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Pour citer cet article :

Pierre Centlivres, 2015. « Premier Avril : cartes et attrapes ». ethnographiques.org, Numéro 30 - Mondes ethnographiques [en ligne].
(http://www.ethnographiques.org/2015/­Centlivres - consulté le 29.09.2016)
 

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Pierre Centlivres

Premier Avril : cartes et attrapes

Résumé

Les cartes postales de fantaisie éditées à l'occasion du 1er avril connaissent un succès considérable de 1900 à 1920 environ. Variées à l'infini, elles comportent en général un poisson qu'accompagnent fleurs, trèfles à quatre feuilles, fers à cheval et autres cochons roses ainsi que, parfois, des vers de mirlitons sentimentaux ou taquins. Fondé sur un échantillon de quelque 130 « objets postaux », l'article, à partir d'une typologie empirique, s'interroge sur l'esthétique populaire de l'illustration et sur l'énigme que représentent les messages, bien souvent anonymes, figurant au verso. Que dire de la relation entre expéditeur et destinataire, que peut-on présumer d'une population qui échange de tels messages ? La plupart sont issus d'une France rurale où le téléphone n'est guère en usage, où la maîtrise de l'écriture, donc de l'orthographe, est encore récente. Le contenu des messages est à la fois sentimental, respectueux des formes et parfois cruel.

Abstract

April Fool's Day : postcards and puzzles. The fantasy postcards sent on April Fool's Day met with great success from 1900 to 1920. They are endlessly varied and are generally illustrated with a fish, and other lucky signs like four-leaf clover, horseshoes or pink piglets. Frequently also they carry verses in a sentimental or ironic vein. Based on a sample of some 130 postcards, this paper, using an empirical typology, investigates the popular aesthetics of the illustration and explores t the enigma of the message, very often anonymous, written on the back of the card. What can be said about the relationship between the addresser and the addressee ? What can be assumed about a population that is exchanging such messages ? Most of them come from rural areas in France where the telephone is not yet in use and where the command of writing, and also of spelling, is still recent. The content of the message is both formal and sentimental, and sometimes cruel.

Pour citer cet article :

Pierre Centlivres. Premier Avril : cartes et attrapes, ethnographiques.org, Numéro 30 - Mondes ethnographiques [en ligne]. http://www.ethnographiques.org/../2015/Centlivres (consulté le 15/09/2015).

Un thème plaisant, pittoresque, nostalgique ; mieux, un monde parallèle « où les bébés naissent vraiment dans les choux » (Le Monde, vendredi 14 mars 2008, « La carte postale, côté face ») ! C’est ainsi qu’apparaît celui des cartes postales anciennes, plus particulièrement les cartes dites de fantaisie, et plus particulièrement encore celles, variées à l’infini, du Premier Avril, marquées presque immanquablement par la présence d’un poisson. Dans ce monde aujourd’hui révolu règnent, accompagnant le poisson, les couples d’amoureux, les dandys à moustache, les jeunes femmes avenantes et pas trop sages, le tout souligné de quatrains sentimentaux ou taquins avec, au verso, des messages amoureux ou sarcastiques le plus souvent anonymes. L’image du recto s’épanouit dans un décor de fleurs, d’objets et d’êtres auspicieux tels que fers à cheval, trèfles à quatre feuilles, colombes et cochons roses. Dans ce monde, qui va de 1900 à la Première Guerre mondiale environ, les destinataires de cartes postales sont bien souvent des jeunes filles habitant chez leurs parents ou des jeunes femmes du monde du travail qui portent des prénoms, à nos yeux, délicieusement démodés tels Léonie ou Léontine, Berthe ou Germaine, Angèle ou Fernande, Marie ou Marthe.

Mais derrière toute une famille de cartes du Premier Avril (le sous-ensemble C de notre corpus), derrière l’anonymat qui est au fondement de ce type d’envoi postal, apparaît un autre univers, bien différent des mièvres et amoureux échanges ; là règnent, sous l’égide du poisson, la méchanceté, la perfidie, la caricature féroce et la satire. Cette catégorie vise des têtes de turc à l’ancienne : concierges bavards, voisins médisants, avares encroûtés ou personnages dont la tête est ornée de bois de cerf !

Le fragment de collection présenté ici, soit un échantillon de 130 « objets postaux », sur un ensemble de 450 environ [1], m’a séduit par la richesse de son imagerie et l’énigme des messages échangés. Son cadre géo-temporel : la France métropolitaine des vingt premières années du XXe siècle. Genre : la carte fantaisie se donnant pour ce qu’elle est par une appellation ou/et un symbole, le poisson. Il présente des sous-ensembles distincts. Son étude fait apparaître un éclairage parmi d’autres sur un type de sociabilité populaire fleurissant à l’époque considérée avec son esthétique, son langage, sa mythologie.

