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Pour citer cet article :

Florence Graezer Bideau, 2012. « Inventorier les « traditions vivantes ». Approches du patrimoine culturel immatériel dans le système fédéral suisse ». ethnographiques.org, Numéro 24 - juillet 2012
Ethnographies des pratiques patrimoniales : temporalités, territoires, communautés [en ligne].
(http://www.ethnographiques.org/2012/ Graezer-Bideau - consulté le 25.10.2014)
 

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Florence Graezer Bideau

Inventorier les « traditions vivantes ».
Approches du patrimoine culturel immatériel dans le système fédéral suisse

Résumé

L'article interroge le processus de patrimonialisation mis en œuvre suite à la ratification par la Suisse de la Convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel en 2008. Il présente une analyse des premiers résultats de l'enquête, menée entre 2008 et 2011, au cœur de l'appareil administratif et politique en charge de la culture en Suisse. L'auteure part d'une ethnographie fine des mécanismes à divers échelons administratifs (fédéral, cantonal et régional) qui ont joué un rôle décisif dans l‘introduction d'un nouveau paradigme dans la politique patrimoniale – les « traditions vivantes en Suisse ». Elle compare ensuite l'actuel processus d'établissement de la liste suisse du patrimoine culturel immatériel avec celui – antérieur – d'inventaires des expressions de la culture effectués par d'autres institutions fédérales, actives dans les domaine de l'économie, de la politique étrangère ou de l'agriculture. L'analyse comparée des différentes instances qui mettent en scène le patrimoine, notamment à travers une lecture détaillée de l'utilisation des multimédias (website, DVD interactif), permet d'avoir une vue d'ensemble sur le chantier patrimonial et interroge les particularités et les limites du système fédéraliste suisse. Enfin, l'article propose une réflexion sur le rôle des anthropologues engagés dans ce processus d'inventorisation, y compris celui de l'auteure qui ethnographie ses pairs.

Abstract

Inventorizing « living traditions ». Approaches to intangible cultural heritage in the Swiss federal system. This article examines the process by which Switzerland implemented the UNESCO Convention for the Safeguarding of Intangible Cultural Heritage, ratified in 2008. It presents a preliminary analysis of research carried out between 2008 and 2011 at the very heart of the administrative and political institutions promoting culture in Switzerland. The author first presents a detailed ethnographic study carried out at all of the levels of government (federal, cantonal and regional) of the process by which this new paradigm was introduced into Swiss heritage policy. She then compares the current procedure for establishing the Swiss list of intangible cultural heritage with earlier inventories of cultural expression made by other federal institutions (in relation to the economy, foreign affairs and agriculture). Comparative analysis of the various institutions that deal with heritage, particularly through a detailed reading of their use of multimedia material (websites, interactive DVDs), provides a general overview of the heritage field and highlights the specificities and limits of the Swiss federalist system. Finally, the article reflects on the role of anthropologists engaged in the process of inventorying, including that of the author, involved in the ethnographic study of her peers.

Pour citer cet article :

Florence Graezer Bideau. Inventorier les « traditions vivantes ». Approches du patrimoine culturel immatériel dans le système fédéral suisse, ethnographiques.org, Numéro 24 - juillet 2012
Ethnographies des pratiques patrimoniales : temporalités, territoires, communautés [en ligne]. http://www.ethnographiques.org/../2012/Graezer-Bideau (consulté le 26/07/2012).

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Le propos de cet article est d’analyser la politique patrimoniale de la Suisse, qui a récemment trouvé un nouveau souffle avec l’injonction de l’UNESCO d’établir un inventaire du patrimoine culturel immatériel du pays. La double ratification de la Suisse, le 16 octobre 2008, des Conventions pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel (PCI) de 2003 et sur la protection et la promotion des expressions de la diversité culturelle de 2005 a, en effet, mis en branle un processus de recensement et d’inventorisation à l’échelle nationale qui se poursuivra jusqu’en 2013. L’intérêt d’ethnographier ce grand chantier culturel vient principalement de la structure fédéraliste qui caractérise la Suisse depuis 1848 et qui implique toute une série d’accommodements administratifs par lesquels l’ensemble des actrices et acteurs impliqués dans cette démarche sont concernés (fonctionnaires fédéraux, cantonaux et communaux, politiques, scientifiques, universitaires, conservateurs de musée, journalistes, membres d’ONGs, associations folkloriques et « porteurs du PCI »). L’étude de ce processus de catégorisation et de sélection d’éléments du PCI par les diverses instances légitimes retrace un historique des pratiques fédéralistes qui cherchent à présenter l’image d’une Suisse riche et diverse, respectueuse de ses minorités géographiques, linguistiques et religieuses, et attentive aux expressions innovantes et créatrices de la modernité.

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Office Fédéral de la Culture (OFC), Page d’accueil en français du site internet « traditions vivantes », septembre 2010
(http://www.lebendige-traditionen.ch, consulté le 2 mai 2012).
Office Fédéral de la Culture (OFC), Page d’accueil en français du site internet « traditions vivantes », septembre 2010.
(http://www.lebendige-traditionen.ch, consulté le 2 mai 2012).

Basée sur une recherche ethnographique menée au sein de l’administration à divers échelons (international, fédéral, cantonal et local) [1], mes analyses illustreront le processus de mise en œuvre de l’inventaire national piloté par l’Office fédérale de la culture (OFC), en charge de ce dossier appelé « liste indicative des traditions vivantes en Suisse » [2]. Ces analyses d’un processus du patrimoine culturel immatériel en train de se faire, processus « classique » que connaissent également d’autres Etats signataires de la Convention de 2003, sont complétées par l’examen d’une dynamique parallèle, celle de la production d’inventaires non-officiels des expressions de la culture en Suisse dans les domaines de l’économie (Suisse Tourisme) et de la politique étrangère (Présence suisse). Dans cet article, je m’interrogerai sur la pluralité de ces approches d’inventorisation des « traditions vivantes » ainsi que sur les critères de sélection et les valeurs véhiculées par ces différentes démarches.

Mon travail démontrera donc que le PCI existe sur plusieurs plans en Suisse. Il existe tout d’abord comme une réalité culturelle vécue par les citoyens et les citoyennes. Il relève ensuite des différentes instances en charge de la culture sur les plans fédéral et cantonal. Il joue également le rôle d’ambassadeur de la Suisse à l’étranger et fait l’objet de l’attention du Département des affaires étrangères. Enfin, il est un objet de marketing pour le tourisme suisse, lequel a trouvé avec le PCI un moyen d’attirer les touristes, suisses et étrangers, désireux d’expérimenter des expressions identitaires « authentiques » à l’heure de la globalisation, perçue comme entraînant la standardisation culturelle du monde.

La création de la Suisse moderne en 1848 est le fait d’entités hétérogènes [3] qui ont décidé de se réunir pour des raisons essentiellement économiques et politiques. L’organisation du système fédéral reflète cette décision initiale : les fonctions régaliennes classiques telles que les finances, la politique étrangère ou l’armée sont octroyées à l’Etat fédéral (la Confédération), le reste aux cantons. La culture, notamment, n’est pas du ressort de la Confédération. La formule « unité sans uniformité » exprime bien la situation de la Suisse où les vingt-six cantons partagent l’idée d’une identité culturelle commune liée à la création de la Suisse moderne tout en travaillant à préserver leur diversité culturelle.

La Constitution de 1848 développe un gouvernement fédéral auquel sont confiés plusieurs droits et devoirs autrefois réservés aux cantons. Ce transfert de compétences des parties vers une instance supérieure encourage le développement d’une économie nationale qui dépasse les frontières des anciennes entités autonomes (suppression des barrières douanières internes) et accélère la circulation des marchandises et des personnes. Sur le plan institutionnel, l’importante évolution consiste dans la mise sur pied de l’Assemblée fédérale bicamérale qui élit notamment les sept membres du Conseil fédéral, dont la présidence change chaque année. Sur le plan des droits et des libertés, cette première constitution fédérale garantit aux citoyens et aux citoyennes la liberté de presse, de religion et d’établissement sur le territoire fédéral et les autorise également à proposer un changement dans celle-ci par un vote populaire [4]. L’administration fédérale met en œuvre des politiques uniformes qui restent circonscrites à la politique, à l’économie, aux transports et aux communications.

Ainsi, on voit que la question culturelle reste éminemment décentralisée au sein de la Suisse moderne. Chaque canton conserve la responsabilité de gérer les affaires culturelles sur son territoire. Cette attention portée au respect de la « diversité culturelle et linguistique » est affirmée dans la constitution fédérale actuelle (1999) [5]. L’article 69, dit « article culturel », précise le principe de division des compétences entre les cantons et la Confédération : la culture est du ressort des cantons tandis que les activités culturelles d’intérêt national, représentatives de la diversité culturelle et linguistique du pays, sont promues par la Confédération (Clottu, 1975). Juridiquement, la loi actuelle sur l’encouragement à la culture (LEC, 2009) [6] est le principal instrument de l’Office fédéral pour la culture (OFC), rattaché au Département de l’Intérieur (DFI), pour formuler la politique culturelle de la Confédération. Elle concerne les objets au niveau national impliquant le respect de la diversité culturelle et linguistique, le cinéma, la bibliothèque nationale, les archives et les musées [7]. Quant aux cantons, conformément au « principe de subsidiarité », ils sont responsables d’encourager la culture et de répartir les compétences entre les niveaux cantonal, communal et local.

