perfectionnement de notre relation. En effet, m'int&#233;resser &#224; elle, d&#233;couvrir qui elle a &#233;t&#233;, a requis du temps. En la d&#233;couvrant, en la connaissant mieux gr&#226;ce aux signes qu'elle m'envoyait, j'ai pu trouver une mani&#232;re diff&#233;rente de transmettre des connaissances et de cr&#233;er un discours sur &#8211; et avec &#8211; elle. Ainsi, au fil du temps, nous nous sommes affranchies de la parole, comme en t&#233;moigne la construction du film.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le montage du film m'a permis de mettre en lumi&#232;re l'&#233;volution des diff&#233;rentes &#233;tapes par lesquelles je suis pass&#233;e lors de cette recherche. Montrer les &#171; &#233;checs &#187;, les questionnements et les changements de direction th&#233;oriques, m&#233;thodologiques ou analytiques permettait de r&#233;fl&#233;chir au m&#233;dium lui-m&#234;me &#8211; &#224; sa capacit&#233; &#224; aller au-del&#224; de la narration verbalis&#233;e, centr&#233;e sur soi &#8211; et ainsi d'interroger celui-ci dans une approche anthropologique. Il me semblait ainsi important de montrer le processus &#224; l'&#339;uvre, le film en train de se faire, mais &#233;galement la recherche et les questionnements qui surgissent du terrain et viennent red&#233;finir le sujet de la recherche. L'anthropologie visuelle permet de rendre visible la rencontre entre la personne film&#233;e et la personne qui filme, dans une approche dialogique (Roche &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;ROCHE Thierry, 2001. &#171; L'anthropologie visuelle : un mod&#232;le dialogique &#187;, &lt;i&gt;M&#233;diation et Information&lt;/i&gt; 15, p 111-122.&#034;&gt;2001&lt;/a&gt;) qui rend compte du cheminement qui s'est op&#233;r&#233; sur le terrain, et auquel j'ai particip&#233; tout autant que ma grand-tante. Les trois parties du film &#8211; reproduites par la structure de cet article &#8211; ont pour but de rendre tangible le processus relationnel qui se d&#233;roule devant (et derri&#232;re) la cam&#233;ra et qui s'approfondit au fil du temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Respecter le sujet film&#233; est un autre angle d'analyse des pratiques du&lt;i&gt; care&lt;/i&gt; au moyen de la cam&#233;ra. Malgr&#233; la forme du film-portrait, dont le but serait de communiquer une image relativement compl&#232;te de l'agente de l'action, les informations disponibles pour les spectatrices et spectateurs sont relativement limit&#233;es. &#192; la lecture du film dans son entier, nous savons que ma grand-tante a &#233;t&#233; mari&#233;e, qu'elle a habit&#233; &#224; Tramelan dans le Jura bernois, qu'elle a travaill&#233; dans l'horlogerie, qu'elle a un chat, qu'elle a eu plusieurs chiens, et que je suis sa ni&#232;ce (information d'ailleurs erron&#233;e, mais c'est ainsi qu'elle m'a pr&#233;sent&#233;e aux gens que j'ai rencontr&#233;s en sa compagnie). Afin de respecter sa mani&#232;re d'&#234;tre et de communiquer, ainsi que les limites quant aux informations qu'elle &#233;tait pr&#234;te &#224; partager, j'ai &#233;galement veill&#233; &#224; ce que les &#233;l&#233;ments int&#233;gr&#233;s soient limit&#233;s dans le film. Cela participe &#224; une tentative de pr&#233;server l'intimit&#233; ou la pudeur que j'ai d&#233;cel&#233;e chez elle. En ne donnant que certaines informations, je souhaitais montrer, par le contenu, cette pudeur, cette difficult&#233; &#224; s'exposer, &#224; se raconter et &#224; se mettre en avant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le m&#234;me temps, rendre visible l'absence de certaines informations permet de montrer les limites d'un terrain en ethnologie, o&#249; certains &#233;l&#233;ments restent parfois secrets ou ind&#233;chiffrables malgr&#233; le temps long de la recherche. Cela permet &#233;galement de mettre en lumi&#232;re le processus. Les informations recueillies aupr&#232;s de ma grand-tante ont &#233;t&#233; difficiles &#224; obtenir, en raison de l'incoh&#233;rence entre ma m&#233;thode et sa mani&#232;re d'&#234;tre peu loquace. Elle r&#233;pondait en effet &#224; mes questions par des phrases courtes, sans d&#233;velopper davantage ses propos. Le choix de &#171; frustrer &#187; quelque peu la spectatrice ou le spectateur &#233;tait conscient ; je souhaitais cr&#233;er un parall&#232;le avec la mani&#232;re dont j'ai v&#233;cu ce terrain ethnographique. Donner une image partielle de ma grand-tante correspond, en ce sens, &#224; sa mani&#232;re de communiquer. Ne pas se livrer davantage &#233;tait son choix, et je le respecte en ne proposant que des informations &#233;parses dans le film.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;ARGOUD Dominique &amp; PUIJALON Bernadette, 1999. &lt;i&gt;La parole des vieux : enjeux, analyse, pratiques&lt;/i&gt;. Paris, Dunod.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;BOURDIEU Pierre, 1972. &lt;i&gt;Esquisse d'une th&#233;orie de la pratique ; pr&#233;c&#233;d&#233; de Trois &#233;tudes d'ethnologie kabyle&lt;/i&gt;. Gen&#232;ve, Librairie Droz.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;BOURDIEU Pierre, 1979. &lt;i&gt;La distinction : critique sociale du jugement&lt;/i&gt;. Paris, &#201;ditions de Minuit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;BOURDIEU Pierre, 1984. &#171; Espace social et gen&#232;se des &#8220;classes&#8221; &#187;, &lt;i&gt;Actes de la recherche en sciences sociales&lt;/i&gt; 52 (1), p. 3&#8209;14, &lt;a href=&#034;https://doi.org/10.3406/arss.1984.3327&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://doi.org/10.3406/arss.1984.3327&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;CONNOR Linda &amp; ASCH Patsy, 1995. &#171; Subjects, images, voices : representing gender in ethnographic film &#187;, &lt;i&gt;Visual Anthropology Review&lt;/i&gt; 11 (1), p. 5&#8209;18, &lt;a href=&#034;https://doi.org/10.1525/var.1995.11.1.5&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://doi.org/10.1525/var.1995.11.1.5&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;DE HEUSCH Luc, 1962. &#171; Pour une dialectique de la sacralit&#233; du pouvoir &#187;, in &lt;i&gt;Le pouvoir et le sacr&#233;&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Annales du Centre d'&#201;tude des Religions&lt;/i&gt;, Bruxelles, Universit&#233; libre de Bruxelles, Institution de sociologie, p. 15-47.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;DE LAURENTIS Teresa, 1985. &#171; Aesthetic and feminist theory : rethinking women's cinema &#187;, &lt;i&gt;New German Critique&lt;/i&gt; (34), p. 154&#8209;175.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;DE SINGLY Fran&#231;ois, 2016. &lt;i&gt;Libres ensembles : l'individualisme dans la vie commune&lt;/i&gt;. Paris, Armand Colin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ERIBON Didier, 2009. &lt;i&gt;Retour &#224; Reims&lt;/i&gt;. Paris, Flammarion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ERIBON Didier, 2013. &lt;i&gt;La soci&#233;t&#233; comme verdict&lt;/i&gt;. Paris, Fayard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;GIGLIO-JACQUEMOT Armelle, 2013. &#171; Descriptivit&#233; et &#233;micit&#233; du documentaire : les choix de r&#233;alisation d'un film sur le travail domestique &#187;, &lt;i&gt;Ethnographiques.org&lt;/i&gt;, 25, &lt;a href=&#034;https://www.ethnographiques.org/2012/Giglio-Jacquemot&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.ethnographiques.org/2012/Giglio-Jacquemot&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;KIANI Sarah, 2018. &#171; Chantal Akerman, entre auto ethnographie et banal : un f&#233;minisme des interstices &#187;, &lt;i&gt;Genre, sexualit&#233; &amp; soci&#233;t&#233;&lt;/i&gt; (hors-s&#233;rie 3), &lt;a href=&#034;https://doi.org/10.4000/gss.4491&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://doi.org/10.4000/gss.4491&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;MACDOUGALL David, 1998. &lt;i&gt;Transcultural Cinema&lt;/i&gt;. Princeton, Princeton University Press.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;OLIVIER DE SARDAN Jean-Pierre, 1995. &#171; La Politique du terrain : sur la production des donn&#233;es en anthropologie &#187;, &lt;i&gt;Enqu&#234;te&lt;/i&gt; (1), p. 71&#8209;109, &lt;a href=&#034;https://doi.org/10.4000/enquete.263&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://doi.org/10.4000/enquete.263&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PALAZZO-CRETTOL Clothilde, FASSA Farinaz, REPETTI Marion &amp; MOZZICONACCI Vanina, 2022. &#171; Vieilles, o&#249; serons-nous ? &#187;, &lt;i&gt;Nouvelles questions f&#233;ministes&lt;/i&gt;, 41 (1), p. 6-14. &lt;a href=&#034;https://doi.org/10.3917/nqf.411.0006&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://doi.org/10.3917/nqf.411.0006&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PUISSANT Jean, 2004. &#171; Le film de famille, composante n&#233;cessaire de la m&#233;moire collective &#187;, &lt;i&gt;in&lt;/i&gt; TOUSIGNANT Nathalie, &lt;i&gt;Le film de famille&lt;/i&gt;. Bruxelles, Publications des Facult&#233;s universitaires Saint-Louis, p. 9-14.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ROCHE Thierry, 2001. &#171; L'anthropologie visuelle : un mod&#232;le dialogique &#187;, &lt;i&gt;M&#233;diation et Information&lt;/i&gt; 15, p 111-122.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ROSA Hartmut, 2018. &lt;i&gt;R&#233;sonance : une sociologie de la relation au monde&lt;/i&gt;. Paris, La D&#233;couverte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ROSIER Laurence, 2022. &#171; L'&#226;gisme et le langage : entre silence et transgression &#187;, &lt;i&gt;La revue nouvelle&lt;/i&gt;, 3 (3), p. 30&#8209;38, &lt;a href=&#034;https://doi.org/10.3917/rn.221.0030&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://doi.org/10.3917/rn.221.0030&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ROUCH Jean, 2009. &lt;i&gt;Jean Rouch : cin&#233;ma et anthropologie&lt;/i&gt;. Paris, Cahiers du cin&#233;ma.&lt;br class='autobr' /&gt;
[textes r&#233;unis par Jean-Paul COLLEYN]&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Quand le sort d'une ancienne piscine municipale devient une affaire de femmes : documenter &#224; plusieurs mains une prise de responsabilit&#233;</title>
		<link>https://www.ethnographiques.org/2025/Leonardi</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.ethnographiques.org/2025/Leonardi</guid>
		<dc:date>2026-02-18T09:04:52Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>L&#233;onardi_C&#233;cile</dc:creator>


		<dc:subject>ArticleNumero</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Dans cet article, je m'int&#233;resse &#224; la r&#233;novation d'une ancienne piscine municipale situ&#233;e dans un quartier populaire de Grenoble. Depuis 2021, un groupe d'habitantes du quartier copilote avec les services municipaux la r&#233;paration du b&#226;timent tout en documentant le projet d'une mani&#232;re singuli&#232;re. Ce travail documentaire contribue &#224; la communication institutionnelle du projet, mais veille surtout &#224; renouer en douceur les liens distendus entre un b&#226;timent qui se transforme et les habitants et habitantes concern&#233;s par sa remise en usage. J'aborderai ce soin du r&#233;cit et du regard en revenant sur la mani&#232;re dont je l'observe et dont j'y contribue en tant que sociologue. Comment l'&#233;criture ethnographique se fait-elle accepter au sein d'un collectif qui documente d&#233;j&#224; ses pratiques ? En quoi peut-elle participer &#224; l'&#233;thique de soin qui motive et qui guide cette documentation ? Comment peut-elle d&#233;crire ce qu'&lt;i&gt;a contrario&lt;/i&gt; les femmes du collectif ne relatent pas, &#224; savoir l'ampleur et l'ambivalence des responsabilit&#233;s qu'elles endossent b&#233;n&#233;volement pour mener le projet &#224; terme ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;mots-cl&#233;s&lt;/strong&gt; : r&#233;novation urbaine, &lt;i&gt;care&lt;/i&gt;, soin des choses, travail des images, &#233;quipements collectifs, am&#233;nagement du territoire&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.ethnographiques.org/2025/numero-49/" rel="directory"&gt;Num&#233;ro 49 - d&#233;cembre 2025 Regarder le soin, soigner le regard : vers une anthropologie r&#233;flexive du care&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.ethnographiques.org/ArticleNumero" rel="tag"&gt;ArticleNumero&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;When the fate of a former municipal swimming pool becomes a community project, or how to document collectively what it means to take responsibility&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
In this article, I focus on the renovation of a former municipal swimming pool located in a working-class neighbourhood of Grenoble. Since 2021, a group of women living in the neighbourhood have been collaborating with municipal services to oversee the building's restoration, documenting the project in a distinctive manner. This documentary work not only contributes to institutional communication around the project, it also aims gently to reconstruct the strained relationship between a project for the transformation of a local building and the residents concerned by its return to use. As a sociologist, I will address the care that these women display for the narrative and perspectives brought to this project by reflecting on my own observations and contributions to this work. How is ethnographic writing received within a collective that is already documenting its practices ? How can it contribute to the care-based ethics that motivate and guide this documentation ? How can it describe what the women in the collective do not report on, namely the extent and ambivalence of the responsibilities they have voluntarily taken on to bring the project to fruition ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;keywords :&lt;/strong&gt; urban renewal, women's coalitions, care for things, image-work, infrastructure, regional planning&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;a id=&#034;prologue-0&#034; name=&#034;prologue-0&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;a id=&#034;a1&#034; name=&#034;a1&#034;&gt;&lt;/a&gt;Introduction&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Depuis que B&#233;r&#233;nice Fisher et Joan Tronto ont &#233;largi la d&#233;finition du &lt;i&gt;care &lt;/i&gt;&#224; &#171; tout ce que nous faisons pour maintenir, perp&#233;tuer et r&#233;parer notre &#8220;monde&#8221;, de sorte que nous puissions y vivre aussi bien que possible &#187; (&lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;FISHER Berenice &amp; TRONTO Joan, 1991. &#171; Toward a feminist theory of caring &#187;, &lt;i&gt;in&lt;/i&gt; ABEL Emily &amp; NELSON Margaret (eds), &lt;i&gt;Circles of Care. Work and Identity in Women's Lives&lt;/i&gt;, Albany, Suny Press, p 36-54.&#034;&gt;1991&lt;/a&gt; : 40), de nombreux chercheurs et chercheuses s'en sont saisis pour d&#233;crire les crises du &lt;i&gt;care&lt;/i&gt; qui se jouent en milieu urbain. Il a notamment &#233;t&#233; question de repenser les villes sous l'angle de leurs vuln&#233;rabilit&#233;s (Lussault &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;LUSSAULT Michel, 2018. &#171; Porter attention aux espaces de vie anthropoc&#232;nes. Vers une th&#233;orie du &lt;i&gt;spatial care&lt;/i&gt; &#187;, &lt;i&gt;in&lt;/i&gt; BEAU R&#233;mi &amp; LARR&#200;RE Catherine, &lt;i&gt;Penser l'Anthropoc&#232;ne,&lt;/i&gt; Paris, Presses de Sciences Po, p. 199-218, https://doi.org/10.3917/scpo.beaur.2018.01.0199.&#034;&gt;2018&lt;/a&gt; ; Fitz &amp; Krasny &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;FITZ Angelika &amp; KRASNY Elke, 2019. &#171; Introduction &#187;, &lt;i&gt;in&lt;/i&gt; FITZ Angelika, KRASNY Elke &amp; ARCHITEKTURZENTRUM WIEN (dir.), &lt;i&gt;Critical Care : Architecture and Urbanism for a Broken Planet&lt;/i&gt;, Cambridge, MIT Press, p. 10-22.&#034;&gt;2019&lt;/a&gt;), mais surtout d'&#233;tudier l'impact de leur gestion n&#233;olib&#233;rale sur les infrastructures de soin qui les &#034;font tenir&#034; sur le plan social (Power &amp; Hall &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;POWER Andrew &amp; HALL Edward, 2018. &#171; Placing care in times of austerity &#187;, &lt;i&gt;Social &amp; Cultural Geography&lt;/i&gt; 19 (3), p. 303-313.&#034;&gt;2018&lt;/a&gt; ; Dowling &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;DOWLING Emma, 2021. &lt;i&gt;The Crisis of Care&lt;/i&gt;. London, Verso.&#034;&gt;2021&lt;/a&gt;) et sur celui de leur maintenance mat&#233;rielle (Hall &amp; Smith &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;HALL Tom &amp; SMITH Robin, 2015. &#171; Care and repair and the politics of urban kindness &#187;&lt;i&gt;, Sociology&lt;/i&gt;, 49 (1), p. 3-18.&#034;&gt;2015&lt;/a&gt; ; Amin &amp; Thrift &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;AMIN Ash &amp; THRIFT Nigel, 2016. &lt;i&gt;Seeing like a City&lt;/i&gt;. London, Polity Press.&#034;&gt;2016&lt;/a&gt;). Depuis 2020, cette litt&#233;rature s'enrichit d'enqu&#234;tes qui explorent la mani&#232;re dont les communaut&#233;s urbaines les plus d&#233;favoris&#233;es se mobilisent pour r&#233;pondre &#224; des urgences qui les concernent directement, notamment en mati&#232;re d'alimentation ou d'acc&#232;s aux soins, urgences que les collectivit&#233;s locales ne parviennent plus ou ne veulent plus prendre en charge (Gabauer &lt;i&gt;et al.&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;GABAUER Angelika, KNIERBEIN Sabine, COHEN Nir, LEBUHN Henrik, TROGAL Kim, VIDERMAN Tihomir &amp; HAAS Tigran, 2021. &lt;i&gt;Care and the City : Encounters with Urban Studies&lt;/i&gt;. Londres, Routledge.&#034;&gt;2021&lt;/a&gt; ; Traill &lt;i&gt;et al.&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;TRAILL Helen, ANDERSON Stephanie, SHAW Deirdre, CUMBERS Andrew &amp; McMASTER Robert, 2024. &#171; Caring at the edges : Infrastructures of care and repair in urban deprivation &#187;, &lt;i&gt;Society and Space&lt;/i&gt;, 42 (2), https://doi.org/10.1177/02637758241231106.&#034;&gt;2024&lt;/a&gt;). Dans la plupart de ces travaux, la d&#233;marche ethnographique est en jeu d&#232;s lors qu'elle prend le temps et les pr&#233;cautions n&#233;cessaires pour aborder des initiatives fragiles port&#233;es par des communaut&#233;s qui ont souvent &#233;t&#233; &#171; consult&#233;es &#224; mort &#187; (Traill &lt;i&gt;et al.&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;TRAILL Helen, ANDERSON Stephanie, SHAW Deirdre, CUMBERS Andrew &amp; McMASTER Robert, 2024. &#171; Caring at the edges : Infrastructures of care and repair in urban deprivation &#187;, &lt;i&gt;Society and Space&lt;/i&gt;, 42 (2), https://doi.org/10.1177/02637758241231106.&#034;&gt;2024&lt;/a&gt; : 197) dans le cadre des politiques publiques dont elles font l'objet. Si le temps long de l'observation participante permet effectivement d'approcher des pratiques caract&#233;ris&#233;es par leur informalit&#233;, des questions se posent concernant la description de leurs ambivalences. Traill et ses co-auteur.es estiment ainsi qu'il faut savoir nuancer la dimension &#233;mancipatrice des initiatives observ&#233;es en regardant et en relatant la mani&#232;re dont elles &#233;reintent celles et ceux qui les portent. Dans une m&#234;me mesure, il faut savoir d&#233;crire leur radicalit&#233; sans perdre de vue le fait que cette radicalit&#233; ne s'inscrit pas toujours &#171; dans une politique explicite de r&#233;sistance &#187; (&lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;TRAILL Helen, ANDERSON Stephanie, SHAW Deirdre, CUMBERS Andrew &amp; McMASTER Robert, 2024. &#171; Caring at the edges : Infrastructures of care and repair in urban deprivation &#187;, &lt;i&gt;Society and Space&lt;/i&gt;, 42 (2), https://doi.org/10.1177/02637758241231106.&#034;&gt;2024&lt;/a&gt; : 205). Tatiana Thieme aborde quant &#224; elle la question de la juste restitution de situations qui &#171; font avec la rupture &#187; en se demandant comment &#171; les identifier et les d&#233;crire m&#234;me si elles ne sont pas enti&#232;rement comprises, et comment les faire figurer dans nos &#233;crits m&#234;me si nous ne pouvons pas &#234;tre certains de ce que nous en avons appris ? &#187; (&lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;THIEME Tatiana, 2021. &#171; Beyond repair : staying with breakdown at the interstices &#187;, &lt;i&gt;Society and Space&lt;/i&gt;, 39 (6), p. 1092-1110.&#034;&gt;2021&lt;/a&gt; : 1095). L'initiative qui va m'int&#233;resser soul&#232;ve elle aussi de nombreuses questions quant &#224; sa description ethnographique, &#224; ceci pr&#232;s qu'en tant que sociologue je ne suis pas la seule &#224; la documenter et &#224; me demander comment raconter ses ambivalences et ses incertitudes. Les habitantes qui portent cette initiative se pr&#233;occupent &#233;galement de la mettre en r&#233;cit. &#192; ce titre, elles sont les premi&#232;res &#224; r&#233;guli&#232;rement se demander ce qu'elles peuvent en dire et en montrer. Je m'appuierai sur cette exp&#233;rience situ&#233;e pour interroger la mani&#232;re dont la d&#233;marche ethnographique peut accompagner, tout en l'observant, le travail documentaire pris en charge dans certaines pratiques de soin par celles et ceux qui cherchent &#224; la fois &#224; r&#233;parer et &#224; raconter la r&#233;paration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis 2019, j'&#233;tudie la reconversion par &#233;tapes d'une ancienne piscine municipale situ&#233;e dans un quartier populaire du sud grenoblois, lui-m&#234;me en cours de r&#233;novation depuis pr&#232;s de vingt ans&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cette enqu&#234;te a d&#233;but&#233; dans le cadre du projet GRINN'URB &#171; Grenoble face &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Lors de la fermeture de la piscine en 2015, les associations du quartier ont multipli&#233; les tentatives pour d&#233;fendre la reprogrammation de cet &#233;quipement d&#233;saffect&#233;. Soumise de son c&#244;t&#233; &#224; un contexte d'aust&#233;rit&#233; budg&#233;taire, la ville de Grenoble a lanc&#233; en 2017 un appel &#224; projets urbains innovants (APUI) pour c&#233;der le b&#226;timent &#224; des porteurs de projet capables d'en repenser l'usage, d'en financer la r&#233;novation et d'en assurer la gestion courante (Gatta &lt;i&gt;et al.&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;GATTA Federica, L&#201;ONARDI C&#233;cile, GARCIA Pierre-Olivier, MANOLA Th&#233;a, D'ORAZIO Anne, TALLEC Josselin, TRIBOUT Silv&#232;re &amp; BATAILLE Nicolas, 2023. &#171; De nouvelles formes de partenariat public-priv&#233; ? Un appel &#224; projet innovant &#224; Grenoble &#187;, &lt;i&gt;M&#233;tropolitiques&lt;/i&gt;, https://doi.org/10.56698/metropolitiques.1879.&#034;&gt;2023&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_15778 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;62&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.ethnographiques.org/IMG/jpg/fig_01.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.ethnographiques.org/local/cache-vignettes/L500xH338/fig_01-26296.jpg?1771405654' width='500' height='338' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre crayon document-titre-15778 '&gt;&lt;strong&gt;Fig. 1. La piscine Iris d&#233;saffect&#233;e
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif crayon document-descriptif-15778 '&gt;2019
&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_credits crayon document-credits-15778 '&gt;Photo Florian Golay
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Face au peu de candidatures re&#231;ues, l'appel a &#233;t&#233; d&#233;clar&#233; infructueux. La municipalit&#233; a n&#233;anmoins d&#233;cid&#233; d'accompagner le plus r&#233;aliste des deux projets d&#233;pos&#233;s. Port&#233; par les associations du quartier, le projet Iris (du nom de l'ancienne piscine) proposait de transformer le b&#226;timent en un espace populaire d&#233;di&#233; au bien-&#234;tre autour d'un hammam inclusif et bon march&#233;. Cet accompagnement exp&#233;rimental, assur&#233; par les services de la ville et une architecte AMO (Assistante &#224; ma&#238;trise d'ouvrage), a connu des hauts et des bas jusqu'&#224; prendre un tournant singulier pendant la crise sanitaire du COVID 19. Durant cette p&#233;riode, les membres des associations &#224; l'origine du projet Iris ont d&#251; revoir &#224; la baisse le temps qu'ils et elles lui consacraient. L'architecte est alors parvenue &#224; mobiliser des habitantes du quartier int&#233;ress&#233;es par la d&#233;marche. Ce petit groupe de m&#232;res au foyer et de jeunes retrait&#233;es s'est rapidement charg&#233; de relayer aupr&#232;s des &#233;lu&#183;es l'id&#233;e que le collectif inter-associatif avait esquiss&#233;e face &#224; la hausse des intrusions que la piscine connaissait &#224; ce moment-l&#224;. Plut&#244;t que de murer le b&#226;timent &#8211; hypoth&#232;se envisag&#233;e dans l'urgence par les &#233;lu&#183;es mais d&#233;l&#233;t&#232;re pour l'avenir du projet &#8211; l'alternative propos&#233;e &#233;tait de r&#233;nover uniquement son enveloppe. Cette intervention pouvait s&#233;curiser sans attendre le b&#226;timent tout en initiant sa r&#233;paration. Elle pr&#233;sentait par ailleurs l'int&#233;r&#234;t de transformer l'ancienne piscine en une halle sommaire qui pourrait accueillir &#224; court terme des activit&#233;s associatives en lien avec le bien-&#234;tre. Cette remise en usage offrirait &#224; son tour du souffle et du temps pour consolider le montage, notamment financier, d'un espace bien-&#234;tre plus p&#233;renne. Cette proposition a convaincu les &#233;lu&#183;es qui ont confi&#233; le pilotage du chantier &#224; des techniciennes de la DIM (Direction de l'immobilier municipal), &#224; l'architecte AMO et au groupe d'habitantes qui a choisi d'assumer cette t&#226;che en se montant en association.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette initiative, quasi exclusivement port&#233;e par des femmes, peut &#234;tre regard&#233;e comme une des nombreuses &#171; coalitions de &lt;i&gt;care&lt;/i&gt; &#187; (Daquin &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;DAQUIN Alice, 2022. &#171; Coalitions de &lt;i&gt;care&lt;/i&gt; en temps de crise sanitaire : une reconqu&#234;te morale et politique des quartiers populaires &#187;, &lt;i&gt;Cahiers du genre&lt;/i&gt;, 72, https://doi.org/10.3917/cdge.072.0119.&#034;&gt;2022&lt;/a&gt;) qui ont &#233;merg&#233; durant la crise sanitaire dans les quartiers populaires fran&#231;ais. Selon Alice Daquin : &#171; le concept de coalitions de &lt;i&gt;care &lt;/i&gt;permet de rendre compte de l'&#233;mergence, dans l'urgence, de coop&#233;rations d'acteur&#183;rices associatif&#183;ves, habitant&#183;es, miliant&#183;es, et institutionnel&#183;les, qui entrent en relation autour d'un agir commun : celui d'aider &#224; la survie des corps et de soigner les dignit&#233;s bless&#233;es des habitant&#183;es dans le besoin &#187; (&lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;DAQUIN Alice, 2022. &#171; Coalitions de &lt;i&gt;care&lt;/i&gt; en temps de crise sanitaire : une reconqu&#234;te morale et politique des quartiers populaires &#187;, &lt;i&gt;Cahiers du genre&lt;/i&gt;, 72, https://doi.org/10.3917/cdge.072.0119.&#034;&gt;2022&lt;/a&gt; : 124). Concernant le projet Iris, cette coop&#233;ration ne r&#233;pond pas &#224; une urgence vitale pour les habitants et habitantes du quartier. Elle rel&#232;ve n&#233;anmoins d'une capacit&#233; &#224; soigner leur dignit&#233; en maintenant leur droit au bien-&#234;tre &lt;i&gt;via&lt;/i&gt; la r&#233;novation par &#233;tapes d'un &#233;quipement d&#233;saffect&#233;. Sur ce point, les femmes qui portent le projet consacrent leur coalition &#224; d&#233;fendre un &#171; droit au soin et &#224; prendre de soin &#187; (&lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;DAQUIN Alice, 2022. &#171; Coalitions de &lt;i&gt;care&lt;/i&gt; en temps de crise sanitaire : une reconqu&#234;te morale et politique des quartiers populaires &#187;, &lt;i&gt;Cahiers du genre&lt;/i&gt;, 72, https://doi.org/10.3917/cdge.072.0119.&#034;&gt;2022&lt;/a&gt; : 128) ench&#226;ss&#233; dans un &#171; droit &#224; la r&#233;paration &#187; (Denis &amp; Pontille &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;DENIS J&#233;r&#244;me &amp; PONTILLE David, 2022. &lt;i&gt;Le soin des choses : politiques de la maintenance&lt;/i&gt;.Paris, La D&#233;couverte.&#034;&gt;2022&lt;/a&gt; : 330).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cet article, je vais d&#233;crire et discuter le travail que ces femmes d&#233;ploient pour mener ce projet &#224; bien en m'int&#233;ressant plus particuli&#232;rement &#224; la mani&#232;re dont elles choisissent &#233;galement de le documenter. Si ce travail documentaire alimente leur recherche de subventions, il soutient plus fondamentalement le dialogue et l'interd&#233;pendance que ces femmes entretiennent avec la municipalit&#233;. De fait, depuis que le collectif Iris s'est f&#233;minis&#233;, &#233;lu&#183;es et technicien&#183;nes lui confient de nombreuses responsabilit&#233;s dont celle d'assurer la communication du projet dans le quartier et aupr&#232;s de la presse locale. De leurs c&#244;t&#233;s, les habitantes impliqu&#233;es ont tr&#232;s vite &#233;prouv&#233; la n&#233;cessit&#233; de collecter des images et des textes pour construire le r&#233;cit du projet depuis la place qu'elles y occupent. Cette d&#233;marche m'a oblig&#233;e &#224; red&#233;finir ma propre place d'observatrice au sein de leur coalition et de revoir la fa&#231;on dont je documentais moi-m&#234;me le projet pour les besoins de mon enqu&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un premier temps, je reviendrai sur la mani&#232;re dont ma pratique de l'observation et de l'&#233;criture s'est fait accepter au sein du collectif Iris et dont elle s'est progressivement align&#233;e sur les sp&#233;cificit&#233;s de son travail documentaire. Je d&#233;crirai ensuite le type d'attention qui guide cette documentation crois&#233;e chaque fois que les femmes du collectif mobilisent leur travail du r&#233;cit et du regard pour raconter l'avanc&#233;e du projet &#224; des acteurs institutionnels, ou pour faire vivre la r&#233;paration &#224; celles et ceux qu'elle concerne plus directement. Dans un troisi&#232;me temps, j'aborderai les angles morts de cette narration, &#224; savoir l'ampleur de l'investissement b&#233;n&#233;vole que ces femmes consacrent dans un m&#234;me mouvement au projet et &#224; sa mise en r&#233;cit. S'il renvoie &#224; une forme de travail gratuit &#171; invisibilis&#233; au nom de la passion ou de l'engagement &#187; (Simonet &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;SIMONET Maud, 2024. &lt;i&gt;L'imposture du travail. D&#233;sandrocentrer le travail pour l'&#233;manciper.&lt;/i&gt; Paris, &#201;ditions 10/18.&#034;&gt;2024&lt;/a&gt; : 91), cet investissement rec&#232;le aussi une ambivalence que l'&#233;criture ethnographique peut prendre le temps et le soin d'explorer en soutien au r&#233;cit que les premi&#232;res concern&#233;es construisent &#224; leur mani&#232;re et pour leur propre compte.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;a id=&#034;pourquoi-metaphore-cinematographique-1&#034; name=&#034;pourquoi-metaphore-cinematographique-1&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;a id=&#034;a2&#034; name=&#034;a2&#034;&gt;&lt;/a&gt;Gagner et regagner le droit d'enqu&#234;ter le projet Iris&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Quand j'ai commenc&#233; mon enqu&#234;te sur le projet Iris en d&#233;cembre 2019, je connaissais d&#233;j&#224; la plupart des acteurs et actrices associatifs qui le portaient depuis la fermeture de la piscine. Je les ai rencontr&#233;s &#224; leur demande en 2016, lorsqu'ils ont contact&#233; l'&#233;cole d'architecture de Grenoble pour les aider &#224; formaliser leurs premi&#232;res id&#233;es sur la reprogrammation du b&#226;timent. Enseignante dans cette &#233;cole situ&#233;e &#224; 200 m&#232;tres de la piscine, j'ai &#224; l'&#233;poque r&#233;pondu pr&#233;sente en construisant avec mes coll&#232;gues un exercice dans lequel nos &#233;tudiant&#183;es de master ont d&#233;frich&#233; les conditions de faisabilit&#233; de l'espace bien-&#234;tre que le collectif Iris commen&#231;ait tout juste &#224; projeter. Ce dialogue s'est prolong&#233; &#224; l'occasion du projet&lt;i&gt; Artcare&lt;/i&gt; que j'ai co&#233;crit avec l'artiste Gabrielle Boulanger et qui consistait &#224; installer pendant trois hivers, de 2018 &#224; 2020, des &#171; &#238;lots de chaleur humaine &#187; dans les quartiers populaires grenoblois &lt;i&gt;via&lt;/i&gt; l'itin&#233;rance d'une caravane-sauna et d'un salon de soins mobile prodiguant des massages gratuits au pied des immeubles. En 2018, nous avons install&#233; ces &#171; &#238;lots &#187; &#224; proximit&#233; de la piscine afin de tester l'implantation p&#233;renne d'un espace bien-&#234;tre dans le quartier. L'affluence qu'ils ont connue a suscit&#233; l'int&#233;r&#234;t du maire et relanc&#233; son soutien &#224; l'accompagnement du projet Iris qui, &#224; l'&#233;poque, peinait &#224; trouver ses marques aupr&#232;s des services de la ville.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_15779 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;118&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.ethnographiques.org/IMG/jpg/fig_02.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.ethnographiques.org/local/cache-vignettes/L500xH333/fig_02-fdd7d.jpg?1771405654' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre crayon document-titre-15779 '&gt;&lt;strong&gt;Fig. 2. La caravane-sauna en cours d'installation non loin de l'ancienne piscine
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif crayon document-descriptif-15779 '&gt;janvier 2019
&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_credits crayon document-credits-15779 '&gt;Photo Perrine Garassus
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_15780 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;107&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.ethnographiques.org/IMG/jpg/fig_03.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.ethnographiques.org/local/cache-vignettes/L500xH334/fig_03-3f2ca.jpg?1771405654' width='500' height='334' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre crayon document-titre-15780 '&gt;&lt;strong&gt;Fig. 3. Les massages gratuits pratiqu&#233;s dans le salon de soins mobile
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif crayon document-descriptif-15780 '&gt;f&#233;vrier 2019
&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_credits crayon document-credits-15780 '&gt;Photo Camille Olivieri
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Fin 2019, je connaissais &#224; la fois le contexte de ce projet et les relations complexes que ses fondateur&#183;ices entretenaient avec les technicien&#183;nes cens&#233;s les aider dans leurs d&#233;marches. En d&#233;cembre, cette familiarit&#233; me permet d'acc&#233;der facilement &#224; la premi&#232;re r&#233;union que je choisis d'observer. J'ai demand&#233; d'y assister aux personnes pr&#233;sentes qui me connaissent &#224; plus d'un titre. Ce jour-l&#224;, j'en fais valoir un de plus. Ayant d&#233;croch&#233; un post-doctorat au sein du projet de recherche GRINN'URB qui &#233;tudie les suites exp&#233;rimentales de l'APUI lanc&#233; en 2017, je me pr&#233;sente pour la premi&#232;re fois en tant que chercheuse aux membres du collectif. Connaissant leurs r&#233;ticences &#224; se voir &#171; enqu&#234;t&#233;&#183;es &#187; mais sachant qu'ils et elles ne peuvent pas me traiter comme une &#233;trang&#232;re, je leur propose de clarifier la mani&#232;re dont je peux suivre le projet Iris &#224; leurs c&#244;t&#233;s. Je vais me taire et ne rien enregistrer, seulement prendre des notes. Je pr&#233;sente la familiarit&#233; qui me lie au projet Iris comme un gage de loyaut&#233; &#224; l'&#233;gard de son d&#233;roulement et de celles et ceux qui le portent. La mani&#232;re dont je pr&#233;vois de le documenter prendra soin de ne pas le fragiliser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me suis tenue &#224; cette documentation tol&#233;r&#233;e et silencieuse jusqu'en juin 2021, moment o&#249; le projet Iris prend un virage qui reconfigure la composition du &#171; collectif Iris &#233;largi &#187; (nom que ses fondateur&#183;ices et les technicien&#183;nes qui les accompagnent ont trouv&#233; en 2020 pour qualifier leur coalition). Durant l'&#233;t&#233;, l'architecte qui a contribu&#233; &#224; construire l'argument d'une r&#233;novation par &#233;tapes du b&#226;timent doit d&#233;sormais caler dans ses murs le plan d'un futur espace bien-&#234;tre pour le fournir &#224; l'&#233;quipe de la DIM charg&#233;e du chantier. L'enjeu est que la r&#233;paration de l'enveloppe de la piscine concorde avec la configuration de ce futur lieu &#8211; encore incertain &#8211; pour &#233;viter des reprises co&#251;teuses quand il s'agira de l'am&#233;nager. Les habitantes nouvellement arriv&#233;es dans le collectif sont pr&#234;tes &#224; &#233;tablir ce plan. Elles tiennent toutefois &#224; s'exprimer sur leurs motivations. Toutes ont connu la piscine en activit&#233; et veulent en prolonger l'existence en veillant &#224; ce que dure le type d'attachements que l'&#233;quipement a suscit&#233; chez les habitants et habitantes du quartier.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_15781 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;224&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.ethnographiques.org/IMG/jpg/fig_04.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.ethnographiques.org/local/cache-vignettes/L500xH333/fig_04-93814.jpg?1771405654' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre crayon document-titre-15781 '&gt;&lt;strong&gt;Fig. 4. Vue du bassin de la piscine en juillet 1979
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif crayon document-descriptif-15781 '&gt;&#192; l'&#233;poque la toiture &#233;tait r&#233;tractable. En &#233;t&#233;, le bassin &#233;tait &#224; ciel ouvert et couvert le reste de l'ann&#233;e.
&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_credits crayon document-credits-15781 '&gt;Archives municipales et m&#233;tropolitaines de Grenoble 15FI798
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_15782 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;173&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.ethnographiques.org/IMG/jpg/fig_05.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.ethnographiques.org/local/cache-vignettes/L500xH375/fig_05-a449c.jpg?1771405654' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre crayon document-titre-15782 '&gt;&lt;strong&gt;Fig. 5. La piscine en activit&#233; telle que les femmes du collectif l'ont connue
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif crayon document-descriptif-15782 '&gt;Photo collect&#233;e par la R&#233;gie de quartier en 2021 aupr&#232;s d'une personne habitant La Villeneuve
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Les sociologues J&#233;r&#244;me Denis et David Pontille rappellent que &#171; prendre soin d'une chose, s'assurer qu'elle dure, revient &#224; s&#233;lectionner parmi la multitude des traits qui la d&#233;finissent ceux auxquels on tient (...) ; ceux qui, pr&#233;cis&#233;ment, vont faire que c'est bien la &#8220;m&#234;me&#8221; chose qui dure &#187; (&lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;DENIS J&#233;r&#244;me &amp; PONTILLE David, 2022. &lt;i&gt;Le soin des choses : politiques de la maintenance&lt;/i&gt;.Paris, La D&#233;couverte.&#034;&gt;2022&lt;/a&gt; :183). D'embl&#233;e, les nouvelles arriv&#233;es vont r&#233;fl&#233;chir &#224; cette s&#233;lection lors de trois ateliers en juin, juillet et novembre 2021. L'organisation des espaces propos&#233;e par l'architecte, qui a toute leur confiance, les questionne moins que les usages qui garantiront que c'est bien &lt;i&gt;la m&#234;me chose qui dure &lt;/i&gt;dans cette nouvelle configuration. Pour elles, le futur espace bien-&#234;tre doit prolonger la bulle de r&#233;pit que la piscine offrait au quartier. En l'absence du bassin qui doit &#234;tre recouvert et des vestiaires trop v&#233;tustes pour &#234;tre conserv&#233;s, cette bulle peut continuer d'exister &#224; travers le hammam imagin&#233; par les fondateur&#183;ices du projet Iris associ&#233; &#224; une cantine/cuisine en lien avec des initiatives de justice alimentaire. Ces femmes y rajoutent l'id&#233;e d'un jardin aromatique sous serre qui peut &#234;tre envisag&#233; d&#232;s la premi&#232;re phase du projet en vue de r&#233;cr&#233;er un peu de cette respiration collective que la piscine rendait possible.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_15783 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;216&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.ethnographiques.org/IMG/jpg/fig_06.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.ethnographiques.org/local/cache-vignettes/L500xH354/fig_06-32160.jpg?1771405654' width='500' height='354' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre crayon document-titre-15783 '&gt;&lt;strong&gt;Fig. 6 : Croquis de la halle multi-usages d&#233;cid&#233; par le collectif &#224; l'issue des ateliers de 2021
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif crayon document-descriptif-15783 '&gt;Il a &#233;t&#233; fourni aux techniciennes de la DIM en mai 2022 pour &#233;laborer le permis de construire.
&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_credits crayon document-credits-15783 '&gt;Dessin de l'architecte
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_15784 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;185&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.ethnographiques.org/IMG/jpg/fig_07.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.ethnographiques.org/local/cache-vignettes/L500xH354/fig_07-a4840.jpg?1771405654' width='500' height='354' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre crayon document-titre-15784 '&gt;&lt;strong&gt;Fig. 7 : Configuration du futur espace bien-&#234;tre d&#233;cid&#233; par le collectif
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif crayon document-descriptif-15784 '&gt;Il a permis &#224; la DIM de la prendre en compte d&#232;s l'&#233;laboration du permis de construire.
&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_credits crayon document-credits-15784 '&gt;Dessin de l'architecte
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_15785 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;165&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.ethnographiques.org/IMG/jpg/fig_08.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.ethnographiques.org/local/cache-vignettes/L500xH354/fig_08-2e8c3.jpg?1771405654' width='500' height='354' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre crayon document-titre-15785 '&gt;&lt;strong&gt;Fig. 8 : Plan de la halle annot&#233;
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif crayon document-descriptif-15785 '&gt;Il a pr&#233;sent&#233; &#224; la DIM les intentions du collectif quant au choix du type d'ouvrants, des rev&#234;tements, etc.
&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_credits crayon document-credits-15785 '&gt;Dessin de l'architecte
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'est lors de ces ateliers que je me retrouve pour la premi&#232;re fois emp&#234;tr&#233;e dans ma posture d'observatrice. L'assembl&#233;e ne compte plus que trois membres du collectif Iris &#233;largi. La familiarit&#233; que j'ai gagn&#233;e aupr&#232;s d'elles et eux ne suffit plus &#224; justifier ma pr&#233;sence. Je dois me pr&#233;senter aux nouvelles arriv&#233;es qui, pour certaines, m'ont crois&#233;e durant le projet &lt;i&gt;Artcare&lt;/i&gt; et pour d'autres, ne me connaissent pas. Si lors des deux ateliers de l'&#233;t&#233;, je leur ai &#233;voqu&#233; l'enqu&#234;te que je menais depuis 2019 aupr&#232;s du collectif, en novembre mon post-doctorat est termin&#233;. &#192; quel titre suis-je encore l&#224; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand l'atelier de novembre d&#233;bute, ce qui me pr&#233;occupe est de savoir si je vais ou non sortir mon carnet. Ce choix me renvoie &#224; deux possibilit&#233;s qui me semblent sur le moment aussi intenables l'une que l'autre : l'observation clandestine ou l'observation &#224; d&#233;couvert. Je suis connue mais diff&#233;remment identifi&#233;e par les personnes pr&#233;sentes, je ne peux donc pas m'inventer une identit&#233; d'emprunt qui me permettrait de participer &#224; l'atelier &lt;i&gt;incognito &lt;/i&gt;et de prendre des notes en diff&#233;r&#233;. Je ne me vois pas non plus prolonger le r&#244;le de chercheuse silencieuse que le collectif Iris &#233;largi a tol&#233;r&#233; mais qui ne se justifie plus depuis la fin de ma mission. Comment expliquer aux nouvelles venues mon envie de continuer cette recherche pour mon propre compte, dans l'espoir de l'arrimer &#224; un futur contrat financ&#233; ? Je n'en ai pas le courage. Si comme le souligne Christophe Broqua : &#171; des places d'observateurs existent parfois d&#233;j&#224; dans l'organisation des groupes ethnographi&#233;s &#187; (&lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;BROQUA Christophe, 2009. &#171; L'ethnographie comme engagement : enqu&#234;ter en terrain militant &#187;, &lt;i&gt;Gen&#232;ses&lt;/i&gt;, 75, https://doi.org/10.3917/gen.075.0109.&#034;&gt;2009&lt;/a&gt; : 111), dans le cadre de cet atelier la place est d&#233;j&#224; prise par une doctorante qui a demand&#233; d'assister &#224; la s&#233;ance. M&#234;me si cette place &#233;tait rest&#233;e vacante, comment la r&#233;investir face &#224; certaines habitantes qui en 2018, durant le projet Artcare, m'ont vue masser d'autres femmes du quartier, ce qui n'a rien &#224; voir avec le fait de prendre des notes dans un carnet ? Guillietta Laki rappelle que parmi les gestes de l'enqu&#234;te de terrain, l'usage d'un carnet renseigne beaucoup moins les personnes observ&#233;es &#171; sur la direction de cadrage &#8211; et donc sur l'objet de l'attention du chercheur &#8211; que ne le fait l'optique d'un appareil photo &#187; (&lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;LAKI Giulietta, 2017. &#171; &#192; quoi tient une enqu&#234;te de terrain ? &#187;, &lt;i&gt;Revue de l'Institut de sociologie,&lt;/i&gt; 87, https://doi.org/10.4000/kew8.&#034;&gt;2017&lt;/a&gt;). Ce jour-l&#224;, c'est ce flou que je ne voulais pas imposer aux nouvelles venues. Je voulais au contraire clarifier ce que je pouvais leur apporter en tant qu'enseignante-chercheuse, et ce en privil&#233;giant sur le moment les ressources de l'enseignement sur celles de la recherche. Dans le tour de table qui a inaugur&#233; l'atelier, j'ai ainsi choisi de justifier ma pr&#233;sence en &#233;voquant l'aide que les &#233;tudiant&#183;es de l'&#233;cole d'architecture pourraient verser au projet Iris dans le cadre d'un dispositif que je superviserais en tant qu'enseignante. Cette tentative maladroite sous-estimait la capacit&#233; des personnes pr&#233;sentes &#224; se faire d'elles-m&#234;mes une id&#233;e de la place que je pouvais tenir dans le projet et que Broqua &#233;voque en rappelant que &#171; l'on ne d&#233;cide pas seul de la distance &#224; l'objet, mais conjointement avec les acteurs, dans un processus de n&#233;gociation qui, s'il n'est pas toujours verbal, n'en est pas moins effectif &#187; (&lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;BROQUA Christophe, 2009. &#171; L'ethnographie comme engagement : enqu&#234;ter en terrain militant &#187;, &lt;i&gt;Gen&#232;ses&lt;/i&gt;, 75, https://doi.org/10.3917/gen.075.0109.&#034;&gt;2009&lt;/a&gt; : 113). L'ironie voudra que le carnet qui m'emp&#234;trait ce jour-l&#224; sera au c&#339;ur de cette n&#233;gociation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s la r&#233;union suivante, les nouvelles venues proposent de revoir la dimension num&#233;rique de la documentation du projet. Parmi elles, certaines n'ont pas d'ordinateur personnel et pr&#233;f&#232;rent qu'on en revienne au papier pour les archives et les supports utilis&#233;s dans les r&#233;unions. Elles choisissent &#233;galement de privil&#233;gier les SMS puis un groupe WhatsApp pour fluidifier la communication. La r&#233;daction des comptes rendus sur un carnet rang&#233; dans une valise qui sert de coffre aux archives du groupe devient la r&#232;gle.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_15786 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;83&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.ethnographiques.org/IMG/jpg/fig_09.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.ethnographiques.org/local/cache-vignettes/L500xH375/fig_09-022e4.jpg?1771405655' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre crayon document-titre-15786 '&gt;&lt;strong&gt;Fig. 9. Valise qui sert de coffre aux archives du collectif
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_credits crayon document-credits-15786 '&gt;Photo C&#233;cile L&#233;onardi
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dans ce cadre, l'existence de mes propres carnets et ma pratique de l'&#233;criture &#224; la main sont accueillies comme un dispositif d'ores et d&#233;j&#224; ajust&#233; &#224; cette organisation documentaire. En d&#233;cembre 2021, je propose au groupe de r&#233;engager ma prise de notes pour contribuer &#224; la r&#233;daction des comptes rendus. En janvier 2022, le groupe me demandera de fouiller mes carnets pour retrouver la trace des positions d&#233;fendues par le collectif Iris &#233;largi sur tel ou tel aspect du projet. &#192; partir de l&#224;, les femmes pr&#233;sentes accorderont une attention bienveillante et de plus en plus diffuse &#224; la description dense que je fais de nos r&#233;unions. Un pli est pris de leur c&#244;t&#233; comme du mien. Toute documentation du projet est la bienvenue d&#232;s lors que son enregistrement et son archivage adopte une forme qui n'exclue personne. L'architecte prend &#224; c&#339;ur cette dimension du projet. Elle y travaille en cr&#233;ant des &#171; powerpoint sans &#233;lectricit&#233; &#187; faits de textes et de dessins sur carton qui compl&#232;tent la maquette du b&#226;timent qu'elle a r&#233;alis&#233;e et qui accompagnera bon nombre de nos r&#233;unions.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_15787 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;104&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.ethnographiques.org/IMG/jpg/fig_10-3.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.ethnographiques.org/local/cache-vignettes/L500xH667/fig_10-3-979bd.jpg?1771405655' width='500' height='667' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre crayon document-titre-15787 '&gt;&lt;strong&gt;Fig. 10. Les &#171; powerpoint sans &#233;lectricit&#233; &#187; de l'architecte
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif crayon document-descriptif-15787 '&gt;mars 2022
&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_credits crayon document-credits-15787 '&gt;Photo C&#233;cile L&#233;onardi
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_15788 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;79&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.ethnographiques.org/IMG/jpg/fig_11-3.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.ethnographiques.org/local/cache-vignettes/L500xH375/fig_11-3-75a68.jpg?1771405655' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre crayon document-titre-15788 '&gt;&lt;strong&gt;Fig. 11. La maquette escamotable en situation
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif crayon document-descriptif-15788 '&gt;mars 2022
&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_credits crayon document-credits-15788 '&gt;Photo C&#233;cile L&#233;onardi
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_15789 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;123&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.ethnographiques.org/IMG/jpg/fig_12-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.ethnographiques.org/local/cache-vignettes/L500xH359/fig_12-2-3eeef.jpg?1771405655' width='500' height='359' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre crayon document-titre-15789 '&gt;&lt;strong&gt;Fig. 12. Les carnets dans lesquels je collecte la description dense des r&#233;unions du groupe
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif crayon document-descriptif-15789 '&gt;mai 2022
&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_credits crayon document-credits-15789 '&gt;Photo C&#233;cile L&#233;onardi
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Cette fa&#231;on de documenter le projet Iris s&#233;duit les technicien&#183;nes qui l'accompagnent depuis 2018, ainsi que l'&#233;lue de secteur et l'&#233;quipe de la DIM qui rencontrent pour la premi&#232;re fois le nouveau collectif en f&#233;vrier 2022. C'est &#224; cette occasion que le partage des responsabilit&#233;s entre les deux parties va se pr&#233;ciser. En plus de participer &#224; l'&#233;laboration du permis de construire de la halle multiusages &#8211; ce &#224; quoi les habitantes s'&#233;taient engag&#233;es &#8211; l'&#233;lue et les technicien&#183;nes les encouragent &#224; prendre en charge la gestion du lieu, notamment sa mise &#224; disposition gratuite aupr&#232;s des associations locales. La ville n'a pas les moyens de salarier un agent d&#233;di&#233; &#224; cette t&#226;che. La r&#233;union consiste ainsi &#224; convaincre le collectif que cette mission lui permettra de garder la main sur les usages de la halle et sur le pilotage de la seconde phase du projet. De leur c&#244;t&#233;, les habitantes impliqu&#233;es abordent cette proposition comme une fa&#231;on d'approfondir la relation de suivi qu'elles ont initi&#233;e &#224; l'&#233;gard du b&#226;timent. Pendant un an, elles vont ainsi consolider cette &#171; relation &#187; en arbitrant avec la DIM les questions soulev&#233;es par la r&#233;paration et la remise en usage d'une halle de 500 m&#178; d&#233;pourvue de syst&#232;me de chauffage. L'installation d'un WC et le d&#233;croutage du solarium pour y installer, non pas une serre, mais un jardin de pleine terre, seront le fruit d'une lutte conjointe aupr&#232;s des &#233;lu&#183;es qui finiront par accorder au projet une rallonge budg&#233;taire. En parall&#232;le, les habitantes s'investiront dans la r&#233;daction des multiples conventions (d'objectifs et de moyens, d'occupation, de mise &#224; disposition) destin&#233;es &#224; encadrer juridiquement leur gestion de la halle. Accompagn&#233;es par l'architecte dans ces travaux d'&#233;criture, elles vont par ailleurs candidater &#224; un appel &#224; projet de la Fondation de France pour financer des ateliers ouverts aux habitants et habitantes du quartier. L'enjeu est de les inviter &#224; trouver une place dans le projet &lt;i&gt;via &lt;/i&gt;la fabrication d'un petit mobilier adapt&#233; &#224; une halle qui sera livr&#233;e brute, puis de r&#233;fl&#233;chir avec un ing&#233;nieur thermicien &#224; son utilisation saisonni&#232;re. C'est au cours de ces deux s&#233;ries d'ateliers que le groupe va pour la premi&#232;re fois se confronter &#224; la n&#233;cessit&#233; de documenter des temps publics &#224; la demande d'une fondation qui r&#233;clame un bilan de l'op&#233;ration. Destin&#233;e &#224; des partenaires lointains, cette restitution suppose de retracer des moments qui concernent un r&#233;seau de connaissances et de solidarit&#233; dans lequel chaque femme du groupe est personnellement impliqu&#233;e. Comment assumer aupr&#232;s des habitant&#183;es du quartier, dans le choix des mots et des images, ce r&#233;cit dont la diffusion va leur &#233;chapper ? Encourag&#233;es par l'architecte, qui voit l&#224; l'occasion de roder une pratique narrative qui leur appartienne pleinement, ces femmes vont quant &#224; elles l'aborder comme une fa&#231;on de m&#233;nager sur le moment et sur le temps long le tissu de relations dont d&#233;pendra la vie de la halle.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;a id=&#034;une-consideration-autre-2&#034; name=&#034;une-consideration-autre-2&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;a id=&#034;a3&#034; name=&#034;a3&#034;&gt;&lt;/a&gt;Documenter des relations qui importent&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Jusqu'ici, la documentation du projet assur&#233;e par le collectif ne comportait pas de photographies. Les textes qui circulaient entre le groupe et l'&#233;quipe de la DIM int&#233;graient tout au plus des croquis ou de plans plus techniques dont l'enjeu &#233;tait de formaliser le permis de construire ou d'animer certaines r&#233;unions. De son c&#244;t&#233;, l'architecte avait &#233;dit&#233; un blog au tout d&#233;but de sa mission afin de tenir &#224; jour l'histoire et le d&#233;roulement du projet Iris. Pour l'illustrer, elle avait puis&#233; dans les photos qu'elle avait prises lors d'&#233;v&#233;nements organis&#233;s autour de la piscine en 2018 et 2019. La parcimonie de sa s&#233;lection &#233;tait r&#233;v&#233;latrice d'une vigilance accrue &#224; l'&#233;gard d'un droit &#224; l'image difficile &#224; jauger quand il s'agit d'illustrer les sociabilit&#233;s citadines (Jarrigeon &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;JARRIGEON Anne, 2015. &#171; Sociologie visuelle et droit &#224; l'image. La demande d'anonymat en question &#187;, &lt;i&gt;L'ann&#233;e sociologique&lt;/i&gt;, 65, p. 225-246, https://doi.org/10.3917/anso.151.0225.&#034;&gt;2015&lt;/a&gt;). Quant &#224; moi, depuis 2021, je m'autorisais &#224; photographier les r&#233;unions du collectif afin de garder une trace des lieux o&#249; nous les tenions et des documents qui s'y brassaient. Facilit&#233; par la discr&#233;tion de mon smartphone, cet usage minimaliste de la photographie se r&#233;sumait &#224; retracer en image ce que je n'avais pas le temps de d&#233;crire dans mes carnets. Comme le soulignent Micka&#235;l Meyer et Christian Papinot, cette pratique de la photographie &#171; consid&#233;r&#233;e comme simple aide-m&#233;moire &#187; laisse trop souvent de c&#244;t&#233; deux questions essentielles &#171; &#034;Comment faire des images ?&#034; [et] &#034;Quoi faire des images ?&#034; capt&#233;es ou collect&#233;es &#187; (&lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;MEYER Micha&#235;l &amp; PAPINOT Christian, 2017. &#171; Le travail des images dans la d&#233;marche de recherche. Analyse r&#233;flexive et compr&#233;hension de l'objet &#187;, &lt;i&gt;Images du travail, travail des images&lt;/i&gt;, 3, https://doi.org/10.4000/itti.1053.&#034;&gt;2017&lt;/a&gt;). Ces deux questions que j'ai longtemps n&#233;glig&#233;es, ce sont les femmes du collectif qui les ont invit&#233;es dans mon enqu&#234;te en s'y affrontant tr&#232;s concr&#232;tement et en m'embarquant dans la mani&#232;re dont elles ont choisi d'y r&#233;pondre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En novembre 2023, lors du premier &#171; atelier habitant &#187; consacr&#233; &#224; la fabrication d'un mobilier pour la halle, l'architecte a explicitement demand&#233; aux personnes pr&#233;sentes &#8211; des habitantes du quartier et les membres du PMU (Pari des mutations urbaines) en charge d'encadrer le chantier &#8211; si elles souhaitaient ou non &#234;tre photographi&#233;es. Certaines, peu nombreuses, ont demand&#233; &#224; ne pas l'&#234;tre. D'autres ont avanc&#233; un &#171; oui &#187; timide qui a implicitement orient&#233; les prises de vues r&#233;alis&#233;es par les deux volontaires ayant propos&#233; de couvrir l'&#233;v&#233;nement, Amapola&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jeune retrait&#233;e ayant occup&#233; plusieurs postes de cadre dans des institutions (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et moi. L'une comme l'autre, nous avons alors tent&#233; de respecter deux points de vigilance ench&#226;ss&#233;s. L'architecte voulait respecter le droit &#224; l'image des participantes. Les femmes du collectif souhaitaient quant &#224; elles ne pas indisposer les voisines qui participaient &#224; l'atelier. Nous avons ainsi opt&#233; sans nous concerter pour des prises de vues qui faisaient l'impasse sur les visages en cadrant avant tout des dos et des mains au travail. D'autres se focalisent sur les personnes qui nous ont accord&#233; une autorisation permanente &#224; les regarder faire : les membres du PMU, des &#233;tudiantes qui se sont jointes &#224; l'atelier, un ami et un parent de l'architecte venus pr&#234;ter main-forte. Les femmes du groupe ont de leur c&#244;t&#233; assum&#233; d'&#234;tre prises continuellement en photo pour nous aider &#224; maintenir hors-champ les personnes qui ne voulaient pas &#234;tre photographi&#233;es. Je me suis moi-m&#234;me pr&#234;t&#233;e &#224; ce jeu pour documenter le tissage d'un tapis g&#233;ant, chantier le plus f&#233;d&#233;rateur de cette s&#233;quence d'ateliers.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_15790 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;159&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.ethnographiques.org/IMG/jpg/fig_13-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.ethnographiques.org/local/cache-vignettes/L500xH375/fig_13-2-752a7.jpg?1771405655' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre crayon document-titre-15790 '&gt;&lt;strong&gt;Fig. 13. Une prise de vue faisant la part belle aux femmes du collectif tout en se concentrant sur les outils, les objets et les gestes
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_credits crayon document-credits-15790 '&gt;Photo C&#233;cile L&#233;onardi
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;`&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_15791 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;88&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.ethnographiques.org/IMG/jpg/fig_14.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.ethnographiques.org/local/cache-vignettes/L500xH503/fig_14-ea0bb.jpg?1771405655' width='500' height='503' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre crayon document-titre-15791 '&gt;&lt;strong&gt;Fig. 14. Une prise de vue me montrant en train de tresser le tapis g&#233;ant
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_credits crayon document-credits-15791 '&gt;Photo Amapola
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_15792 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;156&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.ethnographiques.org/IMG/jpg/fig_15-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.ethnographiques.org/local/cache-vignettes/L500xH354/fig_15-2-41a52.jpg?1771405655' width='500' height='354' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre crayon document-titre-15792 '&gt;&lt;strong&gt;Fig. 15. Des femmes du collectif
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif crayon document-descriptif-15792 '&gt;Elles prennent la pose avec un ami de l'architecte et deux membres du PMU autour des meubles r&#233;alis&#233;s
&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_credits crayon document-credits-15792 '&gt;Photo Marion Levoir
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Lors de la r&#233;union organis&#233;e par l'architecte autour du rapport &#224; remettre &#224; la Fondation de France, ces clich&#233;s ont &#233;t&#233; pr&#233;sent&#233;s au collectif afin qu'il s&#233;lectionne les photos les plus appropri&#233;es &#224; la restitution de l'&#233;v&#233;nement. R&#233;unies autour de cette masse d'images, les femmes du groupe ont d'embl&#233;e &#233;cart&#233; celles qui pouvaient mettre mal &#224; l'aise certaines participantes, de par leur simple pr&#233;sence &#224; l'image ou au regard d'une prise de vue qui ne les montraient pas sous leur meilleur jour. L'architecte nous a &#233;galement demand&#233; de choisir les textes les plus pertinents parmi ceux qu'elle nous avait invit&#233;s &#224; r&#233;diger pour d&#233;crire les ateliers. Ces textes courts ont &#233;t&#233; lus &#224; haute voix et leur s&#233;lection s'est align&#233;e, peu ou prou, sur les images retenues : les mots comme les photos d&#233;crivaient davantage des gestes et des solidarit&#233;s &#224; l'&#339;uvre qu'ils ne d&#233;signaient des profils sociaux ou des classes d'&#226;ges au travail. La composition d'ensemble parvenait &lt;i&gt;in fine&lt;/i&gt; &#224; utiliser textes et images pour garder ces diff&#233;rents marqueurs dans le flou sans avoir &#224; flouter aucun visage.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_15793 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;127&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.ethnographiques.org/IMG/jpg/fig_16.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.ethnographiques.org/local/cache-vignettes/L500xH375/fig_16-96908.jpg?1771405655' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre crayon document-titre-15793 '&gt;&lt;strong&gt;Fig. 16. Dispositif mis en place par l'architecte pour organiser la s&#233;lection des photos et des textes.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_credits crayon document-credits-15793 '&gt;Photo C&#233;cile L&#233;onardi
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_15794 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;82&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.ethnographiques.org/IMG/jpg/fig_17.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.ethnographiques.org/local/cache-vignettes/L500xH375/fig_17-9ecf8.jpg?1771405655' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre crayon document-titre-15794 '&gt;&lt;strong&gt;Fig. 17. Une s&#233;lection qui s'est discut&#233;e image par image.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_credits crayon document-credits-15794 '&gt;Photo C&#233;cile L&#233;onardi
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;D&#233;but 2024, ce processus a &#233;t&#233; reconduit pour retracer les ateliers d&#233;di&#233;s &#224; l'usage bio-climatique de la halle, ce qui a consolid&#233; au sein du groupe une certaine &lt;i&gt;pratique de l'attention&lt;/i&gt; en mati&#232;re de collecte et d'usage des images. Caract&#233;riser cette pratique n'est pas simple &#233;tant donn&#233; qu'elle n'a jamais, pour l'instant, &#233;t&#233; clairement discut&#233;e ni explicit&#233;e par les femmes du collectif. &#201;tant prise dans cette pratique, je dirais qu'elle prolonge sur un autre mode celle que le groupe a d&#233;velopp&#233;e en interne concernant la documentation du projet. Si cette documentation fait attention &#224; n'exclure personne, &#224; l'inverse la communication du projet veille &#224; ne pas inclure trop vite ni &#224; impliquer malgr&#233; elles, par leur simple pr&#233;sence &#224; l'image, les personnes du quartier qui s'int&#233;ressent &#224; la transformation de l'ancienne piscine et qui souhaitent y participer, m&#234;me modestement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Initi&#233;e dans le cadre d'ateliers sur lesquels le collectif avait la main, cette pratique de l'attention a par la suite orient&#233; &#224; bas bruit la communication institutionnelle du projet. Avant m&#234;me le lancement du chantier de r&#233;novation de la piscine et plus encore au moment o&#249; il a d&#233;marr&#233;, les services municipaux ont pris l'habitude de relayer au collectif les demandes d'interviews de la presse locale qui cherchait &#224; en savoir plus sur le projet Iris. Face &#224; cette insistance, les femmes du groupe ont d&#233;cid&#233; de jouer la montre aupr&#232;s des journalistes pour privil&#233;gier l'information qu'elles voulaient adresser en priorit&#233; aux habitant&#183;es du quartier. Elles ont ainsi supervis&#233; la mani&#232;re dont le projet Iris serait pr&#233;sent&#233; et illustr&#233; lors de la r&#233;union publique organis&#233;e dans le quartier en mars 2024. Puis elles ont prolong&#233; ce r&#233;cit sur les march&#233;s du samedi et dans les maisons de quartier en utilisant comme seul support un d&#233;pliant &#171; fait maison &#187; qui n'int&#233;grait que des croquis. Quand le chantier s'est achev&#233;, les femmes du groupe ont, l&#224; encore, pr&#233;f&#233;r&#233; ouvrir leurs r&#233;unions hebdomadaires pour recevoir les associations et les habitant&#183;es d&#233;sireux de se renseigner ou de s'investir dans le projet, plut&#244;t que d'en passer par une campagne d'information plus impersonnelle et moins ma&#238;tris&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite &#224; cet effort pour raconter le projet en face-&#224;-face le collectif a re&#231;u, quelques semaines avant l'inauguration de la halle, l'aide spontan&#233;e d'habitant&#183;es du quartier pour pr&#233;parer l'&#233;v&#233;nement et mettre en culture le jardin d'aromatiques creus&#233; dans l'ancien solarium. Durant ces pr&#233;paratifs, Amapola et moi avons repris notre collecte d'images en remobilisant les fa&#231;ons de faire valid&#233;es par le collectif au moment des ateliers. Ce r&#233;cit visuel t&#233;moigne de la pratique de l'attention &#233;voqu&#233;e plus haut et de sa dimension paradoxale : les personnes qui se sont investies dans l'ouverture du lieu sont aussi celles qui apparaissent le moins &#224; l'image. Soigner le regard a ici consist&#233; &#224; ne jamais forcer l'autre &#224; pr&#233;cipiter son implication dans le projet. C'est ce qu'a appr&#233;ci&#233; une habitante venue planter les premi&#232;res essences du jardin mais qui a express&#233;ment demand&#233; &#224; rester &#171; hors-champ &#187;. Elle s'est souvent amus&#233;e de me voir capter ce qu'elle faisait sans pour autant la photographier. De mon c&#244;t&#233;, je sentais que je lui fournissais l&#224; le gage qu'elle attendait : ne forcer ni la pose, ni l'engagement.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_15795 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;97&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.ethnographiques.org/IMG/jpg/fig_18.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.ethnographiques.org/local/cache-vignettes/L500xH667/fig_18-1c27c.jpg?1771405655' width='500' height='667' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre crayon document-titre-15795 '&gt;&lt;strong&gt;Fig. 18. Le jardin creus&#233; dans la dalle de l'ancien solarium
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif crayon document-descriptif-15795 '&gt;juin 2024
&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_credits crayon document-credits-15795 '&gt;Photo de C&#233;cile L&#233;onardi
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_15796 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;139&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.ethnographiques.org/IMG/jpg/fig_19.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.ethnographiques.org/local/cache-vignettes/L500xH667/fig_19-8ed27.jpg?1771405655' width='500' height='667' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre crayon document-titre-15796 '&gt;&lt;strong&gt;Fig. 19. Trois femmes du collectif en plein lancement du jardin, une semaine avant l'inauguration du lieu
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif crayon document-descriptif-15796 '&gt;juin 2024
&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_credits crayon document-credits-15796 '&gt;Photo C&#233;cile L&#233;onardi
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_15797 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;131&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.ethnographiques.org/IMG/jpg/fig_20.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.ethnographiques.org/local/cache-vignettes/L500xH667/fig_20-1fa59.jpg?1771405655' width='500' height='667' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre crayon document-titre-15797 '&gt;&lt;strong&gt;Fig. 20. Une habitante qui souhaite rester hors-champ et dont la contribution a &#233;t&#233; photographi&#233;e
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif crayon document-descriptif-15797 '&gt;juin 2024
&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_credits crayon document-credits-15797 '&gt;Photo C&#233;cile L&#233;onardi
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Au final, le d&#233;faut d'intentions qui a longtemps caract&#233;ris&#233; ma pratique de la photo au sein du groupe, m'a &#233;galement permis de d&#233;velopper une forme de disponibilit&#233; &#224; l'&#233;gard de son propre &#171; travail des images &#187; (Meyer &amp; Papinot &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;MEYER Micha&#235;l &amp; PAPINOT Christian, 2017. &#171; Le travail des images dans la d&#233;marche de recherche. Analyse r&#233;flexive et compr&#233;hension de l'objet &#187;, &lt;i&gt;Images du travail, travail des images&lt;/i&gt;, 3, https://doi.org/10.4000/itti.1053.&#034;&gt;2017&lt;/a&gt;). En devenant une de ses op&#233;ratrices, j'ai pu aborder par un jeu d'essais et d'erreurs ce que ce travail cherche &#224; consid&#233;rer. En tant que tel, il se pr&#233;occupe du droit &#224; l'image des personnes pr&#233;sentes, tout en essayant de respecter les relations qu'elles ont tiss&#233;es avec un lieu qui leur importe. Ce respect passe par le fait de permettre &#224; ces personnes de renouer &#224; leur rythme le lien qu'elles souhaitent engager avec la transformation de l'ancienne piscine et avec ce qu'elle est devenue. Dans le m&#234;me temps, cette pratique de l'attention permet aux femmes du groupe d'explorer, elles aussi &#224; leur rythme, une formule trouv&#233;e par l'architecte pour les motiver &#224; prendre la main sur le r&#233;cit du projet et qui les a marqu&#233;es : &#171; l'information, c'est toujours et avant tout une forme d'accueil &#187; (mai 2023).&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_15798 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;83&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.ethnographiques.org/IMG/jpg/fig_21.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.ethnographiques.org/local/cache-vignettes/L500xH375/fig_21-4e627.jpg?1771405655' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre crayon document-titre-15798 '&gt;&lt;strong&gt;Fig. 21. La halle &#224; la veille de son inauguration
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif crayon document-descriptif-15798 '&gt;juin 2024
&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_credits crayon document-credits-15798 '&gt;Photo C&#233;cile L&#233;onardi
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_15799 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;132&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.ethnographiques.org/IMG/jpg/fig_22.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.ethnographiques.org/local/cache-vignettes/L500xH375/fig_22-bf819.jpg?1771405655' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre crayon document-titre-15799 '&gt;&lt;strong&gt;Fig. 22. Photographier les ateliers cr&#233;atifs destin&#233;s aux enfants du quartier lors de l'inauguration du lieu
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_credits crayon document-credits-15799 '&gt;Photo C&#233;cile L&#233;onardi
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_15800 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;115&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.ethnographiques.org/IMG/jpg/fig_23.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.ethnographiques.org/local/cache-vignettes/L500xH667/fig_23-f4c80.jpg?1771405655' width='500' height='667' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre crayon document-titre-15800 '&gt;&lt;strong&gt;Fig. 23. Capter durant l'&#233;v&#233;nement l'hospitalit&#233; cr&#233;&#233;e par le petit mobilier auto-construit
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_credits crayon document-credits-15800 '&gt;Photo C&#233;cile L&#233;onardi
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_15801 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;206&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.ethnographiques.org/IMG/jpg/fig_24.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.ethnographiques.org/local/cache-vignettes/L500xH375/fig_24-74962.jpg?1771405655' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre crayon document-titre-15801 '&gt;&lt;strong&gt;Fig. 24 : Regarder un groupe d'adolescent.es s'emparer d'une d&#233;gustation de gel&#233;es de fleurs
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif crayon document-descriptif-15801 '&gt;D&#233;gustation organis&#233;e par un jardinier qui aide le collectif &#224; activer son propre jardin.