Retracer l’histoire de la carte postale du Premier Avril n’entre pas dans mes objectifs, encore moins celle des pratiques liées à cette date particulière. En bref, selon la plupart des sources françaises (Larousse illustré du XXe siècle ; Hélène Meillassoux, 1989 : 33-37, et bien d’autres), la coutume de célébrer le premier avril par des farces et attrapes remonterait au XVIe siècle, à l’Édit de Roussillon proclamé en 1564 par Charles IX, reportant au 1er janvier le commencement de l’année, au lieu du début d’avril. On aurait alors fait des plaisanteries à ceux qui persistaient à fêter selon l’ancien calendrier. Explication fallacieuse, rétorque l’historien Jean-Daniel Morerod dans La Liberté de Fribourg du 1er avril 2000 [2]. L’expression poisson d’avril existait avant le XVIe siècle, et le terme poisson désignait « … un homme de confiance qui sert de messager dans des circonstances particulières ; il transmet un billet galant. Bref, il s’agit d’un entremetteur. On devient poisson d’avril sitôt que l’on favorise les amours d’autrui. » Le message douteux devint farce vers la fin du XVIIe siècle, le poisson d’avril porteur de message est devenu un messager trompeur, conclut Morerod. Curieusement, ce rôle de messager d’amour pas toujours fiable n’est de loin pas absent des cartes postales de notre corpus.

La carte postale qui nous intéresse ici s’est trouvée, à l’extrême fin du XIXe siècle, le support privilégié de messages ambigus ou masqués. On sait que la carte postale en France est née, après quelques précédents incertains et de courte durée, de la loi du 20 décembre 1872 et du décret d’application du 15 janvier 1873. La semaine de son entrée en usage, 7 millions et demi en furent vendues ! (Lapaque, 2014 : 90). Dans les années 1890, la carte postale pèse 3 g. et mesure 14 cm sur 9 cm. C’est le format de toutes celles de notre corpus. Le format 15 cm sur 10,5 cm tend à se répandre à partir de 1950 (Bourgeois et Melot, 1983 : 33), mais c’est au-delà de la période qui nous intéresse. On l’a définie, à l’origine, comme étant « un formulaire dont le recto est réservé à l’adresse et le verso à la correspondance (Bourgeois et Melot, 1983 : 14). Je préfère celle donnée par Sébastien Lapaque dans sa Théorie de la carte postale (2014 : 24) : « imprimé sur un support semi-rigide destiné à un usage postal, pour une correspondance à découvert ».

Dès les années 1890, les cartes postales avec illustration dominent le marché, et le message est réduit à quelques mots, côté image (comme par exemple en G7). Dans la France de Jules Ferry qui bénéficie de l’école obligatoire dès 1881-1882, donc d’une diffusion générale de l’écriture, les messages sur carte se multiplient. Le 1er mai 1904, la loi autorise la correspondance sur ce qu’on appelait alors le recto. Ce dernier est divisé dès lors en deux parties ; la moitié de la surface est réservée à la correspondance, l’autre à l’adresse. L’autre côté, le verso, est entièrement dévolu à l’image. Un demi-tarif d’affranchissement, 5 centimes, fut accordé aux cartes portant 5 mots au maximum. La grande majorité des cartes postales de notre corpus sont affranchies à ce montant ; le tarif ne changea qu’en 1917.

La carte postale du Premier Avril arbore un poisson qui ne se mange pas ; il est un messager timide ou trompeur puisque l’envoyeur, selon une règle non écrite qui souffre d’innombrables exceptions, ne donne pas son nom. « Devine qui ? », voilà l’énigme qui est posée par la plupart d’entre elles. L’anonymat peut servir de « masque aux timides, aux pudiques, pour exprimer leur tendresse et leur amour ; dans sa grande majorité, le poisson d’avril est le message du cœur » (Meillassoux, 1989 : 35). Il peut pourtant se moquer de la crédibilité ou de la sottise du destinataire ou assouvir une rancœur, comme l’expriment les cartes C de notre corpus.

De nombreux êtres et objets symboliques animent la carte du Premier Avril à son âge d’or, soit avant 1920. Prenons le poisson tout d’abord. Quasiment constitutif de ce type de carte. Pour Ripert et Frère, « le poisson figure sur toutes les cartes dont il est l’élément central. Si, dans un tiers des cartes [du corpus retenu par les auteurs], il occupe presque tout l’espace, il est, dans un autre tiers, si petit qu’on le remarque à peine : accessoire de la composition, il n’est qu’un signe iconique convenu, celui du 1er avril » (Ripert et Frère, 1983/2001 : 107). Mais pour ces auteurs, le poisson est bien autre chose également, un messager, un substitut de l’envoyeur (v. A4, G6. G16 par exemple), voire un symbole chargé d’allusions sexuelles, symbolisant phallus et gestation, comme le montrent entre autres nos D3, P20.