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Office Fédéral de la Culture (OFC), Page d’accueil en français de l’OFC, 1er février 2012 (http://www.bak.admin.ch/org/index.h..., consulté le 5 mai 2012).
Office Fédéral de la Culture (OFC), Page d’accueil
en français de l’OFC, 1er février 2012
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(http://www.bak.admin.ch/org/index.html?lang=fr, consulté le 5 mai 2012).

Il est intéressant de noter que le contexte fédéral suisse, caractérisé par son principe de subsidiarité, favorise « naturellement » une logique d’inventorisation qui met en avant les particularités propres aux vingt-six cantons. En effet, chaque fois que la Confédération agit au nom des unités fédéralistes, elle veillera à prendre en considération les particularités de ces dernières.

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Office Fédéral de la Culture (OFC), Page d’accueil en français pour « Patrimoine culturel immatériel », 1er février 2012
(http://www.bak.admin.ch/kulturerbe/..., consulté le 5 mai 2012).
Office Fédéral de la Culture (OFC), Page d’accueil en français pour « Patrimoine culturel immatériel », 1er février 2012.
(http://www.bak.admin.ch/kulturerbe/04335/index.html?lang=fr,
consulté le 5 mai 2012).

La Convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel mise en application en 2003 introduit un nouveau paradigme dans la politique patrimoniale suisse. L’impulsion donnée par l’UNESCO autour du thème de la culture vivante a contribué à réaffirmer le rôle de coordinateur de l’Etat vis-à-vis des cantons dans le système fédéraliste. Conformément à la Constitution suisse, l’OFC a dû établir un cadre permettant la mise en œuvre des procédures et l’application des politiques concernant les Conventions de 2003 et de 2005 que la Suisse s’apprêtait à ratifier. Cette tâche a été confiée à la Commission suisse de l’UNESCO qui a constitué un groupe de travail ad hoc pour organiser dès 2006 une série de réunions intitulées « Forum suisse pour le patrimoine culturel immatériel », rassemblant un certain nombre d’acteurs concernés (administration, « société civile », « porteurs de tradition », chercheurs, journalistes, politiques, etc.) en accord avec le principe participatif de l’organisation internationale pour la culture (Vitali, 2008  ; Gradis, 2008  ; Renz 2008).

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Commission suisse pour l’UNESCO (CSU), Page de présentation en français pour le Forum suisse du patrimoine culturel immatériel,
(http://www.unesco.ch/fr/themes/patr..., consulté le 5 mai 2012).
Commission suisse pour l’UNESCO (CSU), Page de présentation en français pour le Forum suisse du patrimoine culturel immatériel.
(http://www.unesco.ch/fr/themes/patrimoine-immateriel/le-forum-suisse-pour-le-patrimoine-culturel-immateriel/des-idees-et-des-questions.html, consulté le 5 mai 2012).

Lors de ces réunions, plusieurs propositions d’inventaire émergent de la part d’ONGs bien implantées dans le paysage culturel suisse ou international (Leimgruber, 2010), mais elles ne sont pas retenues par l’OFC pour la mise en œuvre de l’inventaire national. Elles ont néanmoins été « bonnes à penser » car elles ont permis de poser un regard réflexif sur le processus à construire, notamment en questionnant la notion d’authenticité (Bortolotto, 2007) ainsi que le recours à la notion d’une authenticité suisse qui serait attestée pour au moins trois générations de porteurs sur le territoire (Camp, 2006 ; Gonseth et Hertz, 2008 ; Leimgruber, 2008). Au terme du processus consultatif, les chambres fédérales ratifient le 16 juillet 2008 ces deux Conventions [8]. Leur entrée en vigueur le 16 octobre 2008 implique la mise en œuvre d’un inventaire national sous la responsabilité de l’OFC. En outre, avec la révision de la LEC, dont l’entrée en vigueur date du 1er janvier 2012, accompagnée du Message culture 2012-2015 (2011) [9] du Conseil fédéral à l’attention des parlementaires, la protection et la promotion du PCI en Suisse devient un thème transversal que l’OFC et la Fondation Pro Helvetia [10] partagent selon leurs compétences respectives (Graezer Bideau, 2010).

Ethnologiser les ethnologues
Avant de continuer, un mot sur le rôle particulier que je joue dans l’ethnographie des inventaires mis en œuvre par une vingtaine d’anthropologues suisses qui, à titre d’expert-e-s ou de conseillers ou conseillères dans les commissions de réflexions cantonales, sont impliqués dans le recensement des « traditions vivantes en Suisse » (Graezer Bideau, 2012). Depuis le début du processus, déjà avec le « Forum suisse pour le patrimoine culturel immatériel » lancé par la Commission suisse de l’UNESCO, j’ai eu le privilège de suivre les discussions et débats, voir mêmes les décisions prises par la majeure partie des instances responsables pour la mise en œuvre et l’implémentation du « processus PCI ». Mais dans ce contexte qui relève largement des sciences de l’ethnographie, du folklore et de l’anthropologie culturelle, je me retrouve le plus souvent, d’une manière ou d’une autre, à ethnographier mes pairs, autrement dit, à réaffirmer ma posture d’anthropologue qui étudie un objet (la pratique de l’inventaire cantonal effectuée par des anthropologues mandatés) et qui partage avec les acteurs sociaux étudiés une démarche méthodologique, une éthique scientifique et un regard critique. Cette position de surplomb sur le travail de collègues est délicate dans le paysage académique suisse, où le cercle de chercheur-e-s scientifiques, caractérisé par des affinités électives, est restreint, et dont la grande majorité poursuit ses activités scientifiques grâce à divers mandats de recherches, souvent octroyés par l’administration fédérale ou cantonale. Elle est néanmoins fort intéressante car elle implique un retour constamment réflexif et critique sur ma propre démarche et sur celles des collègues impliqués dans le processus d’inventorisation. Il n’est dès lors pas surprenant que la négociation de mon observation participante aux nombreuses réunions de décision et de sélection a été plus complexe avec les experts et les responsables administratifs en charge du projet sur le plan fédéral ou cantonal qu’avec mes homologues anthropologues. Non seulement mes collègues ne voyaient pas d’inconvénient à ma présence régulière à leurs côtés pour avoir eux-mêmes pratiqué la méthode ethnographique, mais surtout ils partageaient avec moi une conviction sur l’apport d’une telle démarche pour rendre compte des particularités patrimoniales du contexte Suisse.

Le lancement officiel du projet national d’inventaire pour la liste indicative le 2 septembre 2010 à Berne constitue sans aucun doute la pierre angulaire d’une nouvelle politique patrimoniale de l’immatériel. Suivant le principe de subsidiarité, la responsabilité des inventaires revient aux cantons. L’OFC fournit, quant à lui, un guide pour l’établissement de la liste des traditions vivantes en Suisse (2010), qui propose une méthodologie harmonisée à l’ensemble des vingt-six cantons et dont le contenu a été intensément discuté entre les acteurs engagés dans le processus au niveau fédéral et cantonal (OFC, le groupe d’expert-e-s, les gouvernements cantonaux, les experts engagés par les cantons, les scientifiques et la « société civile ») [11].
Deux approches ont été préconisées dans un premier temps : une méthode dite « ascendante » (ou « bottom-up ») et une méthode « descendante » (ou « top-down ») [12]. Le guide recommandait également à chaque canton l’aide d’un-e expert-e pour une identification des éléments sur son territoire, basée sur des critères objectifs et rigoureux. Le délai imposé par l’OFC pour rendre une première série de propositions était court (1er mars 2011) et impliquait de facto de la part des autorités cantonales — fortes de leurs instances d’expertise et de décision — l’application d’une méthodologie « top-down ». [13] Celle-ci s’est aussi « naturellement » imposée comme une évidence aux yeux de toutes et tous lorsque l’argument du respect de la diversité culturelle et linguistique à l’échelle nationale a été avancé conformément à l’article 69 de la Constitution. Enfin, le peu de relais médiatique à la suite du lancement du projet national n’a pas aidé la population à proposer spontanément des éléments à inventorier, et ce malgré la création d’un site internet (http://www.lebendige-traditionen.ch) sur lequel les citoyens et les citoyennes ont pu poster des messages, répondant ainsi à l’injonction de l’UNESCO sur le principe participatif des communautés et porteurs de traditions. Lors de la fermeture du site internet en avril 2011, une centaine de propositions ont été comptabilisées. Elles concernaient des traditions aussi variées que « la musique des instruments à vent », « la fête des Abbayes de tir dans le canton de Vaud », « le design et la typographie suisses », « le carnaval de Bellinzona », « le cabaret populaire », « la poésie slam », « nager dans l’Aar [dans le canton de Berne] » ou « la fête de l’Escalade à Genève » [14].

Office Fédéral de la Culture (OFC), Exemples de quelques propositions postées sur le site internet « traditions vivantes », avril 2011.
(http://www.lebendige-traditionen.ch/barrierenfrei.php, consulté le 2 mai 2012)

Un premier niveau d’expertise local et cantonal s’est constitué à travers les groupes de réflexion composés de spécialistes du patrimoine matériel et du patrimoine immatériel, fonctionnaires ou indépendants, que les cantons ont mis sur pied pour élaborer leur stratégie d’inventaire. Douze groupes ont émergé à ce stade, certains cantons travaillant par regroupement régional, d’autres de manière individuelle [15].

Office Fédéral de la Culture (OFC), Les 12 projets cantonaux mentionnés sur la partie gauche du site d’accueil en français des « traditions vivantes », septembre 2010.
(http://www.lebendige-traditionen.ch, consulté le 2 mai 2012).