&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_credits crayon document-credits-15801 '&gt;Photo C&#233;cile L&#233;onardi
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;a id=&#034;hannah-remonte-rue-comment-decrire-3&#034; name=&#034;hannah-remonte-rue-comment-decrire-3&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;a id=&#034;a4&#034; name=&#034;a4&#034;&gt;&lt;/a&gt;D&#233;crire les ambivalences d'un travail qui ne s'affiche pas&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Si les femmes du collectif Iris ont d&#233;velopp&#233; une pratique du r&#233;cit et du regard qui guide &#224; la fois leur fa&#231;on de documenter le projet et de le raconter aux habitants et habitantes du quartier, cette aisance s'est accompagn&#233;e d'une capacit&#233; &#8211; de mieux en mieux rod&#233;e elle aussi &#8211; &#224; taire ou &#224; euph&#233;miser le temps consid&#233;rable qu'elles consacrent au projet Iris. Ayant assist&#233; &#224; la quasi-totalit&#233; de leurs r&#233;unions et ayant aid&#233; aux nombreuses t&#226;ches que ces femmes assument pour faire avancer le projet, je mesure de mon c&#244;t&#233; l'ampleur de leur engagement b&#233;n&#233;vole. Je suis aussi aux premi&#232;res loges pour observer la difficult&#233; qu'ont les &#233;lu&#183;es et les services municipaux qui les accompagnent &#224; estimer correctement cet investissement, et &#224; identifier la limite au-del&#224; de laquelle il devient une forme de travail gratuit. De fait, le nombre croissant de responsabilit&#233;s qu'ils ont d&#233;l&#233;gu&#233;es au collectif rel&#232;ve d'une tendance qui flirte avec celle que John Krinsky et Maud Simonet nomment &#171; l'extension du domaine du travail invisibilis&#233; aux services publics &#187; (&lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;KRINSKY John &amp; SIMONET Maud, 2012. &#171; D&#233;ni de travail : l'invisibilisation du travail aujourd'hui &#187;, &lt;i&gt;Soci&#233;t&#233;s contemporaines&lt;/i&gt;, 87, p. 5-23, https://doi.org/10.3917/soco.087.0005.&#034;&gt;2012&lt;/a&gt; : 18). Dans un contexte d'aust&#233;rit&#233; budg&#233;taire, on peut faire l'hypoth&#232;se que les &#233;lu&#183;es et les technicien&#183;nes locaux se soient peu &#224; peu r&#233;solus &#224; mettre au travail le collectif en c&#233;dant &#224; &#171; ce m&#233;canisme sp&#233;cifique d'exploitation 'au nom de' (la solidarit&#233;, la citoyennet&#233;, l'amour) &#187; (Simonet &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;SIMONET Maud, 2024. &lt;i&gt;L'imposture du travail. D&#233;sandrocentrer le travail pour l'&#233;manciper.&lt;/i&gt; Paris, &#201;ditions 10/18.&#034;&gt;2024&lt;/a&gt; : 52). Maud Simonet rappelle que si ce m&#233;canisme caract&#233;rise avant tout les politiques municipales qu'elle a pu observer aux &#201;tats-Unis, il tend selon elle &#224; se diffuser en France &#224; travers une &#171; double op&#233;ration de maintien et de passage des fronti&#232;res &#187; (&lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;SIMONET Maud, 2024. &lt;i&gt;L'imposture du travail. D&#233;sandrocentrer le travail pour l'&#233;manciper.&lt;/i&gt; Paris, &#201;ditions 10/18.&#034;&gt;2024&lt;/a&gt; : 56) que l'&#201;tat et de plus en plus d'institutions publiques organisent entre travail et engagement, travail et loisirs, travail et &#233;tudes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le cas du projet Iris, si l'investissement b&#233;n&#233;vole du collectif &#233;vite &#224; la municipalit&#233; de cr&#233;er un poste d&#233;di&#233; &#224; la gestion de la halle, le &#171; travail &#187; qu'il endosse pour faire vivre le lieu ne se r&#233;duit pas pour autant &#224; faire gratuitement les t&#226;ches d'un salari&#233;. Sur ce point, observer les rencontres entre le collectif et ses partenaires institutionnels m'a permis d'appr&#233;cier la mani&#232;re dont la gestion de la halle les met conjointement au travail. Le collectif et la municipalit&#233; savent en effet que se joue l&#224; l'enjeu le plus saillant de leur partage de responsabilit&#233;s vis-&#224;-vis du b&#226;timent, partage auquel ni l'une ni l'autre des parties ne souhaite renoncer. Le projet qu'elles portent ensemble encourage toutefois une tendance qui marque leur relation d'interd&#233;pendance. En effet, chaque fois que le projet demande aux services et aux &#233;lu&#183;es de trouver des solutions &#224; des probl&#232;mes in&#233;dits, les femmes du groupe prennent r&#233;guli&#232;rement les devants et assument de faire le n&#233;cessaire pour &#233;viter que le projet ne s'enlise ou perde de sa consistance. Patricia Paperman d&#233;crit ce r&#233;flexe en &#233;voquant une &#171; spirale du concernement &#187; (&lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;PAPERMAN Patricia, 2011. &#171; Les gens vuln&#233;rables n'ont rien d'exceptionnel &#187;, &lt;i&gt;in&lt;/i&gt; LAUGIER Sandra &amp; PAPERMAN Patricia (dir.), &lt;i&gt;Le souci des autres. &#201;thique et politique du &lt;/i&gt;care&lt;i&gt;,&lt;/i&gt; Paris, &#201;ditions de l'EHESS, p. 312-338.&#034;&gt;2011&lt;/a&gt; : 333) qu'elle d&#233;finit comme une propension &#224; &#171; r&#233;pondre toujours 'pr&#233;sent' sans disposer de moyens d'y mettre un point d'arr&#234;t &#187; (&lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;PAPERMAN Patricia, 2011. &#171; Les gens vuln&#233;rables n'ont rien d'exceptionnel &#187;, &lt;i&gt;in&lt;/i&gt; LAUGIER Sandra &amp; PAPERMAN Patricia (dir.), &lt;i&gt;Le souci des autres. &#201;thique et politique du &lt;/i&gt;care&lt;i&gt;,&lt;/i&gt; Paris, &#201;ditions de l'EHESS, p. 312-338.&#034;&gt;2011&lt;/a&gt; : 334). Les deux extraits suivants, tir&#233;s des descriptions de deux r&#233;unions du collectif avant l'ouverture de la halle, offrent un aper&#231;u de la mani&#232;re dont cette spirale s'enclenche r&#233;guli&#232;rement au sein du groupe :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Notes du 14 mai 2024&lt;br class='autobr' /&gt;
Amapola &#233;voque la visite de la halle organis&#233;e par A. (directeur des services de proximit&#233; du quartier) et adress&#233;e aux associations locales. Jasmine ne pourra pas se lib&#233;rer. Sakamalao y sera. Zeitoun va essayer&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les pr&#233;noms ont &#233;t&#233; modifi&#233;s, les pseudonymes ont &#233;t&#233; choisis par chaque (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Amapola nous explique que c'est A. qui veut que l'on soit l&#224; pour g&#233;rer en direct les questions qui vont se poser. Il en a re&#231;u beaucoup sur les conditions de pr&#234;t de la halle auxquelles il ne sait pas r&#233;pondre. Amapola a r&#233;fl&#233;chi &#224; la mani&#232;re dont on va renseigner les associations d'un c&#244;t&#233;, les particuliers de l'autre. Je reviens quant &#224; moi sur le rendez-vous que j'ai assur&#233; mardi aupr&#232;s de deux classes de CM1 pour le journal de leur &#233;cole. J'ai pr&#233;cis&#233; que la halle ne pourra pas accueillir de f&#234;tes priv&#233;es. Jasmine rebondit : &#171; C'est bien, ils vont le r&#233;p&#233;ter aux parents. L'argument imparable c'est de dire qu'il n'y a pas de cuisine et que les WC ne sont pas encore branch&#233;s, du coup ce n'est pas un lieu adapt&#233; pour les mariages ou les anniversaires. &#199;a va tout de suite poser les choses ! &#187;. Amapola en profite pour annoncer qu'elle a enfin obtenu un rendez-vous pour sa formation RUS (responsable unique de s&#233;curit&#233;). Elle nous rassure : &#171; &#192; partir de l&#224;, on pourra r&#233;diger notre r&#232;glement int&#233;rieur et simplifier le tout dans un mode d'emploi de la halle ultra facile &#224; comprendre &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Notes du 4 juin 2024 &lt;br class='autobr' /&gt;
La r&#233;union a commenc&#233; depuis une heure quand Amapola nous rejoint. Elle vient d'achever sa formation RUS. Nerveuse, elle nous annonce la couleur : &#171; &#199;a ne va pas &#234;tre simple, on a vraiment sous-estim&#233; les probl&#232;mes de s&#233;curit&#233; du lieu &#187;. Elle explique que l'alarme incendie install&#233;e dans la halle est une alarme basique qui n'appelle pas les secours quand elle se d&#233;clenche. &#192; chaque remise des cl&#233;s, lors du pr&#234;t du lieu, il faudra v&#233;rifier que l'emprunteur a un t&#233;l&#233;phone portable pour appeler les pompiers en cas de besoin. L. (responsable du projet c&#244;t&#233; DIM) n'a pas pens&#233; &#224; faire installer un t&#233;l&#233;phone fixe dans les murs. Les femmes du groupe sont ahuries. Amapola tient tout de suite &#224; disculper L. en rappelant qu'elle a pens&#233; &#224; bien des choses pour &#171; nous faciliter la vie &#187;, dont le fait de limiter l'effectif &#224; 200 personnes dans une halle qui pourrait en accueillir quatre fois plus. En installant une alarme basique, L. a pu n&#233;gocier un classement ERP de type &#171; petite salle polyvalente &#187; ce qui permettra de refuser de gros &#233;v&#233;nements. L. n'avait pas pens&#233; que &#231;a compliquerait les emprunts courants du lieu. Amapola relativise. Elle en sait assez pour r&#233;diger le r&#232;glement int&#233;rieur, ce qui va demander de r&#233;&#233;crire la convention de mise &#224; disposition pour l'adapter &#224; ces nouvelles contraintes. Pendant qu'elle y est, elle fait un topo sur le syst&#232;me de d&#233;senfumage en pr&#233;cisant qu'il est facile &#224; manipuler mais que les leviers sont en hauteur et conclut amus&#233;e : &#171; Il va falloir acheter un marchepied pour Sakamalao ! &#187;. Celle-ci sugg&#232;re en riant qu'elle peut encore grandir d'ici l'inauguration de la halle.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ces deux extraits donnent une id&#233;e de la mani&#232;re dont le groupe aborde en situation le partage des responsabilit&#233;s qui se rejoue continuellement autour de la gestion du lieu. De fait, certain&#183;es technicien&#183;nes s'en remettent r&#233;guli&#232;rement aux femmes du collectif face &#224; des questions qu'ils et elles n'arrivent pas &#224; g&#233;rer. D'autres tentent de r&#233;soudre des probl&#232;mes en amont afin de les leur &#233;pargner, mais sans toujours y parvenir. Dans les deux cas, les habitantes impliqu&#233;es pr&#233;f&#232;rent rem&#233;dier aux probl&#232;mes plut&#244;t que de chercher une esquive ou de ren&#233;gocier des r&#244;les et des formes d'expertises qui ont fini par glisser de leur c&#244;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre spirale du concernement s'exerce au sein m&#234;me du collectif, mais celle-l&#224; est &#224; l'inverse pleinement assum&#233;e. Elle permet aux femmes du groupe de supporter la premi&#232;re, tout en renfor&#231;ant le plaisir qu'elles prennent ensemble &#224; tenir le projet. Ce concernement s'exprime &#224; travers la mani&#232;re dont elles prennent soin des contraintes de chacune. Il faut ici pr&#233;ciser que le collectif est compos&#233; pour moiti&#233; par des femmes dont les vies sont &#171; infl&#233;chies par le &lt;i&gt;care &lt;/i&gt; &#187; (Damamme &amp; Paperman &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;DAMAMME Aur&#233;lie &amp; PAPERMAN Patricia, 2009. &#171; &lt;i&gt;Care&lt;/i&gt; domestique : des histoires sans d&#233;but, sans milieu et sans fin &#187;, &lt;i&gt;Multitudes&lt;/i&gt;, 37-38, https://doi.org/10.3917/mult.037.0098.&#034;&gt;2009&lt;/a&gt; : 105). Ces m&#232;res au foyer, veuves ou s&#233;par&#233;es, &#233;l&#232;vent seules leurs enfants en vivant d'aides sociales et en compensant ce manque de revenus par un important travail de subsistance (Collectif Rosa Bonheur &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;COLLECTIF ROSA BONHEUR, 2017. &#171; Des &#8220;inactives&#8221; tr&#232;s productives. Le travail de subsistance des femmes de classes populaires &#187;, &lt;i&gt;Trac&#233;s&lt;/i&gt;, 32, https://doi.org/10.4000/traces.6862.&#034;&gt;2017&lt;/a&gt;). Elles parviennent &#224; s'impliquer dans le projet Iris d&#232;s lors que le collectif a choisi d'aligner l'agenda de ses r&#233;unions sur le seul cr&#233;neau hebdomadaire qui leur convenait. Leurs contraintes ont par ailleurs dessin&#233; une dynamique organisationnelle stable qui b&#233;n&#233;ficie ponctuellement aux jeunes retrait&#233;es qui constituent l'autre moiti&#233; du collectif. Cette dynamique repose sur trois fa&#231;ons de pratiquer le concernement : s'adapter, soutenir, suppl&#233;er. Si l'&#233;criture ethnographique permet de retracer l'endurance d'une telle organisation, j'ai n&#233;anmoins pris le parti de suspendre ma prise de notes chaque fois qu'une femme du groupe &#233;voquait les difficult&#233;s personnelles qui l'obligeaient &#224; quitter la r&#233;union en cours ou qui l'emp&#234;chaient de venir &#224; la suivante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment, au final, qualifier le &#171; travail &#187; que ces habitantes supportent d'un c&#244;t&#233; et qu'elles organisent d'un autre selon des r&#232;gles et des motivations qui leur appartiennent ? Dans un premier temps, j'ai consid&#233;r&#233; ce travail comme une forme d'investissement dont sont coutumi&#232;res les femmes des quartiers populaires, investissement qui consiste &#224; soutenir gratuitement de nombreux services publics, &#224; commencer par la vie des &#233;coles et des centres sociaux qu'elles fr&#233;quentent. L'engagement des femmes du collectif Iris se d&#233;marque toutefois de ce type de b&#233;n&#233;volat l&#224; o&#249; il &#233;chappe aux relations de subordination et aux rapports sociaux de classe qui en constituent un des revers silencieux (Collectif Rosa Bonheur &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;COLLECTIF ROSA BONHEUR, 2017. &#171; Des &#8220;inactives&#8221; tr&#232;s productives. Le travail de subsistance des femmes de classes populaires &#187;, &lt;i&gt;Trac&#233;s&lt;/i&gt;, 32, https://doi.org/10.4000/traces.6862.&#034;&gt;2017&lt;/a&gt;). Leur engagement peut en cela &#234;tre regard&#233; comme un travail dont elles conc&#232;dent la gratuit&#233; &#224; la municipalit&#233; tout en l'investissant dans ce que le projet Iris leur permet d'exp&#233;rimenter. Si elles consacrent du temps &#224; ce projet, elles l'investissent en bonne partie dans une fa&#231;on de piloter &#224; bas bruit une diversit&#233; de relations qui leur importent. Elles travaillent en l'occurrence &#224; prendre soin des relations qu'elles veulent renouveler entre un lieu qui comptait dans le quartier et des habitants et habitantes qui attendent de le r&#233;investir. En m&#234;me temps et par la bande, elles prennent soin des relations qu'elles ont nou&#233;es entre elles pour tenir le projet de l'int&#233;rieur. Ces relations leur procurent une forme de &#171; reconnaissance affective &#187; (Gu&#233;rin &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;GU&#201;RIN Isabelle, 2017. &#171; Du pouvoir, de l'argent et de l'amour ! Les ressorts cach&#233;s de l'&lt;i&gt;empowerment&lt;/i&gt; &#187;, &lt;i&gt;Cahiers du genre,&lt;/i&gt; 63, https://doi.org/10.3917/cdge.063.0121.&#034;&gt;2017&lt;/a&gt; : 135) qui a progressivement conquis son espace d'expression et d'autonomie. Isabelle Gu&#233;rin avoue qu'elle a mis du temps &#224; saisir la subtilit&#233; des fonctions &#233;mancipatrices de ces espaces-temps ambivalents pris entre le travail, la fatigue et le rel&#226;chement, sur tous les terrains qu'elle a pratiqu&#233;s dans le cadre de ses recherches sur l'&lt;i&gt;empowerment&lt;/i&gt; f&#233;minin. Comme elle, j'ai moi-m&#234;me mis du temps &#224; mesurer la fa&#231;on dont cette &#233;mancipation prenait forme au sein du collectif et dont elle pouvait devenir un des aspects du projet auquel mon &#233;criture ethnographique devait &lt;i&gt;faire attention&lt;/i&gt;. Cet article m'aura donn&#233; une pr&#233;cieuse occasion de consid&#233;rer cette forme d'&#233;mancipation et de r&#233;fl&#233;chir &#224; la mani&#232;re de la restituer.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;a id=&#034;plan-fixe-mise-valeur-des-details-4&#034; name=&#034;plan-fixe-mise-valeur-des-details-4&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;a id=&#034;a5&#034; name=&#034;a5&#034;&gt;&lt;/a&gt;Conclusion&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Quand ils abordent les responsabilit&#233;s engag&#233;es dans le fait de maintenir la vie de certaines choses, Denis et Pontille empruntent &#224; Donna Haraway la d&#233;finition qu'elle donne de la responsabilit&#233; : &#171; 'response-ability', c'est-&#224;-dire la capacit&#233; de r&#233;pondre. [&#8230;] Prendre ses responsabilit&#233;s, c'est &#224; la fois r&#233;pondre &#224; l'appel des choses fragiles et r&#233;pondre de leur devenir &#187; (&lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;DENIS J&#233;r&#244;me &amp; PONTILLE David, 2022. &lt;i&gt;Le soin des choses : politiques de la maintenance&lt;/i&gt;.Paris, La D&#233;couverte.&#034;&gt;2022&lt;/a&gt; : 346). Les femmes qui portent le projet Iris cherchent &#224; leur mani&#232;re &#224; d&#233;velopper cette double r&#233;ponse. Elles r&#233;pondent du devenir de l'ancienne piscine de leur quartier en essayant de r&#233;pondre &#224; l'appel de plusieurs fragilit&#233;s conjugu&#233;es. Cette prise de responsabilit&#233; passe par l'attention qu'elles accordent &#224; la r&#233;paration du b&#226;timent en se donnant les moyens de traiter les questions constructives, environnementales et r&#233;glementaires qu'elle soul&#232;ve. L'autre fragilit&#233; que ces femmes prennent en compte concerne les relations qu'elles veulent &#224; la fois m&#233;nager et r&#233;activer entre le b&#226;timent lui-m&#234;me et les personnes concern&#233;es par sa remise en usage. Sur ce point, leur prise de responsabilit&#233; passe par le soin qu'elles accordent &#224; la documentation et &#224; la communication du projet Iris. Le travail documentaire qu'elles d&#233;ploient sur ces deux fronts consiste en l'occurrence &#224; ne laisser personne de c&#244;t&#233;, sans pour autant forcer qui que ce soit &#224; en faire l'objet malgr&#233; lui. Elles y parviennent en prenant le temps d'inventer des mani&#232;res de raconter le projet et de regarder celles et ceux qu'il concerne et mobilise. De ce point de vue, ces habitantes construisent autour de l'ancienne piscine de leur quartier les conditions &#171; d'une politique de la maintenance &#187; dont Denis et Pontille r&#233;sument l'exercice en citant l&#224; encore Haraway : &#171; [Cette politique] invite &#224; d&#233;velopper des formes de soin des choses (...) qui cultivent une attention &#224; la fragilit&#233; des milieux et des relations qui s'y tissent. Une maintenance qui assume de faire durer une chose, c'est aussi continuer de faire advenir &#034;le monde qui va avec elle&#034; &#187; (&lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;DENIS J&#233;r&#244;me &amp; PONTILLE David, 2022. &lt;i&gt;Le soin des choses : politiques de la maintenance&lt;/i&gt;.Paris, La D&#233;couverte.&#034;&gt;2022&lt;/a&gt; : 360).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le plan ethnographique, enqu&#234;ter cette politique de la maintenance demande de faire durer certaines choses &#224; commencer par l'enqu&#234;te elle-m&#234;me, y compris quand elle d&#233;pend d'un contrat post-doctoral dont la dur&#233;e ne tisse aucune relation avec le temps du projet &#233;tudi&#233;. Il s'agit &#233;galement de se rendre disponible aux pratiques &#224; l'essai port&#233;es par l'ensemble des acteurs et des actrices, b&#233;n&#233;voles ou salari&#233;s, qui cherchent conjointement &#224; prendre soin de certains biens publics et &#224; maintenir le tissu de relations dont ils d&#233;pendent. Dans ces diff&#233;rents cas de figure, les coalitions de &lt;i&gt;care&lt;/i&gt; qui se forment et qui s'activent improvisent beaucoup face aux responsabilit&#233;s in&#233;dites qu'elles choisissent de se partager. C'est cette improvisation que l'&#233;criture ethnographique peut saisir au plus pr&#232;s en s'int&#233;ressant &#224; la mani&#232;re dont elle est assum&#233;e, en quartiers populaires comme ailleurs, par des femmes qui parviennent &#224; appara&#238;tre &#8211; comme dans le cas pr&#233;sent&#233; &#8211; ou qui restent trop peu visibles dans les projets auxquelles elles contribuent. &#192; ce sujet, Denis et Pontille reconnaissent qu'il n'y a pas beaucoup de femmes dans les histoires de maintenance et de r&#233;paration qu'ils explorent, &#171; comme si le soin des choses &#233;tait r&#233;serv&#233; aux hommes, alors que le soin des personnes le serait aux femmes &#187;. Ils rappellent dans la foul&#233;e que se jouent pourtant &#171; dans la sph&#232;re domestique, un ensemble d'activit&#233;s de soins mat&#233;riels tr&#232;s largement pris en charge par des femmes &#187; (&lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;DENIS J&#233;r&#244;me &amp; PONTILLE David, 2022. &lt;i&gt;Le soin des choses : politiques de la maintenance&lt;/i&gt;.Paris, La D&#233;couverte.&#034;&gt;2022&lt;/a&gt; : 356). L'enjeu est de consacrer nos ethnographies &#224; regarder la mani&#232;re dont ces activit&#233;s sortent d&#233;sormais de l'espace priv&#233; pour s'occuper d'un soin des choses qui concerne le maintien de nos &#233;quipements publics et du monde qui va avec eux.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_15802 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;94&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.ethnographiques.org/IMG/jpg/fig_25.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.ethnographiques.org/local/cache-vignettes/L500xH375/fig_25-f4955.jpg?1771405655' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre crayon document-titre-15802 '&gt;&lt;strong&gt;Fig. 25. La halle et son jardin un an apr&#232;s son inauguration
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif crayon document-descriptif-15802 '&gt;juin 2025
&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_credits crayon document-credits-15802 '&gt;Photo C&#233;cile L&#233;onardi
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cette enqu&#234;te a d&#233;but&#233; dans le cadre du projet GRINN'URB &#171; Grenoble face &#224; l'innovation : enqu&#234;te sur les projets urbains innovants dans une m&#233;tropole moyenne &#187;, pilot&#233; par Federica Gatta (UMR PACTE) de 2019 &#224; 2021. Elle se poursuit sous sa direction au sein de l'ANR CARE &#171; Communing processes in austerity urbanism : spatial regeneration and gouvernance &#187;. Ce second projet entend contribuer au d&#233;bat sur les communs urbains &#224; travers des &#233;tudes de cas situ&#233;es &#224; Grenoble, Bologne, Turin et Saint-Etienne. Ces deux projets successifs reposent sur des ethnographies longues aupr&#232;s des collectifs qui g&#232;rent les lieux &#233;tudi&#233;s, et d'entretiens avec les &#233;lu.e.s et les technicien.ne.s qui portent les politiques locales dont d&#233;pendent ces initiatives citoyennes. Cf : &lt;a href=&#034;https://care.hypotheses.org/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://care.hypotheses.org/&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jeune retrait&#233;e ayant occup&#233; plusieurs postes de cadre dans des institutions culturelles locales et nationales. Habitant le quartier depuis les ann&#233;es 1970, elle a int&#233;gr&#233; le collectif Iris en 2021. Le pr&#233;nom a &#233;t&#233; modifi&#233;, le pseudonyme a &#233;t&#233; choisi par l'int&#233;ress&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les pr&#233;noms ont &#233;t&#233; modifi&#233;s, les pseudonymes ont &#233;t&#233; choisis par chaque femme du groupe.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;AMIN Ash &amp; THRIFT Nigel, 2016. &lt;i&gt;Seeing like a City&lt;/i&gt;. London, Polity Press.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;BROQUA Christophe, 2009. &#171; L'ethnographie comme engagement : enqu&#234;ter en terrain militant &#187;, &lt;i&gt;Gen&#232;ses&lt;/i&gt;, 75, &lt;a href=&#034;https://doi.org/10.3917/gen.075.0109&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://doi.org/10.3917/gen.075.0109&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;COLLECTIF ROSA BONHEUR, 2017. &#171; Des &#8220;inactives&#8221; tr&#232;s productives. Le travail de subsistance des femmes de classes populaires &#187;, &lt;i&gt;Trac&#233;s&lt;/i&gt;, 32, &lt;a href=&#034;https://doi.org/10.4000/traces.6862&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://doi.org/10.4000/traces.6862&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;DAMAMME Aur&#233;lie &amp; PAPERMAN Patricia, 2009. &#171; &lt;i&gt;Care&lt;/i&gt; domestique : des histoires sans d&#233;but, sans milieu et sans fin &#187;, &lt;i&gt;Multitudes&lt;/i&gt;, 37-38, &lt;a href=&#034;https://doi.org/10.3917/mult.037.0098&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://doi.org/10.3917/mult.037.0098&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;DAQUIN Alice, 2022. &#171; Coalitions de &lt;i&gt;care&lt;/i&gt; en temps de crise sanitaire : une reconqu&#234;te morale et politique des quartiers populaires &#187;, &lt;i&gt;Cahiers du genre&lt;/i&gt;, 72, &lt;a href=&#034;https://doi.org/10.3917/cdge.072.0119&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://doi.org/10.3917/cdge.072.0119&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;DENIS J&#233;r&#244;me &amp; PONTILLE David, 2022. &lt;i&gt;Le soin des choses. Politiques de la maintenance&lt;/i&gt;. Paris, La D&#233;couverte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;DOWLING Emma, 2021. &lt;i&gt;The Crisis of Care&lt;/i&gt;. London, Verso.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;FISHER Berenice &amp; TRONTO Joan, 1991. &#171; Toward a feminist theory of caring &#187;, &lt;i&gt;in&lt;/i&gt; ABEL Emily &amp; NELSON Margaret (eds), &lt;i&gt;Circles of Care. Work and Identity in Women's Lives&lt;/i&gt;, Albany, Suny Press, p 36-54.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;FITZ Angelika &amp; KRASNY Elke, 2019. &#171; Introduction &#187;, &lt;i&gt;in&lt;/i&gt; FITZ Angelika, KRASNY Elke &amp; ARCHITEKTURZENTRUM WIEN (dir.), &lt;i&gt;Critical Care : Architecture and Urbanism for a Broken Planet&lt;/i&gt;, Cambridge, MIT Press, p. 10-22.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;GABAUER Angelika, KNIERBEIN Sabine, COHEN Nir, LEBUHN Henrik, TROGAL Kim, VIDERMAN Tihomir &amp; HAAS Tigran, 2021. &lt;i&gt;Care and the City : Encounters with Urban Studies&lt;/i&gt;. Londres, Routledge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;GATTA Federica, L&#201;ONARDI C&#233;cile, GARCIA Pierre-Olivier, MANOLA Th&#233;a, D'ORAZIO Anne, TALLEC Josselin, TRIBOUT Silv&#232;re &amp; BATAILLE Nicolas, 2023. &#171; De nouvelles formes de partenariat public-priv&#233; ? Un appel &#224; projet innovant &#224; Grenoble &#187;, &lt;i&gt;M&#233;tropolitiques&lt;/i&gt;, &lt;a href=&#034;https://doi.org/10.56698/metropolitiques.1879&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://doi.org/10.56698/metropolitiques.1879&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;GU&#201;RIN Isabelle, 2017. &#171; Du pouvoir, de l'argent et de l'amour ! Les ressorts cach&#233;s de l'&lt;i&gt;empowerment&lt;/i&gt; &#187;, &lt;i&gt;Cahiers du genre,&lt;/i&gt; 63, &lt;a href=&#034;https://doi.org/10.3917/cdge.063.0121&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://doi.org/10.3917/cdge.063.0121&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;HALL Tom &amp; SMITH Robin, 2015. &#171; Care and repair and the politics of urban kindness &#187;&lt;i&gt;, Sociology&lt;/i&gt;, 49 (1), p. 3-18.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;JARRIGEON Anne, 2015. &#171; Sociologie visuelle et droit &#224; l'image. La demande d'anonymat en question &#187;, &lt;i&gt;L'ann&#233;e sociologique&lt;/i&gt;, 65, p. 225-246, &lt;a href=&#034;https://doi.org/10.3917/anso.151.0225&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://doi.org/10.3917/anso.151.0225&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;KRINSKY John &amp; SIMONET Maud, 2012. &#171; D&#233;ni de travail : l'invisibilisation du travail aujourd'hui &#187;, &lt;i&gt;Soci&#233;t&#233;s contemporaines&lt;/i&gt;, 87, p. 5-23, &lt;a href=&#034;https://doi.org/10.3917/soco.087.0005&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://doi.org/10.3917/soco.087.0005&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LAKI Giulietta, 2017. &#171; &#192; quoi tient une enqu&#234;te de terrain ? &#187;, &lt;i&gt;Revue de l'Institut de sociologie,&lt;/i&gt; 87, &lt;a href=&#034;https://doi.org/10.4000/kew8&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://doi.org/10.4000/kew8&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LUSSAULT Michel, 2018. &#171; Porter attention aux espaces de vie anthropoc&#232;nes. Vers une th&#233;orie du &lt;i&gt;spatial care&lt;/i&gt; &#187;, &lt;i&gt;in&lt;/i&gt; BEAU R&#233;mi &amp; LARR&#200;RE Catherine, &lt;i&gt;Penser l'Anthropoc&#232;ne,&lt;/i&gt; Paris, Presses de Sciences Po, p. 199-218, &lt;a href=&#034;https://doi.org/10.3917/scpo.beaur.2018.01.0199&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://doi.org/10.3917/scpo.beaur.2018.01.0199&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;MEYER Micha&#235;l &amp; PAPINOT Christian, 2017. &#171; Le travail des images dans la d&#233;marche de recherche. Analyse r&#233;flexive et compr&#233;hension de l'objet &#187;, &lt;i&gt;Images du travail, travail des images&lt;/i&gt;, 3, &lt;a href=&#034;https://doi.org/10.4000/itti.1053&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://doi.org/10.4000/itti.1053&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PAPERMAN Patricia, 2011. &#171; Les gens vuln&#233;rables n'ont rien d'exceptionnel &#187;, &lt;i&gt;in&lt;/i&gt; LAUGIER Sandra &amp; PAPERMAN Patricia (dir.), &lt;i&gt;Le souci des autres. &#201;thique et politique du &lt;/i&gt;care&lt;i&gt;,&lt;/i&gt; Paris, &#201;ditions de l'EHESS, p. 312-338.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;POWER Andrew &amp; HALL Edward, 2018. &#171; Placing care in times of austerity &#187;, &lt;i&gt;Social &amp; Cultural Geography&lt;/i&gt; 19 (3), p. 303-313.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SIMONET Maud, 2024. &lt;i&gt;L'imposture du travail. D&#233;sandrocentrer le travail pour l'&#233;manciper.&lt;/i&gt; Paris, &#201;ditions 10/18.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;TRAILL Helen, ANDERSON Stephanie, SHAW Deirdre, CUMBERS Andrew &amp; McMASTER Robert, 2024. &#171; Caring at the edges : Infrastructures of care and repair in urban deprivation &#187;, &lt;i&gt;Society and Space&lt;/i&gt;, 42 (2), &lt;a href=&#034;https://doi.org/10.1177/02637758241231106&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://doi.org/10.1177/02637758241231106&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;THIEME Tatiana, 2021. &#171; Beyond repair : staying with breakdown at the interstices &#187;, &lt;i&gt;Society and Space&lt;/i&gt;, 39 (6), p. 1092-1110.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>D&#233;placer le regard, une &#233;thique de l'attention. Retour sur la recherche-cr&#233;ation Nos gestes, nos soins</title>
		<link>https://www.ethnographiques.org/2025/Begue_Benattar_Toth_Halloy</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.ethnographiques.org/2025/Begue_Benattar_Toth_Halloy</guid>
		<dc:date>2026-02-18T09:04:51Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>B&#233;gu&#233;_Pauline, Benattar_Yohana, Halloy_Arnaud, T&#243;th_Hanga</dc:creator>


		<dc:subject>ArticleNumero</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;L'article propose un retour analytique sur le projet &lt;i&gt;Nos gestes, nos soins&lt;/i&gt;, une recherche-cr&#233;ation men&#233;e par un collectif r&#233;unissant patients et patientes, artistes, chercheurs et chercheuses et soignants et soignantes autour des gestes d'autosoins li&#233;s &#224; la maladie chronique ou au handicap. Initialement con&#231;u pour rendre visibles des savoirs exp&#233;rientiels souvent invisibilis&#233;s, le projet s'est d&#233;plac&#233; vers une approche relationnelle du soin, o&#249; le soin devient une modalit&#233; du travail collectif lui-m&#234;me.&lt;br class='autobr' /&gt;
Chercher &#224; montrer ces gestes fait surgir une s&#233;rie de risques : esth&#233;tisation, d&#233;contextualisation, trahison du v&#233;cu. C'est depuis cette tension que le dispositif s'est construit, mobilisant la danse et le cin&#233;ma documentaire comme m&#233;diums, et la co-pr&#233;sence r&#233;flexive comme modalit&#233; de recherche, pour mettre en &#339;uvre une &#233;thique de l'attention incarn&#233;e. Loin de figer le soin en objet de savoir, le projet a ouvert un espace de perception partag&#233;e, questionnant le regard analytique et explorant la possibilit&#233; d'un soin par &#8211; et dans&#8211; le geste film&#233;. Le soin n'y est plus ce que l'on montre, mais ce que l'on tisse ensemble, en pr&#234;tant attention aux autres et &#224; soi-m&#234;me autrement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;mots-cl&#233;s&lt;/strong&gt; : savoirs exp&#233;rientiels, autosoins, danse, &#233;thique de l'attention, care, recherche-cr&#233;ation, films documentaires, comportement d'aide&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.ethnographiques.org/2025/numero-49/" rel="directory"&gt;Num&#233;ro 49 - d&#233;cembre 2025 Regarder le soin, soigner le regard : vers une anthropologie r&#233;flexive du care&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.ethnographiques.org/ArticleNumero" rel="tag"&gt;ArticleNumero&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;Our Gestures, Our Care : Shifting Perspectives, an Ethics of Attention&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
This article offers an analytical reflection on the project &lt;i&gt;Nos gestes, nos soins&lt;/i&gt;, a hybrid project bringing together research and artistic creation, developed by a collective of patients, artists, scholars and healthcare practitioners and centered on self-care practices associated with chronic illness and disability. Initially conceived as a means to make visible experiential forms of knowledge that are often obscured or overlooked, the project gradually shifted toward a relational approach to care, in which care became a modality of the collective work itself.&lt;br class='autobr' /&gt;
The attempt to make these gestures visible posed a series of risks : of aestheticization, decontextualization, betrayal of lived experience. It was from this tension that the methodological framework emerged, intertwining dance and documentary filmmaking as mediums and relying on reflexive co-presence as a mode of inquiry, to cultivate an embodied ethics of attention. Mindful of the limits of objectifying care as an object of knowledge, the project opened a space of shared perception, questioning the analytical gaze and exploring the possibility of care through &#8212;and within&#8212; the filmed gesture. Here, care is no longer what is shown, but what is woven together, by attending differently to others and to oneself.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;keywords :&lt;/strong&gt; experiential knowledge, self-care, dance, ethics of attention, care, creative arts enquiry, documentary cinema &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Avec la collaboration de Simon Le Borgne, Rachel Paul, H&#233;lo&#239;se Jocqueviel, Natacha Mendjisky, Jean-Michel Benattar, St&#233;phanie Faur&#233;, Luigi Flora, Jesse O'Scanlan, Marielle Ravot&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;a id=&#034;prologue-0&#034; name=&#034;prologue-0&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;a id=&#034;a1&#034; name=&#034;a1&#034;&gt;&lt;/a&gt;Introduction. Une recherche-cr&#233;ation en mouvement&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Le projet &lt;i&gt;Nos gestes, nos soins&lt;/i&gt; est n&#233; d'un d&#233;sir fort : rendre visibles les gestes d'autosoins accomplis quotidiennement dans l'intimit&#233; par des personnes vivant avec une maladie chronique ou un handicap. Ces autosoins forment le c&#339;ur invisible du soin m&#233;dical. La plupart s'effectuent hors des institutions, dans la sph&#232;re domestique, au sein de r&#233;seaux d'autonomie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous utilisons le terme &#8220;autonomie&#8221; dans le sens d'une autonomie (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; (Tronto &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;TRONTO Joan C., 2009. &lt;i&gt;Un monde vuln&#233;rable : pour une politique du care&lt;/i&gt;, traduit de l'anglais par Fr&#233;d&#233;ric Joly. Paris, La D&#233;couverte. (1993. &lt;i&gt;Moral Boundaries : A Political Argument for an Ethic of Care&lt;/i&gt;).&#034;&gt;2009&lt;/a&gt; ; Coulter &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;COULTER Angela, 2011. &lt;i&gt;Engaging Patients in Healthcare&lt;/i&gt;. Berkshire, Open University Press.&#034;&gt;2011&lt;/a&gt;). &#192; la fois n&#233;cessaires et porteurs de savoir-faire, ces gestes restent peu reconnus et encore n&#233;glig&#233;s par les institutions de sant&#233;. Leur quantification &#233;chappe aux statistiques publiques ; leur qualification reste enferm&#233;e dans des discours m&#233;dicaux normatifs, au d&#233;triment de la dimension v&#233;cue, relationnelle et singuli&#232;re de ces gestes (Faure &lt;i&gt;et al&lt;/i&gt;. &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;FAURE Sylvane, HALLOY Arnaud, KARCHER Brigitte, FLORA Luigi, COLAZZO Graziella, BARBAROUX, Adriaan, BALEZ &#201;ric &amp; BONARDI Christine (dir.), 2020. &#171; Polyphonies sur les enjeux du partenariat patient au temps du Covid-19 &#187;, &lt;i&gt;Revue de Neuropsychologie&lt;/i&gt;, 12 (2), p. 232-237, https://doi.org/10.1684/nrp.2020.0580.&#034;&gt;2020&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la suite de Joan Tronto (&lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;TRONTO Joan C., 2009. &lt;i&gt;Un monde vuln&#233;rable : pour une politique du care&lt;/i&gt;, traduit de l'anglais par Fr&#233;d&#233;ric Joly. Paris, La D&#233;couverte. (1993. &lt;i&gt;Moral Boundaries : A Political Argument for an Ethic of Care&lt;/i&gt;).&#034;&gt;2009&lt;/a&gt;) et de Sandra Laugier (&lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;LAUGIER Sandra, 2006. &#171; Care et perception, l'&#233;thique comme attention au particulier &#187;, in PAPERMAN Patricia &amp; LAUGIER Sandra, &lt;i&gt;Le souci des autres, &#233;thique et politique du care&lt;/i&gt;, Paris, &#201;ditions de l'EHESS, (Raisons Pratiques).&#034;&gt;2006&lt;/a&gt;), nous comprenons ces gestes comme relevant du travail du &lt;i&gt;care &lt;/i&gt; : ce tissu d'activit&#233;s ordinaires qui permet de vivre avec la fragilit&#233;, de maintenir la continuit&#233; du quotidien, de rendre le monde habitable. Les autosoins sont rarement &#233;tudi&#233;s comme pratiques incarn&#233;es porteuses de savoirs situ&#233;s, car ils d&#233;jouent les mod&#232;les dominants de rationalit&#233; clinique fond&#233;s sur l'objectivation du corps, la standardisation des traitements et la s&#233;paration stricte entre la personne soignante et la personne soign&#233;e. Souvent per&#231;us comme de simples automatismes, ils t&#233;moignent pourtant de la mani&#232;re dont chacun&#183;e compose avec son corps, son environnement, les normes m&#233;dicales et les contraintes du quotidien. Ces gestes parlent d'adaptation, d'invention, de pers&#233;v&#233;rance (Mol &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;MOL Anne-Marie, 2009. &lt;i&gt;Ce que soigner veut dire. Repenser le libre choix du patient&lt;/i&gt;. Paris, Presses des Mines.&#034;&gt;2009&lt;/a&gt;). Le soin ne s'y r&#233;duit pas &#224; un acte m&#233;dical ou technique, mais se d&#233;ploie dans l'attention, la r&#233;p&#233;tition, le d&#233;tail. En nous inscrivant dans les &#233;thiques du &lt;i&gt;care&lt;/i&gt;, nous nous orientons vers une exploration des pratiques de soin dans l'immanence de la vie ordinaire (Laugier &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;LAUGIER Sandra, 2006. &#171; Care et perception, l'&#233;thique comme attention au particulier &#187;, in PAPERMAN Patricia &amp; LAUGIER Sandra, &lt;i&gt;Le souci des autres, &#233;thique et politique du care&lt;/i&gt;, Paris, &#201;ditions de l'EHESS, (Raisons Pratiques).&#034;&gt;2006&lt;/a&gt;). Il s'agit de faire entendre ces &#171; voix diff&#233;rentes &#187; (Gilligan &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;GILLIGAN Carol, 1986. &lt;i&gt;Une voix diff&#233;rente. Pour une &#233;thique du &lt;/i&gt;care. Paris, Flammarion.&#034;&gt;1986&lt;/a&gt;), en les ouvrant &#224; d'autres langages que le m&#233;dical et le pathologique &#8211; sans effacer les contextes qui les rendent n&#233;cessaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment rendre visibles et partageables les gestes d'autosoins et les savoirs exp&#233;rientiels&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les savoirs exp&#233;rientiels en sant&#233; d&#233;signent les savoirs des patient&#183;es (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; qu'ils portent ? Comment les faire appara&#238;tre comme des soins &#224; part enti&#232;re, empreints de subjectivit&#233; et de cr&#233;ativit&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En septembre 2021, trois artistes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Hanga T&#243;th, Yohana Benattar et Simon Le Borgne.&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, en collaboration avec le Centre d'innovation du partenariat avec les patients et le public (CI3P)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le CI3P est une entit&#233; du D&#233;partement d'enseignement et de recherche de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, ont constitu&#233; &#224; Nice un collectif pour r&#233;fl&#233;chir &#224; ces questions de mani&#232;re transdisciplinaire. Le groupe s'est progressivement agrandi, accueillant, personnes vivant avec une maladie ou un handicap, chercheur&#183;euses en sciences sociales, artistes, patient&#183;es-chercheur&#183;euses et soignant&#183;es&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pauline B&#233;gu&#233;, Marielle Ravot-Carayol, Natacha Mendjisky, Arnaud Halloy, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'intention initiale &#233;tait double : reconna&#238;tre les gestes d'autosoins comme des pratiques de connaissance (Pols &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;POLS Jeannette, 2013. &#8220;Knowing patients : Turning Patient Knowledge into Science, &lt;i&gt;Science, Technology &amp; Human Values&lt;/i&gt;, 39 (1), p. 73-97, https://doi.org/10.1177/0162243913504306.&#034;&gt;2013&lt;/a&gt;) &#8211; savoir-faire, savoir-sentir, savoir-vivre avec &#8211; et exp&#233;rimenter des mani&#232;res de les rendre visibles &#224; travers diff&#233;rentes disciplines artistiques, sans les figer, ni les abstraire du corps ou de leur contexte. Face &#224; la difficult&#233; de repr&#233;senter ces soins dans toute leur complexit&#233; (intimit&#233;, temporalit&#233;, dimension relationnelle), le collectif a choisi la recherche-cr&#233;ation comme cadre m&#233;thodologique, non comme simple outil artistique, mais comme dispositif situ&#233;, propice &#224; l'inattendu et au dialogue entre savoirs h&#233;t&#233;rog&#232;nes.&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;L'objectif &#233;tait de croiser approches acad&#233;miques, exp&#233;rience v&#233;cue et pratiques sensibles, pour ouvrir un autre espace de production de savoirs. Pour reprendre les mots d'Erin Manning (&lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;MANNING Erin, 2019. &lt;i&gt;Le geste mineur&lt;/i&gt;, traduit de l'anglais par Aline Wiame. Dijon, Les Presses du r&#233;el. (2016. &lt;i&gt;The minor gesture&lt;/i&gt;).&#034;&gt;2019&lt;/a&gt;), philosophe et danseuse, la recherche-cr&#233;ation devient signifiante lorsqu'elle rend possible de nouveaux processus, d&#233;tourn&#233;s des m&#233;thodes disciplinaires existantes. Pour le collectif, la recherche-cr&#233;ation est une pratique mouvante et relationnelle ; elle s'enracine dans l'&#233;coute, l'expression des affects et des d&#233;placements &#233;pist&#233;mologiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux hypoth&#232;ses ont orient&#233; notre d&#233;marche. Premi&#232;rement, la cr&#233;ation d'un collectif transdisciplinaire s'est impos&#233;e pour appr&#233;hender la complexit&#233; des pratiques d'autosoins. En pluralisant les perspectives, le collectif devient un espace d'exp&#233;rimentations &#8211; par exemple, lors d'ateliers o&#249; un geste de soin est explor&#233; en silence, puis racont&#233;, dans&#233;, film&#233;, discut&#233;. Ces gestes, bien que situ&#233;s dans l'intime, sont travers&#233;s de repr&#233;sentations sociales. Ensemble, dans la confrontation de nos r&#233;cits et cadres de r&#233;f&#233;rence, nous apprenons &#224; d&#233;centrer nos mani&#232;res de voir et d'interroger les conditions m&#234;mes d'&#233;mergence du soin. Deuxi&#232;mement, les savoirs exp&#233;rientiels en sant&#233; peuvent &#234;tre transpos&#233;s et rendus partageables gr&#226;ce aux arts du mouvement &#8211; ici la danse contemporaine et le cin&#233;ma documentaire. Ces formes artistiques permettent d'aborder le soin comme une pratique vivante &#224; la fois technique et relationnelle. En faisant passer ces gestes d'un mode d'expression &#224; un autre, elles en font &#233;prouver la densit&#233;. Elles ouvrent des espaces d'interpr&#233;tation o&#249; les exp&#233;riences v&#233;cues circulent. Cette recherche-cr&#233;ation s'est ainsi construite comme un processus fond&#233; sur le mouvement. Ce qui a &#233;t&#233; envisag&#233; comme un dispositif de mise en forme des savoirs exp&#233;rientiels en sant&#233; s'est mu&#233; en une exp&#233;rimentation des th&#233;ories du &lt;i&gt;care&lt;/i&gt; comme m&#233;thodes de travail collectif : reconfiguration des r&#244;les (patient&#183;e, artiste, chercheur&#183;euse), hybridations de m&#233;dium (entretien, performance, vid&#233;o), glissement des finalit&#233;s (repr&#233;senter, cocr&#233;er, transformer). Peu &#224; peu, nous avons vu &#233;merger un sujet en mouvement, port&#233; par le collectif, ajust&#233; par la parole, le regard et la pr&#233;sence des autres. Comme l'a formul&#233; St&#233;phanie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;St&#233;phanie Faur&#233;, patiente-chercheuse vivant avec une paralysie c&#233;r&#233;brale, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#224; propos du mouvement int&#233;rieur suscit&#233; par le processus collectif : &#171; Je ne sais plus tr&#232;s bien o&#249; je suis dans ce projet, mais je sais que je ne suis plus tout &#224; fait la m&#234;me &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'&#233;criture de cet article, une question m&#233;thodologique s'est alors pos&#233;e : comment raconter collectivement une exp&#233;rience aussi fluide, instable, relationnelle ? Comment restituer un cheminement sans l'enfermer dans une forme fig&#233;e ? Nous avons choisi de documenter la recherche-cr&#233;ation &lt;i&gt;Nos gestes, nos soins &lt;/i&gt;&#224; partir de moments marquants. Nous avons invit&#233; chaque participant&#183;e &#224; &#233;crire librement un &#233;pisode, un geste, une sc&#232;ne qui a d&#233;plac&#233; son regard. Ces fragments de texte ont &#233;t&#233; partag&#233;s, discut&#233;s ensemble, puis tiss&#233;s dans le corps du texte. Cette &#233;criture collective a donn&#233; forme &#224; une m&#233;moire partag&#233;e, plurielle et situ&#233;e. Parall&#232;lement, nous avons r&#233;fl&#233;chi &#224; l'int&#233;gration d'extraits vid&#233;o comme des mat&#233;riaux de pens&#233;e &#224; part enti&#232;re et non comme des illustrations. Ces images rendent visibles ce que les mots peinent &#224; saisir. Elles donnent &#224; sentir ce que nous appelons la texture du soin &#8211; qualit&#233; de pr&#233;sence, tonalit&#233; du geste, rythme d'un &#233;change, mani&#232;re de se tenir, de toucher ou de se taire &#8211; qui &#233;chappe souvent &#224; l'analyse conceptuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce texte explore comment un dispositif de recherche-cr&#233;ation peut, en lui-m&#234;me, faire soin, en modifiant nos cadres de perception et de production du savoir. La premi&#232;re partie reviendra sur les enjeux &#233;thiques et m&#233;thodologiques li&#233;s &#224; la repr&#233;sentation des gestes d'autosoins, en retra&#231;ant les &#233;tapes du dispositif exploratoire. La seconde partie mettra en lumi&#232;re un glissement de focale : d'une approche centr&#233;e sur les savoirs exp&#233;rientiels vers une attention &#224; la texture du soin et &#224; la mani&#232;re dont il se donne &#224; voir et &#224; ressentir. La troisi&#232;me partie interrogera la possibilit&#233; de faire soin avec&lt;i&gt; &lt;/i&gt;la recherche-cr&#233;ation, en s'appuyant sur la philosophie du &lt;i&gt;care&lt;/i&gt;, en particulier l'&#233;thique de l'attention. La conclusion ouvrira enfin une r&#233;flexion &#233;pist&#233;mologique et politique sur ce que ces exp&#233;rimentations artistiques et relationnelles font au regard analytique lui-m&#234;me. Nous sugg&#233;rons qu'elles transforment notre mani&#232;re de voir et, ce faisant, renouvellent nos mani&#232;res de conna&#238;tre. Comme l'a exprim&#233; Marielle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Marielle Ravot est consultante, charg&#233;e de mission en direction et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : &#171; Ces gestes, je les fais tous les jours, mais je ne les avais jamais regard&#233;s. &#187;.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;a id=&#034;pourquoi-metaphore-cinematographique-1&#034; name=&#034;pourquoi-metaphore-cinematographique-1&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;a id=&#034;a2&#034; name=&#034;a2&#034;&gt;&lt;/a&gt;Repr&#233;senter le soin, un enjeu &#233;thique et m&#233;thodologique&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Le projet &lt;i&gt;Nos gestes, nos soins&lt;/i&gt; s'est d&#233;ploy&#233; &#224; travers une succession d'&#233;v&#233;nements de cr&#233;ation, con&#231;us comme des espaces-temps d'exp&#233;rimentation singuliers. Erin Manning et Brian Massumi (&lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;MANNING Erin &amp; MASSUMI Brian, 2018. &lt;i&gt;Pens&#233;e en acte. Vingt propositions pour la recherche-cr&#233;ation&lt;/i&gt;. Paris, ArTeC ; Dijon, Les Presses du r&#233;el.&#034;&gt;2018&lt;/a&gt;) d&#233;finissent l'&#233;v&#233;nement de cr&#233;ation comme un moment o&#249; s'&#233;labore collectivement une pens&#233;e en acte. Dans cette perspective, chaque &#233;v&#233;nement cherche moins &#224; produire un objet qu'&#224; faire advenir un processus : une mani&#232;re de penser avec les autres dans un contexte donn&#233;. Cette m&#233;thodologie fond&#233;e sur l'&#233;v&#233;nement vise &#224; multiplier les repr&#233;sentations du soin. Les formes cr&#233;&#233;es (entretiens, vid&#233;os, performances, ateliers) ne sont pas con&#231;ues comme des aboutissements, mais comme des d&#233;clencheurs de nouveaux gestes et de nouvelles interpr&#233;tations. Les &#233;v&#233;nements ont pris des formes vari&#233;es selon les lieux, les personnes impliqu&#233;es et les conditions de travail (voir tableau ci-dessous). De l'intimit&#233; du foyer au plateau de danse, de l'h&#244;pital au centre d'art contemporain, de la table de montage &#224; l'universit&#233; de m&#233;decine, chaque mouvement dans l'espace a op&#233;r&#233; un d&#233;placement de regard. C'est dans ces interstices qu'a pu s'&#233;laborer un vocabulaire commun, sensible et transdisciplinaire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir le site https://etrangeresproductions.com/nos-gestes-nos-soins pour en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#201;v&#233;nements de cr&#233;ation de &lt;i&gt;Nos gestes, nos soins&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;table class=&#034;table spip&#034;&gt;