Mais de quel poisson s’agit-il au juste ? Pour Littré (entrée « avril »), « le poisson d’avril a signifié maquereau (entremetteur) à cause que le maquereau (poisson) abonde au mois d’avril et signifie maintenant, par une autre figure, attrape ». Hélène Meillassoux qui a fait don de sa collection de cartes du Premier Avril au Musée de Dieppe, sous-titre l’article qu’elle leur a consacré (1989) : « la carpe postale ». Amusant jeu de mots, mais qu’en est-il en réalité ? On pourrait penser que le poisson d’avril comme symbole et signe n’a pas besoin d’appartenir à une espèce particulière. Pourtant, plus de la moitié des poissons de mon corpus sont identifiables [3]. Ils pouvaient être tirés d’albums de planches ichtyologiques, de publications spécialisées ou destinées aux écoles. Dans mon corpus, la carpe domine de loin (voir G17, A6, A13…), suivies du brochet (P6, A4…), de la perche (A3) et du barbeau (C22). On y trouve également la truite (A1), le carassin (A12), la brème (A25), le gardon (A14), et le voile de Chine (G5), l’exocet (P20). Quant au maquereau (A11), il ne figure qu’une seule fois dans l’échantillon, et encore l’identification reste douteuse. La carpe semble se prêter volontiers à un travestissement anthropomorphique (G3, G4…) ; le brochet revêt à l’occasion une tenue de chauffeur (G6), ou s’utilise par collage (P6) sur une image quelconque, pour « faire premier avril ». Pourquoi la carpe ? Probablement parce qu’elle est considérée par les éditeurs des cartes et leurs clients comme un poisson type, le poisson par excellence, l’icône dont la seule présence signale la nature de l’envoi postal.

Autre motif omniprésent, les fleurs. Elles abondent dans le paysage de nos cartes postales ; curieusement, le voisinage des poissons ne surprend pas les utilisateurs, pas plus que celui des colombes, des cochons roses ou des trèfles à quatre feuilles (G12, G14, G1, G20, A11, A17). Dans cet univers où les symboles se bousculent et se combinent (cœur, fer à cheval, trèfles, amours ailés, fleurs d’espèces différentes…), on peut tenter le décryptage de ce système symbolique que l’on appelait, à la belle époque le langage des fleurs [4]. Quelles correspondances évidentes ou secrètes entre elles et le message explicite de la carte ? Le résultat de la recherche est décevant, peut-être parce que rien ne prouve que les éditeurs des cartes maîtrisent ce code, pas plus que l’expéditeur ou le destinataire. Le sens caché des fleurs ornant l’objet postal leur échappe probablement. Et puis il y a des rencontres florales improbables, si l’on se fie au code selon une de ses versions les plus courantes. S’il existe une compatibilité sur A15 entre la mousse « ton égoïsme me pousse au désespoir » et la rose rouge de la passion, il n’y en a guère sur A20 entre le « ne m’oubliez pas » des myosotis et le « mon cœur sommeille » exprimé par les pavots. Mais ce qui rend le décryptage presque impossible, c’est la dissonance entre les divers codes [5]. La rose blanche n’évoque-t-elle pas l’amour pur pour l’un et un cœur qui ignore l’amour pour l’autre ? Le coquelicot signifie-t-il inconstance ou consolation ? Les fins décoratives l’emportent sur le message codé. Le répertoire floral de notre corpus est d’ailleurs limité : une quinzaine d’espèces, alors que le langage des fleurs, selon certains codes, en comprend 140 environ.

Les timbres-poste, eux, sont susceptibles d’être disposés selon un « langage secret » dont la signification est associée à l’angle formé par le timbre et son effigie par rapport à la verticale. Ainsi [6] un timbre collé la tête en bas énonce « je suis inquiet » ou « pour la vie », selon le code utilisé. Le correspondant anonyme de A7 qui envoie en 1908 à Martha un message : « Je t’aime qui [ ? ] » sur une carte affranchie d’un timbre couché, tête à droite, veut-il dire « soyez discrète », ou « je vous envoie un baiser », ou encore « je ne vis que pour vous », selon des codes aussi divers que contradictoires ? Laissons là les codes occultes, si pittoresque soient-ils ; après tout, le timbre peut aussi avoir été collé par les employés de la poste, ou placé de manière à cacher le moins possible l’image.

L’adresse est un élément essentiel de l’objet postal. Chose curieuse, certaines cartes de notre corpus, pourtant affranchies et oblitérées (v. par exemple C2 et A5), ne comportent pas d’adresse. C’est qu’il existait alors des cartes doubles à l’intérieur desquelles une carte illustrée pouvait être glissée. « Mais », comme l’expliquent Bourgeois et Melot (1983 :21), « comme le véritable amateur tenait à ce que sa carte fût oblitérée, on trouva un système relativement simple : un cercle du diamètre de la diagonale du timbre fut découpé sur un angle de la carte-lettre, en faisant coïncider cette fenêtre avec le timbre collé sur la carte, en obtenant une oblitération partielle de cette dernière. » Les adresses sont souvent réduites à peu de chose ; lacunaires, peu précises, sans numéro de maison ni de département. On pressent une grande familiarité du facteur avec le secteur couvert par sa tournée, fruit d’une fréquentation de longue durée, qui lui permet de situer Mademoiselle Marie M. habitant « dans sa famille à Jeuxey, près Épinal, Vosges » (G6), ou Madame Aline T, « café, Dieulefit, Drôme » (A20).