La coordination logistique du projet a été attribuée à la Haute Ecole de Lucerne (HSLU) [16] qui a créé un site internet bilingue à accès restreint, [17] notamment pour les responsables cantonaux et les expert-e-s engagés, afin que les propositions des cantons puissent être introduites selon des fiches formatées permettant à terme une analyse comparative de l’ensemble des candidatures et une sélection finale pour la liste nationale (Graezer Bideau, 2011). Le projet reproduit la catégorisation en cinq domaines de la définition officielle du PCI [18] et demande la rédaction d’un dossier complet comprenant : nom de la tradition ; type de la tradition (classification UNESCO) ; localisation géographique (localités, cantons) ; brève description (max. 1000 signes) de la tradition vivante incluant l’historique, la continuité et l’identification des porteurs ; traditions vivantes similaires dans d’autres cantons suisses (max. 800 signes) ; motifs pour l’inscription (facultatif, max. 800 signes).

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Office Fédéral de la Culture (OFC) et Hochschule Luzern (HSLU), Exemple d’un dossier proposé par le canton de Vaud sur les découpages du Pays-d-Enhaut, 30 mars 2011
(http:(//lebendige-traditionen.ch, consulté le 2 mai 2012, site à usage interne uniquement)
Office Fédéral de la Culture (OFC) et Hochschule Luzern (HSLU), Exemple d’un dossier proposé par le canton de Vaud sur les découpages du Pays-d-Enhaut, 30 mars 2011.
(http://lebendige-traditionen.ch, consulté le 2 mai 2012,
document à usage interne uniquement).

La pratique de l’inventaire commencée, de nombreuses questions méthodologiques concernant la difficulté de l’exercice ou la validité des critères surgissent, qui sont discutées lors des réunions inter-cantonales réunissant les chefs des douze projets [19]. Des questions politiques sont également soulevées par ces expert-e-s. Elles concernent essentiellement le nombre recommandé de propositions par canton — une quinzaine, qui doivent être hiérarchisées selon leur valeur par les responsables des services culturels et experts cantonaux au nom des groupes sociaux concernés —, [20] la localisation des éléments identifiés sur le territoire national et l’importance du poids linguistique des régions [21].
Plusieurs éléments, qui sont régulièrement entrés en conflit dans cette première phase du processus d’inventaire, méritent d’être soulignés car ils illustrent de manière pertinente la particularité et la complexité du système fédéral lorsqu’il s’agit de questions culturelles qui impliquent temporalités, territorialités et communautés.

Florence Graezer Bideau et Sébastien Munafò, Les diverses stratégies cantonales pour la mise en œuvre de l’inventaire des traditions vivantes sur leur propre territoire, 31 janvier 2012

Le premier constat concerne la division artificielle des territoires imposée par le système fédéraliste et la décision d’imposer un nombre identique de propositions par canton, quels que soient son type de paysage, sa taille, sa démographie ou son développement économique. Le choix laissé aux cantons par l’OFC pour organiser leur propre stratégie d’inventaire collectif (régional) ou individuel (local) implique une grande hétérogénéité des données collectées car elles sont le résultat d’approches croisées [22]. Cette hétérogénéité est ainsi le reflet direct du système fédéraliste. La différence d’approche entre les communautés qualifiées de « traditionnelle » et « moderne », « conservatrice » et « libérale », a régulièrement été observée et citée par les responsables des affaires culturelles romands : « Il n’est pas surprenant que les Suisses allemands travaillent ensemble pour dresser leurs inventaires, ils ont l’habitude de fonctionner ainsi depuis la création de la Suisse au XIIIe siècle » [23]. Se référant explicitement au pacte fédéral de 1291, fondateur de l’ancienne Confédération suisse par les trois cantons primitifs (Uri, Schwyz et Unterwald [24]) contre les comtes de Habsbourg, ce discours emblématique reproduit dans le sens commun une logique distinctive, fondatrice de la Suisse : suisse romande versus alémanique, urbaine versus rurale, catholique versus protestante, élitiste versus populaire, industrialisée versus artisanale. En présentant ces différentes catégories sociales de manière isomorphe, il tend largement à simplifier le paysage culturel suisse et, du coup, à naturaliser les différences entre « tradition » et « modernité » et à renforcer, voire même à fabriquer de nouvelles associations de termes.

Florence Graezer Bideau et Sébastien Munafò,
La répartition linguistique en Suisse, 15 mai 2012

Ces différences linguistiques et culturelles, connues par les citoyens et les citoyennes suisses sous le nom de « Röstigraben » (fossé de rösti) [25], furent prises en considération par les responsables politiques et logistiques du projet national. Une vue d’ensemble des premières propositions cantonales rendit possible d’introduire plus de flexibilité dans les recommandations et critères du guide : désormais la logique linguistique prédomine à la logique cantonale (80 éléments peuvent désormais être proposés pour les Romands et les Alémaniques contre 30 pour les Italophones, au lieu de 5 ou 6 initialement proposés par cantons) [26] et la localisation des traditions vivantes peut être commune à deux territoires cantonaux (par exemple, les papiers découpés en Vaud et Fribourg), qu’ils partagent ou non une frontière (par exemple, la Fête-Dieu à Fribourg, en Valais et Appenzell), voire même entre deux pays (sculpture du bois en Valais, au Tessin ou dans la Vallée d’Aoste en Italie) [27]. Néanmoins, l’étude de ces premières propositions cantonales révèle que ces ajustements fédéraux ne contribuent pas à réduire les différences entre ces entités territoriales, mais au contraire, que celles-ci ré-émergent de manière significative. Ainsi, les logiques de distinction qui historiquement ont fondé la Suisse sont toujours présentes, voire renforcées.

Florence Graezer Bideau et Sébastien Munafò,
Le Röstigraben en Suisse, 15 mai 2012

En premier lieu, la distinction la plus significative est celle de la différence culturelle entre les Romands et les Alémaniques (Centlivres, 1996  ; Büchi, 2001). Le groupe de pilotage fédéral relève le fait qu’à travers cet exercice, chaque région linguistique semble avoir une perception de l’Etat distincte, notamment en ce qui concerne les compétences des expert-e-s et la délégation du pouvoir. Voyons comment cette commission d’experts de l’OFC a interprété cette différence culturelle. D’un côté, à l’Ouest, ils ont relevé une approche radicale et bureaucratique, caractérisée par une distance critique et un respect du rôle de l’Etat fédéral qui prédomine sur les cantons. De l’autre, à l’Est, ils identifient une perception fondée sur le principe de la démocratie participative qui traduit le poids politique important des citoyennes et citoyens vis-à-vis de l’Etat, incarnée de manière emblématique par la « Landsgemeinde » [28]. La différence d’attitudes des Romands et des Alémaniques vis-à-vis du processus d’inventorisation est censé exprimer le fameux « Röstigraben ». Il concerne d’abord le nombre de propositions soumises à l’OFC, qui diffère d’un côté ou de l’autre de ce fossé symbolique : les Romands respectent les recommandations fédérales (Genève 9 ; Vaud 14 ; Neuchâtel 8), tandis que les Alémaniques les ignorent (Uri 36 au total, dont 3 uniquement représentatives du canton et 33 dans l’inventaire régional ; Schwytz 43, dont 9 uniquement représentatives du canton et 34 dans l’inventaire régional). Cette différence du nombre de propositions a été perçue comme « exagérée » par certains experts du groupe de pilotage qui y voient un signe de plus de la différence culturelle entre les deux parties linguistiques du pays. En réalité, l’analyse montre que cet écart serait également explicable par le fait que certains cantons ont inventorié leurs traditions vivantes de manière individuelle et d’autres de manière collective. Cette perception du (non-)respect des recommandations de l’OFC reflète la complexité des logiques de distinctions dont l’interprétation est souvent simplifiée dans les procédures administratives.

http://www.imaginesuisse.ch,
Assemblée communale en Appenzell Rhodes intérieures
(consulté le 4 mai 2012)

Le déséquilibre du nombre de propositions a été interprété ensemble avec d’autres différences perçues entre les deux régions. Les cantons romands ont procédé directement à un inventaire qui hiérarchise les éléments en fonction de critères de sélection auxquels la population est censée s’identifier, mais aussi politique et économique. Les cantons alémaniques ont commencé par recenser les nombreuses traditions sur leur territoire sans tenir compte des critères sélectifs : les expertes et experts cantonaux voulaient avant tout avoir une vue d’ensemble sur leur territoire pour ensuite en sélectionner une quinzaine. Ces deux perspectives méthodologiques impliquent des stratégies politiques différenciées quant à la valorisation du travail effectué par les experts et les groupes de réflexions cantonaux. Les premiers ont soumis leurs propositions à l’OFC après avoir fait avaliser leur liste d’éléments par les conseillers ou conseillères d’Etat, chefs du Département cantonal chargés de la culture, et dans certains cas (cantons de Vaud, Genève et Fribourg) par leur propre gouvernement (Conseil d’Etat), reflétant ainsi une approche respectueuse des rapports hiérarchiques au sein du pouvoir politique, tandis que les seconds n’ont pas encore fait approuver leurs propositions par leurs supérieurs hiérarchiques. Pour ces derniers, ce sont les experts locaux, acteurs principaux des recensements, qui trancheront lesquels inclure dans la liste indicative nationale après avoir reçu les décisions de l’OFC [29].

