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Pour citer cet article :

Marie Lorillard, 2008. « VALIERE Michel, 2006, Le conte populaire. Approche socio-anthropologique ». ethnographiques.org, Comptes rendus d’ouvrages [en ligne].
(http://www.ethnographiques.org/2008/­Lorillard - consulté le 29.09.2016)
 

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Marie Lorillard

VALIERE Michel, 2006, Le conte populaire. Approche socio-anthropologique

VALIERE Michel, 2006, Le conte populaire. Approche socio-anthropologique, Paris, Armand Colin.

(Compte rendu publié le 23 mars 2008)

Pour citer cet article :

Marie Lorillard. VALIERE Michel, 2006, Le conte populaire. Approche socio-anthropologique, ethnographiques.org, Comptes rendus d’ouvrages [en ligne]. http://www.ethnographiques.org/../2008/Lorillard (consulté le 23/03/2008).

Michel Valière pose dans cet ouvrage un regard novateur sur un objet bien connu des spécialistes de la littérature orale : le conte populaire. En adoptant une posture socio-anthropologique qu’il veut compréhensive, l’auteur met en lumière les multiples usages du conte, œuvre orale qu’il qualifie de protéiforme et qui par conséquent ne peut se laisser enfermer dans une définition rigide ou définitive. Tout au long de ce livre, l’auteur invite le lecteur à se détourner d’une perception réifiée du conte pour entrevoir son extraordinaire contemporanéité.

La démarche progressive de l’auteur passe par une mise en contexte du conte populaire tel qu’il a été recueilli, en Occident notamment. On a ainsi accès à un inventaire de nombreux « collecteurs » et « chercheurs » qui, portés par une sorte de goût pour le folklore inhérent à la période romantique en Europe, se sont penchés sur l’objet « conte » comme vestige d’une littérature orale vouée à disparaître (25). On apprend également que la diffusion des textes de contes en France s’est réalisée et s’effectue toujours à travers les circuits d’une littérature mineure (littérature de colportage, vente d’almanachs, etc.). Cette analyse des conditions de recueil des contes populaires se double d’une réflexion sur le contexte de leur narration selon les lieux et les temps où ils sont transmis (48). Le conte est alors appréhendé non plus comme texte écrit mais comme une œuvre orale incarnée dans une culture spécifique ainsi que dans une performance singulière où la voix et les gestes du conteur jouent un rôle essentiel face à un auditoire.

L’auteur recense et explicite les différentes écoles classiques de l’analyse des contes, de la célèbre classification d’Aarne et Thompson (1961) à l’analyse structurale, en passant par l’école formaliste russe ou par l’approche développée par Denise Paulme qui, dans son analyse des contes africains (1986), s’inspire de ces schémas en les rendant plus souples, plus à même de retranscrire le mouvement qui se dégage de toute narration en « performance ». Toutes ces démarches ont en commun de faire ressortir, à travers une méthode comparative, l’universalité du conte comme production symbolique de l’esprit humain (94).

Au-delà de ces problématiques théoriques, l’ouvrage de Michel Valière apparaît précieux en ce qu’il propose des outils concrets pour comprendre la manière dont sont transmis, étudiés et répertoriés les contes. Il donne de nombreuses références bibliographiques en ce qui concerne l’étude des contes : le patient et nécessaire travail de collecte sur le terrain en langue vernaculaire mais aussi la transcription (78), le catalogage et l’édition.

Au sein de chacun des axes développés par l’auteur, on remarque que la question du passage de l’oral à l’écrit surgit, toujours délicate : comment rendre compte de « l’orature », pour reprendre comme le fait Michel Valière les mots du linguiste Claude Hagège (71), autrement dit de la spécificité du style oral, dans un texte scriptural ? Que devient le conte dès lors que la langue vernaculaire dans laquelle il a été narré est mise à l’épreuve de la traduction ? Comment conserver à la parole du conte la dynamique qui l’anime ?

Une esquisse de réponse à ce questionnement se trouve peut-être dans la dernière partie de l’ouvrage qui dresse un état des lieux des multiples formes de renouveau du conte aujourd’hui en France en faisant ressortir des figures de conteurs contemporains : conteurs, créateurs, comédiens, poètes en exil (149). En effet, comme le souligne l’auteur en citant plusieurs artistes et collectifs d’artistes, le conte populaire revit à travers le vaste chantier des arts de la parole dans le domaine du spectacle vivant. Il est également utilisé comme une base de travail pour des travailleurs sociaux ou des médecins dans une optique thérapeutique. Il peut ainsi retrouver une fonction médiatrice que le passage au texte écrit tendait à occulter.

À la lecture de cet ouvrage, on est frappé par la richesse de ce matériau « protéiforme » offert par l’oralité, le conte populaire. On est également surpris de voir combien il peut être utilisé et remanié dans un contexte contemporain où la littérature orale semble tenir si peu de place.

 
 

Bibliographie

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ARNE Antti, 1961 (1927), The Types of Folktale : a Classification and Bibliography, Helsinki, Academia Scientiarum Fennica (seconde édition traduite et augmentée par Stith Thompson).

PAULME Denise, 1986, La mère dévorante. Essai sur la morphologie des contes africains, Paris, Gallimard.

 

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VALIERE Michel, 2006, Le conte populaire. Approche socio-anthropologique,
Comptes rendus d’ouvrages.