Les cartes postales de notre corpus, dans leur majorité, on l’a vu, posent une question : « Devinez qui ? », à laquelle le destinataire doit trouver la réponse ; la question peut être imprimée sur le côté illustré (A1) ou écrite par l’envoyeur (G20…). Une devinette donc, sous forme de point d’interrogation, une question qui ne nous est pas adressée à nous, lecteurs de hasard ou amateurs de cartes anciennes, cartes dont les expéditeurs et destinataires ont disparu depuis longtemps. Nous ignorerons toujours la réponse. Le destinataire ou plus souvent la destinataire est logiquement proche, parente ou voisine, peut-être fiancée, cousine ou simple connaissance. Le collectionneur d’aujourd’hui est le dépositaire non désigné d’un fragment minuscule d’une histoire de famille, d’une relation amoureuse ou d’une querelle de voisinage. Il est au bout d’une longue chaîne qui passe par l’album de famille et aboutit à l’oubli. Une brocante ou un vide-grenier l’en fera sortir. Le collectionneur, ce peut être celui dont parle Sébastien Lapaque : « Il aimait donc les cartes écrites avec la main par des gens ordinaires dont on avait tout oublié, des hommes et des femmes dont les os avaient blanchi dans leur cercueil, dont la tombe elle-même avait disparu sous la poussière, mais dont restaient les cartes postales – mieux qu’un souvenir, une aura » (2014 :69).

Quant à l’expéditeur, non nommé, il s’est peut-être rêvé en dandy à moustache tel qu’il apparaît dans P2, P3 ou P4…, il est plus probablement un amoureux timide, un voisin taquin, un cousin farceur, un proche vindicatif, vivant dans une petite ville ou un village, et peu sûr de son orthographe. Les expéditrices de cartes postales du Premier Avril, elles moins nombreuses que les expéditeurs, ne sont pas toujours de tendres amoureuses ou des victimes passives ; voir par exemple l’Henriette de C1. Le premier avril donne donc licence à l’expéditeur de l’objet postal, amoureux ou plaisantin, de dire sous couvert d’anonymat ce qu’il n’oserait exprimer ouvertement le reste de l’année.

Ripert et Frère citent un texte de Jacques Derrida (1980 :17) que je n’hésite pas à reprendre ici, tant il me paraît pertinent : « Ce que je préfère, dans la carte postale, c’est qu’on ne sait pas ce qui est devant et ce qui est derrière, ici ou là, près ou loin, le Platon ou le Socrate, resto ou verso. Ni ce qui importe le plus, l’image ou le texte, et dans le texte, le message ou la légende, ou l’adresse. » Ce texte s’applique particulièrement bien aux cartes postales du Premier Avril, où l’interrogation « devine qui ? » est inséparable du retournement de la carte, de l’opposition/complémentarité recto-verso, de ce que Vitoux appelle « le double jeu (la double face) de la carte postale » (1973 : 17). Recto-verso, chacun des deux termes opposés n’a pas toujours signifié le même côté. Avant 1904, on l’a vu, avant que le côté adresse ait été divisé en deux parties, dont l’une était autorisée à recevoir la correspondance, on appelait recto le côté de l’adresse. Depuis 1904, c’est le côté illustration qui l’emporte, et devient dès lors le recto, le côté réservé à la correspondance et à l’adresse devenant le verso (Bourgeois et Melot, 1983 : 28). Dans nos cartes postérieures à la création d’un espace pour la correspondance, et surtout – mais pas uniquement – dans les cartes de nature satirique, le jeu réside dans le rapport entre les deux côtés, entre l’image et le texte manuscrit, sous la forme d’une injonction explicite ou implicite à tourner la carte comme pour dire : l’image, c’est toi, « … ce beau cadeau pour te récompenser de ce que tu mérites » (C2) ou, au verso d’une caricature de harengère :« Admirent [sic] ta belle figure » (C14).

Si le côté de l’illustration est désormais le recto, l’autre côté, celui du message manuscrit, est par là même le support d’une correspondance à découvert, donc susceptible d’être lue par des tiers, même si le facteur ou la postière ont un devoir de discrétion (C1), d’où un style particulier, marqué par la brièveté du message limité aux cinq mots du tarif à 5 centimes ! Mais d’autres messages, limités ou non par le tarif minimum, illustrent le style « carte postale », marqué par la brièveté, par une certaine circularité : « je t’écris pour te dire que je t’écrirai », par une apparente banalité qui ne laisse s’exprimer que des souhaits, des salutations, des constats de santé ; une banalité due peut-être à l’embarras d’une écriture à découvert. À la limite, le message de la carte du Premier Avril peut se borner à la fameuse question « devine qui ? ». Énigme, devinette, le message est parfois codé (D4) ou réduit à un simple point d’interrogation (C19, D6). Conformément à la loi du genre, la signature manque le plus souvent, la date également, qu’on ne peut deviner que rarement vu l’empâtement du cachet postal. Les cartes de notre corpus sont marquées par une incertitude temporelle et spatiale, comme si à l’anonymat s’ajoutait l’incertitude de l’année ajoutée à l’ignorance de lieu : il s’agit d’un clin d’œil ou d’un trait d’humeur, pas d’un message informatif. Nos cartes postales sont donc en elles-mêmes des objets mystérieux dont bien souvent la date, la provenance, le nom du scripteur, sans parler du sens du message demandent à être décryptés, tâche bien souvent impossible pour le collectionneur d’aujourd’hui. Le premier message toutefois, c’est l’illustration du recto ; par-delà le poisson, il comporte en général une profusion de symboles porte-bonheur, un cumul de signes auspicieux comme on en trouve aussi sur les cartes de l’An Nouveau et autres fêtes.