Enfin, les attitudes des uns et des autres exprimées lors des réunions inter-cantonales d’expert-e-s ou de la commission de pilotage de l’OFC sont emblématiques de ce « Röstigraben ». Les Romands sortaient souvent frustrés de ces rencontres, car ils estimaient qu’ils n’avaient pas reçu des réponses claires et précises à leurs problèmes afin de pouvoir appliquer ces critères et recommandations au plus près des décisions de l’Etat. Les Alémaniques considéraient ces réunions comme des lieux d’échanges et de discussions qui permettaient de débattre du processus selon une conception commune de la démocratie directe. Cette différence d’approches des uns des autres s’explique selon une cheffe de projet suisse-allemande de la manière suivante :
« Selon le principe de subsidiarité, la Confédération ne doit pas prendre de décisions ; les responsables du projet d’inventaire [qui représentent la Confédération] ne participent pas à ces réunions de chefs de projets [cantonaux] pour trancher, avaliser ou imposer des décisions. Le guide pour l’établissement de la liste des traditions vivantes en Suisse a été rédigé, négocié. Il convient désormais aux cantons de décider ce qu’ils peuvent proposer à l’OFC en tenant compte de la méthodologie suggérée par la Confédération pour mener à bien ce projet. Les responsables sont là pour confirmer formellement les critères du guide, sans plus » [30].

Florence Graezer Bideau et Sébastien Munafò,
Les confessions en Suisse, modifiée à partir de Tschubby (2007),
15 mai 2012

En second lieu, d’autres logiques de distinction, sur lesquelles je m’attarderai moins longuement, émergent de ce processus. Elles ont trait au paysage, à l’économie et à la religion. L’analyse des données collectées est sans surprise à cet égard : elle démontre que les cantons urbains, industrialisés et protestants proposent moins de traditions que les cantons ruraux, artisanaux et catholiques. Par ailleurs, les régions longtemps sous l’influence économique des villes et considérées comme folklorisées dans l’histoire du pays en raison de leurs pratiques religieuses ostentatoires fournissent d’avantage d’éléments qui correspondent aux critères attendus de l’authenticité (les Carnavals, les processions, les journées de célébrations ou rituels de protection) que les villes protestantes (Genève, Lausanne ou Zurich), qui proposent des traditions plus conceptuelles et/ou inattendues (« l’Esprit de Genève », l’Ecole botaniste, l’illustration, la bande dessinée et l’affiche genevoise, les histoire de Ouin-Ouin, le Ballet Béjart ou le cabaret politique d’inspiration dadaïste). Déjà largement étudiées par la tradition folklorique suisse depuis le XIXe siècle (Geiger et Weiss, 1962  ; Gonseth, 1989-1990  ; Hugger, 1990), notamment lors des enquêtes dans les années 1930-1940 inscrites dans le mouvement de la défense spirituelle du pays (Geistige Landesverteidigung) [31] ou dans les années 1960 pour la préparation de l’Exposition nationale suisse à Lausanne (1964), ces traditions prévisibles dans un inventaire national jouissent encore aujourd’hui d’une importante exposition touristique. Il ne serait ainsi pas surprenant que la transhumance, le combat des vaches, le yodel ou la lutte fédérale devienne des éléments incontournables dans la Liste représentative que la Confédération proposera à l’UNESCO en 2012.

(Extrait d’entretien avec Brigitte Bachmann-Geiser à propos de la Société suisse des traditions populaires, Berne le 10 mai 2012)

(Extrait d’entretien avec Brigitte Bachmann-Geiser à propos de la préparation pour l’Exposition nationales suisse à Lausanne en 1964, Berne le 10 mai 2012)

Enfin, la dernière division qui émerge de cette étude concerne la nationalité et met l’accent sur la population indigène versus exogène. Contrairement aux recommandations du guide de l’OFC, peu de cantons ont donné la voix aux groupes immigrants qui ont également contribué à l’édification de la Suisse moderne. Par exemple, le Valais a proposé d’inscrire « l’Italianità » en souvenir de la présence active des Italiens depuis le XIe siècle dans le canton. D’autres catégories de populations « autres » ont également été soumises à la sélection nationale. C’est le cas des Juifs (dans le canton d’Argovie), d’une communauté sicilienne (San-Giuseppe à Laufenburg en Argovie) et de la culture Yenisch [32] sur l’ensemble du territoire (élément national) [33]. En revanche, aucune tradition des populations de l’Ex-Yougoslavie ou du continent africain, pourtant installées depuis plus d’une génération sur le territoire national n’ont été introduites pour l’inventaire, reproduisant clairement une distinction entre « Nous » et « Eux ».

En somme, la perception de la notion du PCI par les expertes et experts cantonaux est hautement conventionnelle, tant dans leur compréhension et application de la politique patrimoniale internationale de l’UNESCO que dans la reproduction des clichés conformes à l’image attendue du pays et ce, malgré une ouverture de la part des responsables de la liste indicative. Apparemment le patrimoine porte ici son propre héritage ! Cependant, même si l’objet est identique à celui des inventaires antérieurs (il s’agit toujours de produire l’image du pays à partir d’une sélection d’éléments représentatifs d’une période fixée), les attentes à l’égard de la fabrication de l’inventaire en Suisse ont changé en raison d’un contexte international différent (les objets inventoriés au XXIe siècle ne sont pas chargés du même poids idéologique que ceux du siècle précédent).

Au terme de cette première phase du processus d’inventaire national, force est de constater que la collaboration entre le niveau fédéral et cantonal reste difficile et laborieuse. Ce qui n’est pas étonnant dans le système fédéral suisse, lequel reste attaché au principe de la gestion des affaires culturelles au niveau des parties. Le gouvernement fédéral, même s’il a acquis au fil des années un certain nombre de compétences dans le domaine culturel, demeure un acteur dont la légitimité d’action en matière reste faible.

Si la dynamique d’inventaire du PCI est de nature laborieuse dans le domaine politique, le contraste avec le même exercice dans les domaines de l’économie et de la politique étrangère est d’autant plus frappant. En effet, dans ces deux domaines, le processus et les résultats d’inventaires sont clairs et fluides [34]. Cette partie sera consacrée à l’analyse de deux inventaires des coutumes et traditions, celui de Suisse Tourisme (ST) et celui de Présence Suisse (PRS), dont les données sélectionnées ont été mises en ligne avant le lancement du projet national par l’OFC. L’intérêt de cette comparaison est d’interroger le regard porté sur les expressions de la culture en Suisse par deux organismes publics qui travaillent en étroite collaboration avec les divers départements fédéraux. Ces sélections de coutumes et de traditions, qui mettent en scène la diversité culturelle et linguistique du pays dans leurs stratégies de promotion de l’image de la Suisse sur le plan national et international, rendent compte des relations de proximité de l’économie et de la politique étrangère avec la structure du système fédéral. Mon hypothèse est que ces relations sont plus légitimes que celles liées à l’« identité culturelle » qui ont constitué depuis la création de l’Etat moderne un point d’achoppement entre les administrations cantonales et fédérales. Notons enfin qu’il existe une pluralité d’acteurs investis dans les démarches d’inventorisation (diverses ONGs) [35] et les diverses réflexions menées (Pro Helvetia) [36] confirment l’intérêt porté par la Suisse à l’identification de ce qui fait sens pour les communautés qui composent le pays et à la visibilité de ces dernières dans le paysage médiatique national. Tout comme les sélections de Suisse Tourisme ou Présence Suisse, ces démarches ont été initiées bien avant la ratification suisse des deux Conventions de 2003 et 2005. Elles rendent compte de pratiques et de discours qui visibilisent et valorisent certaines traditions depuis plus d’un siècle. Leurs motivations et objectifs, liés à l’essor de l’économie et du tourisme, diffèrent du projet d’inventaire national de l’OFC qui, sur l’injonction de l’UNESCO, a l’obligation de présenter aujourd’hui ces mêmes traditions dans une nouvelle perspective, celle du PCI.

Depuis 2005 – année consacrée au thème de la culture – un inventaire des « Coutumes et traditions » se trouve sur l’onglet « destinations » du site internet www.myswitzerland.com de Suisse Tourisme (ST) [37], entreprise de droit public de la Confédération dont le mandat spécifique est promouvoir l’offre touristique pour la Suisse [38]. Une présentation de cette page introduit le lecteur et la lectrice au patrimoine à la fois matériel et immatériel.

« Un foisonnement indescriptible. On la célèbre pour la beauté et la diversité de ses paysages. Mais la Suisse est aussi un pays de culture ou plutôt de cultures. D’abord, on y parle l’allemand, le français, l’italien et le romanche : quatre langues, quatre cultures. Le mélange de tradition et de modernité est tout à fait étonnant. La Suisse est ouverte aux nouvelles tendances, mais elle tient aussi à conserver soigneusement son patrimoine culturel. » [39]

Parmi les diverses listes présentées [40], l’une est consacrée aux « coutumes et fêtes populaires en Suisse », à propos de laquelle on peut lire :

« Trop souvent, la rencontre avec un pays ne se fait que par le regard, certes, douce pour l’œil ; mais elle se prive de la découverte de ce qu’est vraiment celui-ci derrière ses images, avec ses gens, leurs gestes, leurs croyances et leur histoire, leurs coutumes ; bref, avec leurs racines sans lesquelles le paysage ne serait pas ce qu’il est ni les hommes ce qu’ils sont. » [41]

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Suisse Tourisme, Les coutumes et les fêtes populaires du canton de Lucerne et du Lac des Quatre cantons, 2012. (http://www.myswitzerland.com/fr/sur..., consulté le 2 mai 2012).
Suisse Tourisme, Les coutumes et les fêtes populaires du canton de Lucerne et du Lac des Quatre cantons, 2012.
(http://www.myswitzerland.com/fr/sur-la-suisse/culture.html,
consulté le 2 mai 2012).