&lt;thead&gt;&lt;tr class='row_first'&gt;&lt;th id='ide4ab_c0'&gt;Date&lt;/th&gt;&lt;th id='ide4ab_c1'&gt;Type d'&#233;v&#233;nement de cr&#233;ation&lt;/th&gt;&lt;/tr&gt;&lt;/thead&gt;
&lt;tbody&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td headers='ide4ab_c0'&gt;&lt;strong&gt;Premi&#232;re it&#233;ration &lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;
&lt;td headers='ide4ab_c1'&gt;&lt;strong&gt;Comment repr&#233;senter les savoirs exp&#233;rientiels en sant&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_even even'&gt;
&lt;td headers='ide4ab_c0'&gt;Septembre 2021&lt;/td&gt;
&lt;td headers='ide4ab_c1'&gt;Tournages documentaires sur les gestes d'autosoins&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td headers='ide4ab_c0'&gt;Novembre 2021&lt;/td&gt;
&lt;td headers='ide4ab_c1'&gt;Montage de 3 courts m&#233;trages documentaires&lt;br class='autobr' /&gt;
Improvisation en danse &#224; partir des vid&#233;os&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_even even'&gt;
&lt;td headers='ide4ab_c0'&gt;D&#233;cembre 2021&lt;/td&gt;
&lt;td headers='ide4ab_c1'&gt;Analyse collective d'extraits film&#233;s et dans&#233;s&lt;br class='autobr' /&gt;
Rencontre en ligne de l'&#233;quipe artistique et du comit&#233; scientifique&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td headers='ide4ab_c0'&gt;Mars 2022&lt;/td&gt;
&lt;td headers='ide4ab_c1'&gt;Rencontre de 2 jours &#224; la Villa Arson de l'&#233;quipe artistique et du comit&#233; scientifique&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;Premi&#232;re performance documentaire&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_even even'&gt;
&lt;td headers='ide4ab_c0'&gt;&lt;strong&gt;Deuxi&#232;me it&#233;ration &lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;
&lt;td headers='ide4ab_c1'&gt;&lt;strong&gt;Que fait l'&#233;thique de l'attention au dispositif de recherche-cr&#233;ation ?&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td headers='ide4ab_c0'&gt;&#201;t&#233; 2022&lt;/td&gt;
&lt;td headers='ide4ab_c1'&gt;Rachel rejoint le collectif&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;R&#233;sidence de cr&#233;ation chor&#233;graphique &#224; la M&#233;nagerie de Verre&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_even even'&gt;
&lt;td headers='ide4ab_c0'&gt;Novembre 2022&lt;/td&gt;
&lt;td headers='ide4ab_c1'&gt;Seconde performance documentaire &#224; la Villa Arson &lt;br class='autobr' /&gt;
2 ateliers ouverts au public&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td headers='ide4ab_c0'&gt;D&#233;cembre 2022&lt;/td&gt;
&lt;td headers='ide4ab_c1'&gt;H&#233;lo&#239;se rejoint le collectif&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;R&#233;sidence de cr&#233;ation chor&#233;graphique &#224; la M&#233;nagerie de Verre&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_even even'&gt;
&lt;td headers='ide4ab_c0'&gt;Avril 2023&lt;/td&gt;
&lt;td headers='ide4ab_c1'&gt;&#171; Discussions en mouvement &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
R&#233;sidence de cr&#233;ation chor&#233;graphique &#224; la Maison des arts de Malakoff&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td headers='ide4ab_c0'&gt;Novembre 2023&lt;/td&gt;
&lt;td headers='ide4ab_c1'&gt;Performance &#171; Tournage ouvert &#187; &#224; la Villa Arson&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_even even'&gt;
&lt;td headers='ide4ab_c0'&gt;Juin 2024&lt;/td&gt;
&lt;td headers='ide4ab_c1'&gt;&#201;criture collective des &#171; Moments marquants &#187;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/tbody&gt;
&lt;/table&gt;
&lt;p&gt;Ces moments n'ont pas seulement structur&#233; l'agenda du projet, ils ont constitu&#233; des points de bascule o&#249; se sont r&#233;v&#233;l&#233;es les tensions li&#233;es &#224; la repr&#233;sentation des gestes d'autosoins. D&#232;s que l'on cherche &#224; les montrer, une s&#233;rie de risques surgit. Le choix d'une d&#233;marche fond&#233;e sur des &#233;v&#233;nements successifs et it&#233;ratifs permettait de ne pas r&#233;soudre ces tensions mais de les habiter : le collectif a ajust&#233; le cadre au fil de ce qui surgissait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re it&#233;ration du projet (septembre 2021 - mars 2022) a ouvert le travail par une exploration des gestes d'autosoins &#224; domicile, que l'on peut retracer en quatre &#233;tapes :&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;a id=&#034;une-consideration-autre-2&#034; name=&#034;une-consideration-autre-2&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;a id=&#034;a2.1&#034; name=&#034;a2.1&#034;&gt;&lt;/a&gt;&#201;tape 1 : tournages documentaires&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Les tournages ont lieu au domicile des trois participantes (Marielle, Natacha, St&#233;phanie) qui choisissent de montrer les gestes d'autosoins ancr&#233;s dans leur quotidien. Pour Marielle, vivre avec un diab&#232;te de type 1 implique le maniement d'une pompe &#224; insuline : gestes pr&#233;cis, r&#233;p&#233;t&#233;s plusieurs fois par jour et v&#233;rifications constantes pour &#233;viter les &#171; descentes dans l'hypo[glyc&#233;mie] &#187; pouvant mener &#224; la perte de connaissance et au coma. Natacha&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Natacha Mendjisky, r&#233;f&#233;rente de la d&#233;l&#233;gation ni&#231;oise de l'association &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; montre ses routines de bandage pour stabiliser le lymph&#339;d&#232;me apparu sur l'une de ses jambes &#224; la suite d'un cancer. Elle veille quotidiennement &#224; la texture de sa peau pour ne pas qu'elle durcisse, aux zones de gonflement de sa jambe : &#171; Le but, c'est qu'il ne grossisse pas. Il y a des jours o&#249; c'est tr&#232;s gonfl&#233;, d'autres o&#249; &#231;a l'est un peu moins. J'ai l'impression que je n'ai jamais la jambe pareille &#187;. St&#233;phanie, elle, vit avec une paralysie c&#233;r&#233;brale, &#171; un handicap d&#251; &#224; des l&#233;sions neurologiques survenues &#224; la naissance &#187;. Pour elle, &#171; ce handicap n'est pas une maladie. La maladie que j'ai c'est le fait que mes muscles s'ab&#238;ment plus que les muscles de quelqu'un qui n'a pas eu cette l&#233;sion &#187;.&lt;i&gt; &lt;/i&gt;St&#233;phanie distingue la vie avec une maladie chronique de celle avec un handicap : c'est moins la l&#233;sion neurologique que la maladie musculaire qui rythme son quotidien. Elle pr&#233;sente ainsi ses exercices d'&#233;tirement et de renforcement musculaire &#8211; des gestes rigoureux et minutieux qui scandent ses matin&#233;es. Nous cherchons &#224; rendre sensibles ce qui importe pour chacune : ces gestes intimes, tenus &#224; l'&#233;cart du regard public, constitutifs des soins qu'elles se prodiguent jour apr&#232;s jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette &#233;tape exploratoire, la cam&#233;ra est pens&#233;e comme un objet interm&#233;diaire &#8211; un passeur d'images &#8211; entre la personne qui pratique ce geste et un danseur. En filmant les gestes d'autosoins, la cam&#233;ra op&#232;re une premi&#232;re transposition vers le mouvement chor&#233;graphique. Elle devient l'&#339;il du danseur, attentive &#224; la texture du geste, &#224; son rythme, &#224; son souffle. Les images sont film&#233;es en plans longs et fixes, sans coupe ni commentaire pour laisser au geste le temps de se d&#233;ployer. La filmeuse (Yohana ou Hanga) se tient &#224; un ou deux m&#232;tres de la personne film&#233;e. Les plans, assez larges, laissent voir le contexte dans lequel s'inscrivent les gestes d'autosoins. Le m&#234;me jour, Yohana et Hanga m&#232;nent des entretiens d'une &#224; deux heures, orient&#233;s par un guide d'entretien pr&#233;&#233;tabli.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;a id=&#034;hannah-remonte-rue-comment-decrire-3&#034; name=&#034;hannah-remonte-rue-comment-decrire-3&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;a id=&#034;a2.2&#034; name=&#034;a2.2&#034;&gt;&lt;/a&gt;&#201;tape 2 : montage cin&#233;matographique&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Les s&#233;quences film&#233;es sont ensuite travaill&#233;es au montage dans le respect d'une &#233;cologie gestuelle : lenteurs, reprises, h&#233;sitations, textures sonores du quotidien. Chaque montage restitue le rythme propre &#224; la personne film&#233;e et la temporalit&#233; singuli&#232;re de ses gestes d'autosoins. D'une dur&#233;e de 15 &#224; 25 minutes, ces films ne sont pas destin&#233;s au public mais con&#231;us comme mat&#233;riaux de travail pour le danseur, Simon.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip_document_15772 spip_document spip_documents spip_document_video spip_document_avec_legende&#034; data-legende-len=&#034;172&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;div class=&#034;video-intrinsic-wrapper&#034; style='height:0;width:1920px;max-width:100%;padding-bottom:56.25%;position:relative;'&gt; &lt;div class=&#034;video-wrapper&#034; style=&#034;position: absolute;top:0;left:0;width:100%;height:100%;&#034;&gt; &lt;video class=&#034;mejs mejs-15772&#034; data-id=&#034;9e3191f2b0d7595d6f0f065ef6e507e8&#034; data-mejsoptions='{&#034;iconSprite&#034;: &#034;plugins-dist/dist/core/medias/lib/mejs/mejs-controls.svg&#034;,&#034;alwaysShowControls&#034;: true,&#034;pluginPath&#034;:&#034;plugins-dist/dist/core/medias/lib/mejs/&#034;,&#034;loop&#034;:false,&#034;videoWidth&#034;:&#034;100%&#034;,&#034;videoHeight&#034;:&#034;100%&#034;}' width=&#034;100%&#034; height=&#034;100%&#034; poster=&#034;local/cache-vignettes/L1000xH529/capture_d_e_cran_2026-01-26_a_10.39_37-18541.png?1769420508&#034; controls=&#034;controls&#034; preload=&#034;none&#034; &gt; &lt;source type=&#034;video/mp4&#034; src=&#034;IMG/mp4/video_1.mp4&#034; /&gt; &lt;img src='https://www.ethnographiques.org/local/cache-vignettes/L500xH265/capture_d_e_cran_2026-01-26_a_10.39_37-18541-6f189.png?1771405656' width='500' height='265' alt='Impossible de lire la video' /&gt; &lt;/video&gt; &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre crayon document-titre-15772 '&gt;&lt;strong&gt;Vid&#233;o 1. Exercices de St&#233;phanie puis rencontre entre St&#233;phanie et Simon
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif crayon document-descriptif-15772 '&gt;&lt;a href=&#034;https://vimeo.com/1082507675&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://vimeo.com/1082507675&lt;/a&gt;
&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_credits crayon document-credits-15772 '&gt;&#169;&#233;trang&#232;res, 2024
&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_lien_source'&gt;&lt;a name=&#034;doc-15772&#034; id=&#034;doc-15772&#034; href=&#034;https://www.ethnographiques.org/IMG/mp4/video_1.mp4&#034;&gt;https://www.ethnographiques.org/IMG/mp4/video_1.mp4&lt;/a&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;div class=&#034;base64javascript20484682976a08abf461e3a4.44941472&#034; title=&#034;PHNjcmlwdD4gdmFyIG1lanNwYXRoPSdwbHVnaW5zLWRpc3QvZGlzdC9jb3JlL21lZGlhcy9saWIvbWVqcy9tZWRpYWVsZW1lbnQtYW5kLXBsYXllci5taW4uanM/MTc3MzEyNjA1NScsbWVqc2Nzcz0ncGx1Z2lucy1kaXN0L2Rpc3QvY29yZS9tZWRpYXMvbGliL21lanMvbWVkaWFlbGVtZW50cGxheWVyLm1pbi5jc3M/MTc3MzEyNjA1NSc7CnZhciBtZWpzbG9hZGVyOwooZnVuY3Rpb24oKXt2YXIgYT1tZWpzbG9hZGVyOyJ1bmRlZmluZWQiPT10eXBlb2YgYSYmKG1lanNsb2FkZXI9YT17Z3M6bnVsbCxwbHVnOnt9LGNzczp7fSxpbml0Om51bGwsYzowLGNzc2xvYWQ6bnVsbH0pO2EuaW5pdHx8KGEuY3NzbG9hZD1mdW5jdGlvbihjKXtpZigidW5kZWZpbmVkIj09dHlwZW9mIGEuY3NzW2NdKXthLmNzc1tjXT0hMDt2YXIgYj1kb2N1bWVudC5jcmVhdGVFbGVtZW50KCJsaW5rIik7Yi5ocmVmPWM7Yi5yZWw9InN0eWxlc2hlZXQiO2IudHlwZT0idGV4dC9jc3MiO2RvY3VtZW50LmdldEVsZW1lbnRzQnlUYWdOYW1lKCJoZWFkIilbMF0uYXBwZW5kQ2hpbGQoYil9fSxhLmluaXQ9ZnVuY3Rpb24oKXshMD09PWEuZ3MmJmZ1bmN0aW9uKGMpe2pRdWVyeSgiYXVkaW8ubWVqcyx2aWRlby5tZWpzIikubm90KCIuZG9uZSwubWVqc19fcGxheWVyIikuZWFjaChmdW5jdGlvbigpe2Z1bmN0aW9uIGIoKXt2YXIgZT0hMCxoO2ZvcihoIGluIGQuY3NzKWEuY3NzbG9hZChkLmNzc1toXSk7Zm9yKHZhciBmIGluIGQucGx1Z2lucykidW5kZWZpbmVkIj09CnR5cGVvZiBhLnBsdWdbZl0/KGU9ITEsYS5wbHVnW2ZdPSExLGpRdWVyeS5nZXRTY3JpcHQoZC5wbHVnaW5zW2ZdLGZ1bmN0aW9uKCl7YS5wbHVnW2ZdPSEwO2IoKX0pKTowPT1hLnBsdWdbZl0mJihlPSExKTtlJiZqUXVlcnkoIiMiK2MpLm1lZGlhZWxlbWVudHBsYXllcihqUXVlcnkuZXh0ZW5kKGQub3B0aW9ucyx7c3VjY2VzczpmdW5jdGlvbihhLGMpe2Z1bmN0aW9uIGIoKXt2YXIgYj1qUXVlcnkoYSkuY2xvc2VzdCgiLm1lanNfX2lubmVyIik7YS5wYXVzZWQ/KGIuYWRkQ2xhc3MoInBhdXNpbmciKSxzZXRUaW1lb3V0KGZ1bmN0aW9uKCl7Yi5maWx0ZXIoIi5wYXVzaW5nIikucmVtb3ZlQ2xhc3MoInBsYXlpbmciKS5yZW1vdmVDbGFzcygicGF1c2luZyIpLmFkZENsYXNzKCJwYXVzZWQiKX0sMTAwKSk6Yi5yZW1vdmVDbGFzcygicGF1c2VkIikucmVtb3ZlQ2xhc3MoInBhdXNpbmciKS5hZGRDbGFzcygicGxheWluZyIpfWIoKTthLmFkZEV2ZW50TGlzdGVuZXIoInBsYXkiLGIsITEpOwphLmFkZEV2ZW50TGlzdGVuZXIoInBsYXlpbmciLGIsITEpO2EuYWRkRXZlbnRMaXN0ZW5lcigicGF1c2UiLGIsITEpO2EuYWRkRXZlbnRMaXN0ZW5lcigicGF1c2VkIixiLCExKTtnLmF0dHIoImF1dG9wbGF5IikmJmEucGxheSgpfX0pKX12YXIgZz1qUXVlcnkodGhpcykuYWRkQ2xhc3MoImRvbmUiKSxjOyhjPWcuYXR0cigiaWQiKSl8fChjPSJtZWpzLSIrZy5hdHRyKCJkYXRhLWlkIikrIi0iK2EuYysrLGcuYXR0cigiaWQiLGMpKTt2YXIgZD17b3B0aW9uczp7fSxwbHVnaW5zOnt9LGNzczpbXX0sZSxoO2ZvcihlIGluIGQpaWYoaD1nLmF0dHIoImRhdGEtbWVqcyIrZSkpZFtlXT1qUXVlcnkucGFyc2VKU09OKGgpO2IoKX0pfShqUXVlcnkpfSk7YS5nc3x8KCJ1bmRlZmluZWQiIT09dHlwZW9mIG1lanNjc3MmJmEuY3NzbG9hZChtZWpzY3NzKSxhLmdzPWpRdWVyeS5nZXRTY3JpcHQobWVqc3BhdGgsZnVuY3Rpb24oKXthLmdzPSEwO2EuaW5pdCgpO2pRdWVyeShhLmluaXQpO29uQWpheExvYWQoYS5pbml0KX0pKX0pKCk7PC9zY3JpcHQ+&#034;&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;h4 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;a id=&#034;plan-fixe-mise-valeur-des-details-4&#034; name=&#034;plan-fixe-mise-valeur-des-details-4&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;a id=&#034;a2.3&#034; name=&#034;a2.3&#034;&gt;&lt;/a&gt;&#201;tape 3 : improvisations chor&#233;graphiques&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Simon est le premier &#224; visionner les films de Natacha, Marielle et St&#233;phanie, assis dans une salle de danse. Il &#233;coute leurs r&#233;cits et observe les gestes, film&#233;s en plan large durant cette phase. Sans consigne pr&#233;alable, pour pr&#233;server une r&#233;ception libre. Les mots et les gestes des participantes deviennent alors des points d'accroche &#224; une proposition chor&#233;graphique. Lors d'un second visionnage, Simon improvise : non pour imiter les gestes, mais pour en explorer l'&#233;vocation et s'y confronter corporellement, dans un dialogue implicite. Danseur et chor&#233;graphe, il a l'habitude de composer avec des contraintes physiques et imaginaires. Les images et r&#233;cits enregistr&#233;s constituent pour lui un syst&#232;me de contraintes corporelles qui guident ses propres mouvements. Ainsi, pour approcher l'exp&#233;rience de Marielle et rendre perceptible la tension qui habite ses gestes d'autosoins, Simon cherche &#224; ressentir et rejouer dans son corps cette tentative de ma&#238;trise de l'impr&#233;visible&lt;i&gt;. &lt;/i&gt;Il explique :&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Comme si, vraiment, jusqu'au bout des ongles, tout &#233;tait contr&#244;l&#233; (...) C'est cette tension que j'ai essay&#233; de sentir un peu partout dans mes doigts. Une id&#233;e m'a dirig&#233;, c'&#233;tait principalement la minutie et le contr&#244;le. Il y a une qualit&#233; de mouvement qui &#233;merge, qui est en tension et o&#249; j'essaie de faire attention au moindre d&#233;tail du mouvement de mon corps.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Par moments, cette tension se rel&#226;che &#8211; une br&#232;che s'ouvre &#8211; comme lorsque Marielle s'autorise &#224; &#171; ne pas faire gaffe &#187;. Il ne s'agit plus seulement d'observer les gestes de soin, mais de comprendre ce qu'ils d&#233;clenchent en nous, lorsque nous les laissons nous traverser. Approcher ces gestes, c'est passer de leur visualisation &#224; leur exp&#233;rience incarn&#233;e. En ce sens, la danse ne prolonge pas seulement l'image &#8211; elle la densifie par l'implication corporelle et relationnelle, l'ouvrant &#224; une autre forme de connaissance, o&#249; voir devient une mani&#232;re d'&#234;tre en relation.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;a id=&#034;plan-fictif-pertinence-comme-5&#034; name=&#034;plan-fictif-pertinence-comme-5&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;a id=&#034;a2.4&#034; name=&#034;a2.4&#034;&gt;&lt;/a&gt;&#201;tape 4 : r&#233;sidence collective et performance &lt;/h4&gt; &lt;p&gt;En mars 2022, une premi&#232;re r&#233;sidence de recherche-cr&#233;ation r&#233;unit le groupe pendant deux jours &#224; la Villa Arson &#224; Nice. Les trois montages sont projet&#233;s sur deux &#233;crans simultan&#233;ment, puis discut&#233;s collectivement. Ensuite, nous filmons des entretiens o&#249; Marielle, Natacha et St&#233;phanie &#233;changent avec Simon. Ces &#233;changes ne visent pas seulement &#224; transmettre une compr&#233;hension des gestes d'autosoins, mais aussi &#224; en prolonger la perception. L'image devient alors un espace d'attention partag&#233;e, un lieu de r&#233;sonance entre les exp&#233;riences v&#233;cues et le regard du danseur. Le film suscite &#233;motions et prises de conscience. La cam&#233;ra, la danse et la parole entrent dans une m&#234;me dynamique de copr&#233;sence, o&#249; chacun&#183;e contribue &#224; rendre le soin visible autrement &#8211; non comme un objet &#224; observer, mais comme une relation &#224; &#233;prouver.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Simon &#8212; &#171; Pour rejoindre l'id&#233;e de rythme (...) ce que j'ai per&#231;u, de ta maladie et de ta mani&#232;re d'y r&#233;pondre et de te soigner, c'est ce c&#244;t&#233; un peu al&#233;atoire, un peu irr&#233;gulier aussi, peut-&#234;tre saccad&#233;, impr&#233;visible&#8230; enfin, ce sont des mots qui me viennent&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marielle &#8212; Tout &#224; fait ! Cette notion d'impr&#233;visibilit&#233;, normalement avec les moyens dont on dispose aujourd'hui, on devrait pouvoir l'&#233;viter, dans certaines limites&#8230; et je me rends compte que moi je n'y arrive pas. Pour les m&#234;mes doses [d'insuline], il n'y a pas les m&#234;mes r&#233;sultats. Il y a tellement de facteurs, c'est cela qui est tr&#232;s difficile. Quoi qu'on fasse, il y a des incertitudes et des choses qui nous &#233;chappent, &#231;a demande beaucoup d'attention, en permanence&#8230; Il y a sans arr&#234;t des interf&#233;rences : je vais lire un texte qui va m'&#233;mouvoir ou m'agacer, je vais recevoir un coup de fil&#8230;, je suis &#224; la cuisine et je ne r&#233;ussis pas &#224; faire quelque chose&#8230; il y a un impact qui peut &#234;tre hyper important, et que j'ai beaucoup de mal &#224; pr&#233;voir &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Durant cette r&#233;sidence, St&#233;phanie, Marielle et Natacha prennent le temps de revenir sur leurs exp&#233;riences de tournage. Elles partagent leur ressenti sur la fa&#231;on dont leurs gestes circulent d&#233;sormais dans d'autres corps, &#224; travers le regard de la filmeuse et les improvisations de Simon. Jean-Michel, Luigi et Arnaud, qui ont rejoint le groupe pour initier une r&#233;flexion scientifique collective, participent eux aussi aux projections et conversations depuis leur point de vue situ&#233;. Le film devient un m&#233;dium r&#233;flexif, un espace relationnel o&#249; le regard peut circuler &#8211; entre celles et ceux qui filment, dansent, regardent ou t&#233;moignent. En cl&#244;ture de la r&#233;sidence, nous pr&#233;sentons une performance documentaire au public de la Villa Arson : Simon y danse dans l'espace de la galerie, en dialogue avec des extraits des trois films projet&#233;s. Les images d&#233;clenchent le mouvement et deviennent des partenaires.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip_document_15773 spip_document spip_documents spip_document_video spip_document_avec_legende&#034; data-legende-len=&#034;161&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;div class=&#034;video-intrinsic-wrapper&#034; style='height:0;width:1920px;max-width:100%;padding-bottom:56.25%;position:relative;'&gt; &lt;div class=&#034;video-wrapper&#034; style=&#034;position: absolute;top:0;left:0;width:100%;height:100%;&#034;&gt; &lt;video class=&#034;mejs mejs-15773&#034; data-id=&#034;f3ff8c884e633c0ba4279998abcbae5f&#034; data-mejsoptions='{&#034;iconSprite&#034;: &#034;plugins-dist/dist/core/medias/lib/mejs/mejs-controls.svg&#034;,&#034;alwaysShowControls&#034;: true,&#034;pluginPath&#034;:&#034;plugins-dist/dist/core/medias/lib/mejs/&#034;,&#034;loop&#034;:false,&#034;videoWidth&#034;:&#034;100%&#034;,&#034;videoHeight&#034;:&#034;100%&#034;}' width=&#034;100%&#034; height=&#034;100%&#034; poster=&#034;local/cache-vignettes/L1000xH528/capture_d_e_cran_2026-01-26_a_10_43.07-3119d.png?1769421255&#034; controls=&#034;controls&#034; preload=&#034;none&#034; &gt; &lt;source type=&#034;video/mp4&#034; src=&#034;IMG/mp4/video_2.mp4&#034; /&gt; &lt;img src='https://www.ethnographiques.org/local/cache-vignettes/L500xH264/capture_d_e_cran_2026-01-26_a_10_43.07-3119d-78bca.png?1771405656' width='500' height='264' alt='Impossible de lire la video' /&gt; &lt;/video&gt; &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre crayon document-titre-15773 '&gt;&lt;strong&gt;Vid&#233;o 2. Extrait de la premi&#232;re performance &#224; la Villa Arson
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif crayon document-descriptif-15773 '&gt;&lt;a href=&#034;https://vimeo.com/1007199771&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://vimeo.com/1007199771&lt;/a&gt;
&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_credits crayon document-credits-15773 '&gt;&#169;&#233;trang&#232;res, 2024
&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_lien_source'&gt;&lt;a name=&#034;doc-15773&#034; id=&#034;doc-15773&#034; href=&#034;https://www.ethnographiques.org/IMG/mp4/video_2.mp4&#034;&gt;https://www.ethnographiques.org/IMG/mp4/video_2.mp4&lt;/a&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;div class=&#034;base64javascript20484682976a08abf461e3a4.44941472&#034; title=&#034;PHNjcmlwdD4gdmFyIG1lanNwYXRoPSdwbHVnaW5zLWRpc3QvZGlzdC9jb3JlL21lZGlhcy9saWIvbWVqcy9tZWRpYWVsZW1lbnQtYW5kLXBsYXllci5taW4uanM/MTc3MzEyNjA1NScsbWVqc2Nzcz0ncGx1Z2lucy1kaXN0L2Rpc3QvY29yZS9tZWRpYXMvbGliL21lanMvbWVkaWFlbGVtZW50cGxheWVyLm1pbi5jc3M/MTc3MzEyNjA1NSc7CnZhciBtZWpzbG9hZGVyOwooZnVuY3Rpb24oKXt2YXIgYT1tZWpzbG9hZGVyOyJ1bmRlZmluZWQiPT10eXBlb2YgYSYmKG1lanNsb2FkZXI9YT17Z3M6bnVsbCxwbHVnOnt9LGNzczp7fSxpbml0Om51bGwsYzowLGNzc2xvYWQ6bnVsbH0pO2EuaW5pdHx8KGEuY3NzbG9hZD1mdW5jdGlvbihjKXtpZigidW5kZWZpbmVkIj09dHlwZW9mIGEuY3NzW2NdKXthLmNzc1tjXT0hMDt2YXIgYj1kb2N1bWVudC5jcmVhdGVFbGVtZW50KCJsaW5rIik7Yi5ocmVmPWM7Yi5yZWw9InN0eWxlc2hlZXQiO2IudHlwZT0idGV4dC9jc3MiO2RvY3VtZW50LmdldEVsZW1lbnRzQnlUYWdOYW1lKCJoZWFkIilbMF0uYXBwZW5kQ2hpbGQoYil9fSxhLmluaXQ9ZnVuY3Rpb24oKXshMD09PWEuZ3MmJmZ1bmN0aW9uKGMpe2pRdWVyeSgiYXVkaW8ubWVqcyx2aWRlby5tZWpzIikubm90KCIuZG9uZSwubWVqc19fcGxheWVyIikuZWFjaChmdW5jdGlvbigpe2Z1bmN0aW9uIGIoKXt2YXIgZT0hMCxoO2ZvcihoIGluIGQuY3NzKWEuY3NzbG9hZChkLmNzc1toXSk7Zm9yKHZhciBmIGluIGQucGx1Z2lucykidW5kZWZpbmVkIj09CnR5cGVvZiBhLnBsdWdbZl0/KGU9ITEsYS5wbHVnW2ZdPSExLGpRdWVyeS5nZXRTY3JpcHQoZC5wbHVnaW5zW2ZdLGZ1bmN0aW9uKCl7YS5wbHVnW2ZdPSEwO2IoKX0pKTowPT1hLnBsdWdbZl0mJihlPSExKTtlJiZqUXVlcnkoIiMiK2MpLm1lZGlhZWxlbWVudHBsYXllcihqUXVlcnkuZXh0ZW5kKGQub3B0aW9ucyx7c3VjY2VzczpmdW5jdGlvbihhLGMpe2Z1bmN0aW9uIGIoKXt2YXIgYj1qUXVlcnkoYSkuY2xvc2VzdCgiLm1lanNfX2lubmVyIik7YS5wYXVzZWQ/KGIuYWRkQ2xhc3MoInBhdXNpbmciKSxzZXRUaW1lb3V0KGZ1bmN0aW9uKCl7Yi5maWx0ZXIoIi5wYXVzaW5nIikucmVtb3ZlQ2xhc3MoInBsYXlpbmciKS5yZW1vdmVDbGFzcygicGF1c2luZyIpLmFkZENsYXNzKCJwYXVzZWQiKX0sMTAwKSk6Yi5yZW1vdmVDbGFzcygicGF1c2VkIikucmVtb3ZlQ2xhc3MoInBhdXNpbmciKS5hZGRDbGFzcygicGxheWluZyIpfWIoKTthLmFkZEV2ZW50TGlzdGVuZXIoInBsYXkiLGIsITEpOwphLmFkZEV2ZW50TGlzdGVuZXIoInBsYXlpbmciLGIsITEpO2EuYWRkRXZlbnRMaXN0ZW5lcigicGF1c2UiLGIsITEpO2EuYWRkRXZlbnRMaXN0ZW5lcigicGF1c2VkIixiLCExKTtnLmF0dHIoImF1dG9wbGF5IikmJmEucGxheSgpfX0pKX12YXIgZz1qUXVlcnkodGhpcykuYWRkQ2xhc3MoImRvbmUiKSxjOyhjPWcuYXR0cigiaWQiKSl8fChjPSJtZWpzLSIrZy5hdHRyKCJkYXRhLWlkIikrIi0iK2EuYysrLGcuYXR0cigiaWQiLGMpKTt2YXIgZD17b3B0aW9uczp7fSxwbHVnaW5zOnt9LGNzczpbXX0sZSxoO2ZvcihlIGluIGQpaWYoaD1nLmF0dHIoImRhdGEtbWVqcyIrZSkpZFtlXT1qUXVlcnkucGFyc2VKU09OKGgpO2IoKX0pfShqUXVlcnkpfSk7YS5nc3x8KCJ1bmRlZmluZWQiIT09dHlwZW9mIG1lanNjc3MmJmEuY3NzbG9hZChtZWpzY3NzKSxhLmdzPWpRdWVyeS5nZXRTY3JpcHQobWVqc3BhdGgsZnVuY3Rpb24oKXthLmdzPSEwO2EuaW5pdCgpO2pRdWVyeShhLmluaXQpO29uQWpheExvYWQoYS5pbml0KX0pKX0pKCk7PC9zY3JpcHQ+&#034;&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s cette premi&#232;re performance, si l'accueil du public est chaleureux, quelque chose dans le dispositif continue pourtant &#224; nous troubler. Que signifie confier &#224; un&#183;e danseur&#183;euse l'interpr&#233;tation de gestes fa&#231;onn&#233;s par la vuln&#233;rabilit&#233;, la lenteur, ou la contrainte ? Cette question rel&#232;ve autant de l'esth&#233;tique que d'une &#233;thique : comment &#233;viter de reproduire un binarisme entre celui ou celle qui repr&#233;sente et celles et ceux qui sont repr&#233;sent&#233;&#183;es, entre les personnes qui regardent et celles qui sont regard&#233;es ? Le dispositif repose encore sur des r&#244;les &#8211; patient&#183;e, danseur&#183;euse, artiste, chercheur&#183;euse &#8211; qui reproduisent, malgr&#233; nous, des oppositions entre cr&#233;ation et recherche, pratique et th&#233;orie, entre des corps et des gestes d'un c&#244;t&#233;, et des id&#233;es, des conceptions artistiques ou scientifiques de l'autre. Ce d&#233;coupage des places devient d&#233;sormais un frein &#224; la port&#233;e heuristique du projet, et surtout une contradiction avec notre intention premi&#232;re : travailler sur le soin, dans une perspective de soin. Ce trouble concerne aussi la place des images. Le film, d'abord con&#231;u comme m&#233;diation, r&#233;v&#232;le son ambivalence. Montrer un geste de soin, c'est cr&#233;er les conditions d'un autre regard, capable d'en &#233;prouver la texture et la relation, mais c'est aussi risquer de le r&#233;duire &#224; une forme. Le film ne documente plus seulement : il participe &#224; reconfigurer les relations de regard et de soin entre les participant&#183;es. Reconna&#238;tre cette ambivalence a marqu&#233; un tournant. La suite du processus prend acte de cette m&#233;tabolisation : brouiller les r&#244;les, redistribuer les places, troubler les cadres de r&#233;f&#233;rence. Le soin n'est plus seulement regard&#233;, mais regardant. Il n'est plus simplement ce que l'on souhaite rendre visible, performer ou interroger &#8211; il devient ce que l'on coconstruit &#224; travers le regard, les gestes et les images partag&#233;es. Le regard sur le soin devient un enjeu central : qui regarde, depuis quel corps et quelle situation, et qu'est-ce que ce regard produit ?&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;a id=&#034;hannah-infirmiere-soin-pose-des-bas-6&#034; name=&#034;hannah-infirmiere-soin-pose-des-bas-6&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;a id=&#034;a3&#034; name=&#034;a3&#034;&gt;&lt;/a&gt;Du geste repr&#233;sent&#233; &#224; la texture du soin&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Quatre nouvelles personnes rejoignent ensuite le collectif : Pauline B&#233;gu&#233; (ancienne &#233;tudiante sage-femme et docteure en philosophie), Rachel Paul (danseuse, cin&#233;aste et sociologue vivant avec le m&#234;me handicap que St&#233;phanie), H&#233;lo&#239;se Joqueviel (danseuse, ancienne membre de la compagnie de l'Op&#233;ra de Paris, vivant avec une forme de tremblement essentiel &#8211; trouble moteur provoquant des secousses involontaires) et Jesse O'Scanlan (charpentier vivant avec un handicap visuel et pratiquant r&#233;guli&#232;rement la danse contact). Leur arriv&#233;e reconfigure le dispositif. Par leur positionnement &#224; la crois&#233;e de plusieurs pratiques et disciplines, elles et ils brouillent les fronti&#232;res entre artistes, chercheur&#183;euses et patient&#183;es. Les&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&#233;v&#233;nements de cr&#233;ation&lt;i&gt; &lt;/i&gt;sont devenus des espaces de perception partag&#233;e, o&#249; se rejouent sans cesse les positions, les statuts, et les mani&#232;res d'&#234;tre en relation.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;a id=&#034;pourquoi-remonter-peu-plus-tot-plan-7&#034; name=&#034;pourquoi-remonter-peu-plus-tot-plan-7&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;a id=&#034;a3.1&#034; name=&#034;a3.1&#034;&gt;&lt;/a&gt;Brouiller les r&#244;les&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Cette nouvelle phase du projet marque un moment d&#233;cisif : les r&#244;les entre danseur&#183;euses, chercheur&#183;euses et patient&#183;es cessent d'&#234;tre distribu&#233;s selon une logique de traduction ou d'ex&#233;cution &#8211; celle ou celui qui observe, qui interpr&#232;te, qui est observ&#233;&#183;e. Le geste artistique ne vise plus &#224; repr&#233;senter le soin, mais &#224; entrer en relation avec lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rachel interroge certaines routines install&#233;es lors de la premi&#232;re it&#233;ration, notamment notre mani&#232;re de penser la contrainte en danse. Invit&#233;e &#224; transposer par le mouvement, l'exp&#233;rience visuelle de Jesse, elle ouvre un nouvel axe de r&#233;flexion : penser la contrainte non pas &#224; partir du v&#233;cu corporel, mais depuis sa relation &#224; l'environnement.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Rachel &#8212; Je trouve &#231;a plut&#244;t int&#233;ressant de transposer. Essayer de ne pas reproduire l'exp&#233;rience de la personne qu'on &#233;coute mais de transposer une probl&#233;matique dans notre corps &#224; nous. O&#249; est-ce tu prends tes appuis ? Comment je recompose l'espace ? Qu'est-ce qui change ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Simon &#8212; Produire cette contrainte des yeux et de la vision de Jesse, &#231;a te para&#238;t aller trop vers le mim&#233;tisme ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rachel &#8212; &#199;a peut &#234;tre int&#233;ressant mais moi, si je danse en fermant les yeux, si je ne vois pas o&#249; je mets mes b&#233;quilles, je vais avoir tr&#232;s vite de gros probl&#232;mes. Le mot &#171; contrainte &#187; est vide en soi. Est-ce que la contrainte c'est de fermer les yeux ? La contrainte n'est-elle pas plut&#244;t dans l'espace ? Le handicap ne vient pas de la nature de la personne mais de son environnement &#8211; de la mani&#232;re dont l'environnement constitue un obstacle &#224; un moment donn&#233;. En danse, on peut aussi d&#233;placer &#231;a : que la contrainte ne soit pas dans le corps, mais qu'elle soit autour, ou dans le corps de l'autre&#8230; Puisqu'on est deux et qu'on a deux corps diff&#233;rents, on peut commencer &#224; le penser.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ce changement de perspective nous am&#232;ne &#224; repenser l'improvisation chor&#233;graphique : le corps des danseur&#183;euses devient le lieu d'un savoir qui ne s'&#233;labore ni dans la distance objective, ni dans la ma&#238;trise, mais dans la participation attentive &#224; ce qui advient. Comprendre ne revient pas &#224; arr&#234;ter le mouvement pour en analyser la forme ; cela suppose, au contraire, de le suivre, de s'y accorder, d'entrer dans sa texture. Ce mode de connaissance par sympathie au sens de Bergson&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Chez Henri Bergson, la sympathie d&#233;signe une forme de connaissance intuitive (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, ouvre une autre relation au r&#233;el : une relation o&#249; la participation remplace l'objectivation, o&#249; la connaissance se tisse dans la qualit&#233; de pr&#233;sence. Mais cette orientation ne suppose pas la disparition des m&#233;diations. Les images, la parole, la danse deviennent des relais sensibles, des formes de traduction entre exp&#233;riences singuli&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette r&#233;flexion requalifie aussi notre mani&#232;re d'appr&#233;hender le handicap et la maladie chronique. Nous souhaitons les aborder &#224; travers les relations &#224; l'environnement, aux normes et aux autres, plut&#244;t qu'&#224; partir des contraintes et limites inscrites dans chaque corps singulier. Le concept d'&#171; &lt;i&gt;act&lt;/i&gt;&lt;i&gt;ivist&lt;/i&gt;&lt;i&gt; affordance&lt;/i&gt; &#187; d&#233;velopp&#233; par Arceli Dokumaci (&lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;DOKUMACI Arseli, 2023. &lt;i&gt;Activist Affordances. How Disabled People Improvise More Habitable Worlds&lt;/i&gt;. Durham, Duke University Press.&#034;&gt;2023&lt;/a&gt;) &#233;claire cette &#233;volution : vivre avec un handicap ou certaines maladies chroniques, comme la polyarthrite avec laquelle elle vit, r&#233;duit certaines potentialit&#233;s d'action mais stimule aussi l'invention de nouvelles mani&#232;res d'habiter et d'agir. Le handicap ne traduit pas un manque mais une autre organisation des appuis perceptifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce dialogue entre Rachel et Simon marque une &#233;tape importante du projet.&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;Il nous invite &#224; questionner les fondements &#233;thiques de notre d&#233;marche et repenser les conditions d'un travail v&#233;ritablement inclusif. D&#233;sormais, l'exploration ne porte plus sur le soin incarn&#233; dans des gestes particuliers mais sur le dispositif de recherche-cr&#233;ation envisag&#233; comme modalit&#233; de soin. Le collectif s'oriente alors vers une exploration des exp&#233;riences corporelles li&#233;es &#224; la transmission des gestes de soin. Chacun&#183;e est invit&#233;&#183;e &#224; s'engager corporellement, &#224; incarner son regard dans le dispositif.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;a id=&#034;une-focalisation-sonore-8&#034; name=&#034;une-focalisation-sonore-8&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;a id=&#034;a3.2&#034; name=&#034;a3.2&#034;&gt;&lt;/a&gt;Engager son corps&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;L'arriv&#233;e d'H&#233;lo&#239;se dans le projet prolonge cette attention port&#233;e aux exp&#233;riences corporelles singuli&#232;res. Ayant suivi le m&#234;me parcours que Simon &#224; l'Op&#233;ra de Paris, son exp&#233;rience de la danse avec un tremblement essentiel a ouvert un travail sur la mani&#232;re dont les mouvements involontaires fa&#231;onnent la relation &#224; soi et aux autres.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip_document_15774 spip_document spip_documents spip_document_video spip_document_avec_legende&#034; data-legende-len=&#034;171&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;div class=&#034;video-intrinsic-wrapper&#034; style='height:0;width:1920px;max-width:100%;padding-bottom:56.25%;position:relative;'&gt; &lt;div class=&#034;video-wrapper&#034; style=&#034;position: absolute;top:0;left:0;width:100%;height:100%;&#034;&gt; &lt;video class=&#034;mejs mejs-15774&#034; data-id=&#034;ef715537708b76ac926e4f4f258f84e2&#034; data-mejsoptions='{&#034;iconSprite&#034;: &#034;plugins-dist/dist/core/medias/lib/mejs/mejs-controls.svg&#034;,&#034;alwaysShowControls&#034;: true,&#034;pluginPath&#034;:&#034;plugins-dist/dist/core/medias/lib/mejs/&#034;,&#034;loop&#034;:false,&#034;videoWidth&#034;:&#034;100%&#034;,&#034;videoHeight&#034;:&#034;100%&#034;}' width=&#034;100%&#034; height=&#034;100%&#034; poster=&#034;local/cache-vignettes/L1000xH559/capture_d_e_cran_2026-01-26_a_10.45_24-79a3f.png?1769421255&#034; controls=&#034;controls&#034; preload=&#034;none&#034; &gt; &lt;source type=&#034;video/mp4&#034; src=&#034;IMG/mp4/video_3.mp4&#034; /&gt; &lt;img src='https://www.ethnographiques.org/local/cache-vignettes/L500xH280/capture_d_e_cran_2026-01-26_a_10.45_24-79a3f-64586.png?1771405656' width='500' height='280' alt='Impossible de lire la video' /&gt; &lt;/video&gt; &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre crayon document-titre-15774 '&gt;&lt;strong&gt;Vid&#233;o 3. Extrait d'une s&#233;ance de travail avec H&#233;lo&#239;se, Rachel et Simon
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif crayon document-descriptif-15774 '&gt;&lt;a href=&#034;https://vimeo.com/1082505783&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://vimeo.com/1082505783&lt;/a&gt;
&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_credits crayon document-credits-15774 '&gt;&#169;&#233;trang&#232;res, 2024
&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_lien_source'&gt;&lt;a name=&#034;doc-15774&#034; id=&#034;doc-15774&#034; href=&#034;https://www.ethnographiques.org/IMG/mp4/video_3.mp4&#034;&gt;https://www.ethnographiques.org/IMG/mp4/video_3.mp4&lt;/a&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;div class=&#034;base64javascript20484682976a08abf461e3a4.44941472&#034; title=&#034;PHNjcmlwdD4gdmFyIG1lanNwYXRoPSdwbHVnaW5zLWRpc3QvZGlzdC9jb3JlL21lZGlhcy9saWIvbWVqcy9tZWRpYWVsZW1lbnQtYW5kLXBsYXllci5taW4uanM/MTc3MzEyNjA1NScsbWVqc2Nzcz0ncGx1Z2lucy1kaXN0L2Rpc3QvY29yZS9tZWRpYXMvbGliL21lanMvbWVkaWFlbGVtZW50cGxheWVyLm1pbi5jc3M/MTc3MzEyNjA1NSc7CnZhciBtZWpzbG9hZGVyOwooZnVuY3Rpb24oKXt2YXIgYT1tZWpzbG9hZGVyOyJ1bmRlZmluZWQiPT10eXBlb2YgYSYmKG1lanNsb2FkZXI9YT17Z3M6bnVsbCxwbHVnOnt9LGNzczp7fSxpbml0Om51bGwsYzowLGNzc2xvYWQ6bnVsbH0pO2EuaW5pdHx8KGEuY3NzbG9hZD1mdW5jdGlvbihjKXtpZigidW5kZWZpbmVkIj09dHlwZW9mIGEuY3NzW2NdKXthLmNzc1tjXT0hMDt2YXIgYj1kb2N1bWVudC5jcmVhdGVFbGVtZW50KCJsaW5rIik7Yi5ocmVmPWM7Yi5yZWw9InN0eWxlc2hlZXQiO2IudHlwZT0idGV4dC9jc3MiO2RvY3VtZW50LmdldEVsZW1lbnRzQnlUYWdOYW1lKCJoZWFkIilbMF0uYXBwZW5kQ2hpbGQoYil9fSxhLmluaXQ9ZnVuY3Rpb24oKXshMD09PWEuZ3MmJmZ1bmN0aW9uKGMpe2pRdWVyeSgiYXVkaW8ubWVqcyx2aWRlby5tZWpzIikubm90KCIuZG9uZSwubWVqc19fcGxheWVyIikuZWFjaChmdW5jdGlvbigpe2Z1bmN0aW9uIGIoKXt2YXIgZT0hMCxoO2ZvcihoIGluIGQuY3NzKWEuY3NzbG9hZChkLmNzc1toXSk7Zm9yKHZhciBmIGluIGQucGx1Z2lucykidW5kZWZpbmVkIj09CnR5cGVvZiBhLnBsdWdbZl0/KGU9ITEsYS5wbHVnW2ZdPSExLGpRdWVyeS5nZXRTY3JpcHQoZC5wbHVnaW5zW2ZdLGZ1bmN0aW9uKCl7YS5wbHVnW2ZdPSEwO2IoKX0pKTowPT1hLnBsdWdbZl0mJihlPSExKTtlJiZqUXVlcnkoIiMiK2MpLm1lZGlhZWxlbWVudHBsYXllcihqUXVlcnkuZXh0ZW5kKGQub3B0aW9ucyx7c3VjY2VzczpmdW5jdGlvbihhLGMpe2Z1bmN0aW9uIGIoKXt2YXIgYj1qUXVlcnkoYSkuY2xvc2VzdCgiLm1lanNfX2lubmVyIik7YS5wYXVzZWQ/KGIuYWRkQ2xhc3MoInBhdXNpbmciKSxzZXRUaW1lb3V0KGZ1bmN0aW9uKCl7Yi5maWx0ZXIoIi5wYXVzaW5nIikucmVtb3ZlQ2xhc3MoInBsYXlpbmciKS5yZW1vdmVDbGFzcygicGF1c2luZyIpLmFkZENsYXNzKCJwYXVzZWQiKX0sMTAwKSk6Yi5yZW1vdmVDbGFzcygicGF1c2VkIikucmVtb3ZlQ2xhc3MoInBhdXNpbmciKS5hZGRDbGFzcygicGxheWluZyIpfWIoKTthLmFkZEV2ZW50TGlzdGVuZXIoInBsYXkiLGIsITEpOwphLmFkZEV2ZW50TGlzdGVuZXIoInBsYXlpbmciLGIsITEpO2EuYWRkRXZlbnRMaXN0ZW5lcigicGF1c2UiLGIsITEpO2EuYWRkRXZlbnRMaXN0ZW5lcigicGF1c2VkIixiLCExKTtnLmF0dHIoImF1dG9wbGF5IikmJmEucGxheSgpfX0pKX12YXIgZz1qUXVlcnkodGhpcykuYWRkQ2xhc3MoImRvbmUiKSxjOyhjPWcuYXR0cigiaWQiKSl8fChjPSJtZWpzLSIrZy5hdHRyKCJkYXRhLWlkIikrIi0iK2EuYysrLGcuYXR0cigiaWQiLGMpKTt2YXIgZD17b3B0aW9uczp7fSxwbHVnaW5zOnt9LGNzczpbXX0sZSxoO2ZvcihlIGluIGQpaWYoaD1nLmF0dHIoImRhdGEtbWVqcyIrZSkpZFtlXT1qUXVlcnkucGFyc2VKU09OKGgpO2IoKX0pfShqUXVlcnkpfSk7YS5nc3x8KCJ1bmRlZmluZWQiIT09dHlwZW9mIG1lanNjc3MmJmEuY3NzbG9hZChtZWpzY3NzKSxhLmdzPWpRdWVyeS5nZXRTY3JpcHQobWVqc3BhdGgsZnVuY3Rpb24oKXthLmdzPSEwO2EuaW5pdCgpO2pRdWVyeShhLmluaXQpO29uQWpheExvYWQoYS5pbml0KX0pKX0pKCk7PC9zY3JpcHQ+&#034;&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En novembre 2023, lors d'une r&#233;sidence de trois jours &#224; la Villa Arson, Rachel et H&#233;lo&#239;se explorent ensemble la mani&#232;re dont leurs corps et leurs exp&#233;riences entrent en r&#233;sonance. Rachel raconte :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Il m'a sembl&#233; que nous touchions un des points cruciaux du projet : d&#233;couvrir le corps de l'autre comme elle le per&#231;oit, entrer dans sa subjectivit&#233; et son rapport au sensible. Je me suis aper&#231;ue que les points communs qui reliaient nos exp&#233;riences, ou les &#233;l&#233;ments qui les diff&#233;renciaient, ne se situaient pas forc&#233;ment l&#224; o&#249; je les aurais attendus. L&#224; o&#249; la danse &#233;tait pour moi un espace de s&#233;curit&#233;, elle &#233;tait pour H&#233;lo&#239;se un espace de risque. En se retournant les m&#234;mes questions, et en bougeant tout en discutant, on faisait parler nos corps, on prenait le temps de les &#233;couter, et on pouvait se les r&#233;approprier, en tant que danseuses, l&#224; o&#249; parfois on peut avoir tendance &#224; &#234;tre plut&#244;t dans l'ex&#233;cution (Rachel, juin 2024).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Dans leurs &#233;changes, la parole prend corps : elle se d&#233;ploie &#224; travers le mouvement, ouvrant l'acc&#232;s &#224; l'exp&#233;rience de l'autre. Hanga, qui filme ces discussions en mouvement, participe, elle aussi corporellement, par sa voix, sa respiration et sa proximit&#233;. Assise parmi les autres, &#233;clair&#233;e par les m&#234;mes lumi&#232;res, elle laisse la cam&#233;ra suivre ce qui l'affecte. Les plans fixes c&#232;dent la place &#224; une posture flottante, subjective. Le regard filmique n'est plus un regard sur, mais un regard avec.&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;Comme l'observe Laugier (&lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;LAUGIER Sandra, 2006. &#171; Care et perception, l'&#233;thique comme attention au particulier &#187;, in PAPERMAN Patricia &amp; LAUGIER Sandra, &lt;i&gt;Le souci des autres, &#233;thique et politique du care&lt;/i&gt;, Paris, &#201;ditions de l'EHESS, (Raisons Pratiques).&#034;&gt;2006&lt;/a&gt;) &#224; propos du cin&#233;ma, la filmeuse &#171; magnifie la sensation et la signification d'un moment &#187; (&lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;LAUGIER Sandra, 2006. &#171; Care et perception, l'&#233;thique comme attention au particulier &#187;, in PAPERMAN Patricia &amp; LAUGIER Sandra, &lt;i&gt;Le souci des autres, &#233;thique et politique du care&lt;/i&gt;, Paris, &#201;ditions de l'EHESS, (Raisons Pratiques).&#034;&gt;2006&lt;/a&gt; : 401). Ce point de vue situ&#233; cr&#233;e une qualit&#233; d'attention particuli&#232;re &#8211; aux d&#233;tails, aux gestes, aux r&#233;actions &#8211; et influe sur le rythme et la perception de l'espace. Ce d&#233;placement du regard, inscrit dans le geste m&#234;me de filmer, requalifie le dispositif : il ne s'agit plus seulement d'observer le soin, mais d'en partager l'exp&#233;rience sensible. La cam&#233;ra en mouvement, partie prenante de la composition chor&#233;graphique improvis&#233;e, participe &#224; une v&#233;ritable incarnation du regard : elle d&#233;place, tant spatialement que subjectivement, la fronti&#232;re entre geste et parole, entre sensible et intelligible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La perspective du regard situ&#233;, d&#233;velopp&#233;e par Donna Haraway (&lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;HARAWAY Donna J., 2007. &#171; Savoirs situ&#233;s : la question de la science dans le f&#233;minisme et le privil&#232;ge de la perspective partielle &#187;, &lt;i&gt;in&lt;/i&gt; HARAWAY Donna, &lt;i&gt;Manifeste cyborg et autres essais. Sciences, fictions, f&#233;minismes&lt;/i&gt;, Paris, Exils &#233;diteur, p. 107-142.&#034;&gt;2007&lt;/a&gt;) trouve ici toute sa port&#233;e : voir n'est jamais un acte neutre ni d&#233;sincarn&#233; mais une mani&#232;re d'&#234;tre au monde, ancr&#233;e dans des corps, des histoires et des relations. Reconna&#238;tre cette corpor&#233;it&#233; du regard, c'est rompre avec l'illusion d'un point de vue surplombant et r&#233;habiliter la vision comme exp&#233;rience partag&#233;e &#8211; un mode d'attention qui relie plut&#244;t qu'il ne domine.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip_document_15775 spip_document spip_documents spip_document_video spip_document_avec_legende&#034; data-legende-len=&#034;193&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;div class=&#034;video-intrinsic-wrapper&#034; style='height:0;width:1920px;max-width:100%;padding-bottom:56.25%;position:relative;'&gt; &lt;div class=&#034;video-wrapper&#034; style=&#034;position: absolute;top:0;left:0;width:100%;height:100%;&#034;&gt; &lt;video class=&#034;mejs mejs-15775&#034; data-id=&#034;270a1f15ec8ca95b263d7e104d4c964d&#034; data-mejsoptions='{&#034;iconSprite&#034;: &#034;plugins-dist/dist/core/medias/lib/mejs/mejs-controls.svg&#034;,&#034;alwaysShowControls&#034;: true,&#034;pluginPath&#034;:&#034;plugins-dist/dist/core/medias/lib/mejs/&#034;,&#034;loop&#034;:false,&#034;videoWidth&#034;:&#034;100%&#034;,&#034;videoHeight&#034;:&#034;100%&#034;}' width=&#034;100%&#034; height=&#034;100%&#034; poster=&#034;local/cache-vignettes/L1000xH562/capture_d_e_cran_2026-01-26_a_10.49_09-01026.png?1769421255&#034; controls=&#034;controls&#034; preload=&#034;none&#034; &gt; &lt;source type=&#034;video/mp4&#034; src=&#034;IMG/mp4/video_4.mp4&#034; /&gt; &lt;img src='https://www.ethnographiques.org/local/cache-vignettes/L500xH281/capture_d_e_cran_2026-01-26_a_10.49_09-01026-534cb.png?1771405656' width='500' height='281' alt='Impossible de lire la video' /&gt; &lt;/video&gt; &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre crayon document-titre-15775 '&gt;&lt;strong&gt;Vid&#233;o 4. Rachel lors de la cr&#233;ation de la performance &#171; discussions en mouvement &#187;
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif crayon document-descriptif-15775 '&gt;&lt;a href=&#034;https://vimeo.com/1073890019&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://vimeo.com/1073890019&lt;/a&gt;
&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_credits crayon document-credits-15775 '&gt;&#169;&#233;trang&#232;res, 2024
