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Télécharger en PDF (609.9 ko)Pour citer cet article :Yann Laville, 2005. « Le DJ face au miroir tendu par les universitaires : relativisation et analyse critique ». ethnographiques.org, Numéro 8 - novembre 2005 [en ligne].(http://www.ethnographiques.org/2005/ Laville - consulté le 8.02.2012) Dernier numéro paru :Signalez cet article :
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Le DJ face au miroir tendu par les universitaires : relativisation et analyse critiqueRésuméAu cours des années 1990, le « mouvement techno » s'est imposé comme un phénomène culturel d'envergure planétaire. A ce titre, il fut donc naturellement objet d'interrogation, d'études et de commentaires au sein des milieux académiques français. Aujourd'hui pourtant, alors même que le champ paraît balisé, Yann Laville s'interroge quant aux résultats obtenus : le discours n'a guère changé depuis ses balbutiements ; le DJ est toujours présenté comme la voûte d'une formulation identitaire et sociale où n'existe pas d'autres ambitions que le happening des fêtes. Ce cadre éludant une bonne partie des faits constatés par l'auteur, celui-ci propose un exercice original : confronter l'image institutionnelle dont jouit cette figure aux observations glanées sur son propre terrain et à l'histoire du mix (la technique propre aux DJs) telle qu'envisagée par de nombreux auteurs américains. Les conclusions aboutissent à relativiser non pas le DJ en tant que principal vecteur du fameux « boum boum » électronique, du moins à une certaine période, mais en tant qu'horizon unique, indépassable et particulier du « mouvement techno ». En effet, pris dans une perspective à moyen terme, il apparaît comme une figure transversale au champ des musiques « pop » et cela depuis les années 1950. Il paraît donc urgent de repenser la condition post-moderne à l'aune de critères plus vastes et le « mouvement techno » de critères moins étroits. AbstractDuring the nineties, techno music established itself as a world-wide cultural phenomenon. In this view, it was of course analysed and commented among French academics. Today however, Yann Laville emits some doubts concerning the results. On the whole, their general issues didn't evolve much from the beginning until now : DJs are still widely emphasised, appearing as the most prominent figures in a social and artistic movement having no peculiar goals outside the very happening of « rave » parties. This matrix eluding most of what the author observed himself and what he read from Amercian scholars, he found it relevant to confront once those different views. The experiment and its conclusions do not relativize the DJ as Techno-music best promoting figure, at least for a certain time, but as its only and personal creative horizon. Indeed, as soon as it is considered with a decent historical perspective, DJ appears as a common and central figure to the whole field of pop music. Post-moderns signs should then obviously be traced on a lager scale than techno-deejaying ; and techno-culture itself should definitely be analysed on a larger scale than the one of its original herald. Pour citer cet article :Yann Laville. Le DJ face au miroir tendu par les universitaires : relativisation et analyse critique, ethnographiques.org, Numéro 8 - novembre 2005 [en ligne]. http://www.ethnographiques.org/../2005/Laville (consulté le 6/12/2005).SommaireAu cours des années 1990, le « mouvement techno » s’est imposé comme un phénomène culturel d’envergure planétaire. Hors des amateurs et de leurs propres canaux d’information, il a d’abord été soumis à l’attention publique via le prisme des grands médias généralistes. Ce traitement journalistique ne saurait pourtant être qualifié de neutre ou d’objectif. A bien des égards, il se rapproche du modèle observé et théorisé en 1979 par Dick Hebdidge au sujet du « punk » et des autres sous-cultures musicales existantes à l’époque :
Ce traitement, à la base, ne relève d’aucune mauvaise intention préméditée : il renvoie aux spécificités du cadre journalistique, dont notamment l’urgence, la compétition et, de fait, un certain goût envers le sensationnel. Au bout du compte pourtant, selon Hebdidge et mes propres observations (toutes deux menées sur la presse « tabloïde »), il s’apparente bien à une mise en forme : les initiatives sous-culturelles n’y sont jamais comprises en leurs propres termes et, au contraire, sont davantage réduites aux valeurs de la société, quand bien même celles-ci peinent à fournir une explication. Le phénomène est patent au sujet des raves (les grands raouts techno montés hors des lieux nocturnes institutionnels), qui seront criminalisées en Angleterre et en France presque au seul motif d’une presse inquiétante :
Sans nécessairement conduire à pareille hystérie (le cas est — je le répète — limité à l’Angleterre et à la France) et bien qu’eux-mêmes nuancent l’image dans un second temps (http://www.planet-tekno.com/presse/), les médias orientent néanmoins toujours fortement et durablement la perception des phénomènes sous-culturels via leur première grille d’analyse. A tel point qu’ils forcent indirectement les acteurs desdits phénomènes à se repositionner en fonction, du moins s’ils veulent participer à la construction de leur propre image sociale. J’en veux pour preuve la rubrique « Raves vues de presse » du magazine Coda, lui-même créé en 1993 « pour offrir une tribune à un mouvement qui craint d’étouffer, faute de pouvoir s’exprimer » (Télérama n. 2505, 14.01.1998). De 1996 à 1998, jusqu’à l’ébauche d’une reconnaissance pour le mouvement techno en France, la rubrique auscultera les représentations au sein des médias généralistes hexagonaux, épinglant toutes les erreurs, toutes les aberrations, toutes les critiques, s’ingéniant à y répondre une à une. La démarche est loin d’être anecdotique : elle traduit bien une rupture d’avec le mutisme affiché initialement par les acteurs du « mouvement techno » en guise de posture idéologique [1] ; elle inscrit le phénomène dans une perspective plus vaste, notamment par le biais de comparaisons avec d’autres cultures musicales (musique sérielle, classique contemporain, jazz, rock, hip hop) ; elle fourbit des arguments aux lecteurs et, par extension, rend possible un dialogue avec la société dominante (typiquement, plusieurs journalistes du magazine Coda furent à la base de l’association Technopol (www.technopol.net) qui, dès 1997, prend sur elle d’entamer un dialogue avec les autorités pour que cesse notamment la criminalisation des raves).