Une carte interactive permet de sélectionner par région les expressions culturelles suisses pour en favoriser la lecture. Les régions sont au nombre de treize et ne reproduisent pas la division territoriale administrative du pays. Soixante-dix-sept coutumes et fêtes populaires sont mentionnées [42]. Chacune est brièvement décrite, illustrée par une photographie téléchargeable et localisée sur une carte du pays. Des informations concrètes et multimédia sont également données pour un meilleur accès à la manifestation culturelle (coordonnées de l’office du tourisme local, facilité de logements ou de transports, multimédia – vidéos téléchargeables, e-cards, webcams, etc.). Enfin, sur cette même webpage, une liste déroulante permet la navigation de l’internaute sur l’ensemble des expressions culturelles, triées par ordre alphabétique cette fois-ci, afin d’encourager la sélection d’événements à admirer lors de son séjour touristique en Suisse.

La sélection opérée par Suisse Tourisme constitue un inventaire hiérarchisant certaines expressions de la culture populaire suisse selon des critères touristiques au risque parfois de les essentialiser sous forme de clichés. La démarche adoptée est fidèle au principe fédéraliste : ce sont les offices de tourisme locaux, puis régionaux qui proposent des manifestations culturelles à l’office central (Suisse Tourisme), qui, avec l’aide d’une experte scientifique (ici, une ethnologue zurichoise), les évalue ensuite afin de les inventorier. L’ensemble des données est périodiquement réactualisé (3-4 ans) afin de « satisfaire l’intérêt grandissant du public pour la suissitude, mais aussi des médias qui les contactent régulièrement » [43].

L’analyse des données présentées démontre que l’imagerie des Alpes est activement maintenue. Le Suisse montagnard, le Suisse berger ou le Suisse vacher est largement célébré ainsi que les expressions culturelles qui s’y rattachent (yodel, lutte, musique populaire, chorale, fête d’alpage Chilbi). La Suisse rurale (bénédiction des champs, St-Martin et autre Bénichon, fête de la Châtaigne, fête de mai, marché aux oignons) ou la Suisse catholique (Carnaval, fête de l’ange gardien, Fête-dieu, Saint-Nicolas) sont également fort présentes. La liste contient essentiellement des pratiques conventionnelles de la culture populaire suisse, visuelles et donc apparemment accessibles, vivantes, organisées par les localités elles-mêmes et dégageant de l’émotion. Elle reproduit manifestement les clivages, principes de différenciations intérieurs de la Suisse : linguistique, géoéconomique et religieux énoncés dans l’ouvrage classique Les Suisses. Mode de vie, traditions, mentalités (Hugger, 1992) qu’elle tend à renforcer en l’inscrivant dans le paysage multimédia helvétique. Enfin, il n’est pas surprenant de constater l’absence d’expression innovatrice ou marginale. Emanant d’une politique institutionnelle qui vise à mettre sur pied des stratégies de présentation d’éléments patrimoniaux destinées à un large public, suisse et étranger, la liste ne cherche pas essentiellement à découvrir ou à approfondir des aspects culturels moins connus de la Suisse.

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Suisse Tourisme, Le Suisse montagnard, le Suisse berger ou le Suisse vacher, 2012. (http://www.myswitzerland.com/fr/sur..., consulté le 2 mai 2012).
Suisse Tourisme, Le Suisse montagnard, le Suisse berger
ou le Suisse vacher, 2012
.
(http://www.myswitzerland.com/fr/sur-la-suisse/culture.html,
consulté le 2 mai 2012).

Mis en ligne depuis 2003 sous l’onglet « culture », l’inventaire « coutumes et traditions » du site Swissworld.org your gateway to Switzerland [44] de Présence Suisse (PRS), dont le mandat est « de promouvoir une image authentique de la Suisse moderne à travers le monde », présente la vie culturelle en Suisse ainsi :

« La vie culturelle en Suisse porte la marque de la géographie compliquée, du multilinguisme, des divisions confessionnelles et des coutumes locales. Ce qui se traduit par une étonnante diversité de la production littéraire, artistique, architecturale et musicale. Les Suisses se demandent à juste titre ce qui les lie vraiment entre eux. Sur un point au moins ils sont tous d’accord : la diversité culturelle est un bien précieux et elle doit être promue. » [45]

D’emblée, une perspective réflexive et historique traduit un souci de coller au plus près de la réalité. Avec le titre évocateur « la suissitude, un mythe ? », l’éditeur rend compte de la complexité de l’acte de définir ce qu’est l’identité suisse et relève les grands partages qui ont marqué son histoire : la pluralité des communautés linguistiques et leur attachement culturel à leurs voisins européens (France, Allemagne et Italie) ou la différence des coutumes et des traditions selon les régions géographiques ou religieuses à la suite du Sonderbund [46] par exemple. Selon le website c’est essentiellement un désir des citoyens et des citoyennes helvétiques de rester unis que la « suissitude » exprimerait.

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Présence Suisse, Le mythe de la « suissitude », non daté. (http://www.swissworld.org/fr/cultur..., consulté le 2 mai 2012).
Présence Suisse, Le mythe de la « suissitude », non daté.
(http://www.swissworld.org/fr/culture/la_suissitude/la_suissitude_un_mythe/,
consulté le 2 mai 2012).

L’inventaire des « coutumes et traditions » contient plus d’une vingtaine d’éléments qui sont classés dans trois catégories, construites à partir des thèmes empruntés au folklore et à l’histoire nationale : vingt fêtes calendaires (réparties entre neuf sous-catégories telles que Avent et Noël, Hiver, Carnaval, Masque, Pâques, Printemps, Fin de l’été, Automne, Fêtes des vendanges), trois évènements historiques et la fête nationale. Il a été effectué sous la responsabilité scientifique d’une ethnomusicologue qui a procédé par une démarche « descendante » [47]. Pour parer au sentiment que les éléments présentés sur la toile manquent d’exhaustivité, Présence Suisse publie simultanément à la mise en ligne de ces données un coffret de DVD interactif avec des ressources supplémentaires qui « recense et documente par l’image, le texte et le son une centaine de coutumes suisses parmi les plus importantes, en mettant en exergue leur origine historique et géographique. [Le DVD] contient 75 séquences vidéo complétées d’illustrations et d’enregistrement audio. » [48]

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Présence Suisse, Les coutumes hivernales, non daté. (http://www.swissworld.org/fr/cultur..., consulté le 2 mai 2012).
Présence Suisse, Les coutumes hivernales, non daté.
(http://www.swissworld.org/fr/culture/coutumes_et_traditions/hiver/, consulté le 2 mai 2012).

Ce qu’il faut relever pour cet inventaire, c’est l’absence de sélection par canton ou par région linguistique et le manque de carte pour situer les données. Ici, c’est d’avantage l’expression de la tradition qui est mise en avant plutôt que sa localisation sur un territoire précis ou la communauté qui contribue à perpétuer sa pratique. Cependant, malgré une volonté de dépasser la simple description qui fige les « traditions vivantes » en mettant au jour une dimension historique, comparative et innovante, l’analyse anthropologique de l’inventaire proposé sur le site internet montre que celui-ci contribue malgré tout à essentialiser ces expressions qui sont présentées selon un découpage calendaire issu du folklore. Cette essentialisation des traditions est moins perceptible dans les séquences publiées du coffret de deux DVDs – l’un interactif et l’autre composé d’une vingtaine de petits films – qui favorisent au contraire une étude plus constructiviste et réflexive, détaillée et approfondie des manifestations à travers toute une série de média. Le choix éditorial d’une double présentation comble certains manques actuels en matière d’archives visuelles et sonores qui permettent aisément de communiquer (et de vendre) autour de l’image de la Suisse.

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Présence Suisse, Le DVD des coutumes et traditions en Suisses, 2006. (http://www.swissworld.org/fr/switze..., consulté le 2 mai 2012).
Présence Suisse, Le DVD des coutumes et traditions en Suisses, 2006.
(http://www.swissworld.org/fr/switzerland/ressources/dvd/coutumes_et_traditions/, consulté le 2 mai 2012).

(Extrait d’entretien avec Brigitte Bachmann-Geiser à propos de la méthodologie suivie pour la création des site internet et DVD de Présence suisse, Berne le 10 mai 2012)

L’analyse comparative de ces deux inventaires reflète l’importance qui est accordée à la diversité culturelle dans les domaines de l’économie et de la politique étrangère, comme élément de marketing international. Elle met au jour deux démarches, l’une plus essentialisante et l’autre plus réflexive, pour appréhender l’« identité suisse », qui sont également au fondement du projet de la liste indicative suisse sur laquelle je reviens dans la dernière partie.

L’observation et la participation à de nombreux groupes de réflexion cantonaux ou à la commission de pilotage au niveau fédéral permettent d’avoir une vue d’ensemble sur ce chantier patrimonial, avec en toile de fond les inventaires déjà aboutis d’organismes publics mais aussi d’ONGs. Ce qui peut être vu comme des « incohérences » du point de vue de l’administration représentent au contraire pour l’anthropologue de précieuses données permettant une analyse fine de la structure fédérale suisse et des mécanismes de son administration au plan national et cantonal.