&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_lien_source'&gt;&lt;a name=&#034;doc-15775&#034; id=&#034;doc-15775&#034; href=&#034;https://www.ethnographiques.org/IMG/mp4/video_4.mp4&#034;&gt;https://www.ethnographiques.org/IMG/mp4/video_4.mp4&lt;/a&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;div class=&#034;base64javascript20484682976a08abf461e3a4.44941472&#034; title=&#034;PHNjcmlwdD4gdmFyIG1lanNwYXRoPSdwbHVnaW5zLWRpc3QvZGlzdC9jb3JlL21lZGlhcy9saWIvbWVqcy9tZWRpYWVsZW1lbnQtYW5kLXBsYXllci5taW4uanM/MTc3MzEyNjA1NScsbWVqc2Nzcz0ncGx1Z2lucy1kaXN0L2Rpc3QvY29yZS9tZWRpYXMvbGliL21lanMvbWVkaWFlbGVtZW50cGxheWVyLm1pbi5jc3M/MTc3MzEyNjA1NSc7CnZhciBtZWpzbG9hZGVyOwooZnVuY3Rpb24oKXt2YXIgYT1tZWpzbG9hZGVyOyJ1bmRlZmluZWQiPT10eXBlb2YgYSYmKG1lanNsb2FkZXI9YT17Z3M6bnVsbCxwbHVnOnt9LGNzczp7fSxpbml0Om51bGwsYzowLGNzc2xvYWQ6bnVsbH0pO2EuaW5pdHx8KGEuY3NzbG9hZD1mdW5jdGlvbihjKXtpZigidW5kZWZpbmVkIj09dHlwZW9mIGEuY3NzW2NdKXthLmNzc1tjXT0hMDt2YXIgYj1kb2N1bWVudC5jcmVhdGVFbGVtZW50KCJsaW5rIik7Yi5ocmVmPWM7Yi5yZWw9InN0eWxlc2hlZXQiO2IudHlwZT0idGV4dC9jc3MiO2RvY3VtZW50LmdldEVsZW1lbnRzQnlUYWdOYW1lKCJoZWFkIilbMF0uYXBwZW5kQ2hpbGQoYil9fSxhLmluaXQ9ZnVuY3Rpb24oKXshMD09PWEuZ3MmJmZ1bmN0aW9uKGMpe2pRdWVyeSgiYXVkaW8ubWVqcyx2aWRlby5tZWpzIikubm90KCIuZG9uZSwubWVqc19fcGxheWVyIikuZWFjaChmdW5jdGlvbigpe2Z1bmN0aW9uIGIoKXt2YXIgZT0hMCxoO2ZvcihoIGluIGQuY3NzKWEuY3NzbG9hZChkLmNzc1toXSk7Zm9yKHZhciBmIGluIGQucGx1Z2lucykidW5kZWZpbmVkIj09CnR5cGVvZiBhLnBsdWdbZl0/KGU9ITEsYS5wbHVnW2ZdPSExLGpRdWVyeS5nZXRTY3JpcHQoZC5wbHVnaW5zW2ZdLGZ1bmN0aW9uKCl7YS5wbHVnW2ZdPSEwO2IoKX0pKTowPT1hLnBsdWdbZl0mJihlPSExKTtlJiZqUXVlcnkoIiMiK2MpLm1lZGlhZWxlbWVudHBsYXllcihqUXVlcnkuZXh0ZW5kKGQub3B0aW9ucyx7c3VjY2VzczpmdW5jdGlvbihhLGMpe2Z1bmN0aW9uIGIoKXt2YXIgYj1qUXVlcnkoYSkuY2xvc2VzdCgiLm1lanNfX2lubmVyIik7YS5wYXVzZWQ/KGIuYWRkQ2xhc3MoInBhdXNpbmciKSxzZXRUaW1lb3V0KGZ1bmN0aW9uKCl7Yi5maWx0ZXIoIi5wYXVzaW5nIikucmVtb3ZlQ2xhc3MoInBsYXlpbmciKS5yZW1vdmVDbGFzcygicGF1c2luZyIpLmFkZENsYXNzKCJwYXVzZWQiKX0sMTAwKSk6Yi5yZW1vdmVDbGFzcygicGF1c2VkIikucmVtb3ZlQ2xhc3MoInBhdXNpbmciKS5hZGRDbGFzcygicGxheWluZyIpfWIoKTthLmFkZEV2ZW50TGlzdGVuZXIoInBsYXkiLGIsITEpOwphLmFkZEV2ZW50TGlzdGVuZXIoInBsYXlpbmciLGIsITEpO2EuYWRkRXZlbnRMaXN0ZW5lcigicGF1c2UiLGIsITEpO2EuYWRkRXZlbnRMaXN0ZW5lcigicGF1c2VkIixiLCExKTtnLmF0dHIoImF1dG9wbGF5IikmJmEucGxheSgpfX0pKX12YXIgZz1qUXVlcnkodGhpcykuYWRkQ2xhc3MoImRvbmUiKSxjOyhjPWcuYXR0cigiaWQiKSl8fChjPSJtZWpzLSIrZy5hdHRyKCJkYXRhLWlkIikrIi0iK2EuYysrLGcuYXR0cigiaWQiLGMpKTt2YXIgZD17b3B0aW9uczp7fSxwbHVnaW5zOnt9LGNzczpbXX0sZSxoO2ZvcihlIGluIGQpaWYoaD1nLmF0dHIoImRhdGEtbWVqcyIrZSkpZFtlXT1qUXVlcnkucGFyc2VKU09OKGgpO2IoKX0pfShqUXVlcnkpfSk7YS5nc3x8KCJ1bmRlZmluZWQiIT09dHlwZW9mIG1lanNjc3MmJmEuY3NzbG9hZChtZWpzY3NzKSxhLmdzPWpRdWVyeS5nZXRTY3JpcHQobWVqc3BhdGgsZnVuY3Rpb24oKXthLmdzPSEwO2EuaW5pdCgpO2pRdWVyeShhLmluaXQpO29uQWpheExvYWQoYS5pbml0KX0pKX0pKCk7PC9zY3JpcHQ+&#034;&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ces transformations du dispositif font appara&#238;tre trois d&#233;placements m&#233;thodologiques successifs. Le premier brouille les fronti&#232;res entre les r&#244;les et les disciplines, estompant les distinctions initiales entre danseur&#183;euses, patient&#183;es, et chercheur&#183;euses au profit d'un collectif attentif &#224; ce qui compte pour chacun&#183;e. Le deuxi&#232;me d&#233;placement fait de la parole une pratique incorpor&#233;e. Dans le dialogue film&#233; entre H&#233;loise et Rachel, la parole n'est plus seulement un outil de t&#233;moignage mais une pratique en soi &#8211; situ&#233;e, relationnelle &#8211; en continuit&#233; avec le geste. Derri&#232;re la cam&#233;ra, le regard n'est plus neutre ou distant mais appartient &#224; un corps en relation, engag&#233; dans l'espace vis-&#224;-vis d'un autre corps ; ce que Thomas Fuchs (&lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;FUCHS Thomas, 2016, &#171; Intercorporeality and Interaffectivity &#187;, &lt;i&gt;in&lt;/i&gt; MEYER Christian, STREECK J&#252;rgen &amp; JORDAN Scott (eds), &lt;i&gt;Intercorporeality : Emerging Socialities in Interaction&lt;/i&gt;, Oxford, Oxford University Press, p. 194-204.&#034;&gt;2016&lt;/a&gt;) appelle une&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&#171; intercorpor&#233;it&#233; et interaffectivit&#233; &#187;, ici entre un corps dansant et un corps filmant. Ce regard incarn&#233; ouvre le troisi&#232;me d&#233;placement faisant de l'acte de filmer lui-m&#234;me un espace de soin : une attention au d&#233;tail qui importe, en dialogue. Cette r&#233;appropriation de la singularit&#233; s'&#233;prouve dans et par les corps en relation (B&#233;gu&#233; &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;BEGU&#201; Pauline, 2021. &lt;i&gt;Le soin, en compagnie d'Hannah Arendt : au-del&#224; de la biopolitique et du care&lt;/i&gt;, th&#232;se de philosophie soutenue le 14 d&#233;cembre 2021, sous la direction de Cynthia Fleury et Fr&#233;d&#233;ric Worms, ENS Ulm - Universit&#233; PSL, Paris.&#034;&gt;2021&lt;/a&gt;). Les &#233;changes entre les membres du collectif transdisciplinaire montrent comment la pr&#233;sence des autres fait soin &#8211; un faire-connaissance propre &#224; une &#233;thique du &lt;i&gt;care&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;a id=&#034;mur-obstrue-vue-hannah-maison-retraite-9&#034; name=&#034;mur-obstrue-vue-hannah-maison-retraite-9&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;a id=&#034;a4&#034; name=&#034;a4&#034;&gt;&lt;/a&gt;Exp&#233;rimenter le soin comme m&#233;thode&lt;/h3&gt; &lt;h4 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;a id=&#034;retour-camera-imaginaire-10&#034; name=&#034;retour-camera-imaginaire-10&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;a id=&#034;a4.1&#034; name=&#034;a4.1&#034;&gt;&lt;/a&gt;Un dispositif de recherche-cr&#233;ation &#224; partir des th&#233;ories du &lt;i&gt;care&lt;/i&gt; &lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Parmi les th&#233;oriciennes du &lt;i&gt;care&lt;/i&gt;, Sandra Laugier (&lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;LAUGIER Sandra, 2009. &#171; L'&#233;thique comme politique de l'ordinaire &#187;, &lt;i&gt;Multitudes&lt;/i&gt;, 2 (38-39), p. 80-88, https://doi.org/10.3917/mult.037.0080.&#034;&gt;2009&lt;/a&gt;, &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;LAUGIER Sandra, 2015. &#171; Care, environnement et &#233;thique globale &#187;, &lt;i&gt;Cahiers du genre&lt;/i&gt;, 59 (2), p. 127-152, https://doi.org/10.3917/cdge.059.0127.&#034;&gt;2015&lt;/a&gt;) propose un cadre analytique particuli&#232;rement proche de notre d&#233;marche. Elle envisage l'&#233;thique du &lt;i&gt;care&lt;/i&gt; comme une attention port&#233;e &#224; ce qui compte pour les personnes, &#224; ce qui fait sens pour elles, et &#224; ce qu'elles sont &#224; m&#234;me d'exprimer. Il s'agit de reconna&#238;tre ce qui compte vraiment &#171; en lien &#224; la vuln&#233;rabilit&#233; structurelle de l'exp&#233;rience &#187; (&lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;LAUGIER Sandra, 2009. &#171; L'&#233;thique comme politique de l'ordinaire &#187;, &lt;i&gt;Multitudes&lt;/i&gt;, 2 (38-39), p. 80-88, https://doi.org/10.3917/mult.037.0080.&#034;&gt;2009&lt;/a&gt; : 84). L'&#233;thique du &lt;i&gt;care&lt;/i&gt; est attentive aux relations particuli&#232;res que les personnes entretiennent avec les autres et avec leur milieu. La personne y est consid&#233;r&#233;e dans ses besoins fondamentaux, sa pr&#233;carit&#233; physique et sociale mais aussi dans ses capacit&#233;s et ses puissances d'agir. Cette &#233;thique, &#224; la fois politique et &#233;pist&#233;mologique, invite &#224; reconna&#238;tre la valeur des r&#233;alit&#233;s ordinaires et situ&#233;es, souvent rendues invisibles dans la pens&#233;e morale et politique. Le soin n'est pas un concept abstrait. Il se manifeste dans la mani&#232;re d'&#234;tre en relation, dans l'attention port&#233;e aux gestes, aux paroles et aux fa&#231;ons singuli&#232;res de vivre et d'agir. Le soin en tant qu'attention &#224; ce qui nous importe est une mani&#232;re souple d'&#234;tre pr&#233;sent&#183;e au monde &#8211; qui accueille ce qui vient et r&#233;siste aux habitudes de pens&#233;e (Depraz &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;DEPRAZ Natalie, 2010. &#171; Attention et conscience : &#224; la crois&#233;e de la ph&#233;nom&#233;nologie et des sciences cognitives &#187;, &lt;i&gt;Alter&lt;/i&gt;, 18, p. 203-226, https://doi.org/10.4000/alter.1683.&#034;&gt;2010&lt;/a&gt; ; Mol &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;MOL Anne-Marie, 2009. &lt;i&gt;Ce que soigner veut dire. Repenser le libre choix du patient&lt;/i&gt;. Paris, Presses des Mines.&#034;&gt;2009&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette perspective &#233;largit notre d&#233;finition du geste de soin : au-del&#224; du geste technique, il devient geste en relation, porteur de sens pour une intersubjectivit&#233; inscrite dans un contexte donn&#233;. Dans &lt;i&gt;Nos &lt;/i&gt;&lt;i&gt;gestes, nos soins, &lt;/i&gt;il se manifeste dans la mise en place du dispositif filmique, dans les danses improvis&#233;es et les discussions partag&#233;es, il est favoris&#233; par la juste proximit&#233; que chacun&#183;e tente d'entretenir. Progressivement, le projet passe d'une d&#233;marche de repr&#233;sentation des savoirs exp&#233;rientiels des patient&#183;es &#224; une exploration du dispositif lui-m&#234;me comme lieu de soin &#8211; et comme mani&#232;re de produire de la connaissance sur le soin, avec soin. En vue de cet objectif, tous les moyens disponibles sont mobilis&#233;s : m&#233;decine narrative, po&#233;sie, vid&#233;o, chor&#233;graphie, entretiens&#8230; Les r&#244;les institutionnels sont suspendus pour permettre d'&#234;tre autre chose qu'un ou une professionnel&#183;le, danseur&#183;euse, patient&#183;e, chercheur&#183;euse, ami&#183;e, ou tout cela &#224; la fois. La priorit&#233; est de cr&#233;er les conditions d'une attention &#224; ce qui compte pour chacun&#183;e. Dans un tel dispositif, la cam&#233;ra ne cherche pas &#224; abolir la distance, mais &#224; la requalifier : elle permet de regarder autrement, de rendre visible sans s&#233;parer. Ce n'est pas seulement ce que nous regardons ou filmons qui importe, mais depuis quel lieu et avec quelle pr&#233;sence nous le faisons. Ainsi, les gestes de soin apparaissent comme des gestes relationnels et sensibles, port&#233;s ici par un collectif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; travers la recherche-cr&#233;ation &lt;i&gt;Nos gestes, nos soins&lt;/i&gt;, nous souhaitons r&#233;habiliter la puissance &#233;pist&#233;mologique de l'attention. La pluralit&#233; des m&#233;diums (visuels, chor&#233;graphiques, narratifs) ouvre des regards multiples qui r&#233;introduisent du mouvement l&#224; o&#249; le soin risque d'&#234;tre fig&#233; ou r&#233;ifi&#233;. &#192; partir de gestes d'autosoins singuliers et intimes, &lt;i&gt;Nos gestes, nos soins&lt;/i&gt; d&#233;place, au sens litt&#233;ral comme figur&#233; &#8211; d'un corps &#224; un autre, d'un m&#233;dium &#224; un autre, d'un espace &#224; un autre &#8211; multipliant les modalit&#233;s d'approche, d'expression et d'interpr&#233;tation. Par leur &#171; transposition &#187;, pour reprendre l'expression de Rachel, dans d'autres corps, par leur mise en images, en parole et en dialogue avec les personnes concern&#233;es, ces gestes r&#233;sonnent autrement. Lorsqu'une improvisation fait surgir un geste ou une parole, lorsqu'un mouvement dans&#233; capte un moment partag&#233;, lorsque la cam&#233;ra, devenue corps, accompagne cette &#233;mergence, quelque chose se transforme. Un geste sans sujet n'est pas un geste de soin. Ce positionnement mobile, au sein du collectif, invite &#224; ressentir autrement la vie avec une maladie ou un handicap et aussi &#224; &#233;prouver ce qui, en chacun&#183;e, nous singularise.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;a id=&#034;des-rouges-des-verts-magnetophone-une-11&#034; name=&#034;des-rouges-des-verts-magnetophone-une-11&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;a id=&#034;a4.2&#034; name=&#034;a4.2&#034;&gt;&lt;/a&gt;Transmettre l'inach&#232;vement&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Comment partager un processus plut&#244;t qu'un r&#233;sultat ? Comment transmettre ce projet au-del&#224; de son contexte initial, sans figer ce qui en fait la force &#8211; sa dimension &#233;volutive et relationnelle ? Depuis ses d&#233;buts, le projet se pr&#233;sente sous diverses formes, au sein de diff&#233;rents contextes artistiques et scientifiques : projections par fragments, performances, conf&#233;rences perform&#233;es, atelier de cr&#233;ation chor&#233;graphique et cin&#233;matographique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour le d&#233;tail de ces &#233;tapes de transmission, voir le site : .&#034; id=&#034;nh3-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Aucune de ces productions n'est con&#231;ue comme un aboutissement : chacune constitue une forme transitoire, une trace, une &#233;tape du processus. Ces formes sont &#224; la fois des modes d'activit&#233; (Manning &amp; Massumi &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;MANNING Erin &amp; MASSUMI Brian, 2018. &lt;i&gt;Pens&#233;e en acte. Vingt propositions pour la recherche-cr&#233;ation&lt;/i&gt;. Paris, ArTeC ; Dijon, Les Presses du r&#233;el.&#034;&gt;2018&lt;/a&gt;) et d'expression collective. Elles d&#233;clenchent de nouvelles improvisations, de nouvelles fa&#231;ons de travailler ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;part, nous envisagions de cr&#233;er une performance documentaire ainsi qu'un long-m&#233;trage documentaire. Nous nous sommes rapidement rendu&#183;es compte que ces formes ne correspondaient pas &#224; ce que nous d&#233;couvrions pendant les &#233;v&#233;nements de cr&#233;ation. Nous ne souhaitions pas repr&#233;senter les gestes d'autosoins ni illustrer les savoirs exp&#233;rientiels mais exp&#233;rimenter collectivement ce que produire des savoirs dans une &#233;thique de soin pouvait signifier. Parmi les exp&#233;riences de transmission, l'une s'est r&#233;v&#233;l&#233;e particuli&#232;rement signifiante : un atelier de cr&#233;ation chor&#233;graphique anim&#233; par Rachel et Simon. Nous avons propos&#233; aux participant&#183;es d'explorer, avec leur corps, une s&#233;rie d'extraits issus de nos archives vid&#233;o. Pour cet atelier, quatre membres du collectif ont cr&#233;&#233; une biblioth&#232;que de gestes, un montage de six minutes regroupant quatorze gestes collect&#233;s depuis le d&#233;but du projet &#8211; des gestes d'autosoins et des gestes dans&#233;s. Ce dispositif visait &#224; brouiller les fronti&#232;res entre gestes archiv&#233;s et gestes perform&#233;s, entre corps en soin et corps en mouvement, entre exp&#233;riences individuelles et v&#233;cus collectifs. Le d&#233;but et la fin de chaque mouvement &#233;taient choisis au montage afin d'isoler les gestes. Il s'agissait ensuite, pour chacun&#183;e, de cr&#233;er une phrase chor&#233;graphique &#224; partir de cette biblioth&#232;que, c'est-&#224;-dire d'incorporer, agencer, voire de transformer les gestes dans son propre corps. Cet exercice a suscit&#233; un malaise et r&#233;v&#233;l&#233; un paradoxe f&#233;cond. La biblioth&#232;que de gestes recr&#233;ait un regard distant : les gestes semblaient priv&#233;s de leur subjectivit&#233; et les corps des participant&#183;es restaient bloqu&#233;s. Nous comprenons que l'image du soin ne r&#233;side pas seulement dans une gestuelle, elle rel&#232;ve d'une temporalit&#233; et d'une relation qui font na&#238;tre, r&#233;p&#233;ter et transformer chaque geste.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip_document_15777 spip_document spip_documents spip_document_video spip_document_avec_legende&#034; data-legende-len=&#034;203&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;div class=&#034;video-intrinsic-wrapper&#034; style='height:0;width:1920px;max-width:100%;padding-bottom:56.25%;position:relative;'&gt; &lt;div class=&#034;video-wrapper&#034; style=&#034;position: absolute;top:0;left:0;width:100%;height:100%;&#034;&gt; &lt;video class=&#034;mejs mejs-15777&#034; data-id=&#034;f062bcde7d5da08e0ca505cedaf828a0&#034; data-mejsoptions='{&#034;iconSprite&#034;: &#034;plugins-dist/dist/core/medias/lib/mejs/mejs-controls.svg&#034;,&#034;alwaysShowControls&#034;: true,&#034;pluginPath&#034;:&#034;plugins-dist/dist/core/medias/lib/mejs/&#034;,&#034;loop&#034;:false,&#034;videoWidth&#034;:&#034;100%&#034;,&#034;videoHeight&#034;:&#034;100%&#034;}' width=&#034;100%&#034; height=&#034;100%&#034; poster=&#034;local/cache-vignettes/L1000xH563/capture_d_e_cran_2026-01-26_a_10.51_11-f533c.png?1769421255&#034; controls=&#034;controls&#034; preload=&#034;none&#034; &gt; &lt;source type=&#034;video/mp4&#034; src=&#034;IMG/mp4/video_5.mp4&#034; /&gt; &lt;img src='https://www.ethnographiques.org/local/cache-vignettes/L500xH282/capture_d_e_cran_2026-01-26_a_10.51_11-f533c-9ddea.png?1771405656' width='500' height='282' alt='Impossible de lire la video' /&gt; &lt;/video&gt; &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre crayon document-titre-15777 '&gt;&lt;strong&gt;Vid&#233;o 5. Biblioth&#232;que de geste pour l'atelier chor&#233;graphique anim&#233; par Rachel et Simon
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif crayon document-descriptif-15777 '&gt;&lt;a href=&#034;https://vimeo.com/1013598353?fl=pl&amp;fe=sh&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://vimeo.com/1013598353?fl=pl&amp;fe=sh&lt;/a&gt;
&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_credits crayon document-credits-15777 '&gt;&#169;&#233;trang&#232;res, 2024
&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_lien_source'&gt;&lt;a name=&#034;doc-15777&#034; id=&#034;doc-15777&#034; href=&#034;https://www.ethnographiques.org/IMG/mp4/video_5.mp4&#034;&gt;https://www.ethnographiques.org/IMG/mp4/video_5.mp4&lt;/a&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;div class=&#034;base64javascript20484682976a08abf461e3a4.44941472&#034; title=&#034;PHNjcmlwdD4gdmFyIG1lanNwYXRoPSdwbHVnaW5zLWRpc3QvZGlzdC9jb3JlL21lZGlhcy9saWIvbWVqcy9tZWRpYWVsZW1lbnQtYW5kLXBsYXllci5taW4uanM/MTc3MzEyNjA1NScsbWVqc2Nzcz0ncGx1Z2lucy1kaXN0L2Rpc3QvY29yZS9tZWRpYXMvbGliL21lanMvbWVkaWFlbGVtZW50cGxheWVyLm1pbi5jc3M/MTc3MzEyNjA1NSc7CnZhciBtZWpzbG9hZGVyOwooZnVuY3Rpb24oKXt2YXIgYT1tZWpzbG9hZGVyOyJ1bmRlZmluZWQiPT10eXBlb2YgYSYmKG1lanNsb2FkZXI9YT17Z3M6bnVsbCxwbHVnOnt9LGNzczp7fSxpbml0Om51bGwsYzowLGNzc2xvYWQ6bnVsbH0pO2EuaW5pdHx8KGEuY3NzbG9hZD1mdW5jdGlvbihjKXtpZigidW5kZWZpbmVkIj09dHlwZW9mIGEuY3NzW2NdKXthLmNzc1tjXT0hMDt2YXIgYj1kb2N1bWVudC5jcmVhdGVFbGVtZW50KCJsaW5rIik7Yi5ocmVmPWM7Yi5yZWw9InN0eWxlc2hlZXQiO2IudHlwZT0idGV4dC9jc3MiO2RvY3VtZW50LmdldEVsZW1lbnRzQnlUYWdOYW1lKCJoZWFkIilbMF0uYXBwZW5kQ2hpbGQoYil9fSxhLmluaXQ9ZnVuY3Rpb24oKXshMD09PWEuZ3MmJmZ1bmN0aW9uKGMpe2pRdWVyeSgiYXVkaW8ubWVqcyx2aWRlby5tZWpzIikubm90KCIuZG9uZSwubWVqc19fcGxheWVyIikuZWFjaChmdW5jdGlvbigpe2Z1bmN0aW9uIGIoKXt2YXIgZT0hMCxoO2ZvcihoIGluIGQuY3NzKWEuY3NzbG9hZChkLmNzc1toXSk7Zm9yKHZhciBmIGluIGQucGx1Z2lucykidW5kZWZpbmVkIj09CnR5cGVvZiBhLnBsdWdbZl0/KGU9ITEsYS5wbHVnW2ZdPSExLGpRdWVyeS5nZXRTY3JpcHQoZC5wbHVnaW5zW2ZdLGZ1bmN0aW9uKCl7YS5wbHVnW2ZdPSEwO2IoKX0pKTowPT1hLnBsdWdbZl0mJihlPSExKTtlJiZqUXVlcnkoIiMiK2MpLm1lZGlhZWxlbWVudHBsYXllcihqUXVlcnkuZXh0ZW5kKGQub3B0aW9ucyx7c3VjY2VzczpmdW5jdGlvbihhLGMpe2Z1bmN0aW9uIGIoKXt2YXIgYj1qUXVlcnkoYSkuY2xvc2VzdCgiLm1lanNfX2lubmVyIik7YS5wYXVzZWQ/KGIuYWRkQ2xhc3MoInBhdXNpbmciKSxzZXRUaW1lb3V0KGZ1bmN0aW9uKCl7Yi5maWx0ZXIoIi5wYXVzaW5nIikucmVtb3ZlQ2xhc3MoInBsYXlpbmciKS5yZW1vdmVDbGFzcygicGF1c2luZyIpLmFkZENsYXNzKCJwYXVzZWQiKX0sMTAwKSk6Yi5yZW1vdmVDbGFzcygicGF1c2VkIikucmVtb3ZlQ2xhc3MoInBhdXNpbmciKS5hZGRDbGFzcygicGxheWluZyIpfWIoKTthLmFkZEV2ZW50TGlzdGVuZXIoInBsYXkiLGIsITEpOwphLmFkZEV2ZW50TGlzdGVuZXIoInBsYXlpbmciLGIsITEpO2EuYWRkRXZlbnRMaXN0ZW5lcigicGF1c2UiLGIsITEpO2EuYWRkRXZlbnRMaXN0ZW5lcigicGF1c2VkIixiLCExKTtnLmF0dHIoImF1dG9wbGF5IikmJmEucGxheSgpfX0pKX12YXIgZz1qUXVlcnkodGhpcykuYWRkQ2xhc3MoImRvbmUiKSxjOyhjPWcuYXR0cigiaWQiKSl8fChjPSJtZWpzLSIrZy5hdHRyKCJkYXRhLWlkIikrIi0iK2EuYysrLGcuYXR0cigiaWQiLGMpKTt2YXIgZD17b3B0aW9uczp7fSxwbHVnaW5zOnt9LGNzczpbXX0sZSxoO2ZvcihlIGluIGQpaWYoaD1nLmF0dHIoImRhdGEtbWVqcyIrZSkpZFtlXT1qUXVlcnkucGFyc2VKU09OKGgpO2IoKX0pfShqUXVlcnkpfSk7YS5nc3x8KCJ1bmRlZmluZWQiIT09dHlwZW9mIG1lanNjc3MmJmEuY3NzbG9hZChtZWpzY3NzKSxhLmdzPWpRdWVyeS5nZXRTY3JpcHQobWVqc3BhdGgsZnVuY3Rpb24oKXthLmdzPSEwO2EuaW5pdCgpO2pRdWVyeShhLmluaXQpO29uQWpheExvYWQoYS5pbml0KX0pKX0pKCk7PC9zY3JpcHQ+&#034;&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dans une deuxi&#232;me it&#233;ration, nous choisissons d'explorer l'&#233;cart entre l'improvisation chor&#233;graphique et le cin&#233;ma documentaire. Alors que le corps du danseur&#183;euse devient un lieu de m&#233;moire des mouvements pass&#233;s et pr&#233;sents, o&#249; les savoirs se transforment sans cesse, le documentaire, lui, tend &#224; fixer les v&#233;cus, &#224; en archiver les formes &#224; un instant donn&#233;. Entre les deux, s'ouvre un espace de dialogue mouvant, o&#249; l'image n'arr&#234;te plus le geste en le fixant mais l'accompagne. C'est cette dynamique que nous cherchons &#224; transmettre : un mouvement continu entre les diff&#233;rents m&#233;diums, les disciplines et les regards, pour faire sentir la dimension vivante de tout savoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors d'une performance en novembre 2023 &#224; la Villa Arson, le collectif investit un espace de galerie pour y organiser un &#171; tournage ouvert &#187; . Il s'agissait de montrer un&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&#233;v&#233;nement de cr&#233;ation en cours, sans s&#233;parer la recherche-cr&#233;ation de sa monstration. Comme l'explique Simon :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Tout au long de ce projet, l'id&#233;e de corps comme archive est pr&#233;sente. Nous souhaitons documenter et r&#233;actualiser ces gestes, ces savoirs. Dans l'id&#233;e d'archiver, il y a le fait de classer, voire de classifier. Nous nous situons peut-&#234;tre &#224; l'oppos&#233;, dans une d&#233;marche de mise en commun, de mise en lien, de d&#233;classification. Rendre visible sans diff&#233;rencier ni marginaliser mais plut&#244;t ramener &#224; soi, relier entre elles ces exp&#233;riences.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Pendant cette performance, Rachel et H&#233;lo&#239;se improvisent ; leurs lignes corporelles se r&#233;pondent, tandis que St&#233;phanie les interpelle pour &#233;voquer ses contractions musculaires. Le public peut circuler, &#233;changer avec le collectif, intervenir. La cam&#233;ra participe &#224; la cr&#233;ation de l'espace en s'approchant des danseuses et des membres du collectif. La filmeuse, de par sa proximit&#233;, cr&#233;e une intimit&#233; sensible entre les personnes pr&#233;sentes. Les paroles, parfois inaudibles, invitent &#224; s'approcher, &#224; se d&#233;placer et &#224; s'impliquer davantage. Comme l'&#233;crit Emma Big&#233; (&lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;BIG&#201; Emma, 2023. &lt;i&gt;Mouvementements : &#201;copolitique de la danse&lt;/i&gt;. Paris, La D&#233;couverte.&#034;&gt;2023&lt;/a&gt; : 14), la strat&#233;gie consiste &#224; parler &#171; depuis &#187; la danse (depuis le studio ou la sc&#232;ne) plut&#244;t qu'&#171; &#224; propos &#187; d'elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; tournage ouvert &#187; a dur&#233; deux heures, sans d&#233;but ni fin, sans applaudissements ni climax. Malgr&#233; l'intention de dissoudre les fronti&#232;res de l'espace sc&#233;nique, une s&#233;paration entre cr&#233;ateur&#183;rices et spectateur&#183;rices a subsist&#233;. En revanche, au sein du collectif, chacun&#183;e a trouv&#233; l'opportunit&#233; de devenir cr&#233;ateur&#183;rice de la performance, en endossant, parfois simultan&#233;ment, diff&#233;rents r&#244;les et/ou positions. Ce fut notamment le cas de St&#233;phanie qui n'&#233;tait plus simple spectatrice d'une performance sur ses gestes d'autosoins. Par sa parole, elle intervient en direct et modifie la proposition chor&#233;graphique dans l'instant.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;a id=&#034;conclusion-generale-12&#034; name=&#034;conclusion-generale-12&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;a id=&#034;a5&#034; name=&#034;a5&#034;&gt;&lt;/a&gt;Conclusion. Soigner le regard, &#233;prouver le d&#233;placement&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Ce projet de recherche-cr&#233;ation ne cherche pas &#224; r&#233;soudre les tensions entre regard, image et soin, mais &#224; les rendre op&#233;rantes. En cela, il participe d'une r&#233;flexion plus large sur les formes &#233;thiques de visualit&#233; : comment rendre visible sans capturer ? Comment filmer sans s&#233;parer ? Comment penser le regard comme une modalit&#233; de soin ? La multiplicit&#233; des dispositifs n'efface pas les contradictions : elle les rend sensibles et travaillables, &#224; m&#234;me de produire du savoir. Ces &#233;carts &#8211; entre corps et images, entre pr&#233;sence et repr&#233;sentation &#8211; constituent la mati&#232;re m&#234;me de la recherche-cr&#233;ation, sa puissance critique et politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne suffit pas de montrer les gestes d'autosoins pour induire un changement de perspective. Ce qui compte, c'est la mani&#232;re dont ces gestes sont collectivement mis en mots, en images, en danse, en discussion. &#192; ce stade de notre cheminement, &lt;i&gt;Nos gestes, nos soins&lt;/i&gt; appara&#238;t moins comme un projet visant &#224; rendre visibles les gestes d'autosoins que comme une exp&#233;rimentation collective o&#249; le soin se tisse par et dans la cr&#233;ation. Trois formes de d&#233;placement traversent le dispositif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier d&#233;placement, &#233;pist&#233;mologique, interroge la position de celle ou celui qui regarde &#8211; qu'il ou elle filme, observe, ou interpr&#232;te. Regarder, filmer, chor&#233;graphier ou analyser sont toujours des actions situ&#233;es, impliqu&#233;es, incarn&#233;es. Toute production de savoir &#8211; et &lt;i&gt;a fortiori&lt;/i&gt; toute production visuelle &#8211; est relationnelle et travers&#233;e par des affects. La cam&#233;ra n'est jamais neutre : elle est un corps, tout comme le regard du spectateur, du chercheur, du danseur ou du m&#233;decin. Le regard engage des formes de pr&#233;sence, des asym&#233;tries, des r&#233;cits. Le soin n'est plus film&#233; ni observ&#233; comme un objet stable ou reproductible : il se coconstruit dans l'espace m&#234;me de la relation, dans l'incertitude et l'ajustement. La recherche-cr&#233;ation ne produit pas seulement des connaissances sur le soin, elle explore les conditions de production de formes de connaissance qui prennent soin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le deuxi&#232;me d&#233;placement, m&#233;thodologique, refuse les formats ferm&#233;s de restitution et assume une esth&#233;tique de l'inach&#232;vement. Le projet reconfigure les modes habituels de la recherche en sciences sociales. Cette esth&#233;tique ne cherche pas &#224; conclure, mais &#224; maintenir ouvert l'espace de l'attention. Elle s'inscrit dans le sillage d'une anthropologie visuelle du &lt;i&gt;care&lt;/i&gt; o&#249; les images ne visent pas &#224; expliquer mais &#224; faire ressentir, &#224; ouvrir un espace de r&#233;sonance partag&#233;e. Le regard y devient m&#233;thode, au sens d'une mani&#232;re d'&#234;tre avec, d'entrer en relation, de rendre possible une copr&#233;sence sensible et r&#233;flexive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, le troisi&#232;me d&#233;placement, &#233;thique et politique, red&#233;finit le soin comme relation coaffect&#233;e, non hi&#233;rarchique et situ&#233;e. Il met au jour les conditions sociales et corporelles de la production des images et des gestes : qui parle, qui regarde, qui est visible, selon quelles modalit&#233;s. Le soin n'est pas seulement un objet &#224; restituer ; il suppose une redistribution de la parole, de l'espace, de la visibilit&#233;, et donc du pouvoir d'agir (Laugier &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;LAUGIER Sandra, 2009. &#171; L'&#233;thique comme politique de l'ordinaire &#187;, &lt;i&gt;Multitudes&lt;/i&gt;, 2 (38-39), p. 80-88, https://doi.org/10.3917/mult.037.0080.&#034;&gt;2009&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La recherche-cr&#233;ation appara&#238;t ainsi comme une m&#233;thode &#224; part enti&#232;re, un processus qui transforme les mani&#232;res de voir, de sentir, de penser et de se relier. Comme le propose Erin Manning (&lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;MANNING Erin, 2019. &lt;i&gt;Le geste mineur&lt;/i&gt;, traduit de l'anglais par Aline Wiame. Dijon, Les Presses du r&#233;el. (2016. &lt;i&gt;The minor gesture&lt;/i&gt;).&#034;&gt;2019&lt;/a&gt;), la recherche-cr&#233;ation devient signifiante lorsqu'elle trouble l'ordre &#233;tabli et rend pensables d'autres formes de relation, d'attention et de pr&#233;sence. Ce que nous apprenons, c'est que la forme elle-m&#234;me - le cadre, le rythme, le regard - peut faire soin. Le soin n'est plus seulement dans ce qui est montr&#233;, mais dans les conditions de la mise en relation. Lorsque le dispositif est travers&#233; par une &#233;thique de l'attention, il devient &#224; la fois moyen d'enqu&#234;te, espace de cr&#233;ation et exp&#233;rience de soin. Regarder &#8211; filmer, voir, interpr&#233;ter &#8211; devient un acte de soin partag&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nous utilisons le terme &#8220;autonomie&#8221; dans le sens d'une autonomie relationnelle, entendue comme une capacit&#233; d'agir qui se construit &#224; partir de nos relations d'interd&#233;pendance et de notre vuln&#233;rabilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les savoirs exp&#233;rientiels en sant&#233; d&#233;signent les savoirs des patient&#183;es (et/ou de leurs proches) issu&#183;es de la vie avec la maladie, ainsi que ceux des professionnel&#183;les de sant&#233; issus de leur exp&#233;rience de soignant&#183;es.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Hanga T&#243;th, Yohana Benattar et Simon Le Borgne.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le CI3P est une entit&#233; du D&#233;partement d'enseignement et de recherche de m&#233;decine g&#233;n&#233;rale de l'Universit&#233; C&#244;te d'Azur. Il a pour mission de d&#233;velopper le partenariat de soin avec les patient&#183;es selon une approche syst&#233;mique dans l'enseignement, les milieux de soin et la recherche. Il est codirig&#233; institutionnellement par David Darmon (m&#233;decin) et Luigi Flora (patient) et dirig&#233; op&#233;rationnellement par Jean-Michel Benattar (m&#233;decin) et Luigi Flora, tous deux &#224; l'origine de la cr&#233;ation du dipl&#244;me universitaire &#171; Art du soin en partenariat avec les patients &#187; de la facult&#233; de m&#233;decine, Universit&#233; C&#244;te d'Azur, dans lequel Arnaud Halloy est intervenu r&#233;guli&#232;rement au sein de l'&#233;quipe p&#233;dagogique en tant qu'anthropologue.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pauline B&#233;gu&#233;, Marielle Ravot-Carayol, Natacha Mendjisky, Arnaud Halloy, St&#233;phanie Faur&#233;, Jean-Michel Benattar, Luigi Flora, Rachel Paul, H&#233;lo&#239;se Jocqueviel, Jesse O'Scanlan.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;St&#233;phanie Faur&#233;, patiente-chercheuse vivant avec une paralysie c&#233;r&#233;brale, intervient &#224; la Facult&#233; de m&#233;decine de Nice dans le Dipl&#244;me universitaire &#171; Art du soin en partenariat avec le patient &#187; et dans le d&#233;veloppement d'outils d'&#233;valuation des &#233;tudiant&#183;es en sant&#233; (les ECOS). Elle a cofond&#233; l'association Patients avec paralysie c&#233;r&#233;brale avec d'autres patient&#183;es investi&#183;es dans l'&#233;ducation th&#233;rapeutique et la recherche en sant&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Marielle Ravot est consultante, charg&#233;e de mission en direction et &#233;valuation d'&#233;tablissements m&#233;dico-sociaux. Titulaire d'un master de sant&#233; publique et du dipl&#244;me universitaire &#171; L'Art du soin en partenariat avec le patient &#187;, elle d&#233;veloppe plusieurs activit&#233;s en tant que patiente partenaire et a &#339;uvr&#233; dans l'&#233;ducation th&#233;rapeutique aupr&#232;s de personnes vivant avec une maladie chronique.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir le site &lt;a href=&#034;https://etrangeresproductions.com/nos-gestes-nos-soins&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://etrangeresproductions.com/nos-gestes-nos-soins&lt;/a&gt; pour en savoir plus sur l'historique du projet.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Natacha Mendjisky, r&#233;f&#233;rente de la d&#233;l&#233;gation ni&#231;oise de l'association &#171; Mieux vivre le lymph&#339;d&#232;me &#187; a initi&#233; des permanences de consultations en lymphologie &#224; l'H&#244;pital Pasteur de Nice avec les docteurs Pascal Giordana et Verena Fassbender. Elle y accueille des patient&#183;es en bin&#244;me avec ces m&#233;decins et anime des ateliers d'autosoin.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Chez Henri Bergson, la sympathie d&#233;signe une forme de connaissance intuitive qui permet d'entrer dans la dur&#233;e v&#233;cue d'un &#234;tre ou d'un ph&#233;nom&#232;ne, non par observation mais par participation sensible &#224; son mouvement int&#233;rieur. Elle suppose une disposition &#224; ressentir avec, &#224; se laisser affecter, &#224; entrer en r&#233;sonance avec le temps propre de l'autre. Comme il l'&#233;crit dans &lt;i&gt;L'&#201;volution cr&#233;atrice&lt;/i&gt; (&lt;a href=&#034;/spip.php ?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;BERGSON Henri, 2013 (1907). &lt;i&gt;L'&#233;volution cr&#233;atrice&lt;/i&gt;. &#233;d. Fr&#233;d&#233;ric Worms. Paris, Presses universitaires de France, (Quadrige).&#034;&gt;1907&lt;/a&gt;) : &#171; Il y a des r&#233;alit&#233;s que seule la sympathie peut faire conna&#238;tre : il ne suffit pas de les observer, il faut vivre en elles. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour le d&#233;tail de ces &#233;tapes de transmission, voir le site : &lt;a href=&#034;https://etrangeresproductions.com/nos-gestes-nos-soins&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://etrangeresproductions.com/nos-gestes-nos-soins&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;BEGU&#201; Pauline, 2021. &lt;i&gt;Le soin, en compagnie d'Hannah Arendt : au-del&#224; de la biopolitique et du care&lt;/i&gt;, th&#232;se de philosophie soutenue le 14 d&#233;cembre 2021, sous la direction de Cynthia Fleury et Fr&#233;d&#233;ric Worms, ENS Ulm - Universit&#233; PSL, Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;BERGSON Henri, 2013 (1907). &lt;i&gt;L'&#233;volution cr&#233;atrice&lt;/i&gt;. &#233;d. Fr&#233;d&#233;ric Worms. Paris, Presses universitaires de France, (Quadrige).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;BIG&#201; Emma, 2023. &lt;i&gt;Mouvementements : &#201;copolitique de la danse&lt;/i&gt;. Paris, La D&#233;couverte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;COULTER Angela, 2011. &lt;i&gt;Engaging Patients in Healthcare&lt;/i&gt;. Berkshire, Open University Press.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;DEPRAZ Natalie, 2010. &#171; Attention et conscience : &#224; la crois&#233;e de la ph&#233;nom&#233;nologie et des sciences cognitives &#187;, &lt;i&gt;Alter&lt;/i&gt;, 18, p. 203-226, &lt;a href=&#034;https://doi.org/10.4000/alter.1683&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://doi.org/10.4000/alter.1683&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;DOKUMACI Arseli, 2023. &lt;i&gt;Activist Affordances. How Disabled People Improvise More Habitable Worlds&lt;/i&gt;. Durham, Duke University Press.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;FAURE Sylvane, HALLOY Arnaud, KARCHER Brigitte, FLORA Luigi, COLAZZO Graziella, BARBAROUX, Adriaan, BALEZ &#201;ric &amp; BONARDI Christine (dir.), 2020. &#171; Polyphonies sur les enjeux du partenariat patient au temps du Covid-19 &#187;, &lt;i&gt;Revue de Neuropsychologie&lt;/i&gt;, 12 (2), p. 232-237, &lt;a href=&#034;https://doi.org/10.1684/nrp.2020.0580&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://doi.org/10.1684/nrp.2020.0580&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;FUCHS Thomas, 2016, &#171; Intercorporeality and Interaffectivity &#187;, &lt;i&gt;in&lt;/i&gt; MEYER Christian, STREECK J&#252;rgen &amp; JORDAN Scott (eds), &lt;i&gt;Intercorporeality : Emerging Socialities in Interaction&lt;/i&gt;, Oxford, Oxford University Press, p. 194-204.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;HARAWAY Donna J., 2007. &#171; Savoirs situ&#233;s : la question de la science dans le f&#233;minisme et le privil&#232;ge de la perspective partielle &#187;, &lt;i&gt;in&lt;/i&gt; HARAWAY Donna, &lt;i&gt;Manifeste cyborg et autres essais. Sciences, fictions, f&#233;minismes&lt;/i&gt;, Paris, Exils &#233;diteur, p. 107-142.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;GILLIGAN Carol, 1986. &lt;i&gt;Une voix diff&#233;rente. Pour une &#233;thique du &lt;/i&gt;care. Paris, Flammarion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LAUGIER Sandra, 2006. &#171; Care et perception, l'&#233;thique comme attention au particulier &#187;, in PAPERMAN Patricia &amp; LAUGIER Sandra, &lt;i&gt;Le souci des autres, &#233;thique et politique du care&lt;/i&gt;, Paris, &#201;ditions de l'EHESS, (Raisons Pratiques).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LAUGIER Sandra, 2009. &#171; L'&#233;thique comme politique de l'ordinaire &#187;, &lt;i&gt;Multitudes&lt;/i&gt;, 2 (38-39), p. 80-88, &lt;a href=&#034;https://doi.org/10.3917/mult.037.0080&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://doi.org/10.3917/mult.037.0080&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LAUGIER Sandra, 2015. &#171; Care, environnement et &#233;thique globale &#187;, &lt;i&gt;Cahiers du genre&lt;/i&gt;, 59 (2), p. 127-152, &lt;a href=&#034;https://doi.org/10.3917/cdge.059.0127&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://doi.org/10.3917/cdge.059.0127&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;MANNING Erin, 2019. &lt;i&gt;Le geste mineur&lt;/i&gt;, traduit de l'anglais par Aline Wiame. Dijon, Les Presses du r&#233;el. (2016. &lt;i&gt;The minor gesture&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;MANNING Erin &amp; MASSUMI Brian, 2018. &lt;i&gt;Pens&#233;e en acte. Vingt propositions pour la recherche-cr&#233;ation&lt;/i&gt;. Paris, ArTeC ; Dijon, Les Presses du r&#233;el.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;MOL Anne-Marie, 2009. &lt;i&gt;Ce que soigner veut dire. Repenser le libre choix du patient&lt;/i&gt;. Paris, Presses des Mines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;POLS Jeannette, 2013. &#8220;Knowing patients : Turning Patient Knowledge into Science, &lt;i&gt;Science, Technology &amp; Human Values&lt;/i&gt;, 39 (1), p. 73-97, &lt;a href=&#034;https://doi.org/10.1177/0162243913504306&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://doi.org/10.1177/0162243913504306&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;TRONTO Joan C., 2009. &lt;i&gt;Un monde vuln&#233;rable : pour une politique du care&lt;/i&gt;, traduit de l'anglais par Fr&#233;d&#233;ric Joly. Paris, La D&#233;couverte. (1993. &lt;i&gt;Moral Boundaries : A Political Argument for an Ethic of Care&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le film fait maison : quand la production documentaire devient un lieu de care </title>
		<link>https://www.ethnographiques.org/2025/Leresche_Aubert</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.ethnographiques.org/2025/Leresche_Aubert</guid>
		<dc:date>2026-02-18T09:04:49Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Aubert_Baptiste, Leresche_Fr&#233;d&#233;rique</dc:creator>


		<dc:subject>ArticleNumero</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Cet article explore le projet &lt;i&gt;Le film fait maison&lt;/i&gt;, dans lequel des personnes ayant v&#233;cu ou vivant des situations de pr&#233;carit&#233; r&#233;sidentielle r&#233;alisent leurs propres courts-m&#233;trages documentaires sur ce que la maison signifie pour elles. En confiant la cam&#233;ra aux participants et participantes, le projet vise &#224; d&#233;centrer la production du savoir sur le sans-abrisme et &#224; interroger les repr&#233;sentations victimisantes qui dominent l'espace public. L'article met en lumi&#232;re les frictions qui traversent le processus collaboratif : entre d&#233;sir de montrer et n&#233;cessit&#233; de se prot&#233;ger, entre attentes de recherche et contraintes du v&#233;cu, entre id&#233;al d'une pleine participation et asym&#233;tries persistantes. Il montre comment ces tensions deviennent des espaces de savoir et de soin, r&#233;v&#233;lant la mani&#232;re dont la cr&#233;ation partag&#233;e peut devenir une &#233;thique pratique du &lt;i&gt;care&lt;/i&gt; &#8211; soin de soi, soin des autres et soin du r&#233;cit collectif. &#192; travers l'analyse du processus de r&#233;alisation de trois films (&lt;i&gt;&#224; lundi&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Le Banc&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Ill&#233;gal&lt;/i&gt;), l'article montre comment les protagonistes s'approprient la cam&#233;ra pour rendre visibles leurs exp&#233;riences, n&#233;gocier leur visibilit&#233; et transformer leur vuln&#233;rabilit&#233; en prise de parole politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;mots-cl&#233;s :&lt;/strong&gt; sans-abrisme, &lt;i&gt;care&lt;/i&gt;, savoirs situ&#233;s, recherche-cr&#233;ation, cin&#233;ma documentaire, &#233;pist&#233;mologie&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.ethnographiques.org/2025/numero-49/" rel="directory"&gt;Num&#233;ro 49 - d&#233;cembre 2025 Regarder le soin, soigner le regard : vers une anthropologie r&#233;flexive du care&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.ethnographiques.org/ArticleNumero" rel="tag"&gt;ArticleNumero&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;Homemaking : when documentary production becomes an act of care&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
This article explores the project &lt;i&gt;Le film fait maison&lt;/i&gt;, in which people who have experienced or are currently experiencing housing precarity create their own short documentary films about what &#8220;home&#8221; means to them. By handing the camera to participants, the project seeks to decenter the production of knowledge about homelessness and to challenge the victimizing representations that dominate the public sphere. The article highlights the frictions that runs through the collaborative process : between the desire to show and the need for protection, between research expectations and lived constraints, between the ideal of full participation and persistent asymmetries. It shows how these tensions become spaces of knowledge and care, revealing how shared creation can turn into a practical ethics of care &#8212; care for oneself, for others, and for the collective narrative. Through an examination of the filmmaking process behind three works (&#224; &lt;i&gt;lundi&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Le Banc&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Ill&#233;gal&lt;/i&gt;), the article analyses how participants appropriate the camera to make their experiences visible, negotiate their visibility, and transform vulnerability into political voice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;keywords :&lt;/strong&gt; homelessness, care, situated knowledge, creative arts enquiry, documentary film, epistemology &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;a id=&#034;prologue-0&#034; name=&#034;prologue-0&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;a id=&#034;a1&#034; name=&#034;a1&#034;&gt;&lt;/a&gt;Introduction : Savoir situ&#233;s et r&#233;appropriations narratives du sans-abrisme&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;&#192; chaque hiver, la duret&#233; des situations de sans-abrisme est rappel&#233;e au grand public par la diffusion de reportages journalistiques. S'ils contribuent &#224; rendre visibles la question du logement et les in&#233;galit&#233;s li&#233;es aux politiques d'urgence, ces reportages reproduisent souvent un discours victimisant et surplombant qui invisibilise les personnes concern&#233;es. Le recours syst&#233;matique au floutage, par exemple, installe une fronti&#232;re essentialisante entre un &#171; nous &#187; (journalistes, travailleur&#183;euses sociaux&#183;ales, spectateur&#183;rices) et un &#171; eux &#187; (personnes pr&#233;caris&#233;es, racis&#233;es, criminalis&#233;es). Ces productions tendent &#224; figer les personnes sans-abri dans des r&#244;les passifs, r&#233;duites &#224; la souffrance et &#224; la d&#233;pendance, et &#224; mettre en avant les situations les plus extr&#234;mes au d&#233;triment de formes plus diffuses de pr&#233;carit&#233; r&#233;sidentielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet article propose d'autres repr&#233;sentations et r&#233;cits. Il s'appuie sur le projet collaboratif &lt;i&gt;Le film fait maison&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le titre original du projet est : &#171; Non-take up of emergency shelters by (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, au sein duquel des personnes ayant v&#233;cu ou vivant des situations de pr&#233;carit&#233; r&#233;sidentielle r&#233;alisent leurs propres courts-m&#233;trages documentaires sur ce que la maison signifie pour elles. Ce projet s'inscrit dans la lign&#233;e des enqu&#234;tes ethnographiques qui cherchent &#224; rendre compte des exp&#233;riences v&#233;cues et &#224; &#233;chapper ainsi aux biais de la victimisation en soulignant les capacit&#233;s d'action, les imaginaires et les savoirs situ&#233;s d&#233;velopp&#233;s par les personnes concern&#233;es (Bruneteaux &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;BRUNETEAUX Patrick, 2016. &lt;i&gt;Les mondes r&#234;v&#233;s de Georges : fabrications identitaires et alternatives &#224; la domination&lt;/i&gt;. Rennes, Presses universitaires de Rennes.&#034;&gt;2016&lt;/a&gt; ; Gaboriau &amp; Terrolle &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;GABORIAU Patrick &amp; TERROLLE Daniel, 2003. &lt;i&gt;Ethnologie des sans logis : &#233;tude d'une forme de domination sociale&lt;/i&gt;. Paris, l'Harmattan.&#034;&gt;2003&lt;/a&gt; ; Rullac &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;RULLAC St&#233;phane, 2010. &#171; Le mis&#233;rabilisme dans l'action sociale : un racisme d'&#201;tat contemporain ? L'exemple de la prise en charge des SDF depuis 1992 &#187;, &lt;i&gt;Nouvelles pratiques sociales&lt;/i&gt;, 22 (2), p. 176-185, https://doi.org/10.7202/044227ar.&#034;&gt;2010&lt;/a&gt; ; Terrolle &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;TERROLLE, Daniel, 2004. &#171; La ville dissuasive : l'envers de la solidarit&#233; avec les sdf &#187;, Sociologie. &lt;i&gt;Espaces et soci&#233;t&#233;s&lt;/i&gt; 116-117 (1), p. 143&#8209;57, https://doi.org/10.3917/esp.116.0143.&#034;&gt;2004&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre approche vise &#224; rompre avec les formes de domination &#233;pist&#233;mique qui fa&#231;onnent la production de savoir sur le ph&#233;nom&#232;ne du sans-abrisme. Dans ce cadre, la d&#233;marche filmique se veut un outil de r&#233;appropriation narrative, permettant aux individus de produire et diffuser leurs propres r&#233;cits, en donnant un autre cadre institutionnel &#224; la d&#233;marche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Inviter des personnes en situation de pr&#233;carit&#233; &#224; prendre la cam&#233;ra ne va toutefois pas de soi. La d&#233;marche n&#233;cessite de penser un protocole le plus clair possible, de mani&#232;re &#224; faire &#233;merger une parole et un geste cin&#233;matographique assum&#233;s (Leresche &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;LERESCHE Fr&#233;d&#233;rique, 2025. &#171; Enjeux &#233;pist&#233;mologiques et &#233;thiques d'une recherche collaborative audiovisuelle : la mise en voix et en images des situations liminaires &#187;, &lt;i&gt;Revue fran&#231;aise des affaires sociales&lt;/i&gt;, p. 115&#8209;135.&#034;&gt;2025&lt;/a&gt;). Elle r&#233;v&#232;le aussi des asym&#233;tries entre chercheur&#183;euses et r&#233;alisateur&#183;ices, qui traduisent des rapports diff&#233;rents &#224; la probl&#233;matique selon l'exp&#233;rience v&#233;cue. L'article revient sur ces frictions et montre en quoi ce dispositif collaboratif permet n&#233;anmoins de faire &#233;merger des savoirs sp&#233;cifiques et situ&#233;s, construits &#224; partir de l'exp&#233;rience des personnes concern&#233;es par le sans-abrisme.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;a id=&#034;pourquoi-metaphore-cinematographique-1&#034; name=&#034;pourquoi-metaphore-cinematographique-1&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;a id=&#034;a2&#034; name=&#034;a2&#034;&gt;&lt;/a&gt;Le cadre du projet&lt;/h3&gt; &lt;h4 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;a id=&#034;une-consideration-autre-2&#034; name=&#034;une-consideration-autre-2&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;a id=&#034;a2.1&#034; name=&#034;a2.1&#034;&gt;&lt;/a&gt;Le sans-abrisme et la silenciation/invisibilisation des personnes et des discours&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;En Suisse romande, une r&#233;cente &#233;valuation du dispositif vaudois d'h&#233;bergements d'urgence (Gutjahr, Leresche &amp; Rao Dhananka &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;GUTJAHR Elisabeth, LERESCHE Fr&#233;d&#233;rique &amp; RAO DHANANKA Swetha, 2023. &lt;i&gt;&#201;valuation du dispositif d'h&#233;bergement d'urgence dans le canton de Vaud&lt;/i&gt;. Lausanne, Direction g&#233;n&#233;rale de la coh&#233;sion sociale.&#034;&gt;2023&lt;/a&gt;) a montr&#233; que les structures d'accueil et les politiques publiques reproduisent des formes d'exclusion de certaines populations. Notamment pour les personnes avec un titre de s&#233;jour pr&#233;caire ou sans-papiers, qui constituent la grande majorit&#233; des personnes qui viennent demander de l'aide dans les dispositifs existants ; et se voient exclues de ces derniers en raison des lois migratoires qui les maintiennent dans les marges du salariat et des droits qui y sont corr&#233;l&#233;s (de Coulon &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;DE COULON Giada, 2019. &lt;i&gt;L'ill&#233;galit&#233; r&#233;guli&#232;re. Ethnographie du r&#233;gime de l'aide d'urgence en Suisse&lt;/i&gt;. Lausanne, Antipodes.&#034;&gt;2019&lt;/a&gt; ; Turtschi, de Coulon &amp; Malka &lt;a href='https://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void' class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;TURTSCHI Elisa, DE COULON Giada &amp; MALKA Sophie, 2022. &#171; Insertion professionnelle des permis S. Une communication discriminante et sans fondement &#187;, https://asile.ch/2022/09/12/insertion-professionnelle-des-permis-s-une-communication-discriminante-et-sans-fondement/.&#034;&gt;2022&lt;/a&gt;). Ensuite, les femmes restent peu repr&#233;sent&#233;es parmi les personnes qui fr&#233;quentent les h&#233;bergements d'urgence, bien qu'elles y soient souvent per&#231;ues comme un public vuln&#233;rable. L'adaptation des structures &#224; leurs besoins passe par des ajustements minimaux &#8211; comme des &#233;tages s&#233;par&#233;s ou un droit de s&#233;jour prolong&#233;. Rosane Braud et Marie Loison soulignent que ces dispositifs sont g&#233;n&#233;ralement con&#231;us sur un mod&#232;le masculin, dans une logique universaliste qui ignore les sp&#233;cificit&#233;s des parcours f&#233;minins, marqu&#233;s par des exp&#233;riences de violence, de maternit&#233; ou de d&#233;pendance &#233;conomique (&lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;BRAUD Rosane &amp; LOISON Marie, 2022. &#171; Le sans-abrisme au f&#233;minin. Quand les haltes pour femmes interrogent les dispositifs d'urgence sociale &#187;, &lt;i&gt;Travail, genre et soci&#233;t&#233;s&lt;/i&gt;, 47 (1), p. 131&#8209;147, https://doi.org/10.3917/tgs.047.0131.&#034;&gt;2022&lt;/a&gt; : 132). Un constat similaire peut &#234;tre fait en Suisse, o&#249; une recherche r&#233;cente montre que la d&#233;finition androcentr&#233;e de l'urgence tend &#224; renforcer la pr&#233;carit&#233; des femmes sans-abri plut&#244;t qu'&#224; favoriser leur stabilisation (Leresche, Colombo &amp; de Coulon &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;LERESCHE Fr&#233;d&#233;rique, COLOMBO Annamaria &amp; DE COULON Giadam 2025. &#171; Ni maison, ni r&#233;pit : une analyse f&#233;ministe de l'urgence &#224; partir de l'exp&#233;rience de femmes sans-abri en Suisse &#187;, &lt;i&gt;Pens&#233;e plurielle&lt;/i&gt;, 60 (1), p. 49&#8209;64, https://doi.org/10.3917/pp.060.0049.&#034;&gt;2025&lt;/a&gt;). Finalement, les personnes LGBTQIA+ demeurent largement invisibilis&#233;es dans les dispositifs d'h&#233;bergement d'urgence. Comme le montrent &#233;galement les travaux de No&#233;mi Stella (&lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;STELLA No&#233;mi, 2023. &lt;i&gt;La pr&#233;carit&#233; r&#233;sidentielle &#224; l'aune de l'orientation sexuelle et de l'identit&#233; de genre. Une analyse longitudinale des modes d'h&#233;bergement des personnes LGBTQ+ sans logement personnel en &#206;le-de-France&lt;/i&gt;, th&#232;se de doctorat, Paris, &#201;cole des hautes &#233;tudes en sciences sociales.&#034;&gt;2023&lt;/a&gt;), ni les statistiques, ni les formations professionnelles, ni les modalit&#233;s institutionnelles ne prennent en compte leurs besoins sp&#233;cifiques. Ces dispositifs produisent ainsi une double exclusion : ils renforcent la marginalisation d&#233;j&#224; subie dans l'espace social et reproduisent des formes de vuln&#233;rabilit&#233; affective, mat&#233;rielle et politique qui traversent ces parcours r&#233;sidentiels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce contexte, l'acc&#232;s aux discours et aux exp&#233;riences des personnes concern&#233;es par le sans-abrisme est un enjeu important d&#232;s lors que les savoirs &#233;miques sont consid&#233;r&#233;s comme centraux &#224; la construction des connaissances. En effet, la production du savoir en sciences sociales ne se d&#233;roule pas dans un vide social, politique et historique. Elle est influenc&#233;e par des enjeux de pouvoir qui ont un impact sur la fa&#231;on dont le savoir est produit (Haraway &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;HARAWAY Donna, 1988. &#171; Situated knowledges : the science question in feminism and the privilege of partial perspective &#187;, &lt;i&gt;Feminist Studies&lt;/i&gt;, 14 (3), p. 86&#8209;87.&#034;&gt;1988&lt;/a&gt; ; Smith &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;SMITH Linda Tuhiwai, 2021. &lt;i&gt;Decolonizing Methodologies : Research and Indigenous &lt;/i&gt;Peoples. Londres, Zed Books.&#034;&gt;2021&lt;/a&gt; ; Talpade Mohanty &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;TALPADE MOHANTY Chandra, 2003a. &#171; Under Western eyes : Feminist scholarship and colonial discourses &#187;, in &lt;i&gt;Feminism without borders : Decolonizing theory, practicing solidarity&lt;/i&gt;, Durham, Duke University Press.&#034;&gt;2003a&lt;/a&gt;). Questionner les conditions de production du savoir et tenter de les transformer, semble donc essentiel pour une d&#233;colonisation de la discipline, y compris dans l'&#233;laboration des politiques sociales et dans une remise en cause des m&#233;canismes de silenciation, c'est-&#224;-dire des processus sociaux et institutionnels qui r&#233;duisent certaines voix au silence ou les rendent inaudibles (Anderson &amp; Bunnin &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;ANDERSON Pamela Sue &amp; BUNNIN Nicholas, 2020. &#171; Silencing and Speaker Vulnerability : Undoing an Oppressive Form of (Wilful) Ignorance &#187;, &lt;i&gt;Angelaki&lt;/i&gt;, 25 (1&#8209;2), p. 36&#8209;45, https://doi.org/10.1080/0969725X.2020.1717770.&#034;&gt;2020&lt;/a&gt; ; Carmona &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;CARMONA Carla, 2021. &#171; Silencing by Not Telling : Testimonial Void as a New Kind of Testimonial Injustice &#187;, &lt;i&gt;Social Epistemology&lt;/i&gt;, 35 (6), p. 577&#8209;592, https://doi.org/10.1080/02691728.2021.1887395.&#034;&gt;2021&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;a id=&#034;hannah-remonte-rue-comment-decrire-3&#034; name=&#034;hannah-remonte-rue-comment-decrire-3&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;a id=&#034;a2.2&#034; name=&#034;a2.2&#034;&gt;&lt;/a&gt;Le projet &#171; Le film fait maison &#187;&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Le film fait maison&lt;/i&gt; s'inscrit dans le projet de recherche &#171; &lt;i&gt;Non-take up of emergency shelters by homeless people : constructing an emic knowledge using on-board cameras &lt;/i&gt; &#187;, financ&#233; par le Fonds national suisse entre janvier et d&#233;cembre 2024&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'&#233;quipe de recherche est constitu&#233;e de Fr&#233;d&#233;rique Leresche, Baptiste (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le projet pr&#233;voyait la fabrication de 4 &#224; 8 courts-m&#233;trages d'environ 10 minutes par des personnes ayant v&#233;cu ou &#233;tant en situation de pr&#233;carit&#233; r&#233;sidentielle (les r&#233;alisateur&#183;ices).