Sans être de loin toujours aussi fusionnel, ce type de collaboration promeut une analyse basée en grande partie sur la critique d’art post-moderne [3] et sur les implications d’ordre social qu’elle postule. A la suite de Jean-Paul Gavard-Perret (1999), je prendrai Nicolas Bourriaud [4] comme référence emblématique de cette approche. Pour lui : « Les technologies de l’échantillonnage (sampling) et l’ensemble des pratiques culturelles que recouvre leur emploi, la substitution de la figure DJ à celle de l’instrumentiste ou l’abîme qui sépare la forme de la rave-party à celle du concert, ne relèvent pas uniquement de la section tendance de la presse, ni même de la sociologie. Ces faits nouveaux concernent au premier chef l’esthétique en tant qu’indice d’une mutation profonde de la sensibilité collective et figures dominantes d’une évolution de la pensée, notamment de notre appréhension de la forme artistique » (Bourriaud, 1998). Ce court passage est révélateur, donnant la triple série autour de laquelle paraît s’être échaffaudée (ou redéployée) l’analyse post-moderne sur la musique techno, à savoir :
Aujourd’hui cependant, la banalisation du « mouvement techno », ses revers notoires (annexion de certaines franges par l’industrie musicale ; résurgence du star-system, de logiques marchandes ou auteuriales), font bien apparaître le côté abstrait des fameuses analyses post-modernes : elles s’apparentent à un discours, mettent en forme des projections idéales bien plus que des observations ethnologiques et, à ce titre, n’envisagent guère les pratiques dissonantes, les ruses, les contradictions et les forces externes au mouvement, pressions qui - à terme - le définissent autant que certaines images d’Epinal.
En observant le rôle central conféré au DJ par l’ensemble des textes universitaires (ne serait-ce qu’à titre d’animateur au sein des raves, principaux foyers d’esthétique et de sociabilité techno au long des années 1990), une constatation frappe immédiatement : le peu d’auteurs ayant resitué la figure dans une perspective historique globale. En français, mis à part quelques allusions éparses et non étayées [5], une des meilleures tentatives est encore aujourd’hui le numéro spécial de Artpress (op. cit.) qui, à travers plusieurs articles et plusieurs interprétations, mais dans un volume commun, approfondit le sujet de manière intéressante : Franck Mallet (1998) et Jacques Braunstein (1998) y remontent la piste disco, faisant bien observer que le DJ n’est à l’époque (fin des années 1970) déjà plus un humble « pousse disque », mais un acteur dont l’influence permet l’éclosion du genre et forge son esthétique ; Kihm (1998) et Caux (1998), eux, suggèrent quelques pistes de filiation touchant aux avant-gardes classiques [6]. Hors de ce contexte, il faut également signaler le travail du journaliste Guillaume Bara qui, dans un petit livre sobrement intitulé « La techno » (1999), pose un troisième grand axe de parenté, le dub jamaïcain né à l’aube des années 1970 et qui fut sans doute le premier genre de musique populaire où le DJ a gagné un statut créatif à part entière.
Par ailleurs, en gardant une attention focalisée sur les moments charnières où le deejaying s’est vu conférer une ambition créative affichée (dub, disco), ces textes amènent également à resituer la pratique dans une vision plus modeste, presque banale, mais toujours potentiellement dynamique. En effet, la juxtaposition de pistes sonores est une idée probablement aussi vieille que l’apparition des œuvres enregistrées : elle se développe en conséquence beaucoup avec la popularisation des outils et des supports idoines (radio, pick-up disques), objets qui — en eux-mêmes — traduisent un changement de paradigme social (loisirs, consommation, globalisation).