Ce que relève cette recherche est sans aucun doute le manque de coordination méthodologique entre les différentes instances politiques et administratives en charge de ces inventaires (hormis peut-être TS et PRS qui collaborent sur certains projets) dont les travaux ont déjà produit certains résultats tant au niveau de la collecte qu’à celui des interprétations des données. Il en va ainsi de l’inventaire du patrimoine culinaire mandaté par l’Office fédéral de l’agriculture (OFAG) dont le processus s’est déroulé entre 2004 et 2008. Le site http://www.patrimoineculinaire.ch/ identifie plus de 400 produits, certifiés par une expertise scientifique. Ma recherche ethnographique et mon analyse démontrent le peu de circulation entre ces démarches d’inventaire en raison, peut-être, des diverses motivations à l’origine de ces sélections (économie, tourisme, consommation alimentaire, politique étrangère, culturel, symbolique, etc.).

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Patrimoine culinaire suisse, Page d’accueil en français du site internet « Patrimoine culinaire suisse » avec sa carte interactive, non daté. (http://www.patrimoineculinaire.ch, consulté le 2 mai 2012).
Patrimoine culinaire suisse, Page d’accueil en français du site internet « Patrimoine culinaire suisse » avec sa carte interactive, non daté.
(http://www.patrimoineculinaire.ch, consulté le 2 mai 2012).

Lorsque l’OFC reçoit la responsabilité de dresser une « liste indicative des traditions vivantes en Suisse », il élabore progressivement une méthodologie qui lui permet d’activer le processus d’inventaire en collaboration avec les vingt-six cantons. En d’autres mots, il repart quasiment de zéro. La première phase du processus sollicitant les propositions cantonales décrites dans la seconde partie de cet article témoigne d’une démarche laborieuse. Elle a toutefois le mérite d’aborder plusieurs questions sensibles liées à la politique culturelle et patrimoniale à l’échelle nationale. La seconde phase de ce processus concerne la sélection par la commission de pilotage de l’OFC composée de fonctionnaires culturels, d’expert-e-s académiques et des porteurs de traditions. (Actuellement en cours, les résultats qu’elle produira permettront peut-être d’ajuster mon analyse [49]). Son objectif est d’exclure un peu moins des deux tiers des 387 propositions pour n’en garder que 160 environ [50]. A ce stade, ne pouvant se justifier sur la base de critères de sélection homogènes l’échelle nationale, [51] les expert-e-s décident de réorganiser les propositions, initialement par ordre alphabétique, en « catégories plus proches de la réalité des expressions de la culture suisse ». [52] Ils avancent deux arguments pour cette nouvelle structure de présentation : « avoir une vue d’ensemble » et « la visibilisation certaines traditions saillantes », qui aux yeux des experts du groupe de pilotage de l’OFC, « étaient noyées dans l’inventaire national [diverses formes particulières de yodel sont données en exemple distinguées en « juuz » (Suisse centrale) et « Naturjodel » (Appenzell Rhodes intérieures, Appenzell Rhodes extérieures et Saint-Gall)] ou tout simplement oubliées [le rituel de manger la fondue est cité, puis inscrit sous l’appellation « le manger la fondue » (Fribourg et toute la Suisse)] [53]. Comme nous pouvons le voir, c’est une étape délicate qui associe de manière étroite la politique et l’expertise scientifique. Elle doit tenir compte de l’ensemble des paramètres constitutifs de la Suisse (clivages, sensibilités, représentativité, singularité) que la pratique du consensus, tradition helvétique historiquement ancrée dans le système fédéral, légitime « naturellement ». Ainsi la liste indicative définitive « des traditions vivantes en Suisse » accompagnée de dossiers complets pour chaque élément aura-t-elle été rendue publique par l’OFC après avoir été mise en consultation auprès des cantons à l’automne 2011.

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Florence Graezer Bideau, Sélection en cours des diverses propositions cantonales lors d’une réunion du groupe des experts à Berne, 16 mai 2011.. Les punaises rouges correspondent aux traditions et expressions orales, les bleues aux arts du spectacle, les jaunes aux pratiques sociales, rituels et événements festifs, les vertes aux connaissances et pratiques concernant la nature et l’univers et les blanches aux savoir-faire liés à l’artisanat traditionnel.
Florence Graezer Bideau, Sélection en cours des diverses propositions cantonales lors d’une réunion du groupe des experts à Berne, 16 mai 2011.
Les punaises rouges correspondent aux traditions et expressions orales, les bleues aux arts du spectacle, les jaunes aux pratiques sociales, rituels et événements festifs, les vertes aux connaissances et pratiques concernant la nature et l’univers et les blanches aux savoir-faire liés à l’artisanat traditionnel.

En conclusion de cette analyse comparative des démarches entreprises par les différentes institutions fédérales, il me semble opportun d’interroger l’originalité de la « liste indicative des traditions vivante en Suisse ». Est-elle réellement un inventaire parmi d’autres ? La réponse est négative. D’abord, les démarches pour établir des recensements, des listes et des inventaires examinées dans cet article présentent chacune une approche différente, sous d’autres appellations (coutumes, traditions et fêtes populaires, etc.), du PCI. Ensuite, l’entreprise patrimoniale de la culture immatérielle sous la responsabilité de l’OFC constitue une première en Suisse car elle intègre dans son processus l’étroite collaboration de l’ensemble des 26 cantons et leurs expertes et experts respectifs. Cette situation particulièrement inédite dans le domaine culturel en raison des tensions politiques et symboliques ainsi que des enjeux financiers entre les cantons et l’Etat inhérents au système fédéral est le véritable enjeu du « vivre-ensemble » suisse.

Toutefois, même si le contexte et la méthodologie d’inventorisation du PCI se distinguent des autres inventaires présentés dans cet article, la recherche ethnographique a mis en évidence des similitudes dans les processus d’expertises et de sélections. La demande d’identification des traditions vivantes par l’administration fédérale auprès des 26 cantons est essentiellement opérée par diverses institutions administratives en charge de la culture. Elle est ainsi le reflet d’une démarche « descendante » dont les propositions expertisées par les groupes cantonaux et la commission fédérale sont jugées et présentées comme légitimes. Il n’est dès lors pas étonnant que les résultats de ces « traditions vivantes en Suisse » sélectionnées rencontrent les pratiques populaires recensées par les organismes de promotion du tourisme ou de la « culture helvétique » à l’étranger. Autrement dit, nous retrouvons une certaine homologie entre les différents inventaires présentés dans cette analyse dans lesquels les pratiques des gens ordinaires ne sont pas interrogées en profondeur. Peu d’éléments inattendus, insolites ou innovants sont inscrits dans la liste finale du processus de sélection. La majorité des traditions vivantes constituent en fait des pratiques déjà patrimonialisées par le passé, réinventées et réappropriées par les « porteurs de tradition ». La liste des traditions vivantes en Suisse constitue ainsi un catalogue de traits culturels destiné à jouer le rôle de vitrine idéologique du pays. L’on peut dès lors se poser la question de savoir si l’ultime issue de ce processus patrimonial en Suisse accouchera d’un inventaire différent de ceux déjà élaborés par le passé ? La dernière étape de ce processus de sélection qui verra au printemps 2013 une quinzaine de traditions sélectionnées pour la liste internationale de l’UNESCO nous permettra de réévaluer l’ensemble de ce processus abouti. A cet effet, plusieurs cantons ont déjà fait savoir leur désir d’avoir une de leurs propositions inscrites sur l’inventaire international. En effet, les retombées politiques, économiques et touristiques d’une telle inscription suscitent un grand intérêt auprès des autorités concernées, intérêt que ne partagent par forcément les gens ordinaires ou les « porteurs des traditions » en Suisse.

 
 

Notes

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[1] Cette recherche s’inscrit dans le cadre d’un projet de recherche intitulé « Intangible Cultural Heritage : the Midas Touch ? », financé par le Fonds national de la recherche scientifique suisse (FNS) entre 2009 et 2012 et dirigé par la professeure Ellen Hertz de l’Institut d’ethnologie de l’Université de Neuchâtel, Suisse.

[2] Après quelques mois de réflexions et de discussions, l’OFC a décidé de transformer le terme de « PCI » en « traditions vivantes » pour des raisons de communication (« meilleure sensibilisation auprès des politiques et de la population »), et ce malgré la résistance de plusieurs représentant-e-s culturels et acteur-e-s issus de la société civile, qui y voient une manière d’essentialiser les éléments de la culture immatérielle en Suisse (notes de terrain, Berne, 10 mars 2010). Pour une approche critique de la notion de tradition, voir Lenclud, 1994 et Kirshenblatt-Gimblett, 2004.

[3] L’ethnologue Pierre Centlivres précise que ces collectivités n’étaient unies « ni [par] une appartenance ethnique, ni une langue, ni une religion communes » (Centlivres 1996 : 177). Pour une présentation de la construction de la nation suisse, voir Centlivres et Schnapper 1991 ; Didier Froidevaux 1997.

[4] Droit de lancer un référendum et droit de déposer une initiative populaire.

[5] « Dans l’accomplissement de ses tâches, elle [la Confédération] tient compte de la diversité culturelle et linguistique du pays [mes italiques] », voir http://www.admin.ch/ch/f/rs/101/.

[6] Voir (en pdf) http://www.admin.ch/ch/f/ff/2007/46.... Le Préambule est encore plus lyrique à ce propos : « Au nom de Dieu Tout-Puissant, le peuple et les cantons suisses, conscients de leur responsabilité envers la Création, résolus à renouveler leur alliance pour renforcer la liberté, la démocratie, l’indépendance et la paix dans un esprit de solidarité et d’ouverture au monde, déterminés à vivre ensemble leurs diversités dans le respect de l’autre et l’équité [mes italiques], conscients des acquis communs et de leur devoir d’assumer leurs responsabilités envers les générations futures, sachant que seul est libre qui use de sa liberté et que la force de la communauté se mesure au bien-être du plus faible de ses membres ». Voir aussi l’article 1 : « Elle favorise la prospérité commune, la développement durable, la cohésion interne et la diversité culturelle du pays [mes italiques] ».