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enjeu du titre &lt;i&gt;Le film fait maison&lt;/i&gt; repose sur un &#233;quilibre entre plusieurs significations. D'un c&#244;t&#233;, il met en avant une dimension DIY : des films r&#233;alis&#233;s avec peu de moyens, &#171; faits maison &#187;, produits collectivement et document&#233;s tout au long du processus. De l'autre, il convoque l'utopie d'une &#171; maison symbolique &#187;, o&#249; le fait de tourner ensemble cr&#233;e temporairement un espace s&#251;r, convivial et partag&#233; autour de la question de l'habitat&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En ce sens, le titre Le film fait maison est un clin d'oeil &#224; &#171; Une cabane (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais ce potentiel protecteur est travers&#233; de contradictions, puisque chercheur&#183;es et participant&#183;es n'ont pas le m&#234;me rapport mat&#233;riel &#224; la maison. Enfin, le titre dialogue aussi avec l'histoire du film ethnographique, o&#249; la construction d'habitats (igloos, cabanes, maisons) fut un motif r&#233;current, mais souvent abord&#233; de fa&#231;on techniciste. Ainsi, le titre soul&#232;ve &#224; la fois la richesse (cr&#233;ativit&#233;, r&#233;flexion sur l'habiter) et le risque (d&#233;politisation, romantisation) d'un projet qui doit rester attentif &#224; ses contradictions internes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En regard du th&#232;me de ce num&#233;ro sp&#233;cial, nous ne nous int&#233;resserons pas aux personnes qui &#8220;soignent&#8221;, et qui accompagnent les personnes sans-abris au quotidien (les professionnel&#183;les du travail social, les militant&#183;es, les diff&#233;rents services de l'&#201;tat). Ce choix m&#233;thodologique ne d&#233;coule pas d'une n&#233;gation de l'importance de ces interactions : au contraire, nous reconnaissons que les personnes que nous observons vivent en relation constante avec ces acteurs et actrices du soin et de l'accompagnement. Toutefois, notre objectif est de d&#233;placer le regard habituellement port&#233; sur le &lt;i&gt;care&lt;/i&gt; dans le champ du sans-abrisme, pour le situer ailleurs : non pas dans l'observation des gestes professionnels ou militants, mais dans la mani&#232;re dont les participant&#183;es au projet portent eux et elles-m&#234;mes une attention &#224; leur situation et &#224; leur environnement. En ce sens, le care que nous explorons n'est pas celui, vertical et institutionnel, qui caract&#233;rise, la plupart du temps, l'accompagnement social (Leresche &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;LERESCHE Fr&#233;d&#233;rique, 2022. &lt;i&gt;La non-demande aux droits et services de l'&#201;tat social : une ethnographie de pratiques contestataires subalternes&lt;/i&gt;, th&#232;se de doctorat, universit&#233; de Gen&#232;ve, https://doi.org/10.13097/archive-ouverte/unige:170402.&#034;&gt;2022&lt;/a&gt;), mais un care horizontal et r&#233;flexif, celui qui &#233;merge quand des personnes en situation de mal-logement ou d'exclusion des dispositifs d'accueil investissent un processus cr&#233;atif pour t&#233;moigner, analyser et mettre en r&#233;cit leur propre v&#233;cu. Ce choix s'inscrit dans une d&#233;marche d'&#233;pist&#233;mologie situ&#233;e (Haraway &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;HARAWAY Donna, 1988. &#171; Situated knowledges : the science question in feminism and the privilege of partial perspective &#187;, &lt;i&gt;Feminist Studies&lt;/i&gt;, 14 (3), p. 86&#8209;87.&#034;&gt;1988&lt;/a&gt; ; Puig de la Bellacasa &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;PUIG DE LA BELLACASA Mar&#237;a, 2012. &lt;i&gt;Politiques f&#233;ministes et construction des savoirs : &#171; penser nous devons &#187; !&lt;/i&gt;. Paris, l'Harmattan.&#034;&gt;2012&lt;/a&gt;), qui consid&#232;re que porter attention &#224; un probl&#232;me social qui compte &#171; pour nous &#187; &#8211; ici, les formes multiples de pr&#233;carit&#233; r&#233;sidentielle &#8211; rel&#232;ve d&#233;j&#224; d'un geste de soin. Observer ces formes de soin mutuel entre pair&#183;es ou de soin &#224; l'&#233;gard d'un r&#233;cit collectif permet de mettre en lumi&#232;re des dimensions invisibilis&#233;es par les approches centr&#233;es sur l'offre institutionnelle de services.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;alisation des films a suivi un processus en plusieurs &#233;tapes. L'&#233;quipe de recherche a approch&#233; les r&#233;alisateur&#183;ices, soit &lt;i&gt;via&lt;/i&gt; des contacts &#233;tablis lors de recherches pr&#233;c&#233;dentes, soit par le tissu associatif et militant de soutien aux sans-abris, soit encore par des flyers d&#233;pos&#233;s dans des structures bas seuil&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le bas seuil d&#233;signe une offre d'aide caract&#233;ris&#233;e par une accessibilit&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Lors d'une premi&#232;re rencontre individuelle, le projet est pr&#233;sent&#233; et un document r&#233;capitulatif est remis d&#233;taillant les objectifs et les conditions de r&#233;alisation (Leresche &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;LERESCHE Fr&#233;d&#233;rique, 2025. &#171; Enjeux &#233;pist&#233;mologiques et &#233;thiques d'une recherche collaborative audiovisuelle : la mise en voix et en images des situations liminaires &#187;, &lt;i&gt;Revue fran&#231;aise des affaires sociales&lt;/i&gt;, p. 115&#8209;135.&#034;&gt;2025&lt;/a&gt;). La cr&#233;ation se d&#233;roule ensuite au fil d'ateliers collectifs avec les r&#233;alisateur&#183;ices r&#233;partis sur plusieurs semaines. Ces ateliers ont plusieurs fonctions : apprendre les bases techniques des outils de captation (cam&#233;ra et enregistreur), r&#233;fl&#233;chir et discuter du contenu envisag&#233;, visionner et &#8220;d&#233;rusher&#8221; les premi&#232;res images, et enfin d&#233;battre des pistes narratives &#233;mergeant des premi&#232;res images. Sur cette base, un premier montage est discut&#233; par l'&#233;quipe de recherche, puis pr&#233;par&#233; par un monteur&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur les trois films r&#233;alis&#233;s au moment de la parution de l'article, deux ont (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et enfin visionn&#233; et discut&#233; collectivement. Chaque &#233;tape fait l'objet d'une d&#233;lib&#233;ration entre les personnels de recherche et le r&#233;alisateur ou la r&#233;alisatrice afin de d&#233;cider de la suite du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au moment de la r&#233;daction de l'article, trois films sont termin&#233;s&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour la premi&#232;re version de cet article, seuls deux films &#233;taient termin&#233;s. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, deux autres sont en cours de r&#233;alisation. Le corpus de donn&#233;es sur lequel s'appuie cet article est constitu&#233; de la quinzaine de rencontres effectu&#233;es avec les r&#233;alisateur&#183;ices, des &#233;changes de messages &#233;crits ou vocaux sur nos smartphones avec ces personnes, des &lt;i&gt;rushes&lt;/i&gt; film&#233;s par elles, et de notes ethnographiques &#233;labor&#233;es dans un carnet de terrain collectif aux deux auteur et autrice de l'article et entretenu depuis le d&#233;but du projet de recherche.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;a id=&#034;plan-fixe-mise-valeur-des-details-4&#034; name=&#034;plan-fixe-mise-valeur-des-details-4&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;a id=&#034;a3&#034; name=&#034;a3&#034;&gt;&lt;/a&gt;La r&#233;alisation du projet&lt;/h3&gt; &lt;h4 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;a id=&#034;plan-fictif-pertinence-comme-5&#034; name=&#034;plan-fictif-pertinence-comme-5&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;a id=&#034;a3.1&#034; name=&#034;a3.1&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;i&gt;Our first contact&lt;/i&gt; : le lieu de la rencontre&lt;/h4&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Extrait du carnet collectif : Fr&#233;d&#233;rique&lt;br class='autobr' /&gt;
Je retrouve Charifa &#224; la gare. Je n'ai encore aucune id&#233;e de ce qui va se jouer &#224; ce moment-l&#224;. Mais je suis heureuse de la voir. Elle me dit souvent : Ah, Fr&#233;d&#233;rique ! avec un grand sourire. Elle me propose de boire un caf&#233; au bar juste &#224; c&#244;t&#233;. [&#8230;] Elle m'explique qu'elle loge chez une personne qu'elle a rencontr&#233;e dans un h&#233;bergement d'urgence. Celle-ci, partie en vacances pendant quelques jours, lui pr&#234;te son studio. Charifa y loge dans un coin sur un petit matelas. Elle me raconte ses recherches d'emploi et le parcours administratif qui l'attend pour retrouver son permis de s&#233;jour, les nuits sans dormir, les somnif&#232;res. Apr&#232;s un moment, je lui explique le projet de mani&#232;re un peu plus d&#233;taill&#233;e que ce que j'ai pu faire jusqu'ici par t&#233;l&#233;phone. Elle me dit &#171; D'accord &#187;. Je suis surprise. Je reviens plusieurs fois sur les conditions : le projet, quoi filmer, pourquoi, pour qui et je lui dis : &#171; C'est comme tu veux. Soit, tu attends quelques jours et on en reparle, soit, on va voir Baptiste et il t'explique comment tout fonctionne. Tu peux encore r&#233;fl&#233;chir ou repartir avec la cam&#233;ra. Elle me demande : &#171; Mais on a encore le temps ? &#187; J'h&#233;site : &#171; Heu, oui &#187;. Et elle me dit : &#171; Ok yala ! &#187;. Elle semble tr&#232;s contente, voire impatiente. Dans le bus, on croise un travailleur social qu'elle conna&#238;t. Charifa lui dit : &#171; C'est Fr&#233;d&#233;rique, j'ai un projet avec elle ! &#187;. On arrive &#224; l'&#233;cole et on va voir Baptiste qui nous attend dans une salle que nous avons r&#233;serv&#233;e pour la journ&#233;e. C'est un peu irr&#233;el. Ils se rencontrent. Je les pr&#233;sente et dis quelques mots sur la nature de notre relation. Mais peut-&#234;tre qu'il faudrait quelque chose de plus formel. En m&#234;me temps, je ressens une sorte d'urgence, un besoin de sauter dans le vide, d'y aller et de ne pas perdre trop de temps en discussion. J'essaie de suivre le rythme de Charifa, de suivre ses envies, ses besoins, de laisser cette place exister.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
Charifa est une femme rencontr&#233;e dans une recherche pr&#233;c&#233;dente. Cela fait donc d&#233;j&#224; plusieurs mois que notre relation a d&#233;but&#233; et que les fronti&#232;res entre recherche et engagement ont &#233;t&#233; brouill&#233;es (Bozzini &lt;i&gt;et al&lt;/i&gt;. &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;BOZZINI David, FRESIA Marion, KILLIAS Olivia &amp; LAVANCHY Anne (dir.), 2024. &lt;i&gt;Engagements. Penser la responsabilit&#233; de l'anthropologue avec Ellen Hertz&lt;/i&gt;. Neuch&#226;tel, &#201;ditions Alphil-Presses universitaires suisses.&#034;&gt;2024&lt;/a&gt;). Mais si la rencontre se d&#233;roule aussi vite avec elle, force est de constater que cette dynamique est sensiblement la m&#234;me dans les autres projets de films. Les r&#233;alisateur&#183;rices savent que nous menons une recherche sur le sans-abrisme et nous expliquons lors de cette premi&#232;re rencontre que nous cherchons &#224; rendre visibles les exp&#233;riences et les points de vue de personnes qui ne sont pas toujours &#233;cout&#233;es. Nous insistons beaucoup sur la forme libre du projet mais cette &#8220; libert&#233; &#8221; que nous tenons &#224; &#233;tablir s'est finalement av&#233;r&#233;e un peu d&#233;stabilisante pour nous, comme pour l'&#233;quipe de r&#233;alisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, tr&#232;s vite la question de ce que nous attendons est pos&#233;e. Charifa nous demande quelles sont nos questions (&#171; Tu m'enverras le questionnaire Fr&#233;d&#233;rique &#187;). Cette demande qui nous est retourn&#233;e, sera formul&#233;e par tous et toutes. Jonathan, un des r&#233;alisateurs demandera &#224; plusieurs reprises quel est le &#171; script &#187; du film. Et Rapha&#235;l, un autre, posera la question de savoir si c'est &#171; &lt;i&gt; &lt;/i&gt;une fiction ou autre chose &#187; que nous attendons. Nous constatons donc ici une premi&#232;re friction entre ce que nous voulons mettre en place &#8211; un espace de prise de parole qui soit lib&#233;r&#233;, au moins en partie, d'injonctions ext&#233;rieures &#8211; et ce que les r&#233;alisateur&#183;ices projettent ou attendent de l'&#233;quipe de recherche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, notre r&#244;le ne peut &#234;tre neutre : nous sommes &#224; l'initiative du projet, nous fournissons le mat&#233;riel et nous donnons les consignes de base. Autrement dit, m&#234;me en cherchant &#224; limiter nos interventions, nous fa&#231;onnons n&#233;cessairement le cadre de la r&#233;alisation. Le d&#233;calage entre nos attentes &#8211; souvent nourries par une certaine conception de la &#8220; participation &#8221;, de la &#8220; cr&#233;ativit&#233; &#8221; ou de la &#8220; r&#233;flexivit&#233; &#8221; &#8211; et leurs propres repr&#233;sentations de ce qu'ils et elles font, attendent ou peuvent faire, r&#233;v&#232;le l'&#233;cart entre deux r&#233;gimes de sens et de valeurs. Nous avons d'ailleurs sans doute sous-estim&#233;, au d&#233;part, la part de na&#239;vet&#233; ou d'illusion contenue dans notre souci qu'ils &#8220; comprennent &#8221; nos intentions. Leur mani&#232;re de s'approprier (ou de d&#233;tourner) les consignes montre que le malentendu n'est pas un &#233;chec, mais un espace heuristique : c'est dans cette distance que s'observe la rencontre, dans ce d&#233;salignement que se fabrique le savoir commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nouveaut&#233; de la situation conduit &#224; faire de la premi&#232;re rencontre un espace d'ajustement, o&#249; nous devons adapter notre posture. Une telle demande souligne l'existence d'un d&#233;calage entre, d'une part, la volont&#233; de maintenir une posture scientifique de production du savoir de mani&#232;re situ&#233;e et, d'autre part, l'implication requise par un processus de co-construction des savoirs. Ce d&#233;calage r&#233;v&#232;le l'ambivalence de notre position : &#224; la fois chercheur&#183;euses, qui portons une l&#233;gitimit&#233; acad&#233;mique, facilitateur&#183;rices dans une interaction collaborative et cr&#233;ative, mais &#233;galement en partie producteur&#183;ices puisque c'est nous qui fournissons le cadre administratif et financier du projet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces dynamiques de positionnement nous accompagneront tout au long du projet, se cristallisant autour d'une question centrale : comment concevoir un espace de cr&#233;ation &#224; la fois personnel et collectif, qui permette en m&#234;me temps de documenter le sans-abrisme &#224; partir d'un cadre &#233;pist&#233;mologique qui reconna&#238;t les voix et exp&#233;riences des personnes marginalis&#233;es comme productrices de connaissances l&#233;gitimes tout en cherchant &#224; d&#233;centrer les regards dominants.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Extrait du carnet collectif : Baptiste&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s ce temps de lecture, je demande &#224; Charifa si ces questions l'inspirent ? Ou plut&#244;t ce que ces questions lui inspirent ? Avec cette interrogation, je cherche &#224; faire &#233;merger un d&#233;sir de film. &#171; Parmi ces questions, qu'est-ce qui te touche concr&#232;tement ? &#187; Nous sommes, me semble-t-il, dans la partie qui va permettre de faire &#233;merger un r&#233;cit, une envie, un lieu &#224; partir d'o&#249; commencer. De cette envie, d&#233;pendra une forme aussi. C'est comme &#231;a que je ferais si je devais moi aussi r&#233;aliser un film. Je me demanderais ce que la maison signifie pour moi, j'essayerais de poser quelques phrases et ensuite de voir ce qui, dans ces phrases peut consister en un point de d&#233;part pour filmer. &#192; partir de l&#224;, je me demanderais si je dois porter la cam&#233;ra, la mettre sur un tr&#233;pied, etc. Charifa, par exemple, parle de t&#233;moignage, elle dit son envie de se filmer (en cam&#233;ra fixe), mais aussi sa peur d'&#234;tre montr&#233;e. Elle dit qu'elle veut tourner en vieille ville. J'aimerais savoir ce que sont ses envies, les faire &#233;merger ensemble pour que nous puissions trouver une forme &#224; faire &#233;merger. Quelque chose qui rassure un peu.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
La relation de soin qui nous unit suppose une n&#233;gociation constante entre retenue (ou prudence) et engagement, car les personnes avec qui nous travaillons vivent des situations pr&#233;caires &#8211; en termes de logement, de statut administratif, d'emploi, d'acc&#232;s aux soins ou aux loisirs &#8211; et portent avec elles un long pass&#233; de violences syst&#233;miques, sexistes ou encore racistes. Dans ce contexte, la maison, pour la symbolique qu'elle constitue mais aussi le lieu politique qu'elle signifie, interroge la place que chacun&#183;e de nous occupe dans l'espace social (Talpade Mohanty &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;TALPADE MOHANTY Chandra, 2003b. &#171; What's Home got to do with it ? &#187;, in &lt;i&gt;Feminism without Borders. Decolonizing Theory, Practicing Solidarity&lt;/i&gt;, Durham, Duke University Press.&#034;&gt;2003b&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;a id=&#034;hannah-infirmiere-soin-pose-des-bas-6&#034; name=&#034;hannah-infirmiere-soin-pose-des-bas-6&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;a id=&#034;a3.2&#034; name=&#034;a3.2&#034;&gt;&lt;/a&gt;&#171; Tout va bien &#187; : montrer ce qui ne peut se voir&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;&#192; cette premi&#232;re friction qui est de d&#233;terminer un r&#233;cit et une forme filmique, s'ajoute une deuxi&#232;me qui porte sur le fait de rendre visibles des vies invisibilis&#233;es dans les discours publics et institutionnels. En effet, si notre intention dans ce projet consiste &#224; parler du sans-abrisme, elle s'oppose &#224; une strat&#233;gie et une n&#233;cessit&#233; des personnes concern&#233;es de dissimuler leur situation. Lors d'un moment d'&#233;change autour de la r&#233;alisation de son film, Charifa nous dit :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; On ne doit pas me reconna&#238;tre dans le film. Les personnes ne doivent pas me reconna&#238;tre. Quand j'aurai des papiers, quand je serai r&#233;gularis&#233;e, alors ce sera diff&#233;rent. Mais pour le moment ce n'est pas possible. La ville est petite. Tout le monde se conna&#238;t. Quand je rencontre quelqu'un dans la rue, qui me demande comment &#231;a va, o&#249; je travaille, o&#249; j'habite, je dis &#171; Tout va bien &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;La volont&#233; de montrer que &#171; tout va bien &#187; renvoie &#224; un d&#233;sir profond de normalit&#233;, qui s'exprime comme une tentative de s'&#233;loigner du stigmate social associ&#233; &#224; la situation de sans-abrisme. Ce d&#233;sir, perceptible dans les t&#233;moignages recueillis, refl&#232;te une strat&#233;gie de pr&#233;servation de soi face au regard stigmatisant de la soci&#233;t&#233;, comme l'illustre Charifa lorsqu'elle insiste sur la n&#233;cessit&#233; de cacher sa situation actuelle. La demande de Rapha&#235;l, r&#233;alisateur du film &lt;i&gt;Le banc&lt;/i&gt; &#8211; mais &#224; laquelle il renonce ensuite &#8211;, d'ajouter &#224; la fin de son film, un carton signalant que sa situation est d&#233;sormais r&#233;solue, rel&#232;ve d'une signification similaire. Elle traduit non seulement un besoin de marquer la distance avec une p&#233;riode de vie difficile, mais &#233;galement une volont&#233; de requalifier son identit&#233; publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le processus engage rapidement des questions techniques et l&#233;gales essentielles &#224; la production documentaire (Leresche &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;LERESCHE Fr&#233;d&#233;rique, 2025. &#171; Enjeux &#233;pist&#233;mologiques et &#233;thiques d'une recherche collaborative audiovisuelle : la mise en voix et en images des situations liminaires &#187;, &lt;i&gt;Revue fran&#231;aise des affaires sociales&lt;/i&gt;, p. 115&#8209;135.&#034;&gt;2025&lt;/a&gt;), en particulier l'enjeu de l'anonymisation des personnes. Ce moment du processus peut &#234;tre lu comme une forme d'inversion ethnographique, o&#249; la personne concern&#233;e n'est plus seulement &#8220;objet&#8221; de recherche mais s'approprie des outils r&#233;flexifs traditionnellement r&#233;serv&#233;s aux chercheur&#183;euses. La cod&#233;cision sur ce qui peut &#234;tre film&#233; ou montr&#233; ouvre un espace de n&#233;gociation qui d&#233;place les fronti&#232;res de l'autorit&#233;. Les choix apparemment techniques (visibilit&#233; du visage, reconnaissance de la voix, pr&#233;sence d'autrui) se transforment ainsi en actes de souverainet&#233; narrative (Ginsburg, Abu-Lughod &amp; Larkin &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;GINSBURG Faye D., ABU-LUGHOD Lila &amp; LARKIN Brian (eds), 2002. &lt;i&gt;Media Worlds : Anthropology on New Terrain&lt;/i&gt;. Berkeley, University of California Press, https://doi.org/10.1525/9780520928169.&#034;&gt;2002&lt;/a&gt; ; Raheja &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;RAHEJA Michelle H, 2010. &lt;i&gt;Reservation Reelism : Redfacing, Visual Sovereignty, and Representations of Native Americans in Film&lt;/i&gt;. Lincoln, University of Nebraska Press, https://doi.org/10.2307/j.ctt1dfnrq6.&#034;&gt;2010&lt;/a&gt;), permettant aux participant&#183;es d'exercer un droit sur leur propre repr&#233;sentation. En ce sens, le recours &#224; la technique devient un pr&#233;texte r&#233;flexif et politique : les participant&#183;es deviennent ethnographes d'eux-m&#234;mes, en m&#234;me temps qu'ils/elles m&#233;diatisent les conditions de leur visibilit&#233; face &#224; un public &#233;largi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces situations sont r&#233;v&#233;latrices d'un jeu de contrastes entre le cach&#233; et le montr&#233; (montrable), le visible et l'invisibilis&#233; qui sont au centre du projet &lt;i&gt;Le film fait maison&lt;/i&gt; et r&#233;v&#232;lent des intentions diff&#233;rentes vis-&#224;-vis de la mani&#232;re de traiter du sans-abrisme &#224; l'&#233;cran. En proposant &#224; ces personnes de faire un film &#224; partir de leur v&#233;cu, nous leur proposons de montrer, de faire entendre des situations, des exp&#233;riences que la plupart d'entre elles s'efforcent jour apr&#232;s jour de dissimuler, pour &#233;chapper aux contr&#244;les de police, aux expulsions (Gutjahr, Leresche &amp; Rao Dhananka &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;GUTJAHR Elisabeth, LERESCHE Fr&#233;d&#233;rique &amp; RAO DHANANKA Swetha, 2023. &lt;i&gt;&#201;valuation du dispositif d'h&#233;bergement d'urgence dans le canton de Vaud&lt;/i&gt;. Lausanne, Direction g&#233;n&#233;rale de la coh&#233;sion sociale.&#034;&gt;2023&lt;/a&gt;) et aux jugements normatifs (Loison-Leruste &lt;a href='https://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void' class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;LOISON-LERUSTE Marie, 2014. &#171; Habiter &#224; c&#244;t&#233; des SDF : repr&#233;sentations et attitudes face &#224; la pauvret&#233; &#187;, Habitat et soci&#233;t&#233;s. Paris, L'Harmattan.&#034;&gt;2014&lt;/a&gt;). Pour ne pas subir la stigmatisation de la pr&#233;carit&#233;, elles tentent comme Charifa de para&#238;tre ordinaires, de montrer que &#171; Tout va bien &#187;, quand bien m&#234;me elles doivent lutter pour savoir o&#249; elles iront dormir la nuit, la semaine ou le mois prochain. En tant qu'instigateur&#183;ice du projet, nous sommes ainsi pris dans un jeu de balancements entre le d&#233;sir de montrer, de t&#233;moigner, de laisser parler et la n&#233;cessit&#233; qui est la leur de dissimuler, cacher, invisibiliser leur situation. Cette d&#233;marche met ainsi en lumi&#232;re les subtils &#233;quilibres &#224; maintenir entre t&#233;moignage, repr&#233;sentation et respect des subjectivit&#233;s dans une recherche participative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autour de cette relative asynchronie (entre nos attentes et leurs n&#233;cessit&#233;s) se joue un enjeu central autour du &lt;i&gt;care&lt;/i&gt;. &#201;valuer jusqu'o&#249; les r&#233;alisateur&#183;ices sont pr&#234;t&#183;es &#224; exposer leur intimit&#233; &#224; la cam&#233;ra devient d&#233;terminant dans le processus de cr&#233;ation. Pour nous, cela implique de d&#233;velopper une sensibilit&#233; attentive aux limites que chacun&#183;e souhaite poser. Mais cette sensibilit&#233; ne suffit pas : il a aussi fallu instaurer un dialogue explicite, communiquer en permanence avec les participant&#183;es afin de clarifier et r&#233;ajuster ensemble les conditions de ce qui pouvait ou non &#234;tre film&#233;.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;a id=&#034;pourquoi-remonter-peu-plus-tot-plan-7&#034; name=&#034;pourquoi-remonter-peu-plus-tot-plan-7&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;a id=&#034;a3.3&#034; name=&#034;a3.3&#034;&gt;&lt;/a&gt;Adresser la parole &lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Pour r&#233;soudre cette question, nous avons alors d&#233;cid&#233; d'ajouter la question de l'adresse comme un point central autour duquel structurer et orienter les r&#233;cits. Il s'agissait d'inviter les r&#233;alisateur&#183;ices &#224; se questionner sur les destinataires des films. &#192; qui parle-t-on lorsqu'on raconte son histoire ? Aux chercheur&#183;euses, aux autres personnes concern&#233;es, &#224; un proche, &#224; un public plus large, aux institutions ? Jusqu'ici, notre d&#233;marche s'&#233;tait principalement concentr&#233;e sur la mani&#232;re dont les personnes concern&#233;es per&#231;oivent et d&#233;finissent la maison. En int&#233;grant la question de la r&#233;ception des films, nous avons introduit une nouvelle dimension en interrogeant les r&#233;alisateur&#183;ices sur l'importance de parler du sans-abrisme : &#171; Pourquoi penses-tu qu'il est important d'aborder cette question ? Trouves-tu cela n&#233;cessaire, et pourquoi ? &#187; L'ajout de cette double question a permis de repolitiser la probl&#233;matique de la pr&#233;carit&#233; r&#233;sidentielle. En effet, en centrant le projet sur des r&#233;cits individuels et intimes, nous risquions jusqu'ici de renforcer une repr&#233;sentation de la vuln&#233;rabilit&#233; souvent associ&#233;e aux personnes en situation de pr&#233;carit&#233;. En r&#233;introduisant explicitement la question de l'adresse et de la prise de parole dans le projet, nous avons ancr&#233; ces r&#233;cits dans un contexte socio-politique plus large. Cette d&#233;marche les a incit&#233;s &#224; r&#233;fl&#233;chir &#224; leur positionnement en tant que locuteur&#183;ices : d'o&#249; est-ce que je parle ? &#192; qui est-ce que je m'adresse ? Qu'est-ce que je souhaite transmettre, et &#224; quel public en particulier ? L'adresse, en ce sens, ne constitue pas un simple dispositif narratif mais un geste politique : elle d&#233;termine &#224; qui la parole est destin&#233;e, ce qui peut &#234;tre dit ou tu, et donc la mani&#232;re dont ces r&#233;cits participent &#224; la construction d'un savoir situ&#233; et critique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La prise en compte des intentionnalit&#233;s diff&#233;rentes vis-&#224;-vis du sans-abrisme et la mise en place d'un espace dans lequel chaque sensibilit&#233; pouvait s'exprimer a permis de r&#233;aliser trois films, &#224;&lt;i&gt; Lundi, Le Banc et Ill&#233;gal&lt;/i&gt; qu'il est d&#233;sormais temps de d&#233;couvrir avant que ne soient discut&#233;s les savoirs sur le sans-abrisme que ceux-ci donnent &#224; voir.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;a id=&#034;une-focalisation-sonore-8&#034; name=&#034;une-focalisation-sonore-8&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;a id=&#034;a4&#034; name=&#034;a4&#034;&gt;&lt;/a&gt;Pr&#233;sentation des trois films&lt;/h3&gt; &lt;h4 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;a id=&#034;mur-obstrue-vue-hannah-maison-retraite-9&#034; name=&#034;mur-obstrue-vue-hannah-maison-retraite-9&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;a id=&#034;a4.1&#034; name=&#034;a4.1&#034;&gt;&lt;/a&gt;&#224; lundi. Un film de Charifa (Suisse, 2024, 9 min)&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Tourn&#233; entre l'int&#233;rieur d'un appartement et les rives d'un cours d'eau en Suisse romande, &lt;i&gt;&#224; lundi&lt;/i&gt; suit Charifa dans une qu&#234;te de refuge et d'expression. Dans un appartement, elle installe sa cam&#233;ra, pr&#233;pare ses pinceaux et transforme la table de cuisine en atelier, d&#233;crivant la peinture comme une &#233;chapp&#233;e &#171; au paradis &#187;. Puis, cam&#233;ra &#224; la main, elle adresse une lettre film&#233;e aux chercheur&#183;euses et au public, qui parle de la maison comme d'un lieu de bonheur et de refuge, mais aussi comme un espace menac&#233; par la pr&#233;carit&#233; du statut de s&#233;jour. &lt;i&gt;&#224; lundi&lt;/i&gt; tisse ainsi un r&#233;cit intime et politique, o&#249; gestes quotidiens et images de nature deviennent une revendication de dignit&#233; et de stabilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip_document_15804 spip_document spip_documents spip_document_video spip_document_avec_legende&#034; data-legende-len=&#034;70&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;div class=&#034;video-intrinsic-wrapper&#034; style='height:0;width:960px;max-width:100%;padding-bottom:56.25%;position:relative;'&gt; &lt;div class=&#034;video-wrapper&#034; style=&#034;position: absolute;top:0;left:0;width:100%;height:100%;&#034;&gt; &lt;video class=&#034;mejs mejs-15804&#034; data-id=&#034;0fc14b94d990592ee3ca8d29819d4c72&#034; data-mejsoptions='{&#034;iconSprite&#034;: &#034;plugins-dist/dist/core/medias/lib/mejs/mejs-controls.svg&#034;,&#034;alwaysShowControls&#034;: true,&#034;pluginPath&#034;:&#034;plugins-dist/dist/core/medias/lib/mejs/&#034;,&#034;loop&#034;:false,&#034;videoWidth&#034;:&#034;100%&#034;,&#034;videoHeight&#034;:&#034;100%&#034;,&#034;duration&#034;:535}' width=&#034;100%&#034; height=&#034;100%&#034; poster=&#034;local/cache-vignettes/L960xH625/capture_d_e_cran_2026-01-23_a_15.07_32-161c1.png?1769178107&#034; controls=&#034;controls&#034; preload=&#034;none&#034; &gt; &lt;source type=&#034;video/mp4&#034; src=&#034;IMG/mp4/a_lundi.mp4&#034; /&gt; &lt;img src='https://www.ethnographiques.org/local/cache-vignettes/L500xH326/capture_d_e_cran_2026-01-23_a_15.07_32-161c1-e7d62.png?1771405656' width='500' height='326' alt='Impossible de lire la video' /&gt; &lt;/video&gt; &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre crayon document-titre-15804 '&gt;&lt;strong&gt;Vid&#233;o 1. &lt;i&gt;&#224; lundi&lt;/i&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_lien_source'&gt;&lt;a name=&#034;doc-15804&#034; id=&#034;doc-15804&#034; href=&#034;https://www.ethnographiques.org/IMG/mp4/a_lundi.mp4&#034;&gt;https://www.ethnographiques.org/IMG/mp4/a_lundi.mp4&lt;/a&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;div class=&#034;base64javascript20484682976a08abf461e3a4.44941472&#034; title=&#034;PHNjcmlwdD4gdmFyIG1lanNwYXRoPSdwbHVnaW5zLWRpc3QvZGlzdC9jb3JlL21lZGlhcy9saWIvbWVqcy9tZWRpYWVsZW1lbnQtYW5kLXBsYXllci5taW4uanM/MTc3MzEyNjA1NScsbWVqc2Nzcz0ncGx1Z2lucy1kaXN0L2Rpc3QvY29yZS9tZWRpYXMvbGliL21lanMvbWVkaWFlbGVtZW50cGxheWVyLm1pbi5jc3M/MTc3MzEyNjA1NSc7CnZhciBtZWpzbG9hZGVyOwooZnVuY3Rpb24oKXt2YXIgYT1tZWpzbG9hZGVyOyJ1bmRlZmluZWQiPT10eXBlb2YgYSYmKG1lanNsb2FkZXI9YT17Z3M6bnVsbCxwbHVnOnt9LGNzczp7fSxpbml0Om51bGwsYzowLGNzc2xvYWQ6bnVsbH0pO2EuaW5pdHx8KGEuY3NzbG9hZD1mdW5jdGlvbihjKXtpZigidW5kZWZpbmVkIj09dHlwZW9mIGEuY3NzW2NdKXthLmNzc1tjXT0hMDt2YXIgYj1kb2N1bWVudC5jcmVhdGVFbGVtZW50KCJsaW5rIik7Yi5ocmVmPWM7Yi5yZWw9InN0eWxlc2hlZXQiO2IudHlwZT0idGV4dC9jc3MiO2RvY3VtZW50LmdldEVsZW1lbnRzQnlUYWdOYW1lKCJoZWFkIilbMF0uYXBwZW5kQ2hpbGQoYil9fSxhLmluaXQ9ZnVuY3Rpb24oKXshMD09PWEuZ3MmJmZ1bmN0aW9uKGMpe2pRdWVyeSgiYXVkaW8ubWVqcyx2aWRlby5tZWpzIikubm90KCIuZG9uZSwubWVqc19fcGxheWVyIikuZWFjaChmdW5jdGlvbigpe2Z1bmN0aW9uIGIoKXt2YXIgZT0hMCxoO2ZvcihoIGluIGQuY3NzKWEuY3NzbG9hZChkLmNzc1toXSk7Zm9yKHZhciBmIGluIGQucGx1Z2lucykidW5kZWZpbmVkIj09CnR5cGVvZiBhLnBsdWdbZl0/KGU9ITEsYS5wbHVnW2ZdPSExLGpRdWVyeS5nZXRTY3JpcHQoZC5wbHVnaW5zW2ZdLGZ1bmN0aW9uKCl7YS5wbHVnW2ZdPSEwO2IoKX0pKTowPT1hLnBsdWdbZl0mJihlPSExKTtlJiZqUXVlcnkoIiMiK2MpLm1lZGlhZWxlbWVudHBsYXllcihqUXVlcnkuZXh0ZW5kKGQub3B0aW9ucyx7c3VjY2VzczpmdW5jdGlvbihhLGMpe2Z1bmN0aW9uIGIoKXt2YXIgYj1qUXVlcnkoYSkuY2xvc2VzdCgiLm1lanNfX2lubmVyIik7YS5wYXVzZWQ/KGIuYWRkQ2xhc3MoInBhdXNpbmciKSxzZXRUaW1lb3V0KGZ1bmN0aW9uKCl7Yi5maWx0ZXIoIi5wYXVzaW5nIikucmVtb3ZlQ2xhc3MoInBsYXlpbmciKS5yZW1vdmVDbGFzcygicGF1c2luZyIpLmFkZENsYXNzKCJwYXVzZWQiKX0sMTAwKSk6Yi5yZW1vdmVDbGFzcygicGF1c2VkIikucmVtb3ZlQ2xhc3MoInBhdXNpbmciKS5hZGRDbGFzcygicGxheWluZyIpfWIoKTthLmFkZEV2ZW50TGlzdGVuZXIoInBsYXkiLGIsITEpOwphLmFkZEV2ZW50TGlzdGVuZXIoInBsYXlpbmciLGIsITEpO2EuYWRkRXZlbnRMaXN0ZW5lcigicGF1c2UiLGIsITEpO2EuYWRkRXZlbnRMaXN0ZW5lcigicGF1c2VkIixiLCExKTtnLmF0dHIoImF1dG9wbGF5IikmJmEucGxheSgpfX0pKX12YXIgZz1qUXVlcnkodGhpcykuYWRkQ2xhc3MoImRvbmUiKSxjOyhjPWcuYXR0cigiaWQiKSl8fChjPSJtZWpzLSIrZy5hdHRyKCJkYXRhLWlkIikrIi0iK2EuYysrLGcuYXR0cigiaWQiLGMpKTt2YXIgZD17b3B0aW9uczp7fSxwbHVnaW5zOnt9LGNzczpbXX0sZSxoO2ZvcihlIGluIGQpaWYoaD1nLmF0dHIoImRhdGEtbWVqcyIrZSkpZFtlXT1qUXVlcnkucGFyc2VKU09OKGgpO2IoKX0pfShqUXVlcnkpfSk7YS5nc3x8KCJ1bmRlZmluZWQiIT09dHlwZW9mIG1lanNjc3MmJmEuY3NzbG9hZChtZWpzY3NzKSxhLmdzPWpRdWVyeS5nZXRTY3JpcHQobWVqc3BhdGgsZnVuY3Rpb24oKXthLmdzPSEwO2EuaW5pdCgpO2pRdWVyeShhLmluaXQpO29uQWpheExvYWQoYS5pbml0KX0pKX0pKCk7PC9zY3JpcHQ+&#034;&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;h4 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;a id=&#034;retour-camera-imaginaire-10&#034; name=&#034;retour-camera-imaginaire-10&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;a id=&#034;a4.2&#034; name=&#034;a4.2&#034;&gt;&lt;/a&gt;Le Banc. Un film de Rapha&#235;l (Suisse, 2024, 8 min.)&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Le Banc&lt;/i&gt; retrace le parcours d'un jeune homme contraint de vivre &#224; la rue apr&#232;s avoir &#233;t&#233; rejet&#233; par sa famille et son entourage &#224; cause de son homosexualit&#233;. La cam&#233;ra suit une d&#233;ambulation dans les parcs et les rues de Gen&#232;ve, o&#249; les bancs deviennent &#224; la fois refuge et symbole d'exclusion. En voix off, Rapha&#235;l raconte son histoire : l'amour clandestin, l'expulsion, les nuits pass&#233;es dehors &#224; chercher la s&#233;curit&#233; sous les lampadaires, puis la rencontre d&#233;cisive avec une structure associative qui lui permet de retrouver un toit. Port&#233; par des images simples et une narration intime, le film condense en une journ&#233;e symbolique l'exp&#233;rience de la pr&#233;carit&#233; et de la survie, et se cl&#244;t sur un rire, signe fragile mais affirm&#233; de r&#233;sistance.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip_document_15806 spip_document spip_documents spip_document_video spip_document_avec_legende&#034; data-legende-len=&#034;74&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;div class=&#034;video-intrinsic-wrapper&#034; style='height:0;width:1280px;max-width:100%;padding-bottom:56.25%;position:relative;'&gt; &lt;div class=&#034;video-wrapper&#034; style=&#034;position: absolute;top:0;left:0;width:100%;height:100%;&#034;&gt; &lt;video class=&#034;mejs mejs-15806&#034; data-id=&#034;01ef2425aec490f2e1fcc07c1b4bc70a&#034; data-mejsoptions='{&#034;iconSprite&#034;: &#034;plugins-dist/dist/core/medias/lib/mejs/mejs-controls.svg&#034;,&#034;alwaysShowControls&#034;: true,&#034;pluginPath&#034;:&#034;plugins-dist/dist/core/medias/lib/mejs/&#034;,&#034;loop&#034;:false,&#034;videoWidth&#034;:&#034;100%&#034;,&#034;videoHeight&#034;:&#034;100%&#034;,&#034;duration&#034;:496}' width=&#034;100%&#034; height=&#034;100%&#034; poster=&#034;local/cache-vignettes/L1000xH564/capture_d_e_cran_2026-01-22_a_18.04_48-969a6.png?1769101684&#034; controls=&#034;controls&#034; preload=&#034;none&#034; &gt; &lt;source type=&#034;video/mp4&#034; src=&#034;IMG/mp4/le_banc_bis.mp4&#034; /&gt; &lt;img src='https://www.ethnographiques.org/local/cache-vignettes/L500xH282/capture_d_e_cran_2026-01-22_a_18.04_48-969a6-934ab.png?1771405656' width='500' height='282' alt='Impossible de lire la video' /&gt; &lt;/video&gt; &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre crayon document-titre-15806 '&gt;&lt;strong&gt;Vid&#233;o 2. &lt;i&gt;Le banc&lt;/i&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_lien_source'&gt;&lt;a name=&#034;doc-15806&#034; id=&#034;doc-15806&#034; href=&#034;https://www.ethnographiques.org/IMG/mp4/le_banc_bis.mp4&#034;&gt;https://www.ethnographiques.org/IMG/mp4/le_banc_bis.mp4&lt;/a&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;div class=&#034;base64javascript20484682976a08abf461e3a4.44941472&#034; title=&#034;PHNjcmlwdD4gdmFyIG1lanNwYXRoPSdwbHVnaW5zLWRpc3QvZGlzdC9jb3JlL21lZGlhcy9saWIvbWVqcy9tZWRpYWVsZW1lbnQtYW5kLXBsYXllci5taW4uanM/MTc3MzEyNjA1NScsbWVqc2Nzcz0ncGx1Z2lucy1kaXN0L2Rpc3QvY29yZS9tZWRpYXMvbGliL21lanMvbWVkaWFlbGVtZW50cGxheWVyLm1pbi5jc3M/MTc3MzEyNjA1NSc7CnZhciBtZWpzbG9hZGVyOwooZnVuY3Rpb24oKXt2YXIgYT1tZWpzbG9hZGVyOyJ1bmRlZmluZWQiPT10eXBlb2YgYSYmKG1lanNsb2FkZXI9YT17Z3M6bnVsbCxwbHVnOnt9LGNzczp7fSxpbml0Om51bGwsYzowLGNzc2xvYWQ6bnVsbH0pO2EuaW5pdHx8KGEuY3NzbG9hZD1mdW5jdGlvbihjKXtpZigidW5kZWZpbmVkIj09dHlwZW9mIGEuY3NzW2NdKXthLmNzc1tjXT0hMDt2YXIgYj1kb2N1bWVudC5jcmVhdGVFbGVtZW50KCJsaW5rIik7Yi5ocmVmPWM7Yi5yZWw9InN0eWxlc2hlZXQiO2IudHlwZT0idGV4dC9jc3MiO2RvY3VtZW50LmdldEVsZW1lbnRzQnlUYWdOYW1lKCJoZWFkIilbMF0uYXBwZW5kQ2hpbGQoYil9fSxhLmluaXQ9ZnVuY3Rpb24oKXshMD09PWEuZ3MmJmZ1bmN0aW9uKGMpe2pRdWVyeSgiYXVkaW8ubWVqcyx2aWRlby5tZWpzIikubm90KCIuZG9uZSwubWVqc19fcGxheWVyIikuZWFjaChmdW5jdGlvbigpe2Z1bmN0aW9uIGIoKXt2YXIgZT0hMCxoO2ZvcihoIGluIGQuY3NzKWEuY3NzbG9hZChkLmNzc1toXSk7Zm9yKHZhciBmIGluIGQucGx1Z2lucykidW5kZWZpbmVkIj09CnR5cGVvZiBhLnBsdWdbZl0/KGU9ITEsYS5wbHVnW2ZdPSExLGpRdWVyeS5nZXRTY3JpcHQoZC5wbHVnaW5zW2ZdLGZ1bmN0aW9uKCl7YS5wbHVnW2ZdPSEwO2IoKX0pKTowPT1hLnBsdWdbZl0mJihlPSExKTtlJiZqUXVlcnkoIiMiK2MpLm1lZGlhZWxlbWVudHBsYXllcihqUXVlcnkuZXh0ZW5kKGQub3B0aW9ucyx7c3VjY2VzczpmdW5jdGlvbihhLGMpe2Z1bmN0aW9uIGIoKXt2YXIgYj1qUXVlcnkoYSkuY2xvc2VzdCgiLm1lanNfX2lubmVyIik7YS5wYXVzZWQ/KGIuYWRkQ2xhc3MoInBhdXNpbmciKSxzZXRUaW1lb3V0KGZ1bmN0aW9uKCl7Yi5maWx0ZXIoIi5wYXVzaW5nIikucmVtb3ZlQ2xhc3MoInBsYXlpbmciKS5yZW1vdmVDbGFzcygicGF1c2luZyIpLmFkZENsYXNzKCJwYXVzZWQiKX0sMTAwKSk6Yi5yZW1vdmVDbGFzcygicGF1c2VkIikucmVtb3ZlQ2xhc3MoInBhdXNpbmciKS5hZGRDbGFzcygicGxheWluZyIpfWIoKTthLmFkZEV2ZW50TGlzdGVuZXIoInBsYXkiLGIsITEpOwphLmFkZEV2ZW50TGlzdGVuZXIoInBsYXlpbmciLGIsITEpO2EuYWRkRXZlbnRMaXN0ZW5lcigicGF1c2UiLGIsITEpO2EuYWRkRXZlbnRMaXN0ZW5lcigicGF1c2VkIixiLCExKTtnLmF0dHIoImF1dG9wbGF5IikmJmEucGxheSgpfX0pKX12YXIgZz1qUXVlcnkodGhpcykuYWRkQ2xhc3MoImRvbmUiKSxjOyhjPWcuYXR0cigiaWQiKSl8fChjPSJtZWpzLSIrZy5hdHRyKCJkYXRhLWlkIikrIi0iK2EuYysrLGcuYXR0cigiaWQiLGMpKTt2YXIgZD17b3B0aW9uczp7fSxwbHVnaW5zOnt9LGNzczpbXX0sZSxoO2ZvcihlIGluIGQpaWYoaD1nLmF0dHIoImRhdGEtbWVqcyIrZSkpZFtlXT1qUXVlcnkucGFyc2VKU09OKGgpO2IoKX0pfShqUXVlcnkpfSk7YS5nc3x8KCJ1bmRlZmluZWQiIT09dHlwZW9mIG1lanNjc3MmJmEuY3NzbG9hZChtZWpzY3NzKSxhLmdzPWpRdWVyeS5nZXRTY3JpcHQobWVqc3BhdGgsZnVuY3Rpb24oKXthLmdzPSEwO2EuaW5pdCgpO2pRdWVyeShhLmluaXQpO29uQWpheExvYWQoYS5pbml0KX0pKX0pKCk7PC9zY3JpcHQ+&#034;&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;h4 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;a id=&#034;des-rouges-des-verts-magnetophone-une-11&#034; name=&#034;des-rouges-des-verts-magnetophone-une-11&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;a id=&#034;a4.3&#034; name=&#034;a4.3&#034;&gt;&lt;/a&gt;Ill&#233;gal. Un film de Vagabundo (Suisse, 2022, 22 min.)&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Ill&#233;gal &lt;/i&gt;retrace le parcours fragment&#233; d'un homme sans-papiers en Suisse. Chaque nouveau lieu travers&#233; est pr&#233;sent&#233; comme une &#171; premi&#232;re maison &#187;, soulignant l'impossibilit&#233; de se poser durablement. Le film m&#234;le souvenirs personnels, m&#233;moire collective des luttes (occupations d'&#233;glises, mobilisations militantes, &#171; parlement debout &#187;), et m&#233;taphores visuelles qui disent &#224; la fois l'exclusion et la solidarit&#233;. La voix off&lt;i&gt; &lt;/i&gt;alterne entre r&#233;cit autobiographique et t&#233;moignage &#224; la troisi&#232;me personne, donnant une dimension quasi incantatoire au texte. Le film culmine dans une critique des cat&#233;gories juridiques : &#171; Je suis ill&#233;gal&#8230; si on enl&#232;ve le &#8220;i&#8221;, je deviens l&#233;gal &#187;. Le film se termine au cr&#233;puscule, sur les rives d'un lac, par une chanson adress&#233;e aux spectateur&#183;ices : &#171; La vie de requ&#233;rant, c'est une vie difficile. Si vous n'&#234;tes pas dedans, vous ne saurez rien &#187;. Le dernier appel interroge directement la soci&#233;t&#233; suisse : &#171; O&#249; &#234;tes-vous, mes amis ? O&#249; est l'humanit&#233; ? &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip_document_15805 spip_document spip_documents spip_document_video spip_document_avec_legende&#034; data-legende-len=&#034;71&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;div class=&#034;video-intrinsic-wrapper&#034; style='height:0;width:1280px;max-width:100%;padding-bottom:56.25%;position:relative;'&gt; &lt;div class=&#034;video-wrapper&#034; style=&#034;position: absolute;top:0;left:0;width:100%;height:100%;&#034;&gt; &lt;video class=&#034;mejs mejs-15805&#034; data-id=&#034;7e0fe56d0975be0806b36ed8a365de9b&#034; data-mejsoptions='{&#034;iconSprite&#034;: &#034;plugins-dist/dist/core/medias/lib/mejs/mejs-controls.svg&#034;,&#034;alwaysShowControls&#034;: true,&#034;pluginPath&#034;:&#034;plugins-dist/dist/core/medias/lib/mejs/&#034;,&#034;loop&#034;:false,&#034;videoWidth&#034;:&#034;100%&#034;,&#034;videoHeight&#034;:&#034;100%&#034;,&#034;duration&#034;:1305}' width=&#034;100%&#034; height=&#034;100%&#034; poster=&#034;local/cache-vignettes/L1280xH831/capture_d_e_cran_2026-01-23_a_15.21_17-74a9a.png?1769178107&#034; controls=&#034;controls&#034; preload=&#034;none&#034; &gt; &lt;source type=&#034;video/mp4&#034; src=&#034;IMG/mp4/ille_gal.mp4&#034; /&gt; &lt;img src='https://www.ethnographiques.org/local/cache-vignettes/L500xH325/capture_d_e_cran_2026-01-23_a_15.21_17-74a9a-d3aac.png?1771405656' width='500' height='325' alt='Impossible de lire la video' /&gt; &lt;/video&gt; &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre crayon document-titre-15805 '&gt;&lt;strong&gt;Vid&#233;o 3. &lt;i&gt;Ill&#233;gal&lt;/i&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_lien_source'&gt;&lt;a name=&#034;doc-15805&#034; id=&#034;doc-15805&#034; href=&#034;https://www.ethnographiques.org/IMG/mp4/ille_gal.mp4&#034;&gt;https://www.ethnographiques.org/IMG/mp4/ille_gal.mp4&lt;/a&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;div class=&#034;base64javascript20484682976a08abf461e3a4.44941472&#034; title=&#034;PHNjcmlwdD4gdmFyIG1lanNwYXRoPSdwbHVnaW5zLWRpc3QvZGlzdC9jb3JlL21lZGlhcy9saWIvbWVqcy9tZWRpYWVsZW1lbnQtYW5kLXBsYXllci5taW4uanM/MTc3MzEyNjA1NScsbWVqc2Nzcz0ncGx1Z2lucy1kaXN0L2Rpc3QvY29yZS9tZWRpYXMvbGliL21lanMvbWVkaWFlbGVtZW50cGxheWVyLm1pbi5jc3M/MTc3MzEyNjA1NSc7CnZhciBtZWpzbG9hZGVyOwooZnVuY3Rpb24oKXt2YXIgYT1tZWpzbG9hZGVyOyJ1bmRlZmluZWQiPT10eXBlb2YgYSYmKG1lanNsb2FkZXI9YT17Z3M6bnVsbCxwbHVnOnt9LGNzczp7fSxpbml0Om51bGwsYzowLGNzc2xvYWQ6bnVsbH0pO2EuaW5pdHx8KGEuY3NzbG9hZD1mdW5jdGlvbihjKXtpZigidW5kZWZpbmVkIj09dHlwZW9mIGEuY3NzW2NdKXthLmNzc1tjXT0hMDt2YXIgYj1kb2N1bWVudC5jcmVhdGVFbGVtZW50KCJsaW5rIik7Yi5ocmVmPWM7Yi5yZWw9InN0eWxlc2hlZXQiO2IudHlwZT0idGV4dC9jc3MiO2RvY3VtZW50LmdldEVsZW1lbnRzQnlUYWdOYW1lKCJoZWFkIilbMF0uYXBwZW5kQ2hpbGQoYil9fSxhLmluaXQ9ZnVuY3Rpb24oKXshMD09PWEuZ3MmJmZ1bmN0aW9uKGMpe2pRdWVyeSgiYXVkaW8ubWVqcyx2aWRlby5tZWpzIikubm90KCIuZG9uZSwubWVqc19fcGxheWVyIikuZWFjaChmdW5jdGlvbigpe2Z1bmN0aW9uIGIoKXt2YXIgZT0hMCxoO2ZvcihoIGluIGQuY3NzKWEuY3NzbG9hZChkLmNzc1toXSk7Zm9yKHZhciBmIGluIGQucGx1Z2lucykidW5kZWZpbmVkIj09CnR5cGVvZiBhLnBsdWdbZl0/KGU9ITEsYS5wbHVnW2ZdPSExLGpRdWVyeS5nZXRTY3JpcHQoZC5wbHVnaW5zW2ZdLGZ1bmN0aW9uKCl7YS5wbHVnW2ZdPSEwO2IoKX0pKTowPT1hLnBsdWdbZl0mJihlPSExKTtlJiZqUXVlcnkoIiMiK2MpLm1lZGlhZWxlbWVudHBsYXllcihqUXVlcnkuZXh0ZW5kKGQub3B0aW9ucyx7c3VjY2VzczpmdW5jdGlvbihhLGMpe2Z1bmN0aW9uIGIoKXt2YXIgYj1qUXVlcnkoYSkuY2xvc2VzdCgiLm1lanNfX2lubmVyIik7YS5wYXVzZWQ/KGIuYWRkQ2xhc3MoInBhdXNpbmciKSxzZXRUaW1lb3V0KGZ1bmN0aW9uKCl7Yi5maWx0ZXIoIi5wYXVzaW5nIikucmVtb3ZlQ2xhc3MoInBsYXlpbmciKS5yZW1vdmVDbGFzcygicGF1c2luZyIpLmFkZENsYXNzKCJwYXVzZWQiKX0sMTAwKSk6Yi5yZW1vdmVDbGFzcygicGF1c2VkIikucmVtb3ZlQ2xhc3MoInBhdXNpbmciKS5hZGRDbGFzcygicGxheWluZyIpfWIoKTthLmFkZEV2ZW50TGlzdGVuZXIoInBsYXkiLGIsITEpOwphLmFkZEV2ZW50TGlzdGVuZXIoInBsYXlpbmciLGIsITEpO2EuYWRkRXZlbnRMaXN0ZW5lcigicGF1c2UiLGIsITEpO2EuYWRkRXZlbnRMaXN0ZW5lcigicGF1c2VkIixiLCExKTtnLmF0dHIoImF1dG9wbGF5IikmJmEucGxheSgpfX0pKX12YXIgZz1qUXVlcnkodGhpcykuYWRkQ2xhc3MoImRvbmUiKSxjOyhjPWcuYXR0cigiaWQiKSl8fChjPSJtZWpzLSIrZy5hdHRyKCJkYXRhLWlkIikrIi0iK2EuYysrLGcuYXR0cigiaWQiLGMpKTt2YXIgZD17b3B0aW9uczp7fSxwbHVnaW5zOnt9LGNzczpbXX0sZSxoO2ZvcihlIGluIGQpaWYoaD1nLmF0dHIoImRhdGEtbWVqcyIrZSkpZFtlXT1qUXVlcnkucGFyc2VKU09OKGgpO2IoKX0pfShqUXVlcnkpfSk7YS5nc3x8KCJ1bmRlZmluZWQiIT09dHlwZW9mIG1lanNjc3MmJmEuY3NzbG9hZChtZWpzY3NzKSxhLmdzPWpRdWVyeS5nZXRTY3JpcHQobWVqc3BhdGgsZnVuY3Rpb24oKXthLmdzPSEwO2EuaW5pdCgpO2pRdWVyeShhLmluaXQpO29uQWpheExvYWQoYS5pbml0KX0pKX0pKCk7PC9zY3JpcHQ+&#034;&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;a id=&#034;conclusion-generale-12&#034; name=&#034;conclusion-generale-12&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;a id=&#034;a5&#034; name=&#034;a5&#034;&gt;&lt;/a&gt;Savoirs situ&#233;s&lt;/h3&gt; &lt;h4 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;a id=&#034;lundi-maison-comme-condition-dignite-13&#034; name=&#034;lundi-maison-comme-condition-dignite-13&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;a id=&#034;a5.1&#034; name=&#034;a5.1&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;i&gt;&#224; lundi&lt;/i&gt; : la maison comme condition de dignit&#233;&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Ce film articule de mani&#232;re singuli&#232;re l'intime et le politique. D'un c&#244;t&#233;, il s'ancre dans une activit&#233; plus concr&#232;te &#8211; pr&#233;parer ses pinceaux, ajuster la cam&#233;ra, &#233;couter de la musique en peignant &#8211; et affirme ainsi la puissance de pratiques cr&#233;atives comme espace de&lt;i&gt; care &lt;/i&gt;dans la pr&#233;carit&#233; (hooks &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;HOOKS bell, 2014. &lt;i&gt;Teaching To Transgress&lt;/i&gt;. New York, Routledge, https://doi.org/10.4324/9780203700280.&#034;&gt;2014&lt;/a&gt;). D'un autre c&#244;t&#233;, il &#233;labore une r&#233;flexion explicite sur le logement et l'exclusion. Ce d&#233;sir d'un logement &#171; tr&#232;s simple &#187; &#8211; un lit, une cuisine, un coin pour peindre &#8211; met en lumi&#232;re le logement comme condition minimale de dignit&#233; et de subjectivation (Tronto &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;TRONTO, Joan C., 1993. &lt;i&gt;Moral Boundaries : A Political Argument for an Ethic of Care&lt;/i&gt;. New York, Routledge.&#034;&gt;1993&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le film est construit sur deux lieux, en int&#233;rieur et en ext&#233;rieur, mais qui se rejoignent par leur atmosph&#232;re tranquille. La peinture, les promenades au bord de la rivi&#232;re sont des moments suspendus, des moments de r&#233;pit, de tranquillit&#233;. On est loin des images associ&#233;es au sans-abrisme dans les m&#233;dias traditionnels (le matelas par terre, l'abri pr&#233;caire dans la rue) et qui constituent une repr&#233;sentation commune. Au contraire, &lt;i&gt;&#224; lundi&lt;/i&gt; montre que le sans-abrisme peut prendre des formes multiples de pr&#233;carit&#233; r&#233;sidentielle et s'installer dans la dur&#233;e. Cette inscription temporelle est particuli&#232;rement marqu&#233;e chez les personnes qui ont un acc&#232;s limit&#233; au march&#233; du travail et donc &#224; des emplois stables et bien r&#233;mun&#233;r&#233;s (Leresche &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;LERESCHE Fr&#233;d&#233;rique, 2022. &lt;i&gt;La non-demande aux droits et services de l'&#201;tat social : une ethnographie de pratiques contestataires subalternes&lt;/i&gt;, th&#232;se de doctorat, universit&#233; de Gen&#232;ve, https://doi.org/10.13097/archive-ouverte/unige:170402.&#034;&gt;2022&lt;/a&gt; ; Leresche, Colombo &amp; de Coulon &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;LERESCHE Fr&#233;d&#233;rique, COLOMBO Annamaria &amp; DE COULON Giadam 2025. &#171; Ni maison, ni r&#233;pit : une analyse f&#233;ministe de l'urgence &#224; partir de l'exp&#233;rience de femmes sans-abri en Suisse &#187;, &lt;i&gt;Pens&#233;e plurielle&lt;/i&gt;, 60 (1), p. 49&#8209;64, https://doi.org/10.3917/pp.060.0049.&#034;&gt;2025&lt;/a&gt;). Mais cette parole se d&#233;place rapidement vers le politique. En &#233;voquant la surrepr&#233;sentation des personnes sans-papiers dans les situations de sans-abrisme, le film construit &#233;galement un r&#233;cit qui d&#233;passe l'exp&#233;rience individuelle pour devenir repr&#233;sentatif d'une condition collective. L'usage de la premi&#232;re personne &#8211; &#171; pour moi, la maison c'est&#8230; &#187; &#8211; se double d'un appel &#224; l'action &#8211; &#171; il faut parler &#187;, &#171; vous pouvez aider &#187;. Cette double adresse &#8211; aux spectateur&#183;ices et aux chercheur&#183;euse &#8211; fait de la voix off un outil d'agentivit&#233;, qui transforme la vuln&#233;rabilit&#233; en revendication. Cette injonction fait du r&#233;cit un acte politique de prise de parole (Butler &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;BUTLER Judith, 2004. &lt;i&gt;Precarious Life : The Powers of Mourning and Violence&lt;/i&gt;. Londres, Verso.&#034;&gt;2004&lt;/a&gt;), qui vise &#224; briser le silence autour du sans-abrisme et &#224; convoquer la responsabilit&#233; collective.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;a id=&#034;banc-homophobie-precarite-redefinition-14&#034; name=&#034;banc-homophobie-precarite-redefinition-14&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;a id=&#034;a5.2&#034; name=&#034;a5.2&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;i&gt;Le Banc &lt;/i&gt; : homophobie, pr&#233;carit&#233; et red&#233;finition du foyer&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Le r&#233;cit du film inscrit l'exp&#233;rience du sans-abrisme dans une g&#233;n&#233;alogie affective, celle d'une histoire d'amour qui devient le point de bascule qui m&#232;ne &#224; l'exclusion familiale et &#224; la vie &#224; la rue. Cette articulation entre intimit&#233; et pr&#233;carit&#233; illustre ce que certain&#183;es chercheur&#183;euses sur le sans-abrisme appellent les trajectoires relationnelles du sans-abrisme (Mayock, Sheridan &amp; Parker &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;MAYOCK Paula, SHERIDAN Sarah &amp; PARKER Sarah, 2015. &#171; 'It's Just like We're Going around in Circles and Going Back to the Same Thing &#8230;' : The Dynamics of Women's Unresolved Homelessness &#187;, &lt;i&gt;Housing Studies&lt;/i&gt;, 30 (6), p. 877&#8209;900, https://doi.org/10.1080/02673037.2014.991378.&#034;&gt;2015&lt;/a&gt; ; Watson &amp; Austerberry &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;WATSON Sophie &amp; AUSTERBERRY Helen, 1986. &lt;i&gt;Housing and Homelessness : A Feminist Perspective&lt;/i&gt;. Londres, Routledge and Kegan Paul.