Notre corpus se présente selon différentes catégories.
Tout d’abord, les créations graphiques de fantaisie en couleurs, dont le poisson est le centre ou le symbole dominant.
Le recto des cartes de cette première catégorie, illustré en chromolithographie ou colorié selon d’autres techniques consiste souvent en montages, collages, gaufrages et appliques, où figurent, poisson mis à part, mousse, rubans, motifs floraux ou animaux, ainsi que l’inscription « 1er Avril », avec, deux fois sur trois, des vers de mirliton, quatrains ou distiques faisant allusion au poisson ou au thème du 1er avril. J’y reviendrai. Ce type de carte possède une esthétique propre, représente un univers fantastique, que l’on appellerait volontiers kitsch, et dans lequel évoluent des cochons ou des poissons, vêtus de costumes louis-philippards (G21), des hirondelles portant des lettres cachetées (G10), des petites filles en fleurs conduisant des attelages de porcelets (G12), sans oublier le brochet au volant d’une automobile (G6). Êtres et objets sont décorés de strass, apparaissent en relief, sont rehaussés de rubans collés et de mousse et de divers motifs, cœur, hirondelles, colombes, amours, fleurs et papillons, champignons et billets de banque sont susceptibles de se combiner d’une façon infinie.

Certaines cartes du Premier Avril joignent la complexité à cet ensemble de symboles colorés : ce sont les cartes à système (v. les cartes de la série S). Elles présentent un agencement souvent « self made » d’éléments mobiles soigneusement disposés par un expéditeur ingénieux : tirettes, volets dépliants, rubans, parfois acquis séparément dans une boutique spécialisée. Le « système » renforce le côté « surprise » ou « attrape » par la nature dissimulée, emboîtée du message. S9 et S13, par exemple, comportent une enveloppe minuscule collée, contenant elle-même un message et un poisson doré [7]. D’autres cartes comportent des volets dépliants (S1) avec message intérieur. D’autres envois postaux sont des cartes-lettres dans lesquels se déploient, à l’ouverture, un pop-up (S5, S12), avec poisson doré et ruban collé avec un brin de mousse. Au registre de la fantaisie de cet d’âge d’or de la carte postale, on peut signaler l’emploi d’une grande variété de support dont le bois (S14), le celluloïd (A15), le liège, ou la qualité des ajouts : broderie (D8) ou tissu. Cette variété disparaît avec la Première Guerre mondiale et la généralisation des cartes photographiques.

Revenons au poisson. Son rôle lui aussi change de carte en carte. Il peut être un simple indice, la silhouette pisciforme signifiant : ceci est une carte du Premier Avril, collée, en relief ou dessinée (A8, A25, D4, …). Il peut être représenté d’une façon réaliste, permettant l’identification de l’espèce. À l’occasion, le poisson est le seul sujet de la carte dont il occupe toute la surface (A21) ; le poisson peut être aussi un présent envoyé par l’expéditeur au destinataire, symbolique aussi bien que comestible (A5, A7, …). Dans de nombreux cas, le poisson est un messager ; message d’amour ou d’affection, ou éventuellement de dérision (A10). En réalité, il est le substitut de l’envoyeur. Dans D6, il apporte un nouveau-né au couple destinataire : poisson cigogne ?

Les éditeurs du début du siècle [8] ont publié de nombreuses séries de cartes où les poissons sont humanisés, dépeints en famille dans un paysage aquatique, voire en intérieur : de petites scènes à la fois bourgeoises et parodiques. Les couples poissons (D5,…) parfois avec enfants (G1 et suivantes) portent chapeau, canne et filet à papillons [9]. Ces séries, à considérer le nombre de variantes, semblent avoir été très populaires. Parallèlement à la rhétorique sentimentale du poisson messager d’amour, les parodies de la famille poisson présentent une imitation pisciforme plaisante du monde bourgeois, en accord avec la tradition des fabulistes. G1 par exemple, n’est-elle pas l’héritière des dessins de Grandville (1803-1847), exécutés pourtant sous le règne de Louis-Philippe ? Je pense aux « Scènes de la vie privée et publique des animaux » (Hetzel et Paulin, Paris 1842) et, en particulier, à la gravure « Les poissons d’avril » parue dans Un autre monde en 1849 (Paris, H. Fournier 1849). On retrouve aussi dans bien des cartes de la famille G une ressemblance avec l’œuvre de Benjamin Rabier, illustrateur après bien d’autres des Fables de La Fontaine (Paris, Taillandier, 1906).

Autre catégorie : l’amateur de cartes fantaisie ne peut qu’admirer la qualité graphique exceptionnelle et l’inventivité des cartes postales « à charge », publiées au début du XXe siècle. Là, pas d’expression romantique de tendres sentiments, envoyée par des amoureux timides. Ces caricatures « peuvent aller de la bonne blague à la satire la plus cruelle. Sa caractéristique étant l’anonymat, le poisson d’avril peut dénoncer tel ou tel travers, lacune ou vice réel ou supposé du correspondant sans compromettre l’envoyeur » (Hélène Meillassoux, 1989 : 35). Bavards, portiers médisants, avares, cocus et vieilles filles sont la cible de cet humour ravageur. Des événements, des personnages réels, figures de l’actualité politique ou mondaine du début du XXe siècle, connus du public de l’époque, ne le sont plus toujours du cartophile du XXIe siècle. Qui est le « Père des ouvriers » de la carte C3 ?, un père auquel le roi-poisson remet une médaille frappée d’un vautour ? Et qui est l’expéditeur vindicatif qui attribue à Mademoiselle Lucienne Paulard, sans donner le moindre indice de son identité, ce « 1er prix de Rapacité » ?