[7] La création dans les domaines du théâtre, de la danse, de la musique, de la littérature et des arts visuels est encouragée par une autre institution fédérale de droit privé entièrement financée par la Confédération, la fondation suisse pour la culture Pro Helvetia (voir note 10).

[8] Au vu de la teneur des débats, le Parlement n’a vu aucune objection à ratifier les Conventions de 2003 et 2005. En revanche, il n’a voté aucun fonds d’aide pour le mettre en valeur.

[9] Voir (en pdf) http://www.admin.ch/ch/f/ff/2006/29....

[10] Pro Helvetia est une institution de droit public entièrement financée par la Confédération. Créée en 1939 pour la « défense spirituelle du pays », elle complète les encouragements pour les projets culturels de portée nationale octroyés par les cantons et les communes en octroyant de l’aide à la création artistique et aux échanges culturels en Suisse ainsi qu’à la diffusion de la culture suisse à l’étranger à travers différentes antennes (Centre culturel suisse à Paris et à Milan ou représentation à Shanghai, par exemple).

[11] La rédaction de ce guide a été rendue nécessaire par les nombreuses questions et critiques de la part des interlocuteurs cantonaux, qui sont restés longtemps sceptiques vis-à-vis de la démarche d’inventaire, tant sur le plan politique, méthodologique que financier. La pertinence d’une tradition vivante, la saisie par un-e expert-e, le regroupement d’une grande diversité d’expressions culturelles dans une seule catégorie homogène, l’appel à population relayé par les médias pour sensibiliser les « porteurs du patrimoine », la diffusion et la restitution des éléments collectés aux échelons administratifs et à la population participative, la visibilité renforcée des associations subventionnées et l’invisibilité de celles qui restent dans l’ombre ainsi que l’auto-financement des cantons pour mettre sur pied l’inventaire national, pointant du doigt les inégalités financières entre les cantons, constituent les principaux points d’achoppement largement discutés entre les différentes parties.

[12] Ces termes désignent les façons de construire un inventaire en consultant la « base » de la société afin de sélectionner les éléments à retenir ou au contraire en opérant des choix par des expert-e-s ou des autorités sans consultation de la « société civile ».

[13] La méthodologie bottom-up a été rapidement écartée par les cantons qui n’avaient ni le temps ni les ressources nécessaires pour mettre sur pied des enquêtes permettant d’identifier les groupes de « porteurs des traditions » authentiques prêts à relayer leurs propositions aux autorités compétentes. Quelques cantons ont toutefois démarché auprès des communes et associations pour leur suggérer d’envoyer par lettres ou par messages postés sur les sites internet des services des affaires culturelles cantonaux des propositions. Sur les 12 projets d’inventaire, seuls deux issus de trois cantons (Neuchâtel et Argovie-Soleure) n’ont envoyé que des traditions vivantes émanant de la population locale à l’OFC. Les propositions qui ont été faites dans ce cadre proviennent d’organisations aussi variées que des associations de dentelières, de vignerons, de sportifs ou des groupes d’amateurs de jeu de quilles ou de grillades, de patineurs, de motards ainsi que d’écoliers, qui ont chacun, selon leurs envies et leurs intérêts, proposé des éléments à inscrire dans l’inventaire cantonal. Rien d’étonnant à cette situation : la recherche ethnographique a confirmé qu’il n’existe pas de « société civile » qui pourrait, d’une voix unie et avertie, statuer sur les « véritables traditions » du lieu.

[14] Ces exemples anonymes sont issus de www.lebendige-traditionen.ch. Dès l’automne 2012, ce même lien internet renverra l’internaute directement sur l’inventaire officiel de l’OFC.

[15] Il s’agit pour les premiers de la Suisse centrale (Lucerne, Obwald, Nidwald, Uri, Schwyz, Zoug), de la Suisse orientale (Zurich, Glaris, Schaffhouse, Appenzell Rhodes intérieures, Appenzell Rhodes extérieures, Argovie, Saint-Gall, Thurgovie, Grisons), des deux Bâle (campagne et ville), d’Argovie et de Soleure et pour les seconds de Neuchâtel, Genève, Vaud, Valais, Fribourg, Jura et le Tessin.

[16] La Haute Ecole spécialisée de Lucerne comprend plusieurs départements d’enseignement et de recherche. C’est une équipe de chercheurs du département de musique qui a reçu de l’OFC le mandat de coordonner les propositions cantonales pour l’inventaire du patrimoine culturel immatériel en Suisse (2009-2012). Une recherche sur les liens entre la sélection de traditions vivantes pour l’inventaire national et le tourisme, menée par une équipe de chercheurs en gestion et économie, complète le projet.

[17] On y trouve toutes les informations utiles aux expert-e-s : calendrier, avancement du projet, documentations sur le projet national en trois langues pour la plupart (allemand, français et italien), les modèles de fiches à télécharger, des bibliographies et articles de presse, des documents officiels relatifs au processus de ratification à la Convention de l’UNESCO ainsi que des textes concernant les activités de diffusion du projet des différents cantons (communiqué de presse, etc.), les formulaires pour la demande d’inscription par canton et domaines du PCI, les coordonnées des responsables des projets aux niveaux fédéral et cantonal.

[18] L’UNESCO propose une liste non exhaustive de manifestations vivantes qui illustrent la définition du PCI qu’elle a adoptée. Celles-ci sont regroupées en cinq domaines : (1) les traditions et expressions orales, (2) les arts du spectacle, (3) les pratiques sociales, rituels et événements festifs, (4) les connaissances et pratiques concernant la nature et l’univers et (5) les savoir–faire liés à l’artisanat traditionnel (voir http://www.unesco.org).

[19] Ces questions reprennent par ailleurs la majorité des remarques déjà formulées en novembre 2009 lors de la présentation du projet de l’inventaire national par le directeur de l’OFC à une réunion des délégué-e-s des affaires culturelles. Le responsable d’un canton suisse-allemand rappelle qu’à ses yeux « la culture est hétérogène, les traditions ne sont pas claires, explicites. L’OFC devrait mieux formuler les buts et objectifs du projet d’inventaire national car les conditions diffèrent entre les cantons. Il y a différents chemins pour réussir : il faut tenir compte des contextes locaux ! ». Ici, deux visions s’opposent clairement. La première, plus soucieuse parce que ancrée dans la réalité quotidienne du terrain, exprime les craintes des responsables cantonaux. La seconde, plus idéaliste et en surplomb, émane du directeur de l’administration culturelle nationale qui estime qu’« il faut user du bon sens pour sélectionner quelques éléments représentatifs par canton » (notes de terrain, Genève, 19 novembre 2009).

[20] D’un côté, ceci rend compte de la difficulté de trouver un-e expert-e qui puisse évaluer les traditions vivantes de l’ensemble du pays. De l’autre, cela exprime la volonté de la Suisse de respecter l’esprit de la Convention de 2003 selon laquelle les communautés jouent un rôle essentiel pour l’identification des éléments qui doivent avant tout faire sens pour eux.

[21] Certains chefs de projet proposent d’emblée à leur groupe de réflexion cantonal une stratégie pour que leurs propositions soient aisément avalisées par l’OFC. C’est le cas du canton de Genève : « Il faut être pragmatique et ne retenir qu’une dizaine d’éléments. Il y a environ 80 éléments pour 7 cantons. Il faut donc les répartir dans l’ensemble de la Romandie, ce qui fait au maximum 5 objets par canton qui seront retenus pour la liste nationale » (notes de terrain, 11 janvier 2011).

[22] Minoritairement « bottom-up » et majoritairement « top-down », voir note 15.

[23] Notes de terrain, Conférence des délégués des affaires culturelles (CDAC), Genève, Théâtre de Carouge, 11 juin 2010.

[24] Ancien canton, constitué dès 1798 de deux cantons : Obwald et Nidwald.

[25] « Rösti » est un terme issu du dialecte suisse-allemand et désigne des galettes de pommes de terre cuites à la poêle, spécialité culinaire d’origine bernoise et très appréciée dans l’ensemble de la Suisse. Le terme de « fossé de rösti » désigne métaphoriquement le fossé culturel entre les Romands et les Alémaniques. Située symboliquement sur le tracé de la rivière de la Sarine, elle couperait la Suisse en deux zones linguistiques distinctes.

[26] Le romanche, quatrième langue nationale, a été intégré au suisse-allemand.

[27] La répartition des objets bi-cantonaux, par exemple, se décide entre chefs de projets cantonaux lors d’une réunion en janvier 2011. Elle est abordée en fin de séance. Les 12 chefs de projets présents se mettent d’accord sur quelques éléments tels que : « Les promotions à Genève et la Fête du bois à Lausanne [canton de Vaud] seront regroupées dans une même tradition, … [le canton de] Genève [la fabrique des émaux – terme pour désigner l’industrie horlogère et bijoutière genevoise du 18e siècle] partagera avec [le canton de] Vaud et d’autres cantons lémaniques la Haute horlogerie, … la dentellerie entre [les cantons d’]Appenzell Rhodes intérieures et [d’]Appenzell Rhodes extérieures ». Certaines traditions régionales ou présentes dans différents cantons, ne se partagent pas. C’est le cas du canton du Jura qui décide de conserver « le secret chez nous » (notes de terrain, Lucerne, 20 janvier 2011).