&#034;&gt;1986&lt;/a&gt;). Loin d'&#234;tre une question individuelle ou psychologique, l'exclusion appara&#238;t comme le produit d'un enchev&#234;trement de normes sociales, familiales et genr&#233;es qui fragilisent certaines personnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nombreuses recherches montrent que les jeunes LGBTQIA+ sont surrepr&#233;sent&#233;s parmi les personnes sans-abris (par exemple Abramovich &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;ABRAMOVICH Ilona Alex, 2012. &#171; No Safe Place to Go &#8211; LGBTQ Youth Homelessness in Canada : Reviewing the Literature &#187;, &lt;i&gt;Le journal canadien de famille et de la jeunesse&lt;/i&gt;, 4 (1), p. 29&#8209;51, https://doi.org/10.29173/cjfy16579.&#034;&gt;2012&lt;/a&gt; ; Morton &lt;i&gt;et al&lt;/i&gt;. &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;MORTON Matthew H., DWORSKY Amy, MATJASKO Jennifer L., CURRY Susanna R., SCHLUETER David, CH&#193;VEZ Ra&#250;l &amp; FARRELL Anne F., 2018. &#171; Prevalence and Correlates of Youth Homelessness in the United States &#187;, &lt;i&gt;Journal of Adolescent Health&lt;/i&gt;, 62 (1), p. 14&#8209;21, https://doi.org/10.1016/j.jadohealth.2017.10.006.&#034;&gt;2018&lt;/a&gt;). Le rejet familial ou amical li&#233; &#224; l'orientation sexuelle ou de genre prive ces personnes de leurs premiers r&#233;seaux de protection. Dans ce t&#233;moignage, la rupture est directement d&#233;clench&#233;e par la d&#233;couverte de la relation amoureuse. Le sans-abrisme appara&#238;t donc comme une cons&#233;quence directe de l'homophobie dans la sph&#232;re familiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La voix off propose une description ph&#233;nom&#233;nologique de la vie dans l'espace public : la peur constante, le manque de sommeil, les hallucinations auditives et visuelles. Ces &#233;l&#233;ments rejoignent les analyses de Robert Desjarlais (&lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;DESJARLAIS Robert R, 2011. &lt;i&gt;Shelter Blues : Sanity and Selfhood Among the Homeless&lt;/i&gt;. Philadelphie, University of Pennsylvania Press.&#034;&gt;2011&lt;/a&gt;) ou Cameron Parsell (&lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;PARSELL Cameron, 2011. &#171; Homeless Identities : Enacted and Ascribed &#187;, &lt;i&gt;The British Journal of Sociology&lt;/i&gt;, 62 (3), p. 442&#8209;461, https://doi.org/10.1111/j.1468-4446.2011.01373.x.&#034;&gt;2011&lt;/a&gt;) qui d&#233;crivent comment le sans-abrisme affecte directement les capacit&#233;s cognitives et psychiques, mettant les personnes dans un &#233;tat de grande vuln&#233;rabilit&#233;. Le contraste lumi&#232;re/t&#233;n&#232;bres, tr&#232;s pr&#233;sent dans le texte, mais qui est aussi visible dans les images et la dramaturgie visuelle du film, traduit cin&#233;matographiquement ce v&#233;cu : la nuit devient l'espace du danger, mais aussi du face-&#224;-face avec soi-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, &#234;tre une personne identifi&#233;e comme homosexuelle dans la rue implique une exposition &#224; des formes sp&#233;cifiques de violences homophobes, de stigmatisation et de risques d'agressions sexuelles (Coolhart &amp; Brown &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;COOLHART Deborah &amp; BROWN Maria T., 2017. &#171; The need for safe spaces : Exploring the experiences of homeless LGBTQ youth in shelters &#187;, &lt;i&gt;Children and Youth Services Review&lt;/i&gt;, 82, p. 230&#8209;238, https://doi.org/10.1016/j.childyouth.2017.09.021.&#034;&gt;2017&lt;/a&gt; ; Keuroghlian, Shtasel &amp; Bassuk &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;KEUROGHLIAN Alex S., SHTASEL Derri &amp; BASSUK Ellen L., 2014. &#171; Out on the Street : A Public Health and Policy Agenda for Lesbian, Gay, Bisexual, and Transgender Youth Who Are Homeless &#187;, &lt;i&gt;The American Journal of Orthopsychiatry&lt;/i&gt;, 84 (1), p. 66&#8209;72, https://doi.org/10.1037/h0098852.&#034;&gt;2014&lt;/a&gt;). Le fait que le couple cherche toujours la lumi&#232;re, la foule, r&#233;v&#232;le &#224; la fois la peur des agressions et le besoin de se prot&#233;ger par la visibilit&#233;. La rue devient un espace o&#249; la double vuln&#233;rabilit&#233; &#8211; celle du sans-abrisme et celle de l'homosexualit&#233; &#8211; s'entrecroise. Mais la relation amoureuse n'est pas seulement le d&#233;clencheur de l'exclusion, elle est aussi une ressource de survie. Comme le montre Didier Eribon (&lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;ERIBON Didier, 2010. &lt;i&gt;Retour &#224; Reims&lt;/i&gt;. Paris, Flammarion.&#034;&gt;2010&lt;/a&gt;), les trajectoires homosexuelles sont marqu&#233;es par une tension entre rejet et invention de nouveaux liens. Ici, l'amour est d&#233;crit comme ce qui permet de &#171; tenir &#187; malgr&#233; l'exclusion. Dans un contexte de survie, la relation devient un espace de reconnaissance r&#233;ciproque et de r&#233;sistance.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;a id=&#034;illegal-geographies-fragmentees-memoire-15&#034; name=&#034;illegal-geographies-fragmentees-memoire-15&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;a id=&#034;a5.3&#034; name=&#034;a5.3&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;i&gt;Ill&#233;gal &lt;/i&gt; : G&#233;ographies fragment&#233;es et m&#233;moire des luttes&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Ill&#233;gal &lt;/i&gt;est le plus long des trois films peut-&#234;tre aussi le plus complexe d'un point de vue de la narration dans la mesure o&#249; il mobilise des registres documentaires diff&#233;rents. On y retrouve des &#233;l&#233;ments sc&#233;naristiques semblables aux deux premiers films (le recours &#224; la voix off comme forme de t&#233;moignage, la mise en image d'un territoire li&#233; &#224; l'exp&#233;rience de la pr&#233;carit&#233; r&#233;sidentielle), mais aussi d'autres registres documentaires (la captation de sc&#232;ne de vie dans un lieu partag&#233;, et l'entretien avec un compatriote partageant une exp&#233;rience identique).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le plan du territoire, le film assemble plusieurs lieux qui dessinent un parcours r&#233;sidentiel qui traverse le pays, d'un centre f&#233;d&#233;ral pour requ&#233;rant&#183;es d'asile dans le premier plan du film, aux rives d'un lac dans le dernier plan, en passant par des lieux o&#249; le r&#233;alisateur a &#233;t&#233; log&#233; et a trouv&#233; un abri temporaire. Ici, l'exp&#233;rience de la pr&#233;carit&#233; r&#233;sidentielle s'&#233;tale sur des ann&#233;es et recouvre un territoire non pas circonscrit &#224; une ville ou &#224; un quartier, mais &#224; une r&#233;gion autant dans sa dimension urbaine que rurale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le film construit donc une g&#233;ographie fragment&#233;e du sans-abrisme et de la migration en Suisse. La r&#233;p&#233;tition de l'&#233;vocation des maisons souligne l'impossibilit&#233; de se poser durablement, chaque &#8220; maison &#8221; n'&#233;tant qu'un arr&#234;t transitoire rendu pr&#233;caire par l'absence de papiers. Ce proc&#233;d&#233; narratif et visuel donne &#224; voir ce qu'Abdelmalek Sayad (&lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;SAYAD Abdelmalek, 1999. &#171; Immigration et &#8220;pens&#233;e d'&#201;tat&#8221; &#187;, &lt;i&gt;Actes de la Recherche en Sciences Sociales&lt;/i&gt;, 129 (1), p. 5&#8209;14, https://doi.org/10.3406/arss.1999.3299.&#034;&gt;1999&lt;/a&gt;) appelait la &#171; double absence &#187; : l'impossibilit&#233; d'appartenir durablement &#224; un lieu, qui est alors une condition politique produite par l'&#201;tat qui assigne et fragmente les appartenances. Dans Ill&#233;gal, cette absence prend corps &#224; travers les lieux travers&#233;s &#8211; centres d'asile, h&#233;bergements temporaires, logements non autoris&#233;s &#8211; qui mat&#233;rialisent une volont&#233; politico-administrative de non-ancrage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La voix off mobilis&#233;e dans le film ne se limite pas &#224; l'autobiographie : elle tisse une m&#233;moire collective des luttes. Les s&#233;quences sur les &#233;glises occup&#233;es, les militant&#183;es ou le &#171; parlement debout &#187; constituent une archive vivante des mobilisations pour le droit au s&#233;jour en Suisse romande. En filmant son ami I., requ&#233;rant arriv&#233; en 1989, Vagabundo inscrit ainsi son histoire dans une g&#233;n&#233;alogie des exil&#233;&#183;es et des r&#233;sistances, montrant que l'exp&#233;rience individuelle est indissociable d'une histoire partag&#233;e (Fassin &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;FASSIN Didier, 2011. &#171; Policing Borders, Producing Boundaries. The Governmentality of Immigration in Dark Times &#187;, &lt;i&gt;Annual Review of Anthropology&lt;/i&gt;, 40 (1), p. 213&#8209;226, https://doi.org/10.1146/annurev-anthro-081309-145847.&#034;&gt;2011&lt;/a&gt;). Les m&#233;taphores visuelles et orales &#8211; les branches et les racines, le jardin abandonn&#233; redevenu cultivable &#8211; prolongent cette mise en r&#233;cit politique : elles mat&#233;rialisent ce que Veena Das (&lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;DAS Veena, 2007. &lt;i&gt;Life and Words : Violence and the Descent into the Ordinary&lt;/i&gt;. Berkeley, University of California Press.&#034;&gt;2007&lt;/a&gt;) ou Michael Jackson (&lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;JACKSON Michael, 2006. &lt;i&gt;The Politics of Storytelling : Violence, Transgression, and Intersubjectivity&lt;/i&gt;. Copenhague, Museum Tusculanum Press.&#034;&gt;2006&lt;/a&gt;) d&#233;crivent comme la capacit&#233; &#224; transformer des exp&#233;riences d'exclusion en ressources de solidarit&#233; et de dignit&#233;. &#192; travers ces images, le travail et le soin apparaissent comme des pratiques de r&#233;sistance au cadre l&#233;gal qui interdit de travailler, mais aussi comme des gestes de cr&#233;ation du commun (Tronto &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;TRONTO Joan C., 2013. &lt;i&gt;Caring Democracy : Markets, Equality, and Justice&lt;/i&gt;. New York, New York University Press.&#034;&gt;2013&lt;/a&gt;). Le jeu de langage autour de &#171; ill&#233;gal&lt;i&gt; &lt;/i&gt; &#187; et du &#171; i &#187; &#224; enlever illustre &#224; son tour une analyse critique des cat&#233;gories juridiques : l'ill&#233;galit&#233; n'est pas une condition intrins&#232;que mais une assignation. Cette d&#233;construction linguistique, perform&#233;e par la voix presque incantatoire, est renforc&#233;e par les images de cabane abandonn&#233;e et de for&#234;t, qui symbolisent &#224; la fois l'isolement et la marginalisation, mais aussi les racines et les branches comme figures du lien et du &lt;i&gt;care&lt;/i&gt;. Enfin, la chanson finale (&#171; la vie de requ&#233;rant, c'est une vie difficile &#187;) agit comme un ch&#339;ur adress&#233; aux spectateur&#183;ices : elle affirme que seule l'exp&#233;rience v&#233;cue de l'int&#233;rieur permet de comprendre la pr&#233;carit&#233; du sans-abrisme et du statut de requ&#233;rant. En ce sens, le film s'inscrit dans un mode documentaire performatif (Nichols &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;NICHOLS Bill, 2010. &lt;i&gt;Introduction to Documentary, Second Edition&lt;/i&gt;, Indiana University Press.&#034;&gt;2010&lt;/a&gt;) qui ne se contente pas de montrer, mais fait ressentir, transformant la parole individuelle en interpellation collective.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;a id=&#034;temoignage-adresse-subjectivites-resistantes-16&#034; name=&#034;temoignage-adresse-subjectivites-resistantes-16&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;a id=&#034;a6&#034; name=&#034;a6&#034;&gt;&lt;/a&gt;Du t&#233;moignage &#224; l'adresse : subjectivit&#233;s r&#233;sistantes&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Pris ensemble, &lt;i&gt;&#224; lundi&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Le Banc&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Ill&#233;gal&lt;/i&gt; dessinent une cartographie sensible et politique du sans-abrisme en Suisse romande. Bien que port&#233;s par des trajectoires distinctes, ces trois films partagent une m&#234;me logique : faire le r&#233;cit d'une exp&#233;rience situ&#233;e &#224; travers la voix et les images. Leur analyse crois&#233;e permet de d&#233;gager plusieurs dimensions transversales &#8211; territoires, voix et &lt;i&gt;care&lt;/i&gt; &#8211; qui &#233;clairent la mani&#232;re dont l'exp&#233;rience du sans-abrisme peut &#234;tre racont&#233;e et politis&#233;e par celles et ceux qui la vivent.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;a id=&#034;territoires-17&#034; name=&#034;territoires-17&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;a id=&#034;a6.1&#034; name=&#034;a6.1&#034;&gt;&lt;/a&gt;Territoires&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Dans l'introduction de cet article, nous avons soulign&#233; combien la repr&#233;sentation m&#233;diatique du sans-abrisme privil&#233;gie les formes de pr&#233;carit&#233; les plus visibles au d&#233;triment d'autres situations plus diffuses mais tout aussi marqu&#233;es par la violence. Ces trois films d&#233;construisent cette logique et dessinent une image de la pr&#233;carit&#233; r&#233;sidentielle qui n'a rien de fig&#233; ni temporellement, ni g&#233;ographiquement. Le sans-abrisme ne se r&#233;sume pas &#224; une vie pass&#233;e &#224; la rue, mais passe par plusieurs modalit&#233;s d'h&#233;bergement &#224; la fois &#233;tatiques, associatives et militantes, bricol&#233;es en ayant recours au r&#233;seau personnel, des &#233;pisodes de squat, de logement pr&#233;caire ou de vie &#224; la rue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les lieux film&#233;s ne cherchent pas &#224; illustrer la souffrance, mais &#224; restituer les ambivalences du quotidien : la fatigue, l'attente, mais aussi les moments d'attachement, de r&#233;pit, ou de solidarit&#233;. Ce choix ne nie pas la duret&#233; des parcours, mais refuse la mise en spectacle de la mis&#232;re. En montrant les espaces de sociabilit&#233; et de mobilisation qui se d&#233;ploient dans ces interstices, les films invitent &#224; repenser les territoires du sans-abrisme comme des espaces v&#233;cus, &#224; la fois contraints et investis, o&#249; se n&#233;gocient la dignit&#233; et la possibilit&#233; d'habiter malgr&#233; tout.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;a id=&#034;voix-18&#034; name=&#034;voix-18&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;a id=&#034;a6.2&#034; name=&#034;a6.2&#034;&gt;&lt;/a&gt;Voix&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Dans ces films, il n'y a pas de recours aux dispositifs habituels de l'anonymisation (pas de visages flout&#233;s ni de voix transform&#233;es) : Les choix de prises de parole ont &#233;t&#233; laiss&#233;s aux r&#233;alisateur&#183;ices. Ce sont elle et eux qui choisissent ce qu'ils et elle ont envie de raconter, de d&#233;voiler. Certains lieux sont point&#233;s et montr&#233;s, comme dans &lt;i&gt;Ill&#233;gal&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;Le Banc&lt;/i&gt;, d'autres sont &#233;voqu&#233;s par fragments dans des dispositifs qui rel&#232;vent de la m&#233;tonymie comme la cuisine dans &lt;i&gt;&#224; lundi&lt;/i&gt; qui renvoie &#224; l'appartement dans son ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les trois films, la voix occupe une place centrale. Elle reprend certains codes du documentaire comme le t&#233;moignage &#224; la premi&#232;re personne ou l'adresse directe, mais pour en d&#233;placer la port&#233;e. Chaque r&#233;alisateur&#183;ice &#233;labore un rapport singulier &#224; la parole : enregistrement direct sur les lieux du tournage ou voix travaill&#233;e en studio, ton intime ou revendicatif. La voix d&#233;passe ainsi la simple expression autobiographique pour devenir un outil de mise en r&#233;cit qui relie l'exp&#233;rience individuelle &#224; une adresse collective. C'est dans cette dimension d'adresse que s'ancre la port&#233;e politique des films : ils ne s'adressent pas seulement &#224; eux ou elles-m&#234;mes ou &#224; leurs proches, mais &#224; la soci&#233;t&#233; tout enti&#232;re, convoquant sa responsabilit&#233;. Charifa construit une lettre film&#233;e adress&#233;e aux chercheur&#183;euses, Rapha&#235;l parle &#224; la soci&#233;t&#233; pour d&#233;noncer l'homophobie, Vagabundo interpelle explicitement &#171; ses amis suisses &#187;, appelant &#224; un changement de regard et de statut. Chacun des films, &#224; sa mani&#232;re, participe &#224; une redistribution du partage du sensible (Ranci&#232;re &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;RANCI&#200;RE Jacques, 2000. &lt;i&gt;Le partage du sensible : esth&#233;tique et politique&lt;/i&gt;. Paris, La Fabrique.&#034;&gt;2000&lt;/a&gt;) : il d&#233;place les fronti&#232;res du visible et de l'audible, et red&#233;finit les conditions de l&#233;gitimit&#233; des exp&#233;riences sociales.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;a id=&#034;care-19&#034; name=&#034;care-19&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;a id=&#034;a6.3&#034; name=&#034;a6.3&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;i&gt;Care&lt;/i&gt;&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Dans la deuxi&#232;me partie de l'article, nous avons insist&#233; sur la mani&#232;re dont le projet &lt;i&gt;Le film fait maison&lt;/i&gt; se d&#233;place par rapport au &lt;i&gt;care&lt;/i&gt; institutionnel, en mettant en lumi&#232;re des formes de soin de soi et de soin mutuel. La peinture, l'amour ou le jardinage apparaissent comme des pratiques de soin de soi et de r&#233;sistance face &#224; l'exclusion. Le logement, omnipr&#233;sent, est d&#233;fini non comme uniquement un abri mat&#233;riel, mais comme condition d'appartenance, de s&#233;curit&#233; et de reconnaissance. Cette conception rejoint les analyses f&#233;ministes du &lt;i&gt;care&lt;/i&gt; (hooks &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;HOOKS bell, 2014. &lt;i&gt;Teaching To Transgress&lt;/i&gt;. New York, Routledge, https://doi.org/10.4324/9780203700280.&#034;&gt;2014&lt;/a&gt; ; Tronto &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;TRONTO, Joan C., 1993. &lt;i&gt;Moral Boundaries : A Political Argument for an Ethic of Care&lt;/i&gt;. New York, Routledge.&#034;&gt;1993&lt;/a&gt;) et la r&#233;flexion de Judith Butler (&lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;BUTLER Judith, 2004. &lt;i&gt;Precarious Life : The Powers of Mourning and Violence&lt;/i&gt;. Londres, Verso.&#034;&gt;2004&lt;/a&gt;) sur les vies pr&#233;caris&#233;es : prendre soin de soi et des autres, c'est aussi affirmer que ces vies comptent, qu'elles m&#233;ritent reconnaissance et stabilit&#233;, m&#234;me au c&#339;ur de l'exclusion.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;a id=&#034;conclusion-20&#034; name=&#034;conclusion-20&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;a id=&#034;a7&#034; name=&#034;a7&#034;&gt;&lt;/a&gt;Conclusion&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Dans cet article nous explorons une approche participative critique pour interroger les conditions de production du savoir sur le sans-abrisme, en rendant les exp&#233;riences &#233;miques centrales. Nous avons r&#233;fl&#233;chi &#224; la fa&#231;on dont ce projet constitue une forme de &lt;i&gt;care&lt;/i&gt; sur trois plans. Par son objet, d'abord, puisqu'il interroge la maison comme lieu mat&#233;riel et symbolique de dignit&#233;, de refuge et de reconnaissance pour des personnes confront&#233;es &#224; la pr&#233;carit&#233;. Par sa m&#233;thodologie, ensuite, en instituant un espace participatif o&#249; les subjectivit&#233;s des r&#233;alisateur&#183;ices sont mises au centre. Par son processus cr&#233;atif, enfin, qui permet une r&#233;appropriation narrative, en prenant au s&#233;rieux les r&#233;cits, les pratiques de soin de soi et les formes de solidarit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, ce processus pose des questions importantes sur l'&#233;thique et l'&#233;pist&#233;mologie d'une recherche participative dans un contexte marqu&#233; par des violences syst&#233;miques. En s'appuyant sur une approche collaborative, ce projet questionne les in&#233;galit&#233;s structurelles et cherche &#224; redistribuer, au moins en partie ou de mani&#232;re temporaire, les r&#244;les traditionnels de production du savoir. Toutefois, plusieurs limites r&#233;duisent la port&#233;e d'un tel processus, notamment la temporalit&#233; partielle d'une telle recherche (limit&#233;e pour les personnes concern&#233;es et durable pour les chercheur&#183;euses qui vont tr&#232;s probablement continuer &#224; faire de la recherche &#224; la fin de ce projet), ou encore l'autorit&#233; ethnographique (Clifford &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;CLIFFORD James, 2003. &#171; De l'autorit&#233; en ethnographie &#187;, &lt;i&gt;in&lt;/i&gt; CEFA&#207; Daniel, &lt;i&gt;L'Enqu&#234;te de terrain&lt;/i&gt;, Paris, La D&#233;couverte.&#034;&gt;2003&lt;/a&gt;), &#224; savoir le fait que la polyphonie des textes ethnographiques est souvent contr&#244;l&#233;e par les ethnographes, qui organisent et &#233;ditent les voix des personnes concern&#233;es pour servir un r&#233;cit particulier. Mais aussi, comme nous l'avons discut&#233;, le fait que confronter deux intentions envers le sans-abrisme (la n&#233;cessit&#233; de cacher et la volont&#233; de donner &#224; voir) m&#232;ne in&#233;vitablement &#224; des ajustements et des n&#233;gociations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; ces limites, les films r&#233;alis&#233;s participent &#224; une d&#233;colonisation des savoirs sur le sans-abrisme : ils d&#233;placent, au moins en partie, l'autorit&#233; narrative vers les personnes concern&#233;es, produisant des savoirs situ&#233;s qui interrogent les cat&#233;gories juridiques et sociales qui structurent l'exclusion. Ils ne montrent pas seulement des vies pr&#233;caris&#233;es, ils permettent d'entendre des voix souvent invisibilis&#233;es, transformant l'exp&#233;rience v&#233;cue en prise de parole critique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le titre original du projet est : &#171; Non-take up of emergency shelters by homeless people : constructing an emic knowledge using on-board cameras &#187;. Il a &#233;t&#233; financ&#233; par le fonds Spark du Fonds National Suisse (FNS n&#176; 221042) en 2024.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'&#233;quipe de recherche est constitu&#233;e de Fr&#233;d&#233;rique Leresche, Baptiste Aubert, Giada de Coulon (engag&#233;&#183;es par la Haute &#233;cole de travail social de Fribourg, HES-SO, au moment du projet). Un immense merci &#224; Giada pour sa relecture attentive de l'article et ses conseils et suggestions si utiles et bienveillants.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En ce sens, le titre &lt;i&gt;Le film fait maison&lt;/i&gt; est un clin d'oeil &#224; &#171; Une cabane de cin&#233;ma : la serre du bonheur &#187; &lt;i&gt;ready-made&lt;/i&gt; d'Agn&#232;s Varda qui r&#233;employa la pellicule abandonn&#233;e de certains de ses films pour les transformer en un abri pour tournesols.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le bas seuil d&#233;signe une offre d'aide caract&#233;ris&#233;e par une accessibilit&#233; maximale et des exigences minimales.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur les trois films r&#233;alis&#233;s au moment de la parution de l'article, deux ont &#233;t&#233; mont&#233;s par Baptiste Aubert, le troisi&#232;me par un monteur externe, Alexandre Mottier, engag&#233; pour l'occasion.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour la premi&#232;re version de cet article, seuls deux films &#233;taient termin&#233;s. Le troisi&#232;me film s'est tourn&#233; en m&#234;me temps que la processus d'expertise de la premi&#232;re version. La deuxi&#232;me version de l'article prend donc aussi en compte le troisi&#232;me film r&#233;alis&#233;, m&#234;me si celui-ci s'est tourn&#233; avec une &#233;quipe de recherche reconstitu&#233;e (Baptiste Aubert et Fr&#233;d&#233;rique Leresche pour les deux premiers, Giada de Coulon et Fr&#233;d&#233;rique Leresche pour le troisi&#232;me).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;ABRAMOVICH Ilona Alex, 2012. &#171; No Safe Place to Go &#8211; LGBTQ Youth Homelessness in Canada : Reviewing the Literature &#187;, &lt;i&gt;Le journal canadien de famille et de la jeunesse&lt;/i&gt;, 4 (1), p. 29&#8209;51, &lt;a href=&#034;https://doi.org/10.29173/cjfy16579&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://doi.org/10.29173/cjfy16579&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ANDERSON Pamela Sue &amp; BUNNIN Nicholas, 2020. &#171; Silencing and Speaker Vulnerability : Undoing an Oppressive Form of (Wilful) Ignorance &#187;, &lt;i&gt;Angelaki&lt;/i&gt;, 25 (1&#8209;2), p. 36&#8209;45, &lt;a href=&#034;https://doi.org/10.1080/0969725X.2020.1717770&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://doi.org/10.1080/0969725X.2020.1717770&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;BOZZINI David, FRESIA Marion, KILLIAS Olivia &amp; LAVANCHY Anne (dir.), 2024. &lt;i&gt;Engagements. Penser la responsabilit&#233; de l'anthropologue avec Ellen Hertz&lt;/i&gt;. Neuch&#226;tel, &#201;ditions Alphil-Presses universitaires suisses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;BRAUD Rosane &amp; LOISON Marie, 2022. &#171; Le sans-abrisme au f&#233;minin. Quand les haltes pour femmes interrogent les dispositifs d'urgence sociale &#187;, &lt;i&gt;Travail, genre et soci&#233;t&#233;s&lt;/i&gt;, 47 (1), p. 131&#8209;147, &lt;a href=&#034;https://doi.org/10.3917/tgs.047.0131&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://doi.org/10.3917/tgs.047.0131&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;BRUNETEAUX Patrick, 2016. &lt;i&gt;Les mondes r&#234;v&#233;s de Georges : fabrications identitaires et alternatives &#224; la domination&lt;/i&gt;. Rennes, Presses universitaires de Rennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;BUTLER Judith, 2004. &lt;i&gt;Precarious Life : The Powers of Mourning and Violence&lt;/i&gt;. Londres, Verso.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;CARMONA Carla, 2021. &#171; Silencing by Not Telling : Testimonial Void as a New Kind of Testimonial Injustice &#187;, &lt;i&gt;Social Epistemology&lt;/i&gt;, 35 (6), p. 577&#8209;592, &lt;a href=&#034;https://doi.org/10.1080/02691728.2021.1887395&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://doi.org/10.1080/02691728.2021.1887395&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;CLIFFORD James, 2003. &#171; De l'autorit&#233; en ethnographie &#187;, &lt;i&gt;in&lt;/i&gt; CEFA&#207; Daniel, &lt;i&gt;L'Enqu&#234;te de terrain&lt;/i&gt;, Paris, La D&#233;couverte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;COOLHART Deborah &amp; BROWN Maria T., 2017. &#171; The need for safe spaces : Exploring the experiences of homeless LGBTQ youth in shelters &#187;, &lt;i&gt;Children and Youth Services Review&lt;/i&gt;, 82, p. 230&#8209;238, &lt;a href=&#034;https://doi.org/10.1016/j.childyouth.2017.09.021&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://doi.org/10.1016/j.childyouth.2017.09.021&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;DAS Veena, 2007. &lt;i&gt;Life and Words : Violence and the Descent into the Ordinary&lt;/i&gt;. Berkeley, University of California Press.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;DE COULON Giada, 2019. &lt;i&gt;L'ill&#233;galit&#233; r&#233;guli&#232;re. Ethnographie du r&#233;gime de l'aide d'urgence en Suisse&lt;/i&gt;. Lausanne, Antipodes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;DESJARLAIS Robert R, 2011. &lt;i&gt;Shelter Blues : Sanity and Selfhood Among the Homeless&lt;/i&gt;. Philadelphie, University of Pennsylvania Press.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ERIBON Didier, 2010. &lt;i&gt;Retour &#224; Reims&lt;/i&gt;. Paris, Flammarion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;FASSIN Didier, 2011. &#171; Policing Borders, Producing Boundaries. The Governmentality of Immigration in Dark Times &#187;, &lt;i&gt;Annual Review of Anthropology&lt;/i&gt;, 40 (1), p. 213&#8209;226, https://doi.org/10.1146/annurev-anthro-081309-145847.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;GABORIAU Patrick &amp; TERROLLE Daniel, 2003. &lt;i&gt;Ethnologie des sans logis : &#233;tude d'une forme de domination sociale&lt;/i&gt;. Paris, l'Harmattan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;GINSBURG Faye D., ABU-LUGHOD Lila &amp; LARKIN Brian (eds), 2002. &lt;i&gt;Media Worlds : Anthropology on New Terrain&lt;/i&gt;. Berkeley, University of California Press, &lt;a href=&#034;https://doi.org/10.1525/9780520928169&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://doi.org/10.1525/9780520928169&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;GUTJAHR Elisabeth, LERESCHE Fr&#233;d&#233;rique &amp; RAO DHANANKA Swetha, 2023. &lt;i&gt;&#201;valuation du dispositif d'h&#233;bergement d'urgence dans le canton de Vaud&lt;/i&gt;. Lausanne, Direction g&#233;n&#233;rale de la coh&#233;sion sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;HARAWAY Donna, 1988. &#171; Situated knowledges : the science question in feminism and the privilege of partial perspective &#187;, &lt;i&gt;Feminist Studies&lt;/i&gt;, 14 (3), p. 86&#8209;87.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;HOOKS bell, 2014. &lt;i&gt;Teaching To Transgress&lt;/i&gt;. New York, Routledge, &lt;a href=&#034;https://doi.org/10.4324/9780203700280&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://doi.org/10.4324/9780203700280&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;JACKSON Michael, 2006. &lt;i&gt;The Politics of Storytelling : Violence, Transgression, and Intersubjectivity&lt;/i&gt;. Copenhague, Museum Tusculanum Press.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;KEUROGHLIAN Alex S., SHTASEL Derri &amp; BASSUK Ellen L., 2014. &#171; Out on the Street : A Public Health and Policy Agenda for Lesbian, Gay, Bisexual, and Transgender Youth Who Are Homeless &#187;, &lt;i&gt;The American Journal of Orthopsychiatry&lt;/i&gt;, 84 (1), p. 66&#8209;72, &lt;a href=&#034;https://doi.org/10.1037/h0098852&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://doi.org/10.1037/h0098852&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LERESCHE Fr&#233;d&#233;rique, 2022. &lt;i&gt;La non-demande aux droits et services de l'&#201;tat social : une ethnographie de pratiques contestataires subalternes&lt;/i&gt;, th&#232;se de doctorat, universit&#233; de Gen&#232;ve, &lt;a href=&#034;https://doi.org/10.13097/archive-ouverte/unige:170402&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://doi.org/10.13097/archive-ouverte/unige:170402&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LERESCHE Fr&#233;d&#233;rique, 2025. &#171; Enjeux &#233;pist&#233;mologiques et &#233;thiques d'une recherche collaborative audiovisuelle : la mise en voix et en images des situations liminaires &#187;, &lt;i&gt;Revue fran&#231;aise des affaires sociales&lt;/i&gt;, p. 115&#8209;135.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LERESCHE Fr&#233;d&#233;rique, COLOMBO Annamaria &amp; DE COULON Giadam 2025. &#171; Ni maison, ni r&#233;pit : une analyse f&#233;ministe de l'urgence &#224; partir de l'exp&#233;rience de femmes sans-abri en Suisse &#187;, &lt;i&gt;Pens&#233;e plurielle&lt;/i&gt;, 60 (1), p. 49&#8209;64, &lt;a href=&#034;https://doi.org/10.3917/pp.060.0049&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://doi.org/10.3917/pp.060.0049&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LOISON-LERUSTE Marie, 2014. &#171; Habiter &#224; c&#244;t&#233; des SDF : repr&#233;sentations et attitudes face &#224; la pauvret&#233; &#187;, Habitat et soci&#233;t&#233;s. Paris, L'Harmattan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;MAYOCK Paula, SHERIDAN Sarah &amp; PARKER Sarah, 2015. &#171; 'It's Just like We're Going around in Circles and Going Back to the Same Thing &#8230;' : The Dynamics of Women's Unresolved Homelessness &#187;, &lt;i&gt;Housing Studies&lt;/i&gt;, 30 (6), p. 877&#8209;900, &lt;a href=&#034;https://doi.org/10.1080/02673037.2014.991378&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://doi.org/10.1080/02673037.2014.991378&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;MORTON Matthew H., DWORSKY Amy, MATJASKO Jennifer L., CURRY Susanna R., SCHLUETER David, CH&#193;VEZ Ra&#250;l &amp; FARRELL Anne F., 2018. &#171; Prevalence and Correlates of Youth Homelessness in the United States &#187;, &lt;i&gt;Journal of Adolescent Health&lt;/i&gt;, 62 (1), p. 14&#8209;21, &lt;a href=&#034;https://doi.org/10.1016/j.jadohealth.2017.10.006&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://doi.org/10.1016/j.jadohealth.2017.10.006&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;NICHOLS Bill, 2010. &lt;i&gt;Introduction to Documentary, Second Edition&lt;/i&gt;, Indiana University Press.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PARSELL Cameron, 2011. &#171; Homeless Identities : Enacted and Ascribed &#187;, &lt;i&gt;The British Journal of Sociology&lt;/i&gt;, 62 (3), p. 442&#8209;461, &lt;a href=&#034;https://doi.org/10.1111/j.1468-4446.2011.01373.x&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://doi.org/10.1111/j.1468-4446.2011.01373.x&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PUIG DE LA BELLACASA Mar&#237;a, 2012. &lt;i&gt;Politiques f&#233;ministes et construction des savoirs : &#171; penser nous devons &#187; !&lt;/i&gt;. Paris, l'Harmattan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;RAHEJA Michelle H, 2010. &lt;i&gt;Reservation Reelism : Redfacing, Visual Sovereignty, and Representations of Native Americans in Film&lt;/i&gt;. Lincoln, University of Nebraska Press, &lt;a href=&#034;https://doi.org/10.2307/j.ctt1dfnrq6&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://doi.org/10.2307/j.ctt1dfnrq6&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;RANCI&#200;RE Jacques, 2000. &lt;i&gt;Le partage du sensible : esth&#233;tique et politique&lt;/i&gt;. Paris, La Fabrique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;RULLAC St&#233;phane, 2010. &#171; Le mis&#233;rabilisme dans l'action sociale : un racisme d'&#201;tat contemporain ? L'exemple de la prise en charge des SDF depuis 1992 &#187;, &lt;i&gt;Nouvelles pratiques sociales&lt;/i&gt;, 22 (2), p. 176-185, &lt;a href=&#034;https://doi.org/10.7202/044227ar&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://doi.org/10.7202/044227ar&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SAYAD Abdelmalek, 1999. &#171; Immigration et &#8220;pens&#233;e d'&#201;tat&#8221; &#187;, &lt;i&gt;Actes de la Recherche en Sciences Sociales&lt;/i&gt;, 129 (1), p. 5&#8209;14, &lt;a href=&#034;https://doi.org/10.3406/arss.1999.3299&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://doi.org/10.3406/arss.1999.3299&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SMITH Linda Tuhiwai, 2021. &lt;i&gt;Decolonizing Methodologies : Research and Indigenous &lt;/i&gt;Peoples. Londres, Zed Books.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STELLA No&#233;mi, 2023. &lt;i&gt;La pr&#233;carit&#233; r&#233;sidentielle &#224; l'aune de l'orientation sexuelle et de l'identit&#233; de genre. Une analyse longitudinale des modes d'h&#233;bergement des personnes LGBTQ+ sans logement personnel en &#206;le-de-France&lt;/i&gt;, th&#232;se de doctorat, Paris, &#201;cole des hautes &#233;tudes en sciences sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;TALPADE MOHANTY Chandra, 2003a. &#171; Under Western eyes : Feminist scholarship and colonial discourses &#187;, in &lt;i&gt;Feminism without borders : Decolonizing theory, practicing solidarity&lt;/i&gt;, Durham, Duke University Press.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;TALPADE MOHANTY Chandra, 2003b. &#171; What's Home got to do with it ? &#187;, in &lt;i&gt;Feminism without Borders. Decolonizing Theory, Practicing Solidarity&lt;/i&gt;, Durham, Duke University Press.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;TERROLLE, Daniel, 2004. &#171; La ville dissuasive : l'envers de la solidarit&#233; avec les sdf &#187;, Sociologie. &lt;i&gt;Espaces et soci&#233;t&#233;s&lt;/i&gt; 116-117 (1), p. 143&#8209;57, &lt;a href=&#034;https://doi.org/10.3917/esp.116.0143&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://doi.org/10.3917/esp.116.0143&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;TRONTO, Joan C., 1993. &lt;i&gt;Moral Boundaries : A Political Argument for an Ethic of Care&lt;/i&gt;. New York, Routledge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;TRONTO Joan C., 2013. &lt;i&gt;Caring Democracy : Markets, Equality, and Justice&lt;/i&gt;. New York, New York University Press.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;TURTSCHI Elisa, DE COULON Giada &amp; MALKA Sophie, 2022. &#171; Insertion professionnelle des permis S. Une communication discriminante et sans fondement &#187;, &lt;a href=&#034;https://asile.ch/2022/09/12/insertion-professionnelle-des-permis-s-une-communication-discriminante-et-sans-fondement/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://asile.ch/2022/09/12/insertion-professionnelle-des-permis-s-une-communication-discriminante-et-sans-fondement/&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;WATSON Sophie &amp; AUSTERBERRY Helen, 1986. &lt;i&gt;Housing and Homelessness : A Feminist Perspective&lt;/i&gt;. Londres, Routledge and Kegan Paul.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Num&#233;ro 49 - d&#233;cembre 2025 Regarder le soin, soigner le regard. Pour une anthropologie r&#233;flexive du care</title>
		<link>https://www.ethnographiques.org/2025/ours-49</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.ethnographiques.org/2025/ours-49</guid>
		<dc:date>2026-02-18T09:04:47Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		


		<dc:subject>Ours du num&#233;ro</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Num&#233;ro 49 - d&#233;cembre 2025 &lt;br class='autobr' /&gt;
Regarder le soin, soigner le regard. Pour une anthropologie r&#233;flexive du care &lt;br class='autobr' /&gt;
(https://www.ethnographiques.org/2025/numero-49) &lt;br class='autobr' /&gt;
Dossier coordonn&#233; par Baptiste Aubert, Ellen Hertz et Olivia Killias &lt;br class='autobr' /&gt;
Illustration : S&#233;lima Chibout (Images issues de l'installation vid&#233;o &#171; Travail fant&#244;me &#187; r&#233;alis&#233;e par Alice Sala et S&#233;lima Chibout, pr&#233;sent&#233;e au mus&#233;e d'Ethnographie de Neuch&#226;tel (MEN) en 2023 dans le cadre de l'exposition &#171; Cargo Cults Unlimited &#187;) &lt;br class='autobr' /&gt;
Ont contribu&#233;[...]&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.ethnographiques.org/2025/numero-49/" rel="directory"&gt;Num&#233;ro 49 - d&#233;cembre 2025 Regarder le soin, soigner le regard : vers une anthropologie r&#233;flexive du care&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.ethnographiques.org/ours-du-numero" rel="tag"&gt;Ours du num&#233;ro&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Num&#233;ro 49 - d&#233;cembre 2025&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Regarder le soin, soigner le regard. Pour une anthropologie r&#233;flexive du &lt;i&gt;care&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&lt;a href=&#034;https://www.ethnographiques.org/2025/numero-49&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.ethnographiques.org/2025/numero-49&lt;/a&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dossier coordonn&#233; par &lt;a href='https://www.ethnographiques.org/aubert_baptiste' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Baptiste Aubert&lt;/a&gt;, &lt;a href='https://www.ethnographiques.org/hertz_ellen' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Ellen Hertz&lt;/a&gt; et &lt;a href='https://www.ethnographiques.org/killias_olivia' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Olivia Killias&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Illustration : S&#233;lima Chibout&lt;br class='autobr' /&gt;
(Images issues de l'installation vid&#233;o &#171; Travail fant&#244;me &#187; r&#233;alis&#233;e par Alice Sala et S&#233;lima Chibout, pr&#233;sent&#233;e au mus&#233;e d'Ethnographie de Neuch&#226;tel (MEN) en 2023 dans le cadre de l'exposition &#171; Cargo Cults Unlimited &#187;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ont contribu&#233; &#224; ce num&#233;ro :&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href='https://www.ethnographiques.org/vazquez_anabel' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Anabel Vazquez&lt;/a&gt;, coordination &#233;ditoriale et relecture, int&#233;gration web&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Membres du comit&#233; de direction :&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href='https://www.ethnographiques.org/chevalier_sophie' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Sophie Chevalier&lt;/a&gt;, &lt;a href='https://www.ethnographiques.org/wendling_thierry' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Thierry Wendling&lt;/a&gt;, codirecteurs&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.ethnographiques.org/adell_nicolas' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Nicolas Adell&lt;/a&gt;, &lt;a href='https://www.ethnographiques.org/amiotte-suchet_laurent' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Laurent Amiotte-Suchet&lt;/a&gt;, &lt;a href='https://www.ethnographiques.org/Baracchini_Leila' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Le&#239;la Baracchini&lt;/a&gt;, &lt;a href='https://www.ethnographiques.org/bouillon_florence' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Florence Bouillon&lt;/a&gt;, &lt;a href='https://www.ethnographiques.org/guillaume-pey_cecile' class=&#034;spip_in&#034;&gt;C&#233;cile Guillaume-Pey&lt;/a&gt;, &lt;a href='https://www.ethnographiques.org/hertz_ellen' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Ellen Hertz&lt;/a&gt;, &lt;a href='https://www.ethnographiques.org/lambelet_alexandre' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Alexandre Lambelet&lt;/a&gt;, &lt;a href='https://www.ethnographiques.org/Lauriere_Christine' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Christine Lauri&#232;re&lt;/a&gt;, &lt;a href='https://www.ethnographiques.org/Mayor_Gregoire' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Gr&#233;goire Mayor&lt;/a&gt;, &lt;a href='https://www.ethnographiques.org/mouzard_thomas' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Thomas Mouzard&lt;/a&gt;, &lt;a href='https://www.ethnographiques.org/Sorrentino_Paul' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Paul Sorrentino&lt;/a&gt;, &lt;a href='https://www.ethnographiques.org/Schoeni_Dominique' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Dominique Schoeni&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conception SPIP&lt;/strong&gt; : &lt;br class='autobr' /&gt;
Emmanuel Lamotte &lt;a href=&#034;https://www.erational.org&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.erational.org&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Membres du comit&#233; scientifique de la revue &lt;i&gt;ethnographiques.org&lt;/i&gt; :&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href='https://www.ethnographiques.org/Centlivres-Pierre' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Pierre Centlivres&lt;/a&gt;, Roger Chartier, &lt;a href='https://www.ethnographiques.org/Fillieule_Olivier' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Olivier Fillieule&lt;/a&gt;, Jack Goody (1919-2015), [Roberte Hamayon (1939-2025), &lt;a href='https://www.ethnographiques.org/David_MacDougall' class=&#034;spip_in&#034;&gt;David MacDougall&lt;/a&gt;, Jean-Claude Schmitt, &lt;a href='https://www.ethnographiques.org/Schulte-Tenckhoff-Isabelle' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Isabelle Schulte-Tenckhoff&lt;/a&gt;, Martine Segalen (1940-2021), &lt;a href='https://www.ethnographiques.org/Weber_Florence' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Florence Weber&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Voir et faire voir le care : une ethnographie visuelle du mara&#238;chage agro&#233;cologique</title>
		<link>https://www.ethnographiques.org/2025/Loodts</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.ethnographiques.org/2025/Loodts</guid>
		<dc:date>2026-02-18T09:04:46Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Loodts_Nicolas</dc:creator>