Ces quelques rappels visent non à banaliser le DJ techno, mais à souligner que la figure doit être comprise à l’aune d’une tradition accompagnant tout l’essor des musiques « pop ». Et que si le DJ est bien une figure post-moderne, ce qualificatif ne doit pas seulement être appliqué aux logiques de collage et d’interprétation à venir plus tard, mais également à son rôle dans l’instigation d’un rapport consommatoire, physique (objets) et planétaire à la culture ainsi qu’à la promotion de nouvelles esthétiques porteuses de métissage et de valeurs antagonistes à la rationalité moderne. De façon générale, et particulièrement au sein des textes universitaires, le « phénomène techno » a été observé à l’occasion des raves, manifestations emblématiques et, du moins au cours des années 1990, principales occasions de sociabilité relatives à ce milieu (exemples récents, Sevin, 2003 ; Collette, 2002). Cet angle d’analyse a bien sûr fait apparaître le DJ comme une figure centrale, à la fois comme une espèce de chaman veillant sur la transe collective (Jouvenet, 2001) et — même si l’expression n’est pas très heureuse — comme le seul vrai musicien techno dont les assemblages, les manipulations et les relectures avaient bien plus de sens que les morceaux utilisés. Les compositeurs auraient d’ailleurs pleinement intégré cette logique, écrivant des titres n’ayant « de valeur qu’en tant qu’étape ou support nouveau pour pousser plus en avant ce processus de créatif » (Gaillot, 1998 : 47). _ Sans vouloir mettre en cause la fonction historique et centrale du DJ, il me semble aujourd’hui pourtant que de telles analyses ont assez mal vieilli, notamment parce qu’elles n’ont guère exploré la piste de l’écriture et n’ont jamais envisagé la relation entre ces deux pôles dans une perspective dynamique. Afin d’illustrer mon propos et de le situer dans un cadre plus vaste, je ferai donc un crochet via le dub, un genre que de nombreux chercheurs anglo-saxons estiment être la source du deejaying contemporain (Gilroy, 1993 ; Hebdidge, 1987 ; Bones, 1986 ; parmi les francophones, insistant moins sur la généalogie future des intuitions dub, Constant (1995) donne également un très bon aperçu de leurs enjeux initiaux).
La figure du passeur de disques apparaît en Jamaïque durant la seconde guerre mondiale via des troupes américaines en stationnement. Enfin, l’image est sans doute excessive : comme partout dans le même contexte (guerre et après-guerre), les boys d’oncle Sam, leurs DJs ou leurs émissions radio popularisent avant tout la musique noire américaine. Les techniques d’enchaînement aux platines, balbutiantes, ne font pas école ou alors ne font qu’illustrer une évidence : lorsqu’il n’y a pas de groupes à disposition, pas d’argent ou pas d’infrastructures pour les faire jouer, on peut toujours animer la fête au moyen de disques et s’amuser quand même. C’est du moins la raison qui, en Jamaïque, préside à l’essor des « sound systems », disco-mobiles organisées en plein air, à même la rue, d’abord par les commerçants afin d’attirer la clientèle. Ces installations de fortune vont néanmoins très vite croître en succès, en autonomie, en professionnalisme et en ambitions artistiques, jusqu’à devenir les principales attractions festives de l’île. En écho à ce phénomène, l’émulation entre « systems » rivaux pousse les DJs à innover, à se distinguer : c’est à qui aura les meilleurs disques, les plus rares ; à qui saura trouver les meilleurs enchaînements ; à qui saura faire monter la pression et déchaîner la foule. S’il gagne en technique, le DJ se mue avant tout en prodigieux animateur : il chante par dessus les morceaux, il harangue le public au micro, il décrypte ses envies, les retient, les canalise vers l’abandon festif.
De façon plus générale, cette dynamique influencera beaucoup la production musicale : pour des raisons esthétiques et financières, les producteurs locaux cherchent vite un moyen de contribuer à l’élan des sound systems ; en amont, ils expérimentent les possibilités offertes par le studio, jusqu’à détourner l’outil de sa vocation première et utopique, à savoir l’enregistrement fidèle. Ainsi naît le « dub » (contraction du terme et support générique, le dub plate [7]), un travail inédit sur la matière sonore et qui s’adresse en priorité au DJ : pour aider la manipulation et l’enchaînement des titres, la face B d’un 45t offre une version instrumentale de la chanson, basses et percussions mises en avant, le tout agrémenté de ponts, d’effets, d’échos et de bruitages électroniques. Appliqué surtout aux morceaux de reggae, le dub n’est pas qu’une forme de bricolage anecdotique : il conditionne vite la production en général et y impose le studio comme un outil de coloration important (Constant, 1995). Soit dit au passage, bien avant déjà, « le reggae est surtout consommé en disques [...]