[28] La « Landsgemeinde » est une forme de parlement, composé d’hommes et de femmes (depuis 1971), qui ne connaît pas le vote secret et dont les votations sur les décisions cantonales se déroulent sur une place publique. Bien qu’elle ait été abolie dans tous les cantons, à l’exception de Glaris et d’Appenzell Rhodes intérieures, elle reste dans le sens commun une icône de la démocratie directe.

[29] Lors de la « Journée de réflexion sur le PCI - enjeux et perspectives », organisée par la Commission Suisse de l’UNESCO à Berne en 2011, le responsable de l’inventaire estime déjà qu’il y aura des différences dans le processus de sélection des expert-e-s selon les régions linguistiques et culturelles : « Que faire avec les propositions cantonales ? Il y a deux situations qui doivent être gérées de manière différente. Pour les Romands, c’est facile. Leurs propositions seront globalement toutes acceptées car ils ont déjà fait avalisés leurs propositions par leur hiérarchie ou Conseil d’Etat. Pour les Suisses alémaniques, ce sera peut-être plus compliqué et on ne sait pas encore comment nous allons communiquer nos décisions à propos de leurs propositions. » (notes de terrain, 29 mars 2011).

[30] Notes de terrain, Soleure, 9 février 2011.

[31] La défense spirituelle est un mouvement politique et culturel d’affirmation des valeurs nationales et de défense lancé contre les totalitarismes, notamment le national-socialisme, en raison de la perception grandissante de la menace nazie en Suisse allemande.

[32] Supposés originaires de l’Europe de l’Est, les Yenisches sont reconnus officiellement vers 1850 comme l’une des minorités nationales, dans l’objectif de sédentariser cette population qui se distingue par une langue transmise oralement et par un mode de vie particulier, le nomadisme et la pratique de métiers traditionnels (remoulage, vannerie). Principalement localisés dans les cantons de Schwytz et des Grisons aujourd’hui, les Yenisches constitueraient un groupe d’environ 30’000 à 35’000 personnes, dont 3’000 et 5’000 se déplaceraient encore régulièrement sur différentes aires de séjour.

[33] Cette disparité a été régulièrement commentée par l’un des responsables stratégique et logistique de l’inventaire, notamment lors des premières sélections des propositions par les experts de l’OFC à Berne en mai 2011 : « Nous avons en Suisse une longue tradition de migration. Seuls les cantons de Valais [Italianità] et d’Argovie [Pèlerinage de San Giuseppe à Laufenburg] ont proposé des éléments issus de l’immigration. Rien du côté des grandes villes comme Bâle et Zurich ! Je trouve réellement dommage qu’il n’y ait pas plus de communautés [étrangères] représentées dans les propositions cantonales. » (notes de terrain, 9 mai 2011).

[34] Je suis bien consciente que ces dynamiques d’inventaires ne s’inscrivent pas dans une même temporalité : celle de l’OFC est en cours, tandis que celles de Suisse Tourisme et Présence Suisse sont abouties (avec des actualisations néanmoins régulières).

[35] Parmi ceux-ci se trouve la branche suisse du CIOFF (Conseil International des Organisations de Festivals de Folklore et d’Arts traditionnels), une ONG active dans la production de répertoire des porteurs de tradition national (www.edelweiss.ch) et international (www.culturaldiversity.cioff.ch), élaborée dès 2004 sous le patronage de l’OFC. La particularité de ces inventaires est leur démarche associative (les 155 associations porteuses de traditions, dont une majorité correspondent à des branches cantonales d’associations faîtières pour le cas suisse (associations des conteurs Genève ou Vaud par exemple) s’enregistrent sur le site et inscrivent les données nécessaires à l’identification de leurs pratiques). Il n’y a pas d’expertise scientifique extérieure : le site ne fait qu’enregistrer les données sans image ni son et les publie en l’état.

[36] Deux programmes rendent compte de cette réflexion : « ECHOS - culture populaire pour demain » (2006-2008) pour encourager la culture populaire traditionnelle (Antonietti 2008, Passages/Passagen 2006) et « Ménage – culture et politique à table » (2009-2011) pour interroger la définition de la culture, son rôle et sa relation à la nation.

[37] Le site internet est traduit en quinze langues. L’icône représente une fleur alpine, l’edelweiss, de couleur or dont le cœur est marquée du drapeau suisse (croix blanche sur fond rouge magenta), avec la légende « Suisse. Tout naturellement ».

[38] Chaque année ST se concentre sur un thème. 2012 sera consacrée à la « Suisse et l’eau » et 2013 aux « coutumes et traditions suisses » démontrant ainsi l’étroite relation qu’entretient l’organisme public avec les thématiques de la politique culturelle nationale.

[39] http://www.myswitzerland.com/fr/des... (page consultée le 11 mai 2011).

[40] Les voies historiques en Suisse, la culture, les cloîtres et églises, les châteaux constituent les quatre thèmes sélectionnés par Suisse tourisme.

[41] http://www.myswitzerland.com/fr/voy... (page consultée le 11 mai 2011).

[42] Bâle région : 5, Fribourg région : 5, Genève région : 1, Les Grisons : 3, Neuchâtel/Jura/Jura bernois : 5, Oberland Bernois : 9, Région du Léman : 2, Schweitzer Mittleland : 4, Suisse centrale : 11, Suisse orientale/Liechtenstein : 9, Tessin : 4, Valais : 12 et Zurich région : 5

[43] Entretien avec un responsable des « contents services » du site internet (19 mai 2011).

[44] Edité en huit langues, il comporte des mises à jour en partenariat avec Swissinfo, l’unité d’entreprise de la Société suisse de radiodiffusion et de télévision (SRG SSR idée suisse). Sur www.swissinfo.ch, seuls six éléments attendus sont mentionnés : l’horlogerie suisse, le fromage suisse, le chocolat suisse, le pain suisse, les Alpes suisses et les chemins de fer suisses (page consultée le 11 mai 2011).

[45] http://www.swissworld.org/fr/culture/ (page consultée le 11 mai 2011).

[46] Le « Sonderbund » fut une guerre civile opposant deux groupes constitués par des alliances cantonales, fondée sur diverses oppositions (catholiques-protestants, conservateurs-libéraux, campagne-ville). Le « Sonderbund » mit en danger l’équilibre confédéral durant trois semaines en 1847 et eut pour conséquence la création de l’Etat fédéral moderne en 1848.

[47] « Etre simple et trouver un fil rouge » ont été les indications données par PRS que Brigitte Bachmann-Geiser a suivies pour procéder à cette sélection, laquelle s’est effectuée sur la base de ses nombreuses recherches ethnographiques depuis les années 1960 auprès d’informateurs répartis sur l’ensemble du territoire helvétique (entretien avec l’auteure, 24 mai 2011).

[48] http://www.swissworld.org/fr/switze... (page consultée le 11 mai 2011). Voir aussi Présence Suisse (2007).

[49] Le 1er septembre 2011 l’OFC a présenté un projet pilote pour le site internet de la liste représentative des traditions vivantes en Suisse qui devrait être opérationnel dès l’automne 2012 au moment de la publication des éléments définitifs, dûment documentés sur le plan des images, du son et des références scientifiques. Ce dernier devrait reprendre partiellement les données du site intra-internet à l’usage des expert-e-s et responsables des services culturels cantonaux qui ont participé au processus d’inventaire.

[50] La liste au 1er mars 2011 comprenait 78 traditions et expressions orales, 90 formes d’arts du spectacle, 240 pratiques sociales, rituels et événements festifs, 79 connaissances et pratiques concernant la nature et l’univers et 102 savoir-faire liés à l’artisanat traditionnel.

[51] Laissant le soin aux cantons d’inventorier les traditions sur son territoire comme ils l’entendent en accord avec le système fédéral, certaines décisions sur les critères, notamment en ce qui concerne l’exemple générique ou particulier, l’unicité ou la série d’exemples, le nombre exact de générations, la notion d’authenticité, la présence ou non des communautés immigrées, n’ont pas alors réellement encore été prises à l’échelle nationale de manière définitive.

[52] Comme par exemple la culture alpine, les vignes et fêtes de vendanges, la musique populaire instrumentale, la pratique de la musique populaire, les carnavals, les foires et marchés, le secret et la connaissance des plantes, le pèlerinage, les activités des enfants et de la jeunesse, les institutions politiques, les corporations et associations, les fêtes calendaires, etc. Voir document interne à la réunion intitulé Eingaben des Kantone (10 mai 2011).

[53] Le canton de Fribourg avait proposé la fondue comme élément d’identification important de sa population. Cette proposition n’a pas été avalisée par le groupe d’expert-e-s de l’OFC lors de sa réunion en mai 2011. Plusieurs raisons ont été évoquées pour justifier une telle décision : d’abord « l’identification de l’ensemble de la population nationale à une telle tradition », ensuite « le double emploi avec l’inventaire du patrimoine culinaire (http://www.patrimoineculinaire.ch/) qui répertorie des produits » (le vacherin fribourgeois AOC et le gruyère AOC pour la fondue moitié-moitié) et enfin « un conflit potentiel avec les fabricants de chocolat » (notes de terrain, Berne, 16 mai 2011). Par la suite, les experts ont réintroduit la tradition du « rituel de manger la fondue ». Elle apparaît désormais comme une proposition consensuelle à l’échelle nationale.

 
 

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Florence Graezer Bideau
Inventorier les « traditions vivantes ». Approches du patrimoine culturel immatériel dans le système fédéral suisse,
Numéro 24 - juillet 2012
Ethnographies des pratiques patrimoniales : temporalités, territoires, communautés.