		<dc:subject>ArticleNumero</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#192; partir d'une ethnographie men&#233;e au sein de la ferme coop&#233;rative Planto ergo sum (Belgique), cet article analyse le &lt;i&gt;care&lt;/i&gt; mara&#238;cher comme une pratique agro&#233;cologique fond&#233;e sur l'attention au vivant et l'ajustement des gestes aux situations concr&#232;tes. Le regard y joue un r&#244;le central : voir, c'est prendre soin, en interpr&#233;tant les signes du vivant et en ajustant les gestes aux besoins des plantes et des sols. L'observation participante et le tour du champ apparaissent comme des moments cl&#233;s d'apprentissage d'un regard qualifi&#233;. Enfin, l'usage de dispositifs visuels &#8211; film ethnographique, cam&#233;ra &lt;i&gt;time lapse&lt;/i&gt;, cam&#233;ra de chasse, dessin &#8211; prolonge cette &#233;ducation du regard en rendant visibles les dimensions souvent invisibles du travail mara&#238;cher et en ouvrant la dynamique du &#8220;faire voir&#8221; &#224; un public ext&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;mots-cl&#233;s :&lt;/strong&gt; mara&#238;chage agro&#233;cologique, care, relations humains-non-humains, ethnographie visuelle, cam&#233;ra &lt;i&gt;time lapse&lt;/i&gt;, cultures mara&#238;ch&#232;res, &#233;cologie agricole, anthropologie visuelle, &#233;cologie humaine, transition &#233;cologique, prise de d&#233;cision, webdocumentaire&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.ethnographiques.org/2025/numero-49/" rel="directory"&gt;Num&#233;ro 49 - d&#233;cembre 2025 Regarder le soin, soigner le regard : vers une anthropologie r&#233;flexive du care&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.ethnographiques.org/ArticleNumero" rel="tag"&gt;ArticleNumero&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;Seeing and showing care : a visual ethnography of agroecological farming&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Based on ethnographic fieldwork conducted at the cooperative farm Planto ergo sum (Belgium), this article analyzes the care involved in vegetable production for market as an agroecological practice grounded in attentiveness to living beings and the situated adjustment of gestures. Seeing is caring : interpreting the signs emitted by plants and soil allows farmers to tune their actions to the needs of the living world. Participant observation and the weekly &#8220;field tour&#8221; emerge as key moments in the learning of this form of skilled vision. Finally, the use of visual devices &#8212; ethnographic film, a time lapse camera, a trail camera and drawings &#8212; extends this education of the eye by making visible the often invisible dimensions of farm work, opening the dynamics of &#8220;making visible&#8221; toward wider audiences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;keywords :&lt;/strong&gt; agroecological vegetable farming, care, human&#8211;non-human relations, visual ethnography, time-lapse camera, agricultural ecology, visual anthropology, human ecology, green transition, decision making, web documentary&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;a id=&#034;prologue-0&#034; name=&#034;prologue-0&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;a id=&#034;a1&#034; name=&#034;a1&#034;&gt;&lt;/a&gt;Soigner le regard pour comprendre le &lt;i&gt;care&lt;/i&gt; mara&#238;cher&lt;/h3&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le contact avec le vivant et puis le rapport aussi avec soigner le sol, essayer de comprendre, [&#8230;] comment est-ce que le sol fonctionne, quels sont les meilleurs moments pour implanter une graine. Et puis apr&#232;s, il y a quand m&#234;me&#8230; les fenouils par exemple, qu'on r&#233;ussit cette ann&#233;e ; c'est rare qu'on r&#233;ussisse des fenouils aussi beaux. Il y a quand m&#234;me une grande satisfaction au final de sortir des beaux l&#233;gumes en sachant que sur le c&#244;t&#233;, tu t'es quand m&#234;me impliqu&#233; pour qu'il y ait des fleurs, pour qu'il y ait de la biodiversit&#233;. (&#8230;) Pour moi, c'est vraiment une r&#233;ussite de tomber sur une couleuvre dans notre couche chaude et de me dire que dans notre syst&#232;me, il y a de la biodiversit&#233; qui se recr&#233;e. &#187; (Interview de Gil, 11 novembre 2020)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;C'est en novembre 2020, au terme d'une saison de production charg&#233;e, de surcro&#238;t dans le contexte de la pand&#233;mie de COVID 19, que Gil, un des mara&#238;chers de la ferme coop&#233;rative Planto ergo sum, fait cette d&#233;claration. La ferme met en culture 1,5 hectares de terre en R&#233;gion wallonne (Belgique) selon la r&#233;glementation de l'agriculture biologique et les principes de l'agro&#233;cologie. Plusieurs mara&#238;ch&#232;res et mara&#238;chers coop&#233;rateurs, entre 2 et 6 en fonction des p&#233;riodes de mon terrain ethnographique, s'y partagent les t&#226;ches, les responsabilit&#233;s et les prises de d&#233;cisions. Ces personnes pratiquent un mara&#238;chage diversifi&#233;, biologique et agro&#233;cologique : diversifi&#233;, car une cinquantaine de vari&#233;t&#233;s de l&#233;gumes y sont cultiv&#233;es &#224; l'ann&#233;e ; biologique, car cette ferme cultive selon la r&#233;glementation de l'agriculture biologique wallonne ; et agro&#233;cologique parce qu'elle r&#233;pond aux principes de l'agro&#233;cologie (comme la recherche de synergies entre les composants de l'agro&#233;cosyst&#232;me) qui vont plus loin que la r&#233;glementation pr&#233;cit&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on se prom&#232;ne dans les jardins mara&#238;chers de cette ferme, on peut y observer une multitude de cultures r&#233;parties sur les diff&#233;rentes planches, des bandes de terre d'1 m&#232;tre 30 qui accueillent les nombreuses vari&#233;t&#233;s de l&#233;gumes cultiv&#233;es. Toutes ces plantes font l'objet de multiples actes de soin pour leur assurer une croissance harmonieuse tout au long de l'ann&#233;e, comme on le constate &#224; travers la d&#233;claration de Gil. Ce que j'ai nomm&#233; le &lt;i&gt;care&lt;/i&gt; mara&#238;cher, et que je vais tenter de caract&#233;riser dans cet article, comprend : la place des connaissances, l'orientation vers la production de beaux l&#233;gumes, et la prise en compte de la biodiversit&#233;. On y per&#231;oit aussi une forme d'attention sensible au vivant &#8211; une mani&#232;re de &#8220;lire&#8221; le champ, d'en observer les signes et d'y reconna&#238;tre les effets du soin &#8211; qui renvoie &#224; un v&#233;ritable travail du regard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet article pose ainsi deux questions principales : qu'est-ce que le &lt;i&gt;care &lt;/i&gt;mara&#238;cher, autrement dit en quoi le mara&#238;chage agro&#233;cologique peut-il &#234;tre compris comme une pratique du &lt;i&gt;care&lt;/i&gt; ? Puis, quel est l'apport du regard et de l'image &#8211; filmique, photographique ou dessin&#233;e &#8211; dans l'exp&#233;rience et l'analyse de ce &lt;i&gt;care&lt;/i&gt; ? Pour r&#233;pondre &#224; ces questions, je m'appuie sur une enqu&#234;te ethnographique men&#233;e au sein de la ferme coop&#233;rative Planto ergo sum. Cette recherche, fond&#233;e sur plus de 175 jours d'observation participante entre 2015 et 2022, mobilise plusieurs dispositifs visuels (cam&#233;ras portatives, cam&#233;ra &lt;i&gt;time lapse&lt;/i&gt;, cam&#233;ra de chasse et dessin), utilis&#233;s &#224; la fois comme outils de terrain et comme moyens de communication sur le &lt;i&gt;care&lt;/i&gt; mara&#238;cher. Dans mon cas, ces donn&#233;es sont mobilis&#233;es dans la production d'un webdocumentaire destin&#233; &#224; communiquer sur ma recherche doctorale &#224; un public plus large.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, en articulant approche ethnographique, analyse pragmatiste et dispositifs visuels, cet article vise &#224; montrer comment le &lt;i&gt;care &lt;/i&gt;mara&#238;cher se manifeste, se n&#233;gocie et se donne &#224; voir dans le contexte du mara&#238;chage agro&#233;cologique. Je mettrai en &#233;vidence comment le &#8220;voir&#8221;, l'&#8220;apprendre &#224; voir&#8221; et le &#8220;faire voir&#8221; contribuent &#224; la fois &#224; la pratique mara&#238;ch&#232;re et &#224; la d&#233;marche ethnographique.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;a id=&#034;pourquoi-metaphore-cinematographique-1&#034; name=&#034;pourquoi-metaphore-cinematographique-1&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;a id=&#034;a2&#034; name=&#034;a2&#034;&gt;&lt;/a&gt;Cadre th&#233;orique&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Dans cette contribution, je questionnerai la pratique mara&#238;ch&#232;re au regard du concept de &lt;i&gt;care&lt;/i&gt; d&#233;velopp&#233; par Joan Tronto (&lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;TRONTO Joan C., 1993. &lt;i&gt;Moral Boundaries : A Political Argument for an Ethic of Care&lt;/i&gt;. New York, Routledge.&#034;&gt;1993&lt;/a&gt;), &#233;clair&#233; &#224; la lumi&#232;re de la philosophie pragmatique (Dewey &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;DEWEY John, 2011. &lt;i&gt;La formation des valeurs&lt;/i&gt;. Paris, La D&#233;couverte.&#034;&gt;2011&lt;/a&gt; ; Hache &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;HACHE &#201;milie, 2019. &lt;i&gt;Ce &#224; quoi nous tenons. Propositions pour une &#233;cologie pragmatique&lt;/i&gt;. Paris, La D&#233;couverte (Poche).&#034;&gt;2019&lt;/a&gt;). Le &lt;i&gt;care&lt;/i&gt;, selon Joan Tronto, constitue &#171; l'ensemble des activit&#233;s par lesquelles nous maintenons et r&#233;parons &#171; notre monde &#187; pour le rendre vivable &#187; (Tronto &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;TRONTO Joan C., 1993. &lt;i&gt;Moral Boundaries : A Political Argument for an Ethic of Care&lt;/i&gt;. New York, Routledge.&#034;&gt;1993&lt;/a&gt; : 103)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les traductions des textes originellement publi&#233;s en anglais sont de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il se divise en quatre phases : &#171; se soucier de (&lt;i&gt;caring about&lt;/i&gt;) &#187;, &#171; se charger de (&lt;i&gt;taking care of&lt;/i&gt;) &#187;, &#171; donner des soins (&lt;i&gt;care giving&lt;/i&gt;) &#187; et &#171; recevoir des soins (&lt;i&gt;care receiving&lt;/i&gt;) &#187; (Tronto &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;TRONTO Joan C., 2008. &#171; Du &lt;i&gt;care&lt;/i&gt; &#187;, &lt;i&gt;Revue du MAUSS&lt;/i&gt;, 32 (2), p. 243-265, https://doi.org/10.3917/rdm.032.0243.&#034;&gt;2008&lt;/a&gt; : 248). Si ces phases sont bien pr&#233;sentes dans la pratique mara&#238;ch&#232;re, le &lt;i&gt;care&lt;/i&gt; mara&#238;cher n'est pas sans ambigu&#239;t&#233;. Je choisis donc de l'&#233;clairer par le pragmatisme, afin de montrer comment il s'ancre dans des choix situ&#233;s, des gestes et des arbitrages concrets. En effet, de nombreuses situations de &lt;i&gt;care&lt;/i&gt; mara&#238;cher impliquent des choix pratiques dont les cons&#233;quences, soigneusement &#233;valu&#233;es, peuvent parfois &#234;tre en tension avec les valeurs de la coop&#233;rative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; R&#233;parer le monde &#187; dans le cadre du mara&#238;chage, c'est tenter de trouver un juste &#233;quilibre entre la production de l&#233;gumes et le respect des formes de vies des non-humains pr&#233;sents sur le champ. C'est cr&#233;er des associations d'esp&#232;ces, mais c'est aussi &#233;radiquer les doryphores&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les doryphores (Leptinotarsa decemlineata) sont des insectes col&#233;opt&#232;res (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; qui se trouvent sur une planche de pommes de terre, travailler la terre au motoculteur avant de la rendre plus meuble (au risque de tuer les vers de terre et autres organismes pr&#233;sents) ou d&#233;sherber les multiples adventices qui apparaissent entre les lignes de culture. Ce &lt;i&gt;care&lt;/i&gt; implique le soin des plantes, mais aussi leur r&#233;colte ou leur &#233;vacuation quand la saison devient moins propice &#224; leur culture et qu'une autre culture est planifi&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mobiliser la notion de &lt;i&gt;care&lt;/i&gt; dans le cadre de la production agricole n'est pas enti&#232;rement nouveau. Le sociologue Jan Douwe van der Ploeg situe le &lt;i&gt;care&lt;/i&gt; comme un des modes de &#171; coproduction &#187; avec la nature, en opposition au &#171; contr&#244;le &#187;, fa&#231;onnant une mani&#232;re de pratiquer l'agriculture. Pour lui, le &lt;i&gt;care&lt;/i&gt; est un &#171; mot qui est souvent central dans le r&#233;pertoire culturel des soci&#233;t&#233;s paysannes &#187; (van der Ploeg &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;VAN DER PLOEG Jan Douwe, 2022. &lt;i&gt;The Sociology of Farming&lt;/i&gt;. New York, Routledge/Earthscan.&#034;&gt;2022&lt;/a&gt; : 12). Le &lt;i&gt;care&lt;/i&gt; agricole d&#233;signe un mode d'engagement pratique qui vise &#224; pr&#233;server la capacit&#233; productive du milieu tout en assurant la reproduction future de l'objet de travail (par exemple maintenir la fertilit&#233; du sol ou obtenir de beaux veaux par l'&#233;levage). Il implique une organisation du travail apte &#224; r&#233;pondre aux besoins parfois impr&#233;visibles des plantes ou des animaux et suppose une proximit&#233; avec l'objet du travail, auquel doit &#234;tre accord&#233; du temps et de l'attention (van der Ploeg &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;VAN DER PLOEG Jan Douwe, 2022. &lt;i&gt;The Sociology of Farming&lt;/i&gt;. New York, Routledge/Earthscan.&#034;&gt;2022&lt;/a&gt; : 12). Le &#171; contr&#244;le &#187;, &#224; l'inverse, est associ&#233; &#224; la gestion d'un grand nombre d'objets de travail et &#224; la volont&#233; de discipliner la nature. L&#224; o&#249; le contr&#244;le acc&#233;l&#232;re et impose, le &lt;i&gt;care&lt;/i&gt; exige patience et attention aux &#171; dons &#187; de la nature (van der Ploeg &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;VAN DER PLOEG Jan Douwe, 2022. &lt;i&gt;The Sociology of Farming&lt;/i&gt;. New York, Routledge/Earthscan.&#034;&gt;2022&lt;/a&gt; : 12-13).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;finition propos&#233;e par van der Ploeg, centr&#233;e sur les relations de coproduction entre humains et nature dans un cadre agricole, demeure essentiellement tourn&#233;e vers la durabilit&#233; de la production. Dans ce texte, je m'appuie plut&#244;t sur une conception compr&#233;hensive du &lt;i&gt;care &lt;/i&gt;d&#233;velopp&#233;e par Joan Tronto, qui &#233;largit cette perspective pour inclure l'ensemble des activit&#233;s &#8211; humaines et non humaines &#8211; qui contribuent &#224; maintenir et &#224; r&#233;parer notre monde commun. &#171; Ce monde comprend nos corps, nos personnes et notre environnement, tout ce que nous cherchons &#224; entrelacer dans une toile complexe soutenant la vie. &#187; (Tronto &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;TRONTO Joan C., 1993. &lt;i&gt;Moral Boundaries : A Political Argument for an Ethic of Care&lt;/i&gt;. New York, Routledge.&#034;&gt;1993&lt;/a&gt; : 103). L'int&#233;r&#234;t de cette approche est qu'elle met sur un m&#234;me plan le soin apport&#233; aux humains, aux non-humains et aux milieux, sans r&#233;duire le care &#224; un rapport utilitaire &#224; la nature. Les quatre phases du &lt;i&gt;care &lt;/i&gt;d&#233;crites plus haut fonctionnent comme un encha&#238;nement allant de la reconnaissance d'un besoin &#224; l'&#233;valuation des effets d'une action (Tronto &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;TRONTO Joan C., 1993. &lt;i&gt;Moral Boundaries : A Political Argument for an Ethic of Care&lt;/i&gt;. New York, Routledge.&#034;&gt;1993&lt;/a&gt; : 248-250). Cette conception met l'accent sur le caract&#232;re processuel et pratique du &lt;i&gt;care&lt;/i&gt;, reliant attention, responsabilit&#233; et action.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &lt;i&gt;care&lt;/i&gt; doit &#234;tre envisag&#233; comme une pratique. &#171; D&#233;signer le &lt;i&gt;care&lt;/i&gt; comme une pratique implique qu'il est &#224; la fois pens&#233;e et action, (&#8230;) &#233;troitement li&#233;es et orient&#233;es vers une certaine fin &#187; (Tronto &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;TRONTO Joan C., 2008. &#171; Du &lt;i&gt;care&lt;/i&gt; &#187;, &lt;i&gt;Revue du MAUSS&lt;/i&gt;, 32 (2), p. 243-265, https://doi.org/10.3917/rdm.032.0243.&#034;&gt;2008&lt;/a&gt; : 251). En tant que pratique, celle-ci va s'appuyer sur des ressources comme des biens mat&#233;riels, du temps et des comp&#233;tences (Tronto &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;TRONTO Joan C., 2008. &#171; Du &lt;i&gt;care&lt;/i&gt; &#187;, &lt;i&gt;Revue du MAUSS&lt;/i&gt;, 32 (2), p. 243-265, https://doi.org/10.3917/rdm.032.0243.&#034;&gt;2008&lt;/a&gt; : 253). Quand celles-ci viennent &#224; manquer, le &lt;i&gt;care&lt;/i&gt; peut s'av&#233;rer particuli&#232;rement &#233;puisant. Comme le rappelle Maria Puig de la Bellacasa : &#171; L&#224; encore, le c&#339;ur de l'action r&#233;side dans la mani&#232;re dont nous nous occupons des autres plut&#244;t que dans l'intention ou la disposition &#224; s'occuper des autres. Trop de sollicitude peut s'av&#233;rer d&#233;vorant &#187; (Puig de la Bellacasa &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;PUIG DE LA BELLACASA Maria, 2017. &lt;i&gt;Matters of Care. Speculative Ethics in More Than Human Worlds&lt;/i&gt;. Minneapolis, University of Minnesota Press.&#034;&gt;2017&lt;/a&gt; : 85). Cette dimension mat&#233;rielle et affective du &lt;i&gt;care&lt;/i&gt; permet d'&#233;clairer, dans le cas du mara&#238;chage coop&#233;ratif, une tension situ&#233;e qui oppose les imp&#233;ratifs &#233;conomiques (produire avec un bon rendement pour assurer la viabilit&#233; de la ferme) au besoin de se pr&#233;server et de pr&#233;server des relations attentives avec les plantes, les sols et la biodiversit&#233;. Cette tension rappelle, &#224; une autre &#233;chelle, celle qu'affronte une infirmi&#232;re lorsqu'elle doit assurer les soins d'un grand nombre de patientes et patients tout en se pr&#233;servant et en maintenant un relation de soin de qualit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme le remarque Philippe Chanial, les th&#233;ories du don et du &lt;i&gt;care&lt;/i&gt; ont en commun de rendre visible ce qui est habituellement invisibilis&#233; (Chanial &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;CHANIAL Philippe, 2014. &#171; Don et &lt;i&gt;care&lt;/i&gt; : une perspective anthropologique &#187;, &lt;i&gt;Recherche et formation&lt;/i&gt;, 76, p. 51-60, https://doi.org/10.4000/rechercheformation.2232.&#034;&gt;2014&lt;/a&gt; : 53), invitant &#224; interroger : &#171; qui s'occupe de quoi et comment ? &#187; (Paperman &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;PAPERMAN Patricia, 2009. &#171; D'une voix discordante : d&#233;sentimentaliser le &lt;i&gt;care&lt;/i&gt;, d&#233;moraliser l'&#233;thique &#187;, &lt;i&gt;in&lt;/i&gt; MOLINIER Pascale, PAPERMAN Patricia &amp; LAUGIER Sandra (dir.), &lt;i&gt;Qu'est-ce que le care ?&lt;/i&gt;, Paris, Payot.&#034;&gt;2009&lt;/a&gt; : 103). Cette question conduit &#224; la description, &#224; l'&#233;valuation ou &#224; la critique de &#171; l'organisation sociale et politique &#187; des activit&#233;s de &lt;i&gt;care&lt;/i&gt; (Paperman &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;PAPERMAN Patricia, 2009. &#171; D'une voix discordante : d&#233;sentimentaliser le &lt;i&gt;care&lt;/i&gt;, d&#233;moraliser l'&#233;thique &#187;, &lt;i&gt;in&lt;/i&gt; MOLINIER Pascale, PAPERMAN Patricia &amp; LAUGIER Sandra (dir.), &lt;i&gt;Qu'est-ce que le care ?&lt;/i&gt;, Paris, Payot.&#034;&gt;2009&lt;/a&gt; : 103) et elle peut &#234;tre appliqu&#233;e aux multiples actrices et acteurs impliqu&#233;s dans la vie du champ : mara&#238;ch&#232;res et mara&#238;chers, stagiaires, b&#233;n&#233;voles, clientes et clients, et dans une perspective plus large aux non-humains animaux et v&#233;g&#233;taux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce changement de perspective a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; appliqu&#233; en agriculture. Jean Foyer, Julie Hermesse et Corentin Hecquet (&lt;a href='https://www.ethnographiques.org/spip.php?page=backend#void' class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;FOYER Jean, HERMESSE Julie &amp; HECQUET Corentin, 2020. &#171; Quand les actes agricoles sont au care et au compagnonnage : l'exemple de l&#034;&gt;2020&lt;/a&gt;) ont par exemple montr&#233; que les viticultrices et viticulteurs travaillant en biodynamie consid&#232;rent leur travail comme un soin et un accompagnement attentif des vignes, dessinant une &#233;thique du &lt;i&gt;care&lt;/i&gt; fond&#233;e sur l'observation et la proximit&#233;, et d&#233;passant l'unique domaine technique. Ces travaux ouvrent la voie &#224; une anthropologie du mara&#238;chage qui interroge le &lt;i&gt;care&lt;/i&gt; mara&#238;cher et les conditions de sa mise en &#339;uvre, par exemple, les pratiques qui sont orient&#233;es par une attention aux temporalit&#233;s du sol et des vivants non humains. L'usage des b&#226;ches g&#233;otextiles illustre une tentative de n&#233;gocier les rythmes biologiques du sol : leur pose acc&#233;l&#232;re la d&#233;composition de la mati&#232;re organique du sol tandis que leur retrait marque le retour &#224; des cycles plus lents.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_15816 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;87&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.ethnographiques.org/IMG/jpg/figure1bis.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.ethnographiques.org/local/cache-vignettes/L500xH667/figure1bis-8da1c.jpg?1771405656' width='500' height='667' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre crayon document-titre-15816 '&gt;&lt;strong&gt;Fig. 1. Pose de b&#226;ches g&#233;otextiles &#224; la ferme Planto ergo sum
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_credits crayon document-credits-15816 '&gt;Photo de Nicolas Loodts
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Comme le note Puig de la Bellacasa, le cadre productiviste tend &#224; r&#233;duire le &lt;i&gt;care&lt;/i&gt; &#171; d'une relation coconstruite interd&#233;pendante &#224; un simple contr&#244;le de l'objet du soin &#187; imposant un temps lin&#233;aire, orient&#233; vers l'efficience, et rendant pr&#233;caires les pratiques quotidiennes des agricultrices et agriculteurs (Puig de la Bellacasa &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;PUIG DE LA BELLACASA Maria, 2017. &lt;i&gt;Matters of Care. Speculative Ethics in More Than Human Worlds&lt;/i&gt;. Minneapolis, University of Minnesota Press.&#034;&gt;2017&lt;/a&gt; : 186).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Penser le sol comme un monde vivant multi-sp&#233;cifique ouvre la voie &#224; des relations de soin plus diversifi&#233;es et moins unidirectionnelles (Puig de la Bellacasa &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;PUIG DE LA BELLACASA Maria, 2017. &lt;i&gt;Matters of Care. Speculative Ethics in More Than Human Worlds&lt;/i&gt;. Minneapolis, University of Minnesota Press.&#034;&gt;2017&lt;/a&gt; : 191). Les mod&#232;les de &lt;i&gt;soil foodweb&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le terme foodweb (ou &#171; r&#233;seau trophique &#187;) d&#233;signe l'ensemble des relations (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; insistent sur l'interd&#233;pendance et la fragilit&#233; des communaut&#233;s du sol, o&#249; humains et non-humains participent conjointement &#224; la circulation de l'&#233;nergie et de la mati&#232;re. Ces conceptions troublent le temps lin&#233;aire du productivisme &#8211; les pratiques de soin se mesurent &#224; la dur&#233;e des cycles biologiques et &#224; la lenteur n&#233;cessaire &#224; leur r&#233;g&#233;n&#233;ration &#8211; et invitent &#224; penser le&lt;i&gt; care&lt;/i&gt; comme une obligation multilat&#233;rale, diffuse et partag&#233;e (Puig de la Bellacasa &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;PUIG DE LA BELLACASA Maria, 2017. &lt;i&gt;Matters of Care. Speculative Ethics in More Than Human Worlds&lt;/i&gt;. Minneapolis, University of Minnesota Press.&#034;&gt;2017&lt;/a&gt; : 192).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;flexion de Maria Puig de la Bellacasa rejoint celle de Laura Centemeri (&lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;CENTEMERI Laura, 2019. &lt;i&gt;La permaculture ou l'art de r&#233;habiter&lt;/i&gt;. Versailles, Quae.&#034;&gt;2019&lt;/a&gt;), qui propose de comprendre la permaculture comme une forme de &#171; r&#233;flexivit&#233; environnementale &#187;. Dans cette approche, la nature n'est pas un ordre fig&#233; mais un assemblage instable d'&#234;tres h&#233;t&#233;rog&#232;nes, organis&#233;s selon une &#171; intelligence collaborative &#187;. Le &#171; &lt;i&gt;earth care&lt;/i&gt; &#187; consiste ainsi &#224; prendre soin de la terre dans une perspective &#233;cologique o&#249; l'attention, l'observation et l'adaptation au contexte deviennent centrales. Comme le r&#233;sume Centemeri, &#171; cela d&#233;pend du contexte &#187; est la r&#233;ponse r&#233;currente aux dilemmes pratiques du soin &#224; la terre, qui impliquent parfois des choix tragiques (Centemeri &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;CENTEMERI Laura, 2019. &lt;i&gt;La permaculture ou l'art de r&#233;habiter&lt;/i&gt;. Versailles, Quae.&#034;&gt;2019&lt;/a&gt; : 75). Cette dimension tragique fait partie int&#233;grante de l'&#233;thique du &lt;i&gt;care &lt;/i&gt;&#233;cologique, qui reconna&#238;t la vuln&#233;rabilit&#233; et l'instabilit&#233; comme conditions du vivre-ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pragmatisme de John Dewey aide &#224; comprendre comment ces choix s'op&#232;rent en situation. Comme le rappellent Alexandra Bidet, Louis Qu&#233;r&#233; et G&#233;r&#244;me Truc (&lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;BIDET Alexandra, QU&#201;R&#201; Louis &amp; TRUC G&#233;r&#244;me, 2011. &#171; Introduction &#187;, &lt;i&gt;in&lt;/i&gt; DEWEY John, &lt;i&gt;La formation des valeurs&lt;/i&gt;. Paris, La D&#233;couverte.&#034;&gt;2011&lt;/a&gt;), attribuer de la valeur &#224; quelque chose consiste avant tout &#224; y pr&#234;ter attention, &#224; en prendre soin et &#224; prolonger son existence. Les &#171; fins-en-vue &#187; (&#171; &lt;i&gt;ends-in-view&lt;/i&gt; &#187;) chez Dewey d&#233;signent des objectifs provisoires, d&#233;finis dans l'action, qui orientent la pratique sans la figer. La production de l&#233;gumes reste la finalit&#233; principale, mais elle s'articule avec d'autres &#171; fins-en-vue &#187;, comme le respect de la vie du sol ou de la biodiversit&#233;. Ces fins s'actualisent dans des compromis permanents, combinant exigences &#233;conomiques et consid&#233;rations &#233;cologiques. Le &lt;i&gt;care&lt;/i&gt; mara&#238;cher se construit donc au fil des ajustements, en fonction des contraintes de temps, des al&#233;as climatiques et des ressources disponibles. Comme l'&#233;crit Dewey : &#171; il est tout simplement impossible d'avoir une fin-en-vue (&#8230;) sans prise en consid&#233;ration, aussi mince soit-elle, des moyens de la faire advenir &#187; (&lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;DEWEY John, 2011. &lt;i&gt;La formation des valeurs&lt;/i&gt;. Paris, La D&#233;couverte.&#034;&gt;2011&lt;/a&gt; : 121). Les moyens sont constitutifs des fins elles-m&#234;mes. Le &lt;i&gt;care&lt;/i&gt; dans le mara&#238;chage appara&#238;t ainsi comme une pratique toujours situ&#233;e, orient&#233;e par des dilemmes et des arbitrages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette conception du &lt;i&gt;care&lt;/i&gt;, articul&#233;e aux temporalit&#233;s du sol et aux compromis pratiques, pr&#233;pare la transition vers l'analyse de la &#171; vision qualifi&#233;e &#187;. Car savoir &#171; quoi faire &#187; dans le champ suppose aussi d'&#234;tre capable de voir et d'apprendre &#224; discerner les signes pertinents envoy&#233;s par le vivant. Comme le rappelle Centemeri :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; l'attention indispensable au &lt;i&gt;care&lt;/i&gt; se transforme en prise en charge, en action, l&#224; o&#249; les conditions du contexte rendent n&#233;cessaire une intervention ; action qui ne peut pas &#234;tre guid&#233;e par des r&#232;gles abstraites, mais doit d&#233;pendre de la capacit&#233; de compr&#233;hension des relations internes au contexte et de la fa&#231;on dont elles se combinent &#187; (&lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;CENTEMERI Laura, 2019. &lt;i&gt;La permaculture ou l'art de r&#233;habiter&lt;/i&gt;. Versailles, Quae.&#034;&gt;2019&lt;/a&gt; : 74).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Dans ce cadre, la notion de &#171; vision qualifi&#233;e &#187; (&#171; &lt;i&gt;skilled vision&lt;/i&gt; &#187;), propos&#233;e par Cristina Grasseni, appara&#238;t comme un outil conceptuel central. Cette vision &#171; obtenue par l'apprentissage et l'&#233;ducation de l'attention &#187; (Grasseni &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;GRASSENI Cristina, 2009. &lt;i&gt;Developing Skill, Developing Vision : Practices of Locality at the Foot of the Alps&lt;/i&gt;. Oxford, Berghahn.&#034;&gt;2009&lt;/a&gt; : 82) s'acquiert au contact des praticiennes et praticiens et transforme progressivement un paysage ordinaire en &#171; &lt;i&gt;taskscape&lt;/i&gt; &#187; (Ingold &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;INGOLD Tim, 1993. &#171; The Temporality of the Landscape &#187;, &lt;i&gt;World Archaeology&lt;/i&gt;, 25, p. 152-174.&#034;&gt;1993&lt;/a&gt; : 158 ; Grasseni &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;GRASSENI Cristina, 2009. &lt;i&gt;Developing Skill, Developing Vision : Practices of Locality at the Foot of the Alps&lt;/i&gt;. Oxford, Berghahn.&#034;&gt;2009&lt;/a&gt; : 77). Le &#171; &lt;i&gt;taskscape&lt;/i&gt; &#187;, selon Tim Ingold, est une notion qui combine &#171; les notions de &#171; d&#233;placement dans le paysage &#187; et de &#171; pratique dans un champ &#187; (Ingold &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;INGOLD Tim, 1993. &#171; The Temporality of the Landscape &#187;, &lt;i&gt;World Archaeology&lt;/i&gt;, 25, p. 152-174.&#034;&gt;1993&lt;/a&gt; : 158) et permet de &#171; rendre la texture d'un espace sensoriel et social dans lequel on apprend et on se d&#233;place &#187; (Grasseni &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;GRASSENI Cristina, 2009. &lt;i&gt;Developing Skill, Developing Vision : Practices of Locality at the Foot of the Alps&lt;/i&gt;. Oxford, Berghahn.&#034;&gt;2009&lt;/a&gt; : 77] ). Elle rejoint la notion de &#171; vision professionnelle &#187; d&#233;crite par Charles Goodwin (&lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;GOODWIN Charles, 1994. &#171; Professional Vision &#187;, &lt;i&gt;American Anthropologist&lt;/i&gt;, 96 (3), p. 606-633.&#034;&gt;1994&lt;/a&gt;) comme une mani&#232;re situ&#233;e de voir et d'interpr&#233;ter les ph&#233;nom&#232;nes propres &#224; une communaut&#233; de pratique (Wenger &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;WENGER &#201;tienne, 1998. &lt;i&gt;Communities of Practice : Learning, Meaning and Identity&lt;/i&gt;. Cambridge, Cambridge University Press.&#034;&gt;1998&lt;/a&gt;). L'apprentissage de ce regard rel&#232;ve d'une socialisation perceptive : les d&#233;monstrations des mara&#238;ch&#232;res et mara&#238;chers orientent l'attention du novice vers les traits jug&#233;s pertinents dans le cadre local, selon les standards de la culture du lieu (Wathelet &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;WATHELET Olivier, 2012. &#171; Apprendre &#224; voir. Pour une ethnographie cognitive des perceptions &#187;, &lt;i&gt;L'Homme&lt;/i&gt;, 201, p. 121-130, https://doi.org/10.4000/lhomme.22980.&#034;&gt;2012&lt;/a&gt; ; Ronzon &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;RONZON Francesco, 2007. &#171; Icons and Transvestites : Notes on Irony, Cognition and Visual Skill &#187;, &lt;i&gt;in&lt;/i&gt; GRASSENI Cristina (ed.), &lt;i&gt;Skilled Visions : Between Apprenticeship and Standards&lt;/i&gt;. Oxford, Berghahn.&#034;&gt;2007&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne l'anthropologue, tout comme les stagiaires qui participent parfois au tour du champ, l'&#233;ducation du regard consiste &#224; passer d'une vision diffuse o&#249; tout semble &#233;quivalent &#224; une perception hi&#233;rarchis&#233;e des besoins. C'est dans ce travail patient de transformation perceptive que se joue une part essentielle du &lt;i&gt;care&lt;/i&gt; mara&#238;cher, et que se construit la possibilit&#233; de le documenter par l'image.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;a id=&#034;une-consideration-autre-2&#034; name=&#034;une-consideration-autre-2&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;a id=&#034;a3&#034; name=&#034;a3&#034;&gt;&lt;/a&gt;Positionnement sur le terrain &lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Mon enqu&#234;te ethnographique s'est inscrite dans cette perspective : elle a consist&#233; &#224; observer et &#224; partager les pratiques quotidiennes du mara&#238;chage coop&#233;ratif, tout en apprenant &#224; voir comme les mara&#238;ch&#232;res et mara&#238;chers. Elle s'est construite sur un large corpus de donn&#233;es recueilli au sein de la ferme Planto ergo sum, o&#249; l'observation participante s'est traduite par une participation &#224; la plupart des t&#226;ches de la coop&#233;rative, &#224; l'exception de la comptabilit&#233; et d'autres t&#226;ches administratives. J'ai effectu&#233; les travaux au champ (implantation des cultures, entretien de celles-ci), et particip&#233; aux r&#233;coltes et aux march&#233;s. J'ai &#233;t&#233; plac&#233; dans un r&#244;le d'aidant, effectuant des t&#226;ches globalement similaires &#224; celles des personnes en stage ou engag&#233;es pour le travail saisonnier. J'ai cependant d&#233;pass&#233; ce r&#244;le d'aidant pour participer r&#233;guli&#232;rement &#224; des moments de la vie de la coop&#233;rative. J'ai particip&#233; r&#233;guli&#232;rement au &#171; tour du champ &#187;, qui constitue &#224; la fois un exercice technique et un moment r&#233;flexif de mise en commun des regards et des savoirs situ&#233;s. Ces observations du tour du champ, film&#233;es &#224; une dizaine de reprises, ont produit une archive de terrain qui m'a permis d'analyser le r&#244;le du regard dans la pratique du &lt;i&gt;care &lt;/i&gt;mara&#238;cher et d'exp&#233;rimenter les potentialit&#233;s du film ethnographique. Cette immersion de longue dur&#233;e m'a non seulement permis d'apprendre diff&#233;rentes techniques propres au travail mara&#238;cher, mais aussi d'acc&#233;der des espaces de discussion et de d&#233;cision r&#233;serv&#233;s aux coop&#233;ratrices et coop&#233;rateurs comme les r&#233;unions. En ce sens, mon propre parcours ethnographique s'inscrit lui-m&#234;me dans une logique de &#171; compagnonnage &#187;, o&#249; l'apprentissage du geste et du regard s'articule &#224; une participation progressive &#224; la vie collective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le terrain, j'ai fait usage de diff&#233;rentes cam&#233;ras afin de garder trace de mon terrain ou de r&#233;aliser des observations des non-humains quand je ne m'y trouvais pas. Je d&#233;taillerai ces dispositifs par la suite. Au-del&#224; de ces outils sp&#233;cifiques, j'&#233;tais toujours accompagn&#233; d'une petite cam&#233;ra l&#233;g&#232;re, r&#233;sistante &#224; l'eau et &#224; la poussi&#232;re, afin de r&#233;aliser des photos et des vid&#233;os des situations auxquelles je participais.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_15817 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;125&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.ethnographiques.org/IMG/jpg/figure2ab.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.ethnographiques.org/local/cache-vignettes/L500xH181/figure2ab-875b0.jpg?1771405656' width='500' height='181' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre crayon document-titre-15817 '&gt;&lt;strong&gt;Fig. 2. Un appareil photo tout-terrain pour saisir sur le vif humains et non-humains sur le terrain
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_credits crayon document-credits-15817 '&gt;Photo de Nicolas Loodts
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Cette cam&#233;ra me permettait de saisir sur le vif des images de bonne qualit&#233; des &#233;v&#232;nements qui me semblaient importants, comme un mara&#238;cher expliquant une technique ou la r&#233;alisation d'un travail au champ. Elle servait &#233;galement de support r&#233;flexif, me permettant de conserver une trace visuelle de mes propres apprentissages et de mes &#233;volutions perceptives au fil du terrain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; partir de cette exp&#233;rience prolong&#233;e d'observation et d'enregistrement du travail mara&#238;cher, il devient possible d'aborder le mara&#238;chage agro&#233;cologique non plus seulement comme un ensemble de techniques, mais comme une v&#233;ritable pratique de &lt;i&gt;care&lt;/i&gt;, o&#249; se m&#234;lent gestes productifs, attentions sensibles et apprentissage du regard.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;a id=&#034;hannah-remonte-rue-comment-decrire-3&#034; name=&#034;hannah-remonte-rue-comment-decrire-3&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;a id=&#034;a4&#034; name=&#034;a4&#034;&gt;&lt;/a&gt;Le tour du champ : gestes, regards et arbitrages du care mara&#238;cher&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Le tour du champ constitue un moment cl&#233; du travail collectif &#224; la ferme Planto ergo sum : il condense en un seul exercice les attentions et les arbitrages qui d&#233;finissent le &lt;i&gt;care&lt;/i&gt; mara&#238;cher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque lundi matin, une mara&#238;ch&#232;re ou un mara&#238;cher parcourt les jardins et serres de la coop&#233;rative pour dresser la liste des t&#226;ches de la semaine. Cette sc&#232;ne, que j'ai pu observer et filmer &#224; de nombreuses reprises, correspond &#224; ce que Jean-Pierre Olivier de Sardan (&lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;OLIVIER DE SARDAN Jean-Pierre, 2008. &lt;i&gt;La rigueur du qualitatif. Les contraintes empiriques de l'interpr&#233;tation socio-anthropologique&lt;/i&gt;. Louvain-la-Neuve, Academia-Bruylant.&#034;&gt;2008&lt;/a&gt; : 47) nomme une &#171; s&#233;quence sociale nettement circonscrite &#187;, c'est-&#224;-dire un moment r&#233;p&#233;titif et structur&#233; de la vie collective, particuli&#232;rement propice &#224; l'analyse ethnographique. Voici comment elle se d&#233;roule.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;a id=&#034;plan-fixe-mise-valeur-des-details-4&#034; name=&#034;plan-fixe-mise-valeur-des-details-4&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;a id=&#034;a4.1&#034; name=&#034;a4.1&#034;&gt;&lt;/a&gt;Observer, noter, anticiper &lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Nous sommes le lundi matin. Le tour du champ de la ferme Planto ergo sum va commencer. La personne en charge du tour parcourt les 16 jardins et 10 serres-tunnels de la ferme et &#233;tablit la liste des t&#226;ches de la semaine&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J'utilise dans ce texte les donn&#233;es de 5 tours film&#233;s les 29 juillet 2019, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Dans chaque jardin ou serre, le mara&#238;cher ou la mara&#238;ch&#232;re en charge de l'exercice observe les planches de culture et examine le &#171; plan de culture &#187; afin de prendre connaissance des futures implantations. Ce dispositif est avant tout un moment d'observation fine : il s'agit de rep&#233;rer, d'anticiper et de hi&#233;rarchiser les besoins du vivant.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_15818 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;526&#034; data-legende-lenx=&#034;xxxxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.ethnographiques.org/IMG/png/figure3.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.ethnographiques.org/local/cache-vignettes/L500xH274/figure3-f99fa.png?1771405656' width='500' height='274' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre crayon document-titre-15818 '&gt;&lt;strong&gt;Fig. 3. Extrait du plan de culture de l'ann&#233;e 2021
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif crayon document-descriptif-15818 '&gt;Les colonnes repr&#233;sentent les 52 semaines de l'ann&#233;e. En dessous du num&#233;ro de chaque semaine, on retrouve l'abr&#233;viation du mois et la date du lundi qui commence la semaine. Chaque planche est repr&#233;sent&#233;e par une ligne. Chaque jardin ou serre est coup&#233; en deux zones d'approximativement 22 m&#232;tres, la zone A et la zone B. Les lignes vont &#233;galement fournir des informations relatives au nombre de lignes contenues dans une planche et &#224; l'espacement des cultures sur la ligne.
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'observation des diff&#233;rentes cultures permet tout d'abord de rep&#233;rer les soins &#224; r&#233;aliser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la serre 1, Gil observe une planche voil&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ici, c'est un semis de mizuna et de roquette. On peut retirer le voile pour voir si &#231;a a lev&#233;. [Il s'ex&#233;cute.] L&#224;, on pourrait laisser le voile pour forcer encore un petit peu plus les temp&#233;ratures, mais, &#224; ce moment-ci de l'ann&#233;e, ce n'est pas hyper n&#233;cessaire [&#8230;]. Donc une fois que c'est lev&#233;, moi je suis d'avis de retirer le voile, une fois que les conditions de d&#233;marrage sont parties &#187; (Tdc&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Tour du champ&#034; id=&#034;nh5-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, 06 septembre 2021).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Plus loin, dans la serre 2, il observe la naissance d'un enherbement dans une planche. Gil : &#171; L&#224;, j'anticipe un petit peu (&#8230;). C'est peut-&#234;tre bien de passer vite fait cette semaine &#187; (Tdc, 06 septembre 2021).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'observation de maladies &#233;mergentes va &#233;galement induire la planification d'actions correctrices. Les premiers signes d'o&#239;dium&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'o&#239;dium, appel&#233; aussi pourriture blanche ou maladie du blanc, est le nom (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; sur une culture de concombres am&#232;nent Max &#224; inscrire l'effeuillage des plantes touch&#233;es pour limiter la propagation (Tdc, 29 juillet 2019). Le tour permet &#233;galement de constater la bonne &#233;volution des cultures implant&#233;es. Gil constate : &#171; Ici, il y a les poivrons qui rougissent, c'est cool. Les carottes font beaucoup de vert, mais pas beaucoup de carottes (&#8230;). On va voir ce que &#231;a donne &#187; (Tdc, 06 septembre 2021).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le soin des cultures en place est &#233;galement impact&#233; par l'examen d'un document, le &#171; plan de culture &#187;, qui invite &#224; prendre en consid&#233;ration les futures implantations. En examinant ce document, Max constate la n&#233;cessit&#233; d'initier une installation : &#171; La &lt;i&gt;cima di rapa&lt;/i&gt; [brocoli-rave] qui va &#234;tre sem&#233;e dans cinq semaines (&#8230;). Et la m&#226;che la semaine prochaine. Et donc, on va faire une derni&#232;re r&#233;colte de bettes (&#8230;). On va retirer la paille, travailler le sol, et mettre une b&#226;che &#187; (Tdc, 29 juillet 2019). De la m&#234;me mani&#232;re, Gil planifie les actions &#224; venir &#224; partir de l'observation conjointe d'une serre et du plan de culture dans cet extrait du tour du champ.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip_document_15819 spip_document spip_documents spip_document_video spip_document_avec_legende&#034; data-legende-len=&#034;190&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;div class=&#034;video-intrinsic-wrapper&#034; style='height:0;width:1920px;max-width:100%;padding-bottom:56.25%;position:relative;'&gt; &lt;div class=&#034;video-wrapper&#034; style=&#034;position: absolute;top:0;left:0;width:100%;height:100%;&#034;&gt; &lt;video class=&#034;mejs mejs-15819&#034; data-id=&#034;57f88447057325c79ca80418b76fbcd8&#034; data-mejsoptions='{&#034;iconSprite&#034;: &#034;plugins-dist/dist/core/medias/lib/mejs/mejs-controls.svg&#034;,&#034;alwaysShowControls&#034;: true,&#034;pluginPath&#034;:&#034;plugins-dist/dist/core/medias/lib/mejs/&#034;,&#034;loop&#034;:false,&#034;videoWidth&#034;:&#034;100%&#034;,&#034;videoHeight&#034;:&#034;100%&#034;,&#034;duration&#034;:58}' width=&#034;100%&#034; height=&#034;100%&#034; poster=&#034;local/cache-vignettes/L800xH455/figure4_vignette-74b1e.jpg?1769439153&#034; controls=&#034;controls&#034; preload=&#034;none&#034; &gt; &lt;source type=&#034;video/mp4&#034; src=&#034;IMG/mp4/figure4.mp4&#034; /&gt; &lt;img src='https://www.ethnographiques.org/local/cache-vignettes/L500xH284/figure4_vignette-74b1e-fba82.jpg?1771405656' width='500' height='284' alt='Impossible de lire la video' /&gt; &lt;/video&gt; &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre crayon document-titre-15819 '&gt;&lt;strong&gt;Vid&#233;o 1. Gil planifie les actions &#224; venir &#224; partir de l'observation conjointe d'une serre et du plan de culture
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif crayon document-descriptif-15819 '&gt;(Tdc, 06 septembre 2021)
&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_lien_source'&gt;&lt;a name=&#034;doc-15819&#034; id=&#034;doc-15819&#034; href=&#034;https://www.ethnographiques.org/IMG/mp4/figure4.mp4&#034;&gt;https://www.ethnographiques.org/IMG/mp4/figure4.mp4&lt;/a&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;div class=&#034;base64javascript20484682976a08abf461e3a4.44941472&#034; title=&#034;PHNjcmlwdD4gdmFyIG1lanNwYXRoPSdwbHVnaW5zLWRpc3QvZGlzdC9jb3JlL21lZGlhcy9saWIvbWVqcy9tZWRpYWVsZW1lbnQtYW5kLXBsYXllci5taW4uanM/MTc3MzEyNjA1NScsbWVqc2Nzcz0ncGx1Z2lucy1kaXN0L2Rpc3QvY29yZS9tZWRpYXMvbGliL21lanMvbWVkaWFlbGVtZW50cGxheWVyLm1pbi5jc3M/MTc3MzEyNjA1NSc7CnZhciBtZWpzbG9hZGVyOwooZnVuY3Rpb24oKXt2YXIgYT1tZWpzbG9hZGVyOyJ1bmRlZmluZWQiPT10eXBlb2YgYSYmKG1lanNsb2FkZXI9YT17Z3M6bnVsbCxwbHVnOnt9LGNzczp7fSxpbml0Om51bGwsYzowLGNzc2xvYWQ6bnVsbH0pO2EuaW5pdHx8KGEuY3NzbG9hZD1mdW5jdGlvbihjKXtpZigidW5kZWZpbmVkIj09dHlwZW9mIGEuY3NzW2NdKXthLmNzc1tjXT0hMDt2YXIgYj1kb2N1bWVudC5jcmVhdGVFbGVtZW50KCJsaW5rIik7Yi5ocmVmPWM7Yi5yZWw9InN0eWxlc2hlZXQiO2IudHlwZT0idGV4dC9jc3MiO2RvY3VtZW50LmdldEVsZW1lbnRzQnlUYWdOYW1lKCJoZWFkIilbMF0uYXBwZW5kQ2hpbGQoYil9fSxhLmluaXQ9ZnVuY3Rpb24oKXshMD09PWEuZ3MmJmZ1bmN0aW9uKGMpe2pRdWVyeSgiYXVkaW8ubWVqcyx2aWRlby5tZWpzIikubm90KCIuZG9uZSwubWVqc19fcGxheWVyIikuZWFjaChmdW5jdGlvbigpe2Z1bmN0aW9uIGIoKXt2YXIgZT0hMCxoO2ZvcihoIGluIGQuY3NzKWEuY3NzbG9hZChkLmNzc1toXSk7Zm9yKHZhciBmIGluIGQucGx1Z2lucykidW5kZWZpbmVkIj09CnR5cGVvZiBhLnBsdWdbZl0/KGU9ITEsYS5wbHVnW2ZdPSExLGpRdWVyeS5nZXRTY3JpcHQoZC5wbHVnaW5zW2ZdLGZ1bmN0aW9uKCl7YS5wbHVnW2ZdPSEwO2IoKX0pKTowPT1hLnBsdWdbZl0mJihlPSExKTtlJiZqUXVlcnkoIiMiK2MpLm1lZGlhZWxlbWVudHBsYXllcihqUXVlcnkuZXh0ZW5kKGQub3B0aW9ucyx7c3VjY2VzczpmdW5jdGlvbihhLGMpe2Z1bmN0aW9uIGIoKXt2YXIgYj1qUXVlcnkoYSkuY2xvc2VzdCgiLm1lanNfX2lubmVyIik7YS5wYXVzZWQ/KGIuYWRkQ2xhc3MoInBhdXNpbmciKSxzZXRUaW1lb3V0KGZ1bmN0aW9uKCl7Yi5maWx0ZXIoIi5wYXVzaW5nIikucmVtb3ZlQ2xhc3MoInBsYXlpbmciKS5yZW1vdmVDbGFzcygicGF1c2luZyIpLmFkZENsYXNzKCJwYXVzZWQiKX0sMTAwKSk6Yi5yZW1vdmVDbGFzcygicGF1c2VkIikucmVtb3ZlQ2xhc3MoInBhdXNpbmciKS5hZGRDbGFzcygicGxheWluZyIpfWIoKTthLmFkZEV2ZW50TGlzdGVuZXIoInBsYXkiLGIsITEpOwphLmFkZEV2ZW50TGlzdGVuZXIoInBsYXlpbmciLGIsITEpO2EuYWRkRXZlbnRMaXN0ZW5lcigicGF1c2UiLGIsITEpO2EuYWRkRXZlbnRMaXN0ZW5lcigicGF1c2VkIixiLCExKTtnLmF0dHIoImF1dG9wbGF5IikmJmEucGxheSgpfX0pKX12YXIgZz1qUXVlcnkodGhpcykuYWRkQ2xhc3MoImRvbmUiKSxjOyhjPWcuYXR0cigiaWQiKSl8fChjPSJtZWpzLSIrZy5hdHRyKCJkYXRhLWlkIikrIi0iK2EuYysrLGcuYXR0cigiaWQiLGMpKTt2YXIgZD17b3B0aW9uczp7fSxwbHVnaW5zOnt9LGNzczpbXX0sZSxoO2ZvcihlIGluIGQpaWYoaD1nLmF0dHIoImRhdGEtbWVqcyIrZSkpZFtlXT1qUXVlcnkucGFyc2VKU09OKGgpO2IoKX0pfShqUXVlcnkpfSk7YS5nc3x8KCJ1bmRlZmluZWQiIT09dHlwZW9mIG1lanNjc3MmJmEuY3NzbG9hZChtZWpzY3NzKSxhLmdzPWpRdWVyeS5nZXRTY3JpcHQobWVqc3BhdGgsZnVuY3Rpb24oKXthLmdzPSEwO2EuaW5pdCgpO2pRdWVyeShhLmluaXQpO29uQWpheExvYWQoYS5pbml0KX0pKX0pKCk7PC9zY3JpcHQ+&#034;&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;D'autres t&#226;ches impliquent la r&#233;colte des fruits et cultures arriv&#233;s &#224; maturit&#233;. Comme lorsque Gil observe certains signes annonciateurs sur une planche de melons : &#171; Quand ils commencent &#224; faire une tache comme &#231;a, &#231;a va bient&#244;t &#234;tre bon. Il ne faut pas les laisser trop longtemps. Je vais noter un petit check pour demain &#187; (Tdc, 09 septembre 2019). Mais toutes les observations ne d&#233;bouchent pas sur des r&#233;ponses &#233;videntes : certaines engagent des dilemmes techniques et moraux. Ainsi, face &#224; des navets attaqu&#233;s par l'altise, un petit insecte, Max h&#233;site entre laisser faire ou recourir au pyr&#232;thre, un insecticide autoris&#233; mais destructeur de la biodiversit&#233; (Tdc, 29 juillet 2019).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le regard du mara&#238;cher &#8211; entendu ici non comme la simple observation visuelle, mais comme une mani&#232;re de percevoir et de projeter l'action &#224; venir &#8211; est r&#233;solument anticipatoire (Loodts 2022) : il porte non seulement sur la culture existante mais aussi sur celle &#224; venir. Max : &#171; Ici, par exemple, il y a deux planches de fenouils qui arrivent la semaine prochaine. (&#8230;) Donc il faut anticiper un peu (&#8230;). Parce qu'on n'a pas deux planches qui a priori sont d&#233;gag&#233;es &#187; (Tdc, 29 juillet 2019).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, le &lt;i&gt;care &lt;/i&gt;mara&#238;cher d&#233;passe la seule production. La couleuvre &#224; collier (&lt;i&gt;Natrix helvetica&lt;/i&gt;), qui niche r&#233;guli&#232;rement dans la couche chaude, illustre l'attention port&#233;e aux non-humains &#171; non productifs &#187;. Gil, planifiant le d&#233;montage de la couche chaude &#8211; une bande de fumier et de paille d&#233;di&#233;e &#224; la production des semis au printemps &#8211; insiste pour v&#233;rifier que le reptile ait quitt&#233; les lieux avant intervention (Tdc, 09 septembre 2019).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le tour du champ incarne principalement la phase du &lt;i&gt;taking care of&lt;/i&gt; (Tronto &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;TRONTO Joan C., 2008. &#171; Du &lt;i&gt;care&lt;/i&gt; &#187;, &lt;i&gt;Revue du MAUSS&lt;/i&gt;, 32 (2), p. 243-265, https://doi.org/10.3917/rdm.032.0243.&#034;&gt;2008&lt;/a&gt;), celle o&#249; l'on assume la responsabilit&#233; d'agir et o&#249; l'on planifie les r&#233;ponses aux besoins observ&#233;s. Tandis que la liste des t&#226;ches symbolise le &lt;i&gt;care giving&lt;/i&gt; qui sera dispens&#233; par la suite. Le &lt;i&gt;care receiving&lt;/i&gt; n'est pas absent lorsque sont &#233;valu&#233;s les effets des soins pass&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;a id=&#034;plan-fictif-pertinence-comme-5&#034; name=&#034;plan-fictif-pertinence-comme-5&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;a id=&#034;a4.2&#034; name=&#034;a4.2&#034;&gt;&lt;/a&gt;Arbitrer entre des objets de soin multiples&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;La particularit&#233; du &lt;i&gt;care &lt;/i&gt;mara&#238;cher est d'&#234;tre caract&#233;ris&#233; par des arbitrages constants. Mara&#238;ch&#232;res et mara&#238;chers doivent composer avec des objets de soin multiples : la plante actuelle, le produit r&#233;colt&#233;, la plante future incarn&#233;e dans le plan de culture, la vie du sol et la biodiversit&#233;. Ces objets entrent fr&#233;quemment en concurrence et des arbitrages doivent &#234;tre effectu&#233;s entre ces soins, souvent pour des raisons li&#233;es &#224; la temporalit&#233;. Par exemple, id&#233;alement, dans la pratique qui prend place &#224; la ferme Planto ergo sum, le soin du sol implique de ne pas le travailler &#224; l'aide d'outils motoris&#233;s mais de faire usage d'engrais vert et b&#226;ches g&#233;otextiles pour favoriser la d&#233;composition de cette mati&#232;re organique. Mais cette pratique exige plusieurs semaines pour sa mise en place et la temporalit&#233; lente du sol se heurte parfois &#224; la temporalit&#233; de production n&#233;cessaire &#224; la viabilit&#233; &#233;conomique. Quand une culture doit &#234;tre implant&#233;e pour respecter le plan de culture (et la n&#233;cessit&#233; de rendement que celui-ci incarne) et que les impr&#233;vus ont occasionn&#233; du retard, le choix du travail m&#233;canique s'impose car il est beaucoup plus rapide pour pr&#233;parer le sol. D'autres arbitrages s'imposent r&#233;guli&#232;rement. Quand Max s'interroge sur l'usage d'un insecticide, il met dans la balance le soin de la plante avec celui de la biodiversit&#233;. Quand le plan de culture annonce une nouvelle culture, il faut alors arbitrer si la culture en place peut bien lui laisser la place. Enfin quand Gil planifie le d&#233;montage de la couche chaude, n&#233;cessaire au bon fonctionnement de la coop&#233;rative, il s'inqui&#232;te de la pr&#233;sence de la couleuvre &#224; collier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces situations montrent que le &lt;i&gt;care &lt;/i&gt;mara&#238;cher n'est jamais la r&#233;alisation d'un id&#233;al, mais une pratique situ&#233;e o&#249; s'entrem&#234;lent exigences productives, &#233;cologiques et morales. Comme le rappelle Centemeri (&lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;CENTEMERI Laura, 2019. &lt;i&gt;La permaculture ou l'art de r&#233;habiter&lt;/i&gt;. Versailles, Quae.&#034;&gt;2019&lt;/a&gt;), le &lt;i&gt;earth care&lt;/i&gt; n'implique pas une harmonie id&#233;ale, mais un engagement pratique dans des interd&#233;pendances &#233;cologiques parfois en conflit. Les arbitrages sont in&#233;vitables et ne sont jamais neutres mais s'apparentent &#224; ce qu'&#201;milie Hache (&lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;HACHE &#201;milie, 2019. &lt;i&gt;Ce &#224; quoi nous tenons. Propositions pour une &#233;cologie pragmatique&lt;/i&gt;. Paris, La D&#233;couverte (Poche).&#034;&gt;2019&lt;/a&gt;) nomme des &#171; compromis moraux &#187; : des choix situ&#233;s, concrets, o&#249; prendre soin de l'un implique parfois de nuire &#224; l'autre.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;a id=&#034;hannah-infirmiere-soin-pose-des-bas-6&#034; name=&#034;hannah-infirmiere-soin-pose-des-bas-6&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;a id=&#034;a4.3&#034; name=&#034;a4.3&#034;&gt;&lt;/a&gt; Le soin du regard&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Les s&#233;quences film&#233;es du tour du champ permettent de garder trace d'une situation observ&#233;e sur le terrain mais elles ne suffisent pas &#224; &#233;clairer totalement le &lt;i&gt;care &lt;/i&gt;mara&#238;cher en lui-m&#234;me et son articulation au regard. Les multiples nuances de vert des cultures demeurent opaques pour qui n'a pas acquis la &#171; vision qualifi&#233;e &#187; (Grasseni &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;GRASSENI Cristina, 2009. &lt;i&gt;Developing Skill, Developing Vision : Practices of Locality at the Foot of the Alps&lt;/i&gt;. Oxford, Berghahn.&#034;&gt;2009&lt;/a&gt;), cette &#233;ducation du regard qui transforme les traces du r&#233;el en signes. La cam&#233;ra reste particuli&#232;rement importante pour soigner ce regard, tant de l'anthropologue que d'un public ext&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ma pratique ethnographique, la pr&#233;sence de la cam&#233;ra induisait davantage de pratiques discursives ou dialogiques. En installant l'appareil et en orientant son objectif, je ne faisais pas seulement un geste technique : je participais &#224; une sc&#232;ne de mise en discours. La pr&#233;sence de la cam&#233;ra sollicitait des explications, des commentaires et des justifications. Elle me confirmait &#233;galement et sans ambigu&#239;t&#233; dans le r&#244;le du novice cherchant &#224; d&#233;chiffrer les signes de la sc&#232;ne qui &#233;manaient des lignes de culture et &#224; acqu&#233;rir une &#171; vision qualifi&#233;e &#187;. Elle facilitait questions et commentaires sur les observations, m'amenant &#224; entrer petit &#224; petit dans le &#171; taskscape &#187; (Ingold &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;INGOLD Tim, 1993. &#171; The Temporality of the Landscape &#187;, &lt;i&gt;World Archaeology&lt;/i&gt;, 25, p. 152-174.&#034;&gt;1993&lt;/a&gt;) du &lt;i&gt;care &lt;/i&gt;mara&#238;cher.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip_document_15821 spip_document spip_documents spip_document_video spip_document_avec_legende&#034; data-legende-len=&#034;242&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;div class=&#034;video-intrinsic-wrapper&#034; style='height:0;width:1920px;max-width:100%;padding-bottom:56.25%;position:relative;'&gt; &lt;div class=&#034;video-wrapper&#034; style=&#034;position: absolute;top:0;left:0;width:100%;height:100%;&#034;&gt; &lt;video class=&#034;mejs mejs-15821&#034; data-id=&#034;a73941a44c8eeb432830fd12480d7f62&#034; data-mejsoptions='{&#034;iconSprite&#034;: &#034;plugins-dist/dist/core/medias/lib/mejs/mejs-controls.svg&#034;,&#034;alwaysShowControls&#034;: true,&#034;pluginPath&#034;:&#034;plugins-dist/dist/core/medias/lib/mejs/&#034;,&#034;loop&#034;:false,&#034;videoWidth&#034;:&#034;100%&#034;,&#034;videoHeight&#034;:&#034;100%&#034;,&#034;duration&#034;:62}' width=&#034;100%&#034; height=&#034;100%&#034; poster=&#034;local/cache-vignettes/L1000xH565/figure5-vignette-edf1e.jpg?1769439153&#034; controls=&#034;controls&#034; preload=&#034;none&#034; &gt; &lt;source type=&#034;video/mp4&#034; src=&#034;IMG/mp4/figure5.mp4&#034; /&gt; &lt;img src='https://www.ethnographiques.org/local/cache-vignettes/L500xH283/figure5-vignette-edf1e-ae7df.jpg?1771405656' width='500' height='283' alt='Impossible de lire la video' /&gt; &lt;/video&gt; &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre crayon document-titre-15821 '&gt;&lt;strong&gt;Vid&#233;o 2. La cam&#233;ra participe &#224; la mise en discours
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif crayon document-descriptif-15821 '&gt;Elle induit davantage de pratiques discursives ou dialogiques, comme dans cet extrait o&#249; Gil examine &#224; haute voix une planche d'&#233;pinards.