. Le concert est un phénomène exceptionnel, plutôt récent, correspondant à l’accession au vedettariat international » (Constant, 1995 : 28). Pour en revenir au dub, il faut noter que son esthétique fera progressivement l’objet d’un style à part entière, avec ses propres vedettes, sa propre écriture et ses propres enregistrements. Un style qui fut sans doute le premier à obtenir un vrai engouement populaire en jouant de sons ouvertement électroniques. Un style qui fut donc à la base très peu joué (du moins à l’époque et en Jamaïque) et davantage consommé sous forme d’enregistrements, lors de performances DJ. Cette genèse caraïbe laisse entrevoir une interaction forte entre DJ et musicien-producteur, deux rôles qui parfois se recoupent, notamment via l’usage ou la composition des fameux dub plates. Il faut néanmoins déjà observer, en filigrane, un appel vers le haut de la chaîne productive : le DJ, comme il est tenu à se distinguer, à être constamment original, est aussi indirectement supposé venir à l’écriture et à la production (faire ses propres dub) ; et pour un musicien, « devenir son propre producteur et monter son studio d’enregistrement personnel est un signe de réussite particulièrement éclatant » (Constant, 1995 : 26). Cette vision ascensionnelle et utopique (objectivement, tout le monde ne peut ni ne veut s’élever au rang d’auteur, d’ingénieur-producteur ou de chef d’entreprise) témoigne d’une logique restant, au fond, assez auteuriale et positivant la sélection drastique en vigueur aux portes de la gloire. Ce fait est palpable dès les années 1980 où le dub évolue principalement à Londres et s’oriente vers une exécution plus standard : logique de groupes, de concerts, d’instruments « joués » (quand bien même électroniques), le tout orchestré, en coulisse, par la figure mythique du producteur-ingénieur du son. Dans ce contexte, le DJ n’est plus un relais ni indispensable ni moteur et voit son aura fortement décliner : schématiquement, il est relégué en deuxième position face aux nouveaux « vrais » musiciens. Il serait néanmoins faux d’associer le mix à une voie de garage et de conclure à son tarissement définitif : hors du contexte dub, l’art fondé en Jamaïque rayonne à travers le monde, colporté via une forte immigration. Il est notamment vite adopté, relu et corrigé au sein du melting-pot noir américain, y dégageant un vaste horizon créatif (Gilroy, 1993 ; Hebdidge, 1987 ; Bones, 1986). Dans ce contexte apparaissent deux styles emblématiques : l’electro funk (ancêtre du hip hop) et le disco (ancêtre de la house). Outre leurs spécificités musicales et sociologiques, ces deux genres connaissent une évolution tout à fait similaire au dub : instigation du DJ comme substitut aux musiciens traditionnels par manque d’argent et d’infrastructures adéquates ; formulation d’une esthétique par tâtonnements, au cours de fêtes dansantes ; glissement de certains acteurs musicaux vers la production, d’abord afin de créer l’outillage nécessaire à peaufiner le genre et la touche personnelle de chaque DJ ; basculement rapide vers une logique d’œuvres standard ; apparition de musiciens ou de chanteurs pour interpréter (ou peut-être seulement incarner ?) lesdites œuvres ; engouement du public et de l’industrie musicale pour ces nouveaux artistes ; étiolement de l’attrait et par extension de la créativité jadis propres au deejaying. Dans la mesure où le cadre d’un article ne me permet pas de traiter extensivement chaque genre ni chaque embranchement historique, et dans la mesure où le disco a une influence plus directe sur le mix tel qu’envisagé sous nos latitudes, je me bornerai à détailler cet exemple. Schématiquement, le disco est formulé à New York vers le milieu des années 1970, période où les établissements nocturnes (type discothèque) traversent une grave crise : désertés par les jeunes blancs (qui se ruent à la campagne vers les festivals rock en plein boom), ils n’ont d’autre choix que s’ouvrir massivement à une clientèle autrefois jugée peu recommandable et surtout peu solvable, formée de noirs, d’hispaniques et / ou d’homosexuels. En marge des poncifs rock (ceux d’une jeunesse blanche, hétérosexuelle et bourgeoise quand bien même en rupture, analyse Bradby, 1993), ces minorités noctambules ont alors bâti une sous-culture d’affirmation positive, hédoniste et festive : le disco, un phénomène basé sur un nouveau genre musical dont l’affinage et la popularisation tiennent avant tout aux DJs. « Les musiques, qu’apprécient majoritairement ces communautés (salsa et soul, pour faire simple) exigent des orchestres pléthoriques, coûteux à déplacer, pour une industrie de la nuit au creux de la vague, et difficilement casable sur le podium d’une boîte de nuit. On passe donc des disques et, dès le début des années 70, le DJ commence à s’arroger un rôle prépondérant, en modifiant le son et le rythme via une série d’artifices, comme le font ses homologues du ghetto. Cela donnera le rap, mais c’est une autre histoire. Ce cocktail inédit de soul dansante, de salsa ainsi que le rôle accru du DJ sont à l’origine du disco » (Braunstein, 1998 : 152).