L’anonymat est omniprésent dans cette catégorie ; la méchanceté frappe sans signature. A quelques exceptions près, sur les cartes C de notre corpus, la charge exprimée par l’image devait être en rapport direct avec le ou le plus souvent la destinataire, mais nous ignorons le contenu et les dessous de ce rapport. Signalons l’étonnant C4 au graphisme expressif, qui semble être une allusion à une connaissance commune des deux correspondants ; le secret relatif du message et du nom de l’envoyeur est obtenu par l’usage de la langue russe « …vous savez qui vous écrit ». Signalons également le message énigmatique C11, probablement envoyé sous enveloppe, mais de qui ? à qui ? « Suzon, Pompon, Soupe à l’oignon. Merci pour le poisson ». Quant à C16, l’illustration en est discrètement scatologique : le pot de chambre et la balayette du poisson-femme de chambre sont une allusion à la « rôtie », un usage lié aux mariages campagnards traditionnels. Quant à C19, il possède un intérêt particulier ; il s’agit d’une carte postale anglaise du dessinateur britannique Donald McGill ; cette carte humoristique qui n’a à l’origine rien à voir avec le Premier Avril et qui était vendue dans les kiosques des stations balnéaires du sud de l’Angleterre, est ici détournée de sa vocation première.

Troisième catégorie, les cartes à base photographique (P). Ces photomontages sont un peu plus tardifs que les catégories précédentes ; dans notre corpus, elles vont de 1907 aux années 1930 et marquent une transition vers l’après-âge d’or, dans lequel la photographie, celle de villages, monuments, paysages, quartiers urbains, personnages, prend une très grande place. Cette évolution marque le déclin de l’univers fantastique de la carte postale fantaisie. Dans celles du Premier Avril, le merveilleux, l’univers zoomorphe de la « famille poisson » disparaît peu à peu. À la place dominent, jusqu’à la Première Guerre mondiale, des personnages masculins ou féminins interchangeables : acteurs à moustache et à col amidonné, actrices en robe longue et à rubans dans les cheveux (P2 à P5). Après la fin du conflit, au cours des années vingt et trente, le portrait de jeunes premiers en couple influencés par le cinéma, se répand : coiffure brillantinée pour lui, cheveux ondulés et permanentés pour elle (P15, P18) ; cette catégorie l’emporte sur la carte composée de symboles fleuris, de colombes et d’amours ailés. Pour Ripert et Frère, ces cartes représentent un appauvrissement du registre de la fantaisie : « les êtres surnaturels ont fait place au couple contemporain, le langage symbolique change, l’amour est représenté par le jeune couple, lequel est associé au sentiment de bonheur et de chance » (1983/2001 :109). Le registre esthétique, mais aussi la clientèle, ne sont plus les mêmes. Avec les cartes issues d’un photomontage, on est plus près de la presse du cœur et du cinéma populaire [10]. L’appartenance sociale des correspondants semble plus humble. Ces images sur papier glacé étaient meilleur marché que les cartes à festons, avec relief et ruban ; elles étaient achetées par des personnes de milieux modeste ou/et rural. L’orthographe, la graphie qui évoque les cahiers d’écriture des écoles élémentaires l’indiquent. Les messages envoyés ne manquent pourtant ni d’humour, ni de passion, ni du goût de la mystification ; faux semblant et ironie font partie du genre, quelle que soit l’origine sociale des correspondants. Que penser par exemple du message de P7 adressé à Mademoiselle E., écrit au dos d’une carte où un dandy-poissonnier offre sa marchandise sur un lit de fleurs : « Acceptez-moi donc pour votre fiancée [sic] » ? Le féminin bizarre est-il une erreur volontaire ? Enfin la carte P18, où figure un couple enfermé dans un cœur, porte le commentaire ambigu du verso : « Que vos amours durent toujours et que votre défaut de langue ne vous revienne pas avec la vieillesse. Devinez qui vous envoie ses bons vœux ». Elle ne comporte ni adresse, ni timbre ; a-t-elle été expédiée sous enveloppe ou déposée directement chez le destinataire ?