&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_lien_source'&gt;&lt;a name=&#034;doc-15821&#034; id=&#034;doc-15821&#034; href=&#034;https://www.ethnographiques.org/IMG/mp4/figure5.mp4&#034;&gt;https://www.ethnographiques.org/IMG/mp4/figure5.mp4&lt;/a&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;div class=&#034;base64javascript20484682976a08abf461e3a4.44941472&#034; title=&#034;PHNjcmlwdD4gdmFyIG1lanNwYXRoPSdwbHVnaW5zLWRpc3QvZGlzdC9jb3JlL21lZGlhcy9saWIvbWVqcy9tZWRpYWVsZW1lbnQtYW5kLXBsYXllci5taW4uanM/MTc3MzEyNjA1NScsbWVqc2Nzcz0ncGx1Z2lucy1kaXN0L2Rpc3QvY29yZS9tZWRpYXMvbGliL21lanMvbWVkaWFlbGVtZW50cGxheWVyLm1pbi5jc3M/MTc3MzEyNjA1NSc7CnZhciBtZWpzbG9hZGVyOwooZnVuY3Rpb24oKXt2YXIgYT1tZWpzbG9hZGVyOyJ1bmRlZmluZWQiPT10eXBlb2YgYSYmKG1lanNsb2FkZXI9YT17Z3M6bnVsbCxwbHVnOnt9LGNzczp7fSxpbml0Om51bGwsYzowLGNzc2xvYWQ6bnVsbH0pO2EuaW5pdHx8KGEuY3NzbG9hZD1mdW5jdGlvbihjKXtpZigidW5kZWZpbmVkIj09dHlwZW9mIGEuY3NzW2NdKXthLmNzc1tjXT0hMDt2YXIgYj1kb2N1bWVudC5jcmVhdGVFbGVtZW50KCJsaW5rIik7Yi5ocmVmPWM7Yi5yZWw9InN0eWxlc2hlZXQiO2IudHlwZT0idGV4dC9jc3MiO2RvY3VtZW50LmdldEVsZW1lbnRzQnlUYWdOYW1lKCJoZWFkIilbMF0uYXBwZW5kQ2hpbGQoYil9fSxhLmluaXQ9ZnVuY3Rpb24oKXshMD09PWEuZ3MmJmZ1bmN0aW9uKGMpe2pRdWVyeSgiYXVkaW8ubWVqcyx2aWRlby5tZWpzIikubm90KCIuZG9uZSwubWVqc19fcGxheWVyIikuZWFjaChmdW5jdGlvbigpe2Z1bmN0aW9uIGIoKXt2YXIgZT0hMCxoO2ZvcihoIGluIGQuY3NzKWEuY3NzbG9hZChkLmNzc1toXSk7Zm9yKHZhciBmIGluIGQucGx1Z2lucykidW5kZWZpbmVkIj09CnR5cGVvZiBhLnBsdWdbZl0/KGU9ITEsYS5wbHVnW2ZdPSExLGpRdWVyeS5nZXRTY3JpcHQoZC5wbHVnaW5zW2ZdLGZ1bmN0aW9uKCl7YS5wbHVnW2ZdPSEwO2IoKX0pKTowPT1hLnBsdWdbZl0mJihlPSExKTtlJiZqUXVlcnkoIiMiK2MpLm1lZGlhZWxlbWVudHBsYXllcihqUXVlcnkuZXh0ZW5kKGQub3B0aW9ucyx7c3VjY2VzczpmdW5jdGlvbihhLGMpe2Z1bmN0aW9uIGIoKXt2YXIgYj1qUXVlcnkoYSkuY2xvc2VzdCgiLm1lanNfX2lubmVyIik7YS5wYXVzZWQ/KGIuYWRkQ2xhc3MoInBhdXNpbmciKSxzZXRUaW1lb3V0KGZ1bmN0aW9uKCl7Yi5maWx0ZXIoIi5wYXVzaW5nIikucmVtb3ZlQ2xhc3MoInBsYXlpbmciKS5yZW1vdmVDbGFzcygicGF1c2luZyIpLmFkZENsYXNzKCJwYXVzZWQiKX0sMTAwKSk6Yi5yZW1vdmVDbGFzcygicGF1c2VkIikucmVtb3ZlQ2xhc3MoInBhdXNpbmciKS5hZGRDbGFzcygicGxheWluZyIpfWIoKTthLmFkZEV2ZW50TGlzdGVuZXIoInBsYXkiLGIsITEpOwphLmFkZEV2ZW50TGlzdGVuZXIoInBsYXlpbmciLGIsITEpO2EuYWRkRXZlbnRMaXN0ZW5lcigicGF1c2UiLGIsITEpO2EuYWRkRXZlbnRMaXN0ZW5lcigicGF1c2VkIixiLCExKTtnLmF0dHIoImF1dG9wbGF5IikmJmEucGxheSgpfX0pKX12YXIgZz1qUXVlcnkodGhpcykuYWRkQ2xhc3MoImRvbmUiKSxjOyhjPWcuYXR0cigiaWQiKSl8fChjPSJtZWpzLSIrZy5hdHRyKCJkYXRhLWlkIikrIi0iK2EuYysrLGcuYXR0cigiaWQiLGMpKTt2YXIgZD17b3B0aW9uczp7fSxwbHVnaW5zOnt9LGNzczpbXX0sZSxoO2ZvcihlIGluIGQpaWYoaD1nLmF0dHIoImRhdGEtbWVqcyIrZSkpZFtlXT1qUXVlcnkucGFyc2VKU09OKGgpO2IoKX0pfShqUXVlcnkpfSk7YS5nc3x8KCJ1bmRlZmluZWQiIT09dHlwZW9mIG1lanNjc3MmJmEuY3NzbG9hZChtZWpzY3NzKSxhLmdzPWpRdWVyeS5nZXRTY3JpcHQobWVqc3BhdGgsZnVuY3Rpb24oKXthLmdzPSEwO2EuaW5pdCgpO2pRdWVyeShhLmluaXQpO29uQWpheExvYWQoYS5pbml0KX0pKX0pKCk7PC9zY3JpcHQ+&#034;&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Plus je savais o&#249; filmer ou comprenais ce qui se jouait dans le cadre, plus je saisissais que j'&#233;tais en train d'acqu&#233;rir une vision qualifi&#233;e (encore incompl&#232;te aujourd'hui), comparable &#224; l'exp&#233;rience des nouvelles venues et nouveaux venus dans l'agriculture. Cette forme d'apprentissage est point&#233;e ici par Max, un des mara&#238;chers de la coop&#233;rative :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Quand tu commences, tout est sur le m&#234;me plan. (&#8230;) J'ai envie de dire, tu pourrais consid&#233;rer que tout est prioritaire. Donc, &#224; ce moment-l&#224;, c'est difficile de distinguer quoi que ce soit. En tout cas, moi, quand j'ai commenc&#233;, je nageais compl&#232;tement dans la panade. Et apr&#232;s, avec l'exp&#233;rience, j'en suis arriv&#233; &#224; distinguer le n&#233;cessaire de l'accessoire et, du coup, de voir quand il y avait un truc qui n'allait pas. Oui, donc c'est l'exp&#233;rience. &#187; (interview, 19 f&#233;vrier 2020).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Filmer le tour permet de garder la trace, &#224; travers les discours, des ambivalences du &lt;i&gt;care&lt;/i&gt; mara&#238;cher ainsi que des choix et h&#233;sitations qui se situent derri&#232;re les actions sur le terrain. La cam&#233;ra, en fixant ces &#233;changes, agit comme un outil de r&#233;flexivit&#233; partag&#233;e : elle rend visibles les multiples d&#233;cisions qui tissent le quotidien du &lt;i&gt;care&lt;/i&gt; et conduisent &#224; un geste technique comme le passage d'un motoculteur.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip_document_15823 spip_document spip_documents spip_document_video spip_document_avec_legende&#034; data-legende-len=&#034;386&#034; data-legende-lenx=&#034;xxxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;div class=&#034;video-intrinsic-wrapper&#034; style='height:0;width:3840px;max-width:100%;padding-bottom:56.25%;position:relative;'&gt; &lt;div class=&#034;video-wrapper&#034; style=&#034;position: absolute;top:0;left:0;width:100%;height:100%;&#034;&gt; &lt;video class=&#034;mejs mejs-15823&#034; data-id=&#034;e611207deab52fa4e08647c48acedc50&#034; data-mejsoptions='{&#034;iconSprite&#034;: &#034;plugins-dist/dist/core/medias/lib/mejs/mejs-controls.svg&#034;,&#034;alwaysShowControls&#034;: true,&#034;pluginPath&#034;:&#034;plugins-dist/dist/core/medias/lib/mejs/&#034;,&#034;loop&#034;:false,&#034;videoWidth&#034;:&#034;100%&#034;,&#034;videoHeight&#034;:&#034;100%&#034;,&#034;duration&#034;:29}' width=&#034;100%&#034; height=&#034;100%&#034; poster=&#034;local/cache-vignettes/L800xH452/figure6-vignette-bf6dd.jpg?1769439153&#034; controls=&#034;controls&#034; preload=&#034;none&#034; &gt; &lt;source type=&#034;video/mp4&#034; src=&#034;IMG/mp4/figure6.mp4&#034; /&gt; &lt;img src='https://www.ethnographiques.org/local/cache-vignettes/L500xH283/figure6-vignette-bf6dd-6f19d.jpg?1771405656' width='500' height='283' alt='Impossible de lire la video' /&gt; &lt;/video&gt; &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre crayon document-titre-15823 '&gt;&lt;strong&gt;Vid&#233;o 3. S&#233;quence film&#233;e du passage d'un motoculteur lors du tour du champ
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif crayon document-descriptif-15823 '&gt;Ce geste technique, en apparence routinier, est le r&#233;sultat d'un arbitrage entre le soin de la plante future &#8212; qui exige une pr&#233;paration rapide du sol &#8212; et le soin du sol lui-m&#234;me, dont la vitalit&#233; pourrait &#234;tre alt&#233;r&#233;e par ce travail m&#233;canique.
&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_lien_source'&gt;&lt;a name=&#034;doc-15823&#034; id=&#034;doc-15823&#034; href=&#034;https://www.ethnographiques.org/IMG/mp4/figure6.mp4&#034;&gt;https://www.ethnographiques.org/IMG/mp4/figure6.mp4&lt;/a&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;div class=&#034;base64javascript20484682976a08abf461e3a4.44941472&#034; title=&#034;PHNjcmlwdD4gdmFyIG1lanNwYXRoPSdwbHVnaW5zLWRpc3QvZGlzdC9jb3JlL21lZGlhcy9saWIvbWVqcy9tZWRpYWVsZW1lbnQtYW5kLXBsYXllci5taW4uanM/MTc3MzEyNjA1NScsbWVqc2Nzcz0ncGx1Z2lucy1kaXN0L2Rpc3QvY29yZS9tZWRpYXMvbGliL21lanMvbWVkaWFlbGVtZW50cGxheWVyLm1pbi5jc3M/MTc3MzEyNjA1NSc7CnZhciBtZWpzbG9hZGVyOwooZnVuY3Rpb24oKXt2YXIgYT1tZWpzbG9hZGVyOyJ1bmRlZmluZWQiPT10eXBlb2YgYSYmKG1lanNsb2FkZXI9YT17Z3M6bnVsbCxwbHVnOnt9LGNzczp7fSxpbml0Om51bGwsYzowLGNzc2xvYWQ6bnVsbH0pO2EuaW5pdHx8KGEuY3NzbG9hZD1mdW5jdGlvbihjKXtpZigidW5kZWZpbmVkIj09dHlwZW9mIGEuY3NzW2NdKXthLmNzc1tjXT0hMDt2YXIgYj1kb2N1bWVudC5jcmVhdGVFbGVtZW50KCJsaW5rIik7Yi5ocmVmPWM7Yi5yZWw9InN0eWxlc2hlZXQiO2IudHlwZT0idGV4dC9jc3MiO2RvY3VtZW50LmdldEVsZW1lbnRzQnlUYWdOYW1lKCJoZWFkIilbMF0uYXBwZW5kQ2hpbGQoYil9fSxhLmluaXQ9ZnVuY3Rpb24oKXshMD09PWEuZ3MmJmZ1bmN0aW9uKGMpe2pRdWVyeSgiYXVkaW8ubWVqcyx2aWRlby5tZWpzIikubm90KCIuZG9uZSwubWVqc19fcGxheWVyIikuZWFjaChmdW5jdGlvbigpe2Z1bmN0aW9uIGIoKXt2YXIgZT0hMCxoO2ZvcihoIGluIGQuY3NzKWEuY3NzbG9hZChkLmNzc1toXSk7Zm9yKHZhciBmIGluIGQucGx1Z2lucykidW5kZWZpbmVkIj09CnR5cGVvZiBhLnBsdWdbZl0/KGU9ITEsYS5wbHVnW2ZdPSExLGpRdWVyeS5nZXRTY3JpcHQoZC5wbHVnaW5zW2ZdLGZ1bmN0aW9uKCl7YS5wbHVnW2ZdPSEwO2IoKX0pKTowPT1hLnBsdWdbZl0mJihlPSExKTtlJiZqUXVlcnkoIiMiK2MpLm1lZGlhZWxlbWVudHBsYXllcihqUXVlcnkuZXh0ZW5kKGQub3B0aW9ucyx7c3VjY2VzczpmdW5jdGlvbihhLGMpe2Z1bmN0aW9uIGIoKXt2YXIgYj1qUXVlcnkoYSkuY2xvc2VzdCgiLm1lanNfX2lubmVyIik7YS5wYXVzZWQ/KGIuYWRkQ2xhc3MoInBhdXNpbmciKSxzZXRUaW1lb3V0KGZ1bmN0aW9uKCl7Yi5maWx0ZXIoIi5wYXVzaW5nIikucmVtb3ZlQ2xhc3MoInBsYXlpbmciKS5yZW1vdmVDbGFzcygicGF1c2luZyIpLmFkZENsYXNzKCJwYXVzZWQiKX0sMTAwKSk6Yi5yZW1vdmVDbGFzcygicGF1c2VkIikucmVtb3ZlQ2xhc3MoInBhdXNpbmciKS5hZGRDbGFzcygicGxheWluZyIpfWIoKTthLmFkZEV2ZW50TGlzdGVuZXIoInBsYXkiLGIsITEpOwphLmFkZEV2ZW50TGlzdGVuZXIoInBsYXlpbmciLGIsITEpO2EuYWRkRXZlbnRMaXN0ZW5lcigicGF1c2UiLGIsITEpO2EuYWRkRXZlbnRMaXN0ZW5lcigicGF1c2VkIixiLCExKTtnLmF0dHIoImF1dG9wbGF5IikmJmEucGxheSgpfX0pKX12YXIgZz1qUXVlcnkodGhpcykuYWRkQ2xhc3MoImRvbmUiKSxjOyhjPWcuYXR0cigiaWQiKSl8fChjPSJtZWpzLSIrZy5hdHRyKCJkYXRhLWlkIikrIi0iK2EuYysrLGcuYXR0cigiaWQiLGMpKTt2YXIgZD17b3B0aW9uczp7fSxwbHVnaW5zOnt9LGNzczpbXX0sZSxoO2ZvcihlIGluIGQpaWYoaD1nLmF0dHIoImRhdGEtbWVqcyIrZSkpZFtlXT1qUXVlcnkucGFyc2VKU09OKGgpO2IoKX0pfShqUXVlcnkpfSk7YS5nc3x8KCJ1bmRlZmluZWQiIT09dHlwZW9mIG1lanNjc3MmJmEuY3NzbG9hZChtZWpzY3NzKSxhLmdzPWpRdWVyeS5nZXRTY3JpcHQobWVqc3BhdGgsZnVuY3Rpb24oKXthLmdzPSEwO2EuaW5pdCgpO2pRdWVyeShhLmluaXQpO29uQWpheExvYWQoYS5pbml0KX0pKX0pKCk7PC9zY3JpcHQ+&#034;&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; du soin de mon propre regard, les s&#233;quences film&#233;es du tour du champ ont &#233;galement &#233;t&#233; pens&#233;es comme la mati&#232;re d'un film ethnographique, int&#233;gr&#233; &#224; un webdocumentaire &#8211; toujours en construction &#8211; issu de ma recherche doctorale. Ce dispositif visuel visait &#224; transmettre la r&#233;flexion sur le&lt;i&gt; care&lt;/i&gt; mara&#238;cher &#224; un public non initi&#233;, en rendant perceptible la complexit&#233; du m&#233;tier, les arbitrages quotidiens et l'attention constante au vivant. En ce sens, la d&#233;marche filmique ne se limite pas &#224; documenter : elle participe &#224; &#8220;soigner le regard&#8221; port&#233; sur le mara&#238;chage, en donnant &#224; voir un travail souvent invisibilis&#233; ou r&#233;duit &#224; des st&#233;r&#233;otypes. Et c'est avec la m&#234;me volont&#233; de transmission que j'ai d&#233;velopp&#233; sur le terrain d'autres exp&#233;riences filmiques.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;a id=&#034;pourquoi-remonter-peu-plus-tot-plan-7&#034; name=&#034;pourquoi-remonter-peu-plus-tot-plan-7&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;a id=&#034;a5&#034; name=&#034;a5&#034;&gt;&lt;/a&gt;Repr&#233;senter le &lt;i&gt;care&lt;/i&gt; mara&#238;cher : exp&#233;riences filmiques et dessin&#233;es&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Lors de ma recherche, j'ai &#233;galement mobilis&#233; deux autres dispositifs techniques, &#224; savoir une cam&#233;ra &lt;i&gt;time lapse&lt;/i&gt; utilis&#233;e pour filmer la vie enti&#232;re d'un plant de tomate, du semis jusqu'&#224; son abattage, et une cam&#233;ra de chasse, destin&#233;e &#224; capturer la vie sur le champ quand les humains ne s'y trouvaient pas. J'ai d&#233;velopp&#233; ces deux dispositifs de captation afin de rendre compte de ma recherche doctorale dans un webdocumentaire m&#234;lant texte, photos, illustration et vid&#233;os.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;a id=&#034;une-focalisation-sonore-8&#034; name=&#034;une-focalisation-sonore-8&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;a id=&#034;a5.1&#034; name=&#034;a5.1&#034;&gt;&lt;/a&gt;Repr&#233;senter l'omnipr&#233;sence des soins : la cam&#233;ra &lt;i&gt;time lapse&lt;/i&gt;&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;En 2021, une fois le semis des tomates r&#233;alis&#233; au sein de la ferme Planto ergo sum, j'ai plac&#233; une cam&#233;ra &lt;i&gt;time lapse &lt;/i&gt;dans la serre pour filmer la vie d'un plant de tomates depuis l'&#233;closion de la graine jusqu'&#224; l'abattage. Celle-ci permet de prendre des images &#224; intervalles r&#233;guliers, qui sont ensuite recombin&#233;es en un film &#224; 30 images par seconde. Cette cam&#233;ra m'a permis de saisir la vitalit&#233; de la plante durant sa croissance, en prenant 1 image toutes les minutes, captant ainsi 24 heures de la vie de la plante dans un film d'environ 48 secondes. L'int&#233;r&#234;t de ce dispositif est de condenser en quelques secondes la succession d'op&#233;rations qui, sur le terrain, s'&#233;talent sur plusieurs heures ou jours et mobilisent une attention continue.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_15825 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;146&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.ethnographiques.org/IMG/jpg/figure7abc.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.ethnographiques.org/local/cache-vignettes/L500xH134/figure7abc-70909.jpg?1771405656' width='500' height='134' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre crayon document-titre-15825 '&gt;&lt;strong&gt;Fig. 4. La cam&#233;ra &lt;i&gt;time lapse&lt;/i&gt; dans diff&#233;rentes configurations lors de la croissance des plants de tomates
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif crayon document-descriptif-15825 '&gt;mars et avril 2021
&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_credits crayon document-credits-15825 '&gt;Photo Nicolas Loodts
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La cam&#233;ra permet de suivre le d&#233;veloppement de la plante : l'&#233;closion de la graine, ses premi&#232;res feuilles, le rempotage, l'implantation en serre, puis sa croissance accompagn&#233;e de multiples gestes &#8211; tuteurage, protection par un voile, arrosages, &#233;gourmandage, etc. Enfin, &#224; l'automne, les plants sont abattus et la serre nettoy&#233;e pour accueillir une nouvelle culture. L'extrait suivant illustre les premi&#232;res semaines o&#249; les jeunes plants sont particuli&#232;rement fragiles.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip_document_15826 spip_document spip_documents spip_document_video spip_document_avec_legende&#034; data-legende-len=&#034;144&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;div class=&#034;video-intrinsic-wrapper&#034; style='height:0;width:1280px;max-width:100%;padding-bottom:56.09%;position:relative;'&gt; &lt;div class=&#034;video-wrapper&#034; style=&#034;position: absolute;top:0;left:0;width:100%;height:100%;&#034;&gt; &lt;video class=&#034;mejs mejs-15826&#034; data-id=&#034;1a4e7f5e90d3f68616e96c69cb1fe0a8&#034; data-mejsoptions='{&#034;iconSprite&#034;: &#034;plugins-dist/dist/core/medias/lib/mejs/mejs-controls.svg&#034;,&#034;alwaysShowControls&#034;: true,&#034;pluginPath&#034;:&#034;plugins-dist/dist/core/medias/lib/mejs/&#034;,&#034;loop&#034;:false,&#034;videoWidth&#034;:&#034;100%&#034;,&#034;videoHeight&#034;:&#034;100%&#034;,&#034;duration&#034;:186}' width=&#034;100%&#034; height=&#034;100%&#034; poster=&#034;local/cache-vignettes/L800xH454/figure8-vignette-549bc.jpg?1769439153&#034; controls=&#034;controls&#034; preload=&#034;none&#034; &gt; &lt;source type=&#034;video/mp4&#034; src=&#034;IMG/mp4/figure8.mp4&#034; /&gt; &lt;img src='https://www.ethnographiques.org/local/cache-vignettes/L500xH284/figure8-vignette-549bc-5d599.jpg?1771405656' width='500' height='284' alt='Impossible de lire la video' /&gt; &lt;/video&gt; &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre crayon document-titre-15826 '&gt;&lt;strong&gt;Vid&#233;o 4. S&#233;quence film&#233;e des premi&#232;res semaines d'un semis de plants de tomates
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif crayon document-descriptif-15826 '&gt;avril 2021
&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_lien_source'&gt;&lt;a name=&#034;doc-15826&#034; id=&#034;doc-15826&#034; href=&#034;https://www.ethnographiques.org/IMG/mp4/figure8.mp4&#034;&gt;https://www.ethnographiques.org/IMG/mp4/figure8.mp4&lt;/a&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;div class=&#034;base64javascript20484682976a08abf461e3a4.44941472&#034; title=&#034;PHNjcmlwdD4gdmFyIG1lanNwYXRoPSdwbHVnaW5zLWRpc3QvZGlzdC9jb3JlL21lZGlhcy9saWIvbWVqcy9tZWRpYWVsZW1lbnQtYW5kLXBsYXllci5taW4uanM/MTc3MzEyNjA1NScsbWVqc2Nzcz0ncGx1Z2lucy1kaXN0L2Rpc3QvY29yZS9tZWRpYXMvbGliL21lanMvbWVkaWFlbGVtZW50cGxheWVyLm1pbi5jc3M/MTc3MzEyNjA1NSc7CnZhciBtZWpzbG9hZGVyOwooZnVuY3Rpb24oKXt2YXIgYT1tZWpzbG9hZGVyOyJ1bmRlZmluZWQiPT10eXBlb2YgYSYmKG1lanNsb2FkZXI9YT17Z3M6bnVsbCxwbHVnOnt9LGNzczp7fSxpbml0Om51bGwsYzowLGNzc2xvYWQ6bnVsbH0pO2EuaW5pdHx8KGEuY3NzbG9hZD1mdW5jdGlvbihjKXtpZigidW5kZWZpbmVkIj09dHlwZW9mIGEuY3NzW2NdKXthLmNzc1tjXT0hMDt2YXIgYj1kb2N1bWVudC5jcmVhdGVFbGVtZW50KCJsaW5rIik7Yi5ocmVmPWM7Yi5yZWw9InN0eWxlc2hlZXQiO2IudHlwZT0idGV4dC9jc3MiO2RvY3VtZW50LmdldEVsZW1lbnRzQnlUYWdOYW1lKCJoZWFkIilbMF0uYXBwZW5kQ2hpbGQoYil9fSxhLmluaXQ9ZnVuY3Rpb24oKXshMD09PWEuZ3MmJmZ1bmN0aW9uKGMpe2pRdWVyeSgiYXVkaW8ubWVqcyx2aWRlby5tZWpzIikubm90KCIuZG9uZSwubWVqc19fcGxheWVyIikuZWFjaChmdW5jdGlvbigpe2Z1bmN0aW9uIGIoKXt2YXIgZT0hMCxoO2ZvcihoIGluIGQuY3NzKWEuY3NzbG9hZChkLmNzc1toXSk7Zm9yKHZhciBmIGluIGQucGx1Z2lucykidW5kZWZpbmVkIj09CnR5cGVvZiBhLnBsdWdbZl0/KGU9ITEsYS5wbHVnW2ZdPSExLGpRdWVyeS5nZXRTY3JpcHQoZC5wbHVnaW5zW2ZdLGZ1bmN0aW9uKCl7YS5wbHVnW2ZdPSEwO2IoKX0pKTowPT1hLnBsdWdbZl0mJihlPSExKTtlJiZqUXVlcnkoIiMiK2MpLm1lZGlhZWxlbWVudHBsYXllcihqUXVlcnkuZXh0ZW5kKGQub3B0aW9ucyx7c3VjY2VzczpmdW5jdGlvbihhLGMpe2Z1bmN0aW9uIGIoKXt2YXIgYj1qUXVlcnkoYSkuY2xvc2VzdCgiLm1lanNfX2lubmVyIik7YS5wYXVzZWQ/KGIuYWRkQ2xhc3MoInBhdXNpbmciKSxzZXRUaW1lb3V0KGZ1bmN0aW9uKCl7Yi5maWx0ZXIoIi5wYXVzaW5nIikucmVtb3ZlQ2xhc3MoInBsYXlpbmciKS5yZW1vdmVDbGFzcygicGF1c2luZyIpLmFkZENsYXNzKCJwYXVzZWQiKX0sMTAwKSk6Yi5yZW1vdmVDbGFzcygicGF1c2VkIikucmVtb3ZlQ2xhc3MoInBhdXNpbmciKS5hZGRDbGFzcygicGxheWluZyIpfWIoKTthLmFkZEV2ZW50TGlzdGVuZXIoInBsYXkiLGIsITEpOwphLmFkZEV2ZW50TGlzdGVuZXIoInBsYXlpbmciLGIsITEpO2EuYWRkRXZlbnRMaXN0ZW5lcigicGF1c2UiLGIsITEpO2EuYWRkRXZlbnRMaXN0ZW5lcigicGF1c2VkIixiLCExKTtnLmF0dHIoImF1dG9wbGF5IikmJmEucGxheSgpfX0pKX12YXIgZz1qUXVlcnkodGhpcykuYWRkQ2xhc3MoImRvbmUiKSxjOyhjPWcuYXR0cigiaWQiKSl8fChjPSJtZWpzLSIrZy5hdHRyKCJkYXRhLWlkIikrIi0iK2EuYysrLGcuYXR0cigiaWQiLGMpKTt2YXIgZD17b3B0aW9uczp7fSxwbHVnaW5zOnt9LGNzczpbXX0sZSxoO2ZvcihlIGluIGQpaWYoaD1nLmF0dHIoImRhdGEtbWVqcyIrZSkpZFtlXT1qUXVlcnkucGFyc2VKU09OKGgpO2IoKX0pfShqUXVlcnkpfSk7YS5nc3x8KCJ1bmRlZmluZWQiIT09dHlwZW9mIG1lanNjc3MmJmEuY3NzbG9hZChtZWpzY3NzKSxhLmdzPWpRdWVyeS5nZXRTY3JpcHQobWVqc3BhdGgsZnVuY3Rpb24oKXthLmdzPSEwO2EuaW5pdCgpO2pRdWVyeShhLmluaXQpO29uQWpheExvYWQoYS5pbml0KX0pKX0pKCk7PC9zY3JpcHQ+&#034;&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Si le film donne &#224; percevoir une forme d'agentivit&#233; des plantes &#8211; abondamment discut&#233;e dans la litt&#233;rature (Trewavas &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;TREWAVAS Anthony, 2014. &lt;i&gt;Plant Behaviour and Intelligence&lt;/i&gt;. Oxford, Oxford University Press.&#034;&gt;2014&lt;/a&gt; ; Castro &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;CASTRO Teresa, 2020. &#171; &#192; l'&#233;cran, le v&#233;g&#233;tal s'anime. Cin&#233;ma, animisme et sentience des plantes &#187;, &lt;i&gt;in&lt;/i&gt; CASTRO Teresa, PITROU Perig &amp; REBECCHI Marie (dir.), &lt;i&gt;Puissance du v&#233;g&#233;tal et cin&#233;ma animiste&lt;/i&gt;, Dijon, Les Presses du r&#233;el.&#034;&gt;2020&lt;/a&gt; ; Hiernaux &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;HIERNAUX Quentin, 2020. &lt;i&gt;Du comportement v&#233;g&#233;tal &#224; l'intelligence des plantes ?&lt;/i&gt;. Versailles, Quae.&#034;&gt;2020&lt;/a&gt;) &#8211; ce n'est pas tant cette agentivit&#233; qui constitue ici l'enjeu principal, que la mise en &#233;vidence de la relation de soin elle-m&#234;me. &#192; travers le &lt;i&gt;time lapse&lt;/i&gt;, les mouvements des plants de tomates, leur orientation vers la lumi&#232;re ou leur adaptation aux variations climatiques et bien s&#251;r leur croissance deviennent autant de signes d'une r&#233;ponse du vivant aux gestes mara&#238;chers. En ce sens, le film rend perceptible une forme de &lt;i&gt;care receiving&lt;/i&gt; au sens de Tronto, r&#233;v&#233;lant, par l'acc&#233;l&#233;ration du temps, une r&#233;action du vivant au soin qui lui est apport&#233;, souvent imperceptible dans le rythme ordinaire du travail agricole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le &lt;i&gt;time lapse&lt;/i&gt; donne &#233;galement &#224; penser le &lt;i&gt;care giving&lt;/i&gt;. Les mara&#238;chers apparaissent furtivement, mais leurs gestes fa&#231;onnent le monde des plantes : ils ouvrent et referment les voiles, arrosent et ajustent les conditions de culture. Cette pr&#233;sence discr&#232;te mais r&#233;guli&#232;re et cette attention constante traduisent la charge de travail du &lt;i&gt;care&lt;/i&gt;. Les plantes obligent mara&#238;ch&#232;res et mara&#238;chers, au sens d&#233;velopp&#233; par Isabelle Stengers : &#171; d'autres &#234;tres nous obligent, dans le sens que Stengers donne au mot obligation quand elle &#233;quivaut &#224; &#8220;&#234;tre oblig&#233; par une situation&#8221; et &#8220;donner &#224; la situation le pouvoir de vous obliger&#8221; &#187; (Despret &amp; Meuret &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;DESPRET Vinciane &amp; MEURET Michel, 2016. &#171; Cosmoecological Sheep and the Arts of Living on a Damaged Planet &#187;, &lt;i&gt;Environmental Humanities&lt;/i&gt;, 8 (1), p. 24&#8211;36, https://doi.org/10.1215/22011919-3527704.&#034;&gt;2016&lt;/a&gt; : 26-27). Les plantules en d&#233;but de vie sont fragiles et impliquent un &lt;i&gt;care&lt;/i&gt; exigeant. Le film &lt;i&gt;time lapse&lt;/i&gt;, en acc&#233;l&#233;rant le temps, rend sensible la r&#233;gularit&#233; des soins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &lt;i&gt;time lapse&lt;/i&gt; constitue &#233;galement un bon support de communication vers un public non averti, pour rendre sensibles certaines dimensions du &lt;i&gt;care &lt;/i&gt;mara&#238;cher, en particulier l'omnipr&#233;sence et la r&#233;gularit&#233; du travail mara&#238;cher. En cela, il participe &#224; &#171; soigner le regard &#187; de la spectatrice ou du spectateur en l'exposant &#224; la densit&#233; temporelle du &lt;i&gt;care &lt;/i&gt;mara&#238;cher et &#224; l'engagement qu'il exige.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;a id=&#034;mur-obstrue-vue-hannah-maison-retraite-9&#034; name=&#034;mur-obstrue-vue-hannah-maison-retraite-9&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;a id=&#034;a5.2&#034; name=&#034;a5.2&#034;&gt;&lt;/a&gt;Filmer et repr&#233;senter les b&#233;n&#233;ficiaires secondaires du &lt;i&gt;care &lt;/i&gt; : la cam&#233;ra de chasse et le dessin&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Durant ma recherche, j'ai utilis&#233; une cam&#233;ra dite &#171; de chasse &#187;, &#224; d&#233;tecteur de mouvement, me permettant de prendre des images, de jour comme de nuit, de la vie sur le champ quand les mara&#238;ch&#232;res et mara&#238;chers ne s'y trouvaient pas.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_15828 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;127&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.ethnographiques.org/local/cache-vignettes/L500xH576/figure9bis-b2684.jpg?1771405656' width='500' height='576' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre crayon document-titre-15828 '&gt;&lt;strong&gt;Fig. 5. Une cam&#233;ra de chasse
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif crayon document-descriptif-15828 '&gt;Elle permet de capter la vie du champ quand les humains ne s'y trouvent pas
&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_credits crayon document-credits-15828 '&gt;Photo Nicolas Loodts
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Cette cam&#233;ra &#224; prise automatique, utilis&#233;e pour observer la vie sauvage, permet d'en voir un peu plus et de mettre en &#233;vidence les b&#233;n&#233;ficiaires secondaires du&lt;i&gt; care&lt;/i&gt; mara&#238;cher. Elle r&#233;v&#232;le la pr&#233;sence de ce chat qui r&#244;de en pleine nuit. Peut-&#234;tre cherche-t-il &#224; attraper ce rat (&lt;i&gt;Rattus norvegicus&lt;/i&gt;), aper&#231;u dans une autre s&#233;quence ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La couleuvre &#224; collier (&lt;i&gt;Natrix helvetica&lt;/i&gt;) est un exemple particuli&#232;rement int&#233;ressant. Durant l'&#233;t&#233; 2014, j'avais aper&#231;u pour la premi&#232;re fois cette couleuvre filant &#224; travers les larges feuilles d'une planche de courgettes. Ann&#233;e apr&#232;s ann&#233;e, sa pr&#233;sence s'&#233;tait manifest&#233;e aux membres de la coop&#233;rative et &#224; moi-m&#234;me par des signes discrets, g&#233;n&#233;ralement les restes d'une mue ou des &#339;ufs &#233;clos trouv&#233;s en fin de saison. Ces signes indiquaient que la couleuvre nidifiait chaque ann&#233;e dans les ballots de paille qui constituaient la couche chaude. &#192; l'automne 2021, alors que je travaillais au d&#233;montage de cette couche avec deux mara&#238;chers, nous sommes tomb&#233;s sur un jeune serpent de l'ann&#233;e. Je l'ignorais encore &#224; ce moment-l&#224;, mais j'avais pr&#233;c&#233;demment captur&#233; une image de la m&#232;re de ce jeune serpent. En effet, durant l'&#233;t&#233; 2021, le placement d'une cam&#233;ra de chasse au pied des ballots de la couche chaude m'avait permis de filmer et de prendre en photo ce cohabitant, probablement aux alentours de son lieu de nidification. La couleuvre avait trouv&#233; l&#224; un environnement id&#233;al, elle qui recherchait la chaleur pour ses &#339;ufs, &#224; proximit&#233; des &#233;tangs pour se nourrir de sa tr&#232;s riche population de batraciens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant mon terrain, Gil m'expliqua &#224; plusieurs reprises son intention de p&#233;renniser la pr&#233;sence de cette couleuvre &#224; travers une charte, indiquant les p&#233;riodes auxquelles la couche chaude et ses ballots devaient imp&#233;rativement &#234;tre mont&#233;s dans la serre &#224; couche. Lors d'une visite de groupe, il explique au sujet du montage de la couche chaude : &#171; on le laisse le plus longtemps possible parce que chaque ann&#233;e, il y a des couleuvres qui se multiplient dans la couche chaude &#187;. Gil cherchait &#224; inscrire dans cette charte la pr&#233;servation de la zone de nidification de la couleuvre, afin de garantir la continuit&#233; de sa pr&#233;sence sur la ferme m&#234;me en cas de changement de projet ou d'usage des lieux&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Interview, 11/11/2020&#034; id=&#034;nh5-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip_document_15829 spip_document spip_documents spip_document_video spip_document_avec_legende&#034; data-legende-len=&#034;277&#034; data-legende-lenx=&#034;xxxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;div class=&#034;video-intrinsic-wrapper&#034; style='height:0;width:1920px;max-width:100%;padding-bottom:56.25%;position:relative;'&gt; &lt;div class=&#034;video-wrapper&#034; style=&#034;position: absolute;top:0;left:0;width:100%;height:100%;&#034;&gt; &lt;video class=&#034;mejs mejs-15829&#034; data-id=&#034;5ac6d84892a1bee6afc9f15bf39691d7&#034; data-mejsoptions='{&#034;iconSprite&#034;: &#034;plugins-dist/dist/core/medias/lib/mejs/mejs-controls.svg&#034;,&#034;alwaysShowControls&#034;: true,&#034;pluginPath&#034;:&#034;plugins-dist/dist/core/medias/lib/mejs/&#034;,&#034;loop&#034;:false,&#034;videoWidth&#034;:&#034;100%&#034;,&#034;videoHeight&#034;:&#034;100%&#034;,&#034;duration&#034;:52}' width=&#034;100%&#034; height=&#034;100%&#034; poster=&#034;local/cache-vignettes/L1000xH621/figure10-vignette-38c4c.jpg?1769439153&#034; controls=&#034;controls&#034; preload=&#034;none&#034; &gt; &lt;source type=&#034;video/mp4&#034; src=&#034;IMG/mp4/figure10.mp4&#034; /&gt; &lt;img src='https://www.ethnographiques.org/local/cache-vignettes/L500xH311/figure10-vignette-38c4c-7a748.jpg?1771405656' width='500' height='311' alt='Impossible de lire la video' /&gt; &lt;/video&gt; &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre crayon document-titre-15829 '&gt;&lt;strong&gt;Vid&#233;o 5. S&#233;quence film&#233;e qui t&#233;moigne de la vie animale environnante
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif crayon document-descriptif-15829 '&gt;&#192; l'image se succ&#232;dent un chat (Felis catus, 16/07/2021), un rat (Rattus norvegicus, 16/07/2021), une couleuvre &#224; collier (Natrix helvetica, 17/07/2021).
&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_lien_source'&gt;&lt;a name=&#034;doc-15829&#034; id=&#034;doc-15829&#034; href=&#034;https://www.ethnographiques.org/IMG/mp4/figure10.mp4&#034;&gt;https://www.ethnographiques.org/IMG/mp4/figure10.mp4&lt;/a&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;div class=&#034;base64javascript20484682976a08abf461e3a4.44941472&#034; title=&#034;PHNjcmlwdD4gdmFyIG1lanNwYXRoPSdwbHVnaW5zLWRpc3QvZGlzdC9jb3JlL21lZGlhcy9saWIvbWVqcy9tZWRpYWVsZW1lbnQtYW5kLXBsYXllci5taW4uanM/MTc3MzEyNjA1NScsbWVqc2Nzcz0ncGx1Z2lucy1kaXN0L2Rpc3QvY29yZS9tZWRpYXMvbGliL21lanMvbWVkaWFlbGVtZW50cGxheWVyLm1pbi5jc3M/MTc3MzEyNjA1NSc7CnZhciBtZWpzbG9hZGVyOwooZnVuY3Rpb24oKXt2YXIgYT1tZWpzbG9hZGVyOyJ1bmRlZmluZWQiPT10eXBlb2YgYSYmKG1lanNsb2FkZXI9YT17Z3M6bnVsbCxwbHVnOnt9LGNzczp7fSxpbml0Om51bGwsYzowLGNzc2xvYWQ6bnVsbH0pO2EuaW5pdHx8KGEuY3NzbG9hZD1mdW5jdGlvbihjKXtpZigidW5kZWZpbmVkIj09dHlwZW9mIGEuY3NzW2NdKXthLmNzc1tjXT0hMDt2YXIgYj1kb2N1bWVudC5jcmVhdGVFbGVtZW50KCJsaW5rIik7Yi5ocmVmPWM7Yi5yZWw9InN0eWxlc2hlZXQiO2IudHlwZT0idGV4dC9jc3MiO2RvY3VtZW50LmdldEVsZW1lbnRzQnlUYWdOYW1lKCJoZWFkIilbMF0uYXBwZW5kQ2hpbGQoYil9fSxhLmluaXQ9ZnVuY3Rpb24oKXshMD09PWEuZ3MmJmZ1bmN0aW9uKGMpe2pRdWVyeSgiYXVkaW8ubWVqcyx2aWRlby5tZWpzIikubm90KCIuZG9uZSwubWVqc19fcGxheWVyIikuZWFjaChmdW5jdGlvbigpe2Z1bmN0aW9uIGIoKXt2YXIgZT0hMCxoO2ZvcihoIGluIGQuY3NzKWEuY3NzbG9hZChkLmNzc1toXSk7Zm9yKHZhciBmIGluIGQucGx1Z2lucykidW5kZWZpbmVkIj09CnR5cGVvZiBhLnBsdWdbZl0/KGU9ITEsYS5wbHVnW2ZdPSExLGpRdWVyeS5nZXRTY3JpcHQoZC5wbHVnaW5zW2ZdLGZ1bmN0aW9uKCl7YS5wbHVnW2ZdPSEwO2IoKX0pKTowPT1hLnBsdWdbZl0mJihlPSExKTtlJiZqUXVlcnkoIiMiK2MpLm1lZGlhZWxlbWVudHBsYXllcihqUXVlcnkuZXh0ZW5kKGQub3B0aW9ucyx7c3VjY2VzczpmdW5jdGlvbihhLGMpe2Z1bmN0aW9uIGIoKXt2YXIgYj1qUXVlcnkoYSkuY2xvc2VzdCgiLm1lanNfX2lubmVyIik7YS5wYXVzZWQ/KGIuYWRkQ2xhc3MoInBhdXNpbmciKSxzZXRUaW1lb3V0KGZ1bmN0aW9uKCl7Yi5maWx0ZXIoIi5wYXVzaW5nIikucmVtb3ZlQ2xhc3MoInBsYXlpbmciKS5yZW1vdmVDbGFzcygicGF1c2luZyIpLmFkZENsYXNzKCJwYXVzZWQiKX0sMTAwKSk6Yi5yZW1vdmVDbGFzcygicGF1c2VkIikucmVtb3ZlQ2xhc3MoInBhdXNpbmciKS5hZGRDbGFzcygicGxheWluZyIpfWIoKTthLmFkZEV2ZW50TGlzdGVuZXIoInBsYXkiLGIsITEpOwphLmFkZEV2ZW50TGlzdGVuZXIoInBsYXlpbmciLGIsITEpO2EuYWRkRXZlbnRMaXN0ZW5lcigicGF1c2UiLGIsITEpO2EuYWRkRXZlbnRMaXN0ZW5lcigicGF1c2VkIixiLCExKTtnLmF0dHIoImF1dG9wbGF5IikmJmEucGxheSgpfX0pKX12YXIgZz1qUXVlcnkodGhpcykuYWRkQ2xhc3MoImRvbmUiKSxjOyhjPWcuYXR0cigiaWQiKSl8fChjPSJtZWpzLSIrZy5hdHRyKCJkYXRhLWlkIikrIi0iK2EuYysrLGcuYXR0cigiaWQiLGMpKTt2YXIgZD17b3B0aW9uczp7fSxwbHVnaW5zOnt9LGNzczpbXX0sZSxoO2ZvcihlIGluIGQpaWYoaD1nLmF0dHIoImRhdGEtbWVqcyIrZSkpZFtlXT1qUXVlcnkucGFyc2VKU09OKGgpO2IoKX0pfShqUXVlcnkpfSk7YS5nc3x8KCJ1bmRlZmluZWQiIT09dHlwZW9mIG1lanNjc3MmJmEuY3NzbG9hZChtZWpzY3NzKSxhLmdzPWpRdWVyeS5nZXRTY3JpcHQobWVqc3BhdGgsZnVuY3Rpb24oKXthLmdzPSEwO2EuaW5pdCgpO2pRdWVyeShhLmluaXQpO29uQWpheExvYWQoYS5pbml0KX0pKX0pKCk7PC9zY3JpcHQ+&#034;&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, notre cam&#233;ra de chasse a permis de r&#233;v&#233;ler les dimensions cach&#233;es du &lt;i&gt;care&lt;/i&gt; mara&#238;cher. Elle souligne que celui-ci, malgr&#233; sa dimension productive, profite &#224; diff&#233;rents non-humains qui viennent participer &#224; la cha&#238;ne op&#233;ratoire ou en b&#233;n&#233;ficient indirectement. Certes, certaines donn&#233;es de mon observation participante et ma cam&#233;ra de poche permettaient d&#233;j&#224; ce constat. Dans le jardin 10, une araign&#233;e Argiope frelon (&lt;i&gt;Argiope bruennichi&lt;/i&gt;), reconnaissable par son corps tigr&#233; jaune et noir, a &#233;t&#233; aper&#231;ue lors d'une journ&#233;e de travail. Dans une autre serre, entre les plants de jeunes oignons, c'est un crapaud (&lt;i&gt;Bufo bufo&lt;/i&gt;) qui semblait avoir &#233;lu domicile. Sur les fleurs jeunes des courges, courgettes ou haricots, diverses abeilles (notamment &lt;i&gt;Apis mellifera&lt;/i&gt;) butinent de fleur en fleur.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_15831 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;127&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.ethnographiques.org/IMG/jpg/figure11ab.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.ethnographiques.org/local/cache-vignettes/L500xH192/figure11ab-814c3.jpg?1771405656' width='500' height='192' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre crayon document-titre-15831 '&gt;&lt;strong&gt;Fig. 6. Crapaud (&lt;i&gt;Bufo Bufo&lt;/i&gt; et abeille (&lt;i&gt;Apis mellifera&lt;/i&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif crayon document-descriptif-15831 '&gt;30/04/2020) et 22 juillet 2019) dans les champs de la ferme coop&#233;rative
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Au sol, c'est le royaume des fourmis, des cloportes et des vers de terre. Ces invisibles se manifestent souvent lors d'un d&#233;b&#226;chage qui met &#224; nu une fourmili&#232;re dont les occupantes pensaient avoir trouv&#233; une zone p&#233;renne et qui auront t&#244;t fait de tout &#233;vacuer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la cam&#233;ra de chasse compl&#232;te la vision de l'observateur en lui permettant de continuer ses observations quand il est absent. Elle r&#233;v&#232;le une vie cach&#233;e qui ne se manifesterait pas spontan&#233;ment &#224; l'observateur ou de mani&#232;re beaucoup plus furtive. Ce dispositif permet enfin d'&#233;largir la palette de l'observation m&#234;me si celle-ci n'est plus participante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout comme le &lt;i&gt;time lapse&lt;/i&gt;, il s'agit aussi d'un outil de communication vers un public ext&#233;rieur qui est mobilis&#233; dans le cadre de la production d'un webdocumentaire. Les mara&#238;ch&#232;res et mara&#238;chers n'ont pas besoin de ces images pour savoir que ces animaux sont pr&#233;sents : ils rep&#232;rent d&#233;j&#224; leur existence &#224; travers d'autres signes (mues, terriers, empreintes, restes de proies, etc.). Les photographies et films produits par la cam&#233;ra rendent cependant ces pr&#233;sences plus palpables et sensibles pour un public non averti, en montrant directement ce qui est habituellement d&#233;duit de traces discr&#232;tes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toujours dans le cadre de la production d'un webdocumentaire, j'ai &#233;galement eu recours au dessin comme mode de repr&#233;sentation. L'un des visuels r&#233;alis&#233;s pour ce projet montre une main protectrice entourant une s&#233;rie d'insectes. Ce type de repr&#233;sentation graphique permet non seulement de condenser une id&#233;e (le &lt;i&gt;care&lt;/i&gt; multi-sp&#233;cifique), mais aussi de susciter une attention diff&#233;rente de celle provoqu&#233;e par la photographie ou le film.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_15832 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;189&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.ethnographiques.org/IMG/jpg/figure12.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.ethnographiques.org/local/cache-vignettes/L500xH371/figure12-65fd8.jpg?1771405656' width='500' height='371' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre crayon document-titre-15832 '&gt;&lt;strong&gt;Fig. 7. Illustration du &lt;i&gt;care&lt;/i&gt; mara&#238;cher envers la biodiversit&#233;
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif crayon document-descriptif-15832 '&gt;Image extraite du webdocumentaire &#171; Suivre les oranges &#187; (&lt;a href=&#034;http://www.suivrelesoranges.eu&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.suivrelesoranges.eu&lt;/a&gt;).
&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_credits crayon document-credits-15832 '&gt;Illustration de Fabienne Loodts
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Comme l'explique Dimitrios Theodossopoulos (&lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;THEODOSSOPOULOS Dimitrios, 2022. &#171; Graphic Ethnography on the Rise &#187;, &lt;i&gt;Theorizing the Contemporary&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Fieldsights&lt;/i&gt;, July 28, https://www.culanth.org/fieldsights/series/graphic-ethnography-on-the-rise.&#034;&gt;2022&lt;/a&gt;), l'ethnographie graphique est en plein essor car elle permet de saisir la complexit&#233; relationnelle et sensorielle des situations de terrain, tout en rendant le r&#233;cit plus accessible &#224; des publics vari&#233;s. Dans cette perspective, l'illustration, construite &#224; partir de photographies, mais aussi des discours recueillis sur le terrain, permet de traduire les intentions des acteurs et la signification de leurs gestes. Le dessin fonctionne comme un langage capable de rendre visibles les interd&#233;pendances &#233;cologiques et affectives du &lt;i&gt;care&lt;/i&gt; mara&#238;cher, et de &#171; soigner le regard &#187; de celles et ceux qui d&#233;couvrent ce monde sans y &#234;tre initi&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, filmer en &lt;i&gt;timelapse&lt;/i&gt; ou en cam&#233;ra de chasse, mais aussi recourir au dessin, ne rel&#232;ve pas seulement d'un travail de collecte de donn&#233;es. Au-del&#224; de l'extension de l'observation participante que ces dispositifs permettent, ceux-ci deviennent autant de mani&#232;res de partager le &lt;i&gt;care &lt;/i&gt;mara&#238;cher avec un public non sp&#233;cialis&#233; &#224; travers le webdocumentaire, en donnant &#224; voir la charge de travail, l'omnipr&#233;sence des gestes, et la densit&#233; de vies non humaines qui composent le champ mara&#238;cher.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;a id=&#034;retour-camera-imaginaire-10&#034; name=&#034;retour-camera-imaginaire-10&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;a id=&#034;a6&#034; name=&#034;a6&#034;&gt;&lt;/a&gt;Soigner le regard : apprentissage, temporalit&#233;s et repr&#233;sentations&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Dans cet article, j'ai propos&#233; une lecture du mara&#238;chage&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;agro&#233;cologique comme pratique de &lt;i&gt;care&lt;/i&gt;, en articulant le cadre d&#233;fini par Tronto (la r&#233;paration des mondes, les phases du &lt;i&gt;care&lt;/i&gt;...) &#224; une approche pragmatiste de l'action situ&#233;e. &#192; partir d'une ethnographie men&#233;e &#224; la ferme mara&#238;ch&#232;re Planto ergo sum, j'ai mis en &#233;vidence que le &lt;i&gt;care&lt;/i&gt; mara&#238;cher se joue dans des arbitrages continus entre des objets de soin multiples (plantes en place, cultures &#224; venir, sols, biodiversit&#233;) et des temporalit&#233;s h&#233;t&#233;rog&#232;nes (temporalit&#233; de la production pour assurer un certain rendement, temporalit&#233; de la vie du sol...).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le tour du champ est apparu comme une sc&#232;ne pivot du &lt;i&gt;care &lt;/i&gt;mara&#238;cher o&#249; se condensent attention et jugement pratique : on y rep&#232;re des besoins, on planifie des gestes, et on y &#233;value les effets de soins pass&#233;s. J'ai soulign&#233; &#224; partir de mon observation participante que le travail de &lt;i&gt;care&lt;/i&gt; mara&#238;cher implique l'acquisition d'une &#171; vision qualifi&#233;e &#187; (Grasseni &lt;a href=&#034;/spip.php?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;GRASSENI Cristina, 2009. &lt;i&gt;Developing Skill, Developing Vision : Practices of Locality at the Foot of the Alps&lt;/i&gt;. Oxford, Berghahn.&#034;&gt;2009&lt;/a&gt;) capable de discerner les signes pertinents du vivant (maladie, pr&#233;sence d'insectes...) et d'interpr&#233;ter la planification des cultures inscrite dans le plan de culture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai mis en &#233;vidence les apports de diff&#233;rentes s&#233;quences film&#233;es. Ces s&#233;quences permettent de mettre en &#233;vidence la densit&#233; des h&#233;sitations, justifications, questions, et arbitrages qui fa&#231;onnent le &lt;i&gt;care&lt;/i&gt; mara&#238;cher. Cette mise en visibilit&#233; r&#233;v&#232;le que le soin n'est pas seulement un r&#233;pertoire de techniques, mais un travail d'enqu&#234;te et de d&#233;lib&#233;ration situ&#233;. La cam&#233;ra &lt;i&gt;time lapse&lt;/i&gt; rend sensible &#224; la fois la r&#233;ponse des plantes (&lt;i&gt;care receiving)&lt;/i&gt; et la r&#233;gularit&#233; des soins (&lt;i&gt;care giving&lt;/i&gt;) tandis que la cam&#233;ra de chasse d&#233;voile des b&#233;n&#233;ficiaires secondaires du &lt;i&gt;care&lt;/i&gt;. Enfin au-del&#224; de leur apport en tant que donn&#233;es ethnographiques, ces s&#233;quences film&#233;es pouvaient &#234;tre mobilis&#233;es dans le cadre d'un webdocumentaire ethnographique permettant de communiquer sur le &lt;i&gt;care&lt;/i&gt; mara&#238;cher &#224; un public ext&#233;rieur. Ce webdocumentaire, actuellement en production, permettra de traduire les intentions des actrices et acteurs du terrain en rendant palpables les interd&#233;pendances &#233;cologiques et affectives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au final, ma contribution est double. Sur le plan analytique, ce texte &#233;claire le &lt;i&gt;care &lt;/i&gt;mara&#238;cher comme &#233;thique pratique faite d'ajustements au r&#233;el, d'arbitrages et de compromis moraux. Sur le plan m&#233;thodologique, elle montre que l'ethnographie visuelle n'est pas un simple appendice de l'observation participante : elle soigne le regard de l'ethnographe (par l'apprentissage aupr&#232;s des mara&#238;chers) et prolonge leur dynamique du &#171; faire voir &#187; vers un public ext&#233;rieur, en rendant intelligibles la charge de travail, la complexit&#233; de l'observation et la dimension multi-sp&#233;cifique du champ. Autrement dit, voir, apprendre &#224; voir et faire voir forment un cycle : des mara&#238;chers &#224; l'ethnographe, puis de l'ethnographe au public. La diffusion des images devient un mode de transmission du &lt;i&gt;care&lt;/i&gt; et un soin du regard des spectatrices et spectateurs non-initi&#233;s.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les traductions des textes originellement publi&#233;s en anglais sont de l'auteur, sauf lorsque des traductions &#233;dit&#233;es &#233;taient disponibles, auquel cas le texte fait directement r&#233;f&#233;rence &#224; ces traductions.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les doryphores (&lt;i&gt;Leptinotarsa decemlineata&lt;/i&gt;) sont des insectes col&#233;opt&#232;res ravageurs des cultures de pommes de terre.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le terme &lt;i&gt;foodweb&lt;/i&gt; (ou &#171; r&#233;seau trophique &#187;) d&#233;signe l'ensemble des relations alimentaires entre organismes d'un &#233;cosyst&#232;me, et en particulier, dans le cas du &lt;i&gt;soil foodweb&lt;/i&gt;, les interactions entre micro-organismes, invert&#233;br&#233;s, plantes et mati&#232;re organique dans le sol (voir par exemple Wardle &lt;a href=&#034;/spip.php ?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;WARDLE David A., 2002. &lt;i&gt;Communities and Ecosystems : Linking the Aboveground and Belowground Components&lt;/i&gt;. Princeton, Princeton University Press.&#034;&gt;2002&lt;/a&gt; ; Coleman, Callaham &amp; Crossley &lt;a href=&#034;/spip.php ?page=backend#void&#034; class=&#034;bibli&#034; data-info=&#034;COLEMAN David C., CALLAHAM Mac A. &amp; CROSSLEY Jr. D. A., 2017. &lt;i&gt;Fundamentals of Soil Ecology&lt;/i&gt;, (3rd ed.). Londres, Academic Press.&#034;&gt;2017&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt; J'utilise dans ce texte les donn&#233;es de 5 tours film&#233;s les 29 juillet 2019, 09 septembre 2019, 24 f&#233;vrier 2020, 20 juillet 2020 et 06 septembre 2021&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Tour du champ&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'o&#239;dium, appel&#233; aussi pourriture blanche ou maladie du blanc, est le nom donn&#233; &#224; une s&#233;rie de maladies caus&#233;es par certains champignons.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Interview, 11/11/2020&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;BIDET Alexandra, QU&#201;R&#201; Louis &amp; TRUC G&#233;r&#244;me, 2011. &#171; Introduction &#187;, &lt;i&gt;in&lt;/i&gt; DEWEY John, &lt;i&gt;La formation des valeurs&lt;/i&gt;. Paris, La D&#233;couverte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;CASTRO Teresa, 2020. &#171; &#192; l'&#233;cran, le v&#233;g&#233;tal s'anime. Cin&#233;ma, animisme et sentience des plantes &#187;, &lt;i&gt;in&lt;/i&gt; CASTRO Teresa, PITROU Perig &amp; REBECCHI Marie (dir.), &lt;i&gt;Puissance du v&#233;g&#233;tal et cin&#233;ma animiste&lt;/i&gt;, Dijon, Les Presses du r&#233;el.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;CENTEMERI Laura, 2019. &lt;i&gt;La permaculture ou l'art de r&#233;habiter&lt;/i&gt;. Versailles, Quae.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;CHANIAL Philippe, 2014. &#171; Don et &lt;i&gt;care&lt;/i&gt; : une perspective anthropologique &#187;, &lt;i&gt;Recherche et formation&lt;/i&gt;, 76, p. 51-60, &lt;a href=&#034;https://doi.org/10.4000/rechercheformation.2232&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://doi.org/10.4000/rechercheformation.2232&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;COLEMAN David C., CALLAHAM Mac A. &amp; CROSSLEY Jr. D. A., 2017. &lt;i&gt;Fundamentals of Soil Ecology&lt;/i&gt;, (3rd ed.). Londres, Academic Press.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;DESPRET Vinciane &amp; MEURET Michel, 2016. &#171; Cosmoecological Sheep and the Arts of Living on a Damaged Planet &#187;, &lt;i&gt;Environmental Humanities&lt;/i&gt;, 8 (1), p. 24&#8211;36, &lt;a href=&#034;https://doi.org/10.1215/22011919-3527704&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://doi.org/10.1215/22011919-3527704&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;DEWEY John, 2011. &lt;i&gt;La formation des valeurs&lt;/i&gt;. Paris, La D&#233;couverte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;FOYER Jean, HERMESSE Julie &amp; HECQUET Corentin, 2020. &#171; Quand les actes agricoles sont au care et au compagnonnage : l'exemple de la biodynamie &#187;, &lt;i&gt;Anthropologica&lt;/i&gt;, 62 (1), p. 93-104, &lt;a href=&#034;https://doi.org/10.3138/anth.2018-0103.r1&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://doi.org/10.3138/anth.2018-0103.r1&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;GOODWIN Charles, 1994. &#171; Professional Vision &#187;, &lt;i&gt;American Anthropologist&lt;/i&gt;, 96 (3), p. 606-633.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;GRASSENI Cristina, 2009. &lt;i&gt;Developing Skill, Developing Vision : Practices of Locality at the Foot of the Alps&lt;/i&gt;. Oxford, Berghahn.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;HACHE &#201;milie, 2019. &lt;i&gt;Ce &#224; quoi nous tenons. Propositions pour une &#233;cologie pragmatique&lt;/i&gt;. Paris, La D&#233;couverte (Poche).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;HIERNAUX Quentin, 2020. &lt;i&gt;Du comportement v&#233;g&#233;tal &#224; l'intelligence des plantes ?&lt;/i&gt;. Versailles, Quae.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;INGOLD Tim, 1993. &#171; The Temporality of the Landscape &#187;, &lt;i&gt;World Archaeology&lt;/i&gt;, 25, p. 152-174.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;OLIVIER DE SARDAN Jean-Pierre, 2008. &lt;i&gt;La rigueur du qualitatif. Les contraintes empiriques de l'interpr&#233;tation socio-anthropologique&lt;/i&gt;. Louvain-la-Neuve, Academia-Bruylant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PAPERMAN Patricia, 2009. &#171; D'une voix discordante : d&#233;sentimentaliser le &lt;i&gt;care&lt;/i&gt;, d&#233;moraliser l'&#233;thique &#187;, &lt;i&gt;in&lt;/i&gt; MOLINIER Pascale, PAPERMAN Patricia &amp; LAUGIER Sandra (dir.), &lt;i&gt;Qu'est-ce que le care ?&lt;/i&gt;, Paris, Payot.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PUIG DE LA BELLACASA Maria, 2017. &lt;i&gt;Matters of Care. Speculative Ethics in More Than Human Worlds&lt;/i&gt;. Minneapolis, University of Minnesota Press.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;RONZON Francesco, 2007. &#171; Icons and Transvestites : Notes on Irony, Cognition and Visual Skill &#187;, &lt;i&gt;in&lt;/i&gt; GRASSENI Cristina (ed.), &lt;i&gt;Skilled Visions : Between Apprenticeship and Standards&lt;/i&gt;. Oxford, Berghahn.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;THEODOSSOPOULOS Dimitrios, 2022. &#171; Graphic Ethnography on the Rise &#187;, &lt;i&gt;Theorizing the Contemporary&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Fieldsights&lt;/i&gt;, July 28, &lt;a href=&#034;https://www.culanth.org/fieldsights/series/graphic-ethnography-on-the-rise&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.culanth.org/fieldsights/series/graphic-ethnography-on-the-rise&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;TREWAVAS Anthony, 2014. &lt;i&gt;Plant Behaviour and Intelligence&lt;/i&gt;. Oxford, Oxford University Press.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;TRONTO Joan C., 1993. &lt;i&gt;Moral Boundaries : A Political Argument for an Ethic of Care&lt;/i&gt;. New York, Routledge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;TRONTO Joan C., 2008. &#171; Du &lt;i&gt;care&lt;/i&gt; &#187;, &lt;i&gt;Revue du MAUSS&lt;/i&gt;, 32 (2), p. 243-265, &lt;a href=&#034;https://doi.org/10.3917/rdm.032.0243&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://doi.org/10.3917/rdm.032.0243&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;VAN DER PLOEG Jan Douwe, 2022. &lt;i&gt;The Sociology of Farming&lt;/i&gt;. New York, Routledge/Earthscan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;WARDLE David A., 2002. &lt;i&gt;Communities and Ecosystems : Linking the Aboveground and Belowground Components&lt;/i&gt;. Princeton, Princeton University Press.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;WATHELET Olivier, 2012. &#171; Apprendre &#224; voir. Pour une ethnographie cognitive des perceptions &#187;, &lt;i&gt;L'Homme&lt;/i&gt;, 201, p. 121-130, &lt;a href=&#034;https://doi.org/10.4000/lhomme.22980&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://doi.org/10.4000/lhomme.22980&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;WENGER &#201;tienne, 1998. &lt;i&gt;Communities of Practice : Learning, Meaning and Identity&lt;/i&gt;. Cambridge, Cambridge University Press.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