De nombreux spécialistes adhèrent à cette vision et, en guise d’exemple, citent volontiers Francis Grasso, DJ au club Sanctuary, figure pionnière et malgré tout déjà star qui draine les amateurs et galvanise un contingent de groupies (Fikentscher, 2000). Pour définir le travail de Grasso, le journaliste et essayiste David Toop évoque « des mélanges et des superpositions de rythmiques, de musique rock, de funk et de disques africains » [8] (1991 : 62). Il s’agit néanmoins là d’un authentique virtuose, amenant l’auteur à préciser : « cependant, pour les DJs moins créatifs, l’idéal était de passer en douceur d’un disque à l’autre. Ils créèrent ainsi un contexte [demandeur] pour des passages de transitions au lieu de les organiser eux-mêmes, et les disques de disco qui émergèrent sous ce type d’influence eurent tendance à présenter des longues introductions, des refrains entêtants et plus de sections ornementales, tous [les disques] créant une tension qui se relâchait dans le passage de transition » [9] (1991 : 62). Ce passage illustre bien que tous les DJs, loin s’en faut, ne maîtrisent pas une alchimie du collage et n’inventent pas leur musique à base de courtes citations, fait utile à préciser tant leur discipline a été l’objet de constructions fantasmatiques. Outre cette relative incapacité (formant une demande), l’ambition auteuriale d’autres amène vite le disco à trouver une formulation plus tangible, gravée sur disque. Par quels biais ? A cette époque, le DJ n’est plus (et n’a sans doutes jamais été) un obscur artisan : d’après sa renommée, son engagement et son professionnalisme, il est même une figure bien connue dans l’industrie musicale. En radio ou en club, c’est lui qui familiarise le public avec les nouveaux titres, juge leur impact et, d’une certaine manière, leur viabilité commerciale. Petites ou grandes, les firmes aiment donc prendre son avis et même lui faire tester un morceau avant de s’engager pour l’édition. Fikentscher (2000) rapporte ainsi que, jouant de tels contacts, plusieurs DJs trouvent « naturellement » à s’infiltrer dans les studios. Ils y amènent leurs intuitions artistiques et méthodologiques ; y bousculent, rapprochent ou accaparent certaines fonctions ; y aident généralement, seuls ou en équipe, à forger une musique en adéquation avec les postulats disco. Quelques exemples : les faces B de 45t, qui étaient habituellement sacrifiées par mesure d’économie, réduites à une simple version instrumentale, deviennent matière à des expériences plus fertiles ; apparaissent les notions de remix (une relecture prospective du morceau) et bientôt de copies « only for DJs » qui mettent en avant l’approche rythmique, dansante et ménagent les fameuses parties de transition ; naît enfin le maxi 45t, le support DJ par excellence, dont l’originalité consiste à graver un seul titre sur un volume pouvant contenir une face d’album en 33t, ce qui donne un son beaucoup plus riche, permet d’allonger un morceau jusqu’à 12 minutes sans baisse de qualité et surtout permet de visualiser les articulations d’une oeuvre, ce qui est bien pratique pour anticiper le mixage.
Dans la mesure où le DJ a été pensé comme figure centrale de l’esthétique techno, son dépassement (c’est-à-dire le passage à un type d’écriture, d’exécution ou de consommation plus traditionnel, non focalisé sur le deejaying) n’a guère été envisagé au sein des travaux académiques ou alors en seuls termes de récupération, de soumission aux règles institutionnelles de l’art et du marché. Le sociologue Stéphane Hampartzoumian (1999 : 44) en donne un exemple paroxystique : « Le DJ techno invente une sorte de patchwork musical constitué à partir de différents morceaux afin de produire un son adapté à la rave, adapté à la danse. L’ultime finalité demeure invariablement la rave, la musique techno ne vaut que dans la rave, le temps de la rave. Ces pratiques ont pour conséquence de réfuter la possibilité d’une récupération de la musique techno par l’industrie culturelle. Cependant cette récupération commerciale est visible tous les jours, cela veut dire que cette récupération s’opère par une déformation contre-nature de la techno pour l’insérer dans le format du marché (un artiste avec un morceau clairement identifié) ».
Suite à l’institutionnalisation du champ disco (Braunstein, 1998) et en raison de la place moins créative laissée aux DJs par l’élaboration d’œuvres « finies », certains membres de la profession s’éloignent du genre ou, mieux dit, réinventent leur statut et leurs moyens d’action en passant les nouveaux disques au crible de nouvelles expériences. Bien que New York demeure une place active dans ce processus de mutations, le rôle de capitale se transmet à Chicago. Dans cette ville, un transfuge de la Grosse Pomme, Frankie Knuckles, anime le Warehouse, un club dont le patronyme, abrégé, deviendra également celui du genre qui prend forme entre les mains du jeune prodige : la house music. En résumé, Knuckles invente lui-même en cristallisant plusieurs innovations techniques et musicales :
Avant d’aborder le cas européen, je me permets encore un détour nécessaire via Detroit, où s’ébauche le dernier grand paradigme de dance music américaine : la techno, un genre en soi mais dont le patronyme servira de catégorie générale sur le vieux continent (c’est la manière dont j’ai employé ce mot jusqu’à présent et comme je l’emploierai à nouveau après la fin de ce chapitre). Voisine de Chicago et donc perméable à son agitation créatrice (la réciproque est également vraie), la ville témoigne de nombreuses particularités musicales. Tout d’abord, selon Juan Atkins [12], pionnier local : « Detroit n’a jamais vraiment crochée sur le disco » (interview dans Remix n° 3, 1999). Fait attesté par une vieille tradition de rock hargneux (Stooges, MC5, ...), l’ambiance du coin se prête mal aux joies hédonistes, où la peur d’une vie médiocre, gâchée à l’usine pour General Motors, devient petit à petit celle du naufrage social occasionné par la désindustrialisation : chômage, délinquance, pauvreté. « Le disco est venu et c’était bien gentil, mais le funk de [George] Clinton était jusqu’au-boutiste et il correspondait à l’attitude des gens et de l’environnement. L’origine de la dureté dans la techno, c’est le funk » [13] précise Eddie Fowlkes, un autre DJ et producteur séminal, interviewé par Mc Cready (1991).