Notre corpus est loin de représenter l’ensemble des cartes du Premier Avril des années 1900 à 1920 ; la série en est quasi infinie. Le classement proposé ci-dessus ne doit pas laisser entendre que le genre est clairement défini, clairement délimité. Il arrive que le poisson, l’inscription « 1er avril » soient ajoutés à une carte quelconque, la métamorphosant en carte du Premier Avril ; on l’a vu avec la carte C19. P21 utilise le chromo en usage pendant la Première Guerre mondiale pour le « réconfort des poilus », avec « fiancée » ou « favorite » ; ces cartes furent éditées par millions entre 1915 et 1918. La série V1 à V4 est caractéristique de ces recyclages par « repiquage » soit « l’impression supplémentaire d’un texte, d’un dessin ou d’une photographie sur une carte ou un entier postal déjà édité » (Bourgeois et Melot, 1983 :14). Ces 4 cartes « Tuck » sont originaires de Grande-Bretagne où elles ont été créées par William Henry Ellis. Elles font partie de la série « The Gentle Art of Angling », publiées avant 1912. V(2) portait, dans le tirage original, l’inscription « To my Valentine », en relation avec la Saint Valentin fêtée le 14 février dans le monde anglo-saxon ; l’inscription a disparu dans la version française où elle est remplacée par 1er avril. Deux de ces cartes (V2 et V3 ont été envoyées à Melle Aline M. avec, au verso de V2, le message manuscrit suivant : « Cette rivière sépare la Galette et se trouve dans tous les pays », signé de deux initiales.

Sur plus des deux tiers des cartes de notre corpus, des vers sont imprimés au recto : quatrains, distiques et, dans un cas, sizain. La poétique de ces bouts rimés, le rapport qu’ils ont avec l’image ou le message du verso ne sont pas sans intérêt. Des vers corrosifs accompagnent souvent la catégorie C. On peut lire sur C2 par exemple :

« Portier, la fausseté sur ton front est écrite
Ton sourire mielleux distille le poison
Un soufflet ferait bien sur ta face hypocrite.
Vas, tu l’auras bientôt, crois-en ce gros poisson. »

En dresser une anthologie serait fastidieux parce que répétitif.

Dans un autre registre, citons, accompagnant la famille pisciforme de G2 :

« De tout cœur, je vous félicite
Cet ange est au ciel dérobé
J’espère avoir une visite
De Monsieur, Madame et Bébé. »

Citons également G3, adressé à Madame R., jardinière, sans message ni signature où l’effet comique résulte du contraste dans le lyrisme affecté associé au couple poisson en partie fine :

« Avril a des parfums
Mettant le cœur en fête.
En cabinet privé
L’on perd vite la tête. »

Il arrive, c’est le cas de P14, envoyé à Mademoiselle Denise M., que le message manuscrit de l’envoyeur, au verso, se mette au diapason des vers imprimés par les éditeurs :

« Pour vous mettre avec courage
A la recherche de mon nom,
Je vous offre un petit voyage
Au pays des suppositions. »

L’expéditeur de D7, dont l’illustration est inspirée par l’art nouveau, reste lui aussi anonyme, et se cache derrière l’élégant sizain imprimé au recto, à la versification il est vrai approximative :

« Mon poisson est muet
Donc il ne peut vous dire
Le nom de l’envoyeur
Il serait très heureux
Si vous pouviez le lire
Inscrit dans votre cœur. »

On peut imaginer des versificateurs besogneux, vivant des commandes des éditeurs, payés au cent ou à la strophe… ? Un emploi qui tend à disparaître après 1918.

L’ethnologue qui, à partir de ces documents si fragmentés, si ténus, si séduisants aussi, aurait l’ambition d’esquisser une « culture du 1er avril » ou de décrire une population d’échangeurs de cartes postales porteuses de poissons ne pourrait que se sentir frustré. Le corpus présenté ici se borne à quelques traces lacunaires. Que peut-il en tirer ? Des hypothèses, des reconstitutions imaginées plutôt, parce que non-vérifiables, qui ne peuvent qu’aller au-delà du corpus, au-delà d’une suite d’images et de messages sibyllins. Ils émanent d’une société, ou plutôt d’une population possédant un certain degré d’homogénéité, qui vivait il y a plus d’un siècle. Ses petits-enfants sont les vieillards d’aujourd’hui. Cette population disparue appartient à la petite classe moyenne encore largement provinciale et rurale ; elle choisit avec soin et parfois orne d’accessoires divers les cartes du Premier Avril destinées à amuser, à intriguer ou à égratigner proches ou voisins. L’usage en est proprement français, à peu d’exceptions près. Dans son ensemble, cette population a appris à lire et à écrire, mais cet apprentissage, à la lecture des messages envoyés, nous semble récent et encore précaire, n’assurant qu’une orthographe approximative. Ses membres ignorent pour la plupart l’usage du téléphone ; il y avait en effet un abonné pour 183 habitants en France en 1912 ; la poste, elle, est rapide et efficace, et les facteurs habiles à dénicher les destinataires malgré des adresses parfois lacunaires ou farfelues. La carte postale est alors fort bon marché à condition de maîtriser le « style carte postale », pour un message bref, n’excédant pas cinq mots pour le tarif à 5 centimes.

La carte postale des années 1900 à 1920 fonctionne un peu comme le téléphone portable aujourd’hui ; elle sert à de multiples usages : elle permet de donner des nouvelles aux proches à l’occasion d’un déplacement, d’envoyer des vœux lors des fêtes, d’annoncer une visite. Mais ce ne sont pas à ces usages que servent les cartes de notre corpus ; elles sont plutôt les vecteurs de messages ambigus, où la part de l’effusion sentimentale, de l’humour ou de la dérision est difficile à déterminer. La majorité font preuve d’un sentimentalisme conventionnel, de sentiments amoureux non sexuels, mais là aussi, en cherchant bien, on trouverait des exceptions ! On a affaire à une esthétique composite, faite d’accumulation de motifs et d’une grande variété de moyens. Apparemment kitsch et petite bourgeoise, elle est en fait d’une grande richesse et procure à l’amateur contemporain un plaisir nostalgique. Petite bourgeoise également, la morale sous-jacente, avec sa conception d’un amour devant aboutir au mariage, avec son culte de la famille. On peut se demander s’il s’agit de l’expression d’une convention ou d’une morale intériorisée.