Afin d’éclairer cette improbable généalogie, plusieurs interviews d’ancêtres fondateurs ont amené à retenir « the Electrifying Mojo », un DJ et animateur de radio locale, dont l’émission éclectique, jouant de Prince à Kraftwerk, aurait beaucoup influencé la première vague de musiciens techno. Cette information corrobore tout à fait le rôle de passeur et de mentor que peut avoir un DJ, mais occulte cependant un fait majeur, à savoir que la techno n’est à la base pas tellement une création échafaudée grâce au mix. En tous cas pas au même titre que ne le furent initialement disco, house ou electro. Plongée dans un coma post-industriel, Detroit n’est pas une ville de clubs ou de fêtes impromptues ; la techno ne s’y formule pas au cours de rassemblements hédonistes et via des constructions entre plusieurs disques. D’ailleurs quelles pourraient bien être les sources hétérogènes amenant à un style pareillement froid, métronomique et dépouillé ? Fédérés par Atkins, dont la musique fut éditée à partir de 1981 (« Alleys of your mind », sous l’identité du groupe Cybotron), les artistes locaux paraissent avoir directement cherché à composer, à sortir leurs propres disques, à fonder leurs propres labels, tout cela pour contrôler au mieux le résultat final et garantir l’intégrité de leur vision. L’ombre de Kraftwerk paraît du coup s’étendre bien plus avant, les célèbres homme-machines de Düsseldorf ayant prôné cette méthode dès le milieu des années 1970 (Bussy, 1996), une méthode qui devient accessible précisément à l’époque, grâce à la baisse des prix et à l’amélioration des outils électroniques.
Comme en témoigne le brusque intérêt des médias et des universitaires, le deejaying ne bénéficie pas d’une longue tradition en Europe, du moins pas au sens créatif imposé dans et par le « mouvement techno ». Cette raison élucide peut-être également le consensus dont a joui la figure sitôt le champ techno pensé en termes d’analyse et non plus d’attaques moralisantes (« hystéries » policières ou médiatiques évoquées plus haut). Dans le registre universitaire et académique, il est vu généralement comme la pierre angulaire d’une révolution musicale :
Cet extrait me semble révélateur dans la mesure où il présente, développe, mais n’interroge pas vraiment le discours tenu par les DJs sur eux-mêmes. Son auteur Michel Gaillot (philosophe et critique d’art), tout comme la plupart des autres exégètes, parle ainsi avant tout de la philosophie techno, de son idéal — contribuant d’ailleurs à les mettre en forme et peut-être à les orienter — mais occulte simultanément plusieurs autres facteurs de compréhension. A titre personnel, je choisirai donc une approche inverse, qui pourra être taxée de fonctionnaliste, mais qui me semble toutefois nourrir le débat de façon intéressante.
Accessoirement, l’apparition du live-act ouvre de larges horizons créatifs et permet à toute une frange de musiciens et d’organisateurs, bientôt suivis par un large public, de tirer la musique électronique hors des raves et de leurs impératifs dansants. Naîtront ainsi une foule de genres et de scènes parallèles, où l’expérience des machines se libère de la « tyrannie du beat » (expression du célèbre DJ et producteur canadien Ritchie Hawtin, interviewé dans Coda n° 44, 1998), intègre d’autres logiques musicales (post-rock, trip-hop, intelligent techno, electroclash) et s’accommode au besoin des instruments classiques ou même d’un rapport frontal entre l’artiste et l’audience. A maints égards, ce phénomène peut donc être aussi vu comme l’expression positive d’une grogne contre certains poncifs du « mouvement techno » historique, poncifs largement colportés au sein des analyses journalistiques et universitaires. Mais de tels exemples (techniques hybrides, échappant au tout électronique ; genres fusionnés, revenant à des logiques musicales antérieures ; concerts de type frontal) ont-ils voix au chapitre ? Ont-ils encore des choses à nous apprendre sur le « mouvement techno », qui dès lors semble être plutôt atomisé ? Oui dans la mesure où ils n’ont pas renié ses valeurs fondatrices et les poursuivent différemment (création électronique, ouverture, métissage, hédonisme). Oui dans la mesure où ils participent à une désaffection beaucoup plus générale (Collette, 2002, évoque un ras-le-bol face aux grandes raves institutionnalisées comme déclencheur à l’essor des « free parties », un type de fêtes illégales et ouvertement contestataires). Oui dans la mesure où leur apparition amène à relativiser une image par trop souvent caricaturale et monolithique du phénomène techno. Il semble en effet que, vers 1997, les grandes raves se sont déjà beaucoup assagies, normalisées, et ont largement déçu toute une frange de leurs supporters initiaux. Un éditorial du magazine Coda, qui fut longtemps une grande voix du mouvement, résume bien le sentiment :
Enfin, parallèlement aux raves, il ne me semble pas excessif d’ajouter que leur figure emblématique — le DJ — a aussi contribué au même ras-le-bol. Voici quelques remarques glanées au cours de mes recherches (précision utile, les extraits d’interviews remontent à 1998) : « Les DJs, ils me font marrer. Tu les écoutes parler entre eux, et ils se posent la question : qu’est-ce que tu vas jouer ce soir ? Pour moi, ils passent des disques — il y en a qui le font plus ou moins bien d’ailleurs — mais ils ne jouent pas vraiment » (S., ancien compositeur techno, ancien responsable de label, aujourd’hui « sound-designer » professionnel) ; « Ouais, le DJ, le DJ ! Tu les écoutes parler, ils croient tous jouer de la musique. Ça finit par m’énerver à la fin. Moi, je n’ai jamais eu cette prétention, je n’ai jamais cherché à faire des scratches ou des trucs comme ça : juste à passer de bons disques, en respectant leurs idées. D’ailleurs au fond, c’est ce que tout le monde fait, même si peu de gens osent l’admettre » (I., ancien disquaire techno et DJ réputé entre 1994 et 1998).
Bref, les grands DJs et les grandes raves du premier boom techno tendent à se couper de l’innovation et, à travers elle, d’un public « mordu » qui devient de plus en plus exigeant. Ces nouveaux éléments, combinés à ceux évoqués plus haut, encouragent donc le repli vers des solutions alternatives jugées plus éthiques, notamment le live-act et les structures à plus petite échelle (clubs, salles de concert alternatives, centres d’art, nomadisme illégal des « free parties »). Cette dynamique peut être vue comme un signe attestant la fin de l’unité originelle propre à tous les phénomènes sociaux ou artistiques. Elle ne doit pour autant ni être dramatisée, ni perçue comme la base d’un échec. Au contraire, elle témoigne d’une certaine vitalité, de potentiels ouverts, d’une capacité à la réinvention et au changement. Elle témoigne enfin surtout d’applications multiples, parfois critiques et simultanées, relatives aux idées phare du « mouvement techno », les connectant à d’autres formulations identitaires musicales et démentant les cadres d’analyses trop rigides. Dans ce chapitre, je m’efforce de nuancer l’interprétation qui ressort de mon texte et présente le DJ comme un simple passeur, une figure hautement conjoncturelle, un intervenant charnière entre la création et le public aux seuls moments où les deux ne peuvent encore se rencontrer, faute de moyens techniques ou financiers. Le portrait est bien sûr forcé ou, mieux dit, orienté. Il doit se comprendre avant tout en relation à son double inversé : le DJ en figure de héros post-moderne et d’unique horizon créatif pour tout le « mouvement techno », une vision qui paraît hanter un grand nombre d’analyses journalistiques et universitaires. Pour autant, je n’aimerais pas que cette relativisation du fantasme nuise à la compréhension globale du phénomène DJ, notamment celle du prodigieux élan qu’a pu avoir cette discipline en Europe.