Les expéditeurs de cartes du 1er avril, au début du XXe siècle, avaient-ils un cœur, pour reprendre l’interrogation de Martine Segalen, à propos des paysans, dans Amours et mariages dans l’ancienne France (1981) ? En tout cas, amour et mariage semblent indissociables et leur durée illimitée ; « toujours », « pour la vie » précisent les messages envoyés. Quand ils sont mentionnés, les membres de la famille de la destinatrice, potentiels beaux-parents ou beaux-frères du supposé fiancé, le sont avec respect. Message au premier degré ou ironie ? L’occasion du 1er avril autorise l’ambiguïté : le 1er avril, les usages qui lui sont liés et les cartes postales qui portent son nom tiennent du rituel ; ils associent convention, stéréotype, parodie et sentiments.

Depuis 1930 environ, l’envoi de cartes postales pour le 1er avril se raréfie ; l’usage a presque disparu aujourd’hui. Il survit pourtant dans des cercles d’amateurs qui fabriquent leurs propres cartes ou collectionnent les tirages limités d’artistes que l’on peut trouver sur la toile. Cette quasi-disparition accompagne celle des cartes célébrant saints et fêtes annuelles, telles les cartes envoyées pour la Saint Éloi, la Sainte Catherine, ou même pour Pâques. Le 1er avril est toujours l’occasion de farces et attrapes, mais par l’intermédiaire d’autres médias.

Neuchâtel, septembre 2014

 

 
 

Notes

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[1] Notre corpus est divisé, selon des critères empiriques, en 3 catégories :
La première comprend des cartes de fantaisie à l’illustration en couleur, dont le poisson est le centre (sous-ensembles A, G, S, D).
La deuxième comporte un motif « à charge », satirique et/ou caricatural, et comprend des cartes du sous-ensemble C.
La troisième catégorie comporte les cartes à base photographique (P) ; elle est un peu plus tardive que les deux catégories précédentes.
Le corpus lui-même regroupe 7 sous-ensembles, établis selon le procédé technique ou graphique dominant de l’illustration :
A : applique(s)
C : caricature
G : relief ou gaufrage
P : photographie
S : cartes à système
V : illustration « repiquée » d’une autre illustration
D : divers

[2] « Fêtes laïques » par J.-D. Morerod, en collaboration avec Justin Favrod.

[3] Je remercie Messieurs Christophe Dufour, directeur du Musée d’Histoire naturelle de Neuchâtel (Suisse), et B. Zaugg, ichtiologue, d’avoir bien voulu procéder à ces identifications.

[4] Un langage largement influencé, en Allemagne et en France, par les écrits de l’occultiste autrichien Gustav Wilhelm Gessmann (1860-1924) dont Die Pflanzen im Zauberglauben… etc ; réédition : J.J. Couvreur Verlag, La Haye, 1979.

[5] On en trouvera plusieurs exemples sur Google, que je me permets de ne pas détailler ici.

[6] Selon http://timbreposte.free.fr

[7] On ne peut qu’admirer le soin apporté par le personnel des PTT à l’acheminement de ces envois fragiles affranchis à 5 centimes.

[8] Les éditeurs de cartes postales sont à l’origine de séries prolifiques (v. Ripert et Frère, 1983/2001 : 43-46). Il n’en sera pas question ici.

[9] Motif rare dans les cartes postales du Premier Avril, une famille phoque s’ébat sur la carte D2.

[10] A vrai dire, la presse du cœur en tant que genre explicite ne se développe qu’à la veille de la Seconde Guerre mondiale.

 
 

Bibliographie

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BOURGEOIS Claude, MELOT Michel, 1983. Les cartes postales. Nouveau guide du collectionneur. Paris, Éditions Atlas.

DERRIDA Jacques, 1980. La carte postale de Socrate à Freud et au-delà. Paris, Flammarion.

GRANVILLE, 1842. Scènes de la vie privée et publique des animaux. Paris, Hetzel et Paulin.

LAPAQUE Sébastien, 2014. Théorie de la carte postale. Arles, Actes Sud.

MEILLASSOUX Hélène, 1989. « Le 1er avril, la “Carpe postale” ». Cartes postales et collection, no 126, 15 mars-15 mai.

RIPERT Aline, FRÈRE Claude, 1983 (2001). La carte postale, son histoire, sa fonction sociale. Paris, Éditions du CNRS.

SEGALEN Martine, 1981. Amours et mariages dans l’ancienne France. Paris, Bibliothèque Berger-Levrault.

VITOUX Frédéric, 1973. Cartes postales. Paris Gallimard.

 

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Pierre Centlivres
Premier Avril : cartes et attrapes,
Numéro 30 - Mondes ethnographiques.