[1] Ce fait a été largement décrit et analysé comme une des principales caractéristiques du « mouvement techno ». Les observations menées par Hebdidge en 1979 y donnent toutefois une perspective plus générale. En effet, bien avant que les jeunes s’adonnent au « boum boum » électronique, l’auteur observait déjà que reggae ou punk n’avaient à la base aucun discours ni programme établis, que ceux-ci voyaient le jour dans un second temps et accompagnaient la normalisation de phénomènes positionnés jusque là en termes de pures esthétiques, hors du langage, de son accès inégal et de ses normes pesantes qui « arrache[-nt] aux sens dont il s’alimente une survie insidieuse, dégradée, provoque en eux un sursis artificiel dans lequel il s’installe à l’aise, en fait des cadavres parlant » (Barthes 1970 : 219). [2] Une citation précoce, mais tout à fait révélatrice : « On en trouve sûrement pas plus que n’importe quelle autre drogue, dans n’importe quelle autre grande fête de jeunes » (un organisateur de rave en interview dans le quotidien 24 Heures, Lausanne, 15.06.1991. [3] Au sujet de la musique classique contemporaine, voir notamment l’excellent ouvrage de Béatrice Ramaut-Chevassus (1998). L’auteur y montre avec force détails que, au long des années 1960 et 1970, les compositeurs ont abandonné une logique d’avant-garde et de table rase, affectant la palette des instruments électroniques à des oeuvres plus douces, plus accessibles, jouant de clins d’oeil et de métissages variés (temps, espaces, cultures). Dès lors, les notions d’oeuvre, de propriété ou même d’artiste auraient été profondément remises en cause. Les analyses post-modernes concernant la musique techno (par exemple celle de Bourriaud, 1998, mais également de façon beaucoup plus générale) reprennent ou réinventent cet argumentaire presque mot pour mot. [4] Nicolas Bourriaud est devenu par la suite un influent critique d’art et le premier directeur du Palais de Tokyo, à Paris. [5] Par exemple, Hampartzoumian (1999) qui cherche à expliquer la musique techno par le biais de la musique classique expérimentale (typiquement les musiques concrètes ou sérielles) au seul motif de leur outils communs (les machines électroniques), sans prendre en considération le fait que les musiciens techno puissent avoir d’autres inspirations et d’autres motivations quant à cet usage. Mes recherches personnelles, concordantes avec la plupart des analyses américaines (voir notamment Manuel, 1995), tendent à relativiser beaucoup l’influence des avant-gardes classiques sur les futures musiques « pop » électroniques (disco, rap, house, techno). En effet, dans ce créneau, une majorité de compositeurs et d’artistes ne semblent pas avoir une grande culture de la musique « savante » ou alors par des voies extrêmement détournées, typiquement par le biais d’entités charnières telles que Kraftwerk (groupe dont les têtes pensantes furent élèves de K. Stockhausen avant de se tourner vers le registre « pop » et y transcrire certaine idées académiques). [6] « John Cage est-il le premier DJ ? En 1939, dans Imaginary Landscape n. 1 — qui est considéré comme la première œuvre de musique électronique jamais composée —, il a l’idée de retenir et de relâcher tour à tour des disques 78 tours comportant des enregistrements d’ondes sinusoïdales [...]. En 1965, à la Feigen-Palmer Gallery de Los Angeles où il présente ses Variations IV, c’est le public qu’il transforme en DJ en l’enjoignant d’utiliser à sa guise les nombreux électrophones et les microsillons d’origines multiples disposés à cet effet » (Caux, 1998 : 108). [7] Le terme dub-plate (littéralement le disque à doubler) caractérise originellement ce que nous, francophones, appellerions des « laques », c’est-à-dire les disques en acétate de cellulose à partir desquels sont moulés tous les exemplaires d’une édition au format vinyle. Entre la fin des années 1960 et celle des années 1970, les DJs jamaïcains utiliseront beaucoup ces laques, pièces uniques leur servant à particulariser leur mix et à tester de nouvelles compositions - les leurs ou celles de proches - face au public. Si le morceau était accueilli positivement, il était alors officiellement pressé et commercialisé. [8] Littéralement : « mixtures and superimpositions of drumbeats, rock music, funk and African records » [9] « For less creative disco DJs, however, the ideal was to slip-cute smoothly from one record into the beginning of the next. They also created a context for breaks rather than foregrounding them, and the disco records which emerged out of the influence of this type of mixing tended to feature long introductions, anthemic choruses and extended vamp sections, all creating a tension which was released by the break » [10] Littéralement : « While Frankie Knuckles had laid the groundwork for house at the Warehouse, it was another DJ from the gay scene that was really to create the environment for the house explosion — Ron Hardy. Where Knuckles’ sound was still very much based in disco, Hardy was the DJ that went for the rawest, wildest rhythm tracks he could find and he made The Music Box the inspirational temple for pretty much every DJ and producer that was to come out of the Chicago scene ». [11] Les analystes observent unanimement que, malgré une invention peu commune au sein du microcosme dance, le public états-unien est resté dans une large mesure exclusivement dédié aux (sous-)genre rock et rap. L’ethno-musicologue Barbara Bradby (1993) interprète ce phénomène comme entérinant une vision typique de la musique et de la culture aux USA : fortement racialisées, virulentes et machistes. [12] Quelques pages intéressantes dédiées à Juan Atkins : http://www.globaldarkness.com/artic..., http://www.wired.com/wired/archive/..., et http://en.wikipedia.org/wiki/Juan_Atkins. [13] Littéralement : « Disco came and it was soft but Clinton’s funk was Hardcore and it suited the attitude of the people and the environment. The origin of the hardness in techno is funk ». [14] Littéralement : « This is borne out in the DOR (Dance Oriented Rock) clubs where Blake Baxter used to DJ. The European fascination is intense with records by Depeche Mode, Nitzer Ebb, Bauhaus and New Order easily the most requested ». [15] Littéralement : « Kraftwerk is the first techno band ever » et « Detroit has declared itself a satellite of Germany » [16] « Dans la techno en effet, le mix des identités ou des genres musicaux différents (jazz, rock, disco, pop, reggae, rap, classique...), n’est pas seulement toléré ou accepté mais, plus encore, il est central, définissant en effet le fondement ou le principe même de cette musique et de son esthétique » (Gaillot, 1998 : 37)
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Le DJ face au miroir tendu par les universitaires : relativisation et analyse critique, Numéro 8 - novembre 